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Série : Castle
Création : 31.10.2012 à 20h20
Auteur : madoka93
Statut : Abandonnée
« et si on avait le pouvoir de changer le temps en co avec ma jumelle iliana » madoka93
Cette fanfic compte déjà 40 paragraphes
Chapitre 16 :
Arrivée sur place, elle se gara sur un emplacement réservé aux livraisons et sortit de son véhicule en trombe, arme au poing. Contournant le restaurant en prenant soin de rester dissimulée dans les ombres afin de ne pas être repérée, elle pénétra dans la ruelle à la recherche de Castle.
« Castle ? » Chuchota-t-elle en balayant le moindre recoin des yeux, sans résultat « Castle ! » Réitéra la détective sentant une boule se former dans son estomac.
Trop préoccupée par ses recherches, elle ne vit pas l’ombre surgir derrière elle et continua d’avancer en appelant son partenaire. L’individu plaqua sa main sur sa bouche et la porta dans l’ombre, nullement dérangé par les tentatives de se dégager de la jeune femme. Il la plaqua entre une poubelle et un muret, faisant peser son corps sur elle, raffermissant l’emprise de sa main sur sa bouche. Lorsque la panique fut passée elle reprit ses esprits, prête à en découdre avec son ravisseur. Elle était flic, et armée qui plus est, elle savait comment se sortir de ce genre de situation. Alors qu’elle réfléchissait, une effluve familière lui parvint, et soudain, son corps reconnut celui de son partenaire. Comme s’il avait senti qu’elle l’avait reconnu, il relâcha son étreinte sans pour autant y mettre un terme, permettant à Kate de se retourner vers lui. Fermant les yeux, elle prit une profonde inspiration pour ne pas le descendre sur le champ, et frémit en sentant la main de son compagnon lui caresser le visage alors qu’il la retirait de sa bouche.
Rouvrant les yeux, elle constata qu’il l’observait avec inquiétude, mais qu’il la gardait entre ses bras puissants, comme pour l’empêcher de s’éloigner, ou peut-être avait-il simplement peur qu’elle ne le frappe.
« Castle ? Mais vous êtes devenu fou ? » s’écria-t-elle furieusement, oubliant un instant où et pourquoi ils s’y trouvaient.
Immédiatement, il reposa une main sur sa bouche, et la ramena contre lui, comme pour la protéger alors qu’il lançait un regard inquiet par-dessus l’épaule de la jeune femme.
« Chut ils sont là ! » murmura-t-il contre son visage en resserrant son emprise autour d’elle tout en leur faisant faire une légère rotation.
Un frémissement secoua Kate au contact prolongé du corps de son écrivain, et elle se mordit les lèvres pour conserver le contrôle de ses émotions. Ce n’était décidément pas le moment de se laisser aller. Dans un effort suprême, elle se concentra sur ce qu’il lui disait, et son cœur s’emballa en songeant qu’elle était sur le point d’obtenir enfin toutes les réponses à ses questions. Et tout ça grâce à cet homme incroyable qui était prêt à toutes les folies pour elle. Un nouveau frémissement la secoua lorsque Castle posa délicatement sa main sur sa joue, lui faisant tourner lentement la tête. A travers une vitre elle put voir un homme discuter avec un autre, deux gardes autour d’eux. Elle ne distinguait pas vraiment leur visage, mais leur costume détonnaient dans cet environnement, et elle comprit qu’ils n’étaient pas de simples citoyens lambda.
« Comment pouvez-vous savoir que c’est lui ? » souffla-t-elle en détachant avec difficulté son regard de ces hommes qui avaient froidement ordonné la mort de sa mère pour se concentrer à nouveau sur le visage rassurant de son ami.
« Après votre départ, j’ai à nouveau étudié chaque fait, chaque élément, et soudain, c’était comme si toutes les pièces s’emboîtaient à la perfection. C’est lui, j’en suis convaincu Kate, toutes les preuves mènent à lui » lui expliqua-t-il en plongeant son regard dans le sien.
« Quelles preuves ? » voulut-elle savoir, plus par curiosité que pour remettre en question ce qu’il lui disait.
Même s’il avait tendance à agir sans réfléchir, elle le connaissait suffisamment pour savoir qu’il n’aurait pas pris le risque de la faire venir ici en pleine nuit s’il n’avait pas été absolument certain de ce qu’il avançait.
« A partir du dossier que Montgomery avait monté contre le Dragon pour te protéger, et qu’il avait envoyé à mon correspondant, j’ai réuni de nouvelles preuves, terminant le travail du capitaine. J’ai remonté toute l’histoire Kate. » lui expliqua-t-il en lui souriant triomphalement.
« Et où est ce dossier Castle ? » s’enquit-elle son cœur battant si fort qu’elle en percevait les pulsations jusque dans ses tempes.
« Je ne l’ai jamais eu entre les mains. Mon correspondant est d’une prudence extrême, et il l’a caché afin de garder un moyen de pression sur le Dragon pour tenir la promesse faite à Roy de te protéger de ce monstre. » Soupira-t-il en lui caressant machinalement le dos, dans une caresse apaisante.
« Alors comment en connais-tu le contenu si tu ne l’as jamais vu ? » S’enquit-elle en fronçant les sourcils.
« Mon correspondant m’en a remis assez pour que je reprenne l’enquête et que je remonte la piste. Nous devons trouver ce dossier Kate. Une fois que nous l’aurons, nous pourrons l’arrêter une bonne fois pour toutes et ta mère obtiendra enfin justice » déclara-t-il avec enthousiasme, souriant follement à l’idée de boucler enfin toute cette histoire.
Estomaquée, Kate le fixait sans savoir quoi dire. Il avait beau lui avoir promis d’être à ses côtés le jour où elle arrêterait le Dragon, elle était loin de se douter qu’il avait fait de l’enquête de sa vie une affaire personnelle. Et qu’il s’y investirait autant. Elle n’arrivait pas à croire qu’elle n’ait rien vu, qu’elle n’ait pas compris plus tôt à quel point c’était important pour lui. Et le pire, c’était qu’il n’avait pas fait ça pour satisfaire une curiosité morbide ou parce que cela donnerait plus de corps au personnage de Nikki Heat. Non, il avait fait tout ça pour elle, uniquement pour elle, afin qu’elle ait enfin la vie qu’elle rêvait d’avoir avant le meurtre de sa mère, mais sur laquelle elle avait tiré un trait en comprenant que sa soif de vengeance et son désir de mener une vie normale n’était pas compatible. Elle le lui avait dit, et alors qu’elle commençait à démolir ses murs intérieurs afin de devenir la femme qu’il méritait d’avoir, lui s’y attelait également, et y avait mis tant d’énergie, qu’enfin le mur était tombé.
Et alors qu’elle s’était attendue à se sentir vulnérable, ce n’était pas le cas. Au lieu de cela, les yeux plongés dans les siens, y découvrant cette lueur qui y brillait lorsqu’il venait de résoudre une affaire qui les avait tenus en haleine, elle se sentit pleine d’une force tranquille. Elle était sur le point de mettre un terme à ce jeu du chat et de la souris qui avait été à l’origine de ses peurs les plus profondes, et elle réalisait qu’elle s’en moquait. Ce n’était pas le plus important, ça ne l’était plus, plus maintenant. Ce qui importait réellement, elle l’avait eu sous les yeux depuis quatre longues années, mais elle avait été trop aveugle pour le reconnaître. Mais c’était fini, elle s’était enfin débarrassée de ses œillères, et regardait cet homme merveilleux comme pour la première fois. Il symbolisait à lui seul son passé, son présent et son futur, dans ce qu’il avait de plus exaltant à lui offrir. Comment pouvait-elle avoir peur alors qu’il était là pour la protéger ?
Doucement, un lent sourire fleurit sur ses lèvres, et elle leva une main qu’elle posa sur la joue de son partenaire qui ne la quittait pas du regard, la laissant prendre tranquillement conscience de ce que sa découverte impliquait pour elle, pour eux. Il la connaissait si bien qu’il savait sans qu’elle ait à le lui dire, qu’elle avait besoin de ces quelques secondes pour faire le point et aller de l’avant. Et alors que son magnifique sourire s’élargissait, il sourit à son tour, heureux d’être là pour assister à la renaissance de Katherine Beckett. Il avait craint sa réaction, et même si en arrivant ici, il avait perçu sa colère, celle-ci s’était envolée pour laisser place à une myriade de sentiments dont il n’était pas sûr de parvenir à les définir mais qui lui faisait battre follement le cœur. Jamais encore elle n’avait eu ce regard-là, et il ne pouvait rien faire d’autre que de rester là, à la dévorer du regard, priant pour qu’elle ne se retranche pas de nouveau derrière son maudit mur.
Les yeux dans les yeux, ils restèrent ainsi un long moment, oublieux de tout ce qui n’était pas eux. Avec douceur, Kate laissa ses doigts redessiner les traits de ce visage qu’elle connaissait déjà par cœur, pour finalement aller se perdre dans sa chevelure. Une fois au chaud au milieu de ses boucles brunes, elle opéra une légère pression, attirant le visage de Castle vers le sien. Sans se faire prier, gardant les yeux ouverts comme pour graver ce moment dans son esprit, il accéda à sa requête, et un même tressaillement leur échappa lorsque leurs souffles se mêlèrent, quelques secondes avant que leurs lèvres ne se frôlent. Et enfin, leur bouche se soudèrent, s’apprivoisant, se découvrant avant de se mettre à danser ensemble. Kate enroula ses bras autour de la nuque de son partenaire alors qu’il l’enserrait dans une étreinte puissante, et leur baiser s’intensifia, les emportant dans un monde gouverné par la passion latente qui couvait entre eux depuis bien trop longtemps et qu’ils laissaient enfin s’exprimer librement.
A bout de souffle, ils mirent fin à ce baiser, et front contre front, savourèrent ce moment hors du temps, conscients qu’ils devaient revenir à la dure réalité de la vie et en finir une bonne fois pour toute avec cette épée de Damoclès qui les menaçait depuis bien trop longtemps.
« Rick plus jamais tu entends, plus jamais tu ne dois prendre de tels risques ! » souffla finalement Kate en s’écartant légèrement de Castle, plantant son regard obscurci par le désir et l’inquiétude dans le sien.
« Je l’ai fait pour toi Kate… pour nous ! » souffla-t-il en posant sa main sur sa joue, ramenant son visage contre le sien sans détacher ses yeux de ceux de la jeune femme.
« Comment pourrait-il y avoir un nous si tu te fais tuer ? » répliqua-t-elle en crispant ses mains sur ses épaules à l’idée de le perdre maintenant.
« Ça n’arrivera pas, et le Dragon ne te fera plus jamais de mal Kate » répliqua-t-il en reprenant ses caresses dans son dos pour la calmer avant d’ajouter « C’est fini Kate, nous l’avons eu ! »
« Castle, je…. » Commença-t-elle avant d’être interrompue par le bruit d’une boîte de conserve qui roula sur le sol.
Les sens en alerte, elle se détacha de son partenaire au moment où trois hommes apparurent à l’entrée de la ruelle.
« Je n’en serais pas aussi sûr à votre place ! » annonça un des hommes d’une voix froide.
Se tendant, Kate avança de sorte à se placer devant son partenaire, et les sens en alerte, étudia rapidement la situation. Le chef se trouvait au milieu encadré par deux armoires à glace dont elle repéra les armes sans grand problème. Ils se tenaient dans la pénombre, et elle ne put apercevoir leur visage, mais la voix du Dragon ne lui était pas inconnue, et elle fouilla sa mémoire, cherchant où elle avait déjà pu l’entendre. Maddox lui avait dit qu’elle le connaissait, et à présent, elle devait reconnaître qu’il avait dit vrai, même si elle ne parvenait pas encore à mettre un nom sur cette voix. Mais ça finirait par venir, elle n’en doutait pas. En attendant, elle devait trouver le moyen de sortir Castle de là. Il ne devait rien lui arriver. C’était sa faute s’il était en danger, et elle devait tout tenter pour le protéger.
« Détective Beckett… » La salua l’homme en faisant un pas en avant restant malgré tout dissimulé dans la pénombre.
Lâche ! Gronda intérieurement Kate en serrant les poings pour ne pas foncer dans le tas et lui arracher les yeux. Il la provoquait délibérément pour la pousser à la faute, mais elle ne lui ferait pas ce plaisir. Pas alors que la vie de Castle était dans la balance. Le garder en sécurité était plus important que de savoir qui était cette pourriture. Au lieu de tomber dans le piège grossier qu’il lui tendait, elle resta impassible, attendant la suite du discours qu’il ava it dû soigneusement répéter. Elle ne doutait pas qu’il faisait partie de cette catégorie d’hommes qui aimait s’écouter parler.
« Je dois reconnaître que je suis désappointé par votre obstination… » Poursuivit-il d’un ton mesuré, même si Kate y nota une légère notre d’agacement, signe qu’elle ne s’était pas trompée sur sa petite manœuvre « Je pensais pourtant qu’après l’épisode regrettable du cimetière, vous aviez compris qu’il fallait laisser les morts reposer en paix… » Continua-t-il en poussant un soupire faussement désolé.
« Ma mère reposera en paix lorsque vous aurez reçu le châtiment que vous méritez ! » rétorqua-t-elle froidement en le défiant du regard.
« Allons, pourquoi vous obstinez-vous ainsi ? » s’enquit-il en secouant la tête comme un parent le ferait devant un enfant obstiné « vous êtes aussi têtue que votre mère, et tout comme elle, c’est ce qui vous conduira à votre perte… »
« Ma mère était une femme qui croyait en la justice, et si elle est morte, c’est parce que vous n’êtes qu’un lâche qui agissez dans l’ombre en envoyant d’autres accomplir votre sale besogne ! » cracha-t-elle en esquissant un pas dans sa direction, mais la main de Rick sur son ventre l’empêcha de commettre cette erreur.
« Le monde dans lequel nous vivons est impitoyable lieutenant Beckett, et parfois pour l’améliorer, il faut savoir se salir les mains. » rétorqua-t-il en avançant de nouveau, flanqué de ses deux chiens de garde, mais pas suffisamment pour qu’elle parvienne à deviner ses traits.
« Je connais cette voix… » Marmonna-t-elle pour elle-même, fouillant dans sa mémoire pour réveiller ce souvenir, mais celui-ci lui glissait entre les doigts, aussi décida-t-elle de se focaliser sur le présent plutôt que sur un souvenir fantôme qui risquait de la déstabiliser et donc de la rendre plus vulnérable qu’elle ne l’était déjà.
« Votre soif de justice force l’admiration, mais malheureusement pour vous, elle nuit à mes intérêts… et ce soir, c’est la dernière fois que vous fourrez votre nez dans mes affaires votre petit ami et vous ! » gronda-t-il d’une voix colérique qui claqua dans le silence de la nuit comme une condamnation.
« Vous ne vous en sortirez pas comme cela ! Vous ne pouvez pas tuer impunément et toujours vous en sortir ! » Cria Castle en se positionnant devant Kate dans un mouvement instinctif de protection.
« C’est ce que je fais depuis plus de 13 ans et même avant cela ! » Répondit le Dragon en riant ouvertement avant d’ajouter d’un ton narquois « Je dois reconnaître que je suis impressionné que vous ayez réussi à remonter jusqu’à moi. Je vous proposerais bien de rejoindre mes rangs, mais je suppose que vous refuseriez ! »
« Plutôt mourir que de travailler pour vous ! » gronda Castle avec mépris.
Kate frémit à son choix de mots, et s’avança pour se placer à ses côtés, craignant qu’à son tour il ne tente de sauter à la gorge de cet homme odieux et arrogant.
« Dommage pour vous, votre loyauté envers le lieutenant Beckett sera votre perte… » Soupira le Dragon faussement dépité.
« Même si vous nous tuez, vous n’empêcherez pas d’autres de reprendre l’enquête où nous l’avons laissée, et un jour vous tomberez ! » assura Castle en relevant le menton dans un geste de défi.
« Pas si je fais le ménage, et comme vous l’avez-vous même souligné, tuer ne me dérange pas… » ricana-t-il en penchant la tête sur le côté comme pour étudier la situation « Vous avez une fille adorable Monsieur Castle, et une mère des plus charmantes… quant à votre père lieutenant… oui des personnes attachantes… mais un accident est si vite arrivé de nos jours… » Acheva-t-il dans une ultime provocation.
« Mon équipe ne vous lâchera jamais si vous vous en prenez à nos familles ! » assura crânement Kate en tentant de dissimuler sa peur.
« Quelques coups de fils, et ils seront mutés dans des trous perdus… » Répliqua le Dragon avec un geste dédaigneux de la main « Et une fois là-bas… il me sera facile de les museler définitivement » asséna-t-il d’un ton cinglant.
« Vous n’êtes qu’une pourriture ! » cracha Castle, sa haine clairement perceptible dans toute son attitude.
« Je pourrais poursuivre cette discussion encore quelques temps, mais au final, l’issue en serait la même… » Déclara soudainement le Dragon en reculant de quelques pas, se fondant à nouveau dans les ombres mouvantes de la nuit « Débarrassez-vous d’eux ! » Ordonna-t-il à ses hommes alors que sa voix se faisait lointaine, signe qu’il quittait la ruelle.
Avant même qu’il n’ait donné l’ordre de les éliminer, Kate avait anticipé et dégainé discrètement son arme qu’elle dissimulait derrière son dos. Et alors qu’elle s’apprêtait à viser une des deux hommes qui avait sorti son arme avec une rapidité impressionnante, elle sentit Rick la pousser violemment contre le mur, et le coup de feu partit. Réagissant instantanément, Kate ouvrit le feu à son tour, tuant les deux hommes d’une balle en plein cœur sans même prendre le temps de réfléchir. La scène s’était déroulée en une fraction de seconde, le temps d’un battement de paupière, et allongée sur le sol, elle grimaça alors que son épaule la lançait. Se redressant péniblement, elle souffla en découvrant qu’elle avait atteint sa cible, et rangea son arme après s’être assuré que toute menace était pour le moment écartée.
« Tu es inconscient ils auraient pu nous tuer avec tes bêtises » S’emporta-t-elle en se tournant vers son partenaire qui une fois encore n’avait pas pu s’empêcher de jouer les héros.
Maintenant que le danger était écarté, elle comptait vraiment mettre les points sur les i. Il devait vraiment perdre cette habitude de mettre sa vie en danger. C’était elle le flic après tout, c’était son job de prendre les coups !
« Tu pourrais répondre quand je… » Poursuivit-elle en se tournant vers lui, agacée par son mutisme.
Sa phrase mourut sur ses lèvres alors que le corps de son amour gisait au sol dans une mare de sang. Elle se précipita vers lui, les jambes flageolantes alors qu’un cri s’étranglait dans sa gorge, et tomba à genoux. Les larmes brouillaient sa vue alors qu’elle avisait l’impact de la balle sur le côté de son crâne.
« Oh non pas ça, pas ça Rick je t’en prie… » Sanglota-t-elle en osant à peine le toucher de peur qu’il s’évapore sous ses yeux.
Tout ce qu’elle avait craint se déroulait sous ses yeux, sa plus grande peur venait de se réaliser. Elle aurait dû l’écouter, elle aurait dû rester avec lui, elle aurait dû le protéger, l’empêcher de prendre ces risques pour elle mais maintenant il était trop tard.
Chapitre 17
3 Jours 5 heures et 35 secondes avant retour vers le futur.
Une sonnerie retentit sortant Kate de ses cauchemars. En larmes elle mit plusieurs secondes à réaliser où elle se trouvait. Allongée sur son canapé elle s’était endormie sans s’en rendre compte. Son portable cessa de sonner au moment où elle réalisa que c’était cela qui l’avait sorti de son Enfer. Elle s’assit prenant quelques minutes pour se ressaisir, tentant de maîtriser sa respiration saccadée. Ce rêve atroce lui avait paru si réel, qu’elle en frissonnait d’angoisse rétrospective. Elle avait encore cette vision terrible de l’amour de sa vie étendu sur le sol, inerte, une balle dans la tête. Elle pouvait encore voir la vie s’échapper de son être, sentir l’odeur âcre du sang, voir la mort s’installer dans le regard de son partenaire. Un long gémissement lui échappa, et elle se recroquevilla sur elle-même, comme pour se protéger de cette vision cauchemardesque. Prenant de profondes inspirations, elle garda les yeux fixés droit devant elle, laissant l’agitation de la ville chasser ses angoisses. Ce n’était qu’un rêve, rien qu’un rêve.
Un bip la tira de sa bulle de terreur, et tournant la tête vers son cellulaire, elle constata qu’elle avait un message, et que c’était très certainement ce qui lui avait permis d’échapper à son cauchemar. Se passant les deux mains sur le visage avant de fourrager dans sa chevelure en désordre, elle tendit une main tremblante vers l’objet de son salut. Se redressant, elle appela sa messagerie et écouta le message, se calmant instantanément alors qu’elle réintégrait son rôle de flic, plus sécurisant, plus en contrôle. Et c’était exactement ce dont elle avait besoin pour oublier ce cauchemar qui l’avait bouleversée au-delà du raisonnable.
« Beckett c’est Esposito, le corps de Rod Halstead a été retrouvé. Rejoins-nous 430 Columbus Avenue, devant Bicycle Renaissance »
D’un bond, Kate se leva, le cœur battant la chamade. Cette mort ne pouvait pas être une coïncidence. Figée, elle réécouta le message, pour être certaine de ne pas souffrir d’hallucination auditive, mais non. Halstead, le pompier qui avait conclu à un accident dans son rapport sur l’incendie de l’entrepôt d’Union City, était mort. Celui qu’elle avait soupçonné d’être complice de l’homme qui se cachait derrière le meurtre de sa mère en faisant disparaître des preuves venait d’être assassiné, parce que ça devait forcément être un meurtre pour que l’affaire tombe sous le coup de la criminelle. Et s’il avait dissimulé certains dossiers compromettants avant de mettre le feu à l’entrepôt ? Après tout, s’il avait été tué après toutes ces années, il devait bien y avoir une raison. Galvanisée par cette pensée, elle fit quelques pas, prête à se rendre sur les lieux du crime pour découvrir le fin mot de cette histoire. Mais à nouveau, le problème Joan se posa.
Indécise, elle entra dans sa chambre et s’arrêta pour le regarder dormir. Sa respiration était régulière et calme, ce qui la rassura. Il semblait aller mieux, mais elle culpabilisait à l’idée de le réveiller alors qu’il avait clairement besoin de sommeil. Malheureusement, elle n’avait pas d’autre choix. Il était hors de question qu’elle le laisse livré à lui-même, pas alors que l’ombre du Dragon planait plus que jamais au-dessus de leur tête. Elle tenta de se convaincre que son désir de ne pas le perdre de vue venait d’une méfiance à son égard, mais elle devait admettre que ce n’était pas le cas, du moins que ça ne l’était plus. Elle voulait le garder près d’elle parce son état de santé était préoccupant, et qu’elle ne voulait pas qu’il fasse une rechute pendant son absence. Elle s’approcha du lit, toucha son front, et soupira de soulagement. Il était encore humide et tiède mais la fièvre semblait avoir bien baissée mais par sécurité, elle lui ferait prendre un autre cachet.
« Joan, il faut te réveiller, nous devons partir ! » souffla-t-elle en posant une main sur sa joue qu’elle caressa, se surprenant à sourire lorsqu’elle le vit froncer les sourcils.
« Mmmm… maman je n’ai pas envie d’aller en cours je suis malade ! » grommela-t-il en roulant sur le ventre pour lui échapper, enfouissant son visage dans l’oreiller.
Kate se mit à rire en le voyant rabattre la couette sur sa tête afin d’empêcher la lumière de franchir le seuil de ses paupières. Elle se souvint que lorsqu’elle avait son âge, il lui arrivait souvent de ne pas vouloir se lever pour aller en cours. Elle sourit en repensant à ce que sa mère faisait alors. Et sans pouvoir s’en empêcher, elle fit la même chose. Tirant vivement sur la couette, elle le découvrit complètement. Joan grogna, et encore dans son sommeil chercha celle-ci en tâtonnant sur les draps, se recroquevillant sur lui-même alors que le froid mordait sa chair, faisant rire sa mère de plus belle. Voyant que cela ne suffisait pas à lui faire quitter son lit, elle décida de passer au plan B. Lâchant la couette au pied du lit, elle posa un genou sur le matelas et entreprit de le chatouiller. Il tentait de se contenir mais très vite il se mit à gigoter et à rire.
« Maman ! J’ai passé l’âge des chatouilles ! » Hoqueta-t-il en tentant d’échapper aux mains impitoyables de sa mère, mais celle-ci anticipait ses esquives et continuait sa douce torture.
« Alors lève-toi feignasse ! » Insista-t-elle en riant de le voir se tortiller comme un ver.
Les yeux baignés de larmes, les joues rouges et le souffle haletant, Joan finit par demander grâce. Jetant un regard faussement noir à sa mère qui affichait un grand sourire triomphant, il finit par se redresser s’asseyant dans le lit. Devant le sourire moqueur de sa mère, il croisa les bras sur son torse, à la fois pour marquer son mécontentement que pour se protéger d’un nouvel assaut, et adopta une moue boudeuse made in Castle qui la fit rire de plus belle. L’observant avec ses cheveux ébouriffés et sa moue d’enfant contrarié, il lui faisait tellement penser à Castle qu’elle ne doutait pas qu’il fut son fils. C’était si troublant, mais indéniable. Ce qu’elle n’acceptait pas, c’était le fait qu’elle soit sa mère. Enfin, elle n’était même plus certaine de ne pas y croire. Secouant la tête, elle se leva sans se départir de son sourire et se dirigea vers la porte.
« Maman ? » L’interpella Joan en séchant les quelques larmes de rire qui perlaient encore à ses paupières.
« Oui ? » S’enquit-elle sans même relever l’appellation du jeune homme.
