HypnoFanfics

Que serais-je sans toi ?

Série : Profilage
Création : 16.12.2017 à 18h07
Auteur : Lolaluar 
Statut : Terminée

« Suite immédiate du 10ème et dernier épisode de la saison 8 » Lolaluar 

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Depuis le matin, les agents travaillaient sur une nouvelle enquête, une histoire de série de vols à l’arraché qui avait mal tourné avec la chute dramatique d’une personne âgée. L’agresseur sévissait depuis plusieurs jours, mais la ligne rouge n’avait jamais été franchie, malheureusement, le dernier s’était soldé par la grave blessure d’une vieille dame et l’enquête avait été confiée à la DPJ. L’enquête n’en était qu’à ses prémices, et pour l’instant, le tableau était encore relativement vide hormis les photos des victimes du vol.

Lamarck entra dans l’Open Space où les agents étaient en train de travailler. Jessica était dans les parages, il l’avait invitée à rentrer. Il les interrompit quelques secondes dans leurs réflexions.

- J’ai des nouvelles d’Adèle.

- Dites-nous qu’elles sont bonnes.. Espéra Jess.

- Oui, on a vraiment besoin qu’elle revienne, ajouta Emma.

- Il y a comme un vide, c’est vrai, renchérit Hyppolite.

Seul Rocher ne dit rien, lorsque Lamarck le regarda, il se contenta de l’interroger du regard pour avoir la suite des infos. Il se démarquait de l’enthousiasme de ses collègues, et Lamarck savait pourquoi, il avait fini par leur en toucher quelques mots, afin qu’ils comprennent pourquoi Rocher était si distant ces derniers jours. Depuis l’incident de la clinique, malgré leur envie de savoir ce qui s’était passé entre le Commandant et Adèle, ils avaient pris sur eux pour ne pas leur poser de question. Que ce soit avec l’un ou l’autre, ils risquaient de s’y casser les dents. Lamarck avait décidé de les mettre au courant devant leur inquiétude et l’attitude renfermée de Rocher. Ils ne l’avaient plus vu sourire depuis cet épisode, ils comprenaient maintenant pourquoi et trouvaient cela injuste pour leur supérieur. Il avait beau les diriger, la hiérarchie se faisait de manière naturelle, il n’avait pas besoin de leur en faire la démonstration et il se mettait au même niveau qu’eux sauf pour la prise de risque lors des interventions. Cette attitude avec eux leur permettait d’avoir une relation particulière avec lui, sans pour autant être amis, ils savaient qu’ils pouvaient compter les uns sur les autres. Pour l’instant ils faisaient comme s’ils n’étaient au courant de rien, mais la situation leur pesait. Ils savaient qu’avec le Commandant, la mission était impossible, ils n’avaient que Lucas pour leur fournir des informations et préféraient ne pas l’inquiéter pour rien. Il n’avait pas rappelé Hyppolite, ils se disaient donc que les choses devaient aller à peu près normalement à la maison. Il restait à parler à Adèle, mais ils attendaient le bon moment pour aborder le sujet.

- Les médecins autorisent Adèle à rentrer chez elle demain matin. Elle va avoir la visite d’Ulysse tout à l’heure, nous le gardons à la maison encore un petit peu et quand elle sera prête, ils retrouveront leur quotidien, on va y aller étape par étape.

Les réactions furent unanimes, tout le monde était soulagé de cette nouvelle. Ils se remirent donc au travail. Le reste de la journée passa au rythme de l’enquête, ils ramassaient le maximum de témoignages de victimes, mais effectuaient également des recherches pour retrouver d’éventuels témoins des agressions, et en particulier de la dernière.


Lolaluar  (27.12.2017 à 18:57)

Le lendemain, ils étaient tous à nouveau sur l’enquête en cours.

L’agresseur qu’ils recherchaient n’était pas un néophyte, il se faisait très discret et s’attaquait à ses victimes lorsqu’elles étaient isolées, si bien qu’il y avait peu de témoins hormis les victimes elles-mêmes.

Ils avaient interrogé un suspect, mais il fut rapidement mis hors de cause. Emma était en train de barrer sa photo sur le tableau, elle se retourna soudain vers Rocher.

- Commandant, vous ne pensez pas qu’on pourrait appeler Adèle pour qu’elle nous établisse un profil de l’agresseur ? Cela nous aiderait peut-être à avancer. Ça fait vingt-quatre heures qu’on est dessus, et on n’a pas avancé..

- On peut se débrouiller sans Adèle, on l’a déjà fait non ? Et puis ce n’est pas parce que le tableau vous parait vide que l’enquête n’avance pas.

- Oui, bien sûr, mais….

- Alors au boulot.

Emma se tut et retourna à son bureau, elle savait qu’elle avait raison, mais le ton de Rocher était glacial et elle n’avait pas envie de s’y frotter à nouveau. Ce matin il était sur les nerfs, et piétiner sur l’enquête n’arrangeait rien, il avait sans doute passé la nuit à cogiter sur l’enquête et sur Adèle, et il était arrivé au boulot avec la tête des mauvais jours. Pour ne rien arranger, Lamarck leur avait appris que la veille dame était décédée de ses blessures.

Elle regarda Hyppolite qui lui adressa un regard compatissant, cela lui remonta le moral et elle se replongea dans son travail.

 

Une demi-heure plus tard Emma s’approcha d’Hyppolite et lui glissa quelques mots à l’oreille puis prit la direction de la sortie et se tourna vers Rocher.

- Vous voulez un café Commandant ?

- Je ne devrais pas, j’en ai déjà pris deux, mais… oui, je veux bien, merci.

- Trois cafés alors, c’est comme si c’était fait.

- Trois cafés, deux mains, je crois que je vais venir t’aider sinon on les boira jamais, rajouta Hyppolite en se levant.

Rocher se demanda ce qu’ils manigançaient tous les deux, il n’était pas dupe, les regards insistants sur lui au sein de la DPJ depuis quelques jours commençaient à l’agacer. Il avait été dur avec Emma tout à l’heure et il s’en voulait, mais pour l’instant il n’était pas prêt à en reparler avec elle, il prendrait le temps de s’excuser lors d’une pause.

Quelques minutes plus tard, Emma revint avec deux cafés.

- Tenez Commandant, faites attention, il est brûlant.

- Merci Tomasi.

Elle rejoignit son bureau et ils entreprirent tous les deux de boire leur café, non sans avoir soufflé dessus pour les refroidir.

 

Pendant ce temps, Hyppolite s’était éclipsé à l’accueil.

- Jess ?

- Je suis là.

- J’ai un petit service à te demander… dit-il en regardant autour de lui.

- Ca dépend. Raconte.

- Emma vient de me parler et …

- Quoi encore avec Emma ? s’agaça Jess.

- Mais rien, arrête avec cette histoire, les choses sont claires depuis longtemps…

- Ah je préfère.

Cela lui fit retrouver le sourire.

- Alors c’est quoi ce service ?

- Et bien, on piétine sur l’enquête, on n’a aucune piste sur l’agresseur de la vielle dame et il nous faudrait l’avis d’une spécialiste…

Jessica poursuivit sa phrase.

- Sauf que Rocher n’est pas très enthousiaste à l’idée de demander à Adèle.

Puis elle enchaina avec un grand sourire.

- Et vous vous êtes dit, pourquoi on ne demanderait pas à super Jess d’aller voir Adèle discrètement pour avoir son avis sur l’enquête.

- T’as tout compris, t’as vraiment raté ta vocation toi, que fait une superwoman à l’accueil ?

Une gomme lui atterrit sur la tête, il l’a récupéra par terre et la rendit à Jess en se penchant.

- Toi, tu as de la chance d’être enceinte, profite de la situation, ça ne durera pas, je me vengerai un jour de tout ce que tu me fais subir.

Les deux amis rigolèrent, Hyppolite tendit un dossier à Jess qui lui fit signe qu’elle gérait.

- Merci Jess.

 

 

Adèle était en train de lire tranquillement sur son canapé lorsque quelques coups frappés à la porte attirèrent son attention, elle se dirigea doucement vers l’entrée et vit par le judas de la porte sa collègue, elle lui ouvrit avec enthousiasme, elle était contente d’avoir de la visite, et Jess apportait toujours sa bonne humeur avec elle.

- Salut !

- Salut.

Elles s’embrassèrent et Adèle s’effaça pour laisser entrer Jess.

- Ca me fait plaisir d’avoir de la visite, je ne vois pas grand monde…

- Tu as l’air d’aller bien, même si tu es un peu pâlotte.

- Je vais essayer le maquillage, ça devrait remédier à ce problème répondit-elle en souriant. Mais ça va sinon, doucement, mais ça va.

Après avoir échangé des banalités sur les enfants, Adèle demanda des nouvelles de ses collègues.

