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Série : Torchwood
Création : 12.05.2013 à 15h13
Auteur : Blanche
Statut : Terminée
« Et si vous faisiez partit d'un épisode de TW ? (je n'a pas de bêta lecteur s'il reste des fautes, je suis vraiment désolée) » Blanche
Cette fanfic compte déjà 10 paragraphes
Note : Les personnages ne m'appartiennent pas. Ils sont la propriété de leur créateur. Hormis pour Elisabeth, personnage que j'ai inventé.
Attention : J'écris beaucoup mais publie peu. Il reste sans doute des erreurs. Le style est un essaie pour moi. Enfin j'aimerai dire que j'ai une vie en dehors de l'écriture (malheureusement), donc je ne peux garantir un rytme régulier.
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Au commencement
Elisabeth Clemenson
Je cours, encore et toujours. Je ne dois pas m'arrêter car je sais qu'elle est derrière moi. Mais comment faire ? je n'ai plus la force d'aller où que ce soit. Mes jambes refusent d'aller plus vite et mes poumons me brûlent. Dans ma poitrine, je sens mon cœur cogner à tout rompre. Je sais que je ne suis pas faite pour le sport, d'ailleurs, à part le tir à l'arc… Mon corps n'est pas fait pour courir… Alors je tourne dans une ruelle. Je dois m'arrêter. De toute façon, je n'en peux plus… Il n'y a plus d'échappatoire. Je dois faire face. Mais j'ai si peur. Peur de ce qui me suit. Peur de mourir. Peur que tout s'arrête ici et sauvagement. Alors je m'adosse contre le mur, le souffle roque, cherchant à grand peine l'air humide de la nuit. Mes cheveux se sont échappés de ma queue de cheval pour venir se coller sur mon front mouillé par la pluie et la sueur. Je ne ressemble à rien et le fait d'y penser m'arrache une grimace qui aurait du être un sourire. Je n'ai jamais été belle mais mourir dans cet état…
Je sursaute. J'entends son cri. Je la vois. Elle est là. La créature. Non, je n'avais pas rêvé. Il s'agit bien une chose informe. De loin, on pourrait croire à un humain un peu difforme. Mais de près… La tête est plus grosse, le crâne formant une bosse. La mâchoire… Seigneur… Ces dents, non, ces crocs… Ce n'est pas humain… Une expérience qui a mal tourné ? Je n'ai plus le temps d'y réfléchir. Elle me saute dessus. Je ferme les yeux. Un cri. Pas le mien. Une détonation. Un étrange « picht ». Et plus rien. Je tombe au sol. Je sombre. Le noir.
Et cette voix…
Je reviens à moi lentement. Je n’arrive pas encore à ouvrir les yeux et pourtant j’entends des voix… Je sais qu’on tourne autour de moi. Je comprends aussi qu’un docteur est là. Mais pourquoi ? Je dois être dans un hôpital car j’entends qu’on parle de mes constantes. Si je n’ai jamais été douée pour les sciences en générale, les séries m’ont appris ce que je sais. On dit que je suis ok. Ok pour quoi ? Je me pose tout un tas de question et les voix autour de moi ne m’aident pas. Cet homme parle de moi comme d’une chose sur laquelle veiller. Et puis cette femme que j’entends aussi. Plus posée. Plus consciente de ce que je suis. Enfin c’est ce que je crois. Car je ne comprends pas tout ce qu’elle dit. C’est étrange…
Enfin la lumière.
Je réussis à ouvrir faiblement les yeux. Au début, je ne vois rien qu’un plafond gris. Et puis, lentement, mes yeux s’habituent à retrouver le chemin de la vie. Je vois au dessus de moi une sorte de dalle de béton entourée de mure de briques blanches. C’est étrange pour un centre hospitalier. Je ne sais pas où je suis. Aussi fou que cela puisse paraitre, je n’ai mal à aucun endroit. Mon corps me parait entier. Pourtant je suppose que ce n’est pas normal. Tout de suite je m’affole. Mais… Si je ne sens rien, c’est que je suis morte… ou pire… Oui, je devrais revoir mon sens des priorités, mais ce n’est pas le moment. Mon cœur s’emballe, je le sens. La peur fait son effet. J’ai peur. Peur car au fond de moi je sais que je ne suis pas dans un lieu conventionnel et cela doit se voir. Je ne pense pas un seul instant à mon état et au fait qu’on doit surveiller mon cœur, ma respiration et mon état général. Pourtant ce doit être ça qui alerte. Car je sens qu’on s’approche de moi.
L’homme qui parlait de moi comme une chose se penche au dessus de moi. Je sais que c’est lui avant qu’il n’ouvre la bouche car il porte une blouse blanche ornée de pin’s rond. J’aimerai sourire devant cette tentative d’égailler les choses mais je n’y arrive pas. J’ai bien trop peur. Peur de ce qu’il pourrait me faire, de ce qui pourrait m’arriver, au souvenir de ce que j’ai vu. Pourtant il ne me fait rien et sa bouche boudeuse se fend d’un sourire calme qui pourtant ne se voit pas dans ses yeux marron.
« Elle est réveillée Jack. »
Et puis il s’écarte.
C’est bien sa voix que j’entendais. Une voix calme mais légèrement froide. On dirait qu’il est brisé. Pourquoi je pense à cela moi ? Je m’en moque. C’est moi qui ai un problème, pas lui. Alors, consciente que je dois bouger, j’essaie de me relever. Mais c’est si difficile. Je parviens enfin à décoller mes épaules de la table, car en toute logique ce ne peut-être qu’une table d’opération, quand une poigne ferme mais non violente me clou sur le métal tiède.
« Ne bougez pas. Vous devez retrouver vos esprits. Tout vas bien, vous êtes en sécurité. »
Cette voix… C’est elle que j’ai entendu avant de sombrer. Mais qui est-il ?
Mes yeux se pose enfin sur l’homme maintenant dans mon champ de vison. Je vois sa chemise bleu clair traversée par une paire de bretelle. Son pantalon bleu nuit comme les uniformes d’autrefois, sa ceinture, son étui à pist… Bon sang, mais je suis où ?
Prise d’une panique presque incontrôlable, j’essaie de me dégager. Mais il est fort, bien plus fort que moi et il ne semble pas forcer le moins du monde. Quand j’ose le regarder dans les yeux, je me calme sur le champ. Son regard d’un bleu clair parfait me fixe avec tout l’âge du monde. On dirait qu’il sort d’ailleurs. Son sourire légèrement en coin et ses cheveux lui tombant sur le front me saisisse. Il est beau. Oh, non pas au sens midinette (même, je dois bien l’avouer, il est tout à fait mon genre), mais au sens profond du terme. On dirait qu’il est fait telle une statue. Immuable et belle. Je crois que j’en aurait perdu le souffle si je n’avais pas entendu la voix du médecin se moquer de moi.
« On dirait que tu as fait une nouvelle victime Jack ! »
Et ce n’est qu’éclat de rire à mes côtés. A en juger par ce que j’entends, il y a trois hommes et deux femmes. Mais qui sont-ils ? Où suis-je ? Qu’est-ce qu’il c’est passé dans cette ruelle ? Je veux savoir. Je dois savoir. Alors, lorsque je sens que celui qu’on appelle Jack relâche la pression sur moi, je saisis l’occasion et je saute sur mes pieds. Je dois partir ou trouver une explication. Mais j’ai présumé de mes forces et je manque de m’effondrer au sol. Au moment où mes jambes me trahissent, je sens deux paires de bras forts me saisir et m’empêcher de tomber.
« Vous n’écoutez jamais ce qu’on vous dit ? me tance le médecin.
- Jamais. »
Ma voix est roque quand je lui réponds. Sans doute à cause de la course de tout à l’heure… Enfin… Tout à l’heure… Je ne sais pas quelle heure il est. Je ne sais rien. Alors je cède. Je me laisse faire et j’arrête d’essayer d’aller à l’opposé de leur volonté.
Je les laisse m’aider à montrer un petit escalier. Ils semblent savoir où il faut que j’aille, alors je me laisse guider.
Je profite de ce moment pour regarder autour de moi. Et je n’arrive pas à croire ce que mes yeux voient.
Une colonne d’eau qui tombe du plafond si haut qu’un ptérodactyle vole autour. Des installations en escalier autour de mur en briques blanches comme une ancienne station de métro. Des ordinateurs, des câbles et tout un tas de choses. Non, je dois rêver. Je ne suis pas remise de mes émotions. Pourtant, quand je regarde le visage des deux hommes qui me soutiennent, je peux voir un sourire. Léger, peut-être moqueur mais sans malveillance j’en suis certaine. C’est comme s’ils savaient que je n’arriverais pas à croire ce que je voyais. Quand à moi… En effet, je n’arrive pas à y croire et j’imagine clairement mes yeux ronds. Je suis complètement perdu.
