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Série : Castle
Création : 31.10.2012 à 20h20
Auteur : madoka93
Statut : Abandonnée
« et si on avait le pouvoir de changer le temps en co avec ma jumelle iliana » madoka93
Cette fanfic compte déjà 40 paragraphes
Chapitre 26 :
S’il voulait revenir dans ses bonnes grâces, il avait intérêt à être irréprochable, et ce n’était pas en laissant son esprit divaguer et le distraire qu’il allait y parvenir. Elle avait besoin qu’il soit totalement concentré sur cette enquête pas comme les autres, et c’est ce qu’il ferait. Pour elle.
« Je sais, mais il dit que c’est le résultat de son saut dans le temps, mais dans Retour vers le Futur, je ne me souviens pas que Marty McFly souffrait de ce genre de symptômes. Il disparaissait juste parce que ses parents ne se rencontraient pas et encore dès que ça s’est arrangé entre eux, il est revenu ! » Réfléchit-il en se frottant le crâne d’un air perplexe.
« Castle, c’est un film ! » grogna-t-elle en roulant des yeux, même si elle devait reconnaître que la comparaison était bien trouvée.
Trop bien trouvée même, ce qui fit monter une angoisse en elle, qu’elle ne pouvait expliquer. Les paroles de son partenaire flottaient dans son esprit, et elle ne put s’empêcher d’établir le parallèle avec la situation de Joan. Et si… ?
« Je sais bien, mais à ma connaissance, c’est un des rares points de référence, à moins qu’on se base sur l’épisode de Lois et Clark dans lequel Superman disparaît progressivement parce que Tempus est en train de tuer bébé Kal-El dans le passé… » Poursuivit Castle en fronçant un peu plus les sourcils, tenant son menton entre son index et son pouce en signe de réflexion.
« C’est fou le nombre de bêtises que vous pouvez débiter à la seconde ! » Le railla-t-elle, même si sa dernière remarque ne faisait que grossir la boule qui s’était formée dans son estomac.
Mais c’était idiot. Personne n’accompagnait Joan dans ce voyage dans le temps, si l’on considérait que ce fait soit exact, et donc personne ne mettait sa vie en danger. Et puis difficile de faire du mal à un bébé qui n’était pas encore venu au monde. Et si justement c’était ça qui rendait Joan malade ? Le fait qu’il ne soit pas encore venu au monde ? Avait-il remis en cause sa naissance en entreprenant ce saut dans le temps ? Le fait de sauver Castle le condamnait-il à courte échéance ? Auquel cas Joan ne pouvait l’ignorer puisqu’il avait dû étudier tous les risques qu’un tel voyage engendreraient. Avait-il sciemment mis sa vie en péril afin de sauver son père et de leur permettre de vivre cette vie dont ils avaient été privés par le Dragon ? Les aimait-il au point que sa vie n’ait aucune valeur à ses yeux face à leur bonheur ? Avait-il scellé son destin ou bien y avait-il une chance pour qu’elle se fasse des idées et que Joan continue d’exister ? Allait-elle devoir choisir entre sauver l’homme qu’elle aimait et son fils ? Sauver l’un signifiait-il inéluctablement condamner l’autre ?
Secouant la tête, elle chassa cette déplaisante idée. Joan était un jeune homme intelligent. Il avait dû veiller à ce que ce scénario ne se produise pas. Et il serait conçu dans les temps. D’ailleurs il faudrait qu’elle sache quand exactement il devait être conçu. Parce qu’il ne leur en avait pas vraiment parlé maintenant qu’elle y pensait. En fait il avait soigneusement omis ce détail pourtant crucial, et sous l’éclairage de ces nouveaux « faits », elle sentait l’inquiétude l’envahir insidieusement. Mais une fois encore, elle chassa résolument toutes pensées négatives, se focalisant sur ce qu’elle savait. Joan avait dit que Castle tombait dans le coma le lendemain de la nuit où il avait été conçu. Or si ses calculs étaient bons, et elle était certaine qu’ils l’étaient, il leur restait donc plus ou moins trois jours avant l’accident. Donc logiquement Joan devait être conçu la veille. Ce qui ne lui laissait plus que vingt-quatre heures de répit. C’était court, vraiment court. Mais pas irréalisable. A condition qu’elle passe outre ses dernières réticences, et qu’elle parvienne à boucler cette affaire.
Cela allait être difficile, mais pas irréalisable. Après tout Castle disait toujours que le propre de la vie était de rendre l’impossible possible. C’était le moment ou jamais de vérifier s’il disait vrai. Et elle allait soigneusement garder ses dernières déductions pour elle. Pas question qu’elle laisse entendre de près ou de loin à Castle qu’elle ne lui cédait que parce qu’elle voulait être certaine que Joan soit conçu. Et elle commençait à suspecter que ce dernier ne leur ait rien dit pour éviter qu’ils se sentent coupables et donc obligés de passer la nuit ensemble. Et elle le comprenait. Apprendre que ses parents avaient fait l’amour par obligation n’était pas la nouvelle la plus sensationnelle de l’année. Non, elle allait provoquer cette discussion, ou du moins ne pas la fuir, et si tout se passait bien, Castle et elle feraient l’amour, ce serait définitivement parce qu’ils seraient enfin sur la même longueur d’onde et parce qu’ils étaient prêts à faire un bout de chemin ensemble, voire si tout allait bien à passer le reste de leur vie à se rendre fou mutuellement.
Et cela prendrait le temps qu’il faudrait. Même si pour le moment le temps jouait contre eux. D’autant que leur vie n’était pas la seule dans la balance. Joan était concerné de près. Et si sa conception était trop décalée à quel point cela affecterait-il Joan ? Peut-être qu’il ne serait plus cet enfant merveilleux et si beau ? Peut-être serait-il une fille ? Peut-être que rien ne se passerait. Peut-être serait-il toujours égal à lui-même, le digne fils de son père. Imaginer le contraire lui était tout bonnement impossible. Il naîtrait tel qu’il était, en enfant fantastique et espiègle. Prenant une profonde inspiration, elle se promit de veiller également à ne pas mettre en péril l’existence de Joan, même si cela signifiait mettre provisoirement ses griefs contre son écrivain de côté afin d’être certaine que les choses ne tournent pas au vinaigre, empêchant la conception de leur fils. Elle frémit en songeant à tout ce qu’elle devait accomplir afin que son écrivain et elle puissent partager une folle nuit d’amour d’ici la fin de la semaine.
Une vague de chaleur la traversa, et elle serra les poings pour s’empêcher de sauter sur son partenaire. Ils avaient encore trop de choses à faire avant d’en arriver là. Même si ça la désolait. Elle soupira, cette histoire était complètement surréaliste et pourtant elle se surprenait à y croire. Elle Kate Beckett, la terre à terre, la femme flic rationnelle qui doit mettre une explication sur tout, ne parvenait pas à comprendre ce qu’il se passait, mais n’en avait cure car son cœur lui hurlait qu’elle était la mère de ce fils prodigue.
« Nous avons donc une heure pour en finir avec ces dossiers » Commenta-t-elle finalement en ouvrant le carton pour sortir ce qu’ils avaient apporté du 12th.
« Avant j’aimerais que nous étudions mon propre tableau blanc… » Souffla-t-il en l’arrêtant d’un geste en posant une main sur la sienne.
Kate tressaillit en sentant ce contact qui l’électrisait à travers la chaleur de cette paume qui la rassurait toujours. Elle adorait lorsqu’il la touchait de cette façon, avec un mélange d’assurance et de timidité, de douceur et de force. Jamais aucun homme ne l’avait touché de cette façon si particulière. Elle savait que Castle la désirait, elle l’avait toujours su, mais il y avait tellement plus que ça dans le regard qu’il posait sur elle, dans les gestes qu’il avait à son encontre. La passion n’en était qu’une infime partie. Quand elle plongeait son regard dans le sien, ses yeux lui parlaient d’amour, d’éternité. Sa promesse d’être toujours là pour elle aurait pu passer pour une tentative désespérée de la faire tomber dans ses filets, mais son regard ne mentait pas. Et cette promesse lui faisait tourner la tête parce que non seulement elle y croyait, mais partageait cet espoir d’être aussi toujours là pour lui. Dans un soupir tremblant, qui témoignait parfaitement de son trouble grandissant, elle acquiesça d’un hochement de tête, ne faisant pas confiance à sa voix qui sans aucun doute trahirait son émoi.
Avec raideur, interprétant mal l’attitude étrange de sa muse, l’écrivain s’avança vers l’écran, et d’un geste vif, l’activa. Il devait lui montrer qu’il n’avait plus aucune hésitation à partager ses recherches, ses secrets, qu’il voulait jouer franc jeu avec elle, faire preuve de la même honnêteté envers elle que celle qu’il attendait d’elle. Kate soupira en constatant à quel point son partenaire était tendu, et elle se promit d’être moins dure envers lui. Après tout il n’avait mal agi que par souci de la protéger. C’était à la fois adorable et idiot. Esquissant un sourire tendrement agacé, la jeune femme détourna le regard et frémit en voyant une photo d’elle apparaître avant de se concentrer sur les autres clichés qui encadraient son visage. Progressivement, elle découvrit une sorte d’organigramme dont elle était le centre. Fascinée, et légèrement mal à l’aise, elle s’avança, et avant d’en avoir véritablement conscience, effleura d’un doigt aérien la photo de sa maman, et aussitôt, une nouvelle fenêtre s’ouvrit. En silence, elle lut ce que Castle avait consigné.
Des faits contenus dans le dossier qui était en sa possession, et d’autres qu’elle découvrait pour la première fois. Ou c’est l’impression qu’elle eut en lisant les notes. Tout était minutieusement répertorié, détaillé, annoté, rien n’avait été laissé au hasard. Le moindre indice, la moindre piste qui n’avait soit disant rien donné, la moindre hypothèse que son partenaire avait pu émettre, tout avait été consigné. Il avait même retranscrit les conversations qu’ils avaient pu avoir tous les deux sur cette affaire, comme s’il les avait enregistrés. Le tableau sud comme elle pouvait se plaire à l’appeler était une mine d’informations, claires et précises. C’était un véritable travail de titan, et elle en fut profondément touchée, impressionnée qu’il se soit donné tant de mal pour elle.
« Vous avez dû y passer des heures… » Constata-t-elle en découvrant qu’il avait inséré des liens vers les autres fichiers, permettant de procéder rapidement à des recoupements.
« Je sais que vous vous sentez trahie, mais… » Commença-t-il à se justifier, mais elle l’arrêta d’un geste, pas encore prête à écouter ses explications.
Même si elle mourrait d’envie d’avoir cette discussion avec lui afin d’en finir une bonne fois pour toute pour enfin pouvoir se tourner vers un avenir plus souriant, il était encore trop tôt et rien ne devait la détourner de sa mission. Or si elle s’ouvrait maintenant à Castle, elle risquait de laisser filer une piste importante et les conséquences de ce relâchement pourraient s’avérer dramatiques sur bien des points. Non, ce n’était pas encore temps des confidences. Elle se savait injuste envers lui, mais c’était impossible pour elle de concilier les deux tant l’issue était capitale pour leur avenir.
« Pas maintenant Castle, juste pas maintenant… » Souffla-t-elle sans le regarder, refusant de lire encore la déception dans son regard.
« Comme vous voudrez… » Soupira-t-il passant une main lasse dans ses cheveux, voûtant ses épaules de dépit avant de s’écarter, la laissant se familiariser avec ses recherches.
Il se sentait comme pris en otage par ses sentiments, et cela devenait difficilement supportable. Il ignorait combien de temps encore il supporterait cette situation, même s’il s’était découvert des réserves insoupçonnables de patience depuis qu’il connaissait la jeune femme, il se sentait au bord de la rupture, et espérait seulement qu’elle s’ouvre à lui avant qu’il n’atteigne le point de non-retour et ne décide qu’il ne pouvait en endurer d’avantage. Cette idée lui broyait le cœur, mais il ne pouvait imposer indéfiniment sa présence à Kate. Lui tournant résolument le dos pour qu’elle ne voit pas à quel point il souffrait de la situation, il fixa lui aussi le tableau, relisant pour la millième fois ces données qu’il connaissait déjà par cœur, mais que pourtant il s’employait à analyser encore et encore dans l’espoir de trouver un élément. A chaque nouvelle lecture de ces informations imprimées au fer rouge dans son esprit, il espérait mettre à jour un nouvel indice, n’importe quoi qui lui aurait échappé jusqu’à présent et qui lui permettrait enfin de mettre fin à la quête sans fin dans laquelle Kate s’était lancée à la mort de sa mère.
Il souhaitait être son chevalier en armure venu à son aide pour terrasser le Dragon qui faisait planer une ombre funeste au-dessus de sa tête, l’empêchant d’accéder au bonheur de pouvoir simplement vivre sa vie en paix. Il voulait être celui vers lequel elle se tournerait au plus fort de la tempête pour trouver refuge entre ses bras. Il voulait être le récipiendaire de ses joies et de ses peines, de ses angoisses et de ses espérances. Il voulait être son partenaire, dans tout ce que pouvait impliquer ce concept. Il voulait pouvoir chasser les nuages gris qui obscurcissaient son existence et y faire briller le soleil. Il voulait abattre ces murailles qui l’emprisonnaient aussi sûrement que des remparts de pierre et de fer. Il ne voulait plus de ça pour elle, même si l’en délivrer signifiait la regarder se jeter dans les bras d’un autre, lui brisant le cœur dans le processus. Il l’aimait tellement qu’il était prêt à cet ultime sacrifice, même s’il ne pourrait plus rester à ses côtés. Il ne supporterait pas de la voir chaque jour dans les bras d’un autre et partirait, se contentant de la savoir heureuse et enfin libre de mener sa vie comme elle le désirait.
Kate qui ne l’avait pas quitté des yeux comprit à sa crispation soudaine et à son attitude qu’il broyait du noir. Elle savait qu’une fois encore elle l’avait blessé, et elle s’en voulait, mais c’était mieux ainsi pour le moment. Elle ne pouvait définitivement pas le laisser s’expliquer, elle n’était pas encore prête à l’écouter et à accepter les implications de ce qu’il lui livrerait. Parce qu’elle savait qu’entendre ses excuses les mènerait à aborder la question de leurs sentiments. Et cela la terrifiait. Pourtant, elle se sentait prête pour ça, elle savait ce qu’elle voulait, mais elle ne savait pas encore comment faire pour l’obtenir. Encore et toujours cette bataille qui faisait rage en elle, son cœur et sa raison, ennemis de toujours, se livraient une bataille sans fin, l’empêchant d’être pleinement heureuse et épanouie. Tout se mélangeait dans sa tête, et tant qu’elle ne serait pas certaine de pouvoir assumer cette relation, elle ne voulait pas lui donner de faux espoirs. Elle ne voulait pas que ce lien si fort et intense qu’il y avait entre eux tourne court parce qu’elle aurait trop précipité les choses. Il y avait bien trop en jeu pour qu’elle prenne cela à la légère.
Elle ne voulait pas se jeter à son cou pour finir par tout gâcher entre eux en n’étant pas à la hauteur de ses attentes, en étant incapable d’être celle qu’elle voulait être, en étant inapte à entretenir le genre de relation qu’elle désirait vivre, en ne s’investissant pas assez dans leur couple. A coup sûr elle le blesserait encore plus et il finirait par la détester et partir loin d’elle pour toujours en maudissant le jour de leur rencontre. Et cela elle ne le supporterait pas. Non, Castle méritait mieux que des peut-être. Il méritait des certitudes, des toujours… Lorsqu’ils auraient cette discussion, elle serait enfin prête pour lui. Même si elle avait conscience qu’à trop tirer sur la corde, celle-ci finirait par céder. Elle avait déjà eu l’occasion de le voir se détourner d’elle, et ces souvenirs avaient tout de son Enfer personnel. Elle ne voulait pas revivre ces mois sans lui, l’imaginant sans mal dans les bras de sa stupide éditrice de malheur qui avait profitée de son indécision pour le lui voler. Mais au fond elle aurait eu tort de s’en priver alors qu’elle n’avait pas su saisir sa chance à ce moment. Alors non, elle ne laisserait pas passer celle-ci.
Ne supportant plus le mutisme de son partenaire, elle décida d’esquisser un geste dans sa direction. Elle n’était pas prête, elle le savait, mais elle ne supportait plus de le voir malheureux par sa faute. Le voir comme ça était un tel crève-cœur qu’elle ressentait presque physiquement la souffrance de son écrivain. Et celle-ci lui était devenue intolérable. Et elle savait qu’elle avait les moyens pour chasser définitivement cette douleur.
« Castle ? » l’appela-t-elle en se tournant légèrement vers lui, se mordillant nerveusement la lèvre, le cœur battant à tout rompre.
« Oui ? » s’enquit-il sans lever les yeux vers elle, lui opposant un front buté, fixant faussement son attention sur sa bibliothèque comme s’il la voyait pour la première fois.
« Merci… » Souffla-t-elle dans un soupir quasi inaudible qu’il eut du mal à entendre tant il était imperceptible.
Aussitôt, il releva la tête et son regard s’ancra au sien. Elle ignorait pourquoi elle le remerciait exactement. Peut-être pour être aussi patient avec elle, pour l’attendre, pour lui être fidèle alors qu’ils n’étaient pas un couple, pour avoir confiance en elle, pour les supporter, ses angoisses et elle. Peut-être aussi pour avoir pris tant de risques pour lui venir en aide sachant parfaitement qu’elle lui en voudrait et l’assommerait de reproches. Peut-être pour rester à ses côtés envers et contre tous, et même en dépit d’elle-même. Peut-être pour tout ça, pour l’aimer comme elle était, tout simplement. Il aurait mérité bien plus que ce simple mot, mais c’était pourtant tout ce qu’elle était en mesure de lui offrir pour le moment. Et au sourire qu’il lui adressa, et à la douceur qui habita son regard, elle sut que ce serait suffisant. Elle ignorait pour combien de temps il se contenterait des miettes qu’elle lui lançait, mais pour le moment, c’était suffisant pour qu’il continue à la couver d’un tendre regard empli d’amour et de dévotion.
« Always » chuchota-t-il en retour, et l’intensité de son regard lui fit se mordre la lèvre, mais d’envie cette fois.
Un peu trop vivement pour paraître naturelle, elle reporta son attention sur le « tableau blanc sud », et dans son dos elle entendit Castle recommencer à feuilleter les dossiers. L’atmosphère s’allégea, comme si l’orage qui avait élu domicile au-dessus de leur tête, s’éloignait, et c’est presque avec quiétude qu’ils vaquèrent à leur lecture. Elle était là encore impressionnée par la masse d’informations que Castle avait réussi à réunir. Pas étonnant qu’il prenne systématiquement du retard dans l’écriture de ses romans ! Et elle se sentait coupable d’avoir accaparé tant de son temps sans même le savoir. Combien de fois s’était-elle moquée de lui en insinuant qu’il saisissait le moindre prétexte pour ne pas écrire ? Mais à présent qu’elle savait à quoi il avait occupé son temps libre, elle comprenait mieux le sourire en coin et l’expression mystérieuse qu’il prenait parfois face à ses taquineries. Cet homme était une perle, et une bouffée de fierté l’envahit en songeant qu’il était tout à elle. Oui il était à elle, et elle veillerait à ce qu’il le reste.
Parce qu’elle ne le laisserait pas lui filer entre les doigts. Cette fois aucune Gina ou autre bimbo blonde aux seins siliconés ne viendraient le lui voler, quitte à demander à Lanie de faire disparaître leur corps sans laisser de trace. Elle avait peut-être encore quelques vagues appréhensions, mais elle n’était pas idiote au point de douter qu’il fût son One and Done. Tout son être le lui criait en permanence.
« Oh bon sang ! » S’exclama-t-il en se redressant vivement, le regard braqué sur un album photo, interrompant les rêves enchanteurs de la jeune femme.
« Vous avez trouvé quelque chose ? » l’interrogea-t-elle en se dirigeant vers lui, intriguée et légèrement inquiète devant l’expression atterrée qu’il arborait.
« Je sais pourquoi Maddox ne s’est pas éternisé chez Halstead… » Murmura-t-il en la dévisageant avec tant d’inquiétude que son cœur rata plusieurs battements à la vue de la face blafarde de son ami.
« Qu’est-ce qu’il se passe Castle ? » demanda-t-elle en se rapprochant un peu plus, à la recherche du réconfort que lui offrait toujours sa présence à ses côtés.
« Le cadre que j’ai pris chez Halstead était vide… » Commença-t-il en arborant une mine sombre qui ne présageait rien de bon « Et je viens de découvrir quelle photo elle devait contenir » termina-t-il en lui tendant la photo d’un homme.
« Qui est-ce ? » voulut-elle savoir en examinant attentivement le visage de cet inconnu.
C’était un homme jeune, la petite trentaine, d’allure sophistiquée. Un homme en pleine ascension sociale qui paraissait sûr de lui. Le genre d’assurance qui venait avec la richesse. Il semblait important, et elle se demanda à quel point il était lié au monde de la police. Après tout, il était ami avec le capitaine Montgomery.
« Qui est-ce ? » répéta-t-elle en reportant son attention sur l’expression fermée de son partenaire.
« C’est l’ami de Montgomery. L’homme chargé d’assurer votre protection. L’homme qui détient toutes les réponses… celui que je rencontrais parfois dans un parking souterrain de la ville » Soupira-t-il en se passant une main tremblante dans les cheveux.
A cette annonce Kate se figea en imaginant son partenaire, la nuit dans un parking désert sans personne autour pour le protéger d’un mystérieux inconnu dont il ne savait rien, d’un homme qui aurait pu le tuer sans que personne n’en soit témoin. Un frisson la parcourut à la pensée qu’il avait décidément pris bien plus de risques qu’elle ne l’avait cru, et à ce moment sa colère se rappela à son bon souvenir, mais elle l’étouffa. Ils devaient rester unis, se disputer encore n’arrangerait rien et ne ferait que leur faire perdre un temps précieux. Mais un autre constat arriva à son esprit à ce moment…
Chapitre 27 :
Tétanisée, la peur s’insinuant insidieusement en elle, la paralysant alors qu’elle comprenait ce que cela signifiait, elle restait là, sans rien dire, les yeux braqués sur la photo de cet homme qui tenait sa vie entre ses mains.
« Et Maddox est après lui… » Déclara-t-elle d’une voix blanche en reprenant enfin ses esprits « S’il trouve ce dossier avant nous, je ne serai plus jamais en sécurité » Affirma-t-elle d’un ton détaché, comme si elle ne réalisait pas vraiment ce qu’elle venait d’énoncer.
« Ca n’arrivera pas ! » tonna Castle en dardant un regard déterminé sur elle. « Je te protégerais Kate, je ne les laisserai pas te faire du mal » certifia-t-il en posant une main sur sa joue, la caressant de la pulpe de son pouce.
Troublée par la lueur de son regard, et par ce tutoiement inopiné, Kate resta sans réaction quelques secondes, puis légèrement tremblante, elle posa sa main sur la sienne et avant d’avoir pu contrôler son geste, elle se pressa contre lui, encerclant son buste en le serrant fermement comme pour s’y accrocher. Elle sentit son corps secoué de tremblements, et alors qu’une infime partie d’elle se reprochait de se montrer aussi faible, l’autre partie s’en moquait éperdument, sachant que s’il y avait bien une personne sur cette terre avec laquelle elle pouvait se laisser aller sans arrière-pensée, c’était bien Castle. En silence, il referma ses bras autour d’elle, posant son menton sur le sommet de son crâne et l’attirant un peu plus contre lui, comme pour former un bouclier autour d’elle. Et là, contre la chaleur rassurante de son corps, elle se sentit en sécurité. Elle resta contre lui le temps de se ressaisir, puis se détacha lentement de son étreinte, ne voulant pas qu’il s’imagine qu’elle regrettait ce moment de tendresse. Mais plus que jamais elle devait rester concentrée sur cette enquête. Et ce n’était pas en jouant les faibles femmes qu’elle parviendrait à ses fins.
« Savez-vous qui il est ? » S’enquit-elle en recouvrant son contrôle.
« Non, il ne m’a jamais révélé son identité… » Soupira Castle avec frustration de ne pas pouvoir éclairer plus que cela leur lanterne.
Il savait que c’était après Smith que Maddox en avait. En fouillant le bureau de Halstead, il avait remarqué la présence de nombreuses photos le représentant en compagnie d’hommes influents de la police, des pompiers, et même du maire. Et alors qu’il feuilletait l’album, il avait retrouvé ces mêmes photos, et lorsqu’il avait découvert le visage de cet homme de l’ombre qui l’avait contraint à mentir à la femme qu’il aimait pour assurer leur sécurité à tous, il n’avait eu aucun doute. Il était certain que son monsieur X était la clé de toute cette affaire, et que le trouver, les conduirait au Dragon. A condition qu’ils y parviennent avant Maddox. Dans un froncement de sourcils, il serra les poings, se promettant de tout faire pour faire échec et mat à Maddox et protéger sa famille de ces entités malfaisantes qui leur gâchait depuis bien trop longtemps la vie. Leur règne de terreur allait prendre fin, et Kate serait enfin libre de mener sa vie comme elle l’entendait. La voix de Kate le ramena au présent, et il baissa les yeux pour croiser son regard dans lequel se lisait clairement son angoisse malgré ses efforts pour n’en rien laisser paraître, ce qui ne fit qu’accroître sa détermination.
« Peut-être que Joan connaît son nom ? » proposa-t-elle en interrogeant Castle d’un air incertain, sachant son instinct de protection pour ses enfants surdéveloppé.
« Ça vaut la peine de lui poser la question… » Approuva-t-il en se dirigeant vers son salon sans aucune hésitation.
