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Cœurs à vif

Série : Castle
Création : 15.09.2013 à 15h57
Auteur : Minefuji 
Statut : Terminée

« Hello everybody! Après avoir lu beaucoup d'histoires des auteurs de ce site, j'ai eu moi aussi envie de prendre la plume. Je vous livre donc ici (après quelques péripéties) ma première fic.  » Minefuji 

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Cœurs à vif

Chapitre un: Le blues du milliardaire

Divorce. L'échec d'une vie à deux, la fin d'un projet commun, une libération pour la personne qui le demande, celle qui décide que c'est la fin, mais un traumatisme pour l'autre. Richard Castle, écrivain de renom aux nombreux best seller, aux millions de fans, avait encore échoué dans sa relation amoureuse. Sa femme Meredith venait de le quitter après l'avoir trompé avec son réalisateur. Comment pouvait-il aussi bien réussir sa vie professionnelle et rater à ce point sa vie personnelle?

Il avait effrayé Kyra, la première femme qu'il avait voulu épouser, qu'il avait aimée comme un fou, trop, sans doute. Il n'avait pas su garder Meredith, la femme qu'il avait épousée, la mère de sa fille. Ces deux échecs l'avaient profondément blessé, aussi ne voulait-il pas renouveler l'expérience.

Et puis, depuis qu'il était riche à millions et faisait régulièrement la une des magazines people, la plupart des femmes qui l'approchaient en voulaient soit à son compte en banque, soit à sa renommée. Il devait faire passer sa fille avant tout et ne plus prendre le risque de souffrir et de la faire souffrir. Il aimait sa vie avec sa fille et leur petite routine, c'est pourquoi il enchaînait les relations sans lendemain et évitait de présenter ses conquêtes à sa fille.

                                                              ~~~~~~~

Un luxueux bateau amarré le long de l'Hudson River. La sonnerie d'un portable retentit, tirant son propriétaire, Richard Castle de son sommeil. Il lance un bras hasardeux à la recherche de son téléphone en maudissant l'importun qui se permettait de le tirer de son repos.  La nuit avait été courte, il avait eu une soirée de promo, la veille, des litres d'alcool avaient été consommés et des groupies infernales s'étaient littéralement jetées à ses pieds. D'ailleurs, la présence qu'il sentit à ses côtés lui indiqua qu'il n'avait pas fini la soirée seul.

- Castle, grogna-t-il en décrochant enfin son téléphone. 

Il avait l'impression d'avoir des dizaines de marteaux-piqueurs qui résonnaient dans sa tête. Sa gorge était sèche et sa langue pâteuse, tous les signes d'une belle gueule de bois...

- ...  - Euh... Tu disais? Demanda-t-il en se rendant compte qu'il n'avait strictement rien écouté de ce que son interlocuteur lui avait dit.

- Non, mais tu te fiches de moi? C'est Gina! Je voulais savoir où tu étais! Tu as une interview ce matin! Ça fait un quart d'heure qu'on t'attend!

- Ah... Euh... Excuse-moi, j'ai oublié... Laisse-moi une heure, j'arrive.

- Tu as une demi-heure! Monsieur la super star! Tâche de vite retrouver figure humaine!

Il se leva difficilement, jeta un dernier regard à la femme endormie dans son lit et se dirigea vers le coin cuisine à la recherche d'une aspirine. Après s'être servi un café serré, il alla prendre une douche. L'eau brûlante coulant sur sa peau, il essayait de se remémorer sa soirée et le nom de cette femme qui dormait dans son lit, en vain. Finalement, il décida qu'il n'avait pas vraiment envie de savoir quelles bêtises il avait bien pu faire la veille et se dirigea vers son placard. Il inspecta son contenu, uniquement des vêtements hors de prix venants des magasins les plus chics de New York. Il menait une vie dispendieuse, sans contrainte, ni retenue. Il était devenu une star, l'écrivain que tout le monde voulait connaître, le centre de l'attention et il aimait ça, du moins, c'était ce qu'il croyait.

Il monta dans sa voiture de luxe, fit vibrer le moteur V8, il adorait ce bruit, puis quitta la rive de l'Hudson pour se rendre sur son lieu de rendez-vous. Gina était furieuse, mais que pouvait-elle faire? Il était sa poule aux œufs d'or.

                                                    ~~~~~~~~

Au terme d'une journée ennuyeuse, passée à répondre aux questions des journalistes, il se rendit à l'école primaire de sa fille et lui fit la surprise de venir la chercher. L'enfant lui sauta au cou et il se sentit enfin vivant.

- Alors, tu as passé une bonne journée?

- Oui! On a fait des expériences scientifiques pour expliquer la respiration humaine, c'était génial!

- Mhmmm! Futur médecin!

- Peut être, je pourrais te soigner quand tu seras vieux comme ça.

- Hey!

- T'en fais pas, Papa, je ne serai pas médecin avant une bonne vingtaine d'années.

- Mais je ne serai pas si vieux dans vingt ans!

- Comme ça, tu ne seras pas mon premier patient! Quand je te soignerai, je serai une grande spécialiste!

- Tu es adorable. Que dirais-tu d'une bonne petite guerre intergalactique?

- MORT À VOLTAR! MORT AUX VOLTARIENS!

- Rentrons vite nous équiper!

Ils s'engagèrent dans une de leurs parties délirantes, transformant le loft en champ de bataille intergalactique. Lorsqu'il jouait avec sa fille, Castle se sentait enfin lui même, avec elle, il laissait tomber le masque de séducteur plein aux as, il n'était plus Richard Castle l'écrivain aux nombreux best-sellers, il était Richard Alexander Rodgers, l'enfant sans père, l'homme délaissée par son ex-femme, un homme peu sûr de lui et solitaire, mais aussi un père aimant qui ferait n'importe quoi pour sa fille.

- Richard! Quand grandiras-tu mon garçon? Demanda Martha en entrant dans le loft.

- Jamais, mère, les adultes sont ennuyeux.

- Je me demande pourquoi je te pose encore la question...

- Alors, que me vaut cette visite?

- Ai-je besoin d'une raison pour venir voir mon fils et ma petite fille?

- Non, mais souvent il y en a une!

- Je voudrais utiliser la maison des Hamptons pour le Week-end, j'aimerais faire une petite réception...

- Ce week-end? Mais je voulais y emmener Alexis...

- Alexis part chez sa mère ce week-end et tu as au moins trois chapitres de retard à rattraper!

- Je t'ai déjà demandé de ne pas parler de mon travail avec Gina. Je n'aime pas mélanger travail et vie privée!

- C'est pour ça que tu l'as invitée au restaurant pour un dîner en tête à tête la semaine dernière?

- Touché. 

                                                     ~~~~~~~~

Lorsqu'Alexis fut couchée, que Martha eut quitté le loft avec les clés de sa propriété des Hamptons, qu'il se retrouva seul, face à lui même dans son bureau, il se laissa tomber dans son fauteuil, attrapa son ordinateur et ouvrit un fichier word. L'écriture lui permettait de combler le manque,  le manque d'un père qu'il n'avait jamais connu et qu'il inventait au détour de ses romans, le manque d'une femme qu'il avait profondément aimée et qui l'avait fuit... pour la deuxième fois!


Minefuji  (15.09.2013 à 16:02)

Chapitre deux : tête brûlée

3 novembre, dans un appartement du Lower East Side. Deux heures du matin, elle avait dormi trois heures tout au plus. La jeune femme soupira et quitta le lit en prenant soin de ne pas réveiller l'homme endormi à ses côtés. Rapidement et silencieusement, elle se rhabilla, puis jeta un dernier regard sur son amant d'un soir, avant de quitter l’appartement et d'enfourcher sa Softail de 94 qui faisait sa fierté. Elle enfila son casque et démarra.

Agée d'une vingtaine d'années, elle errait dans les rues de New York, elle  roulait sans but précis. Les nuits courtes, les histoires sans lendemain, elle vivait sa vie comme une perpétuelle fuite en avant.

Inconsciemment, elle arriva près de son refuge, là où elle venait s'isoler pendant son adolescence, l’endroit où elle pouvait disparaître et oublier, pour un moment, ses tourments.  Du haut de la toiture en terrasse de cet immeuble, elle pouvait contempler cette ville qu'elle aimait tant mais dans laquelle elle ne trouvait plus sa place. 

Depuis quelques mois, Kate ne souriait plus, ne s'amusait plus. Toute joie avait déserté son cœur. Elle avait changé. L'adolescente délurée avait disparu. Ses yeux autrefois si pétillants étaient maintenant voilés par un nuage de tristesse et de désespoir. Elle souffrait mais personne ne voyait sa détresse. Elle agonisait intérieurement mais personne ne lui tendait la main. Elle perdait pied depuis cette funeste soirée de janvier. Mais elle se débattait encore, elle s'accrochait à la vie, elle n'avait pas le droit de baisser les bras, elle ne pouvait pas abandonner. Elle avait un temps voulu en finir, tant sa détresse était grande et insurmontable, mais, finalement, elle avait trouvé un moyen de soulager sa peine.

Elle fouilla dans son sac à dos et en sortit un livre, un roman policier qu'elle avait acheté quelques jours plus tôt, un roman de son auteur favori. Sans le savoir, cet écrivain lui apportait une sorte de paix intérieure grâce à ses romans. Elle s'installa le plus confortablement possible dans un coin de la terrasse et se laissa emporter loin de sa vie, loin de ses démons, dans un monde où le méchant est puni et où la justice finit par triompher, un monde rêvé qu'elle aimerait rendre réel.

Au bout d'une heure, le froid eut raison de sa résistance et la força à reprendre le chemin de son domicile. Il était peut être temps pour elle de se trouver un appartement, dans lequel elle se sentirait bien et où elle pourrait se retrouver seule aussi souvent qu'elle le voudrait.                                                            

                                                                         ~~~~~~

5 novembre, Manhattan.

Filant à grande vitesse à travers les rues de New York, faisant fi de sa propre sécurité, l'homme ne doutait pas qu'il parviendrait aisément à semer ces imbéciles de flics qui l'avaient pris en chasse. D'ailleurs, un rapide coup d'œil derrière lui le conforta dans son idée, les flics de cette ville, nourris au fast food, gourmands de beignets bourrés de sucre et de calories ne faisaient pas le poids face à lui et son corps parfaitement taillé et entraîné par une jeunesse passée à courir dans les quartiers chauds de la ville. Il ralentit quelque peu l'allure, fier de lui et sûr de sa victoire contre les forces de l'ordre, quand il se sentit violemment projeté au sol par une ... Par une quoi? Au fait...

Il ouvrit les yeux légèrement sonné et découvrit un ange assis sur lui, une jeune femme magnifique aux yeux marron tirant légèrement sur le vert. Naturellement, il baissa la garde et ne pût s'empêcher de laisser sa main glisser sur le postérieur de la jeune femme en esquissant un sourire charmeur.

