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Interdit aux moins de 18 ans

Jouer n'est pas tuer

Série : Castle
Création : 28.05.2013 à 17h52
Auteur : cathy24 
Statut : Terminée

« Une enquête quelque part en tout début de saison 6 » cathy24 

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Jouer n’est pas tuer

1ER CHAPITRE

Ils avançaient très lentement, l’un derrière l’autre. Beckett, comme à son habitude, protégeait Castle et ouvrait la marche d’une allure mal assurée, procédant par pas glissés. La face interne de la voûte plantaire du pied gauche venait buter inlassablement sur le talon du pied droit et le pied droit à ce moment-là, s’aventurait un peu plus en avant. Beckett tenait fermement son arme dans les mains, la pointant devant elle. Elle n’était pas habituée aux lunettes à vision nocturne mais cette distorsion des couleurs, des formes et des reliefs valait mieux que l’obscurité qui les entourait. Elle s’évertuait à respirer le plus calmement possible, le plus profondément possible mais parfois, comme si elle sombrait dans une apnée involontaire, ses poumons réclamaient plus d’oxygène et elle ne pouvait réprimer la goulée salvatrice qui s’engouffrait entre ses lèvres s’entrouvrant instinctivement. Elle sentait des gouttes de sueur glisser le long de sa colonne vertébrale, d’autres qui perlaient sur son front et descendaient progressivement vers ses cils, qui s’y incrustaient insidieusement provoquant des clignements et des légers mouvements incontrôlables de la tête comme si la jeune femme pouvait espérer s’en débarrasser aussi facilement. Elle serrait les dents pour maîtriser cette envie de passer la main sur ses yeux. Une seule seconde de déconcentration et la conséquence pourrait être dramatique et irréversible. Elle savait que progresser aussi prudemment possible entre tous ces arbres rabougris n’offrait aucune protection digne de ce nom mais elle devait s’en accommoder et offrir le maximum de chance de survie à Castle et à elle-même. Elle se disait qu’elle n’aurait jamais du accepter cette sortie qu’il lui avait proposée, que cela avait été une stupidité, un moment de faiblesse consécutif à l’effleurement de son cou par les lèvres douces et chaudes de Castle. Elle aurait du être chez Lanie à ce moment précis, sur son confortable sofa, un verre de vin à la main, à discuter durant des heures sur les défauts de leurs hommes respectifs et leurs merveilleux côtés qui les faisaient voluptueusement s’abandonner de désir entre leurs bras.  Et la voilà, dans cet univers hostile, risquant une balle à chaque faux pas, à chaque malencontreux geste ! Tout ça parce que Castle pensait que cela pourrait être amusant de venir passer la journée dans cet endroit ! Elle était absolument incapable de dire ce qu’elle ressentait : colère, peur, exaspération, envie de courir le plus vite et le plus loin possible, histoire de mettre le plus de distance avec cette insoutenable méconnaissance du danger qui rôdait. Et voilà que le gilet de protection qu’elle portait, la blessait en entaillant sa chair au niveau des aisselles. Elle sursauta au bruit que fit la branche morte qui craqua sous son pied. Elle se figea, fureta du regard autour d’elle à l’affût de la moindre silhouette potentiellement alertée par ce son si dérisoire en temps ordinaire.

Derrière elle, Castle, armé lui aussi, se déplaçait au rythme de la jeune femme en lui tournant le dos pour assurer leurs arrières. Il fut surpris par l’arrêt brusque de Beckett et se heurta à elle. Elle eut pour lui un regard irrité qu’elle devina inutile derrière les lunettes. D’un haussement d’épaules il lui fit comprendre qu’il l’avait involontairement percutée et s’excusa d’un petit geste de la main.

Le hurlement aigu vint de la droite de Beckett. Instinctivement, elle s’accroupit et Castle se retrouva idiot, dressé seul sur les jambes, exposé comme jamais, avant de choir et de s’aplatir totalement au sol. Le même sinistre cri réapparut et sembla traverser l’espace un peu au-dessus d’eux.

- Une chouette ! murmura Beckett,  dépitée de s’être faite ainsi avoir mais rassurée cependant.

Un souffle de vent, à moins que ce ne soient les vibrations déclenchées par les battements d’aile de l’oiseau de nuit passant plus proche d’elle qu’elle ne se l’était imaginée, caressa son visage et son corps comme un spectre l’aurait fait, lui provoquant un frisson glacial malgré la température très douce.

Elle avait déjà vécu des situations très inconfortables et très dangereuses dans lesquelles sa vie n’avait tenu à rien, parfois à une balle logée un demi-centimètre plus haut dans la poitrine, parfois à un doigt la retenant le dixième de seconde nécessaire à son sauvetage, mais là, l’expectative était le plus redoutable des adversaires. Elle savait l’ennemi  tapi dans l’ombre, elle le devinait les épiant et attendant patiemment l’instant propice où la garde serait abaissée une microseconde, pour réduire à néant leur espérance de s’en sortir en vie et dans cet endroit, personne ne viendrait à leur secours. Ils étaient seuls, irrémédiablement seuls. Et il y avait surtout ce fichu emballement de l’esprit qu’elle ne pouvait domestiquer, quand cette absence de repères fiables l’empêchait de bâtir une défense, une contre-attaque. Elle se releva lentement et perçut que Castle, à ses côtés, se hasardait au même mouvement. En général, elle pouvait se fier à lui et il pouvait être un partenaire efficace. Mais dans ce genre de situation qui ressemblait davantage à une mission des forces spéciales, elle devait prévenir ses réactions incontrôlables qui pouvaient les mettre tous les deux en danger.

Et pourtant, de le savoir à ses côtés était à la fois stimulant et jouissif. Elle ne connaissait pas meilleure source d’adrénaline que lui. L’avoir eu toutes ces années proche d’elle avait été la plus incroyable des expériences intellectuelles avant d’élargir cette palette à toutes les facettes de sa sensibilité. Sans lui, elle savait qu’elle n’aurait jamais senti à quel point elle était quelqu’un d’autre que Kate Beckett, lieutenant à la Criminelle. A travers le regard d’un bleu lagon de Castle, elle avait découvert qu’elle avait une valeur qu’elle ignorait posséder. Et peu à peu, elle s’était apprivoisée. D’admiratrice de l’œuvre de l’écrivain, elle était devenue l’amie de l’auteur avant de se lover dans les bras de l’homme. Et rien ne valait cette dernière étape.

Une rafale de tirs automatique les fit replonger au sol. Le tireur devait être derrière eux à environ une trentaine de mètres mais Beckett était incapable de déterminer s’il avait agi ainsi parce qu’il les avaient vu ou pour les faire détaler et mieux les repérer. Elle fit signe à Castle de se taire et progressa, ventre à terre, sur deux, trois mètres pour tenter de voir où était positionné leur adversaire. Elle ne parvenait pas à le situer mais elle aperçut cependant, dissimulé derrière un bosquet, une forme qui pouvait bien être celle d’un mur. Mur de cabane, mur de maison. Elle ne savait pas mais c’était possiblement un abri. Elle fit signe à Castle et tous deux commencèrent à se déplacer en rampant vers l’endroit qu’elle venait d’indiquer.

Deux coups de feu retentirent du côté opposé à celui d’où était venue la rafale. Beckett comprit que l’étau se resserrait et que bientôt, ils deviendraient des cibles parfaites. Elle voulut accélérer son déplacement mais son pied manqua son appui, dérapa et alla heurter le visage de Castle qui poussa un cri de douleur.

- Silence, lui ordonna-t-elle d’une voix étouffée.

Il se frotta le nez.

- Eh ! Je te rappelle qu’on est dans le même camp, chuchota-t-il en grimaçant.

Elle ne fit pas plus cas que cela de la conséquence de son geste maladroit et reprit sa progression. Plus elle approchait, plus la nature des bruits se modifiait. Elle n’en n’était pas certaine, mais il lui semblait entendre un bruit de circulation. Ils allaient peut-être finalement trouver de l’aide. Elle accéléra.

Le bosquet était en fait un rosier grimpant qui prenait appui sur la façade d’une maison. Beckett leva la tête examinant la demeure.

- J’espère que tu ne m’as pas cassé le nez, fit Castle en arrivant à la hauteur de la jeune femme.

- Oh tais-toi, Cyrano.

- Cyrano ? Eh ! Je ne suis pas laid, moi !

- Chut !

Elle se concentrait. La maison semblait à l’abandon. Pas de porte en vue. De l’autre côté de la façade vraisemblablement. Les volets eux, paraissaient vermoulus. L’un d’entre eux avait disparu laissant apparaître une fenêtre à la vitre absente. Beckett l’indiqua à Castle qui avait aussi remarqué le passage. De toute façon, ils devaient abandonner l’isolement de ce petit bois et tenter de retrouver au plus vite un environnement urbain. Pour cela il leur fallait prendre le risque de se mettre à découvert. Ils n’avaient pas le choix.

- Passe en premier, Castle. Ils n’auront pas le temps de réagir.

- Pas question. Ce serait trop dangereux pour toi.

- Ils ne m’auront pas, je suis trop rapide pour eux.

- Désolée Kate, mais je ne n’accepte pas ce risque et tu ne prendras pas une balle devant mes yeux.

- Alors tu n’attends pas et tu sautes juste derrière moi.

- D’accord.

Ils oublièrent le lieu où ils se trouvaient, leurs incertitudes, le danger qui les menaçait tandis qu’ils goutèrent les lèvres de l’autre pour une fois qu’ils désiraient ardemment ne pas être la dernière.

Beckett se recula la première, sourit à son compagnon, se tourna face à la fenêtre, se redressa, prit deux pas d’élan, une impulsion et s’éleva dans les airs pour s’engouffrer bras en avant par l’ouverture. Castle fit ce qu’il avait promis, se leva, voulut prendre un peu de vitesse mais plusieurs balles vinrent s’écraser sur la façade à quelques dizaines de centimètres de lui. Il ne prit aucune précaution, massacra son élan, se prit le pied droit sur le rebord de la fenêtre et passa de l’autre côté, tête en avant dans un grand cri. Il atterrit, il ne sait comment dans les bras de Beckett qui le réceptionna et qui sous le choc, s’en alla basculer contre la paroi derrière elle. Elle rétablit rapidement son équilibre, s’approcha précautionneusement de la fenêtre. Elle les voyait approcher sans prendre la peine de se cacher. Elle leva son arme de poing et tira. Une forme s’effondra. Une autre vacilla sur elle-même avant de tomber également sous l’impact de balles qui ne provenaient pas de son Sig Sauer mais de celui de Castle qui venait de la rejoindre. Une chose qu’elle savait depuis qu’il s’était amusé d’elle lors d’une de leurs premières enquêtes communes, c’était qu’il était bon tireur. Le carton qu’ils faisaient sur leurs poursuivants incita ceux-ci à ralentir leur progression et à chercher à se protéger.

- Profitons-en pour prendre un peu d’avance, proposa Beckett.

- Ils sont combien selon toi ?

- Aucune idée mais je dirais bien une demi-douzaine encore. Ne restons pas là.

A quatre pattes, ils s’éloignèrent de la fenêtre. Une porte, un peu plus loin sur leur gauche était entrouverte. Dans un grincement qui leur parut sinistre, Beckett l’ouvrit davantage. Elle glissa sa tête rapidement de l’autre côté et fit signe à Castle que tout était ok. Ils se relevèrent et commencèrent à remonter le couloir. Le parquet défraîchi gémissait sous leurs pieds. Quelques vieux tableaux étaient encore accrochés au mur, grisés de poussière et constellés de toiles d’araignée. Castle ralentit en passant devant une des peintures représentant un gradé de l’armée des Confédérés. Il y avait quelque chose dans le regard de l’homme qui l’effrayait et dans le même temps le fascinait à tel point qu’il s’arrêta comme hypnotisé par ces yeux qui vrillaient au plus profond de ses anciennes peurs enfantines. La main de Beckett posée sur son épaule le réveilla en sursaut.

- La visite du musée est repoussée à plus tard, Castle.

Plusieurs portes donnaient sur ce couloir mais ils ne se hasardèrent à en n’ouvrir aucune même s’ils étaient sur leur garde dès qu’ils passaient devant l’une d’entre elles. Ils n’étaient en quête que de celle d’entrée. Le couloir fit un coude vers la droite. Il la voyait devant eux à environ une dizaine de mètres. Et puis il y eut un fracas qui leur parut assourdissant derrière eux. Sans chercher à comprendre, sans prendre la moindre précaution, ils se mirent à courir espérant seulement que la porte ne soit pas fermée à clé. Beckett posa la première la main sur la poignée, tira. La porte bougea un peu mais résistait tandis que le grincement du plancher les avertissait que leurs adversaires se rapprochaient dangereusement. Beckett serra les dents et tira plus fort encore. Castle vint à son aide, passa son pied droit dans l’entrebâillement, positionna une main sur chaque côté de la porte et poussa le plus fortement possible. L’ouverture s’agrandit, il put se faufiler, prit Beckett par la manche et l’attira à lui. Il était temps, un homme apparaissait au bout du couloir. Ses tirs ne les atteignirent pas mais il s’en était fallu de peu une fois de plus.

Ils descendirent les quelques marches du perron en courant et remontèrent le trottoir sur la droite. Une longue et large avenue se profilait devant eux. Ils ignoraient totalement où ils se trouvaient à part que cela n’était pas une rue de New-York et que cela avait plus l’allure d’une de ces petites villes de province du MidWest, du Kansas. Une voiture arrivait dans leur direction. Beckett n’hésita pas et se précipita à son avance criant et agitant les bras.

- Arrêtez-vous, arrêtez-vous !

Mais le conducteur prit peur à la vue de l’arme qu’elle tenait dans son poing et accéléra. Beckett dut faire un bond de côté pour l’éviter. Elle chercha vers où se diriger. La nuit était sans lune et tout était bizarrement sombre dans cette rue. Tous les lampadaires étaient éteints. Aucune des maisons de chaque côté de la route n’était éclairée. Nul piéton. Deux ou trois véhicules au loin mais l’expérience qu’elle venait d’avoir n’incita pas Beckett à recommencer. Un de leurs poursuivants s’approchait dangereusement alors ils reprirent leur course et Castle restait volontairement derrière Beckett. Se retournant vers lui pour voir s’il la suivait toujours, elle remarqua l’homme qui le visait. Elle n’eut pas le temps de crier que Castle tomba à terre. Beckett n’hésita pas, revint en marchant sur ses pas, froide, déterminée et tira balle après balle sur l’agresseur qui s’effondra et resta immobile au sol. Angoissée, elle s’approcha de Castle qui gémissait en se tenant la cuisse droite maculée d’un liquide poisseux qui était son sang. Elle lui retira la ceinture de son pantalon et s’en servit pour lui faire un garrot sans se laisser attendrir par le cri de douleur de son partenaire.

- Serre les dents, Castle. Il faut qu’on se cache, regarde, fit-elle en lui indiquant d’un mouvement du menton la maison qu’ils avaient abandonnée un peu plus tôt.

Deux autres individus venaient d’en sortir et ne furent pas long à les apercevoir.

- Ne t’occupe pas de moi et sauve ta vie, Kate.

- On en réchappera tous les deux.

Elle l’aida à se relever et le soutint. Leur avancée se trouva forcément entravée par la blessure de Castle. Il importait plus que tout de se mettre à l’abri car dans cette avenue déserte, ils étaient des cibles parfaites. Alors la jeune femme bifurqua et résolument les dirigea vers le bâtiment le plus proche. Il s’agissait extérieurement d’une sorte de garage dont l’entrée était protégée par un simple verrou que Beckett fit sauter d’un coup de feu. Elle plaqua Castle contre le mur. Il en profita pour jeter un coup d’œil à leurs poursuivants.

- Je ne les aperçois pas, où sont-ils ? interrogea-t-il Beckett qui s’était attelée à pousser le volet métallique libérant ainsi un espace nécessaire à leur passage.

Elle ne répondit pas et l’aida à entrer dans le local.  Elle repoussa le rideau et quand elle s’y appuya espérant pouvoir savourer un instant de sécurité, elle les aperçut venir vers eux, leurs armes braquées dans leur direction. Elle avait perdu du temps à ouvrir ce garage alors qu’en fait, il n’y avait que la façade qui tenait encore debout quand l’arrière n’était qu’une plaie béante ouverte sur l’extérieur. Leurs adversaires n’avaient eu qu’à contourner le bâtiment pour les trouver ainsi positionnés contre le rideau métallique comme des condamnés attendant leur exécution.  Castle se mit instinctivement devant elle pour la protéger, tournant le dos à leurs poursuivants et Beckett lut clairement la panique dans son regard. Il reçut la première salve. Il resta immobile quelques secondes avant de s’affaisser lentement sur  le sol. Beckett avait le regard figé d’effroi sur le sang qui souillait le dos, les épaules et le cou de Castle. Ils avaient perdu. Elle avait échoué. Elle n’avait pas réussi à le sauver. A quoi cela servait-il désormais de poursuivre le combat seule ? Elle ne chercha pas un instant à se protéger, abaissa son Sig  et quand la rafale l’atteignit à son tour, elle s’écroula sur le torse de son amant.


cathy24  (28.05.2013 à 17:54)

2EME CHAPITRE

 

Le silence régna sans partage quelques instants avant qu’une voix synthétisée, surgie en stéréo de plusieurs haut-parleurs, n’annonce :

« Game over »

- Tu peux te relever, Kate.

- On n’est pas bien comme ça ?

- Avec mon nez dans ton oreille et ma bouche écrasée contre ton masque ?

- Moi qui croyais que tu apprécierais le côté dramatique de la situation.

- J’apprécie, mais je préfèrerais être dans une position moins inconfortable. D’ailleurs, si tu pouvais bouger tout de suite, j’ai un début de crampe.

- Castle, fit-elle faussement scandalisée, voyons…

- Kate Beckett, vous avez de ces pensées ! Attendez que nous soyons au moins seuls.

La même voix leur conseilla de retirer leurs masques. Puis, avec douceur, un éclairage léger envahit l’espace avant de gagner peu à peu en intensité. Les personnes présentes obtempérèrent et s’habituèrent progressivement à la lumière artificielle. Un de ceux qui les poursuivaient, s’approcha de Beckett et l’aida à se redresser. Castle tendit la main mais personne ne s’en saisissant, il se débrouilla seul non sans soupirer. A peine debout, il émit une grimace et martela le sol de sa jambe droite.

- Qu’est-ce que tu as ? interrogea Kate.

- Des fourmiiiis…

Chacun retirait gilet, coudières, genouillères, débranchait les fils qui reliaient leur masque à un boîtier harnaché dans leur dos. Des sourires de satisfaction illuminaient les visages et les accolades se multiplièrent entre ces gens qui ne se connaissaient pas plus tôt et s’étaient affrontés farouchement pendant une heure. L’ambiance était aimable et chaleureuse comme si le fait d’avoir échangé des chargeurs de paintballs avait créé d’indéfectibles liens de connivence. Beckett arborait ce grand sourire si magnifiquement ravageur et tous la félicitait pour son adresse au tir, sa vitesse de déplacement, sa réactivité explosive. Elle se tourna vers Castle pour partager ce moment et elle s’apprêtait gentiment à le mettre en boîte mais il s’était étrangement mis un peu en arrière. Il avait le visage fermé, le regard absent. Elle abandonna les marques d’admiration dont elle était l’objet et s’approcha de lui.

- Quelque chose ne va pas ?

- Tout va très bien, répliqua-t-il d’une voix atone. Tu peux retourner à tes fans.

- Tu es jaloux ?

Il haussa les épaules mais fut stoppé dans une possible explication par l’arrivée d’un homme, la quarantaine, grand, svelte, aux cheveux d’un noir de geai et à l’allure sportive qui pénétra sur le grand plateau et se dirigea sourire aux lèvres vers tous les participants.

- Je suis Stefan Kellermann, associé de  la société RealPlay.

Une salve d’applaudissements le salua.

- Merci, merci infiniment à tous. Mais c’est vous que vous devriez féliciter. Vous avez été exceptionnels et notre couple d’aujourd’hui a tout simplement été prodigieux.

Beckett baissa la tête par modestie tandis que Castle esquissa un faible sourire contrit face aux hourras des autres participants.

- Nous vous sommes reconnaissants, enchaîna Kellermann, d’avoir testé la première mouture de ce qui sera la principale attraction de ce nouveau parc intégralement dédié aux jeux interactifs. Avant de vous libérer, nous vous demandons juste de répondre à un questionnaire et ensuite de subir le débriefing des concepteurs du jeu.

Il donna une intonation plus complice à sa voix pour rajouter :

- Je vous conseille d’ailleurs de rester armés face à eux.

Il s’attira les rires de la majeure partie de l’assistance.

Ils furent tous guidés vers l’extérieur de l’enceinte. Ils prirent la mesure des dimensions fabuleuses du hangar où ils avaient sévi. L’espace était juste délimité par un bon nombre de cloisons et poteaux. Impossible de se figurer à quel point tout avait été si réaliste quelques minutes auparavant, tout semblait désormais si neutre, si austère, si uniforme. Juste quelques câbles par-ci par-là, des caméras, des projecteurs, des haut-parleurs, des fonds vert, un sol entièrement recouvert d’une sorte de feutre de la même couleur. Les joueurs peinaient à reconstituer leurs déplacements dans ce lieu transfiguré par l’absence de décors et de repères.