Kate s’empressa de lui emboîter le pas, heureuse et soulagée qu’il soit d’accord pour interroger Joan. Elle savait que la menace plus que réelle qui pesait sur elle avait considérablement influencé sa décision. Comme il le lui avait promis, il serait là pour l’épauler, et ne la laisserait pas tomber. Et si Joan détenait les réponses à leurs questions, il l’aiderait à les obtenir, même si elle savait qu’il l’empêcherait de pousser le bouchon trop loin. Mais de par son attitude il lui prouvait à quel point elle comptait à ses yeux. Elle savait pour en avoir été le témoin privilégiée que rien ne passait avant le bien-être et le bonheur de ses enfants. Absolument rien. Du moins c’était ce qu’elle avait toujours cru. Pourtant en cet instant, elle prit conscience qu’il y avait une chose qui si ce n’est supplantait, du moins égalait ce sentiment prédominant chez son écrivain. Sa propre sécurité et son bonheur. Castle semblait visiblement prêt à tout pour s’assurer qu’elle était à l’abri et heureuse, y compris à faire subir un interrogatoire à leur fils si cela permettait d’assurer la sécurité de la jeune femme. Et elle ne l’en aimait que plus.
« Castle ? » L’arrêta-t-elle alors qu’il atteignait l’escalier pour aller chercher Joan.
« Oui ? » s’enquit-il en tournant la tête vers elle, une expression soucieuse peinte sur le visage.
Il fallait qu’elle lui dise, qu’elle lui ouvre un pan de son cœur, il devait savoir que pour elle aussi il comptait plus que tout, que pour lui, elle était prête à toutes les folies, à tous les sacrifices. Il devait comprendre sans qu’elle ait besoin de lui dire à quel point elle l’aimait.
« Moi non plus, je ne les laisserai pas vous faire de mal » lui certifia-t-elle en plantant un regard déterminé dans le sien pour appuyer ses propos.
« Je sais Kate, je sais… » La rassura-t-il dans un sourire avant de grimper les marches.
En soupirant, Kate se passa une main dans les cheveux et alla se poster devant la baie vitrée, observant sans vraiment la voir l’agitation qui régnait dans les rues, incarnant la vie des autres qui continuait bien loin d’eux et de leurs problèmes. Bien sûr, elle savait que chacun avait son lot de soucis et devait apprendre à composer avec et les gérer, mais elle avait l’impression que le Destin s’acharnait sur elle, lui envoyant bien plus d’épreuves à surmonter que le commun des mortels. Elle ne s’apitoyait pas sur son sort, ne cherchait pas à savoir ce qu’elle avait pu faire pour mériter tant de souffrances, mais elle espérait qu’une fois cette affaire derrière eux, elle pourrait enfin souffler et profiter de la vie que Castle lui offrait. Elle ne demandait rien de plus que le droit de pouvoir vivre auprès de l’homme que son cœur avait choisi et d’être simplement heureuse à ses côtés. Mais pour cela elle allait devoir se montrer plus forte que jamais et garder la tête froide afin de ne pas laisser à son ennemi juré la moindre occasion de lui ravir, une fois encore, sa chance de bonheur.
Plus les jours passaient, plus elle avait l’impression que l’étau se refermait et que bientôt elle serait prise au piège. Elle détestait la sensation d’être un animal blessé attendant que le chasseur vienne l’achever alors qu’il tentait de sauver sa vie. Mais elle refusait de se résigner. Si elle devait mourir, elle ne le ferait pas sans se battre, et elle veillerait à emporter dans la tombe le Dragon de sa jeunesse afin de s’assurer qu’il ne pourrait plus jamais nuire à ses proches. Quoiqu’il arrive, le Dragon serait neutralisé une bonne fois pour toutes, et elle était prête à sacrifier sa vie pour protéger celle de son écrivain. Même si elle espérait ne pas en arriver à une telle extrémité, sachant que cela signifierait la mort de Joan. Car si elle mourrait, il n’aurait aucune chance de voir le jour. C’était probablement la seule chose positive qui ressortait du fait que ce soit Castle qui ait été blessé, ou qui le serait, elle s’y perdait à force. Joan avait pu voir le jour, pourtant elle savait qu’elle n’hésiterait pas une seconde à prendre cette balle à sa place lors de leur confrontation avec le Dragon. Ensuite ce serait à la Providence de choisir pour eux. Elle dans le coma ; tant qu’elle serait en vie, ce petit être pourrait grandir en elle, naître avec les technologies de maintenant, finalement seule sa vie serait mise en jeu…
Fixant son reflet à travers la vitre, son regard fut attiré par l’apparition de deux silhouettes si semblables. Un sourire étira ses lèvres en observant ses deux hommes. Ils se ressemblaient tellement, semblaient si proches, si complices, que son cœur se serra douloureusement à l’idée de les priver de ça. Ils se tenaient côte à côte en silence la couvant d’un regard tendre, attendant tranquillement qu’elle se décide à se retourner vers eux, lui laissant le temps de se préparer pour la discussion. Ils la connaissaient si bien qu’ils anticipaient ses attentes et agissaient en conséquence. L’espace d’un instant, alors qu’elle les observait, trouvant si normal de les voir ensemble, elle se demanda ce que ça avait dû être pour elle d’élever son fils en ayant l’impression d’avoir chaque jour Castle sous les yeux tout en sachant qu’il était allongé dans un lit, inerte, perdu dans les limbes, ne retrouvant pas son chemin pour les rejoindre elle, son fils, Alexis et Martha. Un frisson glacé lui traversa l’échine, et elle se fit la promesse que ça n’arriverait pas.
Elle ne laisserait pas une telle chose se produire. Si Castle et elle devaient fonder une famille, il serait définitivement à ses côtés pour élever leurs enfants. Le Dragon lui avait déjà pris sa mère, elle ne le laisserait pas lui prendre l’amour de sa vie. Pas question. Elle ne le laisserait pas lui voler encore une fois son bonheur. Non, lorsqu’elle connaîtrait enfin sa véritable identité, et elle le découvrirait, elle s’assurerait personnellement que plus jamais il ne puisse faire de mal à ceux qu’elle aimait, ni à qui que ce soit d’autre d’ailleurs. Cela faisait bien trop longtemps qu’il sévissait en toute impunité, et il était temps que quelqu’un l’arrête, et elle comptait bien être cette personne. Elle se rappelait du jour où, prostrée sur la tombe de sa mère, elle avait fait le serment de tout faire pour mettre les responsables de sa mort derrière les barreaux, en renonçant à ses rêves d’avenir pour entrer dans la police et se faire justice elle-même puisque les forces de l’ordre s’était montrée défaillante. Alors non, elle ne capitulerait pas, pas alors qu’elle était si proche du but, pas alors qu’elle avait tant à perdre.
Toujours sans se retourner, Kate observa ses deux hommes qui s’étaient décidés à avancer dans la pièce en plaisantant doucement. Caskett les suivait d’une démarche paresseuse avant de se laisser tomber près du canapé en baillant bruyamment pour poursuivre son somme, ce qui la fit sourire. Décidément ce chien ressemblait de plus en plus à son maître, ce qui expliquait pourquoi il s’était si vite habitué à sa nouvelle vie. Amusée par cette réflexion, elle reporta son regard sur les hommes de sa vie, souriant plus largement en notant la complicité innée qui existait entre eux. Mais alors qu’elle scrutait Castle, elle se rendit compte que son sourire n’atteignait pas son regard, signe qu’il était préoccupé, ce qui lui fit perdre son sourire. Elle savait que c’était pour elle qu’il s’inquiétait. Tout comme elle s’inquiétait pour lui. Aucun d’eux ne voulait voir l’autre être blessé ou pire, et tous deux étaient prêts à mettre leur vie en danger pour se protéger mutuellement. Autant dire qu’ils étaient dans une impasse.
A moins qu’elle ne trouve le moyen de lancer Castle sur une mauvaise piste au moment fatidique. Mais quelque chose lui disait que son partenaire risquait fort d’avoir la même idée. Elle allait devoir se montrer plus rusée que lui, et surtout faire en sorte que Joan lui en dise un maximum sur ce qui s’était passé cette nuit-là. Plus elle en saurait, plus elle serait préparée, et plus elle serait en mesure d’empêcher que Castle ne soit blessé. D’après ce que Joan lui en avait dit, son rêve était un reflet assez exact du déroulement des évènements qui avaient conduits son amour à passer dix-huit ans dans le coma. Donc elle devait surveiller les moindres gestes de son partenaire et glaner des informations en masse.
« Kate ? » l’appela Castle en esquissant un pas dans sa direction avant de s’immobiliser.
Elle savait qu’il était en train de se faire violence pour réprimer l’instinct de protection surdéveloppé qu’il nourrissait à son égard pour ne pas accourir vers elle et la prendre dans ses bras. Elle aurait aimé se réfugier contre lui et le laisser prendre en charge la situation, mais ça ne règlerait pas son problème, bien au contraire. Si elle voulait garder son homme en vie, elle allait devoir être plus forte que jamais et ne pas se laisser aller à s’apitoyer sur son sort. Et tout faire pour le préserver et le protéger de ce qui l’attendait dans deux jours à peine.
« Je vais bien Castle » le rassura-t-elle en se détournant pour venir les rejoindre dardant son regard dans celui de son écrivain.
« Qu’est-ce qu’il se passe ? » s’enquit Joan dont le regard jouait au ping-pong entre ses parents.
« Nous avons découvert après qui Maddox en avait » lui révéla Castle en posant un regard sombre sur lui.
« Vraiment ? » s’étonna Joan en fronçant les sourcils, ne comprenant pas pourquoi ses parents avaient l’air si soucieux alors qu’il s’agissait plutôt d’une bonne nouvelle.
« Mangeons, nous discuterons après » décida Kate en se dirigeant vers la cuisine pour faire réchauffer les pizzas.
Alors que Castle allait rejoindre Kate, le jeune homme attrapa le bras de son père, bien décidé à avoir des réponses à ses questions. Son père avait-il trouvé l’indice crucial qui avait fait défaut à sa mère et qui avait conduit son père dans le coma ? Et si c’était bien le cas, pourquoi cela semblait-il encore plus les angoisser?
« Papa ? Qui est la prochaine cible de Maddox ? » Voulut savoir Joan en l’interrogeant du regard.
Il devait absolument savoir. Il n’avait jamais su qui avait envoyé le sniper qui avait voulu tuer sa mère, ni qui était responsable du coma de son père. Tout ce qu’il avait jamais eu, c’était des tonnes de questions et des présomptions. Mais une présomption n’était pas une preuve, et aujourd’hui, il voulait savoir. Peut-être qu’il détenait une partie des réponses qui permettrait d’aider ses parents à sauver leur futur.
« Nous ne connaissons que son visage et nous espérons que tu pourras nous aider à découvrir qui il est » Lui expliqua Castle en posant son bras sur ses épaules pour l’entraîner vers la table sur laquelle Kate venait de déposer leur repas.
« Je vois… » Murmura Joan en prenant pensivement place à table.
Sans un mot, Kate leur servit plusieurs parts de pizza avant de s’asseoir à son tour. De temps en temps, elle observait Joan à la dérobée et constata que lui qui avait tant insisté pour avoir de la pizza au dîner n’avait pas encore touché à son assiette, totalement absorbé dans ses pensées. Autant elle voulait des réponses à ses questions, autant elle s’inquiétait de l’état de santé de Joan qui ne paraissait pas s’améliorer, bien au contraire malgré les efforts de son fils pour le cacher. Et ce n’était pas en sautant un repas que cela allait changer.
« Joan ? » l’appela-t-elle doucement en posant une main sur les siennes occupées à réduire en confettis sa serviette en papier.
« Oui M’an ? » souffla-t-il en papillonnant des cils, comme s’il avait été tiré d’un rêve éveillé.
« Mange, tu réfléchiras à voix haute tout à l’heure, lorsque tu auras l’estomac plein ce n’est pas avec le ventre vide que tu pourras nous aider » lui ordonna-t-elle gentiment.
Mais Joan se contenta de la fixer en fronçant les sourcils, et Kate finit par se saisir d’une part de pizza et par la lui fourrer dans la bouche, faisant ainsi doucement rire Castle qui trouvait la scène particulièrement touchante. Il avait toujours su que Kate ferait une bonne mère, il lui suffisait de l’avoir vu agir avec les enfants qu’Ils avaient parfois croisés au détour d’une enquête, ou de façon plus personnelle avec Alexis pour le savoir. Elle était tellement craquante lorsqu’elle se montrait ainsi attentive au bien-être de leur fils qu’il aurait voulu la prendre dans ses bras et l’embrasser jusqu'à ne plus en pouvoir. Il était fou amoureux de la Kate fonceuse et têtue qu’il côtoyait chaque jour, adorait passionnément la femme fragile et vulnérable qu’elle ne lui laissait que peu souvent entrapercevoir. Mais la Kate maternelle et affectueuse qu’il découvrait depuis l’arrivée de Joan la lui rendait encore plus précieuse et extraordinaire, et il ferait tout pour ne pas la perdre, d’une façon ou d’une autre. Elle méritait d’être heureuse, et il veillerait à ce qu’elle le soit, qu’il soit inclus ou non dans ce bonheur.
Fasciné, il ne se lassait pas de la voir agir avec Joan. Il y avait un lien très fort entre eux deux. Aussi puissant que la connexion qui existait entre sa muse et lui. Mais c’était différent. Il aurait pu en être jaloux, mais comment être jaloux de son enfant ? Au contraire, il était ravi de voir Kate dans ce contexte, de la voir agir aussi naturellement, il la trouvait plus belle que jamais dans ce rôle. Elle était si épanouie qu’elle rayonnait lorsqu’elle prenait soin de leur fils, même si parfois le masque se remettait en place, presque par automatisme. Mais la voir agir comme elle le faisait en cet instant n’avait pas de prix, et il n’espérait qu’une chose, voir ce genre de scène de bonheur familiale se répéter à l’infini. Il pourrait s’en délecter sans s’en lasser, apprécier encore et encore chaque instant que leur offrirait la vie, remerciant le ciel de lui faire don d’une telle existence de plénitude avec les personnes qu'il chérissait plus que tout.
« Maman je ne suis plus un bébé, je peux manger seul, pas la peine de me donner la becquée ! » Râla Joan en reculant la tête en grimaçant.
Il avait horreur se comportait en maman poule, l’infantilisant au possible, mais en même temps, il adorait la voir aux petits soins pour lui, surtout en cet instant. Parce qu’il était dans le passé, et qu’elle n’était pas encore sa maman. Parce qu’elle avait mis si longtemps à lui accorder sa confiance et à croire à son histoire. Parce que lorsqu’elle agissait comme ça, il retrouvait sa maman, et son cœur bondissait de joie dans sa poitrine, lui faisant tourner la tête. Parce que dans ces moments-là, il savait que sa cause était juste et qu’il réussirait. Parce qu’il ne pouvait pas en être autrement. Il râlait pour la forme alors qu’il mourrait d’envie de se blottir contre elle et de la laisser le consoler, le rassurer. Mais il n’était plus un enfant, et il devait rester fort. Pour elle, pour son père et pour lui. Alors il grimaça et lui lança un regard faussement noir qui fit rire les deux adultes qui échangèrent un regard complice en constatant à quel point ce beau jeune homme pouvait leur ressembler.
« Pas de doute, cet enfant est bien le nôtre ! » rigola Castle en ébouriffant les cheveux de Joan tout en souriant effrontément à Kate.
Dans un bel ensemble, mère et fils levèrent les yeux au ciel en secouant la tête alors qu’un demi-sourire étirait leurs lèvres. Castle se retint d’éclater de rire pour ne pas briser cet instant magique qui s’offrait à ses yeux. Fasciné, l’écrivain sentit son cœur se gonfler de joie en constatant une fois de plus combien son fils ressemblait à sa muse. Il avait ses expressions, ses mimiques, ses grimaces, ses sourires. Tout en Joan lui rappelait cette femme qu’il aimait tant. Mais le plus flagrant était ses yeux, d’une couleur si mystérieuse. Passant du vert au marron, selon son humeur, l’éclairage ou la tenue vestimentaire. Il ne savait pas vraiment définir leur couleur, cela portait un nom ce genre de mélange mais il n’en avait pas le souvenir et peu lui importait. Ces différentes variantes l’avaient toujours fascinée et il constatait avec joie que leur fils avait hérité de cette fabuleuse couleur. Et son regard était aussi similaire à celui de sa muse. Vif, perçant, pétillant d’intelligence, profond et intense. Rien ne pouvait plus le combler que cette simple constatation.
Kate Beckett était la personne la plus extraordinaire qu’il lui ait été donné de rencontrer, et savoir que leur fils avait hérité du meilleur de sa personnalité le remplissait de fierté et d’amour. Bien sûr, leur enfant lui ressemblait tout autant, bien plus qu’Alexis ne lui avait jamais ressemblé, et il en était tout aussi heureux, mais retrouver les traits de la personnalité de sa partenaire qu’il affectionnait tant dans un être qu’ils avaient conçus ensemble l’émouvait d’une étrange façon. Et il n’allait certainement pas laisser le Dragon le priver de cette vie dont il avait si souvent rêvé sans jamais oser espérer qu’il puisse un jour l’obtenir. Or la présence de Joan sous son toit, sans parler de celle de sa partenaire, lui prouvait qu’il pouvait avoir tout ça. Alors non, il ne laisserait personne menacer leur futur.
« Alors mange au lieu de rêvasser ! » entendit-il Kate rétorquer, le ramenant à la discussion présente.
« Ne discute pas avec ta mère jeune homme ! » déclara-t-il en recommençant à manger alors que Joan s’apprêtait à répliquer.
« Alors ça ce n’est pas cool, vraiment pas cool du tout ! » marmonna-t-il d’un air dépité, même si la lueur heureuse de son regard démentait son ton maussade.
« La vie n’est pas toujours cool petit ! » Répliqua Castle d’une voix grave imitant celle du génie d’Aladin, faisant sourire Kate qui levait les yeux au ciel.
L’adolescent s’était toujours demandé comment les choses se seraient passées si son père avait été là pour épauler sa mère, et en cet instant, il était servi. Il savait que quoi qu’il arrive, son père soutiendrait toujours sa mère, n’allant jamais à l’encontre de son autorité, du moins pas devant lui. Peut-être auraient-ils de vifs échanges en privé, mais devant lui, ils feraient front, il n’en doutait pas. Oui, il savait que son père saurait se montrer juste, comme lorsqu’il prenait sa défense alors que la jeune femme se montrait un peu trop sévère envers lui. Il avait le souvenir de quelques punitions injustes dont il avait écopé lorsqu’il était plus jeune. Enfin injuste à ses yeux. Après tout, casser le nez de Bobby Fisher parce qu’il l’avait traité de bâtard était une punition beaucoup trop douce à ses yeux. Et être privé de loisirs pendant deux longs mois était franchement exagéré. Bien entendu sa mère n’avait jamais su pourquoi il s’était battu, il n’avait pas voulu la blesser et la rendre plus triste qu’elle ne l’était déjà. Alors il s’était tu, acceptant la punition sachant que s’il avait dit pourquoi il s’était acharné sur Bobby, il n’aurait certainement pas eu de réprimandes.
Après la petite scène de ce soir au cours de laquelle son père avait naturellement pris le parti de sa mère, il réalisa qu’avec son père dans l’équation, la punition aurait pu être bien pire. Son père était peut-être plus laxiste que sa mère, mais il n’aurait pas laissé passer cet incident, même si du fait qu’il soit là, il n’aurait pas eu à casser la figure de cet imbécile qui s’en était bien mordu les doigts. Il sa rappelait qu’Alexis lui avait parlé d’une fois où elle avait mis un coup de poing à une de ses amies, et même si leur père n’avait pas crié, elle avait été punie pour ça. Alors nul doute que lui aussi aurait récolté une punition pour avoir eu recours à la violence. Et pourtant, il souriait à l’idée de les avoir tout deux autour de lui à chaque étape de son existence. Oui, la vie serait vraiment géniale s’il réussissait ce qu’il avait entrepris, quitte à être puni tous les jours, il voulait cette vie.
Chapitre 28 :
Kate souriait devant les facéties de Joan qui lui rappelaient tant les mimiques si caractéristiques de son écrivain. Et elle adorait déceler ces ressemblances chez l’adolescent, mais ce n’était pas une raison pour faiblir et le laisser se négliger.
« Si tu trouves la force de te plaindre, c’est que tout va bien ! » remarqua Kate en recommençant à s’alimenter après s’être assurée que Joan en faisait autant.
Seul un marmonnement indistinct lui répondit, et Castle sourit en regardant son fils manger tout en lançant des œillades de réprobation à sa mère qui n’y prêtait guère attention. Quoi qu’il arrive elle ne lâcherait rien sur ce qui concernait l’éducation de leur fils et il en était heureux. Parce qu’il constatait que même sur ça, ils avaient la même vision, ce qui leur faciliterait grandement les choses lorsqu’ils devraient prendre une décision importante concernant leurs enfants. Rêveur, il s’imagina assis tranquillement sur le canapé devant un bon feu de cheminée, Kate lovée contre lui, discutant paisiblement de leur famille. Et l’espace d’un instant, il visualisa Kate, plus belle que jamais alors qu’elle arborait fièrement le ventre rond des femmes enceintes. Son cœur s’emballa en songeant que si tout se passait bien, il partagerait bientôt ce bonheur avec elle, l’accompagnant tout au long de sa grossesse, se pliant à ses quatre volontés et subissant ses humeurs avec béatitude.
Le reste du repas se passa dans le calme, chacun d’eux plongé dans ses pensées. Lorsque la pizza fut de l’histoire ancienne, Castle devança Kate et se chargea de débarrasser la table, indifférent aux protestations de la jeune femme qu’il invita à aller s’asseoir sur le canapé en compagnie de leur fils pendant qu’il préparait le café. Sachant reconnaître une cause perdue lorsqu’elle en voyait une, Kate abdiqua et entraîna Joan à sa suite, constatant qu’une fois encore, Joan était perdu dans ses réflexions. Il avait les sourcils froncés et une veine palpitait sur son front, signe de grande concentration. Elle eut l’impression de se voir en reflet tant il lui ressemblait en cet instant. Et elle n’avait pas besoin de lui demander pour savoir ce à quoi il pensait. Il devait être en train de chercher le nom de la prochaine victime de Maddox, en espérant qu’il ne l’ait pas déjà localisée. Mais si comme eux le mercenaire n’avait eu que cette photo comme point de départ, peut-être parviendraient-ils à lui avant Maddox. Et tout changerait. Ils sauveraient Castle et enfin ils pourraient être heureux tous les trois.
« Montre-moi la photo » Attaqua Joan dès qu’il fut assis, levant un regard déterminé vers Kate qui se tenait debout, à l’extrémité du sofa.
Approuvant silencieusement, Kate se dirigea vers le bureau de Castle et s’empara du cliché qu’elle avait laissé sur le bureau, scrutant de nouveau ce visage inconnu et dont pourtant elle avait enregistré chaque trait. D’une démarche assurée qui ne trahissait rien de sa nervosité, elle revint dans le séjour, son regard trouvant immédiatement celui de son partenaire. Il lui sourit comme pour l’encourager, tout en posant sa main sur l’épaule de Joan, prouvant ainsi qu’il les soutenait tous les deux quoi qu’il arrive. Raffermissant son emprise sur le précieux sésame, elle vint s’asseoir de l’autre côté de Joan, si bien qu’il se retrouva encadré par ses parents, et lui remit la photo. Avec l’impression d’avoir fait une énorme bêtise, Joan se trémoussa sur lui-même et s’empara du cliché en prenant grand soin de ne pas croiser le regard de sa mère. Il avait peur de la décevoir, peur de ne rien pouvoir faire pour l’aider et qu’il ne serve à rien pour l’avancée de l’enquête.
Attentivement, il scruta le visage de l’homme, cherchant un écho dans sa mémoire, mais rien ne se produisit, néant. Cet homme lui était totalement inconnu et il pestait contre lui-même se reprochant d’être inutile. A quoi bon venir du futur s’il se contentait d’un rôle de figurant, incapable de jouer le rôle qui devait être le sien.
« Imagine-le avec trente ans de plus. Des cheveux blancs, des rides en plus… » Tenta de l’aider Castle en voyant bien que ce visage n’évoquait rien chez son fils.
Joan fronça les sourcils tentant de fouiller dans ses souvenirs mais sa migraine l’empêchait de réfléchir. Pire encore, il constatait que certains souvenirs de sa vie passée s’étaient effacés. Il avait pu le constater déjà il y a peu mais il avait mis cela sur le compte de ses migraines à répétitions. Mais en cet instant, il était indéniable qu’en plus de se mourir, ses souvenirs aussi disparaissaient peu à peu.
« Pas maintenant… pas ceux-là…» Chuchota-t-il si bas que ni Kate ni Castle n’entendirent ce qu’il avait marmonné.
Alors qu’il laissait le désespoir l’envahir, sentant son regard s’embuer, il perçut une pression sur ses jambes, et baissant les yeux, il plongea dans le regard affectueux de Caskett. Alors ses souvenirs se remirent en place, comme si la présence de son chien le liait autant à ce passé qu’il réécrivait qu’à son futur qu’il modifiait, lui permettant de garder le fil de ses souvenirs, empêchant la ligne temporelle de les compresser comme de vulgaires fichiers devenus inutiles. Son désespoir reflua, et il se concentra de nouveau sur ce qu’il avait appris au cours de ses recherches. Il devait bien y avoir un élément qui lui permettrait de mettre ses parents sur la piste de cet homme avant qu’il ne soit trop tard.
« Donc tu ne sais pas qui il est…. » Soupira Kate dont la voix laissait transparaître sa déception.
Elle aurait dû s’en douter. Pourquoi est-ce que tout d’un coup les réponses lui tomberaient toutes cuites dans le gosier ? Ce n’était pas parce que Joan venait prétendument du futur qu’il en savait plus qu’eux. Il lui avait dit qu’elle avait été très secrète sur les tenants et aboutissants de l’enquête qu’elle avait menée sur le meurtre de sa mère et elle supposa que c’était une des choses qu’elle avait gardé pour elle. Elle en était certaine, cette affaire avait déjà coûté la vie à sa mère et à l’amour de sa vie, même s’il n’était pas vraiment mort. Alors elle était certaine que la « elle » du futur n’avait rien dévoilé de capital à son fils. Joan étant tout ce qui la raccrochait à la vie, à son amour perdu, elle avait voulu le préserver envers et contre tous. C’était noble et louable de sa part, mais cela n’arrangeait pas leurs affaires à l’heure actuelle. A moins que cette photo soit l’élément qui avait échappé aux Gars. Et donc qu’elle n’avait jamais eu connaissance de l’existence de cet homme, du moins pas à ce moment de l’enquête.