- Salut poul...

Il ne pût terminer sa phrase, stoppé par un violent coup de poing, qui vint s'écraser sur sa figure, l'envoyant directement dans les vapes.

- Bien joué! Lança le policier à bout de souffle qui venait d'arriver. Eh! C'est pas possible! Tu l'as mis K.O! Tu vas encore te faire engueuler par le capitaine!

- Il m'a mis la main aux fesses! Contra la fliquette énervée.

- Qu'est ce qui m'a fichu une pareille bleusaille!  fit Turner, tu as eu tord! Ça fait des semaines qu'on essaye de l'attraper ce gugusse! 

- Ouais, et bah, il fallait pas me chercher!

- Profile bas la bleue! Tu n'es là que depuis six mois et tu as déjà fait pas mal de bourdes de ce genre!

Ils emmenèrent le fuyard au poste et tandis que Turner, furieux, l'entraînait dans la salle d'interrogatoire, sa jeune collègue fut appelée par le capitaine.

- Beckett!

- Monsieur?

- Dans mon bureau!

Elle obtempéra, la tête haute, sûre de son bon droit et ne regrettant aucunement son geste.

- Qu'est ce que je vais faire de vous?! Soupira le capitaine Montgomery en fermant la porte de son bureau derrière lui.

- Chef! Commença-t-elle.

- Vous avez frappé un suspect à terre! La coupa-t-il d'un ton ferme. Vous mériteriez que je vous flanque à la circulation!

- Il m'a mis la main aux fesses! Protesta Beckett en regardants son supérieur droit dans les yeux.

- Il fallait maîtriser vos pulsions! Vous êtes trop à fleur de peau! Ce n'est pas ce qui fera de vous un bon flic!

- Mais je l'ai arrêté! C'est ce qui compte, non?

- Ce qui compte, c'est que nous ne soyons pas obligés de le laisser sortir à cause d'un épisode de violence policière gratuite pendant son arrestation! Vous êtes flic, une femme dans un monde d'homme, vous devriez savoir que la moindre erreur ne vous sera pas pardonnée! 

Elle serra les poings, contenant difficilement la colère qui montait en elle et baissa la tête en signe de pénitence.

- Que ça ne se reproduise plus! Apprenez à vous maîtriser bon sang!

- Oui, monsieur.

- À part ça, bravo pour avoir réussi à l'attraper, sans vous, il nous filait encore entre les doigts.

- Merci monsieur.

- Allez, filez. Pas la peine de retourner à vos rondes, votre instructeur est occupé dans la salle d'interrogatoire et pas la peine de le rejoindre non plus, le suspect vous a assez vue.

- Oui, monsieur.

Hors d'elle, Beckett se rendit dans la salle de gym, il fallait qu'elle évacue sa rage. Elle balança un premier coup dans le sac de frappe, dès qu'elle entra dans la salle, et le regretta aussitôt, sa main déjà meurtrie par sa rencontre plutôt violente avec la mâchoire du suspect la rappela douloureusement à l'ordre. Elle jura un moment, puis s'employa à bander soigneusement ses mains, avant de se s'attaquer de nouveau au sac de frappe. 

Au bout de deux heures, épuisée, elle alla prendre une douche. Il commençait à se faire tard, les locaux étaient presque déserts, seuls quelques agents de garde étaient encore là.

Elle en profita, une fois sortie des sanitaires, pour se glisser dans la salle des archives et étudier le dossier qui la hantait depuis qu'elle avait démarré sa carrière et pour lequel elle était entrée dans la police. Elle faisait cela depuis plusieurs mois déjà, personne ne s'en doutait.

Armée d’une lampe de poche, elle s’installa sur le sol et passa en revue, pour la énième fois, chaque élément du dossier. Elle y consacra une bonne partie de la nuit, inconsciente du temps qui s’écoulait, complètement absorbée par ses recherches.


Minefuji  (16.09.2013 à 18:11)

Chapitre trois : nuits de folie

13 novembre

Le bruit que fit la porte d'entrée claquée brutalement, suivi, quelques instants plus tard, du fracas de la pile de vaisselle sale qui s'effondrait dans l'évier, dissuada les occupants du loft de chercher à poursuivre leur repos.

Sortant doucement des limbes du sommeil, Rick se tourna machinalement dans son lit et se retrouva nez à nez avec une  superbe blonde à la poitrine plus que généreuse, qui lui attrapa la bouche sans sommation pour l'attirer dans un baiser langoureux qu'il accepta sans hésiter.

- Salut! Dit-elle après avoir sorti sa langue de la bouche de l'écrivain.

- Euh... Salut... Euh... Qui...? Comment...? Arf! ... Balbutia-t-il gêné d'avoir encore oublié le prénom de sa conquête d'un soir et ennuyé d'avoir à affronter une crise de nerfs, certes légitime, de  la jeune femme, au saut du lit.

- Pamela, expliqua la naïade en souriant.

Wahhh, pensa-t-il, c'est bien la première fois qu'une femme ne monte pas dans les aigus alors que je ne me souviens plus de son nom au réveil! Cool!

Un mouvement de matelas derrière lui, lui fit tourner la tête et son regard tomba sur... Pamela?! Ouh là, il avait vraiment, vraiment dû trop forcer sur la bouteille! Il secoua la tête, cherchant à recouvrer ses esprits et le regretta immédiatement, frappé de plein fouet par un mal de crâne  fulgurant.

- Salut, murmura-t-elle d'une voix suave.

Elle se pencha vers lui et commença à déposer des baisers dans son cou et sur sa clavicule.

- Euh...

- Tabatha! Expliqua-t-elle à son tour, avant de partir explorer plus au sud le corps de l'écrivain.

- Des jumelles! Soupira-t-il d'un air goguenard, quelques flash de leur nuit torride lui revenant en mémoire.

Pamela rejoignit sa sœur, sous la couette, arrachant quelques cris aigus de la part de Castle.

- Ahhhhh! Qu'est ce que vous faites? Ouhhh là!!

- RICHARD! Lança la voix de sa mère depuis le salon.

- Et le rêve tourne au cauchemar, marmonna-t-il.

- Rich...! Oh! Se figea Martha en arrivant dans la chambre de son fils.

- Mère? Qu'est ce que tu fais dans mon rêve?

- Hello! Lancèrent les jumelles de concert en émergeant de sous la couette.

-  Ah... B... Balbutia-t-elle.

- Ceci est un grand jour, mesdemoiselles, nous venons de faire taire la grande Martha Rodgers! Fit-il en souriant. Mère, laisse-moi te présenter Tabatha et Pamela, ou l'inverse.

- Et tu vas les présenter à ta fille aussi?

- Alexis passe le week end avec sa mère... D'ailleurs, tu n'étais pas dans les Hamptons?

- Si! Et j'en suis revenue! Nous sommes lundi! Expliqua l'actrice. Ta fille ne va pas tarder! Tu devrais faire un peu le ménage, ces demoiselles ont laissé leurs sous-vêtements dans l'évier, sur le canapé, sous le piano et d'autres endroits encore plus insolites. Tu es un grand garçon, et loin de moi l'idée de te faire la morale, mais je doute que ta fille reste l'enfant équilibrée et saine d'esprit qu'elle a réussi à devenir si elle trouve un string dans son bol de céréales!

- Oh bon sang! Désolé les filles! Ce fut un plaisir, vous avez réalisé un de mes rêves les plus fous, mais comprenez qu'il faut que je repasse en mode papa exemplaire et donc, je vais vous demander de rentrer chez vous.

- Pas de problème, Ricky, appelle-nous la prochaine fois que ta fille est de sortie.

- Je n'y manquerai pas! Ah! Et n'oubliez rien surtout!

- Richard, soupira Martha en regardant sortir les deux jeunes femmes enveloppées dans les draps. Pourquoi n'es-tu pas allé sur ton bateau?

- Je ne l'ai pas retrouvé!

- Tu as dû vraiment forcer sur la boisson, pour le louper!

- Moi aussi je t'aime, mère, répondit-il, coupant court à la conversation avant de quitter la pièce.

Nouveau soupir, Martha secoua la tête. Comment reprocher à son fils de mener une vie dissolue, alors qu'elle même, enchaînait les relations et les fêtes, week-end après week-end. Elle avait espéré autre chose pour lui, à croire qu'ils n'étaient pas faits pour le bonheur d'une relation que l'on construit à deux tout au long d'une vie.

                                                    ~~~~~~~

Une heure plus tard, le loft avait retrouvé l'apparence du foyer chaleureux dans lequel grandissait une petite fille.

La porte s'ouvrit et le regard de Rick s'illumina lorsque sa fille apparut et se précipita dans ses bras.

- Hey! Bonjour mon ange!

- Bonjour papa! Tu as été sage?

- Autant que possible!

- Et tu t'es amusé quand même?

- Oh ! Ben oui! Quand même un peu! Et toi?

- Maman n'a presque pas utilisé son téléphone, donc ça allait. Et puis, on est même allées au musée après le shopping!

- C'est super ça! Tu as mangé ce matin?

- Oui, je n'ai qu'à aller chercher mon cartable et tu pourras m'emmener à l'école.

- Tu es obligée d'y aller? Demanda-t-il en affichant un air de cocker battu. Je pourrais te faire un mot d'excuse, ta grand-mère m'en faisait des géniaux quand j'avais ton âge.

- Papa, tu sais bien qu'il faut que j'aille à l'école, soupira la fillette, mais je te promets qu'à mon retour, on ira au parc et qu'on fera un concours de balançoire!

- Promis?

- Promis!

- Vivement la fin de la classe, alors!

La sonnerie du téléphone retentit et la fillette se précipita dans sa chambre, tandis que Rick attrapait le combiné. La conversation dura une bonne dizaine de minutes, et à la mine ennuyée qu'il affichait en raccrochant,  Martha comprit que cet appel devait être professionnel.

- Que se passe-t-il?

- Un dîner ce soir avec Gina et Paula!  Des éditeurs japonais s'intéressent à Derreck Storm, elles veulent qu'on en discute avec eux dans un des restaurants les plus en vue de New York. Tu me fais un mot d'excuses?

- Tu es trop grand pour ça mon garçon!

- Alors, il va falloir que tu restes ici avec Alexis ce soir, parce que la soirée s'annonce très longue et très ennuyeuse!

- Pauvre chéri!

                                                     ~~~~~~~~~~

Lorsqu'enfin le calvaire de ce dîner d'affaire se termina, Rick reprit sa Ferrari. Il jeta un coup d'œil à l'horloge, qui affichait trois heures du matin et sourit.

- L'avantage de cette heure avancée, c'est que les boulevards et l'interstate 287 seront quasiment vides! Et grâce à ce dîner plus qu'ennuyeux, je suis sobre! Génial, les conditions idéales pour une partie de Grand Tourismo en live!