 

Beckett et Castle avaient été isolés des autres : ils avaient été le gibier, leur point de vue était forcément différent de celui des chasseurs. Ils s’étaient consciencieusement mis à la tâche dans un premier temps et Castle qui détestait la paperasserie, avait déjà répondu à plusieurs pages de questions. Quand il réalisa qu’il était juste à la moitié du formulaire, il souffla, pesta pour finalement poser le stylo. Il se leva, fit le tour de la table et se dirigea vers une desserte où petits fours salés et sucrés étaient à leur disposition ainsi qu’eau minérale, jus de fruits et une bouteille de Champagne. Rick ouvrit cette dernière, emplit deux coupes et en présenta une à Kate.

- A quoi trinquons-nous ? demanda la jeune femme.

- A la première et dernière fois à… ce jeu, et sa voix était empreinte de gravité.

Beckett qui portait la flûte à ses lèvres, s’arrêta dans son geste.

- Attends ! Je ne t’empêcherais jamais de venir ici quand tu le souhaiteras. Pourquoi crois-tu que j’ai tenu à t’accompagner cette première fois ?

- Je sais mais tu n’aurais pas du.

Il tourna le dos à Kate et tenta de reprendre contenance en se positionnant devant les petits fours qui semblaient délicieux.

- Ce n’était pourtant pas si mal que ça, rajouta-t-elle, on s’est bien débrouillés et contrairement à ce que je pensais au départ, je me suis bien amusée.

Il ne prit pas cette mini tartelette au citron sur laquelle il lorgnait depuis quelques secondes.

- Cela ne m’étonne pas que tu ais apprécié, dit-il.

- Ca veut dire quoi, ça ?

Il restait immobile les yeux dans le vague, à contempler sans plus les voir tous ces délices qui n’attendaient que d’être engloutis. Beckett réitéra sa question mais comme aucune réponse ne vint, elle s’approcha de la table, y déposa sa flûte et posant sa main sur l’épaule droite de Castle, obligea celui-ci à se retourner vers elle.

- Tu veux bien m’expliquer ?

Elle plongea ses yeux dans les siens. C’était la première fois depuis cinq années qu’elle sentait en lui comme la permanence rétinienne d’une panique totale. Castle esquissa un léger sourire et voulut, comme à son habitude, se sortir de cette situation par une pirouette.

- C’est juste que j’ai horreur de perdre.

- Pour avoir une chance de gagner, répliqua-t-elle provocatrice, il ne fallait pas te prendre une balle.

Castle ouvrit la bouche en grand sous l’accusation de Beckett.

- C’est de ma faute, c’est ça ?

- Ce n’est pas moi qui nous ai ralentis.

- Alors ça, c’est mesquin parce que j’ai passé mon temps à assurer tes arrières. Et quand je me suis jeté devant toi pour te protéger, tu avais peut-être une chance de t’en sortir mais tu n’as même pas tiré une seule fois. Je me suis sacrifié pour rien, je suis dégoûté.  

Elle s’approcha de lui et son corps se colla contre le sien. Elle passa ses bras autour de sa tête et sa main droite s’égara dans la chevelure de son amant avant de redescendre à la base du cou qu’elle caressa du bout des doigts. Elle sentit Castle frissonner.

- En tout cas, c’était très romantique, lui chuchota-t-elle à l’oreille avant de lui tendre ses lèvres.

- Oui, mais ce n’était qu’un jeu, on s’en relève, répondit-il avec une nuance de trouble dans la voix et sans répondre à son baiser. Dans la vie, c’est différent…

Beckett se recula.

- Eh, enchaîna-t-elle, tu peux me dire… ?

Il était visiblement mal à l’aise pour répondre et but une gorgée de Champagne. Beckett lui retira la flûte des mains, la posa sur la table basse et se retourna vers lui. Elle le regarda tendrement, prit sa tête entre ses mains.

- Qui a-t-il ? demanda-t-elle doucement. Tout à l’heure tu t’amusais comme un petit fou. Explique-moi.

- Avec Alexis, on délire totalement quand nous faisons une partie de Laser Tag. L’attrait est autant dans le déclenchement de notre imaginaire que dans le fait de chercher à se toucher. Elle est la Princesse Zarnia venant de la planète Strotium et moi, le perfide Morkan, dictateur de la galaxie Plauxor. Là, c’est… trop, beaucoup trop réel.

- Mais c’est un faux réel, Castle. Rien n’est vrai dans tout ça. Et nous sommes passés par tant de moments de danger, je ne comprends pas, ce genre de situations nous en avons traversé des dizaines.

Il baissa la tête pour la relever quelques secondes plus tard, le regard humide.

- J’ai toujours une peur bleue de te perdre et une peur panique de ne pas parvenir à te protéger de tous les dangers.

- Eh ! Combien de fois m’as-tu sauvée la vie?

- Cela fait plus de deux ans, reprit-il une nuance marquée de tristesse dans la voix. Ce jour-là, j’ai réagi une seconde trop tard et cela a failli te coûter la vie.

- Castle, je t’interdis de parler ainsi. Sans toi, Maddox aurait eu le temps d’ajuster un second tir avant que je ne m’écroule et à l’heure qu’il est, je serais morte.

- De plus l’année suivante, continua-t-il sans s’arrêter aux paroles de réconfort de Beckett, je t’ai laissé seule face à lui. Je n’étais pas là pour te rattraper. J’avais lâchement fui parce que je ne voulais pas souffrir. J’ai été un monstre d’égoïsme. Et s’il t’était arrivé quelque chose, je m’en serais voulu éternellement. Sans Ryan…

Il n’acheva pas, l’émotion était trop forte. Il prit Beckett dans ses bras. Elle se laissa faire et elle ne put retenir ses larmes quand elle l’entendit murmurer :

- Parfois la nuit quand je te regarde dormir à mes côtés, je redoute que tout cela ne soit qu’un rêve. J’ai peur de me réveiller et de m’apercevoir que nous sommes encore dans ce cimetière et que c’est ton cadavre que je tiens entre mes bras.

Elle venait de comprendre, les regards fuyants, la tristesse, alors qu’une heure plus tôt, il était le gamin le plus heureux de la terre à qui on avait enfin donné accès au plus beau jouet qui puisse exister. Il était rayonnant de joie en passant la panoplie du parfait aventurier, jouant avec les gadgets sophistiqués qu’on lui mettait entre les mains. Il faisait partie des très rares privilégiés qui testaient  en avant-première ce jeu interactif grandeur nature et là, il craquait parce qu’à ce shoot gun, ils avaient perdu. Ou plutôt, parce qu’elle avait pris une rafale d’armes automatiques, qu’il n’avait rien pu faire sinon se mettre devant elle pour tenter de la protéger. Comme devant le cercueil de Montgomery.

- Je suis là, Castle, bien vivante et bien réelle. Ce que nous avons vécu ensemble depuis plus d’une année, tout ce que nous vivrons encore ensemble, n’est pas le fruit de ton imagination. Tu m’as si souvent sauvé la vie…

Il ne  répondit pas. Elle l’obligea à la regarder.

- Dis-toi que tu as joué à ta console et que ce n’était ni toi ni moi dans ce jeu.

- Si bien au contraire, c’était moi et mes insuffisances, c’était toi et tes perfections.

Et le baiser qu’il lui avait refusé quelques secondes auparavant, il l’entama avec une violence qu’elle ne lui avait encore jamais connue. Elle eut, étonnée, un bref moment de recul mais elle se sentait soumise à cette envie et aimantée par l’appétit de Castle. Leurs corps ne se collaient pas suffisamment l’un à l’autre. Leurs mains ne se rassasiaient pas suffisamment des formes de l’autre. Ils étaient comme deux naufragés ne parvenant pas à se désaltérer ou comme deux condamnés qui voulaient emporter dans la mort la mémoire de leur désir. C’était plus que la force de leur amour, c’était l’osmose de leurs êtres. Une fusion qui les emporta loin dans leur étreinte, aux portes d’une sensation jamais ressentie jusque là.

Le haut parleur qui grésilla un message, brisa la bulle de leur intimité et la souffrance se fit expressive dans leurs soupirs. Ils se détachèrent lentement, par palier, comme des plongeurs remontant des grandes profondeurs. Leurs regards cherchaient à lire dans les yeux de l’autre ce qui venait de se passer, la frontière qu’ils venaient de franchir, la dimension dans laquelle ils avaient voyagé. Kate avait pâli, Rick était blême. Dans un grand silence, ils récupérèrent les feuillets du questionnaire et quittèrent la pièce.

 

Lorsque plus d’une heure plus tard, ils sortirent du bureau des concepteurs du jeu, le soleil déclinait déjà. Ils empruntèrent le chemin délimité par des barrières métalliques pour se retrouver à la porte principale du complexe. A leur surprise, une grande animation y régnait. En approchant, ils distinguèrent aisément deux caméras, quelques photographes qui à leur vue, prirent fébrilement leurs appareils, et des carnets et des stylos qui s’agitaient brandis par de nombreuses  mains. Castle eut un moment de recul, jeta un regard à Beckett, voulut la protéger de cette agression journalistique en la mettant derrière lui et entama face à la meute qui commençait de les apostropher, une retraite. Puis il y eut cette voix féminine, plus aigue que les autres, cette voix qu’il aurait reconnue entre toutes et qui l’attira malgré lui.

- Castle! Richard Castle!

Il avait croisé les yeux de la femme, il ne pouvait désormais plus faire marche arrière. Il jeta un regard paniqué à Kate qui lui en rendit un, interrogatif.

- Richard Castle ! répéta la femme.

Contraint, Rick se tourna vers elle et lui octroya un grand sourire avant de prendre l’initiative de se diriger vers elle.

- Olga Connely! Comment allez-vous ?

Ils se serrèrent la main en vieilles connaissances.

- Richard Castle ! Je ne m’attendais pas à vous trouver ici !

- Moi non plus, commença-t-il avant de comprendre ce que cette réponse signifiait. Pourquoi cette affluence ?

- Pour Brendan Whitacker.

Castle eut une expression de compréhension. Bien sûr, la vedette du jour, ce n’était pas lui, Richard Castle, l’écrivain à la trentaine de Best-sellers, mais Brendan Whitacker, le génial concepteur de ce parc d’attraction d’un nouveau genre. D’ailleurs en comprenant qu’il n’était pas celui qu’ils attendaient, le calme revint au milieu de la meute de journalistes. Même si sa vanité venait d’en prendre un petit coup, Castle était rassuré de n’être pas leur cible ce jour-là.

- Je ne savais pas, poursuivit-il, que Whitacker déclenchait un tel intérêt dans la presse people.

- A vrai dire, ce n’est effectivement pas d’ordinaire le cas, mais il a contacté ma direction pour leur dire qu’il avait une révélation à faire. Une révélation d’ordre privée.

Castle avança ses lèvres dans une moue de surprise et écarquilla les yeux d’étonnement.

- Une idée ? demanda-t-il.

- Aucune. Mais dites moi, que faites-vous là ?

Involontairement, il se tourna vers Kate qui écoutait attentivement leurs échanges en se tenant quelques pas en arrière.

- Je viens de tester leur nouveau jeu interactif.

- Et qui est cette ravissante femme à vos côtés ?

Un éclair se serait abattu sur lui, Castle n’aurait pas été plus foudroyé que par cette question. Il avait tout fait depuis des mois et des mois, des années même, pour ne plus alimenter la presse people, pour rester à l’écart de ce qui avait été une partie de sa vie auparavant et voilà, que par un concours de circonstances, Kate pouvait se trouver happer par cette machinerie impitoyable. Il pouvait être en temps ordinaire, extraordinairement rapide pour analyser une situation et pouvait s’y adapter aisément, mais là, il fut saisi d’un bégaiement de l’esprit qui grilla sa verve narrative et prompte à imaginer tous les scénarii possibles et inimaginables. Et il n’y avait pas pire moment.

- Kate Beckett, se présenta la jeune femme en offrant sans hésitation sa main à la journaliste qui s’en saisit.

- Oui, je vous reconnais ! Vous êtes ce lieutenant qu’il suit depuis…

Comme Connely hésitait, Beckett compléta en laissant échapper un soupir :

- Cinq ans.

La journaliste sourit.

- Cinq longues années apparemment !

Elles éclatèrent de rire, satisfaites de cet élan de complicité immédiat.

- Si je suis ici, rajouta Kate, c’est parce qu’on m’en a prié, en tant qu’experte, si je puis dire. J’ai voulu décliner en leur proposant un collègue à moi, plus apte à les aider, mais allez savoir pourquoi, Castle a insisté pour que ce soit moi. Même mes jours de repos, il faut que je l’aie sur le dos.

Rick esquissa un rictus d’agacement mais au fond de lui, il admirait le numéro de haute voltige de Kate. Le monde était hanté par les ragots d’Olga Connely depuis presque cinquante ans. Chaque ride de ce visage dissimulé sous une épaisse couche de maquillage, pouvait correspondre à chaque tracas, chaque souci, chaque difficulté, chaque drame, qu’elle avait créés à toutes ces personnalités qui avaient, un jour ou l’autre, croisé son chemin. Autant dire que ce faciès ressemblait davantage à celui de la momie de Ramsès II qu’à celui d’un top modèle. Castle se rappelait que ses problèmes de couple avec Gina, lorsqu’ils étaient encore mariés,  s’étaient approfondis suite à un des articles de cette femme. Il fallait qu’il éloigne au plus vite cette hydre de Kate.

- Bien, alors, on va vous laisser. On ne va sûrement pas tarder à vous amener auprès de Whitacker.

- Vous sortez un livre prochainement ?

- Dans quelques semaines.

- On pourrait se revoir à cette occasion. Et pourquoi ne pas refaire un reportage comme lors de votre avant-dernier Derrick Storm ? Nos lecteurs, je devrais plutôt dire nos lectrices, avaient adoré !

- On verra, répondit Castle en tentant d’échapper à Connely mais elle lui avait attrapé le bras et semblait ne pas vouloir le lâcher.

- Voilà un moment que vous ne défrayez plus la chronique mondaine, mon cher. Je suis persuadée qu’on pourrait refaire un superbe article sur vous, histoire de vous remettre sur le devant de la scène,…

Castle esquissa un sourire contrit.

- … savoir ce que vous devenez, aller encore plus loin dans le Castle privé…, compléta-t-elle.

Rick était totalement désemparé, d’autant plus qu’il sentait les yeux de Kate rivés sur lui. Il avait perdu toute sa volubilité, son aisance naturelle pour ce genre de situations. C’était comme s’il affrontait pour la première fois l’univers de la presse people. Il cherchait désespérément une issue de secours. Il la vit arriver au loin dans cet homme qui courait dans leur direction, qui agitait les bras et criait le nom du lieutenant Beckett.

- Excusez-nous, Castle sauta sur l’occasion, à une prochaine fois.

- On s’appelle. Vous habitez toujours au même endroit ?

Il opina, récupéra son bras et entraîna Kate vers l’homme.

- Le Castle privé, répéta la jeune femme, une fois qu’ils eurent mis quelque distance avec Connely. Tu ne vas pas la contacter, j’espère ?

- Le problème avec elle, c’est qu’elle se moque totalement d’avoir l’agrément de ses victimes. Elle force votre porte, vient fouiller dans votre salle de bains et prend plaisir à faire le tri dans votre panière à linge sale. Si tu avais lu cet article sur moi à l’époque !

- Je l’ai lu, Castle, je l’ai lu.

Elle lui décocha un sourire ironique tandis qu’il s’immobilisa.

- Tu l’as lu ? Mais, c’était bien avant qu’on se rencontre !?

Il venait de comprendre ce que cela impliquait.

- Tu lisais des articles sur moi ? Tu ne m’en as jamais parlé !

Il était étonné, sidéré.

- Katherine Beckett, mais vous étiez une véritable midinette…

Il reprit sa marche pour revenir à la hauteur de la jeune femme.

- … Oh ! continua-t-il joueur, il va falloir qu’on en reparle en tête-à-tête.

 

L’homme était apparemment satisfait de les avoir rattrapés à temps. Il était essoufflé mais dans une seule phrase, sans reprendre sa respiration, il leur annonça qu’on venait de retrouver le corps sans vie de Brendan Whitacker.


cathy24  (29.05.2013 à 18:28)

3EME CHAPITRE

 

Ils suivirent l’homme qui les mena de nouveau au hangar. Il les fit slalomer entre les cloisons pour les conduire dans un recoin du décor factice. Là, ils trouvèrent Stefan Kellermann en grande conversation au téléphone entouré de deux agents de la sécurité. Ce n’est que lorsqu’il se déplaça légèrement que Beckett et Castle aperçurent le corps en position assise, le dos appuyé contre la paroi, les jambes allongées, les bras le long du corps, un masque de vision nocturne sur les yeux et tenant un portable dans sa main droite.

- Messieurs, éloignez-vous, s’il vous plaît, ordonna le lieutenant.

Tandis qu’ils obtempéraient, elle s’approcha et s’agenouilla juste devant le cadavre. L’homme, la quarantaine, moyennement grand, mince, aux cheveux châtain clair, avait l’air étrangement apaisé comme s’il n’était finalement qu’endormi. La tête était soutenue par la cloison et légèrement penchée vers l’épaule gauche, les yeux fermés, un léger sourire figé à la commissure des lèvres.

- Un accident cardiaque ? suggéra Castle.

Beckett nia. Elle prit un stylo dans sa poche, l’approcha précautionneusement du rebord de la veste et en écarta doucement le pan. La chemise blanche se révéla maculée de sang. On voyait nettement l’endroit atteint par la balle. Une balle qui devait être allée se loger en plein cœur.

- Il n’a pas eu le temps de souffrir, souffla-t-elle.

 

Les experts de la police scientifique œuvraient à leurs tâches habituelles. La scène du crime avait été polluée entre les préparateurs du jeu et les premiers témoins. Il ne serait pas facile de retrouver une cohérence dans les différents indices relevés.

Lanie, quant à elle, confirma à Beckett la cause de la mort. Elle donna à son amie une heure approximative du décès qui devait remonter à environ trois heures mais serait plus précise dès qu’elle aurait pratiqué l’autopsie.

 

- Vers la fin de la partie alors, observa Castle.

- La fin de quelle partie? demanda Esposito qui venait d’arriver.

Rick eut un rapide regard vers Kate et tenta de prendre un air détaché pour répondre.

- J’ai mes entrées dans beaucoup d’endroits.

- Et ? insista le latino.

- Nous avons testé un jeu révolutionnaire, Beckett et moi.

- Un jeu où on se fait tirer dessus ? J’aurais l’impression d’être au travail. Quelle idée bizarre!

Beckett vint au secours de Castle :

- C’était un excellent exercice d’entraînement.  Je te le conseille.

Esposito fit une moue dubitative mais comprit qu’il lui fallait clore le débat. Il exposa qu’il y avait de présents, en plus des participants à la partie, les huit concepteurs et les deux associés, Stefan Kellermann et Brendan Whitacker.

- Et il semble que l’on doive se limiter à cette liste.

- Pourquoi ça ? interrogea Beckett.

- Toute personne ayant franchi le seuil du complexe avait un badge l’accréditant, soit en tant que joueur, soit en tant que personnel qualifié.

- Aucun passe-droit possible ?

- Apparemment, non, Castle. La sécurité était maximale. Même les agents en charge du filtrage ne pouvaient pénétrer dans l’enceinte.

- Waouh ! Ca me plaît bien, ça ! On se croirait en plein roman d’Agatha Christie. Un univers clos, un meurtre, un assassin dissimulé parmi les personnes présentes. Oh ! Et si nous avions affaire à plusieurs assassins comme dans le Crime de l’Orient-Express ?

- Ou pourquoi pas Les Dix petits nègres ? compléta Esposito. Ils étaient dix là-haut dans la cabine de surveillance.

- Oui, bravo, fit Castle enthousiaste.

- Et les joueurs, eux, ils ne comptent pas ? glissa Beckett.

- Vous étiez douze, répondit Esposito. Si on vous retire de la liste, reste dix.

- Dix ! Ce chiffre revient ! C’est un signe.

- Castle ! Espo, il faudrait vérifier qu’effectivement personne d’autre n’a eu accès au hangar pendant la partie.

Ils entendirent derrière eux la voix de Ryan qui reprit la conversation au vol :

- J’ai discuté avec les techniciens. Pour les joueurs, cela ne devrait pas être trop compliqué de retracer leurs déplacements, parce que chacun d’eux portait des capteurs. Tous leurs faits et gestes ont été enregistrés lors de la partie. On est en train de nous préparer les fichiers correspondants. Nous devrions savoir dans un petit quart d’heure si l’un d’entre eux s’est approché un tant soit peu de la scène de crime.

- Ne me dites pas que la résolution de l’affaire serait aussi simple ? protesta Castle. Quoi, un petit point sur un écran et voilà ? Un meurtrier trahi par toute une batterie d’appareils informatiques les plus sophistiqués ? Si c’est aussi simple, l’assassin est un crétin.

- Personne n’a dit qu’un tueur devait dépasser les cent cinquante de QI.  

- Mais enfin, admets que ce serait trop… primaire, sans intérêt !

Beckett souffla mais elle ne répondit pas. Après tout, elle le connaissait suffisamment pour savoir que dans tous ses délires, Castle parvenait souvent à extirper le petit élément qui pouvait mener en fin de compte à la solution. Un raisonnement de Castle, c’était un peu, comme un raisonnement de Sherlock Holmes à l’envers : partir de l’invraisemblable pour parvenir au plus basique ; partir d’un délire d’écrivain pour parvenir à la construction d’une histoire plausible ; faire fi des indices pour finir par trouver le détail. Et pour Beckett, toute enquête qui ne commencerait pas par ce feu d’artifice imaginatif, aurait beaucoup moins de saveur.

