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Série : Castle
Création : 09.06.2012 à 21h42
Auteur : boones
Statut : Abandonnée
« Un serial-killer pour la saint-valentin, Beckett qui reçoit des messages de plus en plus étranges et nos deux partenaires qui se livrent à un véritable jeu de séduction... saison 3 » boones
Cette fanfic compte déjà 34 paragraphes
Chapitre 31 : Black hole all black
C'était son monde qui s'écroulait, comme un vulgaire château de carte soufflé par le vent.
Kate ne le reconnaissait pas... Qu'est-ce que ça voulait dire ?
Tant de questions se bousculaient dans son esprit. Comment pouvait-elle ne pas le reconnaître, ne pas le connaître tout court, d'après ce qu'elle semblait dire ?
L'incompréhension envahissait l'écrivain. Mais il finit par assembler le puzzle sans qu'elle n'ait besoins d'en dire d'avantage.
Ce n'était pas simplement qu'elle ne le reconnaissait pas. C'était tellement plus que ça. Pire, bien pire.
Elle ne se souvenait pas de lui. Elle l'avait oublié.
Elle l'avait oublié... Ces quelques mots, mit bout à bout étaient aussi destructeurs pour Castle que si on avait tenté de lui arracher le cœur à mains nues.
Comment avait-elle put l'oublier ? Lui, qui était là à ses cotés depuis des années maintenant, chaque jour, la nuit même parfois, toujours là pour elle quand elle en avait besoins, telle était la promesse qu'il s'était faite... qu'il lui avait faite.
Mais elle l'avait oublié, rayé de sa connaissance, reléguer à l'inexistant.
Quelle était censé être sa réaction ?
Que devait-il dire ? Il n'était pas blessé. Il était mort de l'intérieur.
Que devait-il faire ? Il n'était plus rien aux yeux de celle qu'il aimait à en mourir.
C'était bientôt quatre ans de sa vie qui venait de disparaître, en fumée. Quatre années de regards lourds de sens, de sous-entendus bien placés, de sourires, de douces paroles. Oui, quatre années d'intense bonheur partagées secrètement, silencieusement, mais quatre années bien réelles.
Les quatre années les plus belles de sa vie.
Une éternité ...éphémère.
Il se battait pour retenir les larmes qui apparaissaient au bord de ses yeux. Il luttait, de toutes ses forces.
Pourquoi ne pas se laisser aller ? Pourquoi ne pas lâcher cette cascade de larmes qui ne demandait qu'à dévaler ses joues tremblantes.
Il ne savait pas. Mais il serrait les poings, les dents, et tenait bon, comme il le pouvait, autant qu'il en était capable.
Il failli lâcher prise quand, innocemment, elle reposa sa question, lui rappelant que toute question attendait sa réponse.
Mais que répondre ? Qu'il était son partenaire, son ami, et tellement plus en un sens. Qu'il était l'homme qui lui avait sauvé la vie mainte fois et qu'elle avait sauvé tout autant ?
Qu'il était le premier visage qu'elle voyait le matin quand elle attrapait sa tasse de café ?
Cet afflux de souvenir rendait la douleur de moins en moins supportable. Mais il faisait aller, car c'était le seul moyen pour lui de penser que ces quatre années existaient encore quelque part : en lui.
Alors que lui dire ? Aucune de ses réponses n'aurait été satisfaisante pour elle. Elle voulait un nom, une explication.
Elle voulait faire comme s'il ne se connaissait pas, parce que pour elle, ces quatre années n'existaient tout simplement pas.
Quatre années... Et si c'était plus que ça ? Et si elle en avait oublié d'avantage ?
Angoisse envahissante. Paralysante.
- Je suis Richard Castle, on... on travaille ensemble.
«Travail » Si seulement cela avait été aussi simple...
- Kate... Vous... hum ...Vous vous souvenez de quoi exactement ? Ses mots étaient hachés, sa gorge serrée. Il la tenait par les épaules, montrant l'importance qu'il portait à la réponse qui ne tarda pas à surgir.
- De rien...
Elle baissa la tête, cachant les larmes qui dévalaient ses joues.
Elle ne savait pas si c'était le contrecoup de sa folle course poursuite dans les rues de la ville ou ce trop plein d'émotions mais elle se sentait si fatiguée. Elle vacilla un instant, ces jambes ne la portant plus mais fut bien vite soutenue par l'homme au visage décomposé qui lui faisait face.
Castle s'en voulut un instant d'avoir voulu satisfaire sa curiosité avant de se préoccuper de l'état de la jeune femme. Il devait la conduire à l'hôpital. Il était juste si bouleversé... Le premier domino était tombé en lui quand elle ne l'avait pas reconnu, entrainant alors tous les autres qui ne cessaient plus de se renverser.
Il s'avança derrière elle, la prit par les épaules et l'entraina doucement avec lui vers son appartement. S'il avait laissé sa voiture au commissariat, d'autres l'attendaient chez lui, à quelques rues à peine.
Par la vitre du 4x4, Kate observait le paysage défiler rapidement. Des buildings et encore des buildings. Dans la nuit, les phares des voitures qui défilaient ne formaient plus qu'une grande ligne lumineuse étonnante.
L'adrénaline retombée, Kate se sentait sombrer... dans le sommeil ? L'inconscience ?
Elle se laissait aller, fermant ses paupières.
L'homme à coté d'elle lui disait par moment de ne pas s'endormir, alors elle rouvrait les yeux, luttant.
- Ryan ? Enfin quelqu'un qui répond ! Mais où sont tous les autres ? C'est justement pour ça que je t'appelle je viens... Non, j'étais juste aller faire un tour... J'avais juste besoins de réfléchir à... j'avais besoins de réfléchir mais ce n'est pas pour ça que je t'appelle je viens juste de retrouver Kate, préviens tout le monde ! Je l'emmène à l'hôpital, on y sera dans dix minutes. Je vous tiens au courant mai ne tardez pas trop !
Il raccrocha sous le regard perdu de sa passagère.
Elle ne comprenait rien. Qui était Ryan ? Et les autres ? On l'avait « retrouvé »... on l'avait donc perdu ? Que lui était-il arrivé ? D'où venait-elle ? Qui était-elle ? Qui était-il tous...
Marre. Elle en avait tellement marre de mettre un point d'interrogation à la fin de chaque phrase.
« Aaargh ! » Cri de frustration. Elle tapa de ses poings douloureux contre la vitre de la voiture, tambourinant.
Ca lui faisait mal, mais ca lui faisait du bien.
- Kate ? Qu'est-ce qu'il y a ?
- Qu'est-ce qu'il y a ? Vous osez me demander qu'est-ce qu'il y a ? Il y a que je ne sais pas qui je suis, que j'ai oublié toute ma vie. Je ne sais pas qui vous êtes, je ne sais pas où je suis ni d'où je viens, ce que je faisais ce matin, et hier, et le jour d'avant ! Tout est parti en fumée, comme ça.
