HypnoFanfics

Qui m'aime me vive!

Série : Torchwood
Création : 15.03.2011 à 10h54
Auteur : chrismaz66 
Statut : Terminée

« 2 semaines depuis que Jack a ressuscité Owen. La santé de l'un s'améliore au détriment de la santé de l'autre. Après Reset. » chrismaz66 

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Part 9

 Merci à tout le monde et à ma fouine Evalyre!

Au Saint-James Bar.

Jack et Tosh avaient fini par retrouver la trace de leurs collègues, guidés par l’odeur nauséabonde qui imprégnait chaque coin des sous-sols crasseux. Ianto et Gwen avaient fait du bon travail. Près de douze weevils étaient déjà saucissonnés, dans un coin sombre de la cave. Jack et Tosh terminèrent le travail de neutralisation.

- Bien! Beau boulot! Nous allons devoir faire plusieurs voyages pour mettre en cellule tous ces clowns! Sauf les deux premiers. Le premier qui a servi de cobaye à nos examens médicaux, et le dernier que nous avons réduit au silence. Ces deux-là, Ianto, tu me les mets dans la même cellule. Ok?

- D’accord, Jack!

- Pas de nouvelle d’Owen?

- Non, Gwen! Mais il va bien. Fais-moi confiance!

- Comment va-t-on le réveiller?

- Concentre-toi sur les weevils ! Le temps nous est compté.

- Tu n’as aucune idée. C’est ça? S’emballa la jeune femme qui les laissa porter les lourds corps sans pouvoir les aider.

- Gwen! Aide-nous! Supplia Tosh, dont le visage étonnamment paisible eut l’effet escompté sur son amie.

- Ok, j’arrive.

- Ianto et Gwen, vous restez ici ! On transporte ces douze-là et on revient!

 

Le jeune homme fut déçu de ne pas pouvoir parler à son chef plus longuement. Mais le temps jouait contre eux. Il prit donc son mal en patience.

Le convoyage dura plus d’une heure.

Ianto avait suivi le ordres de Jack et surveillait les weevils, une bonne vingtaine en tout, avec une rigueur toute militaire. Jack avait suggéré de les asperger régulièrement de spray pour les maintenir endormis, tandis qu’il procédait, avec Dermott, à un ultime examen sur les deux weevils sélectionnés et sur Owen, profondément endormi.

Tosh et Gwen entouraient le corps de celui-ci, chacune d’elle assise à son chevet lorsque Jack exprima son ras-le-bol.

- Hey, les filles! Lui tenir la main ne sera pas suffisant! Relayez-vous au moins! On a besoin de tout le monde!

Gwen se leva. Elle savait que Tosh était la plus proche du médecin, malgré leur aventure. Elle sourit à son amie et prit place devant l’ordinateur central. De son poste surélevé, elle pouvait observer Jack et Dermott s’agiter autour des 3 corps inertes. Comme elle pouvait deviner, par la posture voûtée de Tosh, que cette dernière avait perdu force et espoir. Elle jeta un œil à la caméra qui donnait sur les geôles, et sourit de voir Ianto assis entre les deux cellules qu’il devait surveiller. Les weevils semblaient toujours être sous l’effet du sédatif. Ianto s’ennuyait ferme. Elle voulut le distraire un peu.

- Ianto? Ici c’est le souk! Tu ne te sens pas trop seul en bas?

- Oh si! Mais j’ai l’habitude. Gwen?

- Oui?

- Tu crois qu’on va réussir à ramener Owen? Demanda le jeune homme en fixant la caméra nichée dans un coin, en haut du mur.

- D’après mon analyse visuelle du Jack en action, j’ai la sensation - agréable - qu’il sait ce qu’il fait et qu’il n’est pas en train de nous enfumer! Lui rétorqua-t-elle, amusée.

- Est-ce qu’il a les cheveux sur les yeux?

- Quoi?

- Ses cheveux. Comment sont-ils?

- Parfaitement coiffés! Et pas de mèche devant les yeux! Hey c’est quoi ce code? Allez, je veux tout savoir!

- C’est bon signe, murmura Ianto en souriant discrètement.

- Oi! Quand Jack a les cheveux décoiffés, ça signifie qu’il est perdu? C’est ça! S’excita Gwen, provisoirement loin du tumulte.

- Aucune idée! Je te fais marcher, Gwen! Et tu as couru!

- Espèce de crétin! Tu te trouves drôle?

- Gwen? J’ai peur pour Owen, reprit le jeune homme, sérieux.

- Moi aussi. Soupira la jeune femme, en reposant le regard sur les deux hommes affairés dans le labo.

Elle vit Jack et Dermott détacher l’un des weevils et le poser contre le mur. Son front se plissa d’interrogation. Ensuite le chef de Torchwood discuta un bref instant avec le spécialiste avant de détacher le second weevil et de se connecter au reste de l’équipe.

- Ianto, on a besoin de toi pour descendre les weevils! Tosh, à ton poste! Gwen, avec moi. Dermott…poursuivez!

 

Une fois le labo débarrassé des deux weevils, qui furent enfermés ensemble, l’équipe se réunit autour du corps d’Owen. Jack adressa à tous un regard d’encouragement et commença son exposé.

- Bien! Les analyses sanguines que nous venons d’effectuer sur les weevils et sur Owen sont rassurantes. Et notre théorie du peuple weevil en détresse est donc envisageable.

- Quel pourcentage? Demanda Tosh, sceptique.

- Maximal! Fit Jack, lapidaire. Je vais à présent tenter la projection psychique avec Owen.

- C’est ça ta solution? Souffla Gwen, déçue.

- C’est la mienne, répondit Dermott, vexé. Gwen, c’est la seule option possible. Faites confiance à Jack!

- J’ai confiance en Jack. C’est sur Owen que j’hésite…

- Il va répondre à l’appel de Jack, assura Tosh, qui voyait en son chef, la plus grande des perfections.

- Bon, espérons que ça marche.

- Gwen, tu as peut-être une meilleure idée? Lança Jack, légèrement acerbe.

Il n’eut pour toute réponse le regard noir dans le sien. Il continua sans fléchir.

- Tosh, je compte sur toi pour réagir au moindre mouvement conscient ou pas d’Owen! Ianto, descends aux geôles pour garder un œil sur les weevils et note leur comportement durant la projection!

- Mais…

- Allez!

Jack et Ianto échangèrent un drôle de regard. Neutre pour Jack. De protestation lasse pour Ianto. Ce dernier finit par obéir.

- Tu es dur avec lui, chuchota Dermott.

- Je suis professionnel! Que vouliez-vous? Que je lui titille l’entrejambe pendant que nous tentons l’impossible?

- Il voulait juste être avec toi…

- Je suis immortel. Pas Owen! Dermott, vous êtes pire que moi!

- Procède! Espèce de voyou!

- Je vais donc me projeter dans l’esprit d’Owen. Tenez-vous prêt!

- Jack?

- Quoi?

- On a besoin de la Faille pour la projection…Fit Tosh, d’une petite voix de fillette.

Jack s’agrippa sur le bord de la table pour ne pas tressaillir. Ce détail monumental avait fui son raisonnement enfiévré.

- Pour quand?

- Pas dans l’immédiat. Je ne vois rien. Je suis désol…

- Désolée, oui je sais! Et personne d’autre n’a réagi? Vous m’avez laissé partir en roue libre sans me rappeler la procédure?

Jack se défoula comme il put sur ses subordonnés, que Dermott vint heureusement défendre.

- On se calme! Moi-même j’avais complètement oublié la Faille. C’est pour ça que tu la payes, Jack. Pas vrai?

Tosh sourit au spécialiste compatissant. Il faisait office de soupape et remplissait son rôle difficile à merveille. Il approcha de Jack et tenta d’émousser son angoisse.

- Jack! Tout va bien! Owen n’a rien à craindre tant qu’il est là, sous nos yeux, parfaitement surveillé et que la Faille va se manifester, tôt ou tard. J’ai une question pour toi.

- Laquelle? Demanda le Capitaine, calmé.

- Tu as su revenir parmi nous à cause du bon stress que la visite d’Owen dans ta conscience a réveillé en toi. On est d’accord?

Jack hocha la tête.

- Selon toi, quelle sera la raison, la motivation, le stimuli, su tu préfères, qui nous assurerait le retour du jeune homme parmi nous?

Dermott Spears, soupape et révélateur de conscience.

- Je ne sais pas. Je vais lui donner l’ordre de revenir!

- Pas d’ordre! Que des intentions nobles!

- Mais c’est tout à fait noble de lui ordonner de reprendre son job!

- Il a raison, Jack. Fais appel à tes sentiments. Et …aux nôtres.

La jeune scientifique rougit aussitôt. Mais son doux visage se durcit subitement.

- Jack! J’ai un pic de Faille dans mon programmateur. Dans moins de 5 minutes!

- Génial!

- Il n’était pas censé figurer plus tôt? Je n’y comprends rien! Il sera court, très court. Vite!

Jack s’allongea sur la table qui jouxtait celle sur laquelle Owen était endormi. Dermott lui injecta une dose du code génétique d’Owen et un puissant sédatif.

- A tout à l’heure, parvint-il à articuler avant de sombrer dans un sommeil artificiel.

Du noir. Que du noir. Non, pas du noir. Plutôt une absence étonnante de couleur. Du vide. Du vide. Un néant incolore et impalpable. Puis, peu à peu, une zébrure devant ses yeux. Une image ralentie mais animée. Celle d’une dame d’un certain âge, au regard éteint. Quelque chose dans le tracé de ses lèvres dénonçait un caractère rigoriste, dépourvu d’émotions, aigre. Un visage rond mais peu maternel. Un visage de sècheresse affective. Un désert d’amour. Des rides creusées dans une absence d‘existence. Un œil perçant et vitreux, reflétant le pire des sentiments. Celui de l’indigence. De la disette émotionnelle. Un visage figé au regard méprisant et exempt d’émotions. Madame Harper. La mère du pauvre Owen. Un modèle de sévérité et de désintérêt. Un abîme de froideur.

Jack venait de pénétrer dans la conscience de son employé. Pas étonnant qu’un jeune homme comme lui ait dérapé si tôt. Avec un passif monstrueux et une génitrice dépourvue d’amour pour son rejeton.

- Elle est encore en vie!

- Qui?

- Cette vipère!

- Owen, écoute-moi!

- Une harpie méphitique! Quelle insulte à l’instinct maternel. Si beau! Si pur!

- Owen, écoute-moi! Répéta Jack.

Il se trouvait dans un endroit indéfinissable. En pleine connexion avec Owen. Tout reposait sur ce qu’il allait dire au jeune homme pour le convaincre de revenir parmi eux.

- Elle est desséchée depuis sa naissance! Cette vielle peau!

- Tu es un homme adulte, Owen! Tu as des responsabilités! Il faut couper ce cordon nocif qui te lie à ta mère!

- Qu’elle pourrisse en enfer!

- Owen!

- Je la déteste! Je la déteste! Sanglotait le jeune homme, recroquevillé sur cette vision de rien qui le poursuivait encore..

- Il ne faut pas dire ça! Regarde-moi!

Jack était au dessus de la table où Owen s’était ratatiné. Il lui prit le visage, fermement.

- Je suis là! Regarde-moi!

Owen ouvrit les yeux, pleins de larmes, et fixa son supérieur.

- J’ai froid, Jack! J’ai peur! Il fait noir!

- Non! Tout va bien! Laisse-moi sonder ta conscience, s’il te plait!

Owen secoua la tête mais la projection put poursuivre.

Un doux visage évanescent, aussi léger qu’une plume d’oie. Diane. Envolée. Puis un autre visage plus dur, plus accusateur. Jack le reconnut tristement. Celui de Katie, la promise d’Owen qui avait succombé à l’emprise alien et qui avait conduit Owen directement vers Torchwood.

- Tout va bien, Owen!

Tosh en jupe noire et décolleté généreux. Mais quand la douce Tosh avait-elle porté cette tenue si féminine? Se demanda Jack. Il n’eut pas le temps de réfléchir à cette épineuse énigme. Jack se vit en double, face à Owen, lorsque ce dernier lui avait tiré plus d’une balle en pleine poire. Ok, c’est du donnant-donnant. Owen avait son acte de démence sur la conscience, ce qui ne surprit pas Jack outre-mesure.

- Owen!

- Tu as vécu tant de choses…

- On a besoin de toi, ici, à Torchwood.

- Je ne suis qu’un misérable pion dans la vanité de l’évolution humaine..

- J’ai besoin de toi, à mes côtés! Reviens! Bon sang! Ton passé est derrière toi!

- Je n’ai aucun avenir ici! Laisse-moi tranquille!

- Notre avenir sans toi est destiné au chaos! On va droit à l’échec! Reviens!

- Mon passé, comme tu dis, est mon passé! Et j’y tiens!

- Compare le tien au mien! Je sais, ce n’est pas comparable mais je t’en supplie Owen! Fais appel à ton sens pragmatique : ta vie ne tient qu’à un fil, et ce fil, tu l’as entre tes doigts! Ne le brise pas! Reviens!

- Owen? Jack?

Jack entendit une voix inconnue lui répondre.

- Il est si malheureux! Je vous en prie, laissez-le partir!

- C’est qui? Owen?

- Katie? C’est toi?

Owen se redressa, levant les mains vers un fantôme bien-aimé.

- Oui, c’est moi! Rejoins-moi!

- Non! Hurla Jack. Il n’est pas de ton monde! Il a sa place parmi les vivants!

- Une place de mort-vivant, c’est tout le crédit que vous lui accordez? Quel genre d’homme êtes-vous? Renâcla la voix féminine.

- Il n’est pas mort!

- J’arrive, Katie! Mon amour!

- Pas question! Tu restes avec moi, Owen Harper!

Désemparé, et conscient du peu d’atouts qu’il possédait pour retenir l’esprit d’Owen, Jack sortit l’artillerie lourde.

- Tosh! Elle a besoin de toi, Owen! Elle t’aime! Cesse de faire l’autruche et assume tes actes!

- Ta gueule, Harkness!

Toujours endormi, assis sur la table, Owen envoya un violent uppercut dans la mâchoire de son chef qui s’effondra à terre.

- Tosh, dis-moi! Entre nous : tu es plutôt Mac ou PC? Allez! C’est juré, je le garde pour moi!

Owen cessa de s’agiter et grimaça grossièrement avant de sombrer à nouveau dans ce qui ressembla le plus au sommeil du juste.

Durant la projection, Dermott raconta à Gwen et à Tosh, la légende du peuple Anthéen. Les machines high-tech enregistrant tout ce qui se passait dans les cerveaux des deux hommes, un sauvetage en règle effréné et musclé qui échappait aux regards des spectateurs présents, Dermott trouva le moment opportun pour faire la lumière sur ce peuple de l’ombre. Car le parallèle avec les weevils venait de le mettre sur la bonne voix.

- Le peuple de la planète Anthéa est un peuple de l’ombre. Un peuple qui vit sous terre et qui évite scrupuleusement toute sortie diurne. Non, ce ne sont pas des vampires! Mais comme nombre de populations clandestines, ces créatures ont une sainte peur du soleil. Je les comparerais bien à des taupes, bien plus évoluées que les espèces que nous connaissons sur Terre. C’est l’absence d’exposition au soleil qui est responsable de leur déficit en mélanine. Le peuple d’Anthéa est un peuple Albinos, si on fait abstraction des yeux rouges et de l’absence de poils. Ils sont blancs comme des cachets d’aspirine.

- Ils ne doivent pas être très beaux…

- Oh, il ne faut pas être sectaire, miss Cooper. Ils ont un charme incontesté et une délicatesse dans leurs manières plus proches du dandy Oscar Wilde que de nos chers weevils!

- Vous êtes marrant!

- Merci.

- Continuez, plaida Tosh, succombant lentement au talent d’orateur de Dermott.

- Avec joie. Ces créatures ont vécu durant des millénaires en toute quiétude et harmonie. Vous savez : un peu à la manière du peuple équidé des Houyhnhnms.

- Pardon?

- Le peuple savant des chevaux dans l’œuvre de Jonathan Swift, « les voyages de Gulliver »!

-Oh ! Absolument! Bredouilla Gwen, qui n’avait jamais dépassé le premier chapitre de ce chef d’œuvre de la littérature anglaise.

- Des chevaux superbes, élégants et dotés de parole. Ajouta Tosh, qui, elle, connaissait ses classiques.

Gwen rejeta une mèche de ses cheveux. Un geste qu’elle voulut le plus féminin possible. On a les atouts qu’on mérite.

- C’est exactement ça!

- Le peuple Anthéen est-il aussi pourvu d’un langage ?

- Oui, Tosh . Comme beaucoup d’espèces. Ils ne communiquent pas par des mots, ou des signifiants, mais par pure télépathie. Comme vous le savez.

- Que leur est-il arrivé?

- Ils ont été victimes de la Faille. Mais peu de temps auparavant, des barbares se sont échoués dans leur monde. Des êtres cruels qui les ont réduits à l’esclavage. Plus personne sur Anthéa n’eut voix au chapitre. Jusqu’à ce que leur Roi de l’époque…

- Pithoéos 1.

- Oui! Ce fils de graveur a mis au point la solution dite de « résolution parallèle » pour éviter l’extinction de la race. Il s’est sacrifié. La suite, vous la connaissez. Seulement lorsque des individus d’Anthéa se sont échappés à cause d’un dérèglement d’espace-temps dû à la Faille, ils n’avaient plus aucun Roi pour leur venir en aide. Nous nous sommes donc chargés de les renvoyer chez eux. Ce fut si émouvant! Si beau!

- Ils vous ont charmés, on dirait?

- Oh oui, miss Cooper! L’inconnu effraie mais il peut également fasciner. Ce fut le cas avec ces pauvres créatures.

Gwen offrit son plus beau sourire au comparse de Jack.

- Mais je ne vous ai pas dit ce qui me travaille, depuis que je repense à cette mission.

- Quoi donc? Fit Tosh, frôlant l’hystérie.

- Le Roi Pithoéos. Il était le seul de toute la mythologie Anthéa à avoir affronté le Roi des astres. Le soleil. Le Roi Pithoéos 1er était noir comme l’ébène.

- Non?

- Quoi?

Dermott s’amusa de l’étonnement des deux jeunes femmes.

- Si! Aussi noir que du charbon! Il était constamment sous le rayonnement naturel du soleil et semblait être en totale osmose avec l’astre. Je suis certain que c’est de là que vient l’expression «  faire la lumière sur… ». Un sacré pied de nez aux détracteurs fascistes, non? Ah, je me demande où en ils en sont à l’heure où je vous parle. Je parie qu’ils ont dépassé l’évolution humaine. Ce que j’aimerais partager leur quotidien…

Dermott parlait sous l’emprise d’une soudaine révérence au peuple extra-terrestre. Owen et Jack ne montrant aucun signe visible d’amélioration, le spécialiste poursuivit un peu plus son incroyable récit.

- Lorsque les 8 individus de la planète Anthéa sont arrivés chez nous, sur Terre, Alex, le chef de Torchwood de l’époque avait failli détruire et l’Institut et le peuple Anthéen. Il n’avait aucune idée quant à la façon de se servir de la Faille pour les rapatrier chez eux. C’était un bon chef, je ne dis pas le contraire, mais c’est durant cette mission que j’ai découvert la destinée unique de votre patron actuel. Il avait considéré toutes les paramètres possibles. C’est comme ça qu’il m’avait engagé, non sans heurts. Il m’avait carrément imposé à Alex. Ensuite, il avait suivi l’acte du Roi. Il avait donné sa vie pour les renvoyer. Ok, j’ignorais encore qu’il était increvable, mais la façon dont il avait porté cette affaire à bout de bras m’avait subjugué. Il n’était jamais certain de revenir, et je pense qu’aujourd’hui encore, le doute l’envahit, mais il avait foncé tel un taureau pris dans les spectres du tissu rouge que le toréador fait valser sous ses naseaux. Je ne connais pas le nom exact de ce tissu. Vous m’en voyez navré, mais j’exècre la tauromachie.

- Moi aussi, fit en écho Tosh.

- C’est sidérant! Si je suis votre raisonnement, Dermott, Jack serait le Roi des weevils, et non Owen! Non?

- La logique n’est pas un critère de comparaison à Torchwood. Cela dit, vous avez raison. Je soupçonne Jack d’avoir délégué un peu de sa suprématie à Owen. Jack est un leader qui ne peut se passer de son équipe. Sans vous, il n’est rien. De la même façon qu’au temps d’Alex, Jack travaillait bien en dessous de ses capacités.

- Et pour compléter la farce, il est toujours bronzé!

- C’est un signe! Renchérit Dermott, complice.

- Et comment vous a-t-il connu? Demanda Gwen, ardente.

- Pic de Faille terminé! Annonça Tosh, se remettant au travail.

- Alors qu’avons-nous?

- La projection s’est passée normalement. Mais pourquoi aucun des deux ne se réveillent? Fit Tosh, inquiète.

- Pour Jack, c’est normal. Je lui ai administré un puissant sédatif. Quant à Owen…

Ce dernier avait dû entendre son nom. Il ouvrit les yeux et les recouvrit aussitôt de ses mains, aveuglé par les néons du labo.

- Putain! La vache! Bordel de m….

- Un peu de bienséance, mon jeune ami! Il y a des dames ici.

Gwen et Tosh s’élancèrent, tout sourire, sur le jeune homme malpoli et l’étouffèrent de baisers.

- Owen! Comment te sens-tu?

