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Sept jours pour agir

Série : Castle
Création : 31.10.2012 à 20h20
Auteur : madoka93 
Statut : Abandonnée

« et si on avait le pouvoir de changer le temps en co avec ma jumelle iliana » madoka93 

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Chapitre 8 :

 

Alors qu’ils prenaient l’ascenseur pour rejoindre les entrailles du commissariat, le silence entre eux s’épaissit de plus en plus jusqu’à devenir insupportable pour chacun d’eux. A tel point que Kate fusa de l’habitacle sans même attendre que les portes ne soient totalement ouvertes. Elle avait voulu qu’il reste à sa place, mais maintenant que c’était chose faite, elle ne le supportait pas. Tous ces sentiments contradictoires la troublaient. Arrivée au poste de Lanie, la jeune détective salua son amie qui était de dos. Lorsque la légiste se retourna elle se figea en voyant Joan qui pénétrait dans la pièce. Kate l’avait prévenue, mais elle ne s’attendait pas à ce que la ressemblance soit aussi saisissante. Abasourdie, elle regarda tour à tour Kate puis le jeune garçon qui, lui, restait prudemment en retrait, voulant laisser le temps à sa marraine de se remettre du choc. Durant de longues secondes, Lanie resta muette de stupeur, la bouche ouverte, puis se fixa sur la jeune femme avec un sourire en coin.

 

« Tu m’as caché des choses ma chérie ! Toi et Castle vous vous connaissez depuis plus longtemps que je ne pensais ! » Taquina-t-elle son amie, incapable de se retenir devant une telle occasion.

 

Elle savait que Kate l’aurait prévenue si elle était tombée enceinte vingt ans plus tôt, mais lui rappeler subtilement qu’il y avait plus entre son écrivain et elle qu’elle ne voulait le reconnaître ouvertement était bien trop tentant pour qu’elle se retienne. Même si elle devait essuyer les foudres de son amie. Ce n’était pas comme si elle n’était pas habituée à la longue. Kate prenait la mouche dès qu’elle abordait ses sentiments pour un certain consultant, alors un peu plus ou un peu moins, quelle différence au fond ? Du coin de l’œil, elle remarqua que Joan avait esquissé un demi-sourire qui lui rappela celui qu’avait Kate quand elle tentait de cacher son amusement face aux pitreries de son partenaire. C’était vraiment troublant. 

 

« Lanie, la ferme et fais les tests que je t’ai demandé ! » Gronda Beckett en levant les yeux au ciel exaspérée par l’attitude désinvolte de sa meilleure amie.

 

« Pas besoin de tests pour moi, vu la ressemblance ! » La taquina la légiste en scrutant l’adolescent de haut en bas.

 

« Lanie ! » la menaça Kate d’un ton belliqueux.

 

« Ce n’est pas grave Lanie, fais ce que le lieutenant Beckett te demande, je ne voudrais pas que vous vous fâchiez à cause de moi ! » déclara Joan en ignorant superbement Kate, se focalisant sur Lanie comme s’ils étaient seuls dans la pièce et que la détective n’était guère plus qu’un meuble.

 

Lanie qui n’avait rien perdu de la scène remarqua la grimace de Kate devant le ton employé par l’adolescent. Visiblement ce dernier était remonté contre la jeune flic, et connaissant son amie, elle savait qu’elle n’avait pas dû être tendre avec lui. Elle aurait dû s’inquiéter pour lui, mais il paraissait parfaitement apte à se défendre par lui-même. Oui, tout comme Castle, Joan parvenait à traverser les barricades de son amie, et c’était probablement la raison principale de l’attitude hostile de Kate. Car s’il y avait bien une chose que la jeune femme ne supportait pas, c’était de perdre le contrôle de la situation. Décidément, cette situation allait être haute en couleur ! En tout cas, elle comptait bien sonder les intentions de ce bel adonis. Hors de question qu’elle le laisse saper ses efforts pour réunir ces deux têtes de mules. Mais si par contre, son but était de les réunir, il allait trouver en elle une alliée précieuse. En souriant, elle continua de détailler Joan, découvrant de plus en plus de similitudes entre lui, l’écrivain et sa muse. Joan, conscient de l’examen dont il était l’objet, soutint son regard sans sourciller, ce qui amusa grandement la légiste. Ce regard déterminé, elle le connaissait, c’était celui de sa meilleure amie.

 

« Quelle merveille ce garçon, tu ne l’as pas loupé ! » s’exclama-t-elle en riant, satisfaite de son examen.

 

Joan se mit à rire devant la tête que faisait sa mère, rapidement imité par Lanie. L’adolescent avait souvent entendu sa mère lui raconter le don qu’avait sa marraine pour la mettre mal à l’aise à la moindre occasion, et il constatait qu’elle n’avait en rien exagéré, surtout lorsqu’elle avait insisté sur le fait que celle-ci avait un don pour voir les choses avant tout le monde. Elle l’avait informée qu’au premier regard elle avait su qu’ils finiraient ensemble, mettant les pieds dans le plat sans la moindre gêne. En assistant à cet échange, force était de constater que c’était plus que vrai. Combien de fois enfant avait-il fait les frais de cette aptitude ? D’un seul regard, Lanie parvenait toujours à deviner lorsqu’il faisait une bêtise, et cela, bien avant que sa mère ne s’en rende compte. D’ailleurs c’était souvent à cause d’elle qu’il devait passer aux aveux, car il ne tenait jamais bien longtemps sous le regard inquisiteur qu’elle lui adressait alors. Et à présent, il comprenait que sa marraine avait peaufiné cette capacité en se faisant la main sur sa mère, et il trouvait ça amusant. Tant que ce n’était pas lui qui en faisait les frais, ça lui convenait à merveille.

 

« Ecoutes Lanie, je n’ai pas de temps à perdre alors dépêche-toi de faire ces tests au lieu de raconter des conneries ! » Cracha Kate quelque peu énervée.

 

Joan grimaça face au ton employé par sa mère, et surtout devant le choix de ses mots. Elle ne devenait grossière que lorsqu’elle perdait patience, et ce n’était jamais une bonne chose pour son interlocuteur. Gardant un silence prudent, il s’avança jusqu’à la table d’autopsie, esquissant une nouvelle grimace en imaginant le corps qui s’y était trouvé avant lui. Même s’il savait que Lanie nettoyait toujours avec une méticulosité frisant la maniaquerie, il n’appréciait pas plus que ça de se retrouver à la place du mort. Si sa mère avait voulu lui faire passer un message, elle ne s’y serait pas prise autrement. S’asseyant du bout des fesses, il reporta son attention vers cette dernière, et la vit repousser ses cheveux derrière son épaule d’un geste impatient avant de jeter un regard à la montre de son grand-père qui était à présent la sienne. Enfin qui le deviendrait. Il s’y perdait un peu dans tous ces temps.

 

« Bon je reviens dans dix minutes, j’ai quelques petites choses à faire à mon bureau, ça sera bon à mon retour ? » déclara-t-elle avec une indifférence toute étudiée.

 

« Oui ma belle vas-y, ça nous permettra de discuter un peu avec ce beau jeune homme » Sourit Lanie en regardant Joan qui lui fit son plus beau sourire.

 

Roulant des yeux, Kate foudroya sa meilleure amie du regard, se demandant si finalement elle avait bien fait de réunir ces deux-là, et leur jeta un regard noir qui les figea sur place, rendus mal-à-l’aise par l’intensité de ce regard foudroyant. Dans un dernier froncement de sourcils, Kate tourna les talons et sortit de la morgue, laissant derrière elle un silence pesant.

 

« Bien jeune homme relève ta manche ! » déclara finalement Lanie après un moment de flottement.

 

Sans broncher, Joan s’exécuta machinalement, suivant sa marraine du regard, songeant qu’elle ne changerait pas tant que ça au cours des vingt prochaines années, elle demeurerait toujours aussi belle avec quelques rides en plus. Il ne reprit pied dans la réalité qu’au moment où Lanie sortit son kit de prélèvement, et qu’il aperçut l’aiguille qu’elle lui destinait. Ecarquillant les yeux, il plaqua son bras contre sa poitrine dans un geste instinctif de protection, et gémit de douleur avant même que la jeune femme n’esquisse le moindre geste dans sa direction.

 

« Je ne t’ai pas touché ! » s’exclama Lanie en se tournant vers lui, la seringue à la main.

 

« Mais je déteste les aiguilles ! » geignit-il avec une moue de frayeur alors qu’il reculait en la voyant approcher.

 

Roulant des yeux, Lanie s’avança encore et sans lui laisser le temps de battre de nouveau en retraite, s’empara de son bras et l’obligea fermement à se tenir tranquille, souriant en le voyant déglutir bruyamment. Décidément, Kate avait beau dire, cet adolescent ressemblait un peu trop à Castle pour qu’aucun lien de parenté n’existe entre eux. Après tout, Castle était bien parent d’une adolescente de 18 ans, pourquoi ne pourrait-il pas être également le père de ce jeune homme ? Là où le bas blessait, c’était le fait que Joan prétende que Kate soit sa mère. Même si elle connaissait les frasques de Kate plus jeune, elle avait du mal à imaginer celle-ci avoir un enfant et l’abandonner. Pas après avoir elle-même perdu sa mère. Non, pour elle la seule explication était que Joan voyait en Kate la mère qu’il aurait aimé avoir, et ça elle pouvait comprendre, tout comme elle pouvait comprendre que cela agace sa meilleure amie. Ce qu’elle ne comprenait pas c’était pourquoi elle se montrait aussi agressive. Enfin c’était de Kate Beckett qu’on parlait ! Secouant la tête, elle reporta son attention sur Joan, et décida de lui faire sa prise de sang avant qu’il ne tourne de l’œil. 

 

« Rah ! Mais ce n’est qu’une petite piqûre de rien du tout, tu ne vas rien sentir ! » Le rassura-t-elle dans un sourire moqueur alors qu’il tentait à nouveau de se dérober avant d’enfoncer doucement l’aiguille dans le bras du garçon afin de lui prélever le sang nécessaire pour faire le test ADN.

 

Se crispant violemment, Joan ferma les yeux en se pinçant les lèvres. Dans un même mouvement, il crispa la mâchoire et serra les poings, faisant sourire Lanie qui l’étudiait attentivement. Plus elle l’observait, plus elle retrouvait Castle en lui, aussi bien physiquement que psychiquement. Mais c’était impossible d’après ce que lui avait dit son amie, puisqu’il prétendait être leur fils venu du futur. C’était complètement absurde, mais elle devait bien reconnaître qu’il y avait une telle ressemblance entre eux que s’en était plus que troublant. Les yeux du jeune homme du même vert perçant que celui de sa mère, le sourire charmeur de Castle et les mimiques de ses deux amis réunis dans une même personne, décidément il n’y avait rien à dire, cet adolescent était un clone de Castle et Beckett. Secouant la tête elle revint à la réalité.

 

« Voilà jeune homme, c’est fini ! » s’exclama-t-elle en constatant qu’elle avait prélevé plus de sang qu’elle n’en aurait besoin.

 

« Waaaaaaaaaa t’es trop forte Lan, j’ai rien senti c’est toujours toi la meilleure des docs ! » s’écria le jeune homme en embrassant la jeune femme. « Je peux avoir une sucette ? » Ajouta-t-il en riant. « Tu m’en donnes toujours quand j’ai été courageux » Continua-t-il sur le même ton enjoué.

 

Lanie le regarda en ouvrant la bouche en grand puis elle la referma en papillonnant des yeux cherchant ses mots. Cette attitude était celle qu’aurait pu avoir Castle, et ces petits surnoms Castle aurait pu lui donner, ça ne faisait aucun doute dans son esprit. Elle était plus que troublée, ce garçon était étrange mais il lui semblait si familier. Lorsqu’elle le regardait, elle avait une étrange impression de déjà vu, comme si elle devrait le connaître, mais ne parvenait pas à se rappeler ni quand ni comment. Et c’était une sensation très frustrante, parce qu’elle avait beau se creuser la cervelle, elle ne parvenait pas à trouver. Une chose était sûre, lorsqu’elle plongeait son regard dans le sien, qu’elle sondait son âme, elle ne se sentait pas menacée, bien au contraire. Elle se sentait sereine et en sécurité, comme auprès d’un ami cher qu’elle n’aurait pas vu depuis longtemps, mais envers lequel elle éprouvait une profonde et inaltérable affection. Elle sentait qu’elle pouvait avoir confiance en lui, qu’il n’était pas là pour nuire, et les mises en garde de Kate n’y changeaient rien.

 

Elle ne parvenait pas à se méfier de cet adorable garçon, comme si elle l’avait toujours connu, comme un neveu ou un filleul avec qui elle aurait lié une profonde complicité. Elle se baffa mentalement, tentant de se reprendre, de garder son objectivité, mais avait du mal à aller à l’encontre de son intuition qui ne l’avait jusque-là jamais trompée. Kate l’avait prévenue, elle lui avait dit que ce jeune homme possédait un immense pouvoir de persuasion et de séduction, qu’elle ne devait pas se laisser berner. Son amie lui avait dit que le Dragon était derrière tout ça et si c’était le cas, ce dernier était un génie Il avait trouvé la perle rare en choisissant Joan. Avait-il fait passer un casting pour cela ? Elle roula des yeux à sa propre réflexion, songeant qu’elle était un peu trop souvent en contact avec un certain écrivain avant de se focaliser sur l’adolescent qui n’avait pas bougé d’un poil. Comment ne pas lui donner le bon Dieu sans confession ? C’était impossible tant il ressemblait à ceux qu’il prétendait être ses parents. Il était si beau, si amusant et si doux, impossible de se méfier de lui mais justement c’était les plus dangereux ceux-là. Et elle parlait d’expérience !

 

« Dis-moi si tu es ce que tu prétends, tu dois savoir comment Kate et moi nous nous sommes rencontrées ? » lui demanda-t-elle bien décidée à découvrir jusqu’où l’ennemi de sa meilleure amie avait été.

 

« A l’école de police. Dans le cadre de tes études pour devenir médecin légiste, tu as dû effectuer des stages pour te former au terrain, et maman suivait les mêmes stages. Vous n’étiez que peu de femmes, et cela vous a rapprochées. Vous vous êtes tout de suite bien entendues, et même si vous ne pouviez pas vous voir souvent, vous profitiez de chaque permission pour sortir et faire la fête. » Commença Joan en se dandinant légèrement.

 

Estomaquée, Lanie l’observa. Evidemment, il n’y avait rien là-dedans qui soit un secret et que le Dragon n’ait pu découvrir en enquêtant sur leurs parcours respectifs dans la police. Joan était simplement bien renseigné, aussi choisit-elle de ne pas relever et de le laisser poursuivre, pour découvrir ce qu’il en était réellement.

 

« Tu as tout de suite senti que maman avait un lourd passif, et même si tu mourrais de curiosité, tu savais qu’elle ne te dirait rien si tu l’attaquais de front. Aussi as-tu attendu qu’elle se confie à toi, qu’elle finisse par te faire suffisamment confiance pour le faire. En attendant, tu te contentais d’être là pour elle. Et un soir, alors que vous étiez dans ta petite chambre d’étudiante, et que vous aviez un peu trop abusé de l’alcool, elle a commencé à se confier. Elle t’a parlé de sa mère, lâchement assassinée dans une ruelle, de son père qui sombrait dans l’alcoolisme sans qu’elle puisse rien y faire, de sa vie qui partait à vau-l’eau et de sa soif de vengeance » poursuivit-il, son chagrin clairement perceptible dans sa voix.

 

Ecarquillant les yeux, Lanie porta une main à sa bouche, incapable de prononcer la moindre parole cohérente. Comment pouvait-il savoir ça ? Elle savait que se confier ainsi avait été très dur pour Kate, et elle n’avait pas voulu perdre la confiance qu’elle avait placée en elle en la trahissant de la sorte. Personne ne pouvait savoir, elle en était certaine. Elle s’apprêtait à interroger Joan lorsque sa voix s’éleva à nouveau dans le silence de la morgue.

 

« Elle t’a alors révélé qu’elle enquêtait elle-même, et qu’elle n’aurait de cesse de retrouver le lâche qui avait tué sa maman. Son intégration dans la police n’avait que cet unique objectif. Elle avait jeté aux orties tous ses rêves pour se concentrer uniquement sur ça. Il ne lui manquait plus que le dossier sur le meurtre de sa mère pour reprendre son enquête personnelle et poursuivre sa traque. Ce que tu as lu dans son regard ce soir-là, cette détermination, cette froideur et ce détachement t’ont glacés le sang, et tu t’es promis de tout faire pour la divertir et la faire changer d’état d’esprit » souffla-t-il en frissonnant doucement, comme s’il avait brusquement froid.

 

Secouant la tête, la jeune légiste se remémora cette nuit-là. Kate était saoule, elle le savait, et pourtant elle ne l’avait jamais sentie plus lucide qu’à cet instant alors qu’elle lui promettait qu’elle tuerait de ses propres mains l’homme qui lui avait arraché sa famille et toute chance d’un avenir heureux. Et elle s’était attachée à tout faire pour l’empêcher de se noyer. Mais elle savait qu’elle avait échoué à l’époque, et elle ne se le pardonnait pas aujourd’hui encore. Elle l’avait abandonnée, et lorsqu’elles s’étaient retrouvées par hasard, la jeune femme s’était promis en voyant cette même tristesse enfouie derrière le masque d’impassibilité de sa meilleure amie, de ne pas échouer une seconde fois. La voix de Joan retentit une nouvelle fois, et elle se reconcentra sur son monologue. 

 

« Alors tu as multiplié les sorties, la traînant dans les boîtes et toutes les deux, vous avez fait les 400 coups. Elle s’éclatait bien peut-être même un peu trop, mais quand tu t’en es rendue compte, il était trop tard pour inverser la tendance. Tu as pu constater que malgré sa maturité, il lui arrivait de se comporter avec désinvolture, et au cours de soirées un peu trop arrosées, elle repartait au bras d’un bel inconnu qu’elle jetait sans un regard au matin. Tu n’approuvais pas, et une fois tu le lui as fait comprendre et elle t’a répondu que c’était pourtant ce que tu voulais, qu’elle s’amuse ! Après ça, tu as limité au maximum vos sorties, et elle s’est calmée, d’autant qu’elle était sur le point de sortir de l’Académie. »

 

Joan rougit en évoquant ce moment peu glorieux de la vie de sa mère.  Il savait que comme beaucoup d’adolescents rebelles, elle était sortie et avait fait la fête, et il était toujours mal à l’aise lorsque sa vie intime était abordée. Quant à Lanie, elle ne savait plus que penser.  Par respect pour Kate et la femme qu’elle était devenue, elle n’avait jamais parlé de cette période de sa vie, à personne. Elle était bien placée pour savoir que malgré ce qu’elle voulait bien laisser paraître, Kate n’en était pas particulièrement fière. D’ailleurs, le peu d’hommes qu’elle avait connu par la suite en témoignait largement.

 

« A sa sortie de l’Académie, elle se concentra exclusivement sur sa carrière afin de pouvoir intégrer enfin la Criminelle. Elle ne voulait qu’une chose, pouvoir accéder au dossier de grand-mère, et dès cet instant, elle a cessé toutes sorties. C’est comme ça que vous vous êtes perdues de vue. Bien sûr, vous êtes restées en contact, mais elle enquêtait, et toi tu finissais tes études. Et ce n’est qu’à la fin de tes études que le hasard a voulu que tu te retrouves affectée au 12th où maman bossait. Tu m’as avouée avoir eu un sacré choc en la revoyant. Elle était si différente de celle que tu avais connue. Finie sa période rebelle. Elle était devenue un flic acharné, sérieux et bosseur. Elle était submergée par l’affaire de grand-mère et rien ne paraissait pouvoir l’en détourner » soupira Joan en secouant tristement la tête.

 

Quant à Lanie, elle restait là à écouter ce récit qu’elle seule connaissait, sentant la même impuissance qu’à l’époque l’envahir. Joan ne pouvait pas savoir ça parce qu’elle n’en avait parlé à personne, pas même à Javier. Elle était l’unique gardienne de cette part d’ombre de la vie de son amie et préfèrerait mourir que de le divulguer à qui que ce soit.

 

« Tu as essayé, et avec l’aide de son partenaire de l’époque, vous avez réussi à lui faire lâcher prise juste au moment où elle sombrait. Elle a vu un psy, mais est restée triste et taciturne, ne laissant personne l’approcher de trop près. Tu désespérais de la voir donner enfin sa chance à la vie jusqu'à l’arrivée de papa qui a illuminée son existence. Au départ, tu as eu peur qu’elle ne se renferme un peu plus sur elle-même, mais tu as été la première à voir ce qu’il y avait entre eux. Et dès l’instant où tu as vu l’esquisse d’un sourire sur les lèvres de maman à une bêtise de papa, tu as su que tôt ou tard, la forteresse tomberait, et que Kate Beckett s’épanouirait enfin » conclut Joan, une tendre lueur au fond du regard alors qu’il terminait son récit. 

 

Lanie regarda l’adolescent qui lui souriait. Muette de stupéfaction elle ne parvenait pas à aligner un mot cohérant. Comment diable savait-il cela ? Certaines choses étaient bien entendu facilement vérifiables mais s’il y avait bien une chose que personne ne savait c’était la bad période de son amie avec les hommes, les fêtes et l’alcool. Personne ne le savait à part elle car elles sortaient toujours dans des lieux différents et éloignés de l’école de police afin de ne pas être reconnues par un instructeur ou autre. Ce détail, il ne pouvait pas le connaître. Kate avait 20 ans et cela faisait un an que sa mère avait été assassinée, son père avait sombré dans l’alcoolisme et elle ne parvenait pas à l’en sortir et lorsque son amie faisait la fête elle oubliait tout l’espace d’un moment.

 

« Comment peux-tu savoir cela ? Personne à part Kate et moi-même ne le sait ! » Finit-elle par s’exclamer, incapable de se contenir plus longtemps alors que les mêmes interrogations revenaient l’assaillir encore et encore.

 

« C’est toi qui me l’as dit en me faisant promettre de ne jamais m’en servir contre maman. Tu as ajouté que j’avais beau être ton filleul, si je faisais le malin et répétais à quiconque ce que tu allais me confier, tu te chargerais toi-même de faire disparaître mon corps au fond de l’Hudson » grimaça-t-il en lui lançant un regard légèrement apeuré.

 

« Jamais je n’aurais trahi la confiance de Kate ! » protesta-t-elle en fronçant les sourcils.

 

« Disons que j’ai eu moi aussi ma période rebelle, et que maman et moi nous disputions souvent. Tu as donc décidé d’intervenir, et nous avons eu une longue discussion. J’avais 16 ans, et je ne comprenais pas pourquoi maman m’interdisait d’aller en boîte avec mes amis. Elle prétendait que j’étais trop jeune, et ça m’avait mis en colère. Je lui avais hurlé que ce n’était pas parce qu’elle ignorait ce que prendre du bon temps signifiait qu’elle devait jouer les rabat-joie et gâcher ma vie. Tu es arrivée à ce moment-là, et après le départ de maman, tu m’as raconté cette histoire. Jamais je n’ai eu plus honte de ma vie qu’en cet instant. J’ignorais tout de la mort de grand-mère avant ça. Tout ce que je savais c’était qu’elle était morte avant que maman n’intègre la police. Fin de l’histoire. Le lendemain, j’ai demandé pardon à maman, et je n’ai plus abordé le sujet » avoua piteusement Joan en baissant la tête comme s’il s’attendait à ce que Lanie ne le gronde à nouveau. 

 

La jeune métisse dévisagea Joan un long moment bouche bée. Elle n’arrivait tout simplement pas à le croire. Cette histoire était vraiment démentielle, elle venait de pénétrer dans la quatrième dimension, ou bien elle rêvait. Les voyages dans le temps n’existaient pas ou seulement dans les livres, films ou séries, tout le monde le savait. Et pourtant, comment était-ce possible autrement ? Elle regarda le garçon qui lui souriait, de ce sourire si semblable à celui de Castle…son père. Cette histoire était folle mais comment expliquer que ce jeune homme sache des choses que seules son amie et elle savaient ? Il ne faisait aucun doute que ce n’était pas Kate qui lui avait raconté cela et comme elle n’avait jamais rencontré ce jeune homme jusqu'à aujourd’hui, du moins à cette époque cela voulait dire que malgré l’impossibilité des faits, ils s’avéraient vrais. Une histoire de fous digne d’un roman de science-fiction, mais parfois la vie devenait déjantée, et c’était un de ces moments.


madoka93  (06.11.2012 à 09:23)

Suite !

 

Patiemment, Joan attendait, tentant de retenir le sourire qui menaçait d’éclore sur ses lèvres. Il connaissait sa marraine par cœur, et même si elle conservait un visage neutre, il voyait bien à son regard, qu’elle le croyait enfin. Il avait réussi avec elle là où il avait lamentablement échoué avec sa mère. Pourquoi avec sa maman n’arrivait-il pas à trouver le chemin de son cœur alors que cela lui avait été si facile avec les autres membres de sa famille ? Cette idée le torturait, mais il sentit l’espoir renaître en lui. Parce qu’avec une alliée comme sa marraine dans ses rangs, il aurait d’autant plus de chance de parvenir à convaincre la tête de mule qui lui servait de mère.

 

« Alors tu es vraiment leur fils ! » souffla Lanie alors qu’un lent sourire étirait ses lèvres et qu’une lueur malicieuse apparaissait dans son regard.

 

« Oui m’dame ! » rigola Joan, alors qu’un sourire made in Beckett ourlait ses lèvres.

 

« Et comment c’est de grandir avec ces deux-là ? » voulut-elle savoir en s’asseyant à côté du jeune homme.

 

« J’aimerais bien le savoir marraine, tu peux me croire ! » soupira Joan alors que la douleur se lisait sur son visage.

 

« Comment ça ? » s’étonna Lanie « Ne me dis pas que Castle a laissé tomber Kate en découvrant sa grossesse ! » s’exclama-t-elle en écarquillant les yeux.

 

« Non ! Papa n’aurait jamais fait une chose pareille ! » Protesta Joan en relevant vivement la tête.

 

« Alors quoi ? » insista Lanie, pas le moins du monde rassurée avant qu’une horrible idée ne lui traverse l’esprit « Attends Kate a encore fui ? C’est d’elle que le problème vient ? Je vais lui dire deux mots moi, ça ne va pas tarder ! » S’emporta-t-elle en se relevant d’un bond.

 

« Non marraine, Maman n’a pas fui, au contraire. Papa est et restera son One and Done. » Sourit Joan, amusé par l’implication de sa marraine.