Il mît le contact et démarra son bolide. Il resta assez prudent sur les boulevards, et se dirigea vers l'autoroute périphérique où il entendait bien lâcher les chevaux. Une moto entra dans son champ de vision, elle semblait vouloir jouer elle aussi.

Il passa la vitesse supérieure et la dépassa facilement, son conducteur entra dans la danse et accéléra à son tour. Il s'en suivi une course poursuite mémorable, le pilote de la moto était un adversaire redoutable. Rick jubilait, joyeux comme un gamin le matin de Noël.

- Wohh! C'est du délire là! ... Hey! Mais c'est dangereux! ... Attends voir! Moi aussi, je peux faire des trucs de dingue!  

Au bout d'une dizaine de minutes, la police entra dans l'équation. D'un geste de la main, le pilote de la moto salua l'écrivain et leurs chemins se séparèrent au niveau d'une bifurcation. Castle parvint à semer la voiture de  police en lâchant toute la puissance de son moteur, avant de rentrer sagement chez lui. C'est donc avec un sourire radieux dessiné sur son visage, qu'il arriva au loft.

- Et bien, tu vois que ce dîner d'affaires n'était pas si terrible que ça, dit Martha devant sa mine réjouie.

- C'était pire que ça!

- Alors pourquoi cet air si joyeux? Demanda l'actrice légèrement inquiète de sa réponse.

- La vitesse, l'adrénaline! J'ai fait la course face à une moto! Le pilote était complètement inconscient! c'était extraordinaire! Que dire, c'était épique! Et pour couronner le tout, la police nous a pris en chasse! C'était Wahhow!

- Richard Castle, c'est la chose la plus stupide que tu aies faite depuis .... C'est la chose la plus stupide que tu aies jamais faite! Tu aurais pu avoir un accident! Et Alexis? Tu as pensé un peu à elle?!

- Je pense toujours à Alexis! Et le périphérique était quasiment désert, il n'y avait pas de risque, enfin si, mais tellement peu!

- Trésor, se radoucit légèrement Martha, je sais que tu souffres en ce moment et que tu as terriblement besoin de faire des choses stupides pour te sentir un peu mieux, mais par pitié, évite de te mettre délibérément en danger! Il soupira.

- Tu as raison. C'était stupide, admit-il. Et même si c'était une expérience merveilleusement grisante, je te promets sinon de ne pas recommencer, au moins, de ne plus t'en parler.

- Tu me feras mourir avant l'heure!


Minefuji  (17.09.2013 à 17:48)

Chapitre quatre : Borderline

13 novembre

Il commençait à se faire tard, les locaux étaient presque déserts, seuls quelques agents de garde étaient encore là. Une ombre se faufila discrètement profitant de la baisse d'activité. S'assurant une dernière fois que la voie était libre, Kate Beckett se glissa dans la salle des archives pour étudier, comme chaque soir, le dossier de sa mère. Elle faisait ça depuis plusieurs mois déjà, personne ne s'en doutait.

Ce soir là, pourtant, quelqu'un la surprit.

- Qu'est ce que vous fichez là?!

Elle sursauta en reconnaissant son capitaine.

- Monsieur!

- Vous n'avez rien à faire ici! Dit-il fermement.

- ...

- Dans quoi est-ce que vous farfouillez?

Elle se leva et plongea son regard plein de détermination et d'assurance dans celui de son capitaine. Ce dernier fut surpris de l'aplomb de cette toute jeune femme et ne pût s'empêcher d'admirer son courage.

-  J'étudie le dossier de ma mère! Ça ne colle pas! Les enquêteurs se sont trompés...Ce n'est pas une guerre de gangs qui a mal tourné! Il y a trop de zones d'ombres!

- Votre mère?!

- Elle a été assassinée en janvier 99. L'affaire a été bouclée très rapidement...

- Laissez ça! La coupa-t-il. Vous ne pouvez pas vous occuper de ce dossier! Et puis, il est classé!

- Classé, Monsieur? Sauf votre respect, pour moi, il ne sera jamais classé! Cette enquête a été bâclée! Un coupable est dans la nature!

- Ce n'est pas de votre ressort! Fichez-moi le camp et laissez tomber!

- Jamais je ne laisserai tomber ma mère! Chef! Cette affaire sent mauvais! J'y mettrai le temps qu'il faudra, mais je trouverai le coupable! Rien, ni personne, ne m'en empêchera! affirma-t-elle.

Montgomery l'observa un instant. Elle le fixait droit dans les yeux, elle ne cillait pas, elle savait qu'elle n'avait rien à faire là, mais elle assumait parfaitement. Cette gamine était décidément une sacrée tête de mule.

Beckett... Comment oublier ce nom? Il se souvenait parfaitement de l'affaire, elle le hantait depuis plus d'un an, et là, il avait devant lui la preuve vivante des dégâts qu'elle avait causés.

Beckett... Comment n'avait-il pas fait le rapprochement entre cette avocate assassinée et cette jeune femme écorchée vive?

 Il savait qu'il aurait dû la mettre dehors, lui coller un blâme et lui rappeler qu'elle n'était qu'une débutante et que dans la police, il y avait des règles bien précises, qu'on ne s'occupait pas d'un dossier dans lequel on était impliqué. Mais il n'en avait pas le coeur. Et puis cela ne servirait à rien, surtout avec un tempérament pareil...

Cette petite était là pour sa mère, victime de cette affaire qui le tourmentait depuis tant d'années... Peut-être était-ce là sa chance... La chance de faire ce qui est juste et ainsi peut être racheter son erreur... Il devait s'occuper de cette jeune femme, il ne pouvait pas la laisser tomber elle aussi. Il le devait à Johanna Beckett.

- Rangez-moi ce dossier et rentrez chez vous! Je vous veux dans mon bureau demain matin à la première heure!

- Bien, monsieur. Elle serra les poings, se mordit les lèvres pour contenir sa frustration, mais ne s'excusa pas, elle n'avait pas à s'excuser, pas pour ça.

Lorsqu'elle quitta le poste, le froid pinçant lui mordit les joues, elle jeta un dernier regard en arrière, puis continua son chemin. Enfourchant sa moto, elle mit les gaz et fila en trombe. La visière relevée, elle laissa le vent lui fouetter le visage et la vitesse la griser.

                                             ~~~~~~~~~~~~

L'appartement semblait vide, plongé dans la pénombre de la nuit. Elle soupira en le trouvant endormi dans la canapé, une bouteille de whisky contre son torse. Doucement, elle attrapa la bouteille qu'elle alla vider dans l'évier. Puis elle retourna auprès de lui, et tenta de le soulever. Il grogna.

- Laissss-moiii...

- Allons, Papa... Tu seras mieux dans ton lit!

- Laissss-moiiii... J' ssssuis assssez grrrrand...

- On en reparlera quand tu seras sobre, pour l'instant, c'est moi l'adulte responsable...

Allez! Au lit! Dit-elle essoufflée en le jetant sur son lit.

-Jooo.... Je t'aimmm! pourrrrquoi t'es parrrrtiiie?

- Elle n'a pas voulu partir papa! Et elle ne voudrait pas te voir comme ça!

Pour toute réponse, elle n'eut que ses ronflements. Elle soupira, remonta les couvertures sur lui, puis essuya la larme traîtresse qui coulait le long de sa joue. Finalement, rentrer n'était pas une bonne idée.

Attrapant sa veste, elle se dirigea vers le parking, enfourcha à nouveau sa magnifique Harley Softail  et repartit.

Elle décida de s'éloigner de Manhattan. A trois heures du matin, les boulevards étaient  beaucoup moins fréquentés à défaut d'être vides. Cette petite pointe de vitesse lui faisait le plus grand bien.

La moto prit un virage serré en trombe ; elle allait tellement vite qu'elle avait l'impression de laisser ses ennuis derrière elle.  Elle ne connaissait pas de meilleur moyen pour décompresser, à part peut être une bonne séance de kick boxing...

Elle filait, peu soucieuse des limitations de vitesse, ce qui en soit n'était pas bien, mais elle n'avait pas vraiment peur de mourir. Elle ne manquerait probablement qu'à très peu de gens, elle n'avait pas vraiment d'attaches, mis à part son père, mais se souciait-il encore d'elle?

Elle pensa à sa mère partie trop tôt. Comment pourrait-elle un jour ne plus ressentir la douleur que lui causait sa perte?

Elle manquait d'air, avait l'impression d'étouffer. La seule chose qui la maintenait debout, c'était la rage. La rage contre celui qui avait assassiné sa mère, la rage contre son père qui ne la voyait plus, et la rage contre sa mère qui n'était plus là, parce qu'elle avait choisi de passer par cette maudite ruelle au lieu de prendre un taxi.

Elle avait envie d'envoyer sa monture dans le décor, de se jeter du haut du pont de Brooklyn et d'en finir avec cette souffrance. Mais elle n'en fit rien. Elle ne capitulerait pas. Tout comme elle avait dompté sa peur du noir quand elle était enfant, elle dompterait sa douleur et sa peine.

D'un geste rageur, elle passa la vitesse supérieure, se mettant en danger, provoquant son destin, elle aurait tellement voulu que quelqu'un lui tende la main, lui indique le chemin à prendre...

Une Ferrari entra dans son champ de vision et la dépassa comme pour la provoquer. Elle accepta le duel et accéléra à son tour. Filant comme le vent, les vibrations de la moto parcouraient son corps, balayant son mal-être au passage. L'adrénaline lui procura un sentiment de bien être qu'elle ne se croyait plus capable d'éprouver. Elle prit encore plus de risques. Le bolide rouge joua avec elle plusieurs minutes, avant l'arrivée des forces de l'ordre.

D'un geste de la main, elle salua son compagnon de jeu et bifurqua. Elle rentra dans la ville et profita de son agilité et des ruelles étroites pour semer ses poursuivants et disparaître dans la nuit.

De retour chez elle, elle s'assit sur son lit. Son cœur battait encore tellement fort qu'elle avait l'impression qu'il cherchait à sortir de sa cage thoracique. Repassant mentalement le film de la course poursuite, elle se mit à rire, doucement d'abord, puis de plus en plus fort, prise d'une euphorie soudaine. Elle repensa au conducteur de la Ferrari. Sans le savoir, il lui avait redonné un peu de baume au cœur. Pendant quelques instants, grâce à lui, elle avait oublié qui elle était, elle avait laissé ses soucis derrière elle, et cela lui avait fait un bien fou.


Minefuji  (18.09.2013 à 14:49)

Chapitre cinq: soirée entre amies

16 novembre, 19 heures

Beckett quittait le poste et contrairement à ses habitudes, elle rentra chez elle directement pour se changer. Ses amies l'avaient invitée à sortir, la défiant d'oser refuser, ce qu'elle ne fit pas.
Malgré la fatigue, elle était insomniaque depuis tellement longtemps, qu'elle s'y était habituée, elle se disait que passer la soirée avec elles lui ferait du bien.