Elle claqua des doigts, joignant le geste à la parole.
- Je ne connaissais même pas mon nom avant que vous ne me le disiez !
Elle baissa la tête, impuissante.
Il ne répondit pas tout de suite, cherchant les mots pour l'apaiser. Il la comprenait, mais c'état difficile pour lui... difficile de devoir se souvenir pour deux, pour eux, pour elle.
- Je suis désolé. J'imagine que c'est dur pour vous. Mais je vous promets que je ferai tout ce que je peux pour vous aider à retrouver la mémoire ! Je sais que vous ne me connaissez pas, mais vous pouvez avoir confiance à moi. Je serai toujours là, toujours.
Il sourit légèrement, désirant la mettre à l'aise.
Elle répondit en souriant à son tour.
Il en aurait pleuré de joie, de la voir sourire à nouveau comme ça.
Elle entrouvrit les lèvres, se tourna complètement vers lui, le regarda dans les yeux :
- Je sais.
Il fut si surpris par cette réponse, pour le moins inattendu, qu'il arrêta un court instant de regarder la route.
Comment pouvait-elle savoir si elle ne savait pas qui il était ?
Mémoire ou pas, Katherine Beckett le surprenait toujours.
Arrivée à l'hôpital, une équipe d'urgentistes, prévenue par le FBI qu'une victime prioritaire arrivait, les attendait à l'entrée de l'établissement. Castle arrêta la voiture, descendit pour venir ouvrir la porte coté passager et prit délicatement une Kate presque inconsciente dans ses bras, une main derrière la nuque, l'autre dans le creux de ses genoux pour la déposer tout aussi doucement sur le brancard.
Quelques minutes plutôt, alors qu'ils roulaient encore, Kate s'était mis à gémir de douleur, clamant que ses cotés lui faisaient atrocement mal. L'écrivain avait compris qu'une fois l'adrénaline disparue, la douleur avait refait surface, témoin d'une blessure interne qui avait fait apparaître une ride d'inquiétude sur son front.
Allongée, un masque de peur sur son visage, elle regardait Castle dans les yeux, refusant de quitter la seule personne qui ne sonnait pas inconnu. Il accompagnait le brancard dans l'hôpital, tenant la main de la blessée. Mais on lui refusa l'entrée à la salle de trauma.
Au plafond, les néons de lumières défilaient.
Kate regardait Castle, la tête à l'envers, s'éloigner d'elle. Leurs mains se séparèrent lentement. Elle perdu le chemin de son regard lorsque la porte se referma sur sa silhouette. Elle ferma alors les yeux, et sombra, n'entendant plus la voix des chirurgiens qui lui priait de garder les yeux ouverts.
Castle regardait interdit, la porte qui venait de se refermer sur Kate. Le cœur battant à tout rompre, il finit par se résigner et s'asseoir sur une des nombreuses chaises prévues à cet effet. Combien de personnes avaient attendu ici des nouvelles de leur proche ? Combien avaient passé des heures assis à attendre de savoir s'il allait vivre ou mourir ? Combien avait mouillé ses chaises de leurs larmes ?
Il prit son téléphone et composa rapidement le numéro d'une personne qui, il l'espérait, pourrait l'aider.
« Vous êtes bien sur le répondeur d'Adam Mercer, je suis indisponible pour le moment, laissez-moi un message et je vous rappellerai. »
Castle se leva et atteint le bureau d'accueil des urgences ou une standardiste finissait de renseigner une mère sur la chambre de sa fille.
- Oui monsieur, que puis-je pour vous ?
- Pourriez-vous me dire si le Docteur Adam Mercer est de service aujourd'hui s'il vous plait ?
- Adam Mercer... Non. Il est en congé. Désolée.
- Aucun problème, répondit-il un peu déçu avant de repartir dans la salle d'attente.
Attente. Attendre. Que pouvait-il faire d'autre ?
Il regardait ses mains, accoudé sur ses genoux, la tête baissée.
Chaque minute lui paraissait devenir des heures. La trotteuse de sa montre avançait-elle au ralentit ?
Il se leva finalement pour se dégourdir les jambes et aller prendre un café et tomba sur Ryan, Esposito, Lanie et Shaw qui avançait dans sa direction, visiblement soulagés mais terriblement inquiet :
- Alors ? lança le latinos en arrivant à son niveau.
- Je ne sais encore rien. Ils l'ont prise en charges il y a, il regarda sa montre et soupira, ... une demi-heure mais toujours pas de nouvelles...
- Je ne comprends pas, commença Ryan, comment l'avez-vous retrouvé ?
- Je marchais dans la rue pour rentrer chez moi quand je l'ai aperçut à l'autre bout de la rue qui marchait vers moi. C'est plutôt elle qui m'a trouvé !
- Et qu'a-t-elle dit ? demanda Shaw.
- C'est la que ça coince, elle...
- Elle quoi ?
- Elle a perdu la mémoire.
- Vous voulez-dire qu'elle ne se rappelle plus de son enlèvement, de son ravisseur ou de comment elle s'est enfuit ?
- Je veux dire qu'elle ne se rappelle plus rien ! Ni qui elle est, ni qui nous sommes...
Les mots restèrent muets. Il n'y avait rien à dire de plus. Juste quelques regards échangés, et quatre sièges libres désormais occupés.
Il fallait attendre, alors ils attendaient.
Un médecin finit par venir les voir, brisant le silence qui régnait dans la pièce.
Comme un seul homme, ils se levèrent, prêt à boire les paroles de l'homme, bien qu'ils les craignaient :
- Alors docteur ? Demanda l'écrivain.
- Je suis désolée mais... commença le vieil homme marqué par les ans.
Adam ne regarda pas avant de traverser et le 4x4 qui passait à se moment là n’arriva pas à l’éviter, le percutant de plein fouet. Malgré la faible vélocité de l’auto, il fut projeté quelques mètres plus loin.
Derrière Kate qui s’en allait déjà en courant, le conducteur sortit du véhicule et accouru près de sa victime « innocente ». Blessé, l’homme finit tout de même par se relever mais affaibli, chancelant, saignant de toute part, tenant son bras cassé, il ne put se lancer sur sa trace.
Elle payerait, il l’aurait, il continuerait à la traquer, mais pas aujourd’hui.
Chapitre 32 : Everything’s made to be broken
Le couteau dans une main, si près de ses veines... si près... trop près ? Ou encore trop loin ?
Il regardait le couteau trembler dans sa main, se rapprocher dangereusement de son avant-bras.
Il voulait le faire. Il le devait.
Juste poser le couteau sur sa peau, frissonner à se contact froid qui lui glacerait le sang, mais appuyer, avec force et courage, et laisser la lame entailler sa fine peau, seule barrière, seule armure qui protégeait ses veines.
Contrôler la douleur, l’enterrer, la supporter. Et continuer d’appuyer.