 

« Alors que s’est-il passé pour l’amour du ciel ? » grogna Lanie, agacée par tant de mystère.

 

« Le Dragon. Voilà ce qu’il s’est passé. Il a tout gâché comme il sait si bien le faire. C’est pour ça que je suis là, pour changer ça et donner la chance à mes parents de vivre la vie qu’ils méritent d’avoir. Ensemble » déclara farouchement Joan.

 

« Tu as dit ça à Kate ? » voulut savoir Lanie en fronçant les sourcils d’inquiétude.

 

« Oh oui, et ça a fait de moi l’ennemi à abattre aux yeux de la grande Kate Beckett ! » railla Joan alors que la colère qu’il éprouvait pour sa mère remontait à la surface.

 

« Ne lui en veux pas Joan, elle a de bonnes raisons de se montrer si prudente ! »  Déclara Lanie d’un ton rassurant, touchée par la tristesse qu’exprimait la voix de Joan.

 

« Oui oui je sais, mais ça ne rend pas les choses plus faciles pour autant ! » marmonna Joan en croisant les bras sur sa poitrine et en affichant une mine de martyre.

 

« Pas de doute, tu es bien le fils de Castle ! » s’exclama Lanie en éclatant de rire avant d’ébouriffer les cheveux du jeune homme dans un geste spontané d’affection.

 

« Lanie ! » grogna Joan en reculant la tête tout en roulant des yeux.

 

« Et le digne fils de Kate ! » rigola-t-elle de plus belle.

 

« Et bien je constate qu’on s’amuse bien ici ! » lança une voix dans leur dos, les faisant sursauter comme un seul homme.    

 

« Dieu Kate tu veux ma mort ? » souffla Lanie en portant une main à sa poitrine.

 

« Pourquoi ? Tu as quelque chose à te reprocher ? » Rétorqua Kate en les fixant avec suspicion.

 

« Comme quoi ? » biaisa Lanie en échangeant un regard en coin avec Joan.

 

« Tu as fini le prélèvement ? » voulut savoir Kate à qui cet échange n’avait pas échappé.

 

« Oui lieutenant Beckett, ne vous inquiétez pas, elle m’a pris suffisamment de sang pour qu’un vampire s’offre un véritable festin ! » ironisa Joan en remettant la manche de sa chemise en place. 

 

Lanie arqua un sourcil en direction de Joan en l’entendant nommer ainsi sa mère, mais ne reçut qu’un haussement d’épaules indifférent. Secouant la tête d’un air faussement désespéré, Lanie reporta son attention vers Kate et constata que celle-ci avait légèrement pâli, et un sourire discret étira ses lèvres. Ce petit était un génie. Kate avait beau dire ce qu’elle voulait, elle aimait être appelée maman, et le fait que Joan ne le fasse plus la perturbait.

 

« Quand aurons-nous les résultats ? » s’enquit-elle après avoir retrouvé ses moyens.

 

« Normalement il faut bien deux semaines, mais pour toi je tâcherais de les avoir d’ici la fin de la semaine ! » déclara Lanie en inscrivant le nom de Joan sur la fiole.

 

« Lanie ! » grogna Kate en déchiffrant l’inscription.

 

« Quoi ? C’est comme ça qu’il s’appelle ma chérie, que ça te plaise ou non ! » Rétorqua Lanie en allant entreposé la précieuse fiole dans le frigo.

 

« Ne me dit pas que toi aussi, tu crois à cette histoire tirée par les cheveux ! » s’étouffa Kate en écarquillant les yeux d’incrédulité.

 

« D’accord, je ne te le dirai pas ! » se contenta de dire Lanie avant de se tourner vers Joan qu’elle trouvait étrangement silencieux.

 

« Mais Lanie ! » protesta Kate qui n’en croyait pas ses oreilles avant d’être coupée dans son élan.

 

« Joan ? Tu es malade ? » S’inquiéta la légiste en s’élançant vers l’adolescent qui était plus pâle que jamais.

 

Surprise par l’exclamation de son amie, Kate reporta son attention vers Joan, et elle sentit à son tour l’inquiétude la gagner. Joan était d’une pâleur inquiétante, et une fine particule de sueur perlait à son front. Légèrement recroquevillé sur lui-même, les bras autour de son torse, il tremblait légèrement, comme s’il était pris d’une forte fièvre. Instinctivement, Kate s’avança vers lui, mais Joan qui avait perçu son mouvement s’écarta pour se rapprocher de Lanie qui venait de le rejoindre. Le recul de Joan à son encontre blessa Kate plus que de raison, et elle serra les poings pour ne pas se laisser engloutir par le chagrin qu’elle en éprouva. C’était irrationnel. Elle devrait au contraire se réjouir qu’il ait compris qu’elle ne marcherait pas dans son plan, et pourtant ce n’était pas le cas. Mais comme toujours, elle n’en montra rien, et resta là, à observer attentivement sa meilleure amie ausculter l’adolescent.

 

« Joan depuis quand te sens-tu mal ? » demanda Lanie en posant sa main sur le front brûlant du jeune garçon « Mais tu es brûlant ! » constata-t-elle en fronçant un peu plus les sourcils.

 

Elle l’obligea à s’allonger et lui enfonça un thermomètre dans la bouche sans qu’il émette la moindre protestation. L’attente parut interminable aux deux jeunes femmes avant que le bip retentisse fortement dans le silence de la pièce, et que Lanie ne récupère le thermomètre.

 

« 40°4 ! Il faut t’emmener à l’hôpital tout de suite ! » S’affola-t-elle en découvrant l’étendue des dégâts.

 

« Non, pas l’hôpital… » Marmonna faiblement Joan en tentant de se redresser.

 

« Tiens-toi tranquille jeune homme ! » le rabroua Lanie en le maintenant fermement contre la surface métallique de sa table d’autopsie.

 

« Pourquoi pas ? Aurais-tu quelque chose à cacher ? » S’enquit immédiatement Kate repassant instantanément en mode flic.

 

« Laisse ton fils en paix Kate, tu ne voudrais pas qu’il s’imagine que sa mère est une harpie sans cœur ! » déclara Lanie en adressant un regard noir à son amie, lui faisant comprendre que ce n’était pas le moment pour ennuyer Joan.

 

« Trop tard… » Marmonna Joan en tentant de nouveau d’échapper à l’étreinte de sa marraine, mais sans succès.

 

La remarque de Joan frappa Kate avec la force d’un uppercut, et elle déglutit difficilement. Elle avait tout fait pour que Joan s’éloigne d’elle, et maintenant que c’était chose faite, elle se surprenait à regretter son attitude du début. Il la détestait, et c’était une idée qu’elle ne supportait pas. Pourtant, elle ne pouvait pas montrer à quel point cela la touchait. Elle devait rester forte afin de protéger son écrivain. Et tant pis si elle souffrait.

 

« Joan sois raisonnable, tu as besoin de soins » souffla Lanie en caressant tendrement le front moite de l’adolescent.

 

« Marraine, je ne peux pas prendre le risque que mon sang soit répertorié dans une banque de données et qu’un dossier médical à mon nom soit constitué avant ma naissance » expliqua Joan en grimaçant alors qu’il avait l’impression que son corps s’embrasait.

 

« Ok, je vais te donner du paracétamol pour faire baisser ta fièvre, et tu vas me faire le plaisir de rentrer te reposer ! » abdiqua Lanie consciente qu’il avait raison.

 

« Promis. Je me sens toujours mieux après une bonne nuit de sommeil… » Sourit Joan, soulagé d’avoir obtenu gain de cause.

 

« Kate ramène le chez Castle, et veille à ce qu’il se repose. Et donne lui une dose de paracétamol toutes les 3 heures jusqu’à ce que sa fièvre ait totalement disparue » ordonna Lanie en tendant le flacon à Kate.

 

Machinalement Kate se saisit du médicament, et secoua la tête, découragée.

 

« Je ne suis pas infirmière Lanie ! » marmonna-t-elle pour cacher son inquiétude face à l’état dans lequel se trouvait Joan.

 

« Maintenant ça suffit girl ! Tu nous as bien fait comprendre que tu ne le croyais pas, mais Joan est sous ta responsabilité, alors tu vas me faire le plaisir de rentrer tes griffes et de prendre soin de ce jeune homme. Je ne te demande pas la lune, mais juste de veiller à ce qu’il se repose et prenne ses médicaments. Et si vraiment tu ne veux pas t’en occuper toi-même, je suis sûre que Castle s’en chargera avec plaisir ! » S’énerva Lanie en foudroyant son amie du regard.

 

Soufflant bruyamment, Kate se contenta d’acquiescer avant de ranger le flacon dans la poche de son manteau et d’aider Joan à enfiler sa veste. Elle détestait être rappelée à l’ordre comme une gamine capricieuse, et le fait de l’avoir été devant Joan n’arrangeait en rien son humeur massacrante. Sans un mot, elle aida le jeune homme qui somnolait déjà à se mettre debout, et passa son bras autour de sa taille alors qu’il se mettait à tanguer dangereusement.

 

« Préviens-moi dès que tu auras les résultats d’analyse » déclara-t-elle froidement avant de se diriger vers la sortie, entraînant Joan à sa suite.

 

« Kate, je… » Commença Lanie, consciente qu’elle y avait été un peu fort.

 

« Laisse tomber Lanie, comme tu l’as dit toi-même, Joan a besoin de repos » lança-t-elle sans même se retourner.

 

Resserrant son emprise autour du corps frissonnant de fièvre de Joan, elle prit l’ascenseur et regagna sa voiture dans laquelle elle installa Joan avant de l’attacher. En faisant rapidement le tour, elle mit le contact, et voyant que le jeune homme frissonnait toujours, mit le chauffage à fond. Elle n’arrivait pas à croire que Lanie s’était rangée du côté de Joan. Elle qui avait été sûre que son amie ne se laisserait pas abuser, elle en était pour ses frais. Et alors qu’arrêtée à un feu elle observait Joan dont les tremblements s’estompaient, elle se demanda ce qu’il avait bien pu dire à Lanie pour qu’elle croie à son histoire. Une chose était sûre, elle allait avoir du ménage à faire et bien des souffrances à apaiser lorsque les masques tomberaient à commencer certainement par elle-même car elle avait beau dire, elle s’attachait à ce garçon plus que de raison et bien qu’elle luttait contre ses sentiments encore et toujours, un sentiment d’adoration pour ce jeune homme s’immisçait en elle plus fort que jamais. En soupirant, elle reprit le chemin du loft de son partenaire, imaginant déjà la scène qu’il lui ferait en découvrant l’état dans lequel elle ramenait Joan chez lui.

 


madoka93  (06.11.2012 à 09:24)

bon ce con m'a pas mis mon poste abruti d'imbécile !

 

Chapitre 9 :

 

Durant tout le trajet, Kate lança des regards inquiets vers Joan. Il était d’une telle pâleur, que l’espace d’un instant, alors que le soleil éclairait son visage blafard, elle crut voir à travers lui. Un clignement de paupières plus tard, l’impression s’était estompée, mais elle en conservait une impression diffuse, mélange d’inquiétude et de peur. Et elle n’aimait pas ça. Non pas parce qu’elle s’impliquait trop, c’était en cet instant, le cadet de ses soucis. Mais parce qu’elle savait que cela était présage de catastrophe. Et les paroles de Joan lui revinrent en mémoire, lui faisant violemment serrer le volant entre ses mains. Etait-il malade ? Etait-ce ce qu’il avait tenté de lui faire comprendre en parlant de disparaître dans une semaine ? Etait-ce le temps qu’il lui restait à vivre ? Etait-ce pour cela qu’il était venu à eux pour accomplir une mission qui lui tenait à cœur, parce qu’il savait qu’il allait s’éteindre bientôt ? Se secouant mentalement, elle chassa très loin au fond de sa conscience cette déplaisante pensée. Elle ne devait pas se laisser aller à voir les choses sous cet angle. Joan irait bien, ce n’était qu’un mal de tête, rien de plus, cela arrivait à des milliers de personnes ce genre de chose, aucune raison de s’inquiéter.

 

« Joan, depuis quand es-tu malade ? » Demanda-t-elle alors qu’un soupir de douleur échappait à l’adolescent, la faisant grimacer.

 

« Comme si ça t’intéressait ! » Grogna-t-il en ouvrant faiblement les yeux en dardant un regard hostile sur elle.

 

Il ne voulait pas être aussi agressif avec sa mère, il l’aimait tant mais son état le rendait méchant. La douleur était si lancinante qu’un rien l’agaçait et l’attitude de sa mère n’arrangeait rien, un coup distante, un coup tendre, il ne savait plus sur quel pied danser et cela le fatiguait.

 

« Joan… » Gronda-t-elle en crispant la mâchoire, blessée malgré elle.

 

« Depuis mon arrivée, mais ça empire chaque jour un peu plus… » Avoua-t-il d’une voix tremblante.

 

« C’est pas possible ça, aussi têtu que son père ! » marmonna Kate, sans sembler prendre conscience de ce qu’elle venait de dire.

 

Joan à qui cela n’avait pas échappé, esquissa un faible sourire, ravi de voir que finalement sa mère n’était pas aussi insensible à ses arguments que ce qu’elle laissait entendre, mais il décida de ne pas pousser son avantage plus loin. Il n’était définitivement pas en état de supporter un nouvel affrontement. Et surtout, il ne voulait pas qu’elle se referme comme une huître, alors qu’elle semblait fléchir petit à petit.

 

« Dès que nous arrivons, tu me fais le plaisir de te mettre au lit et de ne plus en sortir avant que la fièvre soit tombée » lui ordonna-t-elle d’un ton sans appel.

 

« A vos ordres lieutenant Beckett » se moqua-t-il faiblement alors que sa tête se faisait plus lourde que jamais comme si une force invisible la tirait en arrière.

 

Fermant les yeux, il se laissa aller contre l’appuie-tête, gémissant alors que la douleur lui vrillait les tempes, plus forte que jamais, lui donnant l’horrible impression qu’un géant s’amusait à presser son crâne comme il l’aurait fait d’une noix. Et si la pression ne diminuait pas rapidement, il sentait que sa caboche allait vite imploser, et il n’aimerait vraiment pas assister au spectacle. Dans une brume semi comateuse, il crut percevoir la douceur d’une caresse sur son front, et un sourire étira ses lèvres alors que ce simple geste suffit à l’apaiser. La tendresse de sa mère lui faisait plus de bien que tous les médicaments du monde. Il se rappelait enfant lorsqu’il était malade comment sa mère le berçait dans ses bras, lui caressant les cheveux pour le détendre et l’apaiser, cela avait toujours eu un effet bienfaiteur sur lui et encore aujourd’hui malgré ce qui les opposaient rien n’avait changé, sa mère était son médicament, son calmant…

 

« Maman… » Marmonna-t-il en tournant instinctivement la tête vers cette main, comme à la recherche de plus de contact.

 

Il tenta de poser sa main sur la sienne mais cette dernière était plus lourde qu’un poids de 10 kilos alors il la laissa retomber sur son siège, en soupirant de frustration. Le cœur de Kate eut un raté, et elle resta quelques instants la main suspendue dans le vide, hésitant sur la conduite à tenir. Elle n’avait pas réfléchi à ce qu’elle faisait, inquiète par la pâleur du jeune homme et par son soudain mutisme. Il gémit dans son délire fiévreux, et chercha à nouveau sa main en avançant la tête et en soupirant, elle recommença à caresser son front du bout des doigts, en une caresse imperceptible. Elle fronça les sourcils d’inquiétude en constatant combien il était brûlant de fièvre, et instinctivement, elle redémarra sur les chapeaux de roue, mettant ainsi fin à ses caresses apaisantes, tirant un gémissement de protestation à Joan qui s’agita sur son siège en grimaçant.

 

« Maman… » L’appela-t-il d’un ton suppliant et enfantin qui lui serra l’estomac lui faisant monter les larmes sans qu’elle puisse se l’expliquer.

 

« Chut je suis là bébé, dors… tout ira bien ! » S’entendit-il souffler d’une voix tendre et maternelle.

 

Elle se maudit instantanément de se montrer si faible, mais elle ne pouvait pas rester insensible à la souffrance de cet adorable adolescent dont le seul véritable tort était de raviver ses peurs de perdre son partenaire. Un soupir la tira de ses pensées, et grâce au rétroviseur, jeta un regard à Joan dont le visage s’était apaisé, un sourire serein et heureux sur les lèvres. Visiblement elle avait choisi les bons mots pour le calmer. Ces mots qui lui étaient venus du cœur et qui lui rappelaient toutes ces fois où sa mère l’avait apaisée de la sorte lorsqu’ enfant elle était malade. Et à chaque fois, elle n’avait voulu qu’une seule chose. Sa mère. Elle adorait son père, mais quand elle était malade, sa maman était la seule personne qu’elle voulait à ses côtés. Et apparemment, Joan était pareil. Et cela la fit sourire rien que d’imaginer la tête que ferait Castle en découvrant que son fils ne voulait qu’elle près de lui, certain qu’il afficherait une moue contrariée qui la ferait craquer. Elle se baffa mentalement à la pensée. La fièvre de Joan devait être contagieuse, il n’y avait pas d’autres explications au fait qu’elle ait pensé à eux comme étant une famille.

 

Ils n’en étaient pas une. Peut-être qu’un jour, lorsque tout cela serait fini, ils en formeraient une, mais pour le moment ce n’était pas le cas et elle ne devait pas l’oublier. Joan deviendrait leur fils officiellement, de façon plus naturelle et moins brutale que maintenant, et enfin elle pourrait se laisser aller à tous ses sentiments maternels qu’elle avait pour lui. Elle secoua la tête à cette pensée absurde. Comment pouvait-elle avoir de tels songes alors que d’une elle ne connaissait ce jeune homme que depuis 2 jours à peine, et de deux sa relation avec Castle était au point mort même si la séduction entre eux était omniprésente. Tentant de se ressaisir, elle se concentra sur la route, et réussit à effectuer le reste du chemin sans céder à la tentation de cajoler Joan. Consciente qu’elle risquait de rester un long moment chez l’écrivain, voire même toute la nuit, elle s’engagea dans le parking souterrain et gagna les emplacements réservés à la famille Castle. Une fois la voiture à l’arrêt, elle détacha sa ceinture avant de se tourner vers Joan qui somnolait à ses côtés. Le paracétamol faisait enfin effet, et il ne s’agitait plus dans son sommeil.

 

Désirant se rassurer, elle posa une main sur le front de l’adolescent, soupirant de soulagement en constatant que même s’il était encore chaud, il ne l’était plus suffisamment pour faire cuire un œuf sur le plat. Son inquiétude reflua, et elle put remettre en place son masque d’indifférence avant de se retrouver face à son partenaire. Elle savait que s’il percevait la moindre faille dans sa cuirasse, il s’empresserait de s’y engouffrer, ne lui laissant aucun répit avant qu’elle n’admette qu’en dépit de tout, elle croyait de plus en plus à cette folle histoire. Elle Kate Beckett la rationnelle et la terre à terre commençait à croire aux voyages dans le temps ! En grommelant, elle quitta l’habitacle, fit le tour de la voiture, et ouvrit la portière passager, le tout sans tirer Joan de sa torpeur. Elle resta quelques secondes à l’observer, et l’image de son partenaire endormi flotta devant ses yeux, se superposant de manière troublante à celle de Joan. Secouant la tête, elle se pencha sur l’adolescent, et avec des gestes plus brusques que nécessaire, le tira vers elle avant de la caler contre la voiture, pour pouvoir verrouiller celle-ci.

 

« Où sommes-nous ? » marmonna Joan en dodelinant de la tête, incapable de se concentrer sur son environnement, les yeux mi-clos.

 

« Chez Castle » répondit-elle sobrement avant de l’entraîner vers l’ascenseur.

 

« Ok » souffla-t-il en laissant sa tête tomber contre un des panneaux de l’ascenseur dans un son mat qui fit grimacer Kate.

 

Si elle le ramenait couvert de bleus, Castle serait bien capable de l’accuser de l’avoir frappé pendant son interrogatoire. En roulant des yeux, elle raffermit son emprise autour de la taille de Joan qui avait la fâcheuse tendance à glisser vers le sol.

 

« Pourquoi est-ce que vous ne m’aimez pas lieutenant Beckett ? » s’enquit-il soudainement, la faisant sursauter.

 

Surprise, elle se redressa légèrement, plongeant son regard dans celui fiévreux du jeune homme. Et ce qu’elle lut dans ses yeux la fit haleter. Elle avait déjà vu cela chez d’autres enfants avant lui. Des enfants qui avaient été abandonnés par leurs parents et qui cherchaient à comprendre ce qu’ils avaient fait de mal, ce qui clochait chez eux pour que leurs propres parents ne veulent pas d’eux, qu’ils ne les aiment pas. Et voir cette tristesse, ce chagrin dans le regard de Joan lui était insupportable. Pas quand c’était elle qui se retrouvait propulser dans le rôle de la mère indigne. Cela lui faisait si mal qu’elle gémit alors que sa cicatrice la faisait souffrir comme si elle allait se rouvrir, laissant son cœur à découvert. Elle s’apprêtait à lui répondre lorsque les portes s’ouvrirent. Poussant un soupir de soulagement, elle entraîna Joan vers la porte du loft à laquelle elle sonna de façon impérieuse. Elle ne voulait pas avoir l’air de se plaindre, mais Joan commençait à peser son poids, et elle craignait de plus en plus de le laisser tomber, ajoutant à son état des blessures dont il pouvait parfaitement se passer.

 

« Je vois que la Grande Inquisition a…. » S’exclama Castle en ouvrant la porte en grand avant de s’interrompre net en voyant l’état de Joan.

 

« Poussez-vous Castle, il a besoin de s’allonger ! » souffla-t-elle en bousculant légèrement son partenaire, entraînant Joan vers le divan sur lequel elle s’empressa de l’allonger en soufflant, soulagée de s’être délestée de son poids.

 

« Bon sang Beckett qu’avez-vous fait à mon fils ? » s’emporta l’écrivain en se précipitant au chevet de Joan.

 

« Ça ne se voit pas Castle ? Je l’ai torturé et ensuite je lui ai injecté un poison mortel qui provoque une fièvre de cheval ! » Répliqua furieusement Kate en toisant son partenaire d’un regard noir.

 

« Papa… » Souffla Joan en tentant de se redresser.

 

« Reste allongé, je refuse d’avoir des cheveux blancs avant l’âge ! » Le gronda Kate en le repoussant contre les coussins. 

 

« Mais… » protesta Joan en tentant à nouveau de s’asseoir.

 

« Ne m’oblige pas à te menotter à ce fichu canapé, tu es malade donc tu restes allongé ! » Le rabroua Kate avant de marmonner « Je me suis assez inquiété comme ça alors tiens-toi tranquille ! »

 

« Vous étiez inquiète lieutenant ? » s’enquit Rick amusé et attendri de voir sa muse dans le rôle de maman poule, se penchant sur elle air, un malicieux peint sur sa face.

 

« Evidemment ! Vous n’avez pas le monopole du syndrome du parent inquiet ! » Grogna-t-elle en couvrant Joan d’une couverture, caressant ses cheveux au passage.

 

Castle s’apprêtait à taquiner sa muse, ravi de constater qu’elle se rendait enfin à l’évidence, mais s’arrêta net. Et il comprit qu’elle ne s’était même pas rendu compte de ce qu’elle avait dit. Elle s’activait autour de Joan, les sourcils froncés, le dos de la main sur le front de l’adolescent. Elle marmonna quelque chose et sortit une petite bouteille de sa veste avant d’obliger Joan à avaler deux des comprimés qu’elle contenait. Ne quittant pas sa muse du regard, il perçut l’inquiétude qu’elle ressentait, et cela suffit à raviver la sienne.

 

« Qu’est-ce qu’il a ? » chuchota-t-il pour ne pas déranger le léger sommeil dans lequel Joan semblait avoir plongé.

 

« Visiblement il a mal à la tête depuis son arrivée, mais a préféré nous le cacher. Résultat son état s’est aggravé. Lanie lui a fait quelques tests et en attendant les résultats, nous devons lui donner du paracétamol toutes les 3 heures et veillez à ce qu’il se repose » Expliqua Kate sans quitter le jeune homme des yeux.

 

« J’avais bien remarqué qu’il était un peu pâle hier, mais j’ai mis ça sur le compte de la dure journée qu’il avait passé… » Soupira Castle en se reprochant de ne pas avoir été plus vigilant.

 

« C’est bon Castle, je n’ai pas plus perçu que vous son état, il faut juste le surveiller, ça devrait vite passer » Le rassura-t-elle en remontant la couverture sur le torse de l’adolescent avant de se lever, gênée par le regard insistant de son partenaire ainsi que sa proximité alors qu’il était penché au-dessus d’elle.

 

« Où allez-vous ? » S’alarma Castle en la voyant se diriger vers la porte.

 

« Faire quelques courses pour lui préparer de la soupe, dans son état ça ne pourra lui faire que du bien et je suppose qu’il n’y a que cela qui passera de toute façon ! » déclara-t-elle en tournant légèrement la tête dans sa direction.

 

« Regardez dans mon frigo, mais je pense que je dois avoir tout ce dont vous avez besoin. Cela vous évitera une incursion dans le monde impitoyable de la grande distribution. » lui proposa-t-il peu désireux de la voir quitter le loft, même pour quelques heures seulement.

 

D’un hochement de tête, Kate acquiesça et d’une démarche assurée, gagna la cuisine de son écrivain qui la suivait du regard, souriant de la voir si à son aise dans son appartement comme si elle y était dans son élément. Bêtement satisfait, il la regarda passer en revue le contenu de ses placards, et sourit un peu plus en la voyant enchaîner plusieurs hochements approbateurs, signe qu’elle avait trouvé tout ce qu’il lui fallait.

 

« Je vais pouvoir commencer dès maintenant, vous avez tout ce dont j’ai besoin pour faire ma soupe spéciale ! » S’exclama-t-elle en retirant vivement sa veste qu’elle jeta négligemment sur un des tabourets.

 

« Et qu’a-t-elle de si spéciale ? » s’enquit l’écrivain en venant s’asseoir sur le second tabouret, suivant avec curiosité le moindre geste de sa coéquipière.

 

« C’est une recette qui me vient de ma mère. Elle ne préparait cette soupe que lorsque j’étais malade et avait une façon bien particulière de me la préparer » lui révéla Kate en remontant les manches de son pull.

 

« Comment cela ? » demanda de nouveau Castle en la voyant sortir tous les ingrédients nécessaires.  

 

« Vous verrez bien Castle !» soupira Kate en roulant des yeux, agacée d’être à nouveau l’objet de toute l’attention de son partenaire.