Elle en avait assez de le reprendre, et pour être honnête, elle s’était habituée à être appelé ainsi. L’idée de devenir maman l’avait toujours séduite, et encore plus lorsqu’elle se retrouvait affublée d’un fils aussi extraordinaire que ce jeune homme. Elle devenait peut-être folle, mais si dans sa folie elle plongeait en compagnie de son écrivain, pourquoi se plaindrait-elle ? Evidemment, avoir de telles pensées, et admettre à haute et intelligible voix qu’elle croyait cette histoire fantastique étaient deux choses différentes, et elle ne se prononcerait pas avant d’avoir eu les résultats ADN.
« Je t’aime ! » Déclara-t-il en couvant sa mère d’un regard tendre.
Et voilà, encore une fois elle se sentait totalement désarmée. Le regard qu’il posait sur elle ressemblait tant à celui dont Castle la couvait lorsqu’il pensait qu’elle ne le voyait pas faire. Elle ouvrit puis referma la bouche ne sachant quoi répondre et finalement, choisit de simplement sourire.
« Prépare-toi, je te fais ton déjeuner ! » lança-t-elle avant de tourner les talons pour quitter prestement la chambre, craignant une nouvelle attaque.
« Ok Mam ! « Lui répondit-il en se levant.
Incapable de s’en empêcher, elle tourna la tête dans sa direction, inquiète qu’il ne parvienne pas à se lever sans chanceler, mais en le voyant sauter de son lit, elle secoua la tête avec amusement. Rassurée de constater qu’il paraissait aller mieux, elle gagna la cuisine. Tout ce qu’elle espérait, c’était que cette fois il soit remis pour de bon, car la veille aussi il avait paru aller mieux, et la rechute avait été à la hauteur du regain d’énergie qui l’avait animé. Alors elle restait méfiante, et ne pêcherait pas par excès de confiance. Elle garderait un œil sur lui, et au moindre signe de faiblesse, elle le réexpédierait chez son père. Castle se ferait une joie de jouer les papas poule, et elle, elle cesserait de s’angoisser pour la santé de leur fils. Comme frappée par la foudre, elle haleta. Leur fils. C’était la première fois qu’elle l’appelait ainsi. Elle avait vraiment besoin de sommeil tenta-t-elle de se convaincre en reprenant le chemin de la cuisine en se morigénant intérieurement.
En préparant le petit déjeuner, elle sourit, imaginant faire cela tous les matins, pour Joan et Castle et peut-être pour d’autres enfants futurs. Elle se baffa mentalement à cette nouvelle incartade dans ses pensées. Si elle continuait ainsi, elle allait finir par gaffer oralement, et elle n’avait vraiment pas besoin de ça. Elle devait rester objective et ne pas laisser ses sentiments interférer. Même si c’était plus facile à dire qu’à faire. A croire que cet affreux cauchemar l’avait plus déstabilisée qu’elle ne l’avait cru. Se concentrant sur la préparation du repas, elle recouvra un semblant de calme, chassant toutes pensées parasites de son esprit. Une fois encore, l’ombre du meurtre de sa mère revenait planer dans sa vie, et elle se devait d’être 1OO% opérationnelle. En soupirant, elle se demanda si elle parviendrait un jour à boucler ce dossier, ou bien si celui-ci l’accompagnerait jusque dans sa tombe. Finirait-elle comme sa mère ? Mourrait-elle avant de connaître les réponses à ses questions ? Ou pire encore, du moins à ses yeux, était-elle condamnée à voir mourir les personnes chères à son cœur ?
Aussitôt, ce terrible rêve la percuta violemment, la faisant défaillir, et elle dut faire un effort surhumain pour ne pas laisser les larmes couler sur son visage. S’accrochant à sa spatule comme à une bouée de sauvetage, elle tenta de refouler les images de Castle, agonisant sur le pavé, les yeux vides de vie. Cette image était si vivace à sa mémoire, qu’une odeur de sang lui chatouilla les narines. Prenant une profonde inspiration, elle ravala sa salive pour contenir son émotion, mais un râle de pure agonie lui échappa sans qu’elle ne puisse le retenir. Ce fut ce moment précis qu’un Joan tout joyeux choisit pour faire son entrée dans la pièce. Dès qu’il aperçut le visage défait et les larmes de sa mère, il perdit son sourire, et figé de stupeur, il observa sa lutte pour ne pas sombrer dans les limbes de la souffrance. Elle tremblait, et elle se mordait si vivement la lèvre pour ne pas crier, qu’une perle de sang écarlate para sa bouche, faisant enfin réagir Joan qui se précipita à ses côtés pour la prendre dans ses bras.
Il s’était attendu à ce qu’elle le repousse comme elle l’avait fait depuis son arrivée, mais à sa grande surprise, et pour sa plus grande inquiétude, elle resta sans réaction. Resserrant fortement son étreinte autour du corps secoué de tremblements de sa mère, il jeta un regard perdu sur la pièce, cherchant à comprendre ce qui avait pu la mettre dans un tel état. Le Dragon avait-il pris contact avec elle ? Il n’avait pas entendu le téléphone ou la sonnette, mais il était sous la douche, et l’eau avait pu couvrir le bruit. Et soudain la peur l’envahit à son tour alors qu’une effroyable idée le frappait. Et si au lieu d’empêcher l’agression de son père, il n’avait fait qu’accélérer le processus ? Et si par sa faute son père s’était mis en danger pour protéger sa mère ? Il blêmit à cette idée, et se raccrocha instinctivement à sa mère alors qu’un étourdissement le saisissait. Pâle comme la mort, il souffla un bon coup pour se concentrer sur sa mère qui restait à ses côtés, aussi inerte qu’un bloc de marbre, ce qui ne fit qu’accentuer son anxiété.
Il connaissait suffisamment sa mère pour savoir qu’elle détestait se montrer faible, même devant ses proches. Mais il n’allait pas se plaindre qu’elle se laisse aller devant lui, signe qu’elle commençait à lui faire confiance. Et en effet, sans pouvoir se l’expliquer, ou refusant l’explication, peu lui importait en cet instant, Kate se sentait à l’aise avec Joan comme elle l’était avec Castle, et savait qu’elle pouvait être elle-même sachant qu’il ne la jugerait pas. Comme l’aurait fait Castle s’il avait été là, et Dieu seul savait à quel point elle aurait voulu qu’il soit là, sentir ses bras autour d’elle, entendre son cœur battre sous son oreille, Joan la soutenait en silence, lui caressant tendrement les cheveux pour l’apaiser. Elle savoura l’instant sans se poser de questions, et laissa le calme l’envahir doucement mais sûrement, retrouvant le contrôle de ses émotions. Et comme si Joan avait senti que la crise était passée, il relâcha son étreinte sans attendre qu’elle le lui demande, et s’écarta d’un pas, la scrutant en quête de réponses.
« Qui y a-t-il Maman ? » s’enquit-il, les sourcils froncés en effaçant du pouce les dernières traces des larmes maternelles.
« Je … J’ai… rien… je suis une idiote ! » marmonna-t-elle embarrassée en détournant le regard, se concentrant de nouveau sur le déjeuner.
« Maman, tu as beaucoup de qualités, mais je suis au regret de t’informer que l’idiotie n’en est pas une ! » répliqua Joan avec sérieux.
Amusée par cette réponse tout ce qu’il y avait de castleienne, Kate lui jeta un regard en coin pour découvrir qu’il la fixait, le sourcil arqué, tentant de réprimer le sourire qui menaçait d’éclore. Se pinçant les lèvres pour ne pas sourire à son tour, elle attendit, sachant qu’il allait sortir une ânerie pour la détendre, exactement comme l’aurait fait Castle en pareille situation.
« Bornée mais pas idiote ! » Finit-il en s’éloignant alors que sa mère frappait son bras.
« C’est fini oui un peu de respect pour ta mère ! » s’exclama-t-elle en agitant la spatule dans sa direction dans un geste faussement menaçant.
Le regard brillant de joie, il l’observa avec un immense sourire, et elle écarquilla les yeux en se mordant la lèvre en réalisant son lapsus. Là elle était grillée. Ce n’était pas la première fois qu’elle laissait échapper qu’elle commençait à le croire, mais là, elle l’avait carrément admis. La faute à ce maudit rêve songea-t-elle avec mauvaise foi. Mais elle n’arrivait plus à cacher le fait que peu à peu, elle croyait Joan et son histoire rocambolesque. En roulant des yeux, elle se détourna avec un haussement d’épaules, et Joan se mit à rire, ravi de retrouver enfin sa maman. Mais alors que sa mère reprenait ce qu’elle avait momentanément abandonné, il reprit son sérieux. Il voyait un léger sourire planer sur son visage à présent et il préférait cela bien qu’il se demanda ce qui avait pu mettre sa mère dans cet état. Le téléphone sonna et Kate demanda à Joan de répondre, ce qu’il s’empressa de faire.
« Appartement de Kate Beckett, j’écoute ! » Annonça Joan en souriant alors que sa mère levait les yeux au ciel.
« Joan ? Tu vas mieux ? » S’enquit la voix rauque de Castle à l’autre bout du fil.
« Oui Papa, je me sens encore un peu faible mais ça va ! » Répondit le jeune homme en revenant s’asseoir sur son tabouret.
Kate s’était figée lorsqu’elle avait compris qui était au téléphone. Sa fierté l’empêcha d’arracher le téléphone à Joan pour s’abreuver du son de la voix de l’homme qui pouvait effacer toutes ses frayeurs, et elle se contenta d’écouter la conversation d’une oreille attentive.
« Comment va ta mère ? » s’inquiéta Castle avec une fausse désinvolture qui ne trompa pas l’adolescent.
Intrigué par la coïncidence, Joan coula un regard pensif en direction de sa mère qui tout en feignant de s’activer aux fourneaux ne perdait pas un mot de la conversation.
« Je ne sais pas trop… » marmonna-t-il en se mordillant pensivement la lèvre avant d’ajouter d’un ton entendu « Bien en apparence mais tu sais comment elle est ? »
« Oui, elle cache toujours ses sentiments ! » concéda Castle en soupirant.
Et Joan n’eut pas besoin d’être en face de son père pour savoir qu’il venait de rouler les yeux d’un air à la fois exaspéré et amusé.
« Mais elle va bien ? » l’interrogea vivement Castle, son inquiétude clairement perceptible « Je veux dire, elle n’est pas malade, elle n’a mal nulle part ? » s’assura-t-il la voix hachée par une angoisse que Joan ne s’expliqua pas.
« Non Papa ! » le rassura l’adolescent en fronçant les sourcils, intrigué par l’insistance paternelle « Mais pourquoi tu t’inquiètes comme ça pour elle ? » s’enquit-il avec suspicion.
« Euh…bien…c’est idiot tu sais ! » avoua piteusement Castle, se sentant bête soudain.
« Toi aussi tu t’y mets ? » se moqua Joan en jetant un regard rieur en direction de sa mère qui suivait l’échange d’un air perdu.
« Comment cela ? » s’étonna Castle en ayant l’impression d’avoir raté le train.
« Dis-moi ce qui est idiot » Eluda Joan avec un sourire en découvrant l’expression de sa mère qui le toisait dans un froncement de sourcils.
« C’est … » hésita Castle avant de vider son sac « J’ai fait un horrible cauchemar, dans lequel ta mère se faisait tirer dessus dans une ruelle par ma faute. J’étais sur la piste du Dragon. Après m’être assuré qu’il était bien là, j’ai appelé Kate pour la faire venir, et elle a été blessée par balle à la tête. J’ai eu du mal à réaliser que c’était faux. » Termina-t-il dans un souffle tremblant avant d’ajouter « Mon Dieu j’ai tellement peur pour elle ! »
En écoutant le récit de son père, Joan perdit son sourire, ce qui intrigua un peu plus Kate. Il fronça les sourcils et ravala difficilement sa salive, n’arrivant pas à comprendre comment une telle chose était possible. Ce rêve détaillait parfaitement la nuit de l’agression, sauf que dans la réalité, c’était son père qui avait reçu cette balle, pas sa mère. Il devait prendre un peu de recul pour réfléchir à ce que cela pouvait bien signifier. Ce n’était sûrement pas un hasard si de façon inconsciente, son père avait eu accès à cette information. Cela pourrait leur être utile s’il parvenait à s’en remémorer le moindre détail, ce dont il ne doutait pas tant ce rêve avait marqué son père au point qu’il se précipite sur son téléphone pour s’assurer que sa muse était en un seul morceau alors qu’ils étaient en froid.
« Papa tu ne dois pas être imprudent surtout ! » exigea Joan en sentant ses intestins se nouer « Tu comprends, ce rêve est un signe ! » Avertit le jeune homme en sentant son angoisse monter.
« Pourquoi dis-tu cela ? » s’inquiéta Castle sans comprendre la réaction de son fils.
« C’est bien plus qu’un rêve, mais je dois trouver comment une telle chose a pu se produire avant de vous en parler à maman et à toi. » réfléchit-il en fourrageant dans ses cheveux sans y prendre garde.
Kate avait éteint le feu et s’était approchée de son fils et ne cachait plus rien de son inquiétude. Elle ne pouvait pas entendre ce que disait Castle, mais cela avait visiblement perturbé Joan, et du peu qu’elle avait compris grâce aux réponses de celui-ci, Castle avait fait un rêve. Et cela la troublait d’autant plus qu’elle-même en avait fait un plus que perturbant. Il était impossible qu’ils aient fait le même ; mais la coïncidence était un peu trop grosse pour n’être que ça. L’adolescent observa sa mère et à la tête de cette dernière, il sut qu’il allait devoir rapporter la conversation qu’il venait d’avoir.
« Papa je vais te laisser, je te rappelle ! » décida-t-il sachant que sa mère n’attendrait pas indéfiniment pour avoir des réponses à ses questions.
« Joan ! Attends, je…. » S’insurgea Castle qui voulait lui aussi comprendre.
Sans tenir compte des protestations de son père, uniquement concentré sur sa mère, Joan raccrocha sans état d’âme, ne laissant pas l’occasion à Castle de finir sa phrase. Sous l’intensité du regard maternel, il se dandina sur son tabouret, se mordant frénétiquement la lèvre, et Kate comprit qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, quelque chose de grave.
« Joan que se passe-t-il ? » s’enquit-elle en posant une main sur celles, glacées, de son fils « Comment va ton père ? » s’inquiéta-t-elle alors que le jeune homme conservait un silence prudent, comme s’il craignait sa réaction.
Avisant sa mère avec sérieux, il lui rapporta le rêve qu’avait fait son père sans lui préciser que c’est le contraire qui était arrivé. Il ne voulait pas l’inquiéter plus qu’elle ne paraissait l’être, et cela ne manquerait pas si elle connaissait la vérité. Bien sûr, il avait déjà précisé qu’il n’était venu que dans l’unique but d’empêcher cette tragédie de se produire, mais il était resté très vague au sujet de la façon dont cela s’était produit. Mais à cause de ce rêve, il allait devoir leur en dire un peu plus. Mais avant, il devait réfléchir à ce qu’il pouvait dire, et ce qu’il devait garder secret. Et connaissant sa mère, s’il ne se préparait pas soigneusement à cet interrogatoire, elle lui ferait tout déballer avant même qu’il n’en prenne conscience. Lorsqu’il eut fini son rapport, Kate chancela, comme s’il l’avait frappée.
« Maman ? Qui y a-t-il ? » s’inquiéta-t-il en se précipitant pour la retenir.
« Je…mon dieu… je… » Bafouilla-t-elle, pâle comme un linceul « Joan, j’ai fait le même rêve sauf que c’était ton père qui se prenait cette balle ! » Annonça la jeune femme hagarde, la respiration haletante et les yeux perdus dans le vide.
« C’est impossible ! Comment…. » Haleta Joan qui était devenu blanc comme un linge.
« Comment quoi Joan ? » S’inquiéta la détective en soutenant son fils qui tanguait dangereusement.
« Papa a…papa…c’est comme cela qu’il a été blessé maman… tu n’aurais pas dû en rêver, si cela est le cas c’est que j’ai créé une brèche bien plus grande que je ne le pensais » réfléchit-il à voix haute en se mettant à faire les cents pas sous le regard d’incompréhension de Kate « Si tu as eu accès à cette information, c’est que j’ai changé beaucoup de choses, j’ai peur maman, j’ai terriblement peur ! » acheva-t-il en plongeant un regard rempli d’eau sur la jeune femme.
« De quoi ? » murmura Kate malgré la petite voix entêtante qui lui soufflait déjà cette réponse qu’elle craignait tant.
« De ne pouvoir empêcher ça ! » avoua-t-il dans un sanglot en se jetant au cou de sa mère.
Dépassée, impuissante et plus angoissée que jamais, Kate le serra contre elle, lui caressant doucement le dos et lui murmurant des paroles sans sens véritable dans le but de l’apaiser, alors que les images de son rêve la hantaient plus que jamais.
Chapitre 18 :
Kate avait toujours détesté voir les gens qu’elle aimait pleurer, parce que la plupart du temps, elle se sentait impuissante à trouver les mots adéquats pour les consoler. Dans ces cas-là, elle se sentait stupide de ne pas savoir trouver les mots justes, et cela la mettait terriblement mal à l’aise. Elle qui n’était pas du genre à parler pour ne rien dire, elle avait l’impression que son silence était pire que tout. Avec de parfaits étrangers, elle avait le recul nécessaire, mais pas avec ses proches. Et là, alors que Joan pleurait sur son épaule, elle se faisait l’effet d’une cruche à ne rien trouver à lui dire, pourtant qu’était Joan pour elle, si ce n’était un inconnu. Alors pourquoi était-elle tellement touchée par sa peine ? Pourquoi son cœur se brisait-il à chaque goutte salée qu’elle voyait couler sur ses joues ? Pourquoi ses propres larmes menaçaient-elles de tomber à leur tour ? Impuissante, inutile, stupide, elle restait là, le berçant dans ses bras en lui frottant le dos en silence espérant que cela l’aide.
Le pire pour elle, même si elle en ignorait les raisons et comment l’expliquer, était que l’inquiétude de l’adolescent la stressait. Elle avait un très mauvais pressentiment et elle n’aimait pas cela, ce sentiment d’inquiétude qui lui enserrait le cœur sans savoir pourquoi. Elle était angoissée comme jamais, et son rêve n’arrangeait en rien ce poids qu’elle avait sur la poitrine qui grossissait au fur et à mesure que le temps passait. Au bout de quelques minutes, ils se séparèrent, s’observant un moment sans un mot, Kate caressa tendrement la joue de son fils qui lui sourit, puis dans un accord tacite, ils s’assirent à table et commencèrent à petit déjeuner. Le silence qui régnait n’était pas pesant. Joan savait que sa mère avait besoin de cela pour mettre les choses au point, pour se mettre en condition. Et il en avait tout autant besoin pour trier les informations et décider de ce qu’il pouvait ou non révéler, même si au point où il en était, il n’y avait plus grand-chose qu’il craignait de n’avoir pas modifié.
« Je dois me rendre sur une scène de crime » annonça finalement Kate, rompant ainsi le silence « L’idée de t’y emmener ne m’enchante pas vraiment, mais je préfère cela que de te laisser seul ici » soupira-t-elle.
« La confiance règne ! » maugréa Joan en se rembrunissant enfournant une bouchée de pancake tout en lui jetant un regard noir de reproche.
Malgré les preuves évidentes que sa mère le croyait, il ne devait pas oublier qu’elle restait méfiante à son égard et n’avait qu’une confiance toute relative en lui.
« Arrête de bouder, ça n’a rien à voir avec le fait que je ne te fasse pas confiance, si ce n’était pas le cas, tu serais en cellule, et pas dans mon appartement à dévorer les pancakes que je t’ai fait ! » répliqua Kate excédée.
« Je savais bien que tu m’aimerais ! » fanfaronna Joan en retrouvant le sourire gobant le reste de son pancake en une fois.
« Pour l’amour du ciel ! Focus boy ! » Souffla Kate en levant les yeux au ciel avec un soupir.
« Pardon M’man ! » s’excusa Joan avec une petite moue désolée qui tira un sourire en coin à sa mère tant elle lui rappelait son père.
« Donc tu viens avec moi, mais je te préviens jeune homme, interdiction d’approcher du corps ! » le prévint-elle en le toisant d’un regard sévère « Tu restes en retrait près de la voiture, tu ne parles à personne et surtout tu ne t’approches pas de ma scène de crime, je ne veux pas que tu vois la mort ! » termina-t-elle sur un ton qui se voulait sans appel.
Joan connaissait cette expression, c’était celle que sa mère affichait toujours lorsqu’elle angoissait à l’idée de ne pas réussir à protéger son fils de la vie. Elle avait beau savoir qu’elle ne pouvait pas le préserver de tout, elle culpabilisait chaque fois qu’il encaissait un coup, chaque fois que la vie lui faisait perdre une de ses illusions d’enfant. Petit, elle lui avait interdit de venir au 12th parce qu’elle ne voulait pas qu’il se retrouve dans la même pièce qu’un de leurs suspects, ou pire encore, qu’il tombe par inadvertance sur un corps. Pourtant, la mort était une vieille amie qu’il fréquentait bien avant sa naissance.
« Pourtant je l’ai déjà vu maman, malheureusement… » L’informa-t-il en baissant tristement la tête, songeant au corps inanimé de son père sur ce lit d’hôpital.
Bien sûr celui-ci n’était pas mort, cliniquement parlant, mais à ses yeux, c’était tout comme car il ne réagissait à rien, aucun stimulus. Et de cela, sa mère n’avait pu le protéger, à moins de lui cacher la vérité et d’inventer un beau mensonge expliquant l’absence de son père, ce qu’elle avait obstinément refusé, ne voulant pas salir la mémoire de l’homme qu’elle aimait. Alors oui, il connaissait bien la mort.
« Oh oui, la mort et moi sommes de vieux amis… » Souffla-t-il en se mordillant l’ongle alors que son regard hanté était perdu dans le vide.
« Arrêtes de te ronger les ongles, c’est une mauvaise habitude ! » le réprimanda Kate en lui flanquant une tape sur la main.
Elle se sentait stupide de lui faire la morale dans une situation pareille, mais c’était la seule chose qui lui était venue à l’esprit alors que la signification de ses paroles se frayait un chemin dans son cerveau engourdi par le déni. Elle refusait d’y penser ou même d’y croire. Elle refusait d’imaginer que son pire cauchemar puisse devenir réalité, que Castle puisse quitter sa vie de cette façon. Pourtant, elle savait que si cela devait arriver, elle n’aurait pas d’autre choix que de l’accepter. Mais chaque fibre de son être se rebellait à cette idée, et elle préférait nier l’évidence. Le regard plein de défi, elle se concentra sur Joan. Et elle se demanda si son attitude à son égard était due à sa volonté de ne pas accepter qu’il puisse arriver malheur à son partenaire. Se laisser aller avec Joan revenait à se résigner, à croire que dans trois jours, son partenaire, son ami, son amour recevrait une balle à sa place, plongeant dans un coma sans fin. Frémissant de tout son être, elle exhala longuement, gardant les yeux rivés sur Joan dont la tristesse était à ce point tangible qu’elle avait l’impression de n’avoir qu’à tendre le bras pour s’en saisir.
Le cœur serré, elle se retint d’attirer contre elle l’adolescent qui avait tout, en cet instant, d’un petit garçon effrayé et malheureux. Elle avait beau lutter contre ses sentiments, chaque minute passée auprès de lui renforçait les émotions qu’il éveillait en elle. Ses sentiments pour ce jeune garçon étaient indéfinissables mais bien réels. En l’espace de quelques jours, elle avait appris à l’aimer sans condition, contre toute raison, exactement comme elle aimait Castle de tout son cœur. L’un comme l’autre avait creusé un tunnel dans les fondations de la forteresse qu’elle avait dressée autour de son cœur pour finir par l’abattre, et elle se sentait parfois totalement démunie face à eux. Alors elle les repoussait, parce que c’était plus facile, mais aussi parce qu’elle avait peur. Peur de se laisser aller pour finir par les perdre. Et malgré cela, ils continuaient de la regarder avec cette étincelle d’amour et de compréhension. Comme s’ils n’étaient pas dupes de la façade qu’elle leur opposait. Oui, elle la grande Kate Beckett, maîtresse des faux semblants, ne parvenait pas à tricher avec eux. Dans un éclair, elle repensa à ce que sa mère ne cessait de lui répéter lorsqu’elle était enfant.
« Les seuls personnes que tu ne peux tromper sont ton enfant et l’homme que tu aimes et qui t’aime, car à leurs yeux, tu es la personne la plus importante au monde et ils savent toujours ce que tu caches au fond de ton cœur »
Elle devait reconnaître que c’était très vrai. Elle avait toujours su lorsque sa mère cachait sa fatigue ou ses préoccupations mais la respectait trop pour y faire allusion. Elle se contentait alors de se blottir contre elle et de lui faire un maxi câlin, espérant chasser de ses petits bras les nuages qui obscurcissaient le front maternel. Et elle ne se sentait jamais plus heureuse que lorsque sa mère s’apaisait contre elle et retrouvait le sourire. Secouant la tête pour chasser les réminiscences du passé et se concentrer sur son présent, elle observa Joan qui paraissait tout autant perdu dans ses pensées.
« Ecoute, cette affaire pourrait avoir une relation avec celle de ma mère, reste juste en retrait c’est tout. Je ne veux pas que tu sois mêlé de près ou de loin à ça, c’est trop dangereux. » Soupira-t-elle finalement en se passant une main dans les cheveux, les ramenant vers l’arrière.
« Pourtant je suis empêtré dans cette affaire depuis ma naissance, avant même ! » protesta-t-il en se redressant, comme pour mieux faire valoir son point de vue « Si je suis là c’est parce que cette affaire m’a privé d’une des personnes les plus importantes de ma vie et ce durant 18 ans ! » plaida-t-il en plantant un regard déterminé dans celui de sa mère, lui faisant comprendre qu’elle allait devoir composer avec lui, qu’elle soit d’accord ou pas.