- Justement Adèle, on est sur une affaire, et l’équipe galère un peu sur le profil de l’agresseur à rechercher, je me suis dit que peut-être tu pourrais leur donner un coup de main, bien sûr à condition que cela ne te fatigue pas trop, juste lire et leur donner des pistes, je crois que Rocher a besoin de t..

Jess suspendit sa phrase.

- Enfin de ta .. de tes compétences.

- Il ne peut pas venir lui-même me présenter l’affaire ? demanda étonnée Adèle.

- Et bien, disons que c’est compliqué depuis la dernière fois que vous vous êtes vus.

- Pourquoi tu dis ça ?

- Parce que depuis, il est quand même un peu au fond du trou.. Enfin tu dois bien t’en douter non ?

- Me douter de quoi ? Je ne comprends pas où tu veux en venir Jess, je me rappelle à peine de l’avoir vu, il n’y a que toi, Emma, Hyppo et le Commissaire qui venez me voir.. même Sarah n’est pas venue.

- Doucement ma belle, laisse le temps à Sarah d’encaisser ce qu’elle vient de vivre, ses parents s’occupent d’elle et elle reviendra vers toi quand elle se sentira prête, tu sais en quelques jours elle a appris qu’elle avait une sœur, et puis elle a été kidnappée, elle a agressé un homme, vu une femme lobotomisée, elle s’est échappée et toi tu as disparu.. ça fait quand même beaucoup pour elle.

En entendant le résumé de Jess, Adèle réalisa le traumatisme que pouvait avoir subi Sarah, aussi elle se détendit et comprenait son absence.

- Oui, oui, tu as raison, dis, tu voudrais bien lui faire passer un petit mot de ma part ?

- Bien sûr, quand tu veux.

Jessica sentit qu’il ne fallait pas revenir sur le sujet qui fâchait, aussi, elle reprit un sourire de circonstance en tendant le dossier à Adèle.

- Bon et sinon, tu veux bien jeter un œil au dossier ?

- Pourquoi pas, ça va m’occuper, il n’y a pas grand-chose à faire ici…

- Cool, merci. On se voit demain à la même heure si tu veux.

- Avec plaisir Jess.

 

 

En rentrant à la DPJ, Jess croisa Rocher dans le couloir, elle l’attira dans un coin pour ne pas être entendue d’autres collègues.

Commandant, je pense qu’il y a eu un malentendu entre Adèle et vous.

Il répondit d’un air las.

- J’aimerais bien qu’on me lâche avec Adèle.

- Elle me soutient qu’elle ne vous a jamais dit de partir de sa chambre, elle ne se souvient même pas vous avoir vu.

- Vous mettez en doute ma parole ?

- Non, non, absolument pas, j’étais dans la pièce à côté quand vous étiez avec elle, mais elle n’était pas encore remise de ce qu’il lui était arrivé, et elle était sous morphine, alors peut-être qu’elle ne pensait pas ce qu’elle disait.. vous savez, les gens délirent parfois sous l’effet de certains antalgiques.

Pour toute réponse, Rocher haussa les épaules et retourna dans son bureau pour se replonger dans son travail. Impossible de continuer la conversation, sa carapace était bel et bien en place.

- Aussi têtu l’un que l’autre.

Le Commandant ne releva pas, Jessica retourna exaspérée à l’accueil, elle allait finir par tourner bourrique avec ces deux-là !


Lolaluar  (28.12.2017 à 23:16)

L’équipe avait passé la journée sans réussir à avancer dans l’enquête des vols à l’arraché, cela devenait compliqué avec les familles des victimes qui réclamaient des résultats. Lamarck tentait tant bien que mal de calmer le jeu, mais la tension grandissait au sein de la DPJ, cela faisait trois jours qu’ils mettaient beaucoup d’énergie au travail sans obtenir de résultats probants.

 

Jess rejoignit Adèle comme prévu en fin d’après-midi.

- Comment ça va avec Ulysse ?

- Super bien, il doit sentir que je suis fatiguée car il est très calme. Du coup, tu as bien fait d’insister pour qu’il soit avec Sydney chez la nounou ce matin, ça soulage aussi la famille Lamarck qui a beaucoup fait depuis plusieurs jours, même si ça leur fait plaisir de l’avoir.

- Demain, c’est journée entière, tu n’as pas oublié ?

- Je n’ai pas oublié, et puis je reprends le travail après-demain, il faut bien qu’on reprenne un rythme normal, je pense que ça va le faire et puis compte tenu qu’il y a la sieste, je vais aussi pouvoir me reposer pendant ce temps.

- J’espère que tu ne reprends pas trop vite le travail.

- J’ai l’accord du médecin, à condition de rester au bureau pour ne pas prendre de risque.

- Je sais bien, mais tu n’as pas encore repris toutes tes forces.

- Ne t’inquiète pas, j’ai besoin de me changer l’air, de travailler, alors je ne prendrai pas le risque de me retrouver en arrêt.

- J’aime bien quand tu parles comme ça Adèle.

- Je suis vraiment pressée de retrouver une vie normale.

Elle se leva soudain et récupéra quelque chose sur la table.

- Oh tiens, pendant que j’y pense, je te rends la pochette que tu m’as donnée hier.

- Tu as jeté un coup d’œil ?

- J’ai regardé un peu le profil de l’agresseur que vous recherchez, il n’y a vraiment pas grand-chose. Le seul détail qui me perturbe, c’est qu’à chaque fois, les sacs volés ont été retrouvés, et les victimes déclaraient ne rien avoir perdu. Cela veut dire que cet homme ne fait pas ça pour l’argent, je dirais qu’il veut attirer les regards sur lui. Il fait cela de manière à ce que chaque fois qu’on commence à oublier une agression, une autre arrive. Il joue à cache-cache, il cherche à ce qu’on parle de lui sans que ce soit non plus les gros titres, mais plutôt dans le sens où ce serait un jeu de piste avec lui à retrouver, sans qu’au final il n’ait grand-chose à se reprocher vu qu’il ne vole rien. Je sais, psychologiquement, pour les victimes c’est dur car il y a agression, mais lui ne voit pas forcément les choses comme ça, c’est un jeu, il attend son heure de gloire qui arrivera quand il sera démasqué. C’est quelqu’un de passe-partout dans la vie, sans doute effacé, qui a manqué d’attention dans son enfance et qui essaie de devenir quelqu’un. Malheureusement, il y a ce dernier coup complètement raté et qui prend une tournure dramatique, je pense qu’il a fait chuter la dame involontairement. Cela risque de vous poser souci car cela peut lui avoir pris conscience que son jeu n’était pas sain, et si c’est le cas, il disparaitra dans la nature et ne recommencera jamais. Voilà, je ne sais pas si ça les aidera mais j’ai essayé.

Jess n’arrivait pas à contenir son excitation.

- Merci Adèle, tu sais ils galèrent vraiment, moi je pense que ça va bien les aider ton travail. Ils ont vraiment hâte que tu reviennes.

- J’ai hâte de retourner au travail aussi, je vais vite tourner en rond ici…

 

 

Malgré son échec de la veille, Jessica relança le sujet avec Adèle. Le sourire avait disparu de son visage et elle était redevenue sérieuse.

- Par contre, Adèle, il faut vraiment qu’on parle de quelque chose.

- Je n’aime pas quand tu prends cet air-là.

Jess se pinça les lèvres, elle ne savait pas commet démarrer, elle ne voulait pas la braquer, mais elle savait que leur discussion n’allait pas lui plaire.

- Rocher ne va vraiment pas bien.

Elle avait décidé de prendre la voie directe.

- Il ne dort pas, il ne mange pas, il ne sourit plus, il est prêt à exploser à la moindre remarque, il prend énormément sur lui mais parfois ça lui échappe et il envoie balader les gens. Il passe ses journées à être silencieux, ses seules paroles sont pour l’enquête. Tu vois le tableau ?

- Que veux-tu que j’y fasse ?

- Adèle, il est comme ça depuis qu’il est venu te voir à la Clinique, il est entré dans ta chambre les yeux pétillants et il en est ressorti brisé. Alors, si vous vous êtes disputés, mettez les choses à plat et réconciliez-vous, si les choses ne sont pas claires entre vous, faites en sorte qu’elles le soient, et si tu lui as dit des choses que tu ne penses pas, parce que je n’arrive pas à imaginer ce que tu as pu lui dire, vas le voir et essaie de t’excuser et de lui dire ce que tu penses vraiment de lui…

- De quoi faudrait-il que je m’excuse ? Je ne lui ai rien dit de mal ! s’énerva Adèle.

- Je ne sais pas ce que tu lui as dit exactement, mais il ne s’est pas mis dans cet état tout seul..

- Oh ça va Jess, c’est un grand garçon, il n’a qu’à venir me voir s’il a un problème.

- De toute façon, vous êtes aussi borné l’un que l’autre, je ne sais même pas pourquoi j’essaie de régler vos problèmes…

- Quels problèmes ?