Il voulait le faire, il le pouvait.
N’était-ce pas ce que faisaient les êtres seuls et désespérés ? Se tailler les veines pour souffrir, finalement se rendre compte que l’on vit, que la douleur physique n’est rien face à la douleur intérieure, et fermer les yeux, emportant ce dernier constat dans le seul sommeil qui ne connait pas de réveil. La mort. Seul repos de l’homme à l’âme torturée. Repos éternel.
Tel était ce qu’il convoitait.
Hésitant. S’entailler les veines. Renoncer. Pourquoi doutait-il ?
Avait-il encore quelqu’un qui le retenait ?
Il avait perdu touts les êtres en qui il avait placé son amour.
Avait-il encore quelque chose à quoi s’accrocher ?
Alors qu’est-ce qui pouvait bien l’empêcher de laisser la lame glisser contre sa chair ?
Il se sentait tiraillé de toutes parts, déchirer entre l’envie d’en finir, et la soif de vengeance, vengeance envers tout ceux qui l’avaient mené jusqu'à cette pièce sombre avec pour seul désir de se mutiler et de se suicider.
Cet écrivain égoïste qui l’avait abandonné après lui avoir cent fois assuré qu’il serait toujours là pour lui.
Cette policière qui lui avait volé son ami, son espoir et son cœur.
Il regarda la photo de sa femme et de sa petite fille souriante, si mignonne, si vivante, consumant un peu plus son cœur, son lac de douleur. Pourquoi avait-il été puni ?
Inconsciemment, l’homme courbé vers l’avant avait un peu plus enfoncé le couteau dans son avant-bras. Un filet de sang s’en échappa, savourant cette liberté nouvelle.
Pourquoi était-ce à lui de souffrir ? Il était la victime, victime de cette vie, de ses sentiments, des hommes.
Il retira le couteau de son bras, stoppant son geste avant le point de non-retour.
Il n’avait plus rien à faire dans ce monde, dans cette vie. Il n’avait plus sa place. Il ne voulait plus vivre.
Il allait partir.
Mais avant... avant il allait arrêter d’être la victime. Pour une fois.
Il allait prendre son courage à deux mains, se relever et aller se venger.
Il allait faire comprendre à Richard Castle et à sa jolie muse la souffrance qu’il éprouvait, la souffrance qu’on lui avait causé, qu’ils lui avaient causé.
Couteau en main, repoussant à plus tard le destin qu’il s’était dessiné, il sortit de chez lui en claquant la porte, toujours blessé et chancelant. Il ne reviendrait plus.
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Un médecin finit par venir les voir, brisant le silence qui régnait dans la pièce.
Comme un seul homme, ils se levèrent, prêt à boire les paroles de l’homme, bien qu’ils les craignaient :
- Alors docteur ? Demanda l’écrivain.
- Je suis désolée mais... commença le vieil homme marqué par les ans.
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Main dans la main. Tel était l’écrivain et sa muse endormis.
L’un était tombé de sommeil après bien des nuits d’insomnies à ne pouvoir tarir son inquiétude.
L’autre était plongé dans un sommeil qui espérait un réveil prochain.
Assis sur une chaise, Castle était avachi sur le bord du lit d’hôpital de Katherine Beckett, la tête délicatement posée sur le matelas recouvert de draps plus blanc que blanc.
Sa main tenait dans la sienne celle inerte de la jeune femme, immobile, dont les seuls signes vitaux étaient assurés par le « bip » régulier qui s’échappait du moniteur cardiaque.
Un médecin regardait à travers la vitre sur la porte, la scène touchante qui lui arracha un sourire. Il poussa la porte doucement ne souhaitant pas briser cet instant, ni le sommeil réparateur de l’homme qui en avait bien besoin.
Il vérifia rapidement les constantes de sa patiente et sortit à pas de souris. La porte se referma derrière lui dans un faible claquement, mais qui suffit à tirer l’écrivain de son assoupissement.
Il releva la tête, un peu désorienté. Il regarda sa montre, réalisant alors qu’il avait dormis tout le reste de la nuit. Soit à peine quelques heures. Mais suffisamment pour le moment. Dans le prolongement de sa montre, son regard se posa sur sa main, qui embrassait celle de Kate. Il la sera légèrement, juste pour sentir ce contact sous sa peau, juste pour être sûr qu’elle était bien là.
Pâle, les bras le long du corps, les yeux clos, elle paraissait dormir paisiblement. Sereine.
Mais la vérité était tout autre. Elle ne dormait pas. Elle menait un combat intérieur. Et elle allait le gagner. Elle le devait. Elle lui devait.
- Je suis désolée mais... commença le vieil homme marqué par les ans.
- Mais quoi ? cria presque Castle.
- Votre amie est dans le coma... Il baissa la tête, sincèrement désolée. Chacun savait que coma impliquait réveil, et que cela n’arrivait pas toujours. Il continua son explication ; nous avons du l’opérer : elle avait plusieurs cotes cassées, et une hémorragie interne, le radius fracturé et de multiples contusions ainsi qu’un traumatisme crânien. Cela plus son état de fatigue et sa faible condition physique font qu’elle est tombée dans le coma. Nous avons pu stopper l’hémorragie. L’hématome dans son cerveau devrait se résorber tout seul. Pour sa perte de mémoire, nous pensons qu’elle n’est pas définitive. Maintenant il n’y a plus qu’à attendre qu’elle se réveille. Mais si je peux me permettre : votre amie à réussi à s’échapper de là où elle était et à vous retrouver en pleine nuit malgré son état de santé : C’est une battante. Elle se battra pour sortir de ce coma. Je vais vous laissez. Une infirmière l’a installé dans une chambre de réveil, seule, alors n’hésitez pas à aller la voir et à lui parler : elle vous entendra peut-être.
Il leur adressa un signe de tête, son soutient, et repartit, les laissant assimiler la nouvelle, lourde à digérer.
Castle se laissa tomber sur la chaise, pris sa tête entre ses mains et souffla. Qu’allait-il faire ? Qu’allait-il devenir ?
Stop. Maintenant qu’il l’avait retrouvé, il refusait de se laisser aller à nouveau. Il allait prendre sur lui, rester fort, enterrer son inquiétude, et tout faire pour la sauver. Il devait être là pour elle. Il lui avait promis.
Il se releva, annonça aux autres qu’il allait voir Kate, leur promettant qu’il les tiendrait au courant pendant qu’ils « allaient trouver l’ordure qui a fait ça à Kate » avait craché Esposito, suivi par Shaw et Ryan.
En chemin, Castle réalisa qu’il avait quelque peu égoïste de penser qu’il était le seul à vouloir être au chevet de Kate.
Il n’avait pas pensé une seconde à son père qui n’avait d’ailleurs même pas été prévenu de la disparition de sa fille.
Il chercha dans son répertoire le numéro de Jim Beckett, qu’elle lui avait donné en cas d’urgence...