Tout s’arrête enfin de tourner dans mon esprit que je suis enfin assise. Je me trouve dans une salle de réunion qui se trouve au bout d’un long couloir. J’ai l’impression d’être dans un labyrinthe. Au mur se trouve un écran de grande taille. Pas de doute sur la raison de cette pièce. Une fois assise dans un siège sombre, je vois apparaitre une tasse de thé brulant. Un homme que je ne connais pas, qui semble discret et effacé, me le pose dans un sourire compatissant. Moi qui n’aime pas ce sentiment, je vois pourtant clairement sa gentillesse. Sa voix à lui est douce et chaude. Il ressemble un peu à un majore d’homme bienveillant.
« Tenez, ça vous fera du bien. Tout se passera bien. N’ayez crainte. »
J’ai l’impression qu’il sait ce qu’il fait. Ca fait chaud au cœur. Je me sens moins seule. Pourtant il n’y a plus personne dans la pièce. Alors j’entours de mes mains la tasse bouillante et laisse la chaleur me faire mal. C’est comme cela que je me sens vivante. Cette chaleur s’insinue en moi et me calme. Enfin j’arrive à mettre de l’ordre dans mes pensées. J’essaie de résumer la situation.
Je me trouve dans un lieu que je ne connais pas, visiblement sous terre car je n’ai vu aucune fenêtre. Les gens autour de moi ne semblent pas surpris le moins du monde de voir voler un dinosaure. Ils savent tous leur rôle. Instantanément je pense à une organisation militaire. L’homme, Jack, en uniforme me le prouve. Marine ? Aviation ? Je ne sais pas. Mais c’est certainement ça. Alors d’instinct, je cherche la caméra qui me filme. On ne laisse personne dans un tel lieu, seul sans surveillance. Mais je ne la trouve pas. Pourquoi ce ne m’étonne-t-il pas ? Pourtant je me sens observé…
Au bout d’une éternité (tout du moins pour moi), il entre enfin dans la pièce, seul. Ce Jack vient sans doute tout m’expliquer. J’ai hâte de savoir.
Capitaine Jack Harkness
Ce n’est pas le moment de trainer. Encore une fois l’alarme retentit dans la base, signe que nous devons y aller. J’aime ce moment où tout le monde se met en route. Chacun sait ce qu’il doit faire. C’est comme cela que j’aime guider mon équipe. Je sais comme cela qui tout le monde est solidaire. Ca n’a pas été facile au début, surtout avec Gwen. Mais je sais maintenant que je peux compter sur eux tous. Je les aime tous.
Je sors de ma rêverie un peu trop brutalement à mon gout. C’est Owen qui vient de me taper sur l’épaule. Ils m’attendent. Alors je vérifie que j’ai bien mon pistolet et ma bombe et j’y vais. Je cours jusqu’au SUV pour me rendre sur place. C’est notre devoir.
Ianto au volant suit les indications de Tosh. J’ai l’impression qu’il va se passer quelque chose aujourd’hui… enfin, cette nuit. C’est comme un sentiment au fond de moi. Pourtant j’ai vu le futur. Je sais que ce n’est pas pour ce soir. Mais je ne peux chasser ce sentiment en moi qu’une chose va nous bouleverser tous. Mais quoi ?
Je n’ai pas le temps de réfléchir plus avant. Les pneus du véhicule noir hyper sophistiqué crissent sur le goudron mouillé. Encore un soir où il pleut. Ce que j’aime ce temps… Nous sortons tous de la voiture au moment où le weevil travers la rue en face. Mais il n’est pas seul. Non. Je ne l’ai pas vu, mais Owen hurle qu’il poursuit une jeune femme. Voilà ce que je craignais. En général, nous arrivons avant que ces créatures s’en prennent aux humains. Mais cette fois… Je connais l’endurance de ces aliens. La jeune femme n’a aucune chance, surtout en passant dans cette rue. Mais je refuse de laisser tomber. Sa vie est entre nos mains.
« Tosh, Owen par la droite. Gwen, avec moi. »
Je sais que je n’ai pas besoin d’en dire plus. Ils savent ce qu’ils doivent faire. Je prends Gwen avec moi car j’ai confiance en elle. Oh, en toute l’équipe aussi, mais… Il y a autre chose. Comme un lien plus fort entre nous. Mais ce n’est pas le moment d’y penser. J’ai d’autres aliens à fouetter. Je sors mon arme et ma bombe anti weevil et je pars en courant. Je sais que Gwenn me suis. J’entends ses pas raisonner. En revanche, je n’entends plus ceux de la jeune femme. J’espère ne pas arriver trop tard.
Jamais je n’ai trouvé une ruelle aussi longue. J’ai l’impression que nous n’y arriverons jamais. Mais alors que je pense que c’est la fin, je vois la créature sauter contre un mur ? Non, la jeune femme, à bout de souffle, les yeux fermés, blanche de peur. Je sais ce qu’il me reste à faire.
La détonation de l’arme de Gwen fige la créature dans son élan. Elle retombe au sol et nous regarde. Tout va très vite. Personne ne réfléchit. Je m’élance vers elle, l’asperge de produit anti-weevil et je laisse faire Owen qui vient d’arriver avec Tosh. Je sais qu’ils maitriseront la bête sans moi. Je dois me diriger vers la forme humaine entrain de s’écrouler au sol. Je lui saisis doucement la taille. Elle n’est pas ordinaire, cela se sent tout de suite. Je ne suis pas du genre à juger sur le physique. Avec toutes ses années, j’ai eu le temps d’apprendre que l’âme est plus importante. Mais je ne peux pas m’empêcher de la regarder. Elle est si pâle. Normal quand on pense mourir dans l’instant. Ses cheveux trempés collent à son visage rond, lui donnant un air sauvage qu’elle doit être loin d’avoir. Le reste, je n’ai pas le temps de détailler. Je la soulève dans mes bras aussi doucement que possible, en peinant un peu, tout en lui parlant calmement.
« Ca va aller, je vous le promets. »
Je ne sais pas si cela est vrai. Tout ce que je veux, c’est l’aider un peu. Je dois la ramener à Torchwood pour qu’Owen puisse l’examiner. Ici, dans les rues de Cardiff ce n’est pas le lieu. Il y a bien les hôpitaux comme essaie de me dire Gwen, mais je ne peux pas. Il faut que je l’emmène. Je ne sais pas pourquoi. C’est comme cela.
Quand je l’allonge sur la table, Owen râle, comme toujours. Parfois il peut vraiment être pénible. Mais je ne lui en veux pas. Il a raison au fond, elle n’a rien de grave, sinon une très grosse frayeur. Pourtant il fait son travail. Il l’examine. Je vois du haut de la rambarde, avec Gwen, qu’il agit un peu rudement. Comme il l’aurait fait avec une chose que l’on croit cassée et qui ne l’est pas. Quand sur le mur ses signes vitaux apparaissent, je peux voir qu’elle a vraiment dû avoir peur. Je sais reconnaitre l’adrénaline et son corps en est plein. A tel point qu’elle s’est évanouit. Mais il ne faudra plus longtemps avant qu’elle émerge.
« Elle est Ok. »
Owen et sa délicatesse. J’aime entendre la voix de Gwen, plus douce mais moqueuse parler à notre médecin.
« Owen, elle vient d’avoir la peur de sa vie. Soit un peu gentil. On sait qu’elle n’est pas ton genre, mais tout de même. Et puis si Jack à voulu l’emmener ici, moi, je lui fais confiance. J’ai appris ici que rien n’était dû au hasard !
- Tu parles ! »
Owen est ce qu’il est mais au moins, il fait du bon boulot. Pour preuve les battements de cœur qui commencent à s’affoler. Notre invitée commence à revenir. Et le docteur se penche sur elle. Un instant je sais qu’il se revoit comme à l’époque où il était médecin. Mais cela me semble, à moi, il y a si longtemps.
Rapidement je comprends que notre invitée essaie de lutter pour reprendre le contrôle. Mais ce qui m’étonne c’est de la voir si vite évaluer les choses et comprendre qu’elle doit se lever. Elle regarde Owen comme un lapin prit dans les phares. C’est étonnant car elle ne crie pas. Non. On dirait qu’elle veut simplement comprendre. Mais elle essaie de se lever. Je dois l’arrêter, sinon elle va de nouveau sombrer. Je profite du temps que me donne l’aller pour la regarder. Elle porte un jean sombre et un T-shirt violine qui ne mettent pas en valeur son corps. Elle ne doit pas s’aimer. Je sais les ravages de l’esprit qui se déteste. Et cette jeune femme allongée sur la table, au corps généreux doit se haïr. Pourtant elle n’est pas laide et l’on voit qu’elle prend soin d’elle. Ses cheveux sont colorés d’acajou, ses yeux portaient la trace d’un maquillage discret et ses ongles sont faits… C’est là tout le paradoxe des femmes.