La jeune femme ne répondit rien à cela. De toute façon que pouvait-elle répondre ? La partie rationnelle de sa conscience lui souffla qu’il avait raison, et qu’il était un atout dans cette partie de poker grandeur nature engagée depuis plus d’une décennie, mais la partie émotionnelle lui criait de le garder à l’abri, de le maintenir hors de portée du Dragon.
« Va te préparer ! » Eluda-t-elle en sentant poindre un début de migraine.
Se levant lourdement, comme si elle portait le poids du monde sur ses épaules, elle commença à ranger la cuisine sans plus s’occuper de l’adolescent qui restait là. Il aurait voulu continuer de la convaincre, mais il restait là, à l’observer, et finalement, c’est les épaules voûtées et le pas traînant qu’il quitta la pièce pour aller se doucher. Lorsqu’il fut prêt, il rejoignit sa mère qui attendait dans le salon. Sans un mot elle alla se préparer à son tour et dix minutes plus tard elle revenait, son masque de flic bien en place. Elle se saisit de ses clés et toujours en silence, ils sortirent de l’appartement de la jeune femme.
« Dis-moi Maman ? » lança-t-il lorsqu’ils furent installés dans la voiture, voulant détendre l’atmosphère lourde de tension.
« Hum… » Murmura distraitement Kate, concentrée sur la circulation alors qu’elle se faufilait avec dextérité entre deux taxis qui avaient adoptés une allure d’escargot.
« Est-ce que la tête de mule qui me sert de sœur a enfin compris ? Est-ce qu’elle s’est excusée ? » S’enquit-il d’une voix sourde et lourde de rancœur.
Kate tourna la tête vers son fils et le dévisagea. Il avait les sourcils froncés et se mâchouillait la lèvre, signe qu’il était anxieux d’avoir la réponse. Elle ne pensait pas qu’il puisse en vouloir autant à l’adolescente, n’ayant rien laissé paraître devant elle. Bien sûr, elle avait entendu lorsqu’il l’avait réprimandé après qu’Alexis l’ait agressée ce matin-là, mais elle n’y avait pas prêté attention, trop concentrée à conserver ses émotions sous contrôle. Mais visiblement, Joan nourrissait une animosité exacerbée envers sa sœur, et elle n’aimait pas ça. Elle ne voulait pas que les tensions qui existaient entre Castle et elle rejaillissent sur leurs enfants. Et elle se baffa mentalement à cette pensée. Repoussant les méandres dans lesquels s’égarait son esprit, elle se concentra sur Joan, notant une fois encore à quel point il lui était semblable.
« Alexis aime son père, tu comprends ? Elle se fait du souci pour lui et je conçois qu’elle ait pu se mettre en colère contre moi, je ne suis pas toute blanche Joan, j’ai ma part de responsabilité dans ceci. » Expliqua-t-elle d’un ton calme et posé en observant la réaction du jeune homme.
« Je suis d’accord, mais ça n’excuse pas son attitude ! » répliqua Joan d’un ton buté « Ne sait-elle pas combien tu as souffert de cette situation ? Bien sûr que si ! » Affirma-t-il sans lui laisser le temps d’en placer une avant de reprendre d’un ton virulent « Elle n’avait pas besoin d’être si odieuse avec toi, je l’aime mais je t’aime encore plus, et le fait de te rejeter c’est aussi me rejeter ! »
La détective regarda attentivement le jeune homme. Il avait les poings serrés, la mâchoire crispée et fixait la route, les sourcils froncés au point que ceux-ci se rejoignaient en une ligne droite. Encore un point commun. Cette mine c’était la sienne, il avait cette même veine de contrariété qu’elle avait lorsqu’elle était en colère. Mais il y avait de Castle dans cette expression fermée et butée. Pas de doute, Joan était le parfait mélange d’eux deux, et cela la ravissait autant que ça l’effrayait. Et progressivement, c’était le ravissement qui l’emportait haut la main. Agacée de se laisser à nouveau aller, elle se focalisa sur son fils, et fronça les sourcils en le voyant à ce point remonté comme un coucou suisse. Elle ne voulait surtout pas créer de conflit entre les deux adolescents surtout s’ils… Non c’était impossible. Idiote combien de temps vas-tu encore nier l’évidence ! Lui murmura une voix dans sa tête.
« Ne lui en veut pas Joan. » déclara-t-elle en posant sa main sur celle de l’adolescent, en en caressant le dos du pouce pour attirer son attention « Alexis est une jeune femme entière. Elle est intelligente et passionnée, et elle n’a simplement pas compris pourquoi j’agissais comme ça alors que je suis amoureuse de Castle. » Poursuivit Kate en se remémorant leur discussion, ne prenant pas garde à ce qu’elle venait de laisser échapper.
Joan quant à lui se retint de ne pas effectuer une petite danse de la victoire. Le fait d’être en voiture l’y aida grandement, et il se mordit le poing pour ne pas laisser éclater sa joie. Tout comme son père, il ne savait pas avoir le triomphe modeste, et se dandinait sur place tellement il éprouvait des difficultés à se contenir. Heureusement la voix de sa mère le calma quelque peu.
« Alors oui, elle s’est excusée bien que cela ne soit pas nécessaire à mes yeux » reprit Kate en resserrant son emprise autour de la main du jeune homme, comme pour l’empêcher de protester « Elle a compris ce qui m’avait poussé à agir, et chacune de nous a admis regretter sa conduite, donc en ce qui me concerne, tout va bien ! » termina-t-elle dans un tendre sourire.
« Mais elle a été tellement odieuse ! » s’étonna Joan en observant sa mère d’un air peu convaincu.
Il savait que sa mère pardonnerait à sa sœur, mais d’après ce qu’elles lui en avaient toujours dit les rares fois où elles avaient abordé le sujet devant lui, cela leur avait pris des mois avant d’assainir leur relation et de parvenir à repartir sur des bases saines. Mais là à en croire sa mère, il avait suffi d’un après-midi pour que tout rentre dans l’ordre. Alors oui, il était sceptique et ne s’en cachait pas.
« Nous avons eu une discussion à cœur ouvert et à présent plus aucune tension ne plane entre nous » Ajouta-t-elle en souriant au souvenir de la discussion qu’elle avait eue la veille avec l’adolescente.
Joan la toisa surpris. Comment pouvait-elle pardonner si vite à la jeune fille alors qu’avec son père sa rancœur était tenace ? Il était ravi que les choses se soient arrangées si vite avec Alexis, au contraire, si sa visite avait enfin un effet bénéfique, il n’allait pas s’en plaindre. Mais dans ce cas ne pouvait-elle pas faire preuve envers son père de la même clémence ? Ne pouvait-elle pas discuter avec lui de la même façon et lui pardonner ? Son cœur battit follement à cette idée alors qu’il songeait à ce que cela représenterait pour lui. Une chance de voir le jour. Une chance d’être bel et bien le fils de ces deux personnes merveilleuses.
« Tu es bien indulgente Maman ! » souligna-t-il en se tournant légèrement vers sa mère sachant qu’il s’engageait sur une pente savonneuse « Tu lui pardonnes bien vite je trouve ! Tu devrais appliquer cette attitude à Papa aussi ! » Répliqua-t-il en fronçant les sourcils, contrarié.
La jeune femme se figea et retira sa main comme s’il l’avait brûlée. Le jeune homme venait de lui porter un coup qu’elle ne s’attendait pas à recevoir mais elle encaissa, reprenant contenance. Elle aurait dû se douter qu'il s’en servirait pour tenter de plaider la cause de l’écrivain. Et elle ne pouvait pas lui en vouloir d’essayer, même si c’était effectivement le cas. Elle lui en voulait de prendre le parti de son père plutôt que le sien. Et elle se détestait pour ça, parce qu’elle avait l’impression d’être une mère divorcée qui se battait avec son ex pour gagner les faveurs de leur enfant. Or ils n’étaient rien de tout cela. En fait en cet instant elle aurait été bien incapable de dire exactement ce qu’ils étaient !
« Ce n’est pas pareil ! » Rétorqua-t-elle avec ferveur, grimaçant en tentant de chasser ces pensées parasites.
« Ah oui et en quoi est-ce différent ? » s’entêta Joan, refusant de lâcher le morceau « Tu as compris l’attitude blessante d’Alexis mais pas le mensonge de Papa ! Tu as le pardon sélectif ? » Lui répondit-il en grimaçant devant la mauvaise foi de sa mère.
Kate haleta sous la provocation et crispa les mains sur le volant pour résister à l’envie subite d’étrangler Joan. Dieu, il avait la même aptitude que Castle à lui faire perdre son calme d’un claquement de doigt. Elle dû faire appel à toute sa maîtrise pour ne pas tout simplement l’envoyer au Diable. Mais elle savait que cela ne résoudrait pas le problème puisque Joan ne se laisserait pas démonter par si peu.
« Joan… » Se contenta-elle de grogner sur un ton d’avertissement.
« Donc pour Alexis, tout se pardonne, même son comportement ? Tu la comprends. » Clarifia Joan l’ignorant royalement « Mais pour Papa, tu refuses de comprendre et de pardonner ? Mais bon sang quand accepteras-tu de voir que ce mensonge, c’était pour te protéger, pas pour te nuire ? En quoi est-ce différent de Lexy ? Ils t’ont tous deux fait du mal mais il y en a une à qui tu as pardonné sans même réfléchir » Ajouta-t-il en secouant la tête, reportant son attention sur sa droite admirant la route défiler sous ses yeux.
Kate ouvrit puis referma la bouche après cette tirade emplie de bon sens. Plus aucune parole ne fut échangée jusqu'au lieu du crime. La détective était quelque peu contrariée de s’être fait moucher ainsi par l’adolescent mais au final, elle devait reconnaître qu’il n’avait pas tout à fait tort. Elle-même ne comprenait pas pourquoi pardonner à Alexis avait été si facile, comme une évidence, alors qu’elle se refusait à faire preuve de la même clémence envers son partenaire. Etait-ce l’amour qu’elle éprouvait pour lui qui la rendait à ce point exigeante envers lui, aussi intraitable ? Et si c’était le cas, était-ce juste pour lui ? Ne risquait-elle pas de le décourager à force de placer la barre trop haute ? Elle en demandait bien plus à Castle qu’à n’importe qui d’autre en ce monde, et il ne s’en plaignait pas, jamais, se pliant à ses exigences, toujours.
« Tu es trop jeune pour comprendre, mais quand il s’agit d’amour, l’on en exige toujours plus de la personne à qui l’on a confié son cœur… » Soupira-t-elle finalement, une lueur nostalgique au fond des yeux.
« Mais n’arrive-t-il pas parfois d’en demander trop au point de pousser l’autre à se détourner, conscient de ne pas être à la hauteur ? » rétorqua-t-il avec douceur, voulant faire comprendre à sa mère ce qu’elle risquait de perdre dans ce petit jeu.
« Pas avec son One and Done, pas avec son âme sœur ! » certifia Kate, sa voix portant tout le poids de sa conviction.
Songeur Joan l’observa. Elle croyait en ce qu’elle venait de dire, et en un éclair, il comprit qu’elle disait vrai. Il ne connaissait son père que depuis 4 jours, mais déjà, il savait qu’il était prêt à tout endurer, prêt à tout surmonter pour sa mère. N’avait-il pas sacrifié sa vie pour elle ? Tout comme elle était prête à tout pour lui, sauf avouer ses sentiments. Mais ce n’était pas parce qu’elle n’en disait rien que ceux-ci n’existaient pas. Fasciné, il repensa aux scènes de complicité, aux échanges silencieux auxquels il avait assisté, et son cœur se gonfla à l’idée qu’il allait permettre à cet Amour de survivre, de s’épanouir et de briller de mille feux. Grâce à lui, ses parents seraient réunis, pour ne plus jamais être séparés. Et définitivement le voyage en valait la peine songea-t-il en observant le profil épuré de sa mère sur lequel flottait un tendre sourire dont le destinataire était absent, et dont il percevait malgré tout la présence, comme une aura protectrice autour de sa mère.
« Nous y sommes. Je vais me garer à l’écart, et souviens-toi de rester près de la voiture ! » Lança soudainement Kate, le ramenant au présent au moment où le moteur se taisait.
« Oui je sais, je joue les hommes invisibles, et je me lance dans une imitation de Bernardo chaque fois que quelqu’un m’adresse la parole ! » maugréa-t-il en prenant un air boudeur qui tira un sourire amusé à Kate.
« Quand Zorro doit-il venir ? » s’enquit-elle en roulant des yeux.
« Euhhhhh…. » Souffla Joan en se frappant le front du plat de la main « J’ai oublié de lui parler du meurtre ! » Avoua-t-il piteusement.
« Alors fais-le, il prendra le train en marche, comme d’habitude ! » décida Kate en quittant la voiture sans attendre la réponse de l’adolescent.
« Bravo mon vieux ! Tu n’en rates pas une en ce moment ! » Se morigéna-t-il en observant la silhouette élancée de sa mère s’éloigner dans la nuit.
Chapitre 19 :
Joan resta un long moment ainsi, le visage tourné vers l’endroit où sa mère avait disparu derrière le ruban jaune typique des scènes de crime. Il mourrait d’envie de désobéir et d’aller l’observer travailler, de la voir telle que son père la décrivait dans ses romans, de savoir si Nikki Heat était réellement proche de l’originale. Déjà, il l’avait vu marquer une légère pause avant de franchir le cordon policier, et il avait senti son cœur bondir de fierté à l’idée que cette femme extraordinaire était sa maman. Oui, il aurait aimé la voir en action, l’observer alors qu’elle rendait hommage au mort en résolvant le crime qui l’avait trop brutalement privé du reste de son existence, mais il savait que s’il faisait ça, il briserait le fragile équilibre qui s’était instauré dans leur relation. S’il lui désobéissait, elle se renfermerait de nouveau, persuadée qu’il n’était pas digne de confiance, et il devrait repartir de zéro, or il ne pouvait pas se le permettre.
Le temps lui était compté, son corps le lui faisait bien comprendre, il n’en avait plus pour longtemps, tout son être respirait la douleur mais il n’en avait cure. Tout ce qui comptait pour lui c’était sauver son père et faire en sorte que ses parents se retrouvent et il ne pouvait saper ses efforts pour une curiosité mal placée. Et puis il devait appeler son paternel. Il ne voulait pas aggraver la relation déjà tendue entre ses parents en omettant la commission. Si son père ne débarquait pas rapidement, sa mère serait encore plus remontée contre lui, et ce ne serait une bonne chose pour personne, et surtout pas pour lui. Autant parce que cela réduirait considérablement ses chances d’être conçu, celles-ci étaient déjà devenues quasi nulles, mais aussi parce que c’était lui qui devrait faire les frais de la mauvaise humeur maternelle. Et s’il lui restait seulement 3 jours de vie, il préférait autant partir sur le visage heureux et souriant de sa mère.
Donc définitivement il préférait vraiment éviter de la contrarier une nouvelle fois et de l’éloigner plus encore de son père. La simple idée de supporter sa mère de méchante humeur le fit grimacer et il s’empara précipitamment de son cellulaire. Il fallait vraiment que son père vienne, et rapidement.
« Bon sang Joan ! Qu’est-ce qu’il t’a pris de me raccrocher au nez ? » S’écria son père alors que la première sonnerie n’était même pas achevée.
« Désolé ‘pa » souffla Joan en se dandinant comme si son père se trouvait en face de lui « Mais Maman… » Commença-t-il à se justifier avant d’être interrompu.
« Ne te sers pas de ta mère comme excuse ! » répliqua fermement Castle, furieux que son fils ait osé le maintenir à l’écart ainsi.
« Mais c’est vrai ! Elle a reçu un appel au milieu de la nuit pour l’informer d’une nouvelle affaire ! » Protesta Joan en roulant des yeux.
Il adorait ses parents, mais par moment, ils le rendaient dingue, à croire que c’était lui l’adulte et eux les enfants. Comment deux adultes équilibrés et responsables comme eux pouvaient se conduire comme deux adolescents en crise dès qu’il s’agissait de l’autre ? C’était un mystère pour lui, et définitivement, il n’était pas pressé d’expérimenter cette facette d’une relation amoureuse. Il était épuisé rien que de regarder ses parents interagir, alors le vivre par lui-même…
« Une enquête ? Où êtes-vous ? » Voulut savoir Castle en se calmant instantanément.
« 430 Columbus Avenue, devant Bicycle Renaissance » expliqua Joan en sortant de la voiture afin de respirer l’air frais et presque pur, on était à New York après tout, typique des premières heures du jour.
« J’arrive, je… » S’exclama Castle, mais sa voix fut couverte par celle d’une personne bien familière à Joan.
« Hey gamin, c’est la voiture d’un flic que tu prends pour un fauteuil ! » Le réprimanda Esposito en s’avançant vers lui une expression menaçante sur le visage.
« Je sais, je suis venue avec ma… le lieutenant Beckett » se reprit Joan en souriant à son parrain.
« Oh vraiment ? Et qui es-tu ? » S’enquit le latino en le détaillant avec tant d’attention que Joan eut l’impression d’être sous un microscope.
« Un ami de la famille… » Éluda-t-il en grimaçant devant l’air menaçant de celui qui lui avait tant appris, celui qui avait était plus un père qu’un parrain durant ses dix-huit années de vie.
« Joan ? Quelque chose ne va pas ? » S’inquiéta Castle qui avait suivi des bribes de la conversation.
« C’est juste Oncle Espo qui me fait subir un interrogatoire en règle ! » chuchota-t-il pour que le latino ne l’entende pas.
« Passe-le moi » décida Castle conscient que les Gars ne devaient pas découvrir la véritable identité de Joan.
Kate était assez furieuse contre lui comme ça. Si jamais il crachait le morceau, elle le maudirait sur plusieurs générations, et de l’eau coulerait sous les ponts avant qu’elle daigne à nouveau lui adresser la parole.
« Lieutenant Esposito ? Pour vous » entendit-il Joan déclarer, et un sourire amusé étira ses lèvres en imaginant l’expression méfiante teintée de curiosité du latino.
Ce dernier avisa avec circonspection l’adolescent avant de se saisir du téléphone non sans le dévisager d’un regard suspicieux.
« Allô ? » retentit la voix soupçonneuse du flic.
« Yo Bro ça va comme tu veux ? » lança l’écrivain en se retenant de rire.
« Castle ? » s’assura Espo en se détendant instantanément.
« C’est moi ! » S’amusa l’écrivain avant de reprendre avec plus de sérieux « Alors comme ça tu fais subir un interrogatoire à mon cousin ? » s’enquit-il en priant pour que son ami achète l’histoire.
« Ton cousin ? » s’étonna Esposito en lançant un coup d’œil spéculateur sur Joan qui sourit en entendant le mensonge de son père.
« Ouais… il est venu passer quelques jours chez moi et Beckett s’est mis en tête de faire son éducation en lui faisant un sermon interminable sur les risques qu’il courrait à se balader dans les rues de New York, mais je ne pensais pas qu’elle pousserait le vice jusqu’à le traîner sur une scène de crime ! » improvisa l’écrivain d’un ton légèrement effaré.
Le latino regarda Joan de la tête au pied. Il se surprit à lui sourire à son tour, ce petit avait une bonne tête et sans conteste un sacré air de famille avec Castle vu la ressemblance d’avec son pote romancier. Mais il détectait en l’adolescent un quelque chose de plus qu’il ne pouvait pas définir qui lui rappelait quelqu’un d’autre mais c’était complètement stupide puisque la personne à qui il pensait n’était autre que sa boss et aux dernières nouvelles Castle et elle n’étaient pas de la même famille
pas encore du moins.
« Le gosse a rien vu Bro, je te rassure. Il est près de la voiture, lui il écoute Beckett au moins » le rassura instantanément Esposito lançant un clin d’œil complice à Joan qui lui rendit par un grand sourire qui là encore rappela à l’inspecteur le sourire de sa chef.
« Tu comptes passer nous voir ? » s’enquit-il en détournant la tête troublé par les pensées toutes plus folles les unes que les autres qui lui traversaient l’esprit.
« Je suis en route, je devrais être là dans 5 min » Approuva Castle.
« Tu sais qui est notre victime ? » Poursuivit Espo au moment où Ryan le rejoignait, lançant un regard surpris à Joan qui se contenta de lui sourire innocemment en retour.
« Un citoyen lambda ? » Proposa Rick au moment où un taxi stoppait à l’entrée de la ruelle.
En voyant l’écrivain en descendre, Esposito mit fin à la communication et rendit son cellulaire à Joan qui le rempocha en silence, curieux d’assister à la suite de cette discussion. Alors que son père rejoignait leur petit groupe, Joan tourna la tête vers l’endroit où avait disparu sa mère, et sourit en la voyant réapparaître, plongée dans une discussion animée avec Lanie. Que pouvaient-elles bien se dire ? Joan en avait une petite idée connaissant sa marraine nul doute qu’elle faisait le forcing auprès de Kate pour la pousser dans les bras de son writer boy comme elle se plaisait à l’appeler. Il savait qu’avec Lanie il avait une alliée de taille et la remerciait en silence alors qu’elle lui jetait un regard entendu, clin d’œil à l’appui pour confirmer ses soupçons. Il sourit en réponse et leva discrètement son pouce pour lui faire comprendre que le message était reçu 5/5.
« Alors, qui est notre invité surprise ? » lança son père à Esposito avant de s’approcher de lui.
« Salut ! »Souffla Joan alors que son père le serrait dans ses bras.
« Salut mon grand, tu tiens le coup ? » s’inquiéta-t-il en le dévisageant attentivement.
« Arrête de le couver, il n’a pas approché le corps ! » se moqua Esposito en les observant attentivement.
Castle avait une attitude surprotectrice, comme il l’aurait fait avec Alexis, pourtant c’était seulement son cousin pas son fils, se dit-il, ou bien si sa mère apprenait que son rejeton avait été sur une scène de crime peut être lui ferait-elle la peau. Il sourit à l’idée qu’une autre femme que Kate Beckett puisse faire peur à son ami.
« C’est peut-être à cause de Beckett qu’il pose la question » fit valoir Ryan à qui Espo avait brièvement expliqué qui était Joan et la raison de sa présence ici.
« Je vais bien. Tout s’est bien passé avec le lieutenant, nous avons beaucoup parlé tous les deux » déclara tranquillement Joan en lançant un regard entendu à son père qui acquiesça pour lui faire comprendre qu’il avait reçu le message.
« Bon alors, vous m’expliquer ce qu’on a ? » Relança Castle en restant près de Joan.
Amusé, Joan tourna la tête vers son père, et réalisa que celui-ci se tenait de telle façon qu’il l’empêchait efficacement de voir quoi que ce soit qui se passait de l’autre côté du ruban jaune. Levant les yeux au ciel, il souffla bruyamment, faisant comprendre à son paternel qu’il n’était pas dupe de son manège. C’était une attitude adorable mais il avait vu bien pire, oui bien pire que le cadavre d’un inconnu.
« Rod Halstead est mort. Une balle en pleine tête. Et avant ça, et bien disons qu’il n’est pas mort en rigolant… » Lui apprit Ryan en grimaçant en se remémorant dans quel état était la victime
« C’était si moche que ça ? » Demanda Castle en tournant instinctivement la tête vers l’endroit où Beckett discutait toujours avec Lanie.
Joan remarqua que sa mère semblait tendue, nul doute que la conversation avait dévié vers un terrain plus professionnel, moins léger, et que la jeune femme avait compris par qui avait été tué le pompier. Il observa son père qui regardait sa mère avec abattement et comme si elle avait senti son regard, elle tourna la tête vers lui et se figea en l’apercevant. Leurs regards s’ancrèrent, et le monde s’effaça autour d’eux. Le regard de Castle exprimait les regrets alors que celui de Beckett reflétait sa colère. Mais tous deux avaient la même lueur de tristesse.
« Laisse-lui un peu de temps » souffla Joan en posant une main rassurante sur l’épaule de son père.
« Je ne fais que ça… » Marmonna Castle en reportant son attention sur les Gars.
Il se sentait las et fatigué de lutter, il l’aimait plus que tout, il le lui prouvait chaque jour et elle n’avait que des regards de reproches pour lui. Combien de temps encore tiendrait-il ? Il serait prêt à l’attendre toute sa vie s’il le fallait mais est-ce que cela servirait à quelque chose au final ? Il regarda Joan qui lui souriait tendrement, il lui sourit et redressa ses épaules voûtées. Oui cela en valait la peine, Joan en était la preuve vivante. Kate Beckett finirait par parcourir le reste du chemin qui les séparait encore, et ils formeraient enfin ce « nous » qu’il appelait de tous ses vœux depuis le jour où elle lui avait mis sa plaque sous le nez. Durant cette soirée, il avait fait le vœu que quelque chose de nouveau vienne rompre la monotonie dans laquelle il s’engluait, et l’Univers lui avait envoyé Kate. Et après elle venait lui dire que la magie n’existait pas ? Oui, il était presque au bout du chemin, et bientôt elle serait tout à lui.
Mais en attendant, il devait être patient, et se concentrer sur ce nouveau meurtre. D’autant que d’après Joan, une catastrophe était imminente.
« Pourquoi le tuer après toutes ces années ? » s’interrogea-t-il en fronçant les sourcils.
« Visiblement Beckett avait raison en disant que l’incendie de l’entrepôt d’Union Street n’était pas un accident. » remarqua Ryan en sortant son calepin de la poche intérieure de sa veste.
« Ouais. Si Halstead était pourri, il a dû prévoir une assurance, et ce sont ces dossiers que son meurtrier cherchait » approuva Esposito en sortant également ses notes.
« Vous avez trouvé quelque chose ? » voulut savoir Castle avec intérêt.
« Nop. Quoi que ce mec cherchait, il ne l’a pas trouvé. Pas ici en tout cas. » Déclara Ryan en consultant ses notes.
« Beckett veut que nous nous rendions chez Halstead en espérant que nous y arriverons avant Maddox » Ajouta Esposito en faisant un petit signe de tête vers la jeune femme.