 

Cela la flattait bien sûr mais la mettait aussi mal à l’aise, parfois elle avait l’impression qu’il n’y avait qu’elle au monde pour lui, ne lui en déplaise bien au contraire mais n’étant pas un couple cela était assez bizarre. Elle ne comprenait ce qui pouvait tant le fasciner chez elle.

 

« Vous n’êtes vraiment pas drôle lieutenant » bouda-t-il en croisant les bras sur son torse.

 

« Arrêtez de faire l’enfant Castle et allez plutôt veiller sur le nôtre ! » souffla-t-elle en roulant des yeux en sortant le faitout dont elle allait avoir besoin.

 

« Le nôtre Kate ? » la taquina-t-il, incapable de se retenir.

 

« Castle, vous avez parfaitement compris ce que je voulais dire… » Grogna-t-elle, se maudissant de ce lapsus plus que révélateur, rougissant de plus belle.

 

« Absolument, et je savais bien que vous mourriez d’envie d’avoir un enfant avec moi ! » fanfaronna-t-il avant de battre précipitamment en retraite, conscient qu’il risquait de trépasser s’il restait plus longtemps à proximité de sa ravissante partenaire.

 

Le regard noir, Kate le regarda s’éloigner, soufflant profondément pour ne pas lui hurler dessus. Mais d’un autre côté, il n’avait fait que rebondir sur ce qu’elle avait laissé échapper. Elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même, d’autant que c’était la stricte vérité. Secouant la tête, elle se concentra sur la préparation de sa soupe. Effectuer ces gestes familiers devrait suffire à la calmer. Elle commença par éplucher les légumes un à un qu’elle lava puis coupa finement dans des gestes précis qui témoignaient d’une longue pratique. Ensuite, elle les fit revenir dans du beurre, jusqu'à ce qu’ils rissolent un peu puis les plongea dans l’eau dans laquelle elle avait préalablement fait chauffer des oignons et un cube de bouillon de poule. Elle effectuait ces gestes avec grâce et aisance sous l’œil émerveillé de Castle qui ne ratait pas un seul de ses mouvements.

 

« Vous avez une façon de faire la soupe assez spéciale ! » constata-t-il ravi d’ajouter un nouveau talent à la liste déjà longue des qualités qui, à ses yeux, paraient sa muse.

 

« Je vous l’avais dit. » sourit-elle sans interrompre sa tâche « C’est la recette de ma mère, faire revenir ainsi les légumes dans la poêle leur donne un petit goût fumé fort agréable au palais. » ajouta-t-elle en se passant une langue gourmande sur ses lèvres, faisant déglutir l’écrivain alors qu’il était subitement fasciné par les lèvres de sa partenaire.

 

Cette femme avait un tel pouvoir sur lui qu’il en était sans cesse surpris. Chaque instant à ses côtés était un véritable enchantement pour lui, et il n’aurait échangé sa place pour rien au monde, même s’il désirait plus que tout une évolution non négligeable de leur relation. Mais il saurait se montrer patient, conscient qu’au jeu de l’amour, il fallait avant tout prendre le temps d’étudier ses cartes pour jouer ses atouts avec intelligence. En soupirant, il se concentra à nouveau sur sa partenaire, et gémit intérieurement en constatant que la chaleur des casseroles qu’elle manipulait avait paré ses joues, d’une délicate teinte vermeille. Elle était belle à se damner, sexy en diable et ne s’en rendait même pas compte. Et c’était heureux pour lui, parce que nul doute qu’elle le tuerait si elle savait dans quel état transcendantal il se mettait pour elle. Un délicieux effluve le ramena sur terre, et il se focalisa sur le délectable spectacle qu’elle lui offrait.

 

« Je n’en doute pas, c’est appétissant et ça sent vraiment divinement bon. » Lui dit l’écrivain en se levant pour venir se pencher au-dessus de la marmite pour en humer l’odeur.

 

Kate le poussa d’un coup de hanche qui le fit déglutir afin d’ajouter une petite noisette de beurre qui donnerait sans aucun doute une pointe de douceur aux légumes lorsqu’ils s’en imprégneraient. Castle resta planté là juste derrière elle, savourant la proximité du corps de sa muse dont il percevait la chaleur par vague envoûtante. Fermant les yeux alors que l’agitation de la jeune femme laissait percevoir de délicieux effluves de cerise, cette odeur qui était devenue sa préférée depuis qu’il la connaissait, il se retenait de l’attirer à lui pour l’emprisonner dans une étreinte passionnée dont il espérait qu’elle ne voudrait pas sortir. Alors Il restait là, derrière elle comme en transe, la proximité de leur corps le rendant euphorique. Il avait vraiment du mal à se contenir et à garder ses mains en place. Elle était si belle, si sensuelle, tout son être l’appelait, et il luttait de pied ferme avec cet instinct qui le poussait vers elle.

 

Il fut sorti de sa transe pas un petit jet d’eau qu’il reçut sur le visage. Surpris, il papillonna des yeux et fixa son attention sur Beckett qui le regardait fixement, mi amusée, mi agacée. Penaud, il lui adressa un regard d’excuse, même s’il ne voyait pas de quoi il devrait s’excuser. Et après tout, il n’avait rien fait de mal. Il ne l’avait pas touché et ne l’ennuyait pas. Il se contentait simplement de l’admirer comme la femme extraordinaire qu’elle était. 

 

« Dégagez de cette cuisine, Castle vous me gênez dans mes mouvements à me coller comme mon ombre. » le réprimanda-t-elle en le poussant vers le salon.

 

« Vous devriez être habituée à ce que je vous colle ainsi ! » Lui dit Castle en la regardant intensément, se rapprochant un peu plus d’elle.

 

Troublée par ce rapprochement inattendu, elle ne pouvait détacher ses yeux des siens, oscillant entre eux et ses lèvres qui la tentaient tellement. Elle se mordit violemment les siennes pour ne pas céder à ce regard empli de tendresse et d’amour. Par un simple contact visuel, ils avaient une de leurs conversations silencieuses, où les mots n’avaient pas d’importance, où ils étaient même proscrits. Seul, leur regard importait dans ces moments, ils étaient dans leur bulle, leur monde à eux. Mais comme toujours quelque chose perça leur bulle de bonheur. Un gémissement les fit s’éloigner brusquement l’un de l’autre, et dans un synchronisme confondant, ils tournèrent la tête vers Joan qui recommençait à s’agiter sur le divan, à tel point que la couverture tomba sur le sol.

 

« Maman, crois-moi…je t’aime maman, tout ça c’est pour toi … » Gémit l’adolescent dans son délire.

 

Kate se figea à ce cri venu du cœur et qui témoignait de la détresse de l’adolescent. Pinçant ses lèvres, elle retint son souffle et ravala sa salive. Non elle ne devait pas craquer et se précipiter au chevet de ce jeune homme pour le rassurer et lui dire qu’elle le croyait. C’était trop pour elle. Ses émotions jouaient au yoyo, et elle avait de plus en plus de mal à garder en place sa muraille qui s’effritait dangereusement. Fermant les yeux, elle prit une profonde inspiration et sans un regard pour Joan ou Castle, elle entreprit de finir sa soupe. Elle avait si finement coupé les légumes qu’ils étaient déjà cuits, et  put donc les mouliner sans problème. Castle la regardait faire tristement, parfaitement conscient de la lutte intérieure qu’elle menait. Le cœur lourd, il voyait bien malgré sa poker face habituelle, que les efforts qu’elle faisait pour ne pas se laisser aller à ses sentiments lui faisaient du mal, et la voir souffrir ainsi lui était insupportable. Comme toujours, il faisait sienne la douleur de sa partenaire, et aurait aimé connaître les mots magiques qui lui permettraient d’alléger son chagrin.

 

Il aurait aimé la prendre dans ses bras et la serrer fort pour lui dire qu’il serait toujours là pour elle, qu’elle ne devait pas avoir peur et cesser de lutter contre elle-même. Mais comme toujours et par respect pour elle il n’en fit rien. Il savait qu’elle n’était pas prête et ne voulait pas la voir mettre une nouvelle couche protectrice sur son mur intérieur. Alors il se contenta de la couver du regard espérant qu’elle sente son amour et que cela l’aide un peu à tenir le coup jusqu'à ce qu’elle soit prête à reconnaître ses sentiments. En soupirant, il se détourna enfin d’elle, sachant combien elle était mal à l’aise chaque fois qu’il se laissait aller à la fixer attentivement. D’un pas mesuré, il retourna auprès de Joan, passa une main sur le front du jeune homme, fronçant des sourcils en découvrant qu’il était encore bien chaud, et remit la couverture en place avant de s’asseoir sur la petite table. Du coin de l’œil, Kate le regarda faire en souriant doucement et se surprit à lui envier cette facilité qu’il avait d’agir selon son cœur plutôt que sa raison. Secouant la tête, elle sortit un bol dans lequel elle déposa deux louches de soupe qu’elle s’empressa d’apporter à Joan, le réveillant délicatement sous le regard attentif de Castle.

 

« Joan, tu dois manger, tiens je t’ai préparé de la soupe. » souffla-t-elle d’une voix douce.

 

« Hum, maman… » Grogna Joan en ouvrant difficilement les yeux souriant faiblement en voyant le visage de Kate penché au-dessus du sien.

 

Gênée, Kate se redressa, attendant qu’il se réveille complètement, les mains crispées autour du bol, indifférente à la chaleur qui s’en dégageait. Son mouvement de recul sembla ramener Joan à la triste réalité qui était la sienne depuis son arrivée dans le passé, et en soupirant, il se redressa avec l’aide de Castle alors que Kate lui tendait le bol afin qu’il mange.

 

« Je peux en avoir moi aussi parce que cette soupe à l’air d’être une merveille ! » s’enquit Castle en jetant un regard d’envie au bol d’où s’échappait une délicieuse odeur.

 

« Non Castle je l’ai préparée pour Joan, c’est lui qui est malade, alors pas touche ! » le taquina Kate en se retenant de rire devant la mine déconfite de son partenaire.

 

Ravi que sa mère lui ait préparé de la soupe, Joan tendit une main impatiente vers le bol, salivant d’avance à l’idée d’y goûter. Il ne doutait pas qu’elle serait aussi bonne que celle qu’il avait l’habitude de manger. Mais alors qu’il ramenait le bol vers lui, il perdit son sourire et une expression déçue et dégoûtée éclaira son visage, et d’un geste dédaigneux il tendit le bol à son père.

 

« Tiens, je n’en veux pas, elle est pas faite comme MA mère le ferait ! » Ronchonna-t-il avant de se rallonger tournant le dos à Kate dont les yeux brillaient dangereusement.

 

« Joan ce n’est pas gentil, elle s’est donné beaucoup de mal pour toi ! » Le gronda Rick, peu satisfait du comportement de son fils.

 

« Ah oui et bien si elle était MA mère elle saurait comment je l’aime ! » Cracha-t-il en s’enfouissant un peu plus sous la couverture, ignorant les remontrances de son père.

 

« Joan, tu vas me faire le plaisir de t’excuser sur le champ ! » s’emporta Castle en voyant la peine que l’adolescent venait d’infliger à sa partenaire.

 

« Laissez tomber Castle, ça m’apprendra à vouloir être gentille ! » répliqua Kate en attrapant brusquement le bol dont le contenu flirta dangereusement avec les bords.

 

D’une démarche raidie par la colère, elle emporta le bol vers la cuisine, prête à en vider le contenu dans la casserole lorsqu’un flash de son enfance la frappa, la faisant légèrement vaciller. Posant le bol sur le comptoir, elle s’y appuya alors que ses souvenirs l’assaillaient. Comme si la scène se déroulait sous ses yeux, elle se revit enfant, blottie sous un épais édredon alors que sa mère cuisinait pour elle. L’odeur de la soupe raviva un peu plus ses souvenirs, et elle se rappela avoir repoussé le bol de soupe, refusant d’y goûter, reprochant à sa mère d’avoir oublié d’y mettre le plus important, l’élément indispensable à sa guérison aux yeux de l’enfant qu’elle était. Elle sourit en repensant à ce souvenir, et alors que son étourdissement passait, elle se redressa et sans vraiment y penser, encore perdue dans ce souvenir d’un passé heureux, elle entreprit d’ajouter ce qu’il manquait. Ce n’est qu’en mettant la touche finale à sa préparation qu’elle se rendit compte de la stupidité de son geste.

 

En fronçant les sourcils, elle fixa longuement le bol, se demandant pourquoi elle avait fait une telle chose. Autant qu’elle le sache, sa mère était la seule à préparer la soupe de cette façon. C’était un secret entre elles deux. Même son père n’en avait jamais rien su, ce qui avait rendu ce rituel encore plus précieux à ses yeux. Alors comment Joan pouvait-il avoir envie d’une telle chose ? Il allait encore lui rire au nez lorsqu’elle lui apporterait sa soupe. Pourtant, une part d’elle lui soufflait qu’elle avait eu raison, et que c’était exactement ce que Joan voulait et qui expliquait son refus. Agacée par ses tergiversations, elle mit la touche finale à ses ajouts et revint vers la tête de mule allongée dans le canapé, l’appelant d’une voix qu’elle espérait ferme alors qu’elle sentait son cœur battre la chamade à l’idée qu’il la repousse de nouveau.

 

« Et comme cela, c’est mieux ? » Demanda-t-elle en tendant le bol.

 

De mauvaise grâce, Joan daigna relever légèrement la tête et lança un regard méfiant vers le bol que lui tendait la jeune femme. Kate serra les dents, retenant une réplique acerbe, et Castle lui-même fronça les sourcils, trouvant que Joan exagérait vraiment. Mais soudain, le visage de l’adolescent s’illumina, et le regard empli d’excuses et d’amour qu’il adressa à Kate lui fit oublier sa colère. Surpris, l’écrivain laissa son regard passer de l’un à l’autre, tentant de comprendre ce qu’il venait de se passer, mais à l’odeur qui se dégageait doucement du bol, Kate n’avait rien changé à son contenu. Pourtant en voyant le choc et l’incrédulité se peindre sur le visage de sa muse, il comprit qu’elle avait bien fait quelque chose. Silencieux, il assistait à la scène, songeant une fois de plus qu’il aurait aimé pouvoir lire dans les pensées de la jeune femme qui paraissait lutter pour recouvrer son calme tant elle semblait troublée.

 

Et en effet, Kate était plus que perturbée, plus que jamais en proie à des interrogations de plus en plus nombreuses. Comment Joan avait-il su ? Comment pouvait-il connaître cette façon de faire propre à sa mère ? Et cette fois, il n’avait pas abordé ce point pour tenter de la convaincre. Non, il avait réagi comme l’aurait fait un enfant boudeur qui n’avait pas eu ce qu’il voulait. Sa réaction avait été spontanée et sincère. Il ne jouait pas la comédie, pas plus que le plaisir qu’elle venait de lui faire n’était surfait. Perdue dans ses pensées, elle l’observa saisir le bol avec empressement tout en se léchant les lèvres, et malgré elle, un sourire naquit sur ses propres lèvres alors qu’elle se rappelait faire la même chose lorsqu’elle était petite fille. Joan paraissait subjugué par ce qu’il avait sous les yeux, et les larmes d’émotion qui embuèrent son regard témoignaient de son bonheur. On aurait dit qu’elle venait de lui faire le plus beau cadeau au monde, et elle commençait à en être gênée, d’autant qu’elle percevait le regard interrogateur de Castle peser sur elle. Ce n’était qu’un bol de soupe, mais aux yeux de Joan, il s’agissait là de la meilleure preuve que malgré l’hostilité de la jeune femme, sa maman était bel et bien là, et il en était fou de joie.

 

Pinçant les lèvres dans une moue d’incompréhension face à la scène qui se jouait devant ses yeux, Castle se pencha vers Joan afin de voir ce qui le mettait dans un tel état d’émotion. Kate lui aurait dit qu’elle le croyait et qu’elle l’aimait qu’il n’aurait pas réagi autrement. Ce velouté était spécial, et il voulait savoir en quoi. Malgré le geste qu’esquissa Joan pour tenir son précieux repas loin des mains de son père, ce qui faillit faire rire Kate, il parvint à voir ce que sa muse avait fait, et il ne put retenir un sourire attendri. Encore une fois, elle venait de le surprendre, et il dut se faire violence pour ne pas se pencher pour l’embrasser. Pas sûr qu’elle aurait apprécié l’initiative. Se concentrant sur Joan, il examina avec plus d’attention l’œuvre de sa muse, souriant un peu plus en voyant avec quelle minutie elle avait œuvré. Il ignorait ce que cela signifiait réellement, mais de toute évidence, c’était important aux yeux de Joan, et par extension à ceux de Kate. D’ailleurs ne lui avait-elle pas dit qu’il s’agissait d’une recette qui lui venait de sa maman ? Et Castle savait bien que lorsque cela concernait la mère de la jeune femme, elle devenait tout de suite nostalgique et vulnérable.


madoka93  (06.11.2012 à 16:52)

Chapitre neuf partie 2

 

En souriant, Rick visualisa une mini Beckett enrhumée réclamant sa soupe spéciale à une Johanna pleine de patience. Et Rick comprit d’où venait le trouble de la jeune femme. Cette soupe était un secret entre sa mère et elle. Un secret dont personne n’avait connaissance. Et la seule façon pour que Joan le sache, était que Kate ait fait pour lui ce que Johanna faisait pour elle lorsqu’elle était enfant. Il s’agissait donc là d’une preuve irréfutable que Joan disait la vérité. Ne restait plus qu’à Kate de le reconnaître. En grimaçant, il observa Joan se saisir de sa cuillère avant d’hésiter à la plonger dans le bol, comme s’il ne voulait pas détruire le travail de sa mère, comme si cette soupe une fois mangée ne serait rien d’autre que ce qu’elle était vraiment, qu’en la mangeant, toute preuve que sa mère le croyait disparaîtrait comme neige au soleil. Amusé il observa de nouveau le bol de soupe. Kate avait fait griller des croûtons de pain qu’elle avait aillé. Elle en avait ensuite disposé deux gros pour faire des yeux puis des plus petits pour faire un contour de tête sur lesquels elle avait artistiquement déposé du gruyère sur ceux-ci pour imiter les cheveux. Elle avait ensuite dessiné à l’aide de crème fraîche le nez, la bouche souriante ainsi que le pourtour du visage.

 

Et alors que Joan dévorait sa soupe avec appétit Castle regarda sa partenaire avec un amour infini, touché par le sourire tendre qu’elle avait pour leur fils. Elle avait beau le nier autant qu’elle le pouvait elle sentait ce lien entre eux, indescriptible, ce lien qui déplaçait des montagnes, celui de l’amour entre une mère et son enfant. Rick le voyait dans son regard, et il savait que bientôt, elle se laisserait aller, comme elle l’avait fait avec lui, et il ne pouvait que s’en réjouir. Aussi choisit-il une fois encore de garder le silence, ne voulant pas gâcher l’instant par une taquinerie qui tomberait comme un cheveu sur la soupe et pousserait Kate à se retrancher en terrain miné, empêchant quiconque de l’approcher au risque de se faire atomiser. Un silence paisible uniquement brisé par les soupirs de satisfaction de Joan emplit la pièce, et Castle se cala dans son fauteuil, savourant cette soirée en famille, observant ces deux êtres qu’il aimait plus que tout au monde, ces deux êtres pour qui il donnerait sa vie, sa famille... L’idée le fit sourire un peu plus, et il se surprit à imaginer ce que serait sa vie si cela était réel. Mais en fait ça l’était. Kate était la femme de sa vie, et Joan leur fils. Ensemble ils étaient une famille, même s’ils ne l’étaient pas au sens traditionnel du terme, il ne tenait qu’à eux de le devenir, du moins à sa muse car lui, il n’attendait que cela pour la combler.

 

« Je peux en avoir encore s’il te plaît mam… s’il vous plaît lieutenant Beckett ? » demanda Joan en lançant un regard timide à Kate.

 

Du coin de l’œil, Castle la vit se raidir et il sut que c’était le fait que Joan l’ait appelé lieutenant Beckett qui l’avait blessé. Un sourire imperceptible étira ses lèvres lorsqu’elle se leva pour aller resservir l’adolescent, et il adressa un clin d’œil complice à son fils qui afficha un grand sourire goguenard. Visiblement lui non plus n’avait rien perdu de la réaction de sa mère et il semblait s’en réjouir.

 

« Ne tire pas trop sur la corde, elle risquerait de briser » lui souffla-t-il en se penchant vers lui pour poser une main sur son front afin de masquer leur conversation.

 

« Je sais, et je déteste lui faire de la peine, mais son entêtement ne me laisse pas d’autre option. » soupira Joan en posant un regard triste sur sa mère qui s’activait dans la cuisine.

 

Oui il se sentait minable d’agir ainsi, mais elle devait comprendre d’elle-même, comprendre ce lien entre eux, arrêter de nier en bloc, réaliser qu’elle se faisait plus de mal que de bien en agissant comme elle le faisait.

 

« Elle t’aime Joan, mais elle a appris de la plus cruelle des façons la souffrance qu’engendre la perte d’un être aimé, et depuis elle a du mal à s’ouvrir et à faire confiance » soupira Castle en suivant le regard de son fils

 

« Je sais papa, mais c’est dur d’être rejeté par celle qui m’a donné la vie » murmura l’adolescent. « Celle que j’aime le plus au monde. » Ajouta-t-il sur un ton à peine perceptible au point qu’il dut se pencher un peu pour l’entendre.

 

Castle savait ce que cela faisait de se faire rejeter par la femme que l’on aime mais n’osait imaginer ce que cela pouvait être pour son fils même s’il comprenait parfaitement ce qu’il pouvait ressentir.

 

« Je comprends mais Kate n’est pas encore ta mère. Elle le deviendra, mais pour le moment son esprit cartésien a du mal à accepter l’irrationalité des sentiments que tu lui inspires » déclara Castle en posant une main apaisante sur l’épaule de Joan.

 

« Comment sais-tu qu’elle tient à moi malgré son attitude ? » voulut savoir Joan qui ressentait le besoin d’être réconforté.

 

« Rien que cette soupe. Elle ne l’aurait pas faite pour n’importe qui.» expliqua-t-il en lançant un regard éloquent à Kate qui prenait soin de ne rien omettre dans sa préparation.

 

« Tu as raison. J’étais le seul pour qui elle la préparait quand j’étais enfant » sourit Joan en se redressant pour jeter un regard vers Kate.

 

« Je crois que je vais devoir attendre qu’elle dorme si je veux y goûter… » Se plaignit l’écrivain en affichant une moue boudeuse alors que Kate revenait vers eux.

 

Joan éclata de rire en avisant la mine renfrognée de son père, se mordant les lèvres pour tenter de réprimer ses rires, ce qui amena des larmes à ses paupières.

 

« Castle, il est malade et doit se reposer ! » le réprimanda Kate en roulant des yeux.

 

« Mais je n’ai rien fait ! » protesta l’écrivain d’un ton outré.

 

« Mais bien sûr. Vous êtes l’innocence incarnée » raya Kate en passant devant lui pour aller s’asseoir dans l’angle opposé du canapé.

 

« Absolument lieutenant, je suis une crème ! » rétorqua-t-il en adressant un sourire charmeur à sa partenaire.

 

« C’est surprenant qu’avec un ego aussi développé que le vôtre, vous arriviez encore à passer les portes ! » se moqua-t-elle en secouant doucement la tête.

 

« C’est simplement parce que tu sais comment le recadrer maman ! » lança Joan entre deux cuillères de soupe.

 

Kate se figea à ces mots, et la tête posée sur une main, le coude sur le dossier du canapé, posa un regard scrutateur sur Joan qui subit l’examen sans ciller. Inquiet, Castle attendit qu’elle attaque, qu’elle se mette en colère, mais elle resta là, plongée dans un silence spéculatif.

 

« Tu as fini ta soupe ? » finit-elle par demander lorsque Joan reposa son bol avec un soupir de pur contentement.

 

« Oui, elle était encore meilleure que dans mon souvenir. Probablement parce que la dernière fois tu étais pressée par le temps et que tu n’avais pas fait revenir les légumes à la poêle » déclara Joan en se lovant sous sa couverture.

 

« Peut-être…. » Répondit distraitement Kate.

 

Elle était à nouveau déstabilisée. Joan connaissait même la façon dont elle préparait sa soupe. Décidément, si ce jeune garçon mentait, il savait être convaincant, et ceux qui l’envoyaient avaient réalisé un travail de fourmi dans l’enquête qu’ils avaient menée sur elle. Perdue dans ses pensées, elle se mordilla pensivement la lèvre. Elle tentait de se raccrocher à ses convictions, aux faits, mais plus elle apprenait à connaître Joan, et plus son cœur lui criait de lui faire confiance, qu’il était bel et bien ce qu’il prétendait être, et plus le temps s’écoulait, plus, elle était tentée d’écouter cette petite voix entêtante, celle qui lui disait tu sais qu’il est ton fils, tu ne peux le nier.

 

Un mouvement sur sa gauche attira son attention, et elle tourna la tête pour voir Rick dans la cuisine, faisant la vaisselle tout en jetant des regards envieux à sa soupe qui continuait de mijoter à feux doux.

 

« Pas touche Castle. Rendez-vous utile puisque vous ne savez pas être agréable et montez Joan dans sa chambre, il sera mieux dans son lit » s’exclama-t-elle avec un plaisir non dissimulé en voyant Castle sursauter comme un gosse pris en faute.

 

«Mais j’ai pas sommeil » protesta Joan en étouffant un bâillement retentissant alors que ses yeux papillonnaient tout seuls, contredisant manifestement ses dires.

 

« Chef ! Oui chef ! » Approuva Rick en se figeant dans un salut impeccable.

 

« Grandissez un peu Castle » soupira Kate en secouant la tête excédée.

 

Se contentant d’un sourire effronté, Castle revint près du canapé et souleva Joan dans ses bras sous le regard attentif de Kate. En voyant les muscles de son partenaire jouer sous le tissu de sa chemise, elle se mordit la lèvre alors qu’une chaleur familière naissait au creux de ses reins. Dans un soupir discret, elle se leva et souplement passa devant Castle, effleurant son bras de sa poitrine, les faisant frémir à l’unisson. Elle le précéda dans l’escalier, et gagna la chambre de Joan, ouvrant le lit pour qu’il y dépose l’adolescent qui dormait déjà profondément.

 

« Je vais le mettre en pyjama » déclara Castle en commençant à le déshabiller avec des gestes efficaces et rapides.

 

« D’accord, je vous attends en bas » approuva Kate avant de quitter silencieusement la pièce.

