HypnoFanfics

Les masques

Série : Castle
Création : 20.03.2013 à 17h30
Auteur : cathy24 
Statut : Terminée

« Une enquête quelque part après 5x16 et avant le 5x24.  » cathy24 

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11EME CHAPITRE

Deux heures plus tôt, en examinant le passeport, Castle avait tressauté d’excitation. Il avait fébrilement détourné la documentation sur Adams, envoyant voler à travers la salle, bon nombre de feuillets. Beckett, Ryan et Esposito le regardaient faire, amusés. Soudain, Castle se figea, lut la page, fit un tour sur lui-même, perdit l’équilibre et sans l’aide de Ryan qui l’aida à se stabiliser, il aurait percuté le tableau. Mais il était trop satisfait de lui pour prendre conscience des rires étouffés de ses amis. Il venait de trouver ce qu’il cherchait : le lien entre Almeida et Adams. Il s’agissait d’un article concernant un massacre qui avait eu lieu mi-décembre 2009 en Ouganda. Adams y parlait de quatre mercenaires américains qui avaient été partie prenante dans cette tuerie. Ils avaient été engagés par une certaine « Légion du glaive du Seigneur », une bande de fanatiques religieux chrétiens qui brandissait la Bible et les Dix Commandements comme bien-fondé de leurs crimes. Adams avait pu prendre une photo, malheureusement assez floue de deux de ces hommes mais un nom apparaissait dans l’article et c’était celui de Joachim Klein. Adams, malgré ses recherches à l’époque, n’avait pas pu retrouver la trace de ce mercenaire. Et pour cause : il le cherchait sous une mauvaise identité.

Dans la salle d’interrogatoire, après que Castle ait présenté le faux passeport trouvé chez Almeida, Beckett, fort du préambule de son partenaire, n’avait eu aucune difficulté à faire avouer au prévenu qu’Adams devait l’avoir croisé chez NetLabo.

- Et vous l’avez suivi.

Le ton employé par Castle n’était que la confirmation de cette évidence professée. Almeida s’inscrivit cependant en faux et avança une explication qui laissa ces deux interlocuteurs dubitatifs mais intrigués.

- Pourquoi l’aurais-je fait ? Je n’ai pas fait attention particulièrement à lui pour la simple et bonne raison que son visage et son nom ne me disaient rien. C’est un jour plus tard que j’ai été contacté.

 

Chris Almeida patientait dans une cellule du poste mais tout ce qui semblait limpide quelques minutes plus tôt, s’était subitement troublé.

- Le gars vous a manipulé, fit Esposito par dépit. On a retrouvé chez lui ce faux passeport au nom de Joachim Klein. On a l’article d’Adams. Le lien entre les deux est établi et le mobile évident. Le doc a trouvé une petite plaie récente dans la paume de sa main droite. Dès que l’expertise sanguine sera terminée et qu’on le rapprochera des traces de sang trouvées, il sera bon pour la prison à vie notre bonhomme.

- Qu’il soit seul responsable ou pas, répondit Beckett, il sait que de toute façon, la peine maximale l’attend.

- Si je saisis bien, rebondit Ryan, quelqu’un l’aurait appelé pour lui dire qu’il avait été reconnu ? Non !  Puis un autre appel le matin des meurtres et plus tard encore dans la journée? C’est délirant.

- Un moyen de le savoir : vérifie tous ses coups de fil entrant ou sortant de ce jour-là.  Je ne voudrais pas que l’évidence d’Almeida coupable, me dissimule  un autre criminel.

Les nouvelles de la Scientifique arrivèrent simultanément avec le résultat du relevé téléphonique. Le sang trouvé en gouttelettes sur le trottoir et celui maculant l’empreinte de doigt sur la porte, appartenaient bien à Almeida. Quant au relevé, il révélait trois appels d’un même numéro non identifiable : le premier à 11 heures 16, le second à 21 heures 12 et le dernier à 23 heures 48.

- Ҫa ne prouve rien ! objecta Esposito. 