Madison était une amie du lycée, qu'elle ne voyait plus très souvent, mais avec qui elle s'entendait bien. Elles avaient fait les quatre cents coups ensemble et s'étaient plusieurs fois disputées le même amoureux. Puis, elles s'étaient un peu perdues de vue, lorsque Kate avait terminé le lycée et était partie à Stanford, mais s'étaient retrouvées, un peu par hasard au retour de Kate à New York.

C'est à ce moment là, également, qu'elle avait rencontré Lanie. Plus âgée de quelques années, la jeune métisse venait de terminer ses études de médecine et commençait une carrière de de légiste. Elles avaient très vite sympathisé et se voyaient aussi souvent que Kate le permettait. Depuis le meurtre de sa mère, la jeune femme recherchait souvent la solitude, ne laissant que très peu de gens l'approcher, et, Lanie, qui l'avait bien compris, avait décidé de veiller sur sa jeune amie autant que possible.

Avant de se rendre à sa soirée, Kate s'assura que son père aurait tout ce dont il pourrait avoir besoin. Elle lui prépara un plateau repas, et élimina toutes les bouteilles d'alcool qu'elle trouva dans les placards, même si elle savait qu'il en cachait certainement d'autres quelque part. Finalement, elle lui laissa un mot en évidence sur la table de la cuisine et se rendit dans la salle de bain.
Après s'être douchée, elle choisit des vêtements confortables, une tunique bleue, un peu bohème et un jean, puis elle quitta l'appartement "familial" et prit le chemin de celui de son amie Lanie.

                                                             ~~~~~~~

- Kate ! Te voilà enfin !

La jeune femme, qui venait de passer la porte d'entrée de l'appartement, sursauta en entendant la voix de son amie Lanie, qui arrivant telle une tornade, se saisit de son manteau et le fit glisser de ses épaules.

- Que fais-tu ? Demanda-t-elle.

- On va être en retard et tu n'es pas encore prête pour ce soir! expliqua Lanie en s'affairant.

- Je croyais que nous allions juste boire un verre et manger...

Lanie  secoua la tête, visiblement dépitée par sa réponse.

- J'ai oublié quelque chose? Demanda Kate en fronçant les sourcils.

- Tu es désespérante! Marmonna Lanie en la poussant vers sa chambre.

Elle ouvrit sa garde robe et commença à en sortir différentes tenues.

- Tu aurais pu choisir une plus jolie tenue! Quelle idée de mettre un jean et une tunique pour sortir!

- J'aime mes vêtements, ils sont confortables! Fit Kate en se laissant tomber sur le lit et en roulant des yeux.

- On ne s'habille pas pour une soirée avec des vêtements confortables! Toute ton éducation est à refaire ma parole!

- Une soirée!? Non! Ne me dis pas que tu m'as fait ça! Je n'ai pas envie de...

- Ne discute pas! Tu auras 20 ans demain et nous allons fêter cet événement dignement!

- Je n'ai pas envie de fêter mon anniversaire, bougonna Kate.

- Quoi? Mais tu n'es pas normale, ma parole! 20 ans! C'est important! Qui ne voudrait pas fêter ses 20ans?

- Bah... Moi! Lâcha Kate comme si c'était une évidence.

- Mais tu n'as pas ton mot à dire! Répondit Lanie en plaçant une robe de soirée devant son amie. Pas, après le mal que je me suis donnée pour avoir ces pass. Tiens! Essaye ça! Maddie a dit que ça serait à ta taille...

- Maddie? Elle est dans le coup, elle aussi?

- Étant donné que tu ne penses pas à toi, il faut bien que tes amies le fassent et nous ne sommes pas trop de deux pour ça!

Kate attrapa la robe en soupirant et se dirigea vers la salle de bain.

Quelques minutes plus tard, Lanie admirait le résultat.

- Wahhh! Kate! Tu es époustouflante! Lança-t-elle, tandis que son amie roulait des yeux. Mais dis-moi? Tu as encore maigri!

- ...

- Tu dois manger à chaque repas! Tu n'es pas raisonnable!

- Oui, Mam... Commença à répondre Kate avant de s'arrêter brusquement les yeux remplis de larmes.

- Honey... Murmura Lanie.

- Ça va... T'en fais pas, répondit Kate en ravalant ses larmes.

- Tu vas voir! Nous allons te faire passer la plus chouette des soirées!

- J'aurais préféré une soirée DVD... Et puis, je dois rentrer chez moi...

- Il se débrouillera bien tout seul cette nuit! Je suis sûre qu'il dort à poings fermés, répondit Lanie.

- Ouais... Dit plutôt qu'il cuve... Marmonna Kate.

- Écoute, chérie, cette soirée est la tienne, il faut que tu te détendes et que tu en profites, ce n'est pas sain de te refermer sur toi-même comme ça, la sermonna Lanie.

- Facile à dire.

- Allez, ne pense à rien, laisse-toi faire et profite de cette soirée! Assieds-toi là, je vais te maquiller, il faut faire disparaître ces horribles cernes, tu ressembles à un raton laveur!

Kate sourit doucement, et obéit, vaincue. La sonnette retentit, indiquant que son amie de lycée, Maddie venait d'arriver à son tour.

- Salut les filles! Dépêchez vous! Je ne voudrais pas manquer le début!

- Dit celle qui arrive en retard! Lança Lanie d'un ton sarcastique.

- Que veux-tu, j'avais un rendez-vous super important!

- Pour un boulot? Demanda Kate.

- Non! Bien sûr que non! Je n'ai pas encore fini mes études universitaires, moi! Il n'y a que toi, pour tout abandonner sur un coup de tête! Quel gâchis! Quand je pense que tu étais, et de loin, la meilleure de la classe, que tu as été acceptée à Stanford en avance et qu'une carrière exceptionnelle te tendait les bras!

- Je ne gâche rien du tout! J'ai juste ... changé de voie... J'aime ce que je fais!

- Sérieusement, Kate, tu as pris ta décision sans réfléchir! Fit Madison en s'énervant. Et puis, la police! Quelle fille sensée, avec de telles qualités intellectuelles et un physique de reine de beauté rêve de rentrer dans la police et mener la carrière de Colombo?!

Kate soupira et se leva pour se diriger vers la porte d'entrée, passablement énervée.

- Ça suffit! Ce soir, c'est la soirée de Kate, on avait dit qu'on ne parlerait pas de sujets qui fâchent! Coupa Lanie, en lançant un regard lourd de reproches à Madison. Quant à toi Beckett, tu n'as pas intérêt à nous planter là!

Kate s'arrêta et tourna la tête vers Lanie. Les poings sur les hanches et les sourcils froncés, la métisse avait l'air tellement menaçant, que Beckett capitula et revint auprès de ses amies, manifestant, toutefois, son mécontentement par un nouveau soupir très bruyant.

- J'aime mieux ça, fit Lanie en souriant.

- Ok! Bon pressons-nous!  On prend ma voiture? Proposa Madison.

- La mienne est plus grande, dit Kate. On pourra même mettre le gyrophare pour aller plus vite.

- Pas question! Intervint Lanie, je veux arriver en vie! Je monterai dans ta voiture, le jour où tu cesseras de rouler à tombeau ouvert!

- Et puis, ta voiture est une vraie poubelle, ajouta Madison.

- Quoi?! Elle est très bien ma voiture! S'offusqua Beckett prête à en découdre.

- Du calme, tempéra Lanie. On prendra la voiture de Madison, au moins je serai sûre que tu ne nous planteras pas là-bas et que nous aurons un moyen de transport pour rentrer.

- Qu'est ce qui te fais croire que je pourrais vous planter là-bas? S'inquiéta Kate. Les filles! Qu'est ce que vous avez manigancé?

- Rien du tout! Fit Lanie en attrapant son amie par le bras. On va passer une super soirée, tu vas voir. Allez c'est parti.

La métisse entraîna son amie à l'extérieur, sa prise était ferme, indiquant peu subtilement à cette dernière, qu'elle n'avait pas le choix et avait intérêt à se montrer docile. Madison les suivit et ferma l'appartement derrière elle.


Minefuji  (19.09.2013 à 18:10)

Chapitre six: soirée people

16 novembre 21 h, dans un loft du quartier de SoHo.

- Tu rentres à quelle heure papa? Demanda la petite rouquine à son père alors que celui-ci s'apprêtait à quitter le loft.

- C'est une soirée de promo, ma puce, tu sais que ça finit tard, ne m'attends pas. Ta grand-mère passe la nuit au loft, tu ne seras pas seule, tu peux dormir sur tes deux oreilles, répondit son père d'une voix rassurante.

- Papa! Je m'inquiète pour toi! Pas pour moi! Je sais que tu n'es pas très raisonnable à ce genre de soirée! Fit la fillette en croisant les bras.

- Alexis, tu n'as que sept ans! Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi !

- Je ne m'inquiéterais pas si tu étais aussi raisonnable que les papas de mes amies!

- Est-ce un reproche?

- Non, tu sais bien que tu es le plus cool des papas! Ceux de mes amies sont ennuyeux! Mais, tu ne sais pas être raisonnable quand tu vas à ces soirées!

- Je serai là à ton réveil demain matin et je te ferai des pancakes, c'est promis.

- Papa! Lança Alexis tandis qu'il se levait pour partir.

- Oui ma puce?

- Est-ce-que tu peux aller vérifier qu'il n'y a pas de monstre sous mon lit?

Il sourit.

- Oui ma chérie, allons vérifier ta chambre.

- Merci papa!

Après avoir vérifié sous le lit et dans le placard, Rick se tourna vers sa fille et dit:

- Voilà! J'ai regardé partout! Pas de monstre!

- Merci papa!

- Passe une bonne nuit mon ange.

- À demain papa.

- À demain chérie.

Rick donna un dernier baiser à sa fille, puis quitta le loft. Son téléphone portable sonna à ce moment là.

- Castle!

- ...

- Écoutez, Gina, je suis en chemin, faites patienter les fans, dites leur qu'il y a des embouteillages, ou que mon chauffeur a crevé... Je serai là dans vingt minutes.

- ...

- Eh oui, un caprice de star... Que voulez-vous, ma fille, même si elle est très mature, n'a que sept ans, je ne pouvais pas la laisser seule.

- ...

- Merci Gina.

Il raccrocha, rangea son téléphone dans la poche de son veston et monta dans la limousine qui l'attendait.

                                                       ~~~~~~~~

Frissonnante, Kate resserra son châle contre elle à la recherche s'un peu de chaleur supplémentaire. Cela faisait une demi-heure qu'elle faisait la queue dans le froid pour entrer dans l'hôtel de luxe où devait avoir lieu la soirée. La file d'attente devant elles paraissait interminable.

