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Série : Profilage
Création : 21.10.2017 à 17h21
Auteur : Blackleelo
Statut : Terminée
« C'est une histoire en plusieurs parties qui commence juste après la fin du dernier épisode. Elle introduit un nouveau personnage » Blackleelo
Cette fanfic compte déjà 15 paragraphes
Adèle ne tenait plus en place.
Les médecins lui avaient refait passer tous les examens, ce qui l’avait occupé un moment, puis Jessica était revenu et lui avait dit que Maxine arrivait avec Thomas, dès que leur réunion serait terminée, et depuis elle avait l’impression que les minutes s’éternisaient en heures…
Elle n’avait pas touché à son repas, et n’écoutait plus Jess.
Et la jeune femme s’en aperçu.
Elle ne savait plus quoi faire, elle avait tout essayé, des enfants à Thomas, des amis à cailloux…
Alors, elle tenta le tout pour le tout.
« Et sinon, tu vas démissionner du coup ?
Adèle sorti brusquement de ses réflexions.
« Je te demande pardon ?
« Ben oui… Maintenant que tu es libre, que Rocher et toi… Enfin… Vous vous êtes rapprochés… Tu ne vas plus pouvoir travailler avec lui, si ?
Adele regarda Jess comme si elle lui avait parlé dans une autre langue… Une langue venue de l’espace…
Jamais elle n’aurait pensé à ça. Pas même les fois où elle avait envisagé un avenir pour eux. Elle se sentie vide soudain, comme si toute la paix qui l’avait enfin trouvée, l’amour, avait subitement disparus. Comme si le rêve qu’elle venait de s’autoriser s’était transformé en cauchemar… Leur relation, leur dynamique, elle tenait aussi à leur équipe, à tout ce qu’ils partageaient chaque jour.
Jessica de son côté, s’en voulait terriblement… L’idée n’était pas de lui donner du stress supplémentaire et là, pour le coup, Adèle semblait terrifiée. Elle se demandait comment rattraper sa bourde, quand on frappa à la porte.
Le sourire de Thomas s’envola de son visage quand il vit la mine déconfite des 2 jeunes femmes.
« Qu’est-ce qui se passe ? Ca va ?
« Je… Non… Enfin je veux dire, oui. Ca va.
« Tu es sûre ?
Et il avança vers la jeune femme, tout en jetant un regard à Max, pour confirmation. Cette dernière lui sourit :
« En même temps, elle n’a rien mangé la demoiselle...
Bon, entre nous, je vous comprends, ça ne m’a pas l’air terrible…
Et si vous alliez lui chercher autre chose ? Ou tout du moins lui faire réchauffer… Tous les deux ?
Thomas comprenant qu’elle veut qu’elles soient seules, pris le plateau d’une main et Jess de l’autre, et ils sortirent, laissant les deux criminologues.
Max s’assis sur la chaise, qu’elle rapprocha du lit. Adèle allait faire une crise d’angoisse, elle était en train de perdre le contrôle d’elle-même, et ses mains, posées devant elle, commençaient à trembler. Max se pencha et s’en saisi, doucement.
« Regardez-moi Adèle. Vous pouvez craquer si vous pensez que ça peut vous faire du bien. Vous pouvez tout sortir, les larmes, la rage, les doutes, le soulagement, tout.
Je suis la première à penser qu’il ne faut pas laisser le négatif nous ronger. Après, je conçois que ce ne soit pas votre truc, et que vous vous disiez que si vous commencez, vous n’allez plus vous arrêter. Et vous voulez être forte pour eux. Mais là, ils ne sont sortis, ok ?
C’est le moment.
Et Adèle se mit à pleurer. A gros sanglots, comme un enfant qui a un gros chagrin. Et Maxine de se lever, et de la consoler, la bercer comme elle l’aurait fait avec son fils.
Au bout de quelques minutes, elle fini par se calmer, et elle se reposa sur les coussins. Max lui tendit des mouchoirs sortis de son sac, et se rassit sur la chaise.
« Ca va aller ?
« Oui… Je… Pardon…
Et Merci…
« Ne vous excusez pas. Ca va se reproduire, je ne vous apprends rien. Ce n’est pas parce que l’on est nous, qu’on ne se choppe pas de SSPT ou de dèp post partum…
Laissez juste aller, et trouvez-vous quelqu’un à qui parler.
Vous m’avez fait venir pour l’enquête, mais on peut papoter un peu si vous voulez ?
« Connaissant votre réputation, j’imagine que vous m’avez déjà « cernée » ?
« D’autant plus que vous êtes une célébrité dans le milieu, vous imaginez bien que je connais votre cas par cœur et que votre dossier est mon livre de chevet
« Et que Chloé a du vous parler de moi
« A peine…
Elles échangent un sourire.
« Si j’ai un conseil à vous donner, n’essayer pas de gérer. Laissez faire.
Regardez comme vous vous exprimez. Avec tout ce qui vous est arrivé en quelques jours. Le reste, c’est comme parler, ça va revenir tout d’un coup.
Et les obstacles, quand il sera temps de les affronter, vous trouverez la solution d’instinct.
Et ce que vous ne savez pas, et bien, vous l’apprendrez, voilà tout.
« C’est ce que vous avez fait ? Vous, pour survivre ?
Vous avez laissé l’instinct prendre le dessus ?
Bien sûr, elle connaissait l’histoire… Et elle aurait du s’y attendre, pas le genre de personne à y aller avec le dos de la cuillère…
« Non. J’ai fait tout le contraire. Et j’ai merdé. Grave. J’ai voulu tout tenir, et j’ai cassé.
« Mais vous êtes là
« Pour continuer à réparer. Pour mon fils. Et parce que j’ai eu de la chance, parce que celui que j’ai perdu m’a laissé un message dans une bouteille, jetée à la mer, et que je l’ai trouvée des mois après.
Devant le regard un peu perdu d’Adèle, Max sourit doucement.
« Il y a un protocole au FBI, qui veut que soient conservé l’ensemble des messages, mails, appels… Au cas où il faille aller chercher dedans des indices si nous étions pris pour cible un jour. Une fois par an, un tech intervient pour faire une archive et virer ce qui n’a pas de valeur. Et tout était là, les appels, les messages, skype… Dont un dernier message du jour où il a été blessé, que je n’avais pas vu…
C’est lui qui m’a sauvé ce jour là, comme toutes les fois avant où c’était difficile, même s’il n’était pas là, même quand il était dans le coma, même quand on était séparés…
Mais je ne vous apprends rien n’est-ce-pas ?
Sauf que vous, ce qui devrait être une force, ça vous effraie aujourd’hui... Parce que vous n’avez pas confiance en vous, et que vous voulez protéger votre relation, et lui par la même occasion… Comme lui veut vous protéger à tout prix…
Bref, vous êtes 2 boulets…
Elles éclatent de rire, et Thomas entre dans la pièce.
« Je vois que ça va mieux
« Oui. Je pense juste qu’il faut que vous discutiez un peu tous les deux…
Ils se sourient et elle sent que l’atmosphère s’est appaisée.
« Bon si on revenait à ce qui nous occupe ?
Et Max de commencer à expliquer le plan en détails à Adèle.
« Ecoutez, je sais que cela ne vous plait pas, à tous les deux. Mais vous sortir de l’équation c’est vital. Et en premier lieu parce que vous en avez assez supporté ces derniers jours, et ensuite parce que si j’utilise mes ressources à vous protéger, je n’en ai plus assez pour l’atrapé notre gars.
Vous voulez veiller l’un sur l’autre, ça m’arrange pour tout vous dire. Faites-vous discrets et laissez-moi le grand méchant malade.
« Faite-moi au moins un entretien cognitif. J’étais consciente quand il m’a emmenée, il est dans ma tête quelque part. Dans n’importe quelle affaire vous auriez commencé par là !