Je m’approche d’elle et elle essaie justement de se lever. J’appuie à peine sur ses épaules qu’elle se retrouve allongée. Elle n’a pas beaucoup de force et tant mieux. Je n’ai pas envie de la brutaliser. Puis elle me regarde. Ses yeux sont verts et gris à la fois. Une couleur magique. Elle semble captivée par ce que je suis et l’espace d’un instant, j’ai l’impression qu’elle lit en moi comme dans un livre. C’est assez déroutant. J’ai l’impression que le temps, pour elle, c’est figé. Mon temps à moi ne passe plus depuis tellement longtemps… Puis la blague d’Owen les fait rire. Tous. Ils sont donc tous venu voir le réveille de la Belle au Bois Dormant. Et je ris avec eux. Cela fait du bien.
Erreur fatale. Je relâche mon attention. Bon sang, cette femme est prête à tout on dirait pour sauver sa peau. La voilà dejà debout. Bien. Alors voyons son état…
Mauvais choix. Il faut que je la rattrape. Owen agit de même et nous l’empêchons de tomber tête première sur le sol.
« Vous n’écoutez jamais ce qu’on vous dit ? »
Tient, Owen la gronde gentiment. On dirait qu’il vient de retrouver son humanité. Mais c’est la voix roque qui lui répond qui m’étonne. On dirait qu’elle a hurlé pendant des heures. A y réfléchir la course qu’elle a mené à dû vraiment la marquer. Alors que nous la soutenons, je regarde Owen. Il me fait un signe de tête. Nous l’emmenons donc dans la salle de réunion. Ce qui est bien avec une équipe c’est qu’il n’y a pas besoin de parler.
Le voyage à la salle de réunion n’est pas long mais j’ai le temps de voir la demoiselle fort étonnée de voir notre base. A vrai dire, ici, rien n’est normal mais nous n’y faisait plus attention. Pour nous, tout cela est banal. Pas pour elle, ce qui nous arrache à tout deux un sourire bienveillant. Elle ne comprend pas et ne veut pas croire ce qu’elle voit. Cela s’entend. Mais aucun de nous n’ouvre la bouche. Ce n’est pas le moment. C’est à moi et à moi seul de le faire. De lui expliquer. De gérer.
Nous l’asseyons sur une chaise, face à l’écran et dos à la porte. De ce fait, elle n’aura pas envie de fuir. Et nous sortons. Au passage, je demande à Ianto de lui porter une tasse de thé et de veiller sur elle. Je sais l’effet que ça fait. Elle doit se sentir seule, perdue, effrayée. Même si elle essaie de lutter, comme nous l’avons vu quand elle c’est levé. Mais rien n’est jamais simple.
Je sors rejoindre l’équipe.
Ce qui me fait chaud au cœur, c’est de voir tout le monde occupé. Toshiko à son ordinateur, entrain de faire des recherches sur notre invitée. Owen entrain de nettoyer son « labo ». Gwen entrain d’observer l’écran nous montrant la salle de réunion. Comme toujours cette dernière veille sur les autres. C’est un ange. Je m’approche d’elle calmement, et j’attends qu’elle parle. Je sais que cette histoire la retourne, comme à chaque fois que ça touche les gens ordinaires. Elle ne peut pas s’en empêcher. Mon regard sur l’écran, je vois notre invitée qui ne bouge pas, les mains autour de sa tasse. J’entends alors Gwen.
« Elle va se brûler…
- Elle cherche à voir qu’elle est vivante. Regarde… Elle comprend lentement qu’elle est observée. Elle a beaucoup de flaire, c’est étonnant.
- Elle, c’est Elisabeth Clemenson, 25 ans, célibataire, vivant encore chez ses parents, employé dans une caisse de retraite et bientôt en fin de contrat. Rien à dire d’autre. »
Comme toujours Tosh est professionnelle. Elle ne sourit pas quand elle bosse et pourtant c’est une super fille. Elle vient de me donner tout ce dont j’avais besoin. J’en sais assez sur elle pour me lancer.
Je me rends dans la salle de réunion. En chemin, je croise Ianto que je remercie pour avoir veillé depuis la porte sur Elisabeth. Il rejoint les autres pour voir et entendre comment je mène mes affaires. Pas besoin qu’il me le dise. Je sais ce qu’il se passe dans mon équipe.
Je rentre dans la pièce seul. C’est le moment de tout lui expliquer. Elle a hâte de savoir.
Chapitre 1 : Premier contacte
Elisabeth
Je le regarde entrer et je me demande ce qu'il va se passer. Je ne comprends pas ce qu'il fait ici. Il fait le tour de la table pour venir s'asseoir à côté de moi. Son visage ne laisse rien paraitre. Je n'arrive pas à lire en lui et cela me trouble. Pourquoi il agit ainsi ? J'ai l'impression que quelque chose de grave va se passer. Pourquoi ? je ne saurai le dire. C'est quelque chose dans l'air. Peut-être aussi dans son regard. Ce regard bleu qui me donne l'impression que le temps c'est arrêté. Quand il croise les mains sur la table, je peux voir à son bras gauche une sorte de bracelet de force en cuir usé. Cela me fait légèrement sourire mais il n'y a pas de quoi. Ses manches de chemise retroussée à l'ancienne et son sourire me donne l'impression qu'il n'est pas de cette époque. Je sais que cela ne se peut mais mon esprit a enregistré la présence d'un dinosaure, alors pourquoi pas le voyage dans le temps ?
Mes propres réflexions me font sourire et secouer la tête. Je dois devenir folle. Oui, c'est ça. Il va me dire que j'ai été droguée et que tout cela n'est rien. Et je vais rentrer chez moi… Chez moi… ? Mes parents. Ils doivent se faire du souci. Beaucoup de soucis. Je lui avais dit que je rentrai après le restaurant. Mais je ne suis pas à la maison. Bon sang…
Mon affolement doit se voir car Jack me sourit calmement. Il a quelque chose de rassurant. De tellement rassurant. Je me calme un peu sans réussir cependant à être sereine. Je dois lui demander s'il a prévenu ma famille. Alors je prends mon courage à deux mains et je me lance.
"Ma fam…"
Ma voix me parait trop roque. Alors je me racle la gorge afin d'obtenir un son plus proche de ma tonalité. Cela semble marcher. Je reprends le contrôle de mes cordes vocales mêmes si je sais qu'aucun son plus fort qu'une parole ne sortira.
"Je dois prévenir ma famille. Mes parents m'attendent… enfin… ils vont comprendre que je ne suis pas rentrée, ils vont se faire du souci. Je dois les prévenir."
Je cherchais des yeux une approbation, un signe. Mais rien. Cet homme me regarde comme s'il me voyait pour la première fois. Je ne sais que faire. Je cherche à gagner son aide. Mais rien. Alors je tente le tout pour le tout. Le sourire faible assortit du "s'il vous plait" de circonstance. Et alors que je pers tout espoir de me sortir de là, il me tend son téléphone. Mais plus que son geste, ce sont ses mots qui me figent.
"Vous pouvez les appeler. Mais ne dites pas où vous êtes, ce que vous avez vu. Je ne devrai pas vous laisser appeler. D'accord ?"
Sa voix est douce mais ferme. Je comprends qu'il est dans mon intérêt d'obéir. De toute façon, il a tout pouvoir sur moi. C'est rageant mais… Je n'ai même pas peur. Je compose alors le numéro et j'appelle. Je ne sais pas quelle heure il est et je m'en moque. Ils doivent comprendre.
Jack
Elle avait l'air si perdue que je ne pouvais faire autrement. Elle devait appeler ses parents. Je sais que ce n'est pas dans notre intérêt et qu'elle pourrait parler. Mais dire quoi ? non, elle semble raisonnable. Elle semble ne pas avoir peur et j'ai du mal à comprendre pourquoi. Son sourire si triste m'a fait mal. Peut-être parce que je ressens sa solitude. Je ne sais pas.