« Quand Halstead a-t-il été tué ? » demanda Castle en arquant un sourcil.
« Le corps est encore chaud, souple et sans lividité. D’après Lanie, il est mort depuis moins de deux heures » révéla Esposito en lisant ses notes.
« Qu’est-ce que cet endroit a de spécial ? » demanda de nouveau Castle qui tentait de comprendre pourquoi Maddox avait choisi de tuer Halstead ici et non chez lui.
« D’après ce que nous a appris l’enquête de proximité, les voisins affirment que la brigade de Halstead avait fait de cet endroit leur QG. C’est ici qu’ils venaient boire un coup après le boulot. Le patron est un pompier à la retraite. Halstead et lui étaient amis. » Leur apprit Ryan sans même jeter un regard à son calepin.
« Il nous a appris qu’il laissait Rod se servir d’une pièce derrière son propre bureau et affirme ne pas savoir ce qu’il y faisait. Halstead lui a seulement dit qu’il avait besoin d’un endroit où bosser sur certains dossiers épineux » poursuivit Esposito en échangeant un regard entendu avec Castle.
« Et évidemment le bureau a été fouillé de fond en comble. » affirma Castle en soufflant légèrement.
« Ouep. Du sol au plafond. Littéralement. Le faux plafond a été démonté, la moquette arrachée, ce qui nous fait penser que Maddox n’a pas trouvé ce qu’il était venu chercher. Il a torturé ce pauvre gars qui a sûrement tenté de s’échapper mais il a été rattrapé sans mal, vu la gravité de ses blessures pre mortem » continua d’expliquer Ryan.
« Mais comment sait-on que c’était bien Maddox ? » demanda Castle en jetant un regard inquiet vers Kate, sachant combien le seul nom de cet homme suffisait à la rendre folle de rage et lui fou d’inquiétude pour elle.
« Un gosse l’a formellement identifié. Beckett l’a placé sous protection au cas où, même si Maddox ne l’a visiblement pas vu, elle ne veut pas prendre de risque » déclara Esposito en hochant la tête, comme s’il était d’accord avec cette décision.
« Elle a eu raison » approuva Castle avant d’ajouter « merci pour le topo, mais vous devriez y aller avant qu’elle ne vous tombe dessus »
« Ouais, elle va encore nous accuser de tirer au flan ! » grommela Ryan en secouant la tête avec affliction.
« Papa ? » appela Joan en se rapprochant de son père pour que lui seul entende ce qu’il allait dire.
« Oui fils ? » s’enquit celui-ci en se tournant vers le jeune homme.
« Va avec eux. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai entendu Maman dire un jour que les gars avaient laissé échapper un indice capital et que ça aurait tout changé. » Souffla-t-il en jetant des regards aux Gars pour s’assurer qu’ils n’écoutaient pas « Ce n’était pas de la négligence de leur part » s’empressa-t-il d’ajouter en voyant son père prêt à défendre ses amis « mais Maman a dit qu’ils n’avaient pas décelé l’importance de cet indice, mais que si tu avais été avec eux, tu l’aurais su !»
« Tu sais bien que je fais équipe avec ta mère d’habitude ! » hésita Castle en regardant vers Kate qui continuait à parlementer avec Lanie.
« Je sais papa, mais là tu seras plus utile avec les gars, et puis maman est encore fâchée contre toi, elle a besoin de plus de temps pour se calmer » insista Joan en priant pour que son père accepte et parte avec les Gars.
« D’accord, je te laisse lui expliquer » soupira Castle en courant rejoindre les Gars qui étaient déjà presqu’à leur voiture.
Joan regarda son père partir, et pria pour qu’il ait eu raison d’envoyer son père là-bas, de l’éloigner de sa mère. Mais il ne devait négliger aucune piste, et celle-ci était suffisamment de taille pour avoir laissé un goût d’amertume à sa mère. Il ignorait ce dont il s’agissait, mais il faisait confiance à son père pour trouver. En attendant, il devait tout expliquer à sa mère avant qu’elle ne se fâche plus contre son père. Parce qu’il avait raison, même lors de leur pire dispute, ils avaient toujours travaillé ensemble. Et le fait qu’il fasse équipe avec un autre risquait d’être mal interprété, même si c’était avec les Gars qu’il venait de partir. Il se souvenait vaguement avoir entendu sa marraine parler un jour d’un flic avec qui son père avait fait équipe après avoir découvert le mensonge de sa mère concernant le jour de la fusillade, et il ne voulait pas qu’elle croit à nouveau qu’il envisageait de mettre un terme à leur partenariat.
Chapitre 20 :
Plus Lanie lui parlait, et moins Kate aimait ce qu’elle entendait. Halstead avait été méchamment torturé, et cela ne pouvait signifier qu’une chose après toutes ces années. Le Dragon avait décidé de faire le ménage, et il commençait par ceux qui pouvaient détenir des preuves l’accablant. Une fois que ce serait fait, il s’en prendrait à elle et aux personnes qui lui étaient chères, cela ne faisait aucun doute à ses yeux. Et il était hors de question que cela se produise. Joan l’avait avertie, elle était sur ses gardes, et elle empêcherait le Dragon de nuire à nouveau. Elle allait le démasquer et l’envoyer derrière les barreaux pour les prochaines décennies. Remontée à bloc, et bien décidée à mettre un terme définitif à cette histoire qui n’avait que trop duré, elle retourna vers sa voiture, souriant en découvrant que Joan avait scrupuleusement respecté ses consignes. Mais son sourire s’effaça en constatant que Castle n’était nulle part en vue.
« Castle a déserté ? » S’enquit Kate, le faisant sursauter.
« Non, il est parti avec les Gars » expliqua-t-il en se redressant pour lui faire face.
« Je vois… » Souffla-t-elle en fronçant les sourcils, contrariée avant de prendre un air indifférent.
« Il voulait rester ici avec toi, mais c’est moi qui lui ait dit d’aller avec les Gars » clarifia Joan qui s’était attendu à cette réaction.
« Mais pourquoi ? » s’insurgea Kate en lui lançant un regard courroucé.
« Parce que je me suis souvenu t’avoir entendu dire que si papa les y avait accompagné, vous auriez mis bien plus tôt la main sur un indice qui vous aurait permis de rassembler plus rapidement les pièces du puzzle et que papa aurait pu être sauvé ! » révéla-t-il en lui lançant un regard d’excuse.
« Quel indice ? » voulut-elle savoir avec intérêt ignorant la fin de phrase de son fils qui faisait grossir la boule qu’elle avait à l’estomac depuis quelque temps.
« Je l’ignore, tu n’es jamais entrée dans les détails, comme pour tout ce qui concernait cette affaire. Je sais juste que c’était important, vital dirais-je » grogna-t-il, aussi frustré que sa mère de ne pas en savoir plus, mais voulant bien lui faire comprendre la nécessité que son père aille avec les gars.
« Et que sais-tu d’Halstead ? » l’interrogea-t-elle en lui faisant signe de grimper dans la voiture.
« C’était un type honnête. » lança-t-il sans hésitation « Du moins en apparence. Pas de mouvements suspects sur ses comptes, pas de plaintes au cours de sa longue carrière, un dossier en béton, plusieurs décorations pour services rendus à la ville de New York dans l’exercice de ses fonctions, un homme d’honneur en apparence » poursuivit-il en lui résumant ce qu’il savait de cet homme.
« Oui je sais, et pourtant je suis sûre qu’il est lié à l’affaire du meurtre de Maman.» murmura Kate comme pour elle-même.
« Et tu as raison. En faisant mes propres recherches, j’ai découvert que tu avais réussi à mettre à jour un compte secret sur lequel le Dragon effectuait des versements réguliers. 15 000 dollars tous les mois. Le premier versement a commencé deux semaines avant l’incendie. Le compte est au nom de la sœur d’Halstead. » Lui révéla Joan sachant que sa mère apprécierait l’information.
« Nous aurions dû y penser ! » pesta Kate, une lueur d’excitation au fond des yeux, alors qu’une nouvelle piste s’ouvrait à elle.
« Pourquoi ? A part ton intuition, tu n’avais aucune raison de douter de l’honnêteté de cet homme. Mais sa mort rouvre l’enquête » rétorqua Joan qui ne voulait pas qu’elle se reproche d’avoir mal fait son travail.
Car sa mère était la droiture même. Il se souvenait de ce film, Les incorruptibles, et petit, il se disait que celui qui avait fait le film avait pris exemple sur sa mère. Elle était une Eliot Ness au féminin. D’ailleurs, son père en avait fait un trait dominant de la personnalité de Nikki Heat. Et ce n’était pas juste pour faire joli. Sa mère était réellement incorruptible. L’image même de la droiture, et c’était bien pour ça qu’elle était aussi gênante aux yeux du Dragon.
« Autre chose ? » s’assura-t-elle en tournant dans la rue qui les ramenait au 12th alors que déjà celle-ci grouillait de monde.
« Si je ne m’abuse, vous avez aussi découvert l’existence d’un coffre dans une banque ouvert cette fois sous le nom d’une tante éloignée, ou une cousine, je ne sais plus » déclara Joan après quelques minutes de réflexion.
« Je vais vérifier ça » souligna Kate en fronçant les sourcils, signe qu’elle réfléchissait déjà à ses prochaines actions.
Joan tourna la tête pour l’observer, et sut qu’elle était déjà totalement concentrée sur son enquête. Mais il eut enfin la confirmation que quoi qu’en dise sa mère elle le croyait, parce qu’elle ne remettait plus en doute ce qu’il lui disait. Avec amusement, il eut l’impression d’être un indic lui ayant révélé un bon tuyau. Mais il se retint d’en faire la remarque, ne voulant pas la déranger dans ses réflexions. Alors qu’ils regagnaient son bureau, il comprit ce que devait ressentir son père dans ces cas-là. Et encore, lui participait aux enquêtes, et il se promit de tout faire pour lui faciliter la tâche. Il accepterait même de fouiller dans les archives poussiéreuses pour l’aider, même s’il ressentait encore cette fatigue et ce mal de tête lancinant, il les aiderait pour leur faire gagner du temps. Et il allait commencer en lui préparant du café et en veillant à ce qu’elle soit régulièrement approvisionnée jusqu’au retour de son père qui prendrait le relais.
Sans attendre que les portes de l’ascenseur soient totalement ouvertes, Kate fonça vers son bureau sur la chaise duquel elle jeta sa veste avant de se saisir de son téléphone.
« Juge Markway ? » lança-t-elle dans le combiné dès que son interlocuteur daigna décrocher « Je sais qu’il est tôt monsieur, mais j’aurais besoin d’un mandat… » Expliqua-t-elle en s’asseyant sur le bord de son bureau.
Elle ne devait perdre aucune seconde. Maddox était certainement déjà sur le coup et quoiqu’il arrive ils devaient le devancer. Cette fois, il ne leur échapperait pas. Avec un peu de chance, les gars arriveraient avant lui chez Halstead et lui couperaient l’herbe sous le pied. En espérant que Maddox ne décide pas de tenter le tout pour le tout pour récupérer ces fameux dossiers, et qu’il attaque les gars sur place. Mais ce serait suicidaire. Parce que même s’il avait le temps d’en maîtriser un, les deux autres répliqueraient et le descendraient sans la moindre hésitation. Non, il n’était pas idiot à ce point. Il attendrait simplement une occasion pour récupérer les preuves. Même s’ils les lisaient, si les documents disparaissaient, ils se retrouveraient pieds et poings liés. Elle devrait donc simplement s’assurer que Maddox ne puisse pas s’infiltrer dans le 12th et faire disparaître les documents. Réfléchissant à la meilleure façon d’agir, elle jeta un regard à sa montre, songeant distraitement que les gars ne devraient plus tarder à arriver sur les lieux.
Si les Gars avaient été surpris que Castle préfère venir avec eux plutôt que de rester avec Beckett, ils eurent la délicatesse de n’en rien laisser paraître et acceptèrent qu’ils l’accompagnent. Après tout, dans ce genre de mission, une paire d’yeux supplémentaire ne serait pas du luxe. Et ils devaient reconnaître que Castle avait un flair infaillible pour remarquer le plus petit détail insolite, celui que des flics ne remarquaient pas forcément. Mais Castle, de par son métier, s’attachait aux éléments qui paraissaient de prime abord insignifiants, mais qui au final se révélaient déterminant pour l’enquête. De plus, cette affaire n’était pas anodine. Elle concernait de près le meurtre de la mère de Beckett, et rien que pour cela, ils savaient que Castle se donnerait à fond pour la résoudre comme il l’avait fait depuis quatre ans à chaque fois qu’ils y étaient confrontés.
« Hey Castle qu’est-ce qui ne va pas avec Beckett ? » Se risqua finalement Ryan à qui le silence qui régnait dans la voiture commençait à peser.
« De quoi tu parles ? » Biaisa l’écrivain en feignant de ne pas comprendre où il voulait en venir, espérant en vain que cela suffirait à le décourager de poursuivre.
Mais c’était sans compter sur Esposito qui n’attendait que cela pour enchaîner, lui aussi ayant remarqué la froideur qui régnait entre les deux partenaires. S’il y avait bien une chose qu’il détestait cétait lorsque papa et maman s’étaient disputés, et là cela ne faisait aucun doute que c’était le cas, le regard qu’il avait surpris était plus qu’explicite.
« Nous prends pas pour des billes Bro, pour que tu sois-là plutôt qu’avec elle, c’est forcément qu’il y a de l’eau dans le gaz » Clarifia-t-il en lui coulant un regard par le biais du rétroviseur central.
Il aurait dû se douter qu’il ne s’en sortirait pas si facilement, à chaque fois qu’il y avait eu une brouille entre Beckett et lui, les deux concierges étaient sur le devant de la scène. Il comprenait bien leur inquiétude, en était touché même, mais il aurait aimé parfois qu’ils se mêlent de ce qui les regardaient. Après un long soupir il les regarda passant une main dans ses cheveux.
« Quand Montgomery est mort, j’ai reçu un appel d’un de ses amis… » Commença Castle, hésitant à tout leur raconter, mais au point où il en était, la situation ne pouvait pas être pire.
« Et que te voulait ce gars ? » demanda Esposito d’un timbre dénué d’émotion.
Son radar de flic se mit en route instantanément à l’entente du nom de son ex-patron et ami. Et le timbre de voix de l’écrivain lui soufflait qu’il y avait des révélations dans l’air. Et pour que Beckett et lui se soient fâchés, il fallait qu’il y ait plus que le coup de fil d’un vieil ami pour des condoléances. A tous les coups, l’écrivain avait encore joué les superhéros dans le but de protéger sa muse, et celle-ci n’avait pas apprécié. A force de les côtoyer, il commençait à connaître leur mode de fonctionnement, et s’il en avait eu l’occasion, il aurait bien parié sur son intuition. Tant pis, avec ces deux-là, il aurait bien d’autres occasions de se faire de l’argent facile. La voix de Castle le ramena sur terre, et il se reconcentra sur le discours de son ami.
« Il m’a appris que Montgomery lui avait envoyé un dossier contenant suffisamment de preuves pour assurer la protection de Beckett. Qu’en souvenir du capitaine, il s’en chargerait, mais en contrepartie, je devais m’assurer que Beckett laisse tomber l’enquête » poursuivit-il en se dandinant sur son siège mal à l’aise alors qu’il sentait le regard des gars sur lui.
« Et tu as accepté ? » demanda Ryan avec désapprobation.
Il se doutait bien que les gars n’apprécieraient pas qu’il ait agi ainsi, que malgré leur amitié, Kate passait avant. Elle était comme une sœur pour eux, et ils étaient prêts à tout pour la protéger. Il se souvenait avec amertume de leur attitude à son retour des Hampton. Il se souvenait qu’ils n’avaient pas hésité à le malmener pour venger leur amie. Sur le coup il en avait été blessé après tout c’était elle qui l’avait repoussé, c’était elle qui l’avait poussé dans les bras de Gina. Pourtant, au fond de lui, il n’aurait pas aimé qu’ils agissent différemment.
« Oui » se contenta de répondre Castle avant de reprendre « Non seulement j’ai accepté, mais j’ai continué à mener ma propre enquête, sans en parler à personne. »
« Et ? » le relança Esposito sans se départir de son calme olympien.
« Et Beckett l’a découvert. » Soupira Castle sans rien préciser de plus.
« Et tu t’étonnes qu’elle soit furieuse ? Tu as sacrément merdé sur ce coup vieux ! » S’exclama Ryan en prenant le parti de Beckett comme toujours.
« Pourquoi ? Parce que je refuse qu’elle se fasse à nouveau tirer dessus ? Parce que sa sécurité passe avant le reste à mes yeux ? Parce que je veux l’aider à résoudre l’affaire de sa vie sans pour autant qu’elle mette la sienne en péril ? » S’emporta Castle en laissant la colère que la réaction de la jeune femme avait éveillée en lui s’exprimer.
Même s’il comprenait et approuvait le sentiment protecteur que les Gars manifestaient envers Kate, il en avait assez de passer pour le salaud de l’histoire chaque fois qu’une brouille survenait entre eux. Il en avait assez de devoir sans cesse se justifier lorsqu’il ne faisait que protéger la femme qu’il aimait. Mieux que personne il savait combien Kate était forte et capable de prendre soin d’elle sans l’aide de quiconque, mais de la même façon, il savait qu’elle avait parfois besoin d’une épaule sur laquelle s’épancher, de bras dans lesquels se réfugier, que parfois elle avait elle aussi besoin qu’une personne prenne les choses en main et veille sur elle. Et il voulait être cette personne pour elle, il voulait être celui sur qui elle pouvait compter quelle que soit la situation.
« Il a raison Bro ! Si la vie de la femme que j’aimais était en danger, j’aurais agi de la même façon, et toi aussi, tu le sais très bien alors sois cool mec ! » Déclara Esposito alors que Ryan s’apprêtait à ouvrir la bouche afin d’en rajouter une couche.
« C’est vrai, mais c’est de Beckett dont on parle ! » Maugréa Ryan en adressant un sourire d’excuse à Castle alors qu’il se sentait idiot de lui avoir fait des reproches.
« Je sais les Gars, et j’ai détesté lui cacher ça, mais je recommencerais sans hésiter pour la garder en sécurité. Vous étiez là, vous l’avez vu s’embourber jour après jour. Elle avait besoin de ça pour se reprendre et guérir de sa blessure aussi bien physique que psychologique. Je sais que j’ai fait ce qu’il fallait, même si elle ne me pardonne jamais ce qu’elle considère comme une trahison, même si elle décide de ne plus m’adresser la parole, je ne regretterai pas d’avoir agi ainsi » avoua tristement Castle.
« Elle va se calmer vieux, laisse lui du temps » le rassura Esposito en croisant son regard dans le rétroviseur.
« Pourquoi crois-tu que je suis là ? Ce n’est définitivement pas parce que je trouve votre compagnie plus agréable que la sienne ! » Les taquina-t-il en retrouvant le sourire.
« Ouais on est tout juste bon à jouer les faire valoir mais il est là que pour la fille ! » Se plaignit faussement Ryan, les faisant rire tous les trois.
« Et ton enquête a donné quelque chose ? » voulut savoir Esposito lorsque le calme fut revenu.
« Pas vraiment. Il y a encore trop de blancs pour que ça donne vraiment quelque chose, mais qui sait peut-être qu’on trouvera les pièces manquantes chez Halstead » soupira Castle en se rembrunissant.
« Tu nous autoriserais à jeter un œil à tes documents ? » demanda Ryan avec prudence.
« Sans problème, mais j’aimerais que Beckett soit la première à voir ces dossiers, je lui dois bien cela ! » dit-il en soupirant de nouveau.
« Ok vieux, mais ne traîne pas trop à lui montrer, j’aimerais résoudre cette affaire avant le prochain millénaire ! » ironisa le latino en échangeant un feed the bird avec son partenaire.
« Pour tout vous dire, moi aussi ! » approuva Castle avec un long soupire empli de lassitude.
« Si c’est pas mignon, il soupire après sa belle comme une jeune demoiselle qui se languit de son prince charmant ! » ricana Ryan en lui lançant un regard narquois.
« Continuez sur ce ton et la belle en question enverra vos carcasses méconnaissables faire un stage longue durée à la morgue ! » les menaça Castle en esquissant un sourire carnassier.
« Comme si on avait peur de Beckett ! » fanfaronna Esposito en bombant le torse.
A ce moment précis, le téléphone de Castle sonna, et il regarda le nom de l’appelant avant qu’un sourire n’étire ses lèvres.
« C’est ce que nous allons voir ! » s’amusa-t-il en décrochant prestement.
« Merde ! » s’exclama Esposito en faisant une brusque embardée qui faillit les envoyer dans le décor.
Paniqués, les Gars suivirent l’échange dans un silence tendu et soupirèrent de soulagement lorsque Castle raccrocha sans avoir prononcé leur nom.
« Alexis vous passe le bonjour ! » rigola Castle devant leur mine déconfites.
En ricanant, il ignora le regard noir des gars, satisfait de les avoir pris à leur propre jeu. Le reste du trajet s’effectua en silence, tous trois conscients que l’heure n’était plus à la plaisanterie mais à la concentration. Maddox n'était pas un enfant de cœur, et si jamais il traînait encore dans les parages, il risquait de profiter de leur distraction pour prendre le dessus et les abattre. Avec discrétion, Esposito se gara un peu plus loin dans la rue, et dans un synchronisme parfait, ils sortirent de la voiture et refermèrent les portières sans les claquer. Leurs visages étaient fermés et concentrés. Ils savaient qu’ils risquaient leur vie en entrant dans cette maison. Maddox était un soldat et bien qu’ils aient l’avantage du nombre, pas sûr qu’ils l’aient en expérience, bien que Esposito soit un tireur d’élite surentraîné.
« Castle enfile un gilet ! » ordonna Esposito en tendant l’indispensable protection à l’écrivain.
« C’est pas le mien ! » bouda l’écrivain en obéissant malgré tout.
« C’est comme les flingues, pense à en avoir un de secours ! » ironisa Esposito d’un air blasé.
« En parlant de flingue, tu n’aurais pas ton arme de secours pour moi par hasard ? » demanda-t-il innocemment.
« Pour que ce soit Beckett qui me descende parce que je t’aurais filé un flingue ? Tu es malade vieux ! » Refusa le latino en vérifiant sa propre arme pendant que Ryan faisait silencieusement de même.
« Je croyais que tu n’avais pas peur d’elle ? » le provoqua l’écrivain avec un petit sourire moqueur.
« Je n’ai pas peur d’elle, je ne suis pas suicidaire nuance. J’aimerais vivre assez longtemps pour aller jusqu'à mon prochain anniversaire ! » Rétorqua-t-il avant de couper court à la discussion en se dirigeant vers l’arrière de la maison afin d’être le plus discret possible.
« Visiblement on est pas les premiers ! » constata Ryan en leur faisant un signe de tête vers une fenêtre brisée.
« Castle tu restes derrière ! » ordonna Esposito en redoublant de précaution avant de gagner la porte.
Conscient que Maddox pouvait se trouver de l’autre côté, et la mise en garde de Joan à l’esprit, Castle acquiesça et s’écarta pour laisser le champ libre à ses amis afin de ne pas les gêner si jamais la situation se corsait.
Chapitre 21 :
Sur ses gardes, les sens en alerte, Castle scannait les environs, tentant de repérer le moindre signe de menace. Lui qui d’habitude tournait toujours ce genre de situation en dérision afin de cacher ses peurs, n’en voyait pas l’intérêt aujourd’hui. Pas alors que Maddox rôdait et que l’étau se resserrait autour de sa muse. Et pas seulement au-dessus de sa tête. Lui aussi était en danger. C’était lui que Joan était venu sauver. C’était lui qui était censé passer les dix-huit prochaines années sur un lit d’hôpital. Et même s’il était heureux que ce soit lui plutôt que Kate, il se sentait angoissé. Parce qu’il n’avait pu tenir la promesse faite à Alexis, mais aussi celle qu’il avait faite à Kate. Et il ne le supportait pas. Il refusait de les abandonner d’une quelconque façon. Et puis il voulait être là pour voir grandir Joan, et tous les autres enfants que Kate lui donnerait. Alors non, cette fois il ne ferait pas le pitre afin de ne pas troubler la concentration de ses amis.
Il allait faire montre d’une prudence exemplaire et Kate n’aurait aucun reproche à lui faire lorsqu’il la rejoindrait au 12th. Bien décidé à ne pas être un poids mort pour ses amis, il respecta à la lettre leur consigne, tout en assurant leurs arrières. Il n’était peut-être pas armé, ce qu’il déplorait de plus en plus au point qu’il cherchait la meilleure solution pour pouvoir avoir une arme en toute légalité, mais cela ne l’empêchait pas de se rendre utile. Aussi en tournant sur lui-même, il observa attentivement le jardin, notant distraitement la présence d’une niche dans le fond. Ses yeux survolèrent la piscine vidée de toute eau et visiblement en plein travaux de rénovation et revinrent sur la maison. Il s’agissait d’une belle maison dotée d’un étage et d’un soubassement qu’il devinait grâce aux soupiraux au ras du sol. Ils ne devraient pas négliger de visiter la cave. C’était un endroit qui regorgeait de cachettes, et ils y trouveraient peut-être quelques éléments intéressants.
Continuant son inspection, il analysa la fenêtre cassée, et réalisa que cela ne pouvait pas être l’œuvre de gamins un peu trop audacieux. Des gosses auraient lancé une pierre, mais là la fenêtre avait été découpée en cercle. C’était du travail de professionnel et à n’en pas douter, c’était signé Maddox. S’il n’avait pas appris que ce dernier aimait travailler en solitaire, il aurait pu craindre la présence d’un commando, mais cela ne voulait pas dire qu’ils auraient facilement le dessus. Ils étaient peut-être plus nombreux, mais Maddox avait pour lui l’avantage de connaître les lieux, et de posséder une expérience militaire. Et si Esposito avait une formation de tireur d’élite, Maddox était plus branché combat à mains nues et torture. Grimaçant en imaginant ce que Maddox pourrait lui faire subir avant de mettre fin à sa vie, il frémit et se tendit un peu plus. A côté d’une confrontation avec cet homme entraîné à tuer, les instants passés entre les mains de Tyson seraient de la rigolade.
