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Série : Torchwood
Création : 29.07.2020 à 17h19
Auteur : choup37
Statut : Terminée
Le serment d'Hippocrate, c'est pas de la daube. Quand Owen l'a fait, c'était pour la vie. Et maintenant, il l'a brisé, une nouvelle fois, à cause de Torchwood (Post-Meat).
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Le son de verre s'écrasant contre les murs de l'infirmerie résonna dans le Hub, bientôt suivi d'un flot d'insultes corsées.
Le groupe tressaillit.
Depuis leur retour de mission, Owen n'était plus le même.
Cela avait été si horrible; ignoble, et indescriptible, une des pires expériences qu'ils avaient pu vivre depuis bien longtemps. Ils s'étaient attendus à beaucoup de choses en enquêtant sur cette viande mystérieuse, en particulier après avoir découvert qu'elle était alien.
Mais jamais, jamais n'auraient-ils pu être préparés au spectacle atroce qui les attendait.
Est-ce que ce pauvre être comprenait-il au moins ce qui lui arrivait ?
Savait-il qu'il était disséqué, torturé, encore et encore et encore, pour de l'argent ?
Ses cris et pleurs de douleur résonnaient toujours dans l'esprit du groupe.
Mais peut-être, criaient-ils encore plus fort dans celui d'Owen.
Le jeune médecin était celui qui avait dû endormir la baleine.
Il existait une énorme différence entre un sédatif temporaire pour apaiser des souffrances et un anesthésiant.
Owen était un médecin, il était sensé sauver des vies, pas en prendre !
Mais il semblait qu'il ne parvenait à sauver personne.
Ni cette pauvre bête, ni Diane, ni Katie !
À quoi servait-il s'il ne pouvait pas faire son travail ?
Un nouveau hurlement lui échappa, avant qu'il ne saisisse une de ses fioles et l'envoie voler contre le mur.
Le souffle court, il se pencha, fermant les yeux.
Son cœur, ce vieux lâche, son cœur se tordait de douleur et de rage.
La rage, Owen connaissait.
Il n'avait jamais connu que cela.
Il avait réussi à l'éteindre en rencontrant Katie, mais cela n'avait pas duré. Un autre échec, une autre mort, quelqu'un d'autre qu'il n'avait pas pu sauver.
Il n'avait jamais été bon à rien, sa mère avait raison.
S'il avait été utile, elle l'aurait aimé, non ? Et son connard de père serait resté !
Une vague de hargne l'envahit.
Avant qu'il se préparait à faire voler le reste de son laboratoire, une main se posa sur son poignet, l'immobilisant gentiment mais fermement.
Le jeune médecin sursauta, et rouvrit les yeux, prêt à insulter le fou parmi ses collègues qui avait osé venir le stopper.
Son regard croisa celui de Jack.
Son chef le fixait avec une expression impénétrable, ses magnifiques prunelles bleu gris le fixant avec une neutralité absolue alors qu'il étudiait son visage.
Owen connaissait cette expression. Et il la détestait.
C'était le masque que portait Jack lorsqu'il s'apprêtait à se lancer dans une discussion compliquée.
Compliquée. Houleuse. Violente. Mouvementée. Emplie de larmes, de cris, d'insultes.
Le masque qu'il portait, lorsqu'il était le chef et non pas l'ami, l'amant, le mentor.
Le masque qu'il portait, lorsqu'il était le capitaine.
Owen le détestait.
La dernière fois que Jack l'avait réellement porté face à lui, Owen lui avait tiré dessus, et l'avait tué. La débacle qui s'en était suivie était toujours gravée au fer rouge dans sa mémoire.
Une grimace lui échappa à ce souvenir, et il grogna, volontairement agressif – parce que c'était tout ce qu'il savait faire, de toute façon, grogner, agresser, il ne savait pas gérer sa colère autrement, n'avait jamais su, plus depuis Katie, sa faute, toujours sa faute..
Quoi ?!
Le capitaine se contenta de lui balancer sa veste.
Allons faire un tour.