- Ben vos problèmes de couple !

- Aux dernières nouvelles on n’est pas en couple.

- Très bien, mais dis-lui, dis-lui que vous n’êtes pas en couple, et dis-lui si tu as l’intention que vous en deveniez un ou si l’espoir n’est pas permis. Si vous n’étiez pas en couple, vous étiez proches de l’être, et du jour au lendemain, tu le repousses. Alors vas lui expliquer.

- Pas de problème, j’irai lui dire, on ne s’est jamais rien promis. On a chacun notre vie.

- C’est vrai, aucun sentiment l’un envers l’autre, aucune attirance, aucun regard, en fait vous ne pouvez pas vous blairer tous les deux hein ? Et il ne s’est jamais rien passé entre vous.. Alors quoi, c’est un plan cul Rocher ?

L’ironie de Jess donnait le ton, elle perdait son énergie à essayer de recoller les morceaux entre eux et là elle commençait à perdre son calme…

- Non ! s’exclama Adèle, offusquée. Jamais de la vie ! Et lui alors, avec sa belle-sœur ? Je suis pas un plan cul pour lui ?

- Il sait qu’il a déconné avec sa belle-sœur, mais il était perdu, entre elle qui revenait dans sa vie et toi qui lui donnait l’impression de ne pas vouloir aller plus loin, clairement vous n’étiez pas ensemble donc rien ne l’empêchait de voir quelqu’un. Et puis, on ne sait pas ce qu’il veut dire par déconner, il ne s’est peut-être rien passé de grave, mais lui ressent ça comme de la trahison envers toi. Et puis à ce moment-là, nous avions discuté toutes les deux, et tu ne semblais pas savoir ce que tu voulais..

- Il n’a rien trahi, il n’y avait rien à trahir.

- Mais tu étais jalouse…

- Non.

- Adèle…

- Oui, oui j’étais jalouse, et je savais que cette folle allait lui attirer des ennuis, elle profitait de son point faible, mais il n’a pas voulu m’écouter.

- C’est compliqué comme situation, d’un côté ça traine avec toi, de l’autre il a l’impression de retrouver sa femme et clairement malgré son absence, elle fait encore partie de sa vie. Ses sentiments se mélangeaient, et puis tu lui as ouvert les yeux et il est revenu dans le droit chemin si on peut dire. Tu me dis que tu es jalouse quand il est avec une autre fille que toi, tu as des sentiments pour lui et lui pour toi, mais tu me dis que vous n’êtes pas en couple. Alors c’est quoi votre statut ?

- Je.. Je n’en sais rien, bredouilla-t-elle. Je suis bien quand je suis avec lui, je me sens en sécurité, mais c’est tout.

- C’est tout ?

Adèle ne répondit pas.

- Ecoute Adèle, je vois bien que tu ne comprends pas ce qui se passe, et tu es surement de bonne foi, mais moi je vois Rocher tous les jours, et il va finir par faire des conneries si la situation reste comme elle est actuellement. Si tu ne réalises pas dans quel état il est, moi je vais te le dire alors ouvre bien grand tes oreilles.

- D’accord, raconte-moi alors.


Lolaluar  (29.12.2017 à 19:15)

- Après avoir remué ciel et terre pour te retrouver on l’a récupéré à la petite cuillère dans la maison d’Argos, il était persuadé de ne jamais te revoir. Emma a eu les mots qu’il fallait, et avec Hippolyte, ils ont passé tous les trois les heures qui ont suivi à téléphoner aux hôpitaux, aux maisons médicales, même aux morgues ! Une fois qu’il t’a retrouvée, on a revu la lueur dans les yeux de Rocher qui l’habitait depuis quelques temps, et puis vous avez eu cette discussion, il en est ressorti anéanti ! On n’a pas compris pourquoi, il a fallu que Lamarck passe une partie de sa soirée chez Rocher pour avoir des explications et lui apporter un peu de réconfort, Lucas était mal de voir son père dans cet état, Lamarck a même hésité à les laisser seuls pour la nuit.

- Je ne comprends pas pourquoi il a réagi comme ça.

- Adèle, qu’est-ce qu’il te faut pour que tu ouvres les yeux ! Il est épris de toi ! Je l’ai vu avoir des gestes de tendresse envers toi dans le couloir, lui qui ne s’autorise jamais à montrer ses émotions, il l’a fait.. Tu te rends compte qu’en échange il n’a rien eu ? Il ne mérite pas de souffrir, je ne peux pas te laisser faire ça. Il a son caractère, mais il est sincère, et je t’assure qu’il ne fait pas semblant lorsqu’il s’agit de toi.

Elle reprit sa respiration.

- Il t’a toujours protégée du mieux qu’il a pu, en faisant en sorte que tu ne t’en rendes pas compte, pour que tu n’aies pas l’impression qu’il soit sans arrêt sur ton dos.. Combien de fois il t’a prise dans ses bras pour te consoler ou te rassurer, si je ne peux pas les compter, je peux te citer quelques exemples où j’ai été témoin. Adèle, tu sais, le Commandant culpabilise énormément de ce qui s’est passé, alors qu’il n’y est pas forcément pour quelque chose, c’est une succession d’événements qui ont fait qu’il n’a jamais réussi à vous rejoindre à temps.. Pendant plusieurs jours, il vous a cherché, sans jamais rentrer chez lui, il préférait être utile au travail plutôt que de tourner en rond chez lui. Quand on s’est rendu chez Argos, il a cru te retrouver, et puis tu n’étais pas là, et à la place une flaque de sang, il était fou de tristesse, il t’a crue morte, on lui a redonné espoir en lui disant que tu étais peut-être seulement blessée et il a rassemblé tout son courage pour se lancer une nouvelle fois à ta recherche, il a fini par te retrouver une nouvelle fois, et la première chose que tu lui dis, c’est de partir … tu imagines sa détresse ?

- Je ne lui ai jamais dit de partir !

- Alors il l’a inventé ?

- Je n’en sais rien, je ne sais pas ce qui s’est passé dans cette chambre !

- Hier, tu m’as dit que tu te rappelais à peine l’avoir vu, moi j’ai la version de Rocher et je ne sais pas comment tu as pu lui dire un truc pareil, il ne veut pas entendre parler de toi ! Quand on prononce ton prénom, il se renferme sur lui-même, il ignore ce que l’on dit ou pire, il quitte la pièce…

- Mais je ne lui ai rien dit ! C’est incroyable ça, et puis je n’ai aucune raison de ne pas vouloir le revoir.

Adèle était en train de capituler et avouait à demi-mots ce que Jess voulait entendre, elle semblait aussi sincère que Rocher, finalement, la morphine lui avait peut-être vraiment joué un sale tour.

- Dans ce cas, fais-le lui savoir…  parce qu’il n’y a que toi qui puisses changer les choses. Soit tout s’arrange, soit il y aura un problème à la DPJ, mais il faut régler cette histoire rapidement maintenant. On a tous essayé de lui parler, sans succès, alors il est sans doute entre deux eaux, peut-être qu’il attend un dernier signe de toi, qui confirmerait ce qu’il pense, à savoir qu’il ne doit plus compter sur toi dans sa vie, ou si ce signe confirmerait que tes propos à ce moment-là étaient incohérents et que peut-être tout n’est pas perdu. Mais il a perdu confiance en toi, confiance en lui, il pense qu’il mérite ce qui lui arrive. Il y a bien Lucas pour le maintenir à la surface, mais comme il n’y a pas ce petit plus, et bien il est en train de s’enfoncer dangereusement.

- Et s’il me repousse ? Tu viens de me dire qu’il ne voulait pas entendre parler de moi…

- Oui, parce qu’il en a marre qu’on lui parle de toi mais toi, pourquoi te repousserait-il ? Il est malheureux depuis plusieurs jours, et on sait pourquoi. Maintenant, je ne te dis pas que ce sera facile, parce qu’il s’est complètement renfermé sur lui-même et il ne te rendra sans doute pas la tâche aisée. Enfin, tu connais un peu le caractère du bonhomme..

Jess avait terminé sa phrase par un sourire, pour finir sur une note positive. Cela marcha puisqu’Adèle sourit à son tour. Elle avait l’air d’avoir compris le message de sa collègue, et c’est avec la sensation du devoir accompli que Jess prit congé d’Adèle.

 

Alors que Jess quittait Adèle, Hyppolite reçut une info qu’il s’empressa de transmettre au Commandant Rocher.

- Un indic vient de nous signaler qu’un individu au comportement étrange se planque dans un immeuble à l’abandon. Il n’est pas capable de nous donner une description précise, juste qu’il est de taille moyenne, brun et mal rasé. Il a l’air de surveiller quelque chose depuis une fenêtre et il l’a vu suivre des personnes seules dans la rue.

- Nous allons planquer près de l’immeuble et voir si cela peut nous mener à quelque chose.