Cas d’urgence...
L’homme répondit avant même la fin de la première tonalité. Castle imaginait bien qu’il devait être penché au dessus de son téléphone depuis des jours, attendant des nouvelles de sa fille, mais n’osant pas appeler, sachant que c’était toujours elle qui le faisait, elle avait trop besoin de sa liberté. L’écrivain imaginait l'appréhension qu’avait du ressentir le vieil homme en voyant que c’était lui, Castle, qui l’appelait et non sa fille.
- Allo ? La voix tremblante et mal assurée le confirma.
La conversation qui s’en était suivie avait été une des plus dures que Castle n’avait jamais eu. Annoncer à un père l’état de sa fille. L’écouter tenter de contenir ses larmes. Et essayer de retenir les siennes. Ils n’étaient qu’Hommes.
Mais Jim Beckett l’avait surpris. Il avait su rester fort, il avait su faire preuve de rationalité, rester calme, lui assurant qu’il arrivait sur le champ.
Et là, Castle avait eu un élan de culpabilité. Il avait laissé un père sans nouvelle de sa fille, dans l’ignorance. Pire ; il n’avait pas su la protéger.
Il était finalement arrivé devant sa porte, l’avait poussé sans plus attendre, avait prit la chaise qui lui était destinée, l’avait juxtaposée au lit de Kate et s’était installé. Il n’avait pas l’intention d’en bouger pour le moment. Il allait être patient.
Il avait pris la main tiède dans sa main, la caressant doucement. Pouvait-elle sentir sa présence à ses cotés ?
Puis il avait posé la tête à coté de son corps et s’était endormis sur cette pensée. Elle savait qu’il était là.
Et maintenant, n’ayant toujours pas lâché sa main, il était à ses cotés. Il repensait aux dires du chirurgien.
Hésitant, il s’approcha un peu plus du visage éteint de sa partenaire et entrouvrit ses lèvres :
- Kate... Il paraît que vous pouvez m’entendre, qu’il faut que l’on vous parle alors... alors je vais vous parler. Je vais vous dire ce que j’aurais du dire depuis bien longtemps. Dire ce que vous savez, mais que vous avez besoins d’entendre, et que j’ai besoins de dire je crois... Je n’avais pas prévu que ca se passerai comme ça entre nous... Je n’avais pas prévu de tomber amoureux de toi. Ca m’est tombé dessus, quand j’ai réalisé que ma vie prenais un sens : je n’étais plus un écrivain richissime égocentrique dont la seule ambition était de signer des poitrines, j’étais devenu le partenaire d’une détective respectée qui représentait l’excellence dans son milieu. Je pensais qu’on était complètement différent. On l’était peut-être. Mais je t’ai apprivoisé. Tu m’as laissé voir à travers ton armure. On s’est rapproché. Tu m’as accepté. Et aujourd’hui on en est là.... et c’est insuffisant. Je veux que toi et moi on finisse de se découvrir. Je veux qu’on avance.
Quand exactement était-il passé du « vous » au « tu » ?
- Et... et je sais que tu ne te rappelles plus de moi, ni de rien de tout ce que je te raconte, mais s’il le faut, je me rappellerai pour nous deux, parce que ce que l’on a vécu, c’est tellement plus que juste quelques souvenirs. Je t’aiderai à te rappeler, je te prouverai ce que j’avance. Mais il faut que tu ouvres les yeux maintenant. Si tu m’entends, si tu me comprends, ouvre simplement les yeux. Bas-toi ! Il y a tellement de gens qui n’attende que toi. Tu me demandais qui tu étais : tu es celles qui honore les victimes, qui réconforte ceux qui ont perdu un être cher. Tu es celle pour qui la vérité n’a pas de prix, celle qui n’abandonne jamais. Tu es toi. Et je t’aime.
Sur l’écran de l’électroencéphalogramme, le tracé jusqu'alors régulier venait d’être déformé par un pic, signe d’une activité cérébrale intense. Le pic disparu finalement.
Castle serra la main de la jeune femme. Il se leva, et l’embrassa sur le front. Derrière lui, la porte s’ouvrit. Sursautant, Castle se retourna vivement, pour apercevoir Jim Beckett entrer.
Chapitre 33 : You’re Home to me
Deux jours plus tard, au commissariat,
Ils avaient retrouvé Kate. Et avec le soulagement de Castle, le soleil était revenu, haut et fort, annonçant des jours meilleurs.
Mais quelques nuages avaient commencé à apparaître à l’horizon de l’étendue bleu qu’était le ciel, et les quelques rayons qui filtraient encore éblouissaient Castle qui cachait ses yeux azur de sa main.
Il essayait de se concentrer, de lire ce maudit dossier, mais avec cette lumière aveuglante et ses pensées envahissantes.... C’était peine perdue.
Cela faisait deux jours maintenant. Deux jours. Quarante-huit heures, dans le jargon déshumanisant du médecin, que la « patiente » s’était réveillée.
Autant de temps qu’il n’arrivait plus à penser correctement, à se concentrer sur l’enquête qu’il essayait de résoudre. Enfin qu’ils essayaient tous de résoudre, lui, le FBI et les gars, tous unis pour retrouver l’identité de celui qui avait envoyé Kate au fond de se lit d’hôpital.
Combien de fois avait-il relu la même page sans s’en rendre compte ? Sans en retenir un seul mot ?
Il savait bien qu’il n’était d’aucune efficacité, d’aucune aide et que ça ne changerait pas tant qu’il ne l’aurait pas vu... tant qu’il ne lui aurait pas parlé.
Kate en danger, Castle avait voulu la protéger.
Quand elle avait disparu, il aurait tout donné pour la retrouver.
Alors qu’elle était dans le coma, il n’avait souhaité que son réveil.
Mais maintenant qu’elle était réveillée, il voulait la voir, il voulait qu’elle se souvienne... il voulait que tout redevienne comme avant, que tout se termine. Juste mettre un point noir au bout du récit, et tourner la page. Définitivement.
Deux jours plutôt, alors que Castle allait quitter la chambre de Kate, son père avait fait son apparition. Et la première chose que l’écrivain s’était demandé, était depuis quand exactement, Jim était là. Qu’avait-il vu, entendu ? Mais avant qu’il ne puisse bouger ses lèvres, un bruit les avaient fait se retourner : Kate émergeait de son coma, gémissant doucement. Quatre yeux écarquillés assistaient à son réveil mouvementé.
Ils avaient accouru à son chevet, mais devant sa difficulté à respirer, ils avaient appelé les médecins qui avaient prit le relai après les avoir gentiment mais fermement mis à la porte.
Face à l’attente, l’appréhension, et à sa totale incompréhension de ce qui était arrivé à sa fille, Jim avait exigé des explications.
Castle n’avait eu d’autre choix que de lui conter toute l’histoire, du moins tout ce qu’il en savait.