- On va mourir de froid dans ces tenues! On devrait rentrer chez Lanie, dit-elle en claquant des dents.

- N'y pense même pas! Menaça celle-ci.

- Regarde! Ils ont ouvert les portes, dans dix minutes, on sera à l'intérieur, annonça Madison.

- Ou transformées en glaçons, siffla Beckett.

- Tu veux bien arrêter de râler? Demanda Lanie.

- Pour ça, il aurait fallu me laisser passer une soirée tranquille, dans un bain bien chaud, avec un verre de vin et un bon roman! C'est ça, pour moi, une bonne soirée.

- Ce que tu peux être rabat-joie! Souffla Madison.

- La surprise qu'on t'a préparée est bien mieux qu'une soirée à barboter dans la baignoire, ajouta Lanie en poussant son amie vers l'entrée, que les agents de sécurité venait d'ouvrir.

Dix minutes plus tard, Kate et ses amies se trouvaient dans une salle de réception bourrée de monde. Les journalistes étaient à l'affût et semblaient attendre la star de la soirée.

- Qu'est ce qu'on fait là? Une soirée people? Pour mon anniversaire? Sérieusement les filles? Demanda Kate en leur lançant un regard noir.

- On a eu du mal à avoir ces pass, alors ne fais pas ta mauvaise tête! Prévint Maddy.

- Et attends de voir la personne qu'on est venu voir ce soir avant de râler! Continua Lanie.

- Mmh.

Soudain, les flash se mirent à crépiter et la foule s'agglutina aux abords de la salle. Lanie et Maddy attrapèrent Kate par les bras et se frayèrent un chemin vers l'allée où la star devait passer. Kate pestait tandis qu'elle se faisait bousculer de tous les côtés, avant d'apercevoir la personne que tout le monde attendait.

Elle se figea, reconnaissant immédiatement celui, qui sans le savoir égayait ses soirées solitaires. Richard Castle avançait sous les flash, deux femmes sublimes à ses bras. L'une aussi blonde que l'autre était brune, elles se pavanaient fièrement aux bras de l'écrivain. Kate, qui ne pu s'empêcher de leur trouver un air de greluche, reporta son attention sur Castle. Grand, beau, athlétique, il avait un sourire à tomber. Elle se surprit à admirer ses cheveux s’imaginant passer sa main dedans, alors qu'elle l'embrasserait de manière fougueuse.  

Il portait un costume de chez Armani ainsi que des lunettes noires, certainement hors de prix elles aussi. Souriant, saluant les journalistes et les fans d'un hochement de tête, il semblait très heureux de l'attention qu'on lui portait. Il était magnifique, plein de prestance et vraiment trop craquant, son fantasme en chair et en os, songeait Kate en ouvrant légèrement la bouche.

- C'est... Balbutia-t-elle.

- Richard Castle! Ton auteur préféré! Compléta Lanie.

- Ça t'en bouche un coin! Fit Maddy ravie de voir enfin un sourire éclairer le visage de son amie.

- Oui... Euh... Wahhh! Richard Castle!

- Hey! N'oublie pas de respirer! Conseilla Lanie.

- Et puis, essuie la bave, là! Au coin de ta bouche! Ajouta Maddie. Aïe! Quelle violence!

- Ferme-la! Siffla Beckett qui venait de lui asséner un coup de pied.

La soirée commença  par la lecture d'un passage du nouvel opus de la série phare de l'auteur. Kate, qui était comme hypnotisée, buvait les paroles de l'écrivain. Puis vint le moment des dédicaces et de la soirée proprement dite.

Le champagne coulait à flots et les serveurs proposaient des petits fours aux invités. Une file de fans se pressait devant Castle, dans l'espoir d'obtenir une dédicace.

- Où est Maddy? Demanda Kate en se tournant vers Lanie.

- Elle voulait avoir une dédicace.

- Ne me dis pas qu'elle va lui demander de signer sur sa poitrine comme ces bécasses sans cervelle!

- Serais-tu jalouse?

- Pas du tout! C'est juste que je trouve ça dégradant!

- Tu ne vas pas demander un autographe?

- Non, je n'ai pas encore son dernier roman... Et puis, tu as vu cette foule?

- Je croyais que tu adorais cet auteur! Que tu le trouvais sexy...

- Ça, pour être sexy...

- Essaye de l'approcher, suggéra Lanie.

- Je ne vais tout de même pas faire comme ces idiotes et lui coller ma poitrine sous le nez pour attirer son attention!

- Allez! On n'a pas tous les jours l'occasion de rencontrer son fantasme! Déride-toi un peu, ma grande!

- Oui, et bien les fantasmes... Devraient rester des fantasmes! Affirma Kate têtue.

- La plupart des gens normaux rêvent d'assouvir leurs fantasmes!

- Ah oui? Eh bien pas moi! Et puis... On n'est pas du même monde!

- Que tu es compliquée! Je ne te parle pas de l'épouser! Juste une partie de jambes en l'air... Ça te ferait du bien!

- Pffff...

Un peu plus loin, Castle attrapa le roman que lui tendait  une magnifique jeune femme blonde d'une vingtaine d'années.

- Alors, à qui dois-je dédicacer ce roman demanda l'écrivain en souriant.

- À Kate. Ce roman est pour Kate.

- Un très joli prénom pour une jolie jeune femme, fit-il d'un air charmeur.

Elle rit.

- Ce n'est pas moi Kate, je suis Madison!

- Alors ce roman est pour qui? Votre mère?

- Mon amie! C'est une de vos plus grandes fans, vous savez.

- Elle n'a pas pu venir?

- Si, elle est là! Mais elle n'est pas très à l'aise dans ce genre de soirée. C'est la jolie brune là-bas, qui discute avec la jolie métisse.

Il porta son regard dans la direction indiquée par la jeune femme et s'arrêta un instant, subjugué par la beauté naturelle de la demoiselle. Plutôt grande, la silhouette gracile, il émanait d'elle un charme naturel, il crut voir un ange. Et puis la robe qu'elle portait mettait en valeur son corps parfait. Des jambes interminables, une taille fine et une de ces paire de fesses... Wahhh!

Finalement, il reprit ses esprits et dédicaça le livre avant de le rendre à Maddie, il y avait beaucoup d'autres jeunes femmes qui attendaient une dédicace. Et il était hors de question qu'il ne satisfasse pas une demande de signature corporelle! Ses fans à ce niveau là, ne manquaient vraiment pas d'imagination.

Madison le remercia et s'empressa de rejoindre ses amies.

- Tiens! Joyeux anniversaire! Lança Maddie à son amie en lui tendant le roman dédicacé.

- Merci... C'est vraiment très gentil... Répondit Kate émue.

- De rien! Tu aurais dû y aller toi-même, il a l'air vraiment sympa...

- Je sais, il est très gentil avec ses fans, répondit Kate en lisant la dédicace. " Pour un ange.  Rick Castle"

Elle rougit légèrement et releva la tête pour observer l'écrivain. Une brunette délurée venait de lui coller sa poitrine sous le nez et il s'apprêtait à signer dessus en souriant. Elle roula des yeux et se retourna vivement, énervée.    

                                                          ~~~~~~~~~~~

La soirée était déjà bien entamée. Maddie et Lanie semblaient avoir oublié la présence de Kate, trop occupées à discuter avec deux jeunes apollons qui les avaient accostées une heure plus tôt. Cette dernière regardait sa montre toutes les trente secondes et semblait vouloir quitter cet endroit le plus vite possible. Elle tenait contre elle le livre que Maddie lui avait offert en revenant de la séance de dédicace. C'était sans doute un des plus beaux cadeaux d'anniversaire qu'elle avait reçus... Le seul cette année, avec cette soirée.

Elle tenta de faire la conversation avec un homme qui venait de l'aborder, mais son regard insistant vers son décolleté l'énerva rapidement. Elle se dirigea alors vers son amie Lanie l'attrapa par le poignet et explosa:

- On va rester encore longtemps ?

- De quoi te plains-tu? La soirée est géniale! Profite!

- Je veux rentrer!

- Ah non! Pas question! Ce beau spécimen est sous mon charme et je ne vais pas m'en priver!

- Bon! Fais comme tu veux! Je rentre! Dis à Maddie que je vous appellerai demain!

- Kate! Amuse-toi pour une fois! Cria Lanie tandis que son amie s'éloignait en faisant de grands gestes en signe d'agacement. Le dragueur revint à la charge, ce qui acheva d'énerver Kate, qui se détourna brusquement pour se diriger vers la sortie.

Ne regardant pas devant elle, elle ne vit pas la personne qui venait de quitter le buffet, deux verres de champagne à la main.  La collision était inévitable, elle eut lieu avec pertes et fracas!

Levant les yeux vers le visage de la personne pour s'excuser de sa maladresse, Kate se figea. Ses yeux marron-verts se retrouvèrent  happés par un regard bleu-océan. Richard Castle. Cet homme était si… charismatique. Son fantasme personnifié se tenait à quelques centimètres d'elle. Elle était troublée, une vague de chaleur s'empara de tout son corps, le temps sembla s'arrêter. Soudain, elle réalisa qu'il n'avait pas l'air ravi, même pas content du tout !

Elle baissa alors les yeux pour constater les dégâts qu'elle avait causés et regarda son costume en grimaçant. Elle venait de lui ruiner une tenue qu'elle mettrait sans doute plus d'un an à rembourser s'il le lui demandait.  Se confondant en excuses, elle tendit le bras vers le buffet afin de récupérer des serviettes pour l'aider à s'essuyer. Elle s'énervait toute seule et frôlait la crise de panique. Ce qui fit sourire l'écrivain, qui la trouvait adorablement amusante. Leurs mains s'effleurèrent, tandis qu'il lui assurait que ce n'était grave, qu'il commettait ce genre de bévue quotidiennement.

C'est à ce moment que son éditrice et son agent apparurent et vinrent l'alpaguer afin de l'emmener changer de costume. Kate sentit alors quelqu'un lui attraper le bras, un gars de la sécurité l'entraînait vers la sortie. Castle voulut  protester, mais Gina et Paula l'en empêchèrent.

- Quelle maladroite! Elle ne pouvait pas regarder devant elle? Râlait Gina.

- Elle ne l'a pas fait exprès, tempéra Castle.

- Qu'est ce que tu en sais? Tes fans sont tellement prêtes à tout pour t'approcher, que ça ne m'étonnerait pas. Tu te rends compte, elle aurait pu te blesser!

- N'exagère pas, quand même! C'est juste un peu de champagne renversé.

- Il y a des cinglés partout, mon cher Richard! Je ne voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose.

- C'est à l'homme que tu parles où à la poule aux œufs d'or qui remplit ton compte en banque? Provoqua Castle.