- Ce serait un vrai coup de pouce du destin.

- Peut-être bien.

- Mais peut-être que ce type n’a rien à voir avec notre affaire.

- C’est vrai, mais nous ne pouvons négliger aucune piste.

Enfin un peu de mouvement dans cette enquête, ils eurent une montée d’adrénaline qui leur mit le sourire aux lèvres.

- Je vais voir Lamarck pour l’organisation, prévenez Tomasi et les collègues, je vous laisse préparer vos affaires et on décolle dès qu’on peut.


Lolaluar  (01.01.2018 à 21:52)

Les agents avaient passé leur nuit à se relayer pour surveiller leur homme, tantôt dans un véhicule aux vitres teintées, tantôt dans un appartement situé face à l’immeuble abandonné. Il avait effectivement des attitudes louches, et par deux fois en soirée, après avoir observé la rue de sa fenêtre, il était descendu pour suivre des personnes seules. Simple coïncidence ou joli coup de flair de l’indic, ces deux personnes avaient des sacs à main. Les policiers n’avaient pas bougé d’un pouce, pour l’instant leur rôle était d’observer, de noter, d’accumuler des indices et de voir si l’homme pouvait correspondre à leur suspect. A chaque fois, il était revenu après quelques minutes d’absence mais aucun signe ne laissait à penser qu’il eut pu commettre une quelconque agression. Ils avaient hésité à poursuivre durant la nuit car les passants se faisant rare, il y aurait moins d’occasions de voir des choses, mais ils avaient besoin d’avancer dans leur enquête alors ils restèrent en position, se relayant les uns les autres à la surveillance.

 

Au petit matin, les courbatures se faisaient sentir de n’avoir presque pas bougé. Hyppolite avait réussi à placer discrètement plusieurs caméras à certains endroits du quartier, son travail sur le terrain était terminé, il allait le poursuivre de la DPJ devant ses écrans.

 

Après une nuit où il ne s’était pas montré, le suspect reprit son petit manège. Au bout de la troisième fois, Rocher décida d’en avoir le cœur net en le suivant discrètement à distance. Il s’équipa d’un micro et de son arme et sortit de la voiture. Il le suivit pendant quelques minutes, il se devait d’être vigilant car le suspect n’avait pas une marche régulière, comme s’il flânait. Rocher lui, essayait de se fondre dans la masse, mais il n’y avait pas foule en cette fin de matinée.

 

Tout à coup, le suspect se retourna et fit face au Commandant. Rocher fit comme s’il ne l’avait pas vu et poursuivit son chemin mais lorsqu’il passa à côté du suspect, celui-ci le bouscula et lui attrapa le bras pour lui parler à l’oreille d’un air menaçant.

- Vous croyez que je ne vois pas votre petit manège depuis hier soir ? Votre petite surveillance, vos caméras installées un peu partout ? Et vous, vous sortez de l’école ? Vous m’avez suivi comme un idiot sans vous rendre compte que j’avais fait une boucle.

Rocher ne sut que répondre, il remarqua seulement à sa gauche la devanture d’un magasin qu’il avait effectivement déjà croisé. Ses collègues n’avaient pas pu le suivre des yeux et n’avaient donc pas pu le prévenir, mais ce n’était pas un problème normalement, il était assez observateur pour s’en rendre compte.

Rocher n’avait pas de solution, il n’avait aucune preuve pour l’arrêter, mais s’il le laissait filer, ils ne sauraient sans doute jamais s’il était celui qu’ils recherchaient. Pire, il sentait quelque chose de dur contre son flanc gauche, quelque chose de pointu. Au moindre mouvement de l’un d’eux, il serait blessé. Ses collègues avaient bien sûr tout entendu de la conversation, mais pour l’instant ils n’avaient pas à intervenir, ils n’étaient pas au courant qu’il était dans une situation délicate, ils devaient attendre son ordre. D’ailleurs dans la rue, personne ne pouvait s’en douter, le suspect s’était arrangé pour que cela ne puisse pas se voir. La seule solution de Rocher était le bluff, et il espérait que ses collègues comprendraient.

- Je n’ai pas besoin d’être discret, on a déjà tout ce qu’il faut pour vous arrêter.

- Foutaises, rien ne peut m’être mis sur le dos.

- Un homicide si…

Rocher n’était pas sûr que l’homme était celui qu’il cherchait mais il voulait en avoir le cœur net.

- Un homicide ? Vous délirez mon pauvre, je n’ai jamais vu un flic aussi nul de ma vie…

Le Commandant commençait à perdre patience, surtout que l’individu le provoquait, mais il était en position de faiblesse, il devait avant tout garder son calme.

- La vieille dame que vous avez fait chuter, elle est décédée, vous appelez ça comment vous ?

L’homme devint tout d’un coup nerveux, il attira Rocher et l’emmena plus loin dans la rue.

- Vous m’emmenez où ?

C’était le signe de Rocher pour que ses collègues réagissent. Malheureusement, ils ne savaient pas où il était, il espérait qu’ils le trouveraient facilement, le quartier n’était pas bondé. Mais lorsqu’il tenta de leur donner une description l’air de rien, le suspect le tira brusquement jusque dans une ruelle.

- Vous croyez que je ne sais pas que vos collègues nous entendent ?

Il était furieux et Rocher sentait la pointe de l’objet appuyer de plus en plus fort, il ne savait quelle arme utilisait l’individu, mais vu l’emplacement, si par malheur, cela était long et pointu, cela prendrait la direction de son rein puis de son poumon. Autant dire que sa carrière pouvait s’arrêter net si cela arrivait. Rocher commit sa deuxième erreur de la matinée  en pensant à Chloé, à la fois où elle avait fait une crise et lui avait planté une paire de ciseaux dans le dos, ce souvenir raviva un tiraillement au niveau de sa cicatrice et il passa machinalement sa main dessus. Le suspect se rendit compte que son attention était ailleurs. Il lâcha son arme, le bras de Rocher et lui asséna un violent coup de coude à la tempe. Pas assez violent pour faire perdre connaissance au Commandant, mais suffisamment pour l’étourdir quelques secondes. Lorsque Rocher se remit sur pieds, le suspect était déjà loin. Son téléphone vibrait dans sa poche, c’était Emma. Il ne répondit pas, il vit un long tournevis par terre, il imagina jusqu’où il aurait pu s’enfoncer dans son corps, cela lui fit froid dans le dos.


Lolaluar  (02.01.2018 à 18:16)

Il le ramassa avec un mouchoir pour qu’il serve de preuve et alla à la rencontre de ses collègues.

 

Il n’en revenait pas, comment avait-il pu se faire avoir comme un bleu et le laisser filer ? Leur couverture était fichue, leur seul suspect avait disparu dans la nature. Son seul espoir résidait dans les caméras qu’Hyppolite avait installées, en espérant qu’elles aient filmé au moins une fois le visage de l’individu et dans le tournevis avec la possibilité qu’il ait laissé des empreintes ou son ADN.

 

Perdu pour perdu, il décida d’aller inspecter l’intérieur de l’immeuble, il ne força pas les portes qu’il trouva verrouillées et ne toucha à rien, il n’y avait pas grand-chose à toucher d’ailleurs. Lorsqu’il arriva à l’endroit d’où le suspect surveillait la rue, il poussa un juron, ce n’était surement pas l’endroit où il habitait, il y avait à peine de quoi dormir, et aucun effet personnel. Il finit de faire le tour de l’immeuble et retourna avec la tête des mauvais jours rejoindre Emma dans la voiture banalisée.

Tous reprirent la direction de la DPJ tête basse, ils ne manquèrent cependant pas de lui donner une petite tape amicale pour le soutenir.

 

Lorsqu’il retourna à son bureau, tout le monde évita de le déranger, même Jess se fit la plus discrète possible. Il ouvrit un dossier et y inscrit quelques notes sans enthousiasme. Quelques minutes s’écoulèrent puis sa ligne téléphonique sonna, il regarda son écran et décrocha.

- Oui Commissaire.

Les regards d’Emma et d’Hyppolite se tournèrent vers lui.

- J’arrive.

Le Commandant raccrocha en soupirant, il fit signe à ses collègues qu’il s’absentait cinq minutes. Le visage d’Emma se décomposa, Hyppolite vint la réconforter.

Rocher se dirigea vers le bureau du Commissaire et frappa, puis attendit d’entendre son supérieur.

- Entrez.

Lamarck avait le regard sombre et lui fit signe du menton de s’asseoir. Rocher s’exécuta, il savait qu’il allait passer un sale quart d’heure mais il ne laissa pas la possibilité à Lamarck de commencer, il prit la parole en premier.

- Si c’est au sujet de ce qui s’est passé tout à l’heure, je suis désolé, tout est de ma faute.