- Je vais bien! Mais j’irais encore mieux si vous me laissiez respirer!

- Owen parti! Owen revenu! Clama Dermott, à moitié enchanté.

Jack roupillait toujours. Mais ce qui tracassait le plus l’invité, c’était la suite des évènements. La réussite de la projection psychique devait être validée au plus vite.

- Qu’as-tu vu? Entendu? Raconte!

- Tu as entendu la voix de Jack?

- Minute! Jack? Oh que oui je l’ai entendu! J’ai bien senti sa présence. Et lui aussi ! Où est-ce qu’il est?

- Ici! Où veux-tu qu’il aille?

- Sûr! Avec ce que je lui ai mis!

- C’est à dire ?

Ianto venait de les rejoindre et avait parlé depuis le haut de l’escalier.

- Un léger calmant made in Owen.

Le jeune homme parvint enfin à se lever et s’avança vers la table de Jack. Tosh et Gwen se gardèrent de lui obstruer le passage.

- Il faut que vous nous racontiez ce qui s’est passé durant la projection, conseilla Dermott, sur un ton amical et apaisé.

Les souvenirs engorgèrent la mémoire du jeune homme qui préféra éviter tout rappel.

- Pas la peine! Je suis debout. Et même si c’est pour retrouver mon statut de zombi, je prends! Rien à foutre!

- Mais Jack?

- Quoi, Jack? Il est immortel! Il va revenir! T’inquiète pas pour ton beau boss, Gwen! Il est increvable!

Dermott pencha la tête sur le côté. Il venait de qualifier Jack d’increvable, et voilà que le jeune homme utilisait le même terme. Coincidence ou pas?

- Que lui as-tu fait? Répéta un Ianto sous pression. Toujours perché au dessus d’eux.

Owen croisa son regard et lui sourit franchement.

- Je lui ai simplement fait comprendre qu’il parlait trop! Et que tout irait mieux s’il s’occupait de ses fesses!

La réponse parut plaire au jeune Gallois qui descendit lentement les marches, les mains dans les poches, l’air rassuré. Ce qui dérangea Owen au plus haut point. Ianto savait que Jack avait désormais des informations sur le passé d’Owen. Tout un dossier même. La complicité, le mot était faible, entre Ianto et Jack avait toujours eu le don d’énerver Owen, sans qu’il sache dire pourquoi. Les deux hommes s’affrontèrent dans un duel implicite et viril.

- Bien! Un bon café là-dessus et on reprend les examens médicaux? Proposa Dermott, complaisamment.

- Je m’en occupe, rétorqua Ianto, qui repartit dans le sens inverse.

- Tout est terminé! Dermott, jurez-moi que c’est terminé! Supplia Owen.

- Je crois que c’est bientôt fini. Oui! Un dernier examen sur vous et nous serons fixés.

- Mort ou vif, je m’en fiche! Cette blague a assez duré!

- Parce que tu appelles ça une blague? Lui reprocha Tosh.

- Oui! Et une blague de très mauvais goût!

- Une blague qui aurait viré au cauchemar si…

- Si quoi? Vas-y, Gwen!

- Si tu ne t’étais pas réveillé…

- Vous êtes tous montés sur vos grands chevaux car Môssieur Jack s’est noblement donné la mort!

- Je vous trouve bien amer, tout à coup. Osa Dermott, en préparant les soins.

- Jack a foncé dans une chimère aux élans volontairement mélodramatiques! Alors que depuis le début, j’avais raison de vouloir suivre la piste, ô combien dégradante, des weevils! Et toc!

- Il a voulu vous éviter une mort définitive! S’offusqua l’ami du Capitaine, l’air dur.

Owen secoua la tête et commença à se déshabiller, content de lui.

- Dermott, vous êtes sûrement un homme érudit et intelligent. Non? Malgré votre activité…D’ailleurs c’est quoi au juste votre activité? Chercheur de feu-follets? Profileur d’ombres évanescentes? Charlatan au QI élevé?

- Tous les charlatans sont malins, reconnut ce dernier, désireux de désarmorcer le débat qui, fatalement, le desservirait vis-à-vis du médecin.

- Je suis déjà mort! Vous pouvez donc le comprendre, ça!

- Négatif, Owen Harper! Rétorqua Dermott, sèchement. Vous ne savez rien de la mort! Tant que vous n’êtes pas six pieds sous terre! Vous êtes entre deux mondes, mais en aucun cas mort! Si vous désirez en savoir plus sur la mort, la vraie, la seule, demandez-donc à votre mélodramatique de patron! Il la vit sans cesse!

Un silence de plomb emprisonna le labo. Un peu en retrait, Ianto et Gwen observaient ce combat verbal avec malaise. Owen finit par s’allonger sur la table.

- Figurez-vous qu’il m’en a causé! Et cela a renforcé mes angoisses. Car il me manque toujours un élément de l’équation finale. Je suis en branle et je n’aime pas ça du tout….

Owen avait parlé calmement, presque soulagé.

- Je crois comprendre ce que vous endurez, Owen. Je suis désolé.

- Et Jack?

- Plait-il, monsieur Jones?

- Il …dort toujours.

- Normal. Et ce n’est pas plus mal. Il a besoin de repos, lui aussi. Bien, l’heure de vérité va bientôt sonner, monsieur Harper. Prêt?

- Prêt! 

Gwen et Ianto remontèrent au Hub pour permettre au spécialiste d’ausculter le médecin. Tosh était connectée aux moniteurs du spécialiste/transfuge. Gwen ne les lâchait pas du regard. Ni Owen, ni Dermott et encore moins Jack, désespérement immobile. Ianto alla refaire du café mais ne fut pas long à revenir assister Gwen dans son observation intense mais impuissante.

 

Plus tard

- Nous y sommes presque! Une ultime prise de sang et je vous libère!

- Bien…

- Pas trop inquiet?

- Devinez? Non, je m’en fiche!

- Voiiiilà! Vous pouvez vous rhabiller, jeune homme!

 

Owen enfila son sweat puis descendit de la table. Il s’approcha de celle où Jack gisait docilement. Dermott enregistra les dernières analyses et les envoya à Tosh qui supervisait d’une certaine manière toute la procédure. En même temps qu’il lui envoyait ses fichiers, il lui lança un regard plein de questionnements. La jeune femme sentit une lourde pression sur ses frêles épaules. Elle ne vit pas son cher Owen occupé à examiner en douce le corps de Jack.

- Ses réactions cérébrales sont un peu dystoniques…

- C’est-à-dire? Demanda Ianto, au dessus de lui. Gwen était à ses côtés.

Owen leva un visage bizarre vers eux.

- Je ne peux rien affirmer pour l’instant, Ianto. Première phase : constatation. Ensuite viendra le diagnostic, ou l’interprétation des données cliniques.

Devant un évident cynisme de la part du médecin volubile, Ianto leva les yeux au ciel. Gwen encaissa l’information différemment. Elle descendit rejoindre Owen et le harcela de questions. Ravi, Ianto admira avec quel manque de répartie Owen tenta de l’apaiser.

- J’ai tes résultats, Owen!

Tosh, loin de ce jeu de dupes, avait enfin fini ses calculs comparatifs.

- Ils sont bons. Tu es redevenu comme avant! Ajouta-t-elle, à la fois victorieuse et incrédule.

- Avant quoi? L’interrogea Dermott qui l’avait rejointe depuis quelques minutes.

- Avant sa mort! C’est extraordinaire! Il est tout ce qu’il y a de vivant! Déclara la jeune femme ivre de bonheur.

Trop heureux de se débarrasser d’une Gwen assommante, Owen monta les marches quatre par quatre et s’exclama, faussement aigri.

- Tu parles d’un scoop!

- Tu déconnes?

- Je n’y crois pas, Gwen! Tosh, vérifie tes calculs…

- Owen a raison. Fit Dermott, embarrassé d’être l’oiseau de mauvaise augure. C’est impossible! Je suis désolé, Owen. Je pense qu’il nous faille faire preuve de patience. Un effet aussi immédiat ne peut être certifié. Prenons quelques heures de répit et nous recommencerons.

- Mais …protesta Tosh.

- Et vous devriez vous occuper de Jack, docteur Harper. Cette anomalie cérébrale peut nous aider à comprendre ce qui s’est mal passé.

- D’accord.

Owen les dépassa pour se servir un café. Il se sentait libéré. Malgré son show, il demandait juste qu’on lui fiche la paix, et cela l’arrangeait bon gré mal gré que son état ne se soit pas du tout altéré.

- Owen, tu n’es peut-être pas redevenu comme avant. Alors le café. Si j’étais toi, j’éviterais…

- Bien vu, ma belle Gwen. Mais rien à foutre! Je veux et je vais boire un café!

- Laisse-le faire, conseilla Tosh. Ce n’est pas bien grave.

Gwen donna son consentement tacite en secouant la tête. Tosh reprit ses calculs. Dermott l’assista. Quant à Gwen et Ianto, ils s’installèrent de chaque côté de la table de Jack. Unis dans l’attente. Associés dans leur tourmente.

- Il en a pour un bout de temps! Les héla Dermott, attendri par tant de sollicitude pour son ami exceptionnel. Il dort. Vous n’avez pas à vous inquiéter pour lui!

Un rire gras venant du coin cuisine fit écho à sa tentative d’apaisement.

- Je reste! Firent en même temps l’amant et la groupie transie.

- Owen?

- Oui Tosh?

- Je note quand même un léger changement dans tes derniers examens.

- Lequel?

Owen avala son café d’une traite et rejoignit Tosh et Dermott à l’ordinateur central.

- Je ne sais pas encore. Il faut que je décode cette équation, là, au milieu de l’écran.

- En effet, miss Sato, ceci est tout à fait nouveau. Composition sanguine anormale. Inédite, plutôt.

- C’est ça. Une densité d’hématocrites assez originale.

- En parlant de décodage, tu ne devais pas conclure ton constat préliminaire sur Jack? Tu sais : réactions cérébrales dystoniques. Ou que sais-je?

Owen aurait parié sur Ianto, mais c’est Gwen qui venait de le relancer. Gwen, toujours Gwen!

- J’arrive! Mais vous dégagez du labo!

 


chrismaz66  (28.06.2011 à 14:23)

 

Quelques minutes plus tard.

 

- A quoi il joue?

- Tu penses vraiment qu’il est en train de jouer?

- Gwen, tu me fatigues! Même Ianto se garde de m’envoyer sa hargne en pleine poire. Fais un effort! Tu veux? Laisse-moi bosser!

La jeune femme éconduite exhiba une belle grimace avant de remonter.

- Si tu as du mal à comprendre pourquoi on se fait du mourron pour Jack, c’est ton problème, Owen…

Elle retrouva Ianto sur l’estrade. Dermott, entre Tosh et ce qui se passait en bas, en profita pour défriser tout ce petit monde azimuté.

- Jack a toujours eu la bosse du spectacle! Il aime être le centre de l’attention. Et si j’en crois mes yeux, il l’est constamment. Que ce soit positif ou pas, il est le clou de la fête! Sacré Jack!

Puis s’adressant à Tosh, qui avec le nez sur son clavier:

- Vous diriez qu’il y arrive par la seule force de sa superbe plastique, miss Toshiko?

Dermott était un renard.

- Non! Certainement pas! Répondit Tosh, vaguement concernée.

Dermott ne lut pas la même réponse dans le regard de Ianto, ni dans celui de Gwen. Quant à Owen, l‘attitude de son dos détendu confirmait ses justes déductions. Enchanté par sa mise en bouche, Dermott poursuivit.

- Vous savez, mes amis, Jack me semble avoir trouvé son équilibre grâce à vous. Autrefois, il éxécutait les ordres qui venaient d’en haut, avec rigueur et efficacité. Désormais, son immense savoir, il le met à votre disposition. Il vous le confie. Il vous fait totalement confiance.

- Ouais, c’est pour ça qu’il vous a fait rappliquer, maugréa Owen, le dos toujours tourné.

- Non! Oh que non! S’il m’a rappelé c’est uniquement pour vous soutenir! Comme un parent qui culpabiliserait de devoir abandonner le temps d’une soirée ses précieux rejetons.

- Tsss…

- Ok! Miss Tosh. Miss Cooper et monsieur Jones sont d’accord avec moi. Non?

- Ah, le problème vient de moi donc?

Owen délaissa ses examens pour faire face à Dermott et au reste de l’équipe.

- Je n’ai pas dit ça! Se défendit Dermott.

- Owen!

- Quoi, miss Cooper? Je peux m’exprimer librement ou pas?

- Owen Harper! Vous êtes le meilleur soldat que Jack ait jamais débauché! Concéda Dermott, enchanté par tant de verve.

Le compliment sembla atteindre Owen, contre toute attente. Subitement, et sans doute inconsciemment, celui-ci posa une main rassurante sur le bras de Jack. Dermott n’en avait raté aucune miette.

- Et je persiste à le dire! Vous êtes un être qui ne fait aucune concession. Qui vit par lui-même. Oh, attention, je ne suis pas en train de dire que vous autres êtes à sa botte! Non! Mais ce qui a plu à Jack chez vous, Owen, est si limpide. Si peu conventionnel. Il a voulu s’associer à vous pour le meilleur et pour le pire, en sachant pertinemment que le pire serait le plus souvent à l’ordre du jour.

- Il a raison, Owen!

- C’est bon! Pas la peine d’en mettre une seconde couche! Dermott, je sais ce que je dois à Jack. Et je sais aussi ce qu’il me doit. Je suis zen avec ça! Cessez de jouer à l‘avocat du diable, ok?

- Ok!

Emballé, Dermott retourna à ses lectures, aidé de Tosh, qui parvint à lui sourire, généreusement. Elle trouvait ce Dermott de plus en plus indispensable. Seulement, au fond d’elle-même, elle savait simplement que la nature des relations entre eux et Jack était indéfectible. Et puissante. Bientôt, tout allait rentrer dans l’ordre. Et Dermott Spears saurait s’éclipser comme tous les autres guests avant lui, pour ainsi leur permettre de poursuivre leurs missions à bien.

 

- Résultats des courses? Annonça Owen, après un travail de routine minutieux sur Jack. Il dort, à poings fermés. Mais je le trouve encore un chouia faible, au niveau cérébral.

- S’il a échangé son cerveau contre le tien, c’est normal!

Owen fusilla Ianto du regard, guère vexé, en vérité. Juste pour la beauté du geste.

- Mais la présence des weevils, que signifie-t-elle?

- Owen doit les sauver! Une injection de son code sanguin et hop ils pourront repartir d’où ils viennent!

- Tu me charries, Tosh?

- Pas du tout. Dermott peut le confirmer. Jack avait vu juste. Tu es leur Roi sauveur, Owen!

Les beaux yeux de la jeune asiatique brillèrent d’un éclat unique. Owen, son amour déchu, était loin d’être faible!

- Je confirme! Jack a vu juste! …Confirma Dermott.

- Alors pourquoi s’est-il sacrifié à ma place?

- Parce que dans la fièvre de l’action, il a cru qu’il était le seul capable de sauver non pas un seul homme mais toute une population, expliqua Dermott, admiratif.

- Nan! Il a agi comme le dernier des crétins! Sans réfléchir!

- Owen, un peu de respect! Voulez-vous?

- Mais je le respecte! Et je le juge comme je veux! Il s’est comporté en leader irresponsable, sans trop de casse. N’empêche!

Jusque là spectateur relativement neutre, Ianto Jones ressentit le besoin de monter au créneau.

- Owen! L’heure n’est pas au réquisitoire, mais au rétablissement de la situation normale. Que Jack ait voulu faire de l’esbrouffe ou pas, quelle importance?

Owen se glissa dans la brèche avec malice.

- Mais c’est là le sel de cette affaire, Ianto! Jack n’est jamais assuré d’assurer le spectacle, en dépit de son physique avantageux et, à mon avis, d’origine extra-terrestre.

Tout le monde, réunit autour du poste central, préféra accueillir la sortie d’Owen avec le sourire. Ils se momifièrent tous en entendant une voix stridente leur répondre.

- Si je n’avais pas fait le lien entre le peuple Anthéa et la soudaine haute fonction d’Owen Harper en tant que Roi des weevils, nous n’aurions pas résolu cette affaire si brillamment. Je ne me dépense jamais pour des vétilles. Vous devriez le savoir depuis le temps que vous bossez pour moi!

Tous se tournèrent vers Jack qui arpentait langoureusement les marches qui menaient au Hub. Face à son équipe, et à Dermott, il réalisa qu’il avait la chemise ouverte et que son tee-shirt avait disparu.

- Owen? Tout va bien? Dit-il en rabattant les pans de la chemise sur son torse qu’un certain Gallois dévorait du regard.

- RAS. Mais ta théorie sur le peuple Anthéa ne tient pas la route.

-Vraiment? Et pourquoi? Demanda Jack, en clignant des yeux.

- Jack! Ce n’est peut-être pas le moment….Raisonna Dermott, dubitatif devant l’état suspect de Jack, mais allègre de pouvoir reparler à son vieil ami.

Un regard vers Ianto et le Capitaine prit conscience de sa tenue inadaptée pour un chef de mission..

- Ok! J’ai besoin d’une bonne douche! Ianto, avec moi!

- Nouvelle définition de « douche »….

- Arrête, Owen! T’es lourd!

- Lourd? Moi? Cest la meilleure! Et comment tu expliques d’un gars qui a vécu toutes les merdes du monde et de l’espace ait besoin d‘un garçon de bain?

Dermott ne put réprimer un fou rire malvenu.

- Cela vous pose-t-il quelque problème que Jack ait envie de Ianto pour se prélasser, après une rude épreuve?

- Il est jaloux, Dermott. Voilà tout! S’amusa Gwen.

- Hilarante Gwen! Grogna Owen. Il faut bien que je le taquine sur un point faible. Et Ianto est selon moi, son meilleur point faible.

- C’est ce que je disais ! Il est jaloux! Répéta Gwen.

- Je dirais plutôt qu’il n’est pas à l’aise avec les penchants de Jack. Non?

Dermott soufflait le chaud et le froid, mais ne récolta que des bouquets de noms d’oiseaux.

- N’importe quoi! Jack peut pencher de tous les côtés! Rien à battre! Il part en vrille, ce charlatan décérébré! Moi jaloux! Misère, pauvres gens! C’est la fête du slip ou quoi? Tssss..

Dans un éclat de rire, Dermott, Tosh et Gwen observèrent Owen, qui redescendait au labo pour y ranger son fourbi.

- Eh bien , mesdemoiselles! Je crois qu’une pause s’impose!

- Oh oui! S’exclama Gwen. On a des choses à se raconter! Vous n’avez pas oublié?

- Oh, c’est vrai!

- La légende du peuple d’Anthéa….Commença l’innocente Tosh.

- Et celle, plus concrète, concernant l’expert en chimie. Termina Dermott, tout excité.

- Shhhh…

- Quel expert? Gwen, tu ne vas pas lui parler d’Alec?

- Et pas qu’un peu, miss Toshiko! Je veux tout savoir! Frétilla Dermott.

Gwen passa outre le regard de reproche de son amie et invita tout le monde à déguster un dernier café avant la fin de journée.

Ils furent vite rejoints par Owen.

 

***

- Toujours à l’aise dans ton caleçon?

Owen, à qui la question osée de Gwen était adressée, la regarda, bouche bée.

- Tu comptes évacuer le café que tu as bu tout à l’heure par voie normale?

Gwen et Dermott échangèrent un sourire complice.

- Pour l’instant, oui! Couina Owen, en allant se servir une deuxième tasse, l’air provocateur.

- Il est vrai que l’on peut difficilement résister à ce nectar.

Dermott sirota le sien avec délectation. Tosh observait discrètement Owen, qui leur tournait le dos, lorsqu’un bruit amorti les alarma. Ianto accourut, une serviette à la main.

- Vite! Owen! Gw..D…Owen, viens vite! Jack s’est écroulé!

Même dans l’urgence, le jeune homme préféra choisir son meilleur ennemi plutôt que ses rivaux potentiels. Sûreté est mère de prudence. Owen posa sa tasse et le rejoignit en courant.

- Il est visible, au moins?

La question arriva aux oreilles du reste de l’équipe, qui dut renoncer à suivre les deux jeunes gens.

- Si Jack est en tenue d’Adam, la bienséance nous dicte de rester sagement ici. Râla Dermott.

- Une douche un peu trop sportive est contre-indiquée après un profond sommeil artificiel, ajouta Gwen, au bord du fou rire.

- Préparons le bloc, au cas où l’état de Jack se détériore. Mais j’en doute. Il aura présumé de ses forces, voilà tout.

Gwne et Tosh suivirent le spécialiste au labo. Et attendirent. Fébrilement.

 

 

Dans les douches.

 

Owen et Ianto avaient installé Jack sur une chaise en bois. Le chef de Torchwood était nu comme un vers mais le médecin ne fit aucune remarque et examina son supérieur avec professionnalisme. Jack était conscient. Raison suffisante aux yeux d’Owen pour limiter les moqueries, ou les remettre à plus tard.

- Jack, tout va bien! Tu ne m’as pas laissé le temps de te dire que ton cerveau a eu quelques…

- Je suis au courant.

Owen visa Ianto avec son stéthoscope.

- A ton avis, qu’est-ce que j’ai?

Jack avait eu le temps de se doucher, aidé de Ianto. Mais il détestait être mouillé. Il était donc en train de s’éponger le corps avec sa serviette, aussi naturellement que s’il avait été seul. Ou avec Ianto. Ce qui mit Owen mal à l’aise.

