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Série : Castle
Création : 31.10.2012 à 20h20
Auteur : madoka93
Statut : Abandonnée
« et si on avait le pouvoir de changer le temps en co avec ma jumelle iliana » madoka93
Cette fanfic compte déjà 40 paragraphes
Prologue :
Le soleil déclinait lentement à l’horizon, parant le ciel de douces couleurs et apportant une atmosphère paisible à cette fin d’après-midi. Et c’est cette même sérénité que l’on ressentait dans cette petite et accueillante chambre d’hôpital. Peu à peu, les nombreuses visites faites à l’occupant des lieux avaient transformées l’endroit froid et impersonnel en un douillet cocon, auquel, malgré tout, il restait insensible. Plongé dans un coma profond, il ne percevait plus rien de ce qui l’entourait, restant sourd à la détresse de son entourage, au chagrin de sa compagne. Pourtant, l’espoir restait présent dans son cœur, survivant à l’attente et au pronostic pessimiste des médecins. Pour eux, jamais il ne se réveillerait. La seule chose qui les avait empêchés de le débrancher, était qu’il s’était mis à respirer sans l’aide d’un appareil. Mais les médecins étaient unanimes. Tôt ou tard, son corps cesserait de fonctionner correctement, et son cœur lâcherait. C’était un processus inéluctable. Mais jour après jour, il les faisait mentir, et jour après jour, l’espoir restait ancré dans le cœur de ceux qui l’aimaient et attendaient son retour.
Les heures de visites étaient terminées depuis longtemps mais comme tous les soirs depuis dix-huit ans, une seule personne avait ce passe-droit, celui de rester auprès de l’homme qu’elle aimait, de passer ses nuits avec lui, allongée à ses côtés, lui parlant, lui racontant sa journée. Depuis dix-huit ans, elle revenait, jour après jour, ne ratant jamais une visite. Parfois elle venait accompagnée, mais généralement elle était seule. Leurs amis communs s’arrangeaient pour venir lui rendre visite aux heures habituelles de visite afin de leur ménager ces moments d’intimité. Ils avaient tous été affectés par ce qui s’était passé, et s’était tous résignés à ne plus jamais le voir ouvrir les yeux, lui parler, et cela leur faisait mal de la voir s’accrocher à lui, passant ses jours à attendre un miracle qui ne venait pas. Ils avaient essayés de lui dire qu’il n’aurait pas voulu la voir mettre sa vie entre parenthèse, qu’il aurait voulu qu’elle profite de la vie, qu’elle rencontre un homme qui la rendrait heureuse, mais elle s’était mise dans une telle colère, refusant de leur adresser la parole pendant plusieurs semaines, qu’ils avaient jugés préférable de ne plus aborder le sujet.
Ils auraient dû savoir qu’elle refuserait d’entendre raison, que jamais elle ne se résoudrait à ne plus pouvoir rire de ses blagues, plonger son regard dans le sien, se sentir bien juste parce qu’il se trouvait dans la même pièce qu’elle. Elle avait longtemps été celle qui refusait de croire en la magie de l’existence, préférant s’en tenir au fait, et c’était lui qui avait cru pour deux. Lui qui s’était accroché à leur histoire, lui qui jour après jour, patiemment, avait construit les bases de leur histoire envers et contre tous, y compris elle. Il avait gardé l’espoir, et sa persévérance avait fini par payée. Elle s’était peu à peu ouverte à lui, et s’était mise à croire qu’elle pouvait être heureuse après tout. Grâce à lui. Alors maintenant, c’était elle qui croirait pour eux deux. Elle qui ne baisserait pas les bras. Elle qui serait son roc. Et elle le savait, un jour il entendrait son appel et lui reviendrait. Peu importe le temps qu’il mettrait à retrouver son chemin, lorsqu’il reviendrait, elle serait là à l’attendre, comme il l’avait fait pour elle.
Alors nuit après nuit, elle s’asseyait près de lui, et lui parlait de tout et de rien. Juste pour qu’il sache qu’elle était là, qu’elle ne l’abandonnait pas, qu’elle avait confiance en lui et que la force de leur amour finirait par faire son œuvre et lui permettrait de vaincre les ténèbres pour rejoindre la lumière, la rejoindre, elle. Ce soir ne dérogeait pas à la règle. Bien caler contre lui, elle lui contait les aventures de Nikki Heat, cette femme flic obligée de supporter son acolyte journaliste.
« Vous savez que vous êtes trop mignonne lorsque vous êtes en colère mais pas lorsque c’est contre moi ! »
La conteuse se mit à rire, se remémorant parfaitement ce moment.
« Tu étais en perdition d’imagination ? Sérieusement tu aurais pu changer quelques mots ! » Se moqua-t-elle en roulant des yeux.
Se tournant vers son homme avec un sourire sur les lèvres, elle l’observa attentivement, à la recherche d’un signe lui indiquant qu’il l’écoutait, mais rien. Il avait les yeux clos et paraissait paisible, comme s’il dormait. Mais il ne dormait pas, car même dans le sommeil, son visage restait expressif, ce qui n’était plus le cas depuis longtemps. Depuis dix-huit ans, il n’avait plus aucune réaction, aucune mimique provocatrice n’envahissait sa face. Inexorablement il conservait un visage neutre, celui-là même qu’elle observait depuis dix-huit ans espérant qu’un jour, il ouvre les yeux et plonge ses iris océan dans les siennes. Mais encore une fois rien ne se produisit.
Une larme solitaire coula sur sa joue, qu’elle essuya dans un soupir. Pleurer ne servirait à rien. Elle l’avait déjà bien trop fait au début, lorsque l’absence de lui devenait si douloureuse qu’elle en souffrait physiquement. Elle avait pleuré des jours durant, priant pour qu’il lui revienne, qu’il la prenne dans ses bras et lui dise que tout cela n’était qu’un cauchemar, mais il était resté silencieux. Et puis elle s’était reprise en main. Il n’était pas mort. Elle devait s’accrocher à cet espoir. Il lui avait promis qu’il serait toujours là pour elle, et elle savait qu’il tiendrait sa promesse. Alors elle l’avait veillé, l’entourant de son amour, et prenant l’habitude de s’endormir près de lui, là où était sa place. Alors chaque nuit, elle s’allongeait contre lui, et lui parlait doucement, de ce qu’était devenue sa vie sans lui. Et les battements de son cœur sous son oreille la rassurait, et lui soufflait qu’un jour, peut-être… En soupirant, elle se calla de nouveau contre ce corps inerte lorsqu’une voix se fit entendre, la faisant se redresser légèrement.
« Maman, tu es encore là ? » s’enquit un jeune homme en pénétrant dans cette pièce qu’il connaissait par cœur à force de l’y avoir accompagné bien souvent.
La femme se redressa et sourit à son fils, de ce sourire qu’elle ne réservait en général qu’a un seul homme, celui qui lui avait fait ce si beau cadeau sans même le savoir. Celui qui lui avait rendu la vie et à qui elle consacrait à présent la sienne, même si depuis dix-huit ans, il partageait son cœur avec leur fils.
« Oh Sunshine que fais-tu là à une heure si tardive ? » s’enquit-elle en couvant son fils d’un regard tendrement aimant.
Le jeune homme s’avança vers sa mère qui s’était levée et la serra fort dans ses bras, l’embrassant tendrement.
« Je savais que je te trouverais encore ici auprès de papa ! » murmura-t-il en jetant un regard attristé vers cet homme qu’il n’avait jamais eu la chance de connaître.
La belle brune sourit à son enfant et posa une main sur sa joue, consciente de ce qui lui traversait l’esprit. Malgré tout l’amour qu’elle lui avait donné, elle n’avait jamais pu compenser l’absence de son père. Pas alors que cela signifiait faire entrer un homme dans sa vie, dans leurs vies. Un homme qui ne serait pas lui, et cela était inconcevable à ses yeux. Elle avait compris depuis longtemps qu’elle ne pouvait être heureuse qu’à ses côtés, et elle n’allait pas trahir leur amour en renonçant.
« Tu sais que j’en ai besoin et ton père a besoin de moi pour aller mieux » Souffla la mère en regardant l’homme allongé sur son lit d’hôpital.
Une lueur de souffrance traversa les yeux émeraude du jeune homme. Depuis sa naissance il avait vu sa mère espérée chaque jour que son père se réveillerait, qu’enfin ils seraient réunis, mais cela n’était jamais arrivé et après dix-huit longues années que pouvait-il espéré ? Lui n’avait jamais connu son père étant né après le drame mais depuis ses premiers jours, sa mère n’avait cessé de parler de lui, contant a son fils les pitreries de son père, ses déductions loufoques mais qui amenaient à la vérité quelques fois. Leur amour inconditionnel qui avait mûri au fils des années. La persévérance de cet homme qui avait abattu toutes les barrières de cette femme qu’il aimait plus que sa propre vie. Cet homme qui avait redonné goût à la vie à cette femme qui avait perdu tout espoir.
Dix-huit longues années à l’attendre sans jamais perdre espoir, dix-huit années à élever un enfant seule du moins sans père car elle avait le soutient quotidien de son père à elle mais aussi de la mère et de la fille de l’amour de sa vie. Il adorait sa grand-mère, son grand père et sa sœur, mais il les enviait d’avoir si bien connu celui qui lui manquait si cruellement. Lui n’avait pas grandi sans père parce que celui-ci avait fui ses responsabilités et l’avait consciemment abandonné comme son grand-père paternel l’avait fait. Non, lui avait grandi sans père parce qu’un homme, non un monstre avait décidé de jouer avec leurs vies. Il avait grandi sans père parce que celui-ci était dans un coma profond et qu’il ne pouvait pas remplir le rôle dans lequel il excellait plus encore que dans nul autre. Celui de père, parce qu’il savait qu’il aurait eu le meilleur des papas avec lui. Sa mère le lui avait suffisamment dit et répéter durant ces dix-huit dernières années.
Oui dix-huit années que le jeune homme observait sa mère, la personne qu’il aimait le plus au monde garder espoir mais être si triste, si malheureuse, cachant aux yeux de tous, sa détresse mais lui savait. Combien de fois l’avait-il entendu dans son enfance, et même encore maintenant, pleurer son amour perdu dans son lit lorsqu’elle le croyait endormi ? Combien de fois avait-il vu son regard se brouiller lorsqu’ils croisaient une famille dans le parc, et qu’elle tournait la tête comme si elle espérait le voir à ses côtés, pour ne découvrir que du vide ? Et enfant, alors qu’elle lui parlait de cet homme merveilleux qui avait su se faire aimer d’elle, il s’était promis de trouver un moyen, n’importe lequel de le lui ramener. Il ne voulait rien de plus que de la voir heureuse, et il savait qu’elle ne pourrait pas l’être sans lui à ses côtés.
« Maman, j’ai enfin trouvé ! » s’exclama-t-il avec excitation, son regard pétillant d’enthousiasme.
La femme le regarda interloquée par son exclamation, et son cœur se serra comme bien souvent en posant les yeux sur son fils, leur fils. Il lui ressemblait tellement que l’élevé avait à la fois été un enchantement et un déchirement permanent. Comment oublier l’amour de sa vie lorsque sa copie conforme dormait paisiblement dans la chambre d’à côté ? Lorsque c’était son sourire qui l’accueillait chaque matin ? C’était impossible, et d’ailleurs elle n’avait même pas essayé.
« J’ai trouvé comment te le ramener maman ! Tous mes calculs sont effectués, je suis sûr de moi cette fois. Il va y avoir une tempête solaire qui ouvrira une brèche pour revenir dans le passé et sauver papa. » Reprit le jeune homme se laissant emporter par ses explications, faisant un peu plus sourire sa mère.
La mère regardait son fils, interdite, puis après un long silence, elle éclata de rire. Depuis toutes ces années, seul son fils avait le pouvoir de la faire rire ainsi. Mais elle ne pouvait s’en empêcher. Il lui ressemblait tant. Pas seulement physiquement, mais aussi dans sa façon d’appréhender le monde. Elle y avait veillé, et elle était heureuse de constater qu’elle avait réussi. Tout ce qu’elle avait aimé chez son compagnon, elle le retrouvait chez leur fils.
« Tu n’as rien à envié à ton père ! Tu es aussi rêveur que lui et ton imagination n’a pas d’égal » constata-t-elle en repoussant délicatement cette mèche rebelle qui recouvrait les grands yeux étincelants de son fils, si semblable aux siens.
Le jeune homme regardait sa maman avec adoration. Il avait bien conscience qu’elle ne le prenait pas au sérieux, de la même façon qu’elle n’écoutait que d’une oreille les élucubrations de son père, mais ça lui était égal. Il était sûr de réussir, et il allait changer leur vie. Il savait qu’il prenait un gros risque en remaniant le passé, mais sa mère était bien trop triste pour qu’il ne fasse rien. Il savait exactement quel évènement il devait changer pour que son père n’ait pas cet accident qui n’en était pas vraiment un.
« Je suis sérieux maman. Je suis sûr de moi, je te le ramènerais ! » Insista-t-il avec un grand sourire lumineux et assuré.
«Bien sûr, tu vas y accéder grâce à un double arc en ciel ! » lui dit-elle dans un sourire moqueur en caressant la joue de son rejeton.
« Mamaaaaaaan, tu n’as pas assez la foi ! N’est-ce pas toi qui disais lorsque j’étais enfant que les licornes existaient et que les lutins attendaient aux pieds des arcs en ciel veillant leur trésor ? » Soupira-t-il en adoptant une petite moue boudeuse qui la fit se mordre la lèvre inférieure pour retenir un autre sourire.
« Ah mon chéri, je ne te rapportais que les mots de ton père ! » lui expliqua-t-elle en laissant échapper un léger rire devant l’expression enfantine de son fils qui lui rappelait plus que jamais son père.
Le jeune homme croisa les bras d’un air boudeur, lui lançant un regard de chien battu, cherchant clairement à la faire craquer, et comme pour son père avant lui, c’est exactement ce qu’elle finit par faire, incapable de rester de marbre lorsqu’il arborait cette expression si particulière.
« D’accord ! D’accord ! » Capitula-t-elle en levant les yeux au ciel « Dis-moi quand compte tu partir à l’aventure vers le passé ? » S’enquit-elle d’un ton moqueur.
« Ce soir maman ! Ce soir est le meilleur moment ! Dans quelques minutes, la tempête aura lieu et la faille s’ouvrira, me permettant de changer le passé ! » Lui révéla-t-il avec exaltation.
« Tu es bien comme ton père à croire à l’impossible ! » souffla-t-elle après un court silence.
« Evidemment ! Ne m’as-tu pas dis que papa disait qu’il suffisait de croire en ses rêves pour que tout devienne possible ? » Approuva-t-il en la regardant d’un air candide, comme s’il ne doutait pas que ce soit la vérité absolue.
Elle sourit de nouveau sans répondre, se blottissant contre son fils qui la serra dans ses bras.
« Ne joue pas au héros comme ton père ! » murmura-t-elle si bas qu’il l’entendit à peine, mais l’humidité soudaine de sa chemise ne le trompa pas, et il resserra son étreinte autour de la taille de sa mère.
« Juste pour toi maman… car je suis ton chevalier et que papa est ton prince. » souffla-t-il en posant doucement sa tête sur le sommet de celle de sa mère.
« Fait attention à toi mon Lancelot ! Va terrasser les dragons et reviens moi vite. » Rigola-t-elle, chassant les quelques larmes qui perlaient encore aux coins de ses yeux.
« Oui maman je te le promets et je te ramènerais ton Arthur ! » lui assura-t-il en souriant grandement avec confiance.
Kate regarda tendrement son fils, comme seule une mère pouvait le faire, avec un mélange d’amour et d’amusement. Elle le serra contre elle de nouveau avant de l’embrasser, et une fois qu’il eut quitté la chambre, elle soupirait doucement et retournait se blottir contre le corps chaud de Rick, sans remarquer que son fils se tenait dans l’encadrement de la porte, les fixant avec un mélange de tristesse et de détermination. Son regard passait du visage serein de sa mère, à celui de son père, et un sourire étirait ses lèvres.
« A tout de suite papa ! » souffla-t-il avant de tourner les talons.
Un léger courant d’air fit relever la tête à Kate et son regard se posa à l’endroit précis où se tenait son fils quelques minutes plus tôt, mais l’endroit était vide. Secouant doucement la tête, elle attrapa son livre et reprit la lecture des aventures de son alter ego de papier.
***
C’était l’effervescence au douzième à croire que tous les criminels de la ville avaient décidés de sévir en même temps. Kate Beckett donnait ses directives au gars sur une enquête en cours tandis que Richard Castle lui leur préparait comme toujours un café. Dans son empressement à rejoindre sa muse, il heurta un jeune homme en sortant de la salle, renversant son café sur sa chemise blanche, ce qui lui donna une étrange impression de déjà-vu, sauf que sa muse se trouvait à la place de ce jeune homme.
« Oh mon dieu excusez-moi, je suis désolé ! Je ne vous avais pas vu ! » Se confondit-il en excuse l’écrivain, tandis qu’il essayait d’effacer les traces de sa bêtise, se maudissant de sa maladresse.
Devant le silence de son interlocuteur, il leva la tête pour voir à quoi il ressemblait. Il se figea un instant devant les yeux verts de ce jeune garçon qu’il avait en face de lui. Les mêmes yeux que sa partenaire.
« Est-ce que ça va mon garçon ? » lui demanda-t-il en reprenant ses esprits, interloqué par son mutisme et son air ébahi.
« Mieux que jamais papa ! » lui répondit l’intéressé en sortant de sa torpeur admirative, un sourire éblouissant sur les lèvres.
Chapitre 1 :
Il avait du mal entendre. Ce jeune homme n’avait pas pu l’appeler papa. Il y avait erreur sur la personne. Du moins l’espérait-il. Rien que l’idée qu’il puisse y avoir quelque part un enfant de lui dont il ignorait l’existence lui brisait le cœur. Il reconnaissait volontiers qu’il avait beaucoup de défauts, et il était sûr que Beckett se ferait un plaisir de lui en dresser une liste non exhaustive, mais s’il y avait bien une chose que personne ne pouvait lui reprocher, c’était de fuir ses responsabilités. Surtout dans ce domaine particulier. Il avait lui-même connu les affres sans nom de la souffrance qu’engendrait le fait de grandir sans père, il refusait de le faire endurer à un autre enfant. Alors non, ce jeune homme devait le prendre pour quelqu’un d’autre, ou bien sa mère lui avait donné son nom en espérant qu’il en resterait là. A moins qu’il ne soit le fils d’une de ses conquêtes de jeunesse, mais il en doutait. Il s’était toujours protégé. Excepté avec Meredith, mais cet oubli malheureux avait donné naissance au plus grand bonheur de sa vie.
« Tu m’as tellement manqué papa ! Grandir sans toi a été si difficile ! » Murmura l’adolescent en resserrant son étreinte.
Un sanglot dans la voix de l’adolescent ému Castle sans qu’il puisse se l’expliquer. Il se sentait lier à ce garçon, c’était une sensation si étrange. Les bras en l’air, il ne savait pas quoi faire. Il ne voulait pas blesser ce jeune homme, mais d’un autre côté, il ne pouvait pas le laisser se complaire dans ce monde d’illusion qu’il s’était créé. II allait bien falloir que ce garçon se fasse à l’idée qu’il n’était pas son père et ne le serait jamais. Même s’il devait reconnaître qu’il y avait une ressemblance troublante entre eux deux et qu’il n’avait finalement pas vraiment de réticence au fait qu’il soit bien son fils. Mais les similitudes physiques, ne pouvaient être qu’une coïncidence. Il fallait que ce ne soit que ça. D’autant que ce garçon devait avoir approximativement l’âge d’Alexis. Hors le calcul était vite fait. Meredith était la seule femme qu’il avait fréquentée à l’époque. Et aux dernières nouvelles, Alexis n’avait pas de frère jumeau. Donc quoi que ce garçon croyait savoir à propos de son père, ce n’était qu’une vaste fumisterie.
Et c’était à lui de faire entendre raison à ce brave petit qui n’avait rien demander à personne. Qui que soit sa mère, il aurait deux mots à lui dire sur les conséquences d’un tel mensonge. Car il savait si bien ce qu’un garçon de cet âge pouvait ressentir en l’absence d’un père et si à l’époque, sa mère l’avait informé de l’identité de son père, il serait allé à lui, et s’il avait dû être confronté à une méprise, il aurait eu du mal à l’encaisser, alors, il serait prudent avec ce jeune garçon, ne comprenant que trop ce manque dont il souffrait. Lentement, pour ne pas brusquer le jeune homme qui paraissait bouleversé, il posa ses mains sur ses épaules, et doucement mais fermement, l’écarta de lui. Alors que son regard se posait sur son vis-à-vis, il fut de nouveau troublé par la forte ressemblance qu’il existait entre eux deux. Mais pas seulement, le plus troublant était la ressemblance de ce jeune homme avec sa muse.
Depuis qu’il s’en savait amoureux, il avait souvent imaginé ce à quoi pourrait ressembler leur fils. Et il devait admettre que ce jeune homme correspondait parfaitement à l’image mentale qu’il s’en était fait. Brun, les yeux du même vert éclatant que celui de sa muse adoré, et ce petit sourire en coin qui le faisait tant craqué. Mais c’était impossible. Ce jeune garçon était bien réel. Il n’était pas l’incarnation de son fantasme. Si un tel prodige était possible, les gens auraient du souci à se faire ! Secouant la tête pour se concentrer à nouveau sur le problème qui se posait à lui, il reporta son attention sur l’adolescent qui le fixait avec émerveillement.
« Ecoutes fils, je ne suis pas… » Commença-t-il en prenant une profonde inspiration.
« Je n’arrive pas à croire que ça ait vraiment marché ! Je l’espérais, mais la part sceptique en moi doutait. Mais tu es bien là papa, tu es si beau et quelle classe ! Maman m’a toujours dit que tu étais un métro sexuel, et je constate qu’elle n’avait pas exagérée ! Tu es si soigné ! » S’enthousiasma l’adolescent dont le sourire s’élargit un peu plus, ses yeux brillant d’admiration pour l’homme en face de lui.
Alors qu’il s’apprêtait à détromper ce jeune homme, brisant ses espérances, et probablement son cœur dans le processus, des bruits de pas qu’il reconnaîtrait entre mille lui firent tourner les yeux. Génial. Comme si sa relation avec Kate n’était pas suffisamment compliquée. Voilà que l’arrivée de ce jeune garçon risquait de compromettre leur relation déjà fragile, réduisant tous ses efforts à néant pour convaincre Kate qu’il n’était pas ce playboy dont la presse dressait le portrait. Il s’apprêtait à ouvrir la bouche pour plaider sa cause, mais le jeune garçon lui grilla la priorité.
« Mon Dieu maman, tu es encore plus belle que ce que j’avais imaginé ! Papa ne pouvait que tomber sous le charme, comment te résister ! » S’exclama-t-il avec émerveillement et admiration, ses yeux redoublant d’amour pour Kate.
Figé, Rick observait la scène qui se déroulait sous ses yeux. La situation était déjà étrange, mais là, ça devenait totalement surréaliste. Non seulement ce garçon le prenait pour son père, mais dans son délire, il voyait en Kate sa mère. Non pas que l’idée lui déplaise, bien au contraire, mais tout de même. Et puis, quitte à avoir un enfant avec Kate, il aimerait autant passer par l’étape conception avant d’en arriver au stade parenté, c’était quand même la partie la plus agréable, et celle qu’il attendait avec une impatience grandissante. Même si cela signifiait qu’il devait pratiquer avec assiduité pour concevoir un jeune garçon aussi magnifique que celui qui se présentait devant eux, cela ne lui posait pas de problème. Bien au contraire, l’idée était même particulièrement séduisante. Kate et lui, faisant des folies de leurs corps. Que demander de plus ?
Avec amusement, il observa Kate se retourner, comme si elle espérait découvrir la présence d’une autre personne derrière elle. Mais bien évidemment, ils étaient seuls dans la salle de repos. Avec un froncement de sourcils, elle leur fit de nouveau face, son regard perçant passant de l’un à l’autre. Elle ne goûtait visiblement pas à l’humour de la situation, et son expression ne présageait rien de bon. Fronçant les sourcils, elle les toisa sévèrement, les faisant déglutirent simultanément.
« Hilarant Castle ! Je dois vous reconnaître une certaine originalité, mais vous auriez pu nous choisir un fils imaginaire un peu plus jeune, ça aurait été plus crédible, même si je dois reconnaître que la ressemblance est frappante ! » Souffla-t-elle en roulant des yeux.
« Mais je n’y suis pour rien ! Je pensais que c’était peut-être vous qui me jouiez ce tour pour vous venger de ma dernière blague ! » Protesta-t-il farouchement.
« Allons Castle, nous savons tous les deux que ce genre de blague débile est votre spécialité, pas la mienne ! » lui rappela-t-elle en laissant son regard détaillé ce jeune homme qui fixait leur échange avec fascination
Arquant un sourcil, elle constata que l’adolescent la fixait comme si elle était la réincarnation vivante d’une déesse de l’antiquité, avec un mélange d’adoration et de tendresse, ce qui la troublait outre mesure. Il y avait un petit quelque chose chez ce jeune homme qui lui semblait familier sans qu’elle puisse mettre le doigt sur ce dont il s’agissait.
« Oui mais là j’ai rien fait ! » bouda-t-il en croisant les bras sur sa poitrine et en lançant son regard de chien battu à sa partenaire.
Roulant des yeux, elle se détourna pour dissimuler le sourire qui menaçait de naître sur ses lèvres aux facéties de son incorrigible partenaire. A nouveau, son regard se porta sur leur jeune visiteur, et elle frémit en croisant son regard. Il avait les mêmes yeux qu’elle, et elle en était quelque peu perturbée. Sans qu’elle ne sache rien de lui, elle se sentait attirée par ce dernier, comme si un lien invisible la liait à cet inconnu. Mais c’était stupide. Elle était simplement fatiguée.
« Les plaisanteries les plus courtes étant les meilleurs, demandez à votre frère de rentrer chez lui, nous avons encore du travail ! Enfin j’ai encore du travail car moi j’ai un vrai métier ! » Railla-t-elle en s’approchant de la raison première de sa venue dans ces lieux.
Lassée d’attendre un café qui ne venait pas, elle avait décidée de venir au ravitaillement toute seule, et elle n’allait pas laisser Castle et ses bouffonneries la distraire. Elle n’avait qu’une envie, finir de taper son rapport pour pouvoir rentrer chez elle et se détendre enfin dans un bon bain bien chaud avec un bon livre de son écrivain favoris accompagné d’un verre de vin.
« En tout cas Martha doit être enchantée d’avoir un fils qui a hérité de ses talents d’actrices ! » poursuivit-elle en attendant patiemment que sa tasse se remplisse du précieux breuvage avant d’ajouter « mais vous auriez pu m’apprendre son existence d’une autre façon ! »
Elle lui adressa un regard de reproche, avant de se saisir de sa tasse qu’elle porta immédiatement à ses lèvres, indifférente à la brûlure du liquide. Elle aimait ça, lorsque le nectar brûlant se répandait en elle en vague incandescente, comme ce que son partenaire parvenait parfois à lui faire ressentir par sa seule présence. C’était une chaleur bienfaisante et régénératrice dont elle était devenue dépendante, et dont elle n’imaginait même plus se passer. Même si elle ne l’admettrait probablement jamais à son impossible partenaire. Elle esquissa un sourire, assez proche de la grimace, en imaginant sa réaction si elle laissait échapper une telle information. Fermant les yeux, elle but une nouvelle gorgée, savourant la douce amertume du breuvage. Avec un soupir de satisfaction, elle se tourna vers son partenaire et son ami, pour constater qu’ils l’observaient tous deux, la même expression tendrement admirative sur le visage. Et cette simultanéité dans leur comportement la renforça dans son impression qu’un lien de parenté existait entre ces deux hommes, quoi qu’en dise son partenaire.
Elle avait déjà constaté cela lorsqu’elle était arrivée et les avait interpellés. Ils paraissaient tellement proches, se ressemblaient tant, qu’ils ne pouvaient qu’être frères, il ne pouvait en être autrement, à moins que…. Elle se raidit à la pensée qui venait de s’emparer d’elle. Après tout, ce jeune homme avait bien appelé Castle papa. Et au vu de sa réputation, il ne serait pas surprenant d’apprendre qu’il avait un enfant illégitime. En fait, elle était même surprise qu’une telle nouvelle n’ait pas éclaté plus tôt. Elle savait que Castle avait beaucoup changé, et qu’il n’était plus l’homme qu’il avait été, mais son passé n’en demeurait pas moins une réalité, et il se pouvait tout à fait que cet adolescent soit le frère aîné d’Alexis. Et s’il s’avérait que c’était effectivement le cas, elle savait d’ors et déjà que Castle ne se pardonnerait jamais d’avoir fait vivre à son fils, ce que lui-même avait vécu durant toute sa vie. Elle fronça les sourcils à cette pensée, et se promit d’être présente pour lui, lui apportant tout le soutien dont il aurait besoin.
« Désolé de briser votre parfaite petite théorie lieutenant, mais je suis fils unique ! Par contre, ce jeune homme pourrait parfaitement être votre frère, vous ne pouvez nier qu’il a vos yeux ! » Rétorqua Castle en lui adressant un regard suspicieux, un sourire entendu sur la face.
« Décidément, vous ne savez pas vous arrêter ! » soupira-t-elle avec lassitude, tirée de ses pensées par cette nouvelle théorie foireuse de son écrivain.
« Ne vous disputez pas pour savoir à qui je ressemble. Maman, tu dis toujours que je suis un parfait mélange de vous deux, ce qui est logique puisque je suis votre fils ! » Les stoppa l’adolescent en leur souriant joyeusement, amusé par l’échange vif auquel il venait d’assisté.
« Ecoutes fils, tu te rends compte que ce que tu dis est impossible ? » déclara fermement Rick après s’être remis du choque initial.
Il échangea un regard inquiet avec Kate qui semblait réaliser que son partenaire n’avait peut-être rien à voir avec l’apparition de ce jeune garçon. Et soudain ce qui apparaissait comme une blague un peu lourde de prime abord, se révélait soudain bien moins amusante. Parce que dieu seul savait jusqu’où cet adolescent était capable d’aller dans son délire. Etait-il dangereux, était-il un fan assidu de Nikki et Rook, s’imaginant être leur fils ? Elle ne savait rien de lui après tout, et il n’avait peut-être aucun lien de parenté avec son partenaire après tout. Elle ne devait pas laisser cette étrange ressemblance faussée son jugement et lui faire négliger certaines pistes au profit d’autres qui ne se révèleraient n’être que des culs-de-sac.
« Assieds-toi mon grand, tu as besoin de te calmer et de te détendre » continua Rick en guidant le jeune homme vers la table pour le faire asseoir.
Beckett les suivit de prêt, se tenant prête à parer toute agression sur son écrivain, même si au fond d’elle, elle ne ressentait aucune menace imminente en sa présence.
« Si tu savais depuis combien de temps j’attends que tu m’appelles fils, que tu t’occupes de moi ! » souffla le jeune garçon, le regard embué de larmes d’émotion.
Maladroitement, Rick lui tapota l’épaule, ne sachant pas vraiment quoi dire dans de telles circonstances. Et puis il avait l’air suffisamment agité comme ça, il ne voulait pas courir le risque de déclencher une catastrophe en le rabrouant un peu trop rudement. Sans détacher son regard du garçon, il se recula pour venir se poster près de sa muse.
« Vous pensez que nous devrions le menotter par précaution ? » murmura-t-il en se penchant vers elle pour qu’elle seule l’entende.
Songeuse Kate fixa le visage du jeune garçon, et voir ses joues baignées de larmes la bouleversa, et elle eut l’envie irrépressible d’aller le prendre dans ses bras pour le consoler. Que lui arrivait-il ? Pourquoi cet inconnu éveillait-il un tel sentiment protecteur en elle ? Une chose était sûre, elle n’arrivait pas à percevoir sa présence comme une menace et sentait confusément qu’il ne mettrait pas leurs vies en danger. Elle ignorait d’où lui venait cette intuition, mais elle savait qu’elle pouvait le laisser libre de ses mouvements.
« Il n’a pas l’air dangereux pour moi, juste un peu perdu » décida-t-elle en tournant son visage vers celui de son partenaire.
« Je suis d’accord. Il a peut-être eu un accident qui a perturbé sa mémoire ? » Proposa-t-il en portant un regard soucieux vers l’adolescent.
« Alors ça a dû être un sacré choc pour qu’ils s’imaginent que nous pourrions être ses parents ! » ironisa Kate en grimaçant.
« Là je suis d’accord ! Comme si une telle chose avait la moindre chance de se produire ! » Railla Rick avec un petit rire moqueur.
Piqué au vif par ce dégoût visible que semblait avoir sa muse à l’idée d’enfanté sa progéniture, il avait répondu du tac au tac, comme pour dissimulé cette énième blessure qu’elle venait de lui infligée. Étais-ce si rebutant que cela d’envisager avoir avec lui une relation amoureuse qui aboutirait au bonheur ultime d’une descendance commune ? Voilà au moins qui le remettait à sa place se dit-il. Il la regarda du coin de l’œil et constata qu’elle semblait vexée à son tour, et s’en voulu immédiatement de lui avoir laissé entendre qu’il était contre une idée qui le réjouissait hautement. Pourquoi avait-il tant de mal à s’exprimer clairement devant elle, lui qui maniait les mots comme personne ? Décidément, sa muse avait un drôle d’effet sur lui, et il trouvait cela terriblement agaçant. En soupirant, il attendit la réplique cinglante de sa partenaire.
Blessée, par la réponse de son partenaire, Beckett se crispa et se concentra sur sa tasse pour ne pas dire sa façon de penser à l’écrivain. Qu’avait-il voulu dire par là ? Que la seule chose qu’il attendait d’elle, c’était une relation sans lendemain, mais qu’il n’envisageait rien sur le long terme ? Pourquoi était-elle surprise ? Elle savait qu’après deux cuisants échecs, il était sûrement devenu réfractaire à une relation durable, et elle n’était pas assez présomptueuse pour s’imaginer être celle qui parviendrait à le réconcilier avec le mariage. Surtout pas après toutes les fins de non-recevoir qu’elle lui avait opposées.
« Dites tout de suite que l’idée d’avoir un enfant avec moi est déplaisante ! » marmonna-t-elle en lui lançant son plus beau regard noir.
« Bien au contraire, je trouve l’idée réjouissante… » Répliqua Castle en lui adressant un regard éloquent qui lui fit se mordre la lèvre inférieure, finalement elle ne semblait pas si dégoûtée par l’éventualité d’un bébé bien à eux. Satisfait de son petit effet, il ajouta « mais avant d’en arriver à un grand gaillard d’une vingtaine d’année, j’aimerais autant bénéficier d’un long entraînement ! »
Kate se détourna précipitamment afin qu’il ne voit pas le trouble que ses paroles avaient fait naître en elle. Juste ciel, s’il continuait comme ça, elle allait lui sauter dessus pour lui arracher tous ses vêtements et le violer avec sauvagerie. Pourquoi fallait-il toujours qu’il parvienne ainsi à la déstabilisée, à traverser ses barrières intimes, qu’importe l’énergie avec laquelle elle tentait de l’en empêcher ? Et plus le temps passait, moins elle avait envie de le repousser. Elle avait enfin admis qu’elle était amoureuse de son écrivain, et à partir de là, elle voyait les raisons de ne pas se laisser aller, fondre comme neige au soleil. Pourtant, elle résistait encore, plus par habitude que par véritable envie. Connaître le chemin, et arpenter le chemin était deux choses bien distinctes, et il ne lui restait plus qu’à trouver le courage qui lui faisait défaut pour parcourir la distance qui la séparait encore de ce bonheur qu’elle effleurait du bout des doigts sans parvenir à s’en saisir.
En soupirant, elle observa à nouveau l’adolescent qui leur faisait face, et son cœur se serra en avisant la tristesse qui s’était peinte sur son visage. Elle ressentait un sentiment puissant pour lui. Rien à voir avec ce qu’elle éprouvait pour Rick. Elle n’était pas tombée sous le charme de ce gamin, mais elle ressentait une infinie tendresse pour lui, une adoration qu’elle ne pouvait s’expliquer. Mais peu importe ce qu’elle ressentait. Elle ne devait pas s’attacher à lui. Pas tant qu’elle ignorerait qui il était et ce qu’il attendait d’eux. Après tout, Rick était un personnage public, et ce gamin, aussi inoffensif qu’il paraissait, en avait peut-être après son argent. Ou pire encore. Et rien que d’imaginer que ce gosse n’était là que pour faire diversion pendant que d’autres mettraient au point la mort de Rick la faisait grincer des dents et sortir les griffes. Pas question. Elle serait prête à tuer de ses propres mains quiconque oserait essayer de faire du mal à son amour.
De là, pas difficile d’imaginer pourquoi elle se retrouvait affubler du statut de maman. Il cherchait simplement à la distraire pour qu’elle baisse sa garde. Mais c’était mal la connaître. Bien décidée à tirer cette affaire au clair, elle termina son café, mettant au point sa stratégie d’investigation, et se débarrassa de sa tasse en la mettant dans les mains de Rick. Ensuite, elle s’avança vers l’adolescent qui était toujours prostré sur sa chaise, les yeux rivés au sol.
« Et si tu commençais par nous donner ton nom ? » lança-t-elle en tirant une des chaises, la plaçant face à lui.
« Je m’appelle Joan. Joan Allan Beckett Rodgers » répond-il en se redressant pour affronter son regard.
Loin d’être impressionné par l’expression froide et déterminée qu’elle arborait dès lors qu’elle entamait un interrogatoire, il en paraissait amusé. Une chose était certaine, il n’était pas effrayé par Kate, comme s’il savait qu’elle ne ferait rien qui pourrait le blesser. Il avait lu son bluff et ne l’achetait pas, au plus grand amusement de Rick qui ne pouvait s’empêcher d’admirer le cran de ce gosse qui ne tremblait pas devant le regard intransigeant de sa partenaire. Bien décidée à tirer les choses au clair, Kate ne se laissa pas déstabilisée, refoulant le trouble qui l’avait envahi à l’entente de ce prénom si semblable à celui de sa mère, et poursuivit son offensive.
