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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 16.11.2012 à 20h55
Auteur : Lilou004
Statut : Abandonnée
« Histoire AU (Alternative Universe). Kate a 19 ans, Richard 28 et Alexis 5. Ils se rencontrent par hasard quelques mois après le décès de Johanna. Ensemble, ils vont se reconstruire petit à petit… » Lilou004
Cette fanfic compte déjà 43 paragraphes
Chapitre 11 : SMS
Le lendemain matin, alors que Beckett avait du mal à se lever étant rentrée fort tard, elle entendit son téléphone sonner, signalant l’arrivée d’un message. En grognant, elle l’attrapa l’engin et ne put empêcher un sourire d’étirer ses lèvres.
« Bon courage pour aujourd’hui après une si courte nuit. Alexis est en pleine forme, moi beaucoup moins ! Quand je pense que vous allez travailler… Faites attention à vous. RC »
Avec un sourire espiègle, elle composa rapidement sa réponse avant de se lever pour aller se préparer.
« Vous savez Castle, vous n’êtes pas obligé de signer tous vos massages puisque j’ai enregistré votre numéro. »
La jeune femme entendit son téléphone biper à nouveau et éclata de rire devant la réponse candide et enfantine de l’écrivain.
« Vraiment ? »
La jeune femme répondit en roulant des yeux mais avec cependant un sourire satisfait.
« Dans vos rêves Castle ! »
Ce n’est qu’une heure plus tard, en quittant son appartement, qu’elle se rendit compte que l’écrivain lui avait envoyé une réponse.
« C’est toujours bien de rêver ! »
Ne sachant pas trop comment et quoi répondre, elle ne répondit rien mais passa la journée à se demander si elle l’avait vexé… N’en pouvant plus de cette attente interminable et après avoir rangé les cadavres de son père, elle ouvrit son téléphone dans le secret de sa chambre. Pendant de longues minutes, elle hésita sur le contenu. Elle commença, effaça, recommença jusqu’à ce qu’elle se décide pour quelque chose de simple.
« Votre journée a été bonne ? Et comment va Alexis ? »
La réponse de Castle ne se fit pas attendre et redonna le sourire à la jeune femme.
« Très bonne merci. Je me bats contre un chapitre dont je n’arrive pas à écrire la fin. Alexis m’a épuisé aujourd’hui avec ses questions sans fin mais là elle s’est endormie devant la télévision. C’était Mulan pourtant ! Et vous ? Vous avez mangé ? »
La jeune femme regarda ce qu’elle s’était préparée pour diner et soupira. Si elle lui disait qu’elle avait prévu un yaourt et deux biscottes, elle était convaincue qu’il trouverait un moyen de trouver son adresse et de débarquer chez elle avec le plat à emporter issu d’un grand restaurant.
« Je n’ai plus l’âge de votre fille Castle ! Je sais prendre soin de moi ! Par contre, ce serait bien que vous finissiez votre chapitre, je ne voudrai pas à avoir à attendre plus longtemps que nécessaire pour lire votre prochain ouvrage. »
La jeune femme cliqua sur envoyer avant de se rentre compte de ce qu’elle venait de lui dire.
-« Eh merde ! Bien joué Beckett ! » grogna la jeune femme avant d’entendre son téléphone sonner.
« Vous êtes fan ? »
De rage et de frustration, elle jeta son téléphone sur son lit et décida de l’ignorer jusqu’à nouvel ordre. Elle passa sa soirée au calme et décida de prendre un bain. Elle s’enferma dans sa salle de bain, alluma une multitude de bougies puis se glissa avec délice dans l’eau chaude moussante. Avec un sourire, elle attrapa son livre et reprit sa lecture là où elle l’avait abandonnée. Une fois détendue, elle sortit de la baignoire, rangea ses affaires, se coucha dans son lit et s’endormit rapidement malgré les chansons grivoises de son père ivre. Elle ne reprit son portable que le lendemain matin pour découvrir deux messages de Castle. Le premier datait de la veille au soir, quelques heures après celui qu’elle avait laissé sans réponse.
« Chapitre terminé ! Ne vous en faites pas Kate, vous aurez bientôt un nouvel ouvrage à lire normalement… En attendant dormez bien. »
Beckett fut touchée par la sollicitude de l’écrivain alors qu’elle l’avait royalement ignorée suite à son lapsus. Le second message venait d’arriver. Comme la veille, il lui souhaitait le bonjour au travers de sa fille.
« Bonjour Kate ! Papa ve pa ke je t’appel alor j’ai pri le telephone. Tu va bien ? Tu me manke. Bisous. Alexis. »
La jeune femme sourit avant de répondre rapidement alors que son père arrivait dans la cuisine.
« Bonjour à vous aussi Castle. Alors on utilise sa charmante fille pour m’atteindre ? »
-« Bonjour Kate, » fit Jim la bouche encore pâteuse. « Qui est ce mystérieux correspondant qui te donne le sourire ? »
-« Bonjour à toi aussi Papa. Ca faisait un moment que je ne t’avais pas vu à une heure aussi matinale… »
-« Katherine… » fit l’homme sur le ton du reproche.
-« Papa, ne commence pas s’il te plait. Je n’ai pas envie de me disputer avec toi dès le matin. D’autant que, si je ne pars pas bientôt, je vais être en retard. »
Sans plus attendre, Beckett se leva, récupéra ses affaires et disparut dans la rue, préférant couper court à cette conversation sachant qu’elle ne parviendrait pas à garder son sang-froid. Elle continua à échanger des messages avec Castle jusqu’à ce qu’elle arrive au poste avant qu’elle ne se sente obligée d’y mettre fin. La journée passa à une vitesse folle et, avant qu’elle ne s’en rende compte, elle était de retour chez elle pour découvrir le capharnaüm que son père avait laissé dans la maison. En soupirant, elle s’attela à sa tâche devenue quotidienne avant de s’enfermer dans sa chambre. Une fois assise sur son lit, elle sortit son téléphone et délibéra pendant un moment avant d’envoyer un message à Castle.
« J’espère que votre journée à Alexis et vous s’est bien passée. Avez-vous mangé ? »
La réponse ne tarda pas à arriver et un immense sourire illumina le visage de la jeune femme. Ces échanges de message avec l’écrivain étaient sa bouffée d’oxygène.
« La journée s’est très bien passée merci. Et pour vous ? En ce qui concerne les repas, dois-je vous rappeler que j’ai une fille moi pour me rappeler qu’il est l’heure de remplir son petit ventre ! Avez-vous rempli votre ventre vous ? »
Devant la formulation de la demande, la jeune femme explosa de rire et ne put s’empêcher de le taquiner.
« Remplir mon ventre ? Et vous vous dites écrivain ? LOL ! Plus sérieusement, oui, j’ai mangé. »
Sans attendre une quelconque réponse, Beckett partit prendre une douche. A peine en fut-elle sortie qu’elle eut la surprise d’entendre son portable sonner. Elle décrocha sans prendre le temps de vérifier l’identité de l’appelant.
-« Allo ? »
-« Kate ? » fit timidement la petite voix d’Alexis.
Le cœur de Beckett manqua un battement en reconnaissant sa jeune interlocutrice. La joie et le bonheur l’envahirent et un immense sourire fendit son visage, faisant même monter quelques larmes jusqu’à ses yeux.
-« Hey ma Puce ! Ca va ? » répondit la jeune femme d’une voix gagnée par l’émotion.
-« Oui. Je voulais juste te dire bonne nuit et, comme Papa il avait peur que tu dises encore qu’il m’utilisait, et ben on a appelé ! »
-« C’est adorable… » fondit Beckett. « Alors, prête à rejoindre le pays des rêves ? »
-« Oui, » répondit en bâillant la fillette. « Papa m’a racontée mon histoire du soir et bordée. Reste plus que le gros bisou. »
-« Alors je te souhaite un très bonne nuit pleine de jolies rêves ma Puce. »
-« Merci Kate, toi aussi. Mais tu sais, je préfère quand tu es là avec Papa pour chasser les monstres et me faire un bisou pour de vrai… »
-« Oh… Alexis… » répondit faiblement Beckett. « En attendant, je t’envoie tout plein de gros bisous. Bonne nuit ma Puce. »
-« Bonne nuit Kate. Je t’aime, » fit l’enfant avant de s’adresser à son père. « Tiens Papa et merci de m’avoir laissé lui parler. »
Au travers du téléphone, la jeune femme assista à la fin du rituel du coucher de l’écrivain et de sa fille avec une certaine nostalgie et une certaine envie aussi, envie qu’elle enfouit au plus profond d’elle-même en se fustigeant intérieurement. Elle n’avait que dix-neuf ans et une situation personnelle plus que compliquée ! Ce n’était vraiment pas le moment d’avoir envie de jouer à la maman, même pour une petite fille aussi charmante qu’Alexis Castle !
-« Vous êtes toujours là ? Kate ? »
-« Oui ! Je suis toujours là. Excusez-moi, je réfléchissais. »
-« Il n’y a pas de mal. Je voulais m’excuser pour cet appel mais Alexis voulait vraiment vous parler… »
-« Ne vous excusez pas. Votre fille est adorable et j’étais contente de lui parler. »
Sans même s’en rendre compte, ils discutèrent pendant près de deux heures avant que Beckett ne prenne conscience de l’heure.
-« Castle, je crois que je ferai mieux de me coucher si je veux être en forme demain au travail… »
-« Vous avez raison. Bonne nuit Kate. »
-« Bonne nuit Castle. Prenez soin de vous et de votre adorable fille. »
-« Et vous de vous. Je vous embrasse. A demain ? »
-« A demain. »
A partir de ce jour-là, une véritable routine se mit en place entre Beckett et les Castle. Le matin, l’écrivain lui envoyait un premier message pour lui souhaiter le bonjour et s’en suivait un échange dans lequel Alexis prenait part avec ses petits messages tout plein de fautes mais tellement charmant. Ils ne s’arrêtaient qu’une fois la jeune femme au poste et en service. Le soir, c’était Beckett qui lançait les hostilités une fois seule dans sa chambre et, de plus en plus, leurs échanges se terminaient par un appel de Castle. Ce dernier commençait par le bisou du soir à Alexis et se terminait par une longue discussion sur toutes sortes de sujet entre les deux adultes. Ce ne fut qu’au bout d’une semaine que lors d’une de leur conversation téléphonique qu’Alexis osa demander d’une toute petite voix ce qui lui pesait sur le cœur depuis quelques jours.
-« Dis Kate, quand est-ce qu’on te reverra pour de vrai à la maison ? »
-« Euh… »
-« Pumpkin, laisse un peu Kate avec ça. Je te l’ai déjà dit à plusieurs reprises… Ce n’est pas comme si elle… »
-« Mais elle me manque Papa ! J’aime pas le téléphone. Je préfère les câlins moi, » expliqua Alexis d’une petite voix. « Et j’ai très très envie d’un câlin de Kate moi… »
Le cœur de la jeune femme se serra pour cette enfant en manque de présence féminine.
-« On… On pourrait essayer de trouver une solution alors ? » proposa Beckett se surprenant elle-même.
-« Vraiment ? »
-« Je ne fais jamais de promesses si je sais que je ne tiendrai pas mon engagement Castle. Maintenant ma Puce, je crois qu’il serait temps que tu dormes. Ton Papa et moi allons voir ce qu’il est possible de faire, d’accord ? »
-« Oui Kate. Bonne nuit. Je t’aime. »
Chapitre 12 : Une journée ensemble
Le grand jour eut lieu quatre jours plus tard. Beckett et Castle avaient décidé d’en dire le moins possible à Alexis au cas où le jour de repos de la jeune femme ne bouge au dernier moment. Le fillette fut donc toute surprise et ne put cacher sa joie quand elle découvrit la jeune femme assise sur le banc sur lequel son père avait l’habitude de s’assoir pendant qu’elle jouait dans l’aire de jeux du parc.
-« Kate ! Kate ! Tu es là ! » s’écria la rouquine en s’élançant vers elle avant de se jeter dans les bras de son ainée.
-« Et oui ma Puce, surprise ! »
-« Mais comment ? Tu travailles pas aujourd’hui ? »
-« Tu sais, même les policiers ont le droit à des jours de repos, » sourit la jeune femme. « Et aujourd’hui c’est mon jour de repos. »
-« Oh… Oui, bien sûr… Mais… Si tu es là, est-ce que ça veut dire que tu vas passer la journée avec Papa et moi ? Toute la journée ? »
-« Tu as tout compris Pumpkin, » intervint Castle en ébouriffant les cheveux de sa fille.
-« Papa ! Tu vas toute me décoiffer ! » le gronda Alexis en s’écartant pour se réfugier auprès de Beckett. « En tout cas, c’est trop génial ! On va faire quoi alors ? »
-« Eh bien, je te propose qu’on commence par partager le petit déjeuner qui se trouve dans ce grand sac puis que dirais-tu de jouer un peu dans cette aire de jeux que tu adores ? »
-« Vraiment ? »
-« Oui vraiment ! J’espère que tu as faim car je suis passée chez Ceci-Cela sur Spring Steet ! »
-« Vraiment ? Trop cool ! C’est ma boulangerie préférée ! Tu as pris des pains au chocolat ? Et des brioches ? Et des croissants aussi ? »
-« Oui, oui et encore oui, » sourit Beckett.
-« Mais comment tu as su ? » demanda la fillette en ouvrant de grands yeux pétillants de joie et de gourmandise.
-« C’est mon petit doigts qui m’a renseigné, » souffla la jeune femme en regardant Castle droit dans les yeux.
Beckett aida Alexis à s’assoir à côté d’elle et l’écrivain s’assit de l’autre côté de la petite fille. La jeune femme sortit alors un premier gobelet de son sac qu’elle tendit à la plus jeune des Castle.
-« Et voilà un chocolat chaud avec supplément de chocolat pour une petite gourmande ! » fit la brunette en faisant un clin d’œil à la fillette avant de sortir un nouveau gobelet, plus grand celui-là. « Et voici un café pour vous Castle. »
-« Merci Kate. Avez-vous besoin d’aide ? »
-« Non, merci. Ca ira. Ne vous en faites pas, » sourit Beckett en sortant les sachets de pâtisseries. «Et voici de quoi remplir nos ventres pour reprendre l’expression de ton père ! »
Beckett observa avec tendresse et affection Alexis engloutir goulument une première brioche avant de lever ses yeux vers sa grande amie.
-« Chest cro bon ! »
-« Lex, on ne parle pas la bouche pleine. »
-« Pardon Papa, mais c’est trop bon ! » insista la fillette après avoir dégluti.
La remarque de la fillette fit éclater de rire la jeune femme et l’écrivain resta sous le charme du moment, la fixant avec un regard rêveur. Une fois le petit déjeuner terminé, le couple observa la fillette jouer pendant un long moment tout en discutant à bâton rompu. Soudain, alors qu’ils étaient perdis dans une conversation silencieuse, Castle et Beckett furent interrompus par un cri d’Alexis. Se tournant, ils découvrirent la fillette assise sur le sol devant la balançoire et se tenant la jambe en pleurant doucement. Avant même que l’écrivain n’ait eu le temps d’esquisser le moindre geste, la jeune femme s’était déjà précipitée aux côtés de l’enfant.