Rocher était mal à l’aise vis-à-vis du Commissaire, il connaissait les conséquences de son erreur et il s’en voulait par rapport aux familles. Ses excuses sonnaient comme le reflet que Rocher donnait depuis quelques jours, loin de son vrai visage, il baissait les bras.

- J’ai cru comprendre ça…

- Comment vous …

- Comment je sais ? Il est tellement rare que mon équipe laisse filer le seul suspect de l’enquête que je me suis posé des questions.

Rocher semblait porter tous les malheurs du monde sur ses épaules.

- C’est Tomasi qui vous l’a dit ?

- Oui, mais il a fallu que je lui tire les vers du nez, ce n’est pas la peine de lui faire une réflexion.

- Je ne lui en veux pas.

- Très bien, parce que j’ai aussi demandé à vos autres collègues des explications.

- Ils vous ont sans doute dit tous la même chose et ils ont raison.

- Ils ont tous essayé de vous défendre, voire de s’accuser à votre place.

- Il n’y a que moi en faute.

- J’ai vu des vidéos d’Hyppolite, je ne vois pas la fin, mais j’en ai vu suffisamment.

- Je n’ai rien à cacher, j’aurais pu tout vous raconter.

- Je n’ai pas dit que je mettais en doute votre parole, mais j’avais besoin de preuves, cela me paraissait tellement invraisemblable. Mais ne prenez pas tout pour vous non plus, il devait être sur ses gardes pour se rendre compte qu’il était observé, et peut-être que vous avez de votre côté aussi balancés pour qu’il vous prenne à revers. Maintenant le reste, venant de vous, ça me laisse songeur.

- Et bien c’est arrivé, et j’aurai beau vous dire combien je suis désolé, on ne peut pas revenir en arrière…

Le Commandant lui fit même le récit de ce qui s’était passé jusqu’à la fin. Lamarck savait à quel point Rocher avait été marqué par l’agression de Chloé à l’époque, et aujourd’hui, c’est avec Adèle qu’il avait des problèmes. Décidément il n’avait pas de chance avec ses collègues féminines malheureusement ses vieux démons l’avaient rattrapé en plein milieu d’une enquête. Ses deux erreurs en découlaient directement, la première, il l’avait faite car la fatigue l’avait empêché d’être à cent pour cent dans sa filature, la seconde car il avait laissé son esprit errer vers un vieux souvenir.

Rocher avait la gorge serrée, cela se sentait au ton de sa voix, cela résonnait comme un terrible échec pour lui. Lamarck le savait assez compétent et lucide pour se remettre en question, mais il devait lui faire comprendre que la limite venait d’être franchie.

- Je vais vous dire quelque chose qui ne va pas vous plaire, et je sais que vous n’allez pas être d’accord mais je ne veux pas vous entendre contester ma décision.

Le Commandant hocha de la tête en signe d’accord et attendit la sentence.

- Je vais vous demander de rentrer chez vous et de ne revenir que demain midi. Vous faites ce que vous voulez, de toute façon je sais que vous n’allez pas faire une cure de sommeil. Essayez de trouver quelque chose pour vous occuper, pour vous défouler parce que je ne fais pas ça pour que vous passiez cette journée à ruminer et que vous reveniez demain dans des conditions encore plus mauvaises.

Rocher accusa le coup mais comme le lui avait demandé son supérieur, il ne contesta pas sa décision. La sanction était légère, et en temps normal il n’y en aurait d’ailleurs pas eu. Mais c’était la première fois que cela lui arrivait et il n’était pas habitué à ce genre de traitement. Au fond de lui, il savait que Lamarck n’avait pas pris cette décision vis-à-vis de son erreur mais parce qu’il l’avait prévenu plusieurs fois qu’il avait besoin de repos et qu’il ne l’avait pas écouté. Cette fois, il ne lui laissait pas le choix, il n’empêche, cette mise à pied était quand même difficile à accepter.

Lamarck le raccompagna malgré tout jusqu’à l’Open Space pour lui montrer qu’il était quand même à ses côtés, il le laissa récupérer ses affaires et le regarda partir de la DPJ. Il réorganisa le travail pour la journée à venir, Emma allait se renseigner auprès du voisinage pour tenter d’avoir des informations sur leur suspect, pendant qu’Hyppolite était chargé de faire des recherches dessus et pourquoi pas, établir avec des spécialistes un portrait-robot en recoupant les images des caméras et les descriptions de ses collègues, il était pour l’instant encore dans l’attente des résultats concernant le tournevis.

Le Commandant, une fois dans sa voiture, ferma les yeux et repensa aux dernières semaines, il se demandait comment il avait pu en arriver jusque-là. Sa vie sentimentale s’était brusquement assombrie, et cela se ressentait dans son travail, il n’était plus à la hauteur. Lucas était en cours, il ne pouvait même pas passer plus de temps avec lui, et il ne se sentait pas capable de faire du sport, avec la fatigue accumulée, il aurait pris le risque de se blesser. Il décida donc de rentrer chez lui pour sa journée dans son canapé en attendant le retour de son fils. Il voulait passer du temps avec lui avant d’affronter le lendemain, cela s’annonçait déjà comme une journée compliquée, avec le retour d’Adèle qu’il devrait forcément croiser au travail.


Lolaluar  (03.01.2018 à 21:36)

A la pause du midi Emma, Jess et Hyppolite avaient préparé des verres pour marquer le retour d’Adèle, certes, ils trinqueraient au jus d’orange mais ils tenaient à l’accueillir tous ensemble. Rocher n’était pas très enthousiaste, mais il ne leur fit pas de remarque car ils lui avaient promis d’être discrets vis-à-vis du reste de la DPJ. Après tout, eux aussi avaient souffert ces derniers temps et avaient tout donné pour retrouver Adèle, ils méritaient bien de fêter leurs retrouvailles. Il leur dit simplement qu’il ne fallait pas compter sur lui pour participer, ce qui était quelque part inutile car ils s’attendaient à cette réaction. Il serait présent, c’était déjà bien et ils se doutaient que ce serait déjà bien assez difficile pour lui.

 

Lorsqu’Adèle entra dans l’Open Space, ils lui firent une haie d’honneur jusqu’à son bureau. Lamarck lui glissa quelques mots d’encouragement tout en lui conseillant de ne pas en faire trop au début.

- Je ferai attention, promis Commissaire.

Ils se sourirent, et Lamarck prit congé d’eux en leur rappelant qu’ils avaient une affaire en cours.

Rocher se leva de son bureau et vint vers elle. Il fit de son mieux pour avoir une attitude neutre, il n’avait pas le sourire, mais il ne tirait pas la tronche non plus. Il avait pu se changer les idées grâce à Lucas la veille, mais n’avait presque pas dormi de la nuit.

- Bon retour parmi nous.

- Merci. Je…

Adèle n’eut pas le temps de terminer sa phrase, le Commandant avait déjà tourné les talons, il l’avait à peine regardée quand il lui avait parlé. Elle allait devoir s’en contenter pour l’instant.

Ses collègues eurent un regard gêné.

- Laisse lui le temps, lui glissa Emma.

Jess l’embrassa sur la joue, lui fit un clin d’œil et rejoignit l’accueil.

- A plus tard Adèle.

Hyppolite les invita à rejoindre le tableau, pour pouvoir la mettre au courant de l’avancée de l’enquête. Autant rentrer dans le vif du sujet, cela éviterait à Adèle de gamberger. Il avait vu Rocher sortir de la DPJ, il avait besoin de prendre l’air. Adèle était à peine revenue que déjà, les premières difficultés arrivaient pour le Commandant.

Ce dernier était sorti sans sa veste, et il commençait à le regretter. Tout comme il regrettait sa réaction envers Adèle, mais ça avait été plus fort que lui, il aurait aimé que cela se passe autrement, être le premier à l’accueillir les bras ouverts, mais ça c’était avant. Et maintenant, il avait la gorge nouée et se demandait comment il allait bien pouvoir faire pour tenir le coup. C’était relativement facile à partir du moment où il ne la côtoyait pas. Au travail, il suffisait de penser travail, pour peu qu’on ne vienne pas lui parler d’elle. Mais elle était de retour et il n’avait qu’une envie, fuir sa présence, c’était vraiment trop douloureux de la voir et cette situation, ce n’était pas lui qui l’avait provoquée. Elle ne voulait plus de lui, mais il était obligé de travailler avec elle et ça il n’avait jamais eu à le vivre. Pire, elle se retrouvait sur l’enquête qui se trouvait au point mort à cause de lui, elle n’allait pas tarder à découvrir à quoi avait mené une nouvelle fois son incompétence, après avoir laissé Argos l’enlever, il laissait un suspect filer…   

 