- Jack! Ne bouge plus! Tu t’essuieras plus tard. Ok?

Ronchon, mais en pleine possession de ses -grands- moyens, Jack répondit à Owen en lançant la serviette à Ianto. Le spectacle qui s’offrit alors à Owen finit de l’achever. Le jeune médecin se leva et repartit d’où il était venu.

- T’es lourd, Jack!

Owen déserta les douches. Les vapeurs montantes et le cirque de Jack avaient eu raison de sa bonne humeur exceptionnelle.

 

Au labo

 

Owen retrouva la fine équipe réunit au labo.

- Alors?

- Jack est lourd! Et con! Et sévèrement …Non, il est ok! Je pense que nous en saurons plus d’ici quelques heures. Si mes examens ont été prématurés, le sien le sera aussi. J’ai constaté la même débilité musculaire, mais rien d’inquiétant. Sa débilité mentale faisant partie intégrante de son état naturel.

- Il est dans les choux?

- Négatif, Gwen! Il a toute sa tête, et le reste aussi! Pas de panique! C’est bon, vous pouvez dégager du labo, fit Owen en prenant place dans son antre. Allez!

 

Plus tard.

 

Jack et Ianto avaient rejoint le reste de l’équipe autour d’un énième café et de quelques beignets. En très peu de temps, Jack avait pris connaissance des évènements qui s’étaient déroulés durant son « absence » et celle d’Owen. Rien ne sembla l’alerter. Pas même le retour du médecin à une vie normale. Encore moins ses propres spasmes de fatigue nerveuse.

- Je suis abasourdi, Jack.

- Pas moi!

Dermott en perdait son latin.

- Mais il est vivant! Tu n’as pas les dons du Roi Anthéen, Jack! J’espère que tu ne crois pas à cette force télépathique? Tu es un as, c’est entendu, mais tout de même…

- Non, rétorqua Jack, en souriant. Je crois à la force de l’esprit. Quel qu’il soit. Les symptômes vont s’estomper. Hélas pour toi, Owen.

-Tu veux dire que je n’ai pas ressuscité? Fit celui-ci, la gorge nouée.

- Je ne pense pas, non. Je suis dés…

- Désolé, oui je sais. Mais pas de problème, je n’y ai jamais cru.

Owen était sincère. Il n’y avait jamais cru mais l’avait seulement espéré, comme n’importe qui l’aurait espéré très fort.

- Et si l’on anticipait le rapport que nous allons devoir consigner? Suggéra Dermott. Qu’en est-il de nos intuitions? De nos déductions? De nos espoirs contrariés?

Une atmosphère oppressante envahit le coin cuisine. Le vieux renard parlait avec sagesse. Cette énigme avait soulevé beaucoup d’espoirs et d’illusions qui furent réduits en peau de chagrin. Gwen brisa la glace.

- Alors, la thèse des weevils ou celle du peuple d’Anthéa?

- Les deux! Affirma Jack, concentré. Tous les Rois ont la même destinée, que ce soit sur Terre ou ailleurs. Tous le peuples partagent le même tribut historique fait de sacrifices, de massacres, de victimes innocentes etc…Quelque chose m’a intimé de faire le lien entre ces deux peuples. J’ignore quoi mais c’est comme ça. Dermott vous a raconté que j’avais été désigné pour venir en aide aux 8 rescapés de la Faille…

- Tu t’es désigné tout seul, Jack. Corrigea Dermott, avec respect.

- Peu importe. D’une façon ou d’une autre je me suis retrouvé connecté à ce peuple. Et j’en ai gardé une empreinte. Quant à Owen, nous connaissons tous ses affinités avec le peuple des weevils.

- Tout doux, tout doux! Je n’ai rien en commun avec ces bestioles! S’insurgea le médecin.

- Tu sembles les amadouer, les entendre. Ne dis pas le contraire!

- Qui se ressemblent s’assemblent…

- Ianto! Pesta Jack. Ce n’est pas drôle! Enfin, si, c’est drôle, mais si tu pouvais éviter de jeter de l’huile sur le feu.

- La bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe! Moi aussi j’en connais des proverbes!

- Assez! Ordonna Jack. Bien nous avons ensuite réussi les deux projections psychiques…

- Ouais, à ce propos faut qu’on cause!

- Plus tard, Owen!

- Tu es partisan de la théorie Anthéenne, Jack? Tu penses sincèrement que la télépathie a fonctionné entre vous deux?

- Télépathie? Force de l’esprit? Volonté? Conviction ? Que sais-je comment nommer ce qui s‘est passé? Je suis convaincu que le pire est derrière nous.

- Parles pour toi!

- C’est aussi valable pour toi, Owen Harper! Je sais que ta vie n’est plus ce qu’elle devrait être, mais …Je ne peux rien y faire…

Le désarroi dans la voix du chef émut tout le monde autour de la table. Sauf Owen.

- Je ne te demande rien, Harkness! Je ne t’ai jamais rien demandé! Pas même de me ressusciter! Tout ça, c’est de ta faute! Point final! Si tu n’avais pas joué au sorcier vaudou, on n’en serait pas là !

- Owen, ce n’est pas lui qui t’a tué, fit Gwen, calmement.

- T’as un wagon de retard, miss Cooper! Je parle de sa tentative de résurrection! Jack n’est pas Dieu et et je n’ai jamais demandé à être son raté de fils! Tout ça pour ça? Hein? Le merveilleux sacrifice du Roi Jack. Les weevils venus en masse. Mes espoirs nouveaux! Tout ça pour revenir au point de départ? Merci bien! Quelle belle et vaine montée d’adrénaline pour si peu! Je te jure!

- Owen…

Le jeune homme préféra quitter les lieux. Sa rancœur était somme toute légitime. Jack ordonna à Gwen de rester assise.

- Laisse. C’est normal qu’il m’en veuille.

- Il ne t’en veut pas Jack! Il est sous le coup de l’émotion et de la déception. Et on attaque toujours le plus haut gradé en cas de crise.

- J’ai l’habitude. Je regrette que cela n’ait pas marché. Je l’ai senti rétif durant la projection psychique.

- Qu’as-tu vu?

- Aucune chance, Gwen! C’est du domaine du privé. Tout ce que je peux dire, c’est que son caractère a été forgé par ce qu’il a vécu dans sa jeune vie…

- C’est le cas de tout le monde.

- C’est quoi ton problème, Ianto?

- Je n’ai aucun problème, Jack!

- Cela mérite qu’on en discute quand tout sera terminé, fit ce dernier, d’une voix gloutonne.

Des regards interlopes survolèrent les deux hommes, à qui rien n’échappait.

- Dermott vous a-t-il parlé de ma pathologie?

- Quoi? Fit Gwen.

- Quelle pathologie? Fit Dermott

- Jack! Fit Ianto

- Le priapisme!

- Conneries! Lança Gwen, déçue.

- Tu travailles du chapeau, Jack?

- Je plaisante! Bref, revenons à nos moutons!

- Cela ne nous mène à rien de parler dans le vide, Jack. Attendons de refaire les examens avant de palabrer.

- C’est vous qui avez lancé l’idée, argumenta Jack, contrarié.

- Je sais, je sais. Mais Owen a besoin qu’on s’occupe de lui.

Le chef de Torchwood ne voyait pas les choses ainsi.

- Dermott, c’est à moi de voir si un de mes équipiers a besoin d’aide! Je les connais mieux que vous!

- Très bien!

- Fin de la discussion! Asséna Jack en se levant et en regagnant son bureau à l’étage, suivi de Ianto.

- Il sont tous les deux à vif! Nous ferions mieux de laisser la fièvre retomber!

- Affirmatif. Je vous abandonne un court instant, Dermott.

Gwen descendit au labo. Owen nettoyait ses scalpels et s’ennuyait ferme aussi. Gwen tomba à pic pour le divertir.

- Dis-moi, Owen. Quand tu es allé aux douches, ils étaient en train de …

Owen le fixa, tout colère.

- Quoi? De baiser? C’est tout ce qui t’intéresse? Tu es malade! C’est quoi qui t’excite? Ou plutôt qui? Jack? Ou Jack et Ianto en train de « comme tu dis »?

- Qu’est-ce qui te prend? S’offusqua la jeune femme, honteuse.

Devant la mine déconfite de la jeune femme, Owen s’excusa presque.

- Ok! D’après le baromètre à l’air de Jack et celui de Ianto, camouflé, je ne pense pas qu’ils étaient en train de « comme tu dis ».

Le visage de Gwen s’illumina.

- Espèce de voyou! Toi aussi tu y as pensé! T’as pas honte?

- Je suis un médecin! Je dois avoir toutes les informations à ma portée pour établir le bon diagnost…

Owen ne parvint pas à finir sa phrase tellement il riait.

- On est beaux hein? Dit Gwen entre deux fous rires.

- T’es bête!

- Pas trop déçu si rien n’a changé pour toi?

- Nan! T’inquiète pas pour moi! Je suis cool.

- Je sais!

Gwen déposa un baiser sur la joue du jeune homme et remonta au Hub. Owen la regarda, partagé entre rires et larmes.

 

Au Hub

 

Dermott et Gwen cancannaient joyeusement sur ce qui devait être « l’affaire Alec », tandis que Tosh et Owen avaient repris leur discussion culinaire. Car, en dépit du fiasco imminent, Owen avait insisté pour que toute cette montée de pâte leur serve au moins à partager un bon repas, dignement arrosé.

Quant à Jack et Ianto, isolés dans le bureau du patron, ils étaient en pleine scène de ménage! Qui avait pu mener la conversation sur un sujet brûlant, alors que la vie d’Owen était en suspens? Personne ne le sut. Et, bientôt, tout l’édifice eut droit aux éclats de voix d’un Jack profane, qui redécouvrait, avec douleur, les joies d’une vie monogame.

 

A suivre….

 


chrismaz66  (28.06.2011 à 14:26)

Merci à ma fouine pinailleuse, vi, Evalyre! Et pardon pour le retard, normalement la fin ne devrait plus tarder (hein, fouine?)

PART 10

 

Il était tard. Très tard. Plus de minuit, quand Jack redescendit enfin du bureau, sans Ianto, et donna congé à tout le monde.

- Mais quelques heures se sont déjà écoulées depuis le dernier, ou le premier, devrais-je dire, examen post-projection. C’est le moment de vérifier si tout est valide.

Dermott était dynamique et plein d’entrain, à la différence des autres, y compris Owen, qui s’assoupissait doucement, avachi sur son siège.

- Owen? Tu te sens d’attendre demain ou pas?

Le jeune homme sursauta, les yeux bouffis, et se leva.

- Maintenant ou aux calendes grecques...

- Tu es certain? Tu n’es pas juste concentré à faire le fier?

- Fier? Tu crois qu’il y a de quoi être fier?

- Je n’ai pas voulu dire…

- Mais tu l’as dit! Mitrailla Owen. Pauvre idiot! Fier de prétendre que mon avenir ne me concerne pas plus que ça!

- On est d’accord, alors? On refait les examens. Ceux qui ne sont pas concernés rentrent chez eux!

Tosh se leva à son tour et mitrailla Jack de son regard noir.

- Tu vois quelqu’un qui ne se sent pas concerné ici?

- Laisse, Tosh!

- Non, Owen! Je suis sidérée! Je te trouve de plus en plus désinvolte sur cette affaire, Jack.

- Pardon?

- Tosh!

La jeune femme n’en démordit pas.

- Laisse-moi parler! Je croyais t’avoir convaincu pourtant. Je croyais que tu avais compris. Mais non! Tu traites cette affaire comme une affaire quelconque alors qu’il s’agit d’Owen!

- Je me suis donné la mort pour lui!

Tosh se força à rire.

- Donné la mort? Toi, l’immortel? Tu parles d’un sacrifice!

- Tosh!

- En fait tu te contrefiches de ce qui peut arriver à Owen! Je n’ai pas raison?

- Tosh, je t’interdis…

- Tes petites prises de bec avec Ianto, voilà tout ce qui peut te faire vaciller! Le reste …

- Tosh! Répéta Owen pour la troisième fois.

- Laisse-la finir! Ordonna Jack, curieux.

- Qu’Owen vive ou qu’il meurt, peu t’importe, en vérité!

- Il n’y est pour rien, Tosh, Intervint Gwen.

- Je crois que nous devrions suivre les conseils de Jack et tous rentrer nous coucher, proposa Dermott.

- Vous restez dormir ici, Dermott! Déclara Jack, d’une voix neutre.

- Oui, Monsieur Spears, Jack est irréprochable en ce qui concerne l’hospitalité. Vous êtes son invité! Ce qui peut arriver à ses employés n’est que secondaire, du moment que vous êtes confortablement installé.

 

Personne à Torchwood n’avait jamais vu Tosh dans un tel état de colère. Ianto les avait rejoints. Il fut médusé de voir son amie aussi atrabilaire. Le gros de l’histoire mit un certain temps avant de l’atteindre. Owen tenait la main de Tosh dans la sienne, en signe d’apaisement. Gwen enfilait son blouson. Dermott ne savait que faire ni de ses bras ni de ses yeux. Jack fixait Tosh, durement. Elle avait le visage rouge d’une colère incontrôlée, et les yeux vissés sur son supérieur.

- Mettez-vous à l’aise!

- Tosh, tu es exténuée. Et la fatigue te fait disjoncter.

Ianto, prostré derrière Jack, venait de prendre part à la discussion houleuse.

- Je suis parfaitement consciente de mon état et je sais me maîtriser, Ianto!

- Sans doute. Mais tu n’as pas toutes les infos pour analyser ce qui se passe. Ce que tu ignores, c’est que Jack vient de prendre une décision…

- Ianto! Tais-toi!

 

Comme un soufflet, la colère de Tosh retomba. Elle attendit la fin de la phrase du jeune homme, aussi ardemment que les autres.

- Quoi encore? Interrogea Owen en lâchant la main de la jeune femme.

- Rien!

- Jack tu dois leur dire! Fit Ianto en posant la main sur l’épaule du chef.

- Non! Il nous faut du repos! A tous! Demain, on avisera.

- Qu’est-ce que tu magouilles encore dans notre dos?

- Rien du tout, Owen!

Jack était droit comme un i.

- Tosh, Gwen, rentrez vous reposer! Demain, première heure, au poste. C’est clair?

Les deux jeunes femmes obéirent. Owen, Dermott et Jack s’observèrent en silence. Jack leur fit signe de la tête de se préparer pour un ultime check up. Lorsqu’il aperçut Ianto qui endossait son pardessus.

- Ianto, tu t’en vas?

- Oui. Je dois me lever demain.

Déçu, Jack fit quelques pas vers lui.

- Moi aussi je dois me lever demain, répliqua-t-il, avec malice.

- Tôt. Je dois me lever tôt, bégaya le jeune homme en fuyant le regard de Jack.

- Des problèmes personnels? S’enquit ce dernier, soucieux.

- Rien de grave. Je t’assure.

- Mais c’est plus important que moi?

Jack imita le petit chien battu à la perfection. La frimousse triste et le regard d‘apitoiement. Ianto boutonna son pardessus, aussi calmement qu’il put.

- Tu souffres vraiment de priapisme?

Le rire de Jack surprit Owen et Dermott qui se tournèrent vers eux.

- Tu veux vérifier par toi-même? Dit-il en lui prenant la main pour la poser sur son service 3 pièces.

- Arrête! Rétorqua le jeune homme en retirant prestement sa main.

Avant que Ianto n’eut le temps de se rebiffer, Jack l’enserra doucement mais fermement dans ses bras et caressa sa joue contre la sienne.

- Si tu as des soucis, tu peux m’en parler, tu sais. Je suis aussi là pour ça, Ianto.

Quand Jack le libéra, Ianto le fixa de son regard clair et commença à déboutonner son pardessus.

- Après mûre réflexion, objective, impartiale, je pense que tu as raison. Je vais rester !

Content de lui, Jack lui fit un clin d’œil et se prépara à rejoindre les deux hommes au labo.

- Mais tu auras à me persuader que ta décision est incontournable! Et que le dodo sera sage!

Le Capitaine se tourna vers Ianto, à mi-chemin, et fronça les sourcils.

- Cela va sans dire!

Puis il tourna les talons et Ianto le regarda descendre le marches. En dehors de Jack, lui seul savait ce que le chef de Torchwood s’apprêtait à faire. Et dire qu’il n’aimait pas du tout cette initiative était un euphémisme. Le jeune homme aurait le peu d’heures qui les séparaient du jour naissant pour l’en dissuader.

***

Gwen et Tosh se dirigeaient vers leur véhicule. Gwen avait passé un bras rassurant autour des épaules de son amie. Elles marchaient lentement, collée l’une à l’autre, luttant contre le froid nocturne.

- Tosh, qu’est-ce qui t’a pris? Je ne t’ai jamais vue dans cet état! Jack fait ce qu’il peut. Que lui reproches-tu en fait?

La rage rattrapa Tosh. Elle ne l’avait pas vraiment quittée. La jeune femme incrédule s’arrêta et fixa Gwen.

- Ce que je lui reproche? Tu l’as entendu comme moi, Gwen! Je le cite : « ceux qui ne sont pas concernés peuvent rentrer chez eux! ». Voilà ce que je lui reproche! Tu n’as pas le monopole de la rébellion féminine! Moi aussi j’ai le droit de parler!

- Ok, il s’est mal exprimé. Ianto a raison. Tu es tendue. Et t’en prendre à tout le monde ne changera rien! On a besoin de repos. Jack sait que tu es attachée à Owen. Nous le sommes tous!

- C’est sa façon de provoquer Owen, justement. Il y a quelque chose dans son attitude qui me fait hurler de colère. Ils sont sur le point de savoir si Owen va revenir en arrière ou s’il va revivre, et nous, que devons-nous faire? Nous rentrons nous coucher?

- Le téléphone, Tosh, rappelle-toi! On est joignables, partout, à toute heure, de nos jours.

- Non! Non! Je veux être avec lui quand il apprendra la nouvelle! J’y retourne!

Tosh échappa au bras de Gwen et fit demi tour, en courant.

- Tosh! Non! Reviens! Jack va te passer un de ces savons!

Rien ni personne n’aurait arrêté la jeune femme amoureuse et concernée par le sort réservé à son adorable « Patient Anglais ».

- Et puis merde! Soupira Gwen.

Elle suivit Tosh au pas de course, en se jurant de tenir tête au patron. En dépit de ce que Tosh venait de lui dire, elle avait cette force en elle. Elle, Gwen Cooper, ex-agent de police. L’esprit dissident pour la bonne cause et légèrement poil à gratter. Elle adorait chatouiller le beau et solide Jack Harkness, verbalement, à défaut de mieux. La nuit promettait d’être longue et agitée, quelle que fut l’issue du cas Owen Harper.

Et Gwen adorait le tumulte permanent du Hub. Elle fit une pause dès qu’elle franchit le pas de l’entrée du tourisme, pour appeler son futur et tendre mari.

- Rhys? Mon amour, je ne vais pas rentrer de la nuit. Je suis navrée mais…

- Gwen chérie, un de ces jours, je te le répète, il faudra que je vienne trucider ton putain de patron! Tu sais ça, ma belle?

Gwen sourit.

- Oui, je sais mon amour. Mais pas tout de suite, d’accord? Et pour une fois ce n’est pas vraiment Jack le responsable.

- Jack est responsable de tout! Il est à l’origine de ta vie de déphasée et ça me plait de moins en moins, râla Rhys, un peu endormi.

- Je croyais que tu étais cool avec lui? Que tu n’étais pas jaloux?

- Jaloux, moi? De cet éphèbe ambivalent et venu de nulle part? Tu rigoles? Et si c’est pas lui le responsable cette fois, c’est qui?

Le rire de Gwen mourut dans un murmure.

- Owen…

Owen, le gars pas éphèbe du tout et exceptionnellement ambivalent avec lequel Gwen avait fauté. Mais tout cela appartenait au passé. L’amour rend aveugle et fait uniquement la lumière sur l’essentiel. Le présent et le futur proche. Le mariage.

- On doit l’aider, Rhys. Il est très secoué depuis quelques jours. Nous sommes indispensables pour lui, au moins pour cette nuit.

- Va ma belle! Va soutenir Owen! A demain matin, j’espère!

- Promis, juré! Je t’aime. Fais de beaux rêves, mon amour!

- Dispense ta bonté à ton pote et reviens-moi vite, chérie!

 

Gwen raccrocha et accéléra le pas. Les montées de voix lui parvinrent vite. Elle reconnut celle de Jack. Difficile de ne pas entendre le ténor en plein argumentaire. Et celle de Dermott. Mais pas celle de Tosh, bizarrement.

Les deux hommes parlaient fort, comme s’ils ne se trouvaient pas dans la même pièce. Et le contenu de leur échange échappait à la jeune femme. Un dialogue confusément médical et scientifique.

Lorsque, enfin, elle arriva au Hub, ses hypothèses se confirmèrent. Jack et Tosh travaillaient ensemble sur le moniteur principal tandis que Dermott procédait aux derniers tests cliniques, dans le labo. Elle fut franchement consternée de voir Jack et son amie conjointement concentrés sur leurs écrans.

- Hey! Alors?

Surpris, Jack et Tosh lui adressèrent un rapide coup d’œil avant de se remettre au travail.

- On termine les examens, Gwen, lui apprit le chef.

Il posa une main sur le dos de Tosh.

- Continue!

Puis il se tourna vers Gwen, l’air sévère.

- Je peux savoir ce que tu fiches ici?