-« Hey… Dis-moi où tu as mal ma Puce. »
-« La… La-la jambe ! » hoqueta Alexis. « Papa, il… Il va me… Me disputer… »
-« Et pourquoi donc Pumpkin ? » s’enquit Castle.
-« Parce que… Parce que je t’ai… Désobéi. J’ai vou-voulu… Sauter de… la b-balançoire. Mais tu… Tu me l’avais… Interdit et… J-je l’ai fait… Quand même. »
-« Je ne te l’ai jamais interdit Alexis. Je t’ai juste dit que faire attention mais les accidents ça arrive, » expliqua l’écrivain en souriant, la rassurant en passant une main sur sa joue. « Tu as mal à quel point ? »
-« Beaucoup beaucoup Papa… » pleura l’enfant avant de se tourner vers Beckett. « Je peux avoir un câlin ? »
-« Oh bien sûr ma Puce ! » répondit la jeune femme en s’approchant doucement pour prendre Alexis dans ses bras sans pour autant l’obliger à bouger sa jambe qui enflait déjà grandement.
-« Pumpkin, je vais regarder ta jambe mais ça risque de faire un peu mal, d’accord ? » avertit la jeune homme avec un sourire désolé.
-« D-d’accord, » répondit bravement la fillette.
-« Si tu as trop mal, n’hésite pas à me serrer fort la main, » dit Beckett en prenant sa main dans la sienne.
A peine Castle eut-il commencé à relever le pantalon de sa fille que cette dernière se mordit forcement la lèvre inférieure et que ses yeux se remplirent de larmes.
-« Euh… Castle, je pense qu’il serait plus judicieux d’aller aux urgences les plus proches vu comment Alexis me broie la main. »
-« Oh ! Oui ! L’hôpital ! Euh… Mais on y va comment ? Alexis et moi sommes venus à pied, et vous ? »
-« Alors allez arrêter un taxi ! Je m’occupe d’Alexis, » dit fermement Beckett en prenant le contrôle de la situation. « Ma Puce, je vais te prendre dans mes bras mais ça risque de te faire mal à la jambe. Je vais le faire le plus doucement possible mais, malheureusement, je ne peux rien te promettre. Tu as compris ? »
-« Oui, » répondit vaillamment la fillette en enroulant le cou de son ainée de ses deux bras en enfouissant son visage dans l’espace créé.
-« Très bien alors allons-y ! Et si tu as besoin de pleurer ou de me serrer fort, n’hésite surtout pas. »
Alors que Castle récupérait leurs affaires, Beckett se releva avec mille précautions et, ensemble, ils se dirigèrent vers la sortie du parc et arrivèrent rapidement à au service des urgences du NewYork Presbyterian Morgan Stanley Children's Hospital. Ils patientaient tous les trois dans la salle d’attente, Alexis blottie dans les bras de la jeune femme tandis que l’écrivain ne cessait de bouger nerveusement sa jambe.
-« Calmez-vous Castle. Ca ne servira à rien que vous fassiez les cent pas, » dit calmement Beckett en posant instinctivement une main réconfortante sur la cuisse de l’écrivain.
Castle posa son regard sur la main de la jeune femme sur sa cuisse et la brunette suivit son regard. Il sut à l’instant même où elle se rendit compte de son geste car elle la retira brusquement en marmonnant des excuses incohérentes.
-« Alexis Castle, » appela une voix féminine.
-« Enfin… » marmonna Castle en se levant avant de se tourner ne voyant pas Beckett suivre. « Et bien, vous venez ? »
-« C’est que… » commença la jeune femme mal à l’aise.
-« Je veux que tu restes avec moi Kate, s’il te plait… » supplia Alexis avec des larmes aux yeux.
-« Vous savez, vous pouvez l’accompagner tous les deux, » intervint la métisse qui les avait appelé. « Une petite fille a besoin de son Papa et de sa Maman. »
-« Euh… Je… Je ne suis pas sa Maman, » balbutia l’officier en rougissant.
-« Oh, pardon. Excusez-moi, je croyais en vous voyant tous les trois… Je me présente Lanie Parish, une des infirmières des urgences. »
-« Et il est où le médecin ? » demanda Castle impatient et inquiet. « Non parce que ma fille souffre et vous nous faites pat… »
-« Castle ! Ce n’est pas le moment ! » intervint Beckett en passant devant lui, Alexis toujours dans ses bras.
-« Si ça peut vous rassurer, je suis également en deuxième année de médecine. »
Se ressaisissant, Castle suivit les trois femmes jusque dans la salle d’examen où Beckett installa Alexis sur le brancard. La fillette refusa de lâcher la main de son ainée aussi cette dernière resta à côté d’elle, lui passant doucement sa main libre dans ses cheveux.
-« Alors jeune fille, et si tu me racontais ce qui t’est arrivé et où tu as mal, » proposa Lanie avec un doux sourire.
Alexis jeta un regard incertain et plein de culpabilité à son père qui s’approcha d’elle du côté opposé à Beckett et lui prit tendrement la main.
-« Pumpkin, je t’ai déjà dit que c’était un accident. Ca aurait pu arriver à n’importe qui. Maintenant, réponds à l’infirmière qu’elle puisse te soigner et te soulager rapidement. »
-« J’ai… J’ai pas écouté Papa et j’ai voulu sauter de la balançoire, » expliqua timidement la fillette. « Et quand je suis tombée, j’ai eu très très mal à la jambe. »
-« Et tu as toujours mal ? »
-« C’est moins fort si on la touche pas mais beaucoup quand même… »
-« D’accord. Ecoute-moi bien, je vais devoir t’enlever ton pantalon et… »
-« Non ! » coupa brusquement Alexis les larmes aux yeux en s’agrippant fortement aux mains des deux adultes qui l’entouraient.
-« Lorsque j’ai voulu regarder sa jambe tout à l’heure, » intervint Castle devant l’incompréhension de la jeune infirmière. « Elle a eu tellement mal que j’ai préféré arrêter. »
-« Alors je ne vois qu’une solution Chérie, il va falloir que je coupe ton beau pantalon. C’est le seul moyen pour que tu n’aies pas trop mal… »
Aussitôt dit, aussitôt fait et, comme Alexis se retrouva dans une blouse d’hôpital en route pour la radio. Castle et Beckett l’accompagnaient mais, une fois que le manipulateur de la radio leur eut demandé d’attendre dans la salle d’attente, la fillette se mit à pleurer à chaudes larmes.
-« Je veux pas aller seule ! Je veux Papa et Kate ! » appelait la fillette déchirant les cœurs de l’écrivain, de l’officier mais aussi de l’infirmière.
-« Je te propose un marché Chérie. Je viens avec toi, je te tiens la main et, tout de suite après, je te ramène auprès de ton Papa et de son amie. D’accord ? »
-« Mais pourquoi toi tu peux venir et pas eux ? » pleurnicha la fillette.
-« Je suis désolée ma Chérie mais c’est la même chose pour tout le monde… Le directeur ne veut pas que les familles entre dans les salles de radiologie et, si on le fait, on va se faire disputer… »
-« C’est pas juste… »
-« Ma Puce, elle est infirmière et pas nous, » intervint Beckett alors qu’elle était consciente que Castle ne pouvait articuler le moindre mot devant les larmes et la détresse évidente de sa fille. « Elle pourra aider les manipulateurs et faire en sorte que tu n’aies pas trop mal. Je te promets qu’on sera là, juste derrière la porte, tout le temps. »
Alexis jeta un regard à son père qui acquiesça avant de glisser sa petite main dans celle de Lanie. A peine la porte de la salle de radiologie refermée sur la petite que l’écrivain se décomposa avant de se laisser glisser le long du mur. Touchée par sa profonde détresse, la jeune femme s’agenouilla devant lui et posa ses deux mains sur ses genoux dans un geste de réconfort.
-« Castle, même si la jambe d’Alexis est cassée, elle est jeune et ça va vite se remettre. Ne vous en faites pas… »
-« Mais c’est mon bébé qui est à l’hôpital, mon bébé Kate ! »
-« Je sais que c’est dur mais, mis à part sa jambe, elle va bien… Comme vous l’avez dit, ce n’est qu’un accident… » la rassura la jeune femme tant bien que mal, faisant taire ses propres craintes. « Maintenant, ressaisissez-vous sinon vous allez faire peur à votre fille. »
Beckett se releva et tendit sa main pour l’aider à se redresser à son tour. Après s’être passé la main sur le visage, l’écrivain l’accepta avec reconnaissance. Juste au moment où il se tenait debout, la porte s’ouvrit sur Alexis dont le brancard était poussé par Lanie. Comme pris en faute, les deux adultes se lâchèrent brusquement la main et une fine rougeur colora les joues de la jeune femme.
-« Je pense que nous avons la réponse aux raisons de sa douleur… »
A l'annonce de Lanie, Castle se tendit immédiatement en serrant ses poings tellement son angoisse était forte. Il avait si peur pour son bébé qu’il ne parvenait plus à cacher son inquiétude…
Chapitre 13 : L’opération
-« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? » s’inquiéta immédiatement Castle.
-« Retournons dans la salle d’examen que je vous explique tout au calme, d’accord ? » proposa Lanie avec un gentil sourire laissant ainsi le temps à l’écrivain de se ressaisir un minimum. « En route jeune fille ! »
Alors que Lanie ouvrait la voie vers la salle d’examen, Beckett retint un instant l’écrivain par le bras et se mit face à lui, le regardant les yeux dans les yeux et ses deux mains serrant les épaules de l’écrivain.
-« Castle, il va falloir que vous vous ressaisissiez parce qu’Alexis va tout de suite sentir comme vous êtes stressé et angoissé pour elle. C’est une petite fille très vive et il faut la rassurer alors essayez de donner le change. S’il vous plait. »
Quand elle comprit qu’elle l’avait convaincu, elle le lâcha et suivit le brancard.
-« Vous venez Castle ? »
Sans un mot, le jeune homme lui emboita le pas et s’installa à ses côtés dans la salle d’examen pour écouter ce que Lanie avait à lui, à leur dire.
-« Il va falloir attendre le passage du médecin orthopédiste mais j’ai vu la radio et je peux vous dire que c’est une belle double fracture avec un léger déplacement je dirai… »
-« Et comment vous pouvez savoir tout ça, » fit brusquement Castle sceptique.
-« Je viens de terminer l’U.E. d’orthopédie sur les fractures des membres et leur traitement. »
-« Oh… Excusez-moi. Je ne voulais pas me montrer agressif avec vous… »
-« Vous êtes juste un Papa inquiet, » sourit Lanie. « Si vous me le permettez, je vais profiter de l’attente pour préparer cette jeune demoiselle. »
-« La préparer ? Pour la plâtrer après le passage du médecin ? » s’enquit Beckett.
-« Je pense plus pour le bloc malheureusement ? Il faut impérativement réduire sa fracture… »
Tout comme Castle, la jeune femme pâlit à l’évocation d’une opération. Elle ne connaissait pas cette petite fille depuis bien longtemps mais elle était devenue, avec son père et sa grand-mère, sa bouée de secours, son rock sur lequel s’appuyer les jours les plus sombres. Et maintenant, cette petite puce de cinq ans, espiègle et pleine de vie allait être endormie pour permettre à des médecins de lui réparer sa jambe… Ce fut comme si une pierre était venue alourdir son estomac mais elle mit en place un masque de sérénité afin de ne pas perturber Alexis et d’être forte pour Castle qui accusait le coup également. Après tout, c’était de la chair de sa chair dont il était question.
-« Pourriez-vous me dire à quelle heure elle a mangé pour la dernière fois ? »
-« Euh… » réfléchit l’écrivain alors qu’il observait la brunette aider sa fille à se déshabiller tout en la rassurant avec des mots et des gestes tendres. « Je dirais il y a environ une heure, une heure et demie… Pas plus malheureusement. »
-« Ne vous en faites pas, ça ira. Mais à partir de maintenant, Alexis, tu n’as plus le droit ni de manger ni de boire, d’accord ? »
-« Oui Madame, » acquiesça la fillette en enfilant la blouse d’hôpital.
-« Appelle-moi Lanie, d’accord ? »
-« Dis… » fit la petite fille inquiète en attrapant le blouse de l’infirmière. « Pourquoi ? J’ai fait quelque chose de pas bien ? Je veux pas rester ici… Pas sans Papa et Kate… »
-« Oh Chérie, il ne faut pas que tu t’inquiètes, » fit tendrement la métisse avant de partir pour revenir avec une petite mallette pour en sortir un dessin de squelette humain. « Laisse-moi t’expliquer, tu veux bien ? »
Alors que Castle en profitait pour s’assoir sur le brancard pour prendre sa fille dans ses bras et qu’Alexis attrapait la main de Kate dans la sienne pour la serrer très fort, un homme imposant entra dans la salle d’examen après s’être annoncé. Voyant la scène qui se déroulait sous ses yeux, il resta de côté et observa les radios d’un œil attentif tout en écoutant ce qui se disait.
-« Quand tu as sauté de la balançoire, tu es tombée et tu t’es fait très mal à la jambe, on est d’accord ? » récapitula Lanie avant de récolter un vigoureux hochement de tête.
-« Oui et ça fait toujours beaucoup mal. »
-« On est bien d’accord et c’est normal car, tu vois, dans ta jambe, il y a deux os comme ceux-là, » expliqua la jeune femme en montrant le dessin. « Et dans ta jambe à toi, ils sont tous les deux cassés. »
-« Mais tu sais les réparer, hein ? » s’inquiéta la fillette les larmes aux yeux.
La peur qui l’avait envahie depuis qu’elle était tombée ne cessait de grandir en elle et elle se blottissait aussi profondément que possible dans les bras de son père, refusant de lâcher la main de sa grande amie. Leur présence la sécurisait et elle était presque heureuse que ce soit arrivé un jour ou Beckett était avec eux.
-« Bien sûr ma Puce que les médecins savent réparer les os cassés, » intervint la brunette malgré la boule qui s’était installée dans sa gorge en déposant un tendre baiser dans ses cheveux.
Quant à Castle, il préféra laisser la jeune fille gérer la situation, et lui en était reconnaissant. Il était empêtré dans ses propres sentiments, et se sentait incapable de prononcer des mots apaisant à sa fille.
-« Cette charmante jeune femme a raison Chérie. Nous savons réparer les os cassés mais, dans ton cas, tes os ne sont pas juste cassés, ils se sont aussi légèrement déplacés. »
-« Comment ça ? » s’inquiéta l’enfant une peu plus en levant des yeux perdus et angoissés vers Beckett.
Lanie fit une petite entaille dans le papier au milieu de la jambe de son bonhomme en papier avant de se retourner vers Alexis pour capter son attention. Une fois les prunelles bleues pleines d’intelligence ancrées dans celles noires de la métisse, cette dernière continua ses explications.
-« Comme sur cette feuille, tes os sont cassés mais, quand tu es tombée, l’alignement a bougé. Comme ça, » dit Lanie en décalant légèrement les bords du trou dans la feuille. « Et si on ne les remet pas comme il faut, tu risques d’avoir des problèmes plus tard. C’est pour ça que je t’ai demandé de ne plus manger ni boire et qu’on t’a mis cette blouse au lieu de tes habits. Les médecins vont devoir t’endormir pour ne pas que tu souffres quand ils vont remettre les os de ta jambe à sa place. »
-« Mais je veux pas être seule ! Papa et Kate seront là quand je ferai dodo et que les médecins ils répareront ma jambe ? » demanda Alexis en tirant Beckett vers elle pour la sentir encore plus près d’elle.