- Il ne nie pas avoir tué Adams, Johnson et Pereira. Sa description des crimes est tout à fait cohérente. Mais, poursuivit Beckett, imagine qu’effectivement il dise la vérité, qu’il n’ait pas reconnu Adams et que quelqu’un d’autre ait cherché à se débarrasser du journaliste trouvant ainsi en Almeida l’assassin idéal?

- Beckett, je ne t’aurais jamais cru capable des extravagances de Castle, poursuivit Esposito.

- Je suis désolé de me rendre compte à quel point il déteint sur toi, compléta Ryan.

- Eh les gars ! Vous nous insultez tous les deux, là ! répliqua vexé l’écrivain.

- Ne t’inquiète pas, fit Beckett qui l’effleura en passant dans son dos, c’est de la pure jalousie.

- Pfft ! Jaloux, moi ? De Castle ?

Un rictus narquois s’ébaucha sur le visage d’Esposito tandis que Ryan singea la même grimace que son partenaire et vint se positionner bras croisés, à ses côtés, écarquillant des yeux moqueurs à l’attention de Beckett et Castle.

- Oh ! Je sens un fort scepticisme en vous, jeunes Padawans ! 

- Lieutenant Beckett, vous me surprendrez toujours, glissa Castle à l’oreille de Beckett.

- Beaucoup sur moi encore, il te faudra apprendre, répliqua-t-elle.

Esposito et Ryan s’étaient assis sur le rebord du bureau et  n’en croyaient pas leurs oreilles.

- Je cours t’acheter un sabre-laser. Depuis le temps que je rêve d’un tel duel, face à face, de maître à apprenti, d’écrivain à policier, d’homme à femme…

- Je te rappelle que nous avons une enquête à finir, Castle !

- D’accord ! Mais ce n’est que partie remise, promets-le moi, supplia-t-il.

Beckett ramena tout ce petit monde à plus de rationalité.

- Qui savait qu’Adams avait retrouvé la trace du mercenaire croisé plusieurs années auparavant ? Qui savait où celui-ci travaillait ? Qui a eu accès à ces données personnelles ?

 

William Volker avait été amené au poste et patientait déjà depuis une bonne vingtaine de minutes. Observé de l’autre côté du miroir sans tain, il ne paraissait pas plus inquiet ou nerveux que cela. Il fallait gagner un peu de temps tandis qu’Esposito et Ryan supervisaient la fouille en règle du loft de Volker, un ancien hangar au mobilier sommaire, entièrement aménagé du dernier cri de la technologie informatique. Il y avait de quoi occuper un bon moment les spécialistes de la police mais les deux lieutenants les cantonnèrent dans un premier temps, à l’analyse des disques durs dans l’unique recherche d’une trace d’intrusion dans les fichiers de NetLabo ou d’un dossier concernant Chris Almeida.

Quand Beckett et Castle pénétrèrent dans la salle d’interrogatoire, ils avaient plus d’intuitions que de commencement de preuves.

- William Volker, vous avez rencontré plusieurs fois Pearl Adams.

- C’est exact.

- A quand remonte la dernière?

- C’était… il y a trois, quatre jours.

- Quand lui avez-vous communiqué les informations que vous avez trouvées sur Almeida ?

- Je ne lui ai rien communiqué du tout.

- Vous avez bien piraté le serveur de NetLabo pour lui, non ?

- J’ai dit à vos collègues qu’il m’avait demandé de l’aide. Cela ne voulait pas dire que je l’avais fait.

Ryan appela Beckett qui sortit un instant de la salle. La fouille n’avait rien donné, les premières analyses des ordinateurs révélaient des dossiers sur quelques personnes haut placées, sur des régimes totalitaires, sur des entreprises accusées de mettre à mal la liberté d’expression, mais rien sur Almeida et rien sur NetLabo.

- Est-ce qu’il serait possible qu’il ait fait le ménage ?

- Effectivement oui mais pour en être certain, il faudra un peu plus de temps.