« Allons Joan. Nous savons tous que ce n’est pas possible » lui signifia-t-elle en fronçant les sourcils.
« Mais je vous dis la vérité, je suis votre fils ! » s’exclama-t-il en arborant la même moue boudeuse que son partenaire lorsque sa muse le contrariait.
« Sans vouloir t’offenser, si j’avais eu un enfant, je m’en souviendrais tout de même ! » S’exclama-t-elle en fronçant les sourcils face à son entêtement.
Il savait pourtant que son histoire ne tenait pas la route, et pourtant il s’y accrochait avec l’énergie du désespoir. Elle devait reconnaître qu’il avait de la suite dans les idées, mais elle en avait mâté des plus coriaces que lui, et ce n’était pas parce qu’il lui inspirait une sympathie instinctive, qu’elle allait se laisser attendrir et baisser sa garde.
« En fait, je ne suis pas encore né. J’ai traversé une faille spatiotemporelle pour venir ici et sauver papa » expliqua Joan comme s’il avait annoncé qu’il allait se mettre à pleuvoir.
D’accord. Ce gosse avait définitivement un problème. Ses parents auraient vraiment du surveiller ce qu’il regardait à la télé, et les livres qu’il lisait ! Avait-il réellement dit qu’il venait du futur ? Comme si une telle chose était possible ailleurs que dans un roman de H.G.Wells ! Mais une chose ne lui avait pas échappée. Il venait de laisser entendre que la vie de Rick était en danger. Une colère sourde gronda en elle, et elle ferma les yeux pour ne pas perdre son sang-froid et agrippé le gamin par le col pour lui faire avouer qui l’envoyait.
« Qui t’envoie ? Le Dragon ? C’est lui qui t’a chargé de faire diversion ? Tu sais ce que tu risques pour complicité de meurtre ? » Déclara-t-elle d’un ton froid.
« Non maman, je ne travaillerais jamais pour cette pourriture, pas après ce qu’il a fait à grand-mère, et ce qu’il t’a fait ! Je suis venue parce que je t’ai promis de tout faire pour te rendre papa, et que je compte bien y parvenir ! » Se défendit-il, visiblement outré qu’elle puisse douter de sa bonne foi.
« Je ne suis pas ta mère ! » s’exclama Kate en se levant, agacée par cette comédie.
« Beckett, calmez-vous ! » tenta de l’apaiser Rick en la voyant se mettre à faire les cents pas.
« Oh mais je suis très calme. Et puisqu’il refuse de nous donner sa véritable identité, je vais faire venir un gars de la scientifique pour prélever quelques échantillons. En attendant, un uniforme va venir relever ses empreintes. Avec un peu de chance, il sera fiché en tant que délinquant juvénile » proféra-t-elle en se dirigeant vers son bureau.
Elle enrageait car elle se sentait impuissante face à la menace qui se profilait. Si le Dragon lui avait envoyé ce garçon c’était un avertissement, l’informant qu’il veillait et que l’amour de sa vie était dans sa ligne de mire. Mais elle ne se laisserait pas faire, et surtout, elle ne laisserait rien arriver à Rick.
« Beckett, on ne peut pas le garder ici. Il n’a rien fait de mal » l’arrêta son partenaire en posant une main sur son bras.
« Mais on ne peut pas le laisser quitter le commissariat au risque qu’il ne disparaisse dans la nature » le contra-t-elle en se libérant de son emprise.
« Je vais rester avec lui, peut-être qu’il finira par se confier à moi » soupira Rick en jetant un regard au jeune homme qui secouait la tête avec un petit sourire amusé, comme si la réaction de Kate ne l’étonnait pas.
Elle approuva d’un hochement de tête et regagna son bureau pour passer ses coups de téléphone. Une fois cette tâche accomplie, elle se sentit à nouveau maîtresse de la situation, et décidant de ne pas retourner interroger Joan, de peur de ce qu’elle pourrait faire s’il s’entêtait avec son histoire, elle préféra mettre un point final à son rapport. Après tout, elle n’allait pas laisser les élucubrations de cet adolescent la perturbée au point de la mettre en retard dans son travail. Une chose était sûre, ce gamin avait le don de l’exaspérée de la même façon que le faisait son partenaire, et à nouveau elle se demanda si celui-ci lui avait dit la vérité à propos de leur lien de parenté. Mais elle chassa cette idée bien vite. Rick n’avait pas feint l’étonnement en entendant le gosse l’appeler papa. Il n’y était pour rien, elle en était certaine. Mais le connaissant, il ne lâcherait pas Joan avant d’avoir découvert toute l’histoire.
Et cela l’inquiétait parce qu’elle savait que Rick était prêt à toute les folies pour satisfaire sa curiosité, et alors qu’elle reprenait l’écriture de son rapport, elle se demanda si c’était une bonne chose de les avoir laissés seuls tous les deux. Elle avait peur que Joan, si c’était là son véritable prénom, ne parvienne à le convaincre de la véracité de ses dires, et que lorsque sa confiance serait acquisse, il s’en prendrait à lui. Elle savait que le dragon serait prêt à tout pour lui faire du mal et la meilleure des façons pour y arriver passait par Rick. Elle avait perdu sa mère à cause de cet être immonde, elle n’accepterait pas de perdre l’homme qu’elle aimait. Fronçant les sourcils, elle jeta un regard inquiet vers la salle de pause où ils se trouvaient, et songea que temps qu’ils restaient à porter de vue, elle n’avait aucune raison de s’inquiéter. Comme s’il avait senti son regard, Rick releva la tête et croisa son regard.
Elle l’interrogea silencieusement, et d’un sourire rassurant, il lui fit comprendre que tout allait bien. Elle hocha la tête avant de la baisser pour se re-concentrer sur son dossier alors qu’il se tournait à nouveau vers Joan qui n’avait rien perdu de l’échange silencieux.
« C’est surprenant cette façon que vous avez de vous comprendre sans paroles. Maman m’en avait parlé, mais le voir de mes propres yeux, c’est autre chose, c’est vraiment impressionnant ! J’espère avoir la chance un jour de connaître un amour tel que le vôtre ! » S’enthousiasma-t-il avec un grand sourire.
Castle regarda le jeune homme sans dire un mot puis il lui sourit, amusé par l’attitude désinvolte du jeune homme. Il agissait vraiment comme s’il n’avait rien à se reprocher, comme s’il s’avait que tôt ou tard, ils allaient devoir se rendre à l’évidence. C ‘était assez troublant, parce qu’une part de lui ne demandait qu’à être convaincue, alors que l’autre, qui avait étrangement la voix de Beckett, lui criait que ce n’était pas possible, et qu’il ne devait pas se laisser amadouer par le visage d’ange de ce jeune garçon.
« Tu as conscience qu’elle ne te lâchera pas avant d’avoir découvert le fin mot de l’histoire ? » l’interrogea-t-il, amusé par l’attitude désinvolte du jeune garçon.
« Je sais. Maman est une cartésienne. Elle a eu beau m’avoir élever en me racontant qu’il fallait croire en l’impossible, pour elle, rien ne vaut les faits purs et durs ! » Rigola-t-il en portant un regard tendrement affectueux vers Kate.
L’écrivain observait ce gamin en face de lui et comprit à sa façon de regarder Kate que nul doute n’était permis sur le fait qu’il portait à la jeune détective un amour, une adoration sans borne. Etrangement le romancier ne ressentait aucune jalousie envers Joan, il ressentait une fierté sans pouvoir s’en expliquer la raison.
« Tu ne devrais pas t’entêter avec cette histoire, tu ne feras que la mettre plus en colère encore ! » soupira Rick, désolé pour ce qui attendait ce gamin.
« Elle peut me faire subir toutes les analyses qu’elle veut, elle finira par se rendre à l’évidence. Mais et toi ? Tu crois en mon histoire ? » Soupira Joan avant de tourner un regard curieux vers son père.
« Oh moi tu sais je suis un grand fan de science-fiction ! D’ailleurs est-ce que tes amis extraterrestres ont garés leur vaisseau dans les parages ? » S’amusa Rick, le regard pétillant de malice.
« Maman m’avait averti que tu avais un sacré sens de l’humour, mais elle était loin de la vérité ! » rigola Joan.
« Beckett n’aurait pas été aussi timorée dans ses propos ! » Le contra Rick en imaginant parfaitement les propos de sa partenaire.
« Eh bien, elle ne l’a pas vraiment dit comme ça en fait… » Reconnut Joan avec une petite grimace contrite.
« Elle le cache bien, mais elle est folle de moi ! » Fanfaronna Rick en laissant son regard su perdre vers le bureau de sa muse.
Joan qui ne l’avait pas quitté des yeux constata que malgré son affirmation, il y avait de la tristesse et une bonne dose de doute en lui. Et il sentit son cœur se serrer devant la souffrance de son père. Sa mère lui avait souvent parlé de la façon dont les choses s’étaient passées entre eux, et elle lui avait confié qu’elle avait amèrement regrettée d’avoir tant tardé à s’ouvrir à lui. Elle avait gaspillé le temps qu’ils avaient eu ensemble, pensant qu’ils en avaient à ne plus savoir qu’en faire. Puis l’accident était arrivé, et tout avait basculé, plongeant sa mère dans une détresse sans nom. Elle lui avait avoué que s’il n’avait pas été là, sans la preuve vivante de leur amour, elle n’aurait pas tenue. Elle serait sûrement tombée dans un gouffre sans fin y perdant son âme et certainement sa vie. Il se souvenait encore de ce regard hanté qu’elle avait eu en se confiant à lui lorsqu’il avait été suffisamment grand pour comprendre ce qu’elle voulait dire, et chaque fibre de son être s’était rebellé contre l’injustice du destin de ses parents.
Et c’était ce soir-là qu’il s’était fait la promesse, en consolant sa mère qui pleurait silencieusement dans ses bras de tout faire pour changer le passé. Et depuis, son existence entière avait tournée autour de ce but ultime, et voilà pourquoi il était ici aujourd’hui, pour empêcher que l’accident ne se produise. Il allait offrir à ses parents la vie qu’ils méritaient. Leur permettre d’être heureux et de fonder une famille. Il en rêvait depuis toujours, et surtout il voulait voir sa mère heureuse chose qu’il n’avait jamais vu même s’ils avaient eu des moments de bonheur, ils étaient toujours entachés par l’absence de son père. Combien de fois avait-il vu sa mère rire, et tourner la tête cherchant son père du regard pour partager son bonheur avec lui avant de se souvenir qu’il n’était pas là. Et alors, son merveilleux sourire disparaissait, et son visage s’assombrissait, et il savait qu’elle se sentait coupable d’être en vie alors qu’il était inconscient. Elle s’était toujours reproché ce qui était arrivé, et il voulait plus que tout la débarrassée du poids des remords.
« Elle t’aime tu sais… et elle t’ait reconnaissante de lui laisser le temps de guérir ses blessures. » déclara-t-il en souriant doucement à son père.
« Je sais qu’elle m’aime, mais parfois je me dis que ce n’est pas suffisant et que j’ai tort de m’accrocher comme je le fais. Je doute tellement parfois. Etre avec elle me remplit d’un bonheur sans nom, mais paradoxalement, je n’ai jamais été aussi malheureux, car chaque jour est une épreuve.» soupira Rick en se passant une main sur la nuque.
Il était surpris de se confier ainsi. D’habitude, seules Alexis ou sa mère réussissaient à le faire parler de ses sentiments pour sa muse, mais il se sentait en confiance avec Joan. Parler avec lui avait quelque chose de naturel, comme si son inconscient reconnaissait ce lien qui l’unissait à lui au-delà de la raison pure. Il se sentait bien en sa compagnie, sentant instinctivement qu’il pouvait lui faire confiance. Et puis sa façon de parler de Kate, avec ce mélange de tendresse et de fascination. Il l’aimait, c’était évident. Cette constatation aurait pu le rendre jaloux encore une fois, mais il ne l’était pas. Parce qu’il ne l’aimait pas comme Castle pouvait l’aimer. Son amour était plus innocent, c’était le même amour que celui qui les liait Alexis et lui. Et même si c’était dingue, ce jeune homme aimait Kate comme si elle était bel et bien sa mère, cela ne faisait aucun doute, c’était un fait qui se confirmait encore une fois sous ses yeux.
Suite du chapitre
« Parle-moi de ta mère s’il te plaît » demanda-t-il, en scrutant attentivement le visage de l’adolescent.
« Elle est extraordinaire » répondit aussitôt Joan avec un sourire éblouissant « Je suis fier d’être son fils. Après ce qui t’es arrivé, elle a dû m’élever seule. Enfin la famille était là, mais j’aimais quand ce n’était qu’elle et moi. Elle me serrait contre elle, et je l’écoutais me parler de toi. » Murmura-t-il, son visage se crispant à ces souvenirs, un sanglot émotif dans la voix.
Songeur, Rick observa l’adolescent, et son cœur se serra en imaginant qu’il n’avait pas été là pour lui, ou du moins que son père ne l’avait pas été. Que ce soit lui ou pas, il regrettait que ce gentil garçon ait eu à grandir sans père comme lui avait dû le faire. Mais il avait eu la chance d’avoir une mère comme Beckett même s’il aimait sa mère, qu’il avait été heureux d’avoir dans un sens, il regrettait ses longues soirées d’absence, ses anniversaires manqués. Sa mère n’avait pas été présente comme elle aurait dû mais il ne lui faisait plus aucun reproche car, elle au moins ne l’avait pas abandonné. Elle n’avait pas été la mère de l’année, mais au moins l’avait-elle élevé, s’était-elle occupée de lui, même si elle n’avait pas vraiment su comment s’y prendre avec lui. Il comprenait aujourd’hui qu’elle n’avait pas été préparée à devenir mère, célibataire de surcroît, mais malgré tout, elle l’avait gardé, alors qu’il aurait été plus facile pour elle de l’abandonner comme il l’avait été par son père. Non, il ne lui en voulait plus depuis longtemps, et puis elle était là aujourd’hui et il savait qu’il pouvait compter sur elle chaque fois qu’il en avait besoin.
Bizarrement, il n’avait eu aucune difficulté à se représenter les scènes évoquées par le jeune homme, et en souriant, il constata que c’était tout à fait ainsi qu’il s’était imaginé la relation qu’entretiendrait Kate avec leur enfant. Un mélange savant de complicité, d’amour et d’autorité.
« Un soir que nous étions venu te rendre visite à l’hôpital, j’ai vu maman pleurer. Je n’avais que 7 ans, mais je me suis juré qu’un jour, je trouverais le moyen de te sortir du coma. Et me voilà. Avant que ça n’arrive. Et je tiendrais ma promesse » déclara-t-il farouchement en redressant fièrement la tête.
Rick l’observait avec fascination tant la ressemblance était plus que jamais troublante en cet instant. Les grands yeux verts du jeune garçon luisaient d’une farouche détermination, et il avait pincé les lèvres dans une mimique qui lui rappelait tant sa muse.
« Tu as l’air d’être très proche de ta mère » constata-t-il doucement.
« Oui nous avons toujours eu une relation fusionnelle tous les deux. Même si elle passait beaucoup de temps auprès de toi, attendant ton réveil, elle était toujours là pour moi. C’est la meilleure mère au monde » approuva Joan en retrouvant le sourire.
Castle s’apprêtait à ajouter quelque chose, désirant en apprendre un peu plus sur la vie de cet adolescent, mais le bruit des talons de sa muse le stoppa dans son élan, et ils tournèrent la tête vers l’entrée de la salle de repos, la regardant approcher.
« Bon Castle, je rentre chez moi ! » déclara-t-elle en s’adossant au chambranle de la porte.
« Je vous suis alors ! » s’exclama-t-il en sautant sur ses pieds pour la rejoindre.
Kate inclina la tête et retourna vers son bureau chercher sa veste, mais Rick fut plus rapide, et la lui tendit dans un sourire charmeur qu’elle lui retourna en roulant des yeux pour faire bonne mesure. Au moment où Rick se retournait pour inviter Kate à le précéder, ses yeux se posèrent sur Joan qui les observait en se mordillant la lèvre et en jouant avec ses doigts.
« Tu sais où passer la nuit fils ? » l’interrogea-t-il en stoppant sa progression.
« Euh non… mais je devrais bien trouver un hôtel ! » répondit Joan avec un petit haussement d’épaules.
Rick fronça les sourcils, peu convaincu. Il ne savait pas pourquoi, mais il n’aimait pas l’idée de laisser le jeune homme seul dans un hôtel miteux. Il se sentait un instinct protecteur envers l’adolescent qu’il n’avait habituellement que pour Alexis, et comme pour sa fille, il ne voulait pas le savoir dans les rues à cette heure de la soirée. Il ne se le pardonnerait pas s’il arrivait quoi que ce soit au petit.
« Tu vas venir chez moi ! » déclara-t-il donc en souriant au jeune garçon dont le visage s’illumina.
« Castle ! » s’exclama Beckett en écarquillant les yeux.
« Je ne peux pas le laisser seul Kate, et puis comme ça nous sommes sûrs de pouvoir le surveiller » répliqua-t-il en ignorant les regards noirs de sa muse.
« Vous êtes inconscient ma parole ! » souffla-t-elle en levant les mains au ciel d’un geste désespéré.
« Vous inquiéteriez-vous pour moi lieutenant ? » souffla-t-il en se penchant vers elle, le regard malicieux.
« Si vous mourrez, j’aurais de la paperasse à remplir à ne plus savoir où donner de la tête ! » répliqua-t-elle en le foudroyant du regard.
En riant, Rick se détourna et invita Joan à le suivre. Celui-ci se mordait la lèvre pour ne pas rire des échanges enflammés de ses parents. Et alors qu’il suivait son père, et qu’il sentait le regard de sa mère lui vriller la nuque, il songea que grandir au milieu de ces joutes verbales devraient être merveilleux, et son cœur se gonfla en imaginant ce que serait sa vie lorsqu’il rentrerait chez lui après avoir sauvé son père.
« Merci de me laisser venir au loft papa ! » s’exclama-t-il avec un grand sourire reconnaissant à Rick en prenant place à ses côtés dans l’ascenseur.
« Pas de problème, ça me fait plaisir, et puis on pourra continuer à discuter comme ça ! » lui sourit Rick en lui pressant doucement l’épaule.
Kate observa l’échange en secouant la tête d’un air désespéré. Comme toujours malgré ses mises en garde, Castle n’en faisait qu’à sa tête. Mais là, il faisait fort. Ce garçon avait peut-être l’air d’un ange à qui on confierait le bon Dieu sans confession, mais ils ne savaient rien sur lui en dehors de cette histoire rocambolesque qu’il leur avait servie. Elle allait passer toute sa soirée à s’inquiéter non seulement pour la sécurité de son impossible partenaire, mais aussi pour celle de Martha et d’Alexis si elle les laissait partir de leur côté. Et elle avait vraiment besoin de sommeil. Il ne lui restait donc qu’une chose à faire si elle escomptait dormir un peu cette nuit.
« Passons chez moi, je dois prendre des affaires » déclara-t-elle alors qu’ils arrivaient sur la parking du commissariat.
« Pourquoi faire ? » s’étonna Castle en la fixant avec des yeux ronds.
« Parce que je ne suis pas sûre que votre mère et votre fille apprécient de me voir me promener en sous-vêtements chez vous Castle ! » déclara Kate avec un sourire carnassier.
« Oh mais moi je n’y verrais aucuns inconvénients lieutenant ! » sourit Rick en prenant une expression rêveuse.
« Castle ! Focus ! » Le rappela-t-elle en se mordillant la lèvre.
Un rire étouffé dans son dos lui rappela qu’ils n’étaient pas seuls, et elle ferma les yeux en sentant la gêne l’envahir. Lançant un regard noir à son partenaire qui souriait bêtement, elle en fit de même avec Joan qui baissa prestement les yeux en affichant une moue contrite qui la fit fondre. Mais elle ne devait pas se laisser attendrir.
« Allez, en voiture ! » Ordonna-t-elle en déverrouillant les portières de sa Crown Victoria.
« Alors c’est vrai ! » s’exclama Joan en s’immobilisant, fixant la voiture avec un mélange d’incrédulité et d’amusement.
« Quoi donc ? » s’étonna Rick sans comprendre.
« Que cette voiture est plus vieille que moi ! » expliqua Joan en lançant un regard tendrement moqueur à sa mère.
« Attends tu veux dire que dans 20 ans, elle continuera de rouler dans cette pou… voiture ? » se reprit Rick en avisant le regard meurtrier de sa muse.
« Oui. Oncle Javier m’a dit que maman avait toujours refusée de s’en séparer, prétendant que tant qu’elle roulerait, elle n’aurait aucune raison d’en changer ! » Rigola Joan en tapotant doucement le toit de la voiture.
« Oh misère ! » marmonna l’écrivain en s’installant avec un gémissement exagéré à la place du mort.
« La ferme Castle, elle est très bien ma voiture ! » grogna Kate en claquant sa portière et en foudroyant ses passagers du regard, faisant taire leurs gloussements amusés.
Après un détour par chez elle, où elle récupéra des affaires de rechange pour plusieurs jours, sentant que le mystère entourant ce garçon ne se résoudrait pas en une nuit, elle rejoignit sa voiture dans laquelle les attendaient les deux hommes. Le silence se fit dans l’habitacle, et elle comprit sans mal qu’ils devaient discutés d’elle avant son retour. Ou bien plaisanter à propos de sa voiture. Décidément les prochains jours allaient être épuisants pour elle, contrairement à Castle qui s’amusait comme un petit fou. Suivant les indications de son partenaire, elle s’engagea dans le parking souterrain et se gara sur une des places de parking qu’il lui désigna. C’est dans le silence qu’ils empruntèrent l’ascenseur pour rejoindre le loft.
« Ah enfin, j’ai cru que j’allais devoir lancer un avis de recherche ! » les accueillit la voix de Martha lorsque Rick ouvrit la porte de chez lui.
« Bonsoir à toi aussi mère ! » la salua Rick en invitant ses invités à pénétrer plus avant dans le Loft.
« Bonsoir papa ! » s’exclama la voix joyeuse de l’adolescente en provenance des escaliers.
« Bonsoir Pumpkin ! » sourit Rick en ouvrant ses bras à sa fille qui venait de s’y jeter.
Kate qui observait la scène en souriant, appréciant l’amour et la complicité qui existaient entre les membres de cette famille, tourna le regard vers Joan qui observait la scène avec émotion. Bien qu’il ait les larmes aux yeux, un grand sourire ornait ses lèvres, et il se retenait visiblement de se jeter aux cous de celles qu’il devait considérer comme sa grand-mère et sa sœur, dans son délire.
« Bonsoir ma chère ! » s’exclama Martha en avisant sa présence et en venant aussitôt l’enlacée.
« Bonsoir Martha ! » sourit-elle en rendant volontiers son étreinte à la mère de son écrivain.
« Bonsoir lieutenant Beckett » murmura Alexis en souriant timidement à la jeune femme.
« Bonsoir Alexis ! » lui sourit tendrement Kate.
Elle n’ignorait pas que la jeune fille lui en voulait beaucoup ces derniers temps, mais il semblait que les choses se tassaient d’elles-mêmes, et elle se promit d’avoir une discussion à cœur ouvert avec l’adolescente, leur complicité d’antan lui manquant infiniment. Et elle savait que les voir en froid faisait de la peine à Castle.
« Et qui est ce charmant jeune homme ? » interrogea Martha en scrutant avec curiosité son petit-fils.
« Joan a quelques petits problèmes à résoudre, alors en attendant il va rester avec nous » expliqua Rick sans entrer dans les détails avant d’ajouter en se frottant les mains « Je meurs de faim, et si nous passions à table ? »
Tout le monde approuva la proposition, et ils se retrouvèrent attablés autour de la table, conversant joyeusement. Durant le repas, le regard de Kate croisa celui, lumineux et comblé de Joan, et elle eut l’impression qu’il lui adressait un message silencieux. Et comme avec son partenaire, elle n’avait pas besoin de mots pour le décrypter. Tu vois comme nous sommes heureux tous ensemble, en famille ? lui criait son regard en cet instant. Mais elle ne devait pas oublier que cette famille n’était pas la sienne, qu’elle n’était qu’une pièce rajoutée de façon plus que provisoire. En soupirant, elle rompit la connexion et reporta son attention sur son assiette, se mettant à jouer avec sa nourriture, son appétit envolé.
Chapitre 2
Le repas se termina dans la bonne humeur générale, et Joan était au comble du bonheur. Il n’aurait pu rêver mieux à ce moment précis. Les personnes qu’il aimait le plus au monde étaient toutes attablées autour de lui à l’exception de son grand père, mais il était toujours tellement occupé, et puis sa mère lui avait raconté qu’à cette époque, il ne venait pas aussi souvent qu’après sa naissance. Il ne désespérait pas, néanmoins, de pouvoir le voir durant son séjour dans le passé, même s’il ne devrait pas lui dire qui il était au risque de se faire trucider par sa mère. Elle était déjà assez remontée contre lui à cause de toute cette histoire, sans qu’il mêle son grand-père à tout ça, d’autant qu’il n’avait pas besoin de le faire intervenir pour empêcher que son père ne soit blessé. Il détestait être en conflit avec sa mère, et il espérait vraiment qu’elle accepte rapidement l’évidence. En secouant la tête avec un mélange d’amusement et de tristesse, il posa son regard sur elle, heureux de surprendre un de ces moments spéciaux entre son père et elle dont elle lui parlait si souvent lorsqu’il était enfant. Pudiquement, il détourna les yeux et observa les siens avec adoration.
Mais comme aimanté, son regard s’arrêta de nouveau sur ses parents, et sourit en surprenant leurs regards à la dérobée, tels deux jeunes adolescents amoureux. Il constata avec amusement que son père anticipait tous les besoins de sa mère, veillant à ce qu’elle ne manque de rien. Une personne extérieure n’aurait jamais pu soupçonner qu’ils n’étaient pas encore un couple. Le beau brun aux yeux de jade soupira, tant la scène comblait ses espérances, si belle dans sa simplicité, si intense et merveilleuse. Il se jura encore une fois de tout faire pour retrouver cela dans le futur afin de le vivre au quotidien. Pourtant il savait que son intrusion dans le passé de ses parents aurait des conséquences, mais il s’y était préparé. Il savait que pour qu’il y ait le moins de répercussion, il aurait dû agir dans l’ombre et ne pas interféré directement dans la vie de ses parents, mais le temps lui était compté, et il avait décidé de tenter le diable, et advienne que pourra. Tout ce qui importait pour lui, c’était de sauver son père et de rendre le sourire à sa mère. Et si pour ça, il devait se sacrifier, il le ferait. Sa vie ne valait pas grand-chose face au bonheur de ses parents.
Bien sûr, il était triste à l’idée de ne jamais devenir leur fils, de ne jamais connaître ce bonheur familial auquel il goûtait en cet instant, mais il connaissait les risques en se lançant dans l’aventure. Et puis Joan avait en quelque sorte scellé son destin en révélant d’office son identité. Mais là encore une fois l’adolescent n’avait pas de temps à perdre, et il avait joué le tout pour le tout. Il n’avait que sept jours pour agir, et il avait fait ce qui était le mieux pour sa famille, et tant pis pour les conséquences sur lui. Et alors qu’il observait avec un mélange d’attendrissement et d’émerveillement ses parents agir l’un avec l’autre, il savait qu’il avait raison de faire ce qu’il faisait. Ils avaient l’air si heureux ensemble, si complémentaires, en osmose parfaite, qu’il ne pouvait pas laisser ce drame arriver. Même si le prix a payé était sa propre existence. Bien sûr, ses parents seraient tristes un moment, mais leurs souvenirs de lui s’estomperaient progressivement, le temps que la faille qu’il avait créé dans l’espace-temps se stabilise, et ensuite, ils n’auraient plus que de vagues réminiscences de lui, oubliant qu’un jour, ils auraient dû avoir un fils.
Détournant la tête en sentant les larmes lui montées aux yeux, son regard se porta sur Martha qui faisait de grands gestes en parlant avec passion de son école. Il adorait sa grand-mère dont l’exubérance l’amusait énormément lorsqu’il était enfant, et encore aujourd’hui c’était le cas. C’était elle qui avait partagé sa passion avec lui, ravie de trouver une oreille attentive en lui. Elle qui lui avait tout apprit sur le théâtre et comment jouer une scène, développant ainsi son imagination et sa propre passion pour le jeu d’acteur. Depuis tout petit, le jeune homme savait qu’un jour il serait acteur lui aussi, malgré sa passion pour les sciences, et il faisait donc la joie de la matriarche. Quoi qu’il arrive, il espérait pouvoir un jour concilié ses deux passions. Il ne voyait pas pourquoi il devrait faire un choix, et sa mère l’avait toujours encouragé à vivre ses rêves à fond, le soutenant quoi qu’il arrive. Quant à sa grand-mère, elle était tellement heureuse de le voir marcher sur ses traces, qu’elle lui avait réservé une place dans son école depuis sa plus tendre enfance, si ce n’était avant, et il n’envisageait pas d’apprendre les ficelles du métier ailleurs qu’auprès d’elle. Qui mieux que la grande Martha Rodgers pourrait le guider dans ce monde d’illusion ?
Enfin son regard se posa sur sa si jolie grande sœur. Elle le regardait avec un air étrange, qui le laissa quelque peu perplexe. Il lui adressa un sourire éblouissant qu’elle lui rendit par sa magnifique réplique féminine. Il soupira, se rappelant que tout petit, il voulait dans un premier temps se marier avec sa mère puis avec sa grand sœur jusqu'à ce qu’il comprenne plus grand que cela était impossible. Il avait été déçu et avait boudé un temps, amusant sa mère et sa sœur par la même occasion, qui trouvait ses manières, si semblables à celles de leur paternel, si adorable et drôles. Un petit ricanement lui échappa à ce souvenir. Il reporta de nouveau son attention sur son aînée qui le fixait toujours. Il l’observa plus attentivement et constata que ses yeux bleus magnifiques reflétaient quelque chose qu’il ne connaissait pas chez elle, du moins il ne se rappelait avoir vu ce regard qu’une seule fois chez elle. Lorsqu’elle avait rencontré son futur mari. Il déglutit à cette constatation, et détourna la tête, gêné. Non, ce n’était pas possible, il devait se tromper.
Sa sœur ne pouvait pas s’enticher de lui, son regard devait exprimer autre chose, il devait se tromper après tout, il était si petit lorsqu’elle avait rencontré l’amour de sa vie. Mais par prudence, il allait devoir mettre les choses au point avec elle, parce que la dernière chose qu’il voulait, c’était lui causé une autre désillusion amoureuse. Elle avait déjà assez souffert comme ça. Joan se leva, voulant lui parler immédiatement. Elle le suivit des yeux, quelque peu intriguée par l’air déterminé qu’il arborait, mais alors qu’il s’approchait d’elle, la sonnerie du téléphone de sa mère l’interrompit. S’immobilisant, il reporta son attention sur celle ci, curieux de savoir qui l’appelait à une heure pareille, priant pour qu’elle et son père ne doivent pas partir sur une scène de crime. Il détestait la voir partir tard le soir, appelée sur une nouvelle affaire.
« Beckett ! » s’exclama-t-elle en répondant rapidement.
Il observait sa mère, son visage concentré sur la conversation, et qui ne quittait pas son père du regard. Celui-ci était suspendu à ses lèvres, attendant de savoir s’il était concerné par l’appel, mais elle lui fit un signe de tête négatif, et rompant la connexion visuelle, se leva pour s’éloigner quelque peu de la table. Fasciné par cette version plus jeune de sa mère, Joan la suivit du regard, et sourit en la voyant remettre ses cheveux en place dans un geste qu’il lui connaissait bien. Il la trouvait toujours aussi belle, les années avaient été clémentes avec elle malgré les pénibles souffrances qu’elles avaient engendrées. En soupirant, il écouta d’une oreille distraite la conversation, se rappelant des moments similaires qui avaient jalonnés son existence. Combien de fois avait-il assisté, impuissant à ce genre de scène ? Mais le plus dur pour lui avait été d’être tenu éloigner de cette partie de sa vie, comme s’il n’en était pas digne. Il savait que ce n’était pas cela, mais longtemps il avait souffert de cette mise à l’écart. Aller au poste lui avait paru étrange, lui qui n’y mettait jamais les pieds.
Inquiète qu’il ne lui arrive quoique ce soit, comme pour son père, elle avait toujours refusé qu’il vienne au commissariat, trouvant ce dernier trop brutal pour lui si sensible. Et il savait aussi que ce refus était principalement dû au fait qu’elle s’estimait responsable de ce qui était arrivé à son paternel. Alors, pour ne pas qu’elle s’inquiète inutilement pour lui, il avait respecté sa demande même arrivé à l’adolescence. Il respectait tellement sa mère qu’il n’irait jamais à l’encontre de sa volonté, même s’il s’était souvent sentit frustré de ne pas connaître cet endroit qui avait tant compté pour ses parents, où leur amour avait éclos. Il aurait tant aimé pouvoir passer des heures en salle de repos, imaginant ses parents y évolués autour d’une tasse de café. Aussi avait-il savouré chacune des minutes passées là-bas, d’autant que cette fois, il n’avait pas eu besoin de faire marcher son imagination, ses parents s’y trouvant tous les deux avec lui. En souriant, il reporta son attention sur sa mère, fronçant les sourcils en voyant l’expression de son visage. Il avait déjà vu cette attitude sérieuse lorsque les coups de fils professionnels arrivaient à la maison.
« Ok merci, je l’amène demain matin à la première heure ! » lança-t-elle en plantant son regard dans le sien, le faisant tressaillir.
Joan n’avait pas l’habitude de voir de la méfiance et de l’hostilité à son égard dans les yeux de sa maman, et même s’il savait que ce n’était pas encore sa mère, il avait du mal à ne pas être blessé par son comportement. Lui qui l’aimait tant se sentait rejeté par la personne pour qui il éprouvait le plus d’affection sur cette terre. Et surtout, la tendresse qui habitait habituellement le regard de sa maternelle avait disparue, remplacer parce ce qui s’apparentait fort à de la haine ou en tout cas, à de l’animosité.
« Oui sans nul doute ! » ricana-t-elle en plissant les yeux dans sa direction.
Tristement, il soutint son regard, espérant y faire passer par celuici tout l’amour qui lui portait, et lui faire comprendre qu’il disait la vérité. Mais il avait toujours eu conscience que sa mère, déjà bien trop blessée par la vie, serait la plus méfiante, et donc la plus difficile à convaincre. Ce à quoi il ne s’était pas attendu, c’était que ce serait aussi douloureux de ne plus lire l’amour inconditionnel qu’elle lui vouait dans son regard émeraude.
« Merci Gil ! » déclara-t-elle en mettant un terme à la conversation.
Il sentit la nervosité s’emparer de lui en voyant son visage se fermé et son regard se faire impassible alors qu’elle allait ranger son téléphone avant de se tourner vers lui. Il la connaissait suffisamment pour savoir que ce n’était qu’une façon de se mettre dans la peau de la flic qu’elle était, dissimulant ses sentiments à autrui, mais il détestait quand elle opérait cette transformation, et encore plus alors qu’en cet instant, c’était à lui qu’elle opposait ce masque, il avait si mal au cœur qu’il sentait la nausée l’étreindre et une boule dans la gorge gonflée, l’étouffant presque.
« Demain tu vas faire une analyse de sang pour prélevé ton ADN et tu ne pourras plus prétendre que je suis ta mère et Castle encore moins ton père. J’ai déjà donné le mien, même si cela est inutile mais tu dois réaliser qu’il y a certaines choses qui ne se produiront jamais » déclara Beckett de son ton de lieutenant de police détachée de tout.
Kate croisa le regard de son partenaire alors qu’elle faisait volte-face et ne put s’empêcher de grimacer devant la mine attristée de celui-ci. Elle l’avait blessé sans le vouloir et elle songea qu’elle aurait pu tourner sa phrase un peu mieux pour éviter que son partenaire ne prenne cela pour une attaque personnelle. Le blesser n’était vraiment pas son but, mais ses paroles avaient encore une fois, et de loin, dépassées sa pensée. Elle s’excuserait plus tard pour ça, mais cet adolescent devait comprendre qu’il ne pouvait être leur fils. Bien sûr, l’idée n’était pas déplaisante, bien au contraire, mais ce n’était tout simplement pas possible. Et l’histoire qu’il leur avait servie était tout juste digne d’un mauvais épisode de série B à petit budget.
« Attendez, c’est quoi cette histoire ? » S’enquit Alexis en se levant de sa chaise scrutant tour à tour Castle, Kate et Joan.
« J’aimerais bien savoir aussi Richard ! Qu’est-ce que c’est que ces absurdités ? » S’exclama Martha en affichant une mine interloquée.
« Alexis, grand-mère, je suis le futur fils de Rick et Kate. » Soupira Joan, grimaçant devant leurs mines incrédules.
Il aurait aimé leur annoncer la nouvelle différemment, mais il aurait dû savoir que sa mère ne le laisserait pas faire. Les deux rousses restèrent un moment figées, complètement éberluées puis elles regardèrent tour à tour Castle puis Beckett pour finir de nouveau sur Joan. D’un coup elles se mirent à éclater de rire, l’aînée des deux crinières de feu leva les bras en l’air.
« Ah Richard que vas-tu encore nous inventer ! » rigola-t-elle en lançant un regard faussement réprobateur à son rejeton.
« Je n’y suis pour rien, mère vraiment ! » protesta Rick agacé que tout le monde, sa muse en tête, pense qu’il ait quelque chose à voir avec cette histoire rocambolesque.