- Bon, reprit-elle, puisque Whitacker, qui se trouvait initialement dans la salle de contrôle a été retrouvé à une quarantaine de mètres de cet endroit, je veux savoir quand il en est sorti, pourquoi et quelles sont les personnes qui l’ont suivi ou précédé.

Esposito et Ryan acquiescèrent et partirent sur le champ.

- Et nous, nous faisons quoi ? questionna Castle.

- On regarde la configuration des lieux, on cherche par où l’assassin aurait pu venir, par où il aurait pu repartir, comment il…

- Ҫa va, j’ai compris.

La zone était un rectangle aux dimensions modestes d’environ quatre mètres sur trois. Les murs de ce vert particulier servant de fond d’écran à toutes les projections possibles, étaient parfaitement lisses. Pas la moindre aspérité, pas la plus petite imperfection. Il n’y avait que ces câbles qui longeaient l’arête horizontale à environ deux mètres cinquante du sol qui étaient reliés à deux haut-parleurs fixés sur chacune des parois et à toute une batterie de capteurs de mouvements connectés à deux projecteurs. On voyait au-delà de cette limite, les armatures métalliques du hangar dont le toit devait bien culminer cinq mètres plus haut. Face à la cloison contre laquelle Whitacker avait été retrouvé il y avait une ouverture un peu plus étroite qu’une porte, un peu plus basse et qu’une personne de grande taille devait nécessairement franchir en se baissant un peu. C’était la seule entrée possible pour accéder à la pièce. Pour savoir d’où l’assassin avait tiré, il faudrait cependant attendre le rapport de Lanie.

Les doigts étaient crispés sur le portable. Il fallut les desserrer un par un pour récupérer le Smartphone que le technicien tendit à Beckett. Le corps de Whitacker fut alors enlevé. Il n’y avait sur le sol, qu’une petite tâche ensanglantée que le feutre absorbait gloutonnement. Beckett s’accroupit à l’endroit où était le cadavre précédemment.

- Il a du voir son assassin venir vers lui et qui devait lui barrer le passage. Il a reculé et une fois bloqué contre la cloison, il n’avait aucune chance de s’en sortir. Il a peut-être appelé à l’aide mais comme la partie s’achevait à l’autre bout du hangar, personne n’a du l’entendre.

- Il avait son portable à la main.

Elle opina et de ses doigts rendus malhabiles à appuyer sur les touches à cause des gants en latex bleu qu’elle portait, elle récupéra la liste des derniers appels envoyés. Quand elle vit le premier numéro, elle jeta un regard à Castle :

- Le 911.

- Le 911 ? Et pourquoi n’a-t-il pas contacté quelqu’un qui était sur place ? Il aurait eu plus de chance de trouver rapidement de l’aide.

- Aucune idée, Castle, fit-elle en se redressant.

Elle continua de pianoter.

- Cet appel a été passé à 17H28 précisément. Et dans les dix minutes précédentes, il en a reçu un d’un numéro masqué apparemment. La communication a duré… 19 secondes.

Beckett et Castle abandonnèrent la pièce pour prospecter les alentours. Pour les besoins du jeu, les espaces délimités donnaient une impression de labyrinthe géant aux lieux. Il était aisé de se dissimuler, d’attendre quelqu’un, de passer dans son dos et de le surprendre. La jeune femme prit un peu plus loin sur la droite, l’écrivain fureta vers la gauche et ils s’aperçurent rapidement qu’ils avaient du mal à se situer l’un par rapport à l’autre dans ce dédale. Castle appela Beckett et malgré sa réponse, il avait du mal à définir précisément l’endroit où elle se situait. Il crut y parvenir au détour d’un panneau mais se heurta à une échelle posée à même le sol et faillit tomber. Il pesta, frictionna son genou mis en porte-à-faux par son mauvais mouvement et continua d’avancer pour finir par se retrouver devant la pièce où Whitacker avait été assassiné.

- Beckett ?

La jeune femme ne répondait pas. Un peu agacé par ce jeu de cache-cache, il récupéra son portable  pour l’appeler. Il grogna parce qu’il ne capta aucun réseau et faillit échapper l’appareil quand deux mains venant par derrière lui cacher la vue, le firent sursauter.

- Bouh ! fit Beckett.

- Oh ! Kate, ce n’est pas drôle du tout !

- Je vous ai fait peur, Rick Castle !

- Non, fit-il de mauvaise foi, j’étais juste hyper concentré, c’est tout.

- Bien sûr ! Il faudra que je demande à Alexis s’il lui est arrivé souvent de te surprendre lors de tes grands moments de concentration pendant vos parties de Laser Tag.

- Ah non ! Vous n’allez pas vous liguer pour me ridiculiser ?

Et d’une pirouette, la jeune femme blagueuse se mua en lieutenant de police sérieux et appliqué.

- Montons à cette salle de contrôle.

 

Le personnel présent à l’heure du crime avait été interrogé par Ryan et Esposito. Au vu des premières déclarations toutes concordantes, il s’avérait que chacun était resté dans le local à suivre l’évolution du jeu. Tous précisèrent cependant que peu de temps avant la fin, Whitacker avait reçu un appel qui semblait le contrarier. Il était resté ensuite quelques instants, s’appliquant à suivre ce qu’il se passait quelques mètres plus bas, avant de souffler et de quitter définitivement la salle. Il n’y eut que Stefan Kellermann qui s’absenta à son tour quand il s’avéra que la partie était sur le point de s’achever.

 

L’étude des déplacements des joueurs avait permis de confirmer qu’aucun de ceux-ci n’avaient été repérés à moins d’une vingtaine de mètres de la scène de crime. Les participants purent donc rentrer chez eux quand ils eurent répondu aux questions de routine des Bros. Tout concordait pour mettre en première position sur la liste des suspects Stefan Kellermann. Ni Castle ni Beckett ne pouvaient confirmer avec précision l’information donnée par les techniciens sur l’heure à laquelle l’associé de RealPlay avait fait son apparition auprès des joueurs. Selon l’écran de la salle de contrôle, il était intervenu deux minutes tout au plus après que la lumière se soit allumée, soit à 17H31. Son portable avec l’application chronomètre en main, Castle fit deux fois le trajet de la salle à l’endroit où la partie s’était interrompue.

Beckett avait prié tous les techniciens de quitter la salle. Castle furetait, comme à son habitude, au milieu de tous ces écrans d’ordinateur, de toutes ces tables de mixage, de toutes ces consoles servant à lancer les effets spéciaux qui avaient accompagné la partie. Il ne pouvait s’empêcher de triturer quelques boutons, de manipuler quelques réglettes et finit par s’attirer une réflexion de Kellermann.

- C’est un instrument de travail de plusieurs centaines de milliers de dollars.

Castle fit un geste d’excuse et s’assit, doigts entrelacés, sur le bord d’un bureau.

- Monsieur Kellermann, commença Beckett, même si vous étiez son associé, connaissiez-vous bien Brendan Whitacker ?

- Nous avons fait nos études tous les deux à Stanford et c’est là que nous sommes devenus amis. Depuis, nous avons toujours travaillé ensemble. RealPlay est la seconde entreprise que nous avons montée. La première était une start-up qui a capoté au début des années 2000. Cela fait cinq ans que nous travaillons sur ce projet, nous avons traversé pas mal de difficultés et nous étions en train d’en voir le bout. Tout allait enfin devenir réel, si je puis parler ainsi du monde virtuel que nous avons conçu.

Il s’interrompit, submergé apparemment par l’émotion.

- Monsieur Kellermann, il semble que vous ayez mis une minute de plus que nécessaire pour rallier les joueurs à la fin de la partie. Vous avez une explication à ça ?

Il opina mais resta muet.

- Je vous écoute, insista Beckett.

- Ce n’est peut-être pas l’effet que je fais mais je suis d’une timidité à la limite de la pathologie. J’ai pris le temps de relire le speech que j’avais préparé avant de vous rejoindre. D’ailleurs, et il sortit un papier plié en quatre de la poche droite de sa veste, le voici.

Beckett s’en saisit, le déplia et reconnut aisément les propos, au mot près, prononcés par Kellermann quelques heures plus tôt.

- Pourquoi est-ce vous alors, embraya Castle, qui êtes venu nous retrouver ?

- Parce que Brendan voulait que je guérisse de ce handicap. C’est lui qui m’a indiqué un psy, c’est lui qui m’a encouragé à chaque fois. Il me disait que je méritais autant que lieu la faveur des revues spécialisées, et que je ne devais pas être laissé sur le bord de la route à cause de ma timidité maladive. Il a tout fait pour me venir en aide.

- Et ça a marché ?

- Il y a encore quelques mois, jamais je n’aurais pu prendre la parole comme je l’ai fait tout à l’heure. Bien sûr, j’ai triché puisque j’avais rédigé ce texte, mais même avec des antisèches, cela aurait été inconcevable.

- Brendan Whitacker avait convoqué pour cette fin d’après-midi la presse, la presse people plus précisément. Savez-vous pourquoi ?

- Je n’en ai aucune idée.

- Des problèmes dans sa vie privée ?

- Pas que je sache. Il est marié depuis six ans et il paraissait heureux en ménage.

- Vous pouvez me donner son adresse pour que je puisse contacter son épouse ?

- Bien sûr mais je crois qu’elle devait s’absenter de New-York aujourd’hui.

Beckett n’avait aucune raison de garder davantage Kellermann. Ni aucune des autres personnes présentes sur place au moment des faits. Chacun avait un solide alibi. Beckett s’assit devant une console et s’aperçut que de la grande baie vitrée, il était possible d’avoir une vue sur tout le hangar. Elle repéra différents endroits, particulièrement ceux où elle était passée pour le jeu avec Castle et celui où le corps avait été retrouvé. Si le meurtrier n’était pas parmi ces personnes, c’est que quelqu’un d’autre avait réussi à se faufiler dans le hangar malgré les mesures de sécurité. Elle voulut en parler à Castle quand le portable de celui-ci sonna.

- Oui ?

-…

- Non, Olga, je ne peux rien vous dire.

-…

- Comment ça ?


cathy24  (30.05.2013 à 18:13)

4EME CHAPITRE

 

Castle éteignit contrarié son portable.

- Que se passe-t-il ?

Castle souffla et grimaça avant de répondre à Beckett.

- Il y a qu’Olga Connely voulait avoir des informations sur l’enquête.

- C’est bien tenté. D’autant qu’elle vient de perdre le sujet de son prochain reportage.

- Oui, c’est bien ça le problème ! Elle a contacté son rédacteur en chef qui lui a donné son accord pour se rabattre sur moi. Elle voulait savoir si j’étais libre demain matin pour une interview. Et ça, ce n’est pas bon, mais pas bon du tout.

 

Castle et Beckett venaient de pousser la porte de la morgue depuis trente secondes à peine, que la cause de la mort leur fut bien confirmée. Pas de cas plus simple à déceler, pas le moindre doute à soulever. En plein cœur.

- A quelle distance se trouvait le tireur, Lanie ?

- Je dirais entre trois et quatre mètres.

- La balle ?

- Du 9mm.

- Des empreintes dessus ?

- Non.

- Tout ça est bien mince.

- Peut-être pas.

- Que veux-tu dire ?

- En fait, je suis intriguée par l’angle d’inclinaison d’entrée de la balle. Un angle de 45° environ.

- Nous recherchons quelqu’un de grand alors, poursuivit Castle.

- Comme le tir a été effectué à plus de trois mètres, cela signifierait que l’assassin mesurait plus de deux mètres trente.

Castle se retourna heureux comme un gamin vers Beckett.

- Je sais où se tenait le meurtrier.

 

L’endroit avait été déserté et dans l’obscurité, il était encore plus froid et déshumanisé qu’en plein jour. Beckett fit sauter les scellés, alluma sa lampe-torche, passa la première tout en poursuivant la discussion entamée plus tôt dans la voiture.

- A quelle heure ?

- Dix heures.

- Tu pourrais lui proposer de la retrouver dans un endroit neutre, un café, un restaurant, ta maison d’édition.

- La neutralité, répondit Castle en se penchant pour passer sous le panonceau, ne l’intéresse pas. C’est le concret, les petites choses de la vie de tous les jours qui ont toute son attention.

- Alors rappelle la, accepte son interview et fais la venir au loft, tu l’installes sur le canapé, tu lui offres un café, un thé…

- Un Whisky plutôt ! précisa Rick qui suivait Kate.

- Un Whisky à 10 heures du matin ?

Rick opina.

- Tu discutes une heure ou deux avec elle et voilà, le tour est joué, rajouta Beckett.

- Oui, mais Olga Connely ne se déplace jamais seule. Pour ce genre d’interview, elle a avec elle un photographe et une assistante qui sont pire que des chiens renifleurs. Et pendant que tu discutes gentiment avec elle, qu’elle détourne ton attention, ils furètent à droite et à gauche…

Beckett hésita un instant, il n’était pas facile de se repérer, elle s’arrêta quelques secondes et remonta le petit couloir sur la droite.

- … et avant que tu réalises quoi que ce soit, des photos d’une paire de hauts-talons, de deux brosses à dents, d’un flacon de parfum féminin sont prises.

- Ce ne sera pas la première fois que ce genre de détails te concernant se retrouveront dans les magasines-people et puis, j’aurais disparu depuis un moment, je ne la croiserai pas.

- Mais aujourd’hui, ce n’est pas la même chose.

Beckett s’arrêta et se retourna vers Castle.

- Cela te dérange que l’on sache que tu as une liaison ?

- Pas une liaison. Notre liaison.

- Tu veux me cacher ?

- Je n’ai pas envie que tu subisses le harcèlement de certains médias et ensuite, je te veux toute à moi.

- Mais tes fans…

- Ils n’ont pas besoin de savoir à quel point tu es importante pour moi et à quel point je t’aime.

Le regard de Kate sembla briller de mille éclats de surprise, de douceur et de joie intense mêlées. Elle aurait voulu lui répondre mais elle ne put qu’entrouvrir la bouche et le silence fut sa seule réponse. Elle était incapable du moindre geste tant son cœur comprimait sa poitrine et paraissait brimer toute circulation de sang dans ses membres. Castle avait toujours l’art de lui déclarer son amour aux moments les plus inattendus. La dernière fois, c’était il y avait moins d‘une semaine.

Ce poste à Washington, elle l’avait souhaité, ardemment. Il rejoignait ses désirs d’étudiante et sa volonté de mettre ses capacités et son intelligence au défi. Mais elle savait qu’elle avait aussi sauté sur l’occasion pour masquer sa peur. Peur de l’unique question qu’elle ne pouvait s’empêcher de se poser mais à laquelle elle redoutait d’entendre la réponse. Peur d’une réponse qui l’emprisonne. Accepter Washington, c’était se dissimuler derrière ce travail pour éviter de prendre une décision sur sa vie personnelle. Et cela la concernait elle, exclusivement. C’était ce qu’elle avait cru. C’était ce dont elle avait voulu se persuader. Elle avait été encore à deux doigts de fuir, comme elle l’avait fait avec Sorenson, avec Demming, avec Josh. Et c’était cela qu’elle ne voulait plus : courir. Ce poste qui lui était dévolu, c’était un plus dans sa vie. C’était aussi une soustraction. Une soustraction qu’une partie d’elle-même paraissait agréer. Et puis Castle lui avait dit qu’ils méritaient mieux. Elle avait pris peur, la crainte qu’il l’exclue de cet objectif. Ensuite, tout avait été très vite. Il l’acceptait, elle, comme elle était. Même ne partager que le peu qu’elle pourrait lui octroyer.   Genou à terre, le visage crispé par l’angoisse de son possible refus, il avait porté devant ses yeux cette bague inattendue. Le temps s’était figé  comme il venait de le faire une fois encore.

C’était il y avait une semaine seulement. Depuis cette après-midi, Castle avait modifié son comportement. Il s’attachait à ne laisser aucune des questions de Kate en suspens. Il voulait répondre sur tout, sur tous les doutes qu’elle pouvait avoir. Il cherchait sa confiance. Une confiance absolue. Mais elle, comment ne pourrait-elle pas avoir foi en lui ? Elle ne savait, au contraire, comment lui prouver qu’il pouvait se fier à elle. Elle avait tellement eu l’habitude de gérer seule sa vie. Et sa vie sentimentale, elle ne l’avait jamais véritablement inclue dans une perspective de couple. Toujours un pied à l’intérieur, toujours un autre à l’extérieur. Spectatrice et non pas actrice de leur couple. C’était ce qu’elle ne voulait plus être et elle devait lutter pour cela jour après jour. Elle avait été à un  rien de faire tout exploser entre eux. Elle s’en voulait d’avoir agi ainsi. Pourquoi avait-elle toujours cette tentation de sauter dans le gouffre ?  Parce que ce qu’elle désirait avant tout, c’était un homme qui soit là pour elle et avec lequel elle puisse construire un avenir, être heureuse. Ce bonheur était là, devant elle et il avait nom Castle. Ce n’était pas que son amant, c’était aussi son ami, ce frère qu’elle aurait aimé avoir, ce confident attentif et attentionné, cet esprit fusionné avec le sien, cette alchimie magique qui les liait l’un à l’autre sans qu’il soit besoin d’autre chose que d’un regard. Elle aurait voulu lui dire tout cela à cet instant précis mais elle en était incapable parce que l’émotion la paralysait totalement. 

Aucun d’eux n’esquissait le moindre mouvement et ils avaient la sensation d’être retournés dans la même bulle qui les avait engloutis plus tôt dans l’après-midi. L’obscurité qui régnait seulement parcimonieusement sabrée par le faisceau de la lampe, le silence qui engloutissait l’espace, exhalaient des impressions d’irréalité. Le temps s’égrenait ou ne s’égrenait pas. Qu’importait ! Ils pouvaient se figer ainsi dans la contemplation du regard de l’autre sans se lasser, en laissant le monde vaquer à ses occupations tout autour d’eux. C’était un instant de pure féérie, un de ces rares  épisodes qui vous donnent la sensation d’être un esprit détaché de toute enveloppe charnelle. A ce moment précis, l’âme de Beckett pleurait de joie devant cet instant si troublant qu’elle partageait avec Castle et qui se résumait à ces pupilles dilatées qui écrivaient les plus beaux mots d’amour qu’ils n’auraient jamais pu se dire.

Et comme quelques heures auparavant, la rupture fut foudroyante de douleur quand cette bulle éclata, pulvérisée par une voix agressive malgré elle.

- Beckett ? Castle ? Vous êtes là ?

Castle vacilla quelque peu.

- Ici, Esposito !

Dans le même mouvement, il tourna le dos à Beckett pour se diriger vers la voix du latino. Il sentit le souffle de la jeune femme dans sa nuque et sa voix lui murmurer à l’oreille :

- Rick, je t’aime.

Si Esposito ne les avait pas rejoints, Castle aurait pu succomber à une pulsion foudroyante. Il se força à garder un visage impavide, à peine marqué d’un rictus forcé. Il peina à entrer dans la conversation qu’Esposito entama avec Beckett et qui prit à ses oreilles, une allure de brouillard sonore pendant quelques instants.

- Que fais-tu là ? demanda la jeune femme.

- Eh bien, avec Ryan on a fait comme tu as demandé, une recherche sur les agents de la sécurité qui devaient réglementer l’accès au hangar. Il s’avère que l’un d’entre eux a fait de la prison pour espionnage industriel.

- Bien, il n’y a qu’à aller le chercher.

- Le problème est qu’il a disparu.

- Et tu penses qu’il est venu se cacher ici ?

- On n’a rien trouvé de particulier chez lui mais, comme tous les employés, il a un vestiaire dans les locaux. Je voulais voir si on pouvait trouver quelque chose menant à lui. En arrivant, j’ai vu ta voiture devant la porte principale.

Beckett opina.

- Oui, Castle a une idée sur la façon dont l’assassin s’y est pris.

Ils revinrent tous les trois dans la pièce où le corps avait été découvert. Castle installa Esposito là où devait être positionné Whitacker quand on lui avait tiré dessus, pria Beckett de rester à côté du latino puis il ressortit. Les deux policiers l’entendirent traîner quelque chose qui crissa sur le sol et leur provoqua des grimaces. Ils perçurent que l’on apposait quelque chose de l’autre côté, sur la cloison,  entendirent un martèlement contre un élément métallique qui précéda un juron et un cognement bref mais fort.

- Ҫa va, Castle ?

- Oui, oui, Kate. Pas de problème.

Quelques petites secondes plus tard, la tête de Castle apparut au-dessus de la paroi. Il pointa ses index et majeur en direction d’Esposito.

- Pan !

Beckett ne put réprimer un sourire.

- Il y a des marques à tes côtés ? lui demanda-t-elle.

Il jeta un regard attentif aux rebords près de lui. Il opina en montrant deux endroits de son côté du mur, parfaitement invisibles pour Kate et Esposito.

- J’appelle la Scientifique.

Ce faisant, Beckett fit le tour suivi par son ami. Ils arrivèrent à la hauteur de Castle qui descendait les barreaux d’une échelle avec précaution.

- Le grand Rick Castle a le vertige ! provoqua Javier.

- Le grand Rick Castle se méfie de ce qui est bancal, et il fit porter son poids sur le côté droit de l’échelle qui oscilla dangereusement sur sa base provoquant une exclamation de crainte de la jeune femme.

- En tout cas, bien vu, pour la scène de crime, admit Esposito.

- Un compliment ? s’étonna Castle.