- Tu peux leur dire que c’est urgent ?

Elle revint prendre place face à Volker.

- Et pourquoi ne l’auriez-vous pas fait ? Si Pearl Adams s’est tourné vers vous, c’est qu’il devait savoir pouvoir compter sur vous.

- Faire partie des Anonymous, n’inclut pas de pirater des serveurs pour rendre service à une connaissance.

- Pourtant le piratage est une pratique courante de ce mouvement.

- Oui, mais ce sont des attaques ciblées et masquées pour répondre à une nécessité sociale ou politique. Prendre le risque seul de pénétrer dans un serveur, qui plus est sous surveillance depuis la cyber-attaque de l’année dernière, c’est s’exposer à une riposte d’une agence gouvernementale.

- Une agence gouvernementale comme… la CIA, la NSA, le FBI ? demanda Castle.

- C’est bien ça, confirma Volker. Je crois que de toute façon, Adams n’avait aucune chance de s’en sortir. Il avait mis le pied sur une mine et elle avait toutes les chances d’exploser.

- Vous pouvez être plus précis ?

- Quand j’ai refusé de l’aider, il m’a dit connaître quelqu’un qui pourrait le faire mais il m’a aussi dit qu’il ne voulait pas monnayer cela de son silence.

 

Depuis un bon quart d’heure, Beckett donnait à Gates tous les détails qui avaient mené son équipe vers cette piste. Le capitaine écoutait attentivement et il était aisé de s’apercevoir que son exaspération montait au fur et à mesure des précisions de son lieutenant.

 

Gates avait passé plusieurs coups de fil. Elle était très remontée et ses interlocuteurs devaient avoir les oreilles plus qu’échauffées. Quand elle ressortit de son bureau, elle hocha la tête en direction de Beckett.

- C’est bon. Ils ne veulent pas que vous l’interrogiez ici. Vous avez rendez-vous à son domicile.  En échange,  restez discrets, que tout cela ne s’ébruite pas.

 

Ryan et Esposito étaient restés au 12th mais il n’avait pas de quoi chômer. La plupart des éléments du puzzle étant mis à jour, il restait à assembler tout cela dans une cohérence qui permettrait d’inculper le commanditaire des meurtres. Ils reprirent tous les relevés des appels téléphoniques, en vérifièrent les horaires, demandèrent à trouver les relais d’émission les plus précis possibles. Ils avaient retracé également l’emploi du temps complet d’Almeida le jour des meurtres. Apparemment il n’avait pas changé d’un iota ses activités habituelles et le collègue avec lequel il était de surveillance ce soir-là,  confirma qu’il avait le même comportement que d’habitude… jusqu’à l’appel reçu un peu après 21 heures. Il s’était absenté prétextant une urgence pour ne revenir que vers trois heures du matin. 

- Tu vois, mon pote, le jour où toi ou moi, réussirons à avoir le genre d’intuitions de Beckett, nous serons en passe d’avoir des gars comme nous sous nos ordres.

- Peut-être que je devrais écrire des polars et que tu devrais les lire, plaisanta Ryan.

- C’est d’un ridicule !  

- A propos de ridicule, tu n’oublies pas que tu as promis de nourrir Bubulle?

- Ҫa va ! Je ne pensais pas que tu m’obligerais à te remercier ainsi.

- Je pense à ta réputation : ton image de grand dur musclé en pâtirait si on savait que c’est en t’en prenant à un mur que tu t’es endommagé l’épaule. Par contre, s’attaquer à une force de la nature, qui te rend vingt centimètres et quarante kilos,… ça c’est du courage !

- Faux frère.

- Tu n’as pas oublié de changer l’eau, j’espère !

- Fais le malin !  Je me vengerais.

 

Megan Philips leur demandait de la croire, de lui faire confiance.

- Comment voulez-vous qu’on vous accorde la moindre foi ? attaqua Beckett.

- Mon contact…

- Il ne vous sera d’aucun secours dans cette affaire de meurtre et le FBI n’hésitera pas à vous lâcher.