Martha regarda sa petite fille d’un air perplexe. Elle connaissait suffisamment bien son fils pour savoir quand il disait la vérité, et tout dans son attitude outragée clamait son innocence. Son regard se porta alors sur Kate, mais là encore, elle avait du mal à imaginer que la très rationnelle Kate Beckett puisse être l’instigatrice de ce genre de plaisanterie, même si elle avait déjà joué des tours pendables à son fils, prouvant qu’elle avait un certain sens de l’humour. Dans ce cas ce jeune homme était-il là pour tenter d’extorquer de l’argent à son fils ? Mais pourquoi compromettre son plan en mêlant Kate à tout ça sachant qu’elle mènerait une enquête poussée ? Martha avait beau réfléchir, cette histoire n’avait pas de sens. A moins que les deux comiques qui leur servait de coéquipiers aient décidés de leur jouer cette blague en espérant faire avancer les choses entre ces deux-là. Et connaissant les deux compères, l’idée ne paraissait pas tant tirée par les cheveux que ça. Même si ils allaient avoir du souci à se faire si jamais Kate découvrait la vérité. En secouant la tête, Martha se concentra de nouveau sur ce qui se passait sous ses yeux alors que sa petite-fille poussait un soupir irrité.
« Papa ce n’est vraiment pas drôle ! » Souffla Alexis en roulant des yeux dans une mimique qui fit sourire Joan tant elle lui rappelait sa mère.
L’adolescente se tourna vers Beckett, la fixant durement, comme si elle la rendait responsable de la situation entière.
« Que mon père nous joue cette mauvaise blague passe encore mais vous lieutenant cela m’étonnes vraiment de votre part, ce n’est pourtant pas votre genre ! » déclara-t-elle froidement.
La jeune femme allait riposter, consciente que les paroles de la jeune fille n’avait rien d’un compliment, et agacée que l’on puisse la croire mêler à une farce d’aussi mauvais goût, mais Joan l’en empêcha en interpellant sa sœur. S’approchant d’elle, il lui prit les mains ce qui fit frissonnée la jeune fille. Etrangement cela n’avait rien à voir avec le fait que ce jeune homme lui plaisait, non elle avait une étrange impression à son contact. Un long frisson la traversa, semblable à une décharge électrique, comme si elle était liée à lui. La seule autre personne avec qui elle ressentait une telle connexion était son père. C’était la première fois qu’un parfait inconnu lui faisait éprouver cette sensation, et elle en était particulièrement troublée.
« Ils ne plaisantent pas Alexis je suis bien ton petit frère ! » lui assura-t-il en plongeant son regard dans le sien.
Ouvrant la bouche puis la refermant, Alexis resta un moment interdite avant de dégager ses mains, troublée par ce qu’elle ressentait auprès de ce jeune homme. Elle ne le voyait plus comme une conquête potentielle, et c’était probablement ce qui la perturbait le plus. Pourtant, sa raison lui criait que ce n’était pas possible, et pour le coup, même si ça lui faisait mal de l’admettre, elle était d’accord avec Kate.
« Ok, alors superbe spécimen, mais complètement allumé ! On ne peut pas tout avoir ! Aller, moi je vais me coucher ! Bye les fous. » Lança Alexis d’un ton narquois.
Et sur ses paroles, l’adolescente embrassa son père et sa grand-mère, salua froidement Kate et fit un clin d’œil coquin à Joan. Ce dernier soupira de dépit. Si même sa grande sœur ne le croyait pas cela n’allait pas être gagné. Elle le croyait toujours même lorsqu’elle savait bien qu’il mentait. Elle avait toujours su le percer à jour, disant que c’était parce qu’il ressemblait beaucoup trop à leur père pour son propre bien. D’aussi loin qu’il pouvait s’en rappeler, Alexis avait toujours été celle qui couvrait ses arrières lorsque enfant il faisait une bêtise qui risquait de déclencher les foudres maternelles. Elle était toujours de son côté comme une seconde maman. Il savait qu’en étant toujours là pour lui, elle essayait à sa façon de combler le manque que l’absence de leur père avait générée dans sa vie, et il lui en était particulièrement reconnaissant. Et le fait qu’elle ne le croit pas était aussi blessant qu’avec sa mère. Défaitiste, l’adolescent se tourna sans grande conviction vers son exubérante grand-mère qui lui sourit. Elle s’approcha de lui et lui pinça la joue affectueusement.
« Toi je t’accueille dans mon école quand tu veux ! Non seulement tu es magnifique, mais tu as un talent inné pour la comédie. J’ai presque faillis y croire ! Tu ferais des ravages dans le monde du théâtre, réfléchis-y. » Déclara-t-elle en souriant.
Elle ne savait pas où ce petit avait pris des cours, mais elle espérait bien le découvrir. C’était tout à fait le genre d’élève qu’elle voulait pour son école. Lui tapotant la joue dans un geste maternel qui lui rappela ceux qu’elle avait pour Richard qu’elle retrouvait en ce jeune adolescent, elle se détourna avant d’échanger un regard avec son fils, l’enjoignant silencieusement à résoudre cette situation au plus vite. Elle salua Kate d’un sourire qui lui rendit son salut d’un hochement de tête crispé, et à son tour, l’actrice monta se coucher. Le jeune homme se tourna vers son père qui lui sourit, comme pour le réconforter.
« Allez fiston viens, je vais te montrer où dormir ! » déclara-t-il en lui passant le bras autour des épaules, l’attirant contre lui.
Kate fronça les sourcils en voyant le naturel du geste, songeant que son partenaire semblait déjà totalement sous le charme de leur jeune invité. En soupirant, elle les regarda avancer vers les escaliers, mais alors qu’ils s’apprêtaient à les gravir, Rick s’immobilisa et se tourna vers elle.
« Je vous cède ma chambre Kate. Je dormirais sur le sofa de mon bureau, j’en ai l’habitude. Je reviens pour vous montrer où elle se trouve dès que j’aurais installé Joan » déclara-t-il avec un doux sourire qui lui retourna l’estomac.
La jeune femme ne répondit rien, trop obnubilée par l’attitude de son partenaire. Il ne pouvait pas croire ce gosse, ce n’était pas possible. Elle le savait crédule et d’un naturel confiant, mais à ce point-là, ça frisait l’inconscience. Il fallait qu’elle ait une conversation avec lui, pour lui ouvrir les yeux, lui faire comprendre qu’il était impossible que ce jeune garçon soit leur fils. Non pas qu’elle n’envisageait pas un jour être mère surtout si Richard Castle était le père, non, cela elle en avait même une parfaite vision… un jour… Peut-être… Sûrement même. Mais de là à croire que ce jeune homme puisse être leur enfant, même si la ressemblance entre eux deux était frappante, il y avait tout un monde. Secouant la tête, elle gagna le sofa sur lequel elle se laissa tomber, attendant de pied ferme le retour de son partenaire.
Arrivé devant la chambre d’ami, Castle sourit à Joan qui lui rendit immédiatement par un plus éclatant encore. Le cœur de l’écrivain fit un bond, ce sourire était celui de sa magnifique muse sans aucun doute. Il avait suffisamment étudié son visage, guettant chacun de ses sourires pour en reconnaître un made in Kate Beckett lorsqu’il en voyait un. Il faisait tellement de chose pour la voir sourire, lui apportant son café chaque matin par exemple, ou faire de l’humour dans les circonstances les plus incongrues, que chacun de ses sublimes rictus étaient ancrés dans sa tête. Et tant pis si ça avait l’air complètement dingue. Une partie de lui voulait croire en cette infime possibilité, même si l’autre partie, plus rationnelle, lui criait que c’était impossible. Mais quand même, il n’était pas le seul à avoir noté cette ressemblance entre eux trois, et ce sourire était assez similaire au niveau de l’éblouissement. Troublé il ouvrit la porte de la chambre et laissa passé son jeune invité.
« Bien voilà ton nouveau domaine. Tu trouveras tout ce dont tu as besoin dans cette chambre. Si tu veux prendre une douche, vas-y, tu as une salle de bain attenante. Je vais t’apporter de quoi dormir, ça sera certainement un peu large pour toi, faudra nouer la ficelle du jogging, par contre niveau grandeur ça devrait aller » babilla-t-il pour cacher son trouble.
Sur ses paroles, Castle quitta précipitamment la pièce, conscient qu’en bas Kate l’attendait, et connaissant la patience naturelle de sa partenaire, il n’avait pas intérêt à trop traîner s’il ne voulait pas s’attirer ses foudres. Dès que son père eut refermé la porte derrière lui, Joan observa cette chambre d’amis et sourit, heureux de retrouver les lieux. Il s’y sentait bien tout simplement parce que cette chambre était devenue la sienne dans le futur, il scruta les murs y retrouvant des photos de son père, Alexis et sa grand-mère, ainsi que quelques peintures. Mise à part les photos, cette chambre ne ressemblait aucunement à la sienne. Sa chambre était remplie de maquettes d’avions, de fusées et de posters du cosmos, l’adolescent qu’il était étant fasciné par l’espace, par ce monde inconnu qui offrait tout un univers de possible. Faisant quelques pas, il regarda ces photos qu’il connaissait bien, et regretta qu’il manque celles de sa mère. Mais surtout, il manquait les photos de celle ci et lui, mais quoi de plus normal puisqu’il n’était pas né, même pas conçu encore.
Heureusement qu’il en avait toujours plusieurs dans son portefeuille, dont une de lui à la maternité, dans les bras d’une Kate au sourire rayonnant, mais aux yeux mélancoliques. Bien entendus il ne pouvait les montrer à ses parents le choc que cela engendrait sera bien trop grand et risquerait de créer un brèche Spatio-temporelle qui en plus de modifier le futur de façon définitive risquerait aussi d’endommager le présent.
Il sourit en se rappelant que bientôt ses parents s’aimeraient pour la première fois, du moins s’il n’avait pas totalement modifié le futur. Oui, bientôt il serait un petit être grandissant dans le ventre de sa mère, fruit de l’amour inconditionnel que ses parents se portaient. Mais très vite son sourire s’effaça se souvenant que leur première nuit d’amour avait été suivit du drame. Une larme coula sur sa joue, et il ne fit rien pour retenir sa peine. De toute façon, il était seul et n’avait donc pas besoin de se cacher pour pleurer. Mais maintenant qu’il était là, il empêcherait le Dragon de s’en prendre à son père, quoi qu’il arrive.
« Fils ? » l’appela doucement Rick du seuil de la porte.
L’adolescent se retourna en séchant ses larmes, adressant un sourire tremblant à son père qu’il n’avait pas entendu revenir, trop pris par ses sombres pensées.
« Oh papa, tu m’as surpris ! » souffla-t-il en détournant le regard, gêné d’avoir été surpris dans un moment de faiblesse.
A nouveau, Rick ne put que constater comme son comportement ressemblait à celui de sa muse. Tous deux avaient la même pudeur dans leurs sentiments. Mais la façon dont Joan l’appela le fit sursauter, et chassa ces pensées de son esprit. Il soupira doucement, conscient qu’il allait devoir avoir une conversation sérieuse avec le jeune homme, ne pouvant pas le laisser se conforter dans son erreur plus longtemps. Ce garçon était vraiment persuadé qu’il était son père, et il allait devoir briser ses illusions, et probablement son cœur dans la manœuvre. Et l’idée ne le réjouissait pas outre mesure, d’autant que contre toute attente l’écrivain n’avait aucun mal à s’imaginer l’avoir comme fils. Il en ressentait même une immense fierté tant ce jeune homme représentait tout ce qu’il avait imaginé en pensant à Kate et lui ayant des enfants. Mais cela était impossible. Il voulait bien croire à l’incroyable mais cela était vraiment trop, même pour lui. Pourtant il n’arrivait pas à l’appeler autrement que par fils ou fiston, assez ironique en soit !
« Ecoutes, je ne sais pas pourquoi tu t’es mis cette idée en tête mais tu sais que cela est impossible ! » souffla-t-il en faisant taire cette impression persistante que Joan n’était pas un menteur.
Un silence se fit à son assertion. Joan s’assit sur le lit, invitant d’un regard son père à faire de même. Il essayait vraiment de ne pas se laisser aller à son chagrin et au désespoir, mais les rejets incessants de ses proches lui sapaient le moral, et il espérait vraiment réussir à trouver les mots pour convaincre enfin son père qu’il disait la vérité, il savait qu’il croyait aux licornes, alors pourquoi pas à un fils du futur ? Ce n’était pas plus invraisemblable que de croire en un animal légendaire ! Devant son air attristé, Castle accéda à sa requête sans hésitation. Regardant son fils, il attendait que ce dernier parle.
« Maman… » Commença Joan d’une voix tremblante avant de s’arrêter pour prendre une profonde inspiration « Maman m’a parlé un jour de la fin alternative de Frozen Heat, celle que tu n’as jamais publiée. Celle que tu lui as fait lire après votre première nuit. » Déclara-t-il finalement en plantant son regard émeraude dans celui limpide de son père.
« Que veux-tu dire, quelle fin alternative ? » s’étouffa Rick en ouvrant de grands yeux tout en fronçant les sourcils.
« Celle où Rook meurt ! » clarifia Joan d’un ton assuré qui ne tremblait plus.
Castle voulu parler mais aucun son ne sortit de sa bouche, trop estomaqué pour cela. Comment Joan pouvait-il être au courant ?
« Maman m’a dit que tu l’avais écrite lors de ces trois mois de silence après la fusillade qui a failli la tuer, lorsque tu as attendu chaque jour son appel. » poursuivit Joan, conscient d’être parvenu à faire douter son père.
L’adolescent marqua une nouvelle pause, tentant de reprendre contenance. Il était heureux d’avoir réussi à semer le doute dans l’esprit de son père, lui rendant espoir, mais l’évocation de ce souvenir douloureux lui donnait envie de pleurer. Sa voix trahissait son émotion, à l’évocation de ce souvenir. Il n’était pas encore né lorsque cela était arrivé, et pourtant cela avait nourrit ses cauchemars d’enfant. Et petit, lorsque sa mère partait travailler, il refusait d’aller ouvrir la porte de peur que l’on ne vienne lui apprendre qu’elle avait été tuée dans l’exercice de ses fonctions. Ce souvenir était d’autant plus douloureux que son père n’était pas là. Et il savait qu’à l’époque également, ses parents étaient séparés, et que sa mère avait dû faire face seule à ses démons. Il savait que ce n’était pas la faute de son père qui n’aurait pas demandé mieux que d’être à ses côtés, mais il n’aimait définitivement pas ces souvenirs, et les évoqués lui était difficile. Mais s’il fallait en passer par là pour gagner son père à sa cause, il n’y avait pas à hésiter.
Quant à Castle, il n’en croyait pas ses oreilles. Personne n’était au courant de cette fin. Il n’en avait même pas parlé à Gina, sachant qu’elle sauterait sur l’occasion pour mettre un terme à la saga des Nikki Heat, l’encourageant à créer un nouveau personnage. Or il ne le voulait pas malgré le silence de Kate. Il ne voulait pas renoncer, pas encore. Il avait écrit cette fin alternative pour réussir à exorciser sa peine, mais cela s’arrêtait là. Il l’avait laissée au fond de son coffre, se refusant à la détruire. Lui seul était au courant de l’existence de cette dernière. Comment l’adolescent pouvait-il en avoir connaissance ?
« Maman m’a dit qu’après avoir lu cette fin, elle a pleuré car à travers tes mots, elle a vu toute la souffrance qu’elle avait provoqué sans le vouloir. » souffla doucement Joan.
Un silence de mort imprégna la pièce. Joan savait qu’il devait à présent laisser le temps à son père d’encaisser ces nouvelles données. Il ne pouvait rien faire de plus pour le convaincre sans lui révéler d’évènements qui ne s’étaient pas encore produits. Ou bien il pourrait lui raconter des milliers d’autres anecdotes, mais rien que des recherches poussées sur eux n’auraient pu lui permettre d’apprendre. Seul ce genre de détail privé pouvait faire pencher la balance en sa faveur. En se mordant la lèvre inférieure et en triturant nerveusement ses doigts, il attendit plus ou moins patiemment que son père se décide, sentant sa nervosité s’accroître à chaque nouvelle minute de silence. Et si malgré ça son père choisissait de ne pas le croire, que ferait-il ? Il devait rester avec eux pour réussir à empêcher le drame au risque d’arriver trop tard. Et ça, il ne se le pardonnerait pas. Pas alors qu’il était si près du but. Mais il réussirait, l’échec n’étant pas une option. Sa mère lui avait tout raconté de leur histoire, et il allait se servir de ces confidences pour leur faire admettre l’impossible.
Castle respirait difficilement, la même interrogation tournant en boucle dans son esprit. Comment cet adolescent pouvait-il savoir cela ? Une seule explication lui venait à l’esprit mais cela était impossible, non, c’était de la science-fiction. Ce genre de choses n’existait que dans les films de Steven Spielberg. Après plusieurs minutes de réflexions, durant lesquelles il chercha la faille qui lui ferait comprendre comment l’adolescent avait pu apprendre l’existence de cette fin alternative, allant de l’incursion des extraterrestres dans son cerveau pour déterrer le moindre de ses secrets, à la pause de micros dans son bureau et d’un mouchard dans son ordinateur par la CIA, qu’il les repoussa une à une, il dû admettre qu’il ne voyait pas d’autre explication, aussi fou que cela puisse paraître. Non, même si cette histoire était délirante, il devait se rendre à l’évidence. Même si cela paraissait totalement dingue, ce que ce garçon disait était vrai. Personne ne pouvait avoir accès à cette version car il était le seul détenteur de la combinaison de son coffre-fort et même si un individu avait essayé de l’ouvrir, il n’y serait pas parvenu car la combinaison était aléatoire ne correspondant à aucune date en particulier, sachant que c’était souvent ce qui perdait les esprits les plus brillants, le choix de la facilité. Le texte était supprimé de son ordinateur et seule une trace imprimée prouvait l’existence de cette fin.
Il regarda attentivement l’adolescent, l’étudiant comme s’il le voyait pour la première fois. Ses prunelles vertes le scrutaient avec anxiété et le jeune homme se mordillait les lèvres. Comment douter alors que son intuition lui soufflait depuis que le jeune homme avait fait irruption au commissariat qu’il s’agissait bien de son enfant, de sa chair et de son sang ? Même si cela paraissait impossible, il savait au fond de lui que c’était bien l’enfant qu’il allait avoir avec sa muse qui se trouvait devant lui. Et il ne voulait pas lutter contre cet instinct qui l’avait dès le départ poussé à faire confiance à ce jeune homme. En plus de l’attirance qu’il avait pour ce garçon et cette ressemblance avec sa muse, ses mimiques qu’il avait voler de Kate sans compter sur la preuve qu’il venait de lui donner, nul doute n’était plus permis. Il ne savait pas comment, et il s’en moquait royalement pour le moment, mais ce petit était bel et bien le fils qu’il aurait avec sa muse, venant du futur. Et s’il avait bien compris, Kate et lui ne devraient plus tarder à mettre en route leur fils, ce qui amena un sourire étincelant sur ses lèvres. Parce que cela signifiait que Kate allait enfin laisser tomber ses barrières et s’ouvrir à lui, et ça, c’était la meilleure nouvelle qu’il ait entendu depuis longtemps.
Il s’imaginait déjà ce que serait leur vie, heureuse, merveilleuse. Il ferait tout pour combler de bonheur cette femme fantastique dont il était éperdument amoureux. Sans plus réfléchir, Il empoigna Joan et le serra fort dans ses bras. Il ne se posait plus de questions et choisissait d’écouter son cœur. Il savait qu’il avait été peut être un peu trop facile à convaincre mais il ne trouvait aucune autre explication. Si ce jeune homme ne venait pas du futur comme il l’affirmait, comment pouvait-il savoir autant de chose sur eux, des choses que seul un membre de la famille pouvait savoir ? Alors oui, il choisissait de le croire, et tant pis s’il s’attirait les foudres de sa partenaire par la suite. Il y était habitué, et il ne doutait pas que comme lui, elle finirait par se rendre à l’évidence. Même si les prochains jours risquaient d’être mouvementés. A cette idée, il resserra instinctivement son étreinte autour des épaules de son fils, comme pour le protéger de la colère maternelle à venir, et il se promit de jouer autant que faire se pouvait les tampons entre sa muse et leur fils. Il était bien placer pour savoir que sous l’effet de la colère et de la frustration, Kate pouvait avoir des paroles qui dépassaient souvent sa pensée, et il ne voulait pas que Joan se mette à haïr sa mère. Pas alors que celui-ci semblait lui vouer une véritable adoration.
L’adolescent soupira d’aise, et se laissa aller dans l’étreinte paternelle. Fermant les yeux aussi fort qu’il le pouvait, il savoura à sa juste valeur sa toute première étreinte d’avec son père. Il avait si longtemps attendu ce moment lorsque assis au bord du lit, il suppliait son père d‘ouvrir les yeux et de rendre le sourire à sa mère. Il était si heureux en cet instant que les larmes vinrent d’elles-mêmes, sans qu’il puisse les arrêter, et d’ailleurs, il ne le voulait pas. Il n’avait pas honte pour une fois de montrer ses faiblesses, sachant que son père ne le jugerait pas, comme il ne jugeait pas sa mère lorsqu’elle se laissait aller devant lui. Il en avait tant rêvé, qu’il devait se retenir de se pincer pour vérifier que tout cela était bien réel. C’était presque trop beau, et pourtant son père le croyait. Il le croyait enfin, et il n’y avait que cela qui comptait pour lui. Il avait réussi, et un sentiment d’euphorie mêlé d’un profond soulagement s’empara de lui alors que la chaleur de son père l’entourait, le protégeant aussi sûrement qu’une muraille de pierre. Avec son père de son côté, luttant avec lui, il savait qu’il ne pourrait pas échouer, et un flot incontrôlable d’émotions le submergea.
En soupirant, il se pressa un peu plus contre son père, plongeant la tête dans son cou pour s’imprégner de son odeur. Sa mère lui avait toujours dit que son papa était l’être le plus fantastique qu’il lui ait été donné de rencontrer, et il constatait qu’elle n’avait en rien embellit la vérité afin de lui créer l’image d’un père parfait. Combien de fois l’avait-il entendu dire qu’il était le genre d’homme à toujours croire à l’impossible, un léger sourire tendrement moqueur au coin des lèvres ? Mais cela allait au-delà de ses espérances. A l’abri de ses bras, il sentit ses émotions l’envahir, et il leur lâcha la bride. Il frissonnait violemment, les larmes ne cessant de coulées, et des sanglots déchirants lui échappèrent. Son père le serrait fort contre lui, caressant ses cheveux et lui murmurant des paroles apaisantes comme il aurait tant aimé qu’il le fasse enfant, lorsqu’il faisait des cauchemars. Sa mère avait fait de son mieux pour combler ce vide en mère fantastique qu’elle était, sa grand-mère et sa sœur étaient toujours là, son grand père aussi avait été aussi présent qu’il le pouvait mais rien ne remplaçait la présence d’un père, et c’était un vide que rien n’était jamais venu combler jusqu’à cet instant précis.
Après une longue étreinte, ils se décollèrent l’un de l’autre, sans pour autant rompre le contact, comme s’ils avaient peur de voir l’autre se volatiliser s’ils se lâchaient. Rick essuya les larmes de son fils, tentant d’endiguer les siennes face au chagrin de son enfant qu’il comprenait mieux que personne pour l’avoir lui-même expérimentée. Et son cœur se brisait de savoir qu’il n’avait pu empêcher son propre enfant de souffrir de l’absence d’un père.
« Que s’est-il passé ? Pourquoi ne suis-je plus dans vos vies ? » Demanda-t-il avec incompréhension.
Il savait que jamais, au grand jamais il n’aurait fui ses responsabilités. Surtout si cela signifiait abandonner Kate. Alors il ne comprenait pas pourquoi cette dernière avait dû élever leur fils, seule. Ou du moins, il avait peur de comprendre. Parce qu’il n’y avait qu’une seule chose qui aurait pu l’éloigner de sa famille.
« Je ne peux pas vraiment te le dire car ça risquerait d’influer sur le futur » soupira Joan en se mordillant la lèvre dans une moue désolée avant de poursuivre « Je l’ai bien assez bouleversé, je dois juste faire mon possible pour empêcher le pire » Souffla le jeune homme en reniflant.
Rick sourit en reconnaissant les mimiques si caractéristiques de Kate chez leur fils, et dans un élan de tendresse, embrassa son enfant sur la tempe.
« Tu as conscience que Beck… ta mer… enfin Kate ne te croira pas aussi facilement que cela ? » s’enquit-il en lançant un regard désolé à son enfant.
« Je sais bien » soupira Joan en secouant doucement la tête avant d’ajouter « Elle ne croit qu’aux faits, c’est une cartésienne dans l’âme. Elle va me faire passer un test ADN qui lui prouvera que je suis votre fils mais je n’ai pas le temps de les attendre, ils arriveront trop tard. Je dois la convaincre par tous les moyens. » L’informa le jeune homme un air décidé sur le visage qui lui rappela sa muse.
« Je t’aiderais mon fils quoi qu’il en coûte ! » L’informa l’écrivain une main réconfortante sur son épaule.
« Tu sais que maman va te hurler dessus ! » Lui dit affectueusement Joan.
« Je sais bien mais j’ai l’habitude que ta …enfin qu’elle me crie dessus. » grimaça Rick.
« J’ai hâte de voir cela ! » s’exclama Joan en éclatant de rire.
L’écrivain leva un sourcil toisant sévèrement son rejeton, dissimulant le sourire qu’il sentait fleurir sur ses lèvres face à la remarque espiègle du jeune garçon. Ce dernier baissa piteusement les yeux, mais il ne put retenir un sourire. Il était au comble du bonheur et avait bien du mal à le cacher. Et pourquoi l’aurait-il fait ?
« Allez c’est l’heure de dormir. Demain nous irons t’acheter des habits. Tu ne vas pas porter les mêmes vêtements pendant tout ton séjour ! » Déclara soudain Rick en avisant l’heure tardive, se rappelant par la même occasion que Kate l’attendait toujours.
« Je t’aime papa ! » sourit le jeune homme en se jetant spontanément dans les bras de son père, prononçant ces mots qu’il brûlait de dire depuis qu’il avait appris à les prononcés.
Rick resta un moment hésitant, bouleversé par ce cri du cœur, puis se ressaisissant, il serra l’adolescent dans ses bras.
« Moi aussi mon fils ! » déclara-t-il sans qu’il puisse empêcher les mots de franchir la barrière de ses lèvres.
Castle borda le jeune homme lui souriant puis sortit de la chambre non sans un dernier regard vers ce fils tombé du ciel. Dans un soupir incrédule, il prit la direction des escaliers, songeant à cette histoire complètement folle. Il redescendit et vit sa muse qui lui tournait le dos, le regard perdu sur la ville. Il soupira pensant au combat qui l’attendait…
Chapitre 3
Sans réellement en prendre conscience, il s’immobilisa au milieu des escaliers, le regard vrillé sur sa si extraordinaire partenaire. De là où il était, il la voyait de profil, les lumières de la ville dansaient sur son fin visage, lui donnant un air angélique et serein. Il était complètement fasciné, subjugué par cette vision enchanteresse de sa muse dont il n’avait pas souvent l’occasion de se repaitre sans qu’elle ne le rappel à l’ordre. On dit que dieu à crée l’homme à son image mais qu’en était-il de la femme ? La femme était aussi une représentation divine, il en était certain lorsqu’il admirait Kate Beckett. Elle était si belle qu’il resta longuement à l’admirer, incapable de se détacher du spectacle qu’elle lui offrait sans même le savoir. Il était fou d’elle, mais elle ne s’en rendait même pas compte, ou refusait de l’admettre. Cette dernière option était la plus plausible car chaque jour, il lui apportait une attention particulière.
Chaque jour il la couvait du regard comme si elle était un chef d’œuvre, une des sept merveilles du monde, et qu’il avait peur qu’en détournant le regard, un habile voleur ne vienne la lui dérober. Elle était devenue le centre de son monde et il avait renoncé aux autres femmes pour elle, à ses frasques. Il était devenu un autre, un homme meilleur, juste pour lui plaire pour qu’elle le regarde, pour qu’elle l’aime en retour mais tous ses efforts semblaient n’avoir aucune importance à ses yeux. Et ils se perdaient dans une danse sans fin au cours de laquelle il exécutait un pas en avant, et où elle en faisait automatiquement deux en arrière, si ce n’était pas plus. Cela le rendait fou. Pourtant le jeune homme endormi au-dessus de leurs têtes était la preuve vivante qu’ils avaient un avenir ensemble. Enfin façon de parler, parce que le sien paraissait bien compromis même s’il ne connaissait pas tous les détails.
Il savait que son fils avait pris de gros risques pour changer cet état de fait, et cela lui suffisait pour savoir qu’il était dans de beaux draps. Son fils… Leur fils… Ne restait plus qu’à convaincre la future maman de la réalité des choses. Et là, c’était quasiment mission impossible. Malgré cela, il devait tout tenter pour lui faire entendre raison, pour qu’elle accepte enfin de s’ouvrir à lui et de laisser une chance à cet avenir qui s’offrait à eux. Bien sûr, il savait que le fait que celui-ci ne se présente pas sous les meilleurs auspices, et que leur fils débarque tout droit du futur ne plaidait pas en sa faveur, mais il sentait qu’il était proche du but. Du moins l’était-il avant l’arrivée de Joan. Il ne craignait qu’une chose à présent, que Kate se renferme derrière sa logique toute cartésienne, et qu’elle s’éloigne de lui plutôt que d’accepter d’écouter son cœur. Et alors que son regard ne la quittait pas il constata au soupir qu’elle poussa, qu’elle était perdue dans ses pensées.
Il avisa ses épaules crispées, ses jambes arquées dans une attitude défensive, et sans la voir, il pouvait deviner son expression contrariée et butée, la bataille s’annonçait rude et sans pitié. Conscient qu’il ne pouvait rester là indéfiniment à se délecter de sa vue, il se décida à la rejoindre. Lentement, presque à reculons, il entreprit de parcourir la courte distance qui les séparait, se faisant l’impression d’être un condamné à mort qui se rendait sur la chaise, s’apprêtant à faire face à son bourreau. Soupirant, il l’appela à plusieurs reprises mais elle ne lui répondit pas, trop absorbée par ses songes. Il s’approcha donc silencieusement de l’endroit où elle se tenait, ne voulant pas lui faire peur au risque de se faire descendre si elle se sentait menacée. La dernière chose qu’il voulait, c’était la braquée avant même qu’ils n’aient entamée cette discussion qui promettait d’être houleuse, voire même épique.
Perdue dans ses réflexions, Kate n’entendit pas son partenaire s’approcher, et ce n’est que lorsqu’elle sentit une main se poser sur son épaule qu’elle sursauta violemment et se retourna vivement, frissonnante. Elle détestait être surprise de la sorte, surtout parce que cela témoignait de sa vulnérabilité, et qu’elle n’aimait pas montrer cette part de sa personnalité à qui que ce soit. Pourtant ce n’était que Castle, mais les vieux réflexes avaient la vie dure, et même si elle apprenait lentement à se laisser aller avec lui, il y avait parfois encore des moments où elle ne pouvait simplement pas se le permettre, et aujourd’hui était une de ces situations, celle ou si elle abaissait ses barrières, elle perdrait toute raison et en cet instant elle avait besoin de cette dernière. Elle devait rester forte si elle voulait lui faire entendre raison et lui faire comprendre qu’aussi inoffensif que puisse paraître être Joan, il ne devait pas pour autant lui accorder sa confiance.
Et elle espérait vraiment qu’elle y parviendrait sans se fâcher avec son partenaire car elle ne supportait pas leurs brouilles. À chaque fois qu’ils s’étaient violement disputés, elle avait eu du mal à s’en remettre à penser à autre chose. Cela l’avait toujours affectée plus qu’elle ne l’aurait voulu, et plus qu’elle n’était prête à l’admettre ouvertement, mais elle ne voulait pas se quereller avec lui au risque de le voir s’éloigner d’elle. La voix chaude de l’objet de ses pensées la ramena à l’instant présent, et avec un froncement de sourcils, elle reporta son attention sur lui, soupirant avant d’affronter l’adversaire.
« Pardon Kate, je ne voulais pas vous faire peur. Je vous ai appelée plusieurs fois mais vous sembliez absorbée par vos pensées. » S’excusa-t-il avec un sourire penaud.
Kate poussa un nouveau soupir imperceptible devant la mine repentante d’enfant facétieux de son partenaire. Elle sentit son expression sévère disparaître bien malgré elle, et un sourire étirer ses lèvres sans qu’elle puisse l’empêcher. C’était chaque fois la même chose. Il suffisait qu’il la regarde pour qu’elle se sente fondre, et les choses empiraient alors que ses sentiments pour lui s’imposaient de plus en plus à elle, grandissant au point de l’étouffer. Et plus elle luttait et plus elle sentait cette impression d’oppression en elle, comme si son corps lui-même tentait de lui faire comprendre qu’il était temps pour elle de faire quelque chose avec ses sentiments. Heureusement qu’elle se maîtrisait suffisamment pour ne pas se trahir, et qu’il ne soupçonnait pas la vérité, parce que dans le cas contraire, elle ne donnait pas cher de sa peau. S’il savait, il mettrait sûrement tout en œuvre pour la faire craquer et là elle serait incapable de se contrôler plus longtemps.
Instinctivement, elle recula d’un pas, voulant mettre le plus de distance entre eux. Leur proximité devenait chaque jour un peu plus difficile à gérer pour elle, et elle voulait conserver sa capacité à réfléchir clairement. Ce qui n’était pas chose aisée alors que tout ce à quoi elle pouvait penser lorsqu’ils étaient si proches l’un de l’autre que son odeur boisée l’entourait, l’attirant inexorablement vers lui, était qu’elle aurait donné n’importe quoi pour se jeter dans bras pour lui faire l’amour comme elle en mourrait de plus en plus d’envie. Dans ces moments-là, elle avait d’énormes difficultés à trouver de véritables raisons de ne pas céder à ses envies pour simplement sauter sur son écrivain et laisser libre court à cette tension amoureuse qui les liait l’un à l’autre. Mais elle sentait confusément que ce n’était pas encore le bon moment, et cette histoire autour de Joan la poussait à se montrer plus prudente que jamais.
Dans l’hypothèse, hautement improbable pour elle, que toute cette histoire soit vraie, elle ne voulait pas qu’il se passe quoi que ce soit entre eux dans le seul but de sauver le présent pour préserver le futur. Elle ne supporterait pas que Castle s’éloigne d’elle après qu’ils aient sauté le pas sous prétexte que ce n’était pas le bon moment, où pire qu’il ait pris conscience qu’être avec elle sur le long terme n’était pas ce qu’il voulait. Non, il n’en était pas question, lorsqu’ils s’uniraient elle voulait le garder auprès d’elle pour toujours, comme leur promesse silencieuse, toujours être là pour l’autre, toujours être présent pour l’autre, toujours appartenir à l’autre. Alors elle garderait ses distances, briderait ses émotions, et camperait sur ses positions. Elle ne voulait pas blesser Castle, mais elle ne voulait pas qu’il se berce d’illusions. Ils n’étaient pas dans un de ses romans, et elle devait le confronter avec la dure réalité de l’existence.
Face au recul de sa partenaire, qu’il interpréta comme un énième rejet, Castle laissa mollement retomber sa main, et soupira en la passant dans ses cheveux, comment pouvait-il encore être surprit. S’il avait espéré que cette histoire les rapprocherait, il en était pour ses frais. Visiblement Kate n’était pas prête à se laisser amadouer, et plus que jamais il percevait ce gouffre qui les séparait sur le plan émotionnel. Autant ils étaient en parfaite symbiose sur le plan intellectuel, autant ils étaient séparés par un océan de doutes et d’incompréhension lorsqu’ils en venaient à leurs sentiments. Lui qui arrivait à si bien lire en elle était parfois perdu face au mur qu’elle lui opposait, et ne savait plus à quel saint se vouer. Les signaux qu’elle lui envoyait étaient si contradictoires que même le meilleur décodeur au monde ne parviendrait pas à décrypter le mystère que représentait Kate Beckett. Un sourire apparut sur son visage en songeant que les meilleurs analystes de la CIA s’y casseraient les dents, mais il ravala bien vite son sourire en avisant le regard noir que lui adressait sa muse.
« Je vais vous montrer où dormir ! » Lui dit-il en désignant son bureau, se détournant d’elle à regret.
Passant devant elle pour lui emboîter le pas afin de lui montrer où passer la nuit, il se demanda encore une fois comment ils avaient pu concevoir Joan. S’il n’était pas certain que la preuve vivante de leur amour dormait au-dessus de leurs têtes, il penserait tout simplement qu’un tel miracle ne se produirait jamais. Comment pouvait-il imaginer avoir un enfant avec cette femme alors que sa proximité semblait l’insupporter ? Que le simple fait qu’il puisse l’aimer toute une nuit, concevant un miracle, leur miracle, paraissait si absurde aux yeux de sa muse, qu’il se surprenait lui-même à douter qu’un tel jour puisse arriver. Pourtant, il continuait d’y croire, envers et contre tous, et continuerait de le faire jusqu’à ce que Kate décide enfin pour eux. Son cœur était entre ses mains, et il n’espérait qu’une chose, qu’elle ne le réduirait pas en miette. Mais cet espoir n’était-il pas le plus illusoire de tous alors qu’elle le lui brisait chaque jour un peu plus par son indifférence ? Car plus le temps passait, moins il espérait, et plus son cœur s’émiettait. Secouant la tête, il se passa une main dans les cheveux, achevant de les ébouriffés, et poursuivit son chemin sans même vérifier que Kate le suivait.
« Castle ! » l’appela t’elle, bien décidée à mettre les choses au point à propos de Joan.
Tiré de ses pensées par la voix de sa muse, il sursauta légèrement au moment où il atteignait son bureau, et il se retourna pour l’interroger du regard. Incapable de s’en empêcher, il espérait un geste de sa part qui lui remonterait le moral et lui prouverait qu’il avait mal interprété son recul, mais la lueur qui brillait dans le regard de sa belle n’avait rien de sensuelle. Bien au contraire, il connaissait ce regard pour l’avoir vu au cours des disputes qui les avaient opposées l’un à l’autre, et il grimaça en songeant que la discussion qui se profilait allait être encore plus difficile que ce qu’il avait imaginé, et un nouveau soupir lui échappa, dépité.