Encore une fois, ils étaient dans une impasse, et sa déception en était d’autant plus vive qu’elle sentait qu’ils touchaient au but, que la fin était proche. Pourtant elle n’avait jamais eu autant l’impression que les choses lui échappaient. Qu’elle ne maîtrisait rien et cela la mettait hors d’elle sachant qu’elle était à deux doigts de la solution. C’était si frustrant de savoir qu’elle était sur le point d’obtenir toutes les réponses, et de voir un nouveau mur se dresser sur son chemin, la retardant. Mais cette fois, elle n’était pas seule pour affronter ses peurs et les démons de sa jeunesse, et c’était à cela qu’elle se raccrochait pour ne pas sombrer comme elle l’avait déjà fait. Elle tiendrait bon et résoudrait le puzzle.
« D’accord. Peut-être que tu n’as jamais vu son visage, mais tu as peut-être eu accès à son identité d’une autre façon » proposa Castle en reposant le portrait sur la petite table du salon tout en tentant de mettre de l’ordre dans ses réflexions.
« Que veux-tu dire ? » s’intéressa Joan en posant un regard perplexe sur son paternel, ne voyant pas vraiment où il voulait en venir.
« Je dois reconnaître que je ne vous suis pas plus Castle… » Fit remarquer Beckett en le scrutant tout aussi intensément.
Elle savait qu’il réfléchissait différemment des flics, qu’il allait au-delà des apparences cherchant une connexion invraisemblable, à laquelle personne n’aurait pensée et c’était souvent grâce à son esprit décalé qu’ils résolvaient des affaires. Alors elle lui faisait confiance pour trouver la solution, même s’il employait des chemins tarabiscotés pour y parvenir.
« Joan tu as bien dit que tu avais mené ta propre enquête ? » poursuivit Castle sans tenir compte de l’attitude sceptique de ses interlocuteurs.
« Oui, mais je n’ai pas trouvé grand-chose. Ce dossier a été classifié et scellé, et je n’ai pu trouver que des informations distillées par des sources secondaires » approuva-t-il avec un regard lourd de reproches vers Kate.
Elle n’avait jamais rien dit en profondeur à son fils afin de le protéger de la vérité. Il avait posé des questions mais elle n’avait jamais répondu clairement. Elle n’avait jamais éclairé la lanterne de son fils malgré toutes les questions, elle avait été évasive avec lui, et il en gardait une certaine amertume. Il savait qu’elle n’avait fait ça que pour le préserver, mais à présent que la vie de son père était à nouveau dans la balance céleste, il était terriblement frustré du silence qu’elle lui avait opposé, l’obligeant à se contenter de vérités tronquées.
« Et au cours de ces recherches, il n’y a rien qui ait particulièrement retenu ton attention ? » l’interrogea Kate qui venait enfin de comprendre où Castle voulait en venir.
Ils virent Joan froncer les sourcils, signe qu’il réfléchissait à la demande de ses parents, et après un bref échange de regards, ils reportèrent leur attention sur leur fils, attendant qu’il ait le déclic. Ils savaient que l’information dont ils avaient besoin était là, enfouie dans les souvenirs du jeune homme, mais celui-ci ne semblait pas savoir quoi chercher.
« Réfléchis Joan. Pense à une connexion avec le monde de la police… » L’encouragea Castle en lui donnant une première direction dans laquelle creuser.
Après tout si cet homme était très proche de Montgomery, il devait avoir affaire avec le milieu judiciaire, policier ou autre. Il était proche de la justice sans aucun doute donc assurément, ils le trouveraient. Le tout était de savoir où chercher afin de ne pas perdre plus de temps.
« Et celui des avocats… » Enchaîna Kate le cœur serré comme chaque fois qu’elle pensait à sa mère.
Joan fronça un peu plus les sourcils et se mit à mordiller son ongle, ce qui malgré le sérieux de la situation arracha un sourire amusé à Castle. En cet instant, il était le portrait craché de sa mère, et la ressemblance était d’autant plus frappante que Kate assise à ses côtés exécutait le même geste. Mais Joan le ramena brutalement sur terre alors qu’il se redressait vivement, son regard pétillant d’enthousiasme, comme s’il avait trouvé le Saint Graal, faisant gronder de désapprobation Caskett qui s’éloigna sur un petit jappement outré avant de se coucher au pied des escaliers.
« Je me souviens qu’au cours de mes recherches, je suis tombé sur un article qui parlait du cabinet d’avocat PPC dont 9 de ses membres avaient remporté une importante affaire contre Big Tabacco. » s’exclama-t-il avec enthousiasme alors que le souvenir de cet article lui revenait.
« Et en quoi cet article pourrait-il être lié à notre affaire ? » s’enquit Kate en arquant un sourcil sceptique.
« En fait au départ, je pensais que cela n’avait aucun lien, mais quand je l’ai évoqué, tu as eu une drôle de réaction. Ça n’a duré qu’une seconde, mais tu as eu l’air inquiète que je m’y intéresse, et tu m’as fait promettre de ne pas me pencher plus sur cet article… » Expliqua Joan en échangeant un regard entendu avec son père.
« Et évidemment, tu t’es empressé d’approfondir tes recherches… » Grogna Kate en secouant la tête avec un mélange d’agacement tout maternel et d’amusement.
Cela ne la surprenait même pas qu’il lui ait désobéi. Pas de doute, il était le digne fils de son père. Combien de fois Castle était-il passé outre ses interdictions pour n’en faire qu’à sa tête ? Alors pourquoi avait-elle espéré que leur fils serait plus sage ? Parce qu’il était aussi son fils ? Non, visiblement de ce côté, Joan avait la même propension que son père à enfreindre joyeusement les interdits. Mais si cette mauvaise habitude pouvait faire avancer son enquête, elle se sentait prête à passer l’éponge pour cette fois. Mais elle sentait bien qu’à l’avenir, ces deux-là la rendraient sans doute folle avec leurs bêtises. Elle sourit en pensant à un Castle facétieux apprenant à leur fils comment en faire le plus possible, mais en fait cela devait être inné chez les hommes de la famille puisque malheureusement elle avait dû élever leur enfant sans lui. Cette pensée lui fit vite perdre le sourire et elle se reconcentra sur leur affaire alors qu’elle entendait la voix grave de son partenaire s’élever de nouveau dans la pièce.
« Et qu’as-tu découvert ? » demanda-t-il avec une fierté toute paternelle, faisant rouler des yeux sa muse alors qu’elle avisait le sourire content de son écrivain.
« En fait c’est ce que je n’ai pas découvert qui est intéressant… » Révéla Joan d’un ton mystérieux attirant un peu plus l’attention déjà bien soutenue de son père, fasciné par l’aptitude que son fils avait à passionner les foules.
Encore une chose de lui, se dit-il heureux. Incapable de s’en empêcher, il posa son regard sur Kate et sourit un peu plus en avisant le regard tendrement moqueur qu’elle posait sur eux, comme si elle partageait ses pensées. Avec amusement, il songea qu’elle n’avait pas dû s’ennuyer en élevant Joan, et qu’avec lui dans l’équation, elle allait vite devenir folle. Mais elle adorait ça, sinon cela ferait belle lurette qu’elle l’aurait envoyé au Diable. Elle ne lui ferait pas croire qu’elle le laissait rester au 12th à la suivre comme son ombre parce qu’elle croyait encore à son excuse d’avoir besoin de ça pour écrire ses romans. Plus personne n’y croyait.
« Joan nous n’avons pas le temps pour les devinettes, viens en aux faits pour l’amour du ciel ! » gronda Kate qui sentait sa patience s’émousser face à ce suspens intenable, faisant grimacer son partenaire qui tendit la main pour la poser sur la sienne dans un geste apaisant.
En temps normal elle aimait lorsque ce dernier était ménagé comme savait si bien le faire Castle mais là dans ce cas précis, il y avait bien trop en jeu pour qu’elle attende que son fils ait fait son show pour leur dévoiler la suite. Baissant les yeux sur la main qui recouvrait la sienne, elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration, consciente qu’elle ne devait pas perdre son calme. Joan était le fils de Castle, jouer les prestidigitateurs chaque fois qu’il avait un élément clé à dévoiler devait être génétique.
« Pardon Maman… » S’excusa aussitôt Joan en lui offrant un sourire piteux à la Castle, avant de reprendre ses explications « Comme je vous l’ai dit, ces avocats étaient au nombre de 9, mais pourtant je n’en ai trouvés que 8 de mentionnés dans tous les articles que j’ai lu sur eux. » Finit-il en scrutant le visage de ses parents dans l’attente d’une réaction à son annonce.
« Et le neuvième ? » l’interrogea Castle en se redressant comme s’il avait reçu une décharge d’adrénaline, comprenant qu’ils étaient sur la bonne piste.
« Un vrai fantôme. Tout ce que j’ai pu découvrir à son sujet, c’est qu’il avait un bateau amarré à l’année au Magellan Yacht Club à Westport dans le Connecticut » leur apprit Joan en espérant vraiment que cette information pourrait les aider.
« C’est déjà une bonne piste… » Sourit Castle en captant le regard de Beckett qui finit par hocher pensivement la tête, regroupant les nouvelles informations dans sa tête afin de comprendre rapidement la suite.
« Mais il nous faudrait un autre élément de comparaison afin de pouvoir faire des recoupements » soupira-t-elle en se passant une main frustrée dans ses cheveux, les rejetant derrière ses épaules en un geste qui avait tendance à mettre en transe son partenaire dont l’imagination fonctionnait à plein régime.
Tout aussi frustré que sa muse, Castle se secoua, s’obligeant à rester concentré, et s’empara de nouveau de la photo qu’il détailla attentivement, espérant repérer un détail qui lui aurait échappé jusqu’à présent. Il examinait chaque centimètre de cette dernière, scrutant l’arrière-plan, les gens apparaissant derrière l’individu que Castle avait rencontré des années plus tard, tout ce qui ne devrait pas s’y trouver. Scrupuleusement, il chercha tout ce qui aurait pu avoir une moindre importance aux yeux des autres, mais qui pourrait leur donner un début de piste afin qu’ils sachent par où commencer leur recherche.
« Castle ? Qu’est-ce qu’il y a ? » Le pressa Kate en le voyant écarquiller les yeux avant de se frapper le front du plat de la main.
« Je ne suis qu’un idiot. C’était là, juste sous mon nez et je n’ai rien vu ! » Se réprimanda-t-il en se frappant de nouveau pour souligner ses propos.
Comment n’avait-il pas remarqué ce détail plus tôt ? Comment cela avait-il pu lui échapper à lui qui aimait le luxe ? Lui qui se targuait toujours de repérer ce que les policiers ne remarquaient pas pouvait aller se rhabiller sur ce coup, parce qu’il avait laissé passer ce détail pourtant capital. Pour une fois, il aurait mérité que Kate lui crie dessus.
« Quoi donc Castle, qu’est-ce que vous avez trouvé ? » l’interrogea Kate en se penchant au-dessus de Joan pour obliger Castle à se focaliser sur elle pour qu’il se calme et réponde à ses interrogations.
« La montre Kate, la montre ! » s’exclama-t-il en pointant le poignet de leur inconnu d’un index impérieux.
« Et alors ? » s’étonna-t-elle en avisant le bijou, ne comprenant pas ce qui mettait son écrivain dans cet état d’euphorie.
C’était une montre d’homme classique bien que luxueuse pour ce qu’elle y connaissait. C’était certain que la montre de son père avait l’air tout droit de sortir d’un marché aux puces, mais à part ça elle ne comprenait pas ce qui mettait son écrivain dans cet état. Il n’y avait pas de quoi faire un foin, même si elle devait reconnaître qu’elle était plutôt raffinée, ce n’était pas la première montre d’homme de ce genre qu’elle voyait.
« Ce n’est qu’une montre Papa, rien d’extraordinaire… » Nota Joan dans le même état d’incompréhension que sa mère qu’il regarda en haussant les sourcils, ce qui lui valut un haussement d’épaules en signe d’ignorance.
« Non justement ! » Les contredit Castle en se levant pour faire les cents pas, faisant de grands moulinets de ses mains pour appuyer ses explications « C’est une Nautilus 3800 ! Ces montres coûtaient plus de 1000 $ en 1981. » S’enthousiasma Castle en retrouvant le sourire.
« D’accord, tu t’y connais en montres de luxe, mais en quoi est-ce que ça nous aide à trouver qui il est ? » demanda Joan en fronçant les sourcils visiblement dans le flou le plus total.
Pourquoi son père se focalisait-il à ce point sur ce bijou alors que le temps leur était compté ? Inquiet, il regarda à nouveau sa mère qui semblait cette fois réfléchir, mordant son ongle comme elle le faisait toujours lorsqu’elle cherchait une solution.
« Cette photo a été prise au mariage de Montgomery Joan. Mariage qui a eu lieu en mai 1981 » lui expliqua Kate qui retrouva elle aussi le sourire en sentant un frisson d’excitation lui remonter l’échine, alors qu’elle réalisait ce que cette montre impliquait pour eux.
« Et ? » l’interrogea Joan dont le regard perdu naviguait entre ses parents qui se regardaient avec intensité comme s’il avait disparu de la pièce.
Il était en train d’assister à une de ces fameuses connexions dont on lui avait tant parlé. Fasciné par celle-ci, il les observait, un sourire sur les lèvres, pouvant presque entendre le cœur de ses parents battre à l’unisson alors qu’ils étaient sur la même longueur d’onde, énonçant les pensées de l’autre à voix haute avec un sourire radieux. C’était assez déroutant d’assister à cet échange, et il comprenait mieux pourquoi sa marraine s’était souvent sentie de trop dans ces moments-là. Ils étaient comme seules au monde dans leur bulle et rien d’autre qu’eux, n’existait à cet instant …
Chapitre 29 :
2 Jours 12 heures et 45 secondes avant retour vers le futur.
Se secouant, Joan observa de nouveau la photo, tentant de comprendre ce que cette montre avait de si spéciale pour mettre ses parents d’aussi bonne humeur. Sa mère avait peut-être raccroché les wagons et compris vers où se dirigeait son père, mais lui était largué et il était pressé qu’ils éclairent sa lanterne, histoire de ne pas mourir idiot. De plus il commençait sérieusement à se sentir de trop entre eux deux. Il se faisait l’effet d’un voyeur qui épiait furtivement deux amoureux, et bien qu’il adorait assister à une telle osmose entre son père et sa mère, il ne se sentait pas vraiment à sa place tant il avait l’impression qu’ils étaient à deux doigts de se sauter dessus, ce qu’ils auraient probablement fait s’ils avaient été seuls. Mais, même si cela le désolait, ce n’était pas le moment pour ça, et il voulait comprendre ce qu’il en était pour aider si possible à les faire avancer un peu plus.
« Papa ? Qu’est-ce que cette montre a de si extraordinaire ? » Interrogea-t-il, brisant la connexion entre ses parents qui détournèrent le regard, comme deux adolescents surpris par leurs parents.
Amusé, il se rappela de ce jour où sa mère l’avait surpris à embrasser Julia Rodriguez sur le divan du salon alors qu’elle rentrait plus tôt que prévu. Avait-il eu la même expression embarrassée qu’eux à ce moment-là ?
« Et les 3800 ont été commercialisées en janvier 1981. Donc si nous arrivons à savoir combien de ces montres ont été vendues… » Poursuivit Castle, l’obligeant à se reconcentrer sur la conversation.
Joan nota que le regard brillant de son père était toujours plongé dans celui tout aussi étincelant de sa partenaire, ignorant royalement l’adolescent, comme si ses questions venaient de nulle part, comme s’ils les percevaient, mais de leur bulle ne le voyaient plus.
« Et à qui ! » compléta-t-il en ouvrant de grands yeux alors qu’ils faisaient enfin le lien « Nous pourrons les recouper avec les informations que je vous ai fournies… » Comprit Joan alors qu’un grand sourire étirait ses lèvres.
Le jeune homme s’enthousiasma en comprenant que ce que son père avait découvert devait être l’indice qui avait échappé aux gars. Ils n’avaient découvert que bien plus tard cette photo, ne remontant que trop tard jusqu’à cet homme mystérieux. Plus que jamais, il avait l’intuition qu’ils réussiraient, qu’ils sauveraient son père.
« Et nous découvrirons enfin l’identité de notre cher Mr Smith… » Termina Kate en se levant pour se ruer vers le bureau de Castle.
Plus remontée et impatiente que jamais, elle réfléchissait à toute allure alors que son cœur battait la chamade dans sa poitrine à l’idée qu’enfin, ils avaient une piste concrète. Les deux hommes sur ses talons, enfin trois si elle comptait Caskett qu’ils avaient tiré de sa bienheureuse léthargie et qui avait suivi le mouvement, elle prit d’autorité place devant l’ordinateur de Castle commençant à y faire ses recherches sans se préoccuper de savoir si elle avait son accord pour utiliser son PC. Mais elle avait d’autres chats à fouetter que de ménager la susceptibilité de son partenaire, et du coin de l’œil elle le vit s’emparer de son téléphone, ne relevant pas cette attitude qui ne le choquait pas le moins du monde venant de Kate puisqu’il avait décidé de tout partager avec elle. Indifférent à l’heure qu’il était, il contacta la bijouterie qui avait été l’unique distributeur de ces montres lors de leur mise en vente. Heureusement son nom suffit à calmer le propriétaire qui n’appréciait pas d’être dérangé à une heure pareille, et prétextant avoir besoin de cette information pour un de ses romans, il amena le vieil homme à lui confier les précieuses informations, en ajoutant même des anecdotes interminables que Castle dut supporter en retenant un soupir las avant de raccrocher en soufflant d’agacement.
« Alors ? » s’exclamèrent-ils en parfaite synchronie au moment où il raccrochait le téléphone.
« J’ai réussi à accéder au listing des membres du club, mais cela va nous prendre des jours pour faire le tri… » Soupira Kate alors que des dizaines de noms s’affichaient sous ses yeux.
« Le propriétaire de la bijouterie qui par chance est un de mes fans, m’a appris qu’au cours de la période qui nous intéresse, 17 de ces montres ont été vendues ici même à New York, dont 9 aux avocats du PPC. » déclara triomphalement Castle avant de rejoindre Kate.
Ne voulant pas interrompre l’échange, Joan se posa dans un coin, vite rejoint par Caskett qui bailla face à cette agitation qu’il ne comprenait pas.
« Donc il nous suffit de découvrir l’identité de ces 9 avocats pour trouver notre homme… » Réfléchit Kate en fronçant les sourcils.
Avant même que Caste ait fini d’amorcer sa théorie, elle lança une nouvelle recherche alors que celui-ci se penchait par-dessus son épaule afin de suivre ses recherches, la faisant légèrement frémir alors que leurs mains se touchaient presque. La main gauche de Kate reposait sur le bureau, et il aurait suffi qu’elle bouge d’un centimètre pour entrer en contact avec la main de Castle sur laquelle il prenait appui pour mieux voir l’écran de l’ordinateur et lire la liste en même temps que sa muse.
« Evidemment notre homme n’est pas sur la photo » constata Kate dans un soupir de dépit lorsqu’une photo officielle de cette fine équipe apparut à l’écran, leurs noms accompagnant celle ci.
« Je vous l’ai dit, cet homme est parent avec Fantômas » Remarqua Joan qui se tenait en retrait regardant avec toujours autant de fascination ses parents travailler.
« Pas la peine d’avoir son visage à ce stade… » Le contredit Castle en s’emparant du listing que venait de cracher l’imprimante.
Dès qu’il eut le document en main, Kate et lui se penchèrent l’un vers l’autre, et alors que le doigt de Kate parcourait la feuille de haut en bas dans un synchronisme parfait d’avec Castle qui faisait de même sur l’écran. Leur regard passait de la feuille à l’écran jusqu’à ce que soudain leurs doigts s’immobilisent sur le même nom au même instant.
« Michael Smith ! » s’exclamèrent-ils d’une seule voix en se levant d’un bond pour se faire face.
« C’est lui ! » certifia Castle avec un immense sourire en se retenant à nouveau de serrer Kate contre lui, sachant qu’elle n’apprécierait pas qu’il profite de ce genre de situation.
« On le tient ! » souffla Kate la voix nouée par l’émotion.
Enfin ils y étaient parvenus. Ils avaient trouvé la clé qui lui permettrait d’ouvrir la porte derrière laquelle se trouvaient toutes les réponses à ses questions. Et l’émotion qui l’étreignait en cet instant était telle qu’elle avait du mal à la maîtriser. Elle tentait de garder le contrôle comme elle le pouvait, mais le regard de son partenaire sur elle, ne lui facilitait pas la tâche pour gérer la situation. Heureusement Caskett jappa lui donnant un prétexte pour échapper à la force d’attraction qui la poussait vers cet homme et dompter ses émotions à fleur de peau.
« Waouh ! Quand je dis que tu as des pouvoirs maman ! Comment savais-tu qu’il s’appelait Smith ? » La taquina Joan en arborant le même sourire vainqueur que ses parents.
Kate tourna la tête vers lui, mettant quelques secondes avant de comprendre ce qu’il voulait dire, puis à leur surprise à tous deux, éclata de rire, galvanisée par cette victoire. Elle mit un long moment avant de se calmer, et des larmes dans les yeux, reprit son souffle sous le regard joyeux des deux hommes qui l’observaient avec la même adoration dans le regard. La voir rire ainsi les rendait heureux car depuis le début de cette affaire c’était devenu rare. Castle, lui, l’avait déjà vu dans cet état d’euphorie, mais pas Joan. Du moins pouvait-il compter sur les doigts d’une main les fois où sa mère s’était laissée aller à exprimer aussi ouvertement sa joie. Sa marraine lui avait expliqué que de voir jour après jour l’homme qu’elle aimait plonger dans un coma irréversible avait peu à peu éteint la joie dans son âme, et qu’il était le seul être au monde capable de lui soutirer quelques sourires devenus bien trop rare. Alors il savourait cet instant à sa juste valeur, conscient qu’il n’avait jamais vu un tel sourire chez sa mère et la voir ainsi le confortait encore plus dans l’idée qu’il avait fait le bon choix en revenant dans le passé.
Plus il passait de temps avec eux, plus il savait qu’ils avaient besoin l’un de l’autre pour exister. Les priver de la présence de l’autre, revenait à les priver de l’oxygène nécessaire à leur survie. Sans son père, sa mère avait cessé de vivre, se contentant de survivre. Elle avait tenu le coup pour lui, veillant à ce qu’il ait une vie aussi normale et heureuse que possible, s’assurant qu’il ne ressente pas trop durement l’absence de son père. Mais alors qu’il venait de voir ce merveilleux sourire, il comprenait que sa mère avait feint son bonheur. Et il s’en voulait de ne jamais s’être demandé si sa vie lui convenait. Bien sûr, il avait vite compris que son père lui manquait et qu’elle ne guérirait jamais de son absence, mais il n’avait pas vu qu’elle menait son existence comme une automate, ne reprenant vie que lorsqu’elle allait rejoindre son père, espérant contre toute logique qu’un miracle se produise. Mais à présent qu’il savait, il était plus que jamais déterminé à empêcher que cela arrive.
Il venait de comprendre que son père n’était plus le seul qui devait être sauvé, et que sa mère en avait tout autant besoin. En s’en prenant à Castle, le Dragon avait voulu détruire sa mère, et d’une certaine façon, il y était parvenu. Bien sûr, il avait exacerbé la flamme de la vengeance en elle à tel point qu’elle l’avait traqué sans répit jusqu’à ce qu’il réponde de ses crimes devant la justice, mais après ça, elle avait perdu le goût de vivre, se contentant de survivre, devenant l’ombre d’elle-même au grand désespoir de ses proches. Il aimait sa maman de tout son cœur, mais il venait de comprendre qu’elle n’avait été que l’ombre de celle qu’il aurait dû connaître, et à présent qu’il avait eu connaissance de la mère qu’il aurait pu avoir, il veillerait à ce que ce soit celle qui l’élève.
« Je préviens les Gars, et ensuite j’appelle le juge Markway pour le mandat » déclara-t-elle en s’emparant de son cellulaire.
Castle approuva d’un hochement de tête en la regardant s’activer, une étincelle qu’il lui connaissait bien au fond des yeux. Elle était remontée à bloc et rien ne l’arrêterait avant la fin de cette histoire qu’il espérait la plus heureuse possible. Il aurait aimé lui proposer d’appeler lui-même le juge Markway, mais il savait qu’elle refuserait, n’aimant pas lorsqu’il faisait usage de son influence pour accélérer la procédure. Elle trouvait cela injuste envers ses collègues qui devaient lutter contre la bureaucratie pour obtenir gain de cause. Et même si cette affaire était hors norme, elle ferait les choses dans les règles afin d’éviter qu’on puisse se servir de ce fait contre elle lors du procès, et il la comprenait. Il ne voulait pas qu’à cause de lui, le Dragon puisse s’en sortir à cause d’une quelconque erreur de procédure. Le mandat mettrait plus de temps à arriver, mais au moins pourraient-ils en faire usage la conscience tranquille. Frustré de se sentir aussi impuissant alors que Kate se démenait pour faire entendre raison au juge Markway qui semblait se faire tirer l’oreille, il se détourna et fixa son attention sur Joan.
Ce dernier avait glissé jusqu’au sol, et câlinait distraitement Caskett, les yeux fermés. Sans la ride de contrariété qui lui barrait le front et la moue dubitative qu’il affichait, il aurait pu croire que l’adolescent s’était endormi. Mais Castle connaissait bien l’expression qu’il affichait pour l’avoir souvent observée chez sa muse lorsqu’ils étaient confrontés à une affaire particulièrement difficile. Et alors qu’il observait son fils, il n’avait pas besoin de chercher bien loin pour connaître la raison de son humeur sombre. Il avait tout un panel de raisons pour broyer du noir. Castle aurait aimé le rassurer, lui dire que tout irait bien, qu’il s’en sortirait, que rien n’arriverait à sa mère, mais il ne pouvait pas le lui certifier à 100%. Parce qu’il aurait beau faire son possible pour s’assurer qu’il ne leur arriverait rien, il restait une part d’inconnue dans l’équation, et cela le terrifiait. Alors il comprenait les angoisses de son fils. Mais s’il ne pouvait pas lui assurer que tout irait bien, il pouvait au moins le distraire. Et sans se vanter, il excellait plutôt en la matière. Kate elle-même n’avait-elle pas reconnu qu’il avait rendu sa vie plus fun ?