- Mais je n’ai pas tué ces trois hommes.

- Au sens strict du terme, c’est exact : nous avons celui qui a appuyé sur la gâchette. Mais nous savons aussi que quelqu’un l’a poussé à le faire.

- Et vous croyez que cela pourrait être moi ? C’est absurde ! Et d’abord qui est cet homme ?

- Chris Almeida.

- Je ne le connais pas.

- Nous pensons au contraire que cet homme ne vous est pas inconnu.

- Je ne l’ai jamais rencontré.

- Je veux bien le croire.

- Je ne saisis pas.

- Vous nous avez dit que Pearl Adams avait voulu savoir si c’était le FBI qui le faisait suivre et que vous aviez nié cette accusation.

- C’est exact.

Beckett jeta un regard à Castle et prit un petit temps avant de poursuivre.

- En fait, vous avez menti une fois de plus. Adams vous a contacté pour vous demander de l’aide contre Almeida. Il savait exactement qui était ce gars-là, un type qui de sang froid pouvait tuer des enfants en Ouganda et qui pourrait s’en prendre à lui s’il se sentait en danger.

Ce fut imperceptible mais la respiration de Philips venait de se ralentir. Elle sentait qu’elle était à la croisée des chemins et que son avenir pouvait basculer dans les minutes suivantes. Elle confirma que Pearl Adams était effectivement venu la voir la veille de sa mort. Il voulait qu’elle fasse part au FBI des soupçons qu’il avait contre Almeida. En attendant, il désirait une protection car il savait que le gars tournait autour de lui.

- Et vous les avez avertis ?

- Je voulais régler ça seule. Adams avait réussi à comprendre que j’étais infiltrée et mon contact était très remonté contre moi. Je pensais que j’avais là une chance de me réhabiliter. Alors j’ai dit à Adams que j’allais le faire protéger et qu’il devait revenir me voir dès qu’il aurait tous les éléments contre Almeida.

- Mais vous ne lui avez pas accordé de protection, n’est-ce pas ?

- Non. Il est passé le soir de sa mort avec une clé USB. Je lui ai mis le marché en main : il passait sous silence que le FBI employait des sous-marins et j’empêchais Almeida de nuire davantage. 

- C’est la raison pour laquelle vous vous êtes disputés, conclut Castle.

Philips opina sans rajouter un seul mot.


cathy24  (31.03.2013 à 19:07)

12EME CHAPITRE

Esposito et Ryan passaient quelques appels à la demande de Beckett. Une affaire de plus qui allait trouver sa conclusion. Il ne restait que quelques détails mais tout était en passe d’être réglé.

Comme souvent, Beckett tenait elle-même à expliquer les faits aux proches. Elle fit asseoir Brody Adams dans la salle de repos sur le sofa face à elle. Le visage du frère était bouleversé en comprenant le rôle que sa petite amie avait joué dans cette tragédie. Castle franchit la porte, tendit un café à l’homme, puis se mit en retrait, toujours aussi subjugué par la manière dont Beckett appréhendait la douleur des parents et amis des victimes. Elle avait une manière toute naturelle de se pencher vers eux, les avant-bras posés sur ses cuisses, les doigts croisés et la voix prenant des nuances graves, chaudes dans un débit harmonieux et apaisant. C’était ainsi, progressivement, qu’il avait compris qu’une fiction serait toujours une copie mineure de la réalité. Les mots écrits avaient leurs limites et trop d’imperfections. Les gestes, les paroles, les silences échangés dans ce petit espace, il ne pourrait jamais les rendre aussi intenses dans ses livres. C’était dans ces moments-là qu’il réalisait que la puissance d’empathie de Kate valait tous ses best-sellers.

- Monsieur Adams, introduisit la détective, nous en savons plus sur ce qui s’est réellement passé cette nuit-là et pourquoi.