« Oui ? » souffla-t-il avec un mélange de défaitisme et de lassitude.
« Nous devons parler de ce garçon ! » déclara-t-elle fermement, sans tenir compte de la tristesse qui se dégageait de son partenaire.
Malgré l’étau qui serrait son cœur à l’idée de lui faire mal, elle ne devait pas oublier son objectif. Elle ne voulait pas le faire souffrir, mais elle refusait de le laisser se faire manipuler par ce jeune homme aux allures d’ange même s’il leur ressemblait, même si on lui aurait donné le bon dieu sans confession, même si elle l’appréciait au-delà de ce qu’elle aurait voulu. S’il fallait qu’elle se montre dure avec lui, avec son Castle, elle n’hésiterait pas. Elle saurait se faire pardonner plus tard, lorsque toutes menaces auraient été écartées, elle s’ouvrirait à lui, lui montrant qu’elle était prête. Mais pour le moment, sa sécurité était ce qui importait le plus, et tant pis si elle devait le heurter dans ses sentiments, ou le braquer contre elle. Il était comme un enfant sur qui elle devait sans cesse veiller afin de l’empêcher de se blesser parce qu’il était trop inconscient et confiant pour se rendre compte seul des risques qu’il prenait.
Malgré son âge, il était parfois trop innocent, trop pure pour se défendre et c’était son rôle en tant que partenaire. C’était à elle de veiller à ce qu’il soit en sécurité, même si ça voulait dire endosser le costume de la méchante, de sans cœur. En soupirant, elle se demanda si un jour elle pourrait agir autrement avec lui, ou bien si elle était condamnée à passer pour la vilaine sorcière auprès de son écrivain. Elle trouvait cela assez épuisant de toujours devoir refouler ses véritables sentiments pour ne pas se trahir. Mais au fond tout cela était ridicule, elle le faisait par habitude car depuis bien longtemps déjà elle savait que son attitude n’était que mascarade idiote. Mais elle avait tant l’habitude de se dissimuler derrières des faux semblants et des apparences trompeuses, qu’elle ne savait plus comment agir autrement. Alors elle réapprenait, très lentement, et tout ce qu’elle espérait, c’était que Castle soit au bout du chemin lorsqu’elle serait rendue là où elle voulait tant être.
Dans un silence de mauvais augure, il pénétra dans son office suivit de la jeune femme, et d’un geste de la main l’invita à s’asseoir sur le sofa pendant qu’il allait poser ses fesses sur le bord de son bureau. Mais ne tenant pas en place alors que le silence s’éternisait, il se redressa et alla se servir un verre, espérant y puiser le courage nécessaire à la discussion houleuse qui se profilait. Se rappelant ses bonnes manières, il en proposa un à Kate, mais sans grand étonnement, celle-ci refusa, préférant garder le contrôle de ses pensées. Bien sûr Kate Beckett maîtrisait toujours tout se dit-il, un brin caustique.
« Vous avez conscience que ce garçon ne peut et ne pourra jamais être notre fils ? » attaqua-t-elle sans préambule, déterminée à faire entendre raison à sa tête de mule de partenaire.
Bien qu’il se soit attendu à la réaction de sa muse, toute en déni, elle n’en était pas moins douloureuse pour lui. Chaque fois qu’elle réaffirmait l’impossibilité de leur parentalité, il avait l’impression qu’elle lui perforait le cœur d’une lance, et qu’elle y prenait plaisir. Pourtant, il savait que s’il plongeait son regard dans le sien, il n’y lirait qu’inquiétude à son égard, et peut-être aussi une pointe d’exaspération, mais rien de malveillant. Mais il ne voulait pas de ces sentiments-là. Lui ce qu’il voulait, c’était qu’elle l’aime tout simplement. Et c’était bien le seul sentiment que Kate Beckett semblait incapable de nourrir à son encontre. La culpabilité qui naissait parfois dans son regard lorsqu’il laissait entrapercevoir son amour pour elle en était un assez bon indicateur. Oui, aimer Kate Beckett semblait une cause perdue d’avance, il le lisait dans son regard, mais malgré cela, il ne pouvait s’empêcher d’espérer que peut-être, un jour…
Dans un soupir et sans la regarder de peur de défaillir face à ses si merveilleux yeux, il avala son verre cul sec, comme pour y puiser le courage et la force dont il allait avoir besoin pour mener cette discussion à son terme, et dans le même mouvement, s’en servit un second bien tassé. Prenant une profonde inspiration, ravalant encore sans respirer le second élixir, il se tourna résolument vers Kate, et d’une démarche assurée, vint s’asseoir à ses côtés, priant mentalement tous les saints du paradis et même les déchus, de parvenir à plaider la cause de Joan auprès de sa tête de mule de partenaire. Il avait promis à son fils, leur fils, qu’il ferait tout pour amadouer sa mère et lui faire entendre raison, et il n’allait pas baisser les bras devant la première rebuffade. Lui aussi pouvait être têtu. Il savait la tâche ardue, voire impossible, surtout lorsque l’on connaissait le caractère buté et inflexible de sa muse, mais il n’abandonnerait pas le combat sans avoir lutté de toutes ses forces. Sans avoir fait entrevoir a sa muse qu’ils pouvaient avoir une liaison sérieuse qui aurait donnée un bébé.
« Ecoutez Kate ! » commença-t-il en plongeant son regard dans le sien « Je sais que c’est fou mais ce petit sait certaines choses que moi seul est sensé savoir ! » tenta-t-il espérant vainement qu’elle ne voudrait pas en savoir plus.
La jeune femme le regarda, plongeant ses iris verts dans celles bleutées de son partenaire. Elle y lisait tant de sincérité, d’amour et de confiance envers celui qu’il considérait déjà comme leur fils, qu’elle en fut une nouvelle fois troublée. Mais son trouble s’accompagnait d’un sentiment d’agacement. Il n’y avait aucun doute que Castle s’attachait à ce petit, bien trop au goût de Kate qui savait qu’il ne pouvait que ressortir blessé et désabusé d’une telle histoire. Comment pourrait-il en être autrement alors que cet adolescent ne pouvait pas être celui qu’il prétendait être ? Oui, Castle aurait le cœur en pièces, et c’était justement ce qu’elle voulait éviter, quitte à se montrer particulièrement dure envers le jeune homme. Son écrivain était sa priorité et son devoir était de protéger sa vie mais aussi son cœur. Elle ne voulait pas le voir anéantis par ce mensonge.
Elle savait que sous son air joviale et gai, se cachait un homme sensible qui avait été blessé plus d’une fois dans sa vie, bien qu’à leurs rencontre, elle ne l’avait pas compris, aujourd’hui elle savait, oui elle savait que son attitude désinvolte et insouciante cachait bien plus que de simple gamineries d’un homme enfant. Désireuse de le convaincre, elle posa une main sur la sienne et le sentit frémir au contact. Il commença à remuer la main, et elle crut qu’il allait la retirer, mais au lieu de ça, il serra la sienne, emprisonnant ses doigts entre les siens, caressant de son pouce le dos de sa main. Elle frémit à son tour mais se reprit vite, pas question de se laisser aller, du moins pas encore.
« Peu importe ce que cet enfant vous a dit, tout est faux. Il est juste très bien renseigné Castle. » Souffla-t-elle fermement.
Dans un mouvement plus brusque qu’il ne l’avait voulu, mais qui ne cachait en rien l’exaspération qu’il ressentait, Castle ôta sa main de la sienne, fronçant les sourcils en soupirant profondément. Cette femme allait le tuer. Pourquoi fallait-il toujours qu’elle ait raison ? Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement accepter que parfois la vérité n’était pas là où l’on pensait la trouver et qu’il fallait simplement faire confiance aux gens ? Pourquoi ne pouvait-elle simplement lui faire confiance ? Pourquoi refusait-elle toujours d’écouter ses sentiments pour privilégier sa raison ? Encore et toujours.
« Non Kate pas cette fois. Personne ne pouvait savoir ce qu’il m’a appris ! » Répliqua-t-il tout aussi fermement, la défiant du regard.
« Que vous a-t-il révélé qui vous ai convaincu ? » lui demanda-t-elle en soupirant.
« Une chose que même Gina ne savait pas ! » affirma-t-il posément, refusant de trop lui en apprendre.
L’évocation de son éditrice eut pour conséquence de braquer encore plus Kate qui grimaça. Elle n’appréciait pas cette femme qui lui avait volé une fois son écrivain, même si elle en était responsable. Elle ne pourrait probablement jamais oublier ce sentiment de trahison qu’elle avait ressenti en les voyant ensemble, et Josh avait été l’antidote idéal, et la façon de rendre la monnaie de sa pièce à Rick, les intérêts en plus. Bien sûr, lorsqu’elle s’était rendue compte de ce qu’elle faisait, elle n’avait pas su comment arrêter ça, et avait laissé les choses aller trop loin. Ce n’était que lorsqu’elle avait failli à nouveau perdre Rick, qu’elle avait compris qu’il fallait qu’elle arrête les frais maintenant. D’autant que même si Josh ne lui avait rien dit, elle avait senti à sa façon froide et méprisante de parler de Castle, qu’il s’était passé quelque chose entre eux, quelque chose qui expliquait l’absence de son écrivain. Non pas qu’elle était toute blanche puisse qu’elle lui avait demandé d’attendre, mais elle savait que Josh avait probablement sa part de responsabilité, et cela lui avait facilité la tâche.
Rick avait rompu avec Gina, et le moins qu’elle pouvait faire était d’en faire autant avec Josh. Elle refusait peut-être d’assumer ses sentiments, mais elle ne voulait plus être la cause d’une souffrance inutile, elle avait vu de si nombreuses fois son regard joyeux s’éteindre à l’évocation de Josh. Mais malgré tout le statu quo était maintenu entre eux, et ils avançaient sur des œufs. Ils faisaient un pas en avant, deux pas en arrière, et elle savait bien que c’était uniquement de sa faute. Et cette danse infernale prendrait fin lorsque Castle se lasserait de l’attendre en vain et qu’il la quitterait pour toujours. Alors entendre parler de Gina n’était pas pour lui plaire. Elle refusait que celle-ci joue encore les voleuses d’homme. Et alors qu’elle aurait dû se réjouir que celle-ci ne sache pas tout de la vie de Rick, cela ne fit au contraire que la confortée dans l’idée que Joan n’était pas ce qu’il prétendait être, et qu’il avait tout simplement trouvé les bons mots pour manipuler son partenaire et lui faire croire son impossible histoire.
« Il est adorable, beau, intelligent, nous ressemble mais encore une fois, il ne peut être notre fils ! » répéta-t-elle inlassablement en martelant chaque mot, comme pour mieux imposer son point de vue à son écrivain.
« Pourquoi Kate ? Parce que le fait d’enfanter mon fils vous est si abominable que vous ne pouvez l’imaginez ? » S’enquit-il d’un ton tranchant et froid.
La jeune femme sursauta au ton de son partenaire, et écarquilla les yeux en lisant de la colère dans son regard habituellement rieur et tendre mais également de la tristesse et de la déception. Jamais encore il ne lui avait adressé la parole de cette façon, et elle frissonna sous son regard implacable. Elle avait su que cette discussion serait difficile, mais elle n’avait pas prévu que cela risquait de la brouiller avec son ami. Pourtant, elle aurait dû envisager ce scénario. Castle pouvait être très têtu lorsqu’il croyait en quelque chose, et pour lui il ne faisait aucun doute que Joan était son enfant. Dès lors, s’en prendre à lui était aussi grave et impardonnable à ses yeux que de s’en prendre à Alexis. En soupirant, elle se mordilla furieusement la lèvre alors qu’elle se demandait ce qu’elle devait faire pour apaiser la colère qu’elle sentait gronder en son écrivain. Mais avant qu’elle ait pu échafauder un plan, il reprit la parole avec virulence.
« Que nous puissions connaître un tel bonheur ensemble est-il à ce point inconcevable et horrible pour vous ? »S’enquit l’écrivain en plantant son regard de glace dans celui d’émeraude de sa partenaire.
Kate ne savait que répondre à cette question pour le moins délicate. Bien sûr que non, elle l’envisageait depuis que Maddy lui avait fait remarquer avec espièglerie qu’elle voulait des bébés Castle, manière détournée de lui faire savoir qu’elle avait compris que malgré ses protestations, elle était amoureuse de son partenaire mais qu’elle ne s’en rendait pas encore compte, mais cela était tout bonnement impossible. Bon sang elle était quand même bien placée pour savoir si elle avait déjà eu un enfant ou pas. Ce n’était pas le genre de chose que l’on oubliait d’un claquement de doigts. Surtout pas quand le père du soi-disant enfant se trouvait être Richard Castle. Et elle était sûre d’une chose. Le jour où Castle et elle sauteraient le pas et feraient l’amour, elle s’en souviendrait, et lui aussi. Mais elle n’avait jamais eu de bébé, et au rythme où allaient les choses, elle doutait fort d’en avoir un jour. Et cette histoire de voyage dans le temps. Totalement risible.
Elle avait l’impression d’avoir plongé dans un mauvais remake de Retour vers le futur. Non décidément, comment pourrait-elle croire à une histoire aussi aberrante. Elle voulait bien être gentille, mais il y avait des limites à ce qu’on pouvait lui faire avaler. Et cette histoire en faisait définitivement partie. Et ce qu’elle ressentait en présence de ce garçon n’entrait pas en ligne de compte. L’attirance spontanée et inexplicable qu’elle éprouvait pour lui tenait probablement du fait qu’il ressemblait tant à son partenaire. C’était la seule explication logique, et c’était celle à laquelle elle choisissait de croire.
« Castle je n’ai jamais dit cela mais écoutez-vous voyons ! Vous croyez un jeune homme qui se prétend notre fils venant du futur ! Admettez que cela est plus que ridicule ! » Déclara-t-elle finalement en dissimulant son trouble derrière des répliques cinglantes.
L’écrivain la toisa sévèrement piqué au vif puis ouvrit et ferma la bouche. Que répondre à cela ? Elle avait raison. C’était surnaturel, mais il sentait au plus profond de son âme que Joan était autant son enfant que l’était Alexis, et les faits ne mentaient pas. Joan savait des choses que personne d’autre ne savait. Et elle, ne ressentait-elle pas ce lien ? Comment pouvait-elle ignorer cette force d’attraction qui la poussait vers ce jeune garçon ? Avait-elle à ce point la faculté d’étouffer ses sentiments dans l’œuf, qu’elle était devenue imperméable à cette tendresse naturelle qu’elle ressentait envers Joan ? Etait-elle aussi froide que ses agissements le laissaient penser ? Il sentait le doute s’infiltrer en lui tel un serpent sournois, et s’en voulait de penser cela d’elle, mais l’entêtement dont elle faisait preuve le faisait plus que jamais douter. De peur de dire quelque chose qu’il pourrait être amené à regretter, il s’écarta vivement d’elle, lui tournant le dos et se leva pour faire quelques pas, espérant calmer la colère qu’il sentait gronder en lui. Il refusait de s’aventurer plus loin dans cette discussion stérile qui ne ferait qu’aboutir à une énième dispute.
« Vous savez quoi Beckett ? Votre problème c’est que vous ne croyez en rien même en l’évidence ! » Marmonna-t-il vertement.
Ressentant le besoin de prendre ses distances, il sortit du bureau, mais s’immobilisa sur le seuil de la pièce, et sans se retourner, lui désigna du doigt la porte de sa chambre.
« Cette porte vous mènera à votre chambre, bonne nuit détective ! » Lui déclara-t-il sur un ton sibérien qui la glaça sur place.
Castle était blessé. Encore une fois il se sentait rejeter par la femme qu’il aimait. Il avait beau avoir su que la conversation serait difficile, il n’avait pas prévu qu’elle se terminerait de cette façon. Pourtant il pensait avoir envisagé tous les scénarios possibles, mais comme toujours Beckett avait réussi à le surprendre, et pas de la plus agréable des façons. Lui qui se targuait de la connaître mieux qu’elle-même ne s’était pas attendu à une réaction aussi excessive de sa part. A moins que ce ne soit lui qui ne soit trop impliqué émotionnellement ? Mais comment pouvait-il ne pas l’être alors que son fils dormait là-haut et qu’il était sa seule chance dans ce monde où il n’avait pas sa place ? Alors peut-être avait-il tort de lui faire confiance, peut-être était-il aussi ridicule que ce que sa partenaire avait laissé entendre, mais il refusait de laisser cet adolescent livré à lui-même. Même si aucun lien de parenté ne le liait à ce jeune homme, il ne pourrait plus se regarder en face si jamais il lui arrivait malheur.
Il était en son pouvoir d’aider ce garçon, et il le ferait, n’en déplaise à sa muse. Parce que Joan était en danger, cela ne faisait aucuns doutes à ses yeux. Il avait reconnu la peur qui avait embrasée son regard alors qu’il lui racontait son histoire. Et il avait suffisamment assisté aux interrogatoires que menaient Beckett pour ne pas reconnaître une vérité lorsqu’il en entendait une. Alors peut-être que ce récit futuriste paraissait irréaliste et hautement improbable, il y avait bien trop de détails véridiques pour qu’il n’accorde pas un minimum de crédits à Joan. Et il ne comprenait pas que Kate refuse au moins de faire l’effort d’en faire autant. Il ne lui demandait pas de lui accorder une confiance aveugle et absolue, mais au moins de lui laisser le bénéfice du doute. D’envisager que peut-être il puisse dire la vérité. Et ne comprenait-elle pas ? Lui, il comprenait qu’elle ait des doutes mais elle le prenait pour un fou, le ridiculisant encore, ne prenant pas son avis en compte.
Elle trouvait le fait d’avoir un enfant avec lui si risible qu’elle ne l’envisageait pas une seconde. Il comprenait que la pilule soit difficile à avaler, mais il ne s’attendait pas à ce qu’elle refuse tout net d’envisager quelques secondes cette éventualité. Elle n’avait même pas émis l’hypothèse que Joan puisse dire la vérité, ne lui laissant pas la moindre chance de s’expliquer et de lui prouver qu’il était bel et bien leur fils. Parce que pour elle il n’était rien d’autre qu’un ami, et encore, au vue de son comportement et de sa réaction, il commençait de plus en plus à se poser de sérieuses questions quant à la véritable nature de leur relation, elle n’arrivait pas à imaginer qu’ils puissent un jour devenir parents ensemble. Malgré la ressemblance, malgré les faits, elle niait tout en bloc avec l’énergie du désespoir, et il en venait encore et toujours à se demander comment ils avaient pu concevoir leur enfant.
Il devait être l’opération du saint esprit sans aucun doute ! A moins qu’il ne soit le fruit d’une nuit d’ivresse qui aurait eu une fin inattendue ? De par les indiscrétions de Lanie, lorsqu’elle pensait qu’il n’entendait pas, il savait qu’il était déjà arrivé à Kate de finir la nuit avec un homme qu’elle ne connaissait pas après avoir un peu trop abuser de la boisson. Des aventures d’un soir qui restaient sans lendemain. Mais il avait du mal à croire qu’après tout ce qu’ils avaient partagés, vécu ensemble, c’est tout ce qu’il puisse devenir pour elle, juste une erreur dû à l’alcool qui aurait eu une répercutions définitive pour eux, les liant à vie. Il avait beau retourné le problème dans sa tête, il ne parvenait pas à comprendre ces malentendus qui ne cessaient de les séparés. A croire qu’ils n’étaient pas destinés à finir leur vie ensemble en dépit des sentiments profonds et sincères qui les unissaient.
L’idée le faisait atrocement souffrir, et il la repoussa avec l’énergie du désespoir, mais une petite voix au fond de lui continuait de lui souffler que peut-être que Kate n’était pas celle avec qui il passerait le restant de ses jours. Abattu et sentant la migraine élire domicile sous son crâne, il se laissa lourdement tomber sur le canapé du salon. Le dos voûté, il posa ses coudes sur ses genoux et laissa sa tête tomber lourdement dans ses mains. Se massant les tempes, il ferma les yeux et prit de profondes inspirations pour tenter de se calmer. Il ne devait pas perdre son calme et surtout il devait lutter contre son envie de retourner la voir pour lui faire part du fond de sa pensée. Il savait que s’il faisait ça, il ne ferait qu’envenimer un peu plus la situation, la braquant irrémédiablement contre Joan. Et le petit ne devait pas être pris entre deux feux. Il ne devait pas voir leur désaccord lui retomber dessus. Il ne le permettrait pas.
Se redressant péniblement, il laissa son regard se poser sur la porte de son bureau, et il frissonna en imaginant Kate juste derrière. Et pour la première fois depuis qu’ils étaient partenaires, il ne supporta pas d’être si proche d’elle. Il avait besoin de s’éloigner, de prendre ses distances. Il lui avait dit qu’il passerait la nuit ici, au cas où elle aurait besoin de lui, mais comme il connaissait son caractère fier et indépendant, il doutait fortement qu’elle vienne lui demander quoique ce soit, il décida finalement d’aller passer la nuit sur le divan de la bibliothèque. Se levant, il grimpa à l’étage sans un regard en arrière, sachant que de toute façon, Kate ne se montrerait pas. Pourquoi le ferait-elle ? La grande Kate Beckett ne se trompait jamais songea-t-il avec amertume. Il se détestait pour avoir ce genre de pensées, mais elle lui donnait parfois des envies de meurtre. Lui qui se prenait pour un pacifiste en prenait pour son grade, mais cette femme avait le chic pour faire ressortir le pire comme le meilleur de sa personnalité. En soupirant, il referma la porte de la bibliothèque derrière lui, et sans prendre la peine de se changer, se laisser tomber sur le divan.
Le départ brutal de Rick laissa Kate figée durant de longues secondes. Et voilà. Elle avait encore tout faux. Pourquoi faisait-elle toujours tout de travers avec lui ? Elle qui parvenait toujours à comprendre les gens et à aligner son comportement en fonction de ce qu’elle lisait en eux ne parvenait à rien dès qu’il s’agissait de Castle, à croire que les ondes qu’il lui envoyait étaient brouillées. Elle qui ne voulait surtout pas qu’ils se disputent avait vu la discussion partir en vrille sans qu’elle ne puisse rien faire pour y remédier, chacune de ses tentatives ne faisant qu’empirer les choses. Elle s’était fait l’impression d’être aux commandes d’un appareil sur le point de se scratcher, et tous ses appels au secours étaient restés sans réponse. Il faut dire qu’elle n’avait pas été particulièrement tendre avec Castle. Mais ça avait été plus fort qu’elle. Le voir s’entêter dans son erreur, refusant de voir l’évidence l’avait rendu folle de frustration et de colère, et elle avait vu rouge. Et voilà le résultat. Ils étaient brouillés.
Et elle savait que temps qu’elle ne lui aurait pas prouvé par A+B que Joan ne pouvait définitivement pas être celui qu’il prétendait être, elle ne parviendrait pas à arranger les choses entre eux. Bien sûr, au matin, ils feindraient tout deux que tout allait bien dans le meilleur des mondes, mais elle savait pour l’avoir déjà trop vécu à son goût qu’une certaine froideur persisterait entre eux, que de longs silences inconfortables s’installeraient, et que Castle s’abstiendrait de faire ces piques humoristiques qui rendaient leurs enquêtes plus fun. Et elle ne supportait pas cette idée. Elle ne voulait pas le voir s’éloigner d’elle, le voir prendre ses distances et faire une croix sur leur relation. Serrant les dents, elle se promit de faire avouer la vérité à Joan dès la première heure. Elle n’allait pas laisser cet adolescent semer le trouble entre son écrivain et elle, pas alors qu’ils étaient devenus plus proches que jamais, et qu’elle commençait enfin à s’ouvrir à lui, même si elle procédait lentement, elle sentait que très bientôt elle serait prête pour lui.
Le seul moyen pour ramener le calme et la bonne entente qui régnait entre eux avant cette histoire, était de parvenir à confondre Joan, et elle serait sans pitié. Quelles que soit les intentions de ce garçon mystérieux, elle ne le laisserait pas faire Finalement, elle se secoua en soupirant et se leva. Traînant des pieds jusqu'à la chambre de son écrivain, elle repensa à leur conversation et à sa maladresse. Elle s’en voulait de s’être emportée ainsi, d’avoir à ce point manqué de tact. Elle aurait voulu lui dire tant de choses, lui dire qu’il n’y avait rien de ridicule à envisager un enfant avec lui car elle aussi y avait pensé plus d’une fois. Comment aurait-elle pu faire autrement ? Alors qu’elle savait mieux que personne quel père formidable il faisait ? Oui, rien ne la rendrait plus heureuse ni plus fière que d’avoir un enfant avec lui. L’idée était plus que séduisante et elle aurait aimé avoir le courage de se laisser aller à le lui confier, mais elle n’avait pas pu, pas encore.
Elle aurait voulu lui avouer qu’il n’y avait rien d’absurde à croire qu’ils puissent avoir un si magnifique garçon, beau comme un dieu grec leur ressemblant à tous les deux, et pourvu d’une grande intelligence. Elle aurait voulu lui dire qu’il n’y avait rien de stupide à penser à une vie d’amour avec lui, bien au contraire, c’était un si beau rêve. Elle aurait voulu lui dire qu’elle ne voyait pas autrement leur vie future, mais sa raison lui dictait toujours et encore la prudence, la méfiance, lui interdisant de croire en ce futur heureux que ce garçon leur faisait miroiter, comme si elle n’y avait pas droit. Elle ne voulait pas se laisser aller à rêver à cet univers de possibilité que l’arrivée de Joan lui offrait si c’était pour se le voir ôter à la première occasion. Elle ne supporterait pas cette ultime désillusion, soupçonnant que la douleur qui en résulterait serait d’une puissance telle qu’elle ne la supporterait pas. Pas après tout ce qu’elle avait déjà encaissé.
Alors elle fuyait, se dissimulant la vérité. Elle souffrait de son attitude, et savait qu’elle faisait souffrir son partenaire, mais elle ne voyait pour le moment pas d’issue au dilemme que la vie lui opposait, et elle s’enlisait chaque jour un peu plus dans cet océan de doutes et de peurs. Pourtant, elle savait que très bientôt, elle devrait prendre une décision, parce qu’elle sentait bien que Castle perdait patience, et que si elle ne se décidait pas, il le ferait pour eux, et d’avance, elle pouvait dire qu’elle n’aimerait pas son choix. Lasse et légèrement découragée, elle pénétra dans l’antre de son écrivain. Son odeur envahit ses narines, et elle ferma les yeux en prenant une profonde inspiration, alors qu’un faible sourire étirait ses lèvres. Puis les rouvrant, elle observa le décor avec curiosité. Cette chambre était telle qu’elle l’avait imaginée. Classe mais sobre, à l’image de son partenaire, elle aurait pensé que la première fois qu’elle y pénétrait, elle ne serait pas seule mais accompagné du propriétaire des lieux.
Elle parcourut la pièce du regard, avant de s’avancer vers une commode, laissant ses doigts caresser les cadres photos représentant Castle et sa fille à chaque étape de sa vie. Elle sourit en constatant une nouvelle fois à quel point il faisait le meilleur père au monde. Sa fille était la personne la plus importante pour lui et bien qu’elle ait été un accident, il la chérissait plus que sa propre vie. Oui il était le meilleur des pères. Son sourire s’évanouit, et elle se laissa tomber sur le lit de son amour, enfouissant son visage dans l’oreiller s’enivrant de lui. Lourdement, elle roula sur le côté, et se laissa emportée par le sommeil. Ses dernières pensées furent pour son écrivain blessé et en colère alors que son odeur l’entourait dans le sommeil, comme une douce couverture.
Chapitre 4 :
Il était près de trois heures du matin lorsque Joan repoussa vivement sa couette. Allongé dans son lit, un bras rejeté au-dessus de la tête, et l’autre posé sur son estomac, il fixait inlassablement le plafond, ses idées s’entrechoquant dans son esprit, l’empêchant de trouver le sommeil. Il pensait à cette folle journée chargée d’émotions. La rencontre avec son père avait été incroyable, et son sourire s’élargit en songeant que celui-ci était encore plus génial que ce que sa mère lui en avait dit. Il avait l’esprit ouvert et lui avait fait instantanément confiance, même s’il était resté sceptique face à son histoire. Ce qui était normal. Il avait bien conscience que celle-ci pouvait paraître farfelue, et pourtant, il était la preuve vivante que les voyages dans le temps étaient réalisables. Et à présent son père, l’homme pour lequel il prenait tant de risques, était convaincu qu’il disait la vérité et était prêt à l’aider. Il aurait dû se réjouir, mais ce n’était pas le cas. Comment le pourrait-il alors qu’il savait que pour lui venir en aide, son père allait devoir tenir tête à sa mère, voire même se disputer avec elle.
Et cette seule idée lui était insupportable. Il avait bien trop souvent entendu sa mère regretter amèrement l’issue de leurs rares mais violentes disputes pour vouloir être la cause de l’une d’elles. Pourtant, il savait cela inévitable, et il s’en voulait d’autant plus qu’il savait que ses parents allaient souffrir tous les deux, chacun de leur côté. Ils ne laisseraient rien percevoir, du moins sa mère car il ne connaissait pas assez son père, bien que ce qu’en avait dit sa maternelle laissait croire que lui aussi cacherait sa peine. Et surtout, il savait bien qu’avec un tel amour ce genre de dispute brise le cœur de l’autre. Et comme tous les enfants, il détestait être au cœur des querelles parentales. Tout ce qu’il espérait, c’était que les choses s’arrangeraient rapidement, et que quoi qu’ils se soient dit ce soir, ils sauraient vite en faire fi et retrouver leur complicité de toujours. Et sa mère lui ayant confié que son père était la personne qui l’exaspérait le plus sur terre, capable de la faire enrager en moins d’une seconde, il était aussi la seule personne sur cette planète à savoir l’apaiser d’un seul regard.
Et il souhaitait vraiment que cette fois plus que jamais, son père userait de ce pouvoir apaisant qu’il avait sur sa mère afin de ne pas laisser les choses empirer et empêcher sa conception. Même s’il était prêt à y laisser la vie, il souhaitait vraiment pouvoir grandir auprès d’eux. En soupirant, il se demanda ce que faisait sa maman en cet instant. Etait-elle à l’hôpital avec son père ? S’inquiétait-elle pour lui ? Ou bien avait-il déjà tant modifié l’avenir que rien de cela ne s’était produit ? Et dans ce cas où était-elle ? Etait-elle ici au loft, paisiblement endormie dans les bras de son père, lui dans la chambre d’à côté ? C’était ce qu’il désirait le plus, l’issue la plus favorable, celle pour laquelle il priait ardemment. Mais si ça n’arrivait pas ? Si au contraire il ne faisait qu’envenimer les choses au point que sa mère ne se fâche pour de bon, et qu’elle renie à jamais ses sentiments pour son père ? Et si elle épousait ce médecin dont lui avait parlé sa marraine ? Il n’avait jamais connu cet homme, mais il le détestait.
Il le détestait pour s’être si longtemps interposé entre son père et sa mère. Mais ça encore, il pouvait comprendre. Qui pouvait poser les yeux sur sa mère sans tomber sous son charme ? Petit, il était fier de se promener à ses côtés et de voir le regard admiratif des hommes, des autres papas qui la regardaient avec admiration et envie. Mais jamais sa mère n’y prêtait la moindre attention. Elle disait toujours que son père et lui étaient les seuls hommes dont elle avait besoin pour être heureuse. Alors non, il n’en voulait pas à Josh de ne pas avoir réussi à l’oublier et à aller de l’avant. Ce qu’il n’arrivait pas à pardonner, c’était que celui-ci soit revenu à la charge alors que son père était allongé sur son lit d’hôpital, luttant pour rester en vie. Il savait que sa mère l’avait remis à sa place, qu’elle l’avait traité de tous les noms en lui reprochant de se montrer si insensible face à sa détresse, et il s’en réjouissait, mais il ne pouvait s’empêcher de se demander si elle le repousserait encore cette fois, ou bien si elle lui retomberait dans les bras pour y oublier son père ?
Et surtout serait-il là, lui, pour l’aider à surmonter sa peine, est-ce que sans lui elle serait aussi catégorique avec ce docteur lourdaud ? L’idée lui donna la nausée. Il ne pouvait pas laisser une telle chose se produire, parce qu’il était le mieux placé pour savoir qu’aucun autre homme sur cette terre ne pourrait rendre sa mère plus heureuse que son père. Et tant pis s’il ne devait plus faire partie du tableau, s’il ne devait jamais naître du moment que son père était là auprès de sa mère. Avec le temps, il la ferait bien céder à son charme. Tout ce qu’il voulait, c’était que ses parents soient aussi heureux qu’ils le méritaient, et ils ne pouvaient pas l’être l’un sans l’autre, non ils étaient l’âme sœur séparée, celle qui passe sa vie à rechercher sa moitié. C’était une évidence pour lui, et il n’allait pas laisser quiconque gâcher leur chance de bonheur. Qu’il s’agisse du Dragon, ou d’un ex trop envahissant, surtout pas quand cet ex était Josh. Ce dernier était peut-être quelqu’un de bien, mais personne ne conviendrait jamais mieux que son père.
En grognant, il se redressa, sachant qu’il ne trouverait pas le sommeil en restant là à réfléchir aux pires des scénarios. Au contraire, s’il continuait sur cette voie, il passerait la nuit à se faire des cheveux blancs avant l’âge et serait incapable de faire ce pour quoi il était venu. S’il avait été chez lui, enfin dans son espace-temps, il serait descendu à la cuisine, aurait raflé quelques cookies que sa mère prenait toujours soin de laisser dans une assiette à son intention, les aurait accompagnés d’un grand verre de lait, et serait ensuite allé dans son bureau. Le seul endroit de leur appartement où sa mère ne mettait jamais les pieds. Pas même pour y faire le ménage. Elle disait que c’était son endroit à lui, et qu’elle n’y avait pas sa place. Il aimait qu’elle le respecte suffisamment pour ne pas vouloir empiéter sur cette partie de son intimité. Sa sœur lui avait dit que son père faisait souvent cela, s’enfermer dans son antre pour écrire et qu’il y restait des heures. Personne, n’y rentrait sans qu’il y soit, c’était son sanctuaire.
Ainsi en agissant de la même manière il se sentait plus proche de son père encore. Mais il n’était pas chez lui, et son bureau était encore celui de son père. Il s’y serait bien rendu, mais il doutait d’en avoir l’autorisation. Et il ne voulait pas briser la confiance et le début de relation fragile qu’il avait réussi à tisser avec son père. Se levant, il se mit à faire les cents pas, regrettant de ne même pas pouvoir accéder à la salle de sport de sa mère puisque celle-ci n’était pas encore installée. Il n’allait pas entrer dans la chambre de sa grand-mère en pleine nuit. Il l’avait fait une fois lorsqu’il était petit, juste après un cauchemar, et il en était encore traumatisé. Il s’était enfui de la chambre en hurlant qu’un monstre avait attaqué sa grand-mère et lui avait craché une substance verte et visqueuse au visage. Comment aurait-il pu savoir que les femmes se mettaient ce genre de chose sur le visage pour être plus belle ? Seul le retour de sa mère en catastrophe avait réussi à le calmer, et plus jamais il ne s’était risqué à entrer dans la chambre de son aïeule passé une certaine heure.
Il grimaça à ce souvenir, et secoua farouchement la tête pour chasser cette vision d’horreur. Non, aucune chance qu’il retente l’expérience, il ne voulait pas se retrouver une nouvelle fois confronté à un zombie. Frustré, il se passa une main dans les cheveux, achevant de les ébouriffer, et recommença ses va-et-vient. N’y tenant plus, ayant son ventre qui réclamait son dû, il se dirigea vers la porte de sa chambre, et s’aventura dans le couloir. Il ne faisait rien de mal après tout songea-t-il alors qu’il descendait discrètement les escaliers. Une des choses qui l’empêchait en plus de ses préoccupations sur le sort de ses parents de dormir, était les grognements de son estomac, à croire qu’il n’avait rien avalé depuis plusieurs jours. Comme bien souvent à cette heure de la nuit, il avait soif et faim, et espérait que malgré le décalage temporel, il trouverait son bonheur dans la cuisine. Comme tous les adolescents de son âge, il dévorait comme un ogre, et Alexis l’avait même gentiment qualifié d’estomac sur pattes.
Cela le faisait rouler des yeux chaque fois qu’elle usait de ce surnom peu flatteur, mais il savait qu’elle ne le faisait que pour le taquiner, et que c’était affectueux de sa part, aussi ne s’en formalisait-il pas, même s’il feignait l’indignation à chaque fois. C’était un jeu entre eux, et il adorait ces moments de tendre complicité avec sa grande sœur qu’il adorait plus que tout au monde après sa mère bien sûr. Celle-ci d’ailleurs les observait faire avec un sourire aux lèvres, même si parfois, alors qu’elle ignorait qu’il la regardait, il percevait de la tristesse dans son regard. Un jour il lui avait demandé ce à quoi elle pensait, et elle avait souri en disant que la relation qu’il avait avec Alexis était par de nombreux points similaires à celle que la jeune femme entretenait avec leur père, et qu’elle le traitait de la même façon. Et il n’avait pas eu besoin de plus d’explications pour savoir ce à quoi elle pensait dans ses moments-là. Elle imaginait simplement ce que serait leur vie à tous si le drame ne s’était pas produit, si son père était là, avec eux.