Et il préférait franchement éviter. Réprimant un frisson de répulsion, il se concentra sur les Gars qui s’avancèrent vers les fenêtres pour jeter un regard à l’intérieur de la maison avant de revenir devant la porte. Sans un mot, ils évoluaient en parfait synchronisme, et Castle sourit en songeant qu’ils avaient une relation assez similaire à celle qu’il avait développé avec sa muse, même si moins symbiotique et passionnelle. Ce qui était rassurant d’une certaine façon. Les deux hommes étaient comme des frères, et avec Kate, ils formaient une famille. Bien sûr aucun d’eux ne l’admettrait ouvertement, mais ils se serraient les coudes, se protégeaient, tout comme les membres d’une famille. Ils avaient confiance en chacun d’eux et étaient prêts à tout pour garder l’un d’eux en sécurité. Kate n’avait pas de frères, mais elle n’en avait pas besoin quand elle avait ces deux-là pour veiller sur elle. Même s’ils ne lui en disaient rien, ils veillaient au grain, il en avait fait la dure expérience.
Mais il savait qu’il avait leur approbation, et qu’ils n’attendaient qu’une chose, qu’ils forment enfin un couple. Il était au courant des paris qu’ils avaient lancé sur eux, et il se demandait si Kate le savait également. Le contraire serait étonnant. En fait, il l’imaginait plus parier elle-même sur eux deux histoire de donner une bonne leçon à ses amis pour avoir osé parier sur sa vie privée. Oui, ces trois-là formaient une famille et avec fierté il songea qu’il avait gagné le droit d’en faire partie ces dernières années. Il n’était pas flic, et pourtant, il était devenu un membre à part entière de leur équipe. Kate avait fait de lui son partenaire, et les Gars avaient pris l’habitude de l’associer à leurs investigations, s’intéressant à son avis. Et il n’était pas question qu’il laisse quoi que ce soit leur arriver. Kate était sa priorité absolue, mais il veillerait également à ce que les Gars ne figurent pas parmi les dommages collatéraux de cette sinistre affaire. Il savait que si l’un des deux était blessé ou pire, la jeune femme se renfermerait encore plus et se morfondrait dans son chagrin, occultant le reste, plongeant un peu plus dans ce gouffre dans lequel elle chutait depuis 13 années. Il savait que sa présence l’avait aidée, qu’elle remontait le ravin, qu’elle était presque au bord et que dans quelque temps elle en sortirait, il l’y aiderait mais si elle perdait un des gars, cela la ferait replonger, il en était sur et ses murs intérieurs seraient consolidés et plus forts que jamais. Alors oui, il veillerait à ce que rien n’arrive aux gens que Kate aimait. Eh puis les gars étaient devenus une part entière de sa vie à lui aussi et les perdre lui en mettrait un coup terrible au moral.
Voilà pourquoi il se montrait si sérieux, si appliqué dans ce qu’il faisait. Sa docilité n’avait pour unique objectif que de permettre aux Gars de se concentrer pleinement sur l’opération sans avoir à s’inquiéter pour lui. Et Kate l’étriperait si l’un d’eux était blessé parce qu’il avait fait l’imbécile. Enfin si c’était lui qui était blessé, elle aurait du mal à l’étrangler, quoi qu’elle attendrait qu’il soit remis sur pied pour le descendre. Un sourire étira ses lèvres en imaginant la lueur flamboyante du regard de sa muse derrière laquelle il décèlerait l’inquiétude qui l’habitait chaque fois qu’il prenait des risques inconsidérés.
« On entre ! » lança soudain Esposito, le poussant à se concentrer pleinement sur l’action afin de ne pas se laisser surprendre en cas d’attaque.
Après avoir dégainé leur arme, les Gars se mirent en position. Non sans avoir vérifié que Castle était hors de portée de tir, Esposito utilisa les clés qu’il avait récupéré auprès du propriétaire du bar-restaurant dans lequel Halstead avait trouvé la mort, et déverrouilla la porte. Il procédait lentement afin de ne pas être détecté par une quelconque personne présente à l’intérieur. Le contrôle visuel n’avait révélé aucune menace, mais cela ne signifiait pas que tout danger était écarté. Si jamais Maddox les attendait, leur capacité à rester discret et silencieux jouerait en leur faveur. Plus ils seraient furtifs, plus ils auraient de chance de sortir d’une confrontation avec Maddox en un seul morceau. Au bout de ce qui parut une éternité à Castle, et qui pourtant n’avait duré qu’une poignée de secondes, la porte fut déverrouillée, et millimètres par millimètres, l’irlandais(ah bon cest Ryan qui pousse la porte ? ms c’est Espo qui l’ouvre ? ) l’ouvrit, priant pour qu’elle ne grince pas, trahissant leur présence auprès d’un éventuel intrus.
Leur tension était palpable, et ils étaient tellement tendus que le moindre bruit leur faisait crisper le doigt sur la détente. Vérifiant visuellement qu’aucune menace ne rôdait, les Gars se mirent en position, et arme en main, Esposito leva le poing en l’air et le rabaissa rapidement, faisant comprendre à son partenaire qu’ils entraient dans la maison. Fasciné, Castle observa le tandem pénétrer dans la pièce et sécuriser les lieux. Debout, le latino balayait la cuisine de gauche à droite, pendant que Ryan, accroupi, opérait le même geste de droite à gauche jusqu’à ce que leurs armes pointent la même direction.
« RAS » déclarèrent-ils d’une même voix avant que Ryan ne s’autorise à se relever.
Prenant cela comme le signal qu’il pouvait entrer à son tour dans la maison, Castle les rejoignit, et ensemble, ils parcoururent une à une chacune des pièces du rez-de-chaussée avant que les Gars ne montent à l’étage sécuriser les lieux.
« RAS à l’étage ! » déclara Ryan en rejoignant Esposito qui était déjà revenu en haut des escaliers.
« Si Maddox est venu ici, il a pris soin de dissimuler ses traces cette fois » constata Esposito dont le regard continuait à surveiller les lieux, comme s’il s’attendait à voir leur ennemi faire une apparition surprise.
« Ce n’était peut-être que le fait de vandales cette vitre cassée » suggéra Ryan qui commençait déjà à fureter dans la maison.
« Peut-être… » Murmura son collègue d’un air songeur.
« Je ne pense pas que ce soit le cas » objecta aussitôt Castle en se rappelant ses observations.
« Qu’est-ce qui te fait dire ça Bro ? » s’enquit le latino en dardant sur lui un regard spéculateur.
« Si c’était des vandales qui avaient brisé cette vitre, le trou n’aurait pas cette forme circulaire, mais plutôt étoilée. Là c’est du travail soigné, du travail de… » Expliqua le romancier avant d’être coupé par le détective à la peau halée.
« Du travail de professionnel » approuva t-il alors qu’il s’était fait la même réflexion.
Comme Castle il ne pensait pas que des gosses aient pu faire ça, même s’il s’agissait d’une bande organisée. Dans son métier, il avait vite appris qu’il n’y avait jamais de coïncidence, et Halstead habitait un quartier tranquille dans lequel la délinquance juvénile frôlait le zéro absolu. Si des vandales s’étaient aventurés dans les parages, les voisins l’auraient immédiatement signalé à la police ou bien en auraient-ils informé le comité de surveillance du quartier. Il vérifierait, mais il savait déjà que ça ne donnerait rien. Non, quelque chose clochait, c’était trop facile, mais il était incapable de dire en quoi. Tout ce qu’il avait, c’était ce mauvais pressentiment qui ne le quittait pas. C’est pourquoi il décida de rester sur ses gardes, juste au cas où, et surtout, il ordonna à Ryan de rester vigilent et à Castle de ne pas trop s’éloigner d’eux. Et une chose était sûre, ils n’allaient pas s’éterniser plus que nécessaire dans cette maison. Son instinct de flic ne lui avait jamais fait défaut, et il sentait que plus vite ils lèveraient le camp, mieux ils s’en porteraient.
« On a vérifié partout ? » s’enquit le latino avant de commencer la fouille.
Il ne voulait pas qu’au moment où ils se sépareraient, se rendant par là même plus vulnérables à une attaque, que Maddox leur tombe dessus parce qu’ils auraient oublié de contrôler une seule pièce de cette baraque.
« L’un de vous a été à la cave ? » demanda Castle en tournant la tête vers la porte dont il supposa qu’elle donnait sur cette dernière.
Un seul échange de regard suffit aux deux flics pour savoir que la réponse était non. Et alors qu’ils s’avançaient vers cette fameuse porte, un choc sourd dans leurs dos les fit se retourner dans un bel ensemble. Armes pointées droit devant, les Gars cherchèrent la source du bruit lorsqu’un nouveau choc se fit entendre, les orientant vers un placard sous l’escalier dont la porte était partiellement dissimulée par une tenture dont un pan était coincé dans la porte, comme si celle-ci avait été refermée dans la précipitation.
« Ryan reste là, couvre nos arrières, Castle et moi allons contrôler la cave. On s’occupera après de ce qu’il y a là-dedans » décida Esposito alors que les bruits cessaient et que le silence régnait à nouveau sur les lieux.
L’irlandais approuva d’un hochement de tête et se déplaça légèrement afin d’avoir le dos contre le mur pour avoir une vue d’ensemble sur l’entrée de la maison sans être surpris par l’arrière. Tendu à l’extrême, son arme fermement en main, il observa ses deux amis disparaître derrière la porte donnant sur la cave de la maison, Mais alors qu’il s’attendait à ce qu’ils y restent un moment, ils refirent surface à peine cinq minutes plus tard, des expressions perplexes peintes sur le visage.
« Qu’est-ce qui cloche ? » s’étonna-t-il en les interrogeant du regard.
« La cave est vide. Pas le moindre petit carton. Je ne sais pas ce qu’il y faisait, mais c’était un maniaque de la propreté ! » Expliqua Castle en jetant un regard par-dessus son épaule.
« Ça nous fait au moins une pièce de moins à fouiller ! » se contenta de déclarer Esposito avant d’avancer vers le placard d’où leur étaient parvenus les étranges bruits.
Mimant un décompte silencieux, il ouvrit vivement la porte et eut tout juste le temps de s’écarter lorsqu’un colosse s’échappa du réduit en aboyant furieusement. Dans un dérapage, le chien s’immobilisa en montrant les crocs, prêt à en découdre pour défendre son territoire. Inquiets, les trois hommes échangèrent des regards interrogateurs, chacun d’eux cherchant fébrilement une solution lorsque le chien porta son attention sur Castle qui avait eu le malheur d’esquisser un geste. En déglutissant, l’écrivain se demanda pourquoi s’était toujours après lui que les chiens en avaient. Il allait vraiment finir par croire qu’il avait une odeur qui les attirait. Peut-être devrait-il songer à changer d’after-shave. Ce qui serait dommage, parce qu’il savait que Kate aimait son odeur. Et même un chien enragé ne parvenait pas à rivaliser avec ça. Mais pour le moment il devait éviter de finir en hors d’œuvre.
Et il n’avait aucune envie de revenir une nouvelle fois au 12th avec le pantalon déchiré artistiquement. Même s’il savait que sa muse en profiterait pour se rincer l’œil. L’avantage des bureaux vitrés était qu’il l’avait vu pencher la tête pour profiter de la vue que son pantalon déchiré offrait sur son postérieur, et visiblement, elle avait apprécié ce qu’elle voyait. Et alors que le chien grognait plus férocement, se mettant en position d’attaque, il se rappela qu’il était toujours devant la porte de la cave et que celle-ci était restée ouverte. Prenant une profonde inspiration, il attendit le moment où le chien s’élança pour s’écarter vivement et observa le chien atterrir un peu rudement au bas des escaliers dans un jappement mi plaintif, mi étonné. Une fois certain que ce petit vol improvisé ne l’avait pas blessé, Castle referma soigneusement la porte, soulagé de s’en tirer à si bon compte. Son postérieur l’en remerciait également.
« Bien joué Bro ! » s’exclama Ryan en lui tapant sur l’épaule d’un geste typiquement masculin.
« Ouais, même si ça aurait été marrant de te voir te faire à nouveau courser par un chien ! » rigola Esposito pour détendre l’atmosphère, approuvé par un Kevin souriant.
« Parlez pour vous ! » grimaça Castle avant de se diriger vers le salon, bien décidé à en finir afin de rejoindre au plus vite sa famille et mettre ses fesses en sécurité.
Tant que le Dragon ne serait pas mis une bonne fois pour toute hors d’état de nuire, il ne se sentirait pas rassuré de les savoir loin de lui. Il détestait l’idée qu’il leur arrive quoi que ce soit et qu’il ne soit pas là pour les protéger. Même si Kate était parfaitement capable de prendre soin d’elle, elle n’avait pas d’yeux derrière la tête, et il l’avait suffisamment accompagné au cours de ses arrestations pour savoir que parfois il s’en fallait de peu pour y laisser la vie. Elle lui avait souvent reproché de jouer les héros, mais s’il ne l’avait pas fait elle serait déjà morte. Alors oui, il n’hésitait pas à mettre sa vie en péril, mais il était prêt à mourir en la protégeant. Et plus encore maintenant qu’il savait la menace tangible et presque palpable. Il préférait perdre la vie plutôt que de devoir passer le restant de ses jours à regretter de n’avoir pas su veiller sur elle et devoir apprendre à vivre en sachant qu’elle ne rirait plus, qu’elle ne lui sourirait plus. Non, ça n’arriverait pas. Il y veillerait, et il allait commencer en fouillant cette demeure de fond en comble. Assurant la sécurité de sa muse, la sienne et celles de ses proches.
« Ok les gars, on prend tout ce qui pourrait contenir des dossiers cachés, et on se barre d’ici ! » ordonna Esposito alors que son regard continuait de balayer les environs, à la recherche d’une autre menace dissimulée.
« Roger ! » s’amusa Castle en se dirigeant déjà vers les escaliers, une main sur la bouche imitant un Takie Walkie, mais qui demeurait aux aguets malgré sa plaisanterie, suivi de près par Ryan qui était tout autant sur ses gardes que son partenaire.
Se séparant le terrain, ils fouillèrent la maison, réunissant dans des cartons tous les dossiers, emportant les ordinateurs, les CD et les DVD, bref tout ce qui était susceptible de renfermer des informations secrètes. De temps en temps, les Gars surveillaient Castle, s’attendant à devoir le rappeler à l’ordre, mais non. Parfaitement concentré, l’écrivain était d’une efficacité redoutable. Il inventoriait avec minutie chaque pièce, rassemblait tout ce qu’il trouvait, allait même jusqu’à vérifier les livres, cherchait l’existence d’un coffre-fort dissimulé dans la décoration. Bref, il faisait preuve d’un sérieux inhabituel chez lui. Preuve qu’il prenait cette affaire à cœur et voulait la voir résolue plus que n’importe qui d’autre au monde, Beckett exceptée. Et encore. Dans l’absolu, peut-être souhaitait-il autant qu’elle en terminer une bonne fois pour toute avec cette enquête qui leur pourrissait la vie, les empêchant d’être heureux. Et cela se ressentait dans sa façon de se comporter.
Il ne plaisantait pas, ne faisait pas le malin. Il restait concentré et ne laissait rien passer. Si bien que les Gars purent faire leur part du boulot sans s’inquiéter des bêtises que pourraient faire l’écrivain. Et au fur et à mesure que la fouille avançait, Esposito commençait à se dire qu’il s’était inquiété pour rien. Maddox n’avait toujours pas donné signe de vie, et en dehors du bruit qu’ils faisaient en réunissant tout ce dont ils pouvaient avoir besoin, aucun son ne venait troubler la quiétude de la demeure. Or Maddox ayant quitté le bar-restaurant avant eux, s’il avait dû venir ici, il y serait déjà. A moins qu’Halstead n’ait fini par lui révéler l’endroit exact où il avait caché les documents compromettants qu’il détenait sur le Dragon, et dans ce cas, ils perdaient leur temps ici. Mais par acquis de conscience, ils emporteraient tout. Qui sait, même si Halstead avait planqué des dossiers ailleurs, cela ne signifiait pas qu’il n’en avait pas eu une copie chez lui.
Alors comme ses deux acolytes, il fouillait méticuleusement le moindre mètre carré de cette maison, et emportait tout ce qui pourrait les aider. Alors que la pile de cartons de pièces à conviction augmentait, Castle proposa aux Gars d’aller les porter à la voiture pendant qu’il contrôlait la dernière pièce de la maison encore inexplorée. Il s’agissait d’un petit salon adjacent à la cuisine et dans lequel le maître de maison semblait passer d’agréables soirées au vue de l’immense écran plat qui recouvrait un des murs. Après une hésitation, Esposito accepta, mais pas avant d’avoir fait promettre à l’écrivain de les prévenir s’il repérait quelque chose de suspect. Il avait beau s’être détendu, il n’en restait pas moins méfiant. Maddox avait peut-être fait un détour pour faire son rapport à son chef avant de venir ici, et ils auraient l’air malin si Castle se retrouvait seul face à lui alors qu’ils étaient devant la maison. Beckett leur ferait la peau si jamais cela se produisait.
Grimaçant à l’idée de ce qu’elle leur infligerait s’il arrivait malheur à son précieux partenaire, il emporta plusieurs cartons dehors, imité par Ryan, et afin d’accélérer la manœuvre, il décida d’aller chercher la voiture qu’il gara juste devant la maison, avant de revenir aider Ryan. A eux deux, il leur fallut malgré tout effectuer plusieurs allers-retours pour entreposer les cartons dans le coffre de la voiture.
« Les derniers tiendront compagnie à Castle sur la banquette arrière ! » constata Ryan en casant tant bien que mal le dernier carton dans le coffre.
« Lui qui adore la paperasse devrait être ravi ! » railla l’hispanique en faisant référence au fait que l’écrivain disparaissait toujours mystérieusement dès qu’il s’agissait de remplir les dossiers.
« Au moins on ne l’oblige pas à les lire ! » continua Ryan que l’idée tentait bien.
« Allons le rejoindre. Plus vite on finira plus tôt on rentrera au poste » ajouta Esposito en jetant un regard vers la maison.
Ryan acquiesça et s’écarta du coffre pour permettre à Esposito de verrouiller la voiture, et au moment précis où ils revenaient vers la maison, une formidable explosion retentit, dévastant la demeure. Les Gars se jetèrent à terre, se couvrant le visage pour se protéger des débris qui tombaient du ciel et mirent quelques secondes avant de comprendre ce qu’il venait de se passer.
« CASTLE ! » hurla Esposito en se ruant vers la maison suivi de près par Ryan.
Mais la chaleur dégagée par les flammes les stoppa, et le visage livide, ils ne purent que rester là, incapable d’assimiler ce qu’il venait de se passer et ce que cela impliquait.
Chapitre 22 :
La déflagration leur perçait encore les tympans, et ils mirent quelques longues secondes avant de comprendre ce qu’il venait de se passer et ne purent que rester là, à observer la scène se dérouler sous leurs yeux comme dans un mauvais film d’action. Lorsqu’ils reprirent leurs esprits, les Gars se ruèrent vers la maison dévastée, avec la ferme intention d’entrer à l’intérieur pour aller chercher l’écrivain, mais les flammes étaient partout, et ils ne trouvèrent aucune faille pour se précipiter à la recherche de leur ami. Impuissants, ils restèrent là, hagards et les bras ballants à fixer les flammes qui avaient totalement pris possession de la maison. Ils n’arrivaient pas à croire que ça ait eu lieu. Esposito surtout sentait la culpabilité l’envahir en songeant qu’il aurait dû se fier à son intuition et faire venir une équipe de la scientifique avant de perquisitionner. Et voilà le résultat. Il avait commis une erreur de débutant, et c’était l’écrivain qui en payait le prix.
« Dis-moi que ça n’est pas arrivé… » Souffla finalement Ryan aussi pâle qu’un cadavre alors que son esprit se brouillait à l’idée d’annoncer la mort de Castle à Kate.
« Comment on va dire ça à Beckett ? » Demanda inutilement Esposito faisant écho aux pensées de son collègue avant de se tourner pour donner un violent coup de pied à la poubelle « Merde ! J’aurais dû savoir que ce n’était pas normal ! » Se reprocha-t-il, alors que de nouveau le mauvais pressentiment qui l’avait étreint plus tôt revenait le narguer.
« Arrête vieux, le seul responsable c’est cette ordure de Maddox ! » gronda furieusement Ryan sans quitter le brasier des yeux.
Il avait du mal à réaliser que ce qui se passait était la triste réalité, que leur ami était mort dans cette maison, que plus jamais il ne débarquerait avec ses cafés et ce sourire qu’il ne réservait qu’à sa muse, que plus jamais ils ne pourraient le taquiner sur ses sentiments pour la jeune femme, que jamais ils n’auraient l’occasion de les voir se mettre enfin en couple.
« Il était sous notre responsabilité Bro. J’aurais dû rester à l’intérieur et lui demander de t’aider à charger les cartons, et c’est ce que Beckett dira et elle aura raison. C’est comme si je l’avais tué moi-même ! » S’entêta Esposito en donnant un second coup de pied vengeur dans la poubelle qui plia sous l’impact.
« Je vais faire la peau à ce fils de pute ! » Jura farouchement Ryan en fourrageant dans ses cheveux.
« Et je te prêterai volontiers assistance, mais je suis prêt à parier que la Boss voudra la primeur de ce plaisir ! » certifia Esposito les poings serrés de fureur retenue.
Tous deux sentaient la rage les envahir, parce qu’ils avaient perdu un ami mais surtout parce qu’ils savaient que cette nouvelle anéantirait leur amie. Jamais elle ne s’en remettrait et sombrerait certainement dans la plus grande des détresses et cette fois, ils doutaient qu’elle puisse remonter la pente. La disparition de l’écrivain porterait un coup fatal à la jeune femme, et ils savaient qu’il n’y avait rien qu’ils puissent dire ou faire pour l’empêcher de sombrer. Si le Dragon avait espéré la détruire, il y était parvenu, mais cela n’allait pas avoir l’effet qu’il désirait obtenir. Parce que Kate allait encore plus se lancer à sa poursuite, et qu’elle ne reculerait devant rien. Elle allait le traquer impitoyablement et ne s’arrêterait pas avant de l’avoir mis hors d’état de nuire, même s’il s’agissait de la dernière chose qu’elle fasse dans sa vie. Le Dragon allait voir l’Enfer lui tomber dessus, et il n’en avait pas encore conscience. Et une chose était sûre, les Gars allaient prêter main forte à leur amie.
Dans leurs dos, les curieux s’entassaient sur le trottoir, et observaient la scène avec un mélange de peur et de jubilation morbide. Horrifiés qu’une telle chose se soit produite si près de chez eux, mais secrètement ravis que ce ne soit pas leur maison qui soit en train de se consumer. Et ils regardaient les flammes lécher les fondations, enlacer de leur étreinte brûlante les murs, embrasser chaque centimètre de la maison jusqu’à ce que plus aucun pan de cette demeure n’échappe à ce brasier dévastateur. Mais les deux flics n’y prêtèrent pas la moindre attention, les yeux rivés sur ce qu’il restait de la maison de l’ancien pompier qui continuait d’être avalée par les flammes qui étaient toujours aussi vives. Ce n’est qu’en entendant les sirènes qu’ils réagirent enfin et allèrent aider les uniformes à repousser les badauds afin de permettre aux pompiers de faire leur boulot. Et rapidement, ceux-ci se déployèrent autour de la maison sinistrée, s’assurant que le feu ne se propage pas aux demeures avoisinantes.
En retrait, les Gars surveillaient les opérations, conscients que plus le feu se répandait, et moins il y avait de chance pour que Castle ait pu en réchapper. Et il allait falloir prévenir Beckett. Lui dire qu’ils n’avaient pas su protéger l’écrivain. Que parce qu’ils avaient été trop confiants, pas assez prudents elle ne verrait plus jamais l’homme qu’elle aimait. Et s’ils survivaient à l’annonce à Beckett, ils devraient ensuite affronter Alexis et Martha. Lire dans leur regard la déception, la colère et une condamnation sans appel. Et ils savaient qu’ils ne pouvaient pas se défiler, qu’ils devaient faire face et assumer les conséquences, quelles qu’elles soient.
« On appelle Beckett ? » demanda nerveusement Ryan peu pressé de prévenir la jeune femme.
« Je n’en ai pas plus envie que toi vieux, mais imagine qu’elle l’apprenne par la presse…ça serait terrible ! » Soupira Esposito en grimaçant à cette simple idée.
« Elle ne nous le pardonnerait pas. » se contenta de souffler Ryan en dardant un regard vide sur la valse des pompiers qui sortaient les lances à incendie.
« Excusez-moi, mais la maison était-elle vide au moment de l’explosion ? » les interpella le chef des pompiers en venant vers eux.
« Le propriétaire a été assassiné ce matin. Mais un de nos collègues se trouvait dans le bureau quand tout a explosé » révéla Ryan en se raclant la gorge pour dissimuler son émotion.
« Je vais envoyer des hommes à sa recherche, mais je ne vous cache pas qu’avec un feu d’une telle intensité… » Déclara sombrement le chef des pompiers avant d’ouvrir la bouche comme pour leur dire autre chose avant de se raviser.
« Que nous cachez-vous ? » s’enquit immédiatement Esposito à qui cette envie de parler vite réprimée n’avait pas échappée.
« D’après mes premières constatations, l’origine de l’explosion se trouve à l’arrière de la maison… » Commença-t-il avant de s’interrompre, espérant que ses interlocuteurs en tireraient d’eux-mêmes les conclusions qui s’imposaient.