Elle lui fit l’exposé de ce que son équipe avait découvert sur Almeida et ses liens avec Pearl Adams. Brody écoutait mais sans vraiment assimiler ce qu’on lui disait. Il mit du temps avant de s’apercevoir que la jeune femme le regardait et attendait une réaction.

- Excusez-moi, murmura-t-il, mais je n’ai pas bien compris comment tous les trois ont été tués.

Beckett n’était pas du genre à édulcorer les évènements. Elle savait trop, pour l’avoir vécu elle-même, qu’il valait mieux exposer l’intégralité de la vérité que de laisser le doute et l’imagination s’emparer d’esprits blessés et traumatisés.

- Il y a des choses pour lesquelles nous n’aurons jamais de certitude, avoua-t-elle. Nous n’avons retrouvé aucun véhicule appartenant à Johnson et Pineira. Nous ne saurons vraisemblablement jamais pourquoi ils ont volé celui de Juan Fabregas.

Brody Adams reposa sur la petite table, la tasse de café à laquelle il n’avait pas touché.

- Une chose est certaine : ils ont tenté de venir en aide à votre frère. En sortant de chez Megan Philips, Almeida l’attendait caché dans un recoin sombre. Il ne voulait pas que votre frère puisse divulguer ce qu’il avait fait en Ouganda. Il a sorti son poignard mais Pearl a réussi dans un premier temps à le repousser avec suffisamment de force pour qu’Almeida se heurte, bascule et se blesse sur une poubelle. Malheureusement, votre frère a également été touché. 

Quand Beckett eut terminé de lui décrire cette scène, Brody Adams serrait les poings à s’en faire mal. C’était comme s’il avait reçu lui-même l’impact, comme s’il ressentait dans sa chair la lame entaillant ses entrailles. Ce coup-là n’était peut-être pas grave mais c’était le premier pas vers la découverte macabre du chantier.

- Pourquoi n’a-t-il pas appelé la police?

- Pearl s’imaginait ne pas pouvoir trouver du secours auprès des forces de l’ordre alors il a contacté Johnson et Pineira.

- Monsieur Adams, intervint Castle, il y a là quelque chose d’étonnant. Votre frère a demandé de l’aide à des individus qu’il ne connaît que depuis quelques mois et vous, qui êtes son frère, il n’essaie pas de vous joindre ? Vous avez une explication ?

Brody Adams hésita, retourna les paumes de ses mains dans un geste d’impuissance, cherchant une explication :

- Il savait que j’étais en réunion, je suppose qu’il n’a pas voulu me déranger.

- Votre frère est en danger, quelqu’un en veut à sa vie et il vous laisse tranquillement finaliser vos petites affaires ?

- Monsieur Adams, Pearl aurait-il eu une raison pour ne pas vous appeler ? lança Beckett dans la foulée.

- Je ne saisis pas votre question ?

- Je reformule, insista-t-elle. Aurait-il découvert certaines choses qui pouvaient lui faire perdre la confiance qu’il avait en vous ?

Brody Adams s’était levé brusquement dans un mouvement visible d’incompréhension.

- Rasseyez-vous, l’en pria aimablement Beckett.

Il sembla jauger les forces en présence, hésita et se figea sur place.

- Vos questions n’ont pas de sens. Vous avez l’assassin de mon frère et de mes amis. Alors si vous n’êtes pas plus explicite…

- Je crois que vous allez être exaucé. N’est-ce pas, lieutenant ? rajouta Castle.

Beckett échangea avec son partenaire un regard dans lequel il était aisé de voir qu’elle passait définitivement à un autre registre. Elle quittait celui de la compassion pour entrer dans celui de l’enquêtrice, sans état d’âme, sans atermoiement.

- Asseyez-vous, commença-t-elle.

La voix était si péremptoire que Brody Adams obtempéra.

- Vous nous avez menti depuis le début, poursuivit la jeune femme. D’abord en disant tout ignorer des Anonymous.

- Je vous ai expliqué pourquoi.