Et il avait 7 jours pour faire en sorte que ça arrive, que ce futur heureux dont sa mère avait tant rêvé devienne une réalité. Perdu dans ses pensées, il progressa sans encombre dans le noir, connaissant parfaitement les lieux. Son estomac gargouilla bruyamment, et il saliva en pensant aux cookies avec du lait qui l’attendaient dans la cuisine, il accéléra le pas, impatient soudain de vérifier que malgré les années, certaines choses ne changeaient pas. Il avait besoin de ça pour se rassurer soudain, pour être certain que malgré tout, certaines choses étaient immuables, et que son intervention dans le cours naturel des choses ne modifierait pas trop le destin de sa famille. Alors ce n’était peut-être que des cookies, mais en cet instant, c’était le signe dont il avait besoin pour se sentir mieux alors que ses entrailles se nouaient, et pas de faim cette fois. Arrivé aux pieds des escaliers, il se rappela que son père avait prévu de dormir sur le canapé, et machinalement, sa démarche se fit plus légère, et il porta son regard en direction du salon, s’attendant à découvrir la silhouette endormie de son paternel, mais le sofa était vide.
Surpris, il se stoppa en fronçant les sourcils, et ses yeux se portèrent sur la porte de la chambre de ses parents. Enfin seulement de son père pour le moment. Sa mère devait y être, mais où était passé son père ? Etait-il avec elle ? Avait-il réussi à la convaincre ? Passaient-ils la nuit ensemble ? Sa mère s’était-elle enfin ouverte à son père, le laissant franchir ses barricades ? Non, il était bête. Même si la discussion s’était bien passée, il savait que sa mère bloquait encore trop vis-à-vis de ses sentiments pour que les choses atteignent ce stade dès à présent. Un fin sourire étira ses lèvres en songeant que sa mère n’était pas une femme facile, et que même le fait d’être follement amoureuse ne la décidait pas à céder à son père. Pourtant, dans cinq jours, elle allait se laisser aller, et passerait sa première nuit d’amour avec son père, et cette idée l’emplissait de joie, même s’il était inquiet à l’idée d’avoir modifié ce point et que rien ne se produise. Mais si c’était le cas, il ne serait plus là pour voir cette catastrophe se produire.
La seule chose qui le consolait, c’était que ses parents auraient tout le temps pour se parler et construire leur histoire, puisque le Dragon ne serait plus. Tristement, il reporta son regard sur le divan déserté, et en revint à sa première préoccupation. Mais où était passé son père ? Il l’avait pourtant entendu dire qu’il dormirait sur le divan du salon. Alors que s’était-il passé pour qu’il ne soit pas là ? Avec inquiétude, il réfléchit aux différentes options avant de finir par se souvenir que la bibliothèque du haut possédait également un sofa et que son père devait s’y trouver. Ce qui signifiait également que la conversation avait dû tourner à l’orage entre ses parents. C’était la seule chose qui expliquait que son père soit allé dormir à l’étage alors que sa muse, la femme dont il était éperdument amoureux se trouvait à quelques pas de lui. Et il sentit à nouveau la culpabilité l’envahir, parce qu’avant son arrivée, leur relation était au beau fixe, et il était bien placé pour savoir qu’ils étaient proches de franchir enfin cette limite que sa mère avait définie lors de leur première rencontre.
En secouant la tête, il sut que ce n’était pas cette nuit que sa mère se laisserait convaincre par son identité. Il allait devoir trouver quelque chose par lui-même. Il devait juste trouver le détail irréfutable qui ne laisserait planer aucun doute en elle. Mais là tout de suite, tout ce à quoi il pensait serait rejeté sans appel, pouvant être découvert par le biais d’une enquête auprès de personnes proches de leurs vies. Il devait réfléchir, et il n’y parvenait jamais mieux qu’avec l’estomac bien rempli. Aussitôt, son désir de cookies et de lait refit surface, et il reprit son avancée vers la cuisine. Il se doutait bien que son père devait avoir cela car Alexis était la reine des cookies. Elle adorait en faire presque autant qu’il aimait les manger, même s’il avait une préférence pour ceux que lui préparait sa maman. Mais il avait eu l’intelligence de ne pas le dire à sa sœur, de crainte qu’elle ne se vexe et refuse de lui en préparer. En souriant, il imagina la tête que ferait Alexis si elle percevait ses pensées, et rigola tout seul.
Il adorait Alexis, et ne voulait pas lui faire de la peine, d’autant qu’il aimait vraiment les gâteaux qu’elle lui préparait, mais ceux de sa maman avaient une saveur particulière. Il ne saurait exactement expliquer pourquoi, mais c’était ainsi. Mais sa mère n’avait que très rarement le temps de lui en préparer, aussi c’était Alexis qui en règle général s’assurait qu’il ait toujours une provision de cookies pour rassasier son appétit dévorant. C’était donc généralement la jeune fille qui lui en faisait lorsqu’il était enfant. Un jour, elle lui avait préparé des cookies aux pépites de chocolat à la nougatine, et il avait immédiatement affirmé qu’il s’agissait de ses préférés, et qu’elle ne devait plus en faire d’autres. La bouche pleine, il avait attendu qu’Alexis rigole et lui promette que ce serait le cas, mais elle était restée longuement à l’observer, les yeux brillants de larmes. Sur le moment, il n’avait pas compris ce qu’il avait pu dire pour la bouleverser ainsi, jusqu’à ce que sa mère lui révèle que ces cookies étaient aussi les préférés de leur père, et que c’était la première fois depuis l’accident qu’Alexis en cuisinait pour un autre que lui.
S’en voulant d’avoir fait de la peine à sa grande sœur chérie, il était allé la trouver et lui avait fait un gros câlin pour se faire pardonner. Il lui avait ensuite dit qu’il ne voulait pas de ces cookies et qu’elle n’était pas obligée de lui en faire. Mais elle lui avait souri en lui ébouriffant les cheveux, et avait promis de lui en cuisiner régulièrement, heureuse de les préparer juste pour lui. Lorsqu’il arriva enfin dans la cuisine, il perçut une faible lueur qui lui fit froncer les sourcils. Qui pouvait bien avoir eu la même idée que lui ? Il élimina d’office sa mère, sachant qu’elle n’était pas du genre à se faufiler dans la cuisine en pleine nuit, surtout si ce n’était pas la sienne. Son père ? Non, même s’il avait faim cette nuit, il ne descendrait sûrement pas afin de ne pas tomber sur sa partenaire. Sa grand-mère était hors course, ne restait donc plus qu’Alexis. Se faisant encore plus silencieux, se réjouissant de surprendre sa grande sœur en flagrant délit de fringale nocturne, il atteignit le comptoir de la cuisine, et découvrit effectivement l’adolescente penchée en avant, la tête dans le frigo.
Etouffant un rire en se remémorant toutes les fois où les rôles étaient inversés et où c’était elle qui le surprenait dans cette position, il sourit alors qu’une impression de déjà vu le frappait. Combien de fois cette scène s’était-elle répétée lorsqu’il était enfant ? Il aurait dû savoir qu’elle serait là elle aussi. Après tout c’était d’elle qu’il tenait cette habitude, elle-même la tenant de leur père.
« Alexis ! » s’exclama-t-il avec enthousiasme en venant la rejoindre.
Surprise par le son de cette voix à laquelle elle n’était pas encore habituée, la jeune fille se retourna en sursaut, se cognant la tête sur une des étagères du frigo. Encore sous le choc d’avoir été prise sur le fait, elle oublia ce qu’elle faisait, et lâcha la brique de lait qu’elle tenait dans sa main. Mais les réflexes aiguisés de Joan, indéniablement hérités de sa mère, lui permirent de la rattraper avant qu’elle ne touche le sol.
« Mon Dieu Joan ! Tu m’as fait une peur bleue ! Que fais-tu là ? » S’écria Alexis en se massant le crâne en grimaçant, jetant un regard lourd de reproches à l’adolescent qui lui faisait face. Qui se mordait la lèvre pour ne pas éclater de rire.
« Comme toi ! Je suis venu déguster des cookies avec du lait ! » Répondit-il en lui adressant son sourire le plus éblouissant qui ferait succomber n’importe qu’elle adolescente.
Eberluée, Alexis resta figée quelques secondes, le fixant, les yeux légèrement écarquillés. Puis, reprenant ses esprits, elle secoua la tête et réalisa qu’elle se trouvait en pyjama au milieu de la cuisine en compagnie d’un superbe spécimen du sexe opposé. A cette pensée, ses joues rougirent légèrement, alors qu’elle laissait son regard courir sur le torse dénudé de Joan qui ne portait qu’un bas de survêtement en guise de pyjama. En se mordillant la lèvre, elle constata que celui-ci était décidément bien bâti. Amusée, elle imagina la réaction de son père, s’il débarquait avant de songer qu’il ne dirait sûrement rien puisque Joan était censé être son frère. Fronçant les sourcils de plus belle, elle reporta son attention sur Joan au moment où celui-ci prenait deux verres. Arquant un sourcil, elle le regarda faire comme s’il était chez lui. Il ne cherchait pas les choses, semblant savoir exactement où les trouver. Attrapant l’assiette contenant les cookies, il en défit le film alimentaire avant de revenir s’asseoir à ses côtés. Posant l’assiette entre eux, il attrapa un cookie dans lequel il mordit à belles dents, fermant les yeux de plaisir.
« Toujours aussi bon ! Ceux que je préfère, aux pépites et à la nougatine, comme papa ! » Dit-il entre deux bouchées.
Il leur servit un verre de lait comme si de rien était, sous le regard ahuri de la jeune fille. Comment pouvait-il savoir que les verres se trouvaient au-dessus du plan de travail et les cookies au-dessus de l’évier ? En le regardant agir, elle avait vraiment l’impression qu’il avait passé toute sa vie dans cette cuisine, mais ce n’était tout simplement pas possible. Alors qu’il mangeait avec appétit semblant savourer chaque bouchée, Alexis se laissa tomber sur un des tabourets derrière le comptoir, réfléchissant à plein régime. Lui faisant face, elle l’observa attentivement, cherchant à percer le mystère qui entourait ce jeune inconnu aux allures pourtant si familières. Longuement elle l’observa, et elle se surprit à sourire devant son bel appétit. Elle le trouvait attendrissant, et elle avait beau se morigéner, elle ne parvenait pas à lutter contre cette tendresse qu’il éveillait en elle. Et cela n’avait rien à voir avec le fait qu’elle le trouvait beau garçon.
« J’adore tellement tes cookies que j’en mangerais des tonnes. J’ai dû en manger des wagons, petit. Mes camarades m’enviaient car ils étaient faits maison par ma sublime grande sœur ! » Lui annonça-t-il avec bonne humeur en croquant de nouveau dans un biscuit.
Joan releva la tête en souriant, lui adressant un regard empli d’une candide adoration, et Alexis lui retourna son sourire, incapable de s’en empêcher en avisant une goutte de lait qui perlait au coin de ses lèvres. Il était tellement adorable que sans y penser, elle tendit la main vers lui et l’essuya de son pouce. Le jeune homme sourit, heureux de constater que même si elle ne le croyait pas, elle retrouvait naturellement les gestes qu’elle avait toujours eu pour lui, ou qu’elle aurait pour lui, il s’y perdait un peu. En tout cas, il retrouvait sa grande sœur, et c’était tout ce qu’il retenait. Quant à la rouquine, elle recula, ne comprenant pas ce qui lui arrivait. Qu’est-ce qui n’allait pas chez elle ? Elle qui était d’un naturel méfiant et qui n’arrivait généralement pas à s’ouvrir à quiconque si elle ne le connaissait pas depuis le jardin d’enfance, se sentait parfaitement à l’aise avec ce jeune garçon. Exactement comme Kate, celle-ci ayant tout de suite su gagner sa confiance. Elle n’arrivait pas à l’expliquer, mais c’était comme ça.
Elle fronça les sourcils à cette pensée, sa colère remontant à la surface.
Elle adorait Kate mais ne lui pardonnait pas de faire autant souffrir son père alors qu’elle-même était amoureuse, cela se voyait comme le nez au milieu de la figure pour qui savait observer. Mais pour des raisons qui lui échappaient, elle le laissait encore et encore attendre, inlassablement et cela l’énervait au plus haut point, rendant ses relations avec la jeune femme difficiles. Elle avait décidé que tant que la jeune détective ne laisserait pas son mur tomber pour son père, elle ne se laisserait plus aller avec elle, mettant des distances qu’elles n’avaient jamais eues avant cela. Elle souffrait de cette éloignement, de ne plus pouvoir se confier à Kate, mais elle aurait l’impression de trahir son père en restant proche de la femme qui lui brisait chaque jour un peu plus le cœur, alors elle creusait un fossé entre elle et Kate. Elle reprochait à son père de ne pas être capable d’en faire autant, mais quand elle voyait combien elle souffrait de l’absence de la jeune femme dans sa vie, elle ne pouvait qu’imaginer ce qu’était la douleur ressentie par son père.
Et cela nourrissait son ressentiment envers la jeune femme en un cercle vicieux que rien ne semblait pouvoir briser. Instantanément, elle sentit sa méfiance se réveiller, et darda un regard scrutateur et peu amène sur Joan. Et si ce jeune homme était là pour soutirer de l’argent à son père ? Après tout, il était riche et célèbre, et ce ne serait pas la première fois que quelqu’un tentait de lui faire ce genre de chantage. Même si elle n’était pas censée être au courant de ce détail, elle savait que c’était arrivé au moins une fois lorsqu’elle était enfant. Elle se souvenait encore des cris de colère de son père, et des murmures apaisants de sa grand-mère. Et elle ne voulait pas que son père revive cette situation. Elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger son père, alors aussi charmant que soit ce jeune homme, s’il était là pour nuire à son père d’une façon ou d’une autre, elle ne ferait qu’une bouchée de lui, et peu importe ce qu’il lui faisait ressentir, elle l’écraserait, le pulvériserait lui faisant passer l’envie de recommencer.
Elle ne le laisserait pas faire de mal à son père, comme elle ne laisserait plus Kate lui en faire. Elle ferait taire ses sentiments et sortirait les griffes pour protéger sa famille quoi qu’il arrive même si cela lui faisait mal. Remontée à bloc, elle lança un regard suspicieux vers Joan qui comprit à la lueur qui venait de s’allumer dans les yeux de sa sœur, que malgré son comportement affectueux, il n’avait pas réussi à gagner sa confiance, ce qui lui tira un soupir de dépit. Il savait pourtant qu’Alexis serait tout aussi difficile à convaincre que sa mère, tant son instinct de protection était développé lorsqu’il s’agissait de leur famille, et plus encore de leur père. Affichant une moue boudeuse qui donna envie à Alexis de le prendre dans ses bras dans un élan protecteur, lui rappelant tellement son propre père, il se mit à jouer avec les miettes qu’il avait semées sur le comptoir de la cuisine. Alexis suivait chacun de ses gestes, et à nouveau, cet étrange sentiment s’empara d’elle. Bien au-delà de l’attirance physique qu’elle avait immédiatement ressentie pour lui, il y avait autre chose.
Quand elle le regardait ainsi manger avec envie, son cœur se gonflait d’amour et de tendresse. C’était un sentiment étrange, qu’elle ne connaissait pas, comme s’il faisait partie de sa famille. Elle se positionna à ses côtés, le toisant, refusant de se fier à ses sentiments.
« Tu sais que je ne peux pas être ta sœur. Nous avons le même âge et c’est complètement impossible. Encore moins le fait d’être le fils de Beckett, c’est n’importe quoi ! Il aurait fallu que mon père et elle se rencontrent alors qu’elle n’avait que 15 ans et papa 24. C’est vraiment inimaginable, tu en es conscient ? » Déclara-t-elle posément.
Le jeune homme sourit tranquillement, finissant de manger son dernier cookie. Il se tourna vers elle en souriant toujours, imperturbable. Elle sursauta devant leur proximité, mais ne bougea pas, fascinée par ces prunelles vertes qui la fixait avec intensité, les même que le lieutenant adorée de son père. Cette pensée la troubla un peu plus, et elle fronça les sourcils face à ce constat.
« Je sais que cela est impossible et cette théorie serait assez malsaine » Grimaça-t-il de dégoût. « Non, j’ai traversé le temps à travers une faille spatio-temporelle. » Lui annonça-t-il le plus sérieusement du monde sans se départir de sa mine sérieuse et déterminée.
Interdite Alexis le regarda bouche ouverte sans pouvoir dire quoi que ce soit. Ce garçon était fou ! Il était évident qu’il avait besoin de soin psychiatrique et de toute urgence. Pourtant il ne semblait pas dangereux, il ressemblait plutôt à un ange mais il ne fallait pas forcément se fier aux apparences. Son père lui avait bien assez répété au fil de ses enquêtes aux côtés de Kate, que c’était souvent sous les apparences les plus angéliques que se dissimulait l’être le plus vil et corrompu. Et Joan corroborait les dires de son paternel à 100%. Elle devait garder son calme et agir le plus normalement possible afin de ne pas éveiller son attention. Peut-être pourrait-elle le convaincre de remonter se coucher pendant qu’elle irait réveiller le lieutenant Beckett ? Elle ne pouvait aller prévenir son père alors qu’il semblait évident qu’il avait accordé sa confiance à Joan. Non, même si cela l’horripilait, le lieutenant Beckett était la seule capable de gérer la situation. Elle pourrait prendre les mesures nécessaires pour empêcher Joan de tous les tuer dans leur sommeil à coups de hache.
Après tout, s’il souffrait d’une maladie mentale, il pouvait tout à fait perdre la tête, s’il comprenait que son plan ne fonctionnait pas. Elle frissonna à cette pensée, et se concentra sur lui, plus tendue que jamais.
« Comment va Monkey Bonkey ? J’espère que tu prends bien soin de lui pour moi ! » S’enquit-il avec un petit sourire en coin.
Eberluée Alexis n’arrivait toujours pas à retrouver l’usage de la parole, sa bouche s’ouvrant un peu plus. Joan éclata de rire devant la tête de sa sœur. Il savait que lui parler de son précieux singe en peluche, vestige de son enfance ferait mouche et commencerait à la persuader qu’il disait la vérité, et qu’il n’était pas un fou échappé d’un asile comme elle semblait le croire au vue du regard qu’elle venait de lui adresser. Il la connaissait si bien que suivre le cours de ses pensées était un véritable jeu d’enfants pour lui. De plus, il avait de l’entraînement et s’était amusé à tester ses aptitudes à percer les pensées de sa famille depuis aussi loin qu’il se le rappelait. Sa mère disait toujours qu’il tenait cette faculté à percer les gens à jour de son père, ce qui le rendait particulièrement fier, être comme son papa était tout ce à quoi il aspirait.
« Arrêtes de gober les mouches, tu vas rester bloquée comme ça ! » Se moqua-t-il toujours aussi amusé par la situation, il retenait encore un fou rire, ne voulant pas la braquer mais sa tête était trop drôle, alors il ne put se retenir.
Comme Alexis continuait à le fixer, la bouche entrouverte d’étonnement, il tendit la main vers elle et lui referma délicatement la bouche en effectuant une pression au niveau de son menton, une main sur sa tête pour appuyer alors qu’elle n’était pas exactement coopérative, ce qui accrut un peu plus son hilarité.
« Je…je comment as-tu su pour Monkey Bonkey ? » finit-elle par balbutier, ramener sur terre par la douceur des mains de Joan sur son visage.
« Je le sais parce qu’il est devenu mon meilleur ami à moi aussi. Tu m’en as fait cadeau à ma naissance. Il ne m’a jamais quitté depuis le jour où tu l’as déposé dans mon berceau. J’en ferai don à ton premier enfant bientôt. » Sourit-il énigmatique.
La jeune fille n’arrivait pas à en croire ses oreilles. Comment pouvait-il savoir le nom de sa peluche ? Jamais cela n’avait été évoqué dans la presse car son père avait toujours veillé à la protéger. Aucun journaliste n’avait pu la prendre en photo enfant, aucun reporter n’avait pu avoir une interview d’elle. Son père avait veillé au grain, menaçant de procès chaque nuisibles comme il les appelait. Si l’un d’eux osait prendre une seule photo de son bébé, il entrait dans une telle colère, que bien vite la presse avait accepté de laisser sa fille tranquille, se concentrant sur lui. Elle savait bien que c’était en partie pour cette raison que son image de playboy avait été créée, afin de détourner l’attention de la presse, et elle en était plus que jamais reconnaissante à son père. Alors comment cette information avait-elle pu filtrée ? Jusqu'à présent, seules les photos d’elle dans des soirées officielles, pouvaient se voir sur le net mais aucune information personnelle. Alors comment savait-il cela ? Etait-il un ami d’enfance qu’elle aurait connu il y a longtemps ? Mais là encore, elle n’avait aucun souvenir de lui.
« Inutile de te creuser la tête Lexis. Nous ne nous sommes encore jamais rencontrés, du moins pas dans cette époque. Je dois naître dans 9 mois. » Lança-t-il, lisant encore en elle comme dans un livre ouvert.
La jeune fille ouvrit la bouche pour parler puis la referma. Il ne pouvait pas être son frère quoi qu’il en dise, c’était impossible. Ce genre de chose n’existait que dans les films de science-fiction, pas dans la vraie vie. Ça se saurait si les voyages temporels étaient possibles, les scientifiques du monde entier auraient tenté depuis longtemps l’expérience, comme l’avait fait H.G. Wells dans ses romans.
« Tu sais Lexis, je peux te donner une autre preuve que je suis ton frère si celle-ci ne te suffit pas. Te dire quelque chose qui ne te laissera plus aucun doute, quelque chose que seuls grand-mère et papa savent. » Poursuivit Joan en voyant le doute reprendre le dessus dans les yeux de sa sœur.
« Et bien vas-y ! » Le défia Alexis, persuadée qu’il ne réussirait pas à la convaincre.
Malgré cette révélation sur sa peluche, elle continuait de penser qu’il avait pu l’apprendre en enquêtant sur eux. Peut-être avait-il discuté avec ses amis, leur soutirant des informations sans en avoir l’air. Elle avait suffisamment entendu son père lui parler de ses enquêtes et de la façon dont certaines personnes étaient prêtes à tout pour obtenir des informations afin de commettre le crime parfait, qu’elle n’aurait pas été étonnée que Joan fasse partie de ces personnes peu scrupuleuses.
« Je peux te dire que tu as eu un grand amour avant qui s’appelait Ashley ! » Lui lança-t-il tout fier de lui.
« Ce n’est pas vraiment un scoop ! Tu as pu nous rencontrer à un moment ou un autre alors que nous étions en couple. » Rétorqua la jeune fille.
Pourtant, elle était elle-même peu convaincue par ce qu’elle disait car si elle avait rencontré un jeune homme comme Joan, nul doute qu’elle se serait souvenue de lui, cela était une évidence aucune fille ne pourrait ne pas se souvenir d’un garçon comme lui, même en couple, cela ne l’empêchait pas d’avoir des yeux pour voir et ce garçon ne passait pas inaperçu. Mais là encore, il avait pu entendre parler d’Ashley par le biais de ses amis qui lui auraient parlé de leur histoire d’amour avortée par le départ et l’indifférence du jeune homme.
« Et puis nous sommes restés ensemble plus d’un an, alors tu aurais pu rencontrer Ashley qui t’aurait parlé de moi » Déclara la belle rousse, fière de sa répartie.
« Si j’avais rencontré Ashley durant votre année de couple, comment saurais-je ce qui vous a fait rompre, sachant que si je n’étais pas un ami régulier de ce gars, il ne m’aurait jamais révélé la cause de votre rupture ! » rétorqua Joan, amusé par l’entêtement de sa sœur.
Alexis nota que le jeune garçon ne semblait pas apprécier Ashley, ce qui l’amusa quelque peu, sachant qu’un frère ne réagirait pas autrement, mais elle se reprit bien vite, se tançant mentalement. Mais même si elle ne le croyait toujours pas, elle devait reconnaître qu’il avait raison. S’il avait été un ami régulier de son ex, elle l’aurait déjà rencontré. Et d’après les bruits de couloirs, Ashley était resté très vague auprès de leurs amis communs quant à la raison de leur rupture, se contentant de prétendre qu’ils avaient décidé de mettre fin à leur histoire d’un commun accord, ce qui l’avait fait doucement rire. Mais elle n’avait pas cherché à rétablir la vérité. Peu lui importait au fond du moment qu’on ne l’importunait pas en quête de ragots croustillants à se mettre sous la dent.
« Qu’est ce qui nous a fait rompre monsieur je sais tout ? » s’enquit la jeune femme relevant la tête dans un geste de défi.
« Parce que ce type était un crétin. Il avait la fille la plus géniale comme nana et il n’a pas su prendre soin d’elle ! » Déclara-t-il en secouant la tête d’un air désespéré.
Alexis ouvrit de grands yeux, estomaqué par la fougue avec laquelle Joan venait de lui répondre. Ce compliment lui allait droit au cœur, non pas parce qu’elle était flattée qu’un si beau jeune homme lui fasse ce genre de louange mais parce qu’elle le savait des plus sincère. Il ne cherchait pas à la draguer, ça elle l’avait bien compris. Non, il agissait vraiment comme un frère envers elle, et elle se surprenait à aimer ça, à aimer cet amour inconditionnel qu’il semblait lui vouer. Mais malgré tout, quelques bribes de doute subsistaient et la maintenaient sur ses gardes.
« C’est un peu juste comme explication, ce n’est pas suffisant. Tu peux dire ça de n’importe quelle fille. Je suppose même que tu as dû en avoir l’expérience toi-même ! » Lança-t-elle cependant, refusant de lâcher prise.
« Tu n’es pas n’importe quelle fille, tu es la plus géniale de toutes les filles » Lui déclara-t-il dans de grands gestes qui lui rappelèrent sa grand-mère « Avec maman et grand-mère bien sûr ! » Ajouta-t-il dans un sourire à tomber.
Alexis le toisa puis posant sa tête dans sa main elle le regarda droit dans les yeux en se mâchouillant doucement la lèvre, sentant ses défenses faiblir. Elle avait tellement envie de croire à cette folle histoire. Et puis elle se disait que son père ne l’aurait pas amené ici, les mettant en danger sa grand-mère et elle, sans parler de Beckett. Donc c’était que Joan devait forcément dire la vérité non ? Son père était peut-être fantasque, mais il n’était pas inconscient, même si parfois son comportement laissait penser le contraire mais quand il s’agissait de sa sécurité, il redevenait adulte.
« Et non je n’ai jamais été un crétin avec les filles. Maman m’aurait tué, et de toute façon, je dois veiller sur maman donc pas le temps de tomber amoureux, maman a trop besoin de moi, alors je me fous des autres filles ! » Continua-t-il en bombant le torse, tel un preux chevalier défendant la princesse en attendant le retour de son prince, ce qui fit sourire Alexis.
« Ok tu es charmant, tu sais y faire avec les filles mais je n’ai toujours pas de réponse à ma question. Pourquoi avons-nous rompu avec Ashley ?» Demanda la jeune femme un sourcil levé attendant une réponse claire.
Elle était peut-être sur le point de lui accorder sa confiance, mais elle ne le ferait pas avant d’avoir des certitudes absolues. Elle ne se le pardonnerait jamais si au bout du compte tout cela n’était qu’une entourloupe finement menée, et que son père souffrait parce qu’elle avait rendu les armes trop tôt. Non, ça n’arriverait pas. Joan allait répondre à ses questions, et il allait le faire maintenant.
« Parce qu’il n’a pas su être là à un moment de ta vie où tu avais désespérément besoin de lui ! » répondit Joan sans pour autant entrer dans les détails. Sachant que ce passage était douloureux pour sa grande sœur.
Il en disait suffisamment pour prouver qu’il connaissait l’histoire, mais pas assez pour montrer qu’il tenait ses informations d’elle et non pas d’une source extérieure qui ne possédait qu’une version tronquée de la vérité. Et cela commençait sérieusement à agacer Alexis. Elle n’allait pas le laisser continuer à la faire tourner en bourrique indéfiniment. Il allait passer à table, et il allait le faire dès à présent s’il tenait à la vie. Il était tard, elle était fatiguée et n’était donc pas d’humeur à se laisser endormir si facilement. Enfin façon de parler.
« Précise ta pensée. C’est assez flou, cela peut être une cause de rupture assez récurrente dans un couple. » Déclara Alexis en fronçant les sourcils, suspicieuse.
Soupirant, Joan se leva passant sa main dans ses cheveux en signe de réflexion. Cette attitude rappela à l’adolescente celle de son père qui faisait toujours cela lorsqu’il hésitait ou ne savait pas comment dire les choses. Il prit son verre qu’il lava puis le laissant égoutter sur l’évier, il se retourna vers sa sœur en appuyant ses mains sur l’évier. Il garda longuement le silence, si longuement en fait qu’Alexis désespéra d’obtenir un jour une réponse. Puis finalement, il prit une profonde inspiration, et plongea son regard dans le sien, comme pour donner plus de poids à ses paroles.
« Papa et grand-mère ont été pris en otage dans une banque et lorsque tu as voulu appeler Ashley pour qu’il te rassure et te réconforte, il n’a même pas répondu. Il était trop préoccupé par sa petite vie d’étudiant pour se préoccuper de sa petite amie, désespérée. Et toi tu étais seule face au drame que tu traversais, alors que maman se démenait pour les faire sortir de là en un seul morceau ! » Lui révéla-t-il d’une voix légèrement tremblante, alors que sa haine pour ce garçon remontait en lui.
Lorsque sa sœur lui avait appris cela du haut de ses 14 ans, il avait voulu aller en découdre avec cet homme qui n’avait pas été parfait avec sa sœur. Il trouvait ça aberrant qu’un homme fasse passer sa minable petite existence avant les besoins de celle qu’il prétendait aimer. Mais il avait tant entendu sa mère et sa sœur, sans parler de sa grand-mère lui raconter comme son père abandonnait tout ce qu’il faisait sans y réfléchir à deux fois pour courir retrouver sa maman chaque fois qu’elle avait besoin de lui, qu’il n’imaginait pas qu’un homme puisse se comporter autrement. Et il ne s’était pas gêner pour le faire savoir à sa sœur. Cette dernière avait ri, attendrie par le comportement protecteur de son frère, en lui disant que de toute façon c’était la meilleure des choses puisqu’à présent elle avait rencontré le plus fantastique des hommes et qu’elle était heureuse avec lui. Cela avait quelque peu apaisé le jeune adolescent, mais il avait la rancune tenace, et s’était promis d’avoir une discussion entre hommes avec cet Ashley si d’aventure leurs routes se croisaient un jour.
A ces mots, Alexis se figea, et son souffle se coupa dans sa gorge alors que les souvenirs de ce jour où sa vie avait failli basculer lui revinrent en mémoire. C’était impossible il ne pouvait pas savoir cela, personne ne savait cela, seuls son père et sa grand-mère le savaient. Et Kate bien sûr…
Chapitre 5 :
Abasourdie, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte sur une exclamation incrédule et silencieuse, Alexis fixa Johan alors qu’elle sentait son cœur s’emballer. Elle avait du mal à reprendre sa respiration, tant la déclaration de Joan l’avait troublée. N’importe qui savait que son père et sa grand-mère avaient été pris en otage dans une banque. Cela avait fait la une des journaux aussi bien presse écrite que télévisuelle, même sur Internet cela avait fait le buzz. Mais ce que personne ne savait à part son père et sa grand-mère, c’est que cette mésaventure avait été le point de rupture d’avec son premier amour. Elle s’était bien gardé d’en parler à qui que ce soit. Même ses meilleures amies ne connaissaient pas tous les détails. Elle n’était pas particulièrement fière de la façon dont elle avait rompu avec Ashley, mais quel autre choix lui avait-il laissé ? Il était à des milliers de kilomètres d’elle, et après qu’il n’ait cessé de reporter ses week-ends de visite sous prétexte qu’il avait trop de travail, elle avait compris qu’il n’avait en réalité aucune intention de revenir à New-York dans un avenir proche, pas même pour la voir.
Oui, elle n’avait pas eu d’autre option, et surtout, elle était lasse d’être celle qui faisait tous les efforts, qui acceptait tous les compromis sans broncher en gardant le sourire. Tout ça parce qu’elle était celle qui était restée, celle qui n’avait pas été admise à Stanford. A croire qu’elle l’avait trahie en n’étant pas acceptée dans l’université de leurs rêves. Comme si elle l’avait fait exprès comme si elle était une paria parce qu’elle n’avait pas eu l’acceptation de cette dernière. Elle s’en était suffisamment rendue malade sans qu’il en rajoute une couche. Elle avait l’impression désagréable que les rapports de force dans leur couple s’étaient inversés, et elle avait détesté qu’Ashley lui donne l’impression qu’elle valait moins que lui. Qu’il l’ait fait inconsciemment ou pas, il avait pris ses distances, lui reprochant de ne pas comprendre que sa vie ne tournait pas qu’autour d’elle, et qu’il avait plus important à faire que de passer son temps au téléphone avec elle. N’était-elle pas sa petite amie, celle avec qui il avait eu sa première relation ? Elle lui avait tant donné et n’avait reçu en échange que le silence et le vide.
Elle n’était pas idiote, et avait bien senti qu’il avait changé et que son attitude à son égard n’était plus aussi prévenante qu’avant. Si elle ne l’avait pas mieux connu, elle aurait même pu penser qu’il y avait une autre fille derrière tout ça mais après tout le connaissait-elle vraiment ? Elle n’aurait jamais pensé qu’il puisse la délaisser. Il lui avait fait tant de promesses lorsqu’il était parti pour au final n’en tenir aucune. Il considérait simplement leur relation comme acquise, et s’était visiblement attendu à ce qu’elle accepte tout sans broncher, comme si être sa petite amie était un honneur qu’il lui faisait. Il agissait comme si elle n’avait pas son mot à dire dans leur relation, et elle ne le supportait plus. La prise d’otage lui avait ouvert les yeux, et elle avait réalisé qu’elle ne pouvait décemment endurer plus longtemps cette situation. Cela faisait quelques temps qu’elle s’interrogeait sur le devenir de son histoire d’amour avec le jeune homme, consciente que son départ avait changé bien des choses, et surtout, elle avait réalisé que ses sentiments n’étaient plus aussi forts que ce qu’ils avaient pu être.
Alors qu’avant, son cœur s’emballait à la simple idée d’entendre sa voix ou de savoir qu’elle allait le voir, à présent, elle se sentait nerveuse et même agacée dès qu’elle discutait avec lui. Et lorsqu’une fois les choses rentrées dans l’ordre, et sa famille en sécurité au loft, le jeune homme avait daigné la rappeler, elle avait clairement su ce qu’elle devait faire. Rompre n’avait pas été aussi difficile que ce qu’elle avait imaginé, tant les tentatives d’Ashley pour la faire changer d’avis avaient paru pathétiques et avaient sonné faux à ses oreilles.
« Après votre rupture, papa t’as redemandé tous les jours si ça allait, jusqu’à ce que tu lui répondes oui. Pas seulement avec ta bouche, mais aussi avec tes yeux » poursuivit Joan avec une calme assurance sans quitter sa sœur des yeux.
Encore une fois, Alexis resta figée de stupeur. Personne ne savait ça. Pas même sa grand-mère. C’était devenu une habitude entre elle et son père. Dès son réveil, ou alors le soir lorsqu’il partait avant elle, son père venait la trouver, la prenait dans ses bras et après un tendre moment de complicité père/fille, il lui demandait comment elle allait. Et elle lui faisait invariablement la même réponse afin qu’il ne s’inquiète pas pour elle. Mais aucun d’eux n’étaient dupes, et Alexis savait que son père continuerait de lui poser cette même question jusqu’à ce qu’il soit satisfait de la réponse qu’elle lui fournirait.
« Si tu veux mon avis c’est bien mieux comme ça. Surtout pour toi ! J’ai rencontré cet Ashley une fois, vous vous êtes revus lors d’une soirée réunissant tous les anciens élèves de votre lycée et ce gars est si lisse que je me demande comment ses vêtements tiennent sur lui ! » Débita-t-il avec mépris.
A ces mots, Alexis dut se mordre la lèvre pour ne pas éclater de rire. Le sérieux et la maturité d’Ashley étaient ce qui l’en avait fait tomber amoureuse au départ, mais elle devait reconnaître que cela avait rendu leur relation quelque peu monotone et sans surprise, et que finalement, c’était aussi à cause de ça qu’elle avait rompu avec lui. Ashley ne la faisait pas vibrer, elle ne rêvait pas entre ses bras. Elle voulait un homme qui soit capable de la faire se sentir en danger et en même temps en sécurité à ses côtés, un homme qui ait la tête sur les épaules, mais aussi le goût de l’aventure. Un homme qui ait le sens des responsabilités mais qui soit également capable d’agir sur un coup de tête. Tout simplement un homme qui la fasse voyager d’un seul regard, avec qui elle se sentirait belle et qui la mettrait sur le même pied d’égalité que lui. Et le moins que l’on puisse dire, c’était qu’Ashley était loin de répondre à ces critères.
« Franchement Jay est 100 000 fois mieux ! Je l’adore, en plus il est fort et super doué en tout, il m’a appris plein de choses ! » Ajouta Joan avec entrain, la tirant de ses réflexions.
« Jay ? » s’enquit-elle en se redressant vivement, sa curiosité piquée.
Une vague de panique traversa les yeux de Joan qui comprit qu’il en avait déjà beaucoup trop dit. Modifier son propre avenir était une chose, mais il ne voulait pas priver sa grande sœur du bonheur de rencontrer le grand amour de sa vie, et c’était ce qu’il avait été sur le point de faire, emporté par son désir de la convaincre qu’il n’était pas le pire affabulateur que la terre ait jamais connue. Comme un petit garçon pris en faute, il baissa piteusement les yeux sur ses mains sagement croisées devant lui et se tortilla sur sa chaise avant de changer rapidement de conversation.
« Je sais que cela peut être dur à croire et je me mets à ta place mais je n’ai que peu de temps, il ne me reste plus que 6 jours avant l’accident. » plaida-t-il en plongeant un regard implorant dans l’océan des yeux de sa grande sœur.
« Que…quel accident ? » Demanda la jeune femme en fronçant les sourcils, la tête penchée sur le côté.