Sans attendre sa réponse, il tourna les talons, remontant avec silence les marches menant à la pièce principale. Owen siffla, furieux – pour qui se prenait-il?- mais attrapa son manteau, l'enfilant en même temps qu'il lui courait après. Jack avait déjà passé la grande porte lorsqu'il le rattrapa, se prenant les pieds sur les marches alors qu'il arrivait finalement à sa hauteur. L'immortel l'ignora, se contentant d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur, son long manteau mystérieusement apparu entretemps.
Bien décidé à ne pas lui rendre les choses faciles – il n'avait rien demandé, bordel de merde ! Il ne pouvait pas le laisser tranquille, putain ? - Owen croisa les bras, se laissant tomber contre le mur. Les yeux de Jack étaient rivés sur la surface grise en face de lui, mais le plus jeune savait qu'il continuait à l'étudier, même indirectement.
Owen détestait cette sensation.
Jack semblait toujours savoir ce qu'il pensait.
En temps normal, c'était déjà exaspérant, mais en cet instant, cela lui grattait sur le système à un point indescriptible.
Jack était calme, posé, un roc de stabilité face à sa fureur, et cela le terrifiait.
Qu'est-ce qu'il était sensé faire face à cela ?
Jack le connaissait trop bien à présent pour rentrer dans ses jeux d'insultes et d'auto-destruction. Non pas qu'il ne pouvait pas tenter quand même, cela le défoulerait, tiens ! Jack n'était pas un saint lui-même, et Owen savait sur quels boutons appuyer pour le faire réagir.
Sans un mot, le capitaine sortit de l'ascenseur, traversant le petit office de tourisme pour mieux pousser la porte. D'un pas ferme, il remonta la place, allant s'appuyer à la rambarde faisant face à la baie. Le docteur roula des yeux en le rejoignant, ses mains enfoncées dans ses poches alors qu'il plissait les lèvres.
Si c'est pour pleurer ensemble comme des fillettes, on aurait pu le faire dans le Hub, hein. Pas besoin de se prendre le vent dans la gueule.
Jack haussa un sourcil.
Tu es Londonien. Tu as grandi sous la pluie.
La pluie, pas la pluie, le vent, et l'odeur dégueu du fioul et du sel dans la gueule !
Le capitaine haussa les épaules.
J'aime la vue.
Forcément que tu l'aimes, bougonna le docteur, tu ne supportes pas de rester enfermé. Quoi, ça te rappelle l'espace ?
Une personne ordinaire lui serait rentrée dedans – il était volontairement un vrai con – mais Jack se contenta de fixer l'horizon. Owen grogna, mais se laissa tomber contre la rambarde à son tour, avant de remonter son col.
Sérieux, vieux..
Cela me rappelle chez moi.
Owen sursauta.
Quoi ?
Jack lui lança un regard impénétrable.
Chez moi. Il y avait l'océan.
La mâchoire du médecin alla s'écraser sur le sol.
Est-ce que Jack venait de lui donner une information sur sa vie privée ?
Le capitaine haussa de nouveau les épaules.
Rien à voir avec ici, bien sûr. Les Bahamas seraient une bien meilleure comparaison. Ou le Maghreb. Un léger sourire apparut sur ses lèvres, et son expression se fit pensive, son regard se perdant dans le vague. Mais c'est toujours proche.
Owen ne répondit rien, trop occupé à ramasser sa mâchoire sur le sol et calmer son cœur en panique.
Deux confessions en l'espace d'une minute, il allait faire une crise cardiaque.
Se mordant la lèvre, il jeta un regard à Jack, mais se heurta à un masque de neutralité.
L'instant confession était terminé, le chef était de retour.
Owen soupira.
Jack lui jeta un nouveau regard.
Tu lui as permis de partir.
Le docteur croisa les bras.
Fous-moi la paix, Harkness. Je ne rentre pas dans ton jeu !
L'immortel l'ignora, continuant de parler de cette même voix posée et pleine de sagesse qu'Owen haissait – elle lui donnait toujours la sensation de n'être qu'un sale morveux, un petit con immature, un gosse râleur et bougon incapable de voir les conséquences de ses actes, et à qui il fallait tout expliquer avec lenteur et gentillesse.
Jack, et son complexe de dieu infernal.