Comprenant la détresse et l’angoisse de la petite rouquine qui avait ravi son cœur, Beckett se leva et jeta un regard à Castle qui eut l’intuition de ce qu’elle voulait faire. Il aida sa fille à se redresser afin que la jeune femme puisse s’assoir à la tête de lit, comme lui. Une fois la brunette en place, l’écrivain invita Alexis à se blottir dans leurs bras à tous les deux et ne put empêcher un sourire d’étirer ses lèvres lorsque la petit poussa un soupir de contentement.
-« Tu te souviens de la radio ? » demanda la métisse avec un sourire face à ce touchant tableau. « Quand Papa et Kate, c’est bien ça ? »
-« Oui. »
-« Quand Papa et Kate donc t’ont attendu dans la salle d’attente pendant que tu passais ta radio, » reprit Lanie alors que la fillette hochait la tête. « Et bien pendant que tu feras dodo et que les médecins s’occuperont des os de ta jambe, Papa et Kate t’attendront dans la chambre que tu auras pour quelques jours après ton opération. »
-« Mais qui s’occupera d’eux ? Parce que je connais Papa, il fait le fort mais il a peur parfois, » dit Alexis sur le ton de la confidence.
-« Je serai là moi, » sourit Beckett.
-« Mais toi aussi tu as peur ! Ton cœur il bat comme celui de Papa, comme celui d’une souris. Mais si toi comme Papa vous avez peur, qui va rester près de vous pendant que je serai avec les médecins ? »
-« Ne t’en fais pas pour nous ma Puce, ce qui compte c’est que ta jambe guérisse comme il faut. Ce n’est pas parce que nos cœurs battent fort que nous ne sommes pas à même de patienter calmement. Je te promets que je serai là pour ton Papa. »
-« Promis ? »
-« Promis ma Puce. »
-« Et toi ? Tu seras avec moi pendant que le médecin réparera ma jambe ? » demanda la fillette en plongeant son regard dans celui de la jeune infirmière.
-« Tu sais Chérie, il faut que je m’occupe des autres enfants qui arrivent ici pour les soigner eux aussi. Tu ne crois pas ? »
-« Si… Mais j’ai confiance en toi moi… »
-« Je me doute que tu as confiance en Lanie, » intervint alors l’homme qui était dans la pièce depuis le début de la conversation. « C’est une excellente infirmière et un très bon futur médecin. Mais laisse-moi me présenter. Je suis le Docteur Benjamin Roye et toi, tu dois être Alexis. Je me trompe ? »
-« Non Monsieur le Docteur, » répondit timidement la fillette impressionnée par l’homme. « C’est vous qui allez réparer ma jambe ? »
-« Tu as tout compris et, comme Lanie l’a très bien lu sur ta radio, on va devoir t’opérer avant de te poser un plâtre. Tu vas rester quelques jours à l’hôpital avec nous puis tu rentreras chez toi avec des béquilles, si tu t’en sors bien avec, ou en fauteuil car tu es toute jeune. Mais rassure-toi, tes parents pourront rester auprès de toi pendant ton séjour ici. D’accord ? »
-« Promis ? »
-« Juré ! » répondit fermement le médecin en tendant sa main vers la fillette.
Alexis la lui serra solennellement avec un vaillant sourire.
-« Bon, voilà ce que je vous propose à tous les trois. Nous avons un créneau pour opérer Alexis dès cet après-midi. Elle va donc partir directement au bloc d’ici une petite demi-heure maintenant… »
-« Déjà ? » ne purent retenir les deux adultes.
-« Plus l’intervention a lieu tôt et mieux ce sera pour votre fille. Une fois qu’Alexis sera partie au bloc, vous pourrez monter dans le service de chirurgie pédiatrique pour l’attendre dans la chambre qui lui aura été attribuée, » dit le Docteur Roye. « Lanie, vous lui posez une perfusion et on va y aller. »
-« Très bien Docteur. »
Pendant que Lanie préparait la petite, Beckett et Castle détournaient l’attention d’Alexis du mieux qu’ils le pouvaient, oubliant temporairement leurs propres angoisses afin de ne pas l’inquiéter plus qu’elle ne l’était déjà. Grâce aux pitreries quelque peu forcées de l’écrivain, la fillette parvint à se détendre suffisamment et à rire. Mais, bien trop vite aux goûts de tous, les brancardiers arrivèrent pour emmener l’enfant qui disparut rapidement du champ de vision du couple.
-« Mon bébé… » murmura l’écrivain en se laissant glisser sur une chaise.
-« Tout va bien se passer Castle, » répondit la jeune femme en posant une main sur son épaule et essuyant une larme qui lui avait échappé.
-« Si vous voulez, je vais vous conduire jusqu’à la chambre de votre fille pour que vous attendiez dans de meilleures conditions, » proposa Lanie avec un fin sourire pour ce couple qui aimait pleinement cette petite fille.
Une fois qu'ils eurent tous les deux acquiescés doucement à sa proposition, elle les conduisit directement à la chambre qui avait été réservée pour Alexis.
Chapitre 14 : L’attente
Castle et Beckett suivirent la jeune infirmière dans les couloirs de l’hôpital pour enfants mais ne remarquèrent pas les fresques sur les murs, trop préoccupés par le sort de la petite fille qu’ils aimaient tant. Sans vraiment s’en rendre compte, ils arrivèrent dans le service de chirurgie orthopédique où ils furent accueillis par Amanda, une collègue de la métisse.
-« Bonjour, vous devez être les parents d’Alexis ? » fit la jeune femme avec un sourire. « Si vous voulez bien me suivre, je vais vous montrer la chambre que nous lui avons préparé. »
Tels deux automates, les jeunes gens la suivirent jusqu’à une vaste chambre comprenant un lit et un gros fauteuil.
-« Comme nous nous doutons que vous allez vouloir rester auprès de votre fille la nuit également, nous vous avons installé ce fauteuil qui se transforme en véritable lit d’appoint. Je vais vous laisser maintenant. Si vous avez besoin de quoique ce soit, n’hésitez pas à faire appel à moi. »
Devant l’air désemparé des deux adultes, les deux infirmières décidèrent de les laisser seuls mais, au moment où elles sortaient, Becket posa une main sur l’avant-bras d’Amanda.
-« Ca va durer combien de temps ? » murmura-t-elle la gorge nouée.
-« L’opération en elle-même ne devrait pas durer plus d’une demi-heure. Ensuite votre fille va rester entre une heure et une heure et demie en salle de réveil avant d’être ramenée dans sa chambre. »
Quand la brunette se retourna vers l’écrivain, son cœur se brisa. En effet, ce dernier s’était assis sur le bord du fauteuil et, penché en avant, il avait pris son visage entre ses mains.
-« Oh Castle, tout va bien se passer ! » dit la jeune femme en se précipitant vers l’homme et s’agenouillant pour être à sa hauteur. « Alexis est une petite fille est pleine santé et c’est le meilleur hôpital pour enfants de la ville. »
-« Mais c’est mon bébé Kate, mon petit bébé et je suis censé la protéger… J’ai failli à ma mission de père et, à cause de ça, elle se fait opérer… J’ai tellement peur pour elle… »
-« Regardez-moi bien, » intima Beckett en posant ses deux mains sur ses épaules et captant son regard. « Ce n’est pas de votre faute et vous êtes un excellent père ! Vous l’avez dit vous-même : il s’agit d’un accident ! Un accident. »
-« Mais elle est en train de souffrir et je ne peux rien faire… Si seulement je pouvais prendre sa douleur… »
-« Je n’en doute pas et c’est ce qui fait de vous un excellent Papa Castle, » sourit la jeune femme malgré ses propres angoisses.
Le silence se fit ensuite dans la pièce. Beckett s’était relevée et s’était postée près de la fenêtre, le regard perdu dans le vide et essayant par tous les moyens de maitriser ses émotions pour le bien de son nouvel ami. Il ne fallut que quelques minutes à l’écrivain pour perdre patience.
-« Ca fait combien de temps ? » demanda Castle d’une voix angoissée alors qu’il se levait et se mettait à faire les cents pas.
-« Pas plus de quelques minutes, » répondit Beckett en se tournant pour faire face au jeune homme.
Un profond soupir retentit dans la pièce bientôt suivi par le silence à nouveau. Seul le bruit de l’écrivain faisant les cent pas résonnait dans la pièce encore et encore. Les nerfs que la jeune femme déjà soumis à rude épreuves se tendaient de plus en plus et Beckett finit par craquer. Elle se déplaça brusquement pour se placer dans la course du jeune homme.
-« Castle ! » intima la jeune femme en lui prenant les mains et l’obligeant à la regarder. « Ca ne sert à rien que tu uses le sol comme ça, ça ne changera rien… »
Sa tirade eut le mérite de stopper net les pas incessants de l’écrivain. Cependant ce dernier fut surpris de voir une légère teinte rosée empourprer les joues de son amie. Il se repassa leur échange et la lumière se fit dans son esprit.
-« Euh… Je… Je suis désolée, je… »
-« Kate, ne t’excuse pas. Nous sommes amis, non ? » demanda Castle avant de poursuivre une fois que Beckett eut acquiescé timidement. « Alors des amis ne se vouvoient pas. Et puis cela n’aurait pas de sens sachant l’affection que te porte déjà ma fille… »
A nouveau le silence s’installa entre eux et, après un long moment, l’écrivain reprit sa marche circulaire. Avec un soupir, Beckett alla s’assoir sur le lit préparé pour Alexis et l’observa un long moment, cherchant dans ses souvenirs un moyen plus plaisant de faire passer le temps. Soudain une idée germa en elle alors qu’elle se remémorait la fois où elle avait dû être opérée du bras.
-« Castle ? » appela la jeune femme en tapotant la place libre à côté d’elle. « Et si vous… Et si tu me racontais toutes ces choses que les tabloïds ne disent pas sur toi comme ton rôle de père célibataire, le fait que tu sois si proche de ta mère… »
-« Elle est tout ce que j’ai tu sais… Alexis je veux dire… Elle est toute ma vie et, s’il lui arrivait malheur, je ne m’en remettrai pas… »
Derrière les paroles de l’écrivain transparaissaient l’ensemble de ses angoisses et Beckett posa instinctivement sa main sur l’avant-bras de Castle.
-« Tout va bien se passer. Il n’y a pas de raison. Et puis ce n’est pas comme si elle l’était la première petite fille à se casser la jambe… »
Le jeune homme était complètement perdu dans son angoisse et ne faisait pas attention aux paroles de son amie à côté de lui.
-« Tu sais, depuis le jour de se naissance, et même avant, il n’y a eu qu’elle et moi… Meredith n’en voulait pas dès le départ mais je pensais qu’elle changerait d’avis… Mais non alors c’est moi qui m’en suis toujours occupée… Etre père, c’est mon plus beau rôle et Alexis est juste… La plus adorable et merveilleuse des filles qu’un père puisse imaginer avoir un jour ! »
Castle continua à parler encore et encore de sa fille sous l’oreille attentive de Beckett. Le temps passa sans que ni l’un ni l’autre ne s’en rende compte. Soudain la porte s’ouvrit sur Amanda accompagnée de deux brancardiers poussant une Alexis encore à moitié endormie.
-« Oh mon Dieu ! Alexis ! » s’exclama l’écrivain en se levant brusquement pour se précipiter vers sa fille.
-« Monsieur Castle, » intervint Amanda avec un sourire compréhensif. « Laissez-nous installer confortablement votre charmante enfant dans son lit et ensuite vous pourrez l’embrasser autant que vous le souhaitez dans la mesure où vous faites attention à sa jambe. »
-« Oh, oui, bien sûr ! Je suis désolé, » marmonna le jeune homme en se reculant tout aussi rapidement qu’il était arrivé.
Beckett reprit sa place à côté de la fenêtre et observa les retrouvailles entre le père et sa fille. L’écrivain embrassait Alexis comme si sa vie en dépendait et l’émotion fut la plus forte. Sans un bruit, elle sortit discrètement de la chambre et, une fois dans le couloir, elle s’appuya contre le mur et se laissa glisser le long du mur. Submergée, elle tenta de calmer sa respiration, prenant sa tête entre ses mains.
-« Mademoiselle ? Kate, c’est bien ça ? » fit une voix à côté de la jeune femme. « Hey… Tout va bien, respirez calmement… Voilà, comme ça… »
Il fallut plusieurs minutes à la jeune femme pour se calmer et, lorsqu’elle releva les yeux, elle eut la surprise de découvrir Lanie, l’infirmière des urgences.
-« Je suis juste montée prendre des nouvelles d’Alexis, » sourit la métisse en devinant la question qui hantait la brunette.
-« Elle va bien, elle vient de remonter du bloc et est encore un peu endormie mais l’infirmière a dit qu’elle allait bien. »
-« Vous m’en voyez ravie. Ca vous dit d’aller prendre un café ? C’est ma pause. »
-« Je… Volontiers mais laissez-moi juste prévenir Castle afin qu’il ne s’inquiète pas inutilement… » répondit Beckett en disparaissant dans la chambre.
Une dizaine de minutes plus tard, les deux jeunes femmes étaient attablées dans un coin de la cafétéria devant un café.
-« Vous ressemblez à une véritable famille tous les trois. Ca fait plaisir à voir… »
-« Et pourtant… Je ne les connais que depuis quelques semaines maintenant, » fit Beckett avec un fin sourire.
-« Genre ! Il y a une telle alchimie entre vous que je dirais : même pas en rêve ! »
-« Mais puisque je vous le dis ! » lâcha la jeune femme en roulant des yeux, agacée qu’on mette sa parole en doute.
-« Bon, je veux bien vous croire mais ne niez pas qu’il se passe quelque chose entre vous ! Rien qu’à voir la façon dont Monsieur Castle vous regarde, je peux vous assurer qu’il en meure d’envie ! »
-« Vous rigolez là ? Il regarde tout ce qui porte un jupon comme ça ! »
-« Hu-hu… Même pas en rêve ! Vous avez quelque chose de spécial puisqu’il vous laisse approcher la personne la plus précieuse à ses yeux : sa fille ! »
-« Alors comme ça vous étudiez la médecine ? » changea brusquement de sujet Beckett mal à l’aise.
-« Mais bien sûr… » marmonna Lanie avant de répondre d’une manière de dire ‘comme si je ne savais pas ce que vous faites…’ « Oui. Je suis en troisième année. Et vous ? Que faites-vous dans la vie ? »
Pendant la petite demi-heure qui suivit, les deux jeunes femmes discutèrent de tout et de rien, se trouvant de nombreux points communs comme leur amour de la justice. Ni l’une ni l’autre ne virent le temps passer cependant il était l’heure pour Lanie de retourner travailler et pour Beckett de rejoindre les Castle. Lorsque la brunette poussa la porte de la chambre d’Alexis quelques minutes plus tard, elle ne put retenir un sourire. Castle était assis sur le fauteuil à côté du lit et caressait doucement sa main.