- Finalement, je vais te laisser te débrouiller tout seul, cracha Gina outrée en s'éloignant.

- Tu as été dur là! Dit Paula.

- Je sais... Je ne sais pas ce qu'il m'a pris. Soupira Castle.

- Achète-lui un bijou, ça devrait la calmer. Bon! Allons dans la salle près du vestiaire, j'y ai déposé un costume de rechange.

- Merci, Paula! Que ferai-je sans toi?

- Sans doute encore plus de bêtises qu'en ce moment, soupira-t-elle.

                                                              ~~~~~~~~~~~

Une fois sur le trottoir, Kate se défit de la prise du garde du corps en pestant. Ce dernier, constatant l'état d'énervement dans lequel elle se trouvait, préféra retourner à son poste, sans dire un mot, il avait déjà eu bien du mal à l'entraîner dehors sans déclencher de scandale.

Elle frissonna et jura en se rendant compte que son châle était resté à l'intérieur. Dépitée par cette fin de soirée catastrophique, elle se dirigea vers une bouche de métro afin de rentrer chez elle. Tant pis pour Lanie et Maddie, elle leur expliquerait le lendemain. C'est alors, qu'elle s'aperçut qu'elle n'avait pas un dollar sur elle. Gelée et énervée, elle leva les yeux au ciel en poussant un cri se frustration et fit demi tour pour revenir sur ses pas.

N'ayant aucune envie de retourner au milieu de cette foule, elle s'installa sur le bord du trottoir et commença à lire son livre en attendant le retour de ses amies pour rentrer. Vêtue comme elle l'était, elle ne tarda pas à éternuer. Quelqu'un posa alors une veste sur ses épaules.

- Très bon choix de lecture! Mais vous devriez trouver un autre endroit pour lire, vous allez attraper une pneumonie à rester ici par ce froid, dit une voix derrière elle.

Elle leva la tête et retint sa respiration en reconnaissant une nouvelle fois son fantasme.

- ...

- Que fait une si jolie jeune femme dehors par ce froid? La soirée ne vous plaît pas?

- La soirée est très bien, c'est seulement moi qui n'aime pas trop la foule... Et puis... Ce gorille ne m'a pas vraiment laissé le choix, dit-elle, une fois qu'elle avait retrouvé ses esprits, en désignant le type de la sécurité.

- Je vais le faire renvoyer, affirma-t-il.

- Non! Surtout pas! Il ne faisait que son travail! Paniqua-t-elle.

Il rit, elle était vraiment adorable et tellement naturelle!

- Ok. Il a de la chance que vous ne soyez pas rancunière. Venez, retournons à l'intérieur.

- ... Euh... Non merci!

- Vous ne voulez pas? Elle secoua négativement la tête.

- J'ai eu ma dose de foule pour la soirée...

- Dans ce cas, pourquoi ne rentrez vous pas chez vous?

- J'ai oublié mon porte-monnaie chez mon amie, je n'ai pas un dollar sur moi, je ne peux même pas prendre le métro.

- Et c'est tant mieux! Elle le regarda d'un air interrogateur.

- Ce n'est pas prudent pour une jeune femme de prendre le métro seule à une heure pareille!

Elle sourit.

- Les voyous et les tordus ne me font pas peur.

- Ah non?!

- Non. Je maîtrise le kick boxing et le self défense.

- Sérieusement!?

- Eh oui! Je peux vous faire une démonstration si vous le désirez.

- Sans façon! Je préfère expérimenter d'autres activités physiques avec une femme telle que vous.

Elle baissa la tête en rougissant.

- Je crois que je ferai mieux de rentrer à pieds, dit-elle en se levant et en lui tendant sa veste.

- Vous êtes sûre? On aurait pu aller terminer la soirée quelque part, suggéra-t-il.

- Pour que vous m'ajoutiez à la liste de vos conquêtes?

- J'aurais plutôt pensé le contraire... On se serait bien amusés!

Elle le regarda un instant dans les yeux, mordant sa lèvre inférieure, puis approcha son visage de l'oreille de l'écrivain pour lui susurrer:

- Vous n'avez pas idée!

Puis, elle s'éloigna en souriant, fière de sa répartie. Castle l'observa un instant, admiratif de son audace.

- Attendez, je ne vais pas vous laisser rentrer seule, dit-il en faisant signe à un taxi.

- Je ne peux pas accepter! Protesta-t-elle, tandis qu'il lui ouvrait la portière et la poussait gentiment à l'intérieur.

- Je mettrai ça sur votre note, avec le prix du pressing, répondit-il un sourire charmeur sur les lèvres et en jouant des sourcils.

- ...

Elle le regarda s'éloigner, la bouche ouverte, décidément elle avait dû être un poisson rouge dans une autre vie, estomaquée par ce qu'il venait de lui dire.

- Où va-t-on? Demanda le chauffeur en se tournant vers elle.

- Euh... Greenwich Avenue...

Le taxi démarra, tandis que son regard se tournait une dernière fois vers la porte de l'hôtel où avait disparu l'écrivain.

                                                             ~~~~~~~~

De retour chez elle, Kate rangea ses chaussures dans l'entrée. Puis, elle pénètra dans sa chambre, accrocha soigneusement la robe de Madison sur un cintre, déposa son précieux livre sur sa table de chevet, avant d'aller prendre une douche. Elle  passa, ensuite,  un tee-shirt ample et un short comme tenue de nuit.

Enfin,  elle se rendit dans le salon, où elle trouva, comme chaque soir, son père avachi dans le canapé. Elle ramassa les canettes et bouteilles vides qui jonchaient le sol, puis hissa sur ses épaules, au prix d'un effort surhumain, l'homme qui gisait sur le sol.

- Kathiiii, marmonna-t-il dans le langage commun à tous les ivrognes.

- Oui, c'est moi papa. Allez, viens, tu seras mieux dans ton lit.

-.... Tuuuu étaiiiis passsssééée?

- Je te l'ai dit papa! Je suis sortie avec Lanie et Maddie. Tu n'as pas vu mon mot sur la table?

- Tuuuu m'abandonnn toiiii aussiiiii..

- Tu sais bien que non! Personne ne t'a abandonné... à part toi-même. Allez! Dors! Dit-elle en le poussant sur son lit.

L'homme se rendormît dès que sa tête toucha l'oreiller. Kate remonta la couverture sur ses épaules et retourna dans sa chambre. Elle s'installa confortablement dans son lit, attrapa le livre que lui avait offert son amie un peu plus tôt, et se plongea dans sa lecture, en souriant.


Minefuji  (20.09.2013 à 18:40)

Chapitre sept: joyeux anniversaire

17 novembre

 Il était tôt. La nuit avait été courte, encore une fois, mais paradoxalement reposante. Cependant, le bien être de Kate ne dura pas. 17 novembre. La réalité la frappa de plein fouet.
 Elle ne s'était jamais sentie aussi seule pour son anniversaire que depuis que sa mère n'était plus là. Johanna était un rayon de soleil qui illuminait la vie de ceux qui l'entouraient. Depuis son décès, Kate avait l'impression de vivre dans les ténèbres, mais elle serrait les dents. Elle n'avait pas le choix. Elle ne pouvait pas s'apitoyer sur son sort. Machinalement, elle prépara des pancakes, des œufs, du bacon, des gaufres... Comme avant.
Des pas se firent entendre dans le couloir. Il était levé.

- Bonjour! Dit-elle de la voix la plus enjouée possible.

Il marmonna un vague bonjour en guise de réponse.

- J'ai préparé le petit déjeuner!

- Pas faim.

Il se dirigea vers la cafetière, se servit une tasse de café noir, qu'il avala d'une traite, puis quitta la cuisine. Elle sursauta en entendant la porte d'entrée claquer. Son cœur se serra. Elle lutta contre les larmes qui lui montèrent aux yeux et rangea tout ce qu'elle avait préparé. Peut-être en voudrait-il plus tard.

Étouffant dans cet appartement vide, elle décida de sortir, elle aussi.
Elle enfila une veste de survêtement et ses chaussures de sport, puis sortit à son tour.
Dehors, le vent glacé lui pinçait les joues. Elle courut le long de River Park, les joggeurs étaient déjà nombreux. Elle en dépassa beaucoup, elle ne ménageait pas sa course, elle fila le plus vite qu'elle pouvait. Elle voulait laisser sa douleur et sa solitude derrière elle.

Son rythme cardiaque s'accéléra, ses poumons lui brûlaient, elle n'en avait cure. Elle ignora sa douleur. Tout ce qu'elle voulait c'était oublier. Oublier ces mois de cauchemar, oublier la déchéance de son père, oublier le manque cruel de celle qui était son modèle, oublier son incapacité à trouver celui qui lui avait fait ça, son incapacité à redonner une raison de vivre à son père.

Elle courait. Elle oubliait le temps, elle s'oubliait elle même. Elle oubliait son corps, la douleur dans sa poitrine qui lui hurlait d'arrêter cette course effrénée.
Finalement, c'est une pierre au milieu du chemin qui brisa son élan de façon brutale. Elle chuta lourdement, ses genoux et ses mains lui faisaient mal.  Se relevant péniblement, elle alla s'assoir sur un banc. Elle ne pût que constater les dégâts, ses mains étaient bien écorchées,  de même que ses genoux. Son pantalon était fichu. Étrangement, la douleur physique semblait éloigner celle de son cœur.
Elle nettoya les dégâts à l'eau d'une fontaine et se désaltéra. Sa vue se troubla et ses oreilles se mirent à bourdonner, elle était allée trop loin, elle avait présumé de ses forces. Elle s'allongea dans l'herbe, attendant que le malaise passe.

Soudain, une petite main apparut devant ses yeux. Elle tourna la tête et se retrouva happée par un regard océan qu'elle avait déjà rencontré, quelques heures auparavant... Même s'il était assez différent.

- Ça va?

- ...

C'était une petite fille, une petite fille aux cheveux roux qui s'inquiétait de son état. Elle aurait voulu lui répondre, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Elle se contenta de l'ouvrir et de la fermer, comme un poisson hors de l'eau.

- ALEXIS!

La rouquine se retourna vers l'homme qui venait de l'appeler.

- Je suis là, Papa!

- Ma puce! Tu m'as fait peur! Je t'ai déjà dit de ne pas t'éloigner de moi quand il y a du monde!

- Mais elle vient de tomber. Elle s'est fait mal. Je ne pouvais pas la laisser comme ça! En plus elle est désorientée, je me demande si elle ne s'est pas cogné la tête. Elle fait un malaise.

- Non! Ça va! Je ne me suis pas cogné la tête! Intervint Kate qui venait brutalement de reprendre ses esprits en reconnaissant Richard Castle.

Il posa son regard sur la jeune femme.