Quand il rentra, il s’arrêta devant la porte du bureau de Lamarck, il était prêt à frapper pour s’annoncer lorsqu’il suspendit son geste, il était en plein conflit interne. Après avoir pris l’air, il était sûr de ce qu’il voulait, mais maintenant, le doute s’était immiscé dans son esprit.  Il s’était décidé à demander des congés au Commissaire, le temps que cela se tasse, il se disait qu’avec le temps il arriverait bien à passer à autre chose. C’était une question de fierté aussi, que penserait-on de lui s’il s’arrêtait à cause d’une déception amoureuse ? Il savait que le Commissaire comprendrait, mais non décidément, ce n’était pas possible de déclarer forfait aussi vite. Et puis il était temps que le Commissaire puisse compter sur leur équipe au complet, il n’allait pas lui faire faux bon ! Il se ravisa et retourna à son bureau puis se remit au travail en silence, mais son visage traduisait son mal être. Ce qu’il n’avait pas vu, c’est que Lamarck n’était pas dans son bureau quelques instants auparavant. Il était tellement dans ses pensées qu’il n’avait pas prêté attention aux personnes se trouvant à l’accueil. Lamarck faisait partie de celles-ci et avait tout vu de la scène, il le voyait maintenant assis à son bureau, tentant de faire bonne figure mais si cela fonctionnait avec ses collègues, ce n’était pas le cas avec son supérieur. Il ne savait pas s’il devait les laisser dans cette situation car ils pouvaient très bien décider comme des grands de discuter ou s’il devait les convoquer tous les deux dans un bureau pour qu’ils règlent leur petites affaires. Les deux avaient leurs avantages et leurs inconvénients, il décida donc de laisser passer l’après-midi pour voir comment ils allaient faire pour travailler ensemble.


Lolaluar  (04.01.2018 à 18:07)

Une nouvelle journée s’était écoulée, et malgré les efforts de toute l’équipe et la diffusion d’un portrait-robot grâce à la description de Rocher et aux caméras, le suspect demeurait introuvable. Aucune correspondance n’avait été établie avec leurs fichiers, mais Rocher était persuadé que l’homme n’en était pas à ses débuts, certes il était d’accord avec l’analyse d’Adèle concernant le fait qu’il ne cherchait pas à faire du mal aux gens, mais juste au fait qu’on s’intéresse à lui, mais il lui était apparu trop confiant et sûr de lui lors de leur confrontation, signe pour lui qu’il avait de l’expérience et était assez intelligent pour couvrir ses arrières. Mais peut-être que le décès de la vieille dame avait déclenché chez lui une attitude complètement opposée à ce qu’il aurait été supposé faire.

 

Emma, Adèle et Hyppolite s’était retrouvés autour d’un café pour décompresser.

 

- Alors cette première journée ?

- Deuxième !

- Hier, ce n’était pas une journée entière, alors ça ne compte pas…

- C’était bizarre, je suis contente de revenir, de travailler à nouveau. En fait, ce n’est pas le travail qui était bizarre, c’est que pas une seconde de la journée, je n’ai eu de pensée négative, comme j’en avais avant à m’inquiéter d’Argos et d’être sur le qui-vive.

Ses collègues étaient ravis de cette nouvelle, et ils lui firent savoir par des embrassades.

- Et tu n’es pas trop fatiguée ? demanda Emma.

- Non, ça va, je ne dis pas que je vais faire de vieux os ce soir, mais ça va. Enfin, nous étions au bureau, alors c’est plus facile. Maintenant, je suis déçue parce que j’ai peur que l’on soit obligés de classer l’affaire sans suite, c’est toujours un échec, même si on sait que parfois cela peut se terminer ainsi.

- L’enquête n’est pas non plus mise à la poubelle, le dossier est le plus complet possible, et si jamais  une autre agression se produisait, elle ne serait pas reprise à zéro grâce à notre travail. Tu as fait ce que tu as pu Adèle, mais nous n’avions pas assez de témoignages ni d’indices pour nous mettre sur une piste. L’enquête est au point mort et il est normal que les moyens employés diminuent pour que l’on puisse être opérationnels sur une nouvelle enquête.

- Oui, je sais, mais pour mon retour, j’aurais bien aimé coincer ce type.

- Les gentils ne gagnent pas à tous les coups, cette fois, c’est peut-être le méchant qui va s’en tirer.

Une pause dans leur discussion se fit lorsqu’ils burent leur café, puis Emma se risqua à changer de sujet. Hyppolite s’éclipsa, elles seraient mieux entre filles pour discuter de cela.

- Et avec Rocher ?

Adèle soupira.

- C’est compliqué…

- On a vu ça.

- Tu es allée le voir ?

- Non, je n’y arrive pas.

- Mais vous allez passer combien de jours à vous ignorer au bureau et faire de nous vos intermédiaires lorsque vous avez quelque chose à vous dire ?

- Je suis désolée de vous impliquer dans cette histoire...

- Ce n’est pas ça le problème.

- C’en est un pour moi.

- Tu trouves ça vivable toi cette ambiance entre vous deux ?

- J’ai connu pire, et puis, vous ne faites que me dire qu’il est au fond du trou depuis une semaine, mais il n’a pas l’air de vivre si mal la situation… Il m’ignore, et alors ? Je vais faire pareil c’est tout.

- Il s’est blindé Adèle, même s’il a de plus en plus de mal à le cacher tu croyais vraiment qu’il allait te montrer qu’il était blessé ? Mais enfin, regarde-le un peu, il est méconnaissable tant physiquement que moralement. Son objectif principal dans sa journée, je pense que c’est de faire croire qu’il va bien à tout le monde, et en particulier à toi. Visiblement, ça marche, mais certaines de ses réactions le trahissent.

- De toute façon, il ne prend même pas la peine de me répondre quand je lui parle, et quand il le fait, on se prend la tête.

- J’ai vu, je lui ai fait savoir ce que j’en pensais mais je me suis fait envoyer sur les roses. Mais toi, il va vraiment falloir que tu y ailles, et plus tu attends, plus ça va être compliqué de le faire.. et ce n’est pas lui qui viendra vers toi, tu le sais. Tu as joué au chat et à la souris avec lui, alors que lui il savait ce qu’il voulait. Maintenant, s’il faut que tu utilises la force pour qu’il t’écoute, et bien fais-le, tu es assez intelligente pour savoir comment arriver à tes fins.

- Je ne sais pas faire ça.

- Adèle, c’est ton métier, et tu le fais à merveille.

- Oui, mais ce n’est pas moi qui suis au centre du problème. Et, je ne résous pas ce genre de choses d’habitude !

Emma sentait qu’Adèle ne maitrisait pas le sujet et que cela l’angoissait.

- Je suis certaine que tu vas y arriver.

- Crever l’abcès, je peux essayer, pour que l’ambiance au travail redevienne bonne, mais si ça ne marche pas, si cela reste dans la situation actuelle, comment on va faire pour travailler ?

- Ton but, c’est juste que l’ambiance redevienne correcte ? Ou tu voudrais autre chose ?

- Comment ça autre chose ?

- Je reformule. Adèle, tu as envie ou non de vivre quelque chose avec Rocher ?

- Oui, enfin je crois, je ne sais pas, je ne sais pas si je suis prête à tout ça. Quand je vois la situation aujourd’hui…

- Adèle, ce n’est pas par rapport à la situation actuelle qu’il faut que tu te poses la question, mais par rapport à ces derniers temps, avant qu’Argos ne t’enlève, ce qu’il d’apportait. La situation aujourd’hui entre vous est vraiment catastrophique, mais il n’est peut-être pas trop tard pour améliorer certaines choses. Maintenant, je ne suis pas dans la tête de Rocher je ne sais pas où il en est, s’il a envie de t’oublier et de tourner la page, s’il veut continuer à travailler avec toi, ou s’il ne se sent pas capable de le faire, s’il y a encore un espoir en lui que vous vous réconciliez ou si pour lui c’est terminé. Tu ne le sauras qu’en lui demandant directement.

- Ok, tu as raison, il faut que les choses soient mises à plat.

Le sourire apparut sur le visage d’Emma, elle avait réussi à lui faire entendre raison !

Il fut cependant de courte durée, le temps qu’Adèle réponde.

- Je lui parlerai mais pas ce soir.

- Adèle, profite-en, il est tout seul.

- Non, non, pas ce soir, je.. je ne peux pas, je ne suis pas prête, il faut que je réfléchisse à la façon dont je vais lui parler parce que .. enfin c’est pas facile.

- Je sais.. mais maintenant que tu es décidée à entamer le dialogue, ça sera plus facile.

- Oui, enfin, je ne sais pas trop par où je vais devoir commencer.

- Je te laisse y réfléchir, tu trouveras la solution.. et puis tu sais pour s’exprimer, il n’y a pas que les mots.

Emma lui fit un clin d’œil. Adèle esquissa un sourire et les deux jeunes femmes s’enlacèrent.

- Merci Emma.


Lolaluar  (05.01.2018 à 19:12)

Il était environ onze heures le lendemain lorsqu’Adèle sortit de l’Open Space en râlant.