- La même chose que Tosh! J’attends le verdict! Fit-elle, heureuse d’en découdre, une fois de plus, avec son patron.

- Ne t’ai-je pas donné l’ordre de rentrer chez toi?

- Tosh t’a désobéi, elle aussi.

Las de son manque pathétique d’autorité, Jack abandonna.

- Nuit blanche pour tout le monde! On sèmera les retombées plus tard! Va assister Dermott, puisque tu es là, autant te rendre utile.

- A vos ordres!

Secouant la tête, Jack reprit ses lectures.

- Mes ordres! Vous les suivez quand ça vous chante! Je me demande parfois à quoi je sers ici!

Tosh lui sourit timidement.

- A faire beau dans le décor!

Si cette phrase avait été prononcée par la jeune femme, Jack l’aurait certainement très mal pris. Non pas qu’il détestait entendre la jolie jeune femme vanter ses charmes, mais, après son attitude, cela n’aurait pas eu l’effet escompté. Fort heureusement, l’auteur de cette réplique, était posté derrière eux. Ianto.

- C’est tout ce que je t’inspire? Protesta Jack, nullement vexé.

Cette nuit était particulière. Chacun n’en faisait qu’à sa tête. Même Tosh. Ce qui était assez rare pour être noté. Et même Ianto, visiblement en manque de …compagnie phéromonale.

Jack passa un bras autour de la taille du jeune homme, sous le regard embarrassé de Tosh, et l’attira à lui.

- Je fais beau dans le décor? Murmura-t-il, concupiscent.

- C’est un fait.

- Et je fais quoi d’autre? Insista Jack.

- Stop! Au travail, Jack!

Ianto sentit ses résistances fléchir.

- Non seulement, personne ne m’obéit, mais en plus, voilà qu’on me donne des ordres! C’est le monde à l’envers! File avant que je ne retourne la situation en ma faveur! Le gourmanda Jack.

- Et toi avec! Ajouta-t-il en le repoussant avec provocation.

Les deux hommes échangèrent un regard éloquent. Tosh ne put s’empêcher d’observer leur langage amoureux des plus explicites. Elle sourit carrément à Jack dès que Ianto fut hors de portée.

- Le priapisme, Tosh! Une véritable malédiction! Plaisanta le chef.

- C’est ça! Prends-moi pour une idiote!

Jack accueillit la pique avec bonne humeur. Il était décidément un boss lamentable!

 

****


chrismaz66  (12.09.2011 à 10:58)

Après une demi-heure d’analyses diverses, Dermott envoya le rapport final au moniteur central.

- C’est terminé! Dit-il en ôtant ses gants et son masque. Nous allons savoir ce qu’il en est d’ici quelques secondes. Owen, vous pouvez vous relever.

Gwen aida le jeune homme à se redresser. Ce dernier enfila sa chemise, d’un geste nerveux. La fatigue et l’angoisse se lisaient sur son visage creux et blême. Mais son bagout était intact. Comme toujours.

- Pas trop tôt! Qu’on en finisse vite! Et qu’on aille tous se pieuter! Gwen, tu n’étais pas censée être chez toi?

- Je suis là où je veux être, Owen!

- Toujours dans nos pattes, quoi!

Gwen détourna le regard.

- C’est bon! Fais pas ta boudeuse! Je plaisante! Rhys doit s’ennuyer ferme quand même. Non? J’y pense tout à coup!

- Il dort! Répondit la jeune femme, enchantée de retrouver son Owen.

- Ouais et bien je n’aimerais pas être à sa place. Avoir une promise fantôme comme compagne!

- On se rattrape dès qu’on peut! Tu peux me croire! Fit Gwen, coquine.

- Tu m’en vois ravi! Bon, le taulier, il est où?

- Ici!

Owen et Gwen virent Jack en haut des escaliers. Les mains dans les poches, l’allure martiale, mais le regard incertain.

- Dermott, Owen, Gwen, avec moi!

Le Capitaine fit demi tour, vite rejoint par le trio, vers le poste central où Tosh terminait ses sauvegardes.

- Alors? Demanda Owen, la voix cassée. Mort? Pas mort? Vivant? Pas vivant? Mi-mort? Mi-vivant? Mi-Dieu? Mi-rien du tout?

- Une seconde, Owen!

-Vous êtes certain de tous vouloir entendre la nouvelle? Là, tout de suite? Bredouilla Dermott, qui nourrissait une légère appréhension.

- Oui, Dermott! Nous sommes tous concernés! Déclara Tosh, sans quitter les écrans des yeux.

Jack ne réagit pas. Las, il était si las. Et n’aspirait qu’à une seule chose: Faire vider les lieux et soulager son priapisme imaginaire en compagnie de Ianto.

- Owen?

- Tosh?

- Je suis désolée…

Jack soupira de dépit. Dermott ferma les yeux. Il savait déjà. Gwen et Ianto se regardèrent, tristement. Tosh riva son regard sur Jack.

- Ianto a parlé d’une décision que tu aurais prise. Quelle est-elle?

- Tu daignes enfin me faire confiance? Railla Jack, fatigué et énervé.

- Laisse tomber, Tosh! Conseilla Ianto.

- Non! Tu dois nous dire ce que tu as en tête! Jack!

Tosh était à ramasser à la petite cuillère. Elle s’accrochait au moindre fétu d’espoir. Et, comme toujours, cet espoir s’appelait Jack Harkness.

- Ok.

- Jack!

- Ianto, inutile de t’opposer à ma décision! Je dois tenter le tout pour le tout!

- Non!

- Assez! Cria Owen. Assez! Fini! On arrête les frais! Je ne veux rien! Jack, garde tes théories et tes grandes illusions pour toi! C’est bon! Basta!

- Mais si Jack a une solution…

- Jack n’a rien! Déclara Ianto. Rien qui puisse sauver Owen.

- C’est parfait pour moi! Fit ce dernier, exaspéré devant tant d’agitation autour de lui. C’est terminé! Vous entendez? Jack, Si tu tentes quoi que ce soit, je te fiche ma démission au cul!

- Intéressant! Reconnut le soi-disant patient atteint de priapisme.

- Bien dit, Owen! Pour une fois je suis d’accord avec toi! Déclara Ianto, satisfait.

- Quelle joie de combler tes attentes, teaboy!

- Hey, ça suffit! Je suis encore votre patron! Tout le monde dehors! Immédiatement!

- Mais Jack…Hésita Dermott.

- Pas question! Déclara Gwen.

- Moi je reste! Protesta Owen. Je dois ranger ma quincaillerie!

Ianto suivit Owen jusqu’aux marches de l’escalier qui mènait au labo.

- Non, Owen! Toi aussi tu rentres chez toi! Je te boute!

Le médecin, déjà en bas, leva la tête vers son collègue.

- Tu quoi?

- Je te boute!

Le sourire aux lèvres, Owen remonta.

- Tu me boutes? De quel droit tu me boutes? Et puis ça veut rien dire ta phrase!

- Pas plus que ton comportement!

- Alors tu me boutes? Ricana le médecin. Et de quel droit? Réponds Jeanne d'Arc!

- Oh, je ne l’ai pas vu venir celle-là! Du droit que j’ai de te bouter! La journée a été interminable et nous ne sommes pas des robots ! Tu viens d’en avoir la preuve, non?

Le sourire d’Owen se transforma en une grimace simiesque.

- Tu veux baiser Jack? C’est ça? Ok, vas-y! Beurk! Mais le bruit ne me dérange pas! Je reste! Et fais en sorte qu’il ne tente rien pour se racheter!

- D’accord. Mais seulement si tu rentres chez toi, Owen! Et tu as ma parole!

Owen considéra la proposition. Vaincu par la fatigue, il accepta le deal.

- C’est bon, tu m’as convaincu. Si demain je retrouve Jack au pays des songes, c’est toi qui paieras. C’est clair?

- Limpide. Déguerpis!

- Cause-moi meilleur, tea-boy!

 

***

Pendant que les deux jeunes gens se mettaient d’accord, Jack avait un mal de chien à persuader Tosh et Gwen de suivre ses ordres. Dermott vint à son secours.

- Il est dérisoire de vouloir rester ici, on ne peut plus rien. Et il nous faut dormir. Au moins quelques heures de sommeil, et on y verra plus clair demain matin. D’accord?

Si Jack n’arrivait à rien en temps de crise, Dermott excellait dans ce registre. Les filles finirent par céder et rentrèrent se coucher. Elles quittèrent le Hub en même temps qu’Owen, perclus de courbatures et de fatigue.

 

Lorsque Dermott, enfin exténué, daigna enfin se reposer sur le canapé, Jack et Ianto avaient encore un contentieux à régler. Le jeune homme amorça la discussion.

- Il est hors de question que tu fasses ce que tu as décidé de faire, Jack! Owen n’en veut pas! Moi non plus! Et dès que les filles l’apprendront, elles refuseront aussi!

- Et comment pourraient-elles l’apprendre?

- Par moi!

- Je t’interdis!

- Tu n’as rien à m’interdire, Jack!

- Quel culot!

Le Capitaine n’avait plus la force de débattre. Il tourna le dos à Ianto et décrocha ses bretelles pour s’étirer devant le jeune homme qui devina les trapèzes tendus et avides de massages délassants sous la chemise bleu ciel. Ianto ignora la tentation et poursuivit son laï us.

- Owen ne veut rien de plus! On est revenus au point de départ. Ce n’est pas ce qu’on avait espéré mais ce n’est pas pire qu’avant. Tu vois bien que la boucle est bouclée. On ne peut rien faire de plus!

Jack croisa ses mains dans le dos et regarda son jeune amant avec gourmandise.

- Tu entends ce que je te dis?

Jack ne répondit pas. Apparemment, il faisait confiance à son anatomie pour clouer le bec à son amant, comme l'avait dit Tosh, sous le coup de la colère. Seulement, Ianto ne cédait pas à tous les coups.

- Tu me promets de ne rien tenter?

Jack leva les yeux au ciel, désappointé. Mais toujours aucun commentaire de sa part.

- Je vais voir si Dermott n’a besoin de rien!

Le tea-boy était si malin. Jack éclata de rire.

- Si tu fais demi tour, je te congédie sur le champ, Ianto Jones!

- Jack…Tu joues avec mes nerfs.

- Est-ce qu’au moins tu veux bien écouter ce que j’ai à dire avant de filer comme un voleur?

- Tu m’as déjà dit ce que je devais savoir.

- Oh que non! Laisse-moi cinq minutes! Et après tu feras ce que bon te semble.

Visiblement éreinté, Jack s’installa à son bureau central.

- Je suis confronté à une énigme, Ianto, avoua le Capitaine, tandis que le jeune homme prenait place en face de lui. Durant la projection psychique avec Owen, la mienne, j’ignore si c’est la douleur qui était telle qu’elle m’aurait flanqué des hallucinations, ou bien si c’était la réalité.

- Je ne te suis pas, Jack. Qu’as-tu vu?

- J’ai vu ce qui fait qu’Owen est Owen. Son passé, ses amours contrariés, ses blessures.

- C’est-à-dire? Fit Ianto, intéressé.

- Cela importe peu pour le moment. Je veux être certain de ce que j’ai partagé avec lui. Je sais bien qu’il ne m’apprécie pas beaucoup. Et j’ai peur d’avoir tout gâché en utilisant la méthode du peuple d’Anthéa.

- Je ne comprends toujours pas. Owen a connu un léger mieux grâce à toi. Tu as encaissé ses douleurs à sa place. Et si ton ADN a quelque peu faussé les calculs, à présent, tout est rentré dans l’ordre.

- Je ne suis pas convaincu que ce soit moi qui l’ait rendu vivant.

- Ce seraient les weevils?

- Possible, fit Jack, en secouant la tête.

- Jack, ce n’est pas en utilisant la troisième option que tu trouveras la réponse. Et d’abord, dis-moi! Pourquoi n’as-tu pas gardé l’antidote? Tu voulais voir si ce système de mort était radical? Tu ...voulais le garder sous le coude pour…en finir, une bonne fois pour toutes?

Ianto lisait en Jack comme dans un livre ouvert. Ce dernier ne répondit pas, et gardait la tête baissée.

- Que veux-tu prouver à la fin?

- Rien! Je veux juste étudier tous les cas de figures possibles. Et tant que je n’aurais pas utilisé l’ultime artefact, je n’aurais pas l’esprit libre. C’est tout!

Ianto se leva et fit le tour du bureau. Jack l’accueillit volontiers dans ses bras.

- Où est-ce que tu l’as caché? Demanda le jeune homme, avec une douceur suspecte.

- Tu n’es pas assez mûr pour me piéger si lamentablement, Jones!

- Alors viens! Allons nous coucher!

Le jeune homme embrassa son Capitaine, langoureusement.

- Tu as gagné, Ianto Jones! J’arrive!

- Quand? Fit ce dernier, boudeur.

- Tout de suite! Promis!

Ianto s’éloigna de Jack, à contrecoeur, et alla vérifier que Dermott était bien installé. Jack en profita pour réfléchir. Owen était redevenu un zombi en parfaite santé. Les projections psychiques avaient réussi. Les weevils attendaient patiemment d’être renvoyés chez eux. Quant à Jack, il n’avait plus ni douleur ni cicatrice béante. Il était en pleine forme. Son naturel reprit le dessus. Autant en faire profiter Ianto. Il referma son dossier et rejoignit le jeune homme dans leur intime terrier.

Seulement, il était dit que Jack ne dormirait pas cette nuit. Dermott l’alpagua au passage et le prit à partie. Il lui saisit la nuque et l'attira à lui, comme un maître d'école qui vient d'attraper un élève fautif, mûr pour une correction!

- Jack Harkness! C’est quoi cette histoire avec Alec McNeil?

- Dermott, ce n’est guère le moment…

- Je ne te comprends pas! Tu as le plus beau des partis sous ta coupe et tu trouves le moyen de te fourvoyer avec un clampin de passage? Mais qu’est-ce qui ne va pas chez toi?

- Je n’ai pas du tout envie de parler de ça avec vous!

- Qu’avait-il, que ton Ianto n’a pas? Dis-moi et je te laisse tranquille! Gwen m’a tout raconté! Je n’y comprends rien!

- Vous ne l’avez pas connu! Et je ne suis pas d’humeur à en parler!

- Jack!

Le Capitaine capitula.

- Très bien! Alec était un homme cultivé, racé, séduisant, malin, raffiné…

- Comme ton Ianto!

- Oui, sauf qu’il était inaccessible. Et loin. Et marié. Et papa. Et, oh! Je n’ai pas à me justifier!

- Un détail qui le distinguerait de Ianto? Un seul? Insista Dermott, les mains agrippées à la nuque de Jack.

- De passage! Alec était juste de passage! Voilà! Vous êtes satisfait?

Dermott n’était pas satisfait.

- La vérité, Jack! Sinon Ianto se contentera de ses draps! Alec a fait plus d’un passage ici! Ne me sous-estime pas! Ce détail!

- Vous êtes malade!

- Allez, un mot et je te libère!

- Vénéneux!

Cette fois-ci, Dermott sembla satisfait.

- Vénéneux? Répéta-t-il, hypnotisé.

Jack acquiesça.

- Tu as beaucoup à te faire pardonner, dans ce cas.

- Si vous me laissiez faire, j’y serais déjà.

- Autant pour moi! Ah, Jack, Ianto est tellement parfait pour toi. J’espère que tu le sais?

- Allez dormir! Vous délirez! Preuve que vous êtes à bout de forces! Bonne nuit!

 


chrismaz66  (12.09.2011 à 11:00)

Début de paragraphe un peu "hot", ATTENTION AUX YEUX CHASTES!

***

Une fois dégagé de l’emprise de Dermott, Jack pouvaitt enfin se repentir dans les bras et les draps de son jeune amant. Une trêve agréable et douce après une journée harassante et riche en péripéties.

Il descendit dans la chambre. En bas de l’échelle, il vit son Ianto, assis sur le lit, la chemise ouverte sur un torse imberbe. Le regard trouble et troublant pour Jack qui ne sut s’il devait rester ou remonter. Il fit claquer ses bretelles pendantes, ce à quoi Ianto répondit par un geste sans équivoque. Il enleva sa chemise et s’allongea lascivement sur le drap. Un sourire rassasié sur les lèvres, Jack approcha du lit, se délestant de ses vêtements, et s’agenouillant entre les cuisses du jeune homme, es yeux rivés à ceux de son tout puissant. Jack se débarrassa de tout ce qui faisait obstacle à son dessein peu avouable. Ianto se laissa faire. Jack admira sa nudité alors que, lui, avait gardé son pantalon, mais il passa vite aux choses sérieuses. Il posa les mains sur les hanches du jeune amant et commença un ballet de baisers intimes, très intimes, le long de l’intérieur des cuisses de Ianto qui ne s’attendait pas à un assaut aussi frontal. Des râles timides encouragèrent le chef de Torchwood, qui amplifia ses passages buccaux sur le haut des cuisses puis directement dans la toison de Ianto. Il le prit en bouche et le régala de quelques va-et-vient langoureux. Les mains du jeune homme se baladèrent au dessus de sa tête avant de se cramponner aux coussins. Totalement offert. Une vision de rêve qui donna des ailes au patron. Il déboutonna son pantalon et pénétra Ianto brutalement, sans préavis ni préliminaires. Sur le point de crier, Ianto sentit la main de Jack sur la bouche.

- Ssshh…Fit l’aîné, en continuant son œuvre.

Ianto expira fortement. Il expulsa de l’air chaud par le nez. Un filet d’air rescapé de ses lèvres se fraya également un chemin ténu, vite bloqué par la main du boss en pleine action virile. Jack leva la tête, subitement. Sentir le souffle de son amant sur sa main le troubla. Tout en poursuivant son acte, il se pencha et planta son regard dans celui du jeune homme. Puis, délicatement mais avec une poigne de fer, il ôta la main de sa bouche, la fit glisser sur sa joue, puis un peu plus haut, sur sa tempe chaude et en sueur. Les doigts fermes de Jack finirent leur parcours épidermique dans les cheveux courts de Ianto. Il resserra les doigts entre les mèches drues du jeune homme au bord de l’apoplexie, et colla ses lèvres sur les siennes, fouillant à l’intérieur, tel un chercheur d’or, à la recherche de la merveilleuse pépite aux 17 muscles avec laquelle il comptait bien se payer une bonne tranche de plaisir. Ianto se laissa faire. Pris par surprise, ou tout simplement content que quelqu’un s’occupe enfin de lui. Et pas n’importe qui. Ou encore épuisé, esclave de sa baisse de forme, somme toute normale, avec de telles journées de travail et de tensions. L’orfèvre avant-gardiste, en passe de spécialisation, continuait à dévorer la langue et la bouche de Ianto. Animé d’une faim telle qu’à un certain moment le jeune homme crut sentir la pointe charnue d’une langue frénétique lui titiller les amygdales. Il ferma les yeux et se moqua de lui-même. Jack était une bête de sexe hors concours, certes, mais de là à le doter de pouvoirs magiques ou extraordinaires! Non! Soudain, Ianto sourit. Jack sentit les lèvres sucrées s’étirer adorablement contre les siennes et la langue délicieuse se rétracter, déjà. Fronçant les sourcils, le Capitaine, persistant, prolongea ses baisers. Pas longtemps.

Ianto avait souri, il n’avait pas pu s’en empêcher. Pendant que Jack le tamponnait, que sa main fichée lui tirait un peu plus les cheveux et que sa bouche assiégeait la sienne, Ianto les chevilles sur les hanches de Jack, et Dermott au dessus de leur tête, prit conscience de son impudeur nouvelle, en marge de son flegme habituel. Il souriait encore quand Jack lui asséna le coup de rein tant convoité qui l’envoya au pays de la béatitude. Son cri étouffé alla se perdre dans le souffle de son amant, qui s’effondra sur lui, en nage, et bouillant comme l’or que l’on fait fondre. Le contact de ce corps sur le sien fut acide et doux à la fois. Chaud et électrisant. Frissonnant. La tête posée sur le coussin que Ianto agrippait toujours, Jack lui murmura.

- Dodo.

Ce chuchotis chanta longtemps à l’oreille du jeune homme qui s’allongea sur le côté, et regarda Jack, avec le cœur d’un mélomane charmé. Il déposa un baiser sur son front et lui sourit.

Voilà ce qu’il appelait une journée bien remplie. Il s’endormit rapidement. Jack ne fut pas long à l’imiter.

***

Dans l’appartement spartiate d’Owen Harper.

Le médecin chercha fébrilement le moindre aliment consommable, aux quatre coins du loft. Il n’avait pas eu le temps de remplir son frigo depuis qu’il avait ressenti une faim de loup lui tirailler les entrailles quelques jours plus tôt. En dépit des derniers tests cliniques qui avaient confirmé son retour à la zombitude, Owen restait tracassé. Incertain. Sur le fil du rasoir. Entre deux eaux. Il sentait bien que son métabolisme fonctionnait normalement. Il avait évacué normalement ce qu’il avait ingéré durant la journée de folie qu’ils venaient de vivre. Du café, des beignets, et de l’eau. Tout roulait à merveille. Alors comment pouvait-il être à nouveau mi-mort? Découvrant dans son frigo une portion de toast suspect, préparé avec de la sauce et du Cheddar, il l’engloutit voracement. Mais une faim gargantuesque le tenaillait. Il sortit dévorer une pizza géante à la viande et un boc de bière rousse, sa préférée, avant de changer de crèmerie pour déguster un beignet au chocolat et aux graines de sésame.