- Oui, mais on ne va pas convoquer la presse pour autant, compléta le Latino en tournant rapidement le dos à l’écrivain puis en revenant subitement lui faire face. D’autant plus que tu as mis tes doigts partout…

Il n’acheva pas en voyant Castle agiter ses mains gantées de bleu.

- Une certaine aventure assez récente, m’incite à la prudence, expliqua-t-il.

Beckett soupira.

- Bon, vous avez fini votre partie de ping-pong, là ? On peut parler de l’affaire ?

- On ne fait que ça, plaida Castle.

Elle ne répliqua pas.

- Donc, enchaîna-t-elle, le meurtrier appelle Whitacker et lui fixe certainement rendez-vous dans la pièce. Il l’attend juché sur cette échelle et l’abat d’une balle en plein cœur.

- Oui, poursuivit Castle, mais cela amène quelques remarques. D’abord, on n’a pas affaire à une discussion qui aurait mal tourné. C’était un crime prémédité. Ensuite, tout le hangar était plongé dans le noir. Donc comme Whitacker, il devait porter un masque de vision nocturne. Ensuite, c’est un bon tireur parce qu’une telle précision, juché sur une échelle bancale, cela n’est pas donné à tout le monde. Ensuite, une fois son crime perpétré, il n’a eu qu’à déplacer l’échelle un peu plus loin et disparaître.

- Ou alors, se lança Esposito, l’assassin a modifié cette échelle pour qu’elle soit bancale parce qu’il a une jambe plus courte que l’autre et pour ainsi stabiliser sa position.

Castle arbora une mine étonnée et sa bouche s’entrouvrit de stupéfaction.

- Eh ! Elle n’est pas à la hauteur ta théorie. Bien tenté Espo, mais je suis imbattable !

- Je ne vois pas ce que tu aurais de plus fou à me proposer qu’un boiteux assassin trafiquant une échelle pour l’adapter à son handicap ?

- Tu veux parier ?

- Ouais ! Je suis curieux !

- Quelque chose de bancal autre que Long John Silver ? Un dahu.

- Ridicule, Castle ! Un dahu ça n’existe pas.

- C’est ce que les rabat-joie disent. Des personnes qui n’ont aucun sens du rêve, de l’imaginaire, de la fantaisie…

- … Allez, après Bigfoot, un dahu ? La prochaine fois, ce sera quoi ? L’homme de l’Atlantide ?

- Stop, tous les deux ! hurla Beckett. Mais qu’est-ce qui vous prend ?

Esposito sortir son portefeuille, en extirpa un billet de dix dollars que Castle lui arracha des mains avec un grand sourire.

- Qu’est-ce que vous…

Esposito ne la laissa pas finir :

- Ne t’inquiète pas, c’est un…

- Bon ça suffit ! Deux gamins pour m’aider dans cette enquête ! J’avais l’habitude d’en avoir un sans cesse à mes côtés mais là ! Esposito, tu demandes à Ryan… commença Beckett.

- On va chercher parmi les personnes présentes qui a l’habitude des armes à feu, fit le  détective son sérieux repris.

- Puis vous vérifiez qui avait accès au matériel et s’il manque un masque.

- Et pour l’agent de la sécurité ?

- Fouille son vestiaire. Il faut le retrouver. Il a le profil idéal.

Le téléphone de Castle sonna. Quand il raccrocha, il fronça les sourcils et afficha une grimace prononcée.

- C’était ma mère. Alexis est arrivée et elles nous attendent pour le repas.

- Castle, je suis désolée mais là, il y a beaucoup à…

- Allez-y, coupa Esposito, je m’occupe de tout. Passez une bonne soirée et à demain.


cathy24  (31.05.2013 à 18:31)

5EME CHAPITRE

 

Le repas avait été très savoureux et la soirée très agréable. Beckett adorait véritablement et la mère et la fille de Castle. C’était en le voyant évoluer au sein de sa famille qu’elle avait compris qu’il n’était pas que ce personnage immature, joueur, blagueur qu’il montrait en société. Elle avait été touchée par la profondeur des liens qui les unissait. Et dès qu’elle avait fait son entrée au loft, Kate s’était sentie acceptée, appréciée et aimée.

Depuis qu’elle passait la plupart de ses soirées dans ce somptueux appartement, jamais elle n’avait remarqué le plus petit agacement, jamais elle n’avait fait l’objet de la plus infime remarque désobligeante de leur part. Et pourtant, elle savait ce que son intrusion pouvait être perçue comme un crochetage de leur intimité.

Et il y avait cette façon dont Martha l’appelait. Ce n’était plus Kate comme au début. C’était devenu Katherine et ce, dès le début de sa liaison avec Castle. Une façon d’exprimer son attachement à la jeune femme. Ce n’était plus une forme de convivialité envers un visiteur, c’était l’officialisation de son accord à cette relation avec son fils. Ce n’était pas Rick et Kate mais Richard et Katherine.

 

Elle avait dormi seule dans ce grand lit une bonne partie de la nuit. Castle devait absolument terminer son livre, il avait travaillé très tard et n’était venu se coucher que depuis une paire d’heures. Pour ne pas le déranger, elle éteignit la fonction réveil de son portable avant qu’il ne sonne. Elle se redressa sur son coude droit pour regarder son homme. Les paroles qu’il avait prononcées la veille lui revinrent en mémoire. Quand elle le voyait assoupi, elle avait immanquablement un sourire qui apparaissait sur les lèvres. C’était la joie de le savoir là, à ses côtés, à la fois si fragilisé dans son sommeil mais si puissant dans cette sérénité qu’il dégageait. Il la rassurait. Il était toujours cette épaule sur laquelle elle pouvait s’épancher continuellement. Mais elle ? Lui offrait-elle le même sentiment de sécurité ? Etait-elle capable de l’apaiser ? N’était-ce pas ce qu’il avait voulu lui faire comprendre la veille ? C’était toujours lui qui faisait le pas nécessaire, qui l’avait obligée à abattre certaines de ses barrières. Et elle ? Quand parviendrait-elle à faire ce geste lui signifiant qu’elle se lovait désormais totalement au creux de son amour sans retenue, sans atermoiement?

Le portable vibra. Elle se pencha sur les lèvres de Castle pour les effleurer des siennes puis se retourna, descendit du lit et se dirigea vers la salle de bain. Ryan l’avertissait que l’agent de la sécurité avait été interpellé dans la nuit à bord d’un train à destination de Montréal où habitait sa sœur. Dans une demi-heure, il devait arriver au poste. Beckett raccrocha et passa sous la douche. Elle en ressortait quand Castle entra la mine déconfite.

- C’est la catastrophe !

- Que se passe-t-il ?

- Connely !

- Oui ?

- Elle vient d’appeler. Elle m’a dit qu’elle avait un impératif et elle m’a demandé si on pouvait avancer le rendez-vous.

- Tu en seras plus vite débarrassé.

- Kate ! Elle sera là dans une vingtaine de minutes !

- Quoi ?

Une panique totale s’empara de la jeune femme. Elle se précipita dans la chambre pour se vêtir au plus vite.

- Tu ne pouvais pas refuser ?

- J’ai cru dans un premier temps que tu étais déjà partie.

- Mais elle est gonflée d’appeler si tôt !

- Elle sait que je suis chez moi. Son photographe l’attend, il est en bas. Il a aperçu de la lumière par la fenêtre de la salle de bain.

- Tu ne pouvais pas lui dire  que tu avais autre chose de prévu en attendant ?

- Excuse-moi mais je dormais à moitié encore, je n’ai pas eu ce réflexe.

- Il faut que je parte tout de suite.

- Pas ainsi ! l’arrêta Castle. Connely est une sacrée manipulatrice. Elle n’espère que ça, que son photographe prenne des clichés de toi à sept heures du matin sortant de mon immeuble. Quand je t’avais prévenue qu’elle était prête à tout !

De stupéfaction Kate se retrouva assise sur le lit.

- Que fait-on alors ? Je ne veux pas me retrouver face à elle et je ne vais pas me cacher ici, il faut que j’aille au boulot.

Castle se passa les deux mains sur le visage avant de se figer quelques secondes.

- J’ai une idée et dans le même temps, il se précipita dans le living-room et en deux enjambées, se retrouva au pied de l’escalier.

- Mère, hurla-t-il ! Descends, c’est une urgence !

Kate se jeta sur Rick en lui mettant la main devant la bouche.

- Tais-toi, chuchota-t-elle. Ne vas pas réveiller Martha.

Il se dégagea et appela de nouveau sa mère qui apparut encore ensommeillée en haut des marches.

- Que se passe-t-il, Richard ?

- C’est Connely, elle va rappliquer dans un quart d’heure et son photographe est déjà en planque en bas.

- Et ?

- Opération Tootsie.

Ce devait être un mot magique car toute trace d’endormissement disparut du visage de Martha qui pirouetta sur elle-même, hésita sur la direction à prendre dans un premier temps avant de refaire face à son fils.

- Pour qui ? Pour toi ?

- Non pour Kate.

- Tu dis n’importe quoi ! Pour elle ce serait plutôt opération Victor-Victoria.

- Tu crois qu’on peut la faire passer pour un homme ?

Martha jaugea la possibilité.

- Pas de problème mais il va être si séduisant ce Victor que Connely va t’accuser de fréquenter les jeunes hommes. Imagine la première page !

- Je ne préfère pas ! Que fait-on alors ?

Martha lança un regard rieur à Beckett.

- Katherine, acceptez-vous de vous métamorphoser en quelqu’un de… quelconque?  

 

Alexis, les yeux à demi fermés, se tint à la rambarde en descendant. Elle s’assit sur la dernière marche pour assister en spectateur à l’étrange ballet qui se dansait devant elle. Castle s’escrimait à faire tenir un second coussin dans le dos de Beckett. Le ceinturon récalcitrant lui échappa des mains. Il n’était pas facile de créer une couche régulière d’épaisseur factice. Il fallait donner l’impression d’une homogénéité dans la corpulence. Quand Castle parvint enfin à terminer d’accroître le tour de taille de Kate, Martha se recula un peu pour jauger de l’effet. Elle fit tourner la jeune femme sur elle-même, estima que ce n’était pas parfait mais qu’avec quelques artifices supplémentaires cela ferait l’affaire.

- De toute façon, vous ne vous croiserez au pire que quelques secondes. Le temps que le doute naisse dans son esprit, vous serez hors de sa portée.

Elle fouilla dans l’amoncellement de vêtements qu’elle avait déposé sur le canapé. Elle se saisit d’un grand gilet gris, l’examina et finalement le reposa.

- Que faites-vous ? finit par demander Alexis.

- Ah ! Ma chérie, tu es réveillée ! s’exclama sa grand-mère. Peux-tu aller chercher ma boîte à postiches et celle où il est écrit « carreaux en tout genre » ?

- Vite ma puce, compléta Castle, c’est très urgent.

Il y avait de la panique dans les yeux de son père et de Kate. La rouquine obtempéra sans poser d’autres questions et remonta à l’étage. Martha avait déniché la longue veste qui servirait à son stratagème. Elle la fit enfiler à Kate. La veste était suffisamment ample pour accepter d’englober les quatre coussins qui venaient de faire prendre au moins trente kilos d’un coup à la silhouette de Kate. Martha boutonna le haut du chemisier blanc confiant encore plus d’austérité à l’apparence générale puis elle aida la jeune femme à passer une longue gabardine noire.

- Bien, première étape passée avec succès !

- Mère, elle sera là dans dix minutes !

- Ne t’inquiète pas, le plus gros est déjà fait.

Martha s’attaqua à la coiffure de Kate. Elle rassembla les cheveux en un chignon très serré et bannit toute mèche rebelle qui pourrait retomber sur le visage. Alexis redescendait déjà les bras chargés de diverses boîtes. Castle prit un peu de recul et regarda sa mère prendre en mains toute la fin de l’opération. De la première boîte, Martha retira quelques postiches. Elle savait parfaitement ce  qu’elle désirait et rapidement se trouva face à Kate, lui essayant un collier de barbe de couleur châtain qui prenait le contour du visage d’une oreille à l’autre. Elle prit une colle adaptée et le positionna définitivement. Elle ne délivra pas Kate pour autant et ajouta à sa panoplie une moustache qui rejoignait la fausse barbe. La transformation était saisissante mais encore incomplète. Martha fouilla parmi les différentes montures oculaires de l’autre boîte et en extirpa une aux verres épais et inesthétiques qui rendait vitreux les yeux de la jeune femme. Pour finir, elle mit sur la tête de Kate un chapeau de feutre noir de Castle pour dissimuler totalement la chevelure.

- Voilà ! Qu’en penses-tu, Richard ?

- C’est bluffant !

- Et toi Alexis ?

- Grand-mère, tu es la meilleure !

Martha passa son bras droit autour des épaules de sa petite fille et déposa un baiser sur sa chevelure.

- Une preuve de plus de mon génie !

 

Kate était rassurée mais elle angoissa quand même quand la porte de l’ascenseur s’ouvrit. Elle commençait la traversée du hall quand Connely accompagnée d’un grand type portant un appareil photo en bandoulière et d’une femme d’une trentaine d’années chargée d’un porte-documents apparemment lourd, pénétrèrent dans l’immeuble. Beckett garda les yeux baissés, chercha à ralentir son pas pour ne pas donner une impression de fuite, s’efforça à respirer calmement et à agir dans une totale normalité de gestes et d‘attitudes. Ils allaient se croiser dans quatre secondes, trois, deux…

- Monsieur ! fit Connely en passant à sa hauteur et en poursuivant son chemin.

Kate releva à peine la tête, salua le trio en amorçant légèrement le geste de soulever son chapeau. Voilà, elle les avait dépassés. Quatre secondes, trois, deux, une. Kate était dehors.

 

Alexis et Martha avaient juste eu le temps de ranger le salon et de remonter l’escalier que l’on sonnait à la porte. Castle sortit de sa chambre où il avait fait sommairement le lit, en enfilant rapidement une chemise par-dessus un tee-shirt et en tentant de la main droite de donner un petit peu d’allure à ses cheveux en bataille.  Ce fut un grand sourire aux lèvres qu’il accueillit ses visiteurs.

- Olga !

- Rick, je vous présente Arturo et Penelope qui vont me seconder dans cette interview.

- Pas de problème. J’allais prendre un café. Je vous en sers un ?

Le photographe et la collaboratrice acquiescèrent.

- Pour vous aussi, Olga ?

- Je préfèrerai un thé. Un thé vert même si vous avez.

- J’aurais plutôt pensé à…

- Je sais Rick, mais avec l’âge, il y a des choses que je supporte plus difficilement. Surtout à sept heures du matin.

 

Castle et Connely étaient installés de chaque côté de la table tandis qu’Arturo les mitraillait et prenait de temps à autre des photos du loft et que Penelope surveillait la fiabilité du matériel d’enregistrement. La discussion s’étira d’abord sur des banalités, les problèmes de circulation à New-York, le nouveau scandale autour de Chris Brown. Juste histoire de s’échauffer.

Les premières questions concernèrent son prochain livre, si Nikki Heat allait enfin résoudre toute l’affaire concernant le meurtre de sa mère. Et par touches progressives, Olga voulut savoir qu’elle était la part de fiction dans la construction de ce personnage et ce qui était réellement emprunté sans artifice au lieutenant Beckett. Comment travaillait Kate Beckett sur le terrain ? Puis cela dévia davantage.  Que savait-il de sa vie privée ?   

- Je croyais que c’était moi, le sujet de votre article ?

- Mais c’est le cas, Rick. Cependant vous suivez depuis tant d’années ce détective de la Criminelle, que si l’écrivain y trouve son compte, je voudrais savoir ce qu’y gagne l’homme.

Pendant l’heure qui suivit, Castle transpira pour répondre de la façon la plus neutre possible à toutes les interrogations insidieuses de Connely tant et si bien qu’il crut un moment qu’elle était déjà au courant de sa liaison avec Kate. Mais il y eut cette phrase qui vint en conclusion :

- En tout cas, nos lectrices aimeraient bien que vous délaissiez un peu ce poste de police pour, à nouveau, défrayer la chronique people. Quand nous verrons vous dans une grande soirée new-yorkaise, une belle femme à chaque bras ?

- Oh ! et Castle se força à rire, je me suis quelque peu assagi. Je vieillis, moi aussi.

- En tout cas, fit Connely, en se levant, ce fut une fois de plus, un réel plaisir de passer ces deux heures en votre compagnie.

- Pareillement, Olga.

Elle se dirigeait vers la porte mais se retourna subitement.

- J’allais oublier ! Ma petite-nièce aimerait que vous lui dédicaciez une photo.

- Pas de problème. Je dois en avoir une dans un tiroir de mon bureau.

Il s’éclipsa pour aller en récupérer une.

- Comment se prénomme-t-elle ? demanda-t-il fortement pour être entendu du living-room.

- Candice, répondit Connely mais d’une voix si proche que Rick sursauta.

- J’ai toujours beaucoup aimé ce bureau, fit-elle un promenant son regard sur toute la pièce.

Elle allait d’une étagère à l’autre, lisant la tranche des livres qui étaient bien ordonnés. Rick la suivait, essayant de la ramener vers lui en lui tendant la photo signée mais rien n’y faisait. Elle continua de remonter la bibliothèque et prit un ouvrage sur le rayonnage, se positionnant naturellement devant la porte ouverte. Elle voulait faire croire qu’elle était absorbée par le livre dont elle feuilletait les pages  mais Castle n’était pas dupe : ce qu’elle voulait avant tout, c’était jeter un coup d’œil dans sa chambre à coucher. Elle resta sur le seuil quelques instants, remit le livre en place, fit face à Castle.

- Merci, fit-elle en récupérant la photo. Vous allez faire une heureuse de plus.

Arturo fut le premier à repasser la porte du loft, suivi par Penelope. Connely les suivit.

- Merci encore, Rick. Ce fut très instructif et nos lectrices vont adorer, j’en suis certaine.

Castle refermait quand Olga ne put s’empêcher de poser une dernière question.

- Certaines choses m’échappent aujourd’hui, cela doit aller trop vite pour moi, mais quelle est cette nouvelle mode pour les hommes d’utiliser des produits parfumés à la cerise ?

 

Ryan avait vu un homme entrer dans les toilettes des femmes. Il accéléra le pas et entra résolument.

- Hey ! Sortez de là ! C’est réservé aux f…

Sa phrase resta en suspens quand il l’aperçut retirant avec précaution un collier de barbe.

- Beckett ?

- Laisse moi encore quelques instants, Kevin.

 

Quelques minutes plus tard, Ryan riait de bon cœur en écoutant Beckett lui expliquer le pourquoi de cette entrée si inhabituelle.

- Voilà ce que c’est que de sortir avec une célébrité !

Il n’y avait aucune arrière-pensée dans ses propos, mais le regard inquiet que lui lança Beckett lui fit comprendre trop tard qu’il avait commis une bévue.

- Je prends un café et si on allait plutôt voir ce que notre suspect a à nous raconter, enchaîna-t-elle pour clore le sujet. 


cathy24  (01.06.2013 à 18:18)

6EME CHAPITRE

Grégory Kaspov avait juste un peu plus de trente ans mais déjà un casier conséquent pour fraude, arnaque, piratage industriel et comme il avait tenté de fuir,   il avait un lourd handicap à remonter pour parvenir à convaincre Beckett et Ryan de sa bonne foi. Il avoua cependant tout de suite, avoir aidé un des participants à quitter le jeu et à y revenir une vingtaine de minutes plus tard.

- A quel moment est-il sorti du hangar ?

- La partie était commencée depuis un quart d‘heure environ.

- Chaque joueur était relié à la salle de contrôle, rappela Ryan.

- Il suffit de retirer l’équipement, le traceur continue d‘émettre.

- Et c’est facile comme opération ?

- Je ne sais pas mais le gars devait s’y connaître à mon avis.

Beckett mit sous ses yeux une feuille de relevé bancaire.

- Ce versement de dix mille dollars, c’était pour quoi ?

- Juste le faire sortir et entrer à nouveau.

- Comment vous a-t-il contacté ?

- A ma sortie de prison il y a cinq semaines.

- Et comment quelqu’un avec un casier tel que le vôtre, peut-il faire partie de la sécurité d’une société aussi protégée que RealPlay ?

- Je l’ignore.

- Vous connaissez son nom ?

- Barth Petruccio.

 

Barth Petruccio était un parfait inconnu : pas de fiche d’état-civil, pas de numéro de sécurité sociale. Ryan avait récupéré le logiciel de pistage des joueurs. Puisque le suspect avait réussi à s’éclipser au bout d’un quart d’heure de jeu, il faisait nécessairement partie des quatre premiers éliminés. Le détective visionna encore et encore ces quatre points verts jusqu’à ce qu’il réalise ce détail insolite. Même condamnés à l’immobilisme en attendant la fin de la partie, aucun n’était parfaitement inerte. Ils bougeaient parfois de presque rien, cela représentait à peine un millimètre sur l’écran. Mais ils bougeaient. Tous. A l’exception d’un seul qui s’évertua à faire du sur-place avant qu’un léger soubresaut ne déplace brusquement le curseur vert à la fin de la partie.

Quand Esposito arriva au poste, Kate le renvoya avec Ryan à RealPlay. Ils avaient un programme chargé. Beckett, quant à elle, s’était gardé le plus pénible.