Avec un grognement de frustration, il faillit se baffer en comprenant qu’il venait une nouvelle fois de gaffer. Lui qui ne voulait pas inquiéter Alexis, c’était raté. Il connaissait bien sa grande sœur, et si jamais elle se mettait en tête de lui tirer les vers du nez, il n’avait aucune chance d’y échapper. Elle avait beau protester, elle ressemblait bien plus à sa mère qu’elle ne voulait l’admettre, du moins pour le moment, parce que dans le futur, chaque fois qu’on la comparait à sa belle-mère, elle rayonnait de fierté. Secouant la tête pour revenir au moment présent, il se concentra sur sa sœur, et grogna en avisant son expression. Lâcher des indices cruciaux devenait une habitude depuis qu’il était ici mais il avait si peu de temps qu’il ne pouvait s’encombrer de détours et réfléchir à une histoire que l’on prendrait pour vraie, sa mère avait beau lui dire qu’il avait les talents de son père pour conter les histoires, là maintenant rien ne lui venait à part la vérité. Cependant il devait se montrer plus prudent s’il ne voulait pas voir tout l’avenir compromis. Et il y avait certaines choses qu’il voulait absolument voir s’accomplir.
« Je ne peux pas t’en dire plus mais je suis là pour le sauver ! » Soupira Joan en détournant le regard, incapable d’affronter celui de sa sœur.
« Qui ? » S’enquit Alexis d’une voix tremblante, n’osant comprendre les implications de cette nouvelle bombe.
« Papa » Informa piteusement le jeune homme, dont la voix tremblait d’émotion au souvenir de son père inerte dans un lit d’hôpital.
Un silence pesant se fit dans la pièce, et Joan se prit à souhaiter que sa sœur n’insiste pas trop, même s’il savait cet espoir illusoire.
Elle avait toujours réussi à connaître le fin mot de l’histoire, et il sentait que cette fois ne ferait pas exception à la règle, pas si elle décidait d’obtenir tous les détails. Inquiet, il la scruta attentivement, en attente de sa réaction. Elle fronçait les sourcils, se mâchouillant la lèvre, et triturait ses longs cheveux pour masquer sa nervosité grandissante.
« De quoi doit-il être protégé ? » s’écria-t-elle dans un chuchotement furieux.
Joan grimaça en reculant prudemment alors qu’Alexis se penchait vers lui, le regard planté dans le sien. Tout son corps était tendu, et son regard étincelait d’une lueur dangereuse. Il ne l’avait pas souvent vu en colère, mais chaque fois il l’avait trouvée impressionnante, et cette fois-ci ne faisait pas exception. Elle avait un tempérament doux et posé, mais lorsqu’elle était poussée dans ses retranchements, elle se transformait en volcan en éruption et faisait montre d’un tempérament de feu qui en faisait trembler plus d’un. Ce n’était pas pour rien si elle était devenue en quelques années une des avocates les plus craintes et respectées de New-York. Mais il ne pouvait pas répondre à ses questions, il lui en avait déjà trop dit. Il garda donc le silence, ne sachant pas comment se sortir de la délicate situation dans laquelle il s’était fourré tout seul.
« Il me semble que je t’ai posé une question ! » assena Alexis d’une voix tranchante en se levant pour empoigner le jeune homme fermement, le secouant légèrement.
« S’il te plait Alexis ! » La supplia-t-il en posant ses mains sur les siennes, autant pour la calmer que pour la maîtriser « Je ne peux t’en dire plus, j’influe déjà trop sur le futur en faisant cela. J’espère simplement que cela n’aura que des conséquences positives » soupira le cadet de la famille.
Sous le regard inquisiteur de sa sœur aînée, il baissa la tête, conscient que la pilule ne devait pas être facile à avaler. Mais elle devait cesser de lui poser des questions, et lui faire confiance. La seule chose qu’il voulait, c’était le bonheur de leur famille, et il n’aurait de cesse de faire en sorte que tout se passe bien et que personne ne soit blessé. Lui ne comptait pas.
« Tout ceci est absurde, pourquoi papa aurait-il un accident ? » s’emporta Alexis.
Agacée par le mutisme de l’adolescent, elle relâcha son emprise sur ses épaules, fourragea dans sa chevelure et se mit à faire les cents pas dans la cuisine. Fronçant les sourcils, elle réfléchissait à tous les scénarios possibles, et soudain, elle se stoppa net alors qu’une idée lui traversait l’esprit. Brusquement, elle se retourna vers Joan, la mâchoire crispée alors que son regard se rétrécissait.
« Ah moins que…ce…ne soit encore pour… » Souffla-t-elle en jaugeant son interlocuteur du regard.
Elle n’était pas idiote, et avait parfaitement compris les implications de ce que Joan venait de lui apprendre. La plus grande de toutes ses peurs allant devenir réalité. Finalement, le partenariat de son paternel avec le lieutenant Beckett allait bel et bien le conduire à sa perte. Finalement la Mort en avait eu assez de le voir lui échapper miraculeusement et avait décidée de venir réclamer son dû. Son père allait sortir de leur vie, et il n’y avait rien qu’elle puisse faire pour l’empêcher. A moins qu’elle ne se décide à faire confiance à ce frère venu d’un autre temps, et qu’elle ne l’aide de son mieux à empêcher le pire de se produire.
« Beckett… » Cracha-t-elle finalement avec un mélange de rage et de mépris.
Joan sursauta au ton utilisé par sa sœur. Sa mère lui avait parlé de la haine que sa sœur avait eue pour elle juste après l’accident, mais il ne se doutait pas que c’était à ce point-là. Alexis l’avait accusée d’être responsable de l’état de son père, elle en avait tellement souffert que sans la présence de Martha et de son père, Jim, elle aurait sombré. Lorsqu’elle avait appris qu’elle était enceinte de lui, elle avait repris du poil de la bête, et avait décidé de prendre le taureau par les cornes. Elle avait été trouvé la jeune fille, et elles avaient eu une discussion à cœur ouvert. Alexis lui avait finalement pardonné et elles avaient noué une relation mère-fille. Mais lui savait que sa mère se sentait encore coupable au jour d’aujourd’hui malgré tout ce qu’avait pu lui dire Alexis, Martha ou Jim. Joan savait que sa mère aurait préféré être à la place de son père, il savait que chaque seconde, elle regrettait et s’en voulait.
« Cela n’aurait jamais dû se produire, il n’aurait jamais dû être blessé, tout est de ma faute » L’avait-il entendu dire à sa grand-mère, un soir alors que tout le monde pensait qu’il dormait et que sa mère s’était imbibée d’alcool, ne supportant plus la situation.
Et alors qu’elle s’effondrait au sol en pleurant, lui avait serré les poings et les dents, se promettant de tout faire pour changer la condition de son père, pour sa mère, pour sa grand-mère, sa sœur mais aussi pour lui pour qu’ils soient pleinement heureux. Inconsciemment, il se raidit et serra les poings de colère à ce douloureux souvenir. Sa mère ne l’avait pas vu, et personne n’avait jamais soupçonné qu’il ait pu assister à la scène, mais c’était en partie à cause de cet épisode qu’il s’était mis en tête de remonter le temps. Au début ça n’avait été qu’une idée farfelue et quelque peu désespérée, mais au fil de ses recherches, il avait réalisé que ce n’était peut-être pas aussi fou qu’il pouvait y paraître de primes abords. Et il avait finalement réussi. Et en observant le visage fermé et hostile de sa sœur, il sut qu’il devait également faire en sorte de réconcilier deux des femmes les plus importantes de sa vie, et dans les plus brefs délais.
« Alexis, je sais que tu en veux à maman, mais tu ne devrais pas juger sans savoir… » La réprimanda-t-il d’un ton désapprobateur.
Jamais encore il n’avait osé parler à sa sœur comme ça, mais là les choses étaient différentes, et le fait qu’ils aient provisoirement le même âge l’aidait à ne pas mâcher ses mots. D’autant que là, c’était sa mère qu’il défendait, et il était prêt à tout pour elle.
« Tu ne sais pas ce qui m’a mis dans cet état Joan ! » protesta Alexis en lui lançant un regard noir.
« Si je le sais. J’en sais même beaucoup plus que toi sur le sujet ! » Rétorqua-t-il en croisant les bras sur sa poitrine.
« Alors dis-moi ! Explique-moi ce qui peut justifier une telle attitude de sa part ! » S’emporta Alexis en l’implorant du regard.
« Je ne peux pas Alexis. Ce n’est pas à moi de te le dire » soupira-t-il en venant prendre la main de sa sœur dans un geste réconfortant.
« Alors qui ? Kate ? Laisse-moi rire ! » Ironisa Alexis avec un petit rire sarcastique.
« Alexis… ne soit pas comme ça… comment veux-tu qu’elle veuille se confier à toi si elle sent que tu voudrais la voir partout ailleurs que dans cette maison ? Comment veux-tu qu’elle s’ouvre si elle sent qu’elle n’est pas la bienvenue ? Ne crois-tu pas que ton attitude ne fait que l’éloigner ? » La sermonna-t-il comme il le ferait d’une enfant capricieuse.
« Elle n’a pas besoin de moi pour garder ses distances ! » rétorqua Alexis en grinçant des dents.
« Alexis... Maman sait à quel point ton avis compte pour papa, et jamais elle ne se mettra entre vous. Tant qu’elle sentira que tu es opposée à ce que leur relation évolue, elle ne tentera rien. Tu ne fais que lui donner une raison supplémentaire de fuir ses sentiments ! » lui expliqua-t-il en secouant doucement la tête avec désolation.
« Je n’avais jamais vu les choses sous cet angle… » Marmonna Alexis dans un froncement de sourcils pensif.
« Si tu veux des explications, provoque une discussion. Mais ne laisse pas les choses se dégrader, vous en souffririez tous… » Conclut-il tendrement en se penchant pour déposer un baiser sur son front.
Il savait qu’il n’aurait pas dû intervenir, mais il n’aimait pas savoir sa mère et sa sœur en froid, et puis il ne faisait qu’avancer cette discussion de quelques mois. Tout ce qu’il espérait, c’était qu’Alexis tienne compte de ses conseils, et que sa mère accepte de s’ouvrir à l’adolescente. Un bruit discret dans son dos le fit s’écarter de sa sœur, et il se redressa, tentant de définir la nature de ce bruit, lorsqu’une voix retentit dans son dos.
« Que faites-vous debout les enfants ? »
Les deux jeunes se retournèrent pour voir la matriarche de la famille descendre les marches avec aisance et classe. Le jeune homme regardait sa grand-mère avec émerveillement, à son époque, elle n’était plus aussi alerte mais avait conservé sa classe. Et non sans soulagement, il constata que son visage était dénué de toute substance verdâtre.
« Grand-mère ce que tu es belle ! » s’exclama-t-il spontanément, oubliant que pour elle il n’était que l’invité excentrique de son fils.
Surprise d’être appelée grand-mère par cet adolescent qu’elle ne connaissait pas la veille encore, l’actrice stoppa son avancée sur la dernière marche et toisa attentivement le jeune garçon. Et alors qu’elle le scrutait, elle haleta en remarquant à quel point il ressemblait à son fils au même âge. Mais le plus troublant, était qu’elle retrouvait aussi certaines caractéristiques propres au lieutenant Beckett. Mais comment une telle chose était possible ? Richard pouvait parfaitement être le père de cet adolescent, mais Kate était bien trop jeune pour être la mère d’un garçon de cet âge. Et s’ils avaient eu un enfant ensemble, il aurait grandi ici, auprès d’Alexis. Non, même si la ressemblance était troublante, cet enfant ne pouvait pas être celui qu’il prétendait être, c’était impossible. Elle ne connaissait pas beaucoup Jim Beckett, mais elle savait que si sa fille adolescente était tombée enceinte, il l’aurait aidé à faire face à la situation, et que le petit aurait grandi auprès de sa mère. Or, il était évident que Kate ne connaissait pas Joan, et qu’elle ne le croyait pas.
Kate avait beaucoup de défauts, mais elle savait ce que c’était que de perdre sa mère et jamais elle n’aurait fait subir ça à son propre enfant. Et puis imaginer une seule seconde que Richard et elle aient pu avoir une liaison et faire comme si de rien n’était des années plus tard était risible. Surtout si elle tenait compte du fait que son fils était fou d’amour pour la belle détective. S’il avait réussi à l’attirer dans ses filets, jamais il ne l’aurait laissée s’échapper, peu importait leur différence d’âge. Elle aurait été la seule et unique madame Richard Castle, de cela Martha ne doutait pas. Non, ce jeune garçon ne pouvait tout simplement pas être le leur. Il devait y avoir une autre explication, et elle était bien déterminée à découvrir laquelle. Secouant la tête, elle détourna finalement le regard tout en reprenant son chemin, et son attention se porta sur sa petite-fille qui était restée figée, la mine préoccupée, ce qui accentua son froncement de sourcils. Qu’avait pu lui dire ce jeune garçon pour bouleverser ainsi sa petite-fille ?
« Ecoutes mon chéri, tu m’as l’air d’un jeune homme adorable, mais je ne… » Déclara-t-elle fermement en venant se planter devant les deux jeunes gens.
« Grand-mère, je crois que tu devrais écouter Joan ! » Lui spécifia la rouquine, interrompant sa grand-mère dans sa tirade.
Surprise, Martha tourna le regard vers l’adolescente, et arqua un sourcil en avisant la proximité des deux jeunes gens. Les lorgnant avec attention, elle écarquilla les yeux en découvrant leurs mains liées. Que se passait-il ici ? Alexis semblait avoir changé d’avis concernant Joan, et faisait front avec lui contre elle. Etrange.
« Je sais que malgré ton extravagance, tu as les pieds sur terre ou tu n’aurais pas élevé le plus formidable des pères, même si je ne l’ai jamais vraiment connu » déclara Joan en ancrant son regard dans le sien, le son de sa voix à peine audible.
Et à nouveau, elle remarqua comme ses yeux étaient semblables à ceux de son fils même s’ils avaient la même couleur que ceux de Kate. Et comme avec lui, elle pouvait y lire tout ce qu’elle désirait voir. Alors elle plongea un regard perçant et sans concession dans celui limpide et franc du jeune homme, et attendit la suite, curieuse de savoir comment ce dernier allait tenter de la convaincre de la véracité d’une situation aussi farfelue. Il était convaincant, et sa tristesse d’avoir grandi sans père clairement perceptible, mais cela ne voulait pas dire que le père en question était son fils. Il allait lui falloir bien plus que ça pour admettre l’impensable. La diva regarda ce jeune homme et l’infinie tristesse qu’elle pouvait lire dans les yeux de cet Adonis lui brisa le cœur. Même si elle ne le croyait pas, elle était incapable de rester insensible face à son chagrin. Elle éprouva le vif désir de le prendre dans ses bras pour le réconforter, mais se retint difficilement. Il éveillait en elle le même instinct protecteur que celui qu’elle ressentait envers Richard ou Alexis, ainsi qu’une profonde tendresse qu’elle ne s’expliquait pas.
« Qu’as-tu à me dire jeune homme ? » s’enquit-elle vivement, refusant d’analyser les sentiments confus qu’elle ressentait pour cet adolescent.
Comme pris en faute, Joan sursauta au ton de sa grand-mère et grimaça légèrement. Les seules fois où elle l’appelait comme ça, c’était qu’il avait fait une bêtise et qu’il allait passer un sale quart d’heure. Dieu merci cela n’arrivait que très peu souvent, mais chaque fois il en gardait un souvenir cuisant. Non pas que sa grand-mère ait jamais levé la main sur lui, mais la déception qu’il lisait dans son regard durant ces brefs moments était pire que tout. Mais en cet instant, rien de ce qu’il était habitué à lire dans les yeux de son aïeule n’apparaissait. Et il découvrit que c’était encore pire que d’être l’objet de sa colère.
« Je…je …en fait je…je suis vraiment ton petit-fils ! » bafouilla-t-il le cœur serré en baissant la tête pour dissimuler sa peine grandissante.
Excédée, Martha s’apprêtait à protester vertement, mais la main qu’Alexis posa sur son bras l’interrompit dans son élan.
« Je… » Commença Joan en sentant la nervosité l’envahir sous le regard implacable de sa grand-mère.
« Allons jeune homme décide-toi. Il est tard, et j’aimerais bien pouvoir aller me coucher ! » S’impatienta Martha d’un ton un peu brusque.
Elle avait beau avoir un certain sens de l’humour, les meilleures plaisanteries étaient les plus courtes, et celle-ci avait bien assez duré à son goût. Elle était quelque peu surprise qu’Alexis y participe, mais elle règlerait ça plus tard. Pour le moment, il fallait bien que quelqu’un fasse entendre raison à cet adolescent.
« Tu dois me croire grand-mère, je ne suis pas un menteur comme tu sembles le penser ! » déclara finalement Joan en redressant fièrement la tête et en ancrant son regard dans celui de son aînée.
« Malheureusement pour le moment je n’ai aucune raison d’accorder le moindre crédit à tes dires ! » répliqua Martha en croisant les bras sur sa poitrine.
« Pourtant je dis la vérité ! Maman m’a appris à ne jamais mentir, elle a ça en horreur ! » Répliqua-t-il avant d’ajouter en lançant un regard en coin vers Alexis « Je sais qu’à un moment précis de sa vie, elle a eu recours au mensonge, mais c’était uniquement pour se protéger, et elle s’en est amèrement mordu les doigts ! »
Alexis et Martha échangèrent un regard intéressé, se demandant si Joan faisait référence à cette scène qui hantait encore leurs esprits, et qui avait brisé le cœur de l’écrivain. Mais bien vite Martha reporta son attention sur Joan, toujours pas convaincue par ce qu’il avançait.
« Lorsqu’elle m’a raconté ce passage de leur histoire, elle m’a dit que mentir pour de bonnes raisons restait un mensonge, et que tôt ou tard, la personne que vous vouliez protéger finissait par découvrir la vérité et souffrir encore plus. Elle m’a dit que le véritable courage était d’affronter ses peurs pour vivre dans la vérité et que le mensonge était fait pour les faibles pour éviter de faire face à leur propre faiblesse justement.» poursuivit Joan avec un petit sourire en coin au souvenir de cette conversation.
« Hum très sage pour ton âge mon garçon mais rien ne prouve ce que tu étayes, tu as bien conscience que je ne peux te croire quoi que tu me dises ! » objecta finalement Martha.
Elle ne voulait pas être trop dure avec ce garçon qui devait probablement être manipulé par une tierce personne parfaitement bien renseignée sur leur vie à tous et qui avait visiblement pensé à tout, mais Joan ne lui apprenait rien qui n’ait pu être appris au cours d’une enquête minutieuse sur eux. Elle n’était pas née de la dernière pluie, et s’il y avait bien un enseignement qu’elle avait tiré de sa longue expérience, c’était qu’il ne fallait jamais se fier aux apparences, et que la confiance était une chose qui se gagnait de haute lutte.
« Même si je te disais que mon grand-père s’appelle Alexander O ’Lachlan ? » déclara finalement Joan, conscient qu’il jouait sa dernière carte.
A ces mots prononcés avec bravache, la matriarche se figea, incrédule. Elle ouvrit la bouche mais aucun son n’en sortit et elle se contenta de scruter Joan avec de yeux ronds sous le regard surpris et intéressé d’Alexis qui ne perdait pas une miette de la discussion qui se déroulait sous ses yeux.
« Je t’ai entendu un soir où tu rendais visite à papa. Tu ne savais pas que j’étais là, et te croyant seule avec lui, tu t’es mise à lui parler. J’ai bien voulu te faire connaître ma présence, mais tu t’es mise à pleurer tout en parlant et je n’ai pas osé me montrer » poursuivit Joan en adressant un sourire désolé à sa grand-mère
Toujours interdite, Martha restait sans réaction, les yeux braqués sur le jeune adolescent qui continua donc son récit sous le regard encourageant d’Alexis.
« Tu lui as tout dit ce soir-là. Mon grand-père était un acteur dont tu es tombée follement amoureuse au cours d’un tournage. Vous avez eu une histoire puis le film achevé, il est parti pour de meilleures contrées, ce qui implique pour vous un tournage inespéré. Tu ne l’as pas retenu, blessée qu’il ait accepté ce tournage sans même t’en avertir, et lorsqu’il t’a demandé de le suivre tu as refusé. »
Martha haleta doucement et papillonna des paupières alors que son regard s’embuait à ces douloureux souvenirs. Compatissante, Alexis passa un bras réconfortant autour des épaules de sa grand-mère, et d’un mouvement volontaire du menton, enjoignit à Joan de terminer son récit.
« Lorsque tu as appris ta grossesse, ta fierté t’a empêchée de le contacter. Il t’avait quittée alors tant pis pour lui. Il ne saurait jamais rien de sa paternité. Tu as souvent regretté ton silence, mais papa était là, et cela te suffisait pour être heureuse. Mais il a grandi et a commencé à poser des questions auxquelles tu refusais de répondre. Un jour, alors qu’il devait avoir dix ans, il s’est battu avec un camarade qui l’avait traité de bâtard, et s’est retrouvé à l’hôpital. » Sourit Joan, amusé comme toujours lorsqu’il venait à aborder la jeunesse tumultueuse de son paternel.
Rieur, il échangea un regard avec Alexis qui se contenta de secouer doucement la tête alors que Martha fermait les yeux en se rappelant la peur qu’elle avait éprouvée ce jour-là en apprenant que son fils avait été transporté à l’hôpital.
« Tu t’es sentie coupable à cause de cet incident, et la cicatrice qu’il conserve au front te rappelle sans cesse le prix de ton silence. C’est ce jour-là que tu as décidé de retrouver Alexander, mais lorsque tu l’as enfin localisé, tu as découvert qu’il avait fondé sa propre famille. Une famille où papa et toi n’aviez pas votre place. Tu ne t’es pas sentie le droit de t’interposer entre lui et ses 3 enfants, et tu as choisi de prétendre ne pas connaître le père de papa en espérant qu’il ne le recherche jamais, ce qu’il a fait par respect pour toi ! » Termina Joan en adressant un tendre sourire à sa grand-mère.
La respiration de Martha s’était suspendue durant le monologue de son petit-fils et elle était incapable de répondre quoi que ce soit. Comment pouvait-il savoir ? Personne à part elle ne savait, même les médecins accoucheurs ne savaient pas. Elle avait pris grand soin à garder le secret. Elle était l’unique gardienne de l’identité du père de son fils.
« Ce…c’est impossible, tu ne peux pas savoir ça, qui es-tu ? Que veux-tu ? Personne ne peut savoir, personne ! » Bredouilla Martha en secouant la tête dans un geste de déni.
Le jeune homme s’approcha doucement de sa grand-mère comme il l’aurait fait d’un animal sauvage blessé, mais celle-ci recula, sur la défensive.
« Non, non personne, personne ! » continua-t-elle de scander comme si elle récitait une incantation dont elle seule connaissait les pouvoirs magiques.
Joan prit sa mamie par les épaules la maintenant fermement
« Grand-mère, je t’ai dit que je viens du futur. Crois-moi ! Comment saurais-je cela sinon ? » Déclara Joan en frottant le dos de Martha.
Alors qu’elle tentait de se dérober, il la maintint fermement en place, puis voyant qu’elle n’avait pas l’air dans son assiette, il la fit asseoir sur un tabouret avec l’aide de sa sœur qui observait sa grand-mère avec inquiétude.
« On dirait qu’elle est partie ! » Soupira la jeune fille paniquée.
« Elle est juste choquée, elle va revenir. Le choc est dur à encaisser ! » Dit tranquillement Joan même s’il n’en menait pas large.
« Pourquoi lui avoir dit cela toi aussi ? Regarde ma grand-mère ! Je ne l’ai jamais vu comme cela ! » Lui reprocha Alexis avec colère.
« Notre grand-mère et elle va revenir Alexis. Elle est en état de choc, il lui faut du temps. » Soupira Joan, blessé par les reproches de sa sœur.
De longues minutes passèrent sans que Martha ne se reprenne, comme si elle avait eu une attaque. Alexis de plus en plus angoissée pour l’état mental de sa grand-mère se tourna brusquement vers son frère qu’elle frappa violemment.
« Tout ça c’est de ta faute regarde-la ! Je te déteste ! Jamais tu n’aurais dû venir » fulmina-t-elle.
Une lueur de tristesse passa dans les yeux du jeune homme qui recula sous l’impact des mots et des gestes de sa sœur aînée. Il observa sa sœur en colère qui le toisait sévèrement. Il ne voulait pas ça, il ne voulait pas faire de mal, il voulait juste rendre sa mère heureuse et avoir un père. L’adolescent s’éloigna doucement, alors que des larmes naissaient dans son regard et que plus aucune gaieté n’apparaissait sur son visage. La jeune femme constata qu’elle l’avait blessé, et sentit le remord l’envahir. Elle le croyait maintenant, elle savait déjà avant même qu’il ne le lui prouve qu’il était son frère, et elle voulut s’excuser en voyant la douleur qu’elle avait provoquée.
« Joan je… » Bafouilla-t-elle en tendant une main vers son frère, comme pour l’empêcher de s’éloigner plus encore.
« Mon Dieu ! » l’interrompit sa grand-mère.
Tous deux tournèrent la tête vers leur mamie et se ruèrent sur elle, profondément soulagés qu’elle sorte enfin de son état catatonique.
« Grand-mère ? Est-ce que tout va bien ? » Demandèrent-ils dans un bel ensemble.
Battant des cils comme après un long sommeil, Martha posa son regard sur Alexis puis observa son petit-fils Comment avait-elle pu lutter contre l’évidence ? Son instinct lui avait pourtant soufflé que Joan était de son sang, mais échaudée par ses précédentes expériences elle avait joué la carte de la prudence. Scrutant son âme à travers ses grands yeux lumineux, elle y vit une profonde inquiétude, du remords, mais aussi de l’amour et de la dévotion. Mais plus que tout, elle reconnut également le regard de son fils et les yeux de Kate. Elle le serra contre elle aussi fort qu’elle put.
« Mon Dieu mais comment est-ce possible ? » Souffla-t-elle en regardant avec adoration le jeune homme qui lui souriait.
« Je crois que pour ce soir les explications seraient trop longues grand-mère » déclara Joan en lui adressant un sourire étincelant de bonheur.
« Oui, allons-nous coucher, nous poursuivrons cette discussion après une bonne nuit de sommeil » concéda Alexis en souriant.
« Si vous saviez comme je suis heureux que vous me croyiez toutes les deux ! Je vous aime tant ! » Avoua le beau brun d’une voix rendue tremblante par l’émotion.
Dans un mouvement irrépressible, il enlaça les deux rouquines, les serrant de toute la force de ses bras, et soupira de joie lorsqu’elles lui retournèrent instantanément son étreinte.
Après plusieurs minutes, il se redressa souriant puis les salua en leur souhaitant une bonne fin de nuit. Alexis voulu lui dire qu’elle était désolée, qu’elle ne pensait pas une seconde ses paroles, qu’elle était si heureuse de sa présence mais n’en eut pas l’occasion son petit frère était déjà parti. Dépitée, elle soupira, se promettant de se faire pardonner à la première heure le lendemain. Elle ne voulait surtout pas qu’il la déteste à cause d’un emportement passager. Et elle devait aussi réfléchir à ce qu’il lui avait dit à propose du lieutenant Beckett. Elle n’était pas particulièrement ravie à l’idée de provoquer une confrontation avec la jeune femme, mais elle mourrait d’envie de savoir ce qui pouvait justifier son comportement. Et d’après ce que Joan avait laissé entendre, elles étaient réconciliées et aussi proches que si elles avaient été de la même famille dans l’avenir. Et même si elle était encore en colère contre la partenaire de son père, elle était heureuse de savoir que les choses allaient s’arranger entre elles.
Loin des préoccupations de sa sœur, Joan regagna l’étage et entra dans sa chambre. Refermant la porte le cœur gonflé de joie, il se recoucha heureux et apaisé. En une soirée, il avait convaincu son père, sa sœur et sa grand-mère, et il savait qu’avec eux de son côté, son entreprise avait toutes les chances de réussir. Pourtant, il savait que tant qu’il n’aurait pas convaincu sa mère, le plus dur restait à faire et il savait déjà la tâche ardue car même s’il pouvait lui apporter des preuves, elle trouverait toujours une parade, à moins qu’il lui révèle une chose totalement irréfutable. Ne lui restait plus qu’à trouver quoi. Et c’est en réfléchissant à ce point capital qu’il finit par s’endormir.
***
*** 6 jours 5heures 35 minutes avant retour vers le futur ***
Chapitre 6 :
Le lendemain matin, Kate ouvrit lentement les yeux et mit quelques secondes avant de se rappeler où elle était. En baillant, elle s’étira doucement, et le silence qui régnait dans le loft lui fit comprendre qu’elle était la première à être réveillée. Sortant du lit, elle attrapa son sac et gagna la salle de bain de son partenaire. Après une rapide douche, elle s’habilla et retourna dans la chambre pour refaire le lit, voulant effacer toutes traces de son passage. Satisfaite du résultat, elle quitta la pièce aussi discrètement qu’elle put, et incapable de résister à la tentation, avança vers le canapé, souhaitant observer son partenaire sans qu’il le sache. Leur dispute de la veille était encore bien présente dans son esprit, et elle regrettait de n’avoir rien tenté pour apaiser les choses avant qu’ils n’aillent se coucher. Et en y réfléchissant, elle trouvait étrange que de son côté, il ne se soit pas montré plus persévérant. Cela ne lui ressemblait pas de ne pas avoir poussé le débat plus loin. Au lieu de cela, il avait préféré battre en retraite dès la première rebuffade, et elle se demandait ce que cela cachait.
La connaissait-il au point de savoir qu’il n’aurait rien tiré d’elle la nuit dernière ? Et dans ce cas quand passerait-il à la contre-attaque ? Parce qu’elle ne doutait pas une seule seconde qu’il ne se lancerait pas dans une seconde offensive. Secouant la tête, lasse d’avance, elle poursuivit son avancée et se figea, surprise de ne pas le trouver sur le canapé comme il le lui avait dit, mais cela n’aurait pourtant pas dû l’étonner. Il avait été si en colère contre elle la veille qu’il avait très certainement voulu mettre de la distance entre eux. Cette idée lui brisa le cœur, et elle se laissa lourdement tomber à l’endroit où son écrivain aurait dû se trouver. Se passant une main dans les cheveux, elle réfléchit à l’endroit où il pouvait avoir battu en retraite, et les pires scénarios lui traversèrent l’esprit. Mais elle se reprit bien vite, consciente que Castle avait énormément changé, et qu’il n’était plus le genre d’homme à se réfugier dans les bras d’une autre pour se consoler après une dispute. Mais cela ne l’aidait pas à savoir où il avait passé la nuit. Dans un grognement de frustration, elle se laissa aller en arrière jusqu’à ce que sa tête repose contre le divan, et les yeux au plafond, elle cogita de plus belle.
Soudain, elle se souvint que lors de sa première visite en ces lieux, Alexis lui avait fait visiter le loft, et à l’étage se trouvait une bibliothèque, juste à côté de la chambre d’amis. Si ses souvenirs étaient bons, et elle savait qu’ils l’étaient, cette pièce contenait un sofa permettant aux éventuels lecteurs de s’y installer. Nul doute que Castle s’y était réfugié, la chambre d’amis étant occupée par Joan. En se redressant, elle se tourna vers les escaliers, et se mordit les lèvres luttant contre elle-même et son envie irrépressible de le rejoindre sur le champ. Et pour une fois la bonne partie d’elle gagna le combat. Alors tout doucement elle monta les marches afin de n’éveiller personne puis se dirigea vers la pièce où son ami devait sûrement dormir. Après moult hésitation, elle se décida à ouvrir la porte et pénétra dans la bibliothèque, refermant derrière elle, sans faire un bruit. Elle s’appuya contre cette dernière et observa son partenaire avec un sourire. Il avait le ventre découvert, le tee-shirt remonté jusqu'à sa poitrine, la bouche ouverte, un filet de bave s’en échappant, les poings serrés au-dessus de sa tête, tel un poupon.
Elle le trouvait si adorable et sexy en cet instant qu’elle dut se faire violence pour ne pas lui sauter dessus. Elle soupira à cette idée plus que séduisante. Elle aurait aimé se glisser dans ses bras et retrouver un sommeil réparateur, malgré le désir qu’il éveillait en elle, elle avait tout autant soif de douceur. Elle avait envie de redécouvrir la sensation de l’étreinte rassurante de Rick autour d’elle, sachant pertinemment qu’elle y serait en sécurité. Jamais avant lui un homme ne lui avait donné autant envie de s’abandonner totalement, et plus le temps s’écoulait, et plus elle avait du mal à réfréner son désir de lui. Cette lutte acharnée qu’elle se livrait à elle-même était d’autant plus difficile qu’elle n’était pas seulement physique, mais aussi émotionnelle. Cela faisait bien longtemps que l’attrait que Castle exerçait sur elle dépassait le simple plan physique pour mordre allègrement une sphère plus intime qu’elle avait toujours jalousement protégée jusque-là. Mais Castle avait réussi là où d’autres s’étaient brisés les dents, et ça sans même qu’elle ne s’en rende réellement compte.
Lorsqu’elle s’était aperçue du danger, il était déjà bien trop tard pour qu’elle inverse le mouvement. Et voilà où elle en était aujourd’hui. Réduite à observer l’homme qu’elle aimait à la dérobée, profitant de son sommeil, car incapable de faire face à ce qui lui faisait tant peur. Son regard se porta au sol et elle vit le plaid qui le recouvrait, s’approchant elle le ramassa et lentement pour ne pas réveiller son écrivain, le posa sur lui. Et sans réellement le décider, sa main s’égara sur son visage en de délicats effleurements, repoussant les quelques mèches de cheveux qui caressaient son front, se mordillant la lèvre alors que la douceur de sa peau lui donnait envie de plus de caresses. Mais une fois encore, sa raison fut la plus forte, et elle s’écarta prudemment, comme si elle avait affaire au plus dangereux des prédateurs. Et d’une certaine façon, c’était le cas. Il n’y avait pas plus dangereux pour elle que Rick Castle. Il était l’incarnation de toutes ses peurs, de ce qui l’angoissait le plus au monde, et paradoxalement, il représentait tout ce à quoi elle aspirait dans ce monde sans foi ni loi. Il était l’étincelle d’espoir qui avait embrasé son être et qui l’avait ramenée à la vie.
Il était son contraire absolu et pourtant il la complétait mieux que quiconque sur cette terre. Elle avait mis longtemps à le comprendre, et encore plus à le reconnaître. Mais cette reconnaissance ne lui simplifiait pas la tâche, bien au contraire. Parce qu’elle savait que tant que ses peurs seraient toujours profondément ancrées en elle, elle ne se sentirait jamais libre de faire sa vie et d’être enfin heureuse. Ce bonheur auquel elle avait pourtant droit, elle se l’interdisait, les faisant tous deux souffrir. Elle avait besoin de temps et de réponses. Et malheureusement, malgré toute sa bonne volonté, Castle ne pouvait répondre à au moins un de ces besoins. Il avait essayé, réellement, mais s’était heurté à un mur, et pas uniquement celui qu’elle avait érigé autour d’elle. Et elle ne voulait pas qu’il soit mêlé à cette histoire. Elle ne voulait pas qu’il soit à nouveau blessé. C’était sa vie, son combat, et c’était à elle de vaincre les démons de son passé pour pouvoir enfin affronter son futur. Mais elle savait illusoire l’espoir que Rick se tienne à l’écart de son enquête.
C’était d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle elle s’obstinait à garder ses distances avec lui, à le maintenir à l’écart de sa vie. Parce que sa sécurité était ce qui primait sur tout le reste. Et si pour ça elle devait le repousser, quitte à en souffrir, elle le ferait. Jamais elle ne se le pardonnerait si sa soif de vengeance engendrait la mort de son partenaire. Elle pouvait tout supporter, tout affronter sauf un monde où il ne serait plus. En soupirant, elle reporta son regard sur lui, et sourit en voyant qu’il avait remué dans son sommeil, remontant un peu plus son T-shirt qui révéla une musculature plutôt avantageuse pour un homme de son âge. Kate l’observa un moment, ne se lassant pas du spectacle qu’il lui offrait sans en avoir conscience. Il était si beau, si paisible qu’elle ne put se retenir. Déposant un tendre baiser sur son front, elle continua sa contemplation avec adoration et tendresse. Se sachant à l’abri des regards, elle laissa tomber son masque, et laissa ses sentiments prendre le dessus. Son cœur se gonflait et se serrait d’amour dans le même temps, tant elle était tiraillée par ses sentiments.
Elle l’aimait tellement que cela lui faisait mal. La douleur était autant physique qu’émotionnelle, et elle éprouvait de plus en plus de difficultés à y faire face sans se trahir aux yeux bien trop perspicaces de son écrivain préféré. Comment pouvait-elle assumer cela sans céder à la tentation qu’il représentait ? Elle éprouvait pour lui un amour si grand, si puissant, que cela la terrifiait. Elle ignorait comment faire face à cette situation qui la dépassait, et sa peur de le perdre prenait inlassablement le dessus. Tirée de ses pensées par un gémissement, elle posa ses grands yeux troublés sur son partenaire et le vit s’agiter dans son sommeil, comme en prise avec un mauvais rêve. Sans réfléchir, mue par son instinct de protection, elle vint s’asseoir près de lui et lui caressa le visage jusqu’à ce qu’il semblât s’apaiser. Délicatement, de peur de l’éveiller, elle posa sa tête sur sa poitrine, et écouta battre le cœur de son amour, savourant cette douce musique en fermant les yeux. Ce son était comme une symphonie pour elle, si magnifiquement apaisante, qu’elle en devint instantanément dépendante.
« Kate… » Gémit Castle.
Inquiète de l’avoir réveillé, et donc d’être surprise dans cette position plus que révélatrice la détective releva précipitamment la tête et scruta son partenaire. Un soupir de soulagement lui échappa lorsqu’elle prit conscience qu’il dormait toujours, et qu’il avait marmonné son prénom dans son sommeil. Fronçant les sourcils, elle observa son écrivain s’agiter de nouveau, laissant s’échapper des sons inarticulés d’entre ses lèvres entrouvertes. Intriguée, elle se pencha au-dessus de lui, et frissonna lorsque le souffle brûlant de Castle lui caressa la joue, mais elle parvint à en faire abstraction pour se concentrer sur ses marmonnements.