 

Elle se retourna un instant, en regardant Castle et sourit devant le tableau qui s’offrait à elle, un tableau magnifique d’un père prenant soin de son enfant… Elle se secoua la tête et sortit de la chambre avec hâte. Lorsque Rick redescendit dix minutes plus tard, la table était mise pour deux personnes, et il sourit en constatant que Kate leur avait servi de la soupe dans des assiettes creuses. En souriant il la rejoignit au moment où elle revenait une corbeille pleine de croûtons dans une main.

 

« Je n’ai pas le droit au visage souriant moi ? » fit-il semblant de bouder en l’aidant à s’asseoir avant d’en faire autant.

 

« Vous n’avez pas été suffisamment sage pour ça Castle » répliqua-t-elle en commençant à manger de bon appétit faisant s’étirer de plus belle les lèvres de son partenaire.

 

Le repas se déroula dans la bonne humeur, et pour la première fois depuis le début de cette affaire, ils passèrent une soirée paisible. Castle flirta, elle le renvoya gentiment dans ses cordes tout en lui adressant un sourire séducteur qui faillit à plusieurs reprises le faire défaillir. Toujours en se taquinant, ils débarrassèrent la table puis vinrent s’installer sur le canapé, continuant à discuter à bâton rompu, comme l’aurait fait un vieux couple après une journée de travail.

 

« Vous savez ce qui serait vraiment cool ? » s’enquit-il alors qu’ils abordaient les enquêtes les plus étranges qu’ils aient eues.

 

« Non mais je sens que vous allez me le dire » déclara-t-elle avec un petit sourire indulgent, s’attendant déjà au pire.

 

« Et bien on a eu le droit à une momie, à une sorcière, à un esprit frappeur, à un super héros, à un vampire et son ennemi le loup-garou et enfin à un zombie. Je me disais qu’il ne manquait plus que les trolls ou encore les satyres ou même une sirène et nous aurions fait le tour de la foire aux monstres. » Expliqua Castle en s’animant.

 

« Castle, vous savez que ces créatures n’existent pas ? » souffla-t-elle en roulant des yeux, grimaçant en s’imaginant confrontée à un satyre.

 

« Hummm…. Dommage, je vous imagine bien en sirène » murmura rêveusement Castle.

 

« Continuez de rêver Castle, mais faites-le en silence ! » grogna Kate en se levant du canapé, tirant Castle de son fantasme.

 

« Où allez-vous ? » s’alarma-t-il, peu désireux de la voir le quitter.

 

« Au lit Castle, et vous feriez bien d’en faire autant » sourit-elle avant de se pencher pour déposer ses lèvres sur sa joue dans un geste spontané qui les prit tous deux au dépourvu.

 

Gênée, Kate se détourna rapidement et s’empressa de rejoindre la chambre de Rick avant que celui-ci ne recouvre ses esprits et ne sorte une blague douteuse.

 

« Bonne nuit Kate » entendit-elle au moment où elle refermait la porte.

 

Et le timbre délicieusement rauque de Castle faillit la faire rebrousser chemin pour passer le reste de la nuit dans les bras de son partenaire. Mais au prix d’un effort titanesque, elle poursuivit son chemin et se prépara pour la nuit. Elle savait reconnaître lorsqu’une bataille était perdue d’avance, et celle qu’elle menait contre elle-même l’était. Elle n’avait plus ni la force ni l’envie de résister plus longtemps à cette force d’attraction qui l’attirait inéluctablement vers son partenaire. Mais elle savait aussi que tant que cette histoire ne serait pas élucidée, elle ne devait pas encore s’ouvrir à lui. Maudissant le sort qui s’acharnait sur eux, elle se changea pour la nuit et s’allongea, souriant lorsque l’odeur boisée de son écrivain l’entoura. Elle adorait l’intimité que le fait de dormir dans sa chambre engendrait, même s’il n’était pas dans son lit avec elle. Mais ce n’était que partie remise, elle n’en était que trop consciente. Fermant les yeux dans un soupir d’aise, elle ne mit que quelques minutes à rejoindre les bras de Morphée, imaginant ceux de Castle autour d’elle.   

 

Dans un sursaut, Kate se redressa vivement, tous ses sens en alerte. La flic en elle avait perçu une menace, et elle s’était instantanément réveillée. Les sens aux aguets, elle écoutait les bruits de la nuit, cherchant à déterminer ce qui l’avait tiré de son sommeil. Mais seul le silence de la nuit se fit entendre, et elle se décida à quitter son lit, bien décidée à savoir si elle avait rêvé ou pas cette menace. Délaissant son arme, ne voulant pas courir le risque de tirer sur un membre de la famille Castle, elle se faufila dans le salon, et sourit en découvrant Rick profondément endormi sur le confortable canapé. Et immédiatement, elle se détendit. S’il y avait eu le moindre intrus, Castle ne dormirait pas comme un bienheureux. Elle avait encore dû faire un mauvais rêve, et c’était ce qui l’avait réveillé, la laissant avec une impression de danger au creux de l’estomac. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait, et ce ne serait très certainement pas la dernière. Un grognement attira son attention, et elle sourit en voyant Castle repousser sa couverture qui s’échoua à terre.

 

Doucement, sans faire de bruit, elle ramassa la fuyarde et la reposa sur le torse dénudé de son écrivain, frissonnant alors que sa main effleurait sa peau, le faisant soupirer dans son sommeil.

 

« Kate… » L’appela-t-il dans un marmonnement qui la fit se figer.

 

Inquiète d’avoir été prise en flagrant délit, elle cessa de respirer et lentement, elle s’écarta de lui. Ce n’est que lorsque ses pieds heurtèrent les marches de l’escalier et que ses poumons la brûlèrent, qu’elle s’autorisa enfin à accueillir à nouveau de l’air dans son corps, et elle se maudit de sa réaction. Elle ne faisait rien de mal pour l’amour du ciel, et être prise en train d’avoir un geste tendre pour Castle n’aurait pas été la fin du monde. Au pire, elle lui aurait hurlé dessus en le menaçant des pires sévices pour faire diversion. Agacée de se comporter comme une adolescente boutonneuse qui découvrait les premiers émois amoureux, elle lança un regard noir à celui qui parvenait à la mettre dans un tel état, même endormi. Bien éveillée à présent, elle hésita à rejoindre sa chambre pour se recoucher lorsque son regard se posa sur les escaliers. Maintenant qu’elle était là, elle décida de monter voir comment allait Joan. Même si elle préfèrerait être crucifiée sur place plutôt que de le reconnaître ouvertement, elle était inquiète pour lui.

 

Elle sentait que son état n’était pas normal, et elle voulait s’assurer que sa fièvre avait chuté. Dans le cas contraire, elle en profiterait pour lui faire avaler une nouvelle dose de médicaments. Cela faisait largement plus de trois heures qu’il n’en avait pas pris, et Lanie lui avait bien recommandé de lui en administrer jusqu’à disparition totale de la fièvre. S’accrochant à cette idée pour ne pas faire demi-tour, après tout elle était responsable de lui et devait veiller à ce qu’il prenne ses cachets correctement, elle gagna la chambre de Joan dans laquelle elle pénétra avec une discrétion impressionnante. Et elle comprit qu’elle avait bien fait de venir en voyant le lit ravagé par les mouvements convulsifs de l’adolescent. Il s’agitait dans son sommeil, visiblement sous l’emprise d’une forte fièvre, ses gémissements plaintifs la mirent en alerte. Sans plus se poser de question, elle s’approcha vivement de lui, et étouffa un juron en constatant qu’il était à nouveau brûlant comme un four. Avec des gestes efficaces et rapides, elle attrapa le paracétamol et tenta de faire avaler les cachets à Joan qui se débattit faiblement, détournant la tête chaque fois qu’elle tentait de lui faire prendre les comprimés.

 

« Allez mon cœur, tu dois les prendre, tu te sentiras mieux après » souffla-t-elle en lui écartant tendrement les quelques mèches qui s’étaient collées à son front trempé de sueur.       

 

« Maman…. Maman… » L’appela Joan dans un faible râle alors qu’il consentait enfin à prendre les médicaments.

 

« Je suis là, repose-toi » soupira-t-elle en le rallongeant contre ses oreillers humides.

 

En fronçant les sourcils, elle constata qu’il était trempé et qu’elle ne pouvait pas le laisser passer la nuit ainsi, sinon cela empirerait son état lorsque la fièvre retomberait et que la fraîcheur du matin envahirait l’espace. Alors avec les mêmes gestes précis et rapides, elle se rua dans la salle de bain, revenant avec un gant humide et une serviette, puis ouvrant l’armoire, elle en sortit un T-shirt propre ainsi que de nouveaux draps. Aussi rapidement que possible et en parvenant à ne pas réveiller Joan malgré le fait qu’elle dut le déplacer au fur et à mesure qu’elle changeait la literie comme l’aurait fait une aide-soignante dans un hôpital pour changer les draps d’un malade alité, elle réussit à accomplir sa tâche. Une fois les draps souillés roulés en boule au pied du lit, elle s’empressa de rafraîchir Joan avant de lui enfiler le T-shirt propre. Et enfin, elle le borda soigneusement, satisfaite de constater qu’il était déjà bien moins agité.

 

« Je t’aime maman… » Marmonna Joan en lui attrapant la main qu’elle avait laissée se perdre sur le visage du jeune homme.

 

Sentant une vive émotion l’étreindre, Kate se pencha vers lui et délicatement, lui déposa un tendre baiser sur le front. Se redressant, un sourire étira ses lèvres en constatant que Joan souriait, de ce sourire heureux et confiant qu’arborent parfois les enfants lorsqu’ils se sentent en totale sécurité. Dans une dernière précaution, elle remonta la couette, caressa la joue de Joan avant de s’écarter, consciente qu’elle n’avait plus d’excuse pour rester plus longtemps à ses côtés sans paraître suspecte. Mais alors qu’elle se détournait pour regagner la porte, un gémissement se fit entendre, et instantanément, elle posa un regard inquiet sur l’adolescent qui s’agitait de nouveau, comme s’il avait eu conscience de son éloignement.

 

« Maman… reste… » Marmonna-t-il dans son sommeil.

 

Se mordillant la lèvre, Kate pesa le pour et le contre. Si elle le laissait, il risquait de faire un nouvel accès de fièvre, et elle culpabiliserait de ne pas être restée à ses côtés pour veiller sur lui. Après tout, il était sous sa responsabilité, elle avait donc encore une fois le devoir de veiller sur lui. Sans plus hésiter, elle fit le tour du lit et s’adossa au montant, avant de finalement s’allonger sur le flanc, son bras droit soutenant sa tête alors que de sa propre initiative, sa main gauche recommença ses caresses apaisantes dans les cheveux de Joan. Comme par magie, il se calma instantanément, et le silence emplit à nouveau la chambre.


madoka93  (06.11.2012 à 18:05)

Chapitre 10 :

 

4 Jours 20 heures et 50 secondes avant retour vers le futur.

 

Lentement, elle inséra sa clé dans la serrure et déverrouilla la porte du loft, veillant à faire le moins de bruit possible. La veille, elle avait prévenu son père qu’elle rentrerait tard, prétextant une soirée entre filles avec ses amies qu’elle ne voyait plus autant qu’avant. Ça n’avait pas été un mensonge à proprement parler, puisqu’elle les avait effectivement rejointes en début de soirée, mais elles s’étaient rapidement séparées, et elle avait passé le reste de la nuit à la bibliothèque. Tout ça parce qu’elle ne voulait pas se retrouver dans la même pièce que le lieutenant Beckett. Pas avant d’avoir réfléchi à ce que Joan lui avait appris. Elle avait encore du mal à réaliser que ce garçon venu d’un autre temps soit son frère, et encore plus que sa mère soit cette femme qui pour le moment faisait tant souffrir son père. Mais elle savait que Joan ne mentait pas, et cela l’obligeait à revoir sa position. Elle adorait Kate, elle était assez mature pour le reconnaître, mais elle lui en voulait tellement d’agir ainsi.

 

D’autant qu’elle ne comprenait pas un tel comportement alors qu’il était évident qu’elle aimait aussi son père. Les piques qu’elle lui avait lancées ne l’aurait pas autant atteinte si cela n’avait pas été le cas. Alors elle s’était isolée, fuyant les lieux du crime afin de ne pas se laisser à nouveau envahir par sa frustration et sa rancœur. D’autant qu’en agissant comme elle le faisait, son père et Joan souffraient également. Le calme de la bibliothèque lui avait permis de faire le point, et elle en était arrivée à la conclusion que Joan avait raison. Elles devaient discuter, et la jeune fille avait conscience que c’était à elle de provoquer la confrontation. Non pas que le lieutenant Beckett était du genre à fuir, mais après la façon dont elle s’était conduite, elle devait s’imaginer qu’elle ne voulait rien avoir à faire avec elle. C’est donc résolument qu’elle avait quitté son refuge pour rejoindre le loft, ne prenant conscience de l’heure tardive qu’une fois dans la rue faiblement éclairée par les réverbères.

 

Peu rassurée d’être dehors à une heure pareille, elle s’était empressée de monter dans un taxi qui l’avait rapidement conduit chez elle. Dans le hall de l’immeuble, le gardien l’avait saluée, quelque peu surpris de la voir rentrer à une heure pareille, mais se dispensant de tout commentaire. Dans l’ascenseur, elle avait senti une boule se former dans son estomac, et ses mains s’étaient mises à trembler. Cette réaction épidermique était d’autant plus ridicule qu’elle avait conscience que tout le monde devait déjà être au lit. Mais l’idée de la discussion animée qui se profilait l’angoissait terriblement. Parce qu’elle avait pris conscience que rien n’obligeait le lieutenant Beckett à l’écouter et à lui pardonner ses agissements. Que ferait-elle si après qu’elles se soient expliquées, la jeune femme refusait ses excuses ? Que se passerait-il si elle l’avait définitivement perdue ? Elle réalisait qu’elle avait eu un comportement d’enfant gâtée et que même si sa colère était justifiée, ses actes, eux, ne l’avaient pas été.

 

Déglutissant avec difficulté, elle referma la porte derrière elle, et sourit en découvrant son père profondément endormi sur le sofa, un léger sourire sur les lèvres. Instinctivement, ses yeux se posèrent sur la porte de la chambre, et avant d’en prendre conscience, elle fit quelques pas dans cette direction. Mais elle s’immobilisa soudain, sachant qu’elle ne pouvait pas aller réveiller le lieutenant Beckett au beau milieu de la nuit simplement parce qu’elle avait besoin de lui parler. D’autant que la jeune détective dormait armée si elle en croyait les menaces qu’elle ne cessait d’adresser à son père, et elle n’avait définitivement pas envie de se retrouver avec le canon froid de son glock collé sur le front. Faisant demi-tour, Alexis s’empressa de regagner sa chambre mais alors qu’elle passait devant la chambre de Joan, elle fut surprise de voir la porte entrouverte. La nuit dernière, l’adolescent s’était barricadé dans sa chambre, et elle trouvait étrange qu’il n’ait pas renouvelé le processus cette nuit.

 

Inquiète qu’il lui soit arrivé quelque chose, elle poussa doucement le battant afin de faire le moins de bruit possible, et se figea devant le spectacle qui s’offrait à elle. Incrédule, ses yeux se posèrent tour à tour sur les draps roulés en boule au pied du lit, sur le gant abandonné à même la moquette près d’un T-Shirt froissé, sur les médicaments et le verre d’eau posés sur la table de nuit, et enfin sur les occupants du lit. La respiration de Joan était quelque peu hachée, et il frissonnait légèrement, signe qu’il avait de la fièvre. Mais ce qui la surprenait le plus, c’était la présence du lieutenant Beckett.  Celle-ci dormait paisiblement près de Joan, un bras sous l’oreiller et le second près de la tête de l’adolescent dont le visage était tourné vers elle.  Comme si elle était consciente d’être observée, elle s’agita et s’écarta de Joan qui à son tour remua, se rapprochant d’elle en ronchonnant. Et sous les yeux écarquillés d’Alexis, la main de la jeune femme avança vers Joan et se mit à lui caresser les cheveux.

 

Pensant que Joan avait dû la réveiller, Alexis s’apprêta à justifier sa présence dans la pièce, mais force fut de constater que la policière dormait toujours. Elle avait agi instinctivement, et en souriant Alexis songea que c’était probablement ce que l’on appelait l’instinct maternel. Attendrie par la scène, elle ne résista pas à l’envie de prendre une photo de ce moment touchant. Elle immortalisa l’instant au moment où Joan soupira de contentement et s’approcha un peu plus de sa mère, comme attiré par un aimant, venant nicher sa tête dans le cou de Kate qui l’enlaça machinalement. La scène aurait pu porter à confusion, mais une telle tendresse, une telle complicité se dégageait de ces deux-là que le lien qui les unissait ne faisait aucun doute. Une mère et son enfant tendrement enlacés dans les bras de l’autre, l’amour entre une mère et son fils. De peur de troubler leur sommeil, elle quitta la chambre, prenant soin de fermer la porte derrière elle, sans faire aucun bruit.

 

Nul doute que le lieutenant Beckett préfèrerait que ce « moment de faiblesse » ne soit pas connu des autres membres de sa famille, son père en particulier. Mais après avoir été le témoin involontaire de cet instant privilégié, Alexis était plus que jamais déterminée à mettre les choses à plat avec le lieutenant Beckett et à retrouver cette relation privilégiée qui s’était tissée entre elles au fil du temps et qui lui manquait si cruellement. Et l’espace de quelques secondes, elle envia son frère qui profitait de la tendresse de la jeune femme, même s’il n’en était pas réellement conscient. Elle n’avait pas vraiment eu droit à la tendresse d’une mère, du moins une qui la veille lorsqu’elle était malade, une qui l’accueille dans son lit lorsqu’elle faisait des cauchemars, non, elle n’avait pas eu cela mais son père avait fait office de mère même si cela n’était pas pareil mais au final pour Joan, c’était fantastique que même à son âge sa mère veille sur lui quoi qu’elle en dise.

 

Lorsque Kate était entrée dans leur vie, et qu’elle en était peu à peu devenue un des piliers, elle avait découvert ce que cela faisait d’avoir quelqu’un en dehors de son père pour s’inquiéter pour elle. Bien sûr, il y avait sa mère. Une mère pour qui sa carrière était plus importante que sa propre fille et qui compensait à coup de journée shopping. Puis il y avait eu Gina, mais elle aussi ne savait pas vraiment quoi faire d’elle, et n’avait cherché à se rapprocher de l’enfant qu’elle avait été uniquement pour plaire à son père. Mais Kate n’était pas comme ça. En fait, son père n’était pas au courant de ces moments qu’elles avaient passés ensemble, apprenant à se connaître, et au cours desquels Alexis s’était confiée et avait trouvé une oreille attentive pour recueillir ses problèmes d’adolescentes. Oui, Kate était devenue la référence féminine de sa vie, et elle ne voulait pas que cela change. Kate n’était pas sa mère, mais c’était mieux comme ça. Elle était son amie, et elle voulait qu’elle le redevienne, elle voulait à nouveau pouvoir discuter à cœur ouvert avec elle.

 

Kate n’avait pas su gérer sa relation avec son père, mais ce n’était pas une raison pour s’éloigner d’elle. Elle avait été stupide de prendre partie, d’autant qu’elle savait que son père ne lui aurait pas reproché son affection pour sa partenaire. Au contraire. Kate était la seule femme qu’il n’ait jamais laissée faire partie de sa vie, et rien que ce point aurait dû lui ouvrir les yeux. Alors c’était à elle de réparer leur relation, de faire le premier pas vers la voie de la guérison. Ce ne serait pas facile, mais elle le ferait, autant pour elle que pour Kate. Elles en avaient toutes deux besoin. En soupirant, elle gagna enfin sa chambre et c’est le cœur empli d’espoir qu’elle s’endormit, priant pour que la journée de demain chasse définitivement les nuages qui obscurcissaient depuis bien trop longtemps le ciel de sa paisible existence. C’est sur cette pensée pleine d’espoir qu’elle laissa le sommeil l’entraîner dans une inconscience bienheureuse.

 

Ce fut donc dans un calme absolu et serein que le soleil pénétra subrepticement dans ce loft new-yorkais. Ses pâles rayons s’étendaient paresseusement sur le sol, comme s’il hésitait à déranger les occupants des lieux. Une valse ensoleillée débuta alors, et après quelques tourbillons, une chaude caresse réveilla doucement Kate qui s’étira dans son lit avant de sursauter en sentant une présence à ses côtés. Fronçant les sourcils, elle tourna la tête pour découvrir Joan, une expression enfantine sur le visage, et un soupir de soulagement lui échappa. L’espace d’un instant, elle avait cru qu’elle avait passé la nuit avec Castle et qu’elle n’en avait gardé aucun souvenir. S’asseyant prudemment afin de ne pas réveiller l’adolescent, elle se passa une main sur le visage avant de repousser ses cheveux en arrière et l’étudia attentivement. Ses joues avaient repris des couleurs, et sa fièvre semblait avoir disparu pendant la nuit.

 

Rassurée, elle quitta le lit, peu désireuse de devoir expliquer la raison de sa présence ici. Mais avant de sortir de la chambre, elle fit disparaître toutes traces de son passage. Elle n’avait pas honte de ce qu’elle avait fait, mais elle n’avait aucune envie d’essuyer les blagues douteuses de son partenaire. Elle ne savait que trop bien où cela les mènerait. Il la taquinerait, la poussant à bout, elle s’énerverait, et cela se terminerait par une dispute. Et elle ne voulait pas de ça. Elle en avait assez de voir sa vie tourner en rond sans jamais mener nulle part. Il était temps de mettre un terme à cette danse répétitive et lassante et d’en commencer une nouvelle au tempo plus emporté et fun. Et quel meilleur partenaire pour cela que son exaspérant écrivain ? En souriant, elle rejoignit le salon et se figea une nouvelle fois devant le spectacle envoûtant que lui offrait l’homme qui avait su apprivoiser son cœur avec la dextérité d’un dompteur.

 

Il connaissait ses peurs les plus profondes, ses blessures les plus secrètes, cette part d’ombre qu’elle ne dévoilait jamais, mais aussi sa part de vulnérabilité, et malgré cela il restait à ses côtés. Il était le partenaire qui lui manquait, celui qui avait rendu son équilibre à son existence, et elle commençait tout doucement à l’accepter. Elle se savait dépendante de lui, de cette relation spéciale et unique qui s’était tissée entre eux, et elle avait horreur de ça, et pourtant elle adorait ça. Parce qu’elle savait qu’avec Castle, ce n’était pas que du vent, qu’il ne lui promettait pas de répondre présent chaque fois qu’elle aurait besoin de lui dans le seul but de la mettre dans son lit. Elle était assez lucide pour savoir que si ça n’avait été que ça, il aurait tiré sa révérence depuis longtemps. Non, il attendait bien plus de leur relation, et cela la rendait heureuse, parce qu’elle éprouvait pour lui des sentiments si profonds qu’ils la terrifiaient, mais en même temps la rendaient plus forte.

 

Cette ambivalence des sentiments la perturbait un peu, mais elle en avait assez de lutter contre l’évidence. Et alors qu’elle l’observait, souriant de le voir si détendu, la même expression enfantine que Joan sur le visage, elle sut que son combat arrivait à son terme. Avec un sourire, ragaillardie par cette pensée, elle gagna la cuisine. En chantonnant doucement, ce qui la fit rire, se moquant d’elle-même, elle s’attela à la préparation du petit-déjeuner. Bien vite, une délicieuse odeur de bacon, d’œufs brouillés et de café envahit le loft, réveillant ses habitants plus efficacement que les rayons du soleil. En entendant des pas au-dessus de sa tête, elle cessa instantanément de chanter, reprenant une apparence un peu plus sérieuse.

 

« Vous chantez comme un rossignol lieutenant, vous devriez le faire plus souvent ! » retentit alors la voix de baryton de son écrivain.

 

« La ferme Castle ! » le salua-t-elle, mécontente d’avoir été prise sur le fait.

 

« Bonjour à vous aussi rayon de soleil ! » la taquina-t-il en se levant.

 

Du coin de l’œil, elle l’observa s’étirer, tous ses muscles roulant sous sa peau ferme et bronzée. Fascinée, elle se passa une langue gourmande sur les lèvres, sentant un appétit vorace s’emparer d’elle qui n’avait rien à voir avec les aliments qu’elle préparait.

 

« Arrêtez de baver sur mon corps d’apollon Kate, ça devient gênant » s’exclama-t-il gaiement en venant s’asseoir sur un tabouret.

 

« Je vous en prie Castle, vous êtes loin d’avoir un corps de dieu grec » se moqua-t-elle en roulant des yeux.

 

« Peut-être bien, mais mon corps vous fait envie lieutenant » insista-t-il en la défiant du regard, posant sa tête dans ses mains, un sourire coquin sur les lèvres.

 

« Vous avez raison Castle, je meurs d’envie de vous sauter dessus pour ravager votre corps ! » le provoqua-t-elle en se penchant vers lui jusqu’à ce que leur nez se frôlent.

 

« Vraiment ? » déglutit-il difficilement en plongeant son regard dans celui hypnotisant de sa partenaire.

 

« Non ! » le remit-elle à sa place avant de s’éloigner.

 

De peur qu’il ne voie dans son regard qu’elle venait de proférer un beau mensonge, elle se détourna et machinalement tourna le bouton du gaz tout en réfléchissant à ce qui venait de se passer. Encore une fois elle venait de laisser passer une occasion en or de faire avancer les choses. Mais prise dans leur petite joute si bien rodée, elle n’avait pas résisté au plaisir de le renvoyer dans ses cordes. C’était stupide alors qu’elle avait décidé d’avancer, mais c’était plus fort qu’elle. Elle allait vraiment devoir se surveiller, parce qu’à ce rythme-là, ils en seraient encore à se tourner autour comme deux indécis. Un marmonnement la ramena sur terre, et elle approcha l’allumette du feu, oubliant qu’elle avait trop tardée. Et la sentence fut sans appel, dans une petite explosion, le gaz libéré s’embrasa et une immense flamme s’éleva, obligeant Kate à faire un bond prodigieux pour éviter les feux de l’Enfer qui venaient soudainement d’investir la cuisine.

 

« Dites donc lieutenant, ce n’est pas parce que votre précédent appartement est parti en flammes qu’il faut faire brûler celui des autres ! » entendit-elle Castle remarquer tout près de son oreille avec un mélange de taquinerie et d’inquiétude.

 

« La ferme Castle, et si vous voulez tout savoir, je faisais une petite expérimentation » grogna-t-elle, soulagée de ne pas avoir été touchée par la flamme.