Rassasié, Owen rentra chez lui. Cet appétit n’avait peut-être rien de physiologique mais il s’en fichait. Besoin = envie. Et inversement. Il s’écroula, lourd comme un tonneau de bon vin, et passa une belle nuit sans rêves. Il n’entendit pas son téléphone sonner. A presque 4 heures du matin, Tosh n’avait pas fermé l’œil. Elle tentait de joindre Owen. En vain. Et n’eut pas plus de succès avec Gwen, qui jouissait légitimement de son temps de …sommeil dans les bras de Rhys.

*** 

Le lendemain matin, 6 heures.

Le Capitaine fut le premier debout. Mais il ne resta pas seul très longtemps, à sa grande déception. Dermott et Ianto se levèrent presque en même temps et, cerise verte sur le gâteau, Owen Harper pointa en avance, exceptionnellement. Aucun sac de douceurs sur les bras mais un sourire frais et contagieux sur les lèvres.

- Savez quoi? Fit-il en faisant un tour complet sur lui-même, dans une chorégraphie copiée sur celles de Michael Jackson, le regretté. Je crois qu’on a eu tout faux! Je vais bien! Je vais même très bien! Et tout fonctionne. Absolument tout!

- Mais c’est impossible…

- Dermott, rien n’est impossible à Torchwood. Owen, explique-toi!

- J’ai mangé à m’en faire péter le bide, cette nuit. Et, ce matin, j’ai tout légué aux égouts! Comme d’hab! Cadeau d’Owen Harper!

- Ce n’est pas probant, Owen. Les effets de mon ADN sont certainement plus efficaces que ce que nous avons pensé. Voilà tout.

- Et si on n’avait rien compris? Ianto! Café!

- La Faille semble endormie. Avec un peu de chance nous aurons la journée pour nous en assurer.

Jack et Owen se dirigèrent vers Ianto, pour attendre le café. Dermott se prit la tête dans les mains.

- Cet écheveau de présomptions m’a donné mal à la tête! Se plaignit-il.

Owen approcha de Jack et murmura.

- Pourquoi as-tu demandé à ce type de venir nous aider, Jack? Ok, on a eu deux bras supplémentaires mais côté méninges, était-il indispensable?

- Je te trouve bien ingrat! Dermott connaît l’histoire du peuple Anthéa mieux que quiconque…

- Oui, mais ce peuple n’a aucun lien avec ce qui se passe ici!

- Je n’en suis pas convaincu. La piste des weevils était la bonne, sans doute. Mais Anthéa n’a pas encore livré tous ses secrets.

- C’est ça ta décision nébuleuse? Quelque chose nous aurait échappé? C’est quoi cette décision?

- Rien! Rétorqua Ianto en présentant le plateau.

Jack se braqua. Il était temps de soumettre à Owen sa dernière hypothèse.

- Ianto, pourrais-tu aller voir si tout se passe bien dans les geôles? Je dois parler avec Owen et Dermott, de choses que tu sais déjà.

- Jack!

- S’il te plait..

- Comme tu voudras.

Jack, Owen et Dermott se servirent.

- Maintenant que ton cerbère modèle réduit est hors de portée, dis-nous!

- Tout va dépendre des weevils. Nous devons effectuer un dernier test sur eux. Et si la Faille consent à réagir, on les renvoie chez eux. Ensuite, Owen, si ton état satisfaisant décline, j’ai une dernière carte à jouer.

- Laquelle?

- La même. Celle du peuple d’Anthéa.

- Oh non! Quoi encore? Râla Owen.

- Je ne comprends pas, ajouta Dermott.

Jack avala une gorgée de café et reprit.

- Il me reste encore un échantillon…

- Non! Non et non! Tu n’es pas omniscient, Jack! Faut t’y faire! Je refuse!

- De quel échantillon parles-tu?

- L’antidote.

- Ah je savais que tu l’avais ! Mais si je me souviens bien, cet anti-poison était unique!

- Absolument!

- Alors comment l’as-tu récupéré?

- On m’explique ou quoi? S’énerva Owen.

- Il est unique dans le monde d’Anthéa, Dermott. Mais j’ai conservé sa composition chimique. Le sang d’un citoyen lambda, en l’occurrence, un weevil, et celui du …de l’É lu. Résultat: antidote!

- Quoi?

- C’est pourtant simple. Sur la planète Anthéa, l’échange est réciproque. Une belle leçon de partage pour les humains, non? Le peuple devient souverain si le Roi est en danger de mort. Donnant-donnant. C’est magique!

- Oh, mais cet aspect m’avait complètement échappé, Jack! Tu es sûr de toi? La sagesse du peuple Anthéen peut-elle être appliquée aux…weevils?

- Oui.

- Une minute! Tout cela est très joli. Et respectable. Et beau. Et utopique dans le monde des terriens. Mais quel rapport avec nous? Quel effet cet antidote peut-il bien avoir sur notre affaire?

- C’est là que les choses se corsent. Je suis partant pour tester l’antidote au cas où ton état se stabilise dans la journée. Mais j’ignore comment mettre cette arme à profit. L’utiliser sur toi ou sur moi?

- Toi! Toi! Toi! Toujours toi!

- Owen…

- Pourquoi toi, d’abord?

- Parce que je suis plus costaud! Tu ne l’as pas encore intégré ça? Dans ta petite tête de fouine? Si ça dérape, je m’en sortirais. Pas toi!

- Ok, mais je suis le Roi des weevils! C’est à moi de prendre le risque! Et attends une minute ! Si mon état décline, tu feras quoi?

- On en discutera quand les filles seront là, ok?

- C’est ma vie! C’est mon problème! Gwen n’a rien à dire! Tosh…non plus!

- On se calme, Owen! Tout va bien pour l’instant. Nous avons la journée pour nous décider.

- Tu ne gagneras pas cette fois, Harkness! Je te le jure!

Le médecin regagna son labo, sa tasse de café à la main.

- J’avoue que je suis aussi perplexe que lui, Jack.

- Moi aussi. Mais Owen bénéficie encore de mon flux de vie. Cela nous laisse un peu de temps pour mettre au point notre politique de représailles.

- Représailles? Qui nous attaque?

- La mort, Dermott! La mort!

 ***


chrismaz66  (12.09.2011 à 11:04)

- Jack, je ne veux pas te sembler hostile, ni anti-machin, mais je refuse catégoriquement toute nouvelle expérience! C’est bien compris?

 

- C’est moi qui décide!

- Non! Pas là, non! C’est MA vie!

Gwen et Tosh étaient arrivées depuis peu. Elles assistaient, impuissantes, à un combat de coqs en règle.

- Je suis très bien comme je suis! Et tu n’as pas à me réparer! Tu as besoin de mon autorisation pour ça et tu ne l’auras pas!

Dermott et Ianto, réunis dans le coin cuisine, restaient sans voix. Jack et Owen remplissaient à eux seuls le Hub central.

- Tu peux me flanquer à la porte, Jack Harkness! Je ne reviendrai pas sur ma décision! Fais ce que tu as à faire!

- De quoi il parle? S’enquit Gwen auprès de Tosh qui écarquilla les yeux.

- Aucune idée, Gwen!

- Ianto doit savoir!

Gwen se rua vers le jeune homme et le secoua verbalement.

- C’est quoi cette prise de bec? Ianto, si tu sais quelque chose, dis-le!

Devant le silence de ce dernier, Dermott, émoustillé, prit sur lui d’expliquer la situation.

- Jack a un antidote pour tenter une dernière expérience. Mais Owen ne veut rien entendre, miss Cooper.

Dermott ignora le regard rageur de Ianto et saisit la jeune femme par le bras.

- Je ne partage pas du tout les extrapolations de Jack, mais je le connais. Quand il a une idée en tête, difficile de lui faire lâcher le mors.

- L’antidote peut sauver Owen?

- J’en doute! Jack se trompe! Ce sont les weevils qui sont la cause de ce dérèglement génétique. Mais Jack s’obstine à creuser la piste du peuple d’Anthéa.

- Quels sont les risques?

- Je suis désolé. Je n’en ai aucune idée! Nous avions à l’époque à peine évoqué la composition de l’antidote. C’est bien simple, je n’en avais gardé aucun souvenir.

- Au lieu de peser le pour et le contre, vous feriez mieux de dissuader Jack! Rouspéta Ianto.

- Tu as raison. Cela a assez duré! Si Owen s’y oppose, c’est son droit, admit Gwen.

 

Elle alla se jeter dans la fosse aux lions.

- Jack! Cesse de t’obstiner! Owen ne veut rien entendre!

Jack la regarda comme si elle venait d’une autre planète.

- Owen est sous mon commandement! Il fera ce que je lui dis de faire!

- Des clous!

- Jack, explique-moi! S’il te plait! Cet antidote, c’est quoi?

Le jabot gonflé, Jack fulmina intérieurement en voyant Owen sortir carrément de la Base. Il se tourna vers Gwen qui le suppliait de se calmer. Elle dut déployer des trésors de diplomatie pour parvenir à raisonner son patron monté sur ressorts.

- Dermott peut tout te dire. Je…reviens.

- Owen ne veut pas continuer. Laisse-le tranquille, Jack!

- C’est mon intention, Gwen. J’ai juste besoin de prendre l’air. Moi aussi.

La jeune femme courut vers Dermott qui avait rejoint Tosh et Ianto pour un petit café bien mérité.

- Dermott! Cet antidote, qu’est-ce que c’est ?

- C’est le retour de manivelle en cas de danger imminent, miss Cooper. Pour le peuple d’Anthéa, cela fonctionnait de façon exceptionnelle. Mais nous sommes à mille lieux du peuple d’Anthéa et je ne garantis pas que cela puisse marcher dans ce cas précis. Avec Owen en Roi intérimaire et le peuple si primitif des weevils. C’est d’une incohérence et d’une folie sans nom! Jack s’enlise dans le désespoir, je le crains. Il faut absolument le dissuader de tenter cette expérience!

- Je suis d’accord, concéda Ianto, en distribuant ses tasses.

- Il y a quelque chose qui nous échappe, murmura Gwen.

- Owen est en pleine forme grâce au flux de vie de Jack, expliqua Dermott. Mais à court terme sa santé va décliner et redevenir obscure. C’est ce que Jack redoute. Il m’en a parlé. Owen est entre deux réalités, comme Jack. Et cela l’effraie.

- Mais c’est différent, fit Tosh. Jack est différent.

- Quelle clairvoyance, miss Toshiko! Je pense que c’est justement cela qui dérange Jack. C’est cela qu’il veut changer. Il cherche à être aussi humain que vous, que moi. Il part à la dérive, et l’occasion est trop forte pour lui.

- Comment lui faire entendre raison?

- Qui de vous trois le connaît le mieux?

Gwen et Tosh se tournèrent vers Ianto.

- Non, pas moi! J’ai déjà tout tenté! Il ne m’écoute pas!

- Que lui avez-vous dit pour le convaincre? Insista L’expert.

Ianto rosit à vue d’œil. Repensant à la nuit débridée qu’il venait de passer dans les bras du Capitaine. Il n’avait guère eu le temps de lui parler, au fond. Gwen devina son malaise.

- Peu importe! On n’a pas le temps de bavasser! Où est l’antidote?

- Mais il n’est nulle part, miss Cooper. Jack a juste besoin du sang d’Owen et d’un des weevils pour mettre au point l’antidote. Et il a tout sous la main. Vos ADN, et celui des weevils!

- Comment ça? S’étonna Gwen.

- Le Roi et le peuple ne font qu’un. Le peuple peut se substituer au Roi en cas de danger de mort.

- Mais le peuple d’Anthéa est bien plus évolué que celui des weevils. C’est vous-même qui nous l’avez précisé.

- Gwen a raison, dit Tosh. Les weevils ne sont que des créatures dénuées d’intelligence.

- Pas du tout! Pourquoi seraient-elles inférieures? Demanda Dermott. Parce qu’elles ne parlent pas? Non! Ceci est un critère dogmatique et humain. Les weevils communiquent, comme vous et moi. Ils ont sauvé Owen. Du moins, ils l’ont préservé. Sans un mot. Mais tout aussi efficacement. Tout est relatif. Le peuple des weevils est respectable, malgré leur cohésion bâtarde et leurs penchants primaires. Jack les voit ainsi. Et il leur octroie peut-être des qualités qu’ils n’ont pas. Et ça, ce n’est pas bon pour nous.

- Qu’essayez-vous de nous dire, Dermott? Que Jack les considère comme une solution possible? Qu’il ne fait aucune différence entre les weevils et les civilisations plus évoluées?

- Oui, et c’est ça qui me fait peur.

- De toute façon, Owen ne se laissera pas faire, conclut Ianto.

- Les créances morales sont puissantes, Ianto Jones. Et nos deux amis sont aussi bornés l’un que l’autre.

- Tosh, va à la salle des coffres et ramène-nous l’ADN d’Owen! Ordonna Gwen.

- Mais…

- On n’a pas le choix, Tosh!

La jeune femme s’exécuta.

- On va empêcher Jack de faire une connerie qu’il risque de regretter.

- Je ne peux qu’approuver, lança Ianto.

-Vous êtes une vraie tête brûlée, miss Cooper! S’amusa Dermott, en finissant sa tasse. Mais Jack et Owen le sont également. Quel est votre plan?

Gwen sourit, l’air victorieux

- Restreindre le périmètre d'action, et surtout éloigner Jack du labo! Ianto va s’en charger!

Le jeune homme secoua la tête énergiquement.

- Aucune chance, Gwen! Trouve autre chose!

- Bien, si tu baisses ta garde, je m’en occupe! Dermott, descendez au labo et débranchez tout!

- A vos ordres!

***

Plus tard

Le calme enfin revenu, ainsi que les deux principaux concernés, Torchwood put travailler tranquillement. Jusqu’à ce que Jack ne décide de passer à l’acte, têtu et opiniâtre, comme d’habitude.

- Où vas-tu? Lui demanda Gwen, connaissant déjà la réponse.

- Aux coffres!

Toute l’équipe, hormis Owen, occupé à ranger son labo, le regarda s’éloigner, avec le sourire.

- Une chance que vous y ayez pensé, miss Cooper, souffla Dermott, admiratif.

- C’était pas difficile!

- Vous avez des enfants?

Gwen parut confondue par la question.

- Non, pas encore. Mais c’est dans mes projets. Je vais bientôt me marier.

- Je sais. Je disais ça parce que Jack et Owen se comportent vraiment comme deux enfants indisciplinés, vous ne trouvez pas?

- Oh que si! Et d’ici peu, on risque de passer un vilain quart d’heure!

- Pourquoi? S’enquit Owen, en remontant au Hub.

- Parce qu’on lui a confisqué ses jouets!

- De quoi tu parles?

- Jack est allé chercher ton sang, dans la salle des coffres, mais il n’y est plus! Piaffa Gwen, fièrement.

- Vous avez bien fait! Reconnut le médecin, soulagé.

 

Mais à Torchwood, rien n’était jamais acquis, et Jack revint, l’air serein, amplement satisfait. Le doute s’installa dans tous les esprits. Le chef fut l’objet de tous les regards. Il se dirigea, désinvolte, vers le moniteur central, aux côtés de Tosh. Elle interrogea Gwen du regard, semblant lui confirmer tacitement qu’elle avait bien retiré le tube contenant le sang d’Owen et qu’elle n’y comprenait plus rien.

- Tosh, quelque chose ne va pas?

- Non, Jack. Tout est …normal.

- Bien. Après le déjeuner nous ferons de nouveaux examens sur Owen.

- Et ensuite…? Bredouilla la jeune informaticienne.

- Ensuite, nous agirons en conséquence.

- C’est-à-dire?

Jack la fixa d’un air à peine étonné.

- On verra bien!

Gwen, n’y tenant plus, courut vers Jack.

- Et que comptes-tu faire sans le sang d’Owen? Lui lança-t-elle, revêche.

Jack sourit, content de lui.

- Je n’ai pas besoin du sang d’Owen, Gwen. Et il a bizarrement disparu, d’ailleurs! Je ferai un rapport circonstancié sur cette disparition curieuse. Tu fais bien de me le rappeler.

- Sans son sang tu ne peux rien faire!

Enchanté, Jack la toisa.

- Je n’ai jamais pensé à utiliser son sang, Gwen Cooper! Le mien fera l’affaire! Et oui, quand on veut éviter quelque chose, il faut penser à tout! Bande d’amateurs!

- Tu n’es pas l’Élu, Jack! Glapit Owen, fou de rage. Pour qui tu te prends ? Hein?

- Pour votre chef! Grand Dieu, j’en ai plus qu’assez de devoir me répéter!

- Bill Gates n’a pas fait fortune tout seul! Ironisa Owen.

- Certes. Seulement Bill Gates ne vit pas à Torchwood!

- Sans lui, nous ne serions pas là!

- Lui ou un autre, Tosh! Internet aurait vu le jour, et aurait domestiqué le monde entier, de toute manière!

- Que comptes-tu faire avec ton sang? demanda Dermott.

- Mon devoir…

- Pas question! Je refuse!

- Owen, je suis désolé mais je me passerai de ton accord.

- Nous refusons aussi, Jack, se rebella Tosh.

 Jack ne releva même pas et sortit à nouveau de la Base.

- Jack! Où vas-tu encore?

- Cela ne regarde personne, Gwen! Poursuivez! Je reviens !

 Tosh et Gwen échangèrent un regard inquiet.

- Il ne va pas dans les geôles, tenta de se rassurer Tosh.

- Ianto, descends aux geôles et bloque-lui l’accès! Avec lui, on ne sait jamais.

- Ok!

Owen soupira.

- Il m’énerve! Mais il m’énerve!

 ****

Ianto était descendu aux geôles, comme Tosh le lui avait conseillé. Il s’était installé entre les deux cellules où grouillaient une bonne vingtaine de weevils enragés. Un œil sur la caméra directe. Il patientait. Depuis le temps que l’équipe travaillait pour Jack, elle commençait à le connaître et à anticiper ses actions. Ianto ne sursauta pas en entendant la porte principale s’ouvrir. Il ne fut guère surpris de voir Jack entrer. Jack, en revanche, parut étonné de trouver Ianto assis au milieu du couloir sombre et puant!

- C’est quoi ce traquenard? Cria-t-il en approchant.

- Je suis à mon poste, Jack. Je garde l’œil sur les weevils.

- Qui t’en a donné l’ordre?

- Toi! Qui d’autre? Répondit Ianto.

Contre toute attente, Jack sourit en se penchant sur le jeune homme.

- Bien. Très bien. Alors? Comment sont-ils?

- Rien à signaler…

- Parfait! Il ne me reste plus qu’ à remonter. Dans quelques heures, tu seras délivré de tes fonctions peu agréables, j’en suis conscient.

Jack tourna les talons.

- Tu étais venu faire quoi ici? Et par où es-tu passé?

- Vérifier que tout allait bien…Et je passe partout où je veux!

Jack savait mentir comme un arracheur de dents. Sauf à Ianto, qui savait quand et comment ce dernier le menait en bateau.

- La vérité, Jack!

- Contente-toi de surveiller nos invités, Ianto!

Le jeune homme se leva et rattrapa son chef qui était sur le pas de porte.

- Tu vas t’injecter l’antidote? Tu as déjà le sang du weevil? C’est ça?

Un large sourire en guise de réponse, Jack disparut dans le couloir.

- Tu auras beau essayer, ça ne marchera pas, Jack!

N’obtenant aucune réponse, Ianto fit demi tour et regagna sa chaise. Jack avait décidé de n’en faire qu’à sa tête. Personne ne pourrait l’empêcher d’agir. Encore une journée qui allait se solder par un échec, se dit-il, découragé. La mission s’éternisait, à l’image de Jack et d’Owen. Infinis. Indéfinis, l’un comme l’autre, mais aux natures bien distinctes. Ianto se demanda quand Jack en aurait terminé avec ses expériences inutiles. Un véritable casse-tête que cet homme obtus et insatiable, dans tous les domaines. C’était vraiment usant, à la longue.

***

Ianto avertit Gwen que Jack s’était procuré le nécessaire. Comment? Mystère! La jeune femme leva sa troupe.

- Jack a réussi à se procurer le sang des weevils! Tous à vos postes! On le neutralisera si besoin est mais il ne doit pas avoir accès aux seringues. Owen?

- Compris!

- Bien! Cela m’évitera de radoter! Déclara Jack en entrant dans le Hub. Vous êtes tous persuadés que je fais fausse route? Alors neutralisez-moi!

Fier comme un paon et sûr de lui, le chef de Torchwood se posta devant ses sbires renégats. Personne ne bougea. Satisfait, les mains dans les poches, Jack descendit au labo, où Owen l’attendait, de pied ferme. Les deux hommes se toisèrent en silence. Puis l’immortel murmura.

- Je suis ton chef! Tu n’as aucun droit sur moi!

- Je te préviens Harkness! Si tu fais ça, je me casse!

- Tes menaces ne m’atteignent pas, Owen. Tu n’es pas dans ton état normal…

- Oh que si! J’ai envie de te défoncer la tronche! Je suis totalement en accord avec ma nature profonde!

- Laisse-moi d’abord faire ce que j’ai à faire. Et défonce-moi après! Depuis le temps que j’attends ça!

- Je ne plaisante pas!

- Mais moi non plus. Je n’ai jamais été aussi sérieux. Maintenant dégage!

Jack le bouscula violemment et piocha une seringue sur le chariot, sans se soucier du jeune homme. Las de ce combat infécond, celui-ci abdiqua.