-« Hey, elle s’est réveillée ? »
-« Pas vraiment mais l’infirmière dit que c’est normal et qu’elle ne devrait plus tarder à émerger pour de bon. »
-« Ok… » fit la jeune femme soulagée en s’asseyant sur la seconde chaise qu’elle avait approché du bord du lit et passant une main dans les cheveux d’Alexis. « Elle a l’air si petite et si vulnérable dans ce lit… »
-« Je sais… » soupira l’écrivain avant de reporter son attention sur la brunette à ses côtés. « Je voulais te remercier Kate pour ta présence et ton aide pendant cette épreuve… »
-« Tu n’as pas à me remercier. C’est normal entre amis. »
-« Papa ? Kate ? » appela alors Alexis en papillant des yeux faisant se redresser et se pencher sur elle les deux adultes.
-« Hey Pumpkin. Comment te sens-tu ? »
-« Fatiguée… »
-« Alors repose-toi ma Puce, » sourit Beckett. « Est-ce que ça te fait mal ? »
-« Non… » soupira la fillette en se carrant contre l’oreiller. « Donkey Monkey ? »
-« On va se charger d’aller te le chercher, c’est promis. Repose-toi maintenant. »
Après un dernier baiser et un dernier regard à l’enfant endormie, Castle et Beckett quittèrent la chambre le cœur plus léger. Alexis allait bien, ils étaient soulagés…
Chapitre 15 : Visites surprises
Le lendemain matin, le réveil fut pénible pour Beckett car, après avoir été chercher le doudou au loft, elle était retournée au chevet d’Alexis avec Castle. Elle n’avait repris un taxi pour chez elle que tard, lorsque l’infirmière de nuit l’avait gentiment mais sûrement mise à la porte. En effet, un seul parent pouvait rester la nuit et elle devait rentrer pour s’occuper de Jim un peu… Elle avait donc pris un taxi pour découvrir son père, nu comme un ver et endormi au milieu d’un parterre de fleurs. Après sa journée fatigante, elle avait encore dû passer près de deux heures à s’occuper de son paternel et à ranger le désastre qu’était la maison…
-« Eh bien Beckett, » fit Esposito quand il la vit. « Dois-je te rappeler que le jour de relâche est fait pour se reposer un minimum… »
-« Oh la ferme Espo ! » répondit la jeune femme en regardant son téléphone.
Elle n’avait reçu aucun message de Castle et commençait sérieusement à s’inquiéter.
-« Pas de nouvelles de ton homme ? »
-« On a quel secteur aujourd’hui ? » changea délibérément de sujet la jeune femme en plongeant un regard sérieux dans celui du latino.
-« Le 32ème. J’ai pas réussi à avoir le 24ème aujourd’hui… » bougonna le jeune homme comme un gamin.
-« Le 32ème ? Ce n’est pas le secteur de l’hôpital pour enfants malades ? »
-« Euh, si… Pourquoi ? »
-« T’occupe ! On y va ! »
Ils commencèrent leur patrouille mais le jeune officier se rendait bien compte que sa partenaire avait l’esprit ailleurs. Il ne pouvait s’empêcher de jeter régulièrement des coups d’œil à la jeune femme. Il l’entendit soudain pousser un soupir de soulagement en sortant son téléphone portable.
-« Un problème au paradis avec ton bel écrivain ? »
Mais Beckett décida de l’ignorer, bien trop heureuse et soulager grâce au message qu’elle venait de recevoir et qui disait :
« Je suis désolé de ne pas t’avoir écrit plus tôt. Entre le passage des infirmières, du médecin et du kiné, je n’ai pas vu l’heure. Alexis va bien, elle a bien dormi (mieux que son Papa en tout cas) et ne souffre pas. C’est l’essentiel mais elle réclame ta présence… Peut-être pourrais-tu appeler quand tu auras un peu de temps, ça lui ferait extrêmement plaisir. Sinon Mère va passer tout à l’heure pour nous apporter quelques affaires, je ne veux pas quitter mon bébé. Encore mille merci pour ta présence à nos côtés hier, je n’y serais pas parvenu sans toi… »
La peur qu’avait ressenti Castle la veille était encore bien vivace en lui et transparaissait dans son message aussi la jeune femme s’empressa-t-elle de lui répondre.
« Je suis ravie qu’Alexis aille bien. Je vais voir ce que je peux faire mais je vous promets d’appeler au moins ce soir, comme d’habitude. Et tu n’as pas à me remercier Castle, Alexis et toi êtes mes amis et vous aviez besoin d’un soutien. Les amis sont là pour ça. Prenez soin de vous deux. »
-« Dis Espo, tu voudras bien faire en sorte qu’on soit du côté du Children Hospital au moment de la pause déjeuner ? »
-« Moi ça m’dérange pas mais pourquoi ? »
-« Dois-je te rappeler que, même si tu conduis, tes oreilles sont à la portée de ma main ? »
-« Allez Beckett ! Ce n’est quand même pas la mort de devoir me dire pourquoi cela semble si important pour toi d’être à proximité du Children Hospital ! »
Plusieurs minutes passèrent pendant lesquelles, de son côté, Esposito espérait que sa coéquipière allait parler et, de celui de la jeune femme, une véritable bataille faisait rage… Devait-elle lui dire ce bout d’information ou pas ?
-« Après, si tu n’as pas confiance en moi, je n’y peux rien, » acheva le latino vexé par le mutisme de Beckett. « Mais tu sais, ça risque d’être un sacré problème si on doit faire équipe ensemble… »
-« Alexis s’est cassée la jambe hier et a été opérée en urgence… » murmura alors la jeune femme en regardant par la fenêtre de la voiture.
-« Et ça va ? » s’enquit immédiatement le jeune homme de l’inquiétude dans la voix. « La petite je veux dire. »
-« Oui, oui. Elle en a juste pour quatre à cinq jours à l’hôpital et huit semaines de plâtre mais, mis à part ça, elle va bien, » sourit Beckett touchée par le véritable intérêt que montrait son équipier pour la fillette.
C’est alors que quelque chose attira leur attention et qu’ils repassèrent en mode officiers de police jusqu’à la fin de la matinée. Il était presque treize heures lorsqu’Esposito gara la voiture de patrouille sur le parking du Children Hospital.
-« Bon, on se retrouve dans une heure ici alors, » dit Beckett impatiente de retrouver les Castle.
-« Prends ton temps, je te couvre ! Et puis, j’ai un truc à faire moi ce midi donc il se peut que je sois un peu en retard. Je t’appelle quand j’arrive. »
-« D’accord… »
Quelques minutes plus tard, alors qu’elle arrivait à l’étage où se trouvait la chambre d’Alexis, Beckett sortit son téléphone de sa poche et composa le numéro d’un certain écrivain. Il ne fallut pas plus d’une sonnerie pour que sa voix de baryton lui réponde.
-« Kate ! Quel plaisir ! Alors ça y est ? C’est la pause ? »
-« Oui, » sourit la jeune femme. « Je suis désolée mais la matinée a été pas mal chargée et je n’ai pas eu une seconde à moi. Comment va Alexis ? »
-« Bah attends, je vais te la passer car elle m’arracherait presque le téléphone de la main tellement elle est impatiente ! »
-« Kate ! Tu as appelé ! »
-« Bien sûr ma Puce que j’ai appelé ! Ne l’avais-je pas promis ? »
-« Si et je t’aime parce que toi tu tiens tes promesses… » soupira la fillette avec un petit air triste.
-« Oh là ! Qu’est-ce qui se passe ? »
-« Papa il a appelé Maman pour lui dire et elle a même pas voulu me parler car elle avait pas le temps… Et elle a dit à Papa qu’elle pourrait pas venir me voir dans quinze jours comme elle m’avait promis… Papa il me l’a pas dit mais j’ai tout entendu… Pourquoi elle m’aime pas Maman ? »
-« Oh Alexis, je suis persuadée que ta maman t’aime à sa manière… » répondit Beckett le cœur serré et les larmes aux yeux depuis derrière la porte de la fillette avant d’enchainer de manière guillerette pour redonner le sourire à l’enfant. « Maintenant écoute-moi bien, ferme très très fort les yeux et dis-moi ce que tu aimerais le plus en ce moment… »
-« Humm… Un gros câlin de Papa et de toi en même temps ! » répondit Alexis en s’exécutant, ne voyant donc pas la porte s’ouvrir doucement sur la silhouette de la jeune femme. « Mais c’est pas possible car tu es au travail… »
-« Et si je te faisais une surprise ? » dit Beckett en raccrochant son téléphone et entrant plus franchement dans la pièce.
Alexis ouvrit brusquement les yeux et son visage s’illumina en découvrant son amie juste à côté d’elle.
-« ‘Tu es là ! Tu es venue ! Mais… Comment ? »
-« Comme on a des jours de repos et des vacances, les policiers ont aussi des pauses déjeuner quand ils peuvent tu sais ma Puce, » sourit la jeune femme en s’asseyant sur le lit pour accueillir la fillette dans ses bras.
-« T’es trop génial ! Pas vrai Papa ? »
Castle articula un merci à l’attention de la jeune femme qui lui fit comprendre qu’il n’y avait vraiment pas de quoi. L’heure passa à une vitesse folle entre repas, câlins, jeux… Et avant que l’un ou l’autre ne le réalise, un léger coup fut frappé à la porte.
-« Entrez, » répondit Castle mais rien ne se produisit.
Perplexe et surpris, il regarda Beckett et Alexis puis, avec un léger froncement de sourcils, il se dirigea vers la porte, l’ouvrit et se trouva nez à nez avec la truffe d’un gigantesque ours en peluche accompagné d’une bonne vingtaine de ballons multicolores gonflé à l'hélium.
-« Waouhh ! Comment c’est trop beau ! » s’exclama Alexis depuis son lit.
-« Euh… Excusez-moi mais je crois que vous vous êtes trompé d’endroit… » fit doucement l’écrivain.
C’est alors qu’après avoir pas mal bataillé avec la peluche, la tête d’Esposito fit son apparition juste à côté de celle de l’ours, se calant sur l’épaule de l’animal.
-« Espo ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? … » s’enquit la brunette surprise de voir son coéquipier.
Le latino ne répondit rien, bien trop occupé à tenter encore et encore de rentrer dans la chambre. Mais l’énorme ours ne lui rendait pas la tâche aisée, bien au contraire. Il essaya de toutes les manières possibles et imaginables. Il poussait, se mettait sur le côté, passait en premier et tirait, ressortait dans le couloir pour pousser à nouveau mais rien n’y faisait. Castle le regardait faire, visiblement amusé tandis qu’Alexis avait plaqué sa petite main sur sa bouche pour retenir du mieux qu’elle pouvait le fou-rire qu’elle sentait monter en elle. De son côté, Beckett quant à elle ne chercha même pas à se retenir et explosa de rire face à la scène burlesque qui se déroulait devant ses yeux.
-« Dis donc toi, » bougonna Esposito à l’intention de sa collègue. « Et si tu m’aidais à entrer dans cette chambre au lieu de te foutre de ma gueule ! »
Cette réplique eut le mérite de faire réagir Castle qui s’avança vers la porte et, d’un geste sûr, replia et fit passer les deux bras de l’ours ce qui libéra le passage brusquement. Déséquilibré par ce mouvement soudain et imprévu, le latino se retrouva propulsé en avant et, sans qu’il n’ait pu esquisser le moindre geste pour se reprendre, il s’étala à plat ventre par terre, sa chute amortie par l’ours en peluche. Il en lâcha sa vingtaine de ballons qui finirent leur course au plafond. Cette fois-ci, personne dans la pièce ne put se retenir et la chambre fut envahie d’éclats de rire plus ou moins discrets.
-« Espo, tu as vraiment raté ta carrière ! Tu aurais dû être clown dans un cirque ! Tu aurais fait fureur ! » se moqua Beckett les larmes aux yeux.
Ils discutèrent pendant quelques minutes jusqu’à ce qu’à nouveau un petit coup soit frappé à la porte d’entrée de la chambre et que la tête d’une jeune métisse se glisse dans l’embrasure.
-« Je dérange ? » sourit la jeune femme. « Je venais juste prendre des nouvelles d’Alexis. »
-« Lanie ! Tu es venue me voir toi aussi ! » s’exclama Alexis toute heureuse.
Alors que la jeune étudiante en médecine prenait des nouvelles de l’enfant, Beckett en profita pour discuter un moment avec Castle, Esposito complètement hypnotisé par l’infirmière.
-« Ca va toi ? » s’inquiéta la jeune femme en posant une main sur l’avant-bras de l’écrivain.
-« Mieux oui. Ma petite fille est de retour, vive, intelligente et d’ici quelques semaines elle pourra recourir et se dépenser ! Et toi ? Pas trop dur ce matin car tu es partie tard hier soir… »
-« Pas de problème, j’ai l’habitude de peu dormir. Martha va venir prendre le relais afin que tu puisses rentrer un peu au loft ? »
-« Pour le moment, je ne sais pas trop. Oui Mère va passer pour voir sa petite cascadeuse comme elle s’est amusée à dire au téléphone mais je ne sais vraiment pas combien de temps elle compte rester ici… La connaissant, ce sera entre deux activités… Du coup, je vais rester avec mes vêtements d’hier car je ne veux pas laisser mon bébé seule à l’hôpital. »
-« Ce n’est pas très sérieux… Tu ne peux pas rester dans les mêmes vêtements pendant toute la durée de l’hospitalisation d’Alexis… De même, ta fille ne peut pas rester dans ces immondes blouses qu’ils prêtent pour les opérations ! »
-« Il y aurait bien une solution mais je ne veux pas te déranger… »
-« Me déranger ? Pourquoi ? »
-« Je pourrais peut-être te confier les clés de mon loft pour que tu ailles nous chercher quelques affaires… Tu comprends, on n’a personne d’autre Pumpkin et moi… »
Beckett observa Castle lui tendre son jeu de clés puis, non sans hésitation, elle acquiesça en souriant doucement.
-« D’accord. »
Un peu confuse, elle referma sa main sur le porte-clés, le cœur battant alors qu’une légère coloration rosée apparut sur les joues. Elle porta alors son regard sur cette petite fille qui lui avait volé une partie de son cœur et qui discutait joyeusement avec Lanie et Esposito dans sa blouse d’hôpital. Cette vision eut le mérite de raffermir sa décision et elle enfourna résolument les clés du loft dans sa poche.
-« Je passerai dès que possible avec tes affaires et celles d’Alexis. Soit ce soir après être passée chez toi, soit demain midi pendant ma pause déjeuner. Ca te va ? »
-« C’est parfait, merci Kate, » répondit avec un sourire l’écrivain avant de se pencher pour déposer un rapide baiser sur la joue de la jeune femme qui se figea, sous le choc.
-« Respire Beckett, t’es toute rouge… » dit le latino avec un fin sourire alors qu’il avait vu ce qui venait de se passer.
-« La ferme Espo ou bien je te fais bouffer ton couvre-chef ! Bon, on y va ? Ca fait déjà plus d’une demi-heure qu’on aurait du reprendre la patrouille ! » lança Beckett pour changer de sujet en s’approchant du lit. « Bisous ma Puce. A bientôt ! »
-« A bientôt Kate, » sourit la fillette en s’accrochant à son cou pour lui donner un énorme bisou. « Tu reviens vite hein ? »
-« Promis… »
Sur ce, les deux officiers rejoignirent rapidement leur voiture de patrouille et reprirent leur travail sans plus attendre.