- Sauf que tout cela n’est également pas la vérité. Megan Philips et vous, n’êtes rien l’un pour l’autre, ni petits amis, ni amis tout court. Vous n’avez qu’un point commun : celui d’être des taupes du FBI. Pour vous, cela remonte à plus longtemps, à la suite d’une manifestation à Sacramento en 2003. Le FBI a alors passé un marché avec vous. Vous avez d’abord espionné vos petits copains altermondialistes avant que l’agence ne vous oriente vers les Anonymous. Malheureusement pour lui, votre frère l’a découvert.

- Même si cela est la vérité, je ne comprends toujours pas à quoi vous voulez en venir.

- Pearl et vous, avez du avoir plusieurs discussions à ce sujet car vous redoutiez que ce genre d’informations ne sorte. Cela pouvait être très préjudiciable pour votre avenir.

- Cela n’enlève rien au fait que je ne suis pour rien dans sa mort. D’ailleurs, vous savez parfaitement que j’ai un alibi.

- Effectivement, ponctua Castle, et un solide. Vos deux associés l’ont confirmé, comme d’ailleurs le patron du bar où vous vous étiez réunis.

- Alors, ne m’en veuillez pas,  je vais vous quitter.

Il se leva une fois de plus, se dirigeant vers la porte.

- Mais, rajouta Castle, vos associés ont aussi confirmé que c’était vous qui aviez repoussé ce rendez-vous à 21 heures alors que dans le même temps, vous saviez pertinemment que votre frère vous attendrait chez vous.

- Et alors ? J’ai eu un empêchement. Ce n’est pas un crime.

- Non, mais se construire un solide alibi peut le devenir.

Beckett étala sur la table basse quatre listings d’appels téléphoniques.

- Vous deviez, enchaîna-t-elle, être certain de l’endroit où serait votre frère et vous assurez d’avoir des témoins dignes de foi.

- Que voulez-vous démontrer ?

- Que vous avez commandité le meurtre de votre frère.

Il y eut un grand moment de flottement dans la pièce. Beckett plongea ses yeux dans ceux de Brody Adams. Elle jaugeait sa capacité à fuir et éviter les prochaines allégations.  Etait-il d’une nature criminelle par essence ou par hasard ? Elle savait, après des années d’expérience, que la sanguine dessinée par la relation entre une victime et son meurtrier, n’exprimait qu’imparfaitement l’échelle des culpabilités. 

Beckett poursuivit.

- Après avoir essuyé un refus de la part de William Volker, votre frère est venu vous demander de l’aide. C’est vous qui avait hacké le serveur de NetLabo. C’est grâce à vous qu’il a eu la confirmation que Chris Almeida et Joachim Klein ne faisaient qu’un.

- Arrêtez ! C’est absurde !

Beckett pointa du doigt les quatre listings.

- A un peu plus de seize heures, vous avez appelé vos associés pour repousser votre rendez-vous. A 21 heures 06, vous avez appelé votre frère et vous lui avez laissé un message. Dans la minute suivante, vous avez contacté Megan Philips qui elle-même dans la foulée a appelé votre frère et lui a demandé de la retrouver chez elle vers 22 heures, ce qu’il pouvait faire puisque vous veniez d’annuler votre rendez-vous.

- Et ça mène à quoi ?

- Vous n’aviez plus ensuite qu’à contacter Almeida et lui mettre un marché en main : s’il tuait Pearl Adams, vous supprimiez le dossier le concernant.

- Il manque juste un élément à votre belle histoire : je n’ai jamais contacté Almeida.

- Déjà, vous ne réfutez plus que vous avez pénétré le serveur de NetLabo, constata Castle. D’ailleurs, cela ne servirait plus à rien. Le FBI vous a repéré dès le début de votre intrusion. Cette société était sous protection depuis la cyber-attaque de l’année dernière. Vous l’ignoriez peut-être. Mais l’examen d’un membre du personnel n’a pas entraîné de riposte de leur part. D’autant plus qu’ils savaient que vous travailliez pour eux.