- Fais ce que tu veux! Je m’en tamponne!

Owen remonta dans le Hub, et croisa les regards lourds de reproche de Gwen et Tosh.

- Si ça l’amuse! Rien à battre!

 - Jack! Jack! Ne fais pas ça! Supplia Dermott en rejoignant le chef dans le labo. Ce n’est pas toi l’É lu! On a besoin de toi!

- Non, Owen a besoin des weevils! Rectifia Jack en s’injectant le produit miracle.

- Alors pourquoi c’est toi qui testes l’antidote? Et comment as-tu fait pour te le procurer?

- Je suis le chef ici, Dermott. Et je vais le prouver, une bonne fois pour toutes !

 ***

Fin de la partie 10, à suivre.

 


chrismaz66  (12.09.2011 à 11:11)

 

PART 11

 

Depuis le Hub central, où tous s’étaient réunis, excepté Ianto, personne ne put voir le visage de Jack, allongé sur la table, sur le côté. Il leur tournait le dos. Dermott était déboussolé, interdit.

- Que va-t-on faire à présent?

- Attendre!

- Pas question! Renâcla Owen. Je refuse de bosser alors que le patron pique une sieste ! Je rentre chez moi!

- Tu déconnes?

- Pas du tout, Gwen! Je laisse tomber! Je ne suis pas payé pour me rouler les pouces!

- Et que comptes-tu faire, une fois chez toi?

- Dormir!

- Owen, on a besoin de toi! Reste! Je t’en prie!

Tosh le suppliait avec des trémolos dans la voix.

- Pour faire quoi? Dis-moi!

- Pour s’assurer que Jack va bien…

- Et que veux-tu qu’il lui arrive? Un mauvais rêve? J’en fais toutes les nuits des putains de mauvais rêves! Et Jack n’est jamais là pour me rassurer! Personne n’est jamais là!

Dermott s’interposa.

- Très bien, Owen. Nous sommes là, cette fois-ci. C’est tellement plus facile de rejeter les torts sur les absents quand on échoue soi-même à les solliciter, pas vrai?

- En clair, Sigmund?

- Il ne faut pas avoir peur de quémander l’aide d’une tierce personne. Ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est tout le contraire. C’est une marque de confiance. Une volonté assumée de partager avec autrui. Jack est venu jusqu’à moi, malgré sa science et ses pouvoirs hors normes. Si lui a pu mettre de côté son ego, vous devriez y arriver aussi.

- Justement. C’est ce que je me suis demandé. Pourquoi vous a-t-il demandé de venir? Persifla Owen en enfilant son blouson.

Dermott ne parut nullement vexé.

- Parce que comme je viens de vous le dire : il compte sur ses amis pour avancer. Pour progresser. La Faille n’est pas seulement ici, sous nos pieds. Elle l’est dans nos cœurs. Personne n’y réchappe. Pas même Jack.

Owen renifla, moins pour se donner une contenance que pour éviter de répondre. Il ne savait pas quoi rétorquer à cette sage pensée.

- Ianto? Tu peux remonter!

Gwen changea de sujet, voyant son ami embarrassé et hésitant à partir.

- Owen, insista Tosh, viens m’aider à suivre l’état de Jack! S’il te plait! Je sais qu’il ne risque rien mais analysons le processus qu’il a choisi de s’infliger. Qui sait? Peut-être remarquerons-nous un changement sur lui ou sur toi, ou sur les weevils?

- Analyses. Analyses. Processus. Casse-tête intellectuel. J’oubliais ton addiction aux études tordues. Ok, je reste.

- Vous l’avez laissé faire! Mais pourquoi? Vous n’êtes pas bien? Tonna Ianto, débarquant au Hub.

Il se précipita au labo.

- Il dort, Ianto! Il nous refait juste le coup de la belle endormie! Se moqua Owen, en raccrochant son blouson sur la patère.

- Où est son bracelet? S’alarma le teaboy.

- Quoi?

- Son manipulateur de vortex! Qu’est-ce que vous en avez fait?

Ianto avait l’œil pour tout. Surtout pour ce bracelet qui l’excitait plus qu’il ne saurait se l’avouer. Il fut vite rejoint par les autres.

- C’est une blague?

- Merde! C’est vrai qu’il ne l’a plus!

- Bon dieu! Mais qu’est-ce qu’il a foutu?

- Vite! Il faut le retrouver! Allez! Owen, descends dans les geôles. C’est là qu’il était tout à l’heure!

- Pourquoi moi? C’est ton domaine!

- Owen! Tempêta Gwen.

- C’est bon! J’y vais!

- Il a perdu la raison! Pauvre Jack! Se lamenta Dermott, abasourdi, la tête dans les mains.

- Je ne comprends plus rien, là! Avoua Gwen, aussi impuissante.

- Cherchez! Les douches! Dermott, les douches! Indiqua Ianto, plus que fébrile, fouillant à corps perdu le corps perdu de son amant.

- Il ne le retire jamais! C’est vraiment flippant! Ajouta Gwen.

La jeune femme faisait des tours sur elle-même, cherchant où chercher le précieux objet de cuir. Dans le coin cuisine, puis dans le Hub central. Rien. Ianto fit le même constat inquiétant. Jack n’avait plus son bracelet ni au poignet ni dans les poches.

- Je n’aime pas ça du tout!

- Je l’ai !

Tosh avait trouvé le Sésame. Gwen et Ianto la virent se pencher avec prudence au dessus de la mare stagnante qui traversait le Hub. Le manipulateur de vortex de Jack Harkness flottait dans la vase! Avant que la jeune informaticienne ne pose la main sur la gaine de cuir, Owen, Gwen et Ianto l’avaient rejointe. Gwen la saisit par le bras pour l’empêcher de plonger involontairement dans l’eau croupissante. Avec un rictus de dégoût, Tosh parvint à l’attraper et le brandit fièrement, en se relevant. Ianto le lui arracha des mains et le nettoya, l’air sceptique.

- Il est endommagé?

- Non, Gwen, je crois qu’il fonctionne encore.

- Je veux! Un gadget aussi sophistiqué se doit d’être waterplouf! C’est un minimum!

Owen rit à sa propre blague. Tosh esquissa un sourire. Gwen secoua la tête. Ianto continua son nettoyage consciencieux. Dermott revint, à bout de souffle.

- Alors? Vous l’avez trouvé où?

- Ici! Fit Tosh en montrant la mare.

- Mais comment est-ce possible?

- Aucune idée! Ianto, dépêche-toi! Va le lui remettre! Conseilla Gwen, soulagée.

- Ce que nous devons chercher à savoir, c’est si Jack l’a fait délibérément ou pas! Pensa Dermott, tout haut.

- Il s’en serait rendu compte s’il l’avait perdu, dit Ianto depuis le labo. Il perdrait sa tête sans s’en apercevoir mais pas son bracelet.

- Je confirme, renchérit Owen. Il perd souvent la tête sans s’en apercevoir!

- Owen, tu peux faire un break?

- Pourquoi?

- Parce que tu es lourd!

- Pas plus que Jack! Ses conneries nous pèsent souvent. Tu ne trouves pas?

Gwen ne daigna pas répondre. Tous se rendirent au labo, sauf Tosh qui préférait toujours la compagnie des ordinateurs aux humains, surtout en cas de crise. Elle régla son moniteur sur Jack.

- Ianto, toi l’homme à tout faire, tu ne lui as pas tout fait pour qu’il retrouve la raison? A quoi tu sers?

- Owen!

- Quoi encore? Je me renseigne! C’est vrai quoi!

Ianto ne semblait pas avoir entendu les piques du médecin. Le bracelet dans la main, il fronçait les sourcils.

- Ianto? Un problème? Demanda Gwen, en avançant vers lui.

- Il est trop mouillé…

- Tu n’as qu’à prendre mon sèche-cheveux dans mon vanity, plaisanta à nouveau l’inusable médecin.

- T’es con! Lui lança Gwen, amusée.

- J’ai ce qu’il faut! Déclara Dermott.

L’expert alla chercher sa mallette et revint avec un souffleur au design particulier. Une sorte de tube noir en métal terminé par un embout évasé, en métal également.

- C’est quoi ce truc?

- C’est un répudieur d’entités funestes ! C’est ainsi que je l’ai baptisé. Si vous trouvez un meilleur surnom, je suis preneur.

- Oui. Mais encore?

- Une espèce de répulsif anti- spectres. Ne riez pas! Il a fait ses preuves, croyez-moi! Avec ça, je chasse toute particule non désirée sur n’importe quelle matière vivante ou inanimée. C’est un anti-dépresseur!

- Joli! Concéda Owen.

- Tenez, Monsieur Jones. On s’en sert comme un souffleur, un sèche-cheveux, un « pas par là ». Vous voyez, le bouton rouge. Appuyez dessus et en quelques secondes le bracelet sera comme neuf.

Ianto prit l’engin et suivit les instructions de Dermott. Après une ou deux applications, le bracelet retrouva son aspect d’origine.

- C’est efficace. Merci.

- Je vous en prie! Bien! Après cet épisode inattendu, quelle est la suite des événements? Interrogea l’expert en rangeant son matériel.

- On surveille les constantes de Jack. Et on attend.

- Bien.

Tout le monde remonta au Hub central, entourer Tosh et ses écrans. Ianto resta auprès de Jack, le sourcil constamment froncé. Quelque chose le tracassait. Jack ne dormait pas normalement. Le jeune homme allongea le chef sur le dos et l’observa, attentif. Et dubitatif.

- Tosh? Que donnent tes premières analyses? Dit-il.

- C’est encore trop tôt, Ianto! Je n’ai rien de parlant pour l’instant. C’est bizarre, d’ailleurs. L’antidote n’a aucun effet sur Jack, si je me fie à ce que je lis.

De plus en plus perplexe, Ianto se pencha sur le corps inanimé de Jack et sonda son visage avec grand intérêt.

- Inutile d’espérer. De toute évidence, ça ne marche pas! Jack n’est pas l’É lu. Et puis même s’il l’était, cette piste ne donnerait rien. Faut laisser tomber et passer à autre chose. Et de toute façon, il n’est pas l’É lu! grogna Owen.

- Je n’arrive pas à lire dans vos pensées, Owen. Cette histoire d’É lu vous travaille ou pas? Si vous croyez un tant soit peu à cette théorie, pourquoi ne pas le dire franchement?

- Je n’en sais pas plus que vous, Dermott Spears! Au départ, la piste des weevils était la bonne, puis celle des Anthéens, puis à nouveau celle des weevils…Si vous voulez mon avis, aucune de ces pistes n’est la bonne. C’est Jack qui m’a ramené, point barre. Maintenant il essaie par tous les moyens de se dédouaner mais il perd son temps et son énergie, et les nôtres avec! Je lui ai dit ce que j’en pensais, vous êtes tous témoins! Il persiste à se vautrer. C’est son problème, plus le mien.

Owen eut du mal à finir sa phrase en repensant subitement à ce que Jack lui avait affirmé pendant la soirée qu’ils avaient passée ensemble. Le problème d’Owen était le problème de Torchwood. Il s’en voulut de tout mettre sur le dos de Jack. Mais bon sang! Jack faisait la sourde oreille. Si ça lui pète au nez, c’est de sa faute et pas la mienne!

- Owen Harper. Mettez un terme à vos querelles intérieures. Jack a le cœur si grand qu’on y entre sans frapper. Alors cessez vos coups de poings arrogants!

- Que c’est beau!

- Ce n’est pas de moi, miss Cooper. C’est une phrase d’un grand chanteur et auteur français, Jacques Brel. Vous connaissez peut-être?

- Oui! Clama Tosh.

- Non! Murmura Gwen, honteuse.

- Ouais, c’est de la guimauve quoi!

- J’ai du nouveau!

- Oui Tosh?

- Une légère baisse du taux d’hématocrites. Comme pour les résultats précédents. L’antidote commence à faire effet.

- Owen, entrez dans le cœur de Jack sans frapper. Je vous en conjure! Qu’avez-vous à perdre?

- Pourquoi me dites-vous ça maintenant?

- Parce qu’on peut encore sauver Jack!

- Comment? Et le sauver de quoi d’abord?

- De la civilisation - le terme est un peu fort- des weevils! Une dernière projection psychique! Notre ultime chance! Il ne doit surtout pas stagner dans cette entité rétrograde !

- Mais la Faille est inactive, fit Tosh, désespérée.

- Jack est solide. Il peut attendre. Mais Owen, je vous en prie, acceptez! Jack est en train de régresser dans le monde des weevils, et vous êtes leur Roi. C’est à vous de prendre le relais dès que l’occasion se présentera!

- Que dois-je faire?

Dermott sautillait sur place. Un spectacle assez cocasse.

- Dès que la Faille s’activera, vous vous injecterez le sang de Jack et la projection fera le reste!

- Mais quels risques peut-il y avoir? Pour Owen? S’inquiéta Tosh.

- Aucun! Jack avait raison! Allez Owen, faites-moi confiance!

- Non! Non! Non! Jack se réveille! Hurla Ianto, toujours au chevet de l’immortel.

- Quoi?

- En fait, je n’étais pas endormi! Claironna ce dernier, en se redressant sur la table. J’ai tout entendu! L’antidote n’a pas pour effet d’endormir, juste celui de modifier le code génétique.

Ianto ouvrit des yeux ronds comme des billes et poussa la chaise sur laquelle il était assis jusqu’à cogner contre le mur. Gwen, Dermott et Owen descendirent au labo. Décontenancés. Ahuris. Jack se frotta les mains, devant toute son équipe, et se leva d’un bond.

- Dermott, vous m’avez presque fait pleurer avec votre discours! Je suis honoré par tant de sollicitude.

- Jack, à quoi joues-tu?

- Je ne joue pas! Si j’ai bien entendu, ça a marché! Dès que la Faille s’ouvrira, nous procèderons à un dernier échange. Cela nous laisse le temps de préparer notre petit transfert.

- Négatif, Jack! Affirma Tosh, restée derrière ses écrans.

- Pardon?

- Cela nous laisse 15 secondes. Ouverture de la Faille d’ici 14, 13, 12...

- Vite du lorazépam!

- Tenez-le!

- 7...6...

- C’est bon! Jack, reste tranquille!

- Mais qu’est-ce que vous faites?

- Désolé Jack! Dodo!

Owen planta la seringue dans le cou de Jack et recula vers l’autre table. Dermott prépara une seringue remplie du sang de Jack et piqua Owen au bras. Ce qui arracha un cri de douleur au jeune médecin.

- Désolé!

Gwen et Ianto reculèrent à leur tour et attendirent, nerveusement.

- Le mufle! Il ne dormait pas! Quel arnaqueur! Pesta Gwen, malgré elle.

- Je me doutais de quelque chose mais il sait brouiller les pistes! Le bougre! Avoua Ianto, entre amusement et contrariété.

- Dis, il t’a déjà fait le coup du gars mort?

- Yep. Bien que je t’interdise de me traiter de nécrophile, il m’a déjà proposé de le faire raide mort!

Gwen loucha sur Ianto, appâtée comme un vulgaire gardon.

- Tu me fais encore marcher?

- Non! Quand il est mort, il est mort. Pas de réaction!

- C’est à dire?

- Rien! Il voulait me prouver qu’il mourrait toujours pour de bon. J’en ai eu la preuve. C’est tout…

- Vous êtes de grands malades!

Amusé, Ianto approuva d‘un hochement de tête.

- Alors? Demanda Dermott, qui, par bonheur, n’avait rien entendu de la discussion.

- La projection est en cours, confirma Tosh.

- J’espère qu’Owen pensera à lui demander pourquoi il a enlevé son bracelet, soupira Gwen, revenant à une réalité plus pragmatique.

- J’en doute, dit Ianto.

- Moi, je pense qu’il le fera, garantit Dermott.

- Comment savoir?

- S’il a un brin de jugeotte, et s’il m’a écouté, il le fera. Je lui fais confiance.

- Croisons les doigts!

 

Une attente insoutenable s’ensuivit. Dermott resta auprès des deux hommes endormis, tandis que le reste de l’équipe fit corps devant les moniteurs principaux.

- Jack ne dormait pas. Il nous a entendu en train de chercher son manipulateur de vortex. Il l’a donc jeté volontairement, déclara Ianto.

- Mais pour quelle raison l’aurait-il jeté?

- Aucune idée.

- Certainement pour se présenter dans le dénuement le plus total, murmura Dermott. Se présenter à l’inconnu comme un humain à part entière. Je ne vois que cette explication.

- Mais Jack n’a rien d’un humain ordinaire.

- Et cela semble l’affecter, miss Cooper!

- C’est de la pure folie!

- En effet!

- Le programme enregistre des variations biométriques, annonça Tosh. Owen et Jack sont connectés.

- Super! S’exclama Gwen.

***

 

- Je suis le Roi des weevils! Tu n’as rien à faire ici!

- Viens! La place est encore chaude!

- Comment? Jack, tu me fais suer! Je ne veux rien tenter! Tu m’entends? Je suis mort! Pourquoi essaies-tu de changer le cours des choses ?

- Parce que tout est de ma faute.

- Des clous! Rejoins-moi et on sort de cette mélasse pour de bon!

- Aghénouva ben tava deu!

- ?

- Aghénouva ben tava deu!

- Jack?

- Lococit venga bresto!

- Je fais quoi là? Je pige pas traître mot à ce que tu baragouines!

- Kommen!

- Come?

- Da!

- Les weevils sont polyglottes ? C’est bon à savoir! Et je fais comment pour « Kommen »?

- Owen, Kommen! Diague tua mano!

- Esperanto! Ou quelque chose de similaire? Que je prenne ta main? Ok! Ianto ne voit rien, de toute façon!

Owen et Jack étaient debout, face à face. Owen lui prit la main, non sans hésitation. Avec Jack, visité par un corps étranger ou pas, valait mieux surveiller ses arrières. Le jeune homme ferma les yeux pourtant. Le contact de Jack le rassura. Il sentit son corps se détendre. Il commença par distinguer des silhouettes familières autour de lui et de Jack. De sombres silhouettes voûtées et brinquebalantes. Des weevils. Jack avait donc vu juste?

- Help! Help!

- Ah ça, je connais!

- Owen Deus! Free! Pitié!

- Ok!

Des patchworks de visages défilèrent sous le regard du jeune homme. Des weevils, en masse. Mais aussi des visages inconnus, blancs comme de la craie, affables, attirants. Apaisants. Owen garda les yeux clos et se berça avec complaisance dans ce trombinoscope des plus originaux. Se pouvait-il que Jack ait rassemblé les deux peuples dans son imaginaire? Owen se persuada que non. Il était la proie de sa propre imagination débridée et ne voyait que ce qu’il désirait voir. Sa réalité mêlée aux rêves de Jack. Rien de plus. Ou était-ce l’inverse? Non. C’était lui le meneur, pour une fois. Et même s’il ne maîtrisait pas tout du déroulement des apparitions, il se savait à l’origine des choses. Néanmoins, le spectacle trouvait grâce à ses yeux. Il se sentait si bien. Délesté de tout devoir oppressant. Comme à la maison. Lui seul décidait de sa vie. Les appels tacites de tous ces visages se résumaient en un seul cri modéré : Owen était le seul maître à bord.

- Je vous libère.

Jack se prosterna devant Owen. Humble, presque soumis. Les yeux levés vers le Sauveur.

- Danke viel! Obrigado! Choukrane! Merci!

 

Souriant, Owen pressa la main de Jack dans la sienne. Ce dernier resta de marbre, agenouillé devant lui. Les visages s’estompèrent progressivement. Plissant les yeux, Owen Harper fut saisi d’effroi par le dernier visage qui marqua sa rétine. Le visage de …Jack! Mortifié, tordu de douleur, méconnaissable. Ianto n’allait pas aimer!

Le Capitaine se tenait les côtes, toujours à genoux, et le visage attiré par le sol, le fond, l’abîme imaginaire, ou du moins invisible. Jack inspira profondément et se releva. Owen s’empressa de retirer sa main de celle de son chef. La réaction de Jack fut des plus étranges. Il regarda le jeune homme sans le voir. Ses yeux clairs prirent une teinte plus sombre et nuageuse. Owen se demanda qui était réellement en train de le fixer. Jack? Les weevils? Le peuple Anthéen? Ou tout bêtement personne? Ou pire, toutes ces entités à la fois. Owen fronça les sourcils. La silhouette de Jack disparut à son tour, laissant un champ ionique indéfinissable. Owen ne vit plus rien mais il n’avait pas perdu la vue. Tout était blanc, vide, intangible. Un violent coup de tête l’assomma, et c’est là qu’il perdit connaissance.

***

- Je crois qu’ils ont terminé, avança Tosh.

- Tu es sûre?

- Oui. Leur encéphalogramme vient de marquer le pas. C’est terminé.

- Bien! Réveillons-les!

Dermott s’activa autour des deux corps inanimés.

- Un zest de fortifiant pour Jack. Un zest de calmant pour Owen.

- Pourquoi pas l’inverse? S’étonna Gwen.

- Parce que le voyage a dû être plus éprouvant pour Owen que pour Jack.

- Qu’est-ce qui vous fait penser ça?

- Rien en particulier, miss Cooper! Une intuition, c’est tout! C’est ce que j’espère, en vérité.

- Ok!

***

Jack se réveilla avant Owen. Jusque là, tout se passait normalement.

- Alors? Demanda Owen en se redressant.

- Tu te souviens de quelque chose?

- Oui. De tout!

- Raconte!