Elle souffrait. Elle était seule, perdue.. Incapable de se sauver, incapable de bouger, de fuir.. Seule au monde, dans un monde inconnu et violent, trop occupé à en tirer profit pour comprendre qu'elle était plus, bien plus, qu'un monstre étrange à déchiqueter et tester.
Owen déglutit. Le regard de Jack s'était de nouveau perdu dans l'horizon, ses mains légèrement crispées sur la rambarde alors qu'il parlait, son filet de voix réduit à un murmure.
De qui parlait exactement l'immortel ?
Lui, ou la baleine ?
Qu'avait-il vécu, dans son passé, pour se retrouver si facilement en elle ? Un alien, perdu dans un monde dont il n'aura connu que la pire cruauté, sans chance de s'en échapper, ni personne pour l'aider.
Jack non plus n'avait pas pu la sauver.
Jack partageait sa rage, et sa haine.
Owen secoua la tête, furieux, refusant de saisir la main tendue.
Pourquoi je suis là ? À quoi je sers si je ne peux pas les sauver ?! Il secoua la main, désignant rageur l'océan devant eux. Je suis sensé.. Je suis un docteur, bordel ! Hurla-t-il, avant de frapper du pied la rambarde. Je suis sensé sauver les gens ! Les soigner ! Pas les tuer !
Jack ne répondit rien, se contentant de le fixer de son regard neutre, le laissant exploser et s'en prendre au monde entier comme Owen savait si bien le faire. Il savait déjà ce qui allait venir, ce qu'il allait entendre, mais il fallait que les mots viennent du médecin lui-même, qu'ils sortent de ses propres lèvres, sans quoi il ne serait pas prêt à passer à la suite.
Un docteur ! Est-ce que vous comprenez ce que cela veut dire, vous autres ? J'ai fait un serment ! Un putain de serment ! J'ai juré ! Que je sauverai! Pas que je tuerai !
Sans réfléchir, il frappa la rambarde de son poing, grognant sous la douleur. Loin de s'arrêter, cependant, il recommença, frappant encore et encore, ses poings et jambes se couvrant rapidement de bleus alors qu'il écumait, sifflant et jurant comme le charretier qu'il était.
Jack soupira. Il ne connaissait que trop bien ce sentiment. Combien de personnes et d'innocents avait-il échoué à sauver ? Combien de personnes mortes sans raison ? Combien d'aliens sacrifiés, assassinés, sanctifiés au nom de la sécurité britannique ? Cette peine, cette rage, ce dégoût de soi-même et de sa propre inefficacité, l'immortel ne la connaissait que trop bien. Mais Owen, pauvre Owen, Owen avait fait un serment, un serment médical. Il avait juré de consacrer sa vie à aider tout le monde, sans distinction, mais Torchwood semblait décidé à lui faire briser son vœu.
Owen avait espéré, en rentrant dans l'Institut après la mort de sa fiancée, pouvoir se montrer utile, et tenter de compenser son échec. Ce n'était pas sa faute, bien sûr, rien ne l'avait jamais préparé à un alien dans sa formation de docteur, mais ce n'était pas quelque chose qu'il pouvait entendre, et encore moins accepter. Et Jack savait, il savait à quel point le souvenir de Katie était toujours bel et bien présent, chaque jour, à chaque alien disséqué, chaque innocent sauvé, opéré, ou enterré.
Sans un mot, il sortit une fiasque de l'intérieur de son manteau, et la lui tendit. Le docteur la lui arracha, avant d'enlever le bouchon et renifler l'intérieur. Jack roula des yeux.
Pas de Retcon, abruti. Juste du whisky.
C'est ce que tu me dirais si tu tentais de m'avoir ? répliqua l'autre homme, avant d'hausser les épaules à son tour, se moquant clairement de si c'était le cas, et s'avaler une immense gorgée. Waaaaaaaaaaw, siffla-t-il, en toussant. Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Jack haussa un sourcil moqueur, avant de récupérer sa fiole et prendre sa propre gorgée.
Whisky. Saturnien. Interdit dans la moitié de la galaxie.
Sa mèreeeeeeeeeeeeee... L'humeur du médecin s'effondra en même temps que ses épaules, et une larme apparut au coin de son œil. Pourquoi on est là, Jack ? Si on ne peut pas les sauver ? Cette … chose.. Putain.. Ses pleurs.. Elle souffrait tellement.. Et je ne servais à rien !