- Sérieux, il commence à me gonfler, s’il veut jouer, on va jouer.

- Jouer à quoi ?

Lamarck l’interpella dans le couloir, le regard interrogateur. Il savait de quoi elle parlait, mais il ne voulait pas qu’elle mette sa menace à exécution.

- Jouer à qui est le plus bête des deux…

- Vous êtes sérieuse Adèle ?

- Très.

- Adèle, ne réagissez pas comme ça, vous voulez quoi ? Que ce soit l’escalade et que ça finisse réellement mal ?

- Non, mais il ne fait aucun effort ! J’essaie de lui parler gentiment, il m’ignore ou me renvoie balader. Il se prend pour qui ?

Elle était énervée et faisait de grands gestes dans le couloir. Lamarck la prit par les épaules et l’emmena discuter dans un coin plus tranquille.

- Ecoutez, je sais que le Commandant Rocher n’a pas le comportement adapté à un travail d’équipe en ce moment, il n’y a malheureusement pas que vous qui en faites les frais mais croyez-moi, je pense qu’il essaie de passer au-dessus de tout ça mais qu’il en est actuellement incapable. Ça lui coûte réellement de venir au travail en ce moment et à mon avis, il se pose aussi des questions quant à son avenir au sein de la DPJ. Voilà où il en est, maintenant j’ai moi-même du mal à dialoguer avec lui et cela  commence à devenir problématique. Je me dois de gérer mon équipe et j’essaie de faire mon maximum mais je ne sais plus quoi faire avec vous deux.

Adèle soupira, elle savait qu’elle avait eu tort de réagir de la sorte, surtout qu’elle s’était décidée suite à sa discussion avec Emma la veille d’aller parler à Rocher. Mais il y avait des choses qu’elle n’avait jamais appris à faire, et c’était bien plus naturel pour elle d’aller au clash avec Rocher que d’aller le voir afin qu’ils parlent comme des adultes. Au fond d’elle, elle savait qu’il fallait qu’elle se fasse violence. Mais si elle hésitait autant, c’est qu’elle avait peur de l’issue de leur discussion parce qu’elle devait bien se l’avouer, cela lui faisait mal que Rocher lui parle de cette façon et si cela devait mal se terminer entre eux, elle le vivrait certainement mal…

 

 

La journée avait été longue, et l’ambiance s’était considérablement dégradée au fil des heures.

Adèle prit son courage à deux mains et se dirigea vers le bureau du Commandant. Elle s’éclaircit la gorge pour signaler sa présence.

- Thomas…

En reconnaissant la voix d’Adèle, Rocher se crispa instinctivement, surtout qu’elle l’appelait par son prénom, depuis combien de temps cela n’était pas arrivé ?

 Ce moment, il l’avait attendu des jours, mais maintenant que ça arrivait, il ne savait plus comment réagir, il avait même l’impression qu’il ne voulait plus que ça arrive ! Surtout, ne pas craquer, pas au boulot, ne pas exploser pour finir au clash. Il ferma les yeux, et se concentra sur sa respiration pour ne rien laisser trahir.

Lorsqu’il les rouvrit, il soutint le regard d’Adèle d’un regard détaché et prit un ton volontairement désinvolte pour lui répondre.

- Vous avez besoin de quelque chose ?

La réaction d’Adèle fut sans surprise, elle s’agaça aussitôt, fit un signe nerveux de la tête et son pied droit commença à battre le sol.

- Thomas, écoutez, je suis sérieuse là.

- Moi aussi je le suis. Vous me voulez quoi ?

- Ecoutez, je crois qu’il est temps que.. enfin il faut qu’on parle. On ne peut pas continuer à travailler dans ces conditions.

- Si vous le dites.

- Vous n’êtes vraiment pas drôle quand vous vous y mettez.

- Je n’ai jamais prétendu l’être.

Rocher était sur la défensive et il avait répondu sur un ton presque agressif, il avait le regard noir à présent. Adèle ne savait plus sur quel pied danser, elle l’avait tutoyé pour que la discussion démarre plus facilement, mais la tournure qu’elle prenait la déstabilisait et elle avait finalement opté pour le bon vouvoiement de principe.

- Vous n’avez pas besoin d’être désagréable.

- Je le suis si je veux, ce n’est pas moi qui nous ai mis dans cette situation.

- Je peux tout vous expliquer.

- Ca y est, on y vient, depuis le temps… Et vous allez me dire quoi cette fois ?

- Thomas…

Adèle essayait de le tempérer, elle sentait la colère monter en lui.

- Quoi Thomas ? Et bien allez-y ! s’énerva-t’il.

- Pas ici, si vous voulez régler cos comptes avec moi, on le fait mais pas ici, pas au travail.

Adèle avait élevé la voix plus fort que lui, cela eu l’effet de le calmer aussitôt. Il regarda dans le couloir, heureusement, personne n’était dans les parages, il n’aimait pas se faire remarquer pour de mauvaises raisons.

- Comme vous voulez.

- Venez ce soir, une fois qu’Ulysse sera couché.

 

Ca y est, c’était dit, enfin ! Elle se sentait soulagée de l’avoir fait, même si ça avait été laborieux. Maintenant, restait à espérer qu’il vienne bien ce soir et qu’elle arrive à lui parler.

De son côté, Rocher, qui ne s’attendait plus à cela, n’arrivait pas à réaliser et son cerveau fusait dans tous les sens. Une multitude de questions et de scénarios se bousculaient dans son esprit à présent et il n’avait pas la moindre idée de la façon dont il allait pouvoir gérer les choses ce soir.

 

Emma était dans le bureau mais comme d’habitude pas grand monde ne prêtait attention à elle. Elle se dit que parfois ça pouvait avoir du bon, elle avait entendu toute la discussion entre ses collègues, et n’avait rien raté de la réaction du Commandant, aussi, elle croisa les doigts pour que tout se passe bien ce soir, sinon demain la journée s’annonçait compliquée. C’était à double tranchant, mais il fallait vraiment que ces deux-là se disent ce qu’ils avaient sur le cœur.. Dès qu’elle avait entendu le ton monter entre les deux, elle avait essayé de sortir, mais elle n’avait pas eu le temps, elle s’était donc assise derrière son bureau en attendant que l’orage passe. Elle avait entendu Adèle sortir, Rocher était donc tout seul à présent, elle risqua un œil pour évaluer la situation. Le Commandant était complètement perdu dans ses pensées, elle se releva discrètement et s’apprêta à sortir à son tour. Elle l’appela une première fois pour le prévenir qu’elle rentrait chez elle mais il ne répondit pas. Elle éleva la voix la deuxième fois.

-Commandant !

Il sortit enfin de ses pensées.

- Pardon Tomasi, je ne vous avais pas entendue..

- Ce n’est pas grave, je suis habituée, la discrète attitude.. dit-elle en souriant en repensant à ce qu’il venait de se passer sans qu’ils ne se rendent compte de sa présence.

- Justement si c’est grave, je n’ai pas prêté attention à vous, j’étais ailleurs, pardonnez-moi, répondit le Commandant. Il esquissa un sourire sincère, il avait l’air las, et s’il vivait des moments difficiles, il essayait de ne pas le faire payer à son équipe même s’il y avait quelques ratés. Cela ne faisait que renforcer la confiance que Tomasi avait en lui.

- Vous vouliez me dire ?

- Pas grand-chose en fait, juste vous prévenir que je rentrrais chez moi.

- Oui, oui, allez-y, à demain Tomasi. Bonne soirée.

- Bonne soirée Commandant.

 

Vers 20h30, Adèle envoya un message à Rocher, il pouvait venir, Ulysse dormait. Il sentit le stress monter, et il se demandait à présent s’il voulait toujours y aller.


Lolaluar  (06.01.2018 à 17:06)

Il n’avait pas envie que l’histoire se répète une semaine après avoir pris de plein fouet les paroles d’Adèle. Après avoir hésité quelques minutes, il prit le chemin de la péniche d’Adèle. Il ne lui fallut que quelques minutes pour la rejoindre mais plus il s’en approchait, plus il ralentissait le rythme, afin de repousser le moment fatidique le plus possible. Son rythme cardiaque, lui, augmentait de plus en plus, il prit le temps de se calmer un peu avant de sortir de sa voiture.

Rocher aurait préféré un endroit plus neutre, il ne savait pas pourquoi il avait accepté de venir chez Adèle, il se sentait pris au piège et c’est la boule au ventre qu’il frappa à la porte.

- Salut. Elle tenta un sourire mais le ravala rapidement.

- Salut, répondit-il dans un murmure.

Pendant quelques secondes, personne ne dit mot. Rocher avait baissé le regard et semblait hésiter à rentrer.