Jane Whitacker se trouvait à Chicago quand elle avait reçu cet appel lui annonçant la mort de son mari. Elle était si effondrée qu’elle n’avait pas pu rentrer tout de suite. La femme, une petite quarantaine, mince, cheveux blonds vénitiens très courts, yeux verts, avait le visage marqué par le chagrin. Elle était venue au poste dès sa descente d’avion et au vu de l’état de ses vêtements, il devait s’agir de ceux qu’elle portait déjà hier. Elle tenait à la main un mouchoir qu’elle utilisait régulièrement pour essuyer les larmes qui ne tarissaient pas.

- Mme Whitacker, laissez-moi d’abord vous présenter toutes mes condoléances.

- Merci, articula-t-elle avec difficulté.

- Je vais devoir vous poser quelques questions.

- Je vous en prie.

Kate prit un instant de repos pour laisser le temps à son interlocutrice de se préparer à ce qui allait suivre.

- Votre mari vous a-t-il fait part dernièrement de difficultés particulières?

- Il était juste inquiet à cause de son projet. Il avait passé tellement d’années à le finaliser, il y a donné tant de lui qu’il était tracassé, oui, mais comme toute personne qui redoute les premiers essais de son prototype.

- Et à part cela, il ne vous a pas paru perturbé par autre chose ? Une querelle avec quelqu’un ? Un fait qu’il aurait découvert ?

- Non. Il était préoccupé par le premier test à venir mais c’était le même genre d’excitation que celle qui anime un gamin devant un nouveau jeu.

- Je connais, ça, rajouta Beckett un sourire aux lèvres.

Kate prit un temps avant de poursuivre.

- Comment s’entendait-il avec son associé ?

- Brendan et Stefan étaient les meilleurs amis du monde. Ils étaient inséparables depuis des années.

- Pas la moindre anicroche ?

- Non. Rien. Mais pourquoi me demandez-vous cela ? Vous croyez que Stefan pourrait être responsable… ?

Sa gorge se serra et elle renonça à poursuivre sa phrase de crainte de fondre en larmes.

- Je suis désolée mais nous devons explorer toutes les possibilités.

Jane Whitacker opina.

- A part M. Kellermann et votre mari, qui avait des intérêts dans la société ?

- Ils n’étaient que tous les deux.

- Qui va hériter des actions de M. Whitacker ?

- Brendan a rédigé il y a environ six mois, un testament. S’il lui arrivait quelque chose, je devais exercer la tutelle jusqu’à la majorité de notre enfant.

- Et quel âge a-t-il ?

- Nous étions en cours d’adoption.

- Vous voulez dire que… ?

- J’ai fait trois fausses-couches ces deux dernières années et les médecins ont déclaré que la prochaine fois, je risquais ma vie. J’ai été bouleversée de ne pouvoir donner un enfant à Brendan, il paraissait y tenir tellement mais il avait quand même l’air heureux de cette décision d’adopter.

- Madame Whitacker, votre mari avait convoqué hier la presse-people. Pensez-vous que c’était de cela dont il voulait parler ?

- Non. Je ne pense pas. Brendan a toujours eu une sainte horreur de ces journaux à sensation.

- Pourquoi ce rendez-vous alors?

 

Esposito et Ryan étaient de retour en fin de matinée satisfaits des informations qu’ils avaient glanées. Grégory Kaspov avait été embauché par Jérémy Faulkner, adjoint au directeur des ressources humaines de RealPlay. Deux petites questions et le type était passé aux aveux. Oui, c’était par son entremise que Kaspov avait obtenu ce poste.

- Bah ! Le gars use et abuse de la cocaïne, expliqua Esposito. Il n’a pas du être difficile de le persuader.

- Et on sait qui le faisait chanter ?

Ryan avança une photo qu’il magnétisa sur le tableau blanc.

- Barth Petruccio.

- Comment as-tu eu cette…

- Il se trouve que tous les petits points verts qui faisaient joujou dans le hangar hier, ont un dossier personnel ouvert dans la base de données de RealPlay.

- Tu veux dire que Castle et moi aussi ?

- Oui ! confirma Ryan.

- Et… ?

- Il ne s’agit que de quelques photos prises avec l’équipement du parfait petit joueur, une fiche succincte de vos études, de vos parcours professionnels et des graphiques à foison sur vos choix pendant la partie.

- D’accord! fit Beckett rassurée.

- Eh bien, le traceur de notre point vert immobile nous a conduits à ce visage.

Beckett se contenta de hocher la tête.

- La recherche est en cours, précisa Esposito.

- Parfait. En attendant une possible concordance, j’aimerais que vous vous renseigniez sur un testament qu’aurait rédigé Whitacker il y a six mois. Et surtout comment il sera désormais applicable.

 

Kate prit le temps d’une petite pause dans la salle de repos en sirotant un café. Elle se saisit de son portable et appela.

- C’est moi.

- Bonjour à nouveau, toi !

- Comment cela a été avec Connely ?

- Je te dirais cela plus tard.

- Si mal que ça ?

- Je n’en sais rien. Mais ce qui me dérange surtout, c’est que l’on n’ait même pas pu s’embrasser ce matin.

- Je l’ai fait.

- Quand ?

- Tu dormais.

- Oh Katherine Beckett et je ne me souviens même pas de ce baiser ? Je suis vraiment nul.

- Tu dormais si profondément. Et si tu savais à quel point tu me fais craquer quand tu dors !

- Que lorsque je dors ?

Elle éclata de rire.

- Que fais-tu en ce moment ? lui demanda-t-elle.

- Bien maintenant que Connely, c’est fait et que ma mère et ma fille sont parties pour les Hamptons, je vais essayer de terminer mon livre. Et toi ça va ?

- Oui. Ici l’enquête ne progresse pas vite mais on a quelques pistes. Je te rappelle plus tard.

 

 

La visite chez le notaire de Whitacker avait été salutaire. Il s’avérait bien que Brendan Whitacker avait rédigé un testament instituant son futur enfant adoptif comme légataire universel de tous ses biens. En plus de la moitié des actions de la société, il y avait le superbe appartement de Broadway qu’il possédait avec son épouse et une demeure familiale au Texas. Autrement dit, cet enfant n’avait a priori pas de souci pécuniaire à redouter. Le seul problème était que l’adoption n’était pas encore finalisée que Whitacker était déjà mort.

- Cette possibilité a été envisagée ? demanda Beckett.

- Effectivement, confirma Esposito.

- Et ?

- Son épouse obtient tout mais Stefan Kellermann gérera RealPlay.

- Autrement dit, c’est Jane Whitacker qui a le plus à gagner.

- Tout à fait, confirma Ryan.

- Il va falloir regarder les comptes du couple et…

Kate fut interrompue par la sonnerie de son portable. Quelques minutes plus tard, elle avait retrouvé Lanie à la morgue.

- Qu’as-tu de si important à me dire sur un cas que tu as défini toi-même comme très simple ?

- Eh bien ! Il n’y a aucun doute sur la cause du décès. Une balle en plein cœur. Mais de toute façon, ce gars-là était déjà mort.

- Comment ça ?

- Il en avait encore pour… un mois tout au plus.

- Que veux-tu dire par là ?

- Il avait un cancer en phase avancée.

- Et tu as trouvé ça comment ?

- J’ai vu dans son dossier le nom de son médecin.

- Tu l’as appelé ?

- Il a été un de mes professeurs. C’était une sommité dans sa spécialité.

- Et c’est en souvenir du bon vieux temps que tu l’as contacté ?

Lanie écarquilla les yeux et se pinça les lèvres.

- Non, poursuivit Kate, ne me dis pas que tu étais amoureuse de lui ?

- On l’était toutes. Tu revois la scène de toutes ces étudiantes se pâmant lors d‘un cours d’Indiana Jones ?

- Lanie !

- Tu n’as jamais eu tes hormones qui te titillaient pour un de tes enseignants ?

Kate soupira.

- Revenons à Whitacker, s’il te plaît.

 

Derrière Barth Petruccio venait d’apparaître une identité bien réelle celle-ci. William Petersen. Il était informaticien et travaillait chez NewGame, un concurrent de RealPlay. La résolution du meurtre paraissait se diriger tout droit vers une affaire de concurrence industrielle. Beckett demanda à Esposito et Ryan d’amener l’individu au poste.

 

Il était prêt de dix huit heures quand Kate se gara devant le cabinet du docteur Flavius Victor. Quand il la fit pénétrer dans la salle de consultation, elle ne put qu’admettre que Lanie devait avoir eu toutes les raisons pour tomber sous le charme de cet homme. Il devait avoir plus de soixante ans mais c’était toujours un bel homme et Kate imaginait sans difficulté l’attrait qu’il avait pu exercer quinze ans plus tôt sur des étudiantes juste sorties de l’adolescence.

- Je vous en prie, détective, asseyez-vous.

Quand elle repartit une petite demi-heure plus tard, elle savait que Whitacker n’ignorait rien de son état depuis un peu plus de six mois. Maladie incurable. Elle venait d’apprendre aussi qu’il avait décidé de le cacher à sa femme. Quand elle avait interrogé le Dr Victor sur le pourquoi de cette décision, il expliqua que Whitacker n’avait qu’un souhait : que cet enfant arrive avant qu’il ne meure. Il espérait que cela aiderait sa femme à supporter son décès.

 

Il n’avait pas été difficile de retrouver William Petersen. Ryan et Esposito étaient allés le récupérer sans problème chez lui. Depuis la veille, il s’attendait apparemment à ce que son nom apparaisse dans la liste des suspects. Il les suivit sans un mot. Kate le regardait derrière la vitre sans tain. Elle tenait en main tous les renseignements qui avaient pu être récupéré sur lui. Trente six ans, marié, deux enfants, docteur en informatique, employé par NewGame depuis trois ans. Mais avant, il avait été contacté par le Pentagone pour travailler pour eux. C’est par leurs fichiers que Petersen s’était superposé à Petruccio.

 

Quand elle raccrocha avec Castle, elle s’en voulut immédiatement. Elle lui avait dit de ne pas l’attendre pour manger, qu’elle ne rentrerait pas de bonne heure et qu’elle avait commandé des pizzas avec Espo et Ryan. Mais ce qu’elle regrettait par-dessus tout, c’était que depuis quelques jours, ils avaient passé moins de temps ensemble. S’il n’y avait pas eu cette partie de la veille, cela aurait fait quatre jours qu’ils ne faisaient que se croiser. Il avait son livre à finir, elle avait ses enquêtes à clôturer. Et quand ils parvenaient à se retrouver pour un souper, ils étaient si fatigués l’un et l’autre que  souvent l’un des deux piquait du nez. Mais aujourd’hui, c’était quelque peu spécial. Elle avait passé une journée de travail habituel, estimait-elle. Tandis que Rick avait affronté Connely. Il n’avait pas voulu lui faire peur mais elle avait compris qu’il y avait un problème et elle aurait aimé en parler avec lui. Elle savait que ce jour approchait où elle paraîtrait aux bras de Castle sur la première page d’un magasine, mettant en pleine lumière leur liaison. Et ce passage inévitable de l’obscurité au soleil l’angoissait terriblement.  Comment travailler sereinement quand votre visage rappellera à tout témoin, à tout suspect, que l’homme qui la suivait dans ses enquêtes, partageait aussi sa vie privée? 

 

William Petersen n’avait pas bougé depuis une bonne demi-heure qu’il était sur cette chaise. Quand Beckett était entrée dans la salle d’interrogatoire, il n’avait pas relevé la tête et tout dans sa gestuelle corporelle exprimait sa volonté de ne pas faire face à Beckett. Elle tentait bien de ramener son regard vers le sien mais elle se heurta à la passivité totale de son prévenu. En bon détective, Beckett connaissait l’importance du dialogue muet qui s’instaurait au travers des yeux. Combien de fois n’avait-elle été certaine de la culpabilité d’un suspect rien qu’en voyant fuir le regard une seule petite seconde ? Mais là, même si Petersen s’évertuait à ne pas fixer son attention sur elle, elle ne prenait curieusement pas cela pour un aveu.

- Monsieur Petersen, pour quelles raisons avez-vous participé à la partie d’hier ?

Il parut ne pas avoir entendu la question.

- Monsieur Petersen, le silence ne vous sera d’aucune aide. Nous avons tout un faisceau de présomptions pour vous inculper du meurtre de Brendan Whitacker. Si vous ne voulez pas…

- Je ne l’ai pas tué, émit-il faiblement.

- Vous étiez cependant comme un électron libre dans ce hangar au moment de sa mort.

- Oui, mais je ne l’ai pas tué.

Il continuait de maintenir son regard baissé.

- Alors reprenons depuis le début. Quel était votre but en participant à la partie ?

- Je devais m’assurer du degré de fiabilité du projet de Whitacker. Voir s’il était en passe de réussir son pari ou si ce n’était qu’un gros coup de bluff.

- Est-ce vous qui avez décidé d’espionner RealPlay ?

- Non, bien sûr ! Mais si vous interrogez mes patrons, ils vous diront que j’ai agi de ma propre initiative. Comme NewGame est en concurrence acharnée avec la boîte de Whitacker et que des millions de dollars sont en jeu concernant des dizaines de plateformes de jeux interactifs grandeur nature au niveau fédéral,  il fallait vérifier si RealPlay avait autant d’avance sur nous que ce qu’il se disait.

- Nous savons que vous vous êtes absenté de la zone de jeu environ vingt minutes. Qu’avez-vous fait ?

- A l’exception du personnel nécessaire à la surveillance de la partie, tout le reste du complexe était désert. Whitacker voulait que le minimum de personnes soit présent pour ce premier test. Aussi, j’ai pu avoir facilement accès à tous les bureaux, aux dossiers.

- Je suppose qu’il y a quand même un système anti-intrusion ?

- J’avais tous les codes et mots de passe.

- Qui vous les a communiqués ?

- Grégory Kaspov.

Beckett ne mit pas la réponse en doute, c’était tellement plausible. La vérification serait aisée et Beckett ne doutait pas que derrière la vitre, Ryan ou Esposito n’ait déjà pris note de s’en assurer auprès de Kaspov.

- Revenons au moment où vous êtes revenu au hangar. Dites moi précisément ce que vous avez fait.

- En évitant soigneusement les joueurs, j’ai arpenté le plus possible toute la zone pour prendre note du matériel utilisé.

Beckett sentait bien que Petersen ne mentait pas. Son rôle dans cette affaire, était juste d’espionner RealPlay. Même si, pendant ses déambulations, il avait croisé Whitacker, qu’une dispute avait éclaté entre eux, le meurtre avait été prémédité. Cela ne collait pas avec Petersen surpris à fureter partout. Cependant Beckett demanda à Ryan de contacter la cellule du FBI spécialisé dans l’espionnage industriel qui prendrait la relève. Elle ne voyait pas du tout en Petersen un assassin froid et organisé pouvant avoir planifié ce crime.


cathy24  (02.06.2013 à 18:14)

NC - 17

voire M

Comme je ne suis pas très au fait de ce qu'implique la différence, j'ouvre le parapluie

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7EME CHAPITRE

Il était plus de vingt-deux heures quand elle rentra au loft. La première chose qu’elle vit, fut Castle dans ce fauteuil qu’il affectionnait tant pour lire et qui s’y était assoupi, un roman ouvert posé sur la poitrine. Elle s’éclipsa sans bruit dans la chambre et disparut dans la salle de bains. Elle se déshabilla, passa sous la douche. L’eau chaude ruisselant le long de son corps lui procura une douce sensation de bien-être et elle mit longtemps à accepter de s’extirper de ce jet qui la détendait. Elle se sécha à peine, enfila une nuisette vert émeraude qui faisait ressortir la couleur de ses yeux. Elle passa dans le bureau de Castle et se dirigeait vers la cuisine quand deux mains vinrent se poser sur ses yeux.

- Je suis désolée de t’avoir réveillé, fit-elle.

- Je t’attendais.

Elle voulut se dégager pour lui faire face.

- Non, garde les yeux fermés.

- Pourquoi ?

- Ne pose pas de question mais ne triche pas. Tu me promets ?

- Oui, fit-elle surprise mais ravie. Que se passe-t-il ?

Il la fit se retourner, prit ses mains entre les siennes et la guida lentement sur quelques mètres. Puis, il passa derrière elle, l’enserra de ses bras.

- Tu peux regarder.

Sous la lumière mordorée d’un chemin de bougies posées les unes à côté des autres et qui en faisait le tour, la table basse scintillait de mille feux. En son milieu, trônait un seau à Champagne, deux flûtes, une grande coupe emplie d’énormes fraises et un siphon à chantilly.

- C’est magnifique, Castle. C’est en quel honneur ?

- J’ai terminé mon livre et je voulais fêter ça avec toi parce que cela signifie que tu vas m’avoir de nouveau beaucoup plus dans tes pattes les prochains jours.

Elle se retourna vers lui un magnifique sourire aux lèvres.

- J’en suis ravie !

- De quoi ? De mon livre achevé ou de mon harcèlement ?

- Des deux.

Elle fondit sur ses lèvres qu’elle attrapa sauvagement. Il ne se déroba pas et répondit aussi violemment qu’elle. Ils luttaient farouchement pour imposer chacun leur rythme, leur envie, leur appétit. C’était parfois Beckett qui parvenait à mordre la lèvre de Castle, c’était parfois Castle qui aspirait la langue de Beckett et à tour de rôle ils prenaient le dessus sur l’autre. Et puis il y eut les mains de Castle qui glissèrent le long du dos de sa belle et remontèrent sous le mince tissu de la nuisette. La surprise détacha Kate des lèvres de son amant qui voulut les rattraper. Kate posa ses mains sur la poitrine de Rick.

- Tu triches ! fit-elle.

- Comment ça, je triche ?

- Tu profites de la situation pour me déstabiliser.

- Je dirais plutôt le contraire !

- Quoi ?

- Ne me dis pas que tu ne savais pas ce que te voir ainsi… peu vêtue, provoquerait en moi ?

- Je croyais que tu dormais.

- Et bien sûr, tu ne serais pas venu me réveiller en douceur d’un baiser pour me conseiller d’aller me coucher ? Tu n’aurais pas fait danser ta silhouette de rêve devant moi uniquement dans le but que je m’endorme bien sagement ?

- Castle !

Il éclata de rire mais, même si Kate devait admettre que ce n’était pas forcément sans arrière-pensée qu’elle s’était ainsi habillée, elle ne voulait pas capituler.

- Et tes préparatifs ? Il n’y a pas de préméditation dans tout ça ?

- Alors disons, se voulut-il conciliant, que nous avions le même désir de nous retrouver.

Kate opina.

- Quand l’ouvres-tu?

Il prit Kate par la main, l’invita à prendre place sur le canapé à ses côtés, puis il attrapa la bouteille de  champagne dont il fit rapidement sauter le bouchon. Il tendit une flûte à la jeune femme et s’en servir une. Le cristal tinta harmonieusement quand ils l’entrechoquèrent.

- Maintenant que tu l’as fini, tu vas me le faire lire alors !

- Je ne sais pas.

- Comment ça ! Tu m’as fait lire le précédent.

- Oui, mais j’hésite cette fois.

- Tu ne vas pas me faire attendre la sortie publique ! Je te rappelle qu’il y est un peu question de moi dans ton histoire.

- Oh mais alors, il va falloir être très très persuasive.

- Castle, s’il te plaît, je voudrais lire ce bouquin qui t’a arraché à moi de si nombreuses journées et tant de nuits ! J’en étais parfois jalouse.

- Intéressant !

Elle n’était pas dupe et s’amusait de cette partie qu’ils avaient engagée. Elle se pencha vers la table, posa sa flûte, récupéra une fraise dont elle retira le pédoncule. Elle porta le bruit à ses lèvres et le maintint entre ses dents. Elle approcha son visage de celui de Castle sans quitter le moindre instant son regard des yeux. Leurs lèvres se touchèrent quand Castle à son invitation provocante, happa  l’autre moitié de la fraise. Chacun éclairé par la lueur de désir de l’autre, croquait et avalait sa moitié du fruit sucré. Entravé par son verre, Castle décida de le poser à son tour tournant subrepticement la tête pour ne pas le renverser. Kate profita de ce bref moment de flottement pour lui saisir le lobe de l’oreille gauche entre les lèvres, l’étirer doucement et le caresser de sa langue. Rick échappa instantanément un soupir de surprise et de plaisir mêlé.

- Katherine Beckett! Et c’est moi  que tu accuses de profiter de la situation ?

- Je veux juste rétablir un peu l’équilibre.

- Et maintenant que nous sommes à égalité, si nous reprenions là où nous en étions ?

La réponse de Kate prit la forme d‘un long et langoureux baiser. Elle invita Rick dans un ballet de leurs langues si doux, si empreint d’appétence, si désireux de satisfaire le plaisir de l’autre qu’ils reprenaient leur souffle aussi vite que possible pour retrouver ces délicieux frissons qui les irradiaient. Et puis, bientôt, cela ne leur suffit plus. Les mains de Rick palpaient les formes de Kate de plus en plus fortement, de plus en plus fébrilement. Celles de Kate ne se satisfaisaient pas  de trop peu sentir le corps de son amant, elles revinrent au niveau du torse et cherchèrent à tâtons les boutons qu’elles entreprirent de défaire un par un avec une impatience grandissante. Rick vint à son aide et sans donner liberté à ses lèvres d’abandonner celles de Kate, il retira sa chemise. La jeune femme poussa un soupir de contentement en sentant sous ses doigts réagir la peau de son homme. Elle l’attira plus violemment à elle, ses mains courant rapidement sur ce torse, ce dos qu’elle aurait aimé pouvoir saisir et posséder entièrement dans un même geste.