Mais alors qu’il s’approchait de son fils, il avisa l’heure et grimaça. Il était tard, et le jeune homme avait sûrement plus besoin de sommeil que de faire l’idiot avec son paternel. Il aurait aimé faire une partie de lasersaber avec lui, mais ça devrait attendre un peu. Si Joan n’avait pas été malade, il aurait eu moins de scrupule à écourter un peu sa nuit, mais là son fils était encore très faible, et mieux valait faire passer sa santé avant le reste. Ils auraient d’autres occasions de s’amuser ensemble, ce n’était que partie remise.
« Joan ? » l’appela-t-il doucement pour ne pas le faire sursauter comme au 12th et lui flanquer une crise cardiaque.
« Oui Papa ? » s’enquit le jeune homme en rouvrant les yeux, interrogeant silencieusement son père.
« Il est tard, vas te coucher fils » décida Castle, posant une main sur l’épaule de son garçon en avisant les cernes qui bordaient ses grands yeux si semblables à ceux de sa muse.
« Tu es sûr ? » Hésita Joan en lançant un regard incertain vers sa mère avec inquiétude.
Il ne voulait pas aller se coucher au risque qu’ils découvrent un nouvel élément où qu’ils aillent chez ce Smith sans lui. Il voulait être à leurs côtés jusqu’au bout. Et puis il était trop excité pour dormir. Il était fatigué, mais il savait qu’il tournerait en rond dans son lit sans trouver le sommeil. Et il préférait rester avec eux plutôt que seul à ruminer dans sa chambre. Il voulait profiter encore de ce qui risquait fort d’être une des dernières soirées qu’il pourrait passer auprès de ses parents, et il ne voulait pas en perdre la moindre minute sous le prétexte futile de dormir.
« Oui vas-y. On ne pourra rien faire tant que nous n’aurons pas le mandat, et nous ne l’obtiendrons probablement pas avant demain matin » le rassura Castle alors que Kate lui souriait tendrement pour lui faire comprendre que son père avait raison.
« En fait, mon somme de tout à l’heure m’a fait du bien et je n’ai pas sommeil » avoua le jeune homme en hésitant, priant pour que ses parents comprennent qu’il ne voulait pas encore les quitter et ne l’obligent pas à monter dans sa chambre.
« Je comprends, moi aussi je suis trop énervé pour dormir » sourit Castle en posant une main sur l’épaule de son fils, comme s’il avait lu dans ses pensées.
« Merci Papa » sourit Joan, soulagé par la perspicacité de son père.
Sa mère lui avait toujours dit que son père était particulièrement doué pour décrypter les gens, pour savoir ce qu’ils dissimulaient soigneusement juste en étudiant leurs expressions ou leur comportement, et il devait reconnaître que c’était très vrai.
« Et si on allait lire des BD ? » proposa Castle en cherchant une activité paisible qui serait parfaite pour calmer les nerfs de tout le monde.
« Oh oui ! » approuva Joan avec enthousiasme en affichant un sourire heureux.
Combien de fois l’enfant qu’il avait été avait rêvé de pouvoir partager sa passion avec son père ? Combien de fois l’avait-il cherché alors que sa mère et lui feuilletaient religieusement un des précieux comics de sa collection ?
« Ça marche mon grand, allez viens, laissons ta mère régler les derniers détails ! » proposa Castle en entraînant Joan à sa suite.
Kate les observa un moment avec un sourire alors qu’ils se dirigeaient vers la sortie en discutant avec ferveur des œuvres qu’ils préféraient. Leur dos était similaire même si bien entendu celui de Castle était plus large, mais nul doute n’était permis encore une fois sur leur lien de parenté. Leur manière de se tenir, de marcher était la même et le plus formidable des acteurs n’arriverait pas à simuler ce genre de choses. A un moment ou un autre, il reprendrait l’attitude qui lui était propre se trahissant ainsi par la même occasion. Mais ce n’était pas le cas de Joan qui demeurait ce qu’il était, une copie conforme de son écrivain de par son comportement et ses mimiques qui la faisaient craquer. Elle ne pouvait plus douter qu’il était le fils de Castle. Son fils…Leur fils… A cette pensée qui revenait en boucle dans son cerveau, son sourire s’élargit et son visage s’empourpra légèrement alors que son esprit divaguait vers des contrées sensuelles.
Ouvrant la porte de son bureau, Castle laissa l’adolescent passer devant lui, mais avant de sortir il se tourna vers Kate et surprit son regard rivé sur eux. Elle sembla embarrassée d’avoir été prise en flagrant délit, mais à la grande surprise de l’écrivain ne détourna pas le regard et se contenta d’arquer un sourcil interrogateur dans sa direction alors qu’elle attendait toujours que quelqu’un daigne décrocher à l’autre bout de la ligne. Comme chaque fois qu’elle parvenait à décontenancer son partenaire, elle sourit, ravie de constater que malgré leur connaissance poussée l’un de l’autre, ils parvenaient encore à se surprendre, et ce n’était pas pour lui déplaire, elle qui détestait plus que tout la routine qui s’installait et finissait par tuer un couple. Mais ce n’était pas le cas entre Castle et elle, même s’ils n’étaient pas encore officiellement un couple. Souriante, elle était plutôt fière d’elle pour avoir si bien joué l’indifférence en cet instant. Elle était devenue experte à ce jeu qui consistait à faire perdre le nord à son écrivain.
Elle reporta son attention sur les sonneries qui résonnaient dans le combiné et soupira. Joindre un juge était toujours un véritable parcours du combattant, mais passé une certaine heure, c’était carrément mission impossible.
« Joan et moi serons dans la bibliothèque à l’étage, rejoignez-nous quand vous aurez fini ici… » Souffla-t-il en indiquant le plafond de l’index, un sourire espiègle sur le visage
« Ce sera l’occasion pour vous de me montrer votre… collection privée Castle… » Murmura Kate alors qu’un lent sourire provocateur étirait ses lèvres et que son regard s’enflammait à ce sous-entendu à peine voilé.
« Méfiez-vous Miss Beckett, une fois que vous aurez pris connaissance de tous ses trésors cachés, vous pourriez bien ne plus jamais vouloir vous en séparer… » Rétorqua-t-il en la dévorant du regard, un éclair mutin traversant ses yeux bleus.
« A vous de me convaincre Castle… » S’amusa-t-elle en se mordant sensuellement la lèvre.
« Mais je m’y emploie… » Souffla-t-il avant de sortir de peur de faire ou dire une bêtise qui gâcherait ce moment magique entre eux.
Leur tease, toujours plus forte plus animée, repoussait encore et toujours les limites qu’ils s’étaient tacitement imposées. A force de s’allumer ainsi ils finiraient par imploser ou ne plus pouvoir se tenir et se sauter dessus avec fougue et passion. A choisir, l’écrivain préférerait largement la seconde option bien plus agréable en soi. Sur cette pensée qui enflamma son imagination, il retourna dans le salon, prenant quelques minutes pour se remettre de cet échange empli de sous-entendus avant de rejoindre Joan qui l’attendait impatiemment dans la bibliothèque afin qu’il lui ouvre l’accès à la petite pièce dans laquelle il entreposait soigneusement ses précieuses bandes dessinées dans des vitrines pour les plus rares, ou sur des présentoirs en bois pour les autres. En souriant, Joan se remémora son émerveillement le jour où Alexis lui avait montré la collection privée de son père. Le petit garçon qu’il était alors avait eu l’impression de découvrir la malle aux trésors. Et c’était devenu une tradition familiale de venir lire des bandes dessinées une fois par semaine en compagnie de sa mère.
Chapitre 30 :
Il avait commencé à lire très tôt, bien plus tôt qu’Alexis ne l’avait fait, et sa mère s’était fait un devoir d’encourager son désir de lecture. Elle avait commencé par lui lire les plus grands classiques de la littérature américaine, puis outre-Atlantique, et lorsqu’elle l’avait jugé prêt, lui avait fait découvrir le monde magique des comics avec la complicité d’Alexis qui malgré son départ pour l’Université et sa propre vie à gérer s’était fait un devoir de toujours répondre présente pour ce frère qui lui rappelait tant son cher papa. Et il avait immédiatement attrapé le virus.
« Je me souviens de la première fois où Alexis m’a fait découvrir ta collection. C’était incroyable. Evidemment à l’époque Maman ne m’a pas laissé toucher ces merveilles, elle me faisait la lecture et j’écoutais avec fascination. C’était juste énorme de savoir qu’elles étaient là et qu’un jour elles seraient à moi » souffla Joan en se promenant entre les présentoirs.
Castle sourit en imaginant sa muse faire la lecture des aventures qui se déroulaient dans ses comics, y mettant toute sa ferveur et en prenant les bonnes intonations pour passionner leur fils. Souriant, il imagina la scène, songeant distraitement qu’il devrait faire installer une causeuse dans le coin de la pièce afin qu’ils puissent s’y blottir pour lire confortablement. Il visualisa si bien la scène que l’espace d’un instant, il crut voir Kate et Joan, serrés l’un contre l’autre, découvrant les aventures de Spiderman. L’image fut si réelle, qu’il entendit presque la voix de sa muse résonner doucement à ses oreilles, et celle enfantine et cristalline de Joan lui demandant si lui aussi acquerrait des supers pouvoirs s’il se faisait mordre par une araignée radioactive. Troublé par cette vision réaliste, il détourna le regard pour constater que Joan fixait le même endroit que lui, sourcils froncés. Haussant les épaules, il se prit une nouvelle fois à regretter de ne pas avoir été là pour assister à de telles scènes et encore moins y participer pour rendre encore plus captivantes les histoires imagées de ces super héros.
Ça n’avait pas été sa décision, bien au contraire. Si on lui avait donné le choix, cela aurait été le Dragon qui se serait retrouvé dans un lit d’hôpital mais le résultat était le même. Son fils avait dû grandir sans père, et cela lui laissait un goût d’amertume dans la bouche. Mais il avait une chance de pouvoir changer ça, et il ne la laisserait pas passer. Amusé, il songea que finalement, son fils était devenu le super héros qu’il rêvait d’être enfant. Il n’avait certes pas développé de supers capacités, mais il avait trouvé le moyen de changer les choses, de faire la différence, de laisser son empreinte sur le cours du temps. Et n’était-ce pas cela au final être un héros ? Avoir un impact sur la vie d’une personne ? Y laisser une telle marque que celle-ci s’en trouve modifiée à tout jamais ? Oui, son fils était un héros et il n’en avait pas même conscience, tout comme sa mère. Et à nouveau il sourit en constatant à quel point Joan avait hérité du caractère de sa partenaire. Nul doute qu’elle l’avait élevé selon des principes simples mais forts, et que Joan s’attachait à les respecter scrupuleusement. Et il était fier de se dire qu’il avait contribué à la conception d’un jeune homme aussi droit.
« Moi qui ai toujours voulu un fils avec qui partager ma passion pour les BD ! » sourit Castle en rejoignant son enfant, préférant profiter de sa compagnie plutôt que de continuer à disserter mentalement sur ses qualités.
« C’est vrai qu’Alexis n’est pas trop fan de BD, elle leur préfère ses précieux romans ! » Gloussa Joan en se remémorant la moue de sa sœur chaque fois qu’il courrait s’acheter une nouvelle BD, plutôt qu’un livre qu’elle lui avait conseillé de lire.
« Oh oui, et pourtant je l’ai initiée au monde merveilleux des super héros dès sa plus tendre enfance, mais en grandissant elle s’en est détournée sans remords ! » Bouda Castle en secouant la tête d’incompréhension.
Il se souvenait de ces moments avec elle, de ces situations assez atypiques où lui dévorait un comics et elle un livre de grand auteur. Alexis avait toujours été la plus adulte d’eux deux, y compris dans ses goûts littéraires. Il se rappelait que lorsqu’ils allaient au parc et qu’ils s’asseyaient sur un banc pour s’adonner à leur activité respective préférée, les gens les regardaient, étonnés de voir un tel phénomène, se demandant certainement s’il n’était pas déficient mental comme dans ce film avec l’extraordinaire Sean Penn qui incarnait un père atteint de retard moteur et qui élevait sa fille seul, « Sam je suis Sam ». Ce film était définitivement un de leurs films préférés, Alexis et lui l’avaient si souvent visionné qu’ils en connaissaient les dialogues par cœur. Et l’écrivain se demanda si sa muse avait fait découvrir ce chef d’œuvre à leur fils, ce qui était certainement le cas. Sa partenaire était une femme de goût après tout.
La voix de son rejeton le sortit de ses pensées complètement décousues, et il reporta son attention sur lui.
« Par contre Maman adore ça ! » Assura Joan avec un grand sourire et les yeux pétillants.
« Qu’est-ce que je suis censée adorer ? » S’enquit la voix de Beckett du seuil de la porte.
Dans un bel ensemble père et fils se tournèrent vers elle, et leur sourire s’accentua en découvrant l’expression impressionnée teintée d’émerveillement de Kate en avisant l’impressionnante collection de son partenaire. Elle avait l’impression de se trouver dans une boutique de collectionneur qui ne vendait que des comics rares et introuvables mais il y avait aussi des parutions récentes rejoignant les plus anciennes. Epoustouflée, elle ne savait plus où poser les yeux, découvrant sans cesse une nouvelle merveille. Il avait dû commencer sa collection très jeune pour que celle-ci ait atteint une telle importance. S’avançant de quelques pas dans la pièce, elle remarqua que certains présentoirs étaient composés de plusieurs étagères sur lesquelles reposaient le même numéro de comics, mais à des années d’édition différentes et parfois réalisés par un dessinateur différent, ce qui en modifiait quelque peu la qualité et même l’histoire. Ce n’était pas sans raison que plusieurs versions d’un même film sortaient au cinéma. Il suffisait de voir les adaptations qui avaient été faites à partir de l’histoire de Peter Parker.
Lorsque Castle s’était fait livré quelques exemplaires de sa collection lors de l’affaire sur L’Ame Solitaire, elle avait compris qu’il devait posséder quelques numéros intéressants, mais elle n’avait pas imaginé une telle richesse et une telle diversité. Elle avait l’impression d’être à une de ces conventions Sci-fi et comics à laquelle elle adorait se rendre adolescente, rêvassant devant certains exemplaires rares qui lui auraient coûtés un membre. Et son partenaire en possédait plusieurs constata-t-elle en écarquillant de grands yeux incrédules. Continuant son exploration visuelle de la pièce, elle nota la présence sur les murs d’affiches des films tirés des Marvel ou DC, des toutes premières œuvres cinématographiques aux plus récentes, ainsi que des reproductions de costumes et des statues grandeurs nature de super héros. Ses yeux s’écarquillèrent un peu plus en réalisant qu’il s’agissait des répliques exactes des costumes portés au cinéma, et fugacement elle se demanda s’il s’agissait réellement de reproductions. Complètement fascinée elle ne put retenir un waouh d’admiration qui tira un sourire satisfait à son partenaire.
« Quand j’étais petit et que tu ne travaillais pas, on passait des après-midis entiers dans cette pièce à lire des BD » lui expliqua Joan en venant la rejoindre, amusé lui aussi par la réaction de sa mère si semblable à la sienne la première fois qu’il était entré dans la place.
Avec douceur, il l’attrapa par la main et l’attira vers Castle qui observait les différentes expressions qui traversaient le visage de sa muse au fur et à mesure qu’elle découvrait l’étendue de sa collection privée. Il en était assez fier. Comment ne pas se délecter de l’expression d’émerveillement de la femme qu’il aimait, surtout qu’il s’en savait en partie responsable ? Il la trouvait si belle en cet instant qu’il dut se mordre l’intérieur de la joue pour ne pas accourir vers elle et la prendre dans ses bras pour l’embrasser avec passion.
« Pincez-moi je rêve ! » S’exclama Kate sans pouvoir s’en empêcher en se statufiant devant une vitrine où était mis en valeur un comics très particulier.
Combien de fois avait-elle rêvé de posséder ce comics en particulier ? Quel mordu de comics n’en avait pas rêvé ? Et pour son partenaire, le rêve était devenu réalité. Elle en possédait une édition et l’avait lu un nombre incalculable de fois, mais elle savait que rien ne valait l’édition originale qui contenait des scènes qui avaient disparues dans les éditions suivantes. Rien ne valait l’original mettant en scène la toute première aventure de ce super héros, et elle avait du mal à croire qu’elle l’avait sous les yeux.
« La classe non ? » fanfaronna Castle en venant se placer aux côtés de sa muse, fixant lui aussi le numéro dont il était le plus fier.
Le silence se fit, comme s’ils rendaient un hommage silencieux à l’œuvre qu’ils avaient sous les yeux et qui avait éveillé tant de convoitise chez les fans du monde entier. Kate contemplait cet exemplaire rarissime comme si elle avait peur qu’en battant des paupières, il disparaisse.
« Mais enfin Castle, ce premier numéro des aventures de Batman doit coûter à lui seul la modique somme de 850 000$ ! » Bafouilla Kate sans quitter le comics des yeux.
« Vous êtes bien renseignée lieutenant, mais pouvais-je réellement rater une occasion de posséder le numéro qui a mis en scène mon super héros préféré ? » S’amusa Castle en lui faisant un clin d’œil complice.
« Et je suppose que vous possédez tous les numéros des aventures du playboy milliardaire… » Le taquina Kate en reprenant contenance.
« Pas un seul ne manque à l’appel, mais ce n’est pas le seul dont je collectionne les aventures. Je pense que mes comics concernant une certaine Kunoichi devraient vous intéresser… » Sourit Castle en posant une main dans le bas de son dos pour l’entraîner vers une nouvelle vitrine plus grande que les autres.
En cet instant, alors que Kate se laissait guider par Castle, ils étaient terriblement proches l’un de l’autre, comme ça ne leur était plus arrivé depuis un long moment, et ils savourèrent tous deux cette proximité bienvenue. Sentant un frisson traverser sa muse, Castle raffermit le contact de sa main dans le creux de ses reins, ravi de constater qu’elle ne le repoussait pas. Il profitait de cet instant tout naturellement, sans se poser de question.
« Oh mon Dieu Castle ! » Souffla Kate écarquillant les yeux, posant une main sur son avant-bras en découvrant les 7 comics retraçant la vie d’Elektra.
« Vous vous doutez bien que réunir cette saga n’a pas été une mince affaire » lui apprit Castle en souriant devant le regard brillant de sa muse.
Elle avait l’air d’une petite fille qui venait de recevoir le cadeau qu’elle réclamait à chaque Noël depuis sa plus tendre enfance en espérant le recevoir enfin un jour. Comme fasciné, il l’observa lever la main qu’elle amena à quelques centimètres de la vitrine sans pour autant la toucher comme si elle avait peur que cela provoque une catastrophe qui détruirait ces bijoux artistiques. Alors appuyant sur une console fixée au mur, Castle ouvrit la vitrine, et le verre disparut pour permettre à l’écrivain de s’emparer délicatement du premier tome pour le tendre à la jeune femme qui s’en empara avec déférence. Elle l’observa un instant avec enchantement comme si elle venait de trouver le Saint Graal et qu’elle allait avoir accès aux connaissances de l’Humanité. Ne s’occupant plus des deux hommes, elle s’avança vers une des causeuse placées stratégiquement dans la pièce, et feuilleta avec une délicatesse extrême le tout premier numéro mettant en action la jeune tueuse à gage.
Celle à laquelle elle s’identifiait le plus dans cet univers primordialement masculin. Tout comme elle, Elektra avait perdu sa mère et cette blessure infligée à son cœur les avait poussées à se forger une forteresse intérieure et conduites à combattre le crime, tout en restant sexy. Elle aimait la classe et la force de cette femme qui restait solitaire malgré tout pour ne pas s’attacher et souffrir encore. Elle lui ressemblait tant, bien plus qu’elle n’en avait jamais réellement pris conscience. Et si Castle était son Dardevil ? Ferait-elle le même choix qu’Elektra ? Renoncerait-elle à l’amour de sa vie pour poursuivre sa mission, ou bien choisirait-elle de renoncer à sa quête pour vivre cette vie qui lui tendait les bras ? Si on lui avait posé la question quelques jours plus tôt, elle aurait hésité, mais plus maintenant. Contrairement à Elektra, elle serait incapable de renoncer à Castle, incapable de se discipliner pour le chasser de son esprit et de son cœur. Il faisait partie intégrante d’elle, et elle l’avait accepté.
« Que veux-tu lire Joan ? » L’interrogea Castle en détournant difficilement son regard du visage rayonnant de sa muse qui redécouvrait les aventures de l’héroïne, même si le froncement significatif de ses sourcils prouvait qu’elle réfléchissait intensément, et il aurait aimé savoir à quoi.
En temps normal il aurait plaisanté pour tenter de lui soutirer l’information, mais les choses étant ce qu’elles étaient à l’heure actuelle entre eux, il préférait ne rien en faire afin qu’elle ne se sente pas poussée dans ses retranchements et ne se renferme sur elle-même, le renvoyant dans ses cordes par la même occasion. S’occuper de Joan lui parut donc l’option la moins risquée pour le moment.
« Dommage que nous ne soyons pas chez toi Maman, j’aurais adoré relire ton numéro de Sin City » soupira Joan en faisant la moue.
« J’ai tué pour elle ? Vous l’avez encore Beckett ? » S’empressa de noter Castle en souriant comme un gosse qui viendrait de déterrer le plus beau des trésors.
« Evidemment qu’elle l’a toujours ! Elle les a fait plastifier et les range soigneusement dans une vieille malle que Grand-Mère lui avait ramenée d’une vente aux enchères et qu’elles avaient restaurée toutes les deux ! » Rétorqua Joan sans tenir compte de l’expression de sa mère avant de poursuivre « D’ailleurs elle possède les 6 comics de cette série, et ils sont venus rejoindre les tiens… » Révéla Joan en s’élançant sans hésiter vers une vitrine dans le fond de la pièce.
Kate se mordit la lèvre pour ne pas sauter sur son fils et l’étrangler alors qu’il avait révélé un des nombreux secrets qu’elle ne voulait pas que Castle sache. Non pas qu’elle en avait honte, mais elle aimait tellement le faire marcher, le voir ramer pour tenter de percer les derniers secrets qu’elle avait encore pour lui, qu’elle en voulait à Joan d’en avoir livré un gratuitement à son partenaire. Elle allait devoir avoir une petite discussion avec son fils avant qu’il ne trahisse les autres. Tout ce qu’elle espérait c’était qu’il ne révèle rien sur le fait qu’elle avait fait la queue pendant des heures pour avoir une dédicace de son auteur favori et aussi sur le fait qu’il l’avait sortie du gouffre bien avant qu’ils ne se rencontrent après la mort de sa mère. Peut-être un jour lui en parlerait-elle mais pour l’instant il n’en était pas question et puis l’ego surdimensionné de monsieur n’avait pas besoin de cela.
« Combien de comics des Sin City possédez-vous Castle ? » S’intéressa Kate en redéposant à regret l’exemplaire qu’elle tenait entre ses mains à sa place.
« Et bien en dehors de J’ai tué pour elle, je les possède tous… » Sourit-il en l’invitant d’un geste à rejoindre leur fils, ce qu’elle fit sans se faire prier.
« La première série reste la meilleure, mais j’ai une tendresse particulière pour J’ai tué pour elle, probablement parce que c’est la première BD que je me suis offerte avec mon propre argent… » Sourit Kate en se penchant par-dessus l’épaule de Joan posant une main tendre sur celle-ci.
« C’est vrai, mais franchement la façon dont Franck Miller dessine un corps de femme… c’est tellement hot ! » soupira Castle avec un sourire rêveur.
La jeune femme leva les yeux au ciel, nullement surprise par ce que venait de lui annoncer son romancier. Il avait une réputation d’homme à femmes, de très belles femmes de surcroît même si elle avait pu constater qu’il n’était pas le playboy vaniteux que la presse décrivait, il lui arrivait de le surprendre à regarder les autres représentantes de la gente féminine et bien que cela ne lui plaisait guère elle ne pouvait pas le lui reprocher. Il n’était qu’un homme après tout. Et elle aussi ne se privait pas de laisser traîner son regard sur un homme qui pouvait être à son goût sans pour autant vouloir aller plus loin. Pourtant ce n’était pas les occasions qui avaient manquées depuis sa rupture d’avec Josh. Mais elle était à lui, son cœur son âme et bientôt son corps appartenaient à son partenaire, et elle ne voulait plus se complaire dans des liaisons illusoires. Quant à Castle, il lui avait prouvé lui aussi depuis plus d’un an que s’il regardait, il ne touchait plus. Il lui avait dit « Je t’aime » et respectait bien sa déclaration. Cela n’avait pas été des paroles en l’air. Elle finit par sortir de ses pensées pour regarder son partenaire, un air espiègle sur sa face.
« Pourquoi ne suis-je pas surprise que ce soit ce qui vous a le plus frappé dans l’œuvre de Miller ? » releva Kate en lui adressant un sourire taquin.
« Mais je ne suis pas le seul à avoir été influencé par la vision de la femme de Miller, vos façons de faire me rappelle beaucoup Ava… » Répliqua Castle en baissant la tête pour planter son regard dans celui de sa muse, leurs visages extrêmement proches l’un de l’autre.
La jeune femme scruta la bouche tentatrice de son ami alors que son corps se tendait vers celui de son romancier, comme aimanté sans qu’aucun des deux ne puissent l’en empêcher. Ils étaient proches, presque collés, et alors que d’habitude ils se seraient précipitamment écartés l’un de l’autre sous l’impulsion de Kate, gênée de cet accès de faiblesse, rien de tel ne se produisit, comme si l’attraction qu’ils exerçaient l’un sur l’autre les contrôlait, les empêchant de se dérober une fois encore.