« T’aime… mon amour… » soupira Rick d’une voix rauque, la faisant sursauter.
Alors voilà ce qui le troublait autant. Se redressant vivement, elle s’écarta de lui d’un bond comme s’il l’avait brûlé, et le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine, elle le fixa, les yeux légèrement écarquillés. Si elle avait eu des doutes quant à la sincérité de la déclaration qu’il lui avait faite alors qu’elle était aux portes de la mort, ceux-ci venaient d’être balayés par ce nouvel aveu. Il dormait et ne pouvait donc feindre. Incapable de faire face à la tempête d’émotions qui faisait rage en elle, elle se détourna vivement et quitta en toute hâte la pièce. Elle qui ne savait déjà plus comment faire, voilà qui n’allait pas l’aider à garder la tête froide. Mais elle n’avait pas le choix. Elle ne devait pas se laisser attendrir. Non, elle n’était pas prête pas encore et puis cette histoire de fils l’incommodait encore plus. C’était gênant pour elle car elle avait l’impression d’être poussée dans les bras de son partenaire, comme si cela était un coup monté et cela avait l’effet inverse, éveillant sa méfiance. Le fait que ce garçon lui ressemble tant était plus que troublant mais s’il n’y avait eu que cela encore.
Parce que quand elle regardait Joan, c’était Castle qu’elle voyait en lui. Elle retrouvait son partenaire dans ses traits, dans son sourire, dans certaines de ses mimiques, dans son sens de l’humour, ce qui était vraiment perturbant pour elle. Elle n’était pas de celles à croire aux contes de fées et autres histoires fantastiques à dormir debout mais elle devait bien reconnaître que peu importait qui était ce jeune homme, il leur ressemblait traits pour traits. Elle et Castle parents. Dans l’absolu, c’était tout à fait envisageable si on les prenait individuellement. Mais ensemble ? Quelle probabilité y avait-il pour que dans un avenir proche, ils se rapprochent suffisamment au point de concevoir un enfant ? Elle avait beau envisager cette possibilité, elle s’obstinait à croire que tout ceci n’était qu’un moyen détourné pour nuire d’une façon ou d’une autre à son partenaire. Et même si Joan passait pour le parfait mélange de leurs deux personnalités, elle ne pouvait se permettre de croire qu’il puisse être leur fils, aussi tentante soit cette idée.
Après tout, elle avait souvent imaginé ce que ce serait de fonder une famille avec Castle, et devait admettre que Joan correspondait assez bien à l’image mentale qu’elle s’était faite de leur fils. Secouant la tête pour chasser ces drôles d’idées de son esprit, Kate descendit les escaliers, soupirant de soulagement en constatant que personne n’était encore levé ce qui allait lui permettre de reprendre contenance avant d’affronter le clan Castle. Depuis quelque temps, elle sentait bien qu’elle n’était plus la bienvenue dans cette maison. Pas aux yeux de son partenaire, mais après l’épisode de la banque, elle avait senti grandir l’hostilité d’Alexis à son égard, comprenant rapidement que la jeune fille était furieuse contre elle. Cela la blessait, et elle regrettait leur ancienne complicité. Alors qu’Alexis avait été la première à encourager son père à la fréquenter, voilà qu’à présent elle semblait avoir changé d’avis, ne la jugeant plus digne de son paternel. Et Alexis ne se gênait pas pour le lui faire comprendre, quitte à s’attirer les foudres paternelles. Kate savait qu’elle était la seule responsable de ce revirement.
En soupirant, Kate parvint dans le coin cuisine du loft, et s’appuya lourdement contre le comptoir, réfléchissant à la situation. L’attitude d’Alexis à son égard, bien que justifiée la blessait énormément, et elle cherchait le moyen d’aplanir les choses. Mais pouvait-elle y changer quoi que ce soit sans trop se dévoiler ? Alexis se contenterait-elle de vagues explications, ou bien cela ne ferait-il que creuser un peu plus le fossé qui les séparait ? Non, elle savait que si jamais elle venait à avoir cette discussion avec Alexis, elle devrait se montrer totalement honnête avec elle, et lui confier les véritables raisons de son attitude envers son partenaire. La question était de savoir si elle était prête à avoir cette conversation avec l’adolescente. Confier ses sentiments les plus profonds à son partenaire était pour le moment au-dessus de ses forces, mais parler à Alexis devrait être possible. Elle avait toujours pu parler librement avec l’adolescente, et espérait qu’une fois lancée, elle cesse de se poser des questions et se laisse aller à des confidences poussées. Elle devait au moins essayer.
Secouant la tête, elle décida de s’occuper et entreprit de préparer le petit déjeuner. Connaissant les lieux pour avoir déjà cuisiné le premier repas du matin lorsque son appartement avait fini en cendres, elle n’eut aucun mal à trouver ce dont elle avait besoin. La détective préparait minutieusement les ingrédients dont elle avait besoin pour la pâte et lorsque cette dernière fut certaine de tout avoir à portée de main, elle commença à casser les œufs.
« Waouh super génial, j’adore quand c’est toi qui prépare le petit déj’ ! » s’exclama soudain une voix sur sa droite.
Totalement absorbée par sa tâche, elle n’avait pas entendu le bruit de pas dans l’escalier, ni le bâillement peu discret qu’avait laissé échapper Joan en atteignant l’espace cuisine. Surprise par l’exclamation joyeuse du jeune adolescent, elle sursauta violemment et laissa échapper l’œuf qu’elle tenait. Comme dans un film au ralenti, elle observa ce dernier s’envoler à travers la pièce pour finir sa course sur la tête du jeune homme.
« Hey ! Mamaaaaaaaaaan, t’abuses ! » brailla Joan en arborant une moue de dégoût.
En avisant le jaune d’œuf qui commençait doucement à se répandre sur les cheveux bruns de Joan, Kate se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire, mais l’exclamation indignée de celui-ci lui coupa toute envie de rire. Fronçant les sourcils, elle le toisa de haut en bas. Mais la vision de la substance jaune qui poursuivait sa course descendante sur le front du jeune garçon pour finir sur ses lèvres crispées dans une moue écœurée avant d’atteindre son cou faillit avoir raison de son air sévère, et elle sentit à nouveau l’hilarité l’envahir. Joan poussa un grognement de mécontentement, n’appréciant visiblement pas de déguster son petit déjeuner de cette façon peu conventionnelle. Dans un soupir à fendre l’âme, il adressa un regard lourd de reproche à sa mère qui ne put s’empêcher d’afficher une moue contrite démentie par la lueur rieuse de son regard. Lueur qu’elle tenta bien de masquer, mais Joan la connaissait suffisamment pour l’y voir malgré toutes les tentatives de la jeune femme pour ne rien laisser paraître de son amusement. Bien décidé à la faire craquer et à briser sa carapace, même pour un court instant, Joan accentua un peu plus ses grimaces.
Devant l’air boudeur du jeune homme Kate ne put retenir un éclat de rire, pour le plus grand plaisir de son fils. Mais elle n’avait pu se retenir plus longtemps tant il lui faisait penser à Castle lorsqu’il faisait cette tête.
« Ah maman ce que j’adore lorsque tu ris comme cela tu es tellement belle ! » constata Joan en l’observant avec un sourire émerveillé et empli d’adoration.
Cette réplique eut pour effet de stopper net le rire de la brunette qui prit un torchon et le jeta sans ménagement à la figure de Joan.
« Pas de ça avec moi, je ne me laisserai pas embobiner comme les autres. » répliqua-t-elle froidement en se détournant du jeune garçon pour reprendre la confection du petit déjeuner avant de poursuivre « Tu pourras me jouer tous les numéros de charme que tu veux ça ne prend pas. J’ai assez vu de gueules d’ange dans mon métier pour savoir que c’est de ceux-là dont on doit se méfier le plus ! »
Sur cette réplique bien sentie, Kate releva la tête pour planter son regard dans celui du jeune garçon, comme pour appuyer ses propos. Le sourire de Joan s’effaça pour faire place à la tristesse. L’espace de quelques instants, il avait oublié toute la situation pour se concentrer uniquement sur ce tendre moment complice avec sa maman. Bien sûr, elle était plus jeune, mais c’était toujours elle. Et puis elle n’avait pas tant changée que ça en 20 ans. Et avec fierté, il constata que sa mère faisait partie de ces femmes qui vieillissaient avec classe et sur lesquelles le temps ne semblait pas avoir d’emprise. Pas étonnant qu’elle ait autant de succès auprès de la gente masculine et que son père ait toujours aussi peur de la perdre s’il en croyait ce qu’Alexis et sa grand-mère disaient. Mais voilà, il avait oublié que la jeune femme qu’il avait face à lui n’était pas sa maman. Pas encore. Et le chagrin le submergea à la pensée qu’elle ne le deviendrait peut-être jamais. Elle semblait le haïr en ce moment même, et voir en lui un indésirable dont elle cherchait à se débarrasser au plus vite.
Lorsque la jeune femme vit la douleur qu’elle lui avait causée, elle sentit immédiatement son cœur se serrer. Elle souffrait elle aussi, sa cicatrice la torturant, comme si son propre corps cherchait à lui faire comprendre qu’elle faisait fausse route et qu’elle risquait de perdre énormément si elle s’obstinait dans cette voie. Elle retint un gémissement, et crispa les doigts autour de la spatule qu’elle tenait, refusant de se laisser aller à la moindre faiblesse. Se retournant rapidement pour ne plus être confrontée à cette mine si triste qui lui déchirait le cœur sans qu’elle ne puisse se l’expliquer, elle prit de profondes inspirations pour dompter sa douleur. Elle refusait de laisser l’occasion à Joan de percevoir la brèche dans son armure et de l’y laisser s’y engouffrer.
« Assieds-toi là, je finis ma préparation et te fais ton petit déjeuner. » Dit-elle sans le regarder.
Le jeune homme s’exécuta sans dire un mot. Il savait qu’il se heurterait à un mur avec sa mère mais il ne pensait pas que cela ferait si mal. Ils avaient toujours été si proches tous les deux, la voir agir avec lui comme s’il était un étranger le blessait terriblement. Il se sentait sur le point de craquer, mais se raccrochait au souvenir de sa maman, aimante et câline pour ne pas lui reprocher son comportement et nourrir de la rancœur à son égard. Après tout, il n’était pas encore venu au monde, et il était normal qu’elle réagisse ainsi, aussi difficile que cela soit à accepter. Mais il savait qu’il ne supporterait pas longtemps cette froideur qu’elle manifestait à son égard. Il devait la convaincre quoi qu’il arrive. Il devait rétablir l’équilibre du destin qu’il avait brisé en venant et en intervenant aussi directement dans leur vie à tous. Il refusait de voir sa famille se déchirer et s’éparpiller aux quatre coins du pays parce qu’il avait dit ou fait quelque chose qui les séparerait. Et connaissant la forte personnalité de ses proches, il avait de véritables raisons de se faire du mauvais sang.
Un long silence pesant s’installa dans la pièce, aucun des deux ne sachant comment engager la conversation. Joan avait les yeux dans le vague, réfléchissant à un moyen de convaincre sa mère. Quant à cette dernière, elle prit une louche pour prendre de la pâte à pancake qu’elle fit glisser dans la poêle, lorsque celle-ci fut assez cuite, Kate la décolla avec la spatule et la déposa dans une assiette recommençant l’opération plusieurs fois. Lorsqu’il n’y eut plus de pâte, mais une pile plus que conséquente de délicieuses galettes dorées à souhait, elle éteignit le feu. Sortant une assiette du placard, elle y déposa quelques crêpes qu’elle agrémenta machinalement de sirop d’érable et de crème chantilly, sans même demander à Joan si c’était ainsi qu’il les aimait. Mais après tout, Castle les mangeait comme ça, alors pourquoi pas lui ? Elle versa ensuite du café dans une tasse, y ajoutant une pincée de sucre de canne pour enfin faire couler du jus d’orange dans un verre. Sans un mot elle avança le petit déjeuner devant Joan. Ce dernier la regarda surpris qu’elle sache comment il aimait ses crêpes, puis il la remercia et sourit sans lui faire remarquer qu’elle lui avait préparé son petit déjeuner exactement comme il l’aimait.
Elle pouvait prétendre ne pas être sa mère, toujours est-il que comme toute bonne maman, elle savait exactement ce que désirait son enfant. Cette constatation le réjouissait, car cela signifiait que la situation n’était pas aussi désespérée que ce qu’elle pouvait paraître de prime abord. Malgré tout ce qu’elle pouvait dire, le lien entre eux était si fort qu’il ne pouvait être nié. Et il savait que sa maman le ressentait aussi fortement que lui, même si elle s’obstinait à prétendre le contraire. Il ressemblait peut-être beaucoup à son père, mais il tenait tout autant de sa mère, et s’il y avait bien une chose qu’il avait hérité d’elle, s’était son entêtement. Et il n’abandonnerait pas. Il se battrait jusqu’au bout pour qu’elle accepte la vérité, aussi bien en ce qui le concernait, que vis-à-vis de ses sentiments pour son père. Quand il repartirait chez lui, il emporterait avec lui l’image de ses parents enfin réunis, n’en déplaise à sa tête de mule de mère. Sur cette pensée optimiste, il se saisit de sa cuillère et attaqua son repas avec appétit.
Kate observait l’adolescent manger avec appétit et ne put retenir un sourire de tendresse. Il ressemblait tant à son partenaire, qu’elle ne pouvait s’en empêcher. Son cœur se gonflait d’amour pour lui à chaque seconde passée en sa compagnie. Elle grimaça à cette constatation, agacée par ce drôle de sentiment qui l’étreignait en cet instant.
« Bien le bonjour les enfants ! » S’exclama Martha en descendant les marches.
« Bonjour Martha ! » la salua Kate heureuse de l’irruption de l’actrice qui lui donnait une bonne excuse pour ne plus prêter attention à Joan.
Martha s’approcha de Kate en lui souriant puis se tourna vers Joan et le serra dans ses bras, ce qui surprit grandement la jeune femme. Avait-elle raté un épisode ? Comment pouvait-elle être si familière avec ce garçon alors qu’elle ne le connaissait pas et qu’hier encore elle affirmait ne pas croire à son histoire. Alors que Joan répondait avec joie au câlin de sa mamie, cette dernière se détacha de son petit-fils.
« Bon après ce câlin à la douche, tu sens le fauve mon chéri ! » constata-t-elle en plissant du nez pour donner plus de poids à ses paroles.
Kate écarquilla les yeux face à l’attitude de Martha, et se demanda si Joan n’avait pas mis une drogue dans les verres de la famille Castle pendant qu’elle était au téléphone la veille, seul moment où elle avait perdu Joan des yeux, trop concentrée sur sa conversation. Si c’était le cas, elle allait devoir faire faire des analyses à Castle pour déterminer quelle drogue il avait utilisé et en contrer les effets. Mais d’abord, elle devait attendre l’arrivée des autres membres et observer leur comportement. Plus suspicieuse que jamais, elle reporta son attention sur Joan qui riait à la remarque de Martha, échangeant un regard complice avec elle, et sans qu’elle s’explique sa réaction, elle sentit une vive jalousie s’emparer d’elle. Décidément, cet adolescent lui faisait perdre la boule. Secouant la tête, elle se tendit en voyant Joan sauter au bas de son tabouret dès la dernière bouchée de son repas avalée.
« Ne t’inquiète pas grand-mère, j’en rêve depuis mon réveil, mais mon estomac n’a pas résisté à l’appel d’un petit déjeuner préparé par maman ! » expliqua l’adolescent avec une petite contrite qui fit sourire les deux femmes tant il ressemblait à son géniteur en cet instant.
Mais heureusement pour Kate, Martha et Joan étaient trop pris par leur discussion pour faire attention à elle, et sa réaction passa inaperçue, à son plus grand soulagement. Dépitée, elle les observa rire ensemble comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Elle assistait à la scène, comme déconnectée de la réalité. Cela lui paraissait tellement surnaturel qu’elle y perdait son latin. Elle ne reprit ses esprits qu’au moment où Joan se dirigea vers les escaliers. Mais alors qu’il posait le pied sur la première marche, une tornade rousse fit son apparition en haut de ceux-ci, obligeant Joan à revoir ses plans et à se reculer précipitamment pour ne pas se prendre la jeune fille de plein fouet. Alexis scanna rapidement la pièce, et un immense sourire étira ses lèvres lorsque son regard se posa sur Joan alors que son regard était passé sur Kate comme si elle ne s’était pas trouvée dans la pièce. Gracieusement, elle dévala les marches à toute vitesse pour se jeter dans les bras de son frère, l’embrassant sur la joue.
« Pouah ! Tu as besoin d’une bonne douche frérot ! » S’exclama-t-elle en s’écartant vivement, une moue dégoutée sur les lèvres.
« Bonjour à toi aussi ! » fit-il semblant de bouder, arrachant un éclat de rire à la rouquine qui lui ébouriffa les cheveux.
Feignant toujours de bouder, Joan recula la tête en adressant un regard faussement noir à sa sœur, ce qui accrut son rire, le tout sous le regard tendrement protecteur de Martha, et incompréhensif de Kate qui se demandait si elle n’avait pas brusquement été projetée dans une dimension parallèle. Après les voyages dans le temps, elle vérifierait ainsi la théorie de l’existence d’autres réalités semblable à la nôtre qui se déroulerait dans un espace-temps différent. En roulant des yeux, agacée par ses pensées, elle s’occupa les mains en répartissant les crêpes restantes entre les derniers membres de la famille Castle, son appétit envolé alors qu’elle se demandait à nouveau si ces derniers n’avaient pas été drogués. Le rire d’Alexis lui fit tourner la tête vers le petit groupe.
« Je suis terrifiée ! » pouffa la jeune fille en prenant une mine effrayée devant le regard faussement noir de Joan avant de se tourner vers sa grand-mère « Salut Gram » Lança-t-elle en venant l’embrasser.
Se tournant vers Kate, elle salua la jeune femme d’un signe froid de la tête. Joan grimaça devant si peu de chaleur de sa sœur à l’égard de sa mère. Fronçant les sourcils, il agrippa Alexis par le poignet, l’obligeant à le regarder.
« Quoi ? » s’étonna Alexis en croisant son regard.
Sans un mot, Joan plongea son regard dans celui de la jeune fille, et attendit patiemment qu’elle comprenne le message d’elle-même. Il ne voulait pas lui faire la morale devant sa mère et leur grand-mère, mais il ne la laisserait pas se conduire d’une façon aussi grossière envers sa maman sans réagir, et il pensait vraiment que leur discussion de la veille lui avait fait voir les choses différemment, mais force était de constater que ce n’était pas le cas. Alexis pencha la tête, ne semblant pas comprendre ce que son frère voulait d’elle, et voyant cela, Joan fit un léger signe de tête en direction de sa mère. Il sut que sa sœur avait compris ce qu’il voulait lorsqu’il la vit rougir et baisser piteusement les yeux. Il s’apprêtait à lui dire quelque chose mais des bruits dans les escaliers l’interrompirent.
« Bonjour tout le monde ! » les salua joyeusement Castle en faisant une entrée remarquée.
Instantanément, toutes les têtes se tournèrent vers le nouvel arrivant alors qu’un sourire collectif fleurissait sur les lèvres de tous. Kate se mordilla la lèvre devant la mine toute chiffonnée de son partenaire qui avait encore la trace du canapé sur la joue gauche, et ses doigts la démangèrent furieusement d’aller passer ses doigts dans ses cheveux afin de les discipliner un peu. Joan qui avait vite reporté son attention sur elle, sourit en voyant le regard empli d’amour et de désir que sa mère adressait à son père sans même en avoir conscience, mais son sourire s’estompa en la voyant détourner vivement les yeux pour se recomposer son masque.
« Il devrait y avoir une loi qui interdise d’être aussi bornée ! » marmonna-t-il en secouant la tête de dépit.
Alexis lui adressa un regard intrigué, mais n’eut pas le temps de lui poser la moindre question alors que leur père venait l’enlacer.
« Ma chérie ! » dit-il en l’embrassant tendrement sur le front avant de la câliner.
« Mère ! » ajouta-t-il après s’être tourné vers Martha sur la joue de laquelle il déposa un baiser.
Se redressant, il chercha Kate du regard, et lorsqu’il la débusqua derrière le comptoir, il lui adressa un sourire radieux. Il aurait aimé l’empoigner et l’embrasser avec passion mais il était sûr de finir sur la table d’autopsie de Lanie, s’il faisait cela. Alors il se contenta juste de ce sourire qu’il ne réservait qu’à elle, espérant lui faire comprendre que leur querelle de la nuit dernière était déjà oubliée et qu’il ne lui en tenait pas rigueur. Il ne voulait pas courir le risque de voir les choses s’envenimer entre eux au risque que rien de concret ne se passe. Après tout, Joan était la preuve vivante que sa muse craquerait d’ici une semaine, alors il n’allait pas faire l’idiot et tout compromettre.
« Kate ! » souffla-t-il tendrement, savourant la saveur de son prénom sur sa langue comme il l’aurait fait d’un bonbon.
Son sourire s’accentua lorsque le regard de Kate s’illumina, et qu’elle lui adressa son sourire le plus éblouissant, celui qui le rendait tout chose et le faisait inévitablement défaillir, celui qui lui donnait l’espoir d’un avenir commun. Leurs regards restèrent connectés un long moment, mais comme toujours, Kate rompit le lien et détourna les yeux, gênée par la situation. Retenant un soupir de dépit, Castle se détourna à contrecœur et posa son regard sur leur fils. Immédiatement, un sourire de fierté apparut sur son visage, et il se dirigea vers lui d’une démarche énergique et décidée. Il l’empoigna avec force, l’attira contre lui et déposa un baiser sur son front, comme il l’avait fait avec Alexis.
« Bien dormi fiston ? » s’enquit-il en s’éloignant légèrement pour pouvoir observer le visage de Joan.
Les deux mains posées sur ses épaules, il étudia attentivement les traits de ce fils tombé du ciel, et frémit de joie en constatant une nouvelle fois comme il était beau, et comme il ressemblait à sa mère. Il ne se lassait pas de le regarder, mais il fronça légèrement les sourcils en constatant qu’il était un peu pâle, mais il mit cela sur le compte d’une nuit agitée à s’inquiéter parce que sa mère refusait d’admettre qu’il était son enfant.
« Merveilleusement papa » le rassura Joan avec un sourire éblouissant avant de s’exclamer en roulant des yeux « et oui je vais à la douche ! »
« Hey je n’ai rien dis-moi ! » protesta-t-il avec amusement avant d’ajouter dans un clin d’œil complice « tu sens le vrai mâle ! »
« Oui le gorille plutôt » lança Alexis dans un éclat de rire.
Kate assistait à la scène estomaquée. Elle n’arrivait pas à croire à ce qu’il se passait sous ses yeux. Elle qui avait voulu empêcher Castle de s’attacher à Joan, c’était plutôt raté. En plus, maintenant, Alexis et Martha semblaient avoir embrassé la cause du jeune homme, ce qui n’allait pas lui faciliter la tâche, bien au contraire. Il fallait vraiment qu’elle rétablisse la situation, et le plus vite serait le mieux. Elle ne voulait voir aucun d’eux souffrir, or cela ne manquerait pas de se produire lorsque la supercherie dont se rendait responsable Joan serait révélée au grand jour.
« Vous avez tous perdu la tête ma parole ! » Lança-t-elle furieusement en mettant les poings sur les hanches.
« Allez Beckett, ne soyez pas aussi obtue ! » répliqua Castle alors que le clan Castle se tournait vers elle.
« Oui lieutenant Beckett, vous devriez laisser parler votre cœur au lieu de toujours écouter votre raison !: » approuva Martha en venant se positionner près de Joan, imitée par Alexis et Castle.
« C’est officiel, la folie est génétique ! » Ajouta-t-elle dépitée face à la solidarité dont il faisait preuve contre elle.
« Ah et bien alors nous sommes tous fous dans la famille sauf toi Kate, notre phare de lucidité ! » Rétorqua Castle avec le sourire.
« Papa, tu ne devrais peut-être pas la pousser à bout… » Entendit-elle Joan souffler à son partenaire en jetant un regard inquiet dans sa direction.
Comment pouvait-il plaisanter dans une telle situation ? Elle sentait la colère monter en elle, et avait de plus en plus de mal à garder son sang-froid. Elle s’inquiétait pour lui, et monsieur prenait ça à la légère. De peur de dire ou faire quelque chose de fâcheux et irrémédiable, elle posa sa spatule et quitta la cuisine sans ajouter un mot de plus. D’une démarche martiale, elle se dirigea vers le bureau de son partenaire afin de regagner sa chambre pour y prendre ses affaires. Mais alors qu’elle passait près de son partenaire, elle croisa le regard de Castle dans lequel brillait une lueur entendue, comme s’il avait su qu’elle agirait de cette façon, comme s’il savait qu’elle préfèrerait la fuite à la confrontation, et cela la mit encore plus en colère.
« Je ne fais pas partie de cette famille ! » siffla-t-elle en plantant son regard dans celui de Castle qui recula d’un pas sous la férocité qu’il exprimait.
« Oui ça on a bien compris que vous ne vouliez pas en faire partie ! » Cracha Alexis d’un ton acide.
« Alexis ! » la réprimandèrent Joan et Castle d’une même voix.
Beckett s’était figée, sous le regard inquiet de son écrivain et de leur fils. Exhalant difficilement, elle leur tourna le dos afin de leur cacher sa douleur face à l’attaque de l’adolescente. Elle ne parvenait plus à bouger, serrant les dents et les poings, elle tentait de reprendre contenance. Cette remarque lui avait fait mal, brisant son cœur mais elle comprenait que la jeune adolescente puisse avoir de la rancune contre elle. Alors qu’elle était accueillie dans cette famille comme un membre à part entière de celle-ci, elle gâchait tous encore une fois. Qu’est ce qui clochait chez elle ? Pourquoi ne pouvait-elle pas se laisser simplement aller ? Baissant la tête, elle sentit une unique larme s’égarer sur sa joue, et elle se mordit vivement l’intérieur de la joue afin d’empêcher celles qu’elle sentait poindre à la barrière de ses paupières de suivre le même chemin. Elle ne devait pas craquer, pas maintenant. Avec la rapidité d’un félin, elle regagna le bureau de l’écrivain et referma la porte derrière elle en la claquant.
« Une vraie adulte, y’a pas à dire ! » Put entendre la brunette derrière la porte.
« Pumpkin, je t’interdis de parler à Kate comme cela » la rabroua vivement Castle, d’un ton lourd de colère et de déception.
« Alexis, je t’adore vraiment mais j’aime pas que tu parles à maman comme cela ! Je n’aime pas quand elle souffre ! Tu t’attaques à elle, c’est comme si tu t’attaquais à moi ! » ajouta Joan d’un ton glacial digne de sa mère.
« Mais elle nous rejette et toi en premier c’est toujours comme ça papa, tu n’en as pas assez !» Cria l’adolescente en se levant.
Alexis savait qu’une fois encore elle avait réagi trop vivement, mais ça avait été plus fort qu’elle. Elle avait seulement voulu provoquer une réaction chez la détective, la pousser dans ses retranchements pour qu’elle se confie. Et elle avait obtenu une réaction. Elle avait eu le temps d’apercevoir les larmes de la jeune femme, et cela lui avait déchiré le cœur. Elle s’en voulait d’agir ainsi, mais avait l’impression d’être prise dans un cercle vicieux duquel elle ne parvenait pas à se défaire. Et les remontrances de sa famille ne faisaient que la faire se sentir plus mal, par conséquent, elle s’entêtait dans ce comportement qu’elle réprouvait elle-même.
« Elle a juste besoin de temps ! » rétorqua Joan, en écho à leur conversation de la nuit dernière, et son sentiment de culpabilité enfla de plus belle.
« Elle est fragile et a besoin de soutien, pas d’être condamnée ! » s’écria Castle d’un ton vibrant qui fit tressaillir Kate.
« Quatre ans ce n’est pas suffisant ? Tu es vraiment pathétique papa ! » s’énerva Alexis ne supportant plus l’attitude des hommes de sa famille.
Elle reconnaissait s’y être mal prise, mais elle savait qu’elle avait raison. Son père avait essayé la douceur, et cela faisait quatre ans qu’ils menaient cette danse sans fin qui les faisait tous deux souffrir. Alors quoi qu’ils en disent, il était temps de tester la manière forte, et de voir ce qu’il en découlerait. Il était temps de mettre un terme à cette situation intenable, d’une manière ou d’une autre, et si son père était trop lâche pour le faire, elle s’en chargerait.
Mais enfin papa combien de temps vas-tu supporter ça ? » reprit-elle avec véhémence « Elle te rend malheureux, se moque de tes sentiments, et tu la laisses faire sans réagir ! » Cracha la jeune fille en se dirigeant à grand pas vers les escaliers, les larmes aux yeux.
Kate ferma les yeux, ne supportant plus d’entendre cette famille qu’elle aimait comme la sienne se déchirer à cause d’elle. Alexis était en colère, elle le comprenait bien et elle avait raison. Kate avait trop attendu, si elle continuait ainsi, il serait trop tard.
« Tu pourras dire ce que tu veux Alexis mais maman a toujours été là pour toi, bien plus présente que toutes les femmes qui ont traversées la vie de papa, Meredith y compris, tu le sais ! » explosa Joan, furieux d’entendre parler de sa mère de cette façon « Pour preuve à 18 ans, je ne l’ai encore jamais rencontrée ! » termina-t-il pour faire comprendre à sa sœur que sa maman n’était pas le Diable comme elle semblait vouloir le faire croire.
Piquée au vif, Alexis darda un regard noir à son frère. Encore une fois, il lui avait prouvé qu’il la connaissait bien en appuyant là où cela faisait mal. La rouquine monta les escaliers en courant, des larmes de tristesse et de rage se mêlant dans ses magnifiques yeux de cyan.
« Tu y as peut-être été un peu fort fils, tu sais que Meredith est un sujet sensible pour Alexis » soupira Castle, partagé entre sa colère envers sa fille, et son instinct de père qui lui enjoignait de courir la réconforter.
« Oui je sais, comme celui de ma mère l’est pour moi » soupira à son tour l’adolescent en se passant une main lasse dans sa tignasse indisciplinée « Je ne supporte pas qu’on lui fasse du mal papa, et Alexis a été trop loin. Maman a assez souffert comme cela. Je sais qu’Alexis aime maman mais elle est trop bornée pour l’admettre à se demander de qui elle a pris cette mauvaise habitude ! » Ajouta-t-il en arborant un sourire moqueur.
« Pas de moi ! » Se défendit vivement Castle, faisant sourire Kate.
Elle entendit Joan glousser et Martha dire quelque chose qu’elle ne comprit pas, mais qui fit râler son partenaire, faisant redoubler les rires de Joan. Au-dessus de sa tête, elle perçut des pas, et sut qu’Alexis avait dû rejoindre sa chambre. Et elle soupira alors qu’elle aurait aimé pouvoir rejoindre la jeune fille et la réconforter, mais elle savait qu’elle ne la laisserait pas approcher, et elle ne voulait pas déclencher un nouveau drame. Alors elle resta où elle était, et continua d’écouter cette discussion qui la faisait basculer entre tendresse et agacement. Depuis que ce jeune homme avait fait irruption dans leur vie, ses sentiments jouaient au yoyo, et elle commençait vraiment à en avoir assez. Il était temps d’arrêter les frais avant qu’elle ne commette un meurtre, ou bien qu’une parole malheureuse n’échappe à l’un d’eux, brisant irrémédiablement toute chance d’avenir commun. La voix de Joan la ramena au présent, et elle colla son oreille contre la porte pour mieux entendre ce qu’il disait. Elle se faisait l’effet d’une adolescente punie par ses parents et qui les espionnait pour connaître sa punition.
Mais elle voulait savoir comment il avait réussi à les convaincre si facilement. Parce que la thèse de la drogue ne tenait pas. Pas après l’attaque d’Alexis à son encontre. Si le but de Joan était de tous les convaincre, elle y compris, il se serait arranger pour empêcher Alexis de s’en prendre à elle. Donc il avait dû trouver les mots pour les rallier à sa cause. Elle devait lui reconnaitre qu&am
suite chapitre
Mais elle voulait savoir comment il avait réussi à les convaincre si facilement. Parce que la thèse de la drogue ne tenait pas. Pas après l’attaque d’Alexis à son encontre. Si le but de Joan était de tous les convaincre, elle y compris, il se serait arranger pour empêcher Alexis de s’en prendre à elle. Donc il avait dû trouver les mots pour les rallier à sa cause. Elle devait lui reconnaitre qu’il savait se montrer convaincant, et qu’il était particulièrement renseigné sur eux, à croire que celui qui lui avait appris son rôle était un intime de leur famille. Enfin des Castle et d’elle-même, parce que comme elle l’avait elle-même fait remarqué à Castle, elle ne faisait pas partie de la famille, et au rythme où allaient les choses, elle n’en ferait jamais partie.
« Je sais bien cela, mais sans s’en rendre compte, elle a pris cette habitude de maman alors la voir agir comme cela ça m’est insupportable, parce que maman est ce qui se rapproche le plus d’une mère pour Alexis, les voir se déchirer comme ça, c’est trop bête ! » lâcha Joan dans un soupir d’impuissance teinté de frustration.
« Oui il est vrai que Kate est une sacrée tête de mule ! » Répliqua Castle un sourire dans la voix, et elle n’avait pas besoin de le voir pour savoir qu’il arborait cette expression tendre qu’il avait parfois lorsqu’il la regardait.
Mais alors qu’habituellement, cela la faisait fondre et lui donnait envie de lui sauter dessus pour ravager son corps, en cet instant, elle avait plutôt envie de l’étrangler. Elle n’était pas têtue, elle savait simplement ce qu’elle voulait et n’était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Elle était volontaire et déterminée, pas entêtée.
« C’est aussi pour ça que tu es fou d’elle papa ! » s’amusa Joan an éclatant de rire, rejoint par Martha qui s’était tenue à l’écart de la conversation.
Et sur cette remarque pleine de bon sens, ils se mirent à rire faisant grincer des dents Kate. Elle n’arrivait pas à croire qu’ils puissent se moquer d’elle ainsi sans aucune pudeur. Alors voilà ce que son partenaire disait d’elle quand elle avait le dos tourné ! Il allait l’entendre ! Elle allait lui faire passer l’envie de médire d’elle en son absence, elle allait lui faire la peur de sa vie, et plus jamais il ne se risquerait à ce petit jeu. Et le pire, c’était la relation qu’il avait tissée avec Joan en si peu de temps. Elle venait de plonger dans le surnaturel ce n’était pas possible autrement. C’était un cauchemar, dont elle espérait bientôt se réveiller.
Chapitre 7 :
Dos contre la porte, Kate ferma les yeux et soupira, se retenant de sortir de ce bureau pour mettre une gifle à Castle et lui dire d’ouvrir les yeux. Comment pouvait-il être aveugle à ce point ? Comment pouvait-il croire à cette histoire à dormir debout ? Comment pouvait-elle être la seule à voir que ce garçon n’était pas leur fils ? Non pas que l’idée ne l’enchantait pas, bien au contraire. Joan était un jeune homme aussi adorable que charmant, et elle souhaitait vraiment devenir un jour l’heureuse maman d’un enfant tel que lui, à la fois beau et intelligent, mais dans ce cas précis, ce n’était qu’une belle illusion, et elle refusait de se laisser prendre au piège. Pourtant, bien malgré elle, elle s’attachait de plus en plus à ce petit, lui trouvant toujours plus de qualités. Elle adorait le concept d’être mère d’un enfant bourré de tant de qualités qu’elle ne parvenait même pas à en dresser une liste exhaustive, mais elle devait garder les idées claires. Et cela en dépit de ce sentiment étrange qui s’éveillait en elle, ce lien indéfinissable et inexplicable qui la liait à cet adolescent. Seule la vérité comptait, seuls les faits importaient et les faits étaient que…Joan était un inconnu.
Elle qui avait toujours eu du mal à accorder sa confiance, se surprenait à baisser sa garde en présence de Joan. Son cœur la trahissait là où sa raison la rappelait à l’ordre, et c’est à cette dernière qu’elle se raccrochait, niant la réalité de ses sentiments, refusant de se laisser aller à ses émotions. Elle menait envers Joan le même combat que celui qu’elle menait envers son partenaire depuis 4 ans, et cette constatation amplifiait son trouble. Castle avait déjà grandement fragilisé la barricade qui entourait son cœur, réussissant à franchir ses défenses à force de patience, et Joan lui, les avait tout simplement pulvérisées. Ses défenses n’avaient pas tenues une seule seconde face au regard cristallin de Joan, mais elle s’escrimait à les reconstruire pierre après pierre afin de le tenir aussi éloigné d’elle que possible. Mais elle avait l’étrange impression que plus elle tentait de se protéger contre lui, plus elle devenait vulnérable. Jamais encore elle n’avait ressenti cela pour quiconque, pas même pour Castle.
Il s’agissait d’un sentiment d’une puissance troublante dont elle ne parvenait pas à définir la nature exacte. Oui, assurément, ceux qui étaient derrière tout ça avaient bien choisi en leur envoyant ce jeune homme qui avait tout d’un ange. Il était beau, intelligent, avait un charme fou, était poli et avait le sens de l’humour. Le même que celui de son écrivain, celui qui parvenait à la faire sourire dans les pires situations, même si elle tentait de s’en prémunir. N’importe quelle femme serait fière de le présenter comme son fils. Mais voilà. Elle n’était pas sa mère et ne le serait jamais. Et elle devait garder cette idée en tête et ne pas écouter son traître de cœur qui s’était ramolli au contact de son écrivain, et qui lui soufflait qu’aimer cet adolescent était normal, et même la chose à faire, que le contraire était mal, contre nature. Heureusement pour elle, elle était passée maîtresse dans l’art d’ignorer son cœur pour se focaliser sur sa raison, sa seule alliée face au pouvoir de persuasion de ce garçon. Et sa raison lui hurlait de se méfier de lui.