« Dans le bureau vous voulez dire ? » éclaircit Ryan en blêmissant dangereusement en voyant ses espoirs partirent en fumée.
« J’en ai bien peur… » Soupira le pompier avant de tourner les talons pour rejoindre ses hommes qui commençaient déjà à arroser la maison.
Un silence à couper au couteau s’instaura et les Gars fixèrent avec rage les flammes, conscients de ce qu’impliquait cette nouvelle information. Non ils n’avaient pas besoin qu’on leur dise ce qu’ils savaient déjà. Si Castle était vivant, c’était qu’il était bel et bien ce super héros dont il aimait endosser le costume pour voler au secours de sa belle. Mais on n’était pas dans une série où le héros survivait toujours aux pires catastrophes, mais dans la réalité. Et dans leur monde, les gens ne survivaient pas à une explosion d’une telle puissance. Dans leur monde, les méchants l’emportaient souvent, et les gentils payaient de leur vie le prix de l’infamie. Et cette fois, c’était Castle qui avait eu à régler l’addition. Et Beckett ne se le pardonnerait jamais. Elle culpabiliserait, se rendrait responsable de sa mort. Et ils savaient qu’il n’y avait rien qu’ils puissent faire pour empêcher ça.
« On tire à pile ou face pour savoir qui appelle Beckett ? » proposa Ryan en fourrant ses mains dans ses poches alors que son regard restait braqué sur la maison, conscient que jamais il n’oublierait ces images qui viendraient le hanter dans ses rêves.
« C’est moi le plus gradé, c’est à moi de le faire » le rassura Esposito en sortant son cellulaire de sa poche d’une main tremblante.
Il ne voulait pas passer ce coup de fil, parce qu’il savait qu’une fois qu’il aurait prononcé les mots fatidiques, il n’y aurait plus de retour en arrière, que la mort de Castle serait officielle. Il ne voulait pas être celui qui porterait ce coup fatal à celle qu’il considérait comme une sœur. Il ne voulait pas entendre le désespoir de sa voix, imaginer la lumière de son regard s’éteindre lorsque la réalisation la frapperait telle la foudre. Mais avait-il le choix ? Quel genre d’ami serait-il si ce n’était pas lui qui prévenait la jeune femme ? Quel genre d’homme serait-il s’il n’assumait pas ses responsabilités jusqu’au bout ? Un lâche, voilà ce qu’il serait, et l’idée seule le révoltait. Il n’avait jamais reculé face à l’adversité, et il ne commencerait pas maintient, même si l’épreuve lui paraissait insurmontable. Il allait le faire, parce que peu importe à quel point il souffrait en cet instant, ce n’était rien comparé à la douleur qu’il allait infliger à Beckett.
Mais alors qu’il s’apprêtait à composer le numéro tant redouté, il y eut du remue-ménage du côté des pompiers, et il releva la tête alors qu’un espoir fou prenait naissance dans son cœur. Et si l’Univers était de leur côté et que par miracle l’écrivain s’en était tiré ?
« Tu crois que… ? » souffla Ryan avec le même espoir au fond des yeux.
« C’est de Castle dont on parle, le roi du pied de nez à la mort !» répliqua Esposito sans quitter l’attroupement des yeux.
Et soudain, comme dans un film au ralenti, ils virent deux pompiers surgir sur la gauche de la défunte demeure entourant un homme qu’ils reconnurent sans difficulté malgré l’épaisse couche de suie qui le couvrait de la tête au pied. A leurs côtés, le chien de Halstead aboyait doucement tout en donnant des coups de museau inquiets à Castle.
« YES ! » hurla Ryan en donnant un coup de poing enthousiaste à son partenaire avant de se ruer vers l’écrivain qui toussait comme un fumeur en phase terminale d’un cancer des poumons.
« Putain Bro, ce n’est pas sympa de jouer avec nos nerfs ! » cria Esposito en lui emboîtant le pas, un grand sourire peint sur le visage, un soulagement intense l’envahissant.
Sur un signe de tête vers les pompiers, à la fois pour les remercier et pour leur faire comprendre qu’ils prenaient le relais, ils encadrèrent à leur tour l’écrivain et l’escortèrent vers l’ambulance, le chien sur leurs talons. Une fois assis et un masque à oxygène sur le visage, ils laissèrent l’ambulancier examiner l’écrivain qui s’en tirait sans une égratignure. Cet homme avait une chance phénoménale. Sans conteste son ange gardien était une pointure, sûrement un archange pour qu’il ait autant de veine.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? » l’interrogea Esposito dès que l’ambulancier déclara qu’il était en parfaite santé, lui laissant malgré tout le masque afin qu’il puisse remplir ses poumons d’air sain.
« Quand je suis entré dans le bureau, j’ai rassemblé quelques dossiers, pris les disques et je les ai sortis dans le jardin. D’ailleurs il faudra aller chercher le carton. » Commença à expliquer Castle entre 2 quintes de toux, alors qu’il avait enlevé le masque pour parler.
« C’est normal qu’il tousse comme ça ? » s’inquiéta Esposito en lançant un regard torve à l’ambulancier.
« C’est à cause de la fumée qui lui a irritée la gorge. Il doit boire beaucoup d’eau, mais ça devrait passer dans quelques heures, qu’il reste sous oxygène encore dix bonnes minutes ça devrait le calmer un peu. » Expliqua le jeune homme sans quitter son rapport des yeux.
« Et après ? » le relança Ryan tout aussi impatient que son partenaire de savoir par quel miracle Castle n’avait pas fini en pièces détachées.
« Je suis revenu et j’ai continué à farfouiller. Au moment où j’allais sortir, j’ai aperçu une sorte d’éclat, et je me suis approché. Il s’agissait d’un cadre photo » poursuivit l’écrivain en exhibant ledit cadre photo avant de reprendre « Mais lorsque je m’en suis emparé, j’ai découvert la bombe. Il ne restait que trois minutes avant la détonation. Je me suis rué dehors, mais en passant devant la porte de la cave, j’ai entendu les jappements du chien » continua l’écrivain en posant le masque sur le brancard pour descendre de l’ambulance, s’agenouillant devant le chien qui remuait la queue.
« Il a plus envie de te bouffer ? » s’étonna Ryan en se rappelant leur rencontre avec l’animal.
« C’était juste un réflexe de défense. Après sa rencontre avec Maddox, je peux comprendre qu’il ait eu envie de mordre quelqu’un » déclara tranquillement Castle en caressant doucement le chien qui se mit à lui lécher les doigts.
« Arrête le suspens Bro et raconte comment tu as pu réchapper de cet Enfer ! » le rappela à l’ordre Esposito avec impatience.
« J’ai libéré le chien, et ensemble nous avons couru dans le jardin, et nous sommes planqués dans un bosquet. Le souffle de l’explosion m’a plaqué contre la palissade et j’ai dû perdre connaissance un moment. » Termina-t-il en se raclant douloureusement la gorge avant d’accepter avec gratitude la bouteille d’eau que lui tendait l’ambulancier.
« Et comment les pompiers ont-ils eu l’idée de t’y chercher ? » voulut savoir Ryan en fronçant les sourcils.
« Grâce à Caskett. Il a aboyé pour attirer leur attention » leur révéla Castle en flattant l’encolure du Golden qui frétillait fièrement de la queue.
« Caskett ? » le taquina Espo en arquant un sourcil, se demandant comment Beckett prendrait ça.
« Il fallait bien lui trouver un nom et comme il est tout jeune il n’aura pas de mal a s’habituer à celui ci ! » se justifia Castle en haussant les épaules.
« En tout cas tu as un sacré ange gardien ! « Conclut Ryan en hochant la tête d’un air dubitatif.
« Et nous aussi par la même occasion ! » ajouta Esposito en échangeant un regard entendu avec son coéquipier.
« Ouais finalement je vais attendre encore un peu pour rédiger mon testament ! » souffla l’irlandais en se passant une main soulagée dans les cheveux.
Ne prêtant pas attention à la conversation, Castle ouvrit la bouteille que lui avait donné l’ambulancier et en but une longue gorgée, grimaçant lorsque le liquide salvateur descendit dans sa gorge mais cela soulagea rapidement le feu qui étreignait celle-ci. Il avait l’impression d’avoir avalé des braises, et ressentait le besoin de tousser comme pour recracher ces pointes de feu qui le gênaient. Lorsque enfin il se sentit moins irrité, il attrapa une sorte de petite écuelle en forme de cacahuète dans l’ambulance pendant que l’ambulancier avait le dos tourné et y vida le reste de la bouteille pour permettre à Caskett de boire à son tour.
« Tu as eu une sacrée veine mon vieux ! » réaffirma Ryan en lui flanquant une claque dans le dos, manquant le faire tomber sous le choc.
« On te ramène chez toi Bro » décida Esposito en escortant l’écrivain jusqu’à sa voiture pendant que Ryan allait chercher le carton que la présence d’esprit de Castle avait permis de sauver des flammes.
« J’emmène Caskett avec moi ! » déclara Castle sans hésitation alors qu’un officier s’approchait du chien avec une laisse visiblement dans l’intention de l’emmener à la fourrière.
« Tu es sûr Bro ? » hésita le latino.
« Ce chien m’a sauvé la mise. Il ne mérite pas de finir à la fourrière parce que son maître était un ripou » rétorqua fermement l’écrivain avant d’appeler le chien qui s’empressa de venir s’asseoir à ses pieds.
« Comme tu voudras. C’est ton appart après tout » se résigna Espo avant d’ajouter « On te ramène avant de retourner au 12th examiner les documents qu’on a trouvé »
« Juste le temps de prendre une douche et de me changer ensuite je viens avec vous au 12th ! » assura Castle en étalant la couverture qui le recouvrait sur le siège arrière de la voiture pour ne pas salir le cuir « Allez hop ! » lança-t-il au chien qui s’installa aussitôt sur la couverture.
Avec la présence des cartons, ils allaient être un peu à l’étroit, mais cela valait mieux que d’abandonner Caskett à un triste sort.
« Comme tu veux vieux, c’est toi qui t’es pris pour une merguez ! » plaisanta Esposito pour évacuer le reste d’angoisse qu’ils avaient tous ressenti à l’idée d’avoir perdu leur ami.
« De quoi tu te plains ? Tu aurais pu avoir droit à un hot dog grillé à point ! » Plaisanta l’écrivain en caressant Caskett entre les deux oreilles.
« Ton humour est vraiment pitoyable vieux ! » grimaça Ryan qui venait de les rejoindre, entendant la dernière boutade de l’écrivain.
Alors qu’ils quittaient les lieux du sinistre, le silence se fit, chacun d’eux méditant sur ce qui avait failli se produire.
« Beckett est au courant ? » s’inquiéta soudainement Castle en se penchant en avant.
« Non, on allait l’appeler quand tu es revenu d’entre les morts » le rassura Ryan en grimaçant de soulagement.
« Parfait, inutile de lui en parler je pense… » Proposa-t-il, aussitôt approuvé par les 2 autres.
Ce n’était décidément pas le moment de la mettre plus en colère qu’elle ne l’était déjà. Il entendait d’ici ses hurlements, et définitivement il n’avait aucune envie de subir encore son courroux, pas deux fois en si peu de temps. En fait tant qu’à faire pas du tout même. Le silence était décidément la meilleure des choses à faire, enfin tant qu’elle n’apprenait pas la vérité. Parce que même s’il trouvait que ce mensonge par omission était une idée de génie, il savait parfaitement qu’elle se fâcherait deux fois plus si elle apprenait ce qu’il s’était passé, par autrui.
Chapitre 23 :
Après l’appel au juge Markway, sa mère s’était mise à remplir le tableau blanc, y inscrivant les informations les plus importantes à l’aide de mots clés, mais il savait que tout était dans sa tête, qu’elle remplissait le tableau plus par habitude et par souci de transparence vis-à-vis de la hiérarchie, plutôt que par véritable nécessité. Et puis il savait qu’il y avait certaines choses qu’elle ne voulait pas voir apparaître sur ce tableau, juste par mesure de sécurité. Assis sur la chaise de son père, il la regardait travailler. Concentrée sur sa tâche, elle ne prêtait nullement attention à l’agitation qui régnait autour d’elle, et pourtant il savait que si on lui demandait, elle serait capable de décrire au détail près l’homme encadré par des inspecteurs qui venait de traverser la pièce. C’était ça être flic, faire une chose et enregistrer tout ce qui se passait autour de soi sans en avoir l’air. Faire illusion auprès d’un suspect, lui faire croire qu’il avait été le plus malin, lui faire baisser sa garde en s’imaginant que ces idiots de flics n’avaient rien remarqué afin qu’il se détende et ainsi le pousser à se trahir lui-même par excès de confiance.
Et sa mère excellait à ce petit jeu de rôle. En souriant, il repensa à son jeu préféré lorsqu’il était enfant. Et pas seulement parce que c’était sa mère qui le lui avait appris et qu’il n’y jouait qu’avec elle. Elle l’emmenait au parc, et assis sur un banc, elle le laissait choisir une personne au hasard, puis il avait dix secondes pour enregistrer le maximum de détails sur celle-ci. Ensuite les yeux fermés, il devait en donner la description, précise jusqu'à la couleur de ses yeux en passant par des détails caractérisant la personne. En grandissant, le jeu s’était corsé de quelques difficultés, et en plus de le décrire physiquement, il devait également tenter de deviner ce qu’il faisait dans la vie, rien qu’en observant attentivement leur comportement. Cela avait entraîné quelques bonnes parties de rigolade. Il se souvenait d’un jour où il avait affirmé après avoir regardé passer une vieille dame qu’elle avait dû être danseuse, et sa mère disait qu’elle avait été gymnaste plutôt. Voulant absolument avoir le dernier mot, il avait été se planter devant la dame et lui avait carrément posé la question. Du haut de ses dix ans, il se montrait fier et déterminé comme sa mère.
Cela avait fait rire la dame en question qui lui avait révélé qu’elle avait été trapéziste dans un cirque. Dans une moue, il en avait conclu que ni sa mère ni lui n’avaient raison, et il avait continué à poser des questions à cette charmante dame. Sous le regard attendri de Kate qui redoublait de fierté pour son rejeton, en pensant combien son père serait tout aussi fier de leur fils. Ils avaient passé l’après-midi à écouter cette dame lui parler de la vie dans un cirque. C’était un bon souvenir. C’était d’ailleurs à cause de cette discussion qu’il avait voulu entrer dans un cirque lui aussi, tannant sa mère pour qu’elle l’inscrive dans une école de cirque. Mais comme tous les enfants, il avait vite changé d’avis, surtout lorsqu’il avait compris que choisir cette vie, c’était choisir de quitter sa mère. Impensable, il aimait trop sa maman et s’il partait, qui veillerait sur elle ? Il avait des tas d’autres souvenirs comme celui-là, et alors qu’il l’observait travailler, ils lui revenaient en mémoire, en vagues de plus en plus violentes, faisant renaître son mal de crâne, lui arrachant un râle qu’il tenta de contenir pour ne pas inquiéter sa mère.
« Joan ? Ça ne va pas ? » S’inquiéta Kate en posant une main sur son front alors qu’il ne l’avait même pas entendu approcher.
« C’est ma migraine qui revient me faire un petit coucou ! » soupira-t-il en lui souriant doucement.
« Tu vas reprendre des cachets, ça fait trop longtemps que tu n’en as pas pris » grogna-t-elle en se dirigeant vers la salle de pause.
La suivant du regard, il la vit sortir le tube de comprimés de sa poche, en lancer 2 dans un gobelet en plastique avant d’y verser de l’eau et revenir vers lui.
« Tiens » dit-elle en lui tendant le verre.
« Merci Maman » murmura-t-il en avalant les comprimés dans une horrible grimace qui la fit doucement rire.
« C’est dégoûtant ! Tu aurais pu y mettre du sucre pour en adoucir le goût ! » Râla-t-il en jetant le gobelet dans la poubelle à côté de son bureau.
« C’est ce que ma mère faisait lorsque j’étais petite… » Remarqua-t-elle avec un doux sourire se remémorant, nostalgique, ces instants avec elle.
Elle se souvenait du cinéma qu’elle faisait alors que, lorsqu’elle était malade, sa mère voulait lui faire prendre ses médicaments, et elle constatait non sans amusement que son fils faisait de même, y ajoutant en plus le côté tragédien de sa grand-mère. Une chose était sûre, elle n’allait pas s’ennuyer une seconde à le regarder grandir, et Castle et elle allaient certainement se rejeter la faute chaque fois qu’il ferait une bêtise avant de partir dans un fou rire incommensurable. Puis ils se calmeraient en s’embrassant amoureusement avant de se laisser gagner par la passion et de s’aimer follement toute la nuit. En se mordillant la lèvre, elle tenta de chasser ces envahissantes pensées qui devenaient de plus en plus difficiles à réprimer, puis se focalisa sur Joan qui la regardait toujours avec cette petite moue boudeuse si craquante, et elle sourit en se rappelant ce que sa mère lui répétait sans cesse avant de céder à ses exigences.
« Un médicament ce n’est pas fait pour être bon mais pour soigner ! » Lui disait-elle alors qu’elle ajoutait le sucre pour faire passer le goût sous le regard triomphant de la fillette qu’elle avait été.
« Tu le faisais aussi pour moi… » Renchérit-il en souriant à son tour, se rappelant toutes les fois où une telle scène s’était jouée entre eux d’eux.
Comme chaque fois qu’il abordait le sujet, et surtout qu’elle se laissait un peu trop à rêver toute éveillée, elle prit une expression gênée et détourna le regard. Mais elle devait reconnaître qu’elle appréciait l’image de ce bonheur familial que lui dépeignait Joan, même si elle sentait bien que l’absence de son père avait jeté une ombre sur son existence, et qu’il en avait beaucoup souffert. Et elle le comprenait d’autant plus que de s’imaginer passer les vingt prochaines années sans qu’il soit à ses côtés lui était intolérable. Elle essayait de s’imaginer ces instants entre eux et bizarrement, elle n’en éprouvait aucune difficulté, se voyant parfaitement dorloter le petit garçon qu’il avait été, alors qu’il faisait son show pour l’apitoyer comme elle le faisait enfant. Et c’était justement cette facilité déconcertante qui la dérangeait, parce qu’elle réalisait qu’elle aussi souffrirait du départ de Joan, quand elle devrait se faire à l’idée que tout cela n’avait été qu’un beau rêve inaccessible.
Elle se baffa mentalement, se sentant faible face à ces souvenirs qui n’en étaient même pas puisqu’ils n’étaient pas encore arrivés. Et surtout elle devait cesser de faire appel à son propre passé, donnant ainsi plus de poids aux propos de Joan. Elle ne se rendait pas service en agissant ainsi. Ses yeux scrutèrent quelques minutes la pièce, cherchant un point d’ancrage avant de finalement se poser sur le tableau blanc noirci par son écriture fine et structurée.
« Je me demande ce que fabriquent les Trois mousquetaires… » Souffla-t-elle en jetant un regard impatient et légèrement agacé vers les portes de l’ascenseur qui restaient désespérément closes.
Elle ne pouvait s’empêcher de s’inquiéter car après tout, les gars et Castle étaient allés chez la victime avec le risque de faire une mauvaise rencontre, et peut-être qu’ils ne donnaient pas signe de vie parce qu’ils avaient eu la désagréable surprise de tomber sur Maddox. Non, elle aurait été informée si tel avait été le cas, les Gars auraient respecté la procédure et appeler des renforts. Elle se mordit nerveusement la lèvre, tentant d’endiguer son angoisse, mais ne pouvait s’empêcher d’envisager la possibilité qu’il soit arrivé quelque chose à Castle. Non, là encore les Gars l’auraient averti. Jamais ils ne la laisseraient apprendre la nouvelle par une source extérieure sachant qu’elle réagirait mal à cette nouvelle. Mais dans ce cas pourquoi avait-elle une étrange impression, comme si sa vie avait failli basculer en une seconde ? Pourquoi cette boule dans sa gorge grossissait de plus en plus au fil des heures écoulées ? Elle ne parvenait pas à oublier son rêve et encore moins les craintes de Joan pour son père, et cette boule d’angoisse en elle la dévorait littéralement.
« Ils vont arriver, ils veulent simplement être sûrs de ne rien laisser passer » la rassura-t-il, amusé par son comportement.
Même s’il comprenait les craintes de sa mère, il ne pouvait s’empêcher de s’amuser de voir à quel point elle s’inquiétait dès qu’elle le perdait de vue, exactement comme elle le faisait pour lui lorsqu’il était enfant. Mais il était vrai que parfois son père avait le comportement d’un enfant en bas âge, et c’est exactement ce qui avait séduit sa mère. Elle le lui avait avoué le jour où il lui avait demandé ce qui l’avait fait tomber amoureuse de son père. Oui, il s’amusait de la voir se ronger les ongles de la sorte alors qu’elle feignait l’indifférence, signe indiscutable de ses sentiments qu’elle éprouvait, et qu’elle avait de plus en plus de mal à réprimer. Elle lui faisait l’effet d’un volcan au bord de l’éruption, mais il n’était pas inquiet, sachant que son père ne risquait rien. Les Gars, lorsqu’ils s’étaient rendus chez la victime, étaient revenus sans encombre, donc aucun danger que cela change, c’était certain. A moins qu’il n’ait également modifié ce point du passé, enfin du présent ? Non, il ne devait pas se laisser gagner par les inquiétudes maternelles. Comment pouvait-il arriver quelque chose à son père alors qu’il était avec les Gars ?
« Ou alors ils profitent que je ne sois pas là pour les surveiller pour céder au caprice de Castle et traverser toute la ville pour un café ! » maugréa-t-elle en se laissant tomber contre le dossier de sa chaise, fusillant du regard son tableau blanc comme s’il s’était agi de son partenaire.
« Mais tu ne te plains pas quand il te rapporte ton café préféré ! » se moqua Joan en retenant un éclat de rire alors que sa mère le fusillait du regard.
« De quel côté tu es toi ? » s’enquit-elle en plissant dangereusement les yeux.
« Mais du tien Maman, comme toujours ! » se récria-t-il en levant les mains devant lui en se mordant la lèvre pour ne pas rire devant la mine réprobatrice de sa maman.
« Tu as intérêt, non mais ! » le menaça-t-elle en se détournant, dissimulant son sourire en coin.
Une chose était certaine, comme son père il avait un don pour la détendre et se sentir bien, personne d’autre que Castle n’avait eu ce pouvoir sur elle et elle s’en troublait encore lorsque Gates l’interrompit dans ses pensées.
« Beckett, dans mon bureau ! » l’appela-t-elle du seuil du grand bureau vitré.
« Tu as des ennuis… » Chuchota Joan en grimaçant au ton du capitaine Iron Gates.
« Qu’est-ce que Castle a encore fait pour la mettre en colère ? » murmura Kate en retour avant de se lever de mauvaise grâce pour rejoindre sa supérieure.
Avec amusement, Joan songea que son père allait vraiment passer un mauvais quart d’heure si c’était à cause d’une de ses bêtises que sa mère venait d’être convoquée par le capitaine. Tournant la tête vers le bureau, il vit les deux femmes debout l’une en face de l’autre, comme deux boxeuses sur le point de débuter un match. Sa mère pouvait dire ce qu’elle voulait pour le peu qu’il avait entendu parler d’elle, cette femme était assez similaire à sa mère dans son caractère et la poigne de fer qu’elle avait pour diriger son équipe. Il n’avait que peu de souvenirs du capitaine Gates qui était partie à la retraite le jour où sa mère était devenue capitaine et avait pris sa place à la tête du 12th district. Mais il savait que sa mère avait eu du mal à accepter le capitaine Gates et avait longtemps regretté le capitaine Montgomery. Il lui avait fallu beaucoup de temps pour se faire à Iron Gates, mais sa mère lui avait révélé qu’elle avait appris à respecter le flic et à apprécier la femme. Mais pour le moment c’était loin d’être l’entente cordiale. Probablement parce que Gates n’aimait pas son père et qu’elle ne s’en cachait pas.
Détournant la tête, il fixa à son tour le tableau blanc, cherchant à rassembler ses souvenirs, mais étrangement ceux-ci se faisaient flous, incertains. Il avait l’impression que quelqu’un était passé par là pour effacer sa mémoire comme lorsqu’on formate le disque dur d’un ordinateur et cela ne présageait vraiment rien de bon. Et il avait tellement mal à la tête. Il savait que peu à peu son corps allait le lâcher, mais il n’avait pas envisagé la possibilité que son esprit souffre également de la situation, et une peur sourde l’étreignit. Qu’arriverait-il s’il n’était plus en mesure d’aider ses parents avant d’avoir réussi à arrêter le Dragon ? Ne préférant pas y penser, il attrapa un bloc sur lequel il se mit à griffonner tout ce qu’il savait, juste au cas où. Il devait être conçu dans moins de 3 jours. Enfin 4 si l’on comptait le temps de fécondation, mais passer ce délai, il était condamné. Et il en ressentait déjà les effets. Alors il mit noir sur blanc toutes les informations qu’il avait glanées, faisant des recoupements avec les informations du tableau blanc.
« Salut fils ! » le salua vivement son père, en lui donnant une claque dans le dos.
Plongé dans ce qu’il faisait, il ne les avait pas entendus arriver, et il bondit littéralement de sa chaise, une main sur le cœur. Celui-ci au bord des lèvres, il lâcha ce qu’il tenait alors qu’il sentait sa tête tourner. Vacillant, il s’accrocha d’une main au bureau alors qu’il avait l’impression d’avoir pris place dans un manège fou. Fermant les yeux, il prit une profonde inspiration, bien décidé à faire passer le malaise.
« Joan ? Qu’est-ce qui ne va pas ? » S’inquiéta Castle en l’aidant à se rasseoir.