« Dans n’importe quelle autre affaire, je n’aurais pas le risque de faire remonter des traumatismes plus profonds et de fabriquer de faux souvenirs sous l’effet de génération. Vous le savez pertinemment. Je n’ai aucun moyen de m’en prémunir.
« Vous saurez faire la différence, et Thomas pourra vous aider.
« Il faudrait que je comprenne d’abord de quoi on parle.
« On parle de la ramener 3 jours en arrière, avec Argos, se faisant tirer dessus si ce n’était pas suffisant, et de voir avec ses yeux, notre bonhomme qui l’enlève. Rien que ça. Sauf qu’avec ce qu’elle a vécu, il est possible que son cerveau, outre que l’on n’est pas complètement surs qu’il connecte parfaitement, pour se protéger de souvenirs insupportables, décide de nous inventer une histoire. Et donc, elle veut que vous fassiez ça avec moi, pour dépatouiller le vrai du faux. Histoire qu’après, ce soit vous qui soyez bousillé…
Et aux vues des wagons de non-dits entre vous deux, ça va être une véritable partie de plaisir !
Il regarde Adèle et se tourne vers Maxine.
« Vous nous accorderiez une minute ?
Elle le regarde. Il va le faire, mais il veut mettre tout à plat avant.
« Vous êtes sur ?
« Juste une minute
Ok… Je ramène du café…
Il attend que la porte soit refermée, et vient s’assoir sur le lit, face à la jeune femme. Il la regarde d’un air détaché, avec un léger sourire.
« Quoi ?
« Tu sais, quoi. Tu commences où c’est moi ?
« Thomas, je…
« D’accord, c’est moi.
Elle fait mine de protester, il pose son index sur ses lèvres.
« Adèle. On a reporté cette conversation depuis trop longtemps...
On a manqué de courage. J’ai… J’ai manqué de courage.
Parce que j’avais peur, de tas de choses, à cause de ce que j’avais vécu, de ce que toi tu avais vécu, de ce que l’on avait… Partagé… De ce que je t’avais dit, de cette seconde chance, ce qu’on vivait et dont je ne voulais pas que cela se termine. Et j’ai essayé, après l’explosion, je pensais… Mais tu… Tu n’étais pas prête. Et je ne voulais pas te brusquer… Et après, avec l’arrivée d’Aurélie… J’ai… J’ai détruit tout ce que l’on avait construit… Reconstruit après Camille… Je m’en voulais tellement Adèle…
Sa voix s’est brisée. Les larmes coulaient sur les joues de la jeune femme. Elle a posé une main sur sa joue, il l’a prise et y a déposé un baiser.
Te perdre… Après tout ça, te voir enfermée déjà, et te perdre… Deux fois… J’ai cru que j’allais devenir fou… Parce que ça n’a jamais été aussi vrai… Je ne peux pas sans toi…
Il a fermé les yeux et a embrassé l’intérieur de sa main, plusieurs fois, avant d’y appuyer sa joue.
« Thomas…
Elle avait une toute petite voix.
« Tu m’as sauvé.
Toutes ces fois, c’est toi qui m’a sauvé. Y compris de moi-même.
Et je savais que tu allais trouver une solution, me trouver, me sauver encore.
Et je me suis promis de ne plus avoir peur. Je me suis promis que tout allait être différent. Je te promets que ça va aller. Parce que tu m’as trouvé, et que je ne veux vivre…
Je suis tellement désolée Thomas. J’avais peur de tout gâcher…
Mais on est là Thomas, tous les deux… On est ensemble…
Ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre.
Thomas s’est redressé, il a passé ses mains sur son visage, l’a regardé. Elle lui a rendu son regard et ils ont souris.
« On est beaux tous les deux…
Nouveau sourires.
« Et maintenant qu’est-ce qu’on fait Thomas ?
« On va chercher Max et on tâche de boucler cette affaire ? Histoire de terminer cette conversation plus… Sereinement ? Enfin, si tu te sens de faire ce truc là ?
« Oui. Elle est… Vraiment très bonne dans son travail, et avec toi en plus… Ca va bien se passer… Juste…
Elle rougie
« Oui ?
Il comprend et se penche pour lui donner un dernier baiser.
Maxine n’était pas allé chercher du café.
Elle avait appelé le Commandant Roland et lui avait expliqué ce qu’elle comptait faire avec Adèle, et que pour que cela se passe le mieux possible, elle avait besoin d’un endroit calme, lumineux, apaisant, dans lequel Adèle se sente en sécurité.
Du coup elle lui avait parlé d’elle, dit qu’elle vivait sur une péniche, qu’elle dansait, qu’elle avait un fils, et qu’elle adorait les animaux.
Et il avait eu l’illumination, il l’avait emmené au chenil.
Le GIGN est l’une des rares unités au monde à posséder de réels chiens d’assaut capables d’accomplir des missions opérationnelles. Ce sont des membres à part entière de l’équipe, et ils sont même présents pendant les recrutements.
L’endroit réservé aux chiens était parfait, pleine campagne, au bord d’un étang, et des Malinois partout.
Ils arrivèrent par l’arrière du bâtiment, Thomas poussant le fauteuil roulant dans lequel on avait installé la jeune femme. C’était sa 1ère sortie, et elle appréciait à sa juste valeur la caresse du soleil de l’après-midi et les parfums de la campagne. En cette fin d’été indien, les couleurs ne pouvaient pas être plus belles. Elle semblait revivre.
Quand ils atteignirent la terrasse, et qu’elle vit les chiens à l’entrainement au loin, ses yeux s’écarquillèrent comme ceux d’un enfant le matin de Noël. Le Commandant avait fait venir deux de ses Maîtres chien, et ils lui ont expliqué que leur mission aujourd’hui allait être de la protéger.
Pendant qu’elle parlait avec eux, Max pris Thomas à part, et lui expliqua le déroulement des évènements.
« On va s’installer là dehors, au bout de la table, et je vais commencer par lui parler de vous, afin qu’elle puisse faire la différence d’avec son kidnappeur.
Je vous préviens, ça ne va pas être simple, et si ça marche, elle va peut être se… Lâcher un peu... J’ai besoin que vous gardiez le cap. Vous allez être son ancrage, c’est très important.
Surtout quand on va en arriver à Argos. Ok ?
Il acquiesça, et partit récupérer Adèle, pour la placer comme Max le souhaitait, lui et elle de chaque côté, et Gun et Famas, les deux bergers belges, prirent leur position, sous l’œil de leur maitre un peu plus loin.
« Voilà ce que l’on va faire. En tout premier lieu, je veux que vous vous détendiez, que vous vous sentiez confortable.
Thomas va tenir votre main droite, moi la gauche, et vous allez fermer les yeux, et respirer calmement. Mais avant de revenir aux évènements, je veux que vous preniez conscience de cet endroit, de notre présence, ce celle de Zeus et Apollon, je veux que vous fassiez de cette vision votre havre de paix et de sécurité.
Sentez la douce chaleur du soleil sur votre peau, comme c’est agréable ; le parfum de la nature, celui du feu de bois un peu plus loin, l’air frais qui entre par vos narines quand vous inspirez, celui plus chaud qui sort de votre bouche lorsque vous expirez… Entendez le clapotis de l’eau de l’étang sous l’effet de la brise… La musique qu’elle fait en passant dans les feuilles.
Prenez conscience de votre corps, de l’effet de votre respiration, et laissez votre esprit s’envoler, votre corps peser plus lourd dans la chaise ; abandonnez-le à la garde des chiens.
Elle parlait de plus en plus doucement, lentement
« Voilà c’est bien…
Vous sentez le parfum de Thomas, son côté boisé, épicé, mais avec cette touche d’agrumes ?