 

« Oh vraiment ? » s’amusa-t-il sans tenir compte du regard noir qu’elle dardait sur lui.

 

« Absolument. Je voulais savoir combien de temps il me faudrait pour immoler un certain écrivain par le feu » expliqua-t-elle avec une froide assurance.

 

Déglutissant difficilement, Castle jugea plus prudent de ne plus rien répliquer, de peur qu’elle ne mette cette nouvelle menace à exécution. Kate de son côté afficha son plus beau sourire sadique en avisant la mine défaite de son partenaire. C’était si facile de lui faire perdre toute sa superbe que c’était un petit jeu dont elle ne se lasserait jamais. Castle surprit son sourire et se détendit légèrement, conscient qu’une fois encore il était tombé tête dans son piège, et il secoua la tête alors qu’elle arborait cette expression qu’il connaissait bien. Celle qui signifiait « alors qui rigole à présent ? », le tout agrémenté d’un sourcil arqué de façon impertinente. Il adorait lorsqu’elle était comme ça, insouciante et provocante, même s’il préférait lorsqu’il n’était pas le dindon de la farce. Enfin que ne supporterait-il pas pour la voir aussi détendue et souriante qu’en cet instant ?

 

« Hilarant lieutenant vraiment. Vous auriez dû devenir comique plutôt que flic, vous auriez fait un tabac ! » Marmonna-t-il en arborant une mine faussement outrée.

 

« Vous n’y pensez pas Castle ! Si je n’étais pas flic, nos chemins ne se seraient jamais croisés ! » Rétorqua-t-elle avec un sourire tendrement mutin avant de retourner à ses fourneaux.  

 

« Quand je vous dit que c’est le Destin qui nous a réuni ! » s’enthousiasma Castle en la couvant d’un tendre regard.

 

« Le Destin, la chance, appelez ça comme vous voulez Castle » lui sourit-elle en remplissant l’assiette qu’il avait devant lui au moment où des pas se faisaient entendre dans l’escalier.

 

« Ça va papa ? » s’enquit Alexis en venant embrasser son père qui semblait figé sur place, une expression de joyeuse incrédulité plaquée sur le visage.

 

« Hum ? » marmonna-t-il en posant un regard absent sur sa fille avant de se reprendre en entendant le rire étouffé de Kate « Je vais bien Pumpkin et toi ? Tu as passé une bonne soirée avec tes amies ? » Voulut-il savoir en rendant enfin son étreinte à la jeune fille.

 

« C’était agréable de les revoir, mais je me rends compte que nous n’avons plus les même attentes. Elles ne pensent qu’à faire la fête ! » Soupira Alexis en une grimace éloquente.

 

« Je reconnais bien là ma petite fille ! » sourit Castle avant d’ajouter « Mais tu devrais faire comme elles et t’amuser aussi, profites-en tant que tu es jeune ! »

 

« Laissez-la tranquille Castle, et puis si elle fait comme vous, elle continuera à faire la fête dans vingt ans ! » se moqua Kate en lançant un regard moqueur à son partenaire.

 

« Vous êtes jalouse parce que je sais m’amuser moi, pas comme certaines personnes de ma connaissance » répliqua-t-il en prenant un petit air supérieur qui donna envie à Kate de lui tordre le cou mais en même temps de l’embrasser.

 

« Vous n’avez aucune idée d’à quel point je sais m’amuser Castle ! » rétorqua-t-elle en se mordillant sensuellement la lèvre.

 

« Mais je ne demande qu’à voir lieutenant ! » assura-t-il en plantant son regard dans le sien.

 

Alors qu’une discussion silencieuse s’engageait entre eux, Alexis avait assisté à l’échange en silence, et elle sourit en voyant le lieutenant Beckett répondre aux avances de son père. Evidemment, ils se parlaient par l’intermédiaire de sous-entendus, mais il était évident qu’ils flirtaient. Et pour une fois, la jeune flic ne s’était pas dérobée. Déjà lorsqu’elle était descendue, elle avait eu l’impression d’interrompre quelque chose, mais finalement sa présence ne les perturbait pas plus que ça. Mais s’ils continuaient comme ça, ils allaient finir par se sauter dessus au milieu de la cuisine, et ce serait embarrassant pour tout le monde, elle la première.  

 

« Ca sent drôlement bon, qu’est-ce qu’on mange ? » s’exclama-t-elle donc pour attirer l’attention des deux adultes sur elle.

 

Au son de sa voix, Kate détourna vivement le regard, et pour cacher sa gêne, s’empressa de reporter son attention sur ses poêles. Castle quant à lui leva les yeux au ciel en maudissant le sort qui s’acharnait contre lui. Il adorait sa mère et sa fille, mais par moment elles avaient vraiment le chic pour se manifester au plus mauvais moment.

 

« Kate a préparé des œufs brouillés et du bacon » répondit-il à sa fille avec un petit sourire crispé.

 

« C’est maman qui a préparé le petit déjeuner ? » s’enthousiasma Joan en venant les rejoindre.

 

« Oui, et si c’est aussi bon que ça en a l’air, on va se régaler » approuva Alexis qui accueillit avec un grand sourire l’assiette que Kate venait de déposer devant elle.

 

En riant, Joan embrassa tour à tour son père et sa sœur, puis faisant le tour du comptoir, vint serrer Kate dans ses bras. D’abord surprise, Elle hésita quelques instants, puis l’étreignit à son tour dans un mouvement maladroit qui tira un sourire attendri à son partenaire qui observait l’échange avec attention.

 

« Bonjour maman » sourit Joan en lui déposant un baiser sur la joue avant de venir s’asseoir près d’Alexis.

 

« Euh… bonjour… » Souffla-t-elle en roulant des yeux, renonçant à lui rappeler qu’il ne devait pas l’appeler maman, avant de s’enquérir « tu as faim ? »

 

« Pas vraiment. Je vais me contenter d’un café » déclara l’adolescent en tendant la main vers la cafetière.

 

« Sûrement pas jeune homme. Tu as été malade toute la nuit, tu as besoin de prendre des forces » rétorqua-t-elle en lui servant d’autorité une assiette bien garnie.

 

« Mais je n’ai pas faim ! » protesta Joan en lançant un regard implorant à son père.

 

« Désolé fils, mais il faut savoir choisir ses batailles, et celle-ci est perdue d’avance ! » déclara l’écrivain en attrapant sa fourchette sous le regard implacable de sa partenaire.

 

« Mangez tous les deux ! » les rappela-t-elle à l’ordre en croisant les bras, se campant fermement sur ses pieds, une louche à la main. 

 

« Oui m’dame » répondirent-ils en cœur avant de vider leurs assiettes.

 

Satisfaite, Kate se servit à son tour et vint s’installer près de son partenaire qui ne pouvait s’empêcher de lui adresser de petits sourires narquois et triomphants.

 

« La ferme Castle ! » maugréa-t-elle en dissimulant son propre sourire derrière le rideau de ses cheveux.

 

Le reste du petit-déjeuner se passa dans un silence paisible, et lorsque les assiettes furent vides, Kate se leva pour débarrasser, mais Castle posa une main sur son bras, la stoppant dans son élan.

 

« Laissez, je m’en charge. Allez prendre votre douche, si vous voulez » déclara-t-il en lui retirant son assiette des mains.

 

« Merci Castle » lui sourit-elle, consciente qu’en cet instant ils avaient tout de la famille modèle.

 

« Je vous y accompagnerais bien, mais je tiens à la vie alors je vais me contenter de faire marcher mon imagination » souffla-t-il en se penchant pour lui murmurer cette provocation à l’oreille.

 

« Dommage Rick, je n’aurais pas été contre un peu de compagnie » répliqua-t-elle dans un murmure en laissant ses lèvres caresser le lobe de son oreille.

 

« Gosh… » Lâcha Rick en l’observant avec de grands yeux écarquillés.

 

Que venait-elle de sous-entendre à l’instant ? Qu’elle ne serait pas contre une douche crapuleuse avec lui ? La fièvre de Joan avait dû le contaminer et à présent il avait des hallucinations auditives. Dans tous les cas, le regard mutin et la démarche féline de sa partenaire alors qu’elle se dirigeait vers sa chambre, faisait monter sa température et la fièvre qui s’emparait du corps de l’écrivain n’avait rien à voir avec un quelconque virus.

 

 

 

 

 

 

     

 

 


madoka93  (06.11.2012 à 21:35)

Chapitre 11 :

 

Amusée par sa réaction, Kate s‘éloigna de lui en le frôlant, et gagna la chambre de Castle, sentant le regard de son partenaire peser sur elle. Se mordant la lèvre, elle se retint de se retourner pour l’inviter à la suivre à nouveau mais ils n’étaient pas seuls, et si jamais ils entraient ensemble dans cette chambre, ils n’en ressortiraient pas avant de très longues heures. Or elle ne devait pas oublier qu’elle avait une enquête à mener. Une enquête qui concernait le Dragon si elle en croyait le peu d’informations révélées par Joan. Une fois que cette affaire serait réglée, elle prendrait quelques jours de repos et proposerait à Castle de partir quelque part pour qu’ils puissent discuter loin de toutes perturbations, discuter et plus si affinités et affinités il y avait. Souriant à cette idée, elle s’empressa de se préparer avant de retourner dans le salon dans lequel seule Alexis se trouvait. Etre seule avec l’adolescente la mit mal-à-l’aise, mais elle décida de faire comme si de rien n’était. D’une démarche faussement décontractée, elle vint s’asseoir sur le divan, laissant son regard se perdre sur la ville qui ne dormait jamais.

 

« Lieutenant Beckett ? » l’interpella Alexis d’une voix légèrement incertaine.

 

« Oui Alexis ? » s’enquit-elle en posant son regard sur elle, notant la nervosité de la jeune fille.

 

« Est-ce qu’on pourrait déjeuner ensemble ? Je crois que nous avons besoin de discuter toutes les deux » se lança l’adolescente en plongeant un regard déterminé dans le sien.

 

« Où veux-tu que nous nous retrouvions ? » demanda-t-elle après quelques instants de réflexion.

 

« Chez Remy’s ? » proposa-t-elle sachant que Kate se sentirait plus à l’aise en terrain connu.

 

« D’accord, on se retrouve là-bas vers 13h ? » approuva Kate en adressant un sourire timide à la fille de son partenaire.

 

« J’y serai » acquiesça Alexis en lui retournant son sourire.

 

Sur un dernier sourire, l’adolescente attrapa son sac et partit pour la morgue, laissant une détective songeuse derrière elle. Kate savait parfaitement pourquoi Alexis voulait lui parler, et bien qu’elle sache que cette discussion était une bonne chose, elle en craignait malgré tout les répercussions. Elle avait peur que la jeune fille ne lui demande de laisser son père tranquille car elle le voyait malheureux à cause d’elle.  Et elle ne pourrait pas l’en blâmer. Alexis et Castle entretenaient une relation fusionnelle, et la jeune femme savait pertinemment que Castle ne pouvait rien cacher à sa perspicace de fille, et surtout qu’il n’en avait aucune envie. Il ne lui avait peut-être pas tout raconté en détail, mais Alexis devait en savoir suffisamment pour  la maudire sur plusieurs générations. Oui, l’adolescente aurait toutes les raisons du monde de lui demander de sortir de leur vie, de disparaître avant de faire trop de dégâts. Elle avait déjà eu cette désagréable impression lors de la prise d’otage, lorsque l’adolescente s’était défoulée sur elle, et encore aujourd’hui, elle se demandait si elle avait atteint les limites de la jeune fille. 

 

Elle secoua la tête, songeant que jamais Alexis ne ferait ça. Mais si elle voulait que les choses évoluent avec Castle, et Dieu seul savait combien elle le voulait, elle allait devoir mettre les choses au point avec Alexis. Et elle devait reconnaître que la relation qu’elles avaient nouée indépendamment de celle qu’elle entretenait avec son partenaire lui manquait. Songeuse, elle déroula dans sa tête l’interrogatoire que lui ferait subir la jeune fille et arriva à la conclusion que la seule façon d’y échapper était d’anticiper et de s’expliquer d’elle-même. Elle n’aimait pas se confier, mais cette fois, elle ne se déroberait pas. Parler à Alexis lui permettrait de mettre ses idées en ordre pour Castle. Une sorte de dernière répétition avant le grand soir. Des rires la tirèrent de ses pensées, et tournant la tête vers les escaliers, elle découvrit Castle, un bras enroulé autour du cou de Joan, ébouriffant les cheveux de celui-ci. 

 

« Castle, arrêtez vos enfantillages, nous devons discuter » déclara-t-elle fermement, même si elle ne put s’empêcher de sourire devant la scène touchante qu’elle avait sous les yeux.

 

« Pourquoi est-ce que c’est moi qui me fait toujours gronder ? » bouda-t-il en venant s’asseoir à ses côtés.

 

« Parce que la plupart du temps vous êtes le déclencheur des catastrophes ? » proposa-t-elle en levant les yeux au ciel.

 

« Vous avez des preuves de ce que vous avancez lieutenant Beckett ? » demanda-t-il, une lueur rieuse au fond des yeux.

 

« Etes-vous sûr de vouloir m’entraîner sur ce terrain maintenant Castle ? » voulut-elle savoir en lançant un regard vers Joan qui assistait à la scène avec un grand sourire rieur.

 

« Dites plutôt que vous n’avez aucun argument solide à avancer ! » la provoqua Castle en échangeant un clin d’œil complice avec Joan.

 

« Oh vraiment ? Si vous insistez… » Déclara Kate en plissant dangereusement les yeux avant de mordiller l’ongle de son pouce en signe de réflexion. 

 

« Alors ? Vous voyez, je suis un saint ! » Fanfaronna Castle dans le seul but de la faire enrager.

 

« La ferme Castle, je réfléchis ! » grogna Kate en lui flanquant une claque sur le bras.

 

« Et l’histoire du chien qui a confondu les fesses de papa avec son déjeuner du jour ? » s’enquit innocemment Joan qui se mordit la lèvre pour ne pas éclater de rire alors que son père affichait une moue déconfite.

 

« C’est un bon exemple… » Remarqua lentement Kate en posant un regard scrutateur sur Joan « Comment es-tu au courant ? » Poursuivit-elle, même si elle connaissait déjà la réponse.

 

« C’est oncle Espo qui m’a raconté. Quand j’étais petit j’avais beaucoup de questions à propos de papa, et même si tu y répondais, je voyais bien que ça te rendait triste. Alors j’ai arrêté de te demander et je me suis tourné vers les gars. Et un jour, après une descente qui s’est soldée par un sauve qui peut général à cause d’un Rottweiler, oncle Javi a mentionné cette histoire. Il a ajouté que tu ne t’étais pas gênée pour reluquer le derrière exposé de papa ! » Expliqua Joan avec malice.

 

« Je le savais ! Vous êtes folle de mon corps lieutenant ! » Triompha Castle avec un sourire imbécile sur les lèvres.

 

« Rappelez-moi de faire faire toute la paperasse à Espo pour les années à venir… » Gronda Kate pour dissimuler sa gêne.

 

« Et il y aussi l’enquête sur la momie ! » s’exclama Joan en riant doucement « Tu as vraiment cru que tu avais été maudit ? » demanda-t-il avec incrédulité.

 

« Et bien peut-être n’y aurais-je pas cru si trois comiques déguisés en flics ne s’étaient pas amusés à jouer avec mes nerfs ! » rétorqua Castle en foudroyant sa partenaire hilare.

 

« Oh allez Castle, c’était drôle ! » s’amusa Kate en se rappelant cette affaire.

 

« Mon fessier n’est pas de votre avis ! » rétorqua Castle en grimaçant.

 

« Pas étonnant que tu aimes autant aller au 12th, enfin en dehors du fait que ça te permet d’être auprès de maman ! » constata Joan avec un grand sourire innocent.

 

Les deux compères s’observèrent avec un mélange de gêne et de complicité, et Joan sentit son cœur se gonfler d’espoir. Une telle relation ne pouvait pas ne pas s’épanouir. C’était impossible. Le lien entre ses parents était si puissant qu’il le sentait vibrer dans l’air, comme un courant électrique qui les entourait, si intense qu’il pouvait presque le ressentir.

 

« Maman ? » appela-t-il doucement, désolé de rompre cette connexion, mais il n’avait pas vraiment le choix s’il voulait sauver son père.

 

« Oui ? » demanda distraitement Kate qui avait du mal à se détacher du regard envoûtant de son écrivain.

 

« Je sais que cette situation te dépasse, et que tu ne crois pas vraiment à toute cette histoire, mais si je suis là c’est pour empêcher le Dragon de faire du mal à papa, et il ne me reste plus beaucoup de temps pour ça » déclara-t-il d’un ton ferme.

 

« Que sais-tu du Dragon ? » s’enquit-elle en repassant instantanément en mode flic.

 

« Je sais qu’il est dangereux, et qu’il en a après toi. Je sais qu’il est derrière la mort de grand-mère et que tu te rapproches dangereusement de lui. Je sais qu’il est prêt à tout pour t’empêcher d’arriver jusqu’à lui, y compris faire du mal à tes proches » commença Joan en réfléchissant à ce qu’il pouvait lui dire ou pas.

 

« L’as-tu déjà rencontré ? Connais-tu son identité ? Sais-tu où je peux le trouver ? » L’interrogea Kate en sentant son cœur battre la chamade à l’idée que peut-être enfin elle allait pouvoir mettre cette histoire derrière elle.

 

« Non. Lorsque j’ai été assez grand pour comprendre, tu m’as juste dit que l’homme qui était responsable de la mort de grand-mère était également celui qui avait envoyé papa à l’hôpital. Quand je me suis mis à pleurer de peur qu’il t’arrache à moi aussi, tu m’as consolé en disant que ça n’arriverait jamais parce que tu l’avais trouvé et que là où il était, il ne ferait plus jamais de mal à personne. » Poursuivit Joan en frissonnant doucement à ce souvenir.

 

« Je l’ai tué ? » voulut savoir Kate avec un sourire satisfait.

 

« C’est ce que j’ai fini par comprendre. Et Oncle Espo m’a confirmé que c’était le cas. Tu aurais préféré le prendre vivant pour qu’il soit traduit en justice, mais c’était lui ou oncle Ryan, et ton choix a vite été fait. » Approuva Joan, amusé de voir que malgré ses doutes, elle commençait doucement à admettre qu’elle était bien sa mère.

 

« Ça ne me dit pas qui il est ! » grommela-t-elle en fronçant les sourcils.  

 

« Désolé tu ne me l’as pas dit. Mais un jour j’ai trouvé ton tableau, et j’ai fait quelques recherches par moi-même. Evidemment, je ne t’en ai rien dit, et je n’ai pas trouvé grand-chose puisque je n’avais pas accès au dossier de l’affaire, mais entre les journaux et les informations que j’ai obtenues grâce aux gars, je peux peut-être te donner quelques pistes sérieuses » s’empressa-t-il d’expliquer sur un ton d’excuse.

 

« Pourquoi ta mère ne t’a-t-elle pas donné le nom de cette ordure ? » s’étonna Castle en fronçant les sourcils.

 

« Pour ne pas faire peser sur ses épaules le poids du passé. Pour qu’il soit délivré de ce fardeau qui n’était pas le sien » répondit aussitôt Kate avant de s’apercevoir de ce qu’elle venait d’admettre « Enfin je ne peux que supposer » S’empressa-t-elle d’ajouter pour se laisser une porte de sortie afin de ne pas laisser entrevoir qu’elle croyait de plus en plus à l’histoire incroyable de Joan.

 

« C’est ce que tante Lanie m’a expliqué. Je comprends, mais moi j’avais besoin de comprendre pourquoi j’ai dû grandir sans mon père, de savoir à cause de qui ma famille était déchirée par le chagrin. Alors j’ai cherché sans en parler à maman. Je savais qu’elle ne me laisserait pas faire, qu’elle voulait m’éviter de faire comme elle, de me perdre dans une quête sans fin » révéla le jeune homme en adressant un sourire d’excuse à Kate.

 

« Visiblement tu es aussi têtu qu’elle ! » s’amusa Castle en adressant un sourire angélique à Kate qui lui lança son plus beau regard noir.

 

« C’est drôle, parce que maman prétend que c’est de toi que j’ai hérité mon côté tête brûlée » répliqua l’adolescent avec amusement.

 

« Je dirais que tu tiens autant d’elle que de moi » concéda Castle, bon prince.

 

« Bon et si nous en revenions au Dragon ? » grogna Kate en secouant la tête d’un air exaspéré.

 

« L’idéal serait qu’on ait ton tableau sous la main. Ça nous éviterait de repartir de zéro » soupira le garçon en fronçant les sourcils comme le faisait parfois Kate lorsqu’elle réfléchissait.

 

« Nous pourrions aller chez moi » proposa Kate après une légère hésitation.

 

Songeuse, elle observait Joan perdu dans ses pensées. Encore une information qu’il n’était pas censé connaître. Et cette fois, celle-ci ne pouvait pas venir du Dragon, parce que si celui-ci savait qu’elle continuait d’enquêter sur lui, ce n’était pas un gamin qu’il lui aurait envoyé, mais une armée de tueurs sanguinaires.

 

« Et si on utilisait celui de papa ? » s’exclama soudain Joan en se redressant vivement.

 

« De quoi parles-tu ? » demanda-t-elle en rivant son regard sur son partenaire qui avait brutalement pâli.

 

Son ton s’était fait réfrigérant, et son regard glacial, et Joan comprit qu’il venait de commettre une erreur de taille. Perdu dans cette discussion, il avait oublié que sa mère n’était pas encore au courant que son père menait sa propre enquête et qu’il possédait des informations qu’il tenait directement du capitaine Montgomery, cet homme qui était mort pour protéger sa mère. Blême il se ratatina sur lui-même alors que le regard lourd de reproches de son père se posait sur lui avant qu’il ne se tourne vers sa mère, prêt à essuyer la tempête qui se dirigeait droit sur eux. 

 

« Vous m’expliquez Castle ? » demanda-t-elle d’un ton dangereusement calme.

 

« Ecoutez Kate… quand Roy est mort, j’ai été contacté par un de ses amis… » Commença à expliquer Castle en tendant une main apaisante vers Kate qui l’esquiva vivement.

 

« Ne me touchez pas. Vous savez qui il est ? Vous avez des éléments clés et vous ne m’en avez pas parlé ? » Gronda-t-elle en serrant les poings de colère.

 

« C’était la condition pour qu’il vous laisse tranquille, c’était la volonté de Roy… » Plaida l’écrivain, dévasté par l’expression blessée de la jeune femme.

 

« Vous m’avez menti. Vous m’avez regardé droit dans les yeux et vous m’avez menti. J’avais confiance en vous et vous m’avez trahi » s’emporta Kate en reculant de plusieurs pas, comme si elle ne supportait pas d’être proche de son partenaire.

 

« Mon seul objectif a toujours été de vous protéger Kate, si je suis coupable de quelque chose, c’est seulement d’avoir voulu vous éviter des souffrances inutiles ! » cria Castle, blessé par le regard lourd de reproche qu’elle lui adressait et la distance qu’elle mettait entre eux deux.

 

« C’est ma vie Castle, mon affaire, vous n’aviez pas le droit de décider à ma place ! » gronda la jeune femme qui avait du mal à contenir sa fureur.

 

Elle était furieuse, mais sa voix restait la même, ce qui la rendait encore plus terrifiante. Angoissé, Joan se tassa un peu plus dans son coin, dévasté par ce qu’il avait engendré. Impuissant, il regardait ses parents se déchirer, et il sentait sa migraine revenir au galop, plus forte encore.

 

« Bon sang mais je vous aime ! Je suis fou de vous, même si vous n’en avez rien à faire. Alors oui, votre sécurité est ma priorité, et tant pis s’il s’agit là d’un crime impardonnable à vos yeux. Si c’était à refaire je le referais, je serais prêt à donner tout ce que j’ai pour vous garder en vie. » Soupira Castle d’un ton las.

 

« Vos sentiments ne vous donnent pas le droit de contrôler ma vie Castle. Il y a certaines décisions que vous ne pouvez pas prendre à ma place. Je veux ces dossiers Castle, donnez-les moi » déclara-t-elle avec un regard froid et déterminé, occultant sciemment la déclaration d’amour enflammée de son partenaire.

 

« Non, parce que dès que vous les aurez, vous foncerez tête baissée dans le piège, et moi vivant, ça n’arrivera pas. » rétorqua farouchement Castle en la défiant du regard.

 

« Bien gardez-les. Mais restez en dehors de mon chemin. Je bouclerai cette enquête sans vous. » Lança-t-elle avant de faire demi-tour pour rejoindre la porte du loft.

 

« Kate, je ne… » Tenta Castle désespéré à l’idée qu’elle ne quitte sa vie pour toujours.

 

« Je ne veux plus rien entendre, surtout si c’est pour écouter de nouveaux mensonges. » le coupa-t-elle sans même lui adresser un regard.

 

Elle enfila sa veste dans des gestes rendus brusques par sa colère latente puis empoigna son sac qui se trouvait toujours près de la porte d’entrée. Une fois prête à partir, elle se tourna vers cet homme qui venait de lui briser le cœur, mais choisissant de l’ignorer, elle se concentra sur Joan, et sa colère s’accrut en avisant les larmes qui perlaient sur le visage blême de l’adolescent. Elle serra les dents à cette vision, tout était la faute de Castle, tout, il brisait son cœur mais pire celui de Joan et ça c’était encore moins pardonnable.

 

« Joan tu viens avec moi » lança-t-elle d’un ton radouci, le couvant d’un tendre regard.

 

Sans un mot, il se leva et après avoir adressé un regard d’excuse à son père, s’avança vers sa mère. Le corps secoué de tremblements, il enfila sa veste avec difficulté, à tel point que Kate posa son sac pour l’y aider. Un silence terrible régnait dans le loft mais aucun d’entre eux n’avait le courage de le rompre au risque d’engendrer un nouvel éclat.

 

« Allons-y » souffla Kate
en ouvrant la porte du loft.

 

« Ne fais pas ça Kate. En agissant ainsi, tu joues le jeu du Dragon qui est de t’isoler, diviser pour mieux régner, je t’en supplie Kate reste, ici tu es en sécurité ! » S’exclama Castle dans une dernière tentative désespérée.

 

« Je suis désolée Castle, mais j’ai besoin de réfléchir. Laisse-moi du temps » soupira-t-elle en lui adressant un regard lourd de chagrin.