Chapitre 16 : Seule au loft
Une fois sa journée terminée, Beckett mit les mains dans ses poches et sentit les clés des Castle. Elle réfléchit un instant et se dit qu’elle ne pouvait pas les laisser sans aucun confort un jour de plus. Elle se changea rapidement à la plus grande surprise d’Esposito qui avait plus l’habitude qu’elle traine un peu.
-« Tu retournes voir ton écrivain et sa fille ? » s’enquit-il avec un sourire entendu.
-« Ca ne te regarde en rien Espo ! » lança la jeune femme roulant des yeux alors que la pièce était pleine de collègues plus ou moins curieux.
Elle attrapa sa veste et quitta précipitamment le vestiaire. Cependant, quand le latino rejoignit l’ascenseur quelques minutes plus tard, il eut la surprise de la voir là, appuyée contre le mur les bras croisés. Elle l’attendait visiblement impatiemment et son attitude ne laissait rien présager de bon.
-« Eh bien, pas encore partie ? » demanda le jeune homme optant pour la légèreté.
-« Non je t’attendais, » dit Beckett en attrapant son coéquipier et l’entrainant de force dans l’ascenseur vide. « Tu te fous de moi ou tu le fais exprès ? »
-« Quoi ? » fit Esposito innocemment.
-« Tu ne voulais pas lancer une rumeur sur moi que tu t’y serais pris autrement ! Fais chier Espo ! J’ai pas envie que tout le monde s’intéresse à ma vie ! »
-« Oh allez ! C’est pas parce qu’un ou deux vont parler que ça va tourner en rumeur générale… »
-« Oh bah non ! C’est sûr qu’en parlant d’un ‘écrivain’ tu n’as pas du tout éveillé la curiosité sur moi ! » dit froidement la jeune femme alors que les portes de l’ascenseur s’ouvraient.
Ignorant complètement les personnes présentes dans le hall, Beckett s’avança menaçante vers le latino, le plaquant contre la paroi de la cabine et piqua son index dans sa poitrine.
-« Plutôt que de te mêler de ma vie, mêle-toi de la tienne et arrête de t’intéresser à la mienne ! Je ne suis pas l’attraction qui te sert à distraire ton existence morne et taciturne ! Alors fous-moi la paix et arrête de penser que nous sommes amis ! »
Alors qu’elle se reculait légèrement pour reprendre son souffle, le jeune homme voulut se passer un peu de baume sur son ego malmené.
-« Arrête un peu ta paranoïa ! C’est pas comme si ils savaient qu’on parle de ça… »
-« Mais tu peux pas fermer ta grande bouche un fois pour toute ! » aboya Beckett en le coupant avant que la situation lui échappe totalement. « Si j’entends quoique ce soit à propos de mes amis, je te jure que je te tire une balle entre les deux yeux ! Flic ou pas ! »
-« Relaxe Beckett ! »
-« Je me relaxerai quand tu arrêteras de te mêler de mes affaires et d’en parler à la terre entière ! »
-« Hum-hum… » les interrompit un raclement bruyant de gorge.
-« Quoi ? » demanda la jeune femme en se retournant pour regarder son interlocuteur qui n’était autre que Roy Montgomery, son capitaine. « Oh, excusez-moi… »
-« Je crois que certaines personnes ici aimeraient bien prendre l’ascenseur… »
-« Oh… Bien-sûr Monsieur… A demain Monsieur, » répondit rapidement Beckett, gênée en quittant au plus vite le poste de police.
Une fois dehors, elle héla un taxi et se retrouva une trentaine de minutes plus tard devant l’immeuble de l’écrivain. La reconnaissant, le portier s’avança immédiatement pour lui ouvrir la porte.
-« Mademoiselle Kate, bonjour ! C’est un plaisir de vous revoir. »
-« Merci beaucoup. C’est un plaisir partagé. Euh… » fit Beckett soudain mal à l’aise. « Castle, enfin Monsieur Castle m’a demandé de… »
-« Je suis au courant Mademoiselle. Monsieur Rick m’a appelé pour me prévenir de votre venue. Je vous appelle l’ascenseur. »
-« Merci. A tout à l’heure. »
-« Si vous avez besoin d’aide pour descendre le bagage, n’hésitez pas à faire appel à moi en m’appelant. »
-« Ca ira mais merci beaucoup, » sourit Beckett alors que les portes se refermaient sur elle.
Une fois arrivée dans le loft, elle déposa ses affaires dans l’entrée et, après avoir récupéré un sac dans le placard de l’entrée, elle se dirigea vers la chambre d’Alexis. Elle resta un moment à s’imprégner de l’atmosphère de la chambre de la petite avant de se diriger vers son armoire.
-« Eh bien ! Ça fait une sacrée garde-robe pour une si jeune fille ! » s’exclama la jeune femme en ouvrant de grands yeux.
Beckett observa avec attention les vêtements et sourit devant le bon goût évident de Castle.
-« C’est peut-être Papa qui t’habille mais, une chose est sûre, tu n’es pas habillée comme l’as de pique ! Je suis sûre que, fashion victime comme il est, il n’a même plus besoin de l’aide des vendeuses pour dévaliser le rayon pour toi ! »
Elle repéra rapidement ce qu’elle cherchait et sortit ainsi plusieurs chemises de nuit, quelques tenues d’intérieur et une tenue pour le jour où elle pourrait enfin sortir et rentrer à la maison. Elle les glissa avec précaution dans le sac et s’apprêtait à quitter la chambre quand elle s’arrêta.
-« Et si je te prenais deux ou trois petites choses pour que tu puisses t’occuper… Un livre ou deux, de quoi dessiner, une poupée peut-être… Tu as l’air d’aimer ça on dirait… Alors, laquelle pourrait-être ta préférée ? »
Après réflexion, Beckett arrêta son choix sur celle qui reposait sur l’oreiller de l’enfant et elle la prit avec précaution avant de la glisser dans le sac de voyage. Après un rapide tour par la salle de bain, elle quitta la chambre d’Alexis satisfaite et rejoignit le rez-de-chaussée où Castle lui avait expliqué comment trouver sa chambre. Elle se dirigea donc timidement vers la porte indiquée qu’elle poussa doucement, dévoilant ainsi le vaste bureau de l’écrivain.
-« Alors comme ça c’est ici que tes œuvres prennent forme… » sourit la jeune femme rêveuse en étudiant la pièce attentivement.
Elle resta là un long moment, réfrénant son envie d’aller voir quels livres composaient l’immense collection du jeune homme. Alors qu’elle commençait à faire quelques pas en direction des rayonnages, elle s’arrêta brusquement.
-« N’y pense même pas ! » se réprimanda Beckett. « Tu es là pour une raison précise, pas la peine de fouiller comme une vulgaire groupie ! »
La jeune femme se ressaisit donc avant de reprendre son chemin vers la porte du fond de la pièce, celle menant à la chambre du maître des lieux. Soufflant un bon coup, elle l’ouvrit et pénétra dans l’antre de l’écrivain. La surprise put se lire sur son visage face au décor qu’elle découvrait.
-« Eh bien ! Tu as définitivement un goût très sûr en matière de décoration Castle ! » s’exclama la jeune officier en observant la pièce à la dérobée. « Un peu masculine à mon humble avis mais strictement rien ne vient agresser un regard féminin… Chapeau ! »
Non sans une certaine hésitation, Beckett se dirigea sur sa droite où se trouvaient deux portes dont l’une devait forcément mener au dressing de l’écrivain. Elle ouvrit donc la première qu’elle atteignit et découvrit une vaste salle de bain, aussi grande que sa chambre chez son père.
-« Eh bien ! On ne s’embête pas, » sourit la jeune femme en en profitant pour récupérer les affaires de toilette de Castle. « Mon dieu ! Tu as presque plus de produits de beauté que moi ! »
Roulant des yeux devant ce constat, la brunette sélectionna ce qu’elle considéra comme essentiel et les rangea dans une trousse qu’elle glissa dans son sac avant de rejoindre le dressing. Ne sachant pas trop à quoi s’attendre, elle pénétra dans la pièce doucement et ne put retenir une exclamation de surprise.
-« Si celui d’Alexis était impressionnant, le tien est digne d’un magasin ! Quel métro sexuel tu fais quand même ! » souffla-t-elle en souriant n'ayant aucun mal à imaginer une journée shopping avec son ami.
Beckett ne put se retenir de s’avancer vers les costumes de marque et de laisser courir ses doigts sur les tissus raffinés. Elle admira pendant un long moment encore le luxe des vêtements avant de se mettre en quête de tout le nécessaire indispensable à l’écrivain. Elle glissa dans le sac plusieurs T-shirts, quelques chemises, un jean et deux pantalons d’intérieur puis elle se tourna vers la commode et ses tiroirs qu’elle évitait depuis le début. Cependant elle était bien consciente qu’elle allait devoir lui prendre quelques dessous de rechange. Elle souffla un bon coup et ouvrit le premier tiroir pour tomber sur ses chaussettes. Elle en mit quelques paires dans le sac. Elle en ouvrit plusieurs autres avant d’enfin trouver ce qu’elle chargeait : les caleçons de Castle. Elle rougit légèrement alors qu’elle attrapait rapidement une poignée de caleçons quand soudain…
-« Richard ? Tu as quit… Kate ! Darling ! Quelle bonne surprise ! » s’exclama Martha en pénétrant dans la pièce faisant sursauter la jeune femme qui en perdit ses caleçons. « Oh ! Je ne voulais pas vous faire peur ma Chère ! »
Très gênée, Beckett se précipita au sol pour ramasser ce qu’elle avait laissé tomber en rougissant de plus belle.
-« Vous savez Darling, » sourit Martha en voyant son malaise. « J’aurais dû me douter que mon fils vous aurait demandé de l’aide. Je suis ravie de voir que vous êtes là pour soutenir mon garçon… Je ne suis pas toujours très présente quand je suis en représentation… »
-« Je suis persuadée que vous faites de votre mieux Martha, » sourit doucement la jeune femme avant de pouffer de rire en découvrant l’un des caleçons de l’écrivain à l’effigie de Batman. « Oh mon Dieu ! »
-« Ne m’en parlez pas ! Si vous saviez jusqu’à quel âge il a porté la cape ! J’ai cru qu’il n’allait jamais la lâcher mais bon… Les vieilles habitudes ont la vie dure visiblement… »
-« Je suis certaine que ce sont les gadgets de Batman qui lui plaisent tant, » sourit la jeune femme.
-« Oui, tout à fait Darling ! »
-« Un vrai gamin… »
Beckett finit rapidement le sac et le ferma avant de se relever pour faire face à l’actrice.
-« Bon et bien, puisque vous vous chargez des affaires pour mon fils et ma petite-fille, je vais pouvoir retourner à ma répétition et je ne peux plus me défiler malheureusement… J’ai un peu trop tiré sur la corde ces derniers temps… Dites-leur bien surtout que je m’arrangerai pour passer les voir ce soir, avant la représentation. Embrassez-les pour moi ! »
-« Je vous le promets Martha. »
-« Merci, » soupira la rouquine. « J’aimerai tellement être auprès d’eux en ce moment… »
-« Je n’en doute pas, » sourit la jeune femme.
Martha déposa un baiser sur la joue de Beckett et disparut aussi rapidement qu’elle était apparue laissant la jeune femme interdite au milieu du dressing de l’écrivain. Elle se ressaisit rapidement et, non sans avoir attrapé l’ordinateur de l’écrivain, quitta l’appartement avec son sac pour se rendre à l’hôpital et retrouver les Castle.
Chapitre 17 : Alcool et jalousie
Beckett passa rapidement à l’hôpital déposer le sac et jouer un peu avec Alexis, permettant ainsi à Castle de prendre une douche et de se rafraîchir. Une fois Martha arrivée, elle en profita pour s’éclipser ne souhaitant pas laisser son père seul une fois de plus malgré l’air boudeur de l’écrivain. Une petite heure plus tard, la jeune femme arrivait chez elle, et soupira rien qu’en imaginant ce qui l’attendait à l’intérieur de la maison. Prenant son courage à deux mains, elle se dirigea vers la porte d’entrée mais, avant même qu’elle n’atteigne la porte, celle-ci s’ouvrit sur son père. Son visage ne lui dit rien qui vaille…
-« Ah ! Te voilà enfin toi ! » accusa Jim d’une voix pâteuse et une bouteille de vodka à moitié vide à la main.
-« Bonsoir à toi aussi Papa. Je vais bien merci et toi ? »
-« Ne fais pas l’insolente ! N’oublie pas que je suis ton père et que, jusqu’à preuve du contraire, tu me dois des explications sur tes allers et venues dans cette maison ! »
-« Je te rappelle que je suis majeure et que j’ai un travail ! »
-« C’est ça, abandonne-moi toi aussi ! Comme ta mère ! »
-« Je t’interdis de parler de Maman comme ça ! Surtout pas dans ton état actuel ! C’est toi Papa qui m’abandonne, pas le contraire ! »
-« Moi je suis là ! Toute la journée ! »
-« Tu parles ! Avec une bouteille d’alcool toujours à portée de main ! On peut jamais te parler ! Quand je rentre du travail… »
-« Parlons-en de ton ‘travail’ ! » ironisa méchamment Jim en roulant des yeux. « Tu avais un superbe avenir de juriste devant toi et, toi, tu abandonnes tout pour quoi ? Un boulot de flic de merde, mal payé et où tu peux te prendre une balle à tout instant ?! Laisse-moi rire ! »
-« C’est mon choix Papa ! Mon choix et celui de personne d’autre ! »
-« C’est justement ce que je te reproche ! Tu as pensé à moi ? Non ! » accusa l’homme avec un regard haineux.
-« Penser à toi ? Mais Papa, est-ce que tu penses à moi quand tu te sors une énième bouteille pour te noyer dedans ? Est-ce que tu penses à moi quand je dois te ramasser sur le sol ou quand je dois ramasser les immondices que tu as faites dans les maisons ? »
-« Oh laisse-moi rire ! Je ne fais pas tout ça ! »
-« Tu rigoles là ? Si tu vois rien c’est parce que, après une journée de travail, quand je rentre le soir, je ramasse et je range tout ! » répondit la jeune femme les
yeux plein de larmes et luttant pour ne pas les laisser couler. « Mais si tu veux vraiment, je ne range plus et je te laisse avec ta merde ! Comme ça tu verrais le lendemain ! »
Cette accusation laissa un instant Jim sans voix et Beckett en profita pour enfin rentrer à l’intérieur de la maison.
-« Tiens, regarde Papa ! Ouvre les yeux bordel ! Regarde ce que tu as fait ! Regarde ce que tu me fais vivre tous les jours depuis que je suis rentrée à New York ! Tu as fait fuir tout le monde ! Les voisins n’osent plus rien dire de peur que tu les agresses ! J’en ai marre Papa ! Tu te rends compte que, pour avoir la paix, je me suis installée un petit frigo dans ma chambre ! Tu trouves ça normal toi ? »
-« De toute manière, tu ne m’aimes plus… »
-« Pardon ? Tu te fous de moi là ! Je ne t’aime plus ? Alors c’est pour ça que je rentre tous les soirs en ayant peur de ce que je vais découvrir, de l’état pitoyable dans lequel je vais te trouver ? Parce que je ne t’aime pas ? » s’estomaqua la jeune femme.