Tu as abrégé ses souffrances, murmura le capitaine.
Ce n'est pas assez ! On aurait pu.. On aurait dû..
La sauver. La renvoyer dans la faille. Lui trouver un endroit où vivre sur Terre. Jack soupira. Je sais. Mais on ne pouvait pas.
Elle était innocente, Jack. Elle n'avait rien, rien demandé ! Et j'ai dû la tuer ! Je ne suis pas là pour tuer ! Hurla-t-il, en saisissant brutalement ses bras.
Je sais, murmura le capitaine en l'attirant contre lui.
Owen hurla, tentant en vain de le repousser. Les bras de l'immortel se refermèrent davantage autour de lui, le coupant du monde extérieur alors qu'il l'insultait, le frappant violemment. Chaque coup était un rappel de son échec, et son incapacité à sauver ceux l'entourant. Jack les reçut sans un mot, fermant les yeux en même temps qu'Owen s'époumonait contre l'enfer de leur travail.
Torchwood, avait-il un jour prévenu Gwen, détruisait, bien plus qu'il ne sauvait.
Parfois, ils ne pouvaient pas gagner.
Parfois, tout ce qui leur restait à faire était de nettoyer les miettes.
La voix d'Owen se brisa, en même temps qu'il s'effondrait contre lui. Jack inspira profondément, tentant de calmer son propre rythme cardiaque, avant de déposer avec précaution un baiser sur les cheveux du plus jeune, caressant gentiment son dos.
Être le roc, contre lequel ses employés s'appuyaient.
Le calme, la force, la rassurance. Le sourire, le rire, celui vers qui se tourner et parler.
Peu importait, comment lui-même se sentait.
Ses propres sentiments avaient été enterrés depuis bien longtemps, à coté de sa mortalité. Il ne restait personne pour se souvenir de qui il avait été, personne pour savoir comment transpercer le masque qu'il avait choisi de porter.
Personne, ou du moins c'est ce qu'il affirmait.
Contre lui, Owen pleurait.
Étant Owen, ses larmes étaient silencieuses, discrètes. Ce n'était pas un immense flot, juste quelques gouttes d'eau salée. L'homme était trop brisé pour en laisser davantage tomber.
Un cœur éploré, et si, si fatigué.
Sans surprise, l'agent ne tarda pas à le repousser.
Tu m'as pris pour Gwen ? Garde tes sauteries pour le Tea Boy !
Jack haussa un sourcil, formant un triangle parfait, avant que ses lèvres ne s'étirent en un sourire grivois.
Jaloux ? Tu n'as qu'à demander, tu sais !
Pouah ! Dégage !
Même pas un baiser ? Tu ne sais pas ce que tu perds !
Je ne veux pas le savoir ! Certains d'entre nous ont toujours leur dignité !
Le capitaine rit, avant de le frapper au bras.
Si tu tiens à ton café, je te conseille de ne pas répéter ça devant Ianto. Un laxatif perdu est vite arrivé.
Oy ! Si jamais ..
Jack battit des mains, repoussant les doigts menaçants.
Tu préfères un verre avec Tosh ?
Quoi ?
Tosh. Le plus âgé haussa un sourcil, mais cette fois d'une façon totalement différente. Tu sais. La merveilleuse jeune femme qui te sauve le cu avec son ordinateur tous les jours.
Quoi ?
Jack le fixa, blasé.
Owen détourna le regard, se frottant la main qu'il avait couverte de bleus pendant sa crise de rage.
Elle mérite mieux que ça.
C'est à elle de choisir, tu ne crois pas ? Répliqua l'immortel en jouant de ses sourcils.
Tu deviens sentimental sur tes vieux jours, Harkness.
L'intéressé haussa les épaules.
Je prends cela comme un compliment.
Le silence retomba autour d'eux, confortable, amical.
Face à eux, le son des vagues s'écrasant contre la jetée résonnait, se mêlant aux bruits des passants et voitures lointaines.
Owen se détendit très légèrement, son visage et ses cheveux s'humidifiant sous les attaques maritimes.
Sans un mot, Jack se plaça à coté de lui, frappant son épaule de la sienne.
FIN