Adèle sentait que Rocher ne maitrisait pas la situation, son attitude était complètement différente de celle qu’il avait eue au travail ces derniers jours et en particulier quelques heures plus tôt, il ne masquait plus son état à présent et elle voyait combien ça lui avait coûté de venir jusque chez elle. Elle prit enfin conscience de la situation, pendant l’espace d’une seconde elle avait vu son regard, et cette seconde fut suffisante pour réaliser à quel point Rocher souffrait. Qu’elle se sentait idiote et égoïste !

Aussi elle ne le fit pas attendre plus longtemps sur le pas de la porte et se dépêcha de le faire entrer. Elle lui indiqua le canapé, et lui dit qu’elle arrivait, elle avait toute la journée pensé à la façon dont elle allait tourner les choses, mais maintenant, tout était différent, il était là et elle ne savait plus par quoi commencer.

Pendant ce temps-là, Rocher s’assit sur le bord du canapé, les avant-bras sur les cuisses, mains croisées. Il les fixait sans rien dire, l’ambiance était pesante et on aurait dit un condamné qui attendait sa sentence.

Il refusa poliment tout ce qu’Adèle lui proposa, incapable de boire ni de manger quoi que ce soit. La partie s’annonçait compliquée pour Adèle, elle avait compris que ce serait à elle de faire le premier pas, de toute façon, c’est elle qui avait demandé une discussion. Cependant il allait falloir lancer la sujet directement, sans passer par l’échange de banalités. Ils étaient au pied du mur et ne pouvaient à présent plus reculer mais une question subsistait, quelle tournure allait prendre l’échange ? Allaient-il arriver à discuter ? Allaient-ils passer leur temps à se disputer ? Arriveraient-ils à se réconcilier ou bien en serait-ce définitivement fini de leur relation ?

Elle revint vers le coin salon avec son seul verre qu’elle posa sur la table. Mais plutôt que de s’asseoir près de Rocher comme la logique l’aurait voulue, elle poussa la table et se posta debout face à lui.

Elle se baissa ensuite jusqu’à être à genoux et avoir son visage à hauteur du sien. Rocher n’avait absolument pas bougé et son regard fixait le sol mais elle voyait à présent ses mains et ses lèvres trembler de manière incontrôlable. Il n’arrivait plus à gérer, son cœur battait trop vite et il avait l’impression de tomber dans le vide sans que cela ne s’arrête. Plus Adèle s’approchait de lui et plus il sentait l’émotion le submerger, il n’arrivait pas à se calmer, comment avoir une discussion sérieuse dans ces conditions ? Il se sentait minable de se retrouver dans cet état face à elle, se retrouver dans la position du faible, ce n’était vraiment pas son truc.

 

Contre toute attente, Adèle resta silencieuse alors qu’elle était prête à parler quelques secondes auparavant. Elle posa une main sur celles de Rocher espérant calmer ses tremblements mais cela ne changea rien, au contraire, cela semblait avoir l’effet inverse car elle sentait sa respiration devenir saccadée.

L’angoisse de Rocher ne faisait qu’augmenter, pourtant il était à côté de la femme qu’il aimait, mais le souvenir de leur entrevue à l’hôpital avait laissé des traces, et à présent la peur le tenaillait, il attendait que les mots sortent de la bouche d’Adèle, comme des coups de poignards, une nouvelle fois. Mais il n’en fut rien, un silence de plomb demeurait dans la pièce.

 

Adèle garda sa main gauche au contact de celles de Rocher, puis elle leva sa main droite pour aller à la rencontre de son visage, pour aller se poser délicatement sur sa joue mal rasée.

Il gémit lorsque la main d’Adèle entra au contact de sa peau, Adèle en resta stupéfaite, ce n’était pas du plaisir, c’était un gémissement de douleur ! Elle était horrifiée, comment avait-elle pu le mettre dans un tel état ?

- Thomas ?

Son interrogation resta sans réponse.

Il avait le visage crispé et du mal à respirer mais il ne repoussait pas le contact physique avec Adèle, elle y vit un signe, il était grand temps de lui faire comprendre quels étaient vraiment ses sentiments pour lui, pourquoi le faire attendre plus ?

Elle approcha doucement son visage du sien, malgré son angoisse, il la laissa faire. Elle lui parlait le plus doucement possible.

- Tout va bien, essaie de te calmer Thomas.

Les mots semblaient pourtant d’aucun effet, il essayait de reprendre pied mais peine perdue, son corps refusait de lui obéir.

La main toujours posée sur la joue de Rocher, Adèle continua d’approcher et doucement elle posa ses lèvres sur celles de Rocher. Un hoquet secoua le Commandant, il avait l’impression que son cœur allait exploser, tout ce qu’il avait accumulé ces derniers temps se déversait par flots, il ne luttait plus pour se contrôler, il n’en avait pas la force, il laissa couler ses larmes pendant qu’Adèle prolongeait son baiser. Elle avait compris que même si pour l’instant il n’arrivait pas à y répondre, il fallait qu’elle continue car si les mots n’étaient pas efficaces, les gestes qu’elle avait à ce moment-là ne laissaient pas de place au doute. Lorsqu’elle stoppa son baiser, elle continua à caresser le visage inondé de larmes de Rocher. Ce dernier reprenait doucement sa respiration, les tremblements se calmaient, mais des larmes silencieuses coulaient toujours le long de son visage.

Pendant combien de temps restèrent-ils ainsi, elle ne saurait le dire, mais cela lui sembla une éternité. Elle prenait à présent de l’assurance, elle avait réussi à maitriser son trac, et encore mieux, c’est elle qui avait pris les devants, elle n’avait rien à se reprocher, elle avait tout fait, maintenant, elle devait attendre le retour de Rocher.

- Je ne bouge pas, je ne pars pas de là, détend toi Thomas, je reste avec toi. Ferme les yeux, pense juste à ta respiration, calme toi…

Elle se releva pour s’asseoir dans le canapé et attira doucement le Commandant à elle. S’il résista légèrement au début, il finit par se laisser aller en arrière et se caler dans les bras d’Adèle, le visage enfoui dans le creux de son cou.

Les rôles s’étaient inversés, lui d’habitude si fort paraissait si fragile, et Adèle quant à elle semblait en confiance et se mettait à le rassurer.

Ils restèrent de longues minutes silencieux, Adèle avait réussi à calmer Rocher à force de paroles réconfortantes et de douces caresses. Il n’avait pas dit un mot de la soirée et pourtant ils étaient passés par beaucoup d’émotions, il aurait aimé lui dire tant de choses, il aurait aimé prononcer son prénom, mais tout restait bloqué au fond de sa gorge. Le seul geste qu’il put faire en réponse fut de poser sa main sur la hanche d’Adèle, elle sentit son effort et l’embrassa tendrement sur la tempe. Epuisé après ces longs jours d’angoisse, de fatigue, Rocher lâcha complètement prise et finit par s’endormir dans les bras d’Adèle.

Elle n’osait pas bouger de peur de le réveiller, elle passa l’heure suivante immobile, profitant du moment et se reposant à son tour. C’est l’appel d’Ulysse qui la fit sortir du canapé, elle allongea Rocher du mieux qu’elle le put. Elle alla rassurer Ulysse, il s’était juste réveillé après un mauvais un mauvais rêve, il se rendormit rapidement. Quand elle revint dans le salon, Rocher dormait toujours, il avait maigri, elle s’en rendait à présent compte et il avait une mine épouvantable, mais elle le sentait apaisé. Même au plus mal, elle le trouvait craquant, s’il se réveillait, elle serait prise en flagrant délit de contemplation, cela la fit sourire. Elle le couvrit d’une couverture et rangea sans bruit la péniche avant d’aller se coucher dans sa chambre.

 

Adèle le savait, le reste viendrait plus tard, quand Rocher serait prêt… Les mots, les gestes, tout ça pouvait attendre, il fallait d’abord qu’ils parlent, qu’il arrive à avoir à nouveau confiance en elle, que sa carapace s’efface complètement pour qu’il puisse à nouveau s’ouvrir comme il lui avait déjà montré. Elle se demandait dans quel état d’esprit allait se réveiller Rocher, comment allait se passer la journée du lendemain, au réveil, au boulot, elle aurait aimé que leurs collègues ne soient pas au courant de leur entrevue de ce soir, mais ils seraient grillés à la minute où ils auraient besoin de se parler, ils n’allaient quand même pas faire semblant de se faire toujours la tête ! Ils pourraient toujours dire qu’ils avaient parlé et réglé certaines choses, mais Rocher allait reprendre du poil de la bête et cela n’allait surement pas échapper à leur sacré Jess.

Les heures, les jours, les semaines, les mois qui allaient venir n’allaient peut-être pas être faciles mais en fixant le plafond de sa chambre elle se prit à rêver pour la première fois de sa vie à un avenir familial et heureux et elle s’endormit fière de ce qu’elle avait accompli ce soir-là.

 

FIN


Lolaluar  (07.01.2018 à 19:27)

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