Il s’était excusé mille fois, d’avoir été incapable de la protéger, de ne pas l’avoir retrouvé plus tôt, se sentant responsable de tout ce qui avait pu lui arriver.
Puis il avait abordé une partie plus compliquée... plus dure.
Et si Jim avait paru bien encaissé la première partie du récit, il blêmit quand il comprit que sa fille était amnésique, qu’elle ne se souviendrait même pas de lui quand il l’appellerait doucement « Katie ».
Il avait pleuré, comme un père désolée pour sa fille, inquiet, désemparé face à son impuissance.
Puis le médecin était arrivé. Les difficultés respiratoires étaient souvent de mises après un coma, elle avait juste besoin de repos.
Jim, après s’être officiellement présenté au médecin de sa fille, avait demandé des précisions sur l’amnésie de Kate.
D’après le spécialiste, la perte de mémoire était en partie du au traumatisme crânien, même si une partie résidait également dans le traumatisme psychologique qu’elle avait du subir. L’amnésie n’était pas définitive, mais la mémoire pouvait lui revenir demain ou dans bien plus longtemps.
Pour les deux hommes, cette dernière option était inenvisageable.
Jim voulait retrouver sa fille : il lui réapprendrait tout, tout s’il le fallait.
Castle ne pouvait pas souffrir d’aimer une femme pour qui il était un inconnu.
Le médecin n’avait autorisé qu’un membre de la famille au chevet de la jeune femme et Jim, après un regard à Rick et la promesse de le tenir au courant, avait accouru.
Castle s’était sentit mal de ne pouvoir la voir, lui parler, mais un père avait encore plus besoins de voir sa fille. Et c’était lui le plus à même de lui apprendre qui elle était et ce qui lui était arrivée.
Le cœur lourd tout de même, il était parti au commissariat, avec la ferme intention de faire avancer l’enquête, quitte à tout reprendre à zéro.
Il avait rejoint toute l’équipe en salle de briefing alors que Shaw représentait totalement le dossier, certaine qu’ils avaient manqué un élément crucial. Castle les avait informé du réveil de Kate, et après quelques échanges d’embrassades contrôlées et de regards soulagés, Shaw avait tapé dans ses mains, captivant à nouveau l’attention de tous.
« - Enfin une bonne nouvelle pour notre motivation, et je suis ravie que vous vous joignez à nous Monsieur Castle ! Reprenons : Voici les derniers éléments de l’enquête : le portrait d’Alexis Castle : aucun résultat dans le fichier de l’immigration ou dans celui des casiers, donc le portrait est probablement peu fiable du fait qu'Alexis était dans une ruelle sombre et qu'elle se faisait passer à tabac ou alors, mais ce n’est qu’une hypothèse : il avait un camouflage ou un déguisement : des cheveux, une fausse barbe qui le rendaient méconnaissable.
La photo reçu au commissariat que vous nous avez ramené Castle : aucune empreinte, pas de salive sur l'enveloppe, et le visage du ravisseur était brûlé. Cependant on a des indications sur taille et son poids qui ne font que confirmer ce que l’on savait déjà ! Les SMS et appels du tueur à Kate venaient d’un portable à carte prépayée donc intraçable.
Pour l’agression à l'appartement du lieutenant Beckett : La scientifique n'a trouvé aucun élément, même pas un cheveux et Beckett ne peut délivrer aucune info tant qu'elle n'a pas retrouvé la mémoire. Bref, on a rien. Quelqu’un veut rajouter quelque chose, emmètre une hypothèse ?
- Je ne comprends pas quelque chose, avait commencé le latinos, Castle et vous-même avez établi une liste de critères pour identifier le tueur, critères que l’on a rentré dans votre matrice pour qu’elle nous donne un tas de dossiers qui devait contenir celui du tueur on est d’accord ? Alors pourquoi ça n’a pas marché ?
- J’ai peut-être une idée, avait répondu Ryan suscitant l’intérêt, il suffit que certains de ces critères, voir même un seul d’entre eux soit faux pour que la sélection de dossiers faite par la matrice soit fausse elle aussi. Vous vous rappeler avoir dit « il faut un cerveau pour en traquer un autre. », et ben c’est exactement ça : Il faut revérifier toutes les données que l’on a, et ne rentrer dans l’ordinateur que ceux dont nous sommes sûrs de la validité. Bro’ ? On s’en charge ?
- Yep Bro’ ! Un grand filet pour attraper un gros poisson ! On s’en occupe ! Castle ?
- J’en suis. »
Les deux flics et l’écrivain avaient donc vérifié chacune des données sélectionnées par Shaw et Castle et avaient éliminé, après un long débat, deux critères : la période de recherche : Certes le tueur sévissait autour de la Saint-Valentin mais rien n’indiquait que l’accident de la femme qu’il aimait avait eu lieu durant cette période : peut-être l’avait-il choisie seulement pour sa connotation romantique. Le deuxième critère était celui du statut de la relation entre le tueur et cette fameuse femme victime : Peut-être étaient-ils mariés finalement?
Ils avaient donc relancé la recherche, et soupiré quand plus de cent dossiers étaient apparus à l’écran à peine dix minutes plus tard...
Chaque membre du commissariat avait eu son tas de dossiers à éplucher.
Et voilà où en était Castle, un peu moins de deux jours plus tard, avachi sur sa chaise, le nez dans une pile de paperasse, essayant de comprendre ce qu’il lisait.
Mais sa concentration était comme de la fumée, impossible à canaliser.
Il déposa le paquet de feuille qui reposait sur ses genoux sur la table devant lui et se leva mais se retint à la table quand ses jambes, engourdies, menacèrent de céder sous son poids.
Il reste immobile un instant, laissant juste le temps à sa circulation sanguine de se rétablir et avança vers la machine à café.
Combien avait-il bu de cafés ces derniers jours pour lutter contre le sommeil ?
Il appuya sur le bouton de démarrage, chassant d’une grimace cette pensée inutile et se mit à contempler le liquide brunâtre qui tombait en cascade dans la tasse blanchâtre tout en dégageant cette agréable vapeur qui lui caressait légèrement le visage avec douceur.
Il apprécia l’instant, se surprit même à clore ses paupières lourdes.
Mais il les rouvrit vite, sachant que s’il s’aventurait un peu plus sur cette voie, il n’en reviendrait pas, son corps ne demandant qu’une chose : du repos.
Saisissant la tasse brûlante -une seule tasse...- il retourna à sa tâche, se promettant intérieurement de se forcer à se concentrer, pour elle, pour qu’elle trouve enfin la paix, et pour lui aussi, qui avait tant besoins d’un coupable.
Il ouvrit donc le dossier qu’il avait devant lui, et le parcouru du regard.