Elle compose le numéro et je me lève pour rester poli. J'écoute d'une oreille ce qu'elle dit, mais je lui fais confiance. Elle ne leur dit que des banalités et je souris quand la base et moi devenons Julia une ancienne amie et un repas trop long qui c'est finit chez ladite copine pour pas rentrer trop de nuit. Je n'avais pas tenu compte du fait qu'elle en savait pas qu'il était 7h du matin. Elle réagit bien à cette conversation. Mieux que ce que j'aurai pu imaginer. Elle est vraiment unique. Elle arrive à raccrocher rapidement malgré tout ce que cela implique pour elle. Elle est "prisonnière" ici et pourtant elle réagit normalement. Elle doit avoir une sacrée force de caractère.
Elisabeth pose le téléphone sur la table et me regarde. Ses yeux verts semblent fixés sur moi, c'est terrible. Je ne peux plus réfléchir quand elle fait cela. Tant de questions dans ses yeux et si peux de peur… Je m'approche lentement, reprend mon téléphone et m'asseoit de nouveau. Je sais que je lui dois beaucoup mais que dire pour commencer ? Je me lance. Je prends une voix aussi calme que possible. Je lui raconte tout, je vois comment elle réagit et en dernier recourt, j'utilise le retcon. Oui.
"Je suis le Capitaine Jack Harkness. Vous êtes ici dans le cœur de Torchwood, une organisation secrète indépendante du gouvernement et plus autonome que la police. Vous avez été attaqué par un Weevil, un extraterrestre. Nous essayons de les combattre, ici, à Cardiff."
Je m'arrête ici. La pauvre jeune femme est interloquée. Je pensais qu'elle me dirait que j'étais fou, que je disais n'importe quoi. Au pire, qu'elle allait crier. Mais non. Elle me regarde dans les yeux, comme si tout ce que je venais de lui dire était normal. J'avoue ne plus savoir ou j'en suis exactement.
Elle ne dit rien. Semble absente. Ses yeux verts ne montrent rien. Mais pourquoi ? Elle ne rejette rien en bloque, elle attend. Elle attend la suite. Mais je ne peux rien ajouter de plus pour l'instant. Alors le silence. Un silence qui dur. Et puis sa voix. Légèrement brisée.
"Alors… Tout est vrai ? Qu'allez vous faire de moi ?"
Cette dernière question était dans touts les esprits. Je sais que mon équipe se pose la même. Mais pour l'instant je ne peux pas répondre. Je ne connais pas encore cette réponse.
"Oui. Tout est vrai. Mais ça ira. C'est promis."
Je ne sais pas comment elle va réagir et cela me fait peur. Il semble qu'elle veuille être celle que je crois et elle ne dit rien. En tout cas rien de ce qui est attendu dans une telle situation. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi elle reste si calme. Que je fasse cela est tout à fait normal. Mais elle ? Non. Il y a quelque chose que je ne comprends pas. Vraiment. Et cela ne m'arrive pas souvent. Je suis désemparé devant de telles yeux qui me regarde sans comprendre ce que j'attends d'eux. Mais à vrai dire je ne le sais pas moi non plus. Quand elle ouvre de nouveau la bouche, sa voix cette fois n'est qu'un murmure. Elle semble avoir perdu toute envie de combattre et cela est plus que désolant. Mais je n'ais pas le choix. Je dois l'écouter et répondre. Être franc si possible.
« Qu'allez vous faire de moi? »
Si seulement je le savais. Si seulement je pouvais le savoir. Mais la relâcher dans l'état des choses n'est pas possible. Le retcon ? Non. Cela ne me plait pas plus. Alors je prends le temps de réfléchir.
Elisabeth
Pourquoi il ne répond pas ? Pourquoi il me laisse dans le doute. Si j'ai bien tout compris, je suis dans une organisation qui traque les extraterrestres. Bon... D'accords. Que cela existe est assez fou, mais admettons... Nous croyons bien en Dieu après tout... Et j'ai toujours rêvé qu'il y avait une autre vie, ailleurs. Mais pourquoi ne pas répondre ? Pourquoi ne pas dire ce qu'il va faire de moi ? Je ne peux pas le lire sur son visage et pourtant je sens le doute. Ce doute qui me fait si mal...
Alors, lentement, je repose ma question. Une troisième fois. Je veux ma réponse. Je l'aurais. Cet homme de tant d'expérience de la vie ne me répond pas. Alors il n'y a qu'une solution pour moi. La mort.
Ils vont me tuer. J'en suis persuadée. Et j'ai peur. Peur au point de sentir mes mains trembler. Je ne me contrôle pas. C'est plus fort que moi. Je suis persuadée qu'il entend mes muscles trembler. Comment ? Je n'en sais rien. Mais il me regarde. Son regard est calme, presque doux. On dirait qu'il sait ce que je ressens. Mais comment ? Je n'en sais rien. C'est terrible ce sentiment.
Puis il sourit. Doucement. Je vois ses mains se décroiser et bouger. J'ai peur. Peur que ce soit la fin. Peur de mourir... Quoi que mourir à ses côtés pourquoi pas... Non mais je délire là ? Je pense à quoi ? Je sais que je suis en manque affectif mais quand même. Et puis tout va très vite. Il approche sa main. Doucement, lentement. Il la pose sur la mienne. Sa main est si douce. Si chaude. Si...
Un éclair.
Une sensation étrange.
Une pensée.
Sa pensée.
Ma pensée.
Plus rien.
Plus rien que le vide. Je ne ressens plus rien. Je n'entends plus rien. Il y a seulement le vide. Non ! Pas le vide. Je vois une lueur au loin. Une lueur brillante qui m'appelle. Ce ne peut être que la fin je crois. On a toujours dit qu'il y avait une lumière au bout d'un tunnel, alors pourquoi lutter. Je me laisse porter loin vers elle. Je flotte. J'ai l'impression de flotter et je me sens bien, tellement bien.
Et puis la lumière m'agresse. J'entre par cette petite porte qui me tend les mains. Je ne sais pas où je suis. Je vois une plage... Du sable... Une lumière jaune, très jaune m'éclaire. Moi ? Non, nous. Au loin, je vois deux enfants jouer avec leur père. Ils ont l'air si heureux. Je comprends que c'est le père quand l'un des deux dis « papa ». Ils sont tellement bien. Et puis le plus âgé des garçons me regarde...
Ses yeux sont si bleus, si beaux. J'ai comme l'impression de les connaître. Ces yeux qui me fixent comme s'ils me voyaient vraiment. Et là, l'éclair. Sans comprendre pourquoi, je sais, je ressens qu'il s'agit du Capitaine. Oui, c'est à la lueur de son regard que je m'accroche. J'ouvre la bouche pour crier et je me retrouve comme éjecté. C'est un sentiment implacable qui me ramène à la réalité, me propulse presque dans ma chaise. Je me sens tomber en arrière et je ferme les yeux. Autour de moi, il y a des déjà tout ces gens que j'ai entendu rire tout à l'heure... ils sont si inquiets visiblement. Moi ? Moi, je ne sais pas.
J'entends leur voix. Le docteur semble inquiet pour moi. Il dit des choses que je comprends pas. Une des deux femmes elle semble s'occuper de Jack. Ses questions au loin de ma conscience ne s'adressent pas à moi. Pas plus que l'homme au thé. Mais pourquoi s'ils s'agitent tous comme cela ? Je me sens assez bien pour ne pas tomber dans les pommes quand le docteur et une femme m'aide à me redresser de ma chaise. Je sens les choses tourner un peu autour de moi et je m'accroche au bras chemisé de blanc. C'est sans doute stupide, mais je ne veux pas recommencer le voyage. J'ai un peu la frousse. Ca m'a secoué quand même. Pourtant j'aimerai comprendre.
Une fois assise, je pose le regard sur le Capitaine. Lui, il me regarde aussi. Et encore une fois j'ai le sentiment que tout s'arrête. J'ai tellement envie d'en savoir plus. En revanche son regard est dur. Froid. Je ne sais pas ce qu'il vient de se passer. Et je ne comprends pourquoi il dit les mots qu'il dit.
« Ianto, tu l'emmènes dans une cellule. Pas de contacte direct. Rien. »
Pourquoi est-il si froid tout à coup ? Je croyais qu'il était gentil et bon. Je ne pense pas m'être trompé à ce point. J'ai toujours été douée pour les relations humaines. Je n'ai que cela pour moi de toute façon. Mais ce n'est pas grave. Je vais apprendre à gérer. Enfin...
Quand je sens le bras de Ianto sur le mien, je comprends que je ne dois pas lutter. Il a ce regard qui dit « pardonne moi ». Je le connais ce regard. Et j'en souffre. Alors je baisse la tête pour ne pas montrer mon regard qui parle pour moi. Je n'ai d'autre choix que de le suivre, même si la femme d'origine asiatique essaie de me défendre. C'est peine perdue de toute façon...