- Et puis, en principe, compléta Beckett, on ne devait pas remonter jusqu’à Almeida, n’est-ce pas ?

Castle quitta la vitre contre laquelle il était adossé, il ouvrit la porte, récupéra la feuille et l’appareil d’enregistrement que lui tendait un agent en uniforme. Il referma aussitôt et donna le tout à Beckett qui reprit le cours de son interrogatoire.

- Vous persistez à dire que vous n’avez jamais eu aucune relation avec Chris Almeida ?

- Bien évidemment.

- Alors procédons différemment. Almeida a reçu plusieurs appels au cours de cette journée-là passés d’un téléphone à carte prépayée. Nous connaissons les relais d’émission de deux d’entre eux. Ils correspondent tous à des secteurs où votre présence est avérée.

- Cela ne prouve rien.

- Pour celui de 21 heures 12, quant à lui, le relais étant trop faible celui-ci a transité par une borne Wifi. Etrangement, celle du bar où vous aviez rendez-vous avec vos associés.

- Je ne le connais pas ce bar, appuya Castle, mais il n’aurait pas une salle en sous-sol ?

- Mon avocat démontera sans problème votre scénario.

Beckett eut un grand sourire.

- Il y a un bon moyen de vous innocenter une bonne fois pour toute. Nous sommes disposés à vous enregistrer et à demander à Almeida de nous dire s’il reconnaît la voix de son interlocuteur  parmi plusieurs autres.

 

Gates écoutait attentivement Beckett. Brody Adams était à la veille de finir sa période d’informateur du FBI. Il finalisait la mise sur pied d’une start-up déniée à la protection des serveurs informatiques. Après avoir galéré pendant des années, il allait enfin pouvoir envisager une vie normale. Comment obtenir la confiance de ses futurs clients si ses liens avec cette agence gouvernementale étaient connus? Sans compter les éventuelles représailles de ses anciens camarades de combat. Ce n’était pas la première fois qu’il donnait un coup de main à son frère et il avait espéré qu’en l’aidant une fois encore, celui-ci renoncerait à porter des allégations qui pourraient se retourner contre lui. Mais Pearl Adams n’était pas du genre à passer sous silence une information même si cela incriminait un proche. Brody l’avait dépeint comme quelqu’un à l’égoïsme infini, ne pensant qu’à sa carrière et ne s’appesantissant jamais sur les ravages qu’il pouvait occasionner.  Pearl était resté  insensible aux arguments de son frère. Du coup Brody avait contacté Almeida et était parvenu à lui mettre ce redoutable marché en mains. Malheureusement rien ne s’était passé comme prévu.

- C’est Brody qui a remis Almeida sur leurs traces. Il l’a présenté comme quelqu’un qui les aiderait à effacer toute trace les reliant à la mort de Pearl. En fait, Almeida les fit passer à l’arrière de la Mustang avec le corps, soi-disant pour leur sécurité et les cacher des caméras de surveillance sur leur chemin, il les amena sur le chantier,  leur fit vider leurs poches sous la menace de son arme et les exécuta. Mais, il n’y avait toujours pas de clé USB. Ensuite il abandonna le véhicule et c’est à ce moment-là que Jack Friedmann, notre SDF l’a aperçu.

- Cela tient à peu de choses, fit Gates. Si votre père, lieutenant, n’avait pas emprunté ce trottoir à ce moment-là, nous n’aurions vraisemblablement jamais retrouvé l’assassin.  

- On pensait que Johnson avait voulu secourir mon père. En fait il cherchait cette fichue clé dont avait du leur parler Pearl juste avant de mourir. Il n’a pas eu l’occasion de le fouiller correctement. Heureusement sinon, on n’aurait certainement jamais retrouvé les coupables.

- On n’est pas passé à deux doigts du crime parfait, glissa Castle.

Megan Philips arriva à ce moment-là, escortée par deux policiers qui la menaient en cellule. Elle avait ignoré les intentions précises de Brody mais avait involontairement aidé au meurtre. Se rajoutaient ses mensonges à ses contacts au FBI et ses fausses déclarations. Son proche avenir s’annonçait coincé entre quatre murs  pour un certain temps.