Accident de la route : Décès de Diane Mason, 28 ans, ancienne avocate de renom, mère de deux petites filles Katia et Anna, divorcée, les élevait seules. Mari vivant à New-York, bossant dans un StarBuck coffee sur la cinquième avenue en plus de son premier boulot : responsable marketing dans une boite en faillite pour arrondir les fins de mois et s’occuper de ses filles.
Un pincement dans le cœur, Castle réalisait à quel point la vie n’avait pas fait de cadeau à cette famille. Il admirait le courage du père, soutenait d’une pensée les deux fillettes.
Lara Brown, 30 ans, décès par balle lors d’un règlement de compte entre deux gangs rivales dans le Bronx, pas d’enfants, un mari éditeur de presse, remariée, avec des enfants désormais.
Mourir ainsi, par le fruit d’un pur hasard, pour s’être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, si jeune, alors que la vie s’ouvre à peine à nous.
Et son époux, l’avait-il vite oublié et remplacé ou avait-il réussi à surmonter son chagrin pour refaire sa vie ?
Julie Watson, 27 ans, décédée par accident du travail : prise dans un incendie alors qu’elle essayait de l’éteindre avec ses collègues pompiers, laissant derrière elle un petit garçon d’à peine quatre ans. Son mari s’est alors fait virer, après une longue dépression et une tentative de suicide, la garde son enfant, seul raison de vivre, lui a été retiré par les services de l’enfance.
Le profil pouvait correspondre, et Castle arrivait totalement a imaginer ce que ressentait l’homme, ce qui l’effrayait par la possibilité qu’il s’agisse du tueur tant recherché.
Abandon. Désespoir. Solitude. Maitres mots d’une existence raté, d’une vie inutile et vide. Échec. Impuissance. Douleur.
Haine...
Il posa le dossier sur une nouvelle pile et continua avec le prochain, ouvrant la première page de carton jaunâtre.
Mais le son strident de son téléphone dans sa poche le tira de la contemplation de cette couleur qu’il trouvait affreuse.
Se redressant, l’écrivain découvrit avec appréhension l’identité de l’appelant, tant espéré, tant redouté : Jim Beckett.
Il décrocha, muselant ses doutes et ses hésitions, ses questions vaines :
- Oui ? Vraiment ? J’arrive le plus vite possible !
Court échange d’à peine quelques secondes. Il prit fin que déjà Castle était devant l’ascenseur, pressant le bouton d’appel frénétiquement, comme si sa vie en dépendait : Elle avait demander à le voir, elle voulait lui parler.
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Perdue. Loin, très loin. Dans sa tête. Au fond, tout au fond. Depuis son réveil, elle voyait les gens se succéder à son chevet. Son « père », ces infirmières et tous ces médecins. Depuis deux jours, quarante-huit heures, de longues minutes, d’interminables secondes. Elle ne sait pas, elle ne sait plus, elle est perdue. Loin. Tous ces gens qui la connaissent, mieux qu’elle-même désormais. Elle ne sait pas, elle ne sait plus. Elle n’a plus rien et pourtant la vie continue. Elle reprend doucement. Doucement, dans ce lit blanc, aux couvertures blanches, entre ces quatre murs blancs. Blanc, mais elle sa tête est noire. Vide et noire.
« Est-ce que vous vous souvenez de quelque chose ? » Non, elle ne se souvient de rien. Ou plutôt si, elle se souvient. Douleur, rage, haine, amour, malheur, bonheur, oubli. Chercher, s’échapper, fuir, s’aimer, se détester, se blesser, se re-blesser, tomber, se relever, oublier. Elle ne sait rien, pourtant elle sait tout. Des évidences, qui traversent l’oubli. D’autres qui ne traversent rien du tout. Elle aime, elle est aimée. Par qui, comment, pourquoi ? Mais qui est-elle bon sang, qui est-elle ? Qui saura un jour, lui dire qui elle est ? Une seule personne en est réellement capable, ou peut-être deux. Des personnes qui connaissent des morceaux, simples fragments, de sa vie d’avant. Mais sa vie redeviendra-t-elle un jour comme avant ? Non, c’est impossible, improbable. Aimer, oublier.
« Est-ce que vous avez une idée de ce qui a pu vous réveiller ? » Non. Elle ne sait pas, elle ne sait plus, ne se reconnaît plus. Elle a pleuré. Seule, dans le noir, à trois heures du matin, elle s’est réveillée. Réveillée de ce trou noir. Echappées toutes ces pensées. Disparues. Souvenirs. Elle se rappelle, enfin.
Elle était perdue, perdue dans le noir. Assise, allongée, debout. Seule dans le noir. Une chanson, plusieurs chansons, chantées d’une voix émue, d’une voix qui tremble. La voix, cette voix, elle la connaît. L’attrapera-t-elle ? Disparue.
Pourquoi est-ce si dur de se rappeler ? Non, elle perd pied. Elle se perd, son cœur s’arrête. Des bruits. Beaucoup de bruits. Trop de bruits. Mais elle retrouve enfin ce qu’elle était venue chercher. Des images.
Il doit être midi, il fait un temps magnifique. Pourtant, elle est seule dehors. Désespérément seule. Elle n’aime pas ça. Elle a peur, elle a mal, elle est seule. Pourquoi ? Non. Elle ne sait pas qui elle est. Elle ne sait pas pourquoi elle est là. Mais elle sait qu’elle doit y rester. Une goutte, deux gouttes, trois gouttes. La chanson de la pluie. Quand il pleut, tout disparaît. Perte. Disparition. Mais elle a déjà tout perdu, elle n’a plus rien, que lui veulent-ils encore ? Quatre gouttes, cinq gouttes, six gouttes. Des larmes ou de la pluie ? Les deux peut-être. Sûrement. Le vent se lève. Elle reste assise, là, sur son banc. Seule. Personne ne vient. Elle n’est que très légèrement mouillée mais elle a l’impression de se noyer, que son corps lui échappe. Tout est déjà parti. Laissez-moi mon corps. Stop.
Il neige, il fait froid. La nuit est tombée. Mais une lumière reste allumée. Celle de son cœur. Parce qu’elle sait qu’elle doit rester assise, là, dans ce parc désert. Seule. Un homme semble arriver. Il arrive. Trop de douleurs. Elle a mal. Mal au cœur et au corps. Encore et encore. Elle souffre. Mon Dieu, comment peut-on souffrir autant ? Elle doit partir. Maintenant. Car ce n’est pas l’homme qu’elle attend. Trop de souffrances sont reliées à cet homme. Elle ne sait pas qui c’est mais elle doit partir. Pourtant elle reste là, immobile. Va-t’en petite princesse. Ne reste pas là, sauve toi. Elle ne bouge pas. La lumière baisse. Que se passe-t-il ? C’est sa vie, sa vie qui s’en va.