Sans cesser de l’embrasser et en maitrisant son geste, Rick fit basculer Kate sur le canapé. Il avait désormais ce corps si parfait à sa merci qui émettait cette myriade de signaux criant qu’il s’abandonnait sans réserve, qu’il n’espérait qu’en ses caresses, qu’il avait envie de ses baisers chauds et humides. Mais Rick ne voulait pas que cela aille trop vite, il désirait plus que tout qu’elle rende les armes, il la voulait le suppliant de la contenter, il la voulait sous l’emprise totale de ses pulsions, il la voulait sauvage et domptée.

- Ne t’imagine pas que cela suffise pour que tu lises mon livre avant même ma maison d’édition, fit-il en se redressant.

Kate réalisa avec peine qu’il restait fixé sur leur jeu précédent.  

- On en reparlera plus tard, Rick.

Elle tenta de le ramener vers elle mais il résistait.

- Non, continua-t-il, je voudrais savoir jusqu’où tu es prête à aller pour lire ce livre.

- Je ne sais pas. Viens, embrasse-moi !

Mais il avait décidé d’être sans pitié.

- Quand je pense à ce que certaines groupies ont été capables de faire pour attirer mon attention !  

- Quoi ? Non, mais tu moques de moi, là ? fit-elle en se redressant à son tour.

- Pas du tout, Kate. Pourquoi ne m’as-tu jamais dit que tu lisais les articles sur moi ? Pourquoi m’as-tu caché cela ?

- Oh Rick ! Je t’en prie, ce n’est pas le bon moment…

- Si justement. On a passé tant d’années à se tourner autour, moi parce que je craignais de t’effaroucher avec mon passé sulfureux et toi qui me tenais à distance à cause de ces mauvaises lectures alors que tu fantasmais sur moi !

- J’étais jeune. J’étais fragilisée par le décès de ma mère. J’ai trouvé du réconfort dans tes livres.

Il ne put résister et approcha ses lèvres de celles de Kate pour y déposer un tendre baiser.

- Je ne savais pas cela. J’aurais aimé que tu m’en parles. Cela ne t’aurait pas enlevé la moindre parcelle de valeur à mes yeux. J’aurais juste mieux compris certaines choses.

- C’était mon petit secret : que tu ignores à quel point depuis si longtemps, tu as changé ma vie.

Rick en commençant cette joute, ne s’était pas attendu à cet aveu. Il était ému. Emu par cette confession de Kate. C’était finalement une étrange histoire que la leur. A mi-chemin entre le drame et le conte de fée. Sans la mort de Johanna Beckett, Kate ne se serait peut-être jamais intéressée à ses livres, elle n’aurait jamais été flic, elle n’aurait jamais fait le rapprochement avec ses livres pour leur première enquête, ils ne se seraient jamais rencontrés.

Mais la discussion ne prenait pas le chemin qu’il avait escompté. Il balaya ses nouvelles émotions et revint sur le terrain de la provocation.

- Tu parles d’une fan qui ne m’a jamais demandé le moindre autographe !

- Si, je l’ai fait !

- Ah oui ? fit-il étonné.

- Pour une édition limitée même.

Il la regarda éberlué.

- Non. Ce n’est pas vrai. Je m’en serais rappelé.

Ce fut à Kate de reprendre l’avantage dans leur discussion. Elle en profita pour passer son bras droit autour du cou de Castle, l’embrasser et le faire basculer vers elle.

- Oui, tu n’étais pas trop attentif, souffla-t-elle à son oreille.

- Pas attentif à ton sourire, à ton regard de biche et à ton corps parfait ?

Et comme pour appuyer sur les dernières paroles, ses mains reprirent leur danse autour de ces formes qu’il aimait tant caresser. Il était en train de perdre la partie. Il avait voulu amener Kate aux portes de la frustration pour mieux la contenter et c’était lui qui voyait le piège se refermer sur lui et son désir croître vite, beaucoup plus vite qu’il ne le souhaitait. Il perdait pied, incapable de freiner cette ardeur qui s’emparait de tout son être. Il n’en pouvait plus de s’imaginer avoir failli ne jamais connaître la volupté de posséder cette femme. Celle avec laquelle il voulait finir sa vie. Et contrairement au temps qu’il avait décidé de prendre, il n’y tint plus et se saisissant des bords de la nuisette la remonta progressivement,  de plus en plus vite, au-dessus de la tête de Kate, pour la jeter au loin et pouvoir admirer ce corps totalement dénudé et offert.

Kate gémissait de plaisir au contact de ce tissu léger qui caressait chaque centimètre de sa peau en remontant. Elle voulait se livrer jusqu’au bout maintenant qu’elle avait commencé à avouer ces béguins de jeune femme.

- Tu ne pouvais pas.

Elle peinait entre chaque mot prononcé. Elle les murmurait entre deux soupirs, entre deux frissons.

- J’avais cette affreuse casquette noire dont la visière me cachait les yeux.

Il ne répondait pas, sa bouche trop occupée à se rassasier de chaque once de cette peau douce et parfumée.

- Et puis, j’avais ce col roulé… et cette parka quelconque qui me dissimulait entièrement.

Il ne pouvait croire en cela : être passé à côté de ce moment.

- J’aurais du te remarquer quand même ! murmura-t-il.

- Tu n’en n’avais que pour la blonde au décolleté prononcé qui te minauda : « vous pourriez signer sur ma poitrine ? »

Cela fut immédiat. Il se redressa, la panique dans les yeux.

- Ne me dis pas que j’ai manqué notre première rencontre à cause de ça ?

- Non, fit-elle.

Il émit un petit sourire, rassuré.

- Non, poursuivit-elle, mon véritable moment de solitude ce fut quand, après l’avoir fait et en m’ignorant totalement, tu lui as suggérée de t’appeler quand elle voudrait l’effacer.

Elle s’était jouée de lui avec une telle maestria que Rick sentit son cœur prêt à exploser dans sa poitrine. A ce moment précis, il savait qu’elle lui aurait demandé n’importe quoi, il l’aurait fait les yeux fermés sans négocier, totalement soumis à son emprise. Et puis, elle rajouta :

- Je ne sais pas d’ailleurs si tu as été jusqu’au bout.

Il s’accrocha à cette branche inespérée.

- Tu voudrais que je réponde?

- Je ne te le demande pas. Je me doute bien qu’un playboy ne peut pas résister.

- Ce playboy n’a pas fait tout ce qui était écrit sur lui, Kate.

Elle eut une grimace exprimant le doute.

- Alors, ce « appelez-moi… », ce n’était que mensonge ?

- C’était juste destiné à donner corps à une image.

Il y eut dans le regard de Kate comme un nuage de déception, une once de regret.

- Hey, poursuivit-il, ne me dis pas que cette simple pensée te faisait frissonner !

Le visage de Kate rougissait, Castle n’en croyait pas ses yeux.

- Mais il suffisait de demander ! poursuivit-il.

Il voulut se redresser mais Kate le maintint contre elle, lui murmurant qu’elle voulait que leurs peaux restent l’une contre l’autre. Il n’eut pas la volonté de la repousser. Il agrippa cependant les poignets de la jeune femme, les fit remonter au-dessus de sa tête et les maintint fermement d’une main. Il allongea l’autre bras, cherchant à tâtons quelque chose.

- Votre fantasme rejoint le mien, Katherine Beckett, murmura-t-il entre deux baisers.

Avant qu’elle n’ait le temps de réagir, Rick, avec habilité, venait de signer son nom sur la poitrine de Kate à l’aide de la chantilly surgie du siphon. Elle émit un petit cri de surprise vite étouffé par la langue de Castle virevoltant dans sa bouche. Quand il reprit son souffle, c’était pour voir le désir s’être emparé totalement de sa partenaire.

- Demande le moi, Kate !

Mais elle était incapable de la moindre parole.

-Demande le moi, insista-t-il plus fortement.

Dans le même temps, il avait cessé toute caresse pour lui laisser le temps de redescendre un peu. Il fallut quelques secondes pour que Kate mette à bas ses réticences. Elle émit une sorte de gémissement langoureux tandis qu’il la harcelait et lui réclamait qu’elle s’exprime clairement et, n’en pouvant plus, elle le supplia d’effacer ce nom écrit sur sa poitrine aux tétons dressés. Rick se recula un peu, laissant Kate le lui demandait encore et encore. Il en profita de sa seule main libre pour se débarrasser maladroitement de son pantalon et de son boxer. Il était dans un état d’excitation aussi fort que celui de Kate mais il voulait le plaisir de cette femme qu’il aimait plus que tout, avant le sien.  

Ne cessant de lui tenir les mains, il la suppliait de se laisser faire en mêlant ses murmures aux siens, son souffle au sien, sa langue à la sienne. Il sentit le corps de Kate se relâcher totalement sous lui. Il abandonna sa bouche, ses lèvres,  pour aspirer un peu de cette mousse aérée qui commençait de couler lentement.

- Et moi, murmura-t-il, qui croyais qu’à l’époque, c’était mes livres uniquement qui t’intéressaient !

Il lapait délicatement chaque goutte blanchâtre qui ruisselait sur cette peau surchauffée pendant que sa main libre descendait peu à peu, dans une longue caresse épousant le creux des reins et la courbure parfaite de la fesse.

Kate dut s’y reprendre à plusieurs fois avant qu’une réponse ne parvienne à prendre forme.

- Oui… Oui, ce sont tes livres…

La boucle du R entourait le mamelon. D’une succion appuyée, Rick l’effaça.

- … tes livres, qui m’ont… attirée…

Entre deux lèchements, il parvint à continuer d’articuler sa pensée.

- Et quoi plus particulièrement ?

Elle n’était, elle, pas capable de penser à quoi que ce soit de cohérent.

- Tout ! hurla-t-elle au moment où il lui mordilla le sein.

Rick enduit son index de Chantilly récupérée sur la poitrine de Kate et descendit tracer une ligne jusqu’au nombril.

- Parle-moi du style alors !

Kate le trouva inhumain ! Comment pouvait-il l’obligeait à parler littérature quand elle n’en pouvait plus de sentir son corps totalement hors contrôle et réagissant à des stimuli si délicieux ?

- … Je ne sais pas… c’est si…

Il descendit lentement la pression de ses lèvres vers le nombril qu’il fourailla de sa langue puis remonta taquiner aussi lentement l’autre mamelon.

- … si…

- Si ?

- …maîtrisé… travaillé… généreux… dans la forme et…

Il la connaissait désormais assez pour savoir à quel niveau de plaisir elle en était.  Sa main reprit la direction du sud et se perdit dans la toison. La jeune femme écarta aussitôt les jambes dégageant l’accès aux doigts agiles de son amant qui s’engouffrèrent pour caresser et exciter cette intimité si sensible.

- Et ? reprit-il après un  moment.

- … dans le fond…

Une vibration gigantesque  la secoua totalement et fit basculer sa tête en arrière. Rick cessa tout mouvement et sa poigne se relâcha sur les mains de Kate. Il attendit une nouvelle fois qu’elle revienne à elle. La respiration de la femme se calma progressivement. Elle offrit un extraordinaire sourire à Rick qui ne lui laissa pas le temps de reprendre totalement ses esprits. Il aspira le C.

- Et la richesse de la langue ?

Il sentit son corps se détendre à nouveau sous ses doigts insatiables.

- … elle est surprenante…

Il suça le A.

- En quoi ?

Elle s’abandonnait davantage encore.

- … elle déroute… maltraite… cautérise…

- Mais encore ?

Le souffle de la jeune femme se zébra de spasmes de surprise quand il descendit caresser son sexe de sa bouche.

- … étonne…

Il remonta et le S fut absorbé délicatement par simple pression des lèvres.

- Les histoires ?

Elle prenait le rythme et des caresses, mordillements, succions de son amant et des questions auxquelles il la soumettait. Il y avait autant de plaisir aux uns qu’aux autres. Et les uns se nourrissaient des autres pour accroître la virulence de sa volupté.

- …intéressantes… déroutantes… passionnantes…

Il remontait de sa langue la longue barre du T.

- … captivantes…

La langue descendait désormais en effaçant le L.

- Et les scènes d’action ?

Il ne s’attendit pas à cela mais quand Kate s’empara de sa verge roide pour la présenter à l’entrée de son sexe, il fut incapable de prolonger cette tension érotique plus avant.  Il la pénétra lentement. Elle imprima le rythme par de légers mouvements du bassin et il laissa monter son plaisir au gré des déhanchements de sa partenaire. Elle avait repris le dessus et dominait désormais, tant sa voix était assurée, sans hésitation, ce jeu sexuel qu’il avait attisé quand elle commença de répondre :

- Entièrement maîtrisées, commençant posément et s’amplifiant de plus en plus dans …

Mais progressivement, elle perdait pied elle aussi.

- … un crescendo de gestuelles convaincantes, puissantes et…

Rick venait de prendre la cadence à son compte, les coups de rein de plus en plus amples et rapides. Il n’y avait plus désormais que leurs murmures essoufflés, leurs halètements s’enflant qui psalmodiaient leur chemin vers le plaisir. A l’unisson, ils partirent dans une ondée de jouissance qui les plaqua immobiles, de longs instants, sur le canapé. Ils reprirent leur souffle peu à peu, descendant à regret leur escalier de nuages.

- Et ? demanda Rick dans un chuchotement, tu n’as pas terminé ta phrase…

- Quelle phrase ?

- Convaincantes, puissantes et… ?

Elle lui sourit, baissa les yeux, s’aperçut que la dernière lettre était imparfaitement effacée de sa poitrine. De son index, elle prit le peu de Chantilly qu’il en restait et le donna à sucer à Rick en vrillant son doigt à l’intérieur de la bouche.

- … prodigieuses.

Leurs fronts se rapprochèrent, leurs lèvres se caressèrent tendrement.  Kate fit un peu de place à Rick pour qu’il puisse s’allonger à ses côtés.

- Meilleure critique littéraire jamais entendue, murmura-t-il.

- Meilleure séance de dédicace jamais accomplie, souffla-t-elle. 


cathy24  (03.06.2013 à 18:26)

8EME CHAPITRE

Il s’étira en évitant de trop remuer pour laisser Kate dormir encore un peu. Comment pouvait-il ne pas lui sourire en pensant à cette dernière soirée ? Il sortit en douceur du lit, enfila un caleçon et se dirigea vers la cuisine. Il prépara la pâte à pancakes, mit la cafetière en route, sortit le jus de fruits du réfrigérateur, déposa les fraises restantes sur le snack-bar, y disposa également le sirop d’érable, un assortiment de confitures et s’apprêtait à sortir la poêle quand Kate le surprit en se plantant de l’autre côté du comptoir, face à lui.

- Bonjour, toi !

- Eh ! Déjà levée ? Tu pouvais rester encore un peu couchée, les pancakes ne sont pas prêts.

- J’adore te voir cuisiner.

- J’adore te voir tout court… et plus particulièrement juste vêtue de ma chemise.

- Que vas-tu faire aujourd’hui ?

- T’accompagner si tu veux bien. J’ai l’impression que sans moi, vous patauger un peu dans cette enquête.

Elle lui jeta au visage une serviette de table. Il esquiva juste d’un mouvement  d‘épaule et continua  de surveiller la cuisson du premier pancake qu’il déposa bientôt sur une assiette et offrit à Kate. Par-dessus le snack, elle lui offrit ses lèvres pour l’échange d’un baiser doux et humide.

- Rick ?

- Oui ?

- Je voulais t’en parler hier soir mais…

Elle s’interrompit avant qu’il n’enchaîne :

- … mais nous avons eu un autre sujet de discussion.

Elle lui sourit.

- Que s’est-il passé avec Connely qui t’inquiète ?

Rick ne tergiversa pas et n’essaya pas de dédramatiser. L’odeur de cerise, si ancrée dans son quotidien, flottant si naturellement dans le loft, il n’avait pas pensé un seul instant qu’elle pouvait mettre la journaliste sur une piste.

- Elle pouvait difficilement croire que tu n’avais personne dans ta vie depuis si longtemps.

Castle l’admettait. Ce silence dans les médias depuis tant de mois, tant d’années, ne pouvait qu’inciter certains à fouiller dès qu’ils en avaient l’occasion. Mais, pour protéger Kate, il ne voulait plus  recommencer cette expérience désastreuse de Kristina Cottera. Ce qu’il redoutait, c’était que Connely n’abandonne pas tant qu’elle n’aurait pas le nom de l’élue.

- Tu l’as croisée deux fois, Kate. Ces effluves de cerise te suivent à chaque pas. Si pour moi, elles sont des plaisirs olfactifs, pour elle, elles ne sont que des indices et des preuves.

 

Quand ils arrivèrent au poste une petite heure plus tard, ils trouvèrent M. et Mme Ryan assis autour de la table haute dans la salle du café. Ils étaient admiratifs de clichés qu’ils regardaient, souriant béatement, les doigts de la main gauche de Kevin entrelacés avec ceux de la main droite de Jenny. Parfois, ils échappaient des petits cris de ravissement et se souriaient à la limite de la niaiserie tant ils s’envolaient dans une bulle de contentement.

- Vous regardez quoi ? interrogea Castle sans ambages.

Les photos disparurent dans une grande enveloppe de couleur bis.

- Rien d’intéressant ! Des bêtises ! émit précipitamment Ryan.

- Votre prochain enfant, des bêtises ? répliqua Beckett.

Jenny abrégea ce jeu stupide et enfantin.

- J’ai passé une nouvelle échographie hier et depuis, on est…

Elle ne pouvait achever ne trouvant pas les mots exacts pour exprimer la puissance de son bonheur.

- Et nous, on ne peut pas voir à quoi ressemble un futur bébé Ryan ? demanda Castle.

- Hors de question, répliqua aussitôt Kevin, plus déterminé encore à éloigner l’enveloppe de ces intrus curieux.

La virulence surprit l’auditoire.

- Chéri ! s’offusqua Jenny.

Le détective fit une grimace avant de s’excuser.

- Désolé, mais nous voulons garder secret le sexe de notre enfant.

- Il n’y a pas de mal, Kevin, le rassura Beckett.

- Bien sûr, confirma Castle, mais pour qu’on puisse s’organiser, la layette, du rose ou du bleu ?

Ce fut un éclat de rire général qui accueillit Esposito.

- Eh bien ! Ambiance de détente ici ! Heureusement que certains travaillent.

- C’est Jenny et Kevin, expliqua Castle. Ils refusent de nous dire si ce sera un garçon ou une fille.

- Je les comprends ! Vous nous le diriez vous, si…

Beckett le fusilla du regard et Esposito s’arrêta de suite. Il y eut un grand moment de  flottement dans la pièce. Rick jeta un coup d’œil à la dérobée à Kate qui préféra se retourner et se préparer un café. Pour tenter de faire diversion, le Latino montra les documents qu’il tenait à la main.

- Je crois qu’il est préférable que je vous laisse, avança Jenny en s’esquivant déjà par la porte. Des tas d’emplettes ! Il manque toujours quelque chose.

 

Le détective, depuis plus de deux heures, avait épluché les comptes des Whitacker. Celui du couple ne présentait aucune anomalie. Les mêmes recettes, les mêmes dépenses d’un mois sur l’autre. Des achats dans des boutiques, des sorties au restaurant, quelques nuits d’hôtel pour des week-ends mais tout ça  s’étaient espacés et arrêtés depuis plusieurs semaines à l’approche du premier test qui avait du monopoliser toute l’attention de Brendan Whitacker. Cela expliquait que son épouse ait été seule lors des derniers séjours hors de New-York, mais toujours chez de la famille ou chez des amis.

- Pas de mouvement suspect alors ? demanda confirmation Beckett.

- Nada de nada.

- On coince là aussi.

- Pas tout à fait, compléta Esposito.

- Comment ça ?

Le Latino sortit avec un petit sourire satisfait une feuille de son dossier.

- Brendan Whitacker avait un autre compte ouvert il y a environ six mois.

- Et laisse-moi deviner, avança Castle, son épouse n’était pas au courant.

- Ҫa, je n’en sais rien, mais lui seul en a signé l’ouverture et toutes les transactions ont été effectuées à son nom exclusivement.

- On peut donc imaginer qu’il voulait en cacher l’existence à son épouse.

- Et comment était-il alimenté ?

- C’est là où cela devient intéressant. Au départ, il a vendu une centaine des parts de son entreprise.

- A qui ?

- A Stefan Kellermann, son associé.

Castle se retourna vers Beckett.

- Il ne nous en a pas dit un mot.

La détective opina.

- Et il se servait de ce compte pour quel genre d’opérations ?

- En fait, pour une seule apparemment.

- Laquelle ?

- Pour payer un détective privé.

 

Il était évident que l’enquête venait de prendre une autre direction. Et dans cette direction, la décision de  Whitacker de convoquer certains journalistes de la presse-people, prenait certainement tout son sens. Restait à savoir ce que ce détective avait bien pu découvrir. Ryan passa un coup de fil à ce Jim Barnett qui promit de passer aussitôt. Devant les regards ahuris des Bros, ce nom avait bien fait rire Castle.

Pendant qu’il les aidait à vérifier certains aspects délaissés jusque là dans l’enquête, Beckett était assise dans le bureau de Gates, face à sa supérieure. La porte était fermée et l’entretien prenait un air d’officialité.

- Vous avez demandé à me parler, lieutenant ? Mais auparavant, je voudrais vous faire part d’un appel que j’ai encore reçu tout à l’heure vous concernant.

- Me concernant, capitaine ?

- Vous ne devinez pas ?

- Mon refus de ce poste à Washington.

- Tout à fait. C’est risqué de décliner une telle offre. Pour votre avenir professionnel. Si vous postuler pour une autre place, cet épisode pourrait vous en barrer le chemin.