Adèle s’était laissé guidée par sa voix, elle était calme, sa respiration s’était ralentie.
« C’est bien. Parlez-moi de Thomas justement, comment le voyez-vous ?
Si je ne le connaissais pas et que vous deviez me le décrire… En un mot…
« Le chocolat…
Sourire en coin de Max et regard étonné de Thomas
« Comme lui… Du caractère, et doux à la fois, mais rassurant, apaisant… Son anti stress… Il en cache dans son bureau… Il pense qu’on ne le sait pas… Je sens le parfum parfois quand il me parle…
« Revenons un peu en arrière, à un moment où vous êtes tous les deux, et où vous sentez qu’il a mangé du chocolat
« Après la découverte de l’avocat, à la DPJ, avant d’aller voir le professeur de piano.
Elle dépersonnalise… Elle se protège…
« Qu’est-ce que vous ressentez à ce moment précis ?
« Je voudrais… Je voudrais qu’il me prenne dans ses bras… Qu’il me dise qu’il sait que ce n’est pas moi
« Vous savez qu’il le sait… Il vous connaît mieux que quiconque… Parlez-moi d’un autre moment… Après…
« Quand il s’est interposé, pour ne pas qu’on m’arrête… Il a peur pour moi et il est en colère… Et j’ai peur… Pour lui… Pour mon fils… Mais je suis forte… Parce que j’ai confiance en lui…
« Un autre moment, encore après… Cette confiance… Vous la ressentez encore ?
« Oui… Quand je suis enfermée… Il vient me voir, le soir… Il veut que je sorte… Mais je ne veux pas impliquer Sarah… Il se sent inutile… Mais moi je sais qu’il va trouver…
On n’a pas besoin de se parler, on sait… Tous les deux… On aura tout le temps, après…
Thomas flanche un quart de seconde. Au souvenir d’Adèle qui place sa vie entre ses mains, sachant qu’il va la perdre… Max pose sa main gauche sur son bras, il faut qu’il reste fort…
« C’est très bien Adèle… Vous faites du bon boulot…
Maintenant, je veux qu’on revienne à des moments plus difficiles, dans la maison, avec Argos…
« Je dois gagner du temps, je sais que Thomas me cherche, je plie à ses exigences pour trouver une solution ; la vidéo, je sais qu’ils vont arriver, puis l’alarme…
« Calmez-vous, tout va bien. Prenez une inspiration, voilà…
Parlez-moi de l’alarme.
« Je sais que c’est Thomas, Argos est furieux, il menace Sarah. Je dois gagner du temps. Je ne comprends pas pourquoi c’est si long, et puis, et puis…
Elle se panique, perd le contrôle. Thomas resserre l’étreinte sur sa main, et les chiens geignent doucement.
« Sarah est sauve Adèle. Les secours arrivent… Vous êtes calme, vous le savez, vous n’avez pas peur. Vous n’aurez plus jamais peur, Argos est mort, vous avez gagné.
Quelqu’un entre… Parlez-moi de la personne qui entre…
« C’est Thomas. Je sais qu’il vient me chercher…
« Ce n’est pas lui Adèle. Vous le savez au fond de vous. Vous reconnaissez sa silhouette ? Son parfum ?
« Oui, non, ce n’est pas… Ce n’est pas Thomas. Pas son parfum. Il sent… Le tabac… Il n’a pas d’arme. La même taille, mais moins… Fort ?
« Qu’est-ce que vous voyez qui vous rassure ? Vous ne bougez pas, pourquoi ?
« Il ne me regarde pas, il ne m’aime pas. Il est juste là pour le boulot. Moi non plus je ne l’aime pas.
Je ne comprends pas pourquoi il est là, et pas Thomas…
Les affaires ne peuvent pas être liées… Pourquoi c’est lui ?
Ils retiennent leurs respirations. Thomas souffre le martyre, mais il tient le coup.
« Continuez Adèle, racontez-moi.
« Il regarde ma blessure, il fouille dans la pièce… Il fait du bruit. Il me soigne…Ça fait mal… Ça brule… Je pleure mais je ne m’évanouie pas. J’ai froid, si froid… Je suis fatiguée, j’ai soif… Et il y a…
Au loin, les sirènes, c’est Thomas, il arrive… Je l’appelle. On est toujours connectés, en pensé…
« Oui, c’est vrai. C’est une question de minutes, et vous serez enfin avec lui, et tout sera enfin terminé.
Parlez-moi de l’homme Adèle. C’est un policier. Vous le connaissez. Il vous prend dans ses bras. Il fait dans les 1m75, comme Thomas, mais il est moins costaud n’est-ce pas ?
Vous êtes consciente. Qu’est-ce que vous voyez, qu’est-ce que vous ressentez.
« Il ne me parle pas… Il est gaucher… Je n’avais pas remarqué la première fois, mais… Sa montre, il la porte au poignet droit. Sa cravate… Il a enlevé sa cravate pour ne pas la tacher… Ses cheveux sont gras, et l’odeur du tabac est trop forte, j’ai mal au cœur, je lutte, mais je sens que je pars…
« Concentrez-vous Adèle, encore un tout petit peu…
Je sais que c’est difficile, mais vous êtes dans votre havre de pais, avec nous, vos gardes du corps, vous ne risquez rien.
Parlez-moi de lui, des cheveux, de quelle couleur ? Ses yeux ? Il est occidental, typé ?
« Non, non il est blanc, le teint gris, brun, il porte une chemise claire, et un jean…
Ses yeux…
Elle frissonne
« Il n’est pas là pour me sauver. Non ! Nononon ! Il ne veut pas que Thomas me retrouve. Ses yeux, je ne vois pas la couleur, sombre, dilatés… Il est… Excité… Il se venge… Il veut nous faire du mal, à lui !
Oh mon Dieu !!!
Elle se redresse brusquement, le fauteuil part en arrière, les chiens se lèvent et se rapprochent. Elle porte ses mains à son ventre et s’évanouie. Thomas la rattrape comme si elle ne pesait rien, et la dépose délicatement sur la table. Il est livide.
Max soulève sa chemise pour vérifier que les points n’ont pas lâchés, et lorsqu’elle fait signe que tout va bien, l’un des militaire la recouvre d’une couverture de survie. Thomas a enlevé sa veste et l’a roulée en boule sous sa tête.
Les hommes de Roland vont chercher un véhicule, pendant que Thomas tente de lui faire reprendre conscience. Il caresse son visage, lui parle doucement.
Max est en retrait.
Les 4 hommes s’apprêtent à la transporter avec beaucoup de précaution, lorsqu’elle ouvre les yeux.
« Thomas…
« Je suis là… Ça va aller… Tout va bien, tu t’es évanouie…
« Thomas, c’est Derco…
Le disciple, c’est Derco !
« Et sinon, c’est un truc de flic de coucher avec ses partenaires ? C’est pas sensé être interdit ?
« Vous vous embarrassez pas avec les convenances vous hein ?
« Non, c’est pas trop mon truc…
« Et pourquoi vous demandez ? Il vous plait votre boss là, Derco ?
« Ah non, mais même pas en rêve. C’est le dernier homme sur terre, je prends la chèvre !
Marquand éclate de rire.
« Vous me plaisez bien Mlle Camus. Vous avez .un drôle de caractère, mais vous me plaisez bien.
Parlez-moi de lui. D’après ce que dit Rocher, c’est un sale con.
« Oui. Il est là pour scorer. Pour lui faire prendre en compte le côté pervers de ma mère, l’aspect psychologique du dossier, c’est une bataille de tous les jours. Il veut aller vite, montrer qu’il gère. C’est un carriériste.
« Oh ben ça va plaire à ma juge ça… Elle va se régaler avec votre commissaire tient !