Un flash. Lumière. Trop de lumière. L’homme qu’elle attend. Qu’elle ne connaît pas mais qui la protégera. Toujours. Ce mot… Elle le voit, se préparer à affronter l’autre. Le combat du Bien contre le Mal. Le Bien gagne toujours à la fin, non ? Non. Pas toujours. Elle a peur. Elle n’est plus seule. Pourtant, elle regrette cette tendre et calme solitude. Perdue dans les ténèbres. Mourante dans la lumière. Elle regarde ces hommes qu’elle ne connaît pas se battre pour elle. Pour son cœur et son corps. Mais elle n’a plus ni l’un, ni l’autre. Ils lui échappent. La lumière s’éteint. Noir.
Sortie des ténèbres. Entrée dans la tristesse. Elle pleure. Encore. Elle souffre. Encore. Elle a mal. Encore. Elle est perdue. Encore. Dans le noir, comme dans la lumière. Encore. Elle est assise dans l’herbe mouillée. Comme son visage. Devant un lac rempli d’eau. Comme ses yeux. Vider l’eau avant de se noyer. Tant d’eau autour d’elle et pourtant, elle se sent brûler de l’intérieur. Ressaisis-toi petite princesse. Tout n’est pas perdu. Elle plonge dans son regard dans l’eau du lac. Ce qu’elle y voit, ce n’est pas son propre reflet. Non, contre toute attente, c’est le sien à lui. Ou plutôt ses yeux. Deux perles foncées qui semblent vouloir lui dire quelque chose. Quelque chose d’important. Mais elle ne comprend pas. Encore. Elle rage. Elle veut connaître la réponse à toute cette vaste blague. Elle veut savoir ce que veulent lui dire ces deux yeux brillants qui la pénètrent si intensément. Elle se penche. Plus près. Encore plus près. Toujours plus près. Elle veut savoir. Toujours savoir. Elle y est presque. Elle tombe. Tombe encore et encore. L’eau s’engouffre dans ses poumons mais elle n’y prête pas garde. Connaissance. Elle commence à avoir mal. Encore. De l’eau. Encore. Ces pupilles qui la fixent. Encore. Un seul mot. Encore. Always…
La jeune femme se réveilla. Entourée de gens qu’elle ne reconnaissait pas plus qu’avant. Seuls deux yeux lui furent familiers. C’est vers eux qu’elle se retourna pour demander de l’aide. Ces yeux qui firent sortir tout le monde. Seuls, enfin seuls.
Chapitre 34 : Au delà des souvenirs :
Castle posa le dossier sur une nouvelle pile et continua avec le prochain, ouvrant la première page de carton jaunâtre.
Mais le son strident de son téléphone dans sa poche le tira de la contemplation de cette couleur qu’il trouvait affreuse.
Se redressant, l’écrivain découvrit avec appréhension l’identité de l’appelant, tant espéré, tant redouté : Jim Beckett.
Il décrocha, muselant ses doutes et ses hésitions, ses questions vaines :
- Oui ? Vraiment ? J’arrive le plus vite possible !
Le soleil descendait dans le ciel en cette fin d’après midi et bientôt, il n’éclairerait plus la grande salle du commissariat du 12ème.
Ryan et Esposito, face à face à leur bureau -chacun plongé profondément dans la lecture de comptes rendu d’enquête- levèrent la tête en entendant la sonnerie stridente d’un téléphone qui semblait appartenir à Castle.
Ils échangèrent un regard furtif et discret, curieux, et regardèrent Castle se lever et partir à grand pas vers l’ascenseur, martyriser le bouton d’appel de l’appareil avant de s’engouffrer à l’intérieur comme une furie.
Ryan se tourna vers Esposito et d’un signe de tête, l’interrogea silencieusement.
D’un haussement d’épaule, le latinos lui répondit :
- Je ne sais pas, il retourne certainement à l’hôpital.
- Ouais probablement... Je vais récupérer ses dossiers, qu’on ne perde par plus de temps.
Kevin s’approcha du bureau de sa collègue où Castle avait élu domicile depuis... bien des années.
L’écrivain avait tout laissé en plan. Un dossier à peine ouvert sur un vieil article de journal jauni – certainement l’original – trainait sur le meuble.
Des piles de dossiers déjà triés trônaient également ca et là.
Mais le regard de l’irlandais était déjà captivé par bien d’autre chose. Les yeux posés sur cet article, il lisait :
- Javier... Tu devrais venir voir ça...
- Quoi ? Tu n’arrives pas à porter les dossiers tout seul ?
- Je suis sérieux, vient voir ce que j’ai trouvé !
- J’arrive.
Un bruit de chaise que l’on recule, un soupir que l’on étouffe, quelques pas. Javier lisait à son tour l’article par dessus l’épaule de son ami qui le tenait maintenant dans ses mains.
« Accident de voiture tragique : Un seul survivant !
C’est en début de soirée hier qu’un accident dramatique a eu lieu dans les rues de New-York. Alors qu’une famille prenait la route à la sortie du New-York Princeton Hospital, un 4x4 noir a percuté le véhicule, ne laissant aucune chance à cette petite fille de cinq ans et à sa mère. Le père est encore dans un état critique mais les médecins restent optimistes.
Le conducteur du véhicule, tué sur le coup, était apparemment dans un état d’ivresse et aurait grillé un feu rouge. Les enquêteurs poursuivent leur investigation et ne feront aucune déclaration pour le moment.
Peyton Drew. New-York. Daily News. »
- Mmmh, intéressant... Ça colle au profil en tout cas, on a plus d’infos ?
- Attends, Ryan étala le dossier sur le plan de travail et reprit, On sait que le conducteur ivre était Jackson Barry. Pour la famille... Caitlin Mercer, avocate de l’hôpital ou travaillait son mari, Adam Mercer, le survivant de l’accident, et leur fille : Sophie Mercer, décédé dans l’accident.
- Donc la femme de cet Adam travaillait pour la justice ?
- Oui, elle défendait le personnel médical et l’hôpital s’il était attaqué en justice par la famille des patients ou les patients eux-mêmes.
- Je sais pas ce que tu en penses bro’, mas je crois qu’on a une piste !
- Yep !
Leurs poings fermés s’entrechoquèrent avant de venir frapper leur poitrine. Ils s’élancèrent ensuite vers la salle de commande du FBI : Shaw devait être prévenu de cette découverte. Ils avaient peut-être enfin trouvé le salaud qui avait amené l’enfer dans leur vie à tous.
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Comme beaucoup de conversation entre Castle et Beckett, celle-ci commença par le regard.
Leurs yeux ne se quittaient plus, quand bien même m’aurait-ils voulu, ils n’auraient sans doute pas pu.
Sentiment de sécurité, de familiarité, de bien-être et de repos et de confiance pour l’un.
Sentiment d’amour, de bonheur, de bien-être, de soulagement pour l’autre.
Béatitude. Enfin.
Il ne voulait plus la quitter, elle ne voulait plus le voir partir.
Elle avait appris beaucoup sur lui grâce à son père. Beaucoup sur sa vie.