 

Avalant difficilement sa salive pour tenter de faire disparaître la boule de chagrin qui menaçait de la faire éclater en sanglot, et serrant les poings pour ne pas hurler, elle le regarda une dernière fois. Elle voyait le regard de son partenaire s’éteindre sous ses yeux, cela lui faisait mal mais elle ne pouvait pas rester, c’était trop. Sa colère était trop grande pour être contrôlée si elle restait ici avec lui. Et sur ce dernier échange de regard, elle referma la porte derrière elle et rejoignit Joan qui l’attendait appuyé contre le mur près des ascenseurs.

 


madoka93  (07.11.2012 à 10:54)

Chapitre 12 :

 

L’ambiance était glaciale, c’était le moins que l’on puisse dire, et le mal de tête de Joan ne se dissipait pas, bien au contraire. Il avait l’impression qu’il s’amplifiait à mesure qu’ils s’éloignaient du loft de son père. Conscient qu’il ne supporterait pas cette douleur plus longtemps, il farfouilla dans la poche de son blouson et s’empara du flacon de paracétamol, gobant précipitamment deux cachets. Sentant le regard de sa mère sur lui, il se tourna vers elle et lui adressa un faible sourire rassurant qui n’eut visiblement pas l’effet escompté. Une mère n’était jamais rassurée lorsque son enfant avalait des médicaments et encore moins lorsqu’il avait l’aspect d’un cadavre sur pattes. Et l’un comme l’autre savaient que s’il prenait des médicaments de sa propre initiative, c’était qu’il se sentait vraiment mal, et Kate en avait parfaitement conscience. Comme elle, il détestait avoir l’esprit embrumé par l’effet des cachets et n’en prenait que lorsque cela s’avérait indispensable. 

 

« Tu as encore mal à la tête ? » l’interrogea-t-elle en posant sa main sur son front, grimaçant en sentant que sa température augmentait sous sa main comme une casserole qu’on réchauffe.

 

« C’est rien, ça va passer » déclara-t-il en tentant de s’écarter, vainement car Kate garda fermement la main pressée contre son front.  

 

« Dès qu’on arrive, tu t’allonges et tu te reposes » certifia Kate en fronçant les sourcils, préoccupée.

 

Alors que ce matin il paraissait remis, voilà que sa température remontait de nouveau. Elle avait même l’impression que c’était plus virulent encore.

 

« Je pensais que tu voudrais savoir ce que je sais sur le Dragon ?» répliqua Joan qui n’avait aucune envie de passer la journée allongé à dormir.

 

Ce n’était pas son genre, il était comme sa mère toujours en action même lorsqu’il était au plus mal et le moins qu’on puisse dire c’est qu’en ce moment ce n’était pas le feu de Dieu, bien loin de là. Jamais il ne s’était senti ainsi mais il n’avait jamais été confronté à ça non plus.

 

« Ca peut attendre » rétorqua-t-elle sans tenir compte du regard étonné de Joan.

 

Elle-même était surprise de sa déclaration, mais elle était sérieuse. La santé de Joan passait avant, et cela lui permettrait également de digérer la trahison de Castle. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle se soit laissé manipuler comme ça. Comment avait-elle pu être aveugle au point de ne pas voir qu’il la possédait totalement ? Elle avait laissé parler son cœur et en payait à présent le prix. Elle savait pourtant que ce genre de choses ne lui était pas bénéfique, faire confiance, s’attacher, aimer…

 

« Il a fait ça pour te protéger, tu ne peux pas vraiment lui en vouloir » déclara soudainement Joan, comme s’il avait lu dans ses pensées.

 

« En me cachant des éléments sur l’affaire de ma vie ? » Cracha Kate acerbe.

 

Elle savait qu’elle avait tort de perdre son sang-froid, que cela ne l’aiderait pas à voir les choses de façon objective et qu’elle risquait de passer à côté d’un élément clé qui lui permettrait de comprendre les motivations de Castle, mais là elle était personnellement impliquée, et conserver sa réserve naturelle lui paraissait du domaine de l’impossible. Non ! Il l’avait trahie et ça faisait trop mal encore pour qu’elle arrive à réfléchir de façon rationnelle.

 

« Maman tu as pris une balle en pleine poitrine à cause de cette affaire ! » lui fit remarquer Joan dont le mal de crâne se calmait sous l’effet des calmants « Comment penses-tu que papa ait vécu cela ? Comment crois-tu qu’il ait réagi en regardant la femme qu’il aime mourir sans qu’il puisse rien y changer ?» S’enquit le jeune homme, frémissant en imaginant sa mère allongée dans l’herbe se vidant de son sang.

 

Kate ne répondit pas, sachant que Joan n’attendait pas vraiment de réponse. Serrant le volant jusqu'à ce que la jointure de ses mains devienne blanche, elle garda le regard obstinément fixé sur la route, mais son esprit, lui, était à des milliers d’années lumières de là. Elle revivait ce jour maudit, revoyait la peur et la douleur dans le regard de son partenaire. Elle entendait encore le désespoir dans sa voix alors qu’il la suppliait de ne pas mourir, de rester avec lui. La détresse dans sa voix lorsqu’il lui avait murmuré son amour. Et à côté de ça, sa propre agonie n’était rien. Elle savait exactement ce qu’il avait ressenti, parce qu’elle vivait chaque jour avec cette peur depuis qu’il était entré dans sa vie. Et ça la tuait de voir les risques qu’il était capable de prendre pour elle, juste pour la protéger sans se soucier de sa propre sécurité. 

 

« Je me souviens du jour où nous avons parlé de ça comme si c’était hier. J’avais 14 ans et je faisais une partie de Laser Game avec Alexis. Mais en pleine partie, je me suis stoppé et j’ai pleuré. Alexis a tout de suite compris ce que je ressentais et elle m’a consolé du mieux qu’elle le pouvait. Quand tu es revenue à la maison, tu as surpris notre discussion, et ce soir-là, tu m’as expliqué pourquoi je devais grandir sans mon père » poursuivit Joan en laissant une larme s’égarer sur sa joue, détournant la tête pour que sa mère ne le voit pas.

 

Mais cela ne lui avait pas échappé. Crispant la mâchoire, Kate se retint d’esquisser le moindre geste de réconfort, trop occupée à lutter contre ses propres démons pour chasser ceux du jeune homme. Elle sombrait à grande vitesse dans la sensiblerie, et elle détestait ça, mais la détresse de Joan faisait vibrer une corde sensible et familière en elle, et elle ne parvenait plus à garder ses distances. 

 

« Cette nuit-là, tu m’as expliqué que papa t’avait avoué que de te voir aux portes de la mort l’avait presque détruit et que la seule chose qui lui ait permis de garder la tête hors de l’eau, a été de se lancer sur les traces des responsables de la fusillade, même après que Gates l’ait viré du 12th. Lorsque qu’il t’a appris pour le tableau le jour où il a été blessé, tu es entré dans une colère folle comme celle d’aujourd’hui » poursuivit Joan le regard perdu sur le paysage urbain. « Tu m’as dit qu’au-delà de la trahison, tu avais peur. Peur que papa meure à cause de ta soif de vengeance. Que son contact lui tende un piège et qu’en fait il finisse comme toutes les personnes que tu aimais. Tu m’as avoué que c’était pour cela que tu avais été si furieuse et le plus horrible, c’est que ta pire crainte s’était réalisée. Tu t’en es voulu de ne pas avoir compris ce qu’il faisait dans ton dos » Débita l’adolescent des trémolos dans la voix au souvenir de ce jour où sa mère lui avait parlé de l’affaire de sa grand-mère pour la première fois.

 

Kate ne pipait mot mais là encore, elle était troublée car c’est exactement ce qu’elle ressentait. Ce mélange explosif de colère, de déception mais plus encore de peur. Oui une peur viscérale pour son partenaire, l’homme qu’elle aimait plus que tout. Comment pouvait-il si bien retranscrire ce qu’elle ressentait alors qu’ils se connaissaient depuis si peu de temps ? Comment pouvait-il savoir ce qu’elle éprouvait alors qu’elle avait eu tant de mal à se l’avouer à elle-même ?

 

« Tu m’as dit que ton plus grand regret avait été de ne pas découvrir l’existence de ce tableau bien avant que papa ne soit blessé, ajoutant que si tu avais eu ne serait-ce que quelques heures pour y réfléchir, tu aurais pu comprendre et éviter la tragédie. Tu aurais aimé pouvoir agir en conséquence pour le protéger de la même manière que lui veillait sur toi » compléta Joan en regardant sa mère qui restait figée, le regard braqué sur la route.

 

Là encore, Kate savait que si elle avait découvert l’existence de ce tableau et que juste après Castle soit blessé, elle aurait regretté de n’avoir rien perçu bien plus tôt. D’ailleurs comment avait-elle pu être aussi aveugle ? Il l’avait tant dissuadée de poursuivre cette affaire, qu’il y avait forcément anguille sous roche mais elle n’avait rien vu. Sa confiance en lui était si forte qu’elle s’était laissé convaincre. Mais au fond, n’aurait-elle pas fait la même chose pour lui ? Ne lui aurait-elle pas caché des éléments importants qui auraient pu mettre sa vie en danger pour le garder loin des ennuis ? Bien sûr que si, elle l’aurait fait sans hésiter une seule seconde. Mais une partie d’elle ne pouvait s’empêcher encore de se sentir trahie par la personne en qui elle avait le plus confiance et qu’elle aimait le plus au monde.

 

« Papa t’aime, il t’a toujours aimé. Vous vous êtes fait du mal mutuellement, encore et toujours, vous avez déjà perdu tellement de temps ! Combien de temps comptes-tu perdre encore Maman, tu attends de l’avoir perdu pour réagir ? » Demanda Joan les larmes aux yeux.

 

Kate tourna la tête vers son fils et l’observa longuement. Ce qu’elle vit dans ses yeux lui brisa le cœur. Il semblait tellement désespéré qu’elle s’arrêta sur le bas-côté et dans une pulsion qu’elle ne put retenir plus longtemps, prit Joan dans ses bras et le serra fort contre elle. Le jeune homme enfouit sa tête dans le cou de sa mère et cette dernière le sentit s’humidifier. Le contraste entre la fraîcheur de ses larmes et la chaleur qui se dégageait de son visage lui fit froncer les sourcils et pincer les lèvres, et elle resserra son étreinte autour des épaules de l’adolescent.

 

« Vous avez déjà perdu trop de temps Maman, trop de temps à attendre, à hésiter ! » poursuivit Joan en enfouissant plus profondément sa tête dans le cou de Kate « Tu as tellement regretté d’avoir gâché tout ce temps, et je ne veux pas que tu aies des regrets, jamais. Je veux que tu sois heureuse, et tu ne peux pas l’être sans Papa dans ta vie. Et je ferai tout pour que vous ayez cette chance, je ne suis pas revenu pour que vous vous sépariez encore ! » Sanglota-t-il en repensant à ces nuits où sa mère pleurait encore et encore l’absence de l’amour de sa vie.

 

Luttant contre l’émotion qui l’étreignait, Kate caressa les cheveux de Joan jusqu’à ce que les lourds sanglots qui secouaient le corps de l’adolescent se calment, et que sa respiration s’apaise. Une fois certaine que la crise fut passée, elle s’écarta précautionneusement et observa le visage défait et baigné de larmes du jeune adolescent, et à nouveau son cœur se broya. Pourquoi son chagrin la touchait-il autant ? Le rasseyant correctement contre son siège pour éviter de l’éveiller, elle redémarra la voiture alors qu’une valse folle de questions tournoyait sans fin dans son esprit. En réponse à ces interrogations interminables, de violentes pulsations prirent naissance sous son crâne en ébullition, gagnant progressivement en puissance, et elle se massa les tempes dans l’espoir de dissiper cette migraine naissante. Bizarrement, ses maux de tête étaient liés à ses émotions, et elle savait que tant qu’elle n’aurait pas retrouvé son calme, la douleur persisterait.

 

Arrivée devant son immeuble, elle gara sa Victoria sur une place miraculeusement vide et après avoir détaché sa ceinture, se tourna vers Joan qui dormait toujours. Soufflant à l’idée qu’elle allait devoir le soutenir jusque chez elle, elle sortit de la voiture et remercia le ciel que les portes donnant accès à son immeuble soit grandes ouvertes. Normalement le règlement l’interdisait par mesure de sécurité, mais un de ses voisins déménageait et exceptionnellement, avait obtenu l’autorisation.

 

« Joan ? Réveille-toi mon grand, nous sommes arrivés » murmura-t-elle en écartant les mèches humides qui lui collaient au front. 

 

« Maman ? » marmonna-t-il en papillonnant des yeux d’un air égaré.

 

« Nous sommes arrivés, viens tu seras mieux dans un lit » déclara Kate sans relever la façon dont il venait de l’appeler comme si elle s’y habituait.

 

« Où est Papa ? » s’inquiéta Joan en s’agrippant à elle comme un poids mort.

 

« Castle est chez lui » répliqua-t-elle d’un ton plus acide qu’elle ne l’aurait voulu.

 

« Ah oui la dispute… » Se rappela-t-il en dodelinant de la tête alors qu’ils atteignaient l’ascenseur.

 

« Chuuuut… économise tes forces » le fit-elle taire, peu désireuse de l’entendre à nouveau lui faire la morale.

 

Au bout de ce qui lui sembla une éternité, ils atteignirent son appartement qu’elle déverrouilla tant bien que mal alors que Joan se faisait de plus en plus lourd contre son flanc. Réunissant ses dernières forces défaillantes, elle amena Joan jusqu’au canapé sur lequel elle l’allongea. Soulagée de l’avoir conduit à bon port, elle souffla puis referma la porte de son appartement et revint près de l’adolescent qui marmonnait dans son sommeil.

 

Elle était inquiète. Il paraissait guéri ce matin, et voilà que sa fièvre refaisait surface, plus virulente que la nuit dernière. Ce n’était pas normal. Mais qu’est-ce qui l’était dans cette histoire de fou ? Agacée par son impuissance, elle sortit son téléphone, bien décidée à découvrir ce qui n’allait pas avec Joan.

 

« Salut ma belle ! Tu m’appelles pour m’apprendre que tu as violé ton écrivain pendant son sommeil et qu’il en redemande ? » S’exclama Lanie en guise de salut, lui faisant par là même comprendre qu’elle était seule. 

 

« Comment as-tu deviné ? » la taquina-t-elle, se retenant de rire en imaginant la tête qu’elle devait être en train de faire.

 

« C’est pas gentil de jouer avec mes nerfs ma chérie ! » répliqua Lanie d’un ton boudeur qui accentua son sourire.

 

« Je n’y suis pour rien si tu reportes tes fantasmes sur moi ! » rétorqua Kate avant de se tourner vivement en entendant un bruit sourd derrière elle.

 

Jurant sourdement, elle se rua vers le canapé duquel Joan venait de tomber tant il s’agitait. Sans tenir compte des appels inquiets de Lanie, elle abandonna son cellulaire sur la petite table, et avec des gestes doux et délicats, releva Joan pour le rallonger avant de s’assurer qu’il ne s’était pas blessé pendant sa chute. Mais ce n’était visiblement pas le cas. Il ne s’était même pas réveillé, ce qui au lieu de l’amuser, l’inquiéta un peu plus.

 

« Kate ? Kate ! Qu’est-ce qu’il se passe, c’était quoi ce bruit ? » Hurla Lanie dans le téléphone, lui rappelant qu’elle était toujours en ligne.

 

« Calme-toi Lanie, c’est Joan qui est tombé du canapé » s’empressa-t-elle de la rassurer de peur qu’elle prévienne les gars.

 

« Il est encore malade ? » s’inquiéta immédiatement Lanie.

 

« Je n’y comprends rien Lanie. Il allait mieux ce matin et voilà qu’il fait une rechute » soupira Kate en couvrant Joan qui s’obstinait à repousser la couverture malgré ses tremblements.

 

« Tu lui as redonné du paracétamol ? » s’enquit Lanie d’un ton préoccupé.

 

« Oui, dans la voiture, mais ça n’a pas l’air de faire effet » soupira Kate d’un ton frustré.

 

« Je viens de recevoir ses résultats. Et d’après eux, tout va bien. Je ne comprends pas ce qu’il se passe Kate » lui apprit Lanie avec impuissance.

 

« Je me fous de ce que ces tests affirment. Il ne va pas bien bon sang ! » S’énerva Kate en serrant les poings de colère alors que la respiration de Joan se faisait toujours plus anarchique.

 

« Ok girl, calme toi. Je serais chez Castle dans 10 min » décida Lanie en percevant l’angoisse de sa meilleure amie.

 

« Chez moi Lanie, pas chez Castle » marmonna-t-elle d’une voix absente.

 

« Ok j’arrive, et tu m’expliqueras pourquoi tu n’es plus chez ton écrivain. Je vais prendre ma trousse pour pouvoir examiner Joan, mais le mieux serait de l’amener à l’hôpital Kate » déclara Lanie.

 

« Il ne veut pas Lanie, et si le Dragon est mêlé à ça, je ne peux pas prendre le risque qu’il mette la main sur Joan et qu’il se serve de lui contre nous » décréta Kate en plissant les yeux.

 

« Ok je suis en route. En attendant essaie de faire baisser sa fièvre et veille à ce qu’il reste bien couvert » ordonna Lanie alors que le silence qui l’entourait était remplacé par un brouhaha révélateur.

 

« Ok Lanie, fais vite ! » approuva Kate en raccrochant son cellulaire.

 

En se mordillant l’ongle, elle observa Joan qui respirait avec difficulté, le corps parcouru de tremblements et de spasmes qui ne lui disaient rien qui vaille, annonçant sûrement une température supérieure à 39°. Impuissante, elle décida d’aller préparer du café en attendant l’arrivée de Lanie. De toute façon elle ne pouvait rien faire de plus. Mais avant cela, elle passa une serviette sous l’eau et revint la déposer sur le front brûlant et moite de Joan qui poussa un soupir de soulagement au contact du tissu rafraîchissant.

 

« Ma…man… » Marmonna-t-il en ouvrant difficilement les yeux.

 

« Chutt… Repose-toi, Lanie arrive » le fit-elle taire en serrant sa main dans la sienne, caressant affectueusement sa joue de l’autre.

 

« J’ai mal… » Se plaignit-il en posant une main sur sa poitrine.

 

Il avait l’impression d’avoir couru un marathon tant son cœur battait à un rythme effréné. Sa respiration était hachée, saccadée, et il avait du mal à retrouver son souffle. Son corps tremblait violemment, et des spasmes incontrôlables secouaient ses membres. Une sueur glacée recouvrait sa peau, et il avait l’étrange impression de flotter au-dessus de son corps. Il sentait la panique l’envahir, et tentait de lutter contre l’inconscience en se focalisant sur le visage de sa mère, chose rendue difficile par le fait qu’il voyait double. Son thorax le faisait souffrir, et il avait l’impression que ses muscles avaient décidé de se rouler en boule tant ils se contractaient. Un énième soupir, qui ressemblait plus à un sifflement lui échappa, et il se racla convulsivement la gorge, comme s’il tentait d’en déloger un intrus. Cette sensation de gêne était très déplaisante, et il grimaça en s’agitant de plus belle, s’enfonçant dans les coussins de sa couche.

 

Baillant à s’en décrocher la mâchoire, il papillonna des paupières alors que sa vision s’obscurcissait et qu’il sentait une chape de plomb s’abattre sur lui. Cet état de fatigue permanent le tuait, et il batailla fermement pour ne pas sombrer dans cette attirante inconscience. Ce qui le fatiguait d’autant plus, il savait qu’à ce rythme, il ne tiendrait pas longtemps, lui qui se targuait d’avoir une santé de fer comme sa mère, il en était pour toutes ses années de bonne santé.

 

« Dis-moi la vérité Joan, depuis quand es-tu malade ? » demanda Kate en changeant la serviette qu’il avait sur le front, serrant les dents en voyant le corps du garçon s’agiter malgré lui.

 

« Je te l’ai dit, ça a commencé peu de temps après mon arrivée au 12th » marmonna-t-il en étouffant un bâillement.

 

« Tu allais bien avant ça ? » s’enquit-elle en fronçant les sourcils alors qu’elle réfléchissait.

 

« Oui, tu dis toujours que je suis solide comme un cheval. Même enfant j’étais rarement malade. Par contre quand je le suis, je ne fais pas semblant ! » Déclara-t-il avec difficulté, sa gorge sèche le brûlant atrocement.

 

« C’est ce que je constate ! » soupira-t-elle en attrapant le verre d’eau qu’elle avait apporté et avec douceur, aida Joan à boire quelques gorgées.

 

« Les voyages dans le temps sont tuants ! » constata-t-il en se laissant lourdement retomber sur son oreiller, jetant un regard en biais à sa mère, guettant sa réaction.

 

Il constata qu’il avait fait mouche par cette phrase mais vit instantanément sa mère revêtir sa poker face.

 

« Je connais quelque chose de plus tuant, les mensonges à répétition ! » répliqua instantanément Kate en dardant sur lui un regard noir.

 

Joan se contenta de rouler des yeux, préférant ne pas faire remarquer à sa tête de mule de mère que depuis ce matin, elle ne l’avait pas repris une seule fois lorsqu’il l’appelait Maman. Et puis il y avait cette nuit. D’accord il délirait, mais il avait senti sa présence. Evidemment, il savait que s’il le lui demandait elle nierait, mais il savait qu’elle était restée avec lui, veillant sur lui. Et cette pensée le revigora. Sa mère était sur le point de craquer, ça se sentait à sa façon de se comporter avec lui. Sentant sa respiration se faire moins laborieuse, et son mal de crâne se calmer, il tourna la tête vers elle et l’observa en silence. Elle se mordillait la lèvre semblant réfléchir, et sa ride du lion accentuée lui donnait ce charme qui rendait les hommes fous, surtout son père. Il n’osait rien dire pour ne pas perturber le calme serein qui s’était installé entre eux. Il se contenta donc de la contempler en souriant, se répétant encore comme elle était belle, la plus belle de toutes les mamans…


madoka93  (07.11.2012 à 19:01)

Chapitre 13 :

 

Assise sur la petite table du salon, elle mâchouillait son ongle, comme elle le faisait lorsqu’elle était nerveuse, et sa ride du lion était plus prononcée que jamais. Elle était anxieuse, et il se demanda s’il pouvait en profiter pour abattre encore quelques-unes de ses barrières. A ce niveau-là, c’était quitte ou double. Il avait une idée derrière la tête mais il savait qu’au jeu de la provocation c’était risqué, et qu’il pouvait tout aussi bien la braquer un peu plus.

 

« Pourrais-je avoir de l’eau s’il vous plait lieutenant Beckett ? » demanda-t-il en arborant son expression la plus innocente possible, semblable à son père que Kate ne releva pas, trop agacée.

 

« Ne m’appelle pas comme ça ! » gronda la jeune femme en lui tendant son verre d’un geste brusque.

 

Il s’empressa de boire pour dissimuler son sourire et prit tout son temps, sentant le regard de sa mère posé sur lui. Il aurait presque sauté de joie. Elle commençait à flancher, il en était certain, et il devait poursuivre sur cette voie.

 

« Et comment dois-je vous appeler alors ? » demanda-t-il en arquant un sourcil interrogateur alors que son regard s’ancrait au sien.

 

« Tu… » Commença Kate avant de s’interrompre en plein élan, fronçant les sourcils de plus belle « Pourquoi… » Reprit-elle avant de s’interrompre finalement dans un grognement de frustration.

 

« Katie ? » demanda-t-il avec un grand sourire angélique.

 

« Si tu t’y risques, je t’assomme ! » marmonna Kate en grimaçant lui lançant un regard noir qui le fit déglutir

 

« Hummm… Nikki ? » Poursuivit-il en se mordant l’intérieur de la joue pour ne pas exploser de rire devant la mine furieuse de sa mère.

 

Malgré son hilarité, il déglutit en avisant l’expression colérique et belliqueuse de sa mère. Il connaissait cette expression, et savait d’expérience qu’il valait mieux ne pas se trouver à porter de tir lorsqu’elle était dans cet état d’esprit. Pourtant, il ne renonça pas à son projet, et garda le cap.

 

« Si tu tiens à la vie, évite ! » cracha-t-elle en fulminant « je vais tuer cet imbécile d’écrivain » Ajouta-t-elle acerbe.

 

« Alors vous allez devoir vous faire à l’idée que je vous appelle lieutenant Beckett » rétorqua Joan en haussant les épaules.

 

Elle s’apprêtait à protester, lorsque la sonnette retentit, le faisant gronder de dépit. Il y était presque ! Encore quelques minutes, et elle craquait. Mais non, il fallait que l’on vienne les déranger. A croire que l’univers était contre lui.

 

« Petit malin… » Marmotta-t-elle en le fixant, son grognement frustré ne lui ayant pas échappé.

 

« Que puis-je dire, j’ai appris de la meilleure » répliqua-t-il en lui souriant avec malice.

 

« En attendant je constate que tu as l’air d’aller mieux » remarqua-t-elle en le dévisageant.

 

« C’est vrai, les médicaments ont enfin fait effet » approuva-t-il en se redressant, s’étirant longuement.

 

Elle opina du chef et s’empressa d’aller ouvrir alors que leur visiteur tambourinait à la porte comme s’il avait la ferme intention de passer au travers. Il arqua un sourcil en voyant une Lanie hors d’haleine faire irruption dans l’appartement avant de se rappeler vaguement que sa mère l’avait appelée, folle d‘inquiétude pour lui.

 

« Salut marraine ! » la salua-t-il alors qu’elle se penchait en avant, les deux mains sur ses genoux pour tenter de reprendre une respiration normale.

 

Surprise, elle se redressa et le fixa avec des yeux ronds avant de lancer un regard foudroyant à Kate qui se tenait toujours près de la porte, lançant un regard étonné à la légiste.

 

« C’était bien la peine que je me dépêche ! A t’entendre il était à l’article de la mort ! » grogna-t-elle en se redressant dignement.

 

« Mais je t’assure qu’il était vraiment mal. Les médicaments ont simplement fait effet » protesta Kate mal-à-l’aise d’avoir été prise en flagrant délit de panique pour un adolescent pour lequel elle n’était censée éprouver que de l’indifférence. 

 

« En attendant si je me suis fait flasher, c’est toi qui paiera mon amende ! » grommela Lanie en venant s’asseoir devant Joan.

 

« Je te la ferai sauter ! » rigola Kate en venant se poster au pied du canapé.

 

« A nous deux jeune homme. Comment te sens-tu ? » l’interrogea-t-elle en commençant son examen.

 

« Mieux. J’ai encore un peu mal à la poitrine, et mon cœur bat la samba en rythme avec les tamtams que j’ai dans la tête, mais comparé à tout à l’heure, c’est le paradis sur terre ! » expliqua Joan avec un léger sourire moqueur.