Donc, d’après la miss, le disciple là, il est dans les petits papiers de la juge. Donc on se prend les dossiers et on recoupe tous les noms des gars qui ont collaboré aux enquêtes.
« Oui, alors l’autre psychorigide, aller fouiller dans ses papiers, ça va pas lui plaire. Il faut pas y aller au frontal.
« En même temps une juge d’instruction qui se pointe, parce que son affaire, entre parenthèses l’enlèvement d’un membre de la police, est liée au plus gros scandale judiciaire de ces 10 dernières années, je pense pas que ça le décontracte le monsieur…
Et vous l’avez pas encore vu quand elle est énervée ma juge… Un pitbull… En escarpins…
Ils étaient arrivés, et Lucie les guida jusqu’au bureau du commissaire.
Il était là, devant son tableau, au milieu de ses piles de dossiers. Marquand eu instantanément l’impression d’être téléporté dans une rediffusion des rues de San Francisco. L’homme devant lui portait une chemise synthétique à la couleur indéfinissable, dans un jean qui n’avait plus d’âge et sa coupe de cheveux faisait très 70.
Il se retourna lorsque Lucie l’interpella. Il avait une cigarette éteinte à la main, et une cravate qu’il avait du trouver aux puces.
« Commandant Derco ? Je suis le Commandant Marquand, je travaille avec Madame le juge Nevers, qui arrive, et nous avons besoin de vos dossiers.
Derco se fige, et son visage reflète instantanément un agacement violent et une colère sourde. Mais il reste calme.
« Je vois. Vous m’expliquez ? Lucie ?
« Adèle Delettre que vous avez rencontré avec le Commandant Rocher a été enlevée, et fort heureusement retrouvée, et c’est la juge Nevers qui est en charge du dossier. Elle m’a convoquée parce qu’elle pense que c’est lié à ma mère.
« Voilà. Donc on va avoir besoin de tout ça là, et de votre coopération bien sur.
« Vous réalisez que c’est déjà une grosse gêne pour le parquet et que…
« C’est pour ça que Madame le juge a été saisie. Pas que l’on ait pas envie de discuter, mais ya du taff hein ? Du coup vous aidez ou bien ?
« Oui, oui, bien entendu… Je vais passer un coup de fil à mes supérieurs tout de même ?
« Faites, on va commencer avec Mlle Camus en attendant.
Il sort et le téléphone de Marquand sonne
« Oui Madame le juge ?
« J’ai récupéré Victor, nous sommes là dans 10 minutes. Comment ça se passe ?
« Il est pas vraiment content, mais il a plié, il est parti passer des coups de fils, il revient.
« Oui j’imagine qu’il va tenter de convaincre le parquet de rester dans la boucle.
« C’est ça. Il va vous plaire le bonhomme, tout à fait votre genre.
« Le cheveu poivre et sel, la barbe de 3 jour et les yeux turquoises ?
Il sourit et raccroche.
« Vous vous tutoyiez ? C’est marrant…
« Non c’est le boulot.
« Pas de mélange de genre ?
« Si vous voulez.
Comprenant que Marquand n’irait pas plus loin, elle le guide entre les piles de dossiers, tentant de lui expliquer le classement qu’avait imposé Derco.
« Pour tout vous dire, je pense que c’est du grand n’importe quoi. Tant qu’il ne travaillera pas du point de vue de ma mère, il ne résoudra aucune affaire. Ce serait presque même le contraire. La logique n’est pas la même. Entrer dans ses dossiers du point de vue logique, de celui des demandes de révisions, de l’objet du crime, des récidives, du MO, c’est ignorer la volonté de gangréner le système. Ça le sclérose même encore plus.
Il faut réellement travailler du point de vue… De l’emmerdement maximum…
Je m’explique : Elle voulait se venger de ce que la justice lui avait fait subir. Donc les dossiers les plus pertinents pour comprendre sa méthode, ce sont ceux qui la replongent dans ses propres souffrances, dans son désir de vengeance. L’affaire Weber par exemple, était liée directement à moi, elle voulait lui faire payer sa relation avec moi, ma grossesse et le fait que je coupe les ponts avec elle. Vous voyez ?
« Oui… C’est pas forcément sur les grosses affaires qu’elle a pu faire ce genre de choses, par rapport au faisceau de preuves.
« Exactement. Les affaires qui comptent pour nous ce sont surtout celles où elle a jugée selon son intime conviction.
C’est à ce moment qu’Alice et Victor arrivent.
« Je vais chercher Derco, je reviens.
Alice et Victor contemplent les piles de dossiers, et Fred acquiesce d’un regard en faisant une moue qui laisse entendre qu’ils ne sont pas rendus…
Le téléphone d’Alice sonne, au moment où Lucie entre dans la pièce.
« Je ne le trouve pas, je ne sais pas où il est
Alice se retourne, elle est blême
« Fred, fait tout boucler… Le disciple, c’est Derco…
Thomas était furieux. Il était effrayé et furieux.
Effrayé parce qu’il avait peur qu’en se levant, elle n’ait causé des dégâts irréparables à ses blessures. Effrayé parce que Derco avait disparu, et qu’il avait peur qu’il ne cherche à se venger encore sur la femme qu’il aimait. Effrayé pour son fils, pour Ulysse, et putain effrayé parce qu’il faisait les 100 pas dans ce couloir depuis une heure sans avoir de nouvelles !
Et cela contribuait à le mettre encore plus hors de lui si cela était Dieu possible. Il ressentait cette même rage qu’il avait du mal à contrôler lorsqu’il pensait à Argos, à ce qu’il avait fait à Adèle, cette rage froide quand elle était enfermée derrière cette grille, cette rage sourde quand il était arrivé dans la maison et qu’elle avait disparue.
Maxine avait remué ciel et terre. Pour la sécurité des enfants en premier lieu. Personne ne pouvait plus les approcher, et Jesse les avait rejoints. Toutes les équipes étaient sur le pont, toutes les forces de police du territoire étaient à la recherche du flic de la crim.
Il la regardait et il avait l’impression qu’elle allait tomber. Elle était pâle, translucide, les traits tirés, des cernes profondes sous ses yeux. Mais elle était toujours aussi incisive, et ses yeux témoignaient de ce qu’elle avait en tête.
Elle vit qu’il la regardait, raccrocha et vint à sa rencontre.
« Ils sont en sécurité Thomas, et les gars ici sont en alerte maximum. Tout est sous contrôle. Enfin… Tant que faire se peut. Et le plan ne change pas.
« Quoi ?
« Soyez logique. Il ne peut plus vous approcher, je vais lui donner un nouvel os à ronger, il va se jeter dessus comme la misère sur le petit peuple.
Il allait laisser éclater sa colère lorsque l’infirmière revint avec Adèle dans un fauteuil. Il s’est précipité, s’est accroupi devant le fauteuil et a saisi ses mains, les a embrassé, a jeté un regard à l’infirmière.
« Comment elle va ?
« Je vais bien Thomas. Je te promets.
« Oui Commandant, c’est vrai. Il faut juste qu’elle se repose. Je la ramène dans la chambre si vous voulez bien ? Vous nous accordez 5 minutes ?
Il fait oui de la tête.
« Je suis désolée Thomas
Il la regarde, et pour la première fois la trouve vulnérable.
« Ne le soyez pas. Elle voulait le faire, j’ai dit oui.
Par contre, il est dans la nature, et vous voulez le provoquer. Vous aussi soyez logique. Il est traqué, il est seul, Courtène a gelé ses avoirs, c’est une question d’heures.
« Hier encore, vous pensiez que Nicole Marceau avait agit seule… Vous ne pouvez pas présumer de la profondeur de ce dossier. Vous réalisez que le disciple est arrivé à se faire nommé à la tête de la cellule qui enquête sur son maître ? Pour continuer son œuvre ? C’est trop complexe pour être pris de manière logique.