Penaud, il se sentait coupable de lui avoir fait peur. Lorsqu’il était sorti de l’ascenseur, Caskett trottant sagement à ses côtés, et qu’il avait vu son fils plongé dans ses réflexions, la même expression que sa mère peinte sur le visage lorsqu’elle martyrisait ses neurones, il n’avait pas résisté à la tentation. Après avoir ordonné à Caskett de rester couché dans la salle de repos, il s’était avancé silencieusement vers son enfant et lui avait joué cette petite blague. Il savait pourtant son fils fragilisé par sa maladie, mais il n’avait pas résisté à le surprendre alors qu’il était si concentré sur ce qu’il faisait qu’il ne l’avait pas même entendu arriver. Mais à présent, devant l’état dans lequel l’adolescent se trouvait, il ne trouvait plus cela drôle. S’il ne s’en remettait pas rapidement, Kate allait lui faire la peau pour sa mauvaise blague.
« Joan ? Tu veux que je te ramène au loft ? » Demanda-t-il en passant une main apaisante sur le front moite de son fils, grimaçant en constatant que sa température était de nouveau élevée.
« Non, ça va aller… par contre je boirais bien un verre d’eau. » souffla-t-il alors que le malaise refluait enfin, le laissant respirer normalement.
« Ne bouge pas, je vais te chercher ça. » s’empressa de dire Castle, encore tout honteux d’avoir failli faire mourir de peur son fils.
Lorsqu’il revint, les Gars terminaient de déposer les cartons dans la salle de briefing qu’ils avaient réquisitionnée pour l’occasion, ce qui à la vue de la masse de documents qu’ils avaient rapportées de leur virée, n’était pas superflue.
« Qu’est-ce qu’il a le gosse ? » s’enquit Ryan en le voyant passer.
« Ouais il a l’air d’un bleu qui se serait offert son premier tête à tête avec un macchabée » approuva Esposito en lançant un regard intrigué vers Joan qui soufflait tant qu’il éprouvait des difficultés à reprendre sa respiration.
« Ça va aller, il souffre juste de migraines terribles depuis quelques jours, ça lui passera » les rassura Castle.
Mais il avait beau dire, l’état de Joan le préoccupait et il avait l’impression qu’il s’aggravait au fil des jours, comme s’il avait une maladie incurable et qu’il mourrait à petit feu. Cette pensée le fit frémir, et il lança un regard lourd d’inquiétude vers l’adolescent. il ne s’en remettrait jamais s’il devait perdre son fils. Il venait à peine de faire sa connaissance et n’était définitivement pas prêt à lui faire ses adieux, pas sans avoir la certitude de le revoir très vite, et pour le moment c’était grandement compromis. Et alors que cette pensée lui traversait l’esprit, il fronça les sourcils, se demandant ce qu’il adviendrait de Joan si Kate ne lui pardonnait pas, si elle refusait d’entamer enfin une relation amoureuse avec lui. Mais il ne devait pas y penser. Joan était la preuve vivante que Kate allait s’ouvrir à lui, et maintenant qu’il en avait la certitude, il refusait de perdre l’un ou l’autre, même s’il devait attacher Kate pour l’obliger à avoir enfin cette discussion qu’elle fuyait avec acharnement.
« Tiens » souffla-t-il doucement, en revenant près de lui,
Il parlait très bas, comme s’il s’était trouvé dans la chambre d’un grand malade, de peur de l’effrayer à nouveau, ce qui amusa et agaça Joan tout à la fois.
« C’est bon Papa, je ne suis pas à l’article de la mort ! » grogna Joan en soufflant bruyamment.
Il ne voulait pas inquiéter outre mesure son père mais il ne se sentait pas bien du tout, bien au contraire. Il savait qu’il était proche de rencontrer la faucheuse mais comment dire cela à un père, à son père ? Impossible, et surtout quoi qu’il arrive il ne fallait pas qu’il influence le passé plus qu’il ne l’avait déjà fait. Il devait laisser les choses se faire toutes seules, même s’il mourrait d’envie de supplier ses parents de se parler, de le concevoir, il ne pouvait pas.
« Papa ? Je croyais que c’était ton cousin ? » Retentit la voix d’Esposito dans leur dos.
Joan ferma les yeux en grimaçant en entendant la remarque de son oncle. L’esprit embrumé par la douleur, il n’avait pas fait attention à ne pas trahir sa véritable identité, et évidemment son perspicace oncle Sherlock avait senti le coup fourré. Il allait devoir la jouer finement pour ne pas qu’il se pose plus de question.
« C’est vrai, mais oncle Castle m’a quasiment élevé. Je le considère comme mon père. » Expliqua Joan sans se démonter, une poker face à la Beckett sur le visage.
Castle regarda son fils avec un grand sourire. Nul doute n’était permis à ses yeux, il était bien le digne fils de sa mère. Il savait se jouer de la vérité comme personne, et visiblement savait que pour qu’un mensonge soit plausible, il fallait rester aussi près de la vérité que possible.
« C’est vrai que Castle est un super papa ! » nota Ryan en rejoignant le petit groupe.
« C’est le meilleur » approuva Joan en adressant un regard empli d’adoration à son père.
« Tu te sens mieux ? » biaisa Castle que le sujet mettait mal à l’aise.
« Oui, ne t’inquiète pas » le rassura Joan dans un sourire avant d’observer plus attentivement son père « Tu t’es changé ? » s’étonna-t-il en fronçant les sourcils.
« Oui, il a eu chaud aux fesses » le taquina Esposito maintenant que la peur était passée.
« Comment ça ? Que s’est-il passé ? » Voulut-il savoir en sentant son estomac se nouer d’appréhension.
Il n’avait pas pu envoyer son père à la mort. Non, cette mission était sans risque, sa mère le lui avait dit. Dans le passé Espo et Ryan étaient revenus indemnes, sans que rien ne se soit passé. A moins que sa mère ne lui ait pas tout révélé, ce qui ne l’étonnerait pas outre mesure. Et si c’était le cas, elle risquait de s’imaginer qu’il avait envoyé son père là-bas en toute connaissance de cause. Cette pensée lui noua un peu plus l’estomac, et il pâlit un peu plus en scrutant son père d’un air paniqué.
« Maddox avait posé une bombe dans la maison de Halstead » révéla Castle en haussant les épaules avec indifférence.
« Quoi ? » s’étouffa Joan en blêmissant « Et où étiez-vous quand la bombe a explosée ? » demanda-t-il une boule d’angoisse coincée au fond de la gorge.
Ce n’était définitivement pas prévu ! Son père ne devait pas être confronté à cela, non son père ne devait pas se retrouver nez à nez avec une bombe. Il était venu pour empêcher qu’il ne soit blessé, et même éviter qu’il ne soit menacé, et jusqu’à présent, tout ce qu’il avait su faire, c’était aggraver la situation. Il commençait vraiment à croire que ce voyage dans le temps était la pire idée qu’il ait jamais eu de toute sa vie.
« Dans le jardin, j’étais en sûreté, ne t’inquiète pas » le rassura Castle en posant une main sur son épaule. .
« Quand Maman va savoir ça… » Marmonna-t-il en frissonnant d’angoisse.
« Tu ne dois surtout pas lui dire que j’ai failli finir en viande à barbecue, ta mère ne doit pas savoir que… » S’empressa de le stopper Castle, qui n’imaginait que trop bien la réaction de Kate.
« Trop tard… » Grimaça Joan au moment où les Gars disparaissaient, ayant brusquement une tâche urgente à accomplir, de préférence à l’autre bout de la ville.
« Qu’est-ce que je ne dois pas savoir Castle ? » entendit-il la voix coupante comme un couperet de Beckett dans son dos.
Au son de cette voix familière, Castle se figea en écarquillant les yeux. Cette fois, c’était certain, c’était un homme mort songea-t-il en déglutissant difficilement.
Chapitre 24 :
Fermant les yeux, Castle se mordit la lèvre en imaginant sans peine l’expression fermée et soupçonneuse qu’arborait sa muse. Lui qui espérait la convaincre de sa bonne foi venait d’être pris en flagrant délit de dissimulation. S’il espérait regagner sa confiance, il ne s’y prenait définitivement pas de la meilleure des façons.
« Que Joan a fait un nouveau malaise ? » proposa-t-il en revêtant sa poker face avant d’affronter le regard de sa muse.
« Bien essayé, mais je suis déjà au courant… » Souffla-t-elle en plissant les yeux pour dévisager son partenaire qui avait l’air trop innocent pour être honnête « Que me cachez-vous ? » Insista-t-elle en se rapprochant dangereusement de son écrivain qui déglutit convulsivement à son approche autant par peur que parce que sa proximité lui faisait tourner la tête.
« Disons qu’il y a eu un léger souci chez Halstead… » Balbutia-t-il en reculant au fur et à mesure que Beckett avançait vers lui.
« Maddox était là ? » demanda-t-elle en cachant l’angoisse que cette idée fit naître en elle, se stoppant net en écarquillant les yeux.
« Non, mais il nous avait laissé un souvenir de sa visite chez Halstead » répondit Castle en se tortillant comme un ver sur le point de servir de repas à un poisson.
« Castle…. » Le menaça Kate en plissant un peu plus les yeux, sa patience arrivant à bout.
« Une bombe, il avait placé une bombe dans la maison » avoua-t-il précipitamment en priant pour qu’elle l’achève rapidement et sans douleur.
« Quoi ? » s’étrangla Kate en pâlissant en comprenant ce que cela impliquait et ce qui aurait pu se produire.
Encore une fois, son intuition avait été juste, et ses sentiments fondés. Elle avait eu cette angoisse, ce ressenti qu’il allait arriver quelque chose à son amour et c’était arrivé, même si par miracle il s’en était sorti indemne. Elle ne savait pas comment un tel phénomène était possible, mais dès qu’il s’agissait de Castle, elle développait une sorte de sixième sens qui lui permettait d’être sur la même longueur d’onde que lui, même si elle préférait l’ignorer la plupart du temps.
« Mais nous étions déjà sortis de la maison quand elle a explosé, il n’y a pas eu de blessés ! » s’empressa-t-il de la rassurer en lui souriant.
« Tu étais au courant ? » gronda Kate en dardant un regard menaçant vers Joan « C’est pour ça que tu as voulu que Castle aille là-bas ? » continua-t-elle en foudroyant l’adolescent sur place, accusatrice.
Elle savait qu’elle devenait irrationnelle, mais comment ne pas se montrer soupçonneuse alors que sans l’intervention de Joan, jamais Castle ne se serait rendu chez Halstead ! Elle savait bien qu’elle aurait dû suivre son premier instinct et garder ses distances. Mais elle avait laissé ses sentiments prendre le dessus, et Castle avait failli mourir. C’était sa faute et celle de sa sensiblerie, mais l’on ne l’y reprendrait plus. Pourtant, en plongeant dans le regard mouillé de l’adolescent, elle sut qu’il n’était pas responsable de ce qu’il venait de se passer, et qu’il s’en sentait tout de même coupable, comme s’il aurait dû anticiper ce fait pour l’empêcher. Mais elle était malgré tout en colère. A quoi bon venir du futur si on n’était pas fichu d’empêcher une telle chose de se produire ?
« Non ! » s’exclamèrent dans un bel ensemble père et fils.
« Je te promets que je n’étais pas au courant pour la bombe ! Jamais je n’aurais envoyé Papa là-bas en sachant ça ! Quand oncle Espo et Ryan y sont allés, il n’y a pas eu d’explosion, pas à ma connaissance ! » Affirma Joan en sentant des larmes envahirent ses yeux à l’idée que sa mère puisse douter ainsi de lui après tout ce qu’il s’était passé ces derniers jours.
Ils s’étaient tant rapprochés, elle était passée d’inconnue à mère aimante même si elle se protégeait encore de ses sentiments, tous les deux étaient devenus mère et fils. Et voilà qu’en une fraction de seconde elle doutait de lui. Pire, elle pensait qu’il avait sciemment envoyé son père à la mort alors qu’il était là pour le sauver.
« Pourtant c’était ton idée de l’envoyer chez Halstead… » Remarqua Kate en se détendant quelque peu sans pour autant relâcher la pression.
Des sentiments contradictoires l’envahissaient, des sentiments qu’elle ne pouvait refouler, mais un dominait, la peur et cela lui faisait dire et faire n’importe quoi.
« Seulement parce que tu m’avais dit que les Gars avaient omis un détail primordial au cours de leur fouille. Jamais tu n’avais fait mention d’une bombe ! Toi et ta volonté de garder toute cette affaire secrète ! » Bougonna-t-il avec une moue outrée.
Il se sentait de plus en plus mal mais il se ressaisit, il ne voulait rien montrer à sa mère, cette tête de mule. Non il ne se montrerait pas faible, il ne lui laisserait pas l’avantage sur ce coup, ce qu’elle prétendait était trop grave.
« Ça va être ma faute maintenant ! » s’indigna Kate en écarquillant les yeux avant de souffler en levant les yeux au ciel « Les hommes sont d’une telle mauvaise foi ! »
« Ce n’est pas la mienne en tout cas ! » répliqua Joan en croisant les bras sur son torse en arborant une moue boudeuse.
« Ça n’est la faute d’aucun de nous, le seul responsable, c’est Maddox ! » temporisa Castle pour calmer les esprits.
Kate avisa Joan et constata sa pâleur, elle s’en voulut immédiatement d’avoir osé accuser l’adolescent d’avoir voulu tendre un piège à son père. Quand il s’agissait de Castle toute raison en elle s’envolait, c’était affreusement frustrant. Elle qui était passée maîtresse dans le contrôle d’elle-même et de ses sentiments ne contrôlait plus rien quand il s’agissait de son écrivain.
« C’est vrai… » Soupira Kate en passant une main dans ses boucles « Excuse-moi Joan » ajouta-t-elle avec une petite moue contrite « C’est juste que… » Ajouta-t-elle en se mordant la lèvre en adressant un regard empli d’amour et d’inquiétude vers son partenaire qui heureusement pour elle regardait dans la direction opposée à ce moment-là.
Mais Joan n’en perdait pas une miette. Attendri, il sourit mais se reprit très vite lorsque sa mère tourna la tête vers lui, revêtant une attitude neutre.
« Je sais, je ne t’en veux pas » sourit affectueusement Joan en se détendant « enfin pas trop… » Ajouta-t-il malicieusement.
La jeune femme sourit tendrement à son fils puis tourna à nouveau la tête vers Castle.
« Heureusement que vous êtes sortis immédiatement en découvrant la bombe ! » souffla-t-elle en frémissant en imaginant ce qui aurait pu se passer s’ils n’avaient pas découvert la bombe à temps.
« Presque aussitôt ! » approuva Castle soulagé de s’en tirer à si bon compte avant de se maudire en voyant Kate froncer les sourcils.
« Comment ça presque ? » voulut-elle savoir en dardant un regard perçant sur lui.
« Et bien je suis passé par la cave avant de me ruer dans le jardin » lui révéla-t-il en faisant prudemment un pas en arrière.
« Mais enfin pourquoi faire ? » s’insurgea-t-elle en se retenant de lui sauter au cou.
« Je ne pouvais pas laisser Caskett finir en hot dog tout de même ! » s’exclama l’écrivain en prenant un air outré.
« Caskett est là ? » s’enquit Joan en intervenant dans la conversation, un immense sourire aux lèvres, tout en se levant.
« Mais qui est Caskett ? » gronda Kate en trouvant ce jeu de mot de mauvais goût.
Il n’y avait pas à dire seul Castle pouvait trouver ce genre de combinaison farfelue entre leur deux noms. Même si elle le trouvait curieux malgré tout elle devait reconnaître que c’était recherché. Mais au-delà de cela c’était comme un engagement, une fusion de leur deux noms. Elle était certaine qu’il avait trouvé ce nom sans même réfléchir en pensant ce qu’ils étaient tous les deux, fusionnels.
« C’est notre chien ! » lui expliqua Joan avant d’émettre un long sifflement.
« Notre chien ? » s’étouffa Kate en écarquillant les yeux en voyant accourir un magnifique Golden qui ne devait guère avoir plus d’un an, ressemblant comme deux gouttes d’eau à Royal.
« Et bien il est mort lorsque j’étais adolescent, enfin vers mes 15 ans, mais il a été mon meilleur ami durant toute mon enfance » expliqua Joan en s’agenouillant pour cajoler son chien qui comme s’il le connaissait déjà, le lécha avec enthousiasme, aboyant de joie.
« Mais d’où sort-il ? » l’interrogea Kate sans quitter des yeux Joan qui jouait avec le chien, souriant au tableau qu’ils lui renvoyaient.
« De chez Halstead. Je ne pouvais pas le laisser dans la cave en sachant que la maison allait exploser Kate » se défendit Castle en lui adressant son sourire breveté de chien battu qui la fit sourire alors que Caskett la regardait avec le même air triste.
« Bien sûr que non, mais pourquoi vous sentir obligé de le garder ? » soupira-t-elle sachant qu’elle ne gagnerait pas cette bataille.
« Je vous ai dit que j’avais envie d’adopter un chien. Et Caskett aurait été mis à la fourrière. C’est l’Univers qui l’a mis sur ma route, je ne pouvais pas ignorer ce signe du Destin tout de même et c’est grâce à lui si on m’a retrouvé derrière les bosquets c’est lui qui a signalé ma présence ! » Répondit-il en se penchant pour flatter son nouveau compagnon de jeu.
« Quand j’étais enfant, tu m’as expliqué que c’était oncle Javi qui avait trouvé Caskett, mais que Papa s’était opposé à ce qu’il soit emmené à la fourrière et avait décidé de le garder. Après l’accident, tu as pris Caskett avec toi, parce que tu savais que Papa n’aurait pas voulu que tu l’abandonnes et tu disais toujours qu’à son réveil, Papa serait content de le retrouver ! » Lui apprit Joan en regardant pensivement son meilleur ami. « Même s’il n’a plus jamais ouvert les yeux ! » Ajouta Joan si bas que personne ne perçut ce qu’il avait dit.
« Donc tu savais pour l’explosion… » Constata Kate en fronçant les sourcils, sentant sa suspicion refaire surface.
« Je te promets que non Maman, tu n’en as jamais rien dit en tout cas. Mais peut-être que je suis effectivement responsable de cette explosion… » Souffla Joan en déglutissant alors qu’une pensée peu rassurante lui traversait l’esprit.
« Que veux-tu dire fils ? » s’étonna Castle en posant une main réconfortante sur son épaule en voyant le malaise de son enfant.
« Peut-être que c’est mon saut dans le temps qui a modifié ce point de l’histoire. En intervenant et en envoyant Papa là-bas, j’ai peut-être bouleversé l’équilibre, et cette explosion était la façon qu’avait le continuum espace-temps de retrouver son équilibre, le fait que tu sois là, tu as dû faire quelque chose que personne n’avait fait et ça a déclenché l’explosion. » Réfléchit-il en se mordillant nerveusement l’ongle.
« Ne te torture pas l’esprit Joan, tu ne pouvais pas savoir » tenta de le réconforter Castle en l’attirant contre lui alors que Caskett posait sa truffe sur ses genoux, comme s’il ressentait le mal être de l’adolescent.
« Mais je suis venu pour te sauver, pas pour te mettre encore plus en danger ! » s’écria Joan en secouant farouchement la tête.
« Et c’est ce que tu as fait Joan. Nous savons ce qui est censé se produire, et avec ton aide nous allons l’empêcher » déclara fermement Kate en posant une main apaisante sur la joue du jeune homme qui se détendit instantanément.
« Ta mère a raison Joan. Tu ne peux pas te rendre responsable de toutes les catastrophes ! » Sourit Castle
Pleinement rassuré, Joan recommença à jouer avec Caskett et Castle se joignit à eux. En roulant des yeux, Kate les regarda faire quelques instants, se demandant lequel de ses deux grands enfants s’amusait le plus.
« Est-ce que vous l’avez emmené chez un vétérinaire au moins ? » Voulut-elle savoir alors que Caskett léchait consciencieusement le visage de Joan qui riait aux éclats, allongé sur le sol.
« Vous croyez que c’est vraiment nécessaire ? » s’enquit l’écrivain avec une petite moue boudeuse.
« Evidemment ! Nous ne savons rien de ce chien. Si un enfant traversait ce genre d’épreuve ne l’emmèneriez-vous pas chez un médecin ? » Soupira Kate en secouant la tête d’un air désespéré.
« Vous avez raison, je vais prendre rendez-vous en urgence ! » approuva Castle après quelques secondes de réflexion.
Joignant le geste à la parole, elle l’observa manipuler son IPhone avec dextérité avant de se saisir d’un stylo sur son bureau pour noter un numéro de téléphone avant de passer un appel. Détournant le regard, elle observa Joan. Même s’il s’amusait et riait, il restait très pâle et cela l’inquiétait. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait un très mauvais pressentiment, et se promit de surveiller de plus près l’adolescent. A la moindre alerte, elle l’emmènerait à l’hôpital, que ça lui plaise ou non. Avec une moue indulgente, elle observa le père et le fils s’amuser avec le jeune chien, et elle décida de ramener le calme avant que Gates ne sorte de son bureau et ne décide de virer à nouveau Castle du 12th.
« Pour en revenir à notre enquête, vous avez découvert quelque chose d’utile ? » demanda-t-elle en posant sa main sur le bras de celui-ci pour ramener son attention sur elle.
« Nous ne sommes pas revenus les mains vides… » Se contenta de répondre Castle en avisant la salle de briefing d’un geste ample.
« Où sont passés les Gars ? » demanda-t-elle en songeant qu’ils allaient y passer le reste de la journée.
« Ils ont quitté le navire quand tu es sortie du bureau de Gates » lui apprit Joan avec amusement en se relevant pendant que Caskett venait sagement s’asseoir aux côtés de Castle « Ils ont peur de toi je crois » souligna-t-il avec beaucoup de gaieté, ce qui fit ricaner Castle.
« Gates m’a dit qu’on avait eu notre mandat. Ils vont donc se charger de vérifier les comptes de Halstead pendant que nous fouillerons ses dossiers » décida-t-elle en saisissant son cellulaire, ignorant les remarques de Joan sur les Gars.
« On va avoir besoin de café, de beaucoup de café…. » Soupira Joan en lançant un regard entendu à son père qui s’éclipsa discrètement.
Pendant que son père s’acquittait de sa mission, Caskett sur ses talons, Joan observa le visage fermé de Kate. Impuissant, il avisa le pli soucieux qui barrait son front, et il la connaissait suffisamment pour savoir qu’elle resterait sur le qui-vive tant que sa vie, et son avenir, se trouveraient dans la balance et dépendraient de ce qu’ils trouveraient. Et peu importait le temps qu’ils y mettraient, ils remonteraient la piste, celle qui sauverait son père, il s’en faisait la promesse. Il n’avait pas fait tout ça pour rien songea-t-il en emboîtant le pas à sa mère alors qu’elle pénétrait dans la salle de briefing et s’emparait d’un carton qu’elle posa sur la table avant de s’asseoir.
« Joan peux-tu t’occuper des CD et DVD s’il te plait ? » lui demanda-t-elle en lui désignant lesdits objets d’un vague signe de la main.
« Bien sûr Maman ! » approuva-t-il en réprimant un soupir devant l’ampleur de la tâche qui l’attendait.
Nul doute que son mal de tête ne s’arrangerait pas avec tout ça mais il allait passer outre quelles que soient les souffrances que cela lui infligerait et les conséquences sur son état. Sa décision était prise depuis longtemps déjà. Sa vie contre celle de ses parents. Cette pensée revenait, lancinante, envahissant tout son être.
« Et moi je fais quoi ? » s’enquit Castle en les rejoignant armé de trois grands cafés alors que Caskett filait près de Joan, s’asseyant à ses côtés, la truffe sur sa cuisse.
Il tendit un des deux cafés noir sans sucre à Joan qui le remercia d’un sourire, touché que son père sache ce genre de choses alors qu’il ne lui avait jamais posé la question. Comme avec sa mère. Il n’avait pas besoin de demander pour savoir comment son fils aimait son café, c’était son fils après tout. Il savait, tout comme il avait deviné les goûts de sa muse.
« Prenez un carton et voyez si vous avez de la chance » marmonna Kate sans relever la tête lorsqu’il posa son café devant elle, mais de là où il était, Joan put apercevoir le sourire qui étira ses lèvres lorsque les effluves de son Latté vanillé lui parvint.
Il avait eu vent de ce rituel entre son père et sa mère, il savait que c’était important pour eux et que lorsque son père n’apportait pas de café à sa mère ou que celle-ci le refusait c’est que leur dispute était vraiment grave, alors ce café signifiait beaucoup. L’espoir grandit en lui, celui que ses parents pourraient discuter posément, se réconcilier et plus si affinités. Etant lui-même une affinité enfin plus exactement en étant la conséquence directe, il priait pour que ces deux têtes de mules qui lui servaient de parents trouvent enfin le chemin qui les mènerait l’un vers l’autre.
« A vos ordres lieutenant Beckett ! » approuva Castle en s’emparant d’un carton qu’il déposa en face de la jeune femme avant de se plonger dans la lecture des dossiers.
Le silence se fit et seuls le bruit des pages que l’on tournait et les clics de la souris se firent entendre. Comme s’il avait perçu que l’heure n’était plus à l’amusement, Caskett toujours allongé à côté de Joan s’endormit, ronflant comme un bienheureux. Ils étaient concentrés à l’extrême dans le but de trouver quelque chose de concret pour boucler cette maudite affaire qui avait duré bien trop longtemps, empiétant sur leur existence à tous les trois. Cela faisait des heures qu’ils étaient penchés sur leur tâche respective et Joan n’en pouvait plus, il n’en voyait pas le bout. Ses yeux le piquaient tellement qu’il voyait double, sa migraine était devenue insupportable, et chaque fois qu’il levait la tête, il avait l’impression que la pile de documents qui l’entourait avait doublé depuis la dernière fois qu’il avait regardé. C’était un cauchemar dont il ne voyait plus la fin, et son animosité pour ce genre de tâche ne faisait que s’accroître.