 

« Pourtant tes examens ne montrent rien d’extraordinaire. Ton taux de globule blancs est un peu en dessous de la moyenne, mais rien d’alarmant. Je vais te faire un nouveau prélèvement de sang pour faire une comparaison » réfléchit Lanie en sortant son kit de prélèvement.

 

« Ah non, si ça se trouve c’est tout ce sang que tu m’as pris qui est la cause de mon état ! » s’exclama Joan en s’éloignant vivement de Lanie comme si elle l’avait braqué d’une arme.

 

« Laisse Lanie s’occuper de toi Joan » le réprimanda Kate en l’obligeant à se rasseoir à sa place.

 

« Mais je déteste les piqûres ! » se plaignit-il en lui adressant un regard désespéré, qui la fit sourire.

 

Amusées, Lanie et Kate échangèrent un regard complice puis sans lui laisser le temps de s’écarter de nouveau, Lanie lui fit sa prise de sang pendant que Joan protestait mollement, avec un regard de cocker triste.

 

« Tortionnaire ! » marmonna Joan en ramenant son bras à lui tout en dardant un regard lourd de reproches à Lanie.

 

« Joan ! » Le rappela à l’ordre Kate même si elle avait des difficultés à ne pas exploser de rire devant cette mine théâtrale digne de Richard Castle et Martha Rodgers réunis.

 

« Bien en attendant que j’ai les résultats, tu vas prendre ça. C’est du paracétamol à base de codéine. C’est préconisé dans le cas de douleurs intenses. Quand as-tu pris tes derniers cachets ? » Dit-elle en tendant le flacon à Kate qui lui rendit l’autre.

 

« Il y a un peu plus d’une heure » répondit Kate en jetant un regard à sa montre.

 

« Très bien. Donc tu pourras lui en donner dans deux heures. » Approuva Lanie avant de se tourner vers Joan en prenant une expression sévère « Et en attendant, tu dois rester allongé et boire régulièrement pour ne pas te déshydrater »

 

« A vos ordres mon colonel ! » railla Joan en roulant des yeux, retenant un sourire devant l’attitude protectrice de sa marraine.

 

« Mais c’est que tu as mangé du clown au petit déjeuner ! » constata Lanie en songeant une fois encore que Joan était le portrait craché de Castle.

 

« Maman a fait des œufs brouillés, mais j’ignore si elle y a mis du clown ! » rigola Joan en rejetant la tête en arrière pour observer Kate qui leva les yeux au ciel d’un air faussement désespéré mais qui retenait un sourire comme elle le faisait si souvent avec son père.

 

« Au fait qu’est-ce que vous faites ici ? Castle vous a mis à la porte ? » S’enquit Lanie en finissant de ranger ses affaires, sachant très bien la chose impossible.

 

« Evite les sujets qui fâchent marraine ! » Marmotta Joan en baissant tristement la tête.

 

« Qu’est-ce qu’il s’est passé Kate ? » s’enquit-elle en fronçant les sourcils et en rivant un regard implacable sur son amie.

 

« Désolée Lanie, mais je dois filer. Reste avec Joan, je n’en ai pas pour longtemps ! » S’empressa de déclarer Kate avant de quitter précipitamment son appartement, plus que ravie de devoir déjeuner avec Alexis.

 

« Tu ne t’en sortiras pas comme ça girl ! » cria Lanie alors que la porte de l’appartement se refermait sur la jeune femme avant de reporter son attention sur Joan « Ils se sont disputés c’est bien ça ? » s’enquit-elle en poussant un soupire affligé. 

 

Joan hocha la tête tristement, le regard braqué sur la porte, regrettant le départ de sa mère. D’autant qu’il ignorait où elle était allée, et qu’il s’inquiétait pour elle. Et si en venant dans le passé, il avait modifié les choses au point que ce soit elle qui soit blessée ? Et si pour protéger son père, elle se mettait en danger et se retrouvait à l’hôpital ? Ce serait le pire de tous les scénarios, et l’idée lui donna la nausée. Il avait la gorge serrée et du mal à reprendre sa respiration mais pour ne pas inquiéter sa marraine il prit une grande inspiration et refoula toutes ses idées noires dans un recoin de sa tête.

 

« C’est ma faute j’ai gaffé ! » Souffla-t-il penaud en baissant la tête, refoulant le malaise qu’il sentait enfler en lui.

 

« Comment cela ? » S’enquit la métisse en toisant sévèrement l’adolescent qui se ratatina dans le canapé.

 

« J’ai ouvert ma grande bouche voilà ce qu’il s’est passé ! J’ai révélé à maman l’existence du tableau de papa, oubliant qu’elle n’était pas encore au courant ! » L’informa Joan en se mordillant l’ongle dans un geste qui parut familier à Lanie. 

 

« Tableau ? » S’étonna la métisse.

 

Joan soupira en passant une main fébrile dans ses cheveux. Il lui raconta tout, ressentant le besoin de se confier à quelqu’un. Il relata l’enquête en solitaire de son père, les rencontres avec cet homme mystérieux, son avancement sur l’affaire, le fait qu’il ait tout fait pour tenir à l’écart sa mère, gardant le secret sur ce qu’il faisait dans son dos et aussi le clash qu’il y avait eu entre eux au loft avant qu’ils partent pour l’appartement de Kate.

 

« Hum… je vois, il l’a fait pour la protéger bien sûr, mais Kate le voit comme une trahison ! » Répliqua Lanie dans un froncement de sourcils.

 

« Mouais ! » Acquiesça le jeune homme d’un air abattu.

 

« Le pire c’est que je suis certaine qu’elle est morte de peur pour lui mais que sa colère surpasse tout. Elle est si impulsive lorsqu’il s’agit de Castle ! » Rétorqua la belle black avec un soupir exaspéré « Ça ne m’étonne pas d’elle, elle ne laisse rien passer ! » Ajouta-t-elle dépitée.

 

« A qui le dis-tu ! » Soupira Joan qui grimaça en sentant la douleur revenir de plus belle à tel point qu’il ne put la dissimuler.

 

Lanie à qui sa grimace de douleur n’avait pas échappée le rallongea. Son inquiétude pour l’adolescent grimpa en flèche en voyant le visage de Joan blanchir à vue d’œil. S’il ressemblait à ça lorsque Kate l’avait appelée, elle ne s’étonnait plus que son amie ait paniqué à ce point tant Joan faisait peur à voir. Elle prit son stéthoscope et l’examina consciencieusement et fronça les sourcils à l’entente des battements du cœur du garçon.

 

« Ça ne va pas Joan, ton cœur bat bien trop vite ! » S’inquiéta-t-elle en continuant son examen pour s’assurer qu’elle n’avait pas fait fausse route.

 

« Je sais marraine, j’ai l’impression de courir le marathon sans pouvoir m’arrêter, ça me fait mal et me coupe la respiration. » Lui apprit le garçon en posant une main sur sa poitrine.

 

« Je ne comprends pas ce qu’il se passe, ce n’est pas normal » S’affola-t-elle en scrutant le jeune homme, réfléchissant à ce qui pourrait expliquer la gravité de ses symptômes « ton taux de globule blancs est bas, donc ton système immunitaire est affaibli, mais tes examens sont bons, donc ça ne peut pas être ça… » Marmonna-t-elle pour elle-même « Je ne vois vraiment pas ce qui pourrait expliquer ton état »

 

« Humm… » Murmura Joan.

 

Lanie releva la tête et le dévisagea de la tête au pied, s’arrêtant sur son visage qu’elle étudia avec attention, elle vit que l’adolescent essayait de revêtir sa poker face comme l’aurait fait sa mère en pareille situation, mais Lanie ne se laissa pas embobiner par cette expression innocente. 

 

« Tu sais ce qu’il t’arrive n’est-ce pas ? » Affirma la jeune légiste comme une certitude.

 

L’adolescent détourna la tête fixant son attention sur un point invisible sans lui répondre. Il ne savait que trop bien ce qu’il se passait, c’était plus qu’évident pour lui qui s’était préparé à cette éventualité, et il savait que plus le temps passait, moins il aurait de chance de voir son état de santé s’améliorer, mais il y était prêt.

 

« Joan ! » gronda Lanie bien décidée à obtenir des réponses.

 

Le jeune homme sursauta au ton plein d’autorité, de colère, et plongea ses yeux d’émeraude dans ceux chocolat de sa marraine. Elle vit son regard se brouiller de larmes contenues.

 

« Je meurs Lanie…Bientôt, je n’existerai plus ! » Formula-t-il d’une voix si basse qu’elle eut du mal à l’entendre.

 

La jeune femme ouvrit de grands yeux et la bouche avec, ayant du mal à assimiler ce qu’il venait de lui dire. Comment était-ce possible alors que les examens qu’elle lui avait fait subir ne révélaient rien. Etait-il atteint d’une maladie encore inconnue à l’heure d’aujourd’hui et qu’ils ne pourraient pas guérir dans l’avenir ? Non, cela ne pouvait pas être ça. Même si le mal qui frappait Joan n’était pas répertorié, les tests auraient révélé une anomalie, or ce n’était pas le cas. Alors que voulait dire Joan par-là ? 

 

« Quoi mais comment cela ? Je n’ai décelé aucune maladie, rien ! » Lui assura-t-elle en sentant son cœur faire des bonds dans sa poitrine.

 

« Parce que je ne suis pas malade. Je m’efface tout simplement ! » Lui dit-il d’un ton détaché, comme s’il venait de lui annoncer qu’il allait partir faire une balade au parc.

 

« Comment ça tu t’effaces ? » Cria Lanie ne pouvant contenir son inquiétude.

 

« En venant ici, j’ai bouleversé le cours du temps. Je suis devenu un inconnu dans l’équation temporelle, en modifiant le résultat. Le seul moyen de rétablir l’équilibre, c’est de m’éliminer de l’équation » expliqua Joan avant d’ajouter « C’est pour ça que je ne devais rester qu’une semaine ici, de façon à ne pas être frapper par l’entropie en cascade. Mais ce n’est même pas ce qui me fait disparaître peu à peu »

 

« Je ne comprends pas. Pourquoi dis-tu que tu t’effaces si le continuum espace-temps n’est pas en cause ? » L’interrogea Lanie qui avait peur de comprendre.

 

« J’ai déjà trop influé sur le déroulement des évènements. Maman aurait dû se rapprocher de papa et lui avouer ses sentiments. A la fin de la semaine, ils auraient dû partager une nuit d’amour passionnée au cours de laquelle j’aurais dû être conçu » avoua Joan avec un triste sourire.  

 

« Et bien ça peut encore se produire, rien n’est perdu ! » tenta de le réconforter Lanie, troublée par la résignation qu’elle lisait dans le regard de Joan.

 

« Non marraine, c’est trop tard pour moi. J’ai provoqué une faille dans le déroulement du temps. Infime sur le long terme, car je ne doute pas que maman se calmera, mais pour le moment, elle s’est braquée, occultant l’amour qu’elle porte à papa pour se concentrer sur sa colère et sa méfiance. Et leur dispute n’a fait que confirmer ce que j’ai compris le premier soir de mon arrivée. Maman n’a plus l’intention de se laisser aller avec papa. Elle ne laissera pas parler son cœur tant que toute cette histoire ne sera pas résolue et que la vie de papa ne sera plus en danger. Cette merveilleuse soirée au cours de laquelle ils franchiront le pas n’aura pas lieu, et je ne serai jamais conçu » termina Joan alors que des larmes dévalaient silencieusement ses joues d’une pâleur inquiétante. 

 

« Mon Dieu mais c’est terrible ! Il faut absolument que tu en parles à Kate, tu ne peux pas ne pas le lui dire ! » S’affola Lanie qui n’imaginait pas ne pas voir cet adorable garçon naître et grandir.

 

« Non Lanie » déclara-t-il en fermant les yeux « Je ne leur dirai rien ! » Trancha-t-il déterminé en rouvrant les yeux pour plonger son regard dans celui embué de sa marraine.

 

« Mais Joan tu vas mourir ! » Contra Lanie en lui prenant le bras, paniquée.

 

« Je connaissais les risques en venant ici, et je me fiche de ce qui peut m’arriver. Tout ce qui m’importe, c’est que maman soit heureuse. Et je dois me focaliser sur ça. Je dois empêcher que l’incident ne se produise. Or c’est arrivé le lendemain de cette fameuse nuit. Je n’ai plus de temps à perdre si je veux les aider à comprendre ce qu’il s’est passé et sauver la vie de papa. Je n’ai pas le droit d’être égoïste et de faire passer ma vie avant leur bonheur. Si je parviens à empêcher que papa n’atterrisse à l’hôpital, ils auront la vie qu’ils méritent d’avoir, même si je n’en ferai pas partie » Annonça-t-il serein, comme si sa décision avait été prise depuis longtemps.

 

« Mais enfin Joan, tu te rends compte de ce que tu dis ? Ça va les anéantir de te perdre ! » Lui assura la jeune femme les larmes aux yeux.

 

« Non car ils ne se souviendront plus de rien. Je ne naîtrai jamais, mais ils ne le sauront pas car mon souvenir va s’effacer de leur mémoire jusqu’à ce que je ne sois plus qu’une ombre du passé » Répliqua le jeune homme en souriant tristement en passant une main sur la joue de sa marraine afin d’essuyer ses larmes.

 

« Oh Joan, tu ne peux pas faire ça ! » Sanglota la métisse en posant sa main sur celle de Joan.

 

« Non seulement je le peux, mais je le dois. Et je sais que tu ne diras rien car tu risquerais de réduire à néant tous mes efforts » répliqua-t-il d’un ton froid et assuré « Et tu ne le veux pas n’est-ce pas ? Tu ne veux pas avoir sur la conscience le coma irréversible de papa ? Tu ne veux pas voir maman sombrer dans un chagrin sans fin ? » Asséna-t-il implacablement pour bien faire comprendre à la jeune femme qu’elle devait garder le silence.  

 

La belle métisse le regarda, sourcils froncés sentant les larmes couler de ses yeux. Ce garçon était en train de sacrifier sa propre vie pour le bonheur de sa mère afin de lui épargner la souffrance de la perte de son amour. Elle ne savait pas quoi dire ou faire alors qu’elle observait son filleul serrer les dents de douleur. Vaincue, sentant son impuissance l’étouffer, elle se contenta de l’étreindre, le berçant affectueusement alors que ce dernier se serrait contre elle enfouissant sa tête dans son cou pour y dissimuler ses larmes. Alors qu’elle l’apaisait, la jeune femme se promit de tout faire pour que la naissance de ce garçon fantastique ait bien lieu, foi de Lanie Parish. Kate Beckett finirait dans les bras de son Castle avant qu’elle ait le temps de s’apercevoir de quoi que ce soit. En sentant l’adolescent se faire plus lourd contre elle, elle comprit qu’il s’endormait.

 

« Joan viens avec moi, tu seras mieux dans un lit » déclara-t-elle en l’aidant à se lever.

 

« Ok… » Marmonna-t-il en la suivant docilement.

 

Connaissant l’appartement de son amie comme si elle vivait dans la place, elle entraîna Joan vers la chambre d’amis, et l’y installa en veillant à ce qu’il soit bien couvert, et avant qu’il ne s’endorme pour de bon, elle l’obligea à avaler les comprimés effervescents, lui arrachant une grimace dégoûtée. En riant, elle l’allongea, et il s’endormit avant même que sa tête n’ait touché les oreillers. En se mordant la lèvre pour ne pas se remettre à pleurer en songeant au funeste destin qui attendait l’adolescent, elle quitta la chambre pour revenir dans le salon et mue par une impulsion, elle s’empara de son cellulaire pour envoyer un message à Kate.

 


madoka93  (07.11.2012 à 21:49)

Chapitre 14 :

 

Riant à une anecdote qu’Alexis venait de lui raconter sur son père, Kate sortit son cellulaire de sa poche alors que celui-ci sonnait au son d’une douce mélodie qu’elle affectionnait et que Castle lui avait téléchargée pendant qu’elle avait le dos tourné. En roulant des yeux, elle constata qu’elle avait un message de Lanie, et elle hésita quelque peu à lire ce texto avant de se reprendre. Ce n’était pas comme si sa meilleure amie se trouvait en face d’elle et risquait de la mordre ! Alors elle pouvait lire sans risquer de se faire frapper par la foudre.

 

« Quand reviens-tu ? Joan m’a tout raconté, il faut qu’on parle et sérieusement girl ! » Déchiffra-t-elle après s’être excusée auprès d’Alexis.

 

« Un problème ? » s’inquiéta la jeune fille en la voyant froncer les sourcils, s’inquiétant immédiatement pour son petit frère dont l’état de santé jouait au yoyo.

 

« Non, c’est Lanie. Elle est avec Joan » rétorqua Kate en souriant à l’adolescente.

 

Depuis qu’elles s’étaient retrouvées, elles avaient eu le temps de déjeuner et en étaient à leurs seconds cafés sans qu’elles aient abordé le sujet pour lequel elles s’étaient donné rendez-vous.   Mais elles ne pouvaient décemment pas rester là à tourner autour du pot. Elles avaient épuisé les sujets de discutions, et la tension grimpait inéluctablement entre elles. il était temps maintenant après avoir parlé de choses plaisantes et légères, de redevenir sérieuses et de mettre les choses à plat entre elles.

 

« Kate… » Commença Alexis avec hésitation, malmenant ses mains sans même en avoir conscience.

 

L’interpellée sursauta, perdue dans son propre monde d’interrogations. Elle n’avait pas l’habitude que l’adolescente l’appelle par son prénom, elle en fut donc surprise mais cela la détendit. Cette familiarité instaurait un climat de confiance entre elles mais aussi de bien-être. La discussion serait sérieuse car nécessaire mais détendue, et cela leur faciliterait les choses à toutes deux.

 

« Je… Je tiens à m’excuser encore pour mon comportement puéril. » Commença Alexis en baissant la tête en rougissant de honte « Je n’avais pas à te parler comme cela, j’ai été horrible » S’excusa la  jeune fille honteuse sans oser regarder la muse de son père.

 

Là encore le tutoiement d’Alexis instaurait un climat serein, et Kate constata qu’elle appréciait cette intimité, et surtout qu’elle soit créée sous l’impulsion de la jeune fille.

 

« Tu n’as pas à être désolée, Alexis, c’est moi qui le suis… » Souffla Kate, consciente que c’était son propre comportement qui avait induit celui de la jeune fille.

 

Surprise, Alexis toisa Kate. Elle ne s’était pas attendu à ce que Kate reconnaisse aussi facilement ses torts, et elle se retint de la bombarder de questions, sachant que Kate avait besoin de temps pour mettre de l’ordre dans ses pensées et pouvoir poursuivre ses confidences.

 

« Je sais que j’ai très souvent fait souffrir ton père Alexis » amorça la détective en regardant ses doigts, subitement fascinée par ceux-ci « Je ne le fais pas intentionnellement, et ça ne me fait pas plaisir, mais c’est comme un mécanisme de défense qui se déploie chaque fois qu’il s’approche trop près, et malheureusement pour lui, il y parvient régulièrement, trop souvent même ! » continua Kate avec un sourire mi-figue mi-raisin.

 

Kate s’interrompit pour boire une gorgée de son café, plus pour se ressaisir que par réelle nécessité, ce qu’Alexis comprit parfaitement. Elle lui accorda donc ces quelques minutes, bien trop effrayée de voir Kate s’interrompre en si bon chemin pour la harceler de questions ou l’accabler de reproches.

 

« Après la mort de ma mère j’ai bâti une forteresse autour de mon cœur et celle-ci s’est fortifiée avec les années. Cette souffrance que j’ai éprouvée en la perdant, je me suis fait la promesse de ne plus laisser quiconque me l’infliger. Et jusqu’à ce que ton père fasse irruption dans ma vie comme une météorite, je parvenais parfaitement à me prémunir contre les tentatives d’intrusions. J’étais dénuée de sentiments, du moins en apparence, et cela me convenait parfaitement, parce que c’est moi qui décidais, qui contrôlais » Ajouta-t-elle en relevant son regard de jade vers celui azur de la fille de son partenaire.

 

Cela faisait longtemps que Kate ne s’était pas confié ainsi à qui que ce soit en dehors de Lanie. Mais avec sa calme assurance et son sourire compréhensif et rassurant, Alexis l’encourageait à s’ouvrir, et elle se laissait faire sans trop lutter, consciente qu’elle en avait grand besoin. Elle voulait vraiment être sincère avec la jeune fille, qu’elle comprenne que son souhait le plus cher était de saisir sa chance et de vivre cette vie que lui offrait son partenaire. Mais elle voulait également qu’Alexis comprenne qu’en avoir envie était une chose, mais que sauter le pas en était une autre, et que l’idée de laisser un autre prendre les commandes de son existence, même un peu, la terrorisait. 

 

« J’ai une frousse de tous les diables Alexis à l’idée de me laisser aller à être heureuse et de voir brutalement ce bonheur m’être retiré. Mais surtout, j’ai peur de ne pas être à la hauteur des attentes que ton père a placées en moi. J’ai peur de ne pas être capable de m’investir autant que lui et qu’il finisse par me haïr » termina-t-elle la gorge serrée.

 

« Je comprends Kate, mais au fond tu sais que ça n’arrivera jamais n’est-ce pas ? » remarqua l’adolescente après quelques minutes de réflexion « Je veux dire je n’avais encore jamais vu papa se comporter comme ça avec une femme. Il ne s’était jamais autant investi dans une relation, et il a été marié deux fois ! » Poursuivit Alexis en secouant doucement la tête « Avant de te rencontrer, je n’avais jamais vu papa amoureux. Ses conquêtes n’étaient que des partenaires sexuelles, guère plus » continua-t-elle avec une tendre bienveillance pour son paternel.

 

« Alexis… » Marmonna Kate pas vraiment certaine de vouloir entendre parler de toutes celles qui avaient atterri dans le lit de son écrivain. Etrangement, son flingue la démangeait terriblement dès que l’une de ces femmes faisait son apparition et tentait de remettre le grappin sur son partenaire. Elle était jalouse, c’était indéniable pourtant jamais encore cela ne s’était produit avec aucun homme avec qui elle était sorti et pour le coup, ils n’étaient même pas un couple. Ce sentiment de possession qu’elle éprouvait était assez étrange et déstabilisant.

 

« Ce que je veux dire, c’est que papa t’attend depuis le premier jour de votre rencontre, et peut-être même depuis plus longtemps que ça. Alors crois-moi, si vous sautez le pas tous les deux, il ne te laissera jamais partir, quoi que tu fasses ! » Lui assura-t-elle dans un sourire tendre.

 

« Je ne suis pas une personne facile Alexis. » avoua piteusement Kate en se mordillant la lèvre.

 

« Parfois je dis des choses que je ne pense pas parce que la colère me domine et que je ne veux rien lâcher ! » Reconnut-elle alors gênée.

 

Elle ressentait un besoin viscéral de faire comprendre à Alexis qu’elle était loin de l’image idéale que l’adolescente avait d’elle. Elle n’était pas idiote, et elle voyait bien que malgré sa colère, la jeune fille éprouvait une sorte d’adoration pour elle, de l’admiration comme si elle la prenait en modèle pour se construire. Et même si elle en était flattée, elle savait bien qu’elle n’en était pas digne. Et elle voulait que l’adolescente le comprenne, même si ça devait réduire à néant ses chances de fonder une histoire solide avec son écrivain.

 

« Est-ce que tu aimes papa ? » Demanda Alexis sans plus de préambule ancrant ses yeux cyan dans ceux émeraude de la jeune détective.

 

Stupéfaite, Kate la dévisagea. Elle ne s’était pas attendue à une question aussi directe, et la surprise se lisait sur son visage même si elle se ressaisit rapidement. Est-ce qu’elle aimait Castle ? Cette question rhétorique nécessitait-elle vraiment une réponse ? Visiblement oui si Alexis la lui posait. Et puisqu’elle avait décidé d’être honnête avec elle, autant l’être jusqu’au bout. 

 

« Ce que je ressens pour ton père, je ne l’avais jamais éprouvé pour aucun autre. Au départ, je n’ai même pas su identifier ce sentiment qu’il éveillait en moi. Comment reconnaître ce qu’on n’a jamais connu ? » Remarqua Kate avec un petit sourire moqueur au coin des lèvres « Et puis j’ai compris. J’ai compris que je l’aimais plus que tout au monde, plus que ma vie, et je serais prête à tout pour lui ! » Lâcha-t-elle dans un souffle à peine audible, comme honteuse de ce qu’elle venait de reconnaître en public.

 

Pour autant qu’elle le sache par le biais des indiscrétions de son père, Alexis savait combien il était dur pour la jeune femme de se livrer ainsi, et le fait que Kate l’ait choisi pour cela signifiait tant à ses yeux. Elle avait l’impression d’être spéciale aux yeux de cette femme qu’elle admirait tant et en était honorée. Et en cet instant, alors qu’elle écoutait les confidences de cette femme merveilleuse qui avait su apprivoiser son père sans même chercher à le faire, elle eut encore plus honte de son comportement. Elle s’était fâchée plutôt que de chercher à comprendre, et elle comprenait la colère des hommes de sa famille. Elle ne se pardonnerait jamais d’avoir été si dure avec Kate et espérait sincèrement pouvoir faire table rase du passé afin qu’elles reprennent leur relation sur des bases saines et joyeuses. Elle voulait abolir les non-dits pour que plus rien ne se mette entre elles. Mais pour l’instant, elle devait faire réaliser à Kate que ce n’était pas en fuyant et en niant ses sentiments qu’elle allait éviter la souffrance, bien au contraire. Il était évident qu’à se laisser guider par ses peurs, la jeune femme s’était fait souffrir inutilement, et il était temps que cela cesse, qu’elle fasse disparaître ses craintes et qu’elle profite enfin de la vie. 

 

« Je comprends tes peurs Kate, vraiment. Tu as connu ta part de malheur dans ta vie, bien plus que certaines personnes, beaucoup de gens que tu as aimé sont morts et ce n’est pas juste. Mais Kate, ce qui serait pire pour toi, c’est de laisser cette terreur diriger plus longtemps ta vie pour ne te laisser que des regrets. Parce que si tu continues à fuir et à te cacher de la vie, tu réaliseras un jour qu’il est trop tard et que tu ne peux plus faire marche arrière. Tout ce que tu pourras faire, c’est te tourner vers le passé et constater l’étendue des dégâts. » Rétorqua-t-elle sur un ton tendre et affectueux en enveloppant la main de la jeune femme dans les siennes dans un geste de réconfort et de soutien.