Laissez-moi entrer dans sa tête.
« Et s’il entre dans la votre ?
Elle sourit.
« Vous apprenez vite… Mais je sais comment faire sortir les monstres de ma tête. Ne vous inquiétez pas de ça. Occupez-vous d’elle. Laissez-moi gérer.
Je dois faire un truc avant, et je file à la télé. Cécile… Le Commissaire Perriggi vous tiendra au courant.
Il reste un instant immobile dans le couloir, avec cette sensation étrange qui lui tord l’estomac. C’est l’infirmière qui lui fait signe qu’il peut venir, qui le remet en mouvement.
Elle s’efface pour le laisser entrer dans la chambre et referme la porte derrière lui. Il avance d’un pas lourd vers le lit, et se penche pour embrasser Adèle. Ce baiser il en a besoin. Comme d’une source à laquelle boire après des heures dans le désert. Il est épuisé, physiquement et moralement. Et il est inquiet, pour la femme qu’il aime, mais aussi parce qu’il s’est laissé éloigner du danger, et qu’il a peur que son absence n’aient des conséquences désastreuses.
Cette femme l’énerve, il ne la comprend pas encore, mais il vivrait très mal qu’il lui arrive quoi que ce soit.
Adèle le connaît parfaitement, et elle n’a pas besoin de l’interroger pour savoir ce qui le tracasse.
« Ça va aller Thomas.
Il la regarde et sourit faiblement.
« Je vais te faire une promesse. Quand tout sera terminé, on va prendre d’immenses vacances. On va partir, tous les deux, avec Ulysse et Lucas, au bord de la mer, pour ta convalescence. Et je vais m’occuper de toi, te faire oublier tout ça. D’accord ?
Elle fait oui de la tête, et il s’assied près d’elle, la prenant délicatement dans ses bras.
L’attente allait être terrible.
Max était devant la porte.
Elle hésitait à sonner, ou frapper…
Ils avaient vécus leur lot de souffrance. Elle s’en voulait d’avoir ainsi coupé les ponts, alors qu’elle avait ce remède miracle à la perte d’Alex. Son fils, son miracle, sa merveille. Dans un sens, elle avait l’impression de les avoir abandonnés… Et il fallait qu’elle répare…
Elle frappa, légèrement.
C’est Philippe qui vint ouvrir.
Il ne s’était pas vu depuis le procès. Elle n’avait pas été là pour le sortir de prison. Et brusquement elle eu honte d’être là. Il comprit, et la pris dans ses bras. Elle ne s’y attendait pas une seconde et se figea. Avant de se laisser aller à son étreinte.
« Je suis désolée Philippe »
« Surement pas. Tu avais autre chose à gérer. »
Ils échangèrent un regard. Ils savaient chacun bien plus que ce qu’ils ne révèleraient jamais.
Carole était dans la cuisine, et lorsqu’ils passèrent le seuil, elle mit sa main sur ses lèvres, les larmes perlant au bord des cils. Elles s’étreignirent brièvement, et ils partirent s’installer dans le salon.
« C’est étrange d’être là, je ne sais pas par où commencer… »
« Tu nous le montre ? »
Les deux femmes échangèrent un sourire, et Max pris son téléphone pour montrer les photos et les vidéos de son fils, qui ne la quittaient jamais. C’était le portrait craché de son père.
Un instant, ils eurent l’impression d’être une famille. Une famille normale, qui se retrouve enfin, après de longs mois, qui s’extasie devant le petit dernier.
C’est à ce moment que Pauline est entrée dans la pièce, en lançant un « Bonsoir ! » qui resta coincé dans sa gorge.
La colère pris instantanément le pas sur la surprise, et elle se dirigea telle une furie vers le canapé où ils étaient installés. C’est la voix de son père qui la stoppa net.
Dans les vidéos qui ne quittaient jamais Max, il y avait ce message skype. Ce dernier message de l’homme qu’elle aimait et qui lui permettait de vivre chaque jour. Et il s’était lancé automatiquement à la suite de la vidéo précédente.
« J’en reviens pas de te laisser un message comme ça. C’est de la science fiction pour moi tu sais… Mais, je voulais te dire, j’avais besoin de te parler. C’est Carole qui m’a raccompagné ce soir, et j’ai parlé avec elle, je lui ai parlé de toi, de nous. Chevalier et Joy qui veulent que je sois le parrain de leur fils, j’ai réalisé chérie. Le coma, tout ça, c’est derrière moi. De ne pas avoir vu grandir ma fille, j’ai tellement raté de choses, ce vide… Je me dis qu’en regardant pousser leur fils, avec toi à mes côtés, je peux changer tout ça, faire sortir quelque chose de beau de tout ça… J’ai tellement envie de vivre, Max. La mort c’est fini. Je veux vivre chérie, vivre avec toi, vieillir avec toi. Tu m’as sauvé. Tout ce temps, c’est toi à mes côtés. Je veux qu’on soit heureux. Tu es mon miracle. Je t’aime chérie. Appelle-moi. Rentre vite. »
Pauline est tombée à genoux, en larmes.
Maxine s’est précipité et l’a prise dans ses bras. Elles ont continuées à pleurer enlacées sur le tapis pendant de longues minutes, puis chacun a repris sa place, Philippe leur a servi un verre de vin, et ils ont repris doucement le cours de leurs vies ; non pas où ils l’avaient laissé, mais là où Alex aurait aimé les voir…
Lorsqu’elle gara la moto un peu plus tard sur le parvis de l’immeuble qui abritait la chaine de télé, elle se sentait épuisée. Epuisée, mais plus légère. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle envisageait l’avenir différemment.
« Alors ?
« Ça va.
Ils descendent tous à Aix demain matin chez mes parents, pour le week-end, pour voir minilui. Ça me rassure en même temps, avec tout ça, le temps qu’on boucle… »
« Tu es sûre ? »
« Positive !
On est parti chouchou. On y va ! Feu ! »
Tout avait été parfaitement organisé.
Elle allait passer en direct au 20h00.
Elle avait rencontré la journaliste, et le naturel avait repris le dessus.
Elle avait fait ça tellement souvent…
Passer à la télé, pas servir de cible à un maniaque. Enfin… Ça aussi… Mais bon, ce n’était pas vraiment le sujet…. Elle avait besoin de faire le vide. Elle s’est enfermée dans la loge qu’on lui avait attribuée.
Elle repassait les étapes une à une.
Les enfants étaient en sécurité avec Jess.
Thomas était avec Adèle, sous la protection du GIGN.
Hippo et Eva gérait toute la surveillance numérique. Ils avaient constitué une équipe en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Images, appels, internet… Tout. Quand elle leur avait demandé de faire appel à des hackers du dark web, ils avaient tiqués quoi ? 10 secondes ? Elle aussi s’en moquait. Elle voulait la fin, elle se donnait les moyens.
L’abîme avait regardé de nombreuse fois au fond d’elle. Et à chaque fois, cela avait laissé une trace, une ombre… Mais à chaque fois elle l’avait chassé. A chaque fois elle avait vaincu. Et cette fois encore. Elle allait jouer son rôle, il allait sortir en pleine lumière, et ce serait fini.
Pour elle, parce qu’elle devait réparer, pour ses amis, anciens et nouveaux, parce qu’elle en avait assez de fuir, parce que sa famille était ici, et qu’elle devait le faire.
Romain tapa légèrement à sa porte, et l’entrouvrit.
« C’est l’heure »
Elle était prête.
Elle portait un costume d’homme Stella McCartney gris anthracite over size et très souple, avec un col roulé noir et de hauts talons. Elle avait une coiffure et un maquillage extrêmement sophistiqués. Elle avait surtout ce regard. Ce regard noir que Romain connaissait bien. Cette détermination, cette rage froide au fond d’elle.