En soupirant, il jeta un regard à ses deux compagnons de galère qui ne paraissaient pas rebutés par leur fastidieuse activité. Bien entendu leur expérience jouait pour eux, rallongeant certainement leur endurance pour ce genre de corvée. Et encore, lui avait été chargé de la besogne la plus facile, alors qu’eux devaient éplucher les dossiers papiers, il savait bien que sa mère avait fait exprès de réserver à son père et elle-même le plus difficile, alors il n’avait pas le droit de se plaindre. Après s’être frotté les yeux, il relança la lecture accélérée d’un autre DVD, et soupira plus fortement, se frottant les tempes en grimaçant.
« Tu es fatigué Joan ? » S’enquit Castle en venant s’agenouiller à ses côtés, posant une main apaisante sur le genou de son fils.
« Un peu, et je commence à avoir vraiment mal au crâne à force de regarder tous ces films ! » ronchonna-t-il en se frottant les yeux, réveillant Caskett qui gémit doucement en frottant son museau contre le bras du jeune homme, comme s’il percevait son mal-être.
En fait cela allait au-delà du petit mal de tête. Joan avait l’impression qu’un troupeau d’éléphants traversait sa tête dans un galop assourdissant. Depuis qu’il souffrait de ces migraines à répétitions, celle qu’il avait actuellement était peut-être la plus violente mais il avait appris à cacher sa douleur depuis le jour où ces maux l’avaient pris, de sorte qu’ils ne paraissaient que très légers aux yeux de ses parents et des autres.
« Je sais, ce n’est pas la partie la plus excitante d’une enquête, mais nous devons malheureusement en passer par là » déclara Kate en venant les rejoindre, scrutant son fils dans un froncement de sourcils.
Elle ne savait pas pourquoi mais malgré le comportement serein de Joan, elle sentait que tout était feint, qu’il cachait son état pour ne pas les inquiéter, et s’il tenait d’elle nul doute ne pouvait être permis.
« Il t’en reste beaucoup à visionner ? » voulut savoir Castle en observant son fils d’un air inquiet.
Il avait remarqué sa pâleur et les rictus de douleur que celui-ci essayait de cacher. Quel genre de père aurait-il été s’il n’avait pas noté la souffrance qui habitait son enfant ?
« Les CD n’ont rien donné. Quant aux DVD, pour le moment RAS non plus. Il ne me reste plus que cette pile à vérifier » expliqua-t-il en étouffant un bâillement.
Complètement épuisé, il avait du mal à garder les idées claires mais il fixait malgré tout, son attention sur ses parents, attendant de savoir ce qu’eux avaient pu trouver. Il avait l’impression que son corps pesait une tonne, mais paradoxalement il se sentait vidé, comme en apesanteur, et il priait pour qu’enfin ses parents aient trouvé la preuve qui leur manquait.
Chapitre 25 :
Malgré les efforts évidents de Joan pour leur cacher son état, Kate n’était pas dupe et voyait bien qu’il était au bord de la rupture et qu’il était temps de rentrer pour qu’il puisse se reposer. Ce n’était pas parce qu’il se conduisait comme un flic qu’il en était un, et elle s’en voulait de lui en avoir tant demandé alors qu’il n’était pas suffisamment en forme pour le faire. Et pourtant, il n’avait pas protesté et avait accompli la tâche qu’elle lui avait attribuée sans se plaindre. A n’en pas douter, leur fils était aussi têtu et déterminé qu’eux-mêmes, et elle ne savait pas encore si cette constatation la rassurait ou l’inquiétait, que serait-il prêt à faire pour sauver son père ou même elle-même, elle ne préférait pas y penser. Secouant la tête pour se concentrer sur le présent, elle prit rapidement sa décision.
« Il n’y avait rien dans ces dossiers. Quant aux disquettes, nous les avons envoyées au service informatique, ils iront plus vite que nous. Je propose que nous mettions tout ça sous clé, que nous emportions les derniers DVD et ce que nous n’avons pas encore examiné, et nous finirons ça ce soir » décida Kate en joignant le geste à la parole.
Elle avait vu la fatigue de son fils mais aussi ses traits tirés qui reflétaient la douleur qu’il ressentait. Il leur mentait certainement sur l’intensité de ses migraines et cela l’inquiétait. De plus il était d’une telle pâleur qu’encore une fois, comme cela était arrivé dans la voiture, elle eut l’impression de voir à travers lui. Elle secoua la tête, c’était absurde, la fatigue lui donnait des visions. Et pourtant ce sentiment d’urgence qui l’habitait ne la quittait plus, allant même en s’accroissant.
« Ça me va » approuva Castle en venant l’aider.
A son approche, il sentit Kate se raidir, mais elle ne s’éloigna pas. Il savait qu’ils allaient devoir discuter, mais pour le moment elle semblait avoir mis sa rancœur de côté pour se focaliser sur leur enquête. Il comprenait qu’elle avait besoin de temps et d’espace pour digérer la pilule, et il était prêt à le lui accorder. La seule chose qu’il refusait, c’était de sortir de sa vie et d’attendre qu’elle l’appelle. Il ne commettrait pas deux fois la même erreur. Il préférait s’en prendre plein les dents plutôt que de ne plus la voir du tout, cela était trop dur, les quatre mois qu’il avait vécu sans elle, sans nouvelle, avaient été les pires de sa vie donc non, il ne forcerait pas les choses et serait patient. Rapidement, ils mirent dans une boîte ce qu’il leur restait encore à consulter, puis entreposèrent le reste dans une salle de dépôt que Kate scella soigneusement gardant la clé dans sa poche. Peu lui importait si quelqu’un d’autre avait besoin d’utiliser la pièce, personne d’autre qu’elle ne pénétrerait à l’intérieur. Une fois cette besogne accomplie, elle alla prévenir le capitaine qu’elle partait, même si elle restait joignable sur son cellulaire.
« Allons-y ! » lança-t-elle en rejoignant les deux hommes de sa vie qui l’attendaient patiemment devant l’ascenseur.
Elle nota que Caskett restait près de Joan, comme pour veiller sur lui, et elle trouva la scène touchante. Les chiens avaient un instinct infaillible, et visiblement Caskett avait perçu l’épuisement de son maître, ce qui renforça sa propre impression. Ils pénétrèrent dans l’ascenseur, et Joan s’appuya aussi discrètement que possible contre la paroi, tout en caressant distraitement son jeune compagnon. Sur sa gauche et légèrement derrière elle, elle sentait Castle tendu, mal à l’aise, et elle pouvait comprendre. Même si elle n’avait rien dit, elle n’avait pas été particulièrement sympa avec lui. En fait, elle ne lui avait quasiment pas adressé la parole, sauf pour lui parler de l’enquête. Et comme toujours, il s’était plié à ses exigences sans protester. Parfois, elle aurait aimé qu’il soit un peu moins docile, préférant une bonne bagarre à ce statu quo qui la rendait dingue. Mais elle savait que ça n’arriverait pas. Pas à moins de pousser Castle dans ses retranchements, de le mettre tellement en colère, qu’il ne se retiendrait plus de lui dire ses quatre vérités en face. Et pour être honnête, elle préférerait éviter d’en arriver là.
Elle ne voulait pas qu’ils se disputent, pas encore. Ils n’avaient pas besoin de cela, pas alors qu’ils ne s’étaient même pas encore véritablement expliqués. Elle ne voulait pas le voir s’éloigner d’elle. Alors oui, elle était en colère contre lui, mais pas au point de le laisser s’éloigner. Et puis elle savait bien qu’elle aussi avait des choses à se faire pardonner, comme son mensonge concernant son amnésie à son réveil, alors autant ne pas trop laisser les choses déraper.
« Et on va où exactement ? » Se risqua à demander Joan qui ne supportait plus ce silence tendu.
« Ta mère et toi allez chez elle, et moi je rentre chez moi avec Caskett, Joan » soupira Castle, sa réticence clairement perceptible dans sa voix, ce qui décida Kate à intervenir.
« Ce serait idiot Castle. Nous passons chez moi récupérer nos affaires, et nous allons chez vous. Vous en profiterez pour me faire un topo sur ce que vous savez et que j’ignore sur le meurtre de ma mère » lança Kate en plongeant son regard dans le sien.
Elle ne voulait pas le quitter, même si sa rancœur n’était pas totalement passée, avoir été séparée de lui avait été difficile, comme un vide, un manque. Et cela n’avait duré que quelques heures. Elle avait l’impression d’être incomplète lorsqu’il n’était pas près d’elle. Alors elle préférait l’avoir à ses côtés, même si c’était pour ne pas lui parler, le seul fait de sentir sa présence l’apaiserait. De plus il avait failli mourir dans l’explosion de la maison donc hors de question de le laisser, plus jamais.
« Comme il vous plaira détective » murmura Castle en lui souriant tendrement, se retenant de laisser éclater sa joie en effectuant une danse de la victoire.
Hypnotisée par la lueur qui brillait dans les yeux de son partenaire, Kate se mordit la lèvre, incapable de rompre la connexion. Elle lui rendit son sourire sans trop de difficulté, voulant qu’il comprenne que bien qu’elle lui en veuille toujours, elle travaillait sur sa colère, et qu’elle n’envisageait pas de l’exclure de son existence. Ce n’était qu’un sourire, mais pour eux, cela voulait dire bien plus qu’une longue déclaration. Comme toujours cette union visuelle, excluant le monde autour d’eux, les fit tout oublier, et le jeune garçon put les observer à loisir, les yeux brillants en rêvant de pouvoir assister à cela tous les jours que Dieu ferait.
« Cool, on peut manger italien ? » s’enquit Joan avec un grand sourire ravi après un long moment, se sentant décidément de trop.
« Et je suppose que quand tu parles de manger italien, je dois traduire ça par pizza ? » Le taquina Kate en tournant la tête vers lui, devinant sans mal ses pensées.
« S’il te plait ? » Supplia-t-il en affichant une expression tellement attendrissante que Kate se sentit fondre.
Elle allait devoir apprendre à résister à ces yeux-là, sinon elle ne donnait pas cher de son autorité maternelle. Surtout si à ses côtés elle avait une seconde réplique qui lui lançait ces mêmes yeux attendrissants.
« Va pour la pizza ! » Se résigna-t-elle en se mordant la lèvre, se maudissant de sa faiblesse alors qu’elle avisait les deux paires d’yeux tristes, dignes du chat Potté dans Schrek.
Elle fit volte-face mais dans son dos, elle perçut le mouvement que firent père et fils en échangeant un feed the bird, un grand sourire aux lèvres.
« Et arrêtez de jubiler, sinon c’est légumes verts pour tout le monde ! » Enonça tranquillement Kate au moment où les portes de l’ascenseur s’ouvraient et qu’elle sortait de la cabine, laissant ses deux hommes bouche bée.
« Quand j’étais petit, j’étais persuadé que maman avait des pouvoirs magiques, comme Dumbledore dans Harry Potter.» Chuchota Joan en jetant un regard inquiet en direction de sa mère.
« Oui, Kate Beckett est une enchanteresse….et définitivement bien plus sexy que le directeur de Poudlard » Approuva Castle en observant lui aussi la jeune femme, alors que Joan partait dans un fou rire.
« Quand vous aurez fini de dire des idioties, on pourra y aller ! » les rappela-t-elle à l’ordre en montant dans sa voiture, levant les yeux au ciel.
En se dépêchant, les deux hommes la rejoignirent, lui adressant le même sourire d’excuses pour se faire pardonner. Joan fit grimper Caskett sur la banquette arrière avant de prendre place à ses côtés sans plus se faire prier, enfouissant sa tête dans le pelage soyeux du magnifique Golden, ravi de se faire câliner.
A travers le rétroviseur, les deux hommes se regardèrent d'un air complice, comme père et fils le feraient, satisfaits de faire tourner la tête à la femme de leur vie. Dissimulant son sourire, Kate attendit qu’ils aient attaché leur ceinture pour les conduire chez elle. Rapidement elle arriva à destination, et après avoir coupé le contact, elle ordonna aux garçons de ne pas bouger de la voiture. Ils acquiescèrent sans broncher et se positionnèrent tels deux écoliers attendant sur un banc devant le bureau du directeur. Prenant cela pour un nouveau jeu, Caskett se redressa sur son séant et resta fièrement assis, le regard braqué sur le dos de l’écrivain, ce qui fit rire les deux hommes et secouer la tête de Kate. En plus des deux comiques de service, elle avait hérité d’un chien au sens de l’humour douteux. Elle n’avait pas fini d’en voir avec ces trois-là.
Détournant son regard du Golden, elle reporta son attention sur ses hommes et se retint d’éclater de rire devant leur mine d’enfants sages. Sans plus hésiter, elle se précipita chez elle où elle jeta des affaires propres dans son sac, s’empara de celui de Joan qu’il n’avait pas pris la peine de vider, comme s’il avait su que cela n’était pas utile, puis revint dans son salon où elle attrapa tout ce qu’elle avait réussi à glaner en plus de dix ans sur l’affaire de sa mère. Dès qu’elle eut réuni tout ce dont elle aurait besoin pour les prochains jours, elle repartit au pas de couse jusqu’à sa voiture, souriant légèrement en découvrant ses deux hommes imitant des statues sur leur siège respectif. Alors qu’elle approchait de la voiture, elle vit Caskett remuer frénétiquement la queue, comme s’il savait que la fin du jeu était proche, et qu’il avait mérité une récompense. Et il y avait de quoi. Visiblement, aucun d’eux n’avait bougé de sa position initiale, comme pour lui prouver qu’ils pouvaient être sages comme des images.
Déposant les sacs dans le coffre, elle revint s’asseoir au volant. Mais avant de redémarrer, elle se tourna vers Caskett, et pour la première fois depuis qu’elle avait compris que ce chien ferait partie de sa vie à l’avenir, le caressa doucement, ce qui lui valut un grand coup de langue sur la joue. En riant, elle se retourna sur son siège et redémarra en direction du loft de Castle, prenant soin de s’arrêter devant chez Grimaldi afin de prendre les fameuses pizzas, tant désirées de ses deux mômes.
« Excellent choix, j’évite celles dont je tairais le nom depuis que j’ai découvert qu’ils farcissaient leurs pizzas de chair humaine ! » grimaça Castle.
« C’est quoi cette histoire ? » s’enquit Joan en se tournant avec intérêt vers son père, sa mère ne lui ayant pas conté toutes les aventures qu’elle avait vécues avec son père.
« L’histoire d’un pauvre bougre qui a terminé sa vie dans le four d’une célèbre pizzeria ! » révéla Castle en se penchant vers lui comme s’il lui révélait le secret de l’humanité.
« Grillé, le pauvre gars ! » s’amusa Joan avant de prendre une mine repentante devant le regard noir de sa mère.
« Oui, il n’avait définitivement pas prévu de figurer au menu comme plat du jour ! » pouffa Castle en souriant de toutes ses dents à Kate dans le rétroviseur.
« Qui sait, Hannibal Lecter avait peut-être passé une commande spéciale dans cette pizzeria » renchérit Joan ravi de partager ce moment avec son père.
« Je vous préviens que vous avez intérêt à être aussi silencieux que des agneaux, si vous ne voulez pas qu’Hannibal Lecter passe pour un saint à côté de moi » déclara calmement Kate, sa menace n’en paressant que plus effrayante aux oreilles des deux hommes.
« Racontez-moi Clarissssssss, vos secrets et je vous conterai les miens ! » Lui susurra Castle mystérieusement, incapable de se départir de son amusement qui s’accrut en percevant le trouble de Kate à sa soudaine proximité alors qu’il se penchait vers son oreille.
« Tenez-vous tranquille ou Hannibal va vous couper le lobe de l’oreille avec ses dents ! » répliqua-t-elle d’un ton lourd de menaces en réussissant à réprimer le frisson qui la secoua sous la caresse du souffle de son écrivain.
« Laisse tomber Papa, Maman est fan de ce film, tu ne gagneras pas à ce petit jeu contre elle ! » pouffa bruyamment le garçon en voyant son père déglutir tout en s’éloignant prudemment.
« Rabat-joie ! » maugréa Castle en se renfonçant dans son siège avec une moue boudeuse, même si son regard pétillait d’amusement.
Joan étouffa un rire, et lorsque Kate lui jeta un regard, tourna précipitamment la tête, se cachant dans la fourrure épaisse du chien, tout en faignant de regarder l’agitation de ce début de soirée. Le reste du trajet s’effectua en silence, chacun d’eux savourant ce bonheur simple qui consistait à être entouré des gens que l’on aimait. Et Joan savourait d’autant plus que c’était quelque chose dont il n’avait jamais pu profiter, et qu’il ne connaîtrait peut-être plus dans quelques jours. Lorsque Kate s’engagea dans le parking souterrain, Castle détacha sa ceinture, et dès qu’elle se gara, sauta dehors, s’empressant de s’emparer des sacs dans le coffre pendant que Joan attrapait les pizzas, si bien que Kate n’eut qu’à les suivre jusqu’au loft. Tous trois à ce moment avaient véritablement l’air d’une famille rentrant chez elle, image renforcée par les joyeux aboiements de Caskett alléché par l’odeur des pizzas, n’importe qui en les voyants en aurait mis sa main à couper.
Dès leur arrivée au loft, Castle emporta leur repas dans la cuisine et sortit les assiettes avant de mettre la table, aidé par Joan qui savait où chercher. Il était parfaitement à son aise, et ne ressentait pas le besoin de demander où se trouvaient les choses. Il le savait très bien et se comportait comme s’il avait toujours vécu en ces lieux, chose que Kate ne pouvait que constater. En l’observant, elle ne pouvait douter qu’il était chez lui, parfaitement dans son élément. Et le naturel de ses gestes constituait une preuve de plus étayant ses dires. Malgré le côté surnaturel de la chose, Joan était leur fils et avait parfaitement sa place à leur côté. En l’observant interagir avec Castle, elle tenta de l’imaginer petit garçon, et un sourire étira ses lèvres alors que l’image d’un adorable bambin à la tignasse indiscipliné, au sourire espiègle et au regard malicieux s’imposait à elle. Tout le portrait de Castle en somme, et la ressemblance était d’autant plus frappante lorsqu’ils se tenaient côte à côte comme en cet instant alors qu’ils dressaient une table digne des repas de fête.
Ils auraient pu manger leurs pizzas sur le canapé tout en regardant un film, mais visiblement les deux hommes de la maison en avaient décidé autrement. Et elle soupçonnait Joan de ne pas être pressé de rallumer une télévision avant longtemps après la petite séance vidéos à laquelle il avait eu le droit. Le pauvre avait encore les yeux tout rougis d’avoir passé l’après-midi sur un écran et ne cessait de se les frotter sous l’effet de l’irritation que lui avait provoquée sa concentration sur l’écran d’ordinateur. Bien que celui-ci ait été prévu pour de longs visionnages, il était peu habitué à ce genre d’exercices et si l’on devait y ajouter ses maux de tête, cela n’arrangeait définitivement pas la brûlure de ses yeux. Joan, comme mû par une intuition, leva la tête et surprit le regard tendrement inquiet que posait sur lui sa mère, et lui sourit brillamment comme pour lui certifier qu’il allait bien. Il avait toujours détesté être une source d’inquiétude pour elle, et ce fait était encore plus vrai alors qu’elle devait s’inquiéter affreusement pour la sécurité de son père. Il devait donc tout faire pour la rassurer sur son compte afin qu’elle reste concentrée sur l’essentiel, sauver son père.
En souriant, sans même être gênée d’avoir été prise en flagrant délit de couvade, elle détourna le regard et s’empara de ses dossiers afin de les mettre dans un endroit un peu plus approprié. Ce n’est qu’à ce moment qu’elle s’aperçut que Caskett était assis près d’elle, la langue pendante et le regard brillant d’espoir. Intriguée, elle arqua un sourcil étonné vers lui, se demandant ce qu’il pouvait bien espérer d’elle, et comme s’il avait lu dans ses pensées, il trottina jusqu’à la porte, avant de tourner la tête vers elle. Et elle comprit qu’elle allait devoir le sortir s’ils ne voulaient pas avoir de mauvaise surprise d’ici la fin de la soirée. En soupirant, elle redéposa ses dossiers et s’avança vers le chien dont la queue s’agita joyeusement.
« Castle, je vais promener ce pauvre chien avant qu’il ne fasse ses besoins dans l’entrée de votre loft » lança-t-elle en se saisissant de la laisse qui avait miraculeusement fait son apparition au 12th au cours de l’après-midi.
« Pas de souci Kate, il est encore trop tôt pour dîner de toute façon ! » rétorqua l’écrivain en lui souriant tendrement.
Sur un hochement de tête, Kate entraîna Caskett à sa suite et se rendit dans le petit parc en bas de la rue de Castle. Parfois lorsqu’elle venait chez son partenaire, elle avait l’impression de débarquer dans un autre monde, comme si une frontière invisible séparait TriBeCa du reste de la ville. Ici, le taux de criminalité était tellement bas qu’il frôlait le zéro, et elle était certaine que les seules personnes qu’elle croiserait dans ce parc seraient d’adorables personnes âgées qui profitaient de la douceur de cette fin de journée ou des familles qui se baladaient tranquillement. Pas un seul toxico en manque ou de sans domicile fixe en vue. Caskett gambadait joyeusement à ses côtés, et elle fit le tour du parc avant de reprendre le chemin du loft, les idées plus claires et se sentant à nouveau pleine d’allant.
« Allez, allons rejoindre nos hommes avant qu’ils ne déclenchent une nouvelle catastrophe ! » lança-t-elle à son compagnon à quatre pattes qui aboya vivement comme s’il était d’accord avec elle.
En revenant au loft, elle trouva les deux hommes assis sur le sofa, lisant pour l’un et écrivant pour l’autre, et elle sourit à cette scène de quiétude familiale. Retirant la laisse à Caskett, elle le laissa rejoindre Joan, se couchant à ses pieds, puis retirant sa veste, elle s’avança vers son sac et s’empara à nouveau du dossier de sa mère cherchant du regard un endroit où elle pourrait installer ses affaires sans gêner qui que ce soit. Mais elle n’était pas chez elle, et après une hésitation, lança un regard interrogateur à Castle qui d’un sourire empli de compréhension lui indiqua son bureau. Visiblement, il était déterminé à ne plus rien lui cacher. Les secrets avaient faits trop de mal entre eux, nuisant à leur relation, et l’un comme l’autre semblait décidé à ce que ce ne soit plus le cas. Sans ces non-dits, ils seraient peut-être ensemble, dans les bras l’un de l’autre, sans eux, il n’y aurait plus de problème, sans eux, tous deviendrait plus simple. Juste eux et leur amour. Rien d’autre pour les garder éloigner l’un de l’autre. Alors oui Richard Castle ne voulait définitivement plus rien cacher à la femme qu’il aimait, et elle en eut confirmation lorsqu’elle l’entendit arriver dans son dos.
« Où est Joan ? » s’enquit-elle en tournant légèrement la tête pour voir son partenaire entrer seul dans la pièce.
Elle déposa les cartons sur le bureau, souriant lorsque son regard se posa sur une photo d’Alexis petite tenant la main à un Castle avec quelques années de moins, dissimulée partiellement dans un tiroir de son bureau. Elle n’eut aucun mal à imaginer Castle regardant cette photo de longues heures, la larme à l’œil, nostalgique des années passées à élever son bébé, son ange, à la regarder grandir et devenir une magnifique jeune femme. Elle aurait voulu voir un de ces instants pour l’immortaliser et le garder précieusement dans un coin de sa mémoire. Mais un jour peut-être aurait-elle la chance de voir Castle s’occuper de leur enfant, et visiblement plus tôt qu’elle ne l’avait imaginé se dit-elle en songeant à Joan qui se trouvait dans la pièce d’à côté et grâce auquel elle avait déjà de précieux souvenirs de la famille qu’ils pouvaient être.
« Comme il est encore trop tôt pour dîner, je lui ai dit d’aller se reposer une petite heure. Sa pâleur m’inquiète » se justifia-t-il alors qu’elle l’observait en souriant, attendrie comme toujours par son côté papa poule.
Comme pour Alexis, et peu importait son âge, il s’inquiéterait toujours pour son enfant, ses enfants… leurs enfants. Elle espérait bien en avoir plus d’un avec cet homme fantastique. Et si quelques jours plus tôt cette simple idée l’aurait emplie d’une sourde angoisse, à présent elle sentait une joie agrémentée d’une bonne dose d’excitation l’envahir, et elle était impatiente d’en arriver là, elle comptait bien profiter pleinement de la phase de conception. Même si d’après Joan, celle-ci serait particulièrement brève dans le sens où après leur nuit d’amour, ils n’auraient plus jamais l’occasion de refaire des bébés Castle. Mais elle veillerait à ce que Castle ne tombe pas dans le coma et soit là pour satisfaire TOUTES ses envies au cours de sa grossesse. Absolument toutes, ses envies de femmes enceintes même les plus farfelues ou les plus sensuelles car elle savait qu’au cours d’une grossesse une femme avait de nombreuses envies...
« Oui, ces migraines à répétition ne sont pas normales. Il ne semblait pas avoir ce genre de problème en arrivant ici, il m’a même dit qu’il avait une santé de fer. Mais cette tête de mule refuse d’aller à l’hôpital !» Soupira-t-elle en redescendant de son nuage pour laisser son regard dériver vers l’écran noir de l’imposant tableau numérique.
Castle avisa sa muse avec un sourire tendre, alors que celle-ci fixait l’écran en se mordillant les ongles, les sourcils froncés comme elle le faisait lorsqu’elle était préoccupée par quelque chose. Elle pouvait prétendre ce qu’elle voulait, elle considérait Joan comme son fils, au-delà de toute rationalité, elle savait qu’il l’était. Si ses paroles parfois abruptes clamaient le contraire, son comportement envers le jeune homme chantait une autre chanson dont la mélodie paraissait bien douce aux oreilles de l’écrivain. Mais de peur de se faire rappeler à l’ordre, il se focalisa de nouveau sur la conversation et en reprit le cours sans rien laisser paraître de sa distraction passagère.