-« Peut-être mais tu trouves toujours mieux à faire… Tu ne rentres plus chaque jour ! Tu disparais et tu me caches tes sourires ! »
-« Non mais je rêve ! Tu te fous de moi ? Quand je rentre, tu es bourré ou tu cuves ou tu n’es même pas là ! Alors oui, des fois, je préfère faire autre chose que de voir tes dernières conneries ! J’en ai marre Papa ! Je suis fatiguée ! »
-« Pour moi tu es fatiguée mais je suis sûr que pour la personne des messages qui te donne le sourire dès le matin c’est jamais le cas ! »
-« Qu’est-ce que tu en sais ? Tu ne sais plus rien de ma vie ! Cette personne qui m’envoie des messages en sait plus sur moi que toi ! Toi mon propre père Elle me réapprend à sourire, elle me fait me sentir bien. Elle me fait comprendre que je suis importante à ses yeux, que j’existe encore ! Alors oui, en ce moment, mes sourires lui sont réservés car elle me fait tout simplement me sentir vivante ! »
-« Et bien si c’est tellement le cas, si tu es si vivante auprès de cette personne, tu n’as qu’à aller le rejoindre car je suis sûr que c’est un homme ! Il te baise bien au moins ? »
-« Tu veux tout savoir Papa ? Elle s’appelle Alexis… »
-« Quoi ? T’es gouine ? »
-« Et elle a cinq ans ! » hurla Beckett alors que quelques larmes s’échappaient de ses yeux brumeux, le cœur ravagé par les accusations de son père.
Sur ce, Beckett tourna le dos à son père et courut se réfugier dans le cocon de sa chambre. Ayant besoin de tranquillité et de se reconstruire après les terribles paroles de son père, elle s’enferma à clé et alla s’assoir sur son lit. Instinctivement, elle sortit son téléphone et composa rapidement un message qu’elle envoya avant de s’entourer dans une couverture.
« Hey, comment va Alexis ? »
La réponse ne tarda pas à arriver et redonna le sourire et du baume au cœur à la jeune femme.
« Elle va très bien et dort comme un ange. Merci pour mon portable, j’en profite pour écrire un peu. Mais et toi ? Tu es bien rentrée ? Tu as déjà mangé ? »
C’est alors que des coups furent frappés à la porte de sa chambre.
-« Bordel Katherine ! Ouvre cette putain de porte ! On n’a pas terminé ! »
-« Moi j’en ai fini pour ce soir Jim ! Bonne nuit ! »
Alors que son père tambourinait encore et encore à la porte de sa chambre, Beckett laissa libre cours à ses larmes, se raccrocha à son téléphone et pria intérieurement pour que sa porte tienne le coup.
« Je suis rentrée sans problème et là je réfléchis à mon diner. »
Alors qu’elle entendait son père faiblir derrière la porte, son portable vibra, annonçant l’arrivée d’un nouveau message.
« Tu réfléchis ? Mon œil ! Tu n’as rien mangé et tu ne mangeras rien ! Je viens de trouver ton adresse grâce au service de voiturier et je m’occupe de ton diner. Débrouille-toi pour être devant chez toi dans vingt minutes. »
La jeune femme resta un instant en contemplation devant les dires de Castle. Mille questions se bousculaient dans sa tête mais la plus récurrente restait la même : comment faisait-il pour la connaitre à ce point ?
-« Il ne manquerait plus que tu me commandes Thaï… » marmonna la brunette interdite.
Une vingtaine de minutes plus tard, un nouveau message arriva.
« On t’attend devant chez toi avec ton diner ! Pas besoin de prévoir la monnaie, le pourboire a été versé également alors dépêche-toi ! »
Un fin sourire aux lèvres, elle attrapa son manteau et sortit par la fenêtre pour éviter son père. Elle rejoignit le livreur et récupéra son sac avec un mot de remerciement à l’attention du jeune homme puis retourna dans sa chambre par le même chemin. Elle se débarrassa, s’assit sur son lit et ouvrit le sachet de papier avant de se figer de stupeur. Elle attrapa rapidement son téléphone.
« Comment as-tu su ? »
Le sac renfermait en effet ses plats préférés du meilleurs Thaï du quartier. Se léchant les lèvres avec envie, elle sortit les boîtes avant d’attaquer avec appétit et plaisir son diner. Elle prenait tellement bonheur à savourer son repas qu’elle n’entendit pas son téléphone mais, une fois rassasiée, elle s’apprêtait à le remercier quand elle vit qu’il lui avait répondu.
« Je tiens à toi Kate et j’écoute tout ce que tu me dis, même si ça te parait minime ou anodin. Régale-toi surtout. »
Touchée par les propos de Castle, Beckett commença à se poser mille questions. Dans quel type de relation s’était-elle lancée ? Elle était consciente de ne pas pouvoir faire marche arrière sous peine de faire souffrir une petite fille de cinq ans qui avait déjà ravi son cœur et qui avait elle aussi eu son quota d’abandon dans sa si courte vie…
« C’était excellent merci. Je n’en reviens pas que tu es commandé mes plats préférés ! »
Le cœur de la brunette battait à tout rompre dans sa poitrine. Elle n’avait que dix-neuf ans et la tournure de son attachement aux Castle multipliait ses craintes. Elle ne savait pas vraiment ou tout ça allait aboutir mais elle était consciente qu’ils étaient devenus son roc, son étoile polaire dans ce monde qui avait perdu tout repère depuis la mort de sa mère. Elle était terrifiée et en même temps elle était heureuse… Alors qu’elle mettait les restes dans le frigo et ce qui devait être à la poubelle, elle entendit un bruit sourd dernière sa porte suivi d’un bruit de verre cassé. Son père venait de s’effondrer ivre mort le long de sa porte et, dans sa chute, avait fracassé sa bouteille sur le sol.
-« Bon et bien demain matin je devrais partir par la fenêtre… Une fois de plus… Tu m’épuises Papa… » marmonna le cœur lourd la jeune femme alors que de nouvelles larmes venaient inonder ses magnifiques yeux hazel.
« Je t’ai juste pris ce que moi je préfère… Passe une bonne nuit et prends soin de toi. A bientôt. »
Ce dernier message de Castle lui réchauffa le cœur et, alors qu’elle se glissait sous les couvertures, Beckett attrapa le premier roman de Castle que sa mère lui avait offert un jour. C’est en relisant ses passages préférés qu’elle s’endormit un fin sourire aux lèvres.
Pendant les six jours que dura l’hospitalisation de la petite Alexis, Beckett se rendit quotidiennement au chevet de la fillette pendant ses pauses déjeuners. En effet, Esposito s’était arrangé avec son contact au dispatch pour qu’ils aient le 32e secteur chaque jour. Ce n’était pas non plus totalement désintéressé puisqu’une certaine infirmière lui avait tapé dans l’œil… Ce que, bien sûr, Beckett ne manquait jamais de lui faire remarquer…
Chapitre 18 : Home Sweet Home
Le jour de la sortie d’Alexis coïncida avec le jour de repos de Beckett et c’est sans surprise que Lanie la vit arriver le sourire aux lèvres. Depuis leur première discussion le jour de l’opération, les deux jeunes femmes avaient noué une certaine complicité et prenaient plaisir à discuter ensemble tous les jours. Elles avaient échangé leurs numéros et, en plus de Castle, la brunette passait ses soirées à parler par messages interposés avec la métisse.
-« Mazette ! Quel sourire ! »
-« Je suis heureuse qu’Alexis aille suffisamment bien pour rentrer chez elle. Elle va pouvoir retrouver son univers et son rythme bien à elle. »
-« Mouais… C’est ce que tu veux bien dire mais… J’ai ressenti un lien très fort entre toi et l’écrivain qui sert de père à ce petit ange. »
-« C’est normal, nous sommes amis, » répondit Beckett comme si de rien n’était et ignorant le sourire narquois de sa nouvelle amie en prenant le chemin de la chambre de l’enfant.
-« C’est seulement que… »
-« Je pense que ça ne te regarde pas Lanie, » coupa la jeune femme mal à l’aise d’être sous l’œil vif de la métisse.
-« Certes mais j’ai des yeux pour voir et ce que je vois, ce que tout le monde voit, c’est deux êtres qui se plaisent. »
-« Quoi ? » s’exclama la brunette incrédule.
-« Et, visiblement, vous êtes les seuls à ne pas vous en rendre compte ou bien à ne pas vouloir vous en rendre compte… »
Cette dernière remarque fit stopper net Beckett qui se retourna vers Lanie. Cette dernière eut le temps d’apercevoir toute une multitude d’émotions dans les yeux si expressifs de sa nouvelle amie avant que la brunette ne les verrouille pour reprendre un masque d’impassivité.
-« Kate, je ne dis pas ça pour te mettre mal à l’aise mais pour te faire ouvrir un peu les yeux… »
-« Comme je te l’ai déjà dit Lanie, ça ne te regarde en rien. »
Devant le regard buté et fermé de la brunette, la métisse décida de ne pas insister plus et les deux jeunes femmes reprirent leur chemin en direction de la chambre d’Alexis.
-« Kate ! » s’exclama la fillette ivre de joie en tendant ses bras vers sa grande amie. « Mais ce n’est pas l’heure de manger… »
-« Non mais comme mon jour de repos coïncidait avec ta sortie de l’hôpital, je me suis dit qu’on pourrait… Continuer notre journée de l’autre jour. Qu’en penses-tu ? »
-« Mais je ne peux plus rien faire avec ma jambe dans le plâtre… » bouda la fillette alors que Beckett la prenait doucement dans ses bras.
-« Tu sais que tu ressembles à ton père quand tu fais cette tête-là, » sourit la jeune femme en chatouillant doucement Alexis. « Et puis, ce n’est pas parce que tu ne peux pas trop bouger qu’on ne peut rien faire ! »
-« Comme quoi ? »
-« Je ne sais pas… Jouer à des jeux de société, regarder un dessin animé… Il y a plein de choses qu’on pourrait faire, j’en suis persuadée ! »
-« Comme construire une cabane dans le salon avec Papa et toi avant de regarder un dessin animé depuis la cabane ? » demanda la fillette les yeux pétillant de joie.
-« Oui, pourquoi pas, » sourit la jeune femme avec tendresse en imaginant ce que ça pouvait donner.
-« Papa, qu’en est-ce qu’on y va ? Je veux construire une cabane avec Kate et toi moi ! Vite ! »
-« Doucement Pumpkin, Nous aurons tout le temps d’en faire une et de savourer un film depuis notre cabane bien avant que Kate ne doive rentrer chez elle. »
Le médecin passa et leur donna les dernières instructions avant de les quitter avec la promesse de les revoir bientôt pour la radio de contrôle. Une fois qu’il fut sorti, Alexis se tourna vers Lanie avec un regard timide.
-« Dis-moi tout Chérie, qu’est-ce qui te tracasse ? »
-« C’est toi qui va venir à la maison pour la piqûre tous les jours ? » demanda-t-elle d’une petite voix.
-« Oh… Euh… » fit la jeune étudiante en médecine mal à l’aise en regardant Beckett puis Castle.
-« S’il te plait Papa… Lanie elle ai pas mal et je la connais et elle est gentille… »
-« Elle a peut-être autre chose à faire que de venir jusqu’à la maison pour te faire ta piqûre. Et puis, comment elle ferait les jours où elle travaille ici à l’hôpital ? »
-« Mais elle fait pas mal elle… » pleurnicha Alexis.
-« Et si on faisait un deal ma Chérie ? » proposa la métisse en se mettant à la hauteur de l’enfant. « Dans la mesure où tes parents sont d’accord… »
Beckett roula des yeux sachant que sa nouvelle amie faisait tout pour lui faire passer son message de plus tôt coute que coute.
-« Je viendrai les jours où cela sera possible. Pour les autres jours, je connais quelques collègues qui ont des doigts de fée et avec lesquelles tu ne sentiras rien du tout ! »
-« Promis ? »
-« Juré ! »
-« Papa, Kate, dites oui ! S’il vous plait… »
Une fois les modalités des visites de Lanie mises en place, Castle, Beckett et Alexis prirent la direction du loft. Dans la voiture, la fillette s’endormit contre la jeune femme et les deux adultes discutèrent calmement. Une fois arrivés devant l’immeuble, la brunette s’occupa de la petite pendant que l’écrivain prenait le sac et les béquilles.
-« Monsieur Rick, Mesdemoiselles Kate et Alexis ! Quel plaisir de vous revoir parmi nous ! Comment va la petite ? »
-« Un peu fatiguée mais c’est sa première sortie depuis presqu’une semaine. Ca ira mieux après une bonne nuit de sommeil à la maison, » sourit Castle en passant une main dans les cheveux de sa fille.
-« Les gens de l’immeuble se sont cotisés et m’ont envoyé acheter une petite surprise pour Mademoiselle Alexis. Vous la trouverez sur le guéridon de votre entrée Monsieur. »
-« Merci beaucoup mais il ne fallait pas… » remercia Castle touché par le geste. « Tu viens Kate, Pumpkin doit commencer à sérieusement peser… »
Une fois au loft, Beckett installa Alexis sur le canapé pendant que l’écrivain rangeait les affaires du sac et se mettait à l’aise. Lorsqu’il réapparut, il avait les bras chargés de couvertures et de coussins ce qui amusa beaucoup la jeune femme.
-« Je t’ai mis une tenue d’intérieur dans la salle de bain d’Alexis au cas où tu voudrais te mettre à l’aise. »
-« Kate ? » appela alors la voix endormie d’Alexis.
-« Oui ma Puce ? » répondit la jeune femme en s’agenouillant pour se mettre à sa hauteur. « Qu’est-ce qu’il y a ? »
-« Tu veux bien m’aider à me mettre en pyjama ? Je sais qu’on est le matin mais je suis fatiguée… Et puis, si Papa et toi vous êtes en tenue d’intérieur, je peux être en pyjama, non ? »
-« Voyons déjà pour te mettre toi en pyjama ! » sourit la jeune femme en prenant la fillette dans ses bras. « Est-ce que tu as faim ? »
-« Un peu oui… »
-« Ne vous en faites pas toutes les deux, je m’occupe de tout ! »
-« Papa, pas de smorlettes ! C’est trop pas bon et ça va faire fuir Kate et moi je veux pas ! »
-« Rabat-joie ! » sourit Castle en les voyant disparaitre à l’étage en discutant joyeusement.
A l’étage, les deux filles s’amusaient comme des petites folles sur le lit de la petite, se chatouillant, se chamaillant jusqu’à ce que l’aînée en arrive à crier grâce entre deux fous-rire. Elles se calmèrent, heureuse d’être ensemble puis Beckett aida Alexis à enfiler son pyjama.
-« Dis Kate, pourquoi tu mets pas les vêtements que Papa il a préparé pour toi ? Grams elle a voulu faire la belle une fois mais après elle avait mal partout, depuis elle met une tenue d’intérieur elle aussi. »
-« Bon d’accord. Attend-moi, je te rejoins dans un instant. »
Quelques minutes plus tard, elles redescendirent et, après avoir déjeuné dans la joie et la bonne humeur, ils passèrent une bonne partie de l’après-midi à faire des jeux de société, des dessins ou encore raconter des histoires. Fatiguée, Alexis finit par s’endormir sur le canapé pendant que Castle et Beckett se mettaient à préparer le diner.