Il ne comprenait pas vraiment pourquoi elle réagissait comme cela, maintenant, pour des gens qu’elle connaissait à peine. Mais si elle y allait, il suivait. Pas de question.
Thomas était assis prés d’Adèle, ils étaient adossés aux coussins face au poste de télé. Ils étaient inquiets, tous les deux, auraient voulus être avec leurs amis, mais comprenaient pourquoi ils ne pouvaient pas. Cela ne les empêchait pas de mal vivre cette mise à l’écart. Et lorsque le générique laissa place à la présentatrice bien connue du 20h, présentant les titres, Thomas ne pu s’empêcher de prendre la main d’Adèle dans la sienne, serrant plus fort encore, lorsque la journaliste annonça son invitée :
« Et enfin ce soir, de passage exceptionnel à Paris après près de 2 ans d’absence, l’experte en criminologie mondialement connu et auteur à succès Maxine Laveau Dupré, accepte de répondre à nos questions sur le plus gros scandale judiciaire de ces 10 dernières années. Elle nous donnera son point de vue d’expert sur le Juge Nicole Marceau et les répercussions de cette affaire sur l’ensemble de la justice française. »
Jessica avait envoyé les enfants jouer dans l’immense salon sous la garde de Lucas, et elle faisait les 100 pas devant le poste de télévision de la cuisine. Elle se moquait complètement de l’actualité, et trompait difficilement son impatience en attendant l’intervention de Max. Le stress et les hormones rendaient encore plus hasardeux ses choix alimentaires et même elle, ignorait comment elle arrivait à avaler des chips au paprika trempées dans du fluff d’une main et des cornichons de l’autre…
L’équipe mise en place par Max était d’une extrême discrétion, et pourtant, elle se sentait en parfaite sécurité. Mais cette attente, ce dénouement qui avait été orchestré, la rongeait.
« Elle vient nous donner son avis d’experte sur le séisme qui bouleverse la Justice Française. Avant d’entrer dans le vif du sujet dans quelques instants, portrait avec Laurent Dulac et Didier Deschamps, de celle que l’on appelle parfois la serial catcher … ».
Romain ne quittait pas la jeune femme des yeux, et suivait à travers son oreillette les moindres mouvements et remarques de l’équipe qui surveillait le plateau. Même si Max pensait qu’il ne réagirait pas tout de suite, il craignait que l’effet d’annonce de son intervention n’ait amené Derco à d’ores et déjà être moins prudent et à approcher de plus prés la criminologue.
« Bonsoir Maxine Laveau, et merci d’être avec nous ce soir. »
« Bonsoir Laurence, et merci à vous de m’accueillir »
« Une première question, un peu brutale, mais qui a son importance, comment doit-on vous appeler ? L’un de vos collaborateurs nous a laissé entendre que lorsque l’on vous appelait Madame, vous répondiez qu’il s’agissait de votre mère. C’est vrai ?
Maxine réagit à la question avec un immense sourire, digne d’une star d’Hollywood.
« Oui, c’est exact. Je préfère Max. J’ai travaillé avec énormément de gens différents, de pays, de corps différents, et il est plus simple pour moi d’être considérée comme un consultant. Quelqu’un que l’on va solliciter pour un avis, un peu comme lorsque vous posez une question à Siri, par exemple. Sauf que là c’est plutôt : Dis Max, qui est le grand méchant de l’histoire ? »
Hippo, était mal à l’aise. Il avait l’impression qu’elle était dans sa tête, même à distance. Elle lui en voulait vraiment pour le « Madame ». Elle allait lui faire payer… Et comme elle avait passée toute sa vie à étudier des types qui avait transformé en vocation l’art et la manière de faire disparaître un corps, il était sûr qu’elle n’avait même pas besoin de réfléchir à un comment ou un alibi. Il était foutu…
« Vous avez collaboré à un grand nombre d’affaires, on le sait, à des négociations de prises d’otages, collaboré avec les plus grands - et là je pense surtout à Micki Pistorius - à l’établissement de profils afin de traquer toute sorte de criminels… Qu’est-ce qui aujourd’hui, vous motive dans votre travail, et surtout êtes-vous de retour parmi nous pour une affaire particulière ? »
Elle avança ses mains croisées sur la table devant elle, et son visage pris une expression plus grave.
« Ce qui m’anime aujourd’hui, c’est ce qui m’a toujours animé Laurence.
La recherche de la vérité.
Je suis venue à Paris pour des raisons personnelles, mais bien entendu, l’affaire Marceau a immédiatement attirée mon attention. D’autant plus lorsque les conséquences de la mauvaise gestion de ce dossier ont conduit à aggraver encore plus la situation.
Alors oui, on peut dire que je suis sur une nouvelle affaire.»
« Vous parlez d’une mauvaise gestion du dossier. Je suis obligée de vous poser la question : Que s’est-il passé de si grave pour que l’on vous mette sur l’affaire ? »
« Ne pas prendre en considération l’aspect psychologique de cette affaire, le profil particulièrement pervers de cette femme, et surtout, mettre à la tête de la cellule une personne sans aucune compétence.
Voilà ce qui m’a conduit à demander à travailler à la réelle résolution de ces dossiers.
Soyons clairs, la justice n’est pas à blâmer dans cette affaire, si ce n’est de ne pas avoir pris en compte que le meilleurs intérêt de l’enfant qu’était Nicole Marceau était de ne pas retourner chez son père biologique.
Par contre, avoir confié un dossier aussi lourd à une personne qui n’était pas qualifiée pour le traiter, qui s’est juste placée là dans un souci de progression de carrière, était une grave erreur. Les personnalités comme celles du juge Marceau sont contagieuse, et ce Monsieur, aujourd’hui recherché par l’ensemble des forces de police du territoire je tiens à le préciser, s’est laissé griser par le pouvoir de cette femme. A titre posthume. De son vivant, je pense même qu’elle se serait follement amusée avec lui si elle l’avait connu. Le disciple rêvé. Faible, d’une intelligence limité, facilement impressionnable, une marionnette qu’elle aurait pris plaisir à torturer. »
Et voilà, c’était parti… Le compte à rebours venait de démarrer…
« Thomas, c’est du suicide… Elle l’a démoli physiquement, intellectuellement, psychologiquement… Non seulement lui, mais la juge aussi… Le fait de mettre Lucie en avant, en le rabaissant, c’est autant de gifles. C’est brillant, oui, je l’admets, parce qu’elle n’a oublié aucun des éléments de son profil, mais il va devenir fou, Thomas… »
« Calme-toi. Visiblement, elle sait ce qu’elle fait, tu le dis toi-même. »
Adèle était très agitée, et Thomas tentait d’être rassurant, alors que lui-même était inquiet.
Maxine avait enchainé les coups comme un boxeur combat pour le titre, valorisant les organes judiciaires, citant notamment Alice et les différentes forces de polices avec lesquelles elle avait travaillé en France, félicitant Thomas pour son sang froid face à la démence de la juge ; valorisant Lucie, son abnégation à réparer les dégâts que sa mère avait faits, pour la paix des victimes et de leurs familles, mais aussi pour les innocents condamnés à tort. C’était elle l’âme de la cellule Marceau, elle grâce à qui on faisait appel enfin à un expert.