- On s'est déjà vu, non?

- Euh...

"Bravo ma grande, on dirait une demeurée!" Se morigéna intérieurement la jeune femme.

- J'y suis! La soirée de promo!

- Vous vous souvenez de tous ceux qui viennent à vos soirées? S'étonna-t-elle en se redressant légèrement.

- Seulement celles qui ruinent mon costume Armani à 6000$.

- Je suis désolée! Je vous rembourserai! Et le taxi aussi!... Enfin... Ne soyez pas trop pressé!

- N'en faites rien! Ma maison d'édition prendra en charge le pressing! Et le taxi, bah, je considère que c'était le prix à payer pour avoir la conscience tranquille, je n'aurais vraiment pas aimé vous imaginer toute seule dans le métro, dans cette sublime tenue, qui plus est.

Elle rosit légèrement.

- Alors, voyons voir ces blessures... Reprit Castle.

- Non, ça va aller! Ce ne sont que des égratignures! S'empressa-t-elle de répondre tandis qu'il se penchait pour examiner ses genoux.

Un nouveau vertige la prit, l'obligeant à se rallonger.

- Ce qui est sûr, c'est qu'il faut désinfecter! Et puis vous êtes plus pâle qu'un cadavre!

- Je le ferai en rentrant chez moi, ne vous inquiétez pas. Il me faut juste quelques minutes...

- Il n'en est pas question! Je vous ferai reconduire chez vous, une fois que vous aurez retrouvé des couleurs! Vous êtes sous ma responsabilité maintenant! Venez! Pouvez-vous vous lever?

- Oui, bien sûr!

Elle se releva seule. Une nouvelle fois, la tête lui tourna, elle vacilla et ce furent les bras de Castle qui la rattrapèrent.

- Je vois ça, oui! Alexis! Appelle le médecin, qu'il vienne au loft, dit-il à sa fille en lui tendant son portable.

- Non! Ça va aller!

- Écoutez, il ne faut pas prendre votre santé à la légère! Le médecin va vous examiner! Ceci est non négociable!

Elle ne répondit rien et rendit les armes. Pour la première fois depuis longtemps, elle décida de laisser quelqu'un prendre les commandes, le temps qu'elle reprenne pied.
Castle la soutint pour avancer et arrêta un taxi. Une fois au loft, il l'aida à s'asseoir sur le canapé.

- Le médecin ne va pas tarder. Vous voulez quelque chose? De l'eau, un jus de fruit...

- Non, merci. Je voudrais juste aller aux toilettes.

- Je vais vous indiquer le chemin, dit Alexis en la prenant par le bras.

- Merci.

Elle avait à peine fait trois pas qu'elle s'écroula à bout de force et sombra dans une semie inconscience.

- PAPA! S'écria la fillette.

Il était déjà là, il tapota les joues de la jeune femme pour la faire revenir à elle.

- Mademoiselle! Mademoiselle! Réveillez-vous!

Ses yeux s'ouvrirent doucement avant de se refermer.

- Hey! Paniqua l'écrivain en tapotant ses joues de plus belle. Non mais regardez ce que vous me faites faire! Moi qui n'avait jamais levé la main sur une femme!

- Papa, je ne crois pas que tu vas la réveiller avec tes traits d'humour! Dit Alexis.

- T'as une meilleure idée? Une douche froide peut-être...

La fillette secoua la tête.

- Il faudrait des sels de pâmoison, ils font ça dans les films!

- Oh bah oui, j'en ai justement dans mon placard, à côté du poivre! Fit Rick ironique.

La sonnette retentit, mettant fin à la discussion. Le médecin venait d'arriver. Il examina la jeune femme que Castle avait étendue sur le canapé.

- C'est une belle crise d'hypoglycémie! Lança-t-il tandis que sa patiente revenait doucement à elle.

Il fallut quelques minutes à la jeune femme pour reprendre ses esprits. Regardant autour d'elle, elle se redressa brutalement en reconnaissant Castle et sa fille. Le médecin la repoussa doucement sur le canapé, lui intimant l'ordre de rester tranquillement allongée pendant un moment.

- Depuis quand n'avez vous rien mangé? Demanda-t-il.

- ... Je ... Je ne sais pas... Soupira-t-elle.

- À quand remonte votre dernier repas? Hier?

Elle fronça  les sourcils, faisant ressortir une veine sur son front. Elle repassa le film de ces derniers jours dans sa tête.

- Mardi! ... J'ai mangé avec mon amie Lanie, mardi! Affirma-t-elle, heureuse de pouvoir lui donner une date qui ne soit pas trop ancienne.

- Ce n'est pas raisonnable! Cela fait trois jours sans manger! Vous êtes jeune et toute menue! Vous n'avez pas besoin de vous rendre malade! Vous êtes parfaite telle que vous êtes.

 Elle le regarda avec incompréhension. De quoi parlait-il? Il pensait qu'elle voulait garder la ligne?

- Non... C'est juste que... J'ai oublié...murmura-t-elle confuse.

- Comment peut on oublier de manger? Fit le médecin incrédule. Vous êtes étudiante, n'est ce pas? C'est le stress des examens? Vous devriez rentrer chez vos parents quelques temps, ils prendront soin de vous et vous n'aurez plus qu'à vous soucier de vos études.

Un voile de tristesse passa sur le visage de la jeune femme, mais il fut si fugace que personne ne le remarqua. Le médecin soigna les écorchures de ses mains et de ses genoux, puis lui fit ses dernières recommandations.

- Vous devez manger. Même en petites quantités! Si vous continuez ainsi, vous finirez à l'hôpital. C'est compris? En attendant, restez allongée et reposez-vous! Ce grand gaillard, derrière moi va vous préparer quelque chose, il ne se débrouille pas trop mal dans une cuisine.

- Merci docteur, murmura la jeune femme.

Il se tourna vers Castle.

- Nourris-la et veille bien à ce qu'elle tienne debout, avant de la ramener chez elle.

- Je n'y manquerai pas. Merci Todd!

Une fois que le médecin fut parti, il se tourna vers Kate et sa fille et lança :

- Si nous le prenions ce déjeuner?

- Oui! Pancakes! S'écria la petite.

- Pancakes! Reprit-il euphorique.

Il se dirigea vers la cuisine, ne laissant pas à Kate le temps de protester et entreprit de préparer un brunch gargantuesque. La rouquine vint s'assoir près de la jeune femme.

- Je m'appelle Alexis!

- Kate, répondit celle-ci en esquissant un sourire.

- Mon père s'appelle Rick. Il est écrivain. Vous connaissez Richard Castle?

- Oui, j'ai lu plusieurs de ses romans.

- Il a écrit beaucoup de best seller, mais je n'ai pas encore le droit de les lire. Il faut être plus âgé... Vous avez quel âge?

- J'ai vingt ans...

- C'est chouette d'avoir vingt ans! On peut faire ce qu'on veut! Moi, je viens d'avoir sept ans! J'ai eu sept ans en octobre! Et vous? C'est quand votre anniversaire?

- Euh...C'est... C'est aujourd'hui, murmura la jeune femme.

Rick, qui écoutait la conversation d'une oreille distraite, tourna la tête vers elle.

- Eh bien! Ça se fête! S'exclama-t-il!

- Bon anniversaire! S'écria alors la jeune Alexis d'une voix enjouée, avant de se jeter dans les bras de Kate.

La jeune femme était troublée, ce qui n'échappa pas à Rick. Lui aussi, d'ailleurs était troublé, même si c'était pour une toute autre raison. Elle l'intriguait. Il émanait d'elle un mélange, à la fois de force et de fragilité. D'un côté, on avait envie de la protéger, d'un autre, on craignait de se faire démonter royalement si jamais on osait esquisser un geste un peu trop familier envers elle.

 Lorsqu'ils se mirent à table, Rick lui tendit l'assiette, qu'il lui avait préparée, il avait placé une bougie sur la pile de crêpes recouverte de sirop d'érable et de crème chantilly.

- Faites un vœu.

Son sourire s'agrandit, il ne parvint pas jusqu'à ses yeux, mais il fit illusion.
Elle ferma les yeux et souffla la bougie, sous les cris de joie du père et de la fille, qui entamèrent le refrain coutumier dans une cacophonie exemplaire. Kate se mit à rire et applaudit leur prestation chaleureusement.


Le repas fut très agréable et la jeune femme arriva même à rire aux pitreries de l'écrivain et de sa fille, qui semblaient être des experts en la matière.
Ainsi, ce qui avait démarré comme une des pires journées de sa vie, lui procura quand même des moments de joie.

- Papa! S'écria la fillette, tandis que son père amenait la bombe de crème chantilly à sa bouche.

- Quoi?

- Ça ne se fait pas!

- Oh! Pardon! Vous en voulez? Ouvrez la bouche, dit-il à Kate en dirigeant la bombe vers elle.

- Euh... Non... Merci.

- Tant pis, alors, fit-il en se vidant une bonne partie du flacon à même la bouche.

- Papa! Tu es incorrigible! Notre invitée va finir par croire que tu ne sais pas te tenir.

- J'fais c'que je veux d'abord! Marmonna-t-il la bouche pleine.

Kate regarda sa montre, il était déjà deux heures de l'après-midi, elle n'avait pas vu le temps passer.

- Bien! Je ne vais pas m'imposer plus longtemps, merci beaucoup, pour tout, dit-elle en se levant de sa chaise.

- Oh! Vous partez déjà... Soupira Alexis.

- Oui, il faut que je rentre, merci encore pour votre aide, répondit Kate en adressant un sourire à la fillette.

- Prenez soin de vous! Dit Rick en lui serrant la main. Mais attendez! Je vais vous raccompagner!

- Non! ça ira! Merci, monsieur Castle. Au revoir Alexis et merci!

- Appelez-moi Rick! Et laissez-moi au moins vous appeler un taxi! Je m'en voudrais s'il vous arrivait quelque chose!

- D'accord. Merci.

- Il y a quelqu'un chez vous? Je veux dire... Ce n'est pas prudent que vous restiez seule, après votre malaise...

- Ça ira, il y a mon père! Et je vous promets de penser à manger!

- J'espère bien! Au revoir, Kate.

- Au revoir Kate! Ajouta Alexis.

- Au revoir vous deux, répondit-elle en souriant, avant de quitter le loft.

                                                              ~~~~~~~~~~~

Ce déjeuner chez les Castle lui avait fait du bien, elle avait repris des forces.  De retour chez elle, elle était prête à se montrer forte, à tenir bon, pour eux deux.
Elle entra dans le salon. Il était là, au milieu des albums photos, une bouteille de whisky à portée de main.

- Papa, regarde dans quel état tu es, ça empire de jours en jours, maman ne...

- Ne me parle pas de ta mère, la coupa-t-il sèchement.

- Papa... Murmura-t-elle, tu te fais du mal.