- Gwen, plus tard. Ok? Comment va-t-il?

- Bien! Il va se réveiller, Jack. N’aie aucune crainte! Le rassura Dermott.

Jack se prit la tête dans les mains.

- Il va s’en sortir. Il a fait ce qu’il fallait. Mais j’ai un fichu mal de crâne!

Ianto descendit au labo.

- Tu vas bien?

- Oui.

- Dis-nous ce qu’Owen a fait.

- Inutile. Il l’a fait. C’est le principal, non?

- Jack!

- Laisse-le se réveiller et il vous racontera.

Jack se leva en se massant le front.

- Bien sûr. Et il nous racontera aussi ses parties de jambes en l’air, ironisa Gwen.

- Ce n’est pas normal que tu aies mal au crâne, s’inquiéta Ianto.

- Un antalgique et c’est bon! Merci de t’en inquiéter, murmura une voix sourde derrière eux.

Dermott, Ianto et Jack se tournèrent vers Owen.

- Quoi? J’ai mal au crâne! Ç a ne vous arrive jamais? Grogna Owen, déjà réveillé.

Jack s’approcha du médecin.

- Tout va bien?

- Yep, impeccable!

- Dermott, un cachet d’Ibuprophène pour Owen, je vous prie.

- Pas de problème, Jack.

 

Le chef de Torchwood remonta au Hub, talonné par Ianto et Gwen.

- Tosh?

- Le lecture des enregistrements va prendre un peu de temps, Jack. Mais je pense que ça a marché.

- Je le pense aussi.

Sans plus de commentaires, Jack s’éloigna du groupe. Ianto prit sur lui de le suivre. Cet échange secret le mettait mal à l’aise.

****

Owen mit quelques minutes avant de reprendre ses esprits. Tandis que dans le bureau de Jack, Ianto serrait les dents devant le Capitaine défiguré par la douleur.

- Jack? Qu’est-ce que tu as?

- Rien! Va t’occuper d’Owen! Maugréa le chef en s’effondrant sur la chaise.

- Il sont tous à s’occuper de lui. Je reste ici! Dis-moi ce que je dois faire!

- Me ficher la paix!!! Siffla Jack entre ses dents.

 

Ianto n’insista pas et quitta le bureau, le cœur mortifié. Jack souffrait le martyr. Il avait la tête prise dans un étau de convulsions et de pulsations qui lui bombardaient les tempes.

 

Au Hub

 

Owen informa ses collègues qu’il ne se souvenait de rien. La projection psychique avait eu sur lui l’effet d’un narcotique puissant qui l’avait lavé de tout souvenir. Comme une hypnose transcendantale parfaitement réussie.

- C’est impossible, déclama Ianto. Jack se souvient de tout! Owen, arrête de nous cacher des trucs et crache ta pastille!

Le ton belliqueux dans la voix du jeune homme plut au médecin.

- Tu veux savoir, pas vrai? Ianto boy! Eh bien, tu ne sauras rien!

- Owen, s’il te plait! Le supplia Tosh, Lasse de ces prises de bec interminables et usantes.

Owen la regarda comme un lapin pris dans les phares d’une voiture.

- Je te jure, Tosh! Je ne me souviens de rien si ce n’est des tas de weevils qui nous entouraient, Jack et moi.

- Et que faisiez-vous parmi ces weevils?

- La question est : que faisaient ces weevils parmi nous, tea-boy?

Ianto garda le silence. Il ne se sentait pas de jouer à qui mieux-mieux avec le fier-à-bras.

- Je les ai libérés, je crois…Finit par avouer Owen, l’air pensif.

- Jack a dit que vous aviez fait ce qu’il fallait! Précisa Dermott, enchanté. Tout est terminé, alors? C’est bien. C’est très bien, mon jeune ami!

- Mais quid des Anthéens? Demanda Tosh. Avaient-ils leur rôle à jouer?

- Oui, répondit Owen. Jack a utilisé le procédé de ce peuple pour s’en servir face aux weevils. Et ça a marché.

- Non, c’est impossible! Le peuple Anthéen est si évolué, si parfait…Si pur!

- Tosh, ce n’est pas ce peuple qui a servi de lien entre Owen et les weevils, déclara Dermott. C’est Jack. Il s’est servi de lui-même pour créer ce lien…

- Qui m’aime me vive…murmura Owen.

- Pardon? S’étonna Tosh.

- Rien. Rien. Tu as raison. Vous avez aussi raison, Dermott. Tout est réglé. C’est très bien comme ça! C’est nickel!

La voix lasse, Owen déserta le Hub, via les couloirs sombres de l’Institut. Il alla se perdre dans le noir, accompagné de sa déception.

- Qu’est-ce que ça veut dire? Fit Gwen.

Dermott soupira et approcha du poste central.

- Tout est redevenu comme avant. Jack est …Jack. Quant à votre ami, il revient à son statut exceptionnel de mort-vivant. Bouh que ce mot est horrible! Disons que rien ne va plus changer dans son métabolisme.

- Mort et vivant pour toujours?

- Mort et vivant pour toujours.

Gwen mangeait ses doigts. Tosh vérifia, avec fébrilité, l’assertion de l’expert. Ianto inspira profondément et alla préparer du café.

Le jeune homme n’était pas convaincu que tout était rentré dans l’ordre. Jack était souffrant et Jack ne devait pas être souffrant. Son esprit était resté en haut, dans le bureau du chef, et même s’il se sentait soulagé, pour Owen, et enfin assuré que Dermott ne tarderait pas à décamper, Ianto se torturait les sens. Tout n’avait pas été clairement dit, et l’incertitude avait le don d’agacer le jeune. Il aimait tout savoir, être au courant de tout, être le centre d’inertie de Torchwood. Et ce n’était plus le cas depuis qu’Owen jouait les fantômes indécis. Ce n’était plus le cas depuis que Jack jouait aux apprentis sorciers. Il avait tout lu des aventures de Harry Potter, seulement le jeune sorcier était diablement moins sexy que Jack ! Avec ou sans lunettes!

 

- Comment va Jack? S’enquit Gwen, en venant près de Ianto, patienter jusqu’à ce qu’il ait fini de préparer le sacro-saint nectar.

- Mal! Il m’a envoyé paître! Je n’aime pas ça!

- Je me demande si on parviendra un jour à boucler cette histoire!

- Tosh, tu ne veux pas aller voir s’il va mieux?

- Pourquoi moi?

- Parce que tu es la plus neutre…

- Qu’est-ce tu veux dire? S’emballa Gwen.

- D’accord, d’accord, Ianto. Il a raison, Gwen! J’y vais!

- Neutre?

- Elle n’a aucun sentiment parasite à l’égard de Jack, dit Ianto, avec un calme remarquable.

- Sentiment parasite?

- Sentiment perturbateur et facteur de subjectivité néfaste! Le béguin, quoi!

- Qui a le béguin pour Jack, à part toi, Ianto? Moi? Je te rappelle que je vais bientôt me marier!

- Et alors?

- Alors? Tu es gonflé! S’offusqua Gwen à court de répartie.

Dermott sourit devant le spectacle attendrissant qui s’offrait à lui.

- Ce n’est pas bien méchant, miss Cooper.

- Mais c’est faux!

- Tout va bien, dans ce cas!

- Ianto, tu as besoin de repos!

- Je ne te le fais pas dire!

- T’es gonflé!

- Je sais. Tu viens de le dire, Gwen! Tiens ta tasse, si tu veux un bon café! Vous aussi, Dermott.

Gwen et Dermott obtempérèrent immédiatement.

***

Tosh ouvrit la porte du bureau et fut surprise de voir Jack, debout, face à la baie vitrée.

- Jack? Comment tu te sens? Fit-elle en refermant la porte derrière elle.

- Comment va Owen?

- Bien. Et toi?

- Ne t’en fais pas pour moi, Tosh.

- Justement. Je m’inquiète pour toi. Et les autres aussi. Owen n’a pas voulu nous dire ce qui s’était passé entre vous. Tu sais pourquoi ? Tu te souviens de tout, non?

Jack se retourna vers elle.

- Owen a libéré son peuple.

- Et il y a gagné quoi?

Jack perçut la crainte dans la voix de la jeune femme. Il lui sourit faiblement. Son mal de crâne n’avait pas disparu.

- Rien. Je suis désolé, Tosh.

- Tu n’as pas à t’excuser, Jack. Tu as fait tout ce que tu as pu, mais si cela n’a pas suffi, ce n’est pas de ta faute.

Jack hocha la tête.

- J’aurais dû le protéger bien avant que Copley ne le tue. D’une certaine manière, je suis responsable.

La jeune femme secoua la tête en s’avançant vers le Capitaine.

- Non! Nous savons les risques que nous encourrons en travaillant ici. Tu n’as pas à culpabiliser.

- C’est trop dur ! Je vous demande trop de sacrifices, Tosh! Tu es bien placée pour le savoir, non?

- C’est ainsi. Nous sommes tes petits soldats. Des soldats fiers de travailler pour toi, Jack! Je t’assure!

Jack glissa ses mains dans les poches.

- Peut-être. Mais c’est quand même trop!

- On est là, tous les jours. Et on ne changerait cela pour rien au monde. Voir ce que l’on voit. Sauver tous ceux que l’on sauve. Connaître des personnes que nous n’aurions jamais rencontrées ailleurs…

- C’est Ianto qui t’envoie?

- Pourquoi me demandes-tu ça?

- Comme ça!

- Peu importe, Jack. Viens, allons rejoindre les autres!

Vaincu, Jack acquiesça. Le Capitaine et la jeune informaticienne sortirent du bureau citadelle. Bras dessus, bras dessous.

***

Plus tard.

 

- Bien, je crois que je n’ai plus rien à vous apporter. Je vais donc prendre congé.

- Dermott, vous restez! J’ai promis un gueuleton et je m’y tiens! Français, ça vous dit?

- Et comment, Owen! Approuva Dermott.

- Tu es sûr de toi, Owen?

- Oui, Tosh! Même si je dois tout restituer à la fin, je compte déguster chaque bouchée de fin gourmet. Et chaque gorgée d’un grand cru.

- Si tu pouvais nous éviter tes visions post-repas, ça nous ferait des vacances. Se moqua Ianto.

- C’est vrai qu’il nous met l’eau à la bouche avec ses fonctions primaires! Surenchérit Gwen.

- Allez-y! Et bon resto!

- Quoi? Tu ne viens pas avec nous, Jack? Fit Ianto, parlant plus pour lui que pour le reste de l’équipe, visiblement abasourdie.

- Non, j’ai …Je dois dormir un peu. Repos. Mais tout va bien! Allez ouste! A demain! Dermott, je compte sur vous pour venir nous dire au revoir. D’accord?

L’expert allait contester.

- Du balai!

- Mais tu n’y couperas pas, Jack! Nous devrons avoir une discussion, toi, Owen et moi!

D’un signe de tête las, le Capitaine donna son accord.

 

Fatigué, mais rassuré, Jack regarda toute sa petite troupe sortir du Hub. Sa migraine était insoutenable mais il avait réussi à bluffer son monde. Encore. Le sourire aux lèvres, il observa ses ouailles s’éloigner des quais, par les caméras extérieures. Puis il ferma les yeux.

Lorsqu’il les rouvrit, quelques heures plus tard, il sentit la présence chaude d’un corps contre le sien. Tel un ange tombé des cieux de la miséricorde, Ianto dormait profondément. Jack résista à la tentation innommable de le réveiller pour satisfaire ses besoins sauvages.

- Repos…Se répéta-t-il, solennellement.

Il réalisa alors que la migraine avait disparu. Avec un remède nommé Ianto, cela ne le surprit guère. Il enlaça délicatement le jeune homme à la peau veloutée et déposa un léger baiser de gratitude sur son front.

- Repos!

FIN DE LA PARTIE 11. 


chrismaz66  (23.09.2011 à 12:36)

PART 12

 

Le lendemain matin

 

- J’ai lancé un balayage électronique de fond pour confirmer le diagnostic, déclara Tosh.

- Et quel est le verdict?

- Il n’est pas terminé, Jack. Je m’y mets tout de suite.

- Jack, il y a deux ou trois détails qui m’ont échappé. Cela vaut bien une petite mise au point, avança Dermott.

- Par ici! Owen, tu es aussi concerné. Avec nous!

- Non! Tout est réglé pour moi! Je me contrefiche des détails!

- Owen!

Le jeune homme suivit ses aînés, contre son gré.

 

Gwen, Ianto et Tosh observèrent les trois hommes s’isoler avec une furieuse envie de se changer en petite souris.

 

- Bien. Dermott, quelles sont vos questions?

L’expert avait apporté un dossier d’un décimètre d'épaisseur, qu’il posa avec soulagement sur la table de la salle de réunion. Il s’avachit ensuite sur sa chaise, franchement éreinté, face aux membres de Torchwood. L’image rappelait fortement les tribunaux militaires, à la différence que Dermott n’était pas celui qui allait devoir répondre aux questions. C’est lui qui allait les poser.

- Je préfèrerais que tu écoutes Owen, avant de commencer…

- Je n’ai rien à dire, marmonna l’intéressé, qui ne l’était guère, visiblement.

- Owen!

- Ce n’est pas grave. Jack, qu’est-ce qui t’a pris de partir en éclaireur sans la lumière des évènements? Tu as joué avec ta destinée. Tu as précipité tes actes dès le départ, en dehors de la réflexion qui pourtant te caractérise si bien, d’ordinaire.

- Réflexion? Non, mon cher ami. Si je donne l’impression de réfléchir, tant mieux. Mais 8 fois sur 10 j’agis impulsivement. Jusque là personne, ou presque, ne peut m’en porter grief.

Jack loucha vers Owen, qui, à sa grande surprise, hochait la tête. Les yeux mi-clos, la moue pensive.

- J’en ai assez de devoir réfléchir tout le temps, Dermott. Et croyez-moi, arrivé à mon âge, l’expérience aide pas mal. Mes neurones sont moins sollicités. Mes automatismes le sont beaucoup plus, mais c’est parfait. Peu contraignant et efficace.

Dermott, secouait la tête, un petit sourire aux lèvres. Il ne semblait pas croire un traître mot de ce que lui avouait Jack.

- Motivé par l’urgence et l’expérience. Sur ce dernier point, je suis d’accord. Rien de tel que l’expérience, la routine, les sentiments de « déjà vu », la sagesse qui accompagne nos rides. Enfin, mes rides.

Jack sourit. Le dialogue allait valoir son pesant de cacahuètes. Oui, il s’attendait à un dialogue, étant donné la silhouette écrasée sur le siège à côté de lui. Owen ne faisait aucun effort. Affecter un quelconque intérêt à la discussion? Perte de temps et d’énergie. Pourtant Jack n’aurait pas su dire si le jeune homme agissait délibérément ou pas. Owen avait les traits tirés, le regard flou, et, chose déroutante, il gardait un silence douteux.

- Dis-moi, as-tu eu le sentiment de devoir te substituer à Dieu?

- A qui? Rétorqua Jack, très sérieux.

- Quoi? Tu n’es pas croyant?

- Mon Dieu à moi est très particulier. Et vous le connaissez…

- Oh je vois. Mais alors, comment nommerais-tu le Roi du peuple Anthéen, et sa capacité à utiliser positivement la seule arme que nous, humains, ne parvenons pas à combattre, la Mort?

- La Mort n’est pas une arme. C’est un élément de la condition cosmique. Un maillon de la chaîne du Temps et de l’Espace. Et de l’espace sans E majuscule. Sans la Mort, ce serait la surpopulation et fatalement un déficit catastrophique, pour ne pas dire meurtrier, en ressources naturelles et en matières premières. Sans la Mort, pas de cérémonie ni de respect. Pas de nostalgie. Rien de ce qui fait que la vie d’un homme est si précieuse, si vulnérable, si chérissable. Pas de souvenirs, pas de regrets, pas de projets non plus. Car au bout d’un moment, l’ennui s’installe, l’être devient blasé de tout, fatigué. Il renonce à faire de nouvelles découvertes, à faire le moindre effort. Il stagne, indéfiniment. Quand il ne régresse pas, bien entendu. Qui voudrait d’une vie pareille? Qui se battrait pour gagner sa place au firmament du spleen éternel?

- Tu deviens poète, Jack! Et tu cites les meilleurs! Mais nous ne sommes pas en séminaire de méditation! Je ne t’en demandais pas tant!

- C’est exact. Je m’étale, et ce n’est pas le moment. S’excusa le chef, en voyant le coude de son voisin glisser jusqu’à cogner le sien. Owen ne réagit pas. C’était officiel, Owen n’était plus avec eux, absent de la discussion. Réprimant un sourire, Jack poursuivit.

- Nous sommes…Je suis là pour répondre à vos questions. Allez-y!

- Ne me dis pas que tu ne te poses pas les mêmes questions? Fit l’expert, surpris.

- Ma foi, peut-être? Quelles sont-elles?

- Le Roi Anthéen, qui est-il pour toi?

- Un sommet de la pyramide des espèces civilisées. Parce qu’il en faut un, n’en déplaise aux anarchistes. La hiérarchie est indispensable. La preuve, elle existe même chez les animaux.

- Que nous sommes…

- Effectivement. Ne comptez pas sur moi pour désigner ce Roi comme un Dieu! Il est juste un témoin privilégié et vital de son espèce.

- Et sur Terre, Jack. Qui serait ce Roi? Ce témoin particulier? Toi?

- C’est ce genre de questions qui vous travaille? Impossible pour moi de satisfaire votre curiosité mystique, Dermott. Je n’ai jamais pris le temps de me les poser à moi-même.

- D’accord, d’accord. J’arrête! Je résume, tu as été motivé par l’expérience, et l’urgence. Rien d’autre?

- Mais vous ne lâchez jamais!

- Professionnel, Jack! Je parle sur le plan professionnel!

Le coude d’Owen glissa à nouveau mais vers l’intérieur. Le jeune homme commençait à rassembler ses esprits et ses bras autour de lui. Bon signe, pour Jack.

- L’affaire du peuple Anthéen. D’où votre présence fort agréable parmi nous, mon cher.

Dermott balaya d’un geste de main rapide l’ironie dans la voix de son vieil ami.

- Les parallèles sont souvent les mêmes, seuls les lieux, les périodes et les espèces changent. Le schéma se répète inlassablement, comme le prouve l’Histoire du Cosmos. Ou celle de l’Humanité. Pas vrai?

- Tout à fait. Bon, je passerai outre le petit détail, ô combien anodin, qui t’a poussé à nous seriner que tu étais le chef de Torchwood. Accès d’orgueil bien naturel en ma présence…

- Pardon?

- Oui, insista Dermott, tu as voulu me montrer que tu dirigeais ta team d’une main de maître. Pas toujours probant, mais je comprends, la situation étant ce qu’elle était…

Jack éclata de rire. Ce qui réveilla complètent Owen. Il se redressa et tourna sa tête de pantin rouillé vers le Capitaine. Leurs regards se croisèrent mais aucun commentaire n’en sortit. Owen était encore dans les vapes. Jack avait un autre chat à fouetter. On venait d’émettre des réserves quant à sa légitimité en tant que chef de Torchwood.

- Je n’ai jamais cherché à prouver quoi que ce soit! Mentit-il, avec emportement.

- On passe outre, Jack. On passe outre. J’en viens à ton précieux bracelet qui n’a pas que des propriétés biométriques et supersoniques. Si j’en juge la réaction de Ianto. Laisse-moi finir! C’est toi qui l’a jeté dans la mare? Tu t’en es débarrassé? Pourquoi?

- Je n’ai rien fait de tel. Il a dû tomber sans que je m’en aperçoi…

- Tu ne dormais pas! Et tu nous as entendu retourner toute la Base pour le retrouver. Si tu l’avais perdu, tu n’aurais pas continué ton petit jeu. Tu l’as jeté. Pourquoi? Demanda l'expert.

- Pour éviter de fausser les analyses…

- C’est nouveau ça? Tu fais semblant de dormir. Tu fais semblant de perdre ton joujou. J’espère au moins qu’avec Ianto tu ne fais pas semblant.

- Owen, si c’est pour me vanner, tu peux te rendormir, tu sais. Personne ne t’en voudra.

Dermott rit franchement.

- Quelle verve!

- Je vous ai connu plus exigeant, Dermott, se moqua Jack.

- N’empêche, c’est une sacrée bonne question qu’il t’a posée. Et nous sommes impatients de savoir la vérité. Alors, accouche!

- C’est le seul accessoire que j’ai pu retirer pour permettre, et là je me re-cite, aux examens de ne pas être brouillés, par ma…mon…

- Ta condition?

- Voilà!

- Je comprends. Et je vous l’avais bien dit. N’est-ce pas, Owen?

Ce dernier lui indiqua son accord d’un signe de tête à peine exagéré.

- Tu aurais vu la tête de Ianto! Il a frôlé l’attaque cardiaque! S'exclama Dermott.

- Dermott, ce qui se passe entre Jack et Ianto, ok, vous pouvez considérer que c’est une histoire de cœur, mais d’où je suis c’est surtout une histoire de…C’est bon, Jack, ne tremble pas! Je sais m’arrêter!

Owen et Dermott échangèrent un petit rire agaçant aux oreilles du chef.

- Assez! Si vous n’avez pas d’autres questions plus intelligentes, je vous laisse entre vous!

- Non, Jack! Pardon! Je t’en prie, au nom de notre amitié!

- De toute façon, le moment est au rapport. Que tu l’exposes ici ou sur papier recyclé, quelle différence? D’ailleurs, j’ai aussi deux ou trois questions pour toi, Jack, lui dit Owen.