Elle n’avait pas à proprement parlé de Derco après son introduction plutôt cinglante à son encontre, le laissant dans le décor comme une chose sans importance, qui serait bientôt retrouvée, et qui finirait pourrissant dans un trou aux frais de l’état. Il n’était rien, pas le héro, pas le disciple, moins que rien, puisque la juge avait préféré se l’asservir plutôt que d’exercer sa vengeance sur lui. Il n’était pas le fils prodigue venu remplacé la fille dépravée et si peu reconnaissante, il n’était qu’un pâle substitut, un jouet…
Le téléphone sonna, c’était Jess. Elle aussi était stressée, en premier pour son amie, dont elle voulait être sûre avant tout qu’elle ne risquait rien, et parce que sa sensibilité exacerbée, lui avait fait prendre conscience de la violence des propos tenus par Max, et de leurs possibles conséquences.
Le téléphone de Thomas sonna aussi. C’était Chloé.
« Une seconde…
Il sortit prendre l’appel dans le couloir, il se doutait qu’il n’allait pas aimer la conversation, et encore moins Adèle si elle entendait…
Je vous écoute… »
« Thomas, il faut que vous la rejoigniez…
Il fut surpris du ton et de la fermeté de la phrase, à mille lieux des manières de Chloé.
Je sais que vous êtes sensé rester auprès d’Adèle, que la cible première c’était vous et qu’elle ne vous veut pas dans ses pattes, mais Thomas, elle ne peut pas l’affronter seule. Il ne va pas seulement lui faire du mal, il va vouloir lui prouver qu’elle a tord, et à tout le monde, et pour ça il va prendre son temps pour la faire souffrir. Physiquement d’abord, puis le temps de s’organiser, psychologiquement. Elle n’a pas pris la mesure de ce qu’elle fait, elle n’est pas dans son état normal, et c’est de ma faute, je n’aurais pas du la plonger dans une affaire alors qu’elle venait juste d’arriver à Paris, et… »
« Chloé, stop !
Tout le monde est sur le pont, appelez le commissaire Lamarck, il vous confirmera qu’un moustique ne pourrait pas l’approcher sans faire sonner une alarme. »
« Ce n’est pas cette affaire qu’elle veut sortir de sa tête Thomas ! Tout ça ce n’est qu’un moyen de se débarrasser de sa peine, c’est pour ça qu’elle y va, parce qu’elle pense qu’elle ne peut pas souffrir plus !!! Elle va se laisser prendre si elle juge que c’est nécessaire, vous ne comprenez pas, vous DEVEZ y aller ! »
Et le déroulé des évènements repassa devant les yeux de Thomas en accéléré. Elle avait tout planifié, confié son fils à ses parents, revu ses amis, fait la paix avec Pauline et la famille d’Alex… Elle avait fait en sorte qu’ils soient tous en sécurité, que ce qui lui était arrivé à elle n’arrive à personne d’autre. Elle avait tout organisé pour cela, jusqu’au plan de ce soir.
Elle avait caché sa douleur tant que faire se peux, mais il l’avait senti… Elle l’avait laissée entrer dans sa tête et il l’avait vue, son vrai visage, cachée tout au fond d’elle, effondrée et hurlant sa peine sans que personne ne l’entende.
Et elle ne pouvait plus vivre comme ça. Elle devait faire disparaître ses sensations, ses hallucinations, pour son fils, pour qu’il ne grandisse pas en sentant cette fêlure dans sa maman. Elle ne voulait garder que le bon.
Il jura, il s’en voulait. Il aurait du le voir, il était passé par là. Lui avait cogné dans des sacs jusqu’à en avoir les poings qui saignent quand il avait perdu son épouse. Comment avait-il pu être aussi aveugle !
Il entra dans la chambre un peu brusquement.
« Je dois y aller »
« Qu’est-ce qui se passe ? »
« Tu as raison, elle va faire n’importe quoi, si j’y suis il sera distrait, à nous deux on a une chance. »
Elle savait qu’il avait raison. Elle avait peur pour lui, mais elle savait qu’il ne prendrait pas de risques inconsidérés. Elle acquiesça. Son menton tremblait un peu. Il l’embrassa et parti en trombe.
Il arriva aux studios en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Ils étaient tous là, et ils étaient visiblement inquiets. Ça ne voulait dire qu’une chose, elle avait disparue.
« Comment c’est possible ? » Hurlement d’un Lamarck en ébullition
« C’est pas possible ! Patron, on avait tout mis en place, il ne pouvait pas être au courant ! Encore moins neutraliser ses traqueurs ! » Désespoir d’un Chevalier à la limite de la panique
« C’est parce qu’il ne l’a pas enlevée, elle est partie se jeter dans la gueule du loup » Thomas, en plein contrôle de la situation.
Elle était où quand vous l’avez perdue ? »
« Dans sa loge »
« On y va.
Il mit son oreillette et appela Chloé.
J’ai besoin de vous, je vais être vos yeux, dites moi quoi chercher. C’est vous et moi, comme au bon vieux temps. »
Il filmait la loge minuscule, tout en s’attardant sur les moindres détails.
« Elle ne s’est pas changée, elle a laissé son sac… »
« Elle ne veut pas qu’on la suive, elle a laissé son portable, ses lunettes, tout ce qui contenait un traqueur… »
« Elle sait qu’il va chercher, elle a du nous laisser un indice Thomas… Elle n’est pas partie comme ça… Elle veut de l’avance, pas forcément être seule… »
« C’est étrange cet alignement non ? »
« Oui… Elle fait ça quand elle est en colère… Elle aligne, ça l’aide à se concentrer…
Attendez, non, remontrez-moi… C’est ça Thomas ! Le gobelet ! Il est plein ? »
Thomas enlève l’opercule. Le gobelet contient du thé, il est plein.
Trouvez de l’eau chaude Thomas, vite !
« Amenez-moi de l’eau bouillante, dépêchez-vous ! »
Une assistante arrive en courant, elle tient une bouilloire. Thomas s’en saisie, ouvre le couvercle et laisse la vapeur flouter le miroir. Le message de Max apparaît : Quai de Béthune.
« C’est sur l’île Saint-Louis, en face de la DPJ »
L’hôtel particulier en travaux semblait hanté sous les lumières des gyrophares. Il portait un gilet pare balles, et entra parmi les premiers dans les lieux, avec Chevalier. Il y avait de la fumée provenant d’une des cheminées du premier étage, c’est la qu’ils se dirigèrent en premier.
Il ne voulait pas penser, il n’allait pas arriver trop tard. Elle avait tout compris, bien avant eux, dès qu’Adèle l’avait identifié. Elle avait agit en conséquence, mettant sa vie dans la balance, non seulement pour le stopper, mais aussi pour résoudre toute l’histoire.
Elle n’avait pas peur, tout était sous contrôle, elle savait qu’à un certain point il aurait besoin de la faire souffrir pour se sentir exister, et la souffrance, c’était son quotidien, son expertise…
Le respect du protocole de sécurité lui tapait sur les nerfs tant il voulait monter les escaliers 4 à 4. Ils arrivèrent enfin, après ce qui lui sembla bien trop long.
Derco était fou de rage, l’écume aux lèvres. Elle était attachée avec des chaines à l’un des chandeliers contre le mur. Il l’avait battue sévèrement, découpé ses vêtements, sa peau, et elle riait.
Il la mit en joue. Elle continuait de sourire.
« Vous n’êtes rien Derco… Ils vont vous abattre, et tout sera fini. Et on vous oubliera… Vous… Elle… »
« Taisez-vous !!! »
« Lâchez votre arme ! Lâchez-là, MAINTENANT ! » Thomas voulait qu’il le voit, qu’il détourne une partie de sa haine contre lui.
« Je vais lui éclater la tronche si vous avancez encore »
« Regardez-moi. Vous ne ferez rien, vous n’avez pas le cran.