 

Kate la regarda surprise par tant de maturité. Cette merveilleuse jeune fille n’avait que 18 ans et elle avait déjà tout compris à la vie, tellement mieux qu’elle qui vivait dans le passé, le ressassant encore et encore s’y embourbant sans pouvoir en sortir. Elle se souvint des paroles de Royce son mentor « If only… » Et alors, elle sut ce qu’il lui restait à faire.

 

« Je te promets de faire de mon mieux et de cesser de me cacher. Lorsque j’aurais réglé l’affaire concernant ton frère, je parlerai à ton père et je nous laisserai une chance d’être heureux » déclara-t-elle solennellement alors qu’un sourire apaisé fleurissait sur son visage.

 

« N’attends pas trop Kate, n’attends pas trop… » Avertit l’adolescente en souriant à son tour.

 

Dans un coin de sa tête, Alexis se demanda si Kate avait eu conscience d’avoir parlé de Joan comme d’un membre de la famille, mais de peur de la braquer, elle ne lui en fit pas la remarque, même si elle se promit d’en parler à son père. Scrutant attentivement la jeune femme, Alexis constata que Kate paraissait anormalement silencieuse, voire même préoccupée.

 

« Kate ? Qu’est-ce qui ne va pas ? » L’interrogea-t-elle en espérant ne pas dépasser les limites de leur toute nouvelle relation.

 

« Je ne sais pas si je peux t’en parler… » Souffla Kate en la scrutant avec indécision.

 

« Est-ce que ça concerne papa ? » s’inquiéta instantanément l’adolescente en se redressant instinctivement sur sa chaise, comme pour mieux encaisser la nouvelle.

 

« Oui, j’ai appris quelque chose ce matin, et nous nous sommes disputés » avoua Kate sans quitter Alexis du regard, pesant toujours le pour et le contre.

 

« Kate, qu’est-ce qu’il se passe ? Pourquoi t’es-tu fâchée avec papa ? » Voulut savoir Alexis alors que son cœur tambourinait dans sa poitrine de peur que les paroles précédemment prononcées ne soient que neige au soleil.

 

« Savais-tu que ton père menait sa propre enquête sur la mort de ma mère ? » demanda finalement tout à trac la détective de peur de changer d’avis.

 

« Oh ! » souffla Alexis en se mâchouillant la lèvre en fronçant les sourcils.

 

« Tu étais au courant ? » s’étouffa Kate n’arrivant pas à croire qu’elle ait pu être la seule à ne pas savoir.

 

« Je ne suis pas sûre, mais je savais qu’il enquêtait sur quelque chose…j’avais de gros doutes, je lui en ai parlé mais il a été très évasif sur le sujet… » Avoua Alexis en rougissant sous le regard de Kate.

 

« Comment ça ? » s’enquit Kate en se calant contre le dossier de son siège en tentant de conserver son calme.

 

« Et bien un jour, j’ai surpris une conversation entre papa et grand-mère. Je n’ai pas tout entendu, mais je sais qu’ils parlaient de toi. Et j’ai compris que papa enquêtait. J’en ai donc déduit qu’il cherchait à retrouver l’homme qui t’avait tiré dessus. Visiblement, il n’a pas fait que ça… » Expliqua la jeune fille avec un mélange d’exaspération et d’inquiétude.

 

« Non en effet ! » constata amèrement Kate « Si encore il s’était contenté de reprendre les éléments que nous avions déjà, mais je sens que ce n’est pas le cas, et qu’il me cache encore des choses, et ça m’a rendu folle de découvrir qu’il m’avait regardé droit dans les yeux et qu’il m’avait menti sans l’ombre d’une hésitation » avoua Kate en sentant ce mélange explosif de tristesse et de colère l’envahir de nouveau.

 

« Je ne comprends pas grand-chose à cette histoire… » Geignit l’adolescente en fronçant les sourcils d’un air perdu.

 

« Après mon séjour à l’hôpital, ton père m’a demandé d’arrêter d’enquêter pour retrouver le snipper et le commanditaire de la mort de ma mère. Et parce que c’était lui qui me le demandait, j’ai accepté » lui révéla Kate en se reprochant d’avoir été aussi bête.

 

« Et lui a enquêté de son côté… » Termina Alexis qui comprenait enfin ce qu’il se passait « Ca explique son comportement. Je le trouvais plus renfermé, plus secret ces derniers temps, et j’ai mis ça sur le compte de votre brouille, mais je sentais que ça n’expliquait pas tout… » Réfléchit-elle en tapotant la table du bout des doigts.

 

« Je me sens trahie, et je ne sais pas comment me comporter avec lui maintenant… » Soupira Kate en fourragea nerveusement dans sa chevelure.

 

« Rien n’est plus important pour papa que ton bonheur Kate. S’il a agi derrière ton dos c’était dans le seul et unique but de te protéger » rétorqua Alexis avec une conviction sans faille.

 

« C’est ce que m’a dit Joan, mais ça n’excuse pas le fait qu’il m’ait menti, manipulé » rétorqua Kate avec agacement.

 

« Je ne dis pas qu’il a eu raison d’agir ainsi Kate, mais si tu n’en discutes pas calmement avec lui, tu ne sauras jamais pourquoi il a fait ce qu’il a fait ! » tenta de la convaincre Alexis, même si elle comprenait la réaction de Kate.

 

« Ces gens sont dangereux Alexis, ce n’est pas un jeu ! Nous ne sommes pas dans un de ses livres et quand on meurt c’est pour toujours, et ton père a tendance à oublier ce léger détail » grinça Kate en plissant les yeux alors qu’elle pinçait tant les lèvres que sa bouche devint une fine ligne qui durcit l’expression de son visage.

 

« Papa a beaucoup mûri Kate, il n’est plus celui qu’il était au début de votre partenariat. Tu l’as changé » rétorqua Alexis en se souvenant qu’elle avait même été obligée de demander à son père de ne pas trop grandir, un comble pour elle.

 

« Je sais ça Alexis. Mais là il prend des risques inconsidérés. Comment est-ce que je me sentirais d’après toi s’il lui arrivait quelque chose parce qu’il a fourré son nez dans cette affaire ? » S’emporta soudain Kate avouant enfin ce qui la perturbait le plus dans cette découverte.

 

« Alors voilà le nerf du problème. Tu es inquiète pour lui ! » Sourit Alexis, heureuse que Kate se sente suffisamment à l’aise en sa compagnie pour se confier de la sorte.

 

« Evidemment que je suis inquiète pour lui, je l’aime ! Et je suis mieux placée que quiconque pour savoir de quoi ces monstres sont capables. Je ne me le pardonnerais jamais s’ils s’en prenaient à ton père pour me détruire à travers lui » s’enflamma Kate en fourrageant de plus belle dans sa crinière qui se déployait en mèches folles autour de sa tête, lui donnant une allure de lionne en colère.

 

« Alors discutes-en avec lui. Dis-lui ce que tu ressens. Et faites ce que vous faites le mieux » déclara posément Alexis cachant de son mieux la peur que la diatribe de Kate avait réveillée en elle.

 

« Je suis désolée Alexis, je ne voulais pas que tu t’inquiètes, et je te promets que je veillerai à ce qu’il n’arrive rien à ton père » soupira Kate, honteuse d’avoir éveillée l’angoisse de l’adolescente.

 

D’un mouvement gracieux de la tête, l’adolescente lui fit comprendre que ce n’était rien, et Kate sourit en constatant une fois encore à quel point elle tenait de son père.

 

« Au fait, qu’est-ce que l’on fait de mieux ton père et moi ? » l’interrogea-t-elle en repensant à ce qu’elle lui avait dit.

 

« Tu veux dire en dehors d’être hermétique à l’évidence ? » la taquina Alexis, ce qui lui valut un regard faussement blasé de la part de Kate « Travailler ensemble. Vous êtes bons individuellement, mais lorsque vous faites équipe, vous devenez imbattables » clarifia-t-elle en riant doucement.

 

« C’est vrai que nous formons une bonne équipe. La flic et le milliardaire… un tandem de choc… » Sourit Kate en secouant la tête avec amusement.

 

« Le meilleur ! » confirma Alexis avec un grand sourire.


madoka93  (08.11.2012 à 12:28)

Chapitre 15 :

 

Distraitement, Kate joua avec son IPhone, avant d’aviser l’heure qu’il était. L’après-midi s’était écoulée sans qu’elle s’en aperçoive, et si elle ne voulait pas mourir précocement, elle ferait bien de songer à regagner ses pénates sans plus tarder. Lanie était une des personnes les plus patientes qu’elle connaissait, mais comme toute chose, sa patience avait ses limites, et elle était consciente que celle-ci atteignait dangereusement son seuil de tolérance. 

 

« Ce n’est pas que je ne me plais pas en ta compagnie, mais Lanie attends que je rentre, et si je tarde trop elle va m’arracher les yeux ! » soupira-t-elle en finissant sa tasse de café.

 

« Je comprends, et puis je dois passer à Columbia pour finaliser mon inscription » répliqua Alexis en se levant sous l’impulsion de Kate.

 

« Ca m’a fait du bien de discuter avec toi Alexis » reconnut Kate en adressant un sourire timide à la jeune fille alors qu’elles quittaient le Remy’s.

 

« A moi aussi. Je suis vraiment heureuse que nous ayons aplani les choses » renchérit Alexis en la serrant spontanément dans ses bras.

 

« Oui, moi aussi ! Ça me rendait malade que tu sois fâchée contre moi » chuchota Kate en lui rendant son étreinte.

 

« Je n’aimais pas beaucoup ça non plus ! » admit Alexis en grimaçant.

 

« Il faudra qu’on se refasse un après-midi filles très bientôt ! » proposa Kate alors qu’elles arrivaient devant sa voiture.

 

« Ca me ferait très plaisir ! » s’enthousiasma Alexis avec un grand sourire.

 

« Tu veux que je te dépose quelque part ? » l’interrogea Kate en ouvrant la portière de sa voiture.

 

« Non merci, je dois retrouver une amie dans un petit café pas très loin ne t’inquiète pas » refusa Alexis avec un sourire reconnaissant tout en rougissant.

 

Kate lui sourit tardant pour répondre avisant la jeune fille suspicieusement, rougir parce que l’on rejoint une amie était suspect, son instinct de flic lui dictait que son amie, faisait partie du sexe opposé. Alexis se sentant gênée s’empressa d’ajouter.

 

« Au revoir Kate, à très bientôt, et n’oublie pas de te réconcilier avec papa ! » poursuivit la jeune fille en lui adressant un sourire malicieux.

 

« Promis Alexis, j’irai m’excuser ! » grommela Kate en roulant des yeux, réfléchissant déjà à la façon de se réconcilier avec son partenaire sans passer par la case excuses. 

 

Sur un geste de la main, la jeune femme fit volteface pour rejoindre sa voiture mais elle se retourna une dernière fois pour voir l’adolescente courir avec hâte. Décidément la jeune rouquine était bien pressée de rejoindre ‘’son amie ‘’. La détective sourit à nouveau devant cette image d’une adolescente qui rejoint son amoureux secret puis reprit le chemin de son appartement, le cœur libéré d’un poids et les idées plus claires. Heureuse de s’être réconciliée avec la fille de son amour, elle se sentait d’attaque pour affronter Lanie. Elle savait que la meilleure façon de court-circuiter sa meilleure amie, c’était de lui dire exactement ce qu’elle voulait entendre. Et après sa conversation d’avec Alexis, elle se sentait d’humeur à se montrer conciliante. Enfin dans la limite du raisonnable tout de même, parce que si elle laissait Lanie s’emballer, son mariage avec Castle serait célébré avant qu’elle ait eu le temps de dire ouf ! Finalement peut-être qu’elle devrait laisser son amie prendre les choses en main songea-t-elle en riant toute seule. Sans vraiment s’en apercevoir, elle se gara en bas de chez elle et monta tranquillement jusqu’à son appartement. Tout en rêvassant de son avenir prochain avec un certain écrivain sexy.

 

« Et bien c’est pas trop tôt ! Heureusement pour toi que ma journée de travail était finie ! » L’accueillit Lanie qui l’attendait de pied ferme.

 

Kate roula des yeux, guère surprise par l’attitude de son amie. Depuis le temps qu’elles se connaissaient, elle avait l’habitude de ce type de comportement et ne s’en formalisa pas plus que ça.

 

« Je ne me suis absentée qu’une poignée d’heures Lanie, pas plusieurs mois ! » railla-t-elle en refermant la porte de son duplex « Comment va Joan ? » s’enquit-elle en jetant un regard inquiet vers la chambre d’amis.

 

« Il va aussi bien que possible avec une fièvre pareille, mais ne change pas de sujet de conversation ! » répondit impatiemment Lanie.

 

« Désolée Lanie, mais Alexis et moi avions besoin de discuter toutes les deux » lui répondit-elle en se déshabillant tranquillement.

 

« Ah oui ? Et moi alors ? J’ai envie de discuter moi aussi, j’ai des choses à te dire girl qui ne peuvent attendre ! » S’exclama Lanie avec une expression tellement outrée que Kate explosa de rire sans pouvoir s’en empêcher.

 

« Et bien je suis là maintenant ! » fit-elle remarquer à son amie en venant s’asseoir à ses côtés.

 

« Donne-moi ta version des faits et sans détours ma patience est amoindrie par l’attente que tu m’as infligée !» attaqua Lanie après avoir observé Kate de longues minutes, rendue suspicieuse par son apparente coopération.

 

« Il enquête de son côté Lanie, et je suis terrifiée à l’idée de ce qu’il pourrait lui arriver. Et au lieu d’agir en adulte et de le lui dire, je me suis énervée et lui ai balancé des horreurs au visage, des choses que je ne pensais pas sans tenir compte de ce qu’il me disait, m’avouait » exhala Kate en se mordant la lèvre inférieure.

 

« Et que comptes-tu faire pour réparer les choses entre vous ? » l’interrogea Lanie qui ne s’attendait pas à ce que la discussion soit aussi facile.    

 

« Je dois discuter avec Castle. Je sais qu’il a fait ça pour moi, mais ça ne lui donnait pas le droit de me mentir. Nous allons devoir mettre les choses à plat, et j’aviserai après » soupira Kate en passant une main dans sa crinière. 

 

« Ne soit pas trop dure avec lui girl. Cet homme est fou d’amour pour toi, au point que sa vie n’est pas sa priorité. Et c’est ce qui te fait peur. Qu’il soit prêt à mourir pour te garder en sécurité » lui assena Lanie en guettant sa réaction. 

 

« Tu as raison et cette idée me rend folle. Je ne supporterais pas qu’il lui arrive quelque chose par ma faute » admit Kate avec une telle facilité que Lanie en resta estomaquée.

 

« Je vois qu’Alexis a bien déblayé le terrain ! » constata-t-elle en arquant les sourcils.

 

« Oui, elle m’a permis de voir les choses du point de vue de Castle, même si elle n’avait pas toutes les réponses à mes questions » approuva Kate en souriant doucement en pensant à l’adolescente.

 

« Si tu veux des réponses, va les chercher à la source ! » déclara doctement Lanie.

 

« J’irai, mais pas ce soir. Je suis encore trop en colère, et si j’y vais maintenant, je risquerais de dire ou faire quelque chose que je pourrais être amenée à regretter ! » Acquiesça Kate en laissant tomber sa tête sur le dossier du canapé.

 

« Ok ma belle, mais n’attends pas trop pour te réconcilier avec ton écrivain, tu n’as pas toute la vie devant toi ! » marmonna Lanie qui aurait préféré voir Kate se ruer chez Castle pour un make out de folie, concevant son filleul et en remettant une couche pour être sûre.

 

« Tu sais quelque chose que j’ignore ? » l’interrogea Kate en repassant immédiatement en mode flic, alertée par l’intonation de Lanie.

 

« Non, c’est juste que tu as rhabillé writer boy pour plusieurs hivers. Viendra le jour où il décidera de confier le renouvellement de sa garde-robe à une autre femme, une qui lui offrira des tenues d’été par exemple… » Répliqua Lanie en se retenant de lui révéler ce que Joan lui avait raconté.

 

« Et bien si ça se produit… » Commença Kate avant de s’arrêter, les sourcils froncés de contrariété, n’osant imaginé ce que pourrait engendrer comme souffrance une telle chose.

 

« Si ça arrivait, tu ne pourrais t’en prendre qu’à toi-même » termina Lanie en secouant doucement la tête.

 

« Je sais bien. Mais toute cette histoire est tellement compliquée ! » Soupira Kate en se massant les tempes alors qu’elle sentait poindre une migraine.

 

« C’est ton entêtement qui complique tout Kate. Reconnais que Joan sait des choses de notre passé que personne ne peux avoir découvert, même pas après une enquête minutieuse » rétorqua Lanie impitoyable.

 

« Je sais oui, et c’est très troublant… » Grogna-t-elle avant de se mordre la lèvre sous le regard intransigeant de sa meilleure amie « Je commence à lui faire confiance tu sais. Même si ma tête me dit que je suis bonne à enfermer, mon cœur lui me crie que j’ai raison, que Joan est mon fils et celui de Castle… » Finit-elle par avouer en rougissant légèrement.

 

« Oh ! Tu rougis girl ? » S’amusa Lanie qui n’avait pas souvent l’occasion de voir son amie devenir écarlate.

 

« D’excitation. Tu n’imagines pas ce qui vient de me passer par la tête ! » Rigola-t-elle en se mordant sensuellement la lèvre.

 

« Oh si, je n’imagine que trop bien. C’est une équation très simple. Ton écrivain, toi, un lit égal nuit de folie ! » La taquina Lanie qui sentait que la soirée allait être plus prometteuse que prévu.

 

A ces mots, Kate se pinça les lèvres alors qu’une expression rêveuse se peignait sur son visage, faisant redoubler les rires de Lanie. Le reste de la soirée se passa de façon légère, Lanie s’amusant à taquiner Kate sur la pratique abusive du sport en chambre. Mais Kate ne se laissa pas faire, et renvoya gentiment son amie dans ses cordes en la taquinant sur sa relation avec un certain hispanique.

 

« En parlant d’un certain hispanique, je dois te laisser ! » s’exclama soudain Lanie en jetant un regard à sa montre bracelet.

 

« Un rendez-vous crapuleux ? » s’amusa Kate secrètement ravie pour son amie.

 

« Juste un dîner » répliqua Lanie avec un petit soupir de dépit.

 

« Mais avec ton talent je suis persuadée que tu parviendras à le convaincre de poursuivre cette expérience culinaire jusqu’au petit déjeuner » s’amusa Kate ravie de rendre la monnaie de sa pièce à sa légiste préférée.

 

« Je pourrais, mais dans notre cas je ne suis pas sûre que le sexe soit la solution à notre problème » soupira tristement Lanie.

 

« Nous en avons déjà discuté Lanie. Espo est toujours amoureux de toi, et toi tu n’arrives pas à tourner la page. Alors sers-toi des conseils que tu me dispenses allègrement concernant Castle, et prends ta vie en main » la motiva Kate en l’accompagnant jusqu’à la porte.

 

« Tu as raison ma belle. Carpe Diem. Cet homme ne va même pas comprendre ce qui lui arrive ! » S’exclama Lanie en redressant fièrement le menton en claquant des doigts alors qu’un sourire carnassier naissait sur son visage.

 

« Eh bien voilà ! Mais ne l’épuise pas trop quand même, je veux qu’il soit apte à faire son boulot demain matin ! » Rigola Kate en regardant son amie s’éloigner.

 

« Oh tais-toi donc ! » Pesta Lanie en lui donnant une tape amicale mais dont le sourire ne se dissipa pas.

 

« Bonne soirée ! » la provoqua une dernière fois Kate en riant doucement, oscillant de façon suggestive les sourcils.

 

« Ne sois pas jalouse, ton tour viendra plus vite que tu ne l’imagines, y’en a un qui n’attend que toi pour faire des choses prohibées ! » rétorqua Lanie en lui adressant un sourire grivois.

 

« Bye Lanie, à demain ! » souffla Kate au moment où la légiste pénétrait dans l’ascenseur.

 

« Bye ma belle, fais de beaux rêves ! » la salua-t-elle au moment où les portes se refermaient.

 

Une fois la porte soigneusement close, elle la verrouilla pour la nuit puis gagna la fenêtre pour observer la rue dont l’activité survoltée de la journée s’apaisait pour faire place à celle plus discrète de la nuit. New York ne dormait jamais, mais elle aimait cette ville et ne s’imaginait pas vivre ailleurs. D’autant que quitter cette ville reviendrait à s’éloigner de Castle, et rien que cette pensée la faisait frissonner. Non, décidément, elle ne vivrait ailleurs pour rien au monde. Une fois certaine que Lanie était bien en route pour son appartement, elle rangea un peu le bazar qu’elles avaient mis avant de gagner la chambre d’amis pour surveiller l’état de Joan. Lanie lui avait redonné des cachets, mais elle n’était pas rassurée pour autant. Voilà pourquoi elle comptait passer la nuit sur le canapé et non pas dans son lit à l’étage. Son sommeil ne serait pas des plus agréables, mais elle voulait être à proximité si jamais Joan faisait une nouvelle poussée de fièvre pendant la nuit.

 

Satisfaite d’entendre sa respiration régulière, elle remonta la couverture qu’il avait repoussée dans son sommeil, ne résista pas à l’envie de passer sa main dans ses cheveux en une tendre caresse, puis avant de sombrer totalement dans un sentimentalisme bêtifiant, quitta la chambre sur la pointe des pieds, rabattant la porte sans la fermer. Montant dans sa chambre, elle se doucha rapidement, se changea pour le nuit puis attrapant une épaisse couette, redescendit au salon, et n’ayant pas sommeil décida de lire. Elle avait pris du retard dans ses lectures et n’avait pas encore lu Frozen Heat. Il n’était pas encore officiellement en vente, mais depuis le début de leur partenariat et la sortie du premier tome, Castle lui en fournissait un exemplaire avant la sortie officielle. Et la fan en elle en trépignait de joie, même si elle feignait d’avoir mieux à faire que perdre du temps à lire les romans de Castle. Peut-être un jour lui avouerait-elle à quel point elle était une fan inconditionnelle, et l’importance que ses livres avaient joué dans sa vie.  

 

Mais contrairement à d’habitude, elle n’arriva pas à se plonger dans l’univers fictionnel, ses pensées la ramenant sans cesse vers Castle. Que faisait-il en cet instant ? Pensait-il à elle ? Etait-il dans son bureau à fixer son tableau tactile à la recherche d’une réponse après laquelle elle courait depuis plus de 10 ans ? Ecrivait-il ? Ou bien était-il parvenu à dormir ? En soupirant, elle referma le livre, le posant sur sa petite table et s’enfonçant dans les coussins, elle s’allongea, les yeux rivés au plafond. Le silence était presque palpable, et alors qu’elle se laissait envahir par une torpeur bienfaisante, le téléphone sonna et elle décrocha rapidement en avisant l’appelant. Elle avait beau être encore en colère contre lui s’il l’appelait à une heure pareille, c’était qu’il s’était passé quelque chose d’important.

 

« Castle qu’est ce qui se passe ? » Ne put-elle s’empêcher de demander sur un ton légèrement agressif. 

 

« Je le tiens Kate, j’ai trouvé sa trace ! » lui répondit-il d’un ton légèrement essoufflé dans lequel perçait une pointe d’excitation et de triomphe.

 

« Sa trace mais de quoi parlez-vous ? » s’enquit-elle en se redressant vivement, sentant un goût amer envahir sa bouche alors que son cœur se mettait à battre la chamade sous l’effet d’une mauvaise intuition.

 

« Celle du Dragon ! » clarifia-t-il en chuchotant, comme s’il craignait d’être entendu avant « Je sais qui il est et où le trouver ! Venez me rejoindre à l’angle de la rue Columbus derrière l’océan grill, il y dîne actuellement » l’enjoignit-il avec ferveur.

 

« Quoi ? Ne me dites pas que vous y êtes déjà et tout seul ? » S’exclama-t-elle avec un mélange de fureur et de panique.

 

Comment cet homme pouvait-il être aussi brillant et aussi stupide dans le même temps ? Comment faisait-il pour toujours se mettre dans le pétrin et attendre le dernier moment pour lui demander son aide ? Et si elle n’arrivait pas à temps ? Et s’il était blessé, ou pire, tué sans qu’elle ne puisse rien faire pour l’empêcher ? Alors que ces pensées se bousculaient dans son esprit, elle se leva vivement et se rua vers la porte avant de se stopper net. Joan. Elle ne pouvait pas le laisser seul, mais elle ne pouvait pas non plus laisser son partenaire en danger sans rien faire. Joan dormait, elle allait lui laisser un mot, et avec un peu de chance, il dormirait encore quand elle rentrerait. 

 

« Castle ? Vous êtes toujours là ? » S’inquiéta-t-elle alors que le silence se prolongeait à l’autre bout du fil.

 

« Oui, mais je ne peux pas vraiment parler… » Expliqua-t-il dans un murmure qu’elle eut du mal à percevoir ce qui accrut son inquiétude « Je me suis caché et de là où je suis, je peux le voir mais pas lui » la rassura-t-il « C’est gros Kate très gros, cet homme est… »

 

Mais au même moment, Kate entendit un bruit sourd suivit d’un cri strident, et avant que Castle puisse terminer sa phrase et lui révéler l’identité de l’homme qui hantait ses cauchemars, la communication fut coupée.

 

« Castle ? » l’interpella la jeune femme sentant la panique monter en elle « Castle !!! » Hurla-t-elle en se levant alors que seule la tonalité répondit à ses angoisses.

 

Les mains tremblantes, elle tenta de se ressaisir, songeant que les grésillements qu’elle avait perçus sur la ligne témoignaient d’un problème de réseau, et que cette coupure n’en était que le résultat. Rapidement, elle laissa un message à Joan, et sans plus perdre de temps, elle prit sa veste et se rua dans le couloir. Tout en courant dans les escaliers pour rejoindre sa voiture, elle tenta de contacter son partenaire et tomba sur la messagerie.

 

« Messagerie de Richard Castle petit chanceux ! » raisonna joyeusement la voix de son écrivain, lui arrachant un juron bien senti.

 

« Castle, j’espère pour toi que tu ne t’es pas fait repérer ou je te tue ! » Cracha-t-elle inutilement après le bip sonore.

 

Elle courut jusqu'à sa voiture et fonça à vive allure dans les rues de New York toutes sirènes hurlantes. Mais deux blocs avant le lieu que lui avait indiqué son partenaire, elle les coupa afin de ne pas attirer l’attention de leur cible sur eux. Elle ne voulait pas mettre son écrivain plus en danger qu’il ne l’était déjà. 

 


madoka93  (08.11.2012 à 14:46)

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