- Je t’écoute.

- Tu te souviens de tout, moi pas. Raconte!

Jack lui sourit d’une façon qu’Owen n’avait jamais pu interpréter.

- Tu veux vraiment que je te raconte, devant notre ami et invité?

- J’ai rien à cacher moi!

- Première nouvelle!

- Vas-y! Le défia Owen, totalement réveillé, hélas.

- J’ai vu tout ton passé, et tes angoisses. Tes complexes. Tu veux vraiment…

- Oui !!! Rien ne me fait peur désormais!

- Jack, cela peut attendre que vous soyez seul à seul. Non?

- Je suis d’accord. D’autant que ça n’a aucun intérêt !

Owen écarta les bras et les passa derrière lui, agrippant les barreaux de sa chaise, en une posture de confiance totale.

- Tous ces efforts n’ont mené à rien, si je puis dire. J’en suis désolé. Seulement, il est probable que j’ai tort. Peut-être que cette histoire vous a permis de mieux vous connaître, supposa Dermott.

- C’est le cas, en ce qui me concerne. Rien n’est jamais vain. Si on y réfléchit à deux fois, on peut toujours en tirer une leçon.

- Je croyais que tu ne réfléchissais plus ! Gloussa Owen.

- Sur le moment. Mais après coup, oui, il m’arrive de réfléchir, répondit Jack, acerbe.

- Réfléchir avant d’agir, c’est pas mal aussi, tu sais, ajouta Owen, sentencieux.

- Oh, vraiment?

- On ne va pas refaire l’Histoire, mes amis. Juste une dernière petite chose, et c’est bien que vous soyez là, Owen.

Ce dernier lâcha les barreaux de la chaise et posa les mains sur la table, intrigué.

- Ah?

- Oui. C’est un détail sans doute, mais il me chiffonne. Depuis que Jack s’est donné la mort par le biais de la potion du peuple d’Anthéa. Vous vous souvenez? Partout où je feuillette ces liasses de feuillets, je retrouve ce chiffre et cette dénomination qui, je l’avoue, est incompréhensible pour moi. Vous l’aurez certainement lu, vous-même. Là, par exemple, ce chiffre, à quoi correspond-il?

Dermott tendit une feuille noire de chiffres et de combinaisons mathématiques.

- A gauche, je l’ai souligné en rouge. Vous le voyez?

- Parfaitement…C’est le taux de…

Owen ne termina pas sa phrase. Quelque chose venait de le stopper dans son élan. Ses sourcils se froncèrent.

- Owen? Qu’y a-t-il? S’inquiéta Jack.

Owen semblait être aspiré par cette ligne soulignée en rouge.

- Mais je ne comprends pas…

Il se leva, emportant le feuillet et sortit de la salle de réunion.

- Dermott, soit vous êtes un génie, soit vous aimez semer la zizanie.

- Comme beaucoup d‘experts!

Jack et son ami se levèrent aussi.

 

Au Hub central.

 

- Tosh, montre-moi ton balayage! Vite!

- J’ai eu peur, l’espace d’une seconde, s’amusa Gwen.

- Poste n° 4. Je viens de le terminer. Qu’y a-t-il, Owen?

Le jeune homme ne répondit pas et s’installa au poste indiqué. Il fut rapidement entouré de toute l’équipe. Owen faisait défiler chaque passage lié aux projections psychiques, en commençant par la première mort de Jack, via le poison Anthéen.

- Prends ton temps Owen! Surtout ne ressens pas le besoin de nous expliquer. Fit Jack, contrarié.

- Ok!

Le laconisme du médecin eut le don d’exaspérer le chef. Il ordonna aux autres de reprendre le travail et prit place aux côtés d’Owen et de Dermott, déjà installé. Il voulait comprendre. Et vite. Il observa son subordonné et remarqua, comme Dermott avant eux, le chiffre incriminé qui refaisait surface à chaque analyses, ou presque. Un chiffre qui baissait sensiblement après chaque projection mais qui correspondait toujours à une seule dose chimique. Un chiffre déterminant la composition sanguine de son organisme, comme celle d’Owen. Et même parfois celle des weevils qui leur avaient servi de cobayes. Il prit son mal en patience. Même son médecin en perdait son latin.

Jack se tourna vers Dermott et lui chuchota.

- A votre avis, pourquoi ce chiffre vous a-t-il mis la puce à l’oreille? Vous êtes médecin à vos heures perdues?

- Non, pas du tout. J’ai simplement comparé vos analyses avec celles des projections psychiques que vous avez effectuées dans le passé et ce chiffre n’y figurait pas. C’est peut-être rien du tout. J’avais d’abord pensé que c’était toi qui en étais le porteur, étant donné ton statut. Mais non. Tu as déjà été examiné auparavant et ce chiffre mystère n’est apparu que depuis ta mort Anthéenne.

- Cela vient probablement du poison.

- Négatif. J’ai vérifié. Cet élément chimique n’apparaît que depuis ta mort…

- J’ai compris. Alors, que signifie-t-il?

- Aucune idée, Jack.

- Owen?

- Méthanol, Propanol, polyols, levure, malt…Bon sang mais c’est bien sûr!

- En clair?

Owen fit tourner sa chaise et tourna le dos aux écrans. Il secoua la tête, l’air dépité. Presque énervé.

- Dermott, vous êtes un génie!

Celui-ci s’enorgueillit. Il ne pipa mot mais le compliment faisait plaisir.

- Alcool, lâcha Owen. Les créatures du peuple Anthéen ne connaissent pas l’alcool. Jack Harkness, notre leader, ne connaît pas l’alcool.

Jack allait protester.

- Tu n’en bois plus! Ton organisme l’a oublié!

- Et alors?

- Alors? Quand tu t’es connecté à moi pour mourir, j’étais rond comme un coing. L’alcool a tout gâché. Tu veux que je te dise, Capt’n, on a épuisé toutes nos forces pour rien. Par ta faute! Quand on veut faire de la pâte à crêpe, on s’assure avant d’avoir les bons ingrédients! De la farine, et pas de la poudre aux yeux frelatée! Quelle chienlit ! Capitaine de boulevard !

Owen se leva et disparut dans le labo. Tout le monde venait d’entendre son sermon. Jack resta sans voix. Dermott, encore plus gêné, n’osa pas regarder son ami dans les yeux.

- Oops…finit-il par dire, tout doucement.

Jack le fixa, son visage devint dur, froid, tendu. Gwen s’approcha des deux hommes assis.

- Tu ne pouvais pas savoir, Jack. Tu as fait ce que tu as pu.

Ce fut la phrase de trop pour le patron.

- L’expérience, Dermott, ne vaut que si le cas a déjà été vécu et assimilé. C’est là que j’ai tout gâché! C’est là que j’aurais dû réfléchir! Je suis impardonnable! Si la place de chef de Torchwood vous tente, elle est à vous!

Il se leva, sans un regard pour personne et sortit de la Base. Dermott s’en voulut d’avoir été le grain de sable dans la chaussure du Capitaine. S’il avait su ce que sa trouvaille allait cabosser l’orgueil et l’autorité de Jack, il l’aurait gardée pour lui seul.

- Je suis désolé, s’excusa-t-il.

- Vous n’avez pas à vous excuser, Dermott, dit Gwen, sans comprendre.

L’expert préféra prendre congé. Il partit comme un voleur. Le dossier sous le bras.

- Pourquoi est-ce qu’il s’excuse?

- Aucune idée.

Gwen et Ianto s’interrogeaient dans le vide tandis que Tosh, cachée derrière ses machines, pleurait. Elle était triste pour Jack. Et dévastée par ce que devait vivre Owen, en ce moment précis. Tout ce ramdam pour revenir au point de départ. Ce n’était pas juste. Un tel remous humain qui finissait en chute d‘eau noirâtre. Ce n’était pas supportable. Et elle partageait la détresse des deux hommes. La déception du Prince et la rancœur légitime du Dauphin. Elle les aimait tant. Elle avait tant d’affection et d’admiration pour chacun d’eux. Comment survivre à cet échec par un autre échec?

- Tu devrais aller le voir, Ianto.

- Pas question, Gwen. Il a besoin d’être seul. Et j’ai le vertige.

- Mais qu’est-ce qu’on va faire?

- Rien. Attendre.

- Et Owen? Dit-elle plus bas.

- Pareil.

- Tu ne t’embarrasses pas, toi! Ce que vivent les autres, on dirait que tu t’en fous !

- Gwen!

Tosh venait de rappeler Gwen à l’ordre, en essuyant ses larmes.

- Quoi, Tosh? On ne va pas rester là sans rien faire. Non?

- Que veux-tu faire? Remonter le temps? C’est fichu!

- Rentre chez toi, Gwen! Conseilla Ianto, qui n’avait pas pris ombrage de l’affront fait à son caractère affable. On ne peut plus rien pour eux.

-Alors, voilà? On baisse les bras? Pas moi!

 

La jeune femme prit la direction du labo avant de faire demi tour et sortir de la Base. Quitte à choisir son pourfendeur, elle préférait de loin Jack. Elle n’avait pas toutes les données pour faire entendre raison à Owen. Surtout dans ce cas précis. Jack, se disait-elle, saurait réagir avec plus de recul.

Ianto et Tosh se regardèrent un moment. Leur sourire mutuel s’accordèrent sur le fait que la jeune femme allait vite regretter son désir de médiation. Non mais!

 

- Tu crois qu’on est insensibles, Ianto? Pas assez concernés? Demanda Tosh, en venant le rejoindre à la cuisine.

- C’est toi qui me le demandes? Toi et tes yeux anormalement rouges et humides!

Ianto préparait un thé au jasmin. Tosh sourit timidement.

- On ne tente rien, alors que Gwen fonce dans le tas. Pourquoi?

Ianto passa un chiffon sur la table.

- Parce qu’on les connaît bien. Nos hommes. Et qu’on connaît aussi nos limites. Gwen pense qu’elle peut tout arranger. C’est de l’inconscience. Un complexe de supériorité. Ou tout simplement un moyen de ne pas s’ennuyer.

- Tu as sûrement raison. Mais Owen n’est pas notre …homme, fit la jeune femme, l’air triste.

Ianto lui sourit.

- Jack non plus!

- Oh oh! Mais c’est une insulte à mon intelligence, ça!

Ils rirent enfin.

- Un petit thé au jasmin, ma chère?

- Avec plaisir, jeune homme!

 

Quelque part sur les toits

 

Gwen ouvrit la porte du toit, et admira la vue imprenable sur Cardiff. Une vue majestueuse et criblée de petits points lumineux. Observer la ville de jour avait ses charmes mais ce n’était rien comparé au spectacle nocturne. Elle ne s’aventura pas plus loin. Jack se tenait debout, le dos tourné, certainement loin, très loin d’elle et des tracas qui la bousculaient. Contrairement à Ianto, elle n’était pas sujette au vertige, mais la fatigue et le stress étaient tels qu’elle préféra garder la porte et l’équilibre.

- Jack!

Le Capitaine ne répondit pas.

- Arrête de faire la tête!

- Rentre chez toi, Gwen! Rentrez tous chez vous!

- Hors de question! On a des choses à voir, ensemble.

- On les verra demain! Laisse-moi tranquille!

Gwen hésita longtemps.

- Tu n’es pas responsable, Jack!

Toujours pas de réponse.

- C’était un cas de figure inédit! Comment savoir si on se trompait? C’est impossible!

Jack se tourna vers elle.

- JE me suis trompé. Fin de l’histoire. A demain, Gwen!

- Dermott est parti!

- Il reviendra! Rentre chez toi!

La jeune femme n’insista pas. Vaincue par la fatigue et l'attitude raide de son supérieur. Jack lui tourna à nouveau le dos et reprit sa méditation. Déçue, Gwen regagna l’intérieur du bâtiment.

Elle rejoignit Ianto et Tosh, qui dégustaient leur thé au jasmin.

- Tu nous accompagnes?

- Avec plaisir, Ianto. Je m’excuse pour ce que j’ai dit tout à l’heure…

- C’est oublié. Comment est-il?

- Ton thé? Ou Jack? Le taquina-t-elle. Pas terrible. Nous avons l’ordre de rentrer chez nous. Tous! Et c’est non négociable.

- Tu m’étonnes, là!

- Ok, ça va!

 

Les trois comparses soufflèrent un peu. Ils en avaient oublié Owen, qui s’évertuait, avec maestria, à ne faire aucun bruit.

 

- Bon, allez, à la maison! Décida Gwen.

Les deux jeunes femmes enfilèrent leur manteau. Ianto rangea sa cuisine. Owen faisait le mort. Jack n’était toujours pas revenu.

- Owen, rentre chez toi! Il faut que tu te reposes! Lui lança Tosh.

- Depuis quand les morts ont-ils besoin de repos?

Le médecin consentit enfin à sortir de son trou.

- Owen!

Il les dévisagea, l’un après l’autre.

- J’ai pas sommeil, maman! Il est encore en haut?

La question surprit les autres.

- Il est toujours en haut. C’est sa place, Owen.

- C’est pas un scoop, tea-boy! Je le vois mal mordre l’oreiller!

- Je parlais de sa fonction de chef!

- Owen!

- Et si tu veux tout savoir, mordre l’oreiller, il aime bien aussi!

- Ianto! S’écria encore la Galloise.

 

Elle et Tosh pouffèrent. Owen les imita en tortillant une lingette entre ses doigts.

 

Un peu plus tard.

 

Jack décida qu’il avait assez fait la statue. Ses jambes commençaient à lui rappeler qu’il devrait envisager un petit régime. Lorsqu’il redescendit à la Base, il ne s’étonna pas du silence quasi total. Mises à part les plaintes du ventre de Myfawny, les bourdonnements somnolents des machines en veille et quelqu’un qui s’affairait dans son bureau. La soirée ne faisait que commencer. Il se sentait serein, quoiqu' un peu anxieux. Une récréation avec Ianto ne serait pas du luxe. Il approcha du bureau, la tête baissée, les mains dans les poches, le pas lourd. Un tintement de verres lui parvint. Ah Ianto! Quel majordome très très spécial!

C’est le sourire aux lèvres qu’il poussa la porte du bureau central. C’est avec stupeur qu’il aperçut Owen en train de se servir un verre de whisky. Un autre verre vide était posé sur la table. Owen leva les yeux vers son chef, et s’amusa de son étonnement.

- Je sais, je sais. Tu aurais préféré le minot pour passer une bonne soirée. Pas vrai? Dit le jeune homme en servant un verre à Jack.

- C’est ma cuvée personnelle! Qui t’a permis d’y toucher? Le gronda Jack, l’œil rieur.

- Relax! C’est notre calumet de la paix!

- Pourquoi? Nous étions en guerre? Je l’ignorais.

Jack prit le verre et trinqua avec Owen.

- Cul sec, mon Capitaine!

- Owen, je suis désolé. Tu ne veux vraiment pas que je te raconte ce que j’ai vu sur toi?

- Non! Un jour ou l’autre, tu me le ressortiras. J’ai toute l’éternité pour ça! Et toi aussi!

- Ce n’est pas faux. Mais je pensais que ta curiosité l’emporterait sur ta sagesse.

- Sage? Moi? Tu ne tournes pas rond, Capt’n! Et puis, moi aussi j’ai vu des trucs sur toi!

- Tu ne m’apprendrais rien.

- Que tu crois! Parler des autres, tu sais faire. En revanche, parler de toi…Et qui te dit que je n’ai pas un dossier désormais sur le mystérieux boss de Torchwood, hein?

Jack préféra changer de sujet.

- Tu ne m’en veux pas? Tu es sûr?

- Je t’en veux depuis que je t’ai vu à la clinique, pour la première fois. Je n’ai pas changé d’avis depuis.

- Ce n’est pas une réponse, ça!

- C’est à prendre ou à laisser!

- Comme tu le dis, nous avons tout notre temps. Je t’aurai à l’usure, Owen. Mais revenons à nos moutons. Je suis convaincu qu’on trouvera un autre moyen, tôt ou tard. J‘ai déjà ma petit idée. En fait, je pense que…

- Un mot de plus sur cette histoire de fous et je te jure que même ta mère ne te reconnaîtrait pas! Pas plus que Ianto d’ailleurs! Avale!

Jack but son verre et grimaça.

- Owen, évite à l’avenir d’utiliser des mots comme celui-ci. Ils me font regretter l’absence de Ianto, justement.

- Dégoûtant!

- A ce propos, où est-il passé? Demanda très innocemment le patron.

Owen se resservit un deuxième verre.

- Tu leur as bien donné l’ordre de rentrer à la maison?

Les deux hommes se regardèrent, avant de rire.

- Tu te sacrifies?

- Je te dois bien ça, après tous tes sacrifices inutiles. Une soirée avec toi, c’est pas la mort!

- Drôle comme un fossoyeur. Miraculeusement charitable. Et poivrot comme un Anglais. Bienvenue chez toi, Owen Harper! Toujours est-il que je suis étonné…Et vaguement chagriné.

- Par quoi?

- Ianto! Il n’a pas protesté? Il est parti sans râler?

Le Capitaine ne s’amusait qu’à moitié aux dépens de son interlocuteur. Certes, il était réellement étonné et déçu par l’attitude de son partenaire de lit, mais en l’avouant à Owen, il tournait son désarroi en petit jeu coquin et rassurant.

Owen n’était pas dupe.

- Il a dit, texto : « ça tombe bien car je dois impérativement rentrer chez moi. Affaire personnelle. »

- Tu affabules?

- Nope.

Jack eut soudain le visage grave. Il se rappela qu’il y avait peu de temps de cela, Ianto lui avait déjà parlé d’impératifs personnels. « Je dois me lever tôt, Jack ». Le jeune homme parti régler un problème personnel totalement inconnu de Jack , ce dernier ressentit le besoin de se rapprocher de quelqu’un. Owen ferait l’affaire.

- Tu veux que je te dise un de mes secrets? Quelque chose que seul Ianto sait, et qui a joué dans ma décision de tenter la carte du Roi Anthéen?.

Suspectant une arnaque, Owen se garda de répondre. Il se contenta de fixer son supérieur, l’air mitigé.

- Puisque tu insistes! Eh bien, figure-toi que j’ai eu un rapport assez poussé avec une créature du peuple Anthéen.

Le visage du médecin se déforma.

- Mâle ou femelle?

- Impossible à dire!

- Quoi? Mais attends une minute! Fit le jeune homme, soudain intéressé. Dermott nous l’a peut-être dit, mais ils ressemblaient à quoi au juste?

- A des humanoÏ des, Owen.

- Ben alors?

- Pas d’organe reproducteur visible!

- Hein?

- La télépathie. Tout passait par la télépathie. Même ça!

- Quel plaisir aurais-tu pu avoir à coucher avec …ça?

- Leurs mains. Si longues et délicates. Et la fraîcheur de leur peau. Presque glaciale. Idéale pour tempérer l’ardeur du corps humain. Crois-moi!

- Tu es tordu! C’était un de ceux que la Faille vous avait envoyés? Demanda Owen en servant une autre rasade.

- Affirmatif. Il m’a appris des choses merveilleuses sur son peuple. Sur leur genèse voluptueusement parfaite. Leurs manières aériennes, et leurs esprits lumineux…

Jack ne fut pas mécontent de partager ce souvenir élégiaque. Il se berça calmement dans des pensées si agréables.

- C’est pour lui, ou elle, que tu t’es comporté comme un gamin? Juste pour un coup de…de main? De peau fraîche? Le taquina Owen.

- Non, c’est pour toi! Mais maintenant que tu en parles, je réalise que ce souvenir revient souvent. Ianto commence à s’en plaindre, d’ailleurs. Tu sais quoi? C’est avec Ianto que tu devrais te projeter psychiquement. Là tu en aurais, des tonnes de dossiers compromettants. Car moi, je verrouille.

- Non, merci. Et malgré ton verrouillage, tu n’es pas si hermétique que tu ne le penses, Jack! Crois-moi!

Owen eut un rictus de satisfaction. Ce qui déstabilisa Jack. Pas longtemps. Il finit par sourire au médecin, et trinqua à nouveau, vidant le fond de son verre vide.

Jack Harkness avait sans doute cherché à tuer quelque chose, ou quelqu’un en lui qu’il n’aimait pas. Tout un après-midi passé sur les toits n’avait pas suffi à mettre un mot sur ce quelque chose ou ce quelqu’un. A présent, il était persuadé d’une chose : Owen, comme tous les autres, méritait tous les sacrifices du monde. Dommage que Jack ne l’ait pas compris plus vite. Dommage aussi que les mesures de prévention sanitaires n’aient eu aucun effet sur le jeune médecin. L’alcool est vraiment nocif à la santé. Un troisième verre plein dans la main d’Owen confirma ses tristes conclusions.

- Santé, Jack!

- Santé! C’est exactement le mot auquel je pensais! Un peu d’eau pour moi, si tu n’y vois pas d’inconvénients?

- Du tout. Va donc te noyer dans la Baie! Ma parole, toute une expérience à refaire. Et pour celle-ci, je peux t’aider.

- Non, merci. Mais je croquerais bien un petit encas. Enfin, si tu me promets de rentrer chez toi avant ta "digestion" qui risque de me faire regretter ta présence.

- T'inquiète! Pizza?

Jack leva les yeux au ciel.

- Pizza!

 

FIN FINALE.

****

MERCI à ma fouine beta préférée Evalyre. 


chrismaz66  (23.09.2011 à 12:41)

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