« Oh vraiment ? Et en quoi est-ce que je ressemble à cette femme fatale ? » Le provoqua Kate en s’humectant les lèvres alors que le souffle chaud de son partenaire lui caressait agréablement le visage, l’emplissant de volupté et diffusant une chaleur bienfaisante dans tout son être.
« Et bien je dirais que vous possédez la même sensualité sauvage… » Argua Castle dont le visage se baissa lentement vers les lèvres tentatrices de Kate, comme attiré par une force magnétique qu’il n’avait aucune envie de combattre.
Leur cœur battait à l’unisson résonnant dans la poitrine de l’autre, alors qu’ils se rapprochaient de plus en plus, complètement soudés. La même chaleur les envahissait, les enveloppait, et plongés dans le regard de l’autre, ils se laissaient aller à leur envie, conscient d’être enfin sur la même longueur d’onde. Castle entoura la taille fine de sa muse, effectuant une pression la rapprochant de lui. La jeune femme sentait les papillons se former dans son estomac, elle ravala sa salive, se sentant défaillir alors que leur nez se touchaient déjà, leurs yeux mi-clos sans pour autant être complètement fermés afin de profiter de la vue de l’autre jusqu’au bout.
« Castle, je…. » Soupira Kate en rejetant la tête en arrière, comme pour mieux accueillir ce baiser à venir.
Mais alors que leur souffle s’entremêlaient, que leurs yeux s’assombrissaient sous la passion qui enflait en eux, que leur cœur s’unissait par anticipation, un bruit sourd les fit sursauter, et ils s’écartèrent vivement l’un de l’autre, comme prit en faute. Encore une occasion manquée, pourtant ils étaient si proches et Castle se mordait l’intérieur de la joue pour ne pas hurler de cette nouvelle interruption extérieure à croire que l’on avait jeté un sort sur eux empêchant tout rapprochement. Il allait vraiment finir par y croire puisqu’ils étaient à chaque fois interrompus dans leur moment de grâce.
Chapitre 31 :
Frustrés au plus haut point de voir une nouvelle occasion de laisser libre cours à leurs sentiments leur passer sous le nez, ils se tournèrent dans un bel ensemble vers Joan qui jurait comme un charretier. Leur tournant le dos, il sautillait sur place en se tenant une jambe à deux mains. Le jeune homme n’avait visiblement aucune conscience de ce qu’il venait d’interrompre où nul doute qu’il se serait maudit lui-même sur plusieurs générations pour avoir gâché ce rapprochement salutaire pour lui. Mais trop occupé à gémir et vociférer, il ne se rendit compte de rien, massant sa cheville douloureuse.
« Qu’est-ce que tu fabriques Joan ? » Gronda Castle frustré d’avoir été interrompu en si bon chemin.
Il allait vraiment finir par croire que les Dieux étaient contre lui, ou alors l’Univers avait un curieux sens de l’humour. Cette idée lui revenait sans cesse à son esprit, alors que les occasions manquées se multipliaient. Dieux, Marabouts ou ex jaloux qui leur avaient envoyé le mauvais œil, c’était impossible autrement de jouer d’autant de malchance. Kate se montrait réceptive voire même active, et il fallait qu’un élément extérieur vienne les empêcher de concrétiser. Combien d’occasions ratées devraient-ils subir avant de pouvoir enfin vivre leur amour ? Et surtout combien de temps encore pourrait-il supporter cette frustration avant de sombrer dans la folie ?
« C’est ce présentoir qui m’a mordu ! » Grogna Joan sans se retourner, fusillant du regard ledit objet.
« Et oui, généralement les meubles l’emportent toujours dans un corps à corps ! » le taquina Kate en s’écartant prudemment de Castle afin de calmer les battements de son cœur qui se répercutaient encore dans sa tête.
Elle n’arrivait pas à croire qu’elle avait failli déraper. Et nul doute que sans la présence de Joan, qu’elle avait totalement occultée, uniquement préoccupée par la présence magnétique de son partenaire, elle ne se serait pas contentée d’un simple baiser. Encore une fois, ils avaient été dans leur bulle en excluant tout ce qui n’était pas eux, même s’il s’agissait de leur fils. Elle n’en était pas particulièrement fière, et pourtant elle n’arrivait pas à s’en repentir. Castle et elle allaient simplement devoir apprendre à mieux contrôler leurs impulsions en présence de Joan, mais là, cela faisait si longtemps qu’ils se contrôlaient, que les vannes ne demandaient qu’à céder sous la puissance des vagues de désir qui les traversaient. Ce qu’il y avait entre eux était bien trop puissant pour être contrôlé indéfiniment, et elle n’en avait plus envie. Plus elle passait de temps en compagnie de Castle, et plus elle avait du mal à réfréner les sentiments qui la poussaient vers lui.
Avant l’arrivée de Joan, elle pouvait rentrer chez elle en fin de journée et profiter de cette séparation pour se rappeler à l’ordre et feindre l’indifférence lorsqu’elle le retrouvait, même si elle devait reconnaître qu’il y avait de plus en plus de ratés. Mais depuis qu’ils dormaient sous le même toit, elle était incapable de compartimenter. Plus aucune échappatoire ne lui était permise. Elle l’avait près d’elle constamment et même si cela la comblait, cela la rendait également bien plus vulnérable à ce genre « d’attaque » impromptue.
« En tout cas Comicadia peut aller se rhabiller ! » Ricana Joan en reprenant sa visite de cette pièce qu’il connaissait par cœur mais qu’il avait pourtant l’impression de découvrir pour la première fois.
La magie qu’il avait ressentie enfant était toujours aussi tangible, et la présence de ses parents pour profiter de ce moment avec lui ne faisait que renforcer cette sensation. Il sentait le regard bienveillant de son père et cela le comblait plus que de raison. Il avait rêvé des milliers de fois vivre avec lui et sa mère des instants comme celui-ci, ceux dont il avait été privé et qu’il espérait bien pouvoir vivre à l’infini si l’Univers était de son côté. Il s’était tant souvent imaginé blotti entre ses deux parents alors qu’ils lui lisaient une BD, faisant vivre à travers leur voix ces personnages qui le fascinaient tant. Combien de fois avait-il rêvé de s’endormir au son de leur voix fusionnant au-dessus de sa tête, ressentant l’amour que ses parents se portaient et qu’ils lui vouaient. Il voulait surprendre les tendres baisers qu’ils échangeraient alors qu’ils le croiraient endormi. Il voulait tant vivre cette vie de famille qu’il avait tant imaginée et qu’il découvrait bien fade face à la réalité.
« Tu connais Comicadia ? » Sourit Kate en échangeant un regard complice avec Castle qui lui en retourna un lumineux réservé exclusivement aux gens qu’il aimait sincèrement, rien à voir avec celui fabriqué qu’il distribuait à la presse et à ses fans.
Ce sourire qui lui était exclusivement réservé lui faisait sauter le cœur et dans ces moments-là, elle avait véritablement du mal à se contrôler. Mais elle était heureuse qu’ils aient été interrompus, consciente que ce n’était pas le bon moment pour se laisser aller. D’une, parce qu’ils n’étaient pas seuls, et de deux parce qu’ils avaient besoin de discuter avant. Même si cette action ne leur avait jamais vraiment été profitable, il y avait certaines choses dont ils devaient parler avant de pouvoir envisager sereinement l’avenir. Cependant, elle ne voulait pas que Castle s’imagine qu’elle regrettait ce rapprochement, qu’elle ne l’avait pas désiré. Elle voulait lui faire comprendre qu’elle avait autant eu envie de ce baiser que lui, et que ce n’était que partie remise, et au sourire radieux qu’afficha son partenaire, le message était passé.
« Evidemment ! C’est l’endroit par excellence pour tout amateur de Comics, M’an ! Tu m’y as emmené pour la première fois quand j’avais 8 ans ! » Approuva Joan les yeux brillants à ce souvenir, la tirant de sa contemplation attentive de son écrivain qui ne la quittait pas des yeux, lui envoyant des ondes amoureuses qu’elle perçut sans mal.
« Je suis heureuse de constater que nous t’avons transmis notre amour des comics ! » Sourit-elle en caressant tendrement la joue de sa progéniture qui lui répondit par un sourire éclatant, fermant les yeux à ce contact affectueux.
La jeune femme se tourna vers la vitrine des Sin City que Castle ouvrit pour elle sans même qu’elle le lui demande, comme s’il avait anticipé son désir, ce qui était toujours le cas pensa-t-elle.
« Alors Joan, tu ne m’as toujours pas dit ce que tu voulais lire » lança Castle en avançant vers son fils après s’être assuré que Kate était comblée par son choix de lecture.
« Je peux avoir le premier numéro des Avengers ? » Se décida finalement Joan en s’arrêtant devant une vitrine, le regard étincelant d’anticipation, se mordillant les lèvres d’envie comme s’il admirait une vitrine emplie de pâtisseries toutes aussi bonnes les unes que les autres.
« Bien sûr ! » Accepta Castle avant de sortir le précieux comics pour le donner à son fils qui alla s’installer en face de sa mère, laissant intentionnellement la place libre près d’elle.
Une fois que sa petite famille fut confortablement installée et plongée dans sa lecture, Castle flâna à travers les allées, souriant en se rappelant comment il avait acquis certaines pièces de sa collection. Chacune était assurée, et l’air de rien, cette pièce possédait un des systèmes de sécurité le plus performant du marché. Il savait qu’une collection comme la sienne attisait les convoitises, et il ne voulait prendre aucun risque. Même lorsqu’il se trouvait à l’intérieur de la pièce, le système de sécurité restait actif, et il lui suffisait d’appuyer sur un petit boîtier dans sa poche pour que les issues se verrouillent automatiquement, piégeant instantanément toutes personnes à l’intérieur jusqu’à l’arrivée de la police. S’il avait été seul avec Beckett, il aurait été tenté d’activer « accidentellement » l’alarme afin de pouvoir avoir une discussion à corps à corps avec elle, mais Joan était là, aussi réfréna-t-il son envie et de la séquestrer toute la nuit et de lui sauter dessus pour lui prouver son amour encore et encore. Au lieu de cela, il rejoignit la jeune femme et silencieusement, s’installa à ses côtés, s’adonnant à son activité préférée de ces quatre dernières années. La contemplation de sa muse.
« Dis papa ? Quel est ton duo de super héros préféré ? » Lança soudainement Joan, faisant légèrement sursauter Castle qui se délectait de la vue qui s’offrait à lui, avant de se tourner vers lui en prenant une expression dégagée.
« Batman et Elektra ! » Répondit-il sans l’ombre d’une hésitation, faisant naître un sourire sur les lèvres de sa compagne qui avait relevé la tête à la question de son fils.
« C’est vrai qu’ils forment un bon duo, et ton roman graphique est une merveille ! » approuva Joan avec un grand sourire avant de se mordre la lèvre en comprenant qu’il venait à nouveau de gaffer. Décidément comme son père, il devait apprendre à la fermer un peu de temps en temps ça lui rendrait la vie plus facile.
« Quel roman graphique ? A ma connaissance Batman et Elektra n’ont jamais été réunis, à part dans l’imagination de certains… » Commença Beckett avant de s’interrompre alors que la réalisation la frappait « Castle, qu’est-ce que vous avez encore fait ? » S’enquit-elle en le foudroyant du regard, s’approchant dangereusement de lui tout en restant assise.
« Moi ? Rien, je suis l’innocence incarnée ! » Se défendit l’écrivain en se fendant d’un sourire candide et en papillonnant des yeux pour accréditer ses dires.
« Vous avez créé un roman graphique dans lequel Elektra et Batman font équipe ? » s’assura-t-elle en réprimant un sourire amusé.
Elle n’arrivait pas à y croire. Elle se souvenait de cette discussion qu’ils avaient eue à propos du super héros qu’ils auraient aimé être, mais elle n’aurait jamais imaginé qu’il en ferait un roman graphique. Quoi qu’avec l’imagination dont il était doté, elle n’aurait pas dû s’en étonner. Mais elle devait les lire pour savoir à quel point il avait lâché la bride à son imagination, et surtout à quel point Elektra lui ressemblait dans ce monde imagé.
« Alors Castle, vous avez perdu votre langue ? Où est ce fameux roman ? » Lança-t-elle avec un sourire moqueur face au mutisme prudent de son romancier.
« Pas un maman, toute une série ! » ne put s’empêcher de lui révéler Joan en constatant que sa mère était plus amusée que contrariée.
« Joan, si tu te taisais un peu ? » Maugréa Castle en dardant un regard réprobateur sur son fils qui se ratatina sur lui-même tout en se mordant la lèvre pour ne pas éclater de rire devant l’expression contrite de son père.
« Plusieurs hum ? Je peux les voir ? » Demanda Kate faussement désinvolte alors que ses yeux perçants ne quittaient pas Castle.
Le connaissant nul doute n’était permis sur la nature des relations entre l’héroïne de cuir rouge et celui vêtu de noir. Et si elle s’en tenait à l’univers de Nikki Heat, elle ne pouvait s’empêcher de se dire que les fantasmes de son écrivain mis en images devaient être particulièrement sensuels, voire même hot, et alors que son regard se posait sur les costumes des deux super héros, elle se demanda s’ils se risqueraient à un petit jeu de rôle dans l’avenir. A cette pensée un long frisson de volupté la secoua, et elle se mordit la lèvre d’envie. Et heureusement pour elle, son partenaire était trop occupé à tenter de trouver une échappatoire pour suivre le cours de ses pensées.
« Je ne les ai pas… » Biaisa Castle en se levant prudemment, s’éloignant de Kate afin de mettre ses oreilles à l’abri des pulsions de sa partenaire.
« Mais… » Protesta Joan avant de se plaquer une main sur la bouche alors qu’un sourire carnassier s’étalait sur le visage de Kate qui se leva souplement.
« Oh vraiment, et où sont-ils ? » voulut-elle savoir en allant remettre en place son comics avant de revenir vers l’écrivain qui battait lentement en retraite.
« C’est une commande spéciale Beckett, des exemplaires uniques… » Se justifia-t-il en restant focaliser sur elle pour ne pas regarder vers le fond de la pièce.
Au départ, cette idée de romans graphiques n’avait été qu’un délire, puis il avait abordé le sujet avec son ami dessinateur, et au lieu d’en plaisanter comme il s’y attendait, celui-ci avait trouvé l’idée géniale, et ils s’étaient retrouvés à les réaliser. Et au final, il avait une série unique de 10 comics sur le duo. Et étrangement sans leur costume, Elektra et Bruce Wayne avaient hérité de leurs traits physiques. Il devait reconnaître que ces romans graphiques étaient une pure merveille, mais ce n’était pas pour autant qu’il était prêt à laisser quiconque y jeter un coup d’œil. Et encore moins sa muse. Elle le tuerait, ça ne faisait pas un pli. Alors avec un soin calculé, il s’obligea à ne pas la quitter des yeux afin de ne pas laisser son regard se braquer sur la vitrine qui contenait lesdits comics, dissimulée astucieusement par le poteau de soutien, de façon à ce que personne n’en devine l’existence. Il s’y était aménagé un petit coin lecture où il s’installait confortablement pour laisser son esprit divaguer sur ce duo qui lui ouvrait un monde de possibilités inépuisables.
« Qui s’est occupé de la mise en image ? » s’enquit-elle avec curiosité tout en continuant d’avancer vers son partenaire.
« Le même dessinateur que pour Derrick Storm » sourit-il sachant qu’elle avait apprécié la BD, même si elle avait prétendu le contraire.
Et l’éclair d’approbation qui traversa le regard émeraude de la jeune femme lui confirma qu’il avait bien fait de solliciter le jeune dessinateur. D’ailleurs celui-ci avait été emballé par le projet, à tel point qu’il les avait tous mis en page en moins de deux mois, alors que Castle avait créé une série de 10 comics, et qu’il envisageait une suite. Il faut dire que d’imaginer Beckett en Elektra toute vêtue de cuir rouge, des saï à chaque main avait nourri son imagination.
« Allez Castle, laissez-moi y jeter un coup d’œil… » Susurra-t-elle en continuant de s’approcher de lui de sa démarche souple et féline qui le fit déglutir.
Parfois il se demandait si Beckett avait conscience du pouvoir qu’elle avait sur lui. Mais il se doutait que c’était le cas, et qu’elle s’en délectait. Elle jouait avec lui, mettant son self-control à mal, attisant son désir d’elle avec une dextérité qui frôlait la perfection. Cette femme aurait sa mort si elle continuait à se comporter si sensuellement avec lui, parce qu’il ne survivrait pas longtemps face à ce traitement qui mettait à mal ses sens, faisant atteindre des sommets à sa frustration. La question était de savoir comment ils réagiraient tout deux lorsque son tensiomètre exploserait, et qu’il ne pourrait plus se retenir. Une chose était sûre, c’était qu’à côté de la chaleur qui les entourerait, les emprisonnant dans un nuage rouge de passion, l’Enfer ressemblerait à un vulgaire hammam mal chauffé. Secouant la tête, il adressa un regard brûlant à Kate, lui faisant comprendre qu’elle jouait avec le feu et qu’elle risquait de se brûler les ailes, mais à sa grande surprise, cela ne la stoppa pas. Au contraire, il eut l’impression que sa démarche se faisait plus féline, et que la lueur coquine de son regard s’accentuait comme pour lui faire comprendre à son tour qu’elle ne fuirait plus.
Joan les observait avec amusement, se demandant comment ils faisaient pour ne pas se rendre compte à quel point ils étaient faits l’un pour l’autre alors que l’électricité entre eux faisait crépiter l’air. Avec amusement, il se rappela avoir entendu sa marraine dire qu’elle avait souvent eu l’impression qu’avec la tension qui existait entre ses parents, ils auraient pu alimenter la ville de New-York en électricité pendant toute une année et conserver des réserves suffisantes pour l’année d’après. En tout cas, lui, il ne se lassait pas de les voir interagir ensemble, surtout lorsqu’ils feignaient de se disputer comme en ce moment alors que pour lui, c’était plutôt une parade amoureuse. Son père faisait le paon, pour séduire sa promise qui répondait à sa séduction en paradant à son tour. Mais sa mère était au sommet de la chaîne de reproduction, et comme une lionne cherchait le mâle qui répondrait le mieux à ses attentes, elle testait son père. Ils se taquinaient, se cherchaient, se provoquaient, mais pour une raison qu’il ne s’expliquait pas, ils ne concluaient pas.
Et la parade se poursuivait, encore et encore, attisant leur désir mais encore plus leur frustration à tous deux et celle de Joan par la même occasion. Il en venait même à se demander comment il avait été conçu avec ces deux handicapés des sentiments qui lui servaient de parents. Peut-être était-il le fruit d’expériences extraterrestres ? Il ricana tout seul à cette pensée idiote. Sa mère lui aurait rétorqué qu’il était bien le digne fils de son père, ce dont il n’était pas peu fier. Savoir qu’il ressemblait tant à son père l’avait aidé à s’en faire une image précise, et à présent qu’il le côtoyait, il découvrait avec satisfaction qu’il était tel qu’il l’avait imaginé, ce qui prouvait que sa mère ne lui avait jamais menti à son sujet.
« Ce n’est définitivement pas une bonne idée…. » Nia Castle en continuant de reculer vers la sortie, ramenant son fils à la petite joute qui se jouait sous ses yeux.
« Et pourquoi cela ? » s’étonna Kate en penchant la tête sur le côté.
Mais devant l’expression emplie de culpabilité de son romancier, elle avait une vague idée de ce qui avait bien pu germer dans l’esprit de ce grand enfant. Ses soupçons se confirmaient donc par le fait que son partenaire soit si réticent à lui montrer de simples comics.
« Parce que vous allez encore vouloir me descendre » répondit Castle en atteignant avec soulagement la porte avant de disparaître dans la bibliothèque, mettant le canapé entre sa muse et lui.
« Il a raison Maman, ce n’est pas pour rien que tu ne m’ as autorisé à lire que le tome 1 » surenchérit Joan en venant s’asseoir dans un fauteuil pour profiter du reste de l’affrontement immédiatement rejoint par Caskett qui gémit, comme pour se plaindre d’avoir été abandonné aussi longtemps.
Tout en caressant distraitement le chien, Joan se cala contre les coussins du fauteuil, regrettant l’espace d’un instant de ne pas avoir de popcorn car la scène qui se déroulait sous ses yeux amusés valait toutes les meilleures comédies du moment.
« Oh vraiment ? » s’enquit Kate en apparaissant à son tour dans la bibliothèque, son regard lançant des éclairs à son partenaire.
« Oui, les autres romans graphiques tu les as enfermés dans le coffre de votre chambre… » Bouda-t-il en se rappelant de l’échec de ses nombreuses tentatives pour réussir à mettre la main sur ces fameux comics.
Castle jeta un regard hargneux à son fils qui fit mine de ne pas le voir, bien trop content d’ajouter de l’huile sur le feu pour embêter son père et assister à une fausse scène de ménage en live.
« Joan, si tu pouvais te taire ça m’arrangerait bien là, ok ? » Pesta l’écrivain en voyant sa muse en approche.
« Castle… » Gronda Kate en avançant dangereusement vers son partenaire qui déglutit difficilement devant la lueur menaçante du regard électrifiant de sa partenaire.
« Oui ? » Couina Castle en tentant un sourire.
« Je veux savoir ce que vous avez fait, et je veux le savoir maintenant ! » lui ordonna Kate en abolissant la distance qui la séparait de son écrivain.
« J’ai simplement fait marcher mon imagination ! » souligna-t-il dans un haussement d’épaules, essayant de minimiser la chose le plus possible.
« Je veux les voir ! Maintenant ! » Exigea-t-elle en plissant les yeux pour ne pas rire devant l’expression déconfite de son partenaire.
Comment garder son sérieux quand il faisait cette tête ? Comment garder son calme alors qu’elle n’avait qu’une envie lui sauter dessus tellement elle le trouvait craquant au possible ?
« Ce n’est pas votre téléphone qui sonne ? » S’exclama-t-il un peu trop joyeusement pour que cela paraisse naturel.
« Sauvez par le gong Papa ! » gloussa Joan qui pleurait de rire derrière le dos de sa mère.
Décidément, il ne se lasserait jamais des joutes de ses parents. Il voulait connaître cela pour le reste de sa vie et espérait qu’elle durerait plus de deux jours.
« Vous ne perdez rien pour attendre ! » Le prévint Kate avant de s’éloigner pour répondre à l’appel.
« Dieu existe ! » clama l’écrivain en levant les yeux au ciel sous le regard larmoyant de Joan qui se tenait les côtes.
Secouant la tête, se demandant comment il allait pouvoir se tirer du guêpier dans lequel son traître de rejeton l’avait fourré, Castle se passa une main dans les cheveux tout en faisant vrombir son imagination en quête d’une solution qui ne venait pas. Il savait que Kate le coincerait et que dès lors, il n’aurait d’autre choix que de lui montrer ces comics. Après tout, il ne devait pas oublier qu’elle était armée, et qu’il n’avait donc pas l’ombre d’un choix.
Chapitre 32 :
En soupirant, conscient d’être dans une impasse dont il ne pourrait sortir à moins d’un miracle, Castle fit quelques pas avant de se laisser tomber sur le sofa, dardant un regard faussement assassin à son fils qui se tordait toujours de rire dans le fauteuil. Et un sourire étira ses lèvres pincées dans une moue contrariée face à la gaieté contagieuse de l’adolescent. C’est vrai qu’en y réfléchissant, la situation était assez cocasse, même s’il se serait bien passé d’être dans la ligne de mire de Beckett.
« Joan si tu ne veux pas que je meurs prématurément, fais attention à ce que tu dis devant ta mère ! » souffla Castle en adressant un regard implorant à son fils.
« Désolé Papa, mais vous êtes tellement drôles tous les deux ! » rigola Joan, incapable de s’en empêcher avant d’ajouter malicieusement « Et puis Maman ne te tuera pas, elle va juste te torturer jusqu’à ce que tu lui montres ces romans graphiques ! » Ajouta-t-il judicieusement.
« C’est fou ce que c’est encourageant ! » Maugréa Castle même si un sourire rêveur étira ses lèvres en songeant aux différentes tortures auxquelles Kate pourrait avoir recours pour qu’il lui montre ces comics très privés.
Surpris par l’intonation finissante de son père, Joan tourna la tête vers lui et avisant l’air niais de ce dernier, arqua un sourcil avant de lever les yeux au ciel, se doutant des pensées peu catholiques qui devaient lui traverser l’esprit en cet instant. Nul besoin d’être télépathe pour deviner ce à quoi pensait son père, et même s’il s’agissait de la condition incontournable à sa naissance, il ne voulait décidément pas avoir ce genre d’images dans la tête. Savoir que ses parents avaient une vie sexuelle active était une chose, en avoir la preuve en était une autre. Quel enfant voudrait avoir des images de ses parents en plein ébats en tête ? Pour lui, c’était définitivement le pire des cauchemars. Il fronça les sourcils, plissa le nez de dégoût et secoua la tête pour chasser ces atroces images que son père devait avoir en tête et reprit vite le fil de leur conversation.
« Ne t’en fais pas, elle les aime bien ces BD... » Le rassura Joan en vérifiant que sa mère était toujours au téléphone et qu’elle ne pouvait pas entendre la conversation car c’était définitivement moins drôle lorsque c’était lui le dindon de la farce.
« Ah oui ? » s’enorgueillit Castle en retrouvant le sourire.
La seule raison pour laquelle il ne voulait pas partager ces comics avec sa muse, était sa peur de se faire trucider. Mais si elle les aimait, cela changeait tout. Il se ferait un plaisir de les feuilleter avec elle, et qui sait, peut-être que cela lui donnerait envie de mettre en scène quelques-unes des pages de l’un ou l’autre des romans graphiques. Il pensait notamment à une scène où, après avoir lutté contre le Dragon, ombre menaçante qui dirigeait la pègre new-yorkaise, Bruce et Elektra se retrouvaient dans la somptueuse chambre d’hôtel que louait le milliardaire et faisaient l’amour pour la première fois. Oui, il aimerait vraiment voir cette scène devenir réalité. Et visiblement sa muse avait un faible certain pour ces comics.
« Oh oui, elle les lit souvent ! » chuchota Joan sur le ton de la conspiration en adressant un regard malicieux à son père.