- J’en suis consciente.

- J’ai bien peur que le procureur général n’en ait été un peu froissé. On ne lui a pas souvent opposé un refus après avoir demandé à entrer à son service et après avoir été accepté.

- Madame, je suis prête à assumer ma décision.

- Je suis certaine que vous l’avez mûrie. Je ne cherche en aucune manière à vous faire ou non reproche de votre choix. J’aimerais seulement, et ceci restera entre nous, que vous m’expliquiez ce que vous êtes en mesure de pouvoir me dire là-dessus.

- C’est compliqué.

Gates avait entamé cette conversation sur un ton empreint d’autorité, les coudes posés sur le bureau, les doigts croisés, le buste redressé. Etrangement, dès qu’elle sentit Beckett en position de trouble, Gates recula, se cala dans le fauteuil et offrit une attitude bienveillante que confirmèrent ces propos suivants.

- Je sais, lieutenant. Ce n’est pas facile de prendre une telle décision. J’aimerais cependant savoir ce qui vous a fait changer d’avis. Parce que, confirmez-moi, vous aviez bien l’intention de le prendre ce job au début ?

- Oui, capitaine.  

Il était évident que Beckett cherchait la meilleure formulation pour expliquer son refus parce qu’elle savait qu’elle devait également avoir déçu sa supérieure. Elle se rappelait cet échange lors de leur première rencontre lorsqu’elle avait réintégré son poste suite au tir du snipper. Elle avait été la plus jeune détective sortie de l’école, battant Gates de quelques semaines. La compétition. Ce nerf actuel de toute relation humaine qui semblait faire fi, justement, de l’humanité.

- Je n’étais pas certaine de mériter ce poste.

- Et pourquoi ?

Elle jeta un regard vers l’extérieur du bureau en direction du groupe que formaient Esposito, Ryan et Castle qui discutaient les visages tourner vers l’écran d’ordinateur.

- Sans eux, je ne vaux rien.

- Lieutenant, vous vous dévalorisez.

- J’ai une confiance absolue en ces trois hommes. Ce ne sont pas que des collègues, des collaborateurs. A nous quatre, nous formons un tout. Stack s’est trompé. Ce n’est pas moi qu’il devait chercher à recruter, c’est le quatuor que nous formons. En acceptant ce poste, j’aurais eu l’impression de m’être servi d’eux pour atteindre une marche plus haute.

- C’est souvent ainsi dans la vie.

- Je ne me voyais pas dire merci à Ryan et Esposito pour leur collaboration pendant toutes ces années et partir profiter de leur travail. J’aurais eu la sensation de trahir ma famille.

Et comme la suite ne venait pas, Gates ne voulait rien épargner à Beckett.

- Et Castle ?

- Même si vous ne l’admettez pas, il a toujours été d’une grande aide sur les enquêtes.

- Je le sais, lieutenant.

Kate marqua involontairement un temps de silence avant de rebondir.

- Madame ?

- Croyez-vous que je lui aurais permis de traîner dans vos pattes s’il n’avait pas été utile ? Mais je vous en supplie, ne lui dites pas cela, il serait encore plus insupportable.

Elles éclatèrent de rire toutes les deux pour la première fois depuis qu’elles officiaient ensemble.

- Je ne lui dirai rien, promit Kate.

- Bon, lieutenant, je sais bien que vous ne m’avez pas tout révélé sur votre décision, je me doute bien que d’autres éléments… plus personnels sont venus interférer, mais je me contenterai de cela. Alors, pourquoi vouliez-vous me voir ?

- Voilà, Madame…

 

Jim Barnett  attendait depuis un petit quart d’heure quand Beckett accompagnée de Castle, le rejoignit.

- Merci d’être venu aussi vite, M. Barnett. Je suis le lieutenant Kate Beckett et voici Monsieur Richard Castle.

- Pas de problème, fit-il en les saluant d’un léger mouvement de tête.

- En épluchant les comptes de Brendan Whitacker, nous nous sommes aperçus qu’il était un de vos clients. Confirmez-vous ?

- Oui, tout à fait.

- Pourquoi vous a-t-il engagé ?

- Il pensait que sa femme le trompait et il m’a demandé de faire une enquête.

- Et ? interrogea Castle qui trouvait que la réponse ne venait pas assez vite.

- C’était effectivement le cas. Depuis plus de six mois sans aucun doute.

- Avec qui ?

Barnett sortit d’un porte-document plusieurs photos qu’il donna à Beckett. Après un rapide coup d’œil à la première, elle jeta un regard écarquillé sur Castle.

Il n’y avait rien de plus banal que cette tranche de vie qui s’étalait en clichés sur la table basse. Une femme trompant son mari avec son meilleur ami. C’était d’une telle trivialité que Castle en eut une moue de dégoût. Kellermann, l’homme timide, s’était mué en Dom Juan enlevant la femme de celui qui voulait l’aider à guérir de son handicap ! C’était pathétique. Mais ce qui était ironique, c’était le fait que l’argent qui avait servi à payer Barnett, l’avait été avec le montant de la vente de parts de Whitacker à Kellermann.

Quand le détective quitta le poste, ce fut totalement désabusé que Castle vint reprendre sa place sur le siège à côté du bureau de Beckett.

- C’est ainsi, expliqua Esposito, il n’y a pas de cause plus fréquente pour commettre un meurtre qu’un adultère…

- Ou l’argent, compléta Ryan.

- Ou les deux réunis, enfonça Kate. Alors les gars, vous savez ce qu’ils vous restent à faire ? Vous me sortez tout ce que vous pouvez dénicher sur Kellermann et la femme de Whitacker.


cathy24  (04.06.2013 à 18:40)

9EME CHAPITRE

 

Ils se déplacèrent tous les quatre au hangar. Pendant que Beckett et Castle partirent à la recherche de Kellermann, les Bros avaient pour mission d’effectuer certaines perquisitions. Le bureau de l’associé de Whitacker était modestement meublé. Les seuls éléments de valeur devaient être tout ce matériel informatique sophistiqué qui encombrait de nombreuses tables de décharge. Kellermann leur débarrassa comme il put deux chaises en les priant de s’asseoir.

- Avez-vous avancé sur…

Il laissa sa phrase en suspens.

- Je crois que l’on peut répondre par l’affirmative, confirma Beckett.

Stefan Kellermann se redressa dans son fauteuil et ses avant-bras se posèrent sur le bureau.

- Je vous écoute.

Beckett avait deux possibilités : soit laisser Kellermann s’enferrer, soit attaquer. Pendant le trajet en voiture, elle avait exposé son plan à Castle. Celui-ci avait émis des réserves. Ce n’était pas parce que Kellermann était parvenu à séduire une femme, qu’il ne pouvait pas être maladivement timide.

- Vous nous avez dit penser que Brendan Whitacker était heureux en ménage.

- Oui.

- Comment pouvait-il l’être puisqu’il savait que sa femme avait un amant et qu’il n’ignorait pas que cet amant, c’était vous ?

Kellermann resta impassible, il n’eut même pas la tentation de nier un tant soit peu. Au contraire, il parut tranquillisé comme s’il était déchargé d’un grand fardeau.

- Pourquoi nous mentir alors que vous saviez que nous finirions par le découvrir ?

- Pour la protéger.

- Vous comprenez aisément que vous êtes désormais en tête de liste de nos suspects.

- Je m’en doute. Mais je n’ai pas tué Brendan.

- Difficile de vous croire.

- Je sais, tout concourt à faire de moi le coupable idéal mais je n’ai pas tué mon meilleur ami.

Castle eut un petit sourire en coin :

- Un meilleur ami que vous avez trahi.

- On ne maîtrise pas ses sentiments. J’aime Jane éperdument depuis que le jour où Brendan me l’a présentée.

- Et elle ?

- C’était au lendemain de sa troisième fausse-couche. Brendan était en voyage d’affaires. C’est sur mon épaule que Jane a pleuré…

- Et vous en avez profité, le coupa Rick.

- Je n’apprécie pas vos insinuations, Monsieur Castle.

Beckett jeta un regard courroucé à son partenaire qui s’assagit aussitôt.

- Poursuivez, je vous en prie, Monsieur Kellermann, fit Kate.

- Ce moment n’a été que le révélateur de ce que nous éprouvions l’un pour l’autre.

- Cela remonte à quand ?

- Un peu plus de six mois. Nous voulions le dire à Brendan mais il a été tellement attentionné avec sa femme, tellement prévenant que nous n’avons pas pu lui faire ça. Cependant nous aurions dû. Jane et moi n’avons jamais su quand avouer publiquement nos sentiments. C’était un tort. Quand deux personnes s’aiment elles ne devraient jamais remettre au lendemain l’exposition de leurs sentiments. Même si, dans notre cas, cela pouvait provoquer des retombées médiatiques et des conséquences sur l’avenir de RealPlay.

Subrepticement, Kate et Rick échangèrent un rapide regard.

- Et puis, poursuivit Kellermann, Brendan  a annoncé que le dossier d’adoption était en bonne voie et qu’un enfant allait leur être confié. C’était trop tard. Jane n’a pas osé lui dire qu’elle désirait divorcer.  Depuis, elle m’évite. Elle ne répond plus à mes appels. Dès qu’elle risque pour une raison officielle de devoir me croiser, elle trouve une excuse pour partir visiter de la famille ou des amis.

- Whitacker était donc un obstacle entre elle et vous.

- Oui, je ne le nie pas mais je ne l’ai pas tué.

On toqua à la porte. Ryan fit un petit signe à Beckett qui sortit de la pièce en refermant derrière elle, laissant seuls Kellermann et Castle. Dans la longue liste de « méchants » qu’il avait répertoriés pour ses futurs romans, Rick ne savait pas s’il devait le classer dans les dix assassins les plus froids et manipulateurs ou dans les dix plus sympathiques.  Il hésitait entre les deux options. Comme s’il espérait trouver la réponse dans leur tête-à-tête muet, il darda son regard dans celui de Kellermann mais il ne parvenait pas à déchiffrer dans ces yeux sombres mais particulièrement doux qui ne cherchaient pas à imposer une quelconque  épreuve de force, la moindre confirmation ou infirmation.

Quand la porte s’ouvrit de nouveau, Esposito apparut suivi par Ryan et Beckett qui resta dans l’embrasure. Le latino se dirigea vers Kellermann, le fit se lever, se tourner.

- Monsieur Kellermann, je vous arrête pour le meurtre de Brendan Whitacker, commença-t-il en lui passant les menottes. Vous pouvez demander la présence d’un avocat, tout…

 

Beckett conduisait brusquement.

- Que se passe-t-il, Kate ?

- Rien, répondit-elle sèchement.

- Si, il y a quelque chose.

Elle avisa une place libre et se gara soudainement, projetant Castle contre la vitre du véhicule.

- Hey ! fit-il surpris.

Elle ne sembla pas même avoir remarqué le choc de la tempe de Castle contre la glace. Elle avait les deux mains posées sur le volant et la tête qui s’y appuya un court instant.

- Dis-moi, quelles seraient les conséquences pour nous si notre liaison s’étalait dans la presse ? amorça-t-elle.

- Tu parles de Connely ?

- Elle ou quelqu’un d’autre, n’importe ? Qu’est-ce que cela changerait pour nous ?

- Pour ma part, rien. Tu auras toujours la même importance dans mon cœur.

- Je ne parle pas de cela, mais de ce que cela va engendrer dans notre quotidien.

- Je ne vois pas ce que cela changerait.

- Je vais te le dire alors ! Gates ne pourra plus fermer les yeux. Notre liaison officiellement annoncée, elle sera obligée de te renvoyer du poste.

- Je le sais. C’était ce que notre relation risquait d‘engendrer un jour ou l’autre. C’est ce qu’elle va faire prochainement. Mais si je dois faire un choix entre continuer les enquêtes à tes côtés pour l’adrénaline d’arrêter des criminels mais ne plus t’avoir dans mes bras ou cesser de me prendre pour un flic et finir ma vie auprès de toi, je n’hésite pas un instant.

- Rick, fit-elle les sanglots dans la voix, j’ai besoin de toi au poste et dans ma vie. Sinon, je l’aurais accepté ce travail à Washington !

- Kate ! et il avança une main vers le visage de la jeune femme pour essuyer la larme qui coulait lentement.

- Tu dois me trouver exigeante. Je veux tout de toi, tu comprends ? Je ne veux pas être sage, raisonnable et ne vivre que de tiédeur. J’en ai assez de m’interroger sur ce bonheur que tu déposes à mes pieds. Je ne veux plus douter. Je veux que mes réflexions me conduisent toutes dans ta direction. J’ai besoin de certitudes, de repères qui tracent ma route et qui m’éloignent des précipices.

Elle déposa lentement sa tête sur l’épaule de Castle qui l’accueillit en déposant un baiser sur sa chevelure.

- Kate, demande moi ce que tu veux, je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour te rassurer.

- Tu as tant fait déjà ! Si tu savais comme je m’en veux d’être ainsi.

- Je ne te veux pas autrement même si j’en ai souffert.

- Pardonne-moi.

- Je t’aime telle que tu es. Je t’aime aussi parce que tu es ainsi.

Elle sembla se calmer et reprendre le contrôle de ses sentiments. Elle plongea ses yeux dans le regard attentif et aimant de Rick.

- Kate, si j’appelais Connely pour lui fixer rendez-vous et lui demander de ne pas faire allusion aux effluves de cerise ?

- Je veux t’accompagner.

 

Stefan Kellermann réaffirma qu’il n’avait pas tué Brendan Whitacker mais cela n’avait aucune chance d’infléchir la volonté de Beckett. Elle avait désormais suffisamment d‘éléments pour contrer la seule phrase litanique qu’il répétait sur son innocence.

- Vous êtes bon tireur, entama-t-elle, non pas comme une question mais bien dans le sens d’une affirmation qui ne demandait pas de réponse.

- Je l’ai été, oui, mais cela fait bien une dizaine d’années que je n’ai pas touché d’armes à feu.

- Non seulement vous êtes un bon tireur, poursuivit Beckett sans s’attarder aux propos du suspect, mais vous êtes apte à manipuler, monter et démonter toutes sortes d’armes.

- Je vous répète que c’est du passé et je n’en ai jamais possédé. Vous avez du vérifier en perquisitionnant chez moi, je suppose.

Beckett émit un petit sourire tandis que Castle se leva pour aller s’appuyer contre la vitre sans tain.

- Vous n’aviez pas besoin d’en posséder une à votre domicile, puisque vous en aviez tout un stock sur votre lieu de travail.

Kellermann émit un petit rire.

- Toutes les armes sont factices.

Castle se rapprocha de la table pour répondre.

- Correction, ce sont bien de véritables armes mais trafiquées pour leur donner un caractère inoffensifs.

- Cela revient au même.

- Pas tout à fait, compléta Beckett. S’il est possible de les modifier pour les adapter au jeu, il est également possible de leur rendre leur fonction première. Chose aisée pour quelqu’un comme vous.

- Tout ça, ce ne sont que théories et suppositions.

Castle farfouilla dans le dossier que Beckett avait posé devant elle et il en extirpa un document de plusieurs pages.

- Voici la liste de toutes les armes achetées par votre société pour les besoins du shoot gun. Cela va des armes de poing à de l’armement plus lourd. Vous reconnaissez ce listing ? et il le mit sous les yeux de Kellermann.

Celui-ci s’en empara, jeta un rapide coup d’œil puis confirma d’un hochement de tête.

- Bien, appuya Beckett. Qui était en charge de leur contrôle ?

- Une société extérieure à la nôtre.

- Quand vous ont-elles été remises ?

- L’avant-veille du test.

- Comme le confirme ce papier, et Beckett en extirpa un autre de son dossier, elles semblent toutes avoir été vérifiées, authentifiées, testées avant d’être enfermées dans le local qui leur est destiné. Un local sous haute sécurité je présume.

- Oui.

- Et qui pouvait y avoir accès ?

- Juste deux personnes.

- Qui sont ?...

- Whitacker et moi-même, répondit-il d’une voix blanche.

- Qui les a récupérées avant qu’elles ne soient distribuées aux joueurs ?

- Whitacker et moi-même.

Il sentait le piège se refermait sur lui mais il ne voulait pas s’avouer vaincu.

- J’aurais donc dérobé une arme, je l’aurais modifié de nouveau, j’aurais appelé Brendan pour lui fixer rendez-vous, je l’aurais tué. C’est effectivement très plausible et très pratique comme scénario. Je suis certain que même vous, Monsieur Castle, vous trouvez cette histoire trop simpliste.

- Ou alors, rebondit Rick, votre défense est précisément de faire naitre le doute en vous offrant de manière si évidente à tous les soupçons.

- On croirait le synopsis d’un film.

- Parfaitement.

Les yeux des deux hommes se jaugèrent dans une confrontation intense mais Kellermann ne put la soutenir longuement, flancha le premier ne permettant pas à Castle d’obtenir de réponse à ses multiples questions.

- Je n’ai que faire de votre joute cinéphile, messieurs, échappa Beckett en reprenant la main. Je ne m’attarde pas à des approximations. Je remarque seulement que tout à l’heure, quand mes collaborateurs ont fouillé la pièce où étaient entreposés les armes, il en manquait une : un parabellum. Une arme qui n’a été remis à aucun joueur.

- L’arme du crime ? rebondit Kellermann revenu de son affrontement visuel avec Castle. Mais je ne l’ai pas prise et je ne m’en suis pas plus servi.

- Alors expliquez-moi qui aurait pu avoir accès à vos clés pour vous les dérober ?

- J’ai toujours la mienne sur moi et il sortit son trousseau pour montrer qu’il disait vrai.

 

Castle ne comprenait pas pourquoi Beckett tergiversait et s’était contenté de mettre Kellermann en cellule sans boucler le dossier d’accusation.

- Parce que je n’ai que des présomptions, des suspicions, des faisceaux d’indices mais rien de concret.

- Mais il est coupable ce type, cela ne fait aucun doute pour moi.

- Pour moi aussi mais il faut retrouver l’arme. C’est l’unique façon de le coincer. Je vais demander à ce qu’on refouille totalement le hangar. Il n’a eu que très peu de temps entre le meurtre et son apparition auprès de nous pour la cacher.

 

Ils attendaient depuis une petite dizaine de minutes quand Connely vint s’asseoir face à eux.

- Rick Castle, je suis enchantée de vous revoir si vite. Lieutenant Beckett, je ne m’attendais pas à votre présence.

- Vous buvez quelque chose Olga ?

- Je veux bien un de leurs merveilleux cocktails de fruits frais.

Castle héla le serveur.

- Bon, Rick, je suis comme je l’ai dit, très heureuse de ce rendez-vous mais ce n’est pas votre habitude. Que se passe-t-il ?

Il cherchait visiblement ses mots et la gorgée de whisky qu’il absorba ne lui permit pas de faciliter l’introduction d’une discussion qu’il appréhendait délicate.

- C’est au sujet de certaines senteurs de cerises, entama Kate.

- Ah ! Et elles vous vont très bien! fit la journaliste en se tournant vers la jeune femme et sans octroyer la moindre attention au serveur qui déposa la boisson face à elle. Je suis moins affirmative sur les kilos en plus et sur les postiches. Pourquoi êtes vous là tous les deux?

- Je vous en prie, Olga, ne jouez pas avec nous.

- D’accord. Alors soyez francs avec moi et je le serais avec vous.

Kate et Rick échangèrent un regard par lequel, il était aisé de lire qu’ils cherchaient à se donner du courage.

- Bien, amorça Castle, le lieutenant Beckett et moi avons une liaison.

- Depuis longtemps ?

- Plus d’une année, répondit Kate.

Connely se cala dans le fauteuil moelleux.

- Et vous voulez que dans mon article, je ne fasse allusion à nul parfum, nulle deuxième brosse à dents dans la salle de bains, nulle photo de vous deux cachée maladroitement sous le sous-main du bureau, nul regard qui vous échappe l’un pour l’autre ? C’est cela ?

- Racontez ce que vous voulez sur moi, Olga, brodez si vous voulez, insérez quelques mensonges, je vous donne carte blanche,  mais ne parlez pas d’elle, ne faites pas la plus petite allusion à notre histoire.

La journaliste sourit mais c’était plus un rictus qu’un sourire et il était impossible de savoir ce que cela dissimulait.  Elle laissa planer un long moment de silence pendant lequel elle sirota tranquillement son cocktail.  Face à elle, les deux amants étaient comme deux collégiens pris en faute et qui attendaient le verdict du proviseur. Quand elle reposa son verre, ils leur semblaient que cela faisait une éternité qu’ils étaient en apnée.

- Quand j’aborde un reportage sur une personnalité, ma déontologie m’oblige à révéler ce que je sais à mes lecteurs. Je suis payée pour cela. De quoi aurais-je l’air si je dissimulais certaines informations ? Qui aurait encore confiance en moi ? Je ne cherche jamais à falsifier une quelconque réalité. J’expose les faits tels qu’ils sont. C’est mon devoir.

Kate et Rick avaient compris. Connely serait intraitable. Non seulement elle avait l’intention de se servir de tout ce qu’elle avait engrangé lors de son entretien précédent avec Castle mais de plus, ils venaient tous les deux de lui offrir une conclusion inespérée à son article. Ils avaient tenté, ils avaient perdus et ils n’osaient encore évaluer la grandeur du désastre qui allait s’abattre sur eux.

- C’est ce que je fais toujours, rajouta Connely, pour tout travail que l’on me confie.

- Excusez-moi, de vous avoir demandé cela, souffla Castle.