- Bon travail, les complimenta Gates avant de réintégrer son bureau.

- Je te demande cinq minutes pour classer les dernières pièces du dossier, expliqua Beckett à Castle, et on file chez moi ?

- D’accord, confirma-t-il un grand sourire aux lèvres. Je vais me faire un café, tu en veux un ?

- Non, merci.

Castle trouva Esposito en train de nourrir Bubulle. Devant l’étonnement de l’écrivain, le Latino se sentit obligé de réagir.

- Ben quoi ? J’ai l’impression qu’on ne peut pas faire confiance à Ryan sur ce coup-là. Jenny avait raison.

Castle paraissait s’amuser de l’argument improbable du lieutenant.

- Et puis, rajouta le flic, il est sympa ce poisson. Jamais un mot plus haut que l’autre, pas contrariant…

Il s’arrêta un instant car Gates venait de pénétrer dans le local pour récupérer un sandwich dans le réfrigérateur mais il enchaîna, le capitaine semblant faire peu de cas de cette discussion.

- … se satisfaisant de ce qu’on lui offre…

- A propos de satisfaction, monsieur Castle, interrompit Gates…

Elle lança un tel regard à Esposito, que celui-ci comprit au quart de tour le message, posa la boîte de Bubulle et sortit de la pièce.

- … finalement, reprit-elle, je m’étais inquiétée pour pas grand-chose.

- Effectivement.

- Bien. C’est donc bon pour cette fois mais cela tient pour la suite.

- La suite ?

- Je ne suis pas née de la dernière pluie, monsieur Castle. J’ai eu un drôle de sentiment quand j’ai vu l’attitude du sénateur Bracken face à Beckett. Comme s’il y avait un contentieux entre eux. Je ne veux pas que mon meilleur lieutenant agisse de façon absurde. Alors dans son intérêt, je maintiens notre accord. Vous en comprenez toute la signification, n’est-ce pas ?

- Oui, répondit-il décontenancé.

Sur quel chemin était-il en train de s’engager ? Il avait l’impression de revenir en arrière quand Kate ignorait l’existence de Smith. Castle n’en revenait pas. Gates, qui depuis plus d’un an, ne le rêvait que loin du commissariat, n’attendait que le moment propice pour lui désigner la porte de sortie, lui faisait du chantage ! C’était inconcevable d’un capitaine comme elle, de quelqu’un venant de la police des polices.

Ou alors ? Oui, il faisait fausse route. C’était le moyen pour Gates de lui faire comprendre autre chose, quelque chose qu’elle ne désirait pas dire pour ne pas paraître se rabaisser.

- En fin de compte, répliqua-t-il certain d’être irrésistible, vous n’osez pas l’avouer, mais vous vous êtes attachée à moi.

Gates stoppa net dans le couloir, bousculant involontairement Beckett qui venait chercher Castle et resta bloquée sur le seuil. La capitaine revint sur ses pas. Elle montra le bocal où Bubulle tournait inlassablement en rond avant de répondre.

- Monsieur Castle ! On s’attache même à un poisson rouge.

Sous la charge, Castle ferma les yeux et Beckett écarquilla les siens.

 

La porte de l’ascenseur venait de se refermer. Castle n’avait pas ouvert la bouche depuis la remarque cinglante de Gates. Il n’osait même pas affronter le regard de Beckett.

- Des poissons rouges tel que toi, commença-t-elle, je me réincarnerais sans problème en chat pour en gober plusieurs par jour.

Castle ne cessait pas de fixer la porte mais un sourire commença de poindre sur ses lèvres. La jeune femme s’approcha de lui, posa la joue contre son épaule et la fit remonter, féline, vers la tête de l’homme.

- Miaaaaaou ! feula-t-elle langoureusement.

 FIN


cathy24  (01.04.2013 à 18:47)

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