Pris dans leurs messes basses, les deux hommes ne prirent pas garde au retour silencieux du sujet de leur conversation qui entendit parfaitement les paroles de Joan. En comprenant ce dont il était question, son sang ne fit qu’un tour, et le rouge lui monta aux joues. Parfait, il ne manquait plus que ça. Non pas qu’elle soit gênée que son partenaire sache que cela ne la dérangeait pas de lire de la littérature osée, mais que Joan laisse entendre que c’était ce que lui écrivait rien que pour elle, qu’elle aimait lire. Elle qui avait toujours pris soin de lui cacher à quel point elle était fan de ses livres voyait sa couverture partir à vau l’eau. Elle devait intervenir et vite, avant que ce chenapan ne lui révèle qu’elle possédait certains exemplaires de ses romans en double, dont certains étaient dédicacés.
« Joan ! » l’apostropha Kate dont les joues devenues rouges écarlates de gêne lui brûlaient le visage « Vas te coucher ! » lui intima-t-elle en pointant la sortie d’un doigt impérieux.
Il avait beau ne plus être un enfant, il n’en restait pas moins son fils, et elle n’allait pas se priver d’utiliser tous les moyens à sa disposition afin de le faire taire et de l’empêcher de trop en dévoiler à Castle. Il y avait certains sujets qu’elle préférait aborder avec son partenaire par elle-même, et non à cause des indiscrétions de leur fils.
« Mais Maman… » Protesta faiblement Joan comprenant au regard furieux de sa mère qu’il avait des problèmes.
Pourtant il savait qu’il y avait des sujets que sa mère n’avait jamais abordés avec son père. Quand il avait demandé à Lanie pourquoi sa mère avait eu des secrets pour son paternel, préférant poser la question à sa marraine afin de ne pas faire de peine à sa maman, elle lui avait répondu que tout le monde avait un jardin secret, un endroit où ils gardaient précieusement certaines informations les concernant, et qu’ils avaient parfois du mal à partager ces secrets avec les autres, même s’ils les aimaient de tout leur cœur. Et apparemment les éléments qu’ils venaient de révéler en toute innocence à son père dans le but de le rassurer faisaient partie du jardin secret de sa mère, et elle n’appréciait pas qu’il ait ainsi bafoué sa vie privée. Il allait devoir trouver le moyen de se faire pardonner, et en attendant, il allait jouer la carte de l’attendrissement, sachant que sa mère n’y résistait jamais bien longtemps.
« Tu préfères que je te conduise à ta chambre à coup de pieds dans les fesses ? » rétorqua-t-elle en faisant claquer ses talons pour appuyer ses propos.
Joan grimaça à cette menace, songeant qu’elle allait être plus difficile que dans son souvenir à amadouer. Mais cela ne devait pas le surprendre. Après tout, il était dans le passé, et elle n’avait pas eu dix-huit ans à vivre en sa compagnie. Elle était donc plus résistante à ses mimiques de bébé chien. Mais tout comme son père, il n’avait pas dit son dernier mot et finirait bien par réussir à regagner les bonnes grâces de sa mère. Après tout, ne disait-elle pas toujours qu’il était le digne fils de son père ?
« Ce n’est pas juste, j’ai pas sommeil moi ! » s’apitoya Joan en se levant avec une lenteur d’escargot « Pourquoi c’est toujours le petit qui prend ? » Ajouta-t-il en tournant un regard tristounet vers son père.
« Peut-être parce que ce sont souvent les enfants qui parlent à tort et à travers, sans jamais réfléchir ! » Souligna Castle en tentant de ne pas rire des facéties de son fils pour ne pas reporter l’attention de Beckett sur lui.
Il était toujours ravi lorsque le courroux de sa muse se portait sur un autre que lui. Il lui avait dit un jour qu’il la trouvait sexy lorsqu’elle était en colère, et il le pensait plus que jamais en cet instant, alors que son regard étincelait et que ses lèvres pulpeuses étaient pincées dans une moue contrariée qui ne présageait rien de bon pour Joan. Oui c’était définitivement plus drôle lorsque c’était un autre qui s’attirait les foudres de sa partenaire, même s’il compatissait pour son fils, il était heureux de voir sa muse mettre un terme aux révélations gênantes de l’adolescent, même s’il aurait aimé en apprendre un peu plus sur les secrets de sa muse. Mais quitte à se les voir dévoiler, il préférait que ce soit par elle, lorsqu’elle s’en sentirait prête, ce qui n’était définitivement pas le cas à la vue de sa réaction.
« Dans ta chambre jeune homme ! Maintenant » répéta Beckett avec un calme olympien qui fit grimacer de concert les deux bruns qui ne connaissaient que trop bien cette intonation particulière.
« J’y vais ! J’y vais ! » Souffla Joan dans un soupir à fendre l’âme avant de s’enquérir avec des yeux brillants d’espoir « Tu viendras quand même me dire bonne nuit n’est-ce pas ? » Voulut-il savoir, avec un soupçon d’inquiétude.
Il se souvenait de la seule fois où sa mère n’était pas venue lui souhaiter bonne nuit. Il avait 16 ans et il était parti en virée avec des amis, enfin façon de parler, et était rentré à la maison ivre. Bien sûr, sa mère était là pour l’accueillir, et lui avait fait la morale sur les dangers de l’alcool. Mais galvanisé par l’arrogance et le courage qu’apportait la perte d’inhibition due à l’alcool ingurgité, il lui avait lancé qu’il avait bu pour oublier que sa mère n’était qu’une sale flic qui faisait tellement bien son boulot qu’elle avait été incapable de protéger l’homme qu’elle aimait, et qu’à cause de son incompétence, il devait grandir sans son père. Il gardait un souvenir assez flou de tout ça, mais le regard blessé de sa mère était à jamais gravé au fer rouge dans son esprit. Sans répliquer, elle l’avait envoyé dans sa chambre, et n’était pas monter le voir, le laissant décuver seul. Il lui en avait voulu de ne pas être venu alors qu’il avait été malade comme un chien une grande partie de la nuit, mais le lendemain en ne la voyant pas dans la cuisine à préparer le petit déjeuner, puis en la voyant descendre et quitter le loft, il avait compris à ses yeux gonflés et rougis, qu’il avait réussi l’exploit de la faire pleurer.
Il s’était détesté d’avoir accentué la douleur de sa mère, sachant combien le sujet était pénible et combien grande était sa culpabilité de n’avoir rien pu faire pour empêcher le drame de se produire. Les choses avaient été tendues pendant plusieurs semaines après ça, et il lui arrivait de se demander si les choses se seraient arrangées si vite s’il n’avait pas eu cet accident de skate qui l’avait expédié à l’hôpital. Il n’avait rien eu de grave, juste quelques bleus, égratignures et un ego blessé, mais sa mère s’était tellement inquiétée pour lui qu’elle avait oublié sa rancœur, et que leur relation était revenue à la normale. Mais il avait pris sur lui de s’excuser en larmes, lui assurant qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il lui avait dit, ajoutant qu’il ne pouvait rêver meilleure mère qu’elle. Alors même s’il avait passé l’âge d’être bordé par sa maman, il aimait toujours que celle-ci, vienne lui souhaiter une bonne nuit, signe que tout allait bien entre eux. Et puis rien de tel que les baisers guérisseurs de sa maman pour l’aider à aller mieux lorsqu’il était malade, ce qui était malheureusement le cas aujourd’hui.
« Je ne suis pas sûre que tu le mérites ! » rétorqua Kate en tentant de ne pas se laisser apitoyer par le regard chagriné de son fils.
« Mais M’man tu dis toujours qu’il ne faut pas s’endormir sur une dispute ! » plaida Joan en faisant la moue, les mauvais souvenirs l’envahissant, lui serrant le cœur, l’étouffant presque.
« Au lit ! » se contenta de soupirer Kate avant de se tourner résolument vers son partenaire, les mains sur les hanches « Quant à vous Castle, montrez-moi ce que je veux voir et maintenant ! » affirma-t-elle en venant planter son index sur le torse de l’écrivain qui grimaça lorsque l’ongle de la jeune femme lui érafla la peau.
« Allons Kate un peu de tenue, tu pourrais attendre que notre fils soit endormi avant de me faire des propositions indécentes ! » la reprit Castle en attrapant ses poignets pour prévenir toutes nouvelles atteintes à sa personne.
Il adorait lorsque Kate se permettait ce genre de gestes, parce qu’il voyait se profiler la femme passionnée et sauvage qu’elle devait être dans l’intimité et qu’elle dissimulait si soigneusement sous ce masque de professionnalisme qu’elle lui opposait la plupart du temps. Il n’avait rien contre un peu de sauvagerie pendant l’amour, mais en dehors de ça, il était plutôt du genre à préférer rester en un seul morceau.
« Castle, je vais te tuer ! » s’offusqua faiblement Kate en tentant mollement de se défaire de l’emprise de Castle.
Pourquoi se serait-elle défait d’un contact qui l’électrisait et lui donnait envie de plus ? Elle avait toujours aimé être au plus près de son partenaire, même si elle se l’était bien trop souvent interdit, alors maintenant, elle ne voulait plus fuir ce genre de situation. Au contraire, elle comptait bien saisir chaque opportunité pour les provoquer, les multiplier et les prolonger. Et Castle s’était rendu compte du changement. Il ne savait pas vraiment à quoi l’attribuer, ni même s’il devait espérer que Kate soit enfin prête à leur donner une chance, mais il n’allait sûrement pas se plaindre qu’elle réponde à ses taquineries pleines de sous-entendus.
« J'aurais le droit d'utiliser mon safe word? » Sourit Castle en l’attirant un peu plus contre lui en comprenant qu’elle ne cherchait pas vraiment à s’éloigner.
« Tu peux commencer à le crier dès maintenant pour ce qu'il va te servir » souligna-t-elle avec un sourire carnassier.
« Hum j’adore quand tu laisses parler ton côté dominateur ! » la provoqua Rick en abolissant la distance entre leurs deux corps.
Incapable de se retenir plus longtemps, Joan éclata de rire. Il n’avait vraiment pas voulu les interrompre, mais cet échange était tellement hilarant que ça avait été plus fort que lui. Il comprenait mieux ce que voulait dire ses oncles lorsqu’ils disaient que ces deux-là étaient aussi bouillants que la braise sous la cendre, et qu’il suffirait d’une étincelle pour relancer l’incendie. Alors de les voir flirter ainsi avec un naturel déconcertant qui montrait bien qu’ils en avaient l’habitude, l’avait fait exploser. Mais en voyant ses parents se tourner de concert vers lui, il sentit son rire s’étrangler dans sa gorge, et il se mordit la lèvre, se demandant à quelle sauce il allait être mangé. Il déglutit et s’éloigna du fauteuil où il était assis un peu plus tôt, prêt à prendre la fuite.
« Tu es encore là toi ? » s’enquit sèchement sa mère en le toisant sévèrement.
« Euhhh…. Je compte les points, vous aviez l’air d’avoir besoin d’un arbitre ! » Proposa-t-il en se réfugiant derrière l’humour pour tenter de s’en sortir sans trop de casse, sachant que sa mère risquait de lui faire payer sa moquerie.
« Tel père tel fils ! » souffla Kate en se massant les tempes d’un air désespéré « Ils vont m’avoir à l’usure, avec un c’était insupportable mais deux, invivable ! » Marmonna-t-elle en secouant la tête d’un air abattu.
« Nous aussi on t’aime Maman ! » Sourit Joan en se mordant les lèvres pour ne pas rire de l’expression qu’arborait sa mère en cet instant.
« Je confirme » approuva Castle tout près de l’oreille de Kate, la faisant frissonner.
Troublée elle tourna la tête pour se perdre dans le regard de son écrivain, leurs souffles s’entremêlant intimement. Cette déclaration à peine voilée de son romancier la déstabilisait outre mesure par sa sincère spontanéité. Son cœur s’emballait et dansait une cavalcade endiablée dans sa poitrine. Cette bouffée de sentiments, c’était presque trop pour elle. Tellement d’émotions retenues, d’occasions ratées la rendaient folle et elle se sentait au bord de l’implosion.
« Bon ça suffit les deux comiques de service ! » Gronda-t-elle en faisant quelques pas pour pouvoir les avoir tous les deux dans son champ de vision, tentant de reprendre contenance « Au lit vous deux ou j’en prends un pour taper sur l’autre ! » Les menaça-t-elle très sérieusement.
« Mais on n’a pas sommeil ! » protestèrent-ils d’une seule voix, ce qui les fit sourire.
« Je vous préviens que si vous n’êtes pas dans vos chambres respectives dans les 10 minutes qui viennent, demain je vous oblige à vous lever aux aurores pour venir au 12th classer de la paperasse toute la sainte journée ! » Lança-t-elle d’un ton faussement négligent.
A ces mots, père et fils échangèrent un même regard dégoûté, et se ruèrent dans le couloir sans plus attendre.
« Non mais ! » s’exclama Kate avec un sourire vainqueur « Qui est-ce qui commande ? »
« Toi ma douce, comme toujours ! » lança Castle en revenant sur ses pas avant de repartir en courant pour ne pas se faire incendier face au regard noir de la jeune femme qui sentait sa patience s’amoindrir.
Kate quitta la pièce en secouant la tête, se demandant si ces deux-là grandiraient un jour, mais elle devait reconnaître qu’elle ne voulait pas les voir changer. Sa vie était tellement plus fun, tellement plus lumineuse depuis que Castle y avait fait irruption, qu’elle devait se concentrer avec une grande force pour se rappeler ce qu’elle était avant. En fait elle ne voulait pas s’en rappeler tout simplement parce que sa vie précédente, celle d’après la mort de sa mère était sombre, sans saveur, sans surprise, sans rire, sans joie. Elle n’était tout simplement pas heureuse et Rick avait fait revenir son bonheur, il avait été le chercher pour le lui offrir sans rien attendre en retour. Il avait refermé la porte au nez de sa tristesse, éclairé son cœur de sa lumière bienveillante. De par son amour, il lui avait rendu la vie. Et si elle y ajoutait Joan, et bien elle devait reconnaître qu’elle frôlait la perfection, la félicité la plus totale. En quelques jours, elle avait redécouvert cette sensation grisante et si précieuse que procurait le fait d’avoir une famille, et elle ne voulait pas y renoncer, jamais.
Vérifiant que son fils était bien dans sa chambre, elle l’embrassa en lui souhaitant bonne nuit avant de descendre l’escalier pour découvrir Castle dans la cuisine.
« Votre chambre a changé de place Castle ? » Le taquina-t-elle en venant s’asseoir sur un des tabourets.
« Ma chambre est occupée par la plus ravissante des squatteuses, mais si vous désirez partager, je cours vous attendre dans mon lit… » Rétorqua-t-il en s’accoudant au comptoir pour se pencher vers elle.
Il avait utilisé un ton taquin, mais la lueur dans son regard témoignait qu’il était plus que sérieux. Un mot d’elle et il jouerait volontiers les oreillers pour la nuit et toutes celles qu’elle voudrait bien lui accorder. Penché vers elle, il la scrutait attentivement, détaillant de près chacun de ses traits qu’il connaissait par cœur.
« Je veux voir ces comics Castle !» Détourna-t-elle la discussion, refusant de s’avancer sur cette pente bien trop glissante, surtout après cette soirée éprouvante pour sa volonté.
« Qui était au téléphone ? » Rétorqua-t-il lui montrant ainsi qu’ils pouvaient être deux à jouer à ce petit jeu.
« Espo. » Accepta-t-elle de répondre consciente qu’ils venaient chacun à leur façon de marquer un point.
« Et que voulait-il ? » S’enquit Castle en retrouvant immédiatement son sérieux.
L’heure n’était plus à la plaisanterie quand il s’agissait de la sécurité de sa muse, et il refusait que sa légèreté habituelle compromette celle-ci et entraîne une catastrophe dont elle ferait les frais.
« M’informer de leurs découvertes. Ils ont localisé le coffre, mais sans clé ne peuvent y accéder. On va demander un mandat, mais ça va prendre un temps fou pour l’obtenir. La banque fera tout pour faire traîner autant que possible les choses » soupira-t-elle avec abattement.
« Qui sait, peut-être que ce que nous trouverons chez Smith nous dispensera de devoir fouiller ce coffre » la consola Castle en faisant preuve de cet optimisme à toute épreuve dont il était coutumier.
« J’espère Castle, j’espère… » Murmura-t-elle avant de se lever « Bonne nuit Castle… » Souffla-t-elle en lui souriant tendrement avant de se détourner.
« Jusqu’au matin Kate… » Répliqua-t-il dans un murmure en la regardant s’éloigner à regret.
Il aurait aimé la rattraper, la prendre dans ses bras et l’y garder toute la nuit, mais malgré un rapprochement certain, il savait qu’elle n’était pas encore prête pour ça. Alors il restait là, à la regarder souffrir en silence, regrettant de ne pas pouvoir soulager sa peine plus efficacement, se sentant complètement inutile alors qu’elle avait tant besoin de réconfort mais qu’elle ne l’acceptait pas encore, du moins pas lorsque c’était lui qui le lui offrait.
Chapitre 33 :
La sonnerie de son téléphone la tira de son sommeil, et pestant elle tendit la main, se promettant d’étrangler celui qui venait de mettre un terme au fabuleux rêve qu’elle était en train de faire. Elle avec son écrivain dans sa chambre en train de faire des folies de leur corps. Elle pouvait encore sentir les mains de Castle sur elle alors qu’il lui murmurait des mots tendres à l’oreille en lui faisant l’amour. La chaleur de son corps toujours aussi ardente, elle souffla, tentant de reprendre ses esprits. Avant de daigner répondre, elle se redressa avec difficulté et poussa un nouveau juron en découvrant qu’il était à peine 5 heures du matin. Qui que soit son appelant il avait intérêt d’avoir une excuse en béton pour la tirer du lit si tôt et surtout de ses songes enchanteurs.
« Allô ? » aboya-t-elle sans prendre la peine de dissimuler son agacement.
« Je vous réveille lieutenant Beckett ? » s’enquit une voix clairement amusée.
En reconnaissant le juge Markway, Kate s’assit instantanément sur le bord du lit, définitivement réveillée, tout désir envolé. Si le juge l’appelait, c’était sûrement pour la prévenir que son mandat était prêt.
« J’ai l’habitude monsieur le juge, que puis-je faire pour vous ? » Répondit-elle d’une voix polie et calme en dissimulant au maximum son impatience.
« C’est plutôt moi qui peux faire quelque chose pour vous lieutenant… » Corrigea-t-il en ne parvenant pas à cacher sa fatigue étouffant un bâillement las.
« Mon mandat monsieur ? » S’enquit-elle en priant pour qu’il lui apprenne que ce précieux sésame l’attendait déjà au 12th.
« En effet lieutenant, même si je ne vous cache pas que le fait qu’un avocat aussi prestigieux et incorruptible que Maître Smith soit dans votre collimateur ne me réjouisse guère… » Lui fit-il remarquer ne cachant pas son scepticisme.
« Mr Smith détient des informations capitales et compromettantes sur un homme très dangereux monsieur le juge, et j’ai de bonnes raisons de croire qu’il pourrait bien être la prochaine cible d’un tueur à gages engagé pour faire le ménage monsieur » répondit prudemment Kate, même si elle n’avait aucune raison de justifier sa demande en sachant que le capitaine avait déjà dû expliquer la situation au juge.
« Je sais tout ça lieutenant, et je sais aussi que vous êtes bien trop méticuleuse pour ne pas avoir exploré toutes les pistes avant de vous adresser à moi ! »
« En effet Monsieur ! Je vais vous laisser poursuivre votre nuit au revoir ! » Finit-elle, pressée de rencontrer enfin l’homme qui avait eu sa vie entre les mains sans même qu’elle le sache.
Elle allait raccrocher lorsque le Juge la rappela, stoppant net son mouvement. Intriguée, elle reporta le combiné à son oreille, se demandant ce que le juge pouvait bien avoir à lui dire. Jusqu’à présent leurs conversations avaient toujours été strictement professionnelles, et elle ne voyait vraiment pas ce que cet homme pouvait avoir de plus à lui dire. Castle avait-il fait une nouvelle bêtise qui avait nécessité l’intervention du juge pour lui sauver la mise ? Elle roula des yeux, prête à présenter ses plus plates excuses au juge avant de foncer étrangler son romancier pour lui apprendre à rester tranquille.
« Oui ? » S’enquit-elle, légèrement inquiète de s’entendre rappeler à l’ordre parce qu’elle ne savait pas gérer son partenaire.
« J’espère bientôt vous revoir Richard et vous à une table de poker. » lança le juge à son plus grand soulagement « J’aime jouer avec vous et surtout j’adore lorsque vous le battez, c’est délicieux à voir. Vous savez tellement bien bluffer que le pauvre bougre s’y perd mais cette fois ne perdez pas sciemment, Kate ! » Lui annonça-t-il d’un ton joyeux
La jeune femme sourit à ce souvenir en se mordant les lèvres. Chacun d’eux avait laissé gagner l’autre. Elle avait fait semblant de perdre pour lui faire plaisir, pour ne pas qu’il se sente rabaissé face à ses amis, tout simplement parce qu’elle voulait voir la joie sur son visage, son sourire sur les lèvres. Même s’il avait été insupportable après, n’ayant pas la victoire modeste, et de son côté, elle savait aussi qu’il avait fait semblant de perdre pour les mêmes raisons qu’elle, même si elle lui avait remboursé l’argent, ne supportant pas une fausse victoire. Et puis cela avait donné lieu à une partie endiablée où les liens qui les unissaient s’étaient consolidés, sans même qu’elle ne s’en rende véritablement compte. Oui, cette partie de poker avait marqué un tournant dans leur relation, et elle s’en réjouissait. C’était ce soir-là qu’elle avait commencé véritablement à voir en Castle un membre à part entière de son équipe, une personne sur qui compter, et plus seulement l’écrivain capricieux qui lui pourrissait l’existence.
« Ce serait un véritable plaisir Jeffrey » répondit-elle, utilisant le prénom du juge, consciente qu’ils avaient définitivement quitté la sphère professionnelle et qu’elle pouvait se le permettre « Je suis certaine que Castle sera ravi de pouvoir afficher sa supériorité encore une fois ! » ajouta-t-elle en souriant.
« Ah oui je n’en doute pas mais vous allez le faire déchanter non ? Il m’a toujours battu, alors ne le laisser pas gagner cette fois ! » Répliqua-t-il avec malice faisant rire Kate.
« Bien je vous promets de l’écraser au poker pour vous ! » lui assura-t-elle avec malice, riant en imaginant la moue boudeuse de son écrivain.
« Ah, je retrouve la lieutenant de police émérite ! » Rit-il « Je vais vous laisser Kate bien le bonjour à ce bon vieux Richard » Ajouta le juge gaiement.
« Je n’y manquerai pas Jeffrey ! » approuva Kate toujours en souriant, étonnée mais ravie de cet échange pour le moins inhabituel « Je vous souhaite une bonne fin de nuit. » Souhaita la jeune femme en souriant.
« Je répondrais bien à vous aussi, mais je sais que vous ne vous rendormirez pas alors bonne chance lieutenant » Conclut-il avant de raccrocher.
« Je vais en avoir besoin… » Soupira-t-elle en se laissant tomber contre ses oreillers, songeant à tout ce qui changerait si elle parvenait enfin à trouver les preuves qui lui manquaient pour arrêter l’homme qui hantait ses cauchemars depuis plus de 13 ans.
Elle en avait si longtemps rêvé, imaginant toutes les façons possibles et imaginables qui lui permettraient de mettre la main sur ce suppôt de Satan pour l’enterrer six pieds sous terre. Elle voulait lire la peur dans son regard, le voir trembler en comprenant que ce n’était plus lui qui menait la partie, qu’elle était à présent maîtresse du jeu, qu’il ne lui faisait plus peur. Elle voulait le regarder dans les yeux lorsqu’elle lui lirait le code Miranda, l’informant qu’il était en état d’arrestation pour le meurtre de sa mère. Elle voulait pouvoir aller sur la tombe de celle-ci tenant la main de Castle dans la sienne, annonçant à celle qui lui avait donné la vie qu’enfin, elle lui avait rendu justice, qu’elle pouvait reposer en paix et qu’elle serait heureuse avec l’homme de sa vie, qu’elle n’aurait plus de soucis à se faire pour elle de là-haut.
Les mains moites, elle tenta de garder la tête froide. Elle ne devait surtout pas s’emballer au risque de commettre une erreur qui permettrait à cette pourriture de s’en sortir une fois encore. Non, cette fois elle allait bétonner le dossier et veiller à ce que chaque étape soit scrupuleusement suivie pour que même le meilleur avocat du monde ne puisse rien faire pour lui devant un tribunal. Il n’y aurait pas de vice de procédure, elle s’en assurerait. Aucune preuve ne viendrait à disparaître mystérieusement ou dans des circonstances douteuses. Plus motivée que jamais, elle se propulsa hors du lit tel un félin et fila sous la douche. Elle laissa l’eau chaude délasser son corps encore engourdi par sa nuit écourtée, échafaudant déjà un semblant de plan d’attaque. Elle adorait ces moments de la journée, où seule avec elle-même, elle pouvait faire le tri dans sa tête, classer les différents éléments d’une enquête par catégories, avant de patiemment rassembler les pièces du puzzle pour enfin arriver jusqu’au coupable.
Se sentant d’attaque après cette douche revitalisante, elle fonça dans la cuisine et prépara le petit déjeuner pour ses hommes. Autant laisser ceux-ci dormir aussi longtemps que possible. Même si Joan avait paru aller mieux la veille, cela ne voulait pas dire qu’il était guéri, elle avait fait les frais de ce constat autant que son partenaire. Depuis qu’il était malade, il avait eu des pics de fièvre où il était au plus mal puis son état était revenu à la normale, avant d’empirer de nouveau, voire même de s’aggraver, donc elle voulait qu’il se repose au maximum. Et tant pis si cette attitude faisait d’elle une mère poule. En fait, elle adorait l’idée d’être ce genre de maman. Avec son passé, elle avait toujours eu peur de devenir mère, même si cet aspect de sa féminité l’avait toujours attiré, surtout depuis sa rencontre avec un certain écrivain, mais elle s’était souvent demandée si elle ferait une bonne mère. Aujourd’hui grâce à Joan elle savait que ce serait le cas.