-« Merci pour cette journée, » sourit l’écrivain tout en coupant les légumes.
-« Tu n’as pas à me remercier voyons. J’avais promis une journée entière à Alexis et, pour moi, une journée avec une opération au milieu n’est pas conforme à ma promesse. »
-« Ca n’a pas de prix pour elle. Je ne te remercierai jamais assez d’ailleurs. Tu lui as redonné une étincelle dans les yeux qu’elle avait perdue depuis longtemps. »
Touchée par les paroles de Castle, Beckett ne sut pas quoi répondre. Elle resta un moment silencieuse tout en s’abonnant à sa tâche. Au moment où l’écrivain allait dire quelque chose pour que le malaise passe, la jeune femme prit la parole.
-« Alexis m’a redonné le sourire tu sais… »
Emu par l’aveu de sa compagne, le jeune homme décida de continuer la conversation comme si de rien n’était. Ils passèrent un agréable moment ensemble à discuter, apprenant encore un peu plus à se connaître et y prenant un grand plaisir. L’amitié entre eux était vraiment forte, par moment ils finissaient les phrases de l’autre voire même ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre. C’était assez curieux, effrayant et grisant en même temps mais c’était eux. Jamais encore la jeune femme n’avait connu une telle chose. Elle n’avait que dix-neuf ans et cela lui faisait peur, elle aurait dû fuir mais elle s’y refusait, c’était déjà trop tard…
Chapitre 19 : Une soirée hors du temps
Alors qu’ils allaient passer à table, Martha arriva au loft les bras chargés de paquets.
-« Richard, je suis rentrée ! » s’annonça la rouquine avec enthousiasme. « Je me suis arrangée pour me faire remplacer par ma doublure pour être avec ma petite-fille chérie ! Oh Kate ! Darling ! Quel plaisir de vous voir ici ! Vous allez bien ? »
-« Très bien Martha, merci. Et vous ? » répondit avec un sourire sincère la jeune femme en acceptant un chaleureux baiser de l’actrice.
-« Beaucoup mieux maintenant que mes petits sont enfin de retour à la maison ! » répondit avec émotion Martha en s’asseyant à leurs côtés à table.
-« Je vais te chercher un couvert, » sourit Castle en se levant, heureux de l’interaction entre sa mère et son amie.
Le diner se passa dans la joie et la bonne humeur puis Martha offrit les ‘quelques’ petits présents qu’elle avait rapporté pour tout le monde y compris Beckett qui en fut plus que surprise.
-« Darling, je vous ai pris ce petit quelque chose car j’ai immédiatement pensé à vous quand je l’ai vu dans la vitrine de la boutique. Je savais que je vous reverrai et donc que j’aurai l’occasion de vous l’offrir. »
-« Oh mais il ne fallait pas Martha, » répondit la jeune femme mal à l’aise et gênée.
-« Allons, allons ! Vous êtes là pour ma famille et vous leur avez redonné le sourire ! C’est normal que je vous remercie voyons. Allez, ouvrez vite que je sache si ça vous plait ! »
Timidement, Beckett souleva le couvercle de la boîte pour découvrir un superbe pull tout à fait dans ses goûts. Si elle l’avait vu dans une vitrine, elle serait entrée dans la boutique pour l’acheter. Les larmes aux yeux, elle releva son visage vers Martha.
-« Merci, c’est magnifique, » dit-elle la voix pleine d’émotions.
-« Bon, les enfants, ce n’est pas tout mais je suis fatiguée ! Je vais profiter de cette soirée de relâche pour me refaire une peau de bébé ! Bonne nuit Richard ! Bonne nuit ma petite Alexis et bonne nuit à vous Kate ! Au plaisir de vous revoir très bientôt ! » dit Martha en disparaissant à l’étage après avoir déposé une bise à chacune des trois personnes présentes autour de la table.
-« Papa, on peut commencer à faire notre cabane maintenant ? » demanda alors la voix fluette d’Alexis.
-« Tu me laisses débarrasser la table et je te promets qu’on s’y attèle tout de suite après, » sourit Castle devant l’impatience de sa fille.
-« Et si je m’occupais de débarrasser et de ranger pendant que vous, les Castle, vous vous occupez de construire cette fameuse cabane dont j’entends parler depuis que nous avons quitté l’hôpital. »
-« Je ne vais quand même pas te laisser tout faire Kate ! Ce n’est pas juste ! »
-« Puisque je te le propose Castle, » répondit Beckett en roulant des yeux. « Allez, file jouer avec ta fille au lieu de dire des âneries ! Je m’occupe du reste. »
La jeune femme rassembla les assiettes et, sans un mot de plus, prit la direction de la cuisine. L’écrivain la regarda un instant avant de se tourner vers Alexis.
-« Bon, puisque nous avons du temps devant nous, que dirais-tu Pumpkin de commencer notre construction afin de montrer à Kate de quoi, nous, les Castle, sommes capables ? »
-« Oh oui Papa ! » s’exclama la fillette pleine d’entrain en enroulant le cou de son père au moment où il la soulevait dans ses bras. « Il faut que la cabane elle soit grande pour nous trois et confortable et aussi solide ! Oh ! Et belle aussi, comme ça Kate elle aura envie d’en refaire elle aussi ! »
-« Tout un programme en quelque sorte, » sourit Castle en déposant Alexis sur le canapé. « Mon petit génie de la construction pense-t-elle que nous avons suffisamment de munition avec tout ce que j’ai déjà apporté ? »
-« Bah non Papa ! Ce sera pas assez confortable ! Pourquoi tu prends pas les couvertures de ta chambre ? Elles sont trop confortables et tout et tout ! Allez s’te plait… C’est trop bien quand tu les prends pour faire la cabane et pour se coucher c’est trop bien ! »
-« A tes ordres Pumpkin ! » sourit l’écrivain en prenant la direction de sa chambre. « Ne commence pas sans moi ! »
-« Comme si je pouvais faire quelque chose, » soupira Alexis avant de se tourner vers la cuisine. « Tu t’en sors Kate ? »
-« Oui ma Puce, ne t’en fais pas, » répondit la jeune femme en souriant. « Ce n’est pas une tâche très difficile et puis ça te laisse un peu de temps toute seule avec ton Papa. »
-« Mais j’aime bien être avec toi moi… »
-« Alexis, je suis restée avec toi toute la journée et, une fois ta cabane fabriquée, je serai de nouveau auprès de toi ! Et puis… Quelque chose me dit que la construction est un grand moment entre ton Papa et toi, je me trompe ? »
-« Non… Même Grand-Mère nous regarde faire, » approuva en souriant la fillette.
-« Alors profite de ce moment. Je ne suis pas loin de toute manière. »
-« Me revoilà ! » s’annonça alors Castle, provoquant l’hilarité générale car il disparaissait complètement sous une montagne de couvertures. « Les couvertures de Mademoiselle Castle sont avancées. »
-« Cool »
Pendant la demi-heure qui suivit, Beckett rangea la cuisine et les restes du repas tout en observant le manège du père et de sa fille. Stratégies, franche camaraderie et fous-rires ponctuaient la création typiquement ‘Castle’ dans sa démesure.
-« Kate ! On a fini nous, tu en es où toi ? » appela soudain Alexis.
-« Mais j’ai terminé ma Puce, » sourit Beckett en s’approchant doucement. « Ca va faire cinq bonnes minutes que je vous observe avec attention. »
-« Elle est belle hein ma cabane ? » demanda la fillette avec fierté.
-« Très ! Mais je pense que tu peux aussi remercier ton père pour ça, non ? »
-« Si, tu as raison Kate. Merci Papa ! Tu es le meilleur Papa du monde entier ! » s’exclama Alexis avant de se pendre au cou de son père.
-« Waouh ! Merci Pumpkin ! Tu es un amour de fille toi aussi, » souffla Castle en serrant l’enfant dans ses bras. « Bon, et que souhaites-tu regarder ce soir depuis notre cabane de douceur ? »
-« Mulan ! » s’exclama bruyamment la fillette avec enthousiasme.
-« J’aurai dû le parier, » soupira l’écrivain. « Kate, tu veux bien aider Alexis à s’installer confortablement pendant que je mets Mulan à la télé ? »
-« Aucun problème Castle et arrête de râler car j’ai mes sources… Sources selon lesquels une certaine personne avait une réelle fascination pour un certain super héro masqué et porteur d’une cape…. »
-« Lalalalala ! Je n’ai rien entendu ! » s’exclama le jeune homme en s’éloignant rapidement faisant rire les deux femmes.
Lorsque Castle revint s’installer dans la cabane, il ne put empêcher son cœur de fondre à la vision qui se présentait à lui. Beckett était confortablement installée dans leur abri de fortune en position semi-assise et Alexis avait trouvé sa place contre elle tout en jouant avec son singe en peluche qu’elle avait trouvé sur le ventre de la jeune femme.
-« Je peux ? » demanda doucement l’écrivain ne voulant pas les déranger.
-« Bien sûr ! Viens Papa ! » sourit la fillette en tapotant la place à côté d’elle. « Mets-toi là parce que, comme ça, je serai entre toi et Kate. Il ne manque plus que Grand-Mère et je serais dans les bras des trois personnes que j’aime le plus au monde en dehors de Donkey Monkey ! »
Castle s’installa donc en jetant un regard incertain à Beckett mais fut soulagé de la voir sourire malgré l’émotion et les angoisses qu’il pouvait lire dans ses yeux si expressifs. De son côté, la jeune femme décida de mettre temporairement un mouchoir sur ses peurs pour profiter pleinement du moment présent, l’altercation avec son père encore très vive dans son esprit.
-« Alors, qu’est-ce que c’est que ce film ? Mulan ? »
-« Tu connais pas Mulan ? » s’exclamèrent les deux Castle en regardant leur amie d’un air dubitatif.
-« Euh… Non… »
-« Tu vas voir c’est trop bien ! C’est une jeune chinoise qui va se battre contre les envahisseurs même si elle a pas le droit parce que c’est une fille et… »
-« Stop Alexis ! Tu ne vas pas tout raconter à Kate quand même… »
-« Oh ! Pardon… » fit la fillette en se couvrant la bouche avec sa main. « Je suis désolée Katie, c’est juste que j’aime tellement ce dessin animé… »
Inconsciente de l’émotion qu’elle venait de susciter chez Beckett, la rouquine se blottit un peu plus dans les bras de la jeune femme. Cette dernière tenta de faire passer la boule qui avait élue domicile dans le milieu de sa gorge à l’évocation de ce surnom qu’elle n’avait plus entendu depuis des mois. Castle remarqua tout de suite les yeux embués de larmes et la respiration subitement difficile de la jeune femme. Inquiet, il posa une main sur l’avant-bras qui entourait sa fille.
-« Ca va ? » articula-t-il sans un mot.
La jeune femme lui répondit d’un simple hochement de tête avant de reprendre tant bien que mal à l’intention d’Alexis.
-« C’est… C’est ce que j’avais cru comprendre. Et si on le regardait ? »
Cela faisait à peine une vingtaine de minutes que le film avait commencé quand l’écrivain se rendit compte que sa fille s’était profondément endormie dans les bras de la jeune officier. Avec un sourire attendri, il remonta sur Alexis la couverture et reporta son attention sur son amie.
-« Tu veux qu’on se mette plus à l’aise ? Sur le canapé par exemple… » proposa Castle.
-« Non, c’est gentil mais en fait, j’aime bien ce cocon que tu as créé avec la Puce. Je m’y sens bien et le quitter serait comme trahir la confiance qu’Alexis a placée en moi… »
-« Merci Kate. »
-« Non merci à toi pour ta présence et ton soutien. Merci aussi de ne pas me pousser à te parler quand je ne m’en sens pas la force… »
-« J’apprends la patience avec toi mais je sens au plus profond de moi que c’est pour la bonne cause. Je ne sais pas comment l’expliquer mais… Je sais que c’est important et que tu me parleras quand tu estimeras que le moment sera opportun, quand tu auras confiance en moi aussi. »
Le silence se fit pendant un moment, chacun d’entre eux perdu dans ses pensées pendant que le dessin animé défilait toujours sous leurs yeux.
-« Mes parents m’appelaient toujours Katie, » dit soudain Beckett d’une toute petite voix. « Mais quand Maman est morte, Papa a arrêté… Personne ne m’a plus appelé comme ça depuis… »
-« Je suis désolé Kate… » répondit l’écrivain compatissant en posant à nouveau sa main sur son avant-bras. « Je vais dire à Alexis de ne plus t’appel… »
-« Non ! Je t’en prie ! Laisse-la m’appeler comme elle veut ! En fait, même si ça m’a surprise, ça m’a fait du bien d’entendre quelqu’un auquel je tiens et qui tient à moi m’appeler ainsi. »
-« Alors je ne dirai rien, promis. »
-« Elle me manque tu sais… Ma mère je veux dire… » souffla alors la jeune femme avec émotion alors qu’elle fuyait son regard. « Elle était toujours de bonne humeur, trouvait toujours du temps pour moi, même quand elle travaillait sur de gros dossiers… »
Une larme solitaire s’échappa et Castle la recueillit avec douceur faisant relever le visage de Beckett par la même occasion.
-« Je n’en doute pas une seule seconde car, pour avoir eu une fille aussi merveilleuse que toi, ta mère ne pouvait qu’être exceptionnelle… »
Le couple discuta un long moment de Johanna Beckett et finit par s’endormir dans la cabane blottis au plus près sachant qu’Alexis se trouvait toujours entre eux. C’est ainsi que Martha les découvrit un peu après minuit quand elle descendit se chercher un verre. Elle s’approcha doucement et ne put empêcher le sourire qui étira ses lèvres quand elle s’aperçut que, dans leur sommeil, leurs mains s’étaient liées, leurs doigts enlacés au dessus de la fillette. Touchée par l’image sous ses yeux, elle s’empressa d’aller chercher son polaroïd et revint pour les prendre en photo. Elle en prit une pour Alexis, une pour son fils et enfin une dernière qu’elle glissa discrètement dans le sac à main de Beckett. Sans bruit et sans se faire remarquer, elle remonta dans sa chambre, heureuse pour sa famille et pour cette jeune femme qui semblait en avoir autant besoin qu’eux.
Chapitre 20 : Brisée
Le lendemain matin, Beckett fut la première à se réveiller. Tout d’abord elle se sentit bien, cela faisait des semaines, des mois qu’elle n’avait pas aussi bien dormi. Lentement, elle reprit conscience de son environnement, le poids contre sa poitrine, sa main emprisonnée, la douce chaleur qui l’enveloppait… Elle ouvrit alors timidement ses yeux pour rencontrer une masse rousse et tout lui revint en mémoire : la journée de la veille, la soirée en famille et la discussion sous la cabane… Après, elle ne se souvenait de rien du tout avant son réveil. C’est alors qu’elle se rendit compte que la main qui était liée à la sienne ne pouvait être que celle que Castle, celle d’Alexis étant bien trop petite pour envelopper sa main de cette façon. Le plus discrètement possible, elle la récupéra mais réveilla l’écrivain.
-« Bonjour, » marmonna le jeune homme encore endormi en se frottant les yeux pour en chasser le sommeil. « Tu as bien dormi ? »
-« Merveilleusement merci et toi ? »
-« Ca faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé, » sourit Castle en s’étirant doucement.
-« Mon Dieu ! Quelle heure est-il ? » s’exclama soudain la jeune femme en se redressant, oubliant temporairement Alexis qui dormait sur elle.
-« Humm… » grogna la fillette avant de s’assoir en bâillant. « Qu’est-ce qui se passe… »
-« Oh ma Puce, je suis désolée pour ce réveil en fanfare… » s’excusa Beckett en déposant un baiser dans les cheveux de l’enfant. « Je viens juste de me réveiller et j’ai peur d’être en retard pour le travail… »
-« Il est six heures et demi du matin donc tu as même le temps de te préparer tranquillement et d’être à l’heure au poste. »
-« Mais je dois passer chez moi pour me changer ! »
-« Kate, tu vas être en uniforme toute la journée ! Tu peux bien porter les mêmes vêtements d’hier matin sachant que tu as passé le reste du temps en tenue d’intérieur ! Ce n’est donc pas comme si tu venais de passer vingt-quatre heures dans les mêmes habits ! »
-« Tu crois ? »
-« J’en suis sûr ! Et si tu es tellement mal à l’aise avec ça, tu n’as qu’à venir avec une tenue de rechange la prochaine fois, juste au cas où, » sourit malicieusement l’écrivain en prenant sa fille dans ses bras tel un bouclier.
-« C’est ça ! Prends ta fille blessée pour te défendre ! » ironisa Beckett en roulant des yeux. « En attendant, moi je file me préparer ! A bientôt ma Puce. »
La jeune femme embrassa la fillette avant de disparaitre dans l’escalier. Elle redescendit une demi-heure plus tard pour trouver Alexis profondément rendormie sous la cabane et Castle dans la cuisine en train de préparer des pancakes.
-« Je peux savoir ce que tu fais ? »
-« Je nourris mon officier de police préférée, » répondit naturellement le jeune homme. « Si tu veux bien prendre place, tout est prêt et j’ai demandé au potier de te commander un taxi. Comme ça tu n’auras pas à courir pour être à l’heure… »
-« Depuis quand je n’ai plus voix au chapitre ? » s’enquit la jeune femme somme toute touchée par l’attention de son ami pour elle.
Ce n’est qu’une fois au poste de police après avoir profité de l’écrivain et du délicieux repas qu’il lui avait préparé que Beckett découvrit le polaroïd glissé par Martha dans son sac à main. L’attention lui fit chaud au cœur, elle se sentait inclue dans leur famille dans tous les sens du terme mais ce qui la toucha par-dessus tout fut la sérénité qui se dégageait de leur innocente étreinte nocturne. Tous les trois avaient vraiment l’air d’une famille unie… Un père, une mère et leur enfant… Elle repensa alors à une photo similaire d’elle au milieu de ses parents dans leur lit quand elle était petite et son cœur se gonfla d’un mélange de tristesse et de tendresse. Avec un fin sourire, elle ouvrit son casier et colla à l’intérieur de la porte la photographie chère à son cœur aux côtés de celle de ses parents. Elle arrêta alors son regard sur la photo de sa famille avant de fermer les yeux un instant. Elle savait au plus profond de son cœur qu’elle les aimait toujours ses parents même si elle avait conscience qu’elle se construisait une famille de cœur avec Castle, Alexis et même Martha. Le pull et le polaroïd le prouvaient bien. La seule chose qu’elle espérait par-dessus tout était que sa mère comprendrait et que, malgré tout, elle saurait qu’elle ne l’oublierait pas, qu’elle ne l’oublierait jamais… Johanna serait toujours dans son cœur et Beckett savait au plus profond d’elle-même qu’elle ferait en sorte que les monstres derrières le meurtre de sa mère croupissent un jour derrière les barreaux et payent pour se qu’ils leur avaient fait subir. Ses pensées dévièrent alors vers son père qui, en se détruisant, la détruisait à petit feu. Elle espérait que cela changerait vite parce que, quoiqu’il puisse se passer, elle les aimait de tout cœur. Une larme solitaire s’échappa de ses yeux alors qu’elle déposait un baiser sur la précieuse photo à l’aide de son index. En se retournant, elle l’écrasa et se trouva nez à nez avec Espo qui leva les deux mains en signe de défense.
-« Espo, je voulais m’excuser pour l’autre jour… Je sais que tu ne voulais pas mal faire, c’est jute que… »
-« Tu es quelqu’un de secrète qui aimes protéger sa vie privée, j’ai compris tu sais. »
-« Mais je n’aurais pas dû te parler comme je l’ai fait. J’en suis vraiment désolée… »
-« Je te remercie pour tes excuses qui sont acceptée avec plaisir. Je sais que tu me parleras le jour où tu seras prête mais, en attendant, je ne te demande rien. Bon, on va bosser maintenant ? Le 24ème secteur nous attend ! »
-« Ah ! Nous sommes de nouveau affectés au 24ème ? » sourit la jeune femme en lui emboitant le pas.
-« Et oui, nous n’avons plus de raison de trainer autour de l’hôpital pour enfants. A moins que tu souhaites que je m’arrange pour être dans un certain secteur pour pouvoir continuer à voir régulièrement une certaine famille ? Je peux m’arranger… »
-« Je te demanderai peut-être certains jours mais pas de manière quotidienne… Allez, allons nous amuser sur le secteur 24 ! »
A la suite de la sortie d’hôpital d’Alexis, les jours et les semaines passèrent rapidement ponctués par de régulières visites aux Castle pour Beckett. Elle passait l’ensemble de ses jours de congés soit avec sa nouvelle famille soit avec sa nouvelle amie Lanie, se ressourçant auprès d’eux. Ce soir-là, après avoir à nouveau passé la nuit chez Castle, elle se décida à rentrer chez elle le cœur lourd à l’idée de retrouver son père à nouveau ivre mort. En arrivant devant la maison, elle se figea face au désastre qui l’attendait. Le jardin était dévasté, les plantations réalisées avec amour et patience par sa mère avaient été arrachées et jetées avec rage dans toutes les directions, un carreau de la fenêtre du salon était cassé et la porte d’entrée était ouverte. Tous ses sens en alerte, la jeune femme sortit son portable qu’elle garda en main avant de pénétrer lentement et précautionneusement dans la maison.
-« Papa ? Tu es là ? » appela doucement la jeune femme inquiète. « Papa ? »
N’obtenant pas de réponse, elle avança plus franchement dans la maison, cherchant à repérer tout objet ayant potentiellement disparu au milieu du capharnaüm qui régnait dans les pièces. Cependant, rien ne semblait manquer. En arrivant dans le salon, elle se stoppa et sentit le sang et la colère monter en elle quand elle se rendit compte que l’auteur de ce carnage n’était autre que son père.
-« Papa ! Arrête ! » s’écria Beckett en s’élançant vers son père pour l’empêcher de jeter rageusement sur le sol le vase préféré de sa mère.
-« Tiens une revenante ! » lâcha hargneusement Jim de sa voix pâteuse dû à la quantité d’alcool qu’il avait déjà ingurgité. « Je suis surpris que tu te souviennes encore que tu as un père ! »
-« L’alcool te rend méchant Papa, » répondit doucement la jeune femme les larmes aux yeux face à la hargne de son père.
-« L’alcool ? Je dirai plutôt l’ingratitude des femmes qui m’entourent ! Ou devrais-je dire qui m’entouraient car, après ma femme, c’est ma fille qui m’abandonne ! Et pourquoi ? Ou devrais-je plutôt dire pour qui car ça ne peut pas être autre chose qu’un petit con de mes deux qui vient te fourrer. Si ça te fait oublier tant mieux mais moi je n’ai que ça, l’alcool, pour oublier que tu me délaisses, que tu en as plus rien à foutre de moi ! Tu ne m’as jamais aimé ! Tu as toujours préféré ta mère de toute façon ! »
-« Comme si tu étais seul Papa ! Je rentre en moyenne six soirs sur sept à la maison pour ramasser tes cadavres et donner à cette maison un semblant de normalité ! Alors oui, le reste du temps, je décompresse avec mes amis mais ça n’a rien à voir avec un quelconque mec ! Ces personnes que tu ne connais pas m’apportent ce que toi tu me refuses depuis la mort de Maman ! Au lieu de ça, tu préfères te pourrir la vie et me pourrir la mienne par ricocher ! »
-« Tu parles ! Fous-toi de ma gueule aussi pendant que tu y es ! Avec toi, ça a toujours été une histoire d’écarter les cuisses en grand ! Ne crois pas que je n’étais pas au courant de tes escapades et de tes conneries ! Mais je me doute que c’est beaucoup plus… Gratifiant pour toi que de passer du temps auprès de ton pauvre père ! »
-« Je n’ai pas couché avec lui ! Je ne l’ai même pas embrassé ! Tu ne sais plus rien de moi et tu en as rien à foutre de toute façon ! Tu ne t’intéresses plus à moi depuis que Maman est morte… Lui, alors que je ne le connaissais pas s’est intéressé. Il se préoccupe de moi, il fait attention à moi ! »
Des larmes de frustrations et de douleurs envahirent les yeux de Beckett qui refusa de les laisser couler devant son père. Elle serra les poings avec force pour se contenir encore un peu.
-« Tu parles ! Comme si j’allais te croire quand tu dis qu’il te baise pas ! Pas au vu de la fréquence où tu m’abandonnes pour le retrouver ! Et mon petit doigt me dit même qu’il doit être un excellent coup ! Hein ! Dis-moi à quel point tu prends ton pied ! Une fois ? Deux fois ? Trois fois par nuit ? Humm… Peut-être même plus ! T’es vraiment qu’une trainée ! Bien comme ta mère tiens ! L’oiseau ne tombe jamais loin du lit comme on dit ! Je devrais le savoir puisqu’elle a préféré trouver le moyen de se foutre dans la merde jusqu’au cou et se faire descendre ! »
-« Je… Je t’interdis de parler de Maman comme ça ! Elle n’a jamais voulu nous quitter ! Elle n’a jamais voulu mourir et nous laisser ! » hurla alors le jeune femme perdant toute retenue.
Après son coup d’éclat, Beckett se sentit vidée de toute énergie face à cet homme qui n’était plus son père, face à cette ombre qui avait l’apparence de l’homme qui l’avait élevée mais qui n’était qu’un individu mauvais et malsain. Elle n’en pouvait plus de lutter contre lui, d’enfouir ses sentiments qui la minaient au plus profond d’elle-même. Une hargne sans nom s’empara alors d’elle et la rébellion gronda en elle. Sa décision était prise : elle allait le laisser se détruire mais il ne l’emporterait pas avec lui dans sa chute.
-« C’est fini Jim. J’en ai plus qu’assez. Tu ne mérites même plus que je t’appelle Papa car, pour le moment, tu n’as plus rien de l’homme merveilleux qui a fait de moi la femme que je suis aujourd’hui… Si tu veux te démolir, fais-le. Mais ce sera sans moi… Je ne te ferme pas la porte à tout jamais. Le jour où tu auras repris tes esprits, je serai là et je t’aimerai comme je n’ai jamais cessé d’aimer mon père. Mais là, devant moi se dresse aujourd’hui un parfait inconnu… Et ça fait mal… »
La jeune femme avait prononcé ces paroles sans élever la voix mais avec toute la douleur qu’elle ressentait au plus profond de son cœur. Son discours avait temporairement figé Jim et elle en profita pour faire demi-tour et partir le plus calmement possible vers sa chambre, son refuge pour s’y enfermer à double tours. Une fois sa tâche accomplie, elle s’adossa au montant de bois et laissa enfin libre cours à sa peine qu’elle déversa en sanglots incontrôlés. Cependant, quelques minutes plus tard, du couloir lui parvinrent les pas trainants mais furieux de son père qui se stoppèrent devant sa porte. Rapidement, l'homme ivre se mît à tambouriner avec force contre le battant fermé.
-« Ouvre cette porte ingrate sans cœur ! Je n'en ai pas terminé avec toi ! » vociféra l'homme en redoublant d'ardeur.
-« Toi peut-être mais moi j'en peux plus ! Laisse-moi ! »
-« Que je te laisse ? Non mais tu te fous de ma gueule ou quoi ? On en aura fini quand je l'aurai décidé ! Maintenant ouvre-moi ! Tout de suite ! » s'égosillant Jim en furie.
Effrayée, Beckett s'éloigna de la porte quelle sentait de plus en plus vibrer sous les coups répétitifs de son père.
-« J'te préviens, si t'ouvres pas immédiatement, j'enfonce cette putain de porte ! »
Jim avait à peine fini sa phrase qu'il joignit le geste à la parole et, au deuxième coup, les gons cédèrent permettant à l'homme vacillant et se massant l'épaule de douleur. La fureur se lisait dans chacun de ses traits.
-« Tu me dois le respect ! N’oublie pas que je suis ton père ! Que peu importe ton âge, je peux toujours t’en coller une ! » cracha-t-il avec hargne.
Rendu complètement fou par l’alcool et la rage, Jim bouscula violemment sa fille et commença à saccager cette pièce, le sanctuaire de sa fille comme le reste de la maison. Après avoir renversé rageusement l’étagère de livres de sa fille, il s’approcha du coin qu’elle avait aménagé avec bouilloire, cafetière, micro-ondes et frigo avant de renverser tout ce qui se trouvait dessus.
-« Si t’es pas contente, t’as cas prendre tes clics et tes clacs et dégager ! J’ai pas besoin d’une sale garce qui se fait sauter sans se préoccuper de son père, » hurla-t-il en se penchant et tendant sa main vers le dessin d’Alexis.
Le cœur de Beckett manqua un battement quand elle comprit ce qui risquait de se passer aussi se précipita-t-elle vers son père.
-« Non ! Arrête Papa ! » s’écria la jeune femme en attrapant son bras pour le retenir. « Pas ça ! »
-« Je t’interdis de me toucher sale pute ! Dégage ! » vociféra Jim en la repoussant avec force avant de la gifler de toutes ses forces.
Le choc fut si violent qu’elle tomba en arrière, sonnée, en regardant effrayée son père comme si c’était un monstre et non plus l’homme qui l’avait élevé et aimé. Pendant ce temps, Jim se détourna avec dédain.
-« Je n’avais plus de femme, maintenant c’est ma catin de fille qui m’abandonne. T’es vraiment comme ta salope de mère... » annonça l’homme sentencieux en disparaissant sans un regard en arrière pour sa fille en pleurs.
Beckett resta un long moment assise sur le sol de sa chambre à contempler incrédule ce qu’il restait de son sanctuaire depuis des mois. Avec beaucoup de précaution, elle ramassa le dessin d’Alexis et le serra un instant contre son cœur avant de se relever doucement. Sans chercher à essuyer ses larmes, elle attrapa un sac et commença à y jeter deux trois affaires à la va-vite. Elle enfila sa veste, plia son précieux dessin dans sa poche et, au moment où elle s’apprêtait à sortir à son tour de la pièce, elle aperçut son père qui revenait avec une bouteille de vodka dans chaque main. Ne souhaitant pas avoir à nouveau à l’affronter, elle fit rapidement demi-tour avant de sortir silencieusement par la fenêtre. Après avoir appelé un taxi, elle se retourna une dernière fois vers la maison qui l’avait vu naître et grandir, vers la maison qui avait vu son plus grand bonheur mais aussi son malheur, bien décidée à ne plus jamais y revenir…