Richard Castle, écrivain de renom, elle adorait ses bouquins. Il avait une famille, mère et fille. Elle était flic avec lui pour partenaire depuis quelques années car il écrivait des livres avec un personnage principal basé sur elle, ce qui lui avait déplu au début mais elle avait fini par s’y accommoder. Ils s’étaient mutuellement sauvés la vie bien des fois.
Quand elle avait demandé à son père ce qu’ils étaient l’un pour l’autre, il avait bafouillé « partenaire, ami, ça dépend des jours je crois. Je te l’ai souvent demandé et tu me répondais : « Papa ! ». Je pense que toi-même, tu n’avais pas la réponse.»
Ce qui était le pire avec l’altération de sa mémoire n’était pas la perte de souvenirs mais l’impossibilité de savoir ce qu’elle ressentait, qui elle était en elle, qu’elle était sa personnalité.
Était-elle courageuse ? Était-elle heureuse ? Ou triste ? Qu’aimait-elle ? Était-elle drôle ? Froide ? Gentille ? Douce ?
Et ça personne ne pouvait vraiment le lui dire, ni le lui réapprendre.
Et pourtant, c’était la seule chose qu’elle voulait savoir, la seule chose dont elle avait besoins.
En attendant, elle ne savait pas quoi faire, pas quoi dire, pas quoi penser. Elle était simplement un corps, un corps sans esprit, avec pour seul contenu : l’instinct.
Mais quand Castle était rentré dans cette chambre, elle avait eu comme l’impression qu’une partie d’elle était là aussi, bien présente avec lui, en lui peut-être.
Elle espérait que lui pourrait l’aider encore plus que son père ne l’avait déjà fait.
- Richard Castle.
- Je vois que vous avez eu droit à quelques leçons de la part de votre père, sourit-il en s’approchant avant d’investir la chaise reposant au coté du lit.
- Oui, elle sourit à son tour.
Ils semblaient tous deux gênés, ne sachant pas trop par où commencer.
Castle avait tellement de choses à lui dire, mais ce n’était pas vraiment elle qu’il voyait devant lui, ce n’était pas la Kate qui comprendrait ce qu’il lui dirait.
Kate avait tellement de questions à lui poser mais hésitait, notamment à cause du regard qu’il posait sur elle, comme s’il ne croyait pas ce que lui offrait son regard, comme s’il ne la reconnaissait pas. Ça la rendait un peu triste, mais elle comprenait que cela devait être un peu difficile pour lui aussi. Parce que s’ils étaient aussi proches qu’elle avait cru le comprendre, alors elle n’était pas la seule à avoir perdu quelque chose.
- Vous devez avoir plein de questions à me poser ? demanda l’écrivain, prêt.
- Oui, en effet, mais d’abord j’aimerais pour remercier.
- De quoi ?
- De m’avoir sauvé !
- Je ne comprends pas.
- Vous étiez là dans cette ruelle, vous m’avez emmené à l’hôpital, vous avez tout fait pour me retrouver...
- Oh ça ! Pas de quoi. Vous ne vous souvenez toujours pas de comment vous êtes arrivé là l’autre nuit ?
- Non... enfin j’ai quelques images des fois, des sensations... des sons aussi... rien de bien concret.
- Des... sons ?
- Oui, j’entends une chanson... Mais c’était probablement un rêve.
- Oui, probablement... en tout cas sachez que je ferai tout ce que je peux pour vous aider à vous souvenirs, de ce qui s’est passé, de qui vous êtes et de... de tout.
- Merci. Mon père m’a un peu expliqué ce qui « s’est passé ». L’enquête, mon enlèvement, et après. J’ai l’impression d’entendre une histoire que l’on me conte. Vous avez du nouveau pour... mmh... mon ravisseur ?
- Pas encore, mais on finira par l’avoir. Il paiera.
Plus que des mots, c’était une promesse. À lui même encore plus qu’à Kate.
- Je l’espère... Changeons de sujet si ça ne vous dérange pas. Parlez-moi de mon travail !
Le médecin lui avait dit que dans son cas, c’était souvent un élément déclencheur, un seul, qui ramenait la mémoire. Il lui avait donc conseillé de parler avec tous ses proches.
- Bien, que voulez-vous savoir ?
- Tout !
Castle sourit un instant. Ce n’était peut-être pas la même Kate qu’il avait toujours connue, mais une partie d’elle, son essence, était bel et bien là, inscrite dans ce corps.
- Vous êtes lieutenant de Police au commissariat du douzième. Votre capitaine est Roy Montgomery. C’est votre ami, et je pense même qu’il vous considère un peu comme sa fille. Il vous comprends, sait comment vous fonctionnez. Il y a également deux autres enquêteurs dans votre équipe : Kevin Ryan, toujours très sérieux et son acolyte Javier Esposito, qui vous considère quasiment comme sa sœur. Ces deux là sont comme des frères. Et ils feraient n’importe quoi pour vous.
Kate ne manqua pas l’étincelle qui venait de s’allumer dans les yeux de l’écrivain.
- Et il y a vous ! ajouta-t-elle.
- Et il y a moi... On s’est rencontré il y a environ trois ans, alors qu’un homme s’inspirait des crimes de mes romans pour assassiner des gens. Au début vous pensiez que j’étais suspect, mais ça vous ait vite passé !
Un petit rire lui échappa à ce souvenir.
- Je vous ai proposé mon aide sur cette enquête, nous avons attrapé le méchant et... et j’ai décidé d’écrire un roman sur vous ! En fait, même plusieurs romans ! Aujourd’hui on est partenaire, ami... vous êtes ma muse si on peut dire !
- Votre « MUSE ? ».
- Inspiration ! Vous êtes mon inspiration.
- Je préfère !
Certaine chose ne changeais pas. Beckett était Beckett. Castle était Castle.
Ils étaient eux, au delà des souvenirs. Et ça rassurait un peu Castle, le consolait.
Mais si une partie de lui pouvait se contenter de cette Kate là, une autre ne l’acceptait pas. Il voulait la retrouver. Il voulait lui dire, tout, tout ce qu’il avait sur le cœur.
Alors il fallait qu’elle se souvienne, elle le devait, pour lui, eux, pour son cœur souffrant, ses mots mourants.
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À l’extérieur, la nuit reprenait ses droits, faisant fuir la lumière, happant les ombres dans sa noirceur.
Les enseignes de l’hôpital donnaient cependant encore un peu de lumière, de vie à ce décor endormi.
Des halos de lumières orangés se reflétaient sur un visage tendu vers l’entrée du bâtiment.
L’homme observait, immobile, en réflexion avec lui même.
Vêtu d’une blouse blanche, il défiait du regard cet horizon, il était prêt à accomplir ce pourquoi il vivait maintenant.
Il baissa la tête et expira. Puis, se redressant, la tête haute, il fit un pas en avant, prêt à faire face à son destin :
- Pour toi Caitlin...