Jack
Bon sang, pourquoi Tosh essaie de la défendre ? Ils n'ont pas vu ce qu'il s'était passé ? Je serre les poings pour ne pas hurler. Cela ne servirait à rien, je les connais. Mais c'est plus fort que moi. J'explose.
« Mais vous n'avez rien vu ? Ce n'est pas possible ! Elle n'est pas humaine.
- Jack, calme toi s'il te plait... »
J'aime beaucoup Gwen, mais là... Elle m'exaspère et ce qu'elle dit ensuite n'est pas pour me calmer.
« On ne sait pas de quoi tu parles. On est venu car on a vu qu'Elisabeth n'allait pas bien. Quand on est entré dans la pièce, tu avais sa main dans la tienne et tu avais une drôle d'expression. Ensuite, tu as grogné en tirant la main et elle est tombée de la chaise. Elle n'a rien fait. Rien Jack.
- Rien ? Rien ? Mais vous ne savez pas ! Gwen, elle entre dans les pensées, dans les souvenirs. Tu crois vraiment que ce n'est rien ? »
Je les vois tous si incrédules. Ils ne comprennent pas ce qu'il vient de se passer. Parfois j'ai tendance à oublier qu'il ne sont que de simples humains. Parfois cela les dépasse. Mais cette fois, il va falloir qu'ils me croient sur parole. Ou il faudra que je les confronte à ce que j'ai vécu. Quelque chose d'horrible en vérité.
Ianto revient. Donc Elisabeth est dans la cellule.
« Toshiko, affiche la cellule sur l'écran. »
Ma voix est froide et sèche, mais j'ai du mal à me contrôler. Ce que je vois pourtant me calme. Elle me fait toujours cet effet-là. Elle est là, assise sur son banc de pierre. Elle ne hurle pas, elle ne frappe pas la vitre de verre, elle n'essaie pas de trouver une faille. Non. Elle pleure en silence. Deux larmes roulent sur ses joues. Elle regarde le sol. Elle me fait de la peine, mais je ne dois pas en tenir compte. J'ai comme l'impression qu'elle accepte son sort. C'est assez étrange en vérité mais si un coupable essaie de toute faire pour prouver qu'il est innocent, l'innocent lui accepte l'inexorable situation et sait qu'il ne peut rien faire face à ce qui lui arrive. Mais cela n'est pas une raison. Elle est coupable. Pourtant, comment effacer de ma mémoire ses yeux qui cherchaient une réponse dans les miens ? Je sais que ce n'est que tromperie. Elle s'est jouée de nous et à faillit gagner. Je me surprends même à penser qu'elle en risquait rien face au Weevil. Cette pensée me contrarie mais je n'ai pas le loisir d'y penser.
Tous autour de moi sont silencieux. On dirait qu'ils attendent que j'explose. Mais ce n'est plus si simple maintenant. Je ne sais plus vraiment ce que je dois faire et cela m’angoisse à dire vrai. Alors j'inspire et pose un instant les doigts au coin de mes yeux. Puis je fais le vide. Ne penser à rien m'aidera à retrouver mon calme. Au moins en apparence.
« Owen, tu surveilles son état général. Elle va bien devoir nous montrer son vrai visage... Tosh, tu fais des recherches sur elle. Je veux tout savoir. Elle a forcément laissé de trace. Gwen... »
Je dois parler vite avant qu'elle ne m'interrompe. Je connais le regard que je vois sur son visage. Fureur et incompréhension. Je sais qu'elle m'en veut, mais ai-je vraiment le choix ?
« … Tu n'essaies pas de rentrer en contacte avec elle. Tu la laisses attendre. Cela la forcera à réfléchir à ce qu'elle pourra faire et nous donnera une idée de qui elle est. C'est clair ? »
Elle ne dit rien. Elle ne me regarde même pas. Je sais qu'elle me déteste en ce moment et cela me fait du mal. Gwen est tout ce que j'ai ici pour me rappeler que j'étais humain et que j'ai des sentiments. Elle est si forte et si fragile. Mes sentiments pour elle sont aussi étranges que le monde peut l'être. Cette fille me met dans un état second. J'aimerai tant qu'elle comprenne... Mais elle à Rhys. Et je ne peux pas me mettre entre eux. J'essaie de protéger leur bonheur même si ce n'est pas simple tout les jours...
Ces pensées ne font que m'énerver un peu plus. Alors je me retourne et fonce dans mon bureau, les mains dans les poches. J'ai besoin de réfléchir. Seul.
Une fois assis à mon bureau, je fixe le meuble comme si j'espérai trouver la solution. Mais à vrai dire, je n'en vois pas. Il est si rare que je sois désemparé. Je ne voudrai pas que les autres le remarque. Mais à ce que j'entends par la porte ouverte, ils se sont mis au travail sans rien dire de plus. Attitude qui devrait m'irriter en temps normal mais qui aujourd'hui me va. Je n'ai pas envie de me battre avec eux. Pas à ce sujet. Elisabeth à touché un point sensible. Mes souvenirs avec Gray... Peut-être est-ce pour cela que je suis si en colère contre elle...
« Une tasse de thé ? »
Je ne lève même pas les yeux. Je sais que c'est Ianto. Je crois qu'il n'aurait pas parlé que j'aurai su que c'était lui. Toujours là, fidèle, aimant. Je sais que je lui ai fait et que je lui ferai du mal. Mais... Il est tellement là pour moi. Et puis il a accepté ce que je suis. Il se montre tellement doux et attentionné. C'est curieux d'ailleurs. Mais je l'aime lui aussi d'une certaine façon. Plus tangible, plus possible que Gwen. Après tout, je suis revenu pour lui. Pour chacun d'eux, mais pour lui...
Je relève enfin la tête vers lui et il pose la tasse. Son regard est calme et il ne me juge pas. Encore une fois il sait ce qu'il fait. Il me touche tellement. Alors je lui souris faiblement lorsqu'il prend la parole. Je sais que je dois l'écouter et qu'il sera de bon conseil. Alors j'attends, les mains sur la tasse, comme plus tôt le faisait Elisabeth. Et je comprends toute la portée de son geste alors.
« Jack, je sais qu'elle a fait quelque chose d'étrange. Je te crois. Nous te croyons. Mais tu penses vraiment que l'enfermer est une bonne solution ? Gwen ne la quitte pas des yeux et elle n'a pas bougée. Cette jeune femme est perdue Jack et quelque chose me dit qu'elle ne comprend pas plus que toi ce qui lui arrive. Ecoute ton cœur s'il te plait. Je sais qu'au fond tu es surtout bouleversé parce qu'elle a touché un point sensible. Jack... »
Je sens alors doucement sa main se poser sur mon épaule. Je sais qu'il a raison. Mais je ne peux lui dire ce qu'Elisabeth à vu. Sinon je devrai tout lui expliquer et je n'en ai pas envie.
Quand John est partit après sa visite catastrophe je n'ai rien dit face à son commentaire. Mais vais-je pouvoir garder le secret plus longtemps ? Il faudrait que je lui parle mais... C'est trop compliqué. Alors je me contente de lui sourire faiblement. Il a tellement raison. Cela me fait soupirer et je prends la parole. Parler m'aidera sans doute un peu.
« Je ne comprends pas plus qu'elle. Elle n'est pas un souvenir, elle n'est pas un alien à proprement parler. Elle est humaine mais elle est entrée dans ma mémoire, dans mes pensées. Je l'ai sentit en moi et cela me fait peur. Pour la première fois je ne sais pas à quoi j'ai à faire... Comme le Docteur me manque... »
Je murmure la dernière phrase mais je sais qu'il l'a entendu. Cela doit lui faire du mal. Mais je vois que non. Il sait l'importance du Docteur. Mais il n'est pas là et ne sera sans doute plus jamais là. Tant pis. Je dois faire avec. J'ai déjà eu ma chance avec lui. Deux serait de trop. Alors je réfléchis en silence. Il faut que je comprenne. Et je sais qui pourrait m'aider.
« Ianto, je crois que tu as raison... J'agis parce qu'elle est plus touchante que je ne le pensais. Et ça me fait peur... Demande à Gwen d'aller la voir, de lui parler. Elle saura comment faire. Mais surtout, elle ne doit pas la toucher. J'ai peur de ce qui pourrait se passer.
Bien. Je retrouve enfin mon Capitaine. »
Sa main ferme sur mon épaule. Son sourire doux. Il sait s'y prendre avec moi. Je sens qu'il aurait envie de m'embrasser. Mais il ne le fait pas. Ianto le discret. J'aime cela. Car je le connais. Je sais ce que cache son regard et ses gestes. Ce soir... Hum oui, ce soir... Non, je m'interdis de penser à cela maintenant. Ce n'est pas du tout le moment, alors...