- Je n’ai rien à vous pardonner, Rick. D’autant plus…

Elle prit un petit temps avant de poursuivre :

- … d’autant plus, que depuis un peu plus d’une heure, vous n’êtes plus le sujet de mon prochain article.

- Comment ? firent Castle et Beckett simultanément.

- Il se trouve qu’il y a plus porteur que vous, Rick, en ce moment. Il parait que nos lecteurs ont besoin de lire un reportage sur une personnalité qu’ils aimeraient pouvoir détester sans retenue. Et vous n’êtes pas du tout dans ce cas de figure.

- Mais alors ?...

- Je pars en chasse contre Justin Bieber.

- Justin Bieber ?

- Il atteint des sommets d’impopularité auprès des américains en ce moment.

Le retournement de situation laissa Castle et Beckett sans voix. Quelques secondes auparavant, ils avaient pris la foudre et s’étaient retrouvés électrocutés et voilà qu’ils se relevaient indemnes.

- Désolé de le dire ainsi, mais pour ma rédaction, vous n’étiez qu’un pis-aller.

- Qu’importe ce que ma vanité subit, je veux bien accepter avec reconnaissance ce terme de pis-aller.

Cela changeait quoi sur le fond, se demanda Kate. Olga Connely détenait toujours ces informations sur eux deux et même si elles n’étaient pas destinées à alimenter son prochain papier, cela serait pour le suivant. Comme si elle devinait les pensées qui agitaient Beckett, Connely s’empressa de reprendre la parole.

- Donc, tous les matériaux vous concernant, je vais les… faire disparaître.

- Vous feriez ça, vraiment ?

- Je sais bien ce que vous pensez au fond de vous sur la presse-people, Rick. Vous avez cependant, toujours été suffisamment intelligent pour jouer avec. Mais même dans ce monde là, tous les journalistes ne sont pas à ranger à la même enseigne. Il y a ceux qui trichent, qui mentent et il y a ceux qui ne parlent que d’éléments probants et avérés. Comme je ne peux pas utiliser ce que je sais sur vous pour mon article, je ne tiens pas à ce que cela apparaisse dans d’autres mains.

- Merci, beaucoup Olga. Nous vous en sommes profondément reconnaissants. Et si un jour vous devez refaire un papier sur moi,…

- Il y a de toute façon peu de chances que cela arrive.

- Eh Olga ! Ne me dites pas que vous allez prendre votre retraite ?

- Il n’y a malheureusement pas que la retraite pour vous faire sortir du champ ?

Il y eut une ombre de tristesse qui voila son regard. Les rapprochements se firent dans le cerveau de Castle.

- Des problèmes de santé, c’est cela ?

Elle devait avoir besoin de se confier et dans un demi-sourire confirma.

- Je n’en ai plus que pour quelques semaines. Trois mois tout au plus.

- Je suis désolé, fit Castle.

- Oh ! Ne vous tracassez pas Rick, j’ai bien vécu, j’ai eu une vie fantastique. Bon, j’ai bien conscience que certains ne pleureront pas sur mon cercueil mais c’est ainsi.

Quand ils se séparèrent quelques minutes plus tard, Olga leur souhaita bonne chance et beaucoup de bonheur.

- Elle doit énormément d’apprécier, Rick, lui fit remarquer Kate quand ils furent seuls, pour te sacrifier tout ce qu’elle doit avoir sur toi… sur nous.

- Oui, confirma-t-il avec une nuance d’amertume dans la voix.

- Tu devrais être satisfait.

- Je le suis mais il y a quelque chose que je n’arrive pas à définir, une chose qui me…


cathy24  (05.06.2013 à 18:50)

10EME CHAPITRE

 

Il tourna et se retourna dans le lit, ne parvenant pas à s’endormir si bien qu’il se leva pour ne pas réveiller Kate et alla s’asseoir à son bureau. Il en profita pour finir d’éditer l’exemplaire de son livre qu’il devait déposer en fin de journée à sa maison d’édition.

- Il est à peine plus de quatre heures. Que fais-tu debout, demanda Kate entre deux bâillements ? Encore ce sentiment diffus qui te tracasse ?

Il opina. Elle s’approcha de lui, lui prit la main, l’obligea à se lever.

- Viens te coucher, je vais avoir besoin de tes bras autour de moi pour me rendormir.

Il se laissa faire et tous deux se serrèrent l’un contre l’autre dans ce lit où, bercés par la respiration de l’autre, ils sombrèrent peu à peu dans le sommeil.

 

Ils prenaient leur petit déjeuner quand Esposito joignit Kate sur son portable pour expliquer que tout le hangar avait été retourné mais qu’il n’y avait toujours aucune trace de l’arme.

- J’ai manqué quelque chose, s’en voulait Kate après avoir raccroché. Il y a un détail sur lequel je n’ai pas encore mis le doigt. Et d’ici quelques heures, je serais obligée de relâcher Kellermann.

Elle se tourna vers Rick.

- Si tu as la moindre idée, même la plus ridicule comme impliquant la complicité d’un dahu, je suis partante.

Castle haussa les épaules parce qu’il séchait lui aussi mais il ne voulait pas abandonner Kate dans cette recherche de la preuve.

- Je ne vois qu’une chose à faire.

- Vas-y, je t’écoute, fit-elle, prête à sauter sur la plus invraisemblable des possibilités.

- Nous allons retourner là-bas et tenter de reconstituer seconde par seconde ce qui a pu se passer. Recréer la même ambiance, utiliser les mêmes accessoires que ceux trouvés sur place.

 

C’était certainement la dernière chance de parvenir à coincer Kellermann et l’accuser du meurtre de Whitacker. Beckett et Castle commencèrent par monter à la salle de contrôle. Là, le technicien qu’ils avaient convoqué, éteignit le hangar qui se trouva totalement dans l’obscurité. Ce qui intéressait les deux partenaires fut d’abord ce qui s’était déroulé dans cette salle. L’employé confirma que personne n’était sorti avant Whitacker. Rien de particulier ne s’était produit à l’exception du coup de fil reçu par la victime. Beckett et Castle enfilèrent les masques de vision nocturne et descendirent vers le lieu du crime. Ils avaient préalablement marqué le chemin et trouvèrent sans difficulté le lieu du meurtre.

- Bon, que savons-nous avec certitude ? commença Castle.

- Que le rendez-vous avait été fixé à cet endroit précis.

- Et pourquoi en est-on sûr ?

- A cause de l’échelle qui ne traînait certainement pas là par hasard.

- Etait-elle déjà en place ou l’assassin l’a-t-il installée au dernier moment ?

- Elle devait déjà être en position sinon, il risquait d’être repéré en faisant le même raffut que toi l’autre jour.

- Cela se tient.

Il s’éclipsa pour aller mettre l’échelle en place puis il revint.

- Et maintenant ? demanda Kate.

- Whitacker attend et l’assassin s’approche.

Il tourna sur lui-même comme s’il cherchait quelque chose.

- Qui a-t-il ?

- C’est incohérent.

- Quoi ?

- Si Whitacker vient à ce rendez-vous sans s’attendre à ce qu’on lui tire dessus, pourquoi appeler le 911 ? S’il voit son assassin, là, au-dessus de la cloison, pourquoi ne pas tenter de fuir alors que personne ne lui bloque le passage et pourquoi appeler le 911 ?

Après un court silence, il frappa de son poing droit dans sa paume gauche.

- Bon sang, Kate, je suis à deux doigts de comprendre ce qui s’est passé ! Non, reste où tu es.

Il était excité comme un gamin parce qu’il sentait que la solution était proche, très proche et c’est au moment où Kate agita le portable sous les yeux que les pièces du puzzle se mirent en place.

- Kate, dans ce hangar, rien ne passe ! Il n’y a aucun réseau. Je l’ai expérimenté et Whitacker lui-même ne pouvait pas l’ignorer.

- Le 911 est peut-être le seul appel qu’on peut émettre, fit Beckett en tapant machinalement ces trois chiffres sur le clavier.

- NONNN !

Le hurlement de Castle fut accompagné d’un son comme celui du frottement d’un rideau dans une glissière. Rick se précipita et plaqua Kate au moment précis où la détonation retentit. Puis le même glissement qui s’acheva dans un cliquètement. Ils se redressèrent tous les deux encore sous le choc. Kate regarda derrière elle. Une balle était fichée dans la paroi à hauteur de poitrine.

- Rick ! eut-elle juste la force de dire.

- Ce n’est pas passé loin, souffla-t-il.

- Rick ! répéta-t-elle.

- Au bon moment cette fois-ci, fit-il d’une voix blanche.

Elle comprit l’allusion et se jeta dans ses bras. Il la serra le plus fortement qu’il put contre lui, le cœur tambourinant dans sa poitrine, apeuré encore, d’avoir été proche une nouvelle fois, de la perdre.

 

La Scientifique vint récupérer le parabellum qui avait été inséré dans le boîtier et couplé au projecteur. Il n’avait pas été facile de déloger l’arme. Tout un appareillage informatique était relié à la détente et comme le chargeur n’était pas vide, il fallait éviter de créer un accident. Après ce travail minutieux effectué, un relevé des empreintes pu être fait. Celui qui avait placé le révolver, vu l’étroitesse de l’endroit et la minutie des opérations à effectuer, n’aurait pas pu le faire correctement à l’aide de gants, mêmes chirurgicaux.

 

Quand en début d’après-midi tous les résultats parvinrent enfin au poste, ils connaissaient déjà toutes les réponses à toutes leurs questions. Les Bros écoutaient Beckett leur reconstituer l’affaire.

- Eh bien ! fit Esposito, on se croirait dans un de tes livres Castle.

- C’est effectivement une bonne histoire.

- Une bonne histoire ? rajouta espiègle le Latino.

- Reste à annoncer tout cela à Kellermann, conclut Ryan.

 

Stefan Kellermann allait de surprise en surprise. Non seulement il s’avérait qu’il était innocenté mais qui plus est, le meurtrier de Whitacker avait été démasqué.

- Qui l’a tué alors ?

- En fait, il s’est suicidé et il a maquillé son geste en crime pour vous faire accuser. Il a trafiqué son portable, il a créé un logiciel qui connectait directement son portable à la détente de l’arme, il a programmé un autre téléphone trouvé dans son bureau pour qu’il le joigne dans la salle de contrôle.

Brendan Whitacker se savait condamné. Il voyait que toute sa vie construite à force de travail allait finir au bénéfice de personnes qu’il aimait mais qui l’avaient trahi. Il ne voulait pas partir en sachant que tout son labeur serait récupéré ainsi et qu’au-dessus de sa tombe, certains vivraient heureux et riches. Il avait mis plusieurs mois à tout préparer, il avait patiemment mis les éléments en place de façon à ce que tout puisse accuser son associé mais le temps pressait cependant. Qu’importait même qu’il soit inculpé et condamné ! Il suffisait de douter de son innocence pour faire péricliter la société et Jane Whitacker ne pourrait jamais épouser quelqu’un suspecté du meurtre de son mari. De plus, convoquer la presse était la certitude que cette affaire serait totalement médiatisée et que le nom de Kellermann serait toujours associé à cette affaire.

- C’est lui, n’est-ce pas, qui a fait avancer la date du premier test ?

- Tout à fait.

- La maladie progressait et il n’était pas certain de pouvoir être en capacité d’attendre plus longtemps avant de vous piéger.

Kellermann était bouleversé, cela était manifeste, traversé de dizaines de sentiments contradictoires. Mais il ne voulait pas faire étalage de ses émotions.

- Lieutenant Beckett, je vous remercie.

- Vous devriez remercier Monsieur Castle, c’est lui qui a relié tous les éléments.

- Alors je ne sais que vous dire, fit Kellermann en se tournant vers l’écrivain, parce qu’hier vous étiez convaincu de ma culpabilité et c’est vous qui me ramenait à la surface. J’aimerais savoir ce qui vous a fait douter ?

Beckett surprit la lueur de bonheur dans les yeux de son compagnon. Elle eut un petit sourire mais ce garda bien de le priver de ce plaisir de raconter son histoire.

- En fait, j’ai tourné et viré parce qu’hier j’ai rencontré une personne qui m’a fait un cadeau incroyable alors qu’elle aurait pu en faire au contraire une arme contre moi. Et puis, il y avait ce révolver qu’on ne retrouvait pas, qui nous décontenançait. En retournant sur les lieux du… suicide, j’ai pataugé un moment mais quand j’ai réalisé que l’appel au 911 n’était qu’une supercherie, j’ai fait le lien, j’ai compris que certaines personnes peuvent en mourant vous faire don de beaucoup de choses quand d’autres peuvent vouloir au contraire vous en retirer beaucoup. Par vengeance.

Quand Kellermann quitta le poste, c’était un homme qui était passé très près de voir sa vie basculer vers le néant et qui voyait désormais une possibilité de soleil levant : il devait assumer la survie de RealPlay et pouvait s’envisager un avenir avec Jane Whitacker.

 

Beckett avait pas mal de paperasserie à faire. Elle estimait ne pas pouvoir rentrer au loft avant vingt heures.

- Je vais préparer de quoi fêter dignement la fin de cette enquête surprenante, fit Rick. Que veux-tu manger ce soir ?

- Je te fais confiance.

- D’accord. Il va falloir aussi que je porte mon manuscrit mais je serais là à ton retour.

 

Revoir Gina avait comme à chaque fois, donné lieu à des échanges acrimonieux. Cela s’achevait toujours par des mots blessants, des phrases assassines et un au-revoir glacial. Qu’importait ! Il ne devait la supporter que quelques minutes chaque fois qu’il déposait son nouveau roman. Qu’importait ! Il allait retrouver Kate et ils passeraient ensemble une autre magnifique soirée. Comme il voulait en passer des centaines, des milliers en sa compagnie. Mais pour cela, il savait  qu’il avait la redoutable tâche de la rassurer encore et toujours. Il savait qu’elle l’aimait. Elle le lui avait prouvé maintes et maintes fois. Mais Kate Beckett était aussi un oiseau craintif qui s’envolait se dissimuler dans son nid dès le soupçon d’une menace aussi minime soit-elle. Et il ne s’exonérait pas de critiques. Il n’avait pas compris la profondeur de l’attente de la jeune femme. Il avait détourné certaines de ses questions légitimes parce qu’elles le troublaient et l’emmenaient sur un terrain où il redoutait de s’aventurer. Combien de temps aurait-il encore évité de répondre sans cette proposition de poste à Washington ? Il avait assimilé qu’on ne pouvait pas tout obtenir dans la vie, même avec son charme, même avec son talent, même avec son argent. Tout cela ne pesait rien en comparaison de Kate, Kate Beckett, celle qui lui avait prouvé qu’il pouvait connaître de nouveau l’amour. Un amour plus puissant que ces deux précédents. Un amour tellement magique qu’il avait désiré sacrifier sa place à ses côtés au poste pour la garder près de lui pour ces moments où elle lui apportait joie, douceur, espièglerie, joutes intellectuelles, bonheur dans leur cocon douillet. Il avait été résolu de se contenter des heures qu’elle lui octroierait. Il avait mis genou à terre, attendant qu’elle l’adoube ou le décapite. Mais si Kate l’avait relevé les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres, il devinait toutes les interrogations futures auxquelles il devrait apporter des réponses convaincantes et briser cette armure pour  qu’elle voit au travers de lui, la sincérité de ses sentiments à son égard. Kate Beckett était quelqu’un qui ne vous laissait jamais en repos mais il l’aimait pour cela aussi, parce qu’elle l’obligeait à ne se contenter de rien et à toujours rechercher davantage.  Il fallait une attention de tous les instants. Vivre une histoire d‘amour  avec Kate Beckett ne supportait pas l’immobilisme, c’était une perpétuelle marche en avant qui risquait de se briser en cas d’inertie.

Il ouvrit la porte du loft. La lumière était allumée alors qu’il était certain de l’avoir éteinte en partant. Un sourire se dessina sur ses lèvres. Elle était forcément rentrée plus tôt et le cœur de Rick s’emballa à l’idée de la tenir bientôt sans ses bras. Sans cesser de l’appeler, il traversa le salon la cherchant dans tous les coins possibles, fit le tour du snack, passa dans son bureau, pénétra dans la chambre à coucher et se dirigea vers la salle de bain. Tout était désert. Il eut un bref instant de questionnement quand il lui sembla entendre du bruit venant du living-room. Il se saisit de la poignée de la porte de la chambre donnant sur la pièce principale, la tira. Il ne vit que cela et son visage blêmit d’un coup : Beckett avait du récupérer ses valises et sacs en haut de la penderie et ils trônaient désormais emplis à déborder en plein milieu du séjour.

Il n’en croyait pas ses yeux et il sentit les larmes poindre malgré lui.

- Kate, tu pars ? et il lui sembla qu’aucune sonorité n’était parvenue à s’extirper de sa gorge serrée.

- Oui, fit la jeune femme en se redressant et le visage rougi par l’effort. J’ai réussi à arracher quelques jours de congé à Gates alors je voudrais prendre un peu de recul, hors du travail, hors du loft, pour réfléchir à nous deux.

- Je…

Il n’arrivait pas à articuler ses pensées.

- Tu… ? répliqua-t-elle.

- Kate, se reprit-il, je croyais que ta décision était prise. Je croyais que nous savions où nous allions. Ensemble, rajouta-t-il dans un murmure.

- J’ai besoin d’un endroit neutre. Pour prendre la mesure de tout ça. Cela a été si rapide.

- Je comprends. Et tu as besoin de combien de temps ?

- Un mois.

- Un mois ? Ce n’est pas possible, Kate ! Je t’en supplie, ne fais pas ça.

- C’est toi qui passe ton temps à me dire que j’ai besoin de vacances. Là, j’ai obtenu de haute lutte un mois.

- D’accord, émit-il faiblement car il n’avait pas la force de discuter davantage.

Il tourna la tête parce qu’il redoutait de ne pouvoir contenir ses larmes et il aurait à cet instant précis voulu disparaître comme une bulle de savon, en éclats de milliers de gouttelettes qui n’avaient comme durée d’existence que leur brièveté d’absorption par les matériaux qui les aspiraient.

- Castle ?

Beckett se releva la main gauche posée sur une cuisse et l’autre dans le dos devant soutenir ses reins mis à rude épreuve en portant les bagages.

- Castle ? reprit-elle en venant vers lui.

Il passa rapidement la paume de sa main sur ses yeux avant de lui faire face.

- Oui ?

- Qu’as-tu ?

- Rien… Enfin, si…

- Je t’écoute.

- Si tu penses que tu as donné ta réponse trop vite, si tu t’imagines que j’ai émis le moindre chantage, si tu crois que ce mariage n’est pas ce que tu désirais au fond de toi, tu n’as pas besoin de me laisser un mois pour me préparer à cela. Je peux encaisser tout de suite. D’une certaine façon, ce sera plus vif mais j’éviterai la lente torture de trente longues journées.

Elle se tenait à moins d’un mètre de lui quand elle ramena sa main droite entre eux. Elle tenait une pochette entre ses doigts qu’elle agita devant les yeux de Castle.

- Richard Alexander Rodgers, acceptes-tu de te joindre à moi pour ce voyage en Italie ?

Il resta immobile un moment, persuadé qu’il avait mal compris.

- Tu ne dis rien ?

- Je… Kate, et il la prit soudainement dans ses bras et la serra si fortement qu’elle dut lui demander de ne pas l’étouffer. Kate, ne me fais plus jamais ça.

Il ne savait pas s’il avait envie de pleurer ou de rire mais son cœur ne savait qu’une chose : il était désespérément perdu d’amour pour cette jeune femme si surprenante, si cruelle et si prodigieusement féerique.

- Je suppose que je dois prendre ça pour un oui ? fit-elle en rapprochant son front de celui de Rick.

Elle n’eut comme réponse que le baiser passionné de Castle avant qu’il ne réalise qu’il y avait urgence.

- Je dois préparer mes bagages. A quelle heure est le vol ? Il fait quel temps en ce moment en Italie ?

- Calme-toi, l’avion ne part qu’en début d’après-midi demain.

Castle s’assagit aussitôt et plongea son regard dans celui de Kate.

- J’ai cru que tu voulais...

- Disons que j’ai réglé un petit compte avec toi.

- Comment ça ?

- Sur ces balançoires, un instant, j’ai redouté que tu veuilles rompre.

- Comment as-tu pu t’imaginer cela une seule seconde ? Oh Kate ! Nous ne devons plus laisser une once d’obscurité entre nous.  Nous devons nous dire ce qui nous mâche, ce qui nous comble, ce qui nous attriste, ce qui nous révolte, ce qui nous met en joie. Nous ne pouvons plus nous faire autant de mal.

- C’est pour cela que, pendant un mois, nous n’aurons que nous à élucider. La seule enquête que je veuille résoudre pendant nos vacances, c’est la nôtre.

- Je suis d’accord.

Elle fit une pirouette sur elle-même.

- En attendant, rajouta-t-elle, j’ai faim.

- Je n’en ai que pour quelques minutes à tout préparer.

Elle passa les bras autour de son cou caressant sa nuque en l’effleurant de ses doigts et déposa un tendre baiser juste en dessous du lobe.

- Et si nous commencions par le dessert ?

Saisissant l’allusion, Castle abonda dans son sens.

- Je crois qu’il reste de la Chantilly, fit-il un sourire espiègle aux lèvres.

- Compris, chuchota-t-elle en minaudant. Mais cette fois, c’est moi qui mène les débats.

- Décidemment, mes rêves deviennent toujours réalité.

FIN


cathy24  (06.06.2013 à 18:58)

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