Elle finirait par percer le mystère qui l’entourait, et en attendant, elle resterait sur ses gardes, traquerait le moindre détail qui fendillerait son masque de perfection et qui révélerait sa véritable nature aux yeux du clan Castle. Leur faire ouvrir les yeux serait dur, mais c’était un mal nécessaire pour les protéger tous, quitte à se faire détester d’eux pendant un temps. Ce serait douloureux pour elle de voir Castle lui tourner le dos, mais elle serrerait les dents et attendrait la fin de l’orage. Elle savait qu’une fois ses plaies pansées, il réaliserait qu’elle avait agi pour son bien, par amour pour lui et sa famille, et qu’il lui reviendrait, un café dans les mains et un sourire d’excuse et de pardon au coin des lèvres. Il lui revenait toujours, et cette fois ne ferait pas exception. Peu lui importait ce qu’elle devait faire, elle refusait de rester impassible alors que leur bonheur était menacé. Elle n’allait pas rester les bras croisés alors que le Dragon tentait d’atteindre ceux qu’elle aimait par l’intermédiaire de Joan, c’était hors de question.
N’entendant plus que des murmures indistincts en provenance du salon, elle se décida à abandonner son poste de guet, et avança vers le lit de son partenaire sur lequel elle se laissa tomber. Elle était brusquement lasse, comme vidée de toute énergie par cette histoire dont elle ne voyait pas le bout. Elle en avait assez de sans cesse lutter. Contre Castle, contre Joan, mais aussi et surtout contre ses démons intérieurs qui l’empêchaient d’être simplement elle-même, l’obligeant à une constante vigilance qui la rongeait doucement. Elle aurait aimé pouvoir s’endormir pour ne se réveiller que lorsque cette histoire abracadabrante serait derrière eux, afin de ne pas faire face à ce qui l’attendait dans les jours à venir. Mais ce n’était pas son genre, et comme toujours, elle ferait face la tête haute. Allongée au travers du lit, elle se fit une liste mentale de tout ce qu’elle avait à faire aujourd’hui. A commencer par les analyses ADN. Elle trouvait ces tests totalement ridicules à la vue de la situation, mais elle savait aussi qu’il s’agissait là de la seule solution pour ouvrir les yeux à son amour.
Seule une preuve scientifique et donc irréfutable le ramènerait à la raison. Elle savait que cette désillusion lui briserait le cœur, mais elle serait là pour lui. Elle veillerait sur lui comme il l’avait toujours fait pour elle, et cette fois, elle ne se cacherait plus et tenterait de lui faire comprendre qu’elle était prête à construire ce « Nous » qu’il espérait tant. Galvanisée par cette pensée, elle se redressa pour se relever d’un bond et se précipita vers son sac. Elle devait prévenir Lanie de ce qu’il se passait. Elle avait réussi à convaincre un de ses amis de lui fournir des kits de prélèvements afin que la légiste les fasse personnellement. La dernière chose qu’elle voulait, c’était que la nouvelle se répande comme une traînée de poudre. Cette histoire était si rocambolesque que si jamais elle s’ébruitait et parvenait aux oreilles de ses collègues, elle n’avait pas fini d’en entendre parler. Voilà pourquoi elle voulait que ce soit Lanie qui s’en occupe. Elle était la seule à qui elle faisait entièrement confiance dans une telle situation. Encore fallait-il qu’elle la prévienne, et que celle-ci les attende à la morgue.
Et puis elle comptait bien profiter de cette virée à deux pour faire subir un interrogatoire intensif à Joan. Elle allait lui faire endurer un interrogatoire à la Beckett, profitant que Castle ne soit pas dans ses pattes pour l’en empêcher Elle n’aimait pas beaucoup l’idée de ne pas le voir de la journée, tant il allait lui manquer, comme chaque fois qu’il ne venait pas à cause de son allergie pour la paperasse, même si depuis quelque temps, il venait malgré son aversion pour cette activité, veillant à maintenir à niveau le taux de caféine dans son organisme.
En soupirant elle constata comme elle était devenue dépendante de la présence de son écrivain, aimant de moins en moins être séparée de lui ne serait-ce que pour quelques heures, mais elle n’avait pas le choix. Heureusement pour elle, il avait laissé échapper qu’il avait du retard dans son écriture. Donc elle lui conseillerait simplement de rester là à écrire, d’autant qu’ils n’avaient pas d’enquête officielle sur les bras, et qu’il considérait le reste comme une terrible perte de temps et un affront à ses capacités. Même si elle savait qu’il ne disait cela que pour l’agacer et détendre l’atmosphère.
Son sac à bout de bras, elle quitta la chambre de son partenaire, se demandant fugacement si un jour elle y viendrait avec lui, pour une discussion sportive et particulièrement plaisante pour chacun d’eux. Elle se mordit vivement la lèvre à cette évocation avant de se reprendre. Pour son plus grand soulagement, le salon était désert, et elle le traversa pour aller déposer son sac près de la porte. Le bruit de pas dans l’escalier la fit se retourner, et elle se figea en découvrant son partenaire à demi nu. Il ne l’avait pas encore aperçu, et enfilait tranquillement sa chemise La jeune femme put donc profiter du spectacle, mordillant ses lèvres d’envie alors que son imagination s’égarait lui montrant de façon particulièrement explicite tout ce qu’elle pourrait faire avec lui. Elle serra les poings, se retenant de l’empêcher de terminer de se vêtir afin de profiter pleinement de son corps et se baffa mentalement. Si elle continuait ainsi, elle allait finir par lui sauter dessus pour une session torride à même les marches de l’escalier sur lequel il campait depuis quelques minutes.
Perdue dans ses pensées lubriques et hautement évocatrices, elle ne vit pas que son partenaire s’était retourné et la regardait avec malice, un sourire espiègle et flatté sur le visage.
« Le spectacle vous plait détective ? » la taquina-t-il et sans attendre sa réponse, poursuivit d’un ton taquin « Je ne vous connaissais pas ce petit côté voyeur, mais je dois reconnaître que j’aime beaucoup cette facette de vous, surtout sentez-vous libre de profiter de mon corps d’apollon quand bon vous semble ! »
Furieuse d’avoir été prise en flagrant délit, elle lui adressa un regard flamboyant qui le fit déglutir, et passant devant lui en l’ignorant superbement, elle récupéra sa veste qu’elle avait déposée sur une des chaises de la salle à manger la veille. Toujours sans le regarder, elle l’enfila prestement, se maudissant de s’être fait surprendre comme une débutante. Si elle le laissait faire, elle n’aurait pas une minute de répit jusqu’à ce qu’elle craque ou l’étripe, et elle ne voulait ni l’un ni l’autre dans l’immédiat.
« J’emmène Joan pour ses analyses » déclara-t-elle d’un ton incisif qui ne souffrait aucune protestation avant de reprendre, empêchant Castle de prononcer le moindre mot « Vous restez là, un membre de l’équipe scientifique passera vous prélever un échantillon de sang en fin de matinée !»
« Mais je veux venir ! C’est stupide de faire déplacer quelqu’un alors que vous allez au laboratoire avec Joan. » S’exclama Rick en suivant sa partenaire de près.
Ignorant le regard implorant que son acolyte lui adressait dans le but de la faire plier, la détective l’arrêta en chemin, posant une main douce mais ferme sur sa poitrine. Geste si inattendu que Castle se figea immédiatement, plongeant son regard dans celui de Kate qui s’était elle-même statufiée en sentant la chaleur du corps frémissant de son écrivain sous sa paume. Perdus dans le regard de l’autre, ils ne remarquèrent même pas l’arrivée de Joan qui se stoppa en découvrant la scène. C’était la première fois qu’il assistait à un tel moment, qu’il voyait ses parents perdus dans un océan d’amour et de désir, et il se sentit rougir, gêné de les avoir surpris ainsi. Il avait l’impression de violer leur intimité, mais en même temps il avait si souvent souhaité assister à ces instants qu’il n’avait fait qu’imaginer à tr avers les récits de sa famille, qu’il en était heureux. Parce que c’était le signe que leurs sentiments étaient les plus forts, et que rien ne pourraient les garder éloignés l’un de l’autre très longtemps. Et peu lui importait la force avec laquelle sa mère s’en défendait, elle ne résisterait plus très longtemps à cette attraction qui la poussait vers son père.
En souriant, les couvant d’un regard aimant, il se promit à nouveau de tout faire pour que ce genre de moment intense se répète très souvent à l’avenir. Il avait traversé le temps pour donner l’occasion à ses parents de vivre leur amour, et il ferait tout pour y arriver. L’échec n’était pas une option à ses yeux. Doucement, pour ne pas trahir sa présence et rompre la magie de cet instant, il acheva sa descente et s’assit sur la dernière marche sans quitter des yeux ses parents, complètement fasciné par l’échange silencieux. La tête dans ses mains, il souriait, son cœur battant la chamade alors que ses parents étaient si proches l’un de l’autre qu’il était certain que leurs souffles se mélangeaient. Quelque peu confus, il fronça les sourcils en voyant leurs corps s’arquer à la rencontre de l’autre alors que leurs regards restaient ancrés l’un dans l’autre. Il savait que leur premier baiser ne devait pas avoir lieu si tôt, mais son arrivée avait changé la donne, et il se surprit à espérer assister à ce moment unique. Après tout combien d’enfant pouvait se targuer d’avoir assisté au début de la relation amoureuse de ses parents ?
Mais, semblant soudain prendre conscience de la situation, sa mère recula brusquement, rompant le charme, et il soupira en voyant son visage se fermer et reprendre une expression neutre. En chœur avec son père, il soupira en la voyant se renfermer sur elle-même. Dépité, il roula des yeux, et dans un synchronisme confondant avec son père, se passa une main dans les cheveux.
« J’y vais seule avec lui un point c’est tout Castle ! » déclara-t-elle en soupirant d’un air las.
Détournant la tête, elle ferma les yeux, luttant contre la lassitude qui s’emparait d’elle, et s’engagea dans un combat acharné avec elle-même. Elle se savait faible face à son partenaire, mais elle devait garder le cap et ne pas craquer, pas encore, pas maintenant.
« Mais pourquoi ? » s’enquit-il en fronçant les sourcils et arborant sa moue de cocker triste à laquelle sa partenaire avait beaucoup de mal à résister.
Se mordant violemment la lèvre, Kate se détourna complètement, trouvant plus facile de lui résister si elle ne le regardait pas. Heureusement pour elle, il ne semblait pas conscient de l’emprise qu’il exerçait sur elle, et elle espérait bien qu’il ne découvrirait jamais à quel point ses mimiques la faisaient fondre.
« Vous êtes trop impliqué émotionnellement Castle. Ce gamin vous a enroulé autour de son petit doigt, et avec votre consentement en plus ! » Expliqua-t-elle avec exaspération.
« Et pas vous peut être ? J’ai bien vu vos regards pour Joan ! » Attaqua Castle piqué au vif « Vous pouvez prétendre ce que vous voulez mais vous l’adorez ce petit, au fond de vous vous savez qu’il ne ment pas ! L’instinct maternel ne trompe pas ! »
Kate fit brusquement volte-face, toisant sévèrement son écrivain. Elle savait qu’il avait raison, que ce jeune homme avait su toucher son cœur, mais pourquoi ne pouvait-il pas comprendre que ce n’était pas une raison pour lui donner le bon Dieu sans confession ? Pourquoi ne pouvait-il pas comprendre qu’à ses yeux, il était sa seule et unique priorité ? Il était son partenaire, et c’était son rôle de le protéger. Cette pensée ne la quittait jamais, revenant sans cesse lui marteler l’esprit, et elle refusait de prendre le moindre risque alors qu’il était concerné de près. Pas question qu’elle manque de le perdre à cause d’une erreur de jugement. Le cœur à présent serré, Joan regarda avec impuissance ses parents s’affronter. Sa mère lui avait souvent parlé de leurs mémorables disputes, et alors qu’elle se remémorait toujours de ces instants avec amusement, lui ne trouvait rien de drôle à cela. Au contraire, il se sentait coupable d’être la cause de leur querelle et mourrait d’envie de leur demander d’arrêter de se disputer, mais quelque chose lui disait que son intervention ne ferait que jeter de l’huile sur le feu, aussi choisit-il de se faire aussi petit que possible en attendant que l’orage passe.
« Castle ? » entendit-il sa mère soupirer dans un faible murmure.
« Oui ! » Bafouilla-t-il troublé et légèrement sur ses gardes, s’attendant à un « la ferme » qui ne vint pas.
« S’il vous plait, pour une fois accédez à ma requête. » le supplia-t-elle.
Surpris, Rick l’observa d’un air critique et réalisa alors à quel point sa muse paraissait éreintée, et instantanément il s’en voulu de la pousser dans ses retranchements alors qu’elle ne cherchait dans le fond qu’à le protéger. Il en était touché mais il ne comprenait pas son besoin quasi maladif de voir le verre à moitié vide. Elle voyait le mal partout, et il avait conscience que c’était lié à son histoire personnelle, mais dans ce cas précis, elle avait tort, et campait sur ses positions avec l’énergie du désespoir. Et ça le désolait de la voir se mettre dans un état pareil alors qu’il lui suffirait de s’abandonner à lui en toute confiance pour que tout s’arrange. Mais encore fallait-il qu’elle le veuille, et malheureusement pour chacun d’eux, ce n’était pas le cas. Il s’en voulait d’être en partie responsable de son état, mais il ne pouvait pas la laisser se fourvoyer sans rien faire. A moins qu’il la laisse faire comme elle l’entendait jusqu’à ce qu’elle ait la preuve définitive que Joan était bel et bien ce qu’il prétendait être. Mais cela arrangerait-il vraiment les choses, où bien ne ferait-ce qu’aggraver une situation déjà explosive ?
Il ne savait plus sur quel pied danser, mais une chose était certaine, tout comme Kate, il ne voulait pas d’une énième dispute. Lui aussi était las de sans cesse se battre avec elle. Alors il restait là, impuissant, à la regarder se débattre avec une situation qui paraissait inextricable, à la regarder s’inquiéter alors qu’il savait bien lui que la menace n’existait pas puisque Joan était leur fils et qu’il ne voulait rien d’autre que leur bonheur à tous. Mais ça, elle ne le savait pas pour la simple et bonne raison qu’elle ne voulait pas en entendre parler. Avec un soupir à fendre l’âme, il capitula et accepta de battre en retraite une nouvelle fois. Il abdiquait de nouveau, parce que son amour pour elle était plus fort que tout et qu’il avait foi en elle. Il savait qu’elle finirait par ouvrir les yeux, et en attendant, c’était son rôle de la préserver, d’aplanir autant que faire se pouvait les difficultés pour elle. Et puis après tout, peut-être que ce tête-à-tête entre mère et fils permettrait à Joan de parvenir à convaincre Kate. D’un hochement de tête, il signifia son accord à sa muse avant de se détourner et de se rendre enfin compte de la présence de Joan.
« Hey mon grand ! » s’exclama-t-il en adressant un sourire quelque peu forcé à son fils.
« Hey papa ! » répliqua Joan en se levant et en rejoignant les deux adultes.
Castle regarda son rejeton approcher, ne pouvant que constater encore et toujours la ressemblance effarante qui existait entre sa muse et le jeune homme. Non décidément, elle ne parviendrait pas à lui faire croire qu’avec son sens de l’observation aiguë, elle n’avait pas remarqué elle aussi cette troublante ressemblance entre eux trois. Scrutant attentivement son fils, il fronça les sourcils en notant que Joan paraissait dans le même état de fatigue que sa mère, peut-être même l’était-il plus encore. Mettant cela sur le compte de l’entêtement dont la jeune femme faisait preuve envers l’adolescent, il posa une main réconfortante sur son épaule, cherchant par ce geste à lui transmettre sa force avant qu’il n’affronte seul sa mère.
« Si j’ai bien compris je vais avec maman aujourd’hui ? » s’enquit-il en adoptant un ton joyeux pour cacher son appréhension à se retrouver seul avec sa mère.
Il n’arrivait pas à croire que passer du temps seul avec sa mère lui fasse peur lui qui s’en était toujours fait une fête. Mais les circonstances étaient bien différentes, et il avait toujours eu peur de la colère de sa mère. Rien ne le terrifiait plus que de se faire gronder et punir par elle lorsqu’il était enfant. Elle pouvait se montrer terrible dans ces moments-là, même s’il savait qu’elle ne le blesserait jamais. Mais à cette époque il se savait aimé, et sa grand-mère lui avait expliqué que si elle se montrait aussi intransigeante, c’était parce qu’elle cherchait à compenser l’absence de son père. Elle voulait qu’il devienne un homme bien, en lui donnant une excellente éducation. Mais aujourd’hui, elle n’avait pas d’excuses pour se montrer aussi dure avec lui en dehors du fait qu’il n’était pas son fils à ses yeux. Elle ne le connaissait pas et ne voulait pas le connaître. Elle le voyait comme une menace pour la sécurité de ceux qu’elle aimait, et il était devenu l’ennemi à abattre dans son esprit. Il l’avait bien compris à la façon dont elle devenait ultra protectrice envers son père. Il trouvait cela adorable, mais que ce soit de lui qu’elle veuille le protéger lui laissait un goût amer dans la bouche.
Il n’avait pas prévu que sa mère soit ainsi avec lui. Il savait pourtant qu’il ne pouvait pas faire un bond de vingt ans dans le passé et la retrouver telle qu’il l’avait quittée. Mais tant de méfiance à son égard le blessait énormément. Il avait comme une boule dans l’estomac qui pesait plus lourd au fil du temps. Il se sentait si mal à l’idée qu’elle le rejette indéfiniment, et qu’elle ne l’accepte jamais pour ce qu’il était réellement, au-delà de toute logique. Il savait que c’était la seule chose à laquelle il ne pourrait faire face, et rien que l’idée qu’il perde sa mère de cette façon lui donnait la nausée et une migraine carabinée, comme si même son corps se révoltait face à ce scénario. En grimaçant, il se passa une main dans les cheveux, songeant que cela faisait plus de 10 heures que ce mal de crâne ne le quittait pas, sourd et lancinant, et c’était une sensation assez désagréable. Il en parlerait à sa marraine, elle pourrait sûrement lui donner quelque chose pour faire taire cette douleur.
Du coin de l’œil, Castle nota la crispation soudaine de Kate, et il plaignit Joan d’avoir à la supporter alors qu’elle était d’une humeur noire. Lui y était habitué, mais il doutait que Joan ait jamais eu affaire à sa mère dans un tel état. Il avait déjà vu sa partenaire interagir avec des enfants et elle avait toujours été douce et maternelle, nul doute qu’elle devait être une maman fantastique mais il doutait fortement qu’elle agisse ainsi avec l’adolescent. Elle se sentait menacée, et comme le ferait une lionne défendant son territoire, elle attaquait sans répit son adversaire, laissant son instinct de conservation prendre le pas sur les sentiments que Joan lui inspirait. Il savait que ce comportement était plus fort qu’elle, qu’elle se renfermait toujours lorsque l’on en venait aux sentiments. N’était-ce pas ainsi entre eux ? Il était persuadé que Kate l’aimait autant que lui pouvait l’aimer, mais elle niait avec une telle énergie, qu’il se surprenait de plus en plus souvent à douter. Poussant un nouveau soupir, il regarda tendrement son fils, et l’attira contre lui pour une étreinte pleine d’affection, cherchant ainsi à encourager le jeune garçon face à l’épreuve qui l’attendait.
« Quoiqu’il arrive souviens-toi que ta mère t’aime mais qu’elle est effrayée ! » Lui murmura-t-il à l’oreille.
« Je sais papa, je sais ! » Lui répondit l’adolescent sur le même ton de confidence.
Ils se séparèrent sous le regard inquisiteur de Kate qui soupira dépitée. Sans l’ombre d’un doute son partenaire aurait besoin d’elle lorsqu’il apprendrait que Joan n’était pas leur fils. Lorsqu’il aurait les faits sous les yeux, il ne pourrait plus nier. La science ne mentait pas, et elle ne pourrait que leur apprendre ce qu’elle savait déjà. Mais de son coté, elle pensait qu’elle aussi regretterait ce jeune garçon si adorable qui savait atteindre son cœur malgré les barrières et murs qu’elle dressait contre lui. Il avait traversé ses barricades internes de la même façon que Castle avant lui. Désabusée, elle secoua la tête, chassant encore une fois ces pensées parasites qui l’empêchait de réfléchir correctement, de fermer son cœur à toutes ces émotions dont elle ne voulait pas être submergée.
« Allons-y Joan, plus vite ces analyses seront faites, plus vite la vérité éclatera ! » déclara-t-elle en se dirigeant vers la porte d’entrée sans même un regard pour l’adolescent.
« Tout de suite chef ! » la taquina Joan en parodiant le salut militaire.
« Maintenant jeune homme ! » gronda Kate en se saisissant de son sac avant d’ouvrir la porte en roulant des yeux.
Décidément, qui que soit cet adolescent, il l’exaspérait autant que son partenaire, et s’il continuait comme ça, elle ne tarderait pas à avoir envie de lui loger une belle entre les deux yeux. Pourtant elle savait que comme avec Castle, elle ne mettrait jamais sa menace à exécution, même si sa gâchette la démangeait furieusement.
« Et moi que suis-je censé faire en attendant votre retour ? » se plaignit Castle en adoptant le ton d’un enfant geignard.
« Pourquoi pas ce que vous faites le mieux ? » répliqua Kate en tournant la tête vers lui, un fin sourire aux coins des lèvres.
« Le pitre ? » proposa Joan dans un éclat de rire avant de faire un bond dans la direction de sa mère se cachant derrière elle lorsque Castle fit semblant de vouloir l’attraper.
« Ça c’est permanent chez lui ! » s’amusa Kate en s’effaçant pour laisser sortir l’adolescent.
« Vous êtes hilarants tous les deux ! » grogna Castle en croisant les bras sur sa poitrine d’un geste boudeur.
Kate sourit, attendrie, avant de se mordre les lèvres pour empêcher son rire de raisonner dans la pièce, ne voulant pas vexer un peu plus son partenaire, même si la lueur rieuse de son regard lui prouvait qu’il prenait sa remarque avec amusement et décontraction.
« Ecrivez Castle, si je ne m’abuse vous me rabattez les oreilles depuis des semaines parce que Gina veut absolument le premier jet de votre dernier roman ! » répondit Kate en retrouvant un semblant de sérieux.
« Mais la compagnie de Nikki est moins agréable que la vôtre Kate » susurra Castle en plongeant son regard dans celui de sa partenaire.
« Mais cette chère Nikki ne risque pas de surgir des pages blanches de votre ordinateur pour vous loger une balle entre les deux yeux contrairement à moi Castle ! » rétorqua Kate en plissant des yeux pour cacher la gêne que la remarque de son écrivain avait fait naître en elle.
« Vous savez détective, depuis le temps que vous me menacer de me descendre, je ne tremble plus, trouvez autre chose si vous voulez m’impressionner ! » fanfaronna Castle en bombant le torse, faisant doucement rigoler Joan.
Elle avait l’habitude qu’il profite de chaque occasion pour lui faire ce genre de commentaire, lui rappelant ainsi subtilement que ses sentiments pour elle étaient toujours présent, et qu’il n’attendait plus qu’elle. Et elle lui était reconnaissante de dire tout haut ce qu’elle pensait tout bas sans trouver le courage nécessaire pour le lui dire. Pour ça, il avait un don certain pour la troubler et lui faire perdre le sens des réalités l’espace d’un battement de paupières.
« Vous avez raison Castle, mais ne vous inquiéter pas pour moi, j’ai imaginé votre mort si souvent, que j’ai tout un panel de possibilités à disposition… » Le provoqua-t-elle avant de quitter le loft, ne lui laissant pas l’occasion de rétorquer quoi que ce soit.
Dans le couloir, elle esquissa un petit sourire, en entendant Castle déglutir dans son dos. Ravie de cette petite joute verbale qui témoignait mieux que de longues déclarations que tout allait bien entre eux, son sourire s’agrandit. Soulagée, elle s’avança vers l’ascenseur, mais s’immobilisa en entendant rire dans son dos. Surprise, elle fit volte-face, et fronça les sourcils en découvrant Joan, une main sur la bouche et l’autre se tenant le ventre, et dont les yeux pétillants montraient son état d’hilarité. Prise dans sa joute verbale avec son écrivain, elle en avait presque oublié la présence de cet adolescent qui était pourtant la source même de sa querelle avec son partenaire, comme si lorsqu’elle plongeait son regard dans celui de son partenaire, le monde autour d’eux s’estompait. Combien de fois avait-elle essuyé les moqueries des gars qui lui faisaient remarquer que plus rien d’autre que son écrivain ne comptait lorsqu’il était dans un rayon de 5 mètres.
« On peut savoir ce qui te fait rire ainsi ? » s’enquit-elle d’un ton péremptoire qui eut le mérite d’étouffer net les éclats de rire de Joan.
« Rien maman ! Absolument rien, je t’assure ! » S’empressa-t-il de répondre avant de s’engouffrer dans l’ascenseur qui venait d’arriver.
« Ecoute-moi bien Joan, Castle s’est peut-être laisser prendre à ton petit jeu, mais je ne suis pas aussi naïve et crédule que lui, alors pour la dernière fois arrête de m’appeler maman » déclara-t-elle durement en prenant place à ses côtés.
Sur ces paroles bien senties, elle s’engouffra à sa suite dans l’habitacle et appuya sur le bouton du Rez-de-chaussée. Contrariée, elle croisa les bras sur sa poitrine, et du coin de l’œil, elle vit Joan baisser la tête en serrant les poings, et elle avisa une larme silencieuse courir le long de sa joue avant qu’il ne serre les paupières et qu’il ne se pince les lèvres comme pour empêcher les suivantes de couler, comme elle-même l’aurait fait dans une situation qui la blessait, et immédiatement, elle regretta d’avoir été aussi dure avec lui. Après tout, ce n’était pas parce qu’elle ne croyait pas son histoire qu’elle devait se montrer si agressive envers lui. Elle ne se comportait pas comme ça avec la pire pourriture, mais Joan touchait une corde sensible en elle, et elle ressentait le besoin de l’éloigner le plus possible d’elle pour se préserver. Mais la peine de l’adolescent lui brisait le cœur, et avant qu’elle ne puisse retenir son geste, elle tendit la main vers lui.
« Joan, je… » Commença-t-elle d’un ton d’excuses en posant une main sur son bras.
« Laisse-moi tranquille ! » s’écria-t-il en s’écartant vivement comme si son touché lui était insupportable « Tout ce que tu veux, c’est que je sorte de ta vie, alors inutile de te forcer à être gentille avec moi ! Inutile de faire semblant de m’aimer puisque ce n’est visiblement pas le cas ! » Ajouta-t-il en lui tournant vivement le dos.
« Joan, c’est juste que… » Tenta-t-elle de se justifier en ramenant sa main contre sa poitrine, la crispant dans un poing serré.
« Mais rassure-toi, dans moins d’une semaine, ton vœu s’exaucera et tu n’entendras plus jamais parler de moi, tu seras débarrassée de moi pour toujours ! » assura Joan dans un sanglot étranglé.
A ces mots, Kate se figea, sentant une nausée l’envahir. Que voulait-il dire par là ? Que dans une semaine toute cette histoire se terminerait ? Que ceux qui l’avaient envoyé ici lui avaient donné une semaine pour mettre leur plan à exécution et que s’il ne réussissait pas, ils l’élimineraient ? Ou alors dans le cas improbable que Joan soit bel et bien son fils cela voulait-il dire qu’il repartirait dans une semaine ? Elle ne savait plus que penser. Toutes ses pensées se bousculaient dans sa tête. Et alors que les portes de la cabine s’ouvrirent et que Joan se précipitait à l’extérieur, une idée horrible lui traversa l’esprit. Si Joan disait la vérité et venait du futur, avait-il bouleversé l’avenir au point d’avoir annulé sa naissance ? Etait-ce cela qu’il avait laissé échapper ? Non, ça ne pouvait être ça. Joan n’était pas son fils. Et dans une semaine, il ferait toujours partie de ce monde. Ils découvriraient simplement qu’il n’avait été que le pion d’une terrible machination à l’encontre de son partenaire. Elle découvrirait les instigateurs de toute cette affaire, les mettrait hors d’état de nuire, et pourrait enfin se détendre.
Alors seulement, elle prendrait le temps d’apprendre à connaître Joan et à lui faire confiance. Elle ne savait rien de lui, et peut-être croyait-il vraiment être leurs fils. Dieu seul savait depuis quand ceux qui l’avaient envoyé lui mentaient. Ce n’était pas parce qu’elle n’était pas sa mère qu’elle devrait l’abandonner le laissant livrer à lui-même. Bien au contraire, dès que tout serait rentré dans l’ordre, elle pourrait tisser des liens avec lui et laisser s’épanouir ce lien qui les unissait, et surtout, se faire pardonner de son agressivité à son encontre. Elle lui ferait comprendre qu’une famille n’était pas simplement celle du sang, mais aussi celle qu’on se choisissait lorsque la première n’était pas à la hauteur. La dernière chose qu’elle voulait, c’était que Joan souffre de cette machination, et elle savait que Castle, même s’il serait terriblement déçu de ne pas être son père, ne le laisserait pas plus tomber. S’accrochant à cette idée, elle le rejoignit auprès de sa Victoria, et sans un mot, ils y grimpèrent avant de prendre la direction du 12th et de la morgue où devait les attendre Lanie.
Kate savait qu’après le message sibyllin qu’elle avait laissé sur son téléphone, sa meilleure amie devait être sur des charbons ardents et les attendre de pied ferme. Un silence lourd de rancœur envahit l’habitacle, mais Joan ne tenta pas de le briser. Il savait qu’il n’aurait pas dû réagir comme ça, mais ça avait été plus fort que lui. Toutes ces émotions, c’était trop pour lui, et il avait eu besoin de lâcher du lest. Il aimait sa mère, mais son comportement à son égard lui brisait le cœur. Jamais sa mère ne lui avait parlé comme ça avant aujourd’hui, même pas lorsque enfant il faisait une bêtise qui déclenchait ses foudres. Comme lorsque âgé de 10 ans, il s’était amusé à faire semblant de conduire sa voiture. Mais ce qui n’avait été qu’un jeu innocent s’était vite transformé en bêtise monumentale lorsqu’il s’était rendu compte que les clés étaient toujours sur le contact, et qu’il avait ainsi envoyé la Victoria de sa mère dans un arbre. Elle avait été si furieuse contre lui à cet instant qu’elle avait menacé de le mettre en prison en lui hurlant dessus.
Il avait été puni pendant deux mois, et lui en avait beaucoup voulu, jusqu’à ce qu’il la surprenne à pleurer dans les bras d’Alexis, et il avait alors compris que c’était la peur de le perdre lui aussi qui l’avait fait réagir comme ça. Mais là, c’était une peur bien différente qui régissait ses actes, et il avait laissé le chagrin qu’il en avait ressenti s’exprimer. Résultat des courses, il boudait, et elle campait sur ses positions, plus suspicieuse que jamais à son égard. Quelle superbe avancée, il était aussi doué que son père pour s’attirer les foudres de sa mère, et en cet instant, il aurait aimé lui ressembler un peu moins. Mais il avait tant de mal à reconnaître en elle la maman qu’il aimait et admirait. Elle lui avait pourtant raconté comme elle était avant d’avoir le courage d’affronter ses sentiments et d’ouvrir son cœur à son père, mais il avait toujours cru qu’elle avait exagérer les choses pour faire passer son père pour une sorte de chevalier des temps modernes à ses yeux afin qu’il ait un modèle masculin auquel se raccrocher, mais force était de constater que ce n’était pas le cas, bien au contraire.
Ce qui n’atténuait pas le mérite de son père, bien au contraire. Mais cette femme n’était pas sa mère, et il commençait seulement à le réaliser. Elle n’était que le pâle reflet de la femme qu’il connaissait, et il n’était pas sûr d’aimer celle qu’il apprenait à découvrir, et c’était un sentiment assez déroutant pour lui. Pour la première fois, il voyait la femme avant la mère, et il avait peur que cet état de fait n’entache à jamais ses relations futures avec sa maman. Et il détestait cette simple idée. Il ne voulait pas voir ses sentiments pour sa mère changer, il ne voulait pas la détester, mais ignorait comment faire pour que cela n’arrive pas. Surtout qu’elle ne lui facilitait pas la tâche en se montrant si froide et distante avec lui. Se sentant mal encore une fois, il laissa son front aller à la rencontre de la fraîcheur bienfaisante de la vitre, et ferma les yeux pour tenter de réprimer son haut de cœur. Lui qui n’était jamais malade se sentait souvent nauséeux depuis qu’il avait traversé cette faille spatiotemporelle. Peut-être était-ce un effet secondaire d’un tel voyage ? Si c’était le cas, il espérait vraiment que ceux-ci s’estomperaient rapidement.
« Les analyses s’effectueront à la morgue pour plus de discrétion » déclara soudainement Kate, ne supportant plus ce silence oppressant qui lui faisait mal.
« Comme il vous plaira détective Beckett » lança Joan par défi sans même lui jeter un regard.
Kate eut l’impression de recevoir un uppercut dans l’estomac en entendant la façon dont Joan venait de l’appeler. Pourtant, elle devrait en être satisfaite. N’était-ce pas ce qu’elle lui avait demandé ? Ne lui avait-elle pas fait comprendre qu’elle ne voulait plus qu’il l’appel maman ? Voilà qui était fait. Mais voilà qu’elle se surprenait à regretter qu’il ne l’appelle plus ainsi. Elle se sentait dépossédée de quelque chose de vital, et réalisait qu’elle aimait cela finalement. Mais elle se sermonna, et ne laissa rien paraître de son trouble. Elle ne lui ferait pas ce plaisir. C’était mieux ainsi, et plus tôt il comprendrait qu’il ne tirerait rien d’elle, mieux ça vaudrait pour tout le monde. Oui, c’était bien mieux qu’il prenne ses distances avec elle, du moins tant que cette affaire n’était pas réglée.
« Tu ne cherches plus à m’amadouer, ni à me convaincre de ton identité ? » s’enquit-elle malgré tout, intriguée par l’attitude de l’adolescent qui avait radicalement changé de position.
« A quoi bon ? Je pourrais te dire que lorsque tu étais enfant, ta mère t’emmenait tous les dimanches matin faire de la balançoire dans le petit parc qui se situait derrière chez vous et qu’ensuite vous retrouviez ton père dans ce petit restaurant italien où aujourd’hui encore vous vous donnez rendez-vous pour les occasions spéciales » déclara Joan sans même la regarder.
Grâce au reflet de la vitre, Kate vit qu’il fixait obstinément le paysage, les sourcils froncés par la contrariété. Et le sens des mots la percuta de plein fouet, et elle haleta doucement, n’arrivant pas à croire ce qu’elle entendait. Très peu de personnes connaissaient ces détails de sa vie, elle n’en parlait jamais même pas à Castle et pourtant elle lui avait dit tant de choses, mais cela ne signifiait pas qu’un proche n’avait pas par inadvertance laissé échapper ces informations au détour d’une discussion à bâtons rompus. Il allait lui en falloir plus que ça pour se laisser convaincre. Elle était flic après tout et ne se laissait pas amadouer par quelques évidences prises sur le tas. Sa mère lui avait appris à toujours approfondir les choses avant d’émettre un jugement, et elle comptait bien suivre ce conseil à la lettre.
« Ou bien que pour ton 15ème anniversaire, tes parents t’ont offerts ta première leçon de moto, même s’ils étaient contre l’idée Ta mère t’as fait promettre de ne pas conduire avant ton 18ème anniversaire, mais également de te payer toi-même ton engin de mort. Tu m’as toujours dit que tu n’avais jamais regretté d’avoir accepté, parce que le plaisir que tu avais retiré à t’offrir toi-même ton bolide était incomparable, tout comme la fierté de tes parents » poursuivit Joan le regard toujours obstinément braqué sur le paysage urbain.
Là encore, Kate sentit son cœur s’emballer alors que les souvenirs l’assaillaient violemment. Elle revivait cette discussion comme si elle s’était déroulée la veille. Mais une fois encore, tout ceux qui la connaissaient un tant soit peu avaient entendu parler de ce pacte entre ses parents et elle. Ce n’était pas comme s’il s’agissait d’un obscur secret de famille. Même si elle ne voyait que très rarement sa famille en dehors de son père depuis la mort de sa mère, il n’était pas exclu que le Dragon ait envoyé un de ses hommes prospecter auprès d’eux. L’idée la fit frémir, et elle songea qu’elle devrait demander à ses collègues de vérifier que tout allait bien pour eux. Non, Joan ne lui apprenait rien de suffisamment intime et personnel pour être certaine qu’il ne tirait pas ses sources d’une enquête poussée sur sa vie privée.
« Ou encore, je pourrais te dire que tu portes la bague de fiançailles de grand-mère autour du cou pour ne jamais oublier la vie que l’on t’a prise, et la montre de grand-père autour du poignet pour te rappeler de la vie que tu as contribuée à sauver » termina-t-il dans un soupir en fixant le reflet de sa mère à travers le rétroviseur, satisfait de voir le doute et la stupeur apparaître sur son visage.
Kate eut un léger sursaut qu’elle peina à dissimuler. Si beaucoup de personne avait deviné l’origine des bijoux qu’elle portait, leur signification était plus difficile à définir. En fait, elle n’en avait parlé qu’à une seule personne. Castle. Et elle avait veillé à ce que personne ne puisse surprendre cette conversation. Alors comment Joan pouvait-il être au courant ? La seule autre personne à savoir, c’était son père, et elle le voyait mal aborder le sujet avec un parfait inconnu. Alors comment ? Frustrée de ne pas trouver de réponses satisfaisantes, elle se gara sur sa place de parking, et descendit de voiture sans donner de réponse à Joan qui ne semblait de toute façon pas en attendre, comme s’il savait déjà qu’elle avait trouvé une parade à chacune de ses révélations. C’est donc dans un silence quasi religieux qu’ils empruntèrent l’ascenseur pour rejoindre la morgue.