Elle avança sa tête jusqu’à poser son front contre le canon
Vous n’êtes pas le héro, vous ne le serez jamais. Pas même si vous aviez résolu toutes ces affaires, et de toutes manières, vous n’en étiez pas capable. Alors allez-y, tirez, qu’il nous débarrasse de vous. »
« C’était le plan, et il a fallut que vous veniez tout gâcher !!! J’avais récupéré ses notes, j’avais sauvé la fille, j’aurais tout résolu !!! »
« Ben voyons, les notes. Elle était brillante, elle, elle n’aurait pas couru ce genre de risque, elle aurait tout fait disparaître… »
« C’est vous qui n’êtes qu’une fraude, vous n’avez rien compris. Quand vous avez remué ses histoires de famille, j’ai tout copié, et j’ai tout gardé avec moi ; je savais que ça finirait mal. Et puis, il m’a débarrassé d’elle, et j’ai compris qu’on allait devenir des frères. En sauvant la fille, je rentrais dans le cercle, et je résolvais les affaires avec eux… J’aurais fini par diriger ce ramassis d’incompétents. Jamais ils ne se seraient douté de quoi que ce soit… Vous n’avez pas cessé de me mettre des bâtons dans les roues, vous !
Il recula tout en parlant et sorti une clef USB de sa poche.
Tout est de votre faute ! »
Il remit Max en joue et il y eu 3 coups de feu. Le premier de Thomas, le touchant à la poitrine, le second de Romain, à quelques centimètres du 1er, et le troisième de l’arme de Derco.
Maxine ferma les yeux, attendant l’impact, mais la balle la manqua… De peu…
Les deux hommes se précipitèrent pour la décrocher, et elle se laissa aller dans les bras de Thomas, à la limite de la conscience.
« J’ai compris que je m’étais trompé quand elle l’a reconnu… Il cherchait un autre Maître… »
« Doucement, je vous tiens, vous aurez le temps de me raconter, et moi de vous engueuler »
« On va tous t’engueuler, Max. Tu nous as fait une sacrée peur ! »
Romain s’accroupi près d’eux et pose sa main sur le bras de la criminologue. Elle ouvre les yeux un instant, leur sourit, puis retombe comme une poupée de chiffons.
« Max ! Ouvrez les yeux.
C’est fini. »
Epilogue
Le soleil se levait sur la plage Pereire, annonçant une magnifique journée d’hiver sur le bassin. Quinze jours, et il ne se lassait pas de cette vision.
Il était debout dans la véranda, buvant son café. Il avait rallumé le feu dans la cheminée, et était torse nu, dans la fraicheur du petit matin.
Elle se glissa derrière lui sans faire de bruit, et l’entoura de ses bras, posant son front contre son dos tatoué. Il prit l’une de ses mains de sa main libre, pour l’embrasser, et il se retourna pour lui faire face. Il posa sa tasse afin de la prendre dans ses bras, déposant un baiser sur son front. Elle ne portait que sa chemise et une paire de grosses chaussettes. Ses cheveux auréolaient sont visage, sa peau claire semblait dorée dans la lumière du petit jour.
Comme il le lui avait promis, il avait posé 3 semaines de congés, et organisé leurs vacances. Avec l’aide de Max, il faut bien l’avouer. Elle avait des amis à Arcachon et leur avait trouvé cette maison au bord de la plage. La plage où ils allaient marcher, chaque jour, où il faisait son jogging, et s’entrainait.
Max quant à elle, était allé chercher son fils à Aix, afin de recoller les morceaux de sa vie. De la manière dont il le voyait, elle n’allait pas rentrer aux Etats-Unis tout de suite. Et quand bien même, elle était partie pour revenir souvent.
Adèle semblait revivre et elle allait mieux, de jour en jour.
Leur vie ici, s’était organisée de la manière la plus simple et la plus naturelle possible. Le matin, Lucas gardait Ulysse pendant que Thomas emmenais marcher Adèle et s’occupait de sa ré éducation. Puis ils partaient tous ensemble faire le marché, se délectaient de poissons et de cannelés à presque tous les repas. L’après-midi, ils allaient promener, faire du bateau, bref, jouir du cadre exceptionnel ; et le soir, Adèle profitait de son fils, pendant que Thomas et Lucas partaient faire du sport ensemble.
Jess et Hippo les avait rejoints avec Sidney pour ce dernier week-end des vacances. Ils ramèneraient Lucas chez sa tante et garderaient Ulysse, laissant Adèle et Thomas seuls cette dernière semaine.
Ils avaient un peu l’impression d’être les victimes d’un complot. C’était une excellente chose, mais ils étaient cependant très nerveux.
Thomas avait emmené Jess, Hippo et les enfants à l’aéroport à Bordeaux hier soir, et il stressait un peu sur le chemin du retour…
Il sourit tout seul à l’idée qu’il se comportait comme un ado pour son premier rencard. Ces dernières semaines, ils avaient dormis dans des chambres séparées, Adèle partageant sa chambre avec Ulysse. Outre ses blessures, et la présence des enfants, il ne voulait pas précipiter les choses. Il avait compris lors de sa tentative infructueuse en Anjou, qu’elle avait besoin de temps, mais surtout d’être rassurée.
De l’eau avait coulé sous les ponts cependant… Manquer de la perdre avait changé beaucoup de choses…
A son retour, il l’avait trouvé dans la cuisine. Elle avait préparé le diner et elle l’attendait, sur fond de Chopin, en bouquinant et en sirotant un verre d’Uby N°4, cadeau de Maxine.
Ils avaient passé une magnifique soirée, goutant à chaque instant.
Elle lui avait fait remarquer que c’était en quelque sorte leur premier vrai rendez-vous.
Ils en avaient plaisantés, et la conversation s’était prolongée, sur des tas de sujets différents. Ils étaient enfin libres, libres de vivre leur histoire, d’apprendre à se connaître mieux.
Ses blessures étaient cicatrisées, la douleur avait disparue, ses peurs semblaient évanouies… La tête avait suivie le corps…
Il était parti leur préparer une tasse de chocolat chaud, pendant qu’elle attendait dans le canapé devant la cheminée. Il posa les tasses sur la table et pris appui sur le sofa pour déposer un baiser sur ses lèvres.
Il avait le goût du chocolat.
Ça la fit sourire. Elle prit son visage entre ses mains et l’attira vers elle.
Il n’y avait plus de peur, tout était simple…
Cette nuit, c’était leur récompense…
« Bonjour »
Elle leva les yeux vers lui, et avec tout l’amour qu’elle pouvait mettre dans son regard, esquissant un sourire, elle lui dit bonjour.
« Tu as bien dormi ? »
« Très… Mais… »
« Oui ? »
« J’aurais aimé me réveiller dans tes bras… »
« Je suis désolé, je voulais te laisser dormir… Je ne le ferai plus. Promis ! Enfin, si toutefois tu me pardonnes et que tu prévois de dormir avec moi à nouveau… Avant 2 ans, je veux dire… »
Elle éclata de rire et se blottie contre lui. Ils se tournèrent vers la mer.
« C’est tellement beau ici…
Thomas… »
« Oui ? »
« Je… Je voulais te dire… Je n’ai plus peur. Je suis heureuse, Thomas… »
Il la serre plus fort encore, et lutte pour ne pas lui dire qu’il l’aime. Il ne veut pas la brusquer. Il veut lui laisser le temps, leur laisser le temps. Il allait commencer par s’employer à le lui prouver. Les mots viendraient plus tard.
« Tu as faim ? Je nous fais un grand p’tit déj ? Ou tu veux qu’on sorte marcher d’abord ? Quoique tu ais fait un peu d’exercice déjà, dit-il avec un sourire malicieux.
Elle recule d’un pas, puis un autre, sourit en mordant sa lèvre inférieure, le fixe intensément tout en déboutonnant sa chemise. Elle se retourne, la fait glisser le long de son dos nu, et lance le vêtement dans sa direction, tout en se dirigeant lentement vers la chambre à coucher…
Le petit déjeuner attendrait.