Je le regarde repartir. Il fait tout cela pour moi. Pendant toute ses années il m'a servit sans rien dire. Observant et rangeant. Mais tant de choses se sont passées. Lisa. Moi. Nous avons tous changé. Et il m'aime...
Elisabeth
Pourquoi ils ne viennent pas me voir ? Non, j'ai la réponse à cette question en vérité. Ils m'observent. Ils essaient sans doute de comprendre ce que je viens de faire... Enfin je... Je n'ai rien fait. Pas à proprement parler. J'ai subit comme le Capitaine ce qu'il vient de se passer. C'est fou. Je sais maintenant, à force de réflexions que c'est dans sa mémoire que j'ai plongé. Mais pourquoi, comment ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas.
Enfin un bruit. On ouvre une porte qui semble lourde. Bien... Donc quelqu'un va venir me voir.
Je vois arriver une femme. Je suppose que c'est celle qui semblait si gentille. Elle à un sourire apaisant en se mettant face à la porte. C'est un début. Au moins je ne vais pas me faire agresser ou insulter. Sa voix est douce quand elle me parle et j'en suis même étonné. Après tout, je crois que j'ai fais du mal à son chef aux vues du regard qu'il me lançait.
« Tu as faim ou soif ? On peut de donner quelque chose. »
Elle me tutoie donc. C'est bien. Je suis jeune encore et ce lieu me donne l'impression d'avoir 10 ans. Je ne sais plus vraiment où j'en suis. Mais ce qui est certain c'est que je n'ai ni faim ni soif. Je ne pourrai rien avaler de toute façon. J'ai l'estomac bien trop noué. Alors je secoue la tête doucement. Je n'ai pas envie de parler. Mais je sais qu'il va le falloir, même si pour l'instant, la femme me parle.
« Je m'appelle Gwen Cooper. Je travaille ici, avec Jack et les autres. Je suis désolée pour le traitement qu'on te fait subir mais tu sais, Jack est un peu... Sonné. »
Elle fait une pose et m'observe. Je sens, même à travers la vitre qu'elle essaie de communiquer avec moi. Mais je n'ai pas envie moi. Pourtant c'est plus fort que moi. Les gens qui me connaissent peuvent dire que je suis bavarde, très bavarde. Mais c'est plus que ça. Parler me permet de survivre aux émotions qui me prennent et qui seraient trop violentes si jamais je les laissais faire. Alors, presque malgré moi, je réponds. Ma propre voix dans cette cellule sonne presque faux tant elle est érailler. Je n'ai pas parlé depuis un moment et mon cri conjugué avec la course... J'ai l'impression qu'une étrangère parle à ma place
« C'est... Normal je crois... Je... Je ne sais pas ce qu'il s'est passé vous savez... Je n'ai rien fait d'intentionnelle. Je ne voulais pas entrer dans ses souvenirs. J'ai détesté ça autant que lui... Mais... Je sais que je ne peux pas me défendre de toute façon... Vous... Vous allez faire quoi de moi ? Me... Tuer ? »
La peur est visible je le sais. Je tremble, et ma voix aussi. Je ne sais pas ce qui m'attend.
Je crois que j'ai touché cette femme car elle s'approche et pose sa main sur la vitre que j'imagine blaindé mais parsemée de trou pour laisser l'air passer. C'est un geste simple mais qui me touche. Elle semble vraiment s'inquiéter pour moi et sa voix douce me fait du bien.
« Non. Non, en aucun cas. Quelle idée voyons. On va juste essayer de comprendre ce qu'il s'est passé. Tu ne devrais même pas être enfermé... »
Elle s'arrête net de me parler pour me regarder dans les yeux. Je sens un courant passer entre nous et elle part en courant. Pourquoi ? J'ai encore fait quelque chose qu'il ne fallait pas ? Oui, c'est sans doute cela... Mais quel n'est pas mon étonnement quand la lourde porte de fer derrière moi s'ouvre et qu'une main se tend. Alors elle vient me sortir de là...
« Viens. N'est pas peur. Jack ne fera rien contre toi. S'il te plait. »
Et au moment où je vais pour prendre sa main, j'entends un cri. Pas besoin de savoir qui hurle ce Non depuis l'entrée du couloir. Le Capitaine en personne.
Alors je laisse tomber ma main et je m'enfonce de nouveau dans la cellule. J'ai compris qu'il était le chef. Mais, stupéfaction, Gwen s'enfonce aussi dans la petite pièce vitrée et me prend la main. Je sens alors un doux contacte chaud. J'attends, comme avec le Capitaine, de partir dans un autre monde, mais rien. Rien ne se passe. J'en suis plutôt heureuse de voir que cette fois rien. Mais Jack lui semble contrarié. Pourquoi ? Parce que ça ne marche plus ? Je ne sais pas. Mais Gwen tente de me défendre.
« Tu vois, il ne se passe rien. Rien du tout. Elle n'est pas un monstre Jack. Juste une jeune femme complètement perdue, c'est tout. S'il te plait. Regarde la... »
Je sens tout de suite le regard bleu profond de cet homme sur moi. Il me fixe, il me parle presque. Et moi, je ne peux rien faire d'autre que baisser la tête. Pourquoi ? Parce qu'il m'impressionne. Il me fait de l'effet. Non pas un effet sexuel. Un effet étrange. Comme si toute l'histoire du monde me contemplait. C'est fou. Totalement fou. Mais je ne peux rien faire de plus. Ma vie est entre ses mains je le sais. Alors j'attends, patiament. Et cela finit par payer. Il soupire à fendre l'âme.
« C'est bon. Elle peut sortir. Mais qu'elle ne reste pas seule. Jamais.
- Merci Jack, lui dit doucement Gwen. »
Quand à moi, il était tant de suivre la femme qui me guide. Maintenant que la menace de la prison ou de la mort n'est plus sur moi, je sens tout mon corps se relâcher. Mon estomac gargouille et je suis prise d'une envie irrépressible de faire pipi. C'est bête mais j'ai toujours eu un petite vessie. Alors je me mords la lèvre, cherchant la façon dont je pourrai le demander. Mais je n'ai pas besoin de le faire. Le Capitaine, prévenant, s'adresse à Gwen.
« Tu devrais lui montrer les toilettes pour qu'elle se rafraîchisse. Je vais demander à Ianto de lui préparer un petit déjeuner. »
Il est si gentil maintenant. Cela contraste tellement. Je ne comprends pas cet homme. Mais je n'ai pas le temps de réfléchir plus avant. On m'entraine.
Chapitre 2 : Le retour
Jack
Cela fait 4h qu'Elisabeth est sortie de sa cellule. Elle a mangé, elle a bu, elle porte les habits que Ianto, prévoyant comme toujours, lui a acheté. Elle regarde toujours autour d'elle, incrédule, assise dans le canapé devant la table basse encombrée. Gwen veille sur elle, mais, plus étonnant, également Ianto. Décidément il me surprendra toujours. Il a cette faculté à s'occuper de tout et de tout le monde sans rien demander. J'ai bien fait de craquer sur lui.
Depuis mon bureau, je les observe. Chacun vaque à ses occupations, faisant comme si tout allait bien. Pourtant je sais que tous réfléchissent à ce qu'il s'est passé. Moi le premier. Je soupire. J'ai l'impression que tout ce qui se passe n'est qu'une suite d'évènements sans rapport. Pourtant il faut bien s'en sortir. Alors je sors et, de la rambarde, j'appelle Elisabeth. Il faut que nous parlions. C'est le moment. On va s'expliquer et tout ira mieux.
« Elisabeth, monte s'il te plait. »
Je vois la jeune femme se lever, comme au garde à vous. Son pantalon noir et son pull manches courtes mauve lui vont à ravir. Sa silhouette certes lourde pour les yeux au premier abord, a quelque chose de gracieux. Je ne peux pas dire quoi, mais... C'est cet effet qu'elle me fait. Debout devant le canapé, elle regarde partout pour essayer de me rejoindre. Alors, avec étonnement, je vois Owen se lever et lui servir de guide, sans un mot. Ce n'est pas dans le style de notre médecin et quand sa blague me vient aux oreilles, je ne peux que sourire.
« Méfie toi ma jolie, Jack va te faire son petit baratin habituelle. Ne te laisse pas attendrir, sinon tu vas te retrouver sur le bureau en un rien de temps. »
Elle ne répond pas. Rien d'étonnant. Elle doit être terrorisée. Alors quand Owen la laisse passer la porte, je le tance gentiment.
« Owen, ne prend pas tes désirs pour des réalités. Mais ton fantasme deviendra réalité un jour, ne t'en fait pas. Je garde cela dans ma mémoire... »
Un geste de la main et un rire. Owen part comme toujours. Il n'est pas méchant. Juste parfois lunatique. Il est brisé à cause de l'amour.