Elle lui prit la bouteille et alla la ranger.

- Rends-la moi! Protesta-t-il.

- Secoue-toi! Tu n'as pas besoin de ça!

- Qu'est ce que tu en sais?

- Je souffre moi aussi, et je ne bois pas! Claqua-t-elle.

- Tu parles! Tu l'as oubliée!

- Tu sais bien que non!

- Tu es une fille ingrate! Tu l'as oubliée! Tu sors, tu ris! Cracha-t-il en se levant brutalement, balançant un violent coup de pied dans la table basse au passage.

- Tu ne peux pas me reprocher de vivre! S'offusqua-t-elle.

- Comment peux-tu vivre sans elle? C'est impossible! Je voudrais être mort moi aussi! Je n'ai plus aucune raison de vivre!

- Papa! Ne dis pas ça! Je suis là, moi! Bats-toi pour moi! Elle ne reviendra pas, mais toi, tu dois vivre! Je suis là, moi!

Elle lui attrapa le bras pour appuyer sa supplique, elle aurait tant voulu qu'il la serre dans ses bras pour la réconforter comme lorsqu'elle était petite fille. L'étreinte ne vint pas, il se dégagea d'un geste brutal, l'envoyant heurter violemment contre le mur.
Les yeux agrandis par la stupeur, elle resta silencieuse.

- Pardon! Je ne voulais pas... S'excusa-t-il, effrayé par la portée de son geste.

Il leva doucement la main vers elle, elle le regardait, laissant venir le geste tendre qu'elle attendait depuis si longtemps. Il la regarda dans les yeux, les yeux de Johanna. Son cœur se serra, il arrêta son geste. C'était trop dur, il aimait sa fille, elle était son rayon de soleil depuis le jour, où il avait posé le regard sur elle, il y avait de cela presque vingt ans. Elle avait la beauté de sa mère. Il en avait toujours été ravi et très fier. La voir grandir, jour après jour, devenir une magnifique jeune femme, accentuant sa ressemblance avec Johanna, l'avait comblé. Mais, aujourd'hui, ce qui faisait sa joie autrefois, ne faisait que lui rappeler la perte cruelle de celle qu'il aimait.
Incapable d'aller plus loin, il se détourna d'elle et se dirigea  vers la cuisine. Il attrapa la bouteille de whisky et la porta à ses lèvres.

Malgré les larmes qui menaçaient  de couler, malgré la douleur de son cœur qui saignait de ne pouvoir suffire au bonheur de son père, elle rassembla son courage,  lui arracha la bouteille des mains et laissa sortir sa colère.

- Je ne te laisserai pas te détruire, cracha-t-elle. Tu l'as peut-être oublié, mais moi, je suis toujours là! J'ai besoin de toi! Tu fais comme si tu étais le seul à souffrir, mais dans cette histoire, tu n'as perdu que ta femme! Moi, j'ai perdu mes deux parents! Je suis au bout du rouleau, papa! J'ai besoin de toi! Arrête de t'enfermer dans ton malheur!

Elle s'approcha de l'évier, vida le contenu de la bouteille dedans, et avant de quitter la pièce, ajouta:

- J'ai vidé toutes les bouteilles, il n'y a plus une goutte d'alcool ici. Tu ferais bien de dormir un peu! Si tu me cherches, je serai dans ma chambre!

Il la regardait hébété, la colère de sa fille semblait lui avoir ramené ses esprits.

- Pourquoi tu me parles aussi méchamment Katie?

- Pourquoi? Sais-tu quel jour on est?

- ...

- Non, bien sûr! Je n'existe plus pour toi. Quand vas-tu te rendre compte que je suis là, bien vivante et que j'ai besoin de toi? Tu ne sais même pas ce que je fais! Je pourrais aussi bien me droguer ou me prostituer, tu t'en ficherais!

Sur ce, elle entra dans sa chambre en claquant la porte. Elle s'installa sur le rebord de la fenêtre et laissa son regard se perdre dans la contemplation du paysage urbain. Repensant aux événements de sa matinée, elle sourit au souvenir de la complicité de Castle et sa fille. Elle avait connu ça. Bien sûr, Jim n'avait jamais été aussi déluré que l'écrivain, mais il avait été un père attentionné et proche d'elle, comme Castle l'était avec sa fille. Elle aurait tellement aimé qu'il le restât, son père lui manquait.
    
Une bonne heure plus tard, Jim entra dans sa chambre après avoir toqué sans obtenir de réponse.

- Comment ça va? Demanda-t-il doucement.

- Ça t'intéresse? soupira-t-elle.

- Oui, évidemment, tu es ma fille.

Elle aurait voulu lui envoyer une remarque cinglante pour les soirées et les week-end qu'elle passait dans la plus grande solitude depuis si longtemps, mais ravala sa rancune pour ne pas l'accabler.

- Je vais bien.

 Il lui tendit un petit paquet.

- Qu'est ce que c'est?

- Ta mère voulait te l'offrir pour ton vingtième anniversaire. Elle a préparé le paquet depuis des années déjà.

- Tu n'as pas oublié...?

- Si... Et j'en suis désolé...

- Alors... Comment...?

- Le répondeur. Ton amie Maddie a laissé un message pour toi. Elle chantait à tue tête " joyeux anniversaire" elle avait l'air un peu éméchée... Il y a aussi un message d'une certaine Lanie... Ça fait longtemps que tu la connais? Tu ne m'en avais jamais parlé...

- Si! Je t'en ai déjà parlé, soupira-t-elle, mais tu n'es pas très attentif ces derniers temps. Je ne l'ai rencontrée qu'il y a quelques mois, quand je suis entrée à l'académie.

- Tu as quitté Stanford?!

- L'année dernière...Je n'avais pas la force d'y retourner. J'ai continué un semestre à la fac de NewYork et j'ai arrêté...

- Pourquoi ne pas me l'avoir dit?

- Je l'ai fait. Tu as oublié, c'est tout.

- Et tu es entrée à l'académie de police!

- Oui. Je suis officier de police, maintenant. Tu es sensé le savoir, tu m'as fait assez de reproches quand je te l'ai dit...

- Je crois que je n'ai pas été un très bon père ces derniers temps...

- Tu souffres.

- Mais j'ai oublié que toi aussi tu souffrais. Je suis désolé Katie.

- Je voudrais seulement que tu arrêtes de te détruire...

- Je vais le faire, c'est promis! Et toi, promets-moi d'être prudente!

- Merci, papa. Je te le promets.

- Ouvre ton cadeau!

Kate défit le paquet et fondit en larmes en découvrant la bague de fiançailles de sa mère. Elle se rappela combien petite fille, elle avait admiré ce bijou. Elle revit sa mère lui racontant que combien elle avait été heureuse quand Jim la lui avait offerte. Kate avait si souvent admiré ce bijou étant petite, que sa mère avait fini par lui promettre de la lui offrir pour ses vingt ans. Les larmes coulèrent doucement le long de ses joues. C'en fut trop pour Jim, qui quitta la pièce sans un mot, incapable de la réconforter.


Minefuji  (21.09.2013 à 17:16)

Chapitre huit : vocation

4 décembre

Allongé sur le canapé, un bras passé derrière sa nuque,  Castle avait le regard perdu dans la contemplation du plafond. Son entourage commençait à s'inquiéter de son état, il n'avait pas écrit une seule ligne depuis deux semaines et chose encore plus étrange, n'avait amené aucune femme dans son lit depuis la même période.
La petite main de sa fille vint se poser doucement sur sa joue. Il sourit

- Ça va papa?

- Ça va mon ange, pourquoi ça n'irait pas?

- Parce que tu t'inquiètes pour elle.

- Qui ça?

- Kate. Moi aussi, je me demande si elle va bien.

Il posa un regard bienveillant sur sa fille, il n'avait pas voulu l'inquiéter. Se redressant vivement, il s'efforça de prendre un air enjoué.

- Je vais très bien, ma puce! Et je suis sûr que Kate va très bien également!
D'ailleurs, que dirais-tu d'une virée tous les deux? On pourrait aller à la patinoire!

- Super! Et après, on irait boire un chocolat chaud, ça te changerait les idées!

- Quelle est la fée qui t'a donné une telle maturité? Demanda l'écrivain encore une fois étonné de la perspicacité de sa fille.

- Elle a certainement voulu compenser les dégâts faits par celle qui s'est penchée sur ton berceau, mon garçon, dit Martha, qui avait surpris leur conversation en arrivant dans la pièce.

- Toujours le mot pour rire, mère! Fit Castle en levant les yeux au ciel.

                                                          ~~~~~~~~~~~~

Une voiture de patrouille circulait dans les rues de New York. Un silence glacial régnait dans l'habitacle. L'officier Turner, blasé et énervé de se retrouver affublé d'une pareille "bleusaille" depuis des mois, n'en pouvait plus de devoir la supporter.

Après une énième prise de bec avec la gamine au sujet d'une affaire que la criminelle venait de récupérer, ils étaient repartis en patrouille, à la recherche du petit ami de la victime. Plus aucun mot n'avait été échangé depuis, ce qui ne changeait pas vraiment de l'ordinaire, puisque la bleue n'était vraiment pas du genre "causante".


Assise sur le siège passager, Kate terminait son beignet. Elle n'avait pas  vraiment faim, mais depuis que Castle et sa fille l'avaient aidée, elle avait décidé de faire plus attention à elle, notamment, en mangeant au moins une fois par jour, ne serait-ce qu'un encas. Le regard dirigé vers le trottoir, elle scrutait la foule.

- Arrête-toi! Lança-t-elle soudain, brisant le silence.

- Quoi?

- Arrête-toi!

- Tu as vu quelque chose?

- Ce type là-bas... Il va vers le pont de Brooklyn...

- Et alors? Beaucoup de gens font ça.

- C'est le gars qu'on cherche! Il va se foutre en l'air, affirma Beckett la main posée sur la poignet de la portière.

- Qu'est ce que t'en sais?

- Je le sais, c'est tout! Bon, tu arrêtes la voiture ou je saute en marche?

Ne doutant aucunement de la véracité de la menace de la jeune femme, Turner stoppa le véhicule et Beckett en sortit rapidement.
Elle repéra l'homme. Elle ne s'était pas trompée, il était là, sur le rebord du pont, derrière la barrière de sécurité, au dessus de l'East River, prêt à sauter.
Ne respirant plus, elle s'approcha lentement. Il l'aperçut et eut un infime geste de recul, il hésitait, elle soupira, elle allait le ramener.
Elle enjamba la rambarde de sécurité, son regard fut attiré par le vide. Elle resta un instant hypnotisée par la vue de l'East River en contre-bas. Tout serait si facile si elle sautait...
Le vent, s'engouffrant dans ses cheveux, la déstabilisa et elle faillit perdre l'équilibre, l'adrénaