HypnoFanfics

Les masques

Série : Castle
Création : 20.03.2013 à 17h30
Auteur : cathy24 
Statut : Terminée

« Une enquête quelque part après 5x16 et avant le 5x24.  » cathy24 

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1ER CHAPITRE

Les jambes de la jeune femme tremblaient encore quand, en sueur, et le corps s’affaissant, sa chevelure s’éparpilla en cascade désordonnée sur le torse moite de transpiration de son amant.  Elle poussa un dernier soupir langoureux où se mêlèrent à l’unisson bien-être et abandon. L’homme l’entraîna quand il retomba sur le lit, dans un râle de plaisir  moins démonstratif mais tout aussi intense.

- Ouah ! Tu avais raison : c’était possible ! chuchota-t-il à son oreille en reprenant ses esprits.

- Pas un mot, pas une allusion à qui tu sais, murmura-t-elle à la sienne.

- Ils ne doivent plus s’en rappeler, depuis le temps.

- C’est le genre de scène que, vous les hommes, vous n’oubliez pas.

- Toi non plus apparemment, fit-il avec un sourire en coin et un regard moqueur.

- Touchée.  J’ai ta promesse ?

- Ok, mais je suis partant pour un bis quand tu veux, exprima l’homme.

- Sans problème, fit-elle en tentant de se redresser.

Il retint la femme, la fit basculer de nouveau vers lui, prit sa tête entre les mains et guida sa bouche vers la sienne.  C’était sans retenue, violent dans la gourmandise de se sentir si désireux l’un de l’autre encore après cette possession passionnée. Puis progressivement les langues s’assagirent, s’abandonnèrent, les lèvres se goûtèrent tendrement. Des sourires se formèrent désormais là où auparavant ne régnait que l’appétit de l’autre.                                                                                  

- Je suis jaloux, tu sais.

- De quoi ?

- Je pense au premier petit chanceux avec lequel tu as expér…

- … Veux-tu bien te taire, répondit-elle en ramenant une partie de l’oreiller sur le visage de l’homme. Pas question que je te fasse ce genre de confidence.

Il se dégagea et enchaîna :

- Même si  je te dis que c’est pour mes recherches ? Que je dois encore et toujours approfondir le sujet ?

Elle éclata de rire.

- Et toi en compensation, tu me raconterais ? Rajouta-t-elle le regard brillant de malice.

- Quoi ?

- Ta conquête la plus insatiable et je veux TOUS LES DETAILS, répondit-elle en appuyant sa demande d’un coup d’œil provocateur et d’un sourire tentateur.

- D’accord ! Mais donnant-donnant.

- Je t’écoute, fit-elle un peu vexée cependant qu’il acquiesce si aisément à sa demande.

- C’était lors d’une soirée où mère avait eu la bonne idée de s’éclipser pour un de ses week-ends « recherche de son moi-absolu » qu’elle affectionne et où ma fille était absente, je ne sais plus pour quelle raison.

- Cesse ces préliminaires.

- Habituellement, tu ne t’en plains pas!

Elle se glissa contre lui mais lui tourna le dos par bouderie ludique et il en profita pour coller son corps contre le sien et l’enrouler le plus possible de ses bras, continuant son récit en chuchotant à son oreille.

- Ce fut une nuit qui nous envoya littéralement au septième ciel … après bien sûr, qu’elle eût retiré… ce ridicule masque d’extra-terrestre qu’elle portait…

Elle lui fit à nouveau face le regard chargé de stupéfaction tandis qu’il éclatait de rire.

- Tu ne vas pas t’en tirer comme ça, espèce de dépravé !

Elle lui saisit le lobe de l’oreille droite et commença de le tordre.

Il eut une grimace plus de surprise que de douleur :

- Aïe ! Pomme, pomme, pomme ! Ok ! Ok !

Elle le relâcha et pour se faire pardonner, l’embrassa goulûment.

- Bon sang, s’exclama-t-il ! J’adore ces soirées où nous sommes seuls au loft. Je devrais peut-être virer ma mère une bonne fois pour toutes.

- Chut ! fit-elle en  posant son index sur ses lèvres. Je sais que tu  n’en feras rien  et je ne veux pas que tu l’envisages.

- Ok, fit-il, le cœur apaisé de voir que sa mère à domicile n’était toujours pas un obstacle pour la jeune femme.

Elle faisait une drôle de grimace.

- C’est quoi cette moue ?

- Monsieur l’écrivain, il va s’en dire que je ne veux  retrouver, notre… corps à corps de ce soir… dans aucun, j’ai bien dit, aucun, de tes prochains bouquins.

- Heu !

- Castle ?

- C’est bon ! Mais c’est bien dommage, compléta-t-il, les lecteurs auraient adoré et il faut savoir donner aux lecteurs ce qu’ils attendent.

- Tant pis pour eux mais ces minutes là, je ne les partage pas.

- D’accord, lui confirma-t-il.

Elle se blottit encore davantage contre lui. Il passa son bras autour de ses épaules et déposa un baiser sur sa chevelure.

- D’accord, répéta-t-il d’une voix très faible.

Elle tourna son visage vers lui.

- Je connais ce genre d’intonation. Qu’est-ce qui ne va pas ?

- J’aimerais tellement que tu m’accompagnes à cette convention.

- On en a déjà parlé.

- Je sais mais trois jours sans toi, c’est… et il poussa un long soupir.

- Je ne me sentirais pas à l’aise là-bas avec ces paires d’yeux braqués sur la muse de l’écrivain et  cherchant par-dessus tout à deviner si je ne suis pas ta nouvelle conquête.

- Non, Kate ! Ne dis pas cela, je t’en prie, tu n’es pas…

Elle le fit taire en déposant un doux baiser sur ses lèvres.

- Je sais, je sais, le rassura-t-elle.

- Nous avons beau être le plus discret possible, un jour ou l’autre, nous ne pourrons rien faire et une certaine presse nous surprendra.

- Alors que ce soit le plus tard possible car je ne suis pas encore prête.

Devant ce regard où passa un léger nuage, elle rajouta :

- Je te promets qu’un jour, je…

La sonnerie de son téléphone l’interrompit. La jeune femme se fit violence mais s’extirpa finalement des bras de Castle.

- Oui ?!

- Détective ! Vous devriez venir au poste.

Beckett jeta un regard au réveil.

- Il est à peine deux heures, capitaine.

- Je corrige mon message, détective. Je vous attends au poste. Tout de suite.

- D’accord. J’arrive.

- Et dites à Castle de venir aussi.

Kate n’eut pas conscience du léger temps de silence qu’elle imposa à son interlocutrice.

- Je l’appelle et je passe le prendre.

- Comme il ne doit pas être très loin de vous en ce moment, je vous donne vingt minutes pour arriver.

Elle avait la bouche entr’ouverte sans s’en rendre compte et les yeux écarquillés en raccrochant.

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

Elle murmura comme si quelqu’un était derrière la porte à les écouter :

- Elle sait.

- Quoi ? Qu’est ce…

- Elle sait, répéta-t-elle.

L’angoisse se lisait sur son visage et elle ne pouvait que répétait :

- Elle sait.

- Oui et alors ? Qu’est-ce qu’elle sait?

- Gates, pour nous deux, elle sait.

- Je ne comprends pas.

- Qu’est-ce que tu ne comprends pas, Castle ? Le volume sonore s’était amplifié. Elle a appris pour nous deux et elle nous convoque tout de suite au poste.

- A deux heures un dimanche matin ? Ca ne pouvait pas attendre que le jour se lève ? Surtout que je crois bien qu’elle s’en doute depuis un petit moment déjà.

- Elle aurait sauté sur l’occasion, crois-moi. Non, elle vient de l’apprendre, je ne sais pas comment mais cela va mal, très mal.

Kate sortit du lit précipitamment, récupéra ses vêtements et fonça dans la salle de bains. Lorsqu’elle en ressortit cinq minutes plus tard, Rick lui tendit un café.

- J’ai appelé un taxi, dit-il. Il sera en bas dans cinq minutes.

- Décommande-le, on va prendre ma voiture.

- Vu ton état d’énervement, ce ne serait pas prudent.

Puis il s’éclipsa pour passer à son tour sous la douche.

 

Quand ils s’installèrent dans le taxi, la tension était encore montée d’un cran chez Kate.

- Elle ne va pas me rater. C’est la seconde fois que je lui manque de loyauté en quelques mois.

- Calme-toi. Tu ignores ce qu’elle sait vraiment et puis, que veux-tu qu’elle te reproche réellement ?

- Je vais te le dire : manquement grave aux règles de la police de New-York avec dissimulation de faits. Je vais être virée. Voilà ce qui va arriver. Virée avec effet immédiat.

 

Quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, deux condamnés à mort semblaient s’en extirper. Beckett était livide et Castle, un pas derrière elle, n’en menait pas large non plus. La porte du bureau de Gates était ouverte et le capitaine était en conversation téléphonique. Les sourcils froncés et les traits sévères n’auguraient rien de bon quand elle leur fit signe d’entrer. Elle indiqua à Kate la chaise face à son bureau tandis que Rick restait debout derrière celle-ci. Gates raccrocha au bout d’une petite minute qui leur sembla interminable.

- Beckett, engagea-t-elle la conversation tout de suite, ce que j’ai à vous dire n’est pas agréable.

Le visage de Kate se décomposa encore davantage.

- Détective, plus tôt dans la soirée, votre père s’est fait agressé.

 


cathy24  (20.03.2013 à 17:39)

2EME  CHAPITRE

- Je vous rassure tout de suite : rien de grave.

- Où est-il ? Beckett se leva d’un bond, se dirigeant déjà vers la porte.

- A l’hôpital. Il a un bras cassé et quelques hématomes, mais sa vie n’est pas en danger. Je viens de raccrocher avec le professeur qui s’occupe de lui. Votre père dort en ce moment.  Il ne risque rien. Asseyez-vous, détective.

- Je veux être à ses côtés quand il se réveillera.

- Vous avez donc deux bonnes heures avant d’aller le retrouver.

- Capitaine, c’est mon père…

- Oui et il préfèrerait que vous trouviez ses agresseurs plutôt que perdre votre temps à le regarder dormir.

Castle prit doucement Kate par le bras et la ramena à la chaise.

- Qu’est-il arrivé ? demanda-t-il.

- Il semble avoir été témoin d’un enlèvement. Ryan et Esposito sont à l’endroit supposé de l’agression.

- Comment ça, supposé ?

- On a des doutes sur le lieu où il aurait été blessé. Vous allez retrouver vos hommes et commencer le travail d’enquête. Dès que votre père se réveillera, je vous avertirai. Vous serez la première à l’interroger. Votre père nous aidera plus efficacement si nous avons déjà une idée du déroulement des évènements. Dans le cas d’un kidnapping, chaque seconde est importante, ce n’est pas à vous que je vais apprendre ça.

- Comment savez-vous que c’est un kidnapping? Et puis, il y a d’autres services pour ce genre d’enquête.

- Votre père a parlé d’un homme qu’on mettait de force dans un véhicule. Et il y avait du sang sur son manteau, Beckett. Pas son propre sang mais en quantité suffisante pour se demander si l’enlèvement ne s’est pas déjà transformé en meurtre. En attendant, allez vous passer un peu d’eau sur la figure, vous êtes à faire peur.

Beckett hocha la tête et s’éclipsa suivant le conseil de sa supérieure. Castle lui emboîtait le pas quand :

- Monsieur Castle !

- Capitaine !

Beckett s’arrêta prête à revenir sur ses pas quand d’un geste, sa chef lui enjoignit de poursuivre son chemin.

- Bien, Monsieur Castle…

- Capitaine ?

- J’ai quelque chose à vous demander.

- Je vous écoute.

- Je veux que vous veilliez de près sur Beckett, qu’elle n’agisse pas inconsidérément, en mettant une fois de plus sa vie en danger ou en me dissimulant des choses.

- Pourquoi la mettre sur cette affaire alors ?

- Parce que vous croyez sincèrement qu’on pourrait l’empêcher de le faire ? Pendant plus de quatorze ans rien ne l’a éloigné du meurtre de sa mère et vous pensez qu’elle ne déplacera pas des montagnes pour retrouver l’agresseur de son père ? Je compte sur vous pour me rendre compte de ses faits et gestes.

Rick tourna la tête de droite et de gauche.

- Je suis son coéquipier, pas votre espion.  

- Monsieur Castle, ne soyez pas stupide. Vous savez bien de quoi elle est capable. Il s’agit de la protéger, pas de monter un dossier d‘accusation contre elle.

 

Lorsque Kate et Rick descendirent du taxi, Ryan vint à leur avance.

- Désolé pour votre père, Beckett.

- Merci. Vous avez trouvé quelque chose ?

- Il a été secouru ici, à deux pas du restaurant. Autrement, on a quelque chose plus loin. Je vous montre.

Ils remontèrent le trottoir derrière lui, tournèrent au coin de la rue, bifurquèrent un peu plus haut vers la droite. Ils aperçurent Esposito qui leur fit un petit signe de la main et Lanie agenouillée qui regardait par terre. Pendant le trajet, ils marchaient en silence. Dans le taxi, Beckett voulut savoir pourquoi Gates désirait parler à Castle seul, si cela concernait leur liaison, mais celui-ci éluda en lui racontant qu’elle souhaitait  juste qu’il prenne soin d’elle. Cependant Kate sentait bien qu’il y avait autre chose, le sourire de Castle était trop timide et son regard s’était échappé du sien trop rapidement quand elle émit un doute. Il avait tenté de la rassurer, de lui faire comprendre qu’elle se tracassait pour rien, mais cela ne l’apaisa pas.

Il avait suffi de quelques minutes pour qu’elle sente son horizon s’obscurcir comme aux pires moments de sa vie. Tout recommençait : son père agressé, Castle et ce nouveau secret. Un léger flottement de panique s’empara d’elle. Son cœur battait de façon désordonnée et sous l’assaut de l’émotion, de la fraîcheur de la nuit, de la fatigue et de l’angoisse, elle frissonna. Ce mouvement n’échappa pas à Castle qui voulut  s’enquérir d’elle et avança un geste protecteur qu’elle repoussa d’un mouvement d’épaules.

- Comment va ton père ? demanda Esposito.

- Juste un bras cassé apparemment.

- Comment te sens-tu ?

- Ҫa va, Javier. Merci.

Puis, s’accroupissant auprès de son amie :

- Qu’est-ce que tu as pour nous?

- Et toi ? Qu’est-ce que tu as contre Castle ?

- Lanie, occupe-toi de tes affaires.

- D’accord ma belle !

Elle montra de son index les tâches de sang. Cela ressemblait d’avantage à des gouttelettes éparpillées de-ci-delà comme si on avait utilisé une pipette.

- C’est tout? fit Beckett. Gates m’a parlé de quantité importante sur le manteau de mon père. On devrait en voir plus sur le sol.

- Je n’ai pas d‘explication. Regarde, on trouve quelques gouttes sur le bord du trottoir et quelques plus rares encore sur la chaussée.

- A moins, fit Castle prenant part à la conversation, que cela ne se soit pas passé ici et qu’il s’agisse juste de quelqu’un qui saignait du nez.

- Je vais comparer les deux sangs.

- Quelque chose d’autre, Lanie ?

- Pas de corps, pas d’autres traces de quoi que ce soit. On commence avec peu.

Beckett hocha la tête en signe d’assentiment. Elle se releva.

- Bien les gars, vous allez vérifier s’il n’y a rien d’autre dans le secteur, examiner chaque trottoir sur deux pâtés d’immeubles autour de l’endroit où a été retrouvé mon père, interroger le voisinage, vérifier s’il y a des caméras de surveillance. Les trucs habituels.

- Beckett, fit Ryan, on a le gars qui a appelé les secours. Il vous attend là-bas avec l’agent Hastings.

Kate sortit son carnet de la poche de son manteau, son stylo et reprit à l’envers le chemin qu’elle venait d’emprunter. Elle dessina le plan, nota le nom des rues, prit des notes sur chaque détail qui pourrait s’avérer important ou marquant dans le parcours.

- Tu as une idée de ce que pouvait faire ton père dans ce quartier ? demanda Castle. Il est bien loin de chez lui et de son secteur d’activités habituel.

- Non.

- En tout cas, dans son état, il lui a fallu du courage pour faire quoi ?... les trois cents mètres entre ces deux points.

- Oui, et ce qui m’intrigue, fit Beckett en se retournant une nouvelle fois pour mesurer la distance des yeux, c’est qu’il n’ait croisé personne plus tôt pour lui venir en aide. Le 911 a été appelé à 23heures 38 précises. Alors, poursuivit-elle en se tournant vers Lanie, avec un bras cassé, et vu son âge, tu penses qu’il a fallu combien de temps à mon père pour aller d’ici à là-bas ?

- Sous le choc, ton père est tombé. Le temps qu’il trouve la force de se relever et de parcourir cette distance en s’arrêtant certainement plusieurs fois, je dirais entre dix minutes et un quart d’heure. Mais je ne peux pas être certaine à cent pour cent.

- Tablons alors entre 23 heures 20 et 23 heures 30. Et le sang, là ?

- Il y a trop de facteurs à prendre en compte pour te dire depuis combien de temps il y est. Entre deux heures et quatre heures.

- Une fourchette pouvant englober l’heure de l’agression.

Beckett regarda Castle :

- Le quartier n’est pas très animé le soir. C’est plutôt résidentiel.

- Oui, fit-il en jetant un regard circulaire, mais quelqu’un a bien du entendre quelque chose. Le moindre bruit résonne anormalement dans le silence. Impossible qu’il n’ait croisé personne pendant tout ce trajet. Quelqu’un qui aurait descendu son chien. Un couple rentrant d’un ciné ou d’un resto.

Beckett opina. Elle en convenait. C’était difficile d’imaginer son père totalement seul dans ces rues même s’il ne devait pas y avoir affluence.

- Le peu de sang ici, cela m’intrigue.

- Tu penses à quoi, Castle ?

- Lanie, tu as vu le manteau du père de Kate ?

- Il est déjà au labo.

- Et alors ? La tâche est-elle si importante que ça ?

- Sur le côté gauche, oui.

- Le manteau en était imbibé ou en dégoulinait ?

- Le sang commençait à se coaguler quand je l’ai eu entre mes mains mais j’ai remarqué la présence de quelques caillots.

- Peut-on penser que la blessure continuait de saigner abondamment ?

- Oui, c’est possible.

Castle se retourna vers Beckett.

- Si la blessure est assez sévère pour maculer un manteau en quelques secondes, on ne trouverait pas ici que quelques gouttes éparses même en la comprimant fortement.

- Lanie ? interrogea Beckett.

- Je n’ai pas de certitude, Kate mais c’est étrange, effectivement. Je t’appelle dès que j’ai les premiers résultats. Je vais aussi examiner à fond le manteau.

 Beckett et Castle rejoignirent l’agent Hastings.

- Alors, où est le témoin ?

La jeune femme flic désigna le restaurant derrière elle.

- Il avait un besoin … urgent. Alors j’ai demandé à Sanchez de l’accompagner.

- C’est lui Sanchez ? fit Castle en désignant du menton, un agent qui venait vers eux en courant.

- Oui.

Sans reprendre son souffle, le policier leur expliqua que le témoin s’était enfui par la fenêtre des toilettes.


cathy24  (21.03.2013 à 17:06)

3EME CHAPITRE

L’agent Hastings leur fit une rapide description de l’individu. La trentaine, blanc, un peu plus grand que la moyenne, cheveux châtains clairs, yeux marron, pas de signe distinctif apparent, vêtu d’un jean, d’une veste en cuir noir et d’une écharpe bleue nuit autour du cou. Il avait dit s’appeler Guy Fawkes. Castle se fit confirmer une nouvelle fois le nom et parut s’en amuser. Beckett envoya tous les hommes qu’elle avait sur place à la recherche de l’individu. Il fallut moins de dix minutes pour comprendre qu’ils ne le retrouveraient pas. L’homme avait bel et bien disparu. Une femme interrogée par Ryan, lui parla d’un véhicule sombre, pas en très bon état, vers lequel avait couru quelqu’un correspondant à la description et qui s’était glissé à l’arrière. Beckett rugit de dépit. Elle se reprit vite cependant, fit interdire l’accès aux toilettes du restaurant au grand dam du gérant et demanda un relevé des empreintes puis celui des clients encore présents les ayant utilisées pour réduire au plus vite le champ des recherches. Elle se saisit de son portable et passa un coup de fil. Le 911 lui donna le numéro d’où était venu l’appel d’urgence. Elle raccrocha avec une grimace de colère : l’homme avait utilisé le portable de son père.

- Beckett, interpella Esposito, j’ai repéré plusieurs caméras de surveillance. Je m’en occupe. Ryan coordonne les témoignages.

- Ok.

Esposito eut un petit signe de tête pour lui signifier « de rien ». Beckett n’était pas du genre à s’étendre en émotion dans le cadre du travail. Il savait que ce « ok » était le maximum qu’elle pouvait dire à ce moment précis pour le remercier alors qu’une nouvelle fois, sa vie professionnelle heurtait de front sa vie privée.

- Bon, on fait quoi maintenant, Kate ?

- Ne me dis pas, monsieur l’écrivain, que tu n’as pas une idée géniale pour expliquer le type grièvement blessé qui ne perd que quelques gouttes de sang, l’agression de mon père et la disparition à la course dans la nature de celui qui l’a secouru!

Le regard perçant de Castle sembla pénétrer jusqu’au tréfonds de sa pensée. Il y lut un appel au secours.

- J’ai bien une théorie mais elle ne va pas te plaire.

- Dis toujours.

- Eh bien, entama-t-il timidement, cherchant presque ses mots, une hémorragie qui stoppe en quelques instants, cela n’existe pas en principe sur notre planète…

- Voyons, Castle, tout le monde sait qu’E.T. n’a pas de sang rouge !

- Qui te parle d’extraterrestre ! Non, mais d’un HGM.

- Un HGM ?

- Un humain génétiquement modifié.

 

- Une expérience qui aurait mal tournée ?

Castle n’était pas dupe. En temps ordinaire, elle aurait interrompu son envolée d’une remarque acide, d’un regard noir ou d’un haussement d’épaules. Là, non seulement elle lui avait tendu la perche mais de plus elle s’évertuait à entretenir son délire. Pas besoin d’être fin psychologue pour comprendre le sens de cette démarche inhabituelle alors il accepta le rôle qu’elle lui demandait de tenir momentanément.

- J’ai vu récemment un reportage dans lequel Steve Austin apparaîtrait comme le Neandertal des biotechnologies : pas de blessure qui ne puisse s’auto-guérir, pas d’organe qui ne puisse s’auto-reconstituer, pas de douleur que des nanoparticules ne puissent déceler avant même l’apparition de la douleur…

- …C’est de la science-fiction, tout ça.

- Plus aujourd’hui, fit-il d’une voix s’emballant dans les aigües. C’est dingue, non ?

- Tout ça me dépasse.

- En fait, poursuivit-il s’enflammant de ses propres propos, notre gars, est un rat de laboratoire qui a du s’échapper et…

- …et mon père s’est trouvé sur son chemin…

- … ils ont dû retrouver sa trace, poursuivit Castle dans sa lancée sans s’arrêter aux propos de Beckett. Il a peut-être une puce implantée en lui, un GPS greffé dans son cerveau ou sa colonne vertébrale…

- Ca peut aider, effectivement. Alors Guy Fawkes serait une sorte de Men In Black…, poursuivit Beckett le plus sérieusement du monde, agitant son index pour confirmer ses dires.

- … oui, c’est ça, tu as raison et ce gars est chargé de faire le ménage derrière lui! On devrait demander s’il n’y a pas eu un éclair bizarre tout à coup.

Son regard riait et il aurait juré avoir aperçu l’esquisse d’un sourire sur le visage de Beckett.

- J’adore quand nous sommes sur la même longueur d’onde, tous les deux.

S’étant emballé comme un gamin, il lui fallut un peu de temps pour réaliser que Beckett avait repris pied dans son cartésianisme coutumier et qu’il pouvait retirer son nez rouge de clown.

- D’accord, d’accord, Castle ! fit Kate dépité, excuse-moi ! Je n’aurais pas dû demander ton avis.

Ils quittèrent les abords du restaurant pour remonter vers une artère où la circulation était plus importante.

- Tu as tort de ne pas me croire, poursuivit-il par plaisir du jeu. Un jour, on aura les preuves de tout ça et apprête-toi à me faire des excuses.

- Dans tes rêves, Castle !

Elle lui tourna le dos et fureta les alentours du regard semblant chercher quelque chose mais c’était avant tout pour qu’il ne la voie pas sourire. Il lui fallait d’urgence l’éclipser de son champ visuel sinon, elle aurait fondu sur ses lèvres pour l’embrasser fiévreusement. Elle savait qu’il ne croyait pas un mot à sa propre théorie mais il l’avait fait pour elle, parce qu’il avait compris qu’elle en avait besoin, parce qu’elle avait la nécessité d’être rassurée sur les risques qu’avait encourus son père ! Et à l’heure présente, tout était confus, sans queue ni tête, sans rien à quoi se raccrocher.  Tout ne pouvait que la ramener au traumatisme subi lors de la mort de sa mère. Heureusement, son père n’était que blessé. Elle allait pouvoir le retrouver tout à l’heure, le serrer dans ses bras et lui dire à quel point elle tenait à lui.

Elle fut ramenée à la réalité par la douce pression de la main de Castle sur son épaule.

- Ҫa va ?

- Oui, fit-elle en se retournant et lui offrant un sourire qui lui chavira le cœur. Merci, rajouta-elle et le malentendu qui avait pu se former entre eux suite à la discussion avec Gates semblait s’être totalement évaporé.

- Merci, de quoi ?

- D’être toi et d’être à mes côtés.

- Toujours.

 

Il fallait attendre les nouvelles de Lanie, les résultats des prises d’empreintes, le visionnage des caméras de surveillance et le rapport des premiers interrogatoires. Gates n’avait pas appelé mais Beckett n’en n’avait cure. Elle récupéra sa voiture au pied de l’immeuble de Castle et ensemble ils rejoignirent l’hôpital.

Rick voulut la laisser seule mais elle tenait à sa présence à ses côtés. Jim dormait toujours. Kate rapprocha la chaise du lit et prit  la main droite entre les siennes. Il avait le bras gauche immobilisé par un plâtre et le visage tuméfié du même côté. Ce n’était que quelques éraflures mais Kate continuait de comprendre que cette nuit, elle aurait très bien pu perdre son père. Elle réalisa que cela faisait des années qu’elle ne l’avait vu ainsi, sans défense, si fragile. Avant qu’elle ne réussisse à lui faire suivre une cure de désintoxication. Avant qu’elle ne lui fasse admettre que sa vie d’homme même brisé par le décès violent de sa femme, avait une importance primordiale pour elle et qu’il devait se battre parce qu’elle aussi se battait au quotidien et qu’il ne pouvait pas la laisser tomber.

Elle reflua quelques larmes mais un soupir un peu plus appuyé alerta Castle qui s’approcha et l’enlaça.

- Il va bien, Kate. Il va s’en remettre.

- Oui, je sais. Castle, je crois qu’il serait bien que je m’occupe un peu plus de lui dans les jours à venir.

- Je comprends Kate. Mais si vous êtes d’accord l’un et l’autre, je peux vous héberger quelque temps au loft. Entre toi, ma mère et moi, il y aura toujours quelqu’un pour veiller sur lui…

- Je vous remercie, Monsieur Castle, mais cela ne sera pas nécessaire.

- Papa !

Kate embrassa son père et lui effleura le visage d’une caresse. Ils n’eurent pas besoin de parler pour se comprendre. Ils avaient partagé tant de souffrances que la moindre expression de l’un était un discours éloquent pour l’autre. Quand ils se furent rassasiés de leurs silences prolixes, Kate n’oublia pas qu’elle devait aussi lui poser des questions d’ordre professionnel.

- Dès que cela te fatiguera trop, dis-le-moi.

- Ne t’inquiète pas, Kathy. Mon bras me fait un peu souffrir mais je vais bien.

- Alors, explique-moi ce qu’il t’est arrivé.

- C’est allé si vite !

- Raconte ce dont tu te rappelles.

- Je marchais tranquillement quand j’ai entendu du bruit derrière moi, comme une porte qui claquait…

- Quel genre de porte ? Maison, voiture ?

- Plutôt d’immeuble. Ensuite, je me suis retrouvé plaqué au sol. Ma tête a heurté le trottoir et cela a du m’étourdir quelques secondes. Quand j’ai voulu me redresser, j’ai ressenti une terrible douleur du côté gauche. Je ne suis pas vraiment capable de dire combien de temps je suis resté immobile, couché sur le sol, mais je me rappelle avoir vu l’individu qui m’a percuté se relever puis continuer son chemin sur quelques mètres avant qu’une voiture ne s’arrête brusquement à sa hauteur et que le chauffeur ne descende pour le saisir et le faire monter à l’arrière.

- Il n’y avait qu’une seule personne dans la voiture alors ?

- Non, il me semble bien avoir aperçu un bras qui tirait l’homme blessé à l’intérieur.

- Est-ce que tu te rappelles du véhicule ?

- Je ne suis pas certain, mais ce pourrait être une Ford Mustang.

- Couleur ?

- Sombre. Je suis désolé de ne pouvoir t’en dire davantage.

- C’est déjà bien. Pour toi c’est un enlèvement ?

- Pendant qu’on le poussait dans la voiture, il n’arrêtait pas de se retourner vers moi comme s’il me demandait de l’aider.

- Tu peux me le décrire ?

- C’est très flou. Trente cinq ans environ. Blond. Ses traits sont trop imprécis.

- Comment était-il habillé ?

- Jean foncé, veste en jean plus clair. Je ne peux pas t’en dire plus.

Puis Kate sortit le plan qu’elle avait ébauché. Elle voulait que son père lui indique où il se trouvait précisément, dans quelle direction il marchait, d’où semblait venir le claquement de porte et vers où était partie la voiture. Mais Jim ne se repérait pas et puis après quelques instants, il annonça que ce n’était pas le lieu où il s’était fait agresser.

- Tu en es certain ?

- Certain. C’était à deux pas du restaurant, précisa Jim. Dans la rue perpendiculaire.

- Ҫa explique deux choses, avança Castle, les traces de sang si peu nombreuses et notre étonnement sur la distance que vous auriez soi-disant parcourue.

Beckett opina, sortit son portable et appela Ryan. Elle lui demanda de retourner au niveau du restaurant, de concentrer les recherches dans ce secteur et qu’elle allait le rejoindre d’ici quelques minutes. Elle raccrochait au moment où la porte de la chambre s’ouvrit. Le médecin entra et s’empressa de rassurer tout le monde. La fracture était simple, trois semaines et demie d’immobilisation puis ensuite la nécessaire rééducation. A part cela, une plaie qui avait nécessité quelques points de suture au niveau de la base du cou et dont le pansement devrait être changé tous les jours.

- Je peux sortir alors ?

- Nous allons vous garder quelques heures encore. Vous pourrez nous quitter en fin de matinée.

Quand il fut reparti, Jim prit les devants et demanda à Kate de continuer son enquête sans se préoccuper de lui, qu’un taxi le ramènerait chez lui et qu’il ne voulait pas surtout pas qu’elle se charge de lui. Les tentatives de sa fille, l’insistance de Castle, n’y firent rien, Jim resta sur sa position.

- Promets-moi de m’appeler si tu as le moindre problème, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Promets-le-moi ou je prends quelques jours de congé pour ne pas te lâcher d’une semelle.

- D’accord, Kathy.

- Il faut que j’y aille, papa.

- Je comprends.

- Je passerai te voir quand même en fin de journée.

- Cela me fera très plaisir.

Elle l’embrassa, Castle lui fit un signe de la tête et tous deux s’apprêtaient à partir.

- Je peux te poser une question, papa ?

- Bien sûr.

- Tu faisais quoi là-bas ?

- Oh ! répondit-il de façon évasive, voilà quelque temps déjà que je pense à déménager et je faisais une petite promenade de prospection.

- Il était plus de 23 heures !

- Un quartier se jauge aussi la nuit.

 

Ils regagnèrent la voiture mais Beckett semblait soucieuse.

- Un problème ?

- Castle, mon père m’a menti.


cathy24  (22.03.2013 à 18:12)

4EME CHAPITRE

Castle connaissait assez peu de choses sur Jim à l’exception de cet alcool qui avait failli le faire sombrer totalement, alors, si Kate lui disait que son père venait de lui mentir, il ne lui vint pas à l’idée de remettre en cause un seul instant cette certitude. Même s’il interrogea la jeune femme pour tenter d’en savoir plus, elle s’était enfermée dans un mutisme qu’il savait par habitude ne pouvoir rompre aisément. Il attendrait qu’elle vienne vers lui, cela pouvait être dans le quart d’heure, cela pouvait être dans plusieurs heures.

Elle réfléchissait, elle devait d’abord appréhender et comprendre pourquoi son père lui avait caché ce qu’il faisait réellement dans le quartier et si cela avait un lien direct avec l’affaire ou si dans l’agression dont il avait été victime, il n’avait été qu’au mauvais endroit au mauvais moment, comme elle l’avait cru initialement. Elle se retrouvait face à une énigme de plus, une de ces énigmes contre lesquelles elle avait bataillé pendant des années parce que cela la touchait au plus profond d’elle-même. Bien sûr, rien à voir avec le drame qu’avait été le décès de sa mère, mais le reste du petit cocon familial qu’elle avait construit patiemment avec son père, le voilà qu’il s’écornait parce qu’un mensonge venait de s’y glisser. Des flots de sentiments contradictoires, des torrents d’émotion se bousculèrent dans sa tête. Elle reflua avec difficulté les larmes qui commençaient d’embuer ses yeux mais elle ne pouvait maîtriser cette boule de chagrin qui lui faisait mal au fond de la gorge. Elle se concentra sur la conduite, accentuant anormalement ses coups d’œil au rétroviseur, ses mouvements de tête à droite et à gauche, tout pour éviter d’être attirée par le regard chargé d’angoisse de Castle qui pesait sur elle, tout pour l’éviter par peur de craquer.

Elle pila net en se garant, chevauchant en partie le bas-côté. Elle claqua la portière plus fortement qu’en temps ordinaire comme si par ce geste, elle voulait que ses idées noires restent bloquées à l’intérieur du véhicule et s’y étiolent et s’y asphyxient. Suivie de Castle, elle passa devant le restaurant, tourna à gauche sur la première rue et aperçut de suite la dépanneuse qui dégageait une Land Rover positionnée contre le trottoir. Ryan et Esposito étaient accroupis et tous deux opinèrent quand le bord de la chaussée fut dégagé. Quand le couple arriva à leur hauteur, pas besoin de discours pour expliquer leur geste : une large tâche de sang maculait l’endroit jusqu’alors dissimulé par le 4x4.

- Ce n’est pas tout, déclara Esposito en prenant avec Beckett et Castle la direction d’un édifice qu’il pointa de l’index.

Il les fit s’arrêter en chemin le long d’un jardinet pour leur montrer un polo partiellement caché derrière un buisson. Il était aisé de voir que celui-ci portait des marques plus sombres, vraisemblablement de sang. Enfin ils arrivèrent devant un immeuble avec façade en briques. Sur le chambranle de la porte, d’un mouvement du menton, Javier indiqua une empreinte de main ensanglantée, un peu plus bas, une autre de doigt.

- Bon, fit Beckett, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Vous abandonnez l’autre endroit, c’est une fausse piste. D’ailleurs mon père a confirmé que c’est par ici qu’il s’est fait agressé. Vous interrogez tous les habitants de cet immeuble, ceux aux alentours également. Et Lanie ?

- Elle est en route.

- Bien. Qu’elle m’appelle quand elle aura les résultats. Avec Castle nous retournons au poste.

- On va faire quoi, Kate ?

- Passer quelques coups de fil.

- Oui ?

- Les hôpitaux, Castle, les dispensaires, les...

- J’ai compris, c’est bon.

- Bien sûr si tu es fatigué…

Castle se rapprocha d’elle.

- J’aurais de bonnes raisons de l’être après la première partie de nuit que…

Elle lui jeta un tel regard noir qu’il stoppa net sans pour autant faire disparaître ce sourire espiègle qui la faisait chavirer à chaque fois.

 

Il n’y avait que les quelques lumières qui éclairaient parcimonieusement la grande salle silencieuse. Pendant que Beckett sortait les listings, Castle alla lui préparer un café. Il était presque 5h30,  difficile de savoir si les maigres indices qu’ils avaient, pourraient les mener quelque part. Il la retrouva le combiné déjà à la main et appelant apparemment le second numéro d’une liste après en avoir rayé le premier. Elle lui indiqua une autre feuille. Il déposa le mug fumant sur le bureau de Beckett et alla prendre place à celui de Ryan. C’était, avec la paperasserie, le genre de tâches qui pouvait le faire habituellement retourner chez lui au pas de course mais ce matin-là, il n’esquissa pas la moindre grimace de dégoût et entama ce travail fastidieux de flic sans sourciller.

Quand Esposito et Ryan revinrent au poste, cela faisait presque deux bonnes heures qu’ils passaient des coups de fil en vain. Personne ne correspondait au signalement donné par Jim Beckett. L’arrivée des deux hommes permis à Beckett et Castle de faire une pause. Ils se retrouvèrent tous les quatre devant  la machine à café. C’était une journée assurée en fort taux de caféine dans le sang.

- Pour l’immeuble avec les empreintes, commença Ryan, nous avons interrogé les propriétaires qui disent n’avoir rien remarqué ou entendu de particulier à l’heure de l’agression.

- Il n’y a qu’une porte qui ne s’est pas ouverte mais apparemment l’occupant est absent depuis plus d’une semaine.

- Rien de fructueux donc de ce côté, fit Beckett. Autre chose ?

- Les agents sur place continuent de faire le tour de tous les immeubles de la rue.

- Et entretemps, on fait quoi ? demanda Castle. Parce que là, on n’a rien de chez rien.

- Ne désespère pas Bro, embraya Esposito avant de se tourner vers Ryan. Je le dis ou tu veux t’en charger ?

- Non, vas-y !

- Alors qu’on allait entrer dans un autre immeuble, un type nous a accostés dans la rue. Il voulait savoir le pourquoi de tout ce remue-ménage qui provoquait les aboiements intempestifs de son klebs.

- Et ?

- Ben le gars nous a dit qu’il sortait promener son toutou hier soir, il était juste sur le pas de la porte de son immeuble, quand il a aperçu un homme qui titubait sur le trottoir. Il a cru qu’il s’agissait de quelqu’un qui avait abusé de la bouteille. Puis il l’a vu percuter un passant qui est tombé sur le trottoir. Ensuite, il a parlé d’un véhicule qui s’est arrêté brusquement. Le chauffeur en est sorti, a rabattu le siège passager pour fait monter l’homme dans l’habitacle, avant de se remettre au volant et de redémarrer.

- Et ton témoin, là, enragea Beckett, il n’a pas jugé bon de venir au secours de mon père ?

- Lord …

- Lord ? répéta Castle.

- Lord, son chien, venait de pisser sur ses pieds.

- Il y a des priorités dans la vie, fit Castle, s’attirant un regard foudroyant de Beckett. Le véhicule ? rajouta-t-il, histoire de détourner de lui  le courroux de Kate.

- Une Ford Mustang Cobra année 1993, répondit Ryan.

- Quelle précision !

- Le gars a eu la même, Castle.

- Et tant que vous y êtes, vous n’auriez pas le numéro de la plaque? poursuivit Beckett.

Esposito eut une petite grimace qu’il acheva dans un claquement de langue.

- Le numéro entier, non. Mais les trois derniers chiffres… La recherche est déjà en cours, fit-il dans un grand sourire.

 

Les Bros avaient trouvé le propriétaire du véhicule affalé sur son lit en train de cuver une bonne cuite. Il fallut presque le porter jusqu’à la voiture de Ryan puis jusqu’à la salle d’interrogatoire. Il réclama deux aspirines qu’il fit fondre dans un café noir très serré. A la grimace qu’il fit, la mixture devait avoir un goût très passable mais cela le dégrisa un peu au bout de quelques minutes.

- Monsieur Fabregas, êtes-vous le propriétaire d’une Ford Mustang 1993, couleur bleu métallique, immatriculé ALE 4562 ?

- Oui, c’est bien ça.

- ALE ? Sérieux ? C’est votre choix ou c’est un hasard providentiel? ne put s’empêcher de glisser Castle,  maîtrisant difficilement un rire en se pinçant les lèvres.

- Pouvez-vous nous dire où elle se trouve en ce moment ? poursuivit Beckett après avoir jeté un regard suffisamment éloquent à son coéquipier pour qu’il cesse sa plaisanterie.

- J’ai une place de parking à l’année à deux rues de chez moi.

- Nous avons vérifié : elle n’y est pas.

- Comment ça ? Cela fait presque deux semaines que je ne l’ai pas utilisée. Et qu’est-ce que vous lui voulez à ma voiture ?

- On a quelques questions à lui poser, intervint Castle.

Fabregas écarquilla les yeux. La belle femme flic le lui avait bien présenté mais il n’avait pas capté sur le moment et il se demandait qui pouvait bien être cet énergumène.

- Ce qu’on veut dire, c’est que votre Mustang pourrait bien nous révéler beaucoup de choses. Pouvez-vous m’indiquer où vous étiez entre 23 heures et trois heures ?

 

Juan Fabregas s’était construit un solide alibi à coup de téquila, mojitos et pina colada. Il semblait avoir testé tous les cocktails du bar où il avait passé la plus grande partie de la nuit puisqu’il n’en était sorti, pratiquement à quatre pattes, qu’à deux heures passées. Castle releva le nom sur un post-it.

- Une bonne adresse, donna-t-il comme excuse à Beckett en la suivant dans la grande salle. Ils ont de ces associations de goûts, c’est vraiment à essayer ! Tu imagines ? Rhum blanc, papaye, carambole, poivron jaune, citron vert, piment d’oiseau et œuf de caille cru!

- Castle! fit Beckett en grimaçant.

- D’accord! Je me tais. Mais on pourrait un soir…

- S’il n’y a que ça pour vous satisfaire Monsieur l’écrivaillon qui se prend pour Hemingway, je vais pimenter vos prochaines boissons.

- Oh ! Oui, détective ! Depuis le temps que j’en rêve! murmura Castle un énorme sourire  aux lèvres.

Beckett préféra ne pas entrer dans ce jeu et détourna les yeux vers le tableau blanc. Il était désespérément vide. Elle avait tracé avec le marqueur noir, une ligne qui le traversait horizontalement. Dessus, deux heures indiquées, celle de 23 heures 32 donnée par l’homme au chien et celle de l’appel au 911 à 23 heures 38. Des initiales aussi, JB. Elle eut un temps de flottement avec des pulsations cardiaques qui s’accélérèrent. Cela la remua jusqu’au plus profond d’elle-même. Elle ne prit pas l’effaceur, ses doigts passèrent supprimer cette similitude, elle corrigea JB en Jim B.

- Cela n’a rien à voir, lui glissa Castle dans l’oreille.

- Je sais mais après m’être fatiguée les yeux à lire les initiales de ma mère inscrit sur ce même tableau, voilà que ce sont celles de mon père qui prennent le relais, exactement les mêmes.

- Ce n’est qu’un pur hasard s’il s’est trouvé là-bas.

- Je l’espère.

- Comment ça ?

Elle s’assit à sa place et Castle vint prendre la sienne sur la chaise qui lui était dévolue depuis cinq ans.

- Il m’a menti. Je ne peux pas rejeter l’idée, parce que c’est mon père, qu’il me cache quelque chose et que ce quelque chose puisse avoir un lien avec l’affaire.

- Kate, tu n’es pas sérieuse ? Le voisin a confirmé tout ce que ton père a dit.

- Cela fait des années que je l’incite à se trouver un autre appartement, précisément depuis qu’il a fini sa cure de désintoxication. Je voulais qu’il s’éloigne de ses souvenirs trop présents. Je ne voulais pas qu’il replonge en se la rappelant à chaque instant. Il s’y est toujours refusé. Alors pourquoi a-t-il prétendu rechercher un logement dans ce quartier quand voilà un mois encore, il m’a soutenu que jamais il ne pourrait abandonner l’endroit où il a vécu avec ma mère ?

- Il peut avoir changé d’avis.

- Plus têtu que mon père, cela n’existe pas.

- Mais cela ne veut pas dire qu’il n’a pas fini par se faire à cette idée. Peut-être qu’il attendait d’avoir finalisé pour te prévenir, peut-être qu’il voulait t’en faire la surpr…

Le téléphone de Kate sonna.

- Beckett, annonça-t-elle.

Elle resta à l’écoute de longues secondes, nota une adresse sur une feuille et raccrocha sans avoir dit un mot. Elle se leva, enfila sa veste, récupéra son arme dans son tiroir.

- Qu’est-ce qui se passe ? interrogea Castle qui machinalement s’était également redressé.

- On a retrouvé le véhicule de Fabregas.

- Ah ! Enfin du concret.

- Plus que ça, Castle. Du lourd. Il y a trois cadavres à l’intérieur. 


cathy24  (23.03.2013 à 17:12)

5EME CHAPITRE

Le chantier était totalement bouclé et grouillait de policiers. Sur les victimes, on n’avait retrouvé ni papiers d’identité, ni portable, ni aucun objet. Les  poches avaient été soigneusement faites. Beckett, Castle et Esposito écoutaient les premières constatations de Lanie. Sur la cause de la mort, trois balles dans la poitrine pour deux d’entre eux. Pour le troisième, un tir à bout portant, le canon de l’arme positionné au sommet du crâne mais la médecin-légiste précisa que contrairement aux apparences, ce n’était pas la cause du décès. Elle leur montra la veste en jean tâchée de sang, découvrit la chemise entièrement maculée, la releva pour dévoiler trois entrées d’une arme contendante.

- La balle dans la tête, c’était totalement inutile, il était déjà mort depuis au moins deux heures.

- Et ça ? fit Beckett en ramenant le Dr Parish vers les coups au niveau du cœur.

- A mon avis, il s’agit d’un professionnel. A travers des vêtements un peu épais, il n’est pas facile de viser juste. Là, ces deux coups ont été portés à moins de deux centimètres l’un de l’autre, très proches du cœur. L’autre est moins précis. Il n’avait aucune chance de survivre à ses blessures. Juste se traîner sur quelques dizaines de mètres avant de s’écrouler.

- Les balles ?

- Je te confirmerai plus tard mais je dirais du 9 mm.  Ce sera facile, elles sont toutes encore dans les corps même celle tirée dans la tête et qui doit être logée entre les poumons et le foie.

- L’heure approximative de la mort ?

- Entre 23 heures et minuit pour le poignardé, entre 2 et 3 heures du matin pour les deux autres.

- Autre chose ?

- Oui : si tu veux des résultats rapides, évite de me faire sortir toutes les deux ou trois heures.

- C’est toi qui te plaignais au début de n’avoir que quelques gouttes de sang !

- Bien, je reviens sur ce que j’ai dit. J’ai de quoi m’occuper largement toute la journée.

- Tu m’appelles ?

Un hochement de tête. Tandis que Lanie s’éloignait pour sécuriser certains relevés auxquels elle avait procédé, ils regardèrent les corps figés.

- C’est glaçant, non ?

- D’accord avec toi, Bro.

- D’accord avec vous les gars, confirma Beckett.

- D’accord sur quoi ? demanda Ryan qui arrivait à ce moment-là et pencha comme eux, la tête vers l’intérieur de la Mustang.

Les trois cadavres étaient assis les uns à côté des autres sur la banquette arrière, soumis à la loi de la gravitation universelle, avec des têtes ou des bras reposant de manière désordonnée sur le torse, les épaules, les cuisses de l’un ou de l’autre. Cela avait presque des allures de statue antique exaltant l’abandon et l’apaisement.  Le quatuor resta un instant figé devant ce spectacle, fasciné, comme si le masque de la mort qui façonnait de plus en plus ces cadavres, leur offrait une teinte d’éternité. Et puis, il y eut le talkie-walkie d’un flic proche qui grésilla et les ramena à la réalité.

- Tu as vu comment est habillé celui de droite ?

- Oui, Castle. Veste en cuir, jean, écharpe bleue.

- Guy Fawkes.

Beckett opina.

Il n’y avait de sang qu’à l’arrière. Aucune trace à l’avant, sur les deux portières, sur la carrosserie, dans le coffre. Le lieu du crime était bel et bien cette banquette arrière. Esposito s’assit à la place du passager, fouilla les boîtes à gants, passa ses mains gantés dans tous les interstices possibles pour essayer de trouver quelque chose d’exploitable. Il n’y avait rien.

- Comment celui qui a secouru ton père, peut-il se retrouver mort aux côtés de notre kidnappé ?

Le regard de Beckett exprimait sa totale incapacité à répondre à cette question. La jeune femme préféra éluder et se tourna vers Ryan.

- Tu as interrogé celui qui a découvert les corps ?

- Ouais ! Et j’ai vécu un moment épique. La prochaine fois, Javier, c’est toi qui t’y colles !

- Ce n’est pas de ma faute si tu t’es fait ridiculiser au bras de fer! Quand on a un physique… passe-partout…

- Qu’est-ce qu’il a mon phys…

- Stop les gars ! Ryan ?

Castle s’amusait de cette joute verbale et du comportement d’Esposito qui continuait de narguer son coéquipier derrière le dos de Beckett, en repliant son avant-bras droit pour faire saillir son biceps droit. Ryan lui tourna délibérément le dos et répondit à sa supérieure.

- Il s’appelle Jack Friedmann mais ne répond que si on lui donne du « cap’tain » à chaque phrase. Il a perdu son bras gauche lors de la première guerre d’Irak, et si vous voulez mon avis, il n’a pas perdu que ça. Le type est un peu dérangé. Il passe son temps à se chercher un point de chute pour dormir tranquillement la nuit et c’est pour cela qu’il a un faible pour les chantiers de construction bien avancés. Alors vers trois heures, ce véhicule a pénétré ici, le temps de se dissimuler davantage là-bas, derrière  les préfabriqués, il a vu un type en sortir et disparaître dans la rue. Il a décidé plus tard de voir s’il ne pourrait pas dormir à l’intérieur. Les sièges sont toujours plus confortables que le béton. Et c’est là qu’il a découvert les corps.

- Il était quelle heure ?

- Plus de cinq heures.

- Il peut décrire l’homme qui a quitté le véhicule ?

- Il faisait sombre et il était assez loin. Toutefois, il a précisé que le gars était très grand, baraqué et portait une tenue sombre dans le genre paramilitaire.

- A-t-il entendu des coups de feu ?

- Aucun.

 

Le tableau de Beckett s’étoffait. Des photos des trois corps, de la voiture. Un seul nom marqué : Guy Fawkes. Il était inconnu de tous les fichiers de police, de sécurité sociale ce qui ne surprit pas l’équipe.

- Ce nom n’est pas choisi par hasard, avança Castle comme une évidence. Il doit bien y avoir une raison pour avoir emprunté l’identité symbolique des Anonymous. Si je devais en choisir une, ce n’est pas celui qui me viendrait tout de suite à l’esprit sauf si…

- …sauf si j’ai un lien avec ce mouvement, compléta Beckett.

Castle hocha la tête en signe d’acquiescement.

- Eh bien, fit Ryan, étant donné que le secret est leur force, cela ne va pas être simple de trouver de qui il s’agit.

- Pas forcément, lança Esposito qui se joignit à eux et magnétisa de nouvelles photos sur le tableau. Le relevé des empreintes a révélé que deux d’entre eux étaient connus de nos services, tous les deux arrêtés lors d’une manifestation des… Anonymous. Même s’ils ont toujours nié appartenir à ce mouvement. Notre Guy Fawkes s’appelle en réalité Peter Johnson. Activiste notoire. Il a fait parti de plusieurs mouvements altermondialistes avant de se reconvertir dans le piratage informatique. Et voilà, Ramos Pineira, instituteur, rien de particulier à son actif à l’exception de sa participation à deux « raids » contre des entreprises privées.

- Et notre première victime ?

- Toujours rien.  

 

La mère avait bien essayé de maîtriser ses larmes mais ce ne fut le cas que quelques instants. Son fils était un pacifiste, il détestait la violence. Il avait voulu devenir enseignant parce que pour lui, il n’y avait rien de plus important que de transmettre le savoir, d’éduquer les jeunes à lire, à débattre, à avoir l’esprit critique.

- Madame Pineira, je suis vraiment désolée mais je dois vous poser quelques questions.

- Je comprends.

- Ramos avait-il des ennemis ?

- Il était apprécié dans son travail, par ses collègues. Il était aimé de ses élèves. C’est… c’était un bon p’tit gars. Mais il n’est pas impossible que ses activités extérieures lui aient créé des inimitiés.

- Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?

- Il y a deux semaines. C’était pour fêter mon anniversaire.

- Vous a-t-il paru soucieux, préoccupé ?

- Non, il était comme d’habitude, prévenant et drôle.

- Connaissez-vous un dénommé Peter Johnson ? demanda Beckett en avançant une photo.

- Je ne pense pas l’avoir rencontré.

- Votre fils a-t-il prononcé son nom dans une conversation ?

- Je ne me rappelle pas.

Beckett lui montra la photo du troisième individu.

- Et celui-ci ?

Madame Pineira nia d’un mouvement de tête.

- Je suis désolée de ne pouvoir vous aider.

- Ce n’est pas grave. Si toutefois une chose vous revenait en mémoire, aussi infime soit-elle, vous pouvez m’appeler. Voici ma carte.

 

De leur côté, Ryan et Esposito avaient réussi à joindre la petite amie de Peter Johnson. Ils étaient allés la retrouver à la sortie du bloc au New York Downtown Hospital où elle était infirmière. Faye Chapman  était assise sur la banquette d’une des salles de repos et tremblait de tous ses membres. Elle ne parvenait pas à articuler trois mots de suite. Elle était en état de choc. Ryan demanda l’aide d’un docteur qui passait dans le couloir. Le tranquillisant administré fit rapidement son effet et les tremblements s’estompèrent peu à peu. Elle prit le verre d’eau que lui tendait Esposito et qu’elle avala d’un trait. Elle voulut connaître les circonstances du décès. Sans dévoiler tous les détails, les Bros engagèrent la conversation en lui révélant où et comment avait été retrouvé le corps de Johnson. Les yeux rougis, elle répondit aux questions. Oui, elle connaissait son passé d’altermondialiste, oui, elle savait qu’il préconisait désormais des combats de l’ombre, oui, elle n’ignorait pas qu’il avait déjà eu à faire avec la police et qu’il avait fait un peu de prison. Mais c’était un homme attachant, débordant de vie, serviable et disponible. Elle ne connaissait pas Ramos Pineira ni l’autre homme sur la photo mais cela n’avait rien d’étonnant, il voulait la protéger en la tenant le plus éloigné possible de toutes ses occupations militantes.

Quand Ryan et Esposito revinrent au poste, non seulement les opérateurs téléphoniques des deux victimes identifiées avaient été trouvés mais ils prirent connaissance également des listings de tous leurs appels sur les deux derniers mois.  Ils passèrent une bonne partie de l’après-midi à les éplucher. Curieusement, alors que ces deux hommes faisaient partie du même mouvement, qu’ils avaient été retrouvés morts côte à côte, ils ne constatèrent aucun appel de l’un vers l’autre.

- Rien d’étonnant, fit Castle en venant s’assoir en face d’eux, ils cultivent l’art du mystère ces gars-là. Ils devaient avoir d’autres portables qu’ils utilisaient pour communiquer entre eux.

- On a fouillé partout à leurs domiciles, poursuivit Beckett, mais on n’a pas trouvé trace d’un quelconque autre téléphone.

- Celui qui leur a fait les poches, a dû les faire disparaître, comme le reste.

- On a quand même récupéré leurs ordinateurs. Nos services informatiques sont sur le coup.

Les surprenant tous par la rapidité de son geste, Ryan se releva d’un bond en voyant la personne qui venait de sortir de l’ascenseur.

- Jenny ? Mais tu devrais être à l’aéroport. Que se passe-t-il ?

- Tu as oublié Bubulle.

- Bubulle ? répéta Esposito avec étonnement.

Comme seule réponse, elle sortit d’un sac de sport un bocal qu’elle déposa sur le bureau de son mari puis, de la poche plastique opaque qu’elle tenait toujours à la main, elle retira un pochon transparent dans lequel s’agitait un poisson rouge. Elle vida le contenu dans le bocal, récupéra une boîte qu’elle posa à côté.

- Tu changes l’eau tous les matins et tu le nourris tous les soirs.

Elle se tourna alors vers les trois autres acolytes qui regardaient amusés la petite scène qui venait de se jouer devant eux.

- Bonjour à vous tous. Excusez-moi de vous avoir interrompus mais je ne vais pas vous déranger davantage, je repars, j’ai effectivement un avion à prendre.

Elle fit le tour du bureau, alla  déposer un tendre baiser sur les lèvres de Ryan et s’éclipsa aussi rapidement qu’elle était arrivée. Esposito vint se placer dans le champ de vision de son collègue.

- Tu avais oublié Bubulle ?

- Oh ça va! Jenny pars quelques jours chez ses parents et comme elle avait promis à une voisine hospitalisée de s’occuper de son poisson rouge, elle a pensé qu’il avait plus de chance de survivre ici que chez nous.

- Et toi, tu t’es empressé de l’abandonner ! Père indigne !

Ryan se rassit, se replongeant dans l’étude du listing en ignorant les regards et les sourires complices entre Esposito et Castle. Le latino sifflota en venant reprendre son travail derrière lui. A cause de Jenny, Ryan s’attendait à subir une pluie de sarcasmes de tous ses collègues du poste.

Ce fut l’appel de Lanie qui le sauva. Elle demandait à Beckett de la retrouver à la morgue.


cathy24  (25.03.2013 à 17:31)

6EME CHAPITRE

Lanie confirma que les balles trouvées dans les corps de Johnson et Pineira étaient bien du 9mm. Aucune autre blessure. Le tueur se tenait à une distance de moins de deux mètres. Il les avait abattus de face et compte-tenu qu’il n’y avait aucune marque de défense ni de protection, ils devaient connaître leur assassin.

- Et notre John Doe ? demanda Beckett en se détournant des deux premiers cadavres pour se positionner au niveau de la tête du troisième.

- Ce sont bien les coups de poignard qui sont responsables de sa mort, enfin, les deux derniers car le premier ne l’a que superficiellement touché. J’ai réussi à faire un moulage de l’entrée de la lame, fit Lanie en leur montrant le fac-similé en cire. Il s’agit d’une arme de chez Blake Tech. Un Profili. Efficace et faisant un maximum de dégâts. Un couteau de professionnel.

- Dis-moi que tu as trouvé quelque chose pour l’identifier. 

- Ton John Doe s’appelle Pearl Adams.

- Laisse-moi deviner : le fichier dentaire ? demanda Castle.

- Exact ! Il a deux implants certainement suite à une chute ou un coup. Il a eu la mâchoire fracturée à l’adolescence.

- Autre chose ?

- Des traces d’abrasion autour du poignet gauche, Lanie découvrit un côté du drap pour confirmer ses dires. Comme il n’y a rien sur le poignet droit, ce n’est pas dû à des entraves mais certainement à son bracelet de montre, comme s’il avait été agrippé à ce niveau-là. Il a également des griffures sur le même bras, dans le cou et une belle entaille dans la paume droite.

- Il a pu faire ça en se défendant ?

- C’est probable. Autre chose : sa montre est cassée et indique 21 heures 56. Et si vous retournez ce bracelet, vous verrez nettement des tâches brunâtres de sang.

Castle se dirigea vers une petite table. La montre était là, dans un plastique étiqueté. Une Guess, bracelet en cuir marron, cadran au verre brisé en étoile et dont il manquait un fragment.

- L’heure de l’altercation ? interrogea Beckett.

- Possible.

- L’accident de ton père aurait donc eu lieu  une heure et demie plus tard, conclut Castle. Je pensais, Lanie, si les abrasions sont dues à la montre, avec un peu de chance on pourrait retrouver les empreintes de son agresseur dessus.

- C’est effectivement possible, monsieur l’écrivain. Je prévoyais de l’envoyer à la Scientifique. Si c’est exploitable, nous aurons les résultats demain au plus tard.

Castle ne put s’empêcher de faire cette moue d’autosatisfaction qui faisait lever le regard de Beckett au ciel. Elle ébaucha cependant un sourire sans toutefois lui faire compliment de son idée : elle ne voulait pas avoir face à elle toute la journée, cette mine réjouie qu’il ne manquerait pas d’arborer.

- Et pour le sang, tu as quelque chose?

La médecin-légiste se saisit du dossier posé sur la poitrine de la victime.

- Celui sur la chaussée, le polo, le chambranle de la porte de l’immeuble, sur le manteau est bien celui de Pearl Adams.

- Pas de mystère de ce côté-là, fit Castle.

- Pas si sûr.

- Comment ça ? interrogea Beckett.

- L’empreinte ensanglantée relevée sur la même porte d’immeuble correspond bien à une des siennes mais le sang appartient à un second individu. Quant à celui du bracelet de montre, que j’ai examiné également, est celui d’une troisième personne.

- Des agresseurs tous les deux blessés?

- Ce n’est pas fini.

- Quoi encore ?

- Le sang de l’empreinte correspond à celui des gouttelettes isolées trouvées au premier endroit où j’ai fait les prélèvements.

- Celui que nous avons abandonné ?

- Tout à fait.

 

Ryan avait préparé un topo pour Beckett. Pearl Adams avait trente sept ans et était journaliste d’investigation. Le détective avait joint quelques articles qu’il avait pu récupérer sur internet. Apparemment, Adams posait ses valises aux quatre coins de la planète pour  écrire  sur des sujets très divers aux thèmes plus ou moins légers. Castle récupéra les feuillets et commença d’y jeter un coup d’œil. Il remarqua que deux ans auparavant, Pearl Adams avait enquêté au cœur du printemps arabe mais depuis plus de dix mois, il n’avait pas proposé un seul article.

Beckett demanda à Ryan d’aller superviser la perquisition commencée au domicile du journaliste. De son côté, Esposito avait réussi à joindre Brody Adams par téléphone et dans la demi-heure suivante, celui-ci se présenta au poste avec sa compagne, Megan Philips.

- Monsieur Adams, je suis le lieutenant Beckett et voici Monsieur Castle, fit-elle en refermant la porte de la salle de réunion derrière elle. Je vous en prie, asseyez-vous.

Les deux frères avaient peu de ressemblance. Autant Pearl avait été assez grand, mince et de cheveux plutôt blonds, autant Brody était de taille moyenne, légèrement enveloppé et à la chevelure noire. Seuls leurs yeux pareillement gris et en amande laissaient déceler entre eux un lien de parenté.

- Monsieur Adams, quand avez-vous vu votre frère pour la dernière fois ?

- Il y a quatre jours mais hier matin, il m’a appelé. Il voulait passer chez moi dans la soirée. Malheureusement j’ai eu un contretemps. J’ai voulu le prévenir, il n’a pas répondu et je lui ai laissé un message.

- A quelle heure était prévu ce rendez-vous?

- 22 heures. Je suis rentré presque une heure plus tard.

- Et où étiez-vous ?

- Je finalisais un contrat avec mes prochains associés.

- Savez-vous si votre frère avait des ennemis ?

- S’il en avait, il ne m’en a jamais parlé. Il n’est pas impossible que dans un ou plusieurs de ses articles il ait froissé certaines susceptibilités. Pearl n’était pas du genre à cacher la vérité sous des fioritures littéraires. Il allait au cœur des sujets, sans détour, ni atermoiement, c’est ce qui faisait que sa réputation était en train de croître et que sa côte augmentait sérieusement. De plus en plus de journaux importants désiraient faire appel à lui.

- Justement, il semble que depuis presqu’une année, il n’ait pas  écrit un seul article. Savez-vous pourquoi ?

Brody Adams hocha la tête.

- Il faisait des recherches pour écrire un livre.

- Un livre sur quoi ?

- Les Anonymous. Lorsqu’il était au Moyen-Orient, il a vu l’importance que ce mouvement pouvait avoir pour aider à renverser les dictatures. En rentrant, il a décidé d’en savoir plus sur eux et sur les conséquences pour leur cible.

- Comment écrire sur des gens dont on ignore l’identité ? interrogea Castle.

- Je sais qu’il était en contact avec certains d’entre eux.

- Comment les a-t-il rencontrés ?

- Aucune idée.

Beckett lui montra deux photos.

- Avez-vous déjà vu ces deux hommes avec votre frère ?

- Non.

- Les noms de Peter Johnson ou Ramos Pineira vous disent-ils quelque chose ?

- Pas davantage.

 

Esposito avait épluché le relevé des appels téléphoniques de Pearl Adams. Le journaliste avait une très longue liste d’appels rentrants ou sortants. Quelques-uns revenaient fréquemment, d’autres beaucoup plus épisodiquement. Le détective se focalisa sur la veille au soir. Le frère disait vrai : il avait bien essayé de contacter Pearl. Par contre, à 22 heures 27, le journaliste avait passé un coup de fil. Quatorze minutes plus tard, il avait de nouveau appelé la même personne qui l’avait, à son tour,  recontacté à 23 heures 19. Malheureusement, cet interlocuteur appelait avec un portable à carte prépayée activée un peu plus tôt dans la soirée. Il y avait peu de chances de parvenir à retrouver le propriétaire mais Beckett voulait que la Scientifique tente de trouver les relais utilisés lors des communications. Avec un peu de chance, les premiers appels pouvaient avoir été passés près de la boutique où la carte avait été achetée.

Gates prévint Beckett que les informaticiens planchaient sur les ordinateurs des victimes mais que le système de protection était assez sophistiqué que le craquage demanderait un peu de temps. Elle demanda à tous de rentrer chez eux. Elle les voyait épuisés après une nuit écourtée et une longue journée. Castle demanda à emporter chez lui les dépositions de tous les voisins de leur première piste abandonnée, ceux du moins qui avaient été interrogés avant que l’enquête ne se focalise sur la zone autour du restaurant. Il voulait également se plonger dans les articles écrits par Pearl Adams.

- Si vous avez peur de vous ennuyer, pourquoi pas, monsieur Castle, répondit Gates avant de réintégrer son bureau.

Ryan avait tenté de profiter de la diversion pour nourrir Bubulle mais il n’agit pas assez vite et ses trois comparses ne parvinrent pas à maîtriser leurs sourires.

- Quoi ? fit le détective d’un ton agressif.

- Rien. Rien du tout, fit Castle avant de se diriger vers l’ascenseur en compagnie de Beckett.

Une fois à l’intérieur et les portes refermées, Beckett annonça à Castle qu’elle devait aller voir son père rentré depuis peu chez lui. Elle comptait veiller sur lui cette nuit. Castle lui sourit, lui faisant remarquer qu’il n’aurait pas pris des devoirs à la maison s’il ne s’attendait pas à y passer la soirée seul. Le « clinc » sonore précédant l’ouverture retentit au moment où ils parvinrent au rez-de-chaussée. A regret, Beckett s’en extirpa mais prétexta l’évitement avec un collègue pour que son corps entre en contact avec celui de Castle, sa main frôla la sienne et leurs doigts se retinrent un peu.

- Je désirerais tant t’embrasser en cet instant précis, murmura-t-elle le plus faiblement possible.

- Parce que j’emmène du travail chez moi ? demanda-t-il taquin.

Elle se demanda comment elle avait pu faire pour ne pas lui succomber plus tôt, cependant elle ne voulait toujours pas lui montrer à quel point il était déjà bien au-delà ce qu’elle avait accordé à chacun des autres hommes qui, à un moment donné, avaient partagé sa vie.

- Pas de coups de fil alors ce soir, répliqua-t-elle sur le même ton, je m’en voudrais de te déranger.

- Je suis toujours disponible pour les belles qui souhaitent entendre ma voix chaude et sensuelle avant de faire de doux rêves.

- Tu ne m’en veux pas ?

- Parce que tu vas voir ton père?

Les regards échangés déclenchèrent  en eux une myriade de frissons qui auraient pu les pousser à mettre à bas les barrières de leur secret si un taxi n’était pas passé à ce moment là. Le sourire contrit de Castle à l’arrière du véhicule qui s’éloignait dans les rues new-yorkaises, serra le cœur de Beckett. Elle tourna la tête en se faisant violence et se retrouva seule sur le trottoir. Elle devait dans un premier temps rentrer chez elle, récupérer quelques affaires avant de rejoindre Jim. En se fixant ces objectifs, elle parvint à reprendre pied.

Une heure et demie plus tard, elle arrivait chez son père. Il était installé dans son fauteuil préféré et somnolait un livre posé sur la poitrine et vaguement retenu par sa main valide. En voyant ce tableau, Kate eut un sourire de tendresse et de reconnaissance pour avoir ce simple bonheur de le regarder. Sur le meuble le plus proche, elle déposa un sac plastique que lui avait préparé Lanie : son père avait réclamé le contenu des poches de son manteau qui restait lui, une pièce à conviction et qui avait pris sa place parmi les scellés. De toute façon, il était irrécupérable.

Beckett essaya de se déplacer le plus doucement possible, s’éclipsa dans la chambre pour y déposer ses affaires et revint peu de temps après dans le salon.

- Il m’avait bien semblé sentir ta présence.

- Hey, papa ! Comment te sens-tu ?

- J’ai connu mieux, répondit-il en grimaçant légèrement, mais je ne vais pas me plaindre : ce n’est qu’un bras cassé. Cela aurait pu être pire.

- Tu as mal ?

- Ҫa commence à se réveiller. L’effet de la piqûre a atteint ses limites. Peux-tu me donner l’antidouleur, là, sur la table ?

Kate partit en cuisine chercher un verre d’eau, prit un comprimé dans la poche de médicaments et tendit le tout à son père. En reposant le verre, son regard tomba sur un porte-cartes en cuir, plutôt de style féminin. Machinalement elle s’en saisit, l’ouvrit.

- Oh ! C’est l’infirmière qui a du l’oublier, s’exclama Jim.

- Tu as son numéro que je l’appelle ?

- Ne te tracasse pas, elle revient demain matin, elle le récupèrera à ce moment-là. En attendant, je meurs de faim, moi ! Il est presque 21 heures 30 et je n’ai quasiment rien mangé depuis hier soir.

- D’accord, fit-elle sans insister. Je descends chez Toni ?

- Celle aux poivrons, bacon, tomates fraîches et basilic, s’il te plaît.

Kate remontait les pizzas quand son portable sonna.

- Oui, Castle ?

- Dis-moi que mon extraordinaire esprit d’analyse t’émerveille ?

- Si tu allais droit au but ?

- Je peux t’expliquer une partie des évènements.

- Tu es sûr que ce n’est pas plutôt pour me faire venir au loft séance tenante?

- Cette idée m’a traversé l’esprit mais non, je t’assure. On se retrouve devant le tableau blanc demain matin. Bonne nuit, détective de mon cœur.


cathy24  (26.03.2013 à 19:26)

7EME CHAPITRE

Martha portait le mug à ses lèvres et but une gorgée de café. Castle, en face d’elle, était muet et cela n’était pas dans ses habitudes.

- Tu as passé une mauvaise nuit ?

- Courte surtout.

- Tu vas la retrouver tout à l’heure.

- Non, il ne s’agit pas uniquement de ça, mère.

- De quoi est-il question alors ?

- Il se pourrait bien que je sois évincé bientôt du commissariat.

- Pourquoi cela ?

- Gates se doute que Kate et moi...

- Elle vous l’a dit ?

- Elle lui a fait une remarque étrange. Elle me mettra dehors dès que nous aurons résolu cette affaire. C’est l’implication de Jim qui nous offre encore un peu de répit.

- Est-ce si terrible que ça de ne pouvoir jouer au policier?

- Tu sais, pour moi ce n’est plus un jeu depuis longtemps. J’ai l’impression d’être enfin utile. J’ai passé tant d’années à fuir la réalité dans mes livres !

- Je comprends. Mais tu devras peut-être y renoncer à moins que tu ne fasses encore jouer tes appuis.

- Non, je ne veux mettre personne en porte-à-faux.

- Oh ! Tu as changé mon fils ! Où est passé le Castle conquérant qui se souciait comme d’une guigne de faire des ravages autour de lui ?

- Ce n’est pas drôle, mère.

- Alors, si enquêter te manque tant que cela, ouvre une agence de détectives privés. Beckett et toi, vous feriez des merveilles.

- Je ne demanderai jamais à Kate de choisir entre son travail et moi.

Martha posa la main sur l’épaule de Castle.

- Alors, savoure le moment présent, Richard, savoure-le.

 

Ryan lisait le compte-rendu des informaticiens. Tout ce qui pouvait relier Peter Johnson et Ramos Pineira aux diverses opérations menées dernièrement par les Anonymous, ne menait à rien de concret. Des sites à l’étranger qui déroutaient vers d’autres sites qui s’inséraient dans des bots en réseau. Une ramification si étendue et si vaste qu’il était illusoire de penser pouvoir remonter à une quelconque piste tangible. Par contre, il avait été beaucoup plus aisé de trouver le mot de passe qui était sensé protéger l’ordinateur de Pearl Adams mais étrangement, il fut impossible de trouver quoi que ce soit sur son livre en cours : pas de notes, pas d’ébauches. Rien.

De son côté, Esposito passa à Beckett et Ryan les images d’une vidéosurveillance prise au niveau d’un carrefour à une rue du lieu de l’accident de Jim. La Ford Mustang y  stoppait net en plein milieu de la chaussée, provoquant une embardée de la voiture qui suivait et qui dut se déporter brusquement vers la gauche pour éviter la collision. Puis, le chauffeur quitta le véhicule et partit au pas de course. Moins de deux minutes plus tard, un passager à l’arrière s’en extirpa à son tour, péniblement, en passant par le siège du conducteur. Il s’éloigna et revint. Il prit la place du chauffeur et redémarra.

- Remonte, demanda Beckett.

Les arrêts sur image ne laissèrent aucun doute, il s’agissait bien de Peter Johnson et Ramos Pineira. L’enregistrement indiquait une plage entre 23 heures 35 et 23 heures 38. Soit juste avant l’appel de Johnson au 911. Les détectives ne comprenaient pas pourquoi après avoir enlevé Pearl Adams, les kidnappeurs avaient pris le risque de revenir sur leurs pas. C’était incohérent.

- Autre chose d’aberrant :   on a retrouvé la boutique où a été achetée la carte prépayée. Le patron a reconnu Johnson sur une photo.

Castle arriva dans ce moment de flottement. Il déposa sur le bureau de Beckett la pile des documents qu’il avait passé une grande partie de la soirée à éplucher puis se dirigea vers la salle du café. Comme à son habitude il prépara deux tasses. Il revenait quand, avec étonnement, il vit le bocal et Bubulle qui avaient élu domicile sur la table haute. Amusé il quitta la pièce et alla s’asseoir sur le bureau face au tableau blanc. Beckett, suivie  par Ryan et Esposito, vint à sa hauteur. Elle se saisit du café qu’il lui tendit.

- Bonjour, lieutenant Beckett.

- Bonjour Castle.

- Bien dormie ?

- Cela te flatterait si je disais non.

- Vous me prêtez de ces intentions, lieutenant Beckett !

Il se rapprocha pour chuchoter à l’oreille de Kate qui frémit au contact du souffle chaud sur son cou.

- Tu m’as terriblement manqué.

- Bon, interrompit Ryan, on peut vous laisser un moment si vous voulez.

Beckett lui jeta un regard  amusé en obliquant légèrement la tête sur le côté.

- Alors quoi de neuf, les gars ? questionna Castle.

Ils lui firent un rapide compte-rendu de leurs dernières avancées.

- Si je comprends bien, vous êtes perdus. Heureusement que je suis là, fit Castle malicieusement.

- Vas-y ! Nous sommes curieux d’entendre çà.

Les paroles railleuses d’Esposito ne déstabilisèrent pas Castle qui se saisit du marqueur et s’approcha du tableau blanc. Il rajouta deux éléments : « 22h 27 premier appel » ; « 22h 41 second appel ».  L’écrivain montra les feuillets qu’il avait étudiés. Avant que la piste des premières gouttes de sang soit abandonnée, les policiers avaient eu le temps de faire le tour de six immeubles. A la première lecture, il n’avait rien décelé de particulier dans les déclarations, quelques bruits de musique s’échappant de véhicules au volume sonore poussé à fond, des aboiements, des rires. Mais cela prouvait une chose : ce qui était inhabituel avait été signalé par les voisins. Donc, si une bagarre avait éclaté dans la rue, elle aurait figuré dans les rapports. Bien sûr, des gouttes de sang avaient été retrouvées à cet endroit, ce sang n’était ni celui de Johnson, ni celui de Pereira. Elles appartenaient à un inconnu. Il y avait donc eu une première rixe. Mais avec qui s’était battu l’inconnu? Pearl Adams? Quelqu’un d’autre ? En principe, Pearl Adams n’aurait pas du se trouver dans le secteur puisqu’il devait retrouver son frère dans un quartier très éloigné de celui-ci. De plus, il n’avait pas répondu à son appel mais au contraire en avait passé deux à un même numéro, celui de Peter Johnson.

- On est parti dès le début du principe que Johnson et Pineira avaient enlevé Adams. Et si au contraire, il les avait appelés à l’aide ?

- Tu te fondes sur quoi ?

Castle récupéra un témoignage, celui d’une femme qu’un bruit de poubelle renversé dans la rue, avait attirée à la fenêtre. Cela s’était produit vers 22H20. Elle disait avoir vu un homme s’en éloigner. Un homme grand, costaud et d’allure militaire.

- Cela ne vous rappelle personne ?

Ryan ressortit ses notes sur le témoignage du SDF.

- C’est peut-être une coïncidence, fit celui-là.

- En matière de crime, il n’y a jamais de coïncidence.

- Un militaire ? voulut se faire confirmer Esposito.

- Je fais davantage confiance à Jack Friedman qui parle d’une allure paramilitaire.

- Les faits messieurs, les faits, rappela Beckett. Un témoignage lointain d’un SDF, celui imprécis d’une vieille femme. Beaucoup trop vague. Même pas de quoi faire un portrait-robot.

- C’est logique pourtant, non ?

- C’est surtout plein de blancs, de trous et d’incertitudes. Si les deux hommes se sont battus une première fois vers 22 heures 30, comment se fait-il qu’Adams se soit fait poignarder à mort une heure plus tard ?

- Parce qu’il se cachait !

- Pourquoi ne pas avoir appelé la police ?

- Je n’ai pas dit que j’avais toutes les réponses.

- En tout cas, tu as soulevé la vraie question : pourquoi était-il dans ce quartier alors qu’il avait rendez-vous à plusieurs kilomètres de là? Pourquoi…

Beckett s’interrompit quand son téléphone sonna. C’était la Scientifique. Ils avaient trouvé une empreinte partielle sur la montre de Pearl Adams. Beckett envoya les Bros : interpellation, fouille. Les agissements habituels.

 

Dans la salle d’interrogatoire, la jeune femme gardait une allure assurée et une gestuelle calme. Beckett menait l’interrogatoire.

- Megan Philips, avez-vous vu le frère de votre compagnon la nuit du meurtre ?

- Non.

- C’est pourtant à deux pas de votre immeuble qu’il a été poignardé.

- J’ignorais qu’il avait été tué près de chez moi.

- Vous confirmez ne pas l’avoir vu avant-hier soir ?

- Tout à fait.

Beckett sortit de son dossier une petite poche plastifiée qui renfermait un petit morceau de verre.

- Comment expliquez-vous que nous ayons retrouvé ceci dans votre appartement ?

- Qu’est-ce que c’est ?

- Le fragment manquant du verre de montre de Pearl Adams.

Philips parut accuser le coup et Beckett profita de son avantage.

- Des voisins disent pourtant l’avoir croisé et vu frapper à votre porte, précisément ce soir-là, vers 21H50.

Un flottement passa dans le regard de Megan Philips mais il ne s’éternisa pas.

- Il est reparti en vie de chez moi, affirma-t-elle d’un ton assuré.

- Comment se fait-il que vos empreintes figurent sur la montre qu’il portait et que nous avons retrouvée cassée à son poignet ?

- On devait s’expliquer, le ton a monté, on s’est disputés. Au bout d’un moment, il a voulu partir, je lui ai saisi le bras, il m’a repoussé. Son poignet est allé heurter une étagère. C’est à ce moment-là que sa montre a du se casser.

- Quel était le sujet de la dispute ?

- Je ne peux pas vous répondre.

- Vous devriez parce que vous taire ne vous aidera pas. L’avez-vous poursuivi ?

- Non.

Castle ouvrit l’ordinateur portable qui était face à lui sur la table. Il appuya sur « play » et l’enregistrement défila. On y voyait clairement Pearl Adams quitter l’immeuble à 22H13 et Megan Philips faire de même à 22h17.

- Madame Philips, continua Castle, profitant de l’avantage indéniable que procuraient les images, juste avant de sortir, vous avez passé un appel vers un numéro masqué.

- Qui est ce correspondant ? demanda Beckett. Vous a-t-il demandé de suivre Adams et de vous débarrasser de lui ?

- Je ne l’ai pas suivi ! se défendit-elle. J’allais à un rendez-vous.

- Avec qui ?

- Celui que je venais d’appeler.

- Vous feriez bien de nous donner son identité.

- Je ne peux pas.

- Vous ne vous seriez pas blessée dernièrement ?

Philips jeta malgré elle un regard vers sa main. Quand elle comprit qu’elle venait de se trahir, elle se mordit les lèvres.

- Nous avons retrouvé plusieurs traces de sang, poursuivit Beckett. Certaines sont celles de Pearl Adams, mais nous en avons deux inconnues. Seriez-vous prête à nous autoriser à vous faire un petit test sanguin?

- Je ne crois pas, non.

- Je peux obtenir une injonction du juge. Cela prendra un peu plus de temps que si vous acceptiez spontanément mais nous aurons quand même cette analyse.

- Il vous faudra l’accord de mon contact.

- Votre contact ?

Philips demanda un stylo et sur un papier que lui tendit Castle, elle inscrivit un numéro de téléphone.

- On va appeler tout de suite.

- Il fait partie du FBI.


cathy24  (27.03.2013 à 18:43)

8EME CHAPITRE

Cela faisait plus d’un quart d’heure que l’homme en costume sombre et Gates discutaient derrière la porte fermée. Megan Philips était la seule à être assise mais depuis le début de la réunion, elle était restée totalement muette. Beckett, Castle, Esposito et Ryan s’étaient appuyés sur le bord d’un bureau et leurs yeux braqués sur la scène qu’ils avaient sous les yeux, ils essayaient de deviner qui menait la danse de l’autre côté de la paroi de verre. Apparemment, la capitaine ne s’en laissait pas compter, insensible aux allures sûres de lui et aux propos véhéments de son interlocuteur du FBI qui occupait l’espace de ses gestes et grandes enjambées qui le faisait tourner en rond.  Gates avait fini par abandonner le conflit verbal, s’était assise à son tour, avait fait pirouetter son fauteuil vers ses hommes, dos au gradé du FBI mais le regard figé sur un point quelque part derrière eux. L’agent dut prendre conscience de l’incongruité de son comportement parce qu’il stoppa net en plein milieu d’une phrase, prit place sur l’autre chaise et se saisit de son portable. Après une brève communication avec son interlocuteur, il fit un signe de la tête à Gates qui se leva, alla ouvrir la porte de son bureau et se dirigea vers Beckett.

- Megan Philips répondra à toutes vos questions, détective, fit-elle en regagnant son bureau, tendant une poignée de mains brusque et dénuée de toute marque de sympathie à l’homme qui en sortait précédé de la jeune femme, puis la capitaine referma derrière elle.

Alors, Beckett reprit son interrogatoire. La seule différence tenait dans le fait que la salle de réunion avait remplacé l’autre, plus procédurière, plus incriminante. A moins de tenir le contact du FBI de Philips pour un menteur, celle-ci ne faisait désormais plus partie des suspects. Elle expliqua que l’agence se servait d’elle pour des opérations d’espionnage informatique bien particulières. C’était sa contribution pour éviter la prison après avoir hacké des sites officiels quelques mois plus tôt. Ses objectifs étaient désormais de découvrir les prochaines cibles des Anonymous afin d’anticiper leurs attaques.

- Qui a été votre premier contact avec eux ?

- Brody.

Beckett et Castle échangèrent un regard.

- Le frère de Pearl ? demanda confirmation la jeune femme.

- Comment l’avez-vous rencontré ?

- A une manifestation de ce mouvement.

- C’est pour vous rapprocher de Pearl que vous avez abordé Brody ?

- Non. Pearl était encore au Moyen-Orient à cette époque et je ne le connaissais pas alors.

- Quelle était la raison de votre dispute l’autre soir ?

- Pearl a surpris un jour une communication qu’il n’aurait pas du entendre. Bien sûr la conversation n’était pas explicite et il ne pouvait avoir de certitude mais il voulait que je m’explique.

- Et alors ?

- Pearl était très doué. En quelques questions, il mettait à jour vos incohérences. Du coup, il voulait en parler à son frère et m’a averti que les intimidations n’auraient pas d’influence sur lui.

- C’est pour cela que vous avez essayé de le retenir ?

- Oui et ça n’a pas marché. Dès qu’il est parti, j’ai appelé mon contact et lors de notre rencontre cette nuit-là, on a décidé qu’il fallait que je m’exfiltre. Mais le lendemain, quand sa mort a été annoncée, ma mission a été maintenue.

- Vous savez s’il se sentait menacé ?

- Je ne le pense pas mais de toute façon, dès l’instant où il s’est méfié de moi, il n’allait certainement pas me faire de confidence.

- Avez-vous des identités d’Anonymous à nous donner ?

- Je peux vous faire la liste de quelques personnes que fréquente Brody mais à l’exception d’un seul dont je suis certaine, je ne peux pas confirmer leur appartenance à cette mouvance.

 

Castle était parvenu à récupérer l’intégralité des écrits de Pearl Adams et cela correspondait à une masse conséquente. Le gars avait été prolifique, depuis ses débuts jusqu’à sa dernière véritable chronique sur la censure et les réseaux sociaux écrits depuis une chambre du Caire. Rick s’était accoudé sur la table haute de la salle de repos, un stylo à la main, écrivant de temps à autre un nom sur une feuille blanche. Il était si concentré qu’il n’entendit pas Gates arriver. Ce fut le bruit de la machine à café qui le fit sursauter.

- Désolée de vous effrayer à ce point, Monsieur Castle.

- Vous ne m’effrayez pas, capitaine.

- Peut-être devriez-vous l’être davantage, poursuivit-elle  en regardant Castle dans les yeux.

Elle avait l’art de le renvoyer dans les cordes et de le mettre mal à l’aise dans ces moments-là. Il cultivait les maladresses devant elle et il ne savait plus trop sur quel ton répondre, sérieusement ou en plaisantant. Finalement, elle ne lui en laissa pas le temps.

- Quelque chose à tirer de tout ça ? demanda-t-elle s’accompagnant d’un mouvement de tête.

- Pour l’instant, rien d’assez sérieux pour déboucher sur un meurtre.

- Vous êtes donc au moins utile à ne pas faire perdre de temps à mon équipe.

Castle déglutit avec difficulté.

- Rien de particulier sur Beckett ? poursuivit-elle.

Un hochement négatif et Gates sembla s’en contenter. Elle récupéra sa tasse, passa devant Bubulle qu’elle parut ignorer totalement, hésita, revint sur ses pas, prit la boîte de  nourriture en poudre qu’elle secoua énergiquement au-dessus du bocal. Castle esquissa un geste qu’il réfréna vite fait bien fait et s’abstint de tout commentaire. Il avait vu le lieutenant Karpowski alimenter le poisson rouge tout à l’heure. A ce rythme, en place de Bubulle, Jenny allait retrouver une baleine.

 

Ryan et Esposito étaient arrivés devant l’entrepôt. A l’accueil, on leur indiqua où trouver William Volker, de l’autre côté de la travée centrale, derrière les portes coulissantes qui débouchaient sur le garage. Il était le responsable de l’entretien des véhicules de livraison et impossible de se tromper, il n’y avait qu’un seul bureau à cet endroit, le sien.

L’homme, la quarantaine, cheveux courts et grisonnants, se dégarnissant sur le front, les accueillit en restant assis à sa place sans leur proposer de siège. Esposito et Ryan se jetèrent un regard dans lequel ils s’échangèrent en silence l’information selon laquelle l’individu ne devait pas beaucoup apprécier les flics.

- Monsieur Volker, entama Ryan, connaissez-vous un certain Pearl Adams ?

- Qui ?

- Pearl Adams, répéta le lieutenant.

L’homme secoua négativement la tête. Esposito lui mit sous le nez une photo.

- Bon, possible que je l’ai rencontré une ou deux fois.

Devant l’air dubitatif d’Esposito, il finit par avouer qu’il était assez proche du frère et qu’il l’avait rencontré plusieurs fois chez lui. Ryan prit le relais.

- Vous saviez qu’il écrivait un livre sur les Anonymous ?

- Oui.

- Lui avez-vous fourni des informations à ce sujet ?

- Et pourquoi l’aurais-je fait ?

- Parce que vous en faites partie, n’est-ce pas ?

- Qui vous a raconté ça ?

Esposito et Ryan n’avaient pas l’intention de lui répondre mais de toute façon, Volker n’avait pas besoin d’eux pour poursuivre.

- C’est la poule à Brody qui vous l’a dit ? Depuis le temps que je lui dis de se méfier d’elle !

- Pourquoi cela ?

- Elle agit bizarrement, plus virulente que nous, plus intransigeante que nous. Si on l’avait écoutée, on aurait déjà bloqué la moitié du net.

- Vous ne niez pas appartenir à ce mouvement ?

- Si je réponds non, vous allez me sortir ma fiche de police, alors à quoi bon !

Esposito esquissa un petit sourire.

- Elle est assez fournie, en effet. Vous avez également appartenu à un groupe altermondialiste.  Le même que Peter Johnson. Vous le connaissiez lui aussi ?

- Vous savez, le principe des Anonymous, c’est justement de ne pas se connaître, même entre nous.

-  Oui, mais lui, ce n’était pas le cas.

- A  vrai dire, on a milité ensemble. Et puis, on sait rendu compte que l’altermondialisme ne fait pas avancer très rapidement les choses alors que quelques milliers de connexion internet en même temps peuvent bloquer une entreprise, un site officiel… et on se prend moins de coups de matraque ou de giclées de gaz lacrymogène par… vous autres, les flics.

- Et Brody Adams, comment l’avez-vous rencontré ?

- Lors d’un raid contre une boîte d’esclavagisme légal.

Les détectives ne relevèrent pas, laissant Volker poursuivre.

- On a fini au poste. Ҫa crée des liens.

- Vous savez si son frère avait des problèmes ou se sentait menacé ?

- Il m’a demandé de l’aider pour contourner le pare-feu d’une boîte. Je me souviens qu’il était assez nerveux ce soir-là, du genre à ne pas tenir en place, à regarder plusieurs fois par la fenêtre.

- Cela remonte à quand ?

- Trois jours.

- Pourquoi voulait-il votre aide ?

- Pour une confirmation.

- Laquelle ?

- Je l’ignore.

- Vous vous rappelez le nom de l’entreprise ?

- NetLabo.

- Autre chose ?

Volker secoua négativement la tête.

 

Castle et Beckett regardaient ce tableau blanc qui s’était largement rempli de noms, de photos, de points de connexion entre plusieurs des protagonistes mais rien de tangible ne sortait de tout cela. La question était toujours la même : comment connaître toutes les personnes avec lesquelles Pearl Adams avait bien pu être en contact ? Tous ceux qui étaient membres du groupe Anonymous et dont ils avaient connaissance, étaient soit morts, soit avaient un alibi. Ryan les avaient appelés pour leur dire que William Volker était hors de cause : il était invité à la soirée d’enterrement de vie de garçon d’un ami qui s’était achevé à l’aube. Castle proposa à Beckett de reprendre étape par étape la chronologie des faits.

Pearl Adams était allé retrouver Megan Philips. Une dispute avait éclaté entre eux. La montre d’Adams s’était brisée à 21heures 56 et il avait quitté l’appartement quelques minutes plus tard. Puis, on le retrouvait environ cinq cents mètres plus loin, il avait laissé des traces sanglantes sur une porte d’immeuble, sur la chaussée  et avait bousculé Jim qui le vit disparaître dans une voiture.  Entre temps, il avait déjà croisé une première fois son assassin. Ils avaient du se battre. Peut-être est-ce à ce moment-là, qu’il avait été superficiellement touché tandis que son agresseur avait été blessé lui aussi. Il avait du réussir à s’échapper. Ensuite, on retrouvait trois corps dont le sien dans une voiture  à plusieurs kilomètres de là.

- Qu’est-ce qui cloche dans tout ça et qui nous empêche de progresser ?

- Lieutenant Beckett, je crois que dans cette affaire, avança Castle, beaucoup de gens avancent masqués.  A commencer par le frère.

 

Brody Adams se tenait très droit sur la chaise, les avant-bras posés sur la table et les doigts entrecroisés.

- Vous nous avez menti, Monsieur Adams, entama Beckett. C’est vous qui avez présenté votre frère à Johnson.

- En vous avouant faire partie des Anonymous, j’allais avoir le FBI sur le dos.

- Pour le moment, vous avez affaire à la Criminelle. Et nous avons épluché dans les moindres détails vos faits et gestes dans la soirée du meurtre. Par votre carte de métro, nous savons que vous avez bien réintégré votre domicile vers 23 heures…

Brody Adams baissa la tête car il devinait déjà la suite.

- … mais, par elle encore, nous savons que vous être ressorti trois heures plus tard et que vous êtes descendu à plusieurs pâtés d’immeubles de l’endroit où Johnson et Pineira ont récupéré votre frère. C’est aussi relativement prêt de l’endroit où la voiture a été découverte avec les trois corps à l’intérieur. Vous avez repris le métro une dizaine de minutes après. Que s’est-il passé, Monsieur Adams ?

- Je n’avais pas réussi à joindre mon frère depuis mon message et depuis que j’avais quitté mes associés. Il était à peu près 2 heures 30 quand j’ai reçu un appel de son portable. Quand j’ai décroché, c’était Pineira au bout du fil qui me disait de venir de toute urgence, que c’était grave. Il m’a donné l’adresse et je m’y suis rendu tout de suite.

- Après ? interrogea Beckett alors qu’Adams mettait du temps à poursuivre.

- Quand je suis arrivé, mon frère était déjà mort. Il avait reçu plusieurs coups de couteau. Je voulais appeler la police mais ils m’ont convaincu  que c’était imprudent. Ils pensaient que c’était en rapport avec son bouquin et ils voulaient dans un premier temps sécuriser ce qui pouvait leur nuire.

- Ils entendaient quoi par « sécuriser » ?

- Je ne sais pas. Je n’ai eu aucune nouvelle d’eux depuis ce moment-là.

 

Ryan vit Brody Adams passer devant lui, libre.

- Il n’a rien à voir dans les assassinats ?

- Apparemment, non, confirma Beckett.

- Par contre, poursuivit Castle, on a d’autres pistes intéressantes.

- Vous allez m’éplucher tous les appels du portable de Brody Adams, exigea Beckett. Vous vous renseignez aussi sur NetLabo, je veux tout connaître sur cette boîte.

Les détectives partis, ils se retrouvèrent une fois de plus devant la machine à café.

- Ce type, commença Castle, paraissait pris entre trois feux. D’un côté le FBI, d’un autre les Anonymous et enfin les victimes de ce mouvement. Tu crois que la menace la plus précise provenait d’où ?

- Quand on saura cela, on sera prêt de trouver l’assassin.

- Il a dit ne pas craindre les intimidations du FBI. Tu crois qu’il y en a eues ?

- Il n’y a qu’un moyen de le savoir.

Pendant qu’il préparait leur nième café de la journée, Beckett appela Megan Philips. Celle-ci confirma qu’Adams croyait que le FBI le faisait suivre. Mais Philips nia.

- C’est peut-être vrai, Kate. Mais ce qui est important, c’est ce qu’Adams croyait. Nous nous demandions pourquoi il n’avait pas appelé la police au lieu de se cacher et de tenter d’échapper à son poursuivant. S’il croyait que le FBI le faisait suivre, chercher de l’aide auprès des flics, n’était peut-être pas la protection la plus appropriée. Du coup, il a contacté les seules personnes en qui il avait confiance.

Beckett n’eut pas le temps d’approfondir cette idée que Gates passa la tête dans l’embrasure de la porte.

- Votre portable est éteint, détective ?

Beckett le prit en main et y jeta un regard.

- Effectivement, capitaine.

- Votre père a tenté de vous joindre à plusieurs reprises. 


cathy24  (28.03.2013 à 19:21)

9EME CHAPITRE

Jim expliqua qu’il était descendu faire quelques achats sur l’avenue. Il s’était absenté une petite heure et quand il était rentré, il avait eu du mal à faire tourner la clé dans la serrure.  Il avait mis ça sur le compte de sa fébrilité et de sa maladresse. Mais ensuite, il n’avait pas été long à remarquer que certaines affaires avaient été légèrement déplacées. Kate alla jeter un coup d’œil à la serrure qui portait quelques traces d’éraflures dues peut-être à  l’agacement de son père.

- On t’a volé quelque chose ?

- A première vue, rien.

- Tu n’as croisé personne ?

- Non.

- Tu as aperçu quelqu’un au comportement étrange ?

- Rien de tout ça, Kathy.

Elle furetait dans l’appartement, se déplaçait de pièce en pièce l’œil aiguisé cherchant à déceler la moindre anomalie. Elle devait bien se rendre compte que l’intrus  avait essayé de masquer le plus possible son passage et cela, plus que tout, l’inquiétait. Elle s’assit sur le canapé aux côtés de son père.

- Je ne crois pas aux coïncidences, papa. A deux jours d’intervalle, tu te fais d’abord agressé puis on visite ton logement. M’as-tu caché quelque chose ? Que sais-tu sur cette affaire que tu ne m’as pas dit?

- Je n’ai rien à voir là-dedans.

- Je t’en prie, dis-moi la vérité.

- Comment peux-tu imaginer un seul instant que j’ai un quelconque rapport avec la mort de ces hommes ?

- Parce que l’autre nuit à l’hôpital, tu m’as menti.

Sans s’en rendre compte, elle parlait de plus en plus fort et son visage se déformait sous l’effet de la colère qui montait.

- Kate ! intervint Rick.

- La ferme, Castle ! C’est entre mon père et moi.

- Non, c’est entre un témoin et un flic. Calme-toi !

- Que je me calme alors que mon père me  dissimule des choses importantes ? J’en ai assez des terrains mouvants, des sols qui se dérobent sous mes pieds quand je crois être en sécurité et rassurée. Je ne veux pas que tout recommence.

Submergée d’émotion, elle se leva et disparut par la porte d’entrée qu’elle claqua derrière elle laissant les deux hommes étonnés et inquiets. Aucun d’entre eux ne savait trop comment réagir devant la scène qui venait d’avoir lieu et le silence était pesant. Au bout de quelques instants, Castle s’apprêtait à emboîter le pas à Kate quand il fut arrêté par Jim.

- Rick, vous me croyez, vous, n’est-ce pas ?

- Je suis certain que vous n’êtes pour rien dans toute cette affaire.

- Merci.

- Par contre, si Kate dit que vous lui avez menti, je ne peux remettre son jugement en doute.

Jim blêmit sous l’affirmation de Castle qui poursuivit :

- Alors, vous devriez lui parler et vous expliquer avant qu’elle en souffre davantage.

 

De retour au poste, Beckett écoutait à peine les renseignements qu’Esposito lui donnait sur NetLabo. Elle tenait son portable à la main et ne savait trop que faire : appeler ou le poser sur son bureau. Le Latino s’arrêta, jeta un regard à Castle qui, d’un signe de la main, lui fit comprendre qu’il fallait attendre que sa supérieure revienne vers eux. Ce fut effectivement l’absence de brouillard sonore à ses oreilles qui la réveilla.

- Tu disais ?

- Cette boîte a une conception de la morale étrange mais ne fait rien d’illégal. Son PDG Barrett Edwards a une éthique bien à lui. Je cite : « La technologie au service de tous, sans aucune frontière ».

- Et par « frontière », il entend quoi ? demanda Castle.

- C’est justement là que le bât blesse.

 

Barrett Edwards les reçut en milieu d’après-midi. A en juger par le style tape-à-l’œil des locaux, l’homme aimait qu’on sache qu’il était le patron d’une boîte qui avait percé dans son domaine et qu’il était devenu riche, très riche. Rien que la posture qu’il emprunta, pieds sur son bureau en essence de bois tropical rare,  verre de Macallan cinquante ans d’âge à la main dont il ne proposa pas même une goutte à Castle ce qui accrut aussitôt son antipathie pour le gars, vérifiant l’heure de sa montre de luxe avec la pendulette en cristal de Baccarat dont il essuya le cadran d’un revers de manche, tout cela dénonçait l’arriviste pour qui l’argent semblait être la finalité extrême de l’existence.

- Pourquoi en tiendrais-je rancune aux Anonymous ? En s’attaquant à NetLabo parce que nous avions fourni aux services intérieurs de Kadhafi des moyens de bloquer les réseaux sociaux, ils ont attiré l’attention sur nous d’autres dirigeants en… délicatesse avec leurs peuples. Depuis, notre chiffre d‘affaires a explosé !

- Que ces dirigeants s’en servent contre leurs concitoyens, ne vous émeut pas ?

- Et vous, ça vous émeut que le gouvernement américain se soit servi de criminels nazis après la seconde guerre mondiale ? Ou que des firmes comme Monsanto privatisent pour elles seules le génome biologique de la planète ?

Castle s’apprêtait à répondre mais Beckett voulut arrêter tout de suite ce combat d’idées qui était si loin de ses préoccupations présentes.

- Comment s’est passé votre rencontre avec Pearl Adams ?

- Un type sympa, ouvert, qui ne juge pas, appuya-t-il en jetant un regard provocateur à Castle qu’il accompagna d’une goulée de Macallan, et va à l’essentiel. S’il avait accepté, il serait aujourd’hui chargé de la communication de NetLabo.

- Vous lui avez fait une proposition d’embauche ?

- Je sais détecter les talents et lui, était un grand pro.  Malheureusement il a refusé. Ce que je regrette, fit-il avec une expression réelle de désagrément vite remplacé par un léger rire, en même temps, je serais déjà obligé de lui trouver un remplaçant.

- C’est en tout cas très étrange, Monsieur Edwards. Vous dites que votre interview s’est bien déroulée, que vous avez une bonne opinion de Pearl Adams, que vous lui avez même proposé de travailler pour vous. Or il était persuadé d’avoir été pris en filature en sortant de vos locaux.

Castle tiqua mais se garda bien d’intervenir dans le coup de bluff de Beckett.

- C’est absurde!  Plus on parle de NetLabo, plus je suis heureux.

- Alors, vous ne vous opposerez pas à ce que l’on récupère les enregistrements des caméras de surveillance que nous avons vues à l’entrée ?

Edwards écarquilla les yeux et sembla chercher où pouvait se situer le  piège avant d’appuyer sur une touche de son i-phone.

- Monsieur ? entendirent-ils.

- Dans mon bureau, tout de suite.

Il fallut moins de dix secondes avant qu’un cognement à la porte intervint et qu’un homme ne pénètre dans la pièce.

- Vous pouvez le suivre, lieutenant. Il vous donnera accès à tous les enregistrements que vous souhaitez.

 

Castle tenait les enregistrements à la main en sortant du bâtiment.

- Malgré tout le mépris que j’ai pour ce type, Edwards n’est pas le meurtrier. Ce serait trop facile, trop évident. Ҫa ne ferait pas une bonne histoire.

- Combien de fois dois-je te répéter que dans mon boulot, fiction et réalité ne font pas bon ménage ?

- Je vous ferais remarquer, lieutenant, que depuis que j’enquête à vos côtés, la réalité a souvent eu un aspect de fiction.   

 

Ryan confirma que le relevé d’empreintes au domicile de Jim Beckett n’avait rien donné. On ignorait encore si l’individu avait trouvé ce qu’il était venu chercher mais de toute façon, pour le cas où il aurait le désir de revenir, il se heurterait désormais à la surveillance mise en place. Cela ne rassura Kate qu’à moitié. Après tout, il y avait déjà eu trois meurtres dans cette affaire et si son père se trouvait sur son chemin, ce n’était pas deux policiers en faction qui pourraient arrêter l’assassin. Beckett donna les bandes-vidéo à Ryan qui s’éclipsa aussitôt.

- S’il avait voulu tuer ton père, il l’aurait déjà fait.

- Alors Castle ? Pourquoi en a-t-il après lui ?

- Parce qu’il a été témoin de quelque chose d’important. Parce qu’il a peut-être cru que c’est lui qu’Adams a appelé. Parce qu’il s’imaginait que ton père est un Anonymous.

Beckett secoua la tête de consternation. Comment Castle pouvait-il avancer une telle idée ?

- Tu devrais aller le voir et parler avec lui, Kate.  Laisse-lui une chance de s’expliquer.

Elle plongea ses yeux dans les siens.

- Toi aussi tu es d’accord : il a menti.

- Je me fie à toi. Mais cela ne prouve pas qu’il y ait un lien avec l’affaire. Tu me retrouveras au loft plus tard.

 

Elle était assise depuis plusieurs minutes dans sa voiture hésitant toujours. Mais elle finit par se dire que Castle avait raison alors elle appela.

- Papa ?

- Kathy.

- Je peux passer ?

- Cela tombe bien. J’ai quelque chose à te dire mais…

- Oui ?

- … tu promets de me laisser aller jusqu’au bout sans te mettre en colère ou sans pleurer ?

- Je veux juste savoir ce qui se passe.

- Je t’attends.

- J’amène le repas.

- Ne t’inquiète pas, j’ai cuisiné ce soir et il y en a bien pour deux.

 

Il était presque minuit quand elle repartit de chez lui. Elle avait bien essayé de tenir sa promesse mais elle n’avait pas réussi à retenir ses larmes. Le plus important était toutefois qu’elle avait enlacé son père et qu’ils s’étaient parlé comme ils ne l’avaient pas fait depuis bien longtemps.  Ce fut l’esprit libéré qu’elle frappa à la porte du loft. Quand Castle ouvrit, elle s’engouffra en vitesse dans la pièce. Il eut à peine refermé qu’elle se précipita dans ses bras et l’embrassa avec fougue. Il la laissa prendre l’initiative, se soumettant à ses désirs, lui octroyant sans résistance l’accès à sa bouche, à sa langue avec laquelle elle joua avidement, l’aspirant, la suçant, la mordillant. La respiration vint trop vite à leur manquer.

La dernière fois qu’elle avait fait une entrée aussi fracassante au loft, elle venait d’échapper à la mort. Rick la regarda intensément redoutant  une cause sombre à cet embrasement.

- Avec ton père ?

Elle lui sourit, si radieuse, que sa crainte s’effaça instantanément. Elle semblait soulagée, apaisée, heureuse aussi.

- Encore un petit creux ? lui demanda-t-il en approchant ses lèvres de celles de sa belle. 


cathy24  (29.03.2013 à 19:05)

10EME CHAPITRE

Ils étaient sur le canapé en cuir. Castle avait les pieds posés sur la table basse, les bras de Beckett autour de sa taille. D’une main il lui caressait la chevelure tandis que l’autre tenait un mug fumant. Elle lui avait expliqué pour son père. La personne qu’il était allé voir dans ce quartier, les craintes qu’il avait de lui parler ouvertement.

- Je suis si intimidante que cela? Même pour mes proches ? Même pour mon propre père ? Comment pourrais-je lui en vouloir ? Pourquoi a-t-il gardé tout pour lui si longtemps?

- Parce qu’il voulait te protéger.

- Me protéger ? Lui c’est avec ça, toi c’était avec Smith.  Je ne me brise pas si facilement. Ce sont vos secrets qui me blessent.

Il posa son mug et en profita ensuite pour l’attirer davantage. Elle se lova plus encore contre son torse. Leurs lèvres s’effleurèrent, se détachèrent, s’approchèrent de nouveau, se chatouillèrent, se goûtèrent tendrement,  se séparèrent une fois encore.

- Tu ne me cacheras plus rien ? Jamais ?

- Je te le promets, répondit-il spontanément.

- Je voudrais que vous cessiez tous d’anticiper mes réactions.

- D’accord, fit-il sans réfléchir parce qu’il la voulait de nouveau câline et sentir encore et encore le souffle de la jeune femme caresser son visage.

- Même si tu crois me connaître, tu ne sais pas tout de moi…

- Peut-être, mais je suis un écrivain consciencieux  et je peaufine mon travail chaque jour davantage.

Elle lui sourit tandis qu’elle titillait entre ses doigts un bouton de la chemise de Castle.

- C’est certain que tu en sais beaucoup sur moi mais on n’est pas à égalité. J’ignore tout de tes pleurs, de tes peurs.

- Tu sais ce que je redoute le plus, répondit-il spontanément.

- Oui et je crois bien n’avoir qu’une petite idée de tout ce que tu es capable de faire. Tu ne m’as toujours pas dit ce qu’il s’est réellement passé à Paris.

- Pourquoi penses-tu qu’il y a autre chose ?

- Ce livre « Casino Royale » avait l’air de tant bouleverser ta mère !

Il y eut un bruit métallique qui leur fit tourner la tête.

- Tiens, en parlant du loup… tandis que la porte du loft s’ouvrait en grand sur Martha.

- Bonsoir les enfants ! fit-elle avec son insouciance habituelle.

Les deux amants se redressèrent quelque peu, prenant une pose moins lascive.

- Ne vous tracassez pas pour moi, rajouta-t-elle en faisant un moulinet de la main, je ne fais que passer.

Elle s’apprêtait à monter l’escalier quand elle se ravisa et se retourna vers eux.

- Kate, je pensais aller rendre visite à Jim demain.

- Cela lui fera plaisir. Je vais le prévenir et surtout les agents en faction.

- Oh n’en faites rien ! J’adore les fouilles au corps, accompagna-t-elle d’un sourire espiègle et d’un clin d’œil, avant de monter les marches.

- Bonne nuit à vous deux.

- Bonne nuit, Martha.

- Bonne nuit, mère.

Elle venait à peine de disparaître que Rick se figea.

- Une fouille au corps ?

Beckett comprit aussitôt ce qu’il se passait dans la tête de Castle.

 

Il était à peine 7 heures  quand Ryan appela Beckett déjà en route avec Castle vers l’appartement de son père. Il avait étudié les vidéos pour un résultat nul. Personne ne paraissait avoir suivi Adams après sa rencontre avec Barrett Edwards.

Kate avait eu raison : son père ne désirait pas quitter ce logement où il avait certes de tristes souvenirs mais de plus merveilleux encore avec Johanna. Jim lui en avait fait une promesse la veille au soir et même si l’occasion n’était pas la plus appropriée, il fit les présentations. Helen McPherson donna une poignée de main énergique et chaleureuse à Kate et Rick. Jim était attentif à la réaction de sa fille, anxieux même. Mais cela se passa le plus simplement et le plus naturellement possible. Kate avait accepté le fait que Jim puisse trouver du réconfort, de la tendresse,  de l’amour pourquoi pas, dans cette femme au charme indéniable et à l’intelligence vive. Si son père pouvait retrouver un peu de bonheur, elle n’en serait que plus allégée.

- Papa, tu as bien du te moquer de moi quand j’ai pris Helen pour ton infirmière, s’excusa-t-elle.

- D’abord, je ne me suis pas moqué et ensuite, il y a de ça : elle me guérit.

Ils n’allèrent pas plus avant, aucune nécessité de mettre des paroles sur des évidences. Le côté redondant dans l’exposition des sentiments les insupportait. Kate s’effaça devant Beckett et réclama la poche dans laquelle Lanie avait regroupé tout ce qu’elle avait récupéré dans les poches du manteau de Jim.

- A vrai dire, je n’ai pas fait attention. J’ai juste eu besoin de mon portefeuille.

Kate renversa le tout sur la table. Il y avait une paire de gants en cuir, un paquet entamé de chewing-gum, les clés de la Ford, un prospectus pour un spectacle prochain de Broadway, quelques Kleenex,  bref rien  permettant de progresser. Elle jeta un regard vers Rick. Une fois encore ils faisaient fausse route.  Ce fut en tapotant de dépit un des gants dans sa paume, que la clé USB en tomba.

 

Ils étaient tous les quatre autour de l’ordinateur de Ryan. Il inséra la clé. Ils s’attendaient à trouver des fichiers cryptés. Il n’en fut rien. Un seul dossier. Un clic et deux photos et un organigramme apparurent. Un « oh ! » sonore s’échappa de la bouche de Castle.

- Aucun doute, c’est Adams qui a glissé la clé dans la poche du manteau de ton père, Kate, et ce gars-là, fit-il en tapotant l’écran de son index, je le reconnais.

 

 Ryan et Esposito se présentèrent quelques minutes plus tard devant la porte du bureau qu’on leur avait indiqué à l’accueil. Ils s’apprêtèrent à frapper quand ils l’aperçurent sortant d’une pièce à quelques pas d’eux. Le Latino sortit sa carte.

- Lieutenant Esposito, police de New-York, et voici le lieut…

Il n’acheva pas, l’individu avait décidé de s’enfuir. Les Bros se jetèrent un regard d’agacement avant de se lancer à sa poursuite. Le type avait forcément l’avantage du terrain mais il fut freiné par deux femmes qui se mirent involontairement en travers de son chemin. Esposito prit son élan et le plaqua avant qu’il ne puisse reprendre sa course. Malheureusement, il manqua partiellement sa cible et s’estourbit en chutant mal. Le fuyard quelque peu entravé par les bras d’Esposito, n’eut aucune difficulté à lui asséner un uppercut au visage et un coup de pied à l’estomac. Il s’enfuyait déjà de nouveau  quand un croche-pied de Ryan lui fit perdre l’équilibre et il alla se fracasser la tête contre un bureau. Le lieutenant lui passa les menottes avant de s’enquérir de son partenaire.

- Ҫa va ?

Esposito fit une grimace en manipulant avec précaution sa mâchoire.

- Tu vois, mon pote, rajouta Ryan, c’est très surfait les muscles.

Le sourire triomphant de son coéquipier rajoutait à la déconvenue d’Esposito.

 

Chris Almeida tenait une poche de glace contre son front où se dessinait une magnifique bosse. Après un examen, le médecin avait décrété qu’il pouvait parfaitement subir un interrogatoire.

- Je suis le lieutenant Kate Beckett et voici Monsieur Richard Castle.

Castle, qui n’était toutefois pas un gringalet, estima que le gars devait bien lui rendre une bonne  dizaine de centimètres de plus et quelques kilos de musculature supplémentaires.

- J’ignore pourquoi vous m’avez arrêté.

- Vous commencez mal, ne put s’empêcher de glisser Castle.

- Monsieur Almeida, depuis quand êtes-vous adjoint à la sécurité de NetLabo ? poursuivit Beckett.

- Cela fait un peu plus d’un an.

- Et vous faisiez quoi avant ?

- Divers boulots à droite, à gauche, toujours en rapport avec la sécurité.

- Connaissiez-vous un dénommé Pearl Adams ?

- Qui ?

- Aïe, pas bon, échappa Castle.

- Pearl Adams, répéta Beckett en lui glissant une photo sous les yeux.

Il s’en saisit et regarda attentivement.

- Oui, cela me revient, je l’ai aperçu voilà quelques jours sortant du bureau de Monsieur Edwards. Mais j’ignorais son nom.

- L’aviez-vous rencontré auparavant ?

- Non.

- Et  l’avez-vous revu depuis ce jour-là ?

- Non plus.

Elle tira deux nouvelles photos du même dossier.

- Comment se fait-il que l’on ait retrouvé ça sur une clé USB lui appartenant ?

- Je ne me l’explique pas.

Beckett pointa de son stylo un même élément sur chacune des photos.

- Vous voyez, clairement, là et là, le reflet dans la glace de la laverie? On voit nettement une façade d’immeuble. Il se trouve que Pearl Adams habitait au deuxième étage de celui-ci.

- C’est possible mais vous voulez en venir où ?

- Vous pouvez nous dire ce que vous faites précisément sur ces clichés ?

- Je ne saisis pas le sens de votre question.

- Je vais vous éclairer. Non seulement vous êtes appuyé contre la glace mais de plus, on voit que vous regardez dans la direction de l’immeuble.

- Et c’est interdit ?

- Non, mais c’est fâcheux quand on sait que Pearl Adams se plaignait d’être suivi, et ce, depuis sa visite à NetLabo.

- Mais de quoi m’accusez-vous ? De l’avoir tué ? C’est absurde ! Je ne le connaissais pas ce gars !

Castle à son tour, rechercha quelques feuillets dans le dossier avant d’enchaîner.

- Pearl Adams était journaliste. Vous le saviez, n’est-ce pas ?

Comme il restait muet,  le visage et les yeux de Castle se firent si expressifs qu’Almeida hocha la tête pour confirmer.

- Vous dites ?

- Oui, je le savais.

Castle regardait les pages noircies qu’il tenait à la main.

- Adams était journaliste effectivement, un très bon, rajouta-t-il, qui n’hésitait pas à aller sur les terrains les plus dangereux. J’ai passé beaucoup d’heures ces deux derniers jours à lire ses articles mais j’avoue ne pas avoir perdu mon temps, tant pour l’intérêt des reportages que pour leur qualité d’écriture.

- Tout ça pour quoi ? interrompit excédé le prévenu.

Ce fut Beckett qui rebondit.

- Où étiez-vous en décembre 2009, Monsieur Almeida ?

Il prit un temps pour répondre.

- A Austin, au Texas.

- Vous pouvez me donner le nom de votre employeur de l’époque ?

- … J’en ai eu plusieurs, je vivais de petits boulots.

- C’est étrange parce qu’effectivement vous étiez bien domicilié à Austin mais on ne trouve aucune trace d’un quelconque employeur. Pourtant…, et Beckett avança des relevés de compte, vous avez reçu chaque mois depuis juillet 2009 et ce jusqu’à la fin de la même année, des versements d’origine inconnue de 17.500 dollars. Pouvez-vous expliquer la provenance de cet argent ?

- Mais enfin, répliqua virulemment Almeida ! Si vous avez quelque chose contre moi, cessez de tourner au tour du pot et dites le.

Castle regarda Beckett qui s’empressa d’obtempérer.

- Chris Almeida n’a peut-être jamais officiellement quitté Austin à cette période, mais Joachim Klein, lui, si.

L’homme renversa la tête en arrière et ferma les yeux.

- Vous ne demandez pas qui est Joachim Klein ? jubila Castle.


cathy24  (30.03.2013 à 19:26)

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