Quand je regarde enfin notre invitée, elle debout, près de la porte, tête baissée. Elle s'attend sans doute au pire. Je sais que ce n'est pas à cause des railleries d'Owen. C'est à cause de moi. Alors il est temps de se calmer et de la prendre pour ce qu'elle est. Une pauvre fille perdue. Perdue elle aussi... Non, je ne dois pas y penser. Une discussion s'impose.
« Approches-toi. Prends la chaise. N'ai pas peur, je ne vais pas te manger tu sais. Owen dit souvent des âneries. Il ne faut pas l'écouter, sinon il recommencera encore. Et crois-moi, nous en avons tous marre. »
Elle ne répond pas mais obéit. Au moins elle n'est pas terrorisée au point de ne rien pouvoir faire. On va donc pouvoir échanger. Enfin j'espère. Car je ne sais pas vraiment m'y prendre avec les portes de prison. Et je ne veux pas m'énerver contre elle. De toute façon, je crois que je n'en serais pas capable. Je vais pour prendre la parole, mais c'est sa voix à elle qui raisonne dans le bureau. Une voix plus douce et plus aiguë que la veille à son réveil. Une jolie voix.
« Je suis tellement désolée. Je ne sais pas ce qui est arrivé. C'est indépendant de ma volonté vous savez. Je n'ai pas voulu lire dans vos souvenirs... Ca m'a fait mal à moi aussi... »
Sa dernière phrase n'est qu'un souffle mais je le comprends nettement. Cette petite est étrange. Mais je ne comprends pas ce qu'il s'est passé non plus. Comment lui expliquer que rien, absolument rien dans l'univers ne justifie ce qui nous est arrivé ? Je dois me lancer. Je sais que les mots n'iront pas plus haut qu'en ce moment. Je suis incapable de lui faire peur finalement.
« Je ne sais pas plus que toi. Mais... mais cet échange fut très étrange pour moi aussi. J'ai vu en toi également. Mais je n'ai pas pu me concentrer dessus, tu étais là, dans mon souvenir. Et ça... Tu as touché droit au but. Tu ne pouvais pas frapper plus juste.
J'aimerais tellement comprendre. Je n'ai pas cherché quoi que ce soit... Je ne voulais pas vous faire de mal vous savez.
Je sais Elisabeth...
Lily...
Bien... Lily. J'ai vu que ce n'était pas arrivé avec Gwen. Il doit y avoir une explication. C'est forcément quelque chose. »
Elle me regarde si tristement. Et encore une fois, je plonge dans ses yeux. Et le temps s'arrête pour elle. Cette fois, je reste les yeux dans les siens. Elle s'arrête. Elle s'arrête net de vivre. Elle est captive de mes yeux. Pourquoi ? Je ne sais pas. J'ai vraiment du mal avec elle. Avec ce qu'elle est, parce que je ne comprends pas. Elle est figée. Pourquoi ? Que voit-elle en moi ?
Elisabeth
Le temps... Il s'arrête car il me regarde. Je plonge. Ses yeux. J'ai l'impression qu'il connaît tout du monde. C'est tellement fou. J'ai conscience de ne plus être là. Je n'arrive à respirer qu'à grand peine. C'est tellement déroutant. Je suis folle sans doute, mais j'ai le sentiment que je vois le monde dans ses yeux.
Et puis il s'arrache à moi en détournant la tête. Alors je reviens sur terre. Je suis essoufflée comme si j'avais retenu ma respiration trop longtemps. Et il me regarde de nouveau. Comme si j'étais une chose curieuse. Il aimerait tellement comprendre j'en suis certaine. Et moi donc... Mais je ne peux rien. Alors sa voix résonne de nouveau. Il a assez de tact pour me laisser le temps de me reprendre. Il est vraiment d'un autre âge.
« Il faut que je te dise qui je suis. Ce que je suis. Je ne viens pas de la Terre que tu connais. Ecoute. Ecoute Lily et essaie de comprendre. »
Et il me dit tant de choses que j'ai du mal à tout saisir. Il me parle d'un autre monde. Celui que j'ai vu. Il me parle d'extraterrestre. D'un Docteur. Et puis de lui. Immortel qui a connu tout les âges de ce monde. D'une faille. De Cardiff. J'ai vraiment du mal à comprendre ce que j'entends.
Quand il finit, il me regarde. Il évite mon regard mais je sais que c'est pour mon bien. Mais j'ai besoin de parler. De lui parler. Alors j'essaie de résumer la situation d'une voix calme... Enfin calme... Je sens les trémolos dans ma voix ce qui me fait sourire faiblement. J'ai toujours été faible et je le resterai toujours.
« Donc... Vous êtes un homme qui ne peut pas mourir qui, avec votre équipe traquez les aliens qui s'échouent à Cardiff qui se trouve sur une faille spatio-temporelle. »
A mes propres oreilles, ce discours me semble complètement fou. Et pourtant, j'y crois. Je suis folle. Oui. C'est vraiment ça.
« Oui. »
Il n'ajoute rien. Je sais qu'il attend que je réagisse. Je sais moi même que ma réaction n'est pas des plus normale. Je devrais hurler, crier qu'il dit n'importe quoi. Mais j'ai comme l'impression que mon cerveau agit de lui même. Comme si j'observais mes réactions de l'extérieur.
« Alors... Alors tout existe. Les fées, les goules, les dieux...
Ce n'est pas si simple Lily, mais oui. C'est un peu cela... Tu as peur ?
Non... Enfin... Non.
Tu es étonnante tu sais.
Tu ne sais pas à quel point elle est étonnante Jack. »
Cette dernière voix, je ne la connais pas. Elle est enjouée, presque un peu trop. Je n'ose pas me retourner. Non pas que j'ai peur d'une voix, mais la tête de Jack m'en empêche. Un mélange d'étonnement et de rage. Mais aussi de colère, d'envie, de violence. Je ne sais pas qui il est mais il n'est sans doute pas le bien venue.
Je comprends ça de moi même quand j'entends les autres hurler à cet homme – John visiblement – de ne pas bouger. J'imagine sans peine que les cliquetis que j'entends sont ceux d'armes à feu. D'ailleurs Jack sort son pistolet de son holster. Et je suis en plein dans la ligne de tir... euh...
Je n'ai qu'une envie. Fuir. Mais je ne le peux pas. C'est plus fort que moi. Je suis comme clouée sur ma chaise, incapable de bouger ou de détacher mes yeux de Jack et de son arme. J'ai peur. Cela doit se voir car Jack baisse son arme et sourit. Un sourire étrange, presque forcé mais j'y vois aussi de la douceur. Non, ce n'est pas cela. Une certaine lubricité peut-être... Non mais qu'est-ce que je raconte bon sang ! Je déraille complètement !
« John, qu'est ce que tu fais encore là ?
Jack, tu me déçois ! »
Sur ce, j'entends des pas qui se rapprochent de moi et les respirations retenues des autres personnes dans la pièce, derrière moi. La tension est palpable, tangible. Cela me fait peur. Alors, mue par un instinct étrange, j'essaie de m'enfoncer plus encore dans mon siège. Je sais que c'est peine perdue car avec ma corpulence, je ne pourrais jamais disparaître. Mais c'est plus fort que moi.
L'attitude de Jack n'est pas pour me rassurer. Ses yeux si bleu deviennent plus sombres et il serre la crosse de son pistolet. De là où je suis, je vois ses phalanges blanchir. C'est une situation que j'aimerais fuir. Mais je ne peux pas.
« Ne t'approche pas d'elle... »
Une voix froide et rude retentit derrière moi. Cela me fait un instant chaud au cœur. Quelqu'un essaie de me défendre. Pas la peine de me retourner, je sais que c'est l'homme au thé. Le coffy boy comme disent parfois certaines personnes. Il est vraiment gentil. Si jamais je m'en sors, je lui dirais merci. Mais je n'ai pas le temps de pousser mes réflexions. La voix de ce John emplit ma tête. Il est proche, si proche de moi. Je sens son souffle au dessus de moi. Il doit me regarder en parlant. Mon cœur cogne si fort dans ma tête que j'ai l'impression d'être à moitié sourde. Pourtant je l'entends distinctement, comme s'il ne parlait qu'à moi.