Son fils le lui avait assez répété pour qu’elle le croie et si elle en avait douté, il lui suffisait juste de voir la façon dont l’adolescent la regardait pour en être convaincue. Il lui vouait un amour sans borne, un amour filial que seuls les enfants qui adorent leurs parents peuvent laisser percevoir aux yeux de tous. Et cette constatation l’aidait à aller de l’avant et à s’ouvrir un peu plus à Castle. Il n’en avait jamais rien dit, du moins pas à elle, mais elle se doutait qu’il aimerait avoir d’autres enfants tant c’était évident qu’il était fait pour être père. Il attendait simplement de rencontrer la bonne personne pour ne pas refaire l’erreur Meredith même si aujourd’hui il parlait d’Alexis comme de la plus belle réussite de toute sa vie. Elle se doutait que cette fois, il voulait vivre son rôle de parent accompagné. Il ne voulait sûrement plus prendre le risque d’assumer seul cette lourde tâche que celle d’élever un enfant, et encore moins de faire endurer à un autre chérubin ce que sa fille avait vécu avec sa mère.
Kate n’avait que peu souvent rencontré Meredith, ce qui en disait déjà beaucoup sur l’implication de cette femme dans la vie de sa fille, et même Alexis n’en parlait que très peu. Kate savait de par les rares confidences d’Alexis sur le sujet, qu’elle n’en parlait pas non pas par indifférence, mais au contraire parce que cela lui était bien trop douloureux. Même si sa mère l’avait reconnue, elle n’avait jamais été là pour elle et n’avait d’une mère que le titre. Elle savait qu’il l’avait attendu longtemps, que c’est avec elle qu’il serait prêt à remettre le nez dans les couches, elle n’en doutait pas. Quant à elle, même si l’expérience la terrifiait, elle savait qu’avec lui à ses côtés, elle serait prête à tenter l’aventure, et assurément, elle aurait besoin de son expérience de père. Il était doué dans ce rôle, encore plus que dans tous ceux qu’elle lui avait vu endosser. Et à présent elle était certaine de pouvoir aussi le satisfaire dans ce domaine.
Mais même si Joan venait de lui prouver qu’elle était parfaitement capable de l’élever seule, elle ne voulait pas vivre cet incroyable voyage sans son écrivain. Elle voulait qu’il soit à ses côtés, car elle se doutait qu’il n’y avait qu’ensemble qu’ils pourraient être des parents accomplis. Seule elle serait une bonne mère, mais avec Castle à ses côtés, elle deviendrait une mère exemplaire, elle serait la mère que Joan méritait d’avoir. Et le simple fait de savoir cela la soulageait d’un poids énorme, poids qui la retenait encore en arrière, la maintenant prisonnière, l’empêchant de franchir les ultimes barrières qui la séparaient de son écrivain. Et elle s’en sentait soulagée, comme libérée. Même si pour le moment elle devait rester focalisée sur son enquête afin de protéger sa famille, plus rien ne l’empêchait de faire comprendre à Castle qu’elle était enfin prête pour lui, pour eux. En souriant, elle s’activa dans la cuisine, préparant le petit déjeuner pour ses deux ogres, connaissant leur appétit féroce.
Une fois que le petit déjeuner fut presque prêt, elle grimpa les escaliers pour se rendre dans la bibliothèque. Castle n’étant pas sur le canapé, ni sur la banquette de son bureau, il avait dû passer la nuit là-bas. Peut-être même le trouverait-elle endormi avec un comics sur le ventre, tel un enfant qui ne veut pas quitter son monde imaginaire et prolonger les aventures de ses héros dans ses rêves. Elle se mordit la lèvre, pensant à deux héros bien précis dont elle ne verrait aucun inconvénient à poursuivre les aventures dans la vie réelle, surtout si son partenaire lui donnait la réplique. Avait-il attendu qu’elle s’endorme pour aller lire ces fameux romans graphiques dont elle ne doutait pas qu’Elektra aurait ses traits ? Pensait-il à elle, l’imaginant répondre enfin favorablement à ses avances et le laisser lui montrer de la plus intime des façons à quel point il l’aimait ? Ces romans avaient-ils été pour lui sa façon de gérer la frustration qu’elle lui imposait ?
En l’imaginant tour à tour sous les traits de Nikki puis d’Elektra, pansait-il la souffrance qu’elle lui avait infligée en le repoussant puis en lui mentant ? Elle qui avait trouvé ça flippant, voire intrusif au tout début de leur partenariat se sentait flattée et toujours surprise de constater à quel point elle pouvait inspirer Castle. Jamais encore un homme ne l’avait regardée, connue, comme Castle la connaissait, encore moins alors qu’elle restait si secrète envers lui. Mais dès le début, il l’avait mise à nue, la cernant mieux que personne ne l’avait jamais fait. Dans son regard, elle se sentait belle, forte, unique et extraordinaire. Ses yeux posés sur elle lui parlait de désir, c’était indéniable, mais avant tout d’amour, de confiance et de respect. Mais d’un autre côté, il l’idéalisait tellement qu’elle était nerveuse à la seule idée qu’un jour il la voit telle qu’elle était, avec ses forces et ses faiblesses, et qu’il ne décide de partir loin d’elle.
Une chose était sûre, elle ne se sentait définitivement pas comme la super héroïne qu’il voyait en elle. Elle s’en sentait même très loin, et elle détestait l’idée de le décevoir. Elle n’était que Kate Beckett, une femme meurtrie par la vie devenue lieutenant de police pour venger la mort de sa mère tout en faisant justice pour ceux qui, comme elle, avaient perdu un être cher. Elle ne recherchait pas la gloire, se contentant d’accomplir son devoir du mieux qu’elle le pouvait, et parfois elle se demandait ce que Castle pouvait voir de si exceptionnel en elle pour qu’il reste à ses côtés envers et contre tout. Une chose était sûre, la pression montait en elle à l’idée de ne pas être la femme qu’il pensait qu’elle était, de ne pas être celle qui lui convenait, celle qu’il méritait, et qu’il finisse par le réaliser et l’abandonner en dépit de sa promesse. Un long frisson glacé la secoua, et elle ferma les yeux en prenant une profonde inspiration pour lutter contre son mal être.
Elle ne devait pas penser à ça et cesser de toujours imaginer le pire. Elle soupira puis un léger sourire étira ses lèvres pincées en repensant à ce que Joan lui avait dit. Que d’après Alexis et Martha, jamais Castle n’avait aimé une femme comme il l’aimait elle, et que rien n’avait jamais altéré ça. Et elle veillerait à ce que ce soit éternellement le cas. Maintenant qu’elle savait qu’elle ne pouvait vivre sans lui, elle serait son tout comme il était le sien. Confiante elle reprit son avancée vers la bibliothèque, se demandant si elle aurait la chance de pouvoir enfin jeter un œil sur ces fameux romans graphiques. Elle avait interdit à Joan de lire au-delà du premier numéro de cette série unique, et elle se doutait bien que c’était à cause des scènes hots dont son partenaire était friand quand il s’agissait d’eux. Elle avait toujours particulièrement apprécié la façon dont Castle décrivait une scène intime, mais avec les Nikki Heat, il avait atteint une autre dimension.
En se mordant la lèvre, elle songea que les mots de son écrivain pour décrire l’intimité de Nikki et Rook la mettait dans tous ses états, pas seulement physiquement, mais aussi émotionnellement. Parce que même s’il s’agissait de sexe, la façon dont les scènes étaient dépeintes reflétait une telle tendresse, une telle complicité, une telle communion entre les deux héros, que personne ne pouvait douter de l’amour qui les unissait l’un à l’autre. Alors là de voir ces deux héros en pleine action allait sérieusement faire monter la température de son corps. Surtout qu’elle savait bien qu’en inventant cette histoire, c’était d’eux que Castle s’inspirait et nourrissait ses créations. De ses fantasmes, de ce qu’il rêvait pour eux et là encore, les voir en images serait assez difficile à endurer dans le sens où elle aurait du mal à maîtriser ses ardeurs si elle lisait une de ses BD. Comment pourrait-il en être autrement en sachant que c’était elle cette femme qui se livrait sans ambages à la passion que lui inspirait son partenaire ?
C’est donc en se mordillant la lèvre alors que des images explicites de ce que pouvait donner ces illustrations, qu’elle entra précautionneusement dans la bibliothèque. Un sourire étira ses lèvres en découvrant son écrivain, paisiblement endormi, une BD échouée au sol. Il avait un bras rejeté au-dessus de sa tête et une main posée sur son ventre dénudé par sa chemise qui remontait, dévoilant une partie de sa peau bronzée. Kate resta figée par cette vision alléchante, et sans vraiment y prendre garde, s’avança jusqu’à s’asseoir auprès de son écrivain. Elle était toujours en colère contre lui. Pas parce qu’il lui avait menti, parce que si elle était totalement honnête avec elle-même, si les situations avaient été inversées, elle aurait agi exactement comme lui. Il n’aurait découvert la vérité que lorsqu’elle aurait réussi à résoudre l’enquête, pas avant. Et si Joan n’était pas intervenu en vendant innocemment la mèche, c’était ce qu’il se serait passé.
Non, si elle était aussi en colère contre lui, c’était à cause des risques qu’il avait pris pour elle. Elle avait été loin de s’imaginer que les soirs lorsqu’il quittait le douzième, il n’allait pas écrire mais reprendre cette enquête qui lui tenait tant à cœur. Elle était loin de se douter que certains soirs alors qu’il lui disait bonsoir, il allait rejoindre un individu potentiellement dangereux qui assurait sa protection contre la coopération de Castle. Elle était bien loin de se douter qu’un matin elle aurait pu être réveillée par le central pour lui annoncer qu’on avait découvert un corps et qu’à son arrivée sur les lieux du crime elle constate que c’était l’amour de sa vie, tout ça parce qu’il avait été fouillé là où il n’aurait pas dû fouiller. Quand elle pensait au nombre de fois où ils n’avaient pas été ensemble et où le Dragon aurait pu en profiter pour envoyer Maddox ou un autre de ses hommes de main pour maîtriser Castle, elle en frémissait d’angoisse rétrospective.
Tout comme maintenant, alors que la menace était plus que jamais présente, elle détestait l’idée que Castle soit en danger par sa faute. Sa soif de vengeance n’en valait pas la peine. Comment pourrait-elle être heureuse d’avoir résolu le meurtre de sa mère si en contrepartie elle devait sacrifier le seul homme qui avait su gagner son cœur malgré tous les obstacles qu’elle avait dressés sur sa route pour le décourager, le seul homme qu’elle était certaine de vouloir à ses côtés pour vieillir et fonder une famille. Elle n’avait plus peur de se l’admettre à elle-même, ce qui était déjà un progrès notable. Ne restait plus qu’à le faire comprendre à Castle. Ce qui ne devait pas être trop difficile. Après tout, ce dernier avait l’esprit vif, et il comprendrait vite si elle le mettait sur la voie. Et elle saurait se montrer explicite en temps voulu.
« Kate ? » entendit-elle la voix ensommeillée de Castle l’appeler, ce qui la fit sursauter.
Perdue dans ses pensées, elle ne l’avait pas vu se réveiller, et elle se demanda depuis combien de temps, il l’était. Ils se regardèrent un moment sans rien dire puis finalement l’écrivain se redressa pour être à son niveau.
« Est-ce que tout va bien ? » S’inquiéta-t-il en posant une main sur sa joue qu’il caressa du pouce.
« Je vais bien Castle, je réfléchissais c’est tout » le rassura-t-elle en souriant, fermant les yeux se délectant de la chaleur de sa main sur sa joue.
Rassuré et ne voulant pas qu’elle lui hurle dessus, il retira à regret sa main, mais alors qu’il allait la reposer sur son torse, Beckett fut plus rapide que lui et s’en empara, la maintenant entre les siennes sur ses cuisses. Bien que surpris, Castle ne fit aucun commentaire, de peur qu’elle ne relâche l’étreinte de ses doigts entremêlés aux siens. A nouveau perdue dans ses pensées, elle jouait machinalement avec ses doigts, ce qui le fit sourire. Il n’était pas habitué à ce qu’elle ait des gestes aussi intimes avec lui, mais il n’allait certainement pas s’en plaindre, bien au contraire. Il avait bien noté un net changement dans son attitude, mais il ne voulait pas trop s’emporter de peur de la voir à nouveau prendre ses distances, lui brisant le cœur encore une fois. Cet ascenseur émotionnel était épuisant à la longue, mais pour une fois, elle semblait plutôt décidée à aller de l’avant, et il ne pouvait que s’en réjouir.
Chapitre 34 :
Il ne savait pas trop comment se comporter, mais ne voulant pas qu’elle se ressaisisse et ne le fuit, il attendit qu’elle se décide à lui parler, mais elle restait là, silencieuse, fixant sans les voir leurs mains jointes. Et il n’aimait pas ça. Kate n’était jamais plus silencieuse que lorsqu’elle se laissait envahir par ses peurs, et il ne voulait pas que ces dernières prennent le dessus et n’enferment la jeune femme derrière de nouvelles fortifications plus imprenables que les précédentes. Aussi décida-t-il de forcer ses confidences, avec douceur mais détermination.
« Dis-moi ce qui ne va pas ? » l’interrogea-t-il en la tutoyant sans vraiment y prendre garde.
Kate le fixa quelques instants. Elle avait noté le tutoiement, et savait que Castle ne se risquait à la tutoyer que lorsqu’il s’inquiétait pour elle, ou qu’elle agissait de façon si étrange envers lui qu’il ne savait plus sur quel pied danser. Mais en général, il la tutoyait lorsqu’elle se fermait comme une huître et qu’il voulait la faire réagir, qu’elle s’ouvre à lui. Et elle aimait ça, ce lien intime qui se créait entre eux lorsqu’il le faisait. Voyant qu’il paraissait troublé, elle lui sourit pour le rassurer et baissa les yeux sur leurs mains liées pour constater une fois encore que sa main trouvait parfaitement sa place dans celle de son partenaire, comme une évidence. Se rappelant leurs trop brèves étreintes, elle se remémora comme son corps s’emboîtait parfaitement à celui de son écrivain, comme s’il s’agissait des deux moitiés d’une même entité, et elle avait hâte de connaître de nouveau cette symbiose physique.
« On a notre mandat… » Finit-elle par lancer afin de rompre le silence qui s’épaississait.
« C’est une bonne nouvelle non ? » s’enquit-il prudemment en avisant l’expression fermée de Kate.
« Oui bien sûr… » Acquiesça-t-elle en nouant ses doigts à ceux de Castle, comme pour s’assurer qu’il était bien là, avec elle.
« Mais ? » insista-t-il en se redressant à l’aide de sa main libre, intrigué par l’attitude étrange de sa muse.
« Mais j’ai peur Castle » avoua-t-elle en levant un regard incertain sur lui « J’ai peur de ce que l’on va découvrir chez Smith, peur de ce que cela impliquera pour moi, pour toi, pour nous. Peur que tout cela n’en vaille pas la peine » poursuivit-elle en plongeant son regard dans celui de son partenaire en quête de réponse à ses angoisses.
« Je sais Kate, mais pour la première fois depuis la mort de ta mère, tu es enfin sur le point de tout comprendre. Je sais que tu t’inquiètes des répercussions, mais quoi qu’il arrive, tu mettras un homme dangereux hors d’état de nuire, et cela en vaut certainement la peine » déclara-t-il avec conviction en pressant sa main dans la sienne.
« Tu vois, je n’en suis plus aussi sûre. J’ai déjà tant perdu dans cette quête de justice que je ne supporterais pas de voir d’autres personnes à qui je tiens souffrir par ma faute… » Soupira-t-elle en se passant une main dans les cheveux avant de se frotter le visage, comme pour dissimuler sa faiblesse qui lui ressemblait si peu.
« Kate, quoi qu’il se passe, rien n’est de ta faute. Le seul coupable, c’est le Dragon. Tu ne dois pas endosser les fautes qui sont les siennes » protesta Castle en s’approchant de Kate comme pour lui transmettre sa force intérieure et lui permettre de retrouver sa combativité.
« Je sais que tu as raison, mais si tu ne m’avais pas rencontrée, tu n’aurais jamais été mêlé à tout ça, tu mènerais une vie tranquille dont la plus grande préoccupation serait de savoir quand tu rendras ton dernier roman ! » insista-t-elle comme si elle tenait à lui faire comprendre que la rencontrer avait été la pire expérience de sa vie.
« Si je ne t’avais pas rencontrée, je serais un écrivain fini. » la corrigea-t-il aussitôt, refusant de l’entendre émettre la moindre réserve concernant leur rencontre.
« Ne dis pas n’importe quoi Castle, tu es un des auteurs les plus en vogue ! » s’exclama-t-elle avec une fougue qui faisait figure d’aveu concernant son amour des œuvres de son partenaire.
« Je ne fais que dire la vérité Kate. Sans toi, je ne serais qu’un pauvre type qui passerait ses journées à boire et à enchaîner les conquêtes sans lendemain en courant après l’inspiration faisant honte à ma fille, la décevant. » Poursuivit-il en raffermissant son emprise sur la main de la jeune femme en ancrant son regard dans le sien.
« Castle, tu ne… » Protesta-t-elle à nouveau avant que Castle n’effleure ses lèvres d’un doigt, lui intimant le silence.
« Si je ne t’avais pas rencontrée, je n’aurais pas créé mon meilleur personnage, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. Si je ne t’avais pas rencontrée, je n’aurais pas au fond du cœur l’espoir de fonder enfin la famille de mes rêves. Si je ne t’avais pas rencontrée, je ne serais que l’ombre de moi-même. je ne serais pas heureux dans ma vie, je demeurerais encore un être incomplet. Tu m’as sauvé la vie Kate, tu m’as rendu à elle, et pour cela, je serais à tes côtés quoi qu’il arrive. Toujours… » Déclara-t-il avec fougue en encadrant son visage de ses mains pour plonger son regard dans le sien, donnant plus de poids à ses paroles.
Son souffle était court de par l’émotion qu’il éprouvait face à ces aveux qui l’avaient mis à nu face à la femme qu’il aimait. Il se sentait plus vulnérable que jamais, et il ferma les yeux pour se reprendre, posant son front sur celui de sa muse. Elle ne pouvait pas douter que ses paroles étaient vraies, justes, ressenties jusqu’au plus profond de ses entrailles. Elle ne doutait pas de son amour, elle savait combien il l’aimait, il le lui avait suffisamment prouvé pour qu’elle n’en doute plus jamais. Mais elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi il l’aimait autant. Pourquoi lui vouait-il un culte ? Elle lui avait sauvé la vie mais lui avait fait la même chose pour elle bien avant leur rencontre. Chacun était le roc de l’autre, la pierre angulaire de leur existence, et ils ne pouvaient exister l’un sans l’autre sans se sentir incomplet.
« Tu te souviens de la première fois que tu as rouvert le dossier de ma mère ? » demanda-t-elle en posant ses mains par-dessus celles de Castle, les caressant de la pulpe du pouce sans vraiment sans rendre compte.
Sa voix était légèrement hésitante, mais une lueur de détermination faisait étinceler son regard, et elle décolla son front du sien pour le regarder, puisant comme toujours la force qui lui manquait dans le regard sans faille de son écrivain.
« Comment oublier que tu m’as chassé de ta vie… » Grimaça Castle, un éclair de chagrin au fond des yeux.
A cette époque ses sentiments n’étaient certes pas aussi puissants qu’aujourd’hui mais lorsqu’elle lui avait dit de partir, il avait eu un pincement au cœur. En fait il avait été le premier surpris par la douleur qu’il en avait éprouvé. Il ne pensait pas que ne plus faire partie de sa vie le toucherait autant. il ne pensait pas que se faire éjecter loin d’elle lui ferait si mal à lui le playboy, à lui l’homme qui ne se fixait jamais véritablement sauf avec sa fille. Il avait voulu faire cela pour elle mais aussi pour réussir là où tout le monde avait échoué, pour pouvoir jouir d’avoir été celui qui avait trouvé le coupable après 10 ans de recherches infructueuses et d’impasses qui ne menaient nulle part. Oui au départ il l’avait fait pour se faire valoir auprès d’elle, pour devenir le héros dans les bras duquel elle se jetterait. Il s’était lancé dans cette affaire sans penser aux conséquences, sans penser à ce que la jeune femme pourrait ressentir lorsqu’il lui jetterait les fantômes de son passé au visage.
Mais lorsqu’elle l’avait banni de sa vie, il avait connu la pire douleur de toute son existence. Jamais encore une femme ne l’avait fait souffrir à ce point, et il n’avait tout d’abord pas compris ce qui lui arrivait tant il ne s’était encore jamais autant attaché à une femme. Depuis Kyra il avait comme fermé son cœur pour ne pas souffrir comme il avait souffert avec elle, il n’avait plus aimé une femme, il n’avait plus été amoureux. Il s’était même promis de toujours mettre une barrière de sécurité et il avait brillamment réussi, en dépit de deux mariages. Jusqu’à ce que Kate Beckett entre dans sa vie, jusqu’à ce qu’elle chamboule tout, son cœur avait été à l’abri et sans qu’il s’en aperçoive, avait guéri de ses blessures pour à nouveau s’ouvrir à l’amour. Lui aussi avait des murs, lui aussi se protégeait et en un revers de main elle avait tout balayé et il était tombé éperdument amoureux d’elle en la découvrant chaque jour un peu plus. Elle était passée de potentielle conquête, à femme de sa vie en tellement peu de temps qu’il en avait été effrayé. Elle, si mystérieuse et inaccessible, elle qu’il aimait tellement…
« J’avais tort tu sais. J’ai réagi aussi violemment parce que tu as rallumé la flamme de l’espoir en moi et que j’ai pris conscience que si cette fois ça ne donnait rien, je n’en guérirais jamais. Alors je m’en suis prise à toi. » Confessa-t-elle en revenant caler son front contre le sien sans pour autant rompre la connexion de leur regard.
« Kate, tu n’es pas obligée de… » Souffla-t-il, conscient qu’elle n’était pas à l’aise avec les mots lorsqu’il s’agissait de ses sentiments.
« Chut… laisses-moi finir » murmura-t-elle avant de reprendre avec détermination « Mais à l’instant où tu t’inclinais, où tu partais, j’ai compris que je ne voulais pas que tu sortes de ma vie, jamais. Et c’est toujours le cas. Tu es l’homme le plus exaspérant que je connaisse, tu peux te comporter comme le gamin le plus égocentrique que le monde ait jamais porté, mais en même temps, tu es l’homme le plus généreux, le plus patient, le plus attentionné et le plus adorable que j’ai jamais rencontré. Et je ne veux pas te perdre. Je veux que tu fasses partie de ma vie, toujours… » Avoua-t-elle d’une seule traite, puisant dans le regard lumineux de l’homme qu’elle aimait, la force de faire cet aveu jusqu’au bout.
Voilà elle l’avait dit. Faisant sans le savoir écho aux pensées de son amour, Kate venait de révéler à haute voix, la nature de ses songes, mais aussi de ses peurs et de ses peines. Sans plus se cacher, elle lui révélait tous ces sentiments contradictoires qui l’habitaient depuis cet instant précis. Sa colère, face à cette trahison, sa frustration de ne pas pouvoir avoir un affrontement digne de ce nom, puis sa détresse à l’idée de perdre cet homme qu’elle ne connaissait pas mais qui au fond l’avait mieux comprise que n’importe lequel des hommes qui avaient traversé son existence. Castle avait toujours été le seul et unique homme à avoir vu au-delà du masque de froideur, ou du moins le seul à avoir osé affronter ce dit masque et à avoir voulu le briser pour laisser apparaître celle qu’elle dissimulait si habilement. Et ce sentiment de vide qui l’avait oppressé, la faisant haleter, elle ne voulait plus jamais le ressentir.
« Je te l’ai promis Kate. Je serais là avec toi le jour où tu coinceras cette pourriture. Je ne t’abandonnerais pas. » La rassura-t-il en lui souriant tendrement, caressant son visage du revers de sa main en osmose avec son regard qui la couvait et dont elle percevait presque la chaleur sur sa joue.
« Et après Castle ? » osa-t-elle demander d’une voix ferme qui ne trahissait rien de son état émotionnel proche de la rupture.
Elle savait qu’il serait là pour elle, qu’il la protégerait quoi qu’il arrive tant que la menace du Dragon planait. Tant qu’elle aurait cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête, il serait là pour retenir celle-ci, si le crin du cheval de Denys cédait. Mais lorsqu’elle ne risquerait plus rien lorsque son pire ennemi serait hors d’état de nuire, est ce qu’il serait toujours là ? Resterait-il longtemps à ses côtés s’il continuait à voir ses sentiments bafoués, ignorés ?
« Je t’aime Kate. Je te veux, de toutes les façons possibles. Je veux être ton partenaire, ton meilleur ami, ton amant, ton amour. Je veux être l’homme qui t’accompagne la journée et qui partage tes nuits. Après Kate ? Mais ça ne dépend que de toi, moi je n’attends que toi, juste toi, Kate ! » Répondit-il sans l’ombre d’une hésitation, lui ouvrant à nouveau son cœur.
Kate s’apprêtait à répondre lorsque la voix de Joan se fit entendre, brisant cet instant hors du temps. Immédiatement, Kate s’écarta de son partenaire, se relevant vivement, et Castle jura, maudissant son fils. Il allait finir par se demander si Ryan et Epsosito ne lui avaient pas donnés des conseils sur la façon de gâcher la vie des gens. Une chose était sûre, il allait veiller à être présent chaque fois que les Gars se mettraient en tête de donner des conseils à leur fils, parce qu’il y avait certains points de l’éducation qu’ils lui avaient prodiguée qui laissaient à désirer ! Ou bien était-ce intentionnel, juste pour l’embêter, juste pour le faire enrager ?
« Maman ? Papa ? » Appela de nouveau Joan, et l’inquiétude qui perçait dans sa voix les poussa à se bouger.
« Nous sommes-là Joan, nous arrivons ! » s’exclama Castle en quittant le fauteuil pour rejoindre Kate qui se tenait déjà près de la porte, prête à sortir.