« Allons Ianto, je ne vais pas lui faire de mal... Elle est précieuse... Mais ton empressement à la défendre m'étonne. Jack ? Tu as enfin largué ce minable et il s'est rangé avec cette petite humaine ? »
Et son rire grave mais ayant quelque chose d'attirant résonne sans que personne ne lui réponde. J'entends seulement un étrange fracas suivit du sourire en coin du Capitaine. Je ne sais pas ce qu'il se passe, mais j'imagine sans peine que le Docteur, Owen, essaie de retenir Ianto. Moi aussi à sa place, j'aurai sauté sur John. Ce qu'il a dit est... Tient ! il a dit que Jack et Ianto étaient ensembles ? Oui, cela ne m'étonne qu'à moitié. Un homme de son grade, de sa beauté, de sa prestance... Il n'est pas pour le commun des mortels des femmes de cette Terre. Alors pour moi... C'est plus fort que moi, il faut que je détourne les yeux. Enfin. Enfin je suis détachée du visage de ce commandant en chef qui me fait de l'effet. C'est étrange mais ce geste n'a pas échappé à John qui, posant la main sur mon épaule, murmure pour moi seule.
« Ne t'en fais pas, tu auras plus à partager avec lui qu'un moment de plaisir pur. »
Sa voix, ses mots, sa douceur tout à coup... Tout cela me fait rougir malgré moi. Personne ne m'a jamais parler ainsi et la pression sur mon épaule se fait presque douce. J'ai l'impression de perdre la tête. C'est le deuxième en une seule journée qui me donne l'impression d'être spéciale. Pourquoi ?
Quand je trouve enfin la force de tourner la tête, mon regard plonge dans celui de ce John. Un regard marron si profond, si fort. Et tout à coup, c'est comme avec Jack. Je perds pieds. J'ai l'impression d'être aspirée dans le temps et l'espace. J'ai du mal à respirer. Et puis... Comme par magie, tout est fini. Je retrouve mon souffle mais pas John. Il n'est plus la. Et Jack non plus. Mais... Je regarde dans le direction du fracas que j'entends. Et je voix deux corps entremêlés. Un homme en bleu, Jack et un autre portant une veste rouge genre prussien, John me souffle mon esprit. Ils se battent et personne ne fait rien... Seigneur...
« Arrêtez ! Je vous en prie ! »
Pourquoi je dis cela moi ? Je n'ai pas donné l'ordre à ma bouche de parler. Pourquoi je le fais ? Je n'en sais rien, mais l'idée de les voir se battre ne me plaît pas du tout. C'est comme si je voulais qu'ils ne se fassent pas de mal. J'ai besoin de les protéger. Ce n'est pas vraiment étonnant venant de moi. Mes amis les plus proches m'ont souvent fait la remarque. Je cherche toujours à protéger les autres, même si pour cela je dois m'oublier ou me faire du mal. C'est mon karma comme on dit. Je suis comme cela.
Jack
Elle a parlé et comme deux bons soldats, nous nous levons tous les deux. C'est étonnant de voir comment on peut lui obéir. John en face de moi à l'air tout aussi incrédule de nous voir obéir, mais déjà son sourire en coin fait son effet. Il sait quelque chose, c'est certain. Il regarde Elisabeth comme une chose presque sacrée et je sais que si je les laissais seuls, il la plierait à sa volonté. Mais ça, il en est hors de question.
Mes yeux se posent alors sur mon équipe, rageuse de voir qu'elle ne peut rien faire. Alors, contre toute attente, je leur demande de partir et de se remettre au travail. Tosh baisse son arme et secoue la tête sans faire de commentaires. Si discrète et si douce, je sais que Tosh peut se transformer en furie. Pourtant elle semble capituler. Pourquoi ? A-t-elle senti ce besoin que j'ai de parler à John et Lily ? Je ne sais pas. Owen lui, lève les bras en l'air pour lâcher Ianto. Décidément, il m'étonnera toujours. Notre médecin capitule lui aussi. Je sais qu'il ne veut pas m'affronter directement, du moins, pas tout de suite. Mais je sais, je sens, que le moment viendra. Et ce jour là, il y aura une tempête. Gwen elle, comme je m'y attendais, prend la parole, tout en prenant doucement, mais fermement, le bras de Ianto qui bout de colère.
« Jack, je ne crois pas que ce soit bien raisonnable.
- Laisse Gwen. Dès qu'il s'agit du Capitaine Hart, le Capitaine Harkness ne sait que trop bien ce qu'il veut faire. »
Ianto est froid et cassant mais cela ne m'étonne pas. Je sais qu'il est jaloux mais aussi protecteur. Il veut bien faire et cette remarque nous épargne à tous une dispute. Je le vois partir avec Gwen, fermant la porte. Je sais qu'ils ne vont pas se mettre au travail mais nous observer d'en bas. Ils en ont le droit. Enfin... Pas vraiment, mais après ce qu'il vient de se passer, je ne leur en veux pas. Pas du tout.
Mais il est des choses qui doivent rester entre John et moi... Et Elisabeth.
Tout le monde est enfin parti et John s’assoit sur le bureau, en face de notre invitée. Il se laisse admirer et j'avoue sans honte que je le regarde moi aussi. Il a vieilli certes, mais il reste toujours bel homme. Je me souviens avec nostalgie et aussi avec une pointe d'envie, de notre passage dans la boucle du temps. Près de cinq années à vivre avec lui, à le sentir contre moi, en moi. Je sens un frisson me parcourir. Le désir mêlé aux souvenirs... Les souvenirs... Mon regard se pose sur Lily, toujours muette mais qui, cette fois, évite son regard. Elle a comprit qu'il ne faut pas non plus le regarder. Pourquoi nous deux ? Une idée me vient... Et si tout cela avait à voir avec l'Agence du Temps et la manipulation de la faille ? Si... Non, en fait, c'est complètement délirant. Alors je soupire et vient m'asseoir à côté de John, tout en ignorant le superbe sourire qu'il me lance. Il sait qu'il a gagné cette bataille. Mais il me reste la guerre à livrer.
« Bon... Il semblerait que tu en saches beaucoup plus que tu ne veuilles bien nous en dire. Elisabeth à le droit de savoir elle aussi.
Elisabeth ? Quel joli prénom pour une clé ! Dit-il d'une voix amusée.
Une clé ? John. Explique toi.
Oui... S'il vous plaît... »
La voix de Lily est brisée, comme si elle avait peur de ce qu'elle allait entendre. A vrai dire, je la comprends. L'arrivée de Hart n'est pas une bonne chose si l'on considère qu'elle coïncide avec la découverte du « don » d'Elisabeth. Moi aussi j'avoue, j'ai peur de ce qu'il va lui répondre. Mais je ne peux pas me permettre de lui montrer. Alors je lui sourit doucement, essayant de lui montrer que tout va bien. Mais quand mon ancien partenaire reprend la parole, je n'en mène pas large. Des milliers d'années sur terre et je n'ai toujours pas la maîtrise de moi même. La vie est cruelle parfois.
« Une clé oui. La clé de nos souvenirs. Elle est celle que je cherche depuis des années Jack. L'Agence du Temps nous a donné la chance de parcourir l'univers et le temps, mais n'as-tu pas l'impression de te perdre en chemin ? Tant de souvenirs et ils disparaissent lentement. Enfin... Les miens parce qu'un immortel comme toi... Enfin... Tu te souviens Jack de ce que Betty nous disait ? Elle disait que la vie sans souvenir est un fleuve sans eau. Mais de temps à autre l'univers nous fait une fleur. Une fois par génération, une clé voit le jour. Elle est pour nous Jack. Notre manipulateur de faille nous permet d'entrer en connexion avec elle. Et elle peut plonger dans nos souvenirs. Ceux qu'on a toujours à l'esprit et ceux que l'on oublie avec le temps ou le désir d'oublier. Elle est la connexion à notre esprit. Elle est nous. »
Tout à coup le monde s'arrête, même pour moi. Les mots me frappent, nous frappent, de plein fouet. C'est terrible. Quand je pose les yeux sur Elisabeth, je le vois morte de peur, littéralement. Son visage est devenu livide et ses yeux n'expriment plus rien. Je sais qu'elle doit être en train de penser au pire face à John qui la regarde avec une certaine envie dans le regard. Moi, à sa place, je crois que j'aurais fuit à toute jambes. Mais elle ne le pouvait sans doute pas. La peur paralyse, je le sais bien. Mais que lui dire pour la calmer, la rassurer alors que moi même je sais ce que toutes ses vérités veulent dire pour elle. Si John arrive à mettre la main sur elle, au sens propre du terme, alors elle sera utilisée et elle souffrira. Et ça, il en est hors de question.
Le mutisme qui nous frappe est enfin brisé par Elisabeth. Décidément, elle n'a aucune des réactions qu'on attend d'elle. Terrorisée, blanche de peur, elle s'adresse à John, semblant tout à coup ignorer ma présence.