Une fois près de sa muse, il posa la main sur la poignée de la porte qu’il baissa, mais alors qu’il la tirait vers lui pour laisser passer Kate afin qu’ils descendent rejoindre Joan, la jeune femme referma la porte, et avant qu’il comprenne ce qu’il se passait, elle l’embrassait. Le contact fut fugitif, léger comme le souffle d’un battement d’aile de papillon, et pourtant il le foudroya sur place. Et alors qu’il passait ses bras autour de la taille de sa compagne pour raffermir l’étreinte et approfondir le baiser, Kate s’éloignait déjà, mettant ainsi fin à ce baiser trop éphémère au goût de l’écrivain.
« Bouclons cette affaire et ensuite, je te promets que nous parlerons. Je te laisserai t’expliquer, et je te confierais mes propres incohérences. Et une fois que nous y verrons plus clair, nous pourrons envisager l’avenir » murmura-t-elle en frottant son nez contre sa joue, inhalant profondément cette odeur qu’elle aimait tant et qu’elle associait inéluctablement à son homme depuis plus de 4 ans.
« Ensemble ? » s’assura-t-il alors que son cœur bondissait de joie dans sa poitrine, alors que l’odeur de sa muse l’enivrait, le rendant fou, euphorique, complètement dépendant encore une fois.
« Ensemble… » Approuva-t-elle en souriant tendrement.
Sur un dernier baiser papillon volé qui arracha un grognement de frustration et de plaisir à son compagnon, Kate virevolta sur elle–même et gagna d’un pas déterminé la cuisine où elle eut la surprise de découvrir Joan qui terminait de préparer le petit déjeuner qu’elle avait abandonné plus tôt.
« Parfait timing, le petit déjeuner est prêt ! » sourit Joan sans faire de commentaire sur leur absence prolongée.
« Excellent, j’ai une faim de loup ! » constata joyeusement Castle en sautant sur un tabouret avant de commencer à manger voracement pour appuyer ses dires.
Joan et Kate échangèrent un regard rieur avant d’entamer à leur tour leur repas, et bien vite les assiettes furent vidées, et les estomacs pleins.
« Quand pouvons-nous aller chez Smith ? » demanda Castle en finissant son café.
« Le mandat est déjà au 12th. Donc dès que vous êtes prêt messieurs, nous y allons ! » Déclara Kate en lançant un regard à leur tenue respective avant d’ajouter, un sourire dans la voix « A moins que vous ne vouliez y aller sur le champ… »
« Preum’s sous la douche ! » s’écria Joan avant de partir en courant dans les escaliers.
« Ne cours pas dans les marches ! » crièrent-ils d’une seule voix.
Seul un immense éclat de rire leur répondit avant qu’ils n’entendent une porte claquée à l’étage et peu de temps après la douche se mettre en route.
« Il a l’air d’aller mieux ! » remarqua Castle en riant doucement.
« Oui, mais ce ne serait pas la première fois qu’il irait mieux avant que son état ne s’aggrave encore » nota Kate en remettant la cuisine en ordre.
« C’est vrai… » Approuva Castle en fronçant les sourcils avant de souffler longuement « Je vais utiliser ma salle d’eau, nous irons plus vite comme ça »
« Besoin de quelqu’un pour vous frotter le dos ? » lança Kate en dardant sur lui un regard provocateur et terriblement sensuel.
Dans un grondement, Castle l’attrapa par le poignet et l’attira à lui, la plaquant vivement contre son corps. La lueur passionnée qui régnait dans son regard criait à Kate qu’il bouillonnait de désir pour elle et qu’il ne lui fallait pas beaucoup d’encouragement pour se laisser aller à ses envies les plus inavouables. La gorge sèche, Kate se passa une langue gourmande sur ses lèvres alors que son corps s’embrasait au contact de celui de son partenaire.
« C’est la seconde fois que tu me propose de te joindre à moi sous la douche, je vais finir par te prendre au mot et t’y porter… que tu le veuilles ou non, ne prononce pas des paroles que tu ne peux assumer, ma belle ! » Gronda-t-il en la plaquant un peu plus contre lui, ne lui cachant rien de l’effet qu’elle lui faisait.
« J’adorerais ça Castle, mais nous savons tous les deux que nous serions incapable de nous arrêter à cette douche… » Lui fit-elle remarquer en s’arquant contre lui, raffermissant le contact de leur deux bassins.
« Vivement que toute cette histoire soit derrière nous… » Grommela Castle en fermant les yeux avant de les rouvrir vivement alors que le souffle de Kate caressait ses lèvres entrouvertes.
Mais alors qu’ils allaient échanger un nouveau baiser, une porte qui s’ouvrait et claquait au-dessus de l’étage les tira de leur bulle, et ils remirent une distance de sécurité entre eux dans un soupir.
« Il va vraiment falloir que j’ai une discussion avec ce jeune homme à propos de discrétion et de timing… » Marmonna-t-il en levant un regard tueur au plafond.
« A la douche monsieur l’écrivain ! » rigola Kate avant de déposer un baiser sur sa pomme d’Adam et de regagner la cuisine pour terminer de tout remettre en ordre.
Avec un sourire idiot peint sur le visage, Castle disparut dans sa chambre, et une bonne demi-heure plus tard, toute la famille quitta enfin le loft. En chemin, Kate s’assura que les Gars étaient également en route, et elle leur demanda d’envoyer une équipe d’uniformes sécuriser les lieux avant leur arrivée afin de prévenir toute mauvaise surprise.
Chapitre 35 : sointé
Alors qu’ils fonçaient à travers les rues de la ville, un silence ensommeillé s’installa dans la voiture. Après leur nuit écourtée et le petit déjeuner gargantuesque préparé par Kate, Joan n’aurait pas été contre poursuivre sa nuit. Mais il refusait de rater la moindre avancée significative dans cette affaire parce qu’il avait eu le sommeil lourd. Il se devait d’être aux côtés de ses parents, quel que soit l’impact que cela puisse avoir sur sa santé. Il aurait tout le temps de se reposer après toute cette histoire, surtout s’il n’y survivait pas songea-t-il non sans une pointe d’ironie. Refusant de s’apitoyer sur son sort, il repassa dans sa tête tous les éléments en sa possession, espérant trouver la faille, mais sans succès. La brume qui obscurcissait son esprit ne l’aidait pas à se concentrer, et il espérait que cet état de fait n’était dû qu’à sa fatigue. Dans un profond soupir, il laissa le calme de l’habitacle l’envahir et étouffa un bâillement tout en luttant pour garder les yeux ouverts, ce qui amusa beaucoup Castle.
Le jeune homme paraissait aller mieux, mais la fatigue accumulée ces derniers jours, et sa nuit écourtée se rappelaient à lui, et il piquait du nez à l’arrière. Il avait beau lutter, sa tête retombait inéluctablement sur le côté sans qu’il ne s’en rende compte. Son état d’épuisement était tel qu’il se savait incapable de faire autre chose que rester assis dans la voiture, malgré son désir de se tenir près de ses parents lorsqu’ils interrogeraient ce fameux Smith. Etouffant un énième bâillement, il caressa distraitement Caskett qu’il n’avait pu se résoudre à laisser seul au loft. Sa mère avait bien tenté de s’opposer à ce que le chien les accompagne, mais elle avait fini par capituler face à leurs regards implorants. Et à présent, Joan se réjouissait de la présence rassurante de son fidèle compagnon, qui lui servait de couverture chauffante alors qu’il était allongé sur ses jambes. Déjà, lorsqu’il était petit, il aimait lorsque Caskett venait dormir avec lui malgré l’interdiction maternelle.
Avec un sourire nostalgique, il papillonna des yeux pour observer sa mère. Elle aussi avait l’air fatigué, et il se demanda avec inquiétude combien de temps encore elle tiendrait à ce rythme infernal qu’elle s’imposait. Il la savait suffisamment têtue pour ne pas prendre de repos tant que le Dragon représenterait une menace pour eux, et il se sentait coupable de cette inquiétude qui transparaissait dans chacun de ses gestes nerveux. Se passant une main lasse sur le visage, espérant chasser le voile de fatigue qui s’obstinait à recouvrir son esprit, il porta son attention sur son père pour constater qu’il fixait lui aussi la jeune femme, un pli soucieux lui barrant le front. Se sentant observé, Castle détourna la tête et fixa son fils qui lui adressa un sourire fatigué alors que sa bouche s’ouvrait d’elle-même sur un bâillement retentissant. Malgré son amusement, Castle ressentait une vive inquiétude pour son enfant. Il avait beau plaisanter et faire comme si tout allait bien, il savait que l’état de l’adolescent n’allait qu’en empirant.
Kate s’était moquée de lui lorsqu’il avait dit que leur fils s’effaçait, mais il était persuadé d’être dans le vrai, il avait cette intuition qui l’étreignait. Il allait devoir avoir une conversation sérieuse avec l’adolescent pour savoir si en venant faire un tour dans le passé, il avait influé d’une manière ou d’une autre sur sa future naissance. L’avait-il simplement repoussée, ou bien, et c’était là le pire des scénarios possibles, l’avait-il annulée ? Plus le temps passait plus il pensait que si l’état de son fils ne s’améliorait pas, c’était pour une seule et unique raison. Il avait une théorie mais ne pouvait définitivement pas la partager avec sa muse sans se faire descendre sur le champ par cette dernière qui lui reprocherait sans doute de vouloir profiter de la situation. Alors, il se taisait mais angoissait et espérait que l’amour de sa vie comprenne seule l’urgence de la situation et les causes de l’état de leur fils.
Bien entendu, il ne voulait pas forcer les choses et inciter Kate à se donner à lui juste pour concevoir leur fils. Non, il voulait qu’elle fasse tomber ses barrières et le laisse accéder pleinement à son cœur pour une nuit d’amour passionnée parce qu’elle le voulait véritablement. Il voulait qu’elle soit l’instigatrice de ce pas déterminant dans leur relation afin d’être certain qu’il n’y aurait pas de marche arrière, qu’elle sauterait le pas en toute connaissance de cause et qu’elle envisageait leur histoire sur le long terme. Il voulait qu’elle vienne à lui parce qu’elle le désirait, pas par obligation de conception du fils le plus fantastique que la terre ait porté. Depuis quelques temps il avait à nouveau ce sentiment d’espoir vissé au cœur, et il guettait avidement le moindre signe qui lui ferait comprendre qu’elle l’autorisait enfin à se laisser aller, à agir avec elle comme l’’homme amoureux qu’il était, et non plus comme un simple partenaire.
Quand il s’agissait de Kate, il avait toujours été d’une patience exemplaire, ou du moins s’était efforcé de l’être. Il avait accepté d’elle ce qu’il n’aurait accepté de personne d’autre, mais en cet instant, il avait besoin de savoir à quoi s’en tenir. Il devait être absolument certain des sentiments qu’elle nourrissait à son égard, parce qu’il y avait plus dans la balance qu’eux deux cette fois. Joan faisait partie intégrante de leur existence à présent, et il n’envisageait plus une seule seconde que ce jeune garçon si semblable à sa muse ne voie jamais le jour. Il ne le connaissait que depuis quelques jours, et aussi fou que cela puisse paraître, l’aimait déjà tellement, qu’il était hors de question qu’il ne le voie pas grandir et devenir ce merveilleux jeune homme. Il savait que Kate aussi avait craqué pour cet adolescent et qu’elle ne supporterait pas de ne pas en devenir la mère. Cela les démolirait, il en était certain.
Alors il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que cela n’arrive pas, même si au final c’était à Kate de prendre la décision pour eux deux, comme ça avait toujours été le cas. Il s’était préparé à le voir partir mais c’était pour mieux le voir revenir en petit être adorable, qui les empêcherait lui et Kate de dormir durant de longues nuits. Oui, il savait que lorsque Joan partirait, ce ne serait que pour mieux leur revenir, lui donnant l’occasion de voir grandir son bonhomme, de lui apprendre des choses, de l’emmener au parc, voir des films avec lui, le couvrir de baisers et d’amour. Il imaginait déjà se délecter avec sa future femme de le voir devenir un homme. Il n’envisageait définitivement pas de le voir disparaître pour toujours. Il savait que cette épreuve serait insurmontable pour eux, que sa muse se fermerait inéluctablement et qu’ils en viendraient à se quitter comme tous ces couples déchirés par la perte tragique d’un enfant.
Un nouveau bâillement bien moins discret que les précédents le tira de ses pensées, et un sourire étira ses lèvres en voyant Joan frotter ses yeux de ses poings fermés, comme le ferait un tout jeune enfant tentant de lutter contre le sommeil qui l’envahissait.
« Ce soir au lit de bonne heure mon grand ! » le taquina-t-il en se tournant légèrement vers lui.
« Hum ? » marmonna Joan en baillant largement, incapable de réfréner plus longtemps son envie.
Il n’avait même pas compris ce que son père avait dit, comme s’il avait manqué un bout de la conversation. Son esprit était comme déconnecté, et il avait à nouveau l’impression d’être en apesanteur, comme à des centaines d’années-lumière d’ici. Alors que son corps était dans cette voiture son esprit avait déserté depuis un moment déjà.
« Non rien ! » s’amusa Castle avant de se rasseoir correctement pour parler à Kate qui suivait la scène avec amusement et attendrissement « Les Gars nous attendent au 12th ? »
« Oui. Une équipe a déjà été envoyée sur place pour sécuriser les lieux, et deux autres nous attendent pour s’y rendre » approuva Kate en retrouvant son sérieux.
Les choses avançaient et plus elle se rapprochait de son but, plus elle se sentait anxieuse. Tant de choses étaient en jeu dans cette affaire qu’elle sentait l’étau se resserrer inexorablement autour d’elle. Ce n’était pas uniquement sa vie qui se retrouvait dans la balance, mais aussi celle des gens qu’elle aimait.
« Pense à prendre un gilet supplémentaire » lui conseilla-t-il en montrant du pouce leur fils qui suivait silencieusement la discussion à l’arrière, luttant toujours pour garder une attention aussi vive qu’il le pouvait vu son état de fatigue.
« Joan restera dans la voiture avec toi » rétorqua fermement Beckett en jetant un regard dans le rétroviseur pour constater que même s’il semblait un peu plus réveillé, Joan paraissait totalement planer « Tu te sens bien Joan ? » l’interrogea-t-elle en fronçant les sourcils, elle aussi inquiète par la pâleur cadavérique de son fils.
« Je crois que j’ai accumulé trop de fatigue, mais ne t’inquiète pas, c’est juste un coup de barre » déclara-t-il en baillant encore une fois, comme si cela était devenu un tic chez lui.
« Je veux venir avec vous ! » protesta Castle en lui opposant une expression déterminée.
« Quelqu’un doit rester avec Joan » soupira-t-elle même si elle savait qu’elle perdait son temps et que jamais Castle n’accepterait de rester en retrait.
Et alors que le danger planait sur elle plus que jamais il ne la laisserait pas seule. Elle savait pertinemment que quoi qu’elle dise, il viendrait et ce même si elle lui ordonnait de rester dans la voiture. Même si elle le menottait au volant, il trouverait le moyen de la suivre, et de la protéger au péril de sa vie. Et pour être honnête, elle préférait qu’il soit à ses côtés maintenant plutôt qu’il ne se retrouve exposé à un quelconque danger parce qu’il lui aurait désobéi pour la rejoindre.
« Alors demande à un de tes uniformes de rester avec lui, mais moi je viens avec toi et tu sais que quoi qu’il arrive tu ne pourras pas m’en empêcher ! » S’entêta Castle en plongeant son regard dans le sien alors qu’ils arrivaient à un croisement et qu’elle marquait un arrêt pour laisser passer une voiture.
Elle le regarda droit dans les yeux et comprit à ce regard déterminé que quoi qu’il se passe, elle ne le ferait pas changer d’avis. Il était son chevalier en armure, elle trouvait cela parfois ridicule qu’il se prenne pour son prince ainsi mais au final c’était tellement adorable.
« Papa doit t’accompagner Maman. Je vais bien, je vais juste rester dans la voiture et dormir un peu, je me sentirai en pleine forme après ça » assura Joan en se frottant les yeux.
« On aurait dû le laisser au loft, j’aurais pu appeler Alexis pour qu’elle rentre à la maison » soupira Castle, s’en voulant de ne pas y avoir pensé plus tôt.
« En parlant d’Alexis, où est-elle ? » s’étonna Kate peu habituée à voir l’adolescente découcher.
« Elle m’a appelé hier en début de soirée pour me prévenir qu’elle allait passer la soirée avec quelques amies et qu’elle dormirait chez l’une d’entre elles » répondit-il en haussant les épaules pour montrer qu’il n’en savait guère plus.
« Chez quelle amie ? » voulut savoir Joan en sentant le coup fourré venir à 3km alors qu’il savait qu’à cette époque Alexis avait fait la rencontre de son futur mari.
« Jessica » lui révéla Castle avec un petit froncement de sourcils signe qu’il ne connaissait pas l’amie de sa fille.
« Jay tout court ! » marmonna Joan en se mordant les lèvres pour ne pas exploser de rire, alors qu’il connaissait l’identité de l’ami de sa sœur et ce qu’elle faisait avec cette « Jaysica ! »
« Et Martha ? Elle n’est pas rentrée non plus il me semble… » S’enquit Kate en adressant un regard intrigué à Joan ayant aperçu son regard moqueur à l’évocation de l’amie d’Alexis.
Elle avait compris qu’Alexis n’était donc pas avec une fille mais un garçon, et le fait que Joan le souligne devait laisser entendre que ce garçon était important pour l’avenir, il devait être un élément de leur vie future.
« En ce qui concerne Mère il y a longtemps que j’ai appris à ne pas poser de questions, et en général, moins j’en sais, mieux je me porte ! » rétorqua-t-il avec un ton détaché parfaitement étudié.
« Allez papa, on sait bien que tu t’inquiètes autant pour elle que pour Lex ! » assena Joan en étouffant un autre bâillement.
« Ha ! Triple ha ! » S’offusqua Castle avec dédain.
« Allons Castle, il n’y a rien de honteux à admettre que tu aimes avoir ta mère près de toi » se moqua gentiment Kate, même si elle enviait son partenaire.
Elle aurait adoré avoir la chance qu’à nouveau sa mère fasse partie de sa vie, et échangerait volontiers sa place avec lui. Mais d’une certaine façon leur situation était similaire. Elle avait perdu sa mère, et lui n’avait jamais eu la chance de grandir avec l’affection de son père. Non finalement, il était plus à plaindre qu’elle. Elle au moins avait la certitude que sa mère l’avait aimée de tout son cœur, alors que lui n’avait pas eu cette chance, son père ayant quitté sa vie avant même d’en faire partie. Il ne l’avait jamais connu et n’avait pas eu le bonheur de pouvoir grandir avec un père aimant, qui l’amenait au match de baseball qui se rendait à ses tournois de foot, qui venait le border le soir en l’embrassant et en lui disant combien il était fier de son petit garçon. Tout ça il ne l’avait pas eu. Et cela la désolait. Elle savait que malgré tout ce qu’il pouvait prétendre, cette absence avait créé un vide dans sa vie et elle aurait aimé pourvoir le combler.
Elle aurait aimé pouvoir chasser la tristesse qu’il laissait parfois transparaître, mais cela était impossible car elle ne savait pas qui était son père. Plus les années s’écoulaient, plus cet homme tenait du fantôme, à croire qu’il n’avait jamais fait partie de ce monde. Martha avait prétendu ne pas savoir qui il était, mais comment ne pas savoir qui était le père de son enfant ? C’était impossible, elle s’était déjà posée la question sur qui pouvait être le père de son compagnon, qui était-il pour que la mère de celui-ci lui cache son identité ? Kate aurait elle aussi aimé le savoir pour lui mais c’était impossible. Alors elle se disait qu’elle ferait tout pour compenser cette absence par son amour. Elle lui offrirait la famille dont il avait si cruellement manqué, et un jour viendrait où les fantômes du passé les laisseraient en paix.
« Pff… Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! » Grommela-t-il en croisant ses bras sur sa poitrine dans un geste boudeur avant de marmonner pour ne pas être entendu des autres occupants de la voiture « au moins tant qu’elle n’est pas là, j’ai une empêcheuse de tourner en rond en moins sur le dos ! »
Sur ces paroles, le silence s’installa de nouveau alors que la voiture filait à travers les rues désertes de la ville, pour le plus grand plaisir de Kate qui adorait ces moments où elle avait l’impression d’être la seule habitante de cette ville en perpétuel mouvement. Et cela lui donnait le temps de mettre ses pensées en ordre. Elle avait la sensation de se trouver au bord d’un précipice si profond qu’elle n’en apercevait pas le fond, et qu’il ne s’en fallait que d’un cheveu pour qu’elle bascule. C’était une sensation effrayante, mais malgré tout, elle avait l’impression que pour la première fois depuis le jour où elle flirtait avec cette chute, elle avait enfin une raison de lutter contre la force d’attraction qui l’attirait vers le bas. Elle avait enfin la sensation que si elle tournait le dos à cet abîme, elle aurait quelque chose à quoi se raccrocher, l’aidant à s’éloigner du bord et à rester définitivement en sécurité.
Et ce roc n’était autre que son écrivain. Depuis qu’il avait fait irruption dans son existence, il avait remis son monde à l’endroit, lui insufflant la force nécessaire pour reprendre sa vie en main et aller de l’avant. Grâce à lui, elle avait à nouveau entraperçu l’arc-en-ciel derrière les nuages de son existence, et elle refusait de perdre tout cela. Or si elle voulait conserver le phare qui illuminait son existence, elle allait devoir faire définitivement échec et mat au Dragon. Elle allait découvrir qui il était, et le réduire à néant. Elle userait de toutes les cartes qu’elle avait en mains pour cela, et avant qu’il n’ait compris ce qui lui arrivait, elle lui porterait l’estocade fatale. L’affrontement final était imminent et c’était une bataille qu’elle ne comptait pas perdre. Elle se moquait d’y laisser des plumes, cela faisait plus de dix ans qu’elle s’y préparait, mais elle ne laisserait pas Castle être blessé, pas cette fois, pas pour cette raison.
Arrivée au 12th, elle bipa les Gars qui les rejoignirent quelques minutes plus tard, et ils repartirent aussitôt en direction du centre-ville. Son instinct lui soufflait qu’elle n’avait plus une minute à perdre, et cette sensation que le temps lui était compté se faisait plus pressante que jamais. Comme pour lutter contre l’inéluctabilité de ce constat, elle accéléra, et la voiture bondit en avant, faisant grimacer Castle qui pourtant était habitué à la conduite sportive de sa partenaire. Cependant il ne fit aucun commentaire, comme si lui aussi avait conscience qu’ils étaient engagés dans une course contre la montre. Heureusement à cette heure matinale, la circulation était assez fluide et ils n’eurent aucune difficulté à rallier leur destination. Alors qu’ils approchaient de l’immeuble de Smith, Kate fit le vide dans son esprit, se concentrant sur la descente à venir. C’était plus que jamais le moment de rester sur ses gardes et de ne négliger aucun détail, car cela pourrait faire la différence entre la vie et la mort.
Sur cette pensée, elle se gara au pied de l’immeuble de ce mystérieux Mr Smith qui en agissant dans l’ombre avait veillé sur elle sans qu’elle le sache, de la même façon que le capitaine Montgomery l’avait fait avant lui, comme l’avait aussi fait Castle, risquant sa vie pour elle, comme toujours. Tout ce qu’elle espérait, c’est que cet homme ne connaîtrait pas le même sort que le défunt capitaine et surtout Castle car tous ceux qui avaient voulu la protéger étaient morts ! Prenant quelques minutes pour faire le vide dans son esprit afin d’être totalement concentrée, elle ferma les yeux et prit une profonde inspiration avant de sortir enfin de la voiture. Tournant la tête en entendant une portière s’ouvrir, elle avisa son partenaire qui sortait à son tour et dans un soupir résigné, elle reporta son attention sur Joan, prête à devoir lui rappeler qu’il ne devait pas bouger de la voiture lorsqu’elle constata que ce dernier dormait paisiblement sur la banquette arrière.
Un sourire attendri étira ses lèvres lorsqu’elle vit son partenaire ouvrir la portière et se pencher sur l’adolescent pour l’allonger afin qu’il dorme dans les meilleures conditions avant de le recouvrir du plaid posé sur la plage arrière. Avec amusement, elle vit Caskett se glisser sous le plaid, se collant à Joan qui entoura le cou de son chien de son bras, enfouissant son nez dans sa fourrure soyeuse. Elle vit son écrivain regarder le spectacle avec un sourire d’adoration puis après avoir caressé la joue de son fils, il se redressa l’air neutre et déterminé.
« Quand on le voit agir avec ce gosse on a vraiment l’impression que c’est son père » retentit la voix d’Esposito derrière son dos.
« C’est parce qu’il l’est » répondit-elle distraitement sans lâcher Castle du regard, les yeux brillants d’adoration en cet instant pour son romancier.
« Je croyais que c’était son cousin ? » s’étonna le latino en fronçant les sourcils, perplexe.
A ces mots Beckett écarquilla les yeux et se mordit la lèvre pestant contre son manque de vigilance. Décidément cet homme lui retournait complètement le cerveau.
« Ce que je veux dire c’est que Castle a quasiment élevé Joan. Il a été comme un père pour lui » s’empressa-t-elle de clarifier priant pour que son coéquipier ne pousse pas l’interrogatoire plus loin.
Espo était un bon flic, et si elle ne faisait pas attention, elle savait qu’il risquait fort de flairer quelque chose et de poser les questions qui parviendraient à la déstabiliser et à lui faire dire ce qu’il ne fallait pas. Et nul doute qu’au lieu d’aller confronter Smith et obtenir les réponses à ses questions, Castle et elle iraient faire un petit coucou aux hommes en blanc, et pas pour une visite de courtoisie.
Bonsoir à tous.
L'auteur de fanfic n'a pas poursuivi cette histoire et malheureusement pour nous , elle est classée dans les fanfic inachevés.
Pour ceux qui souhaitent la suite, envoyer un message en MP à Billy et elle se fera un plaisir de vous envoyer le lien du reste et surtout de la fin de cette histoire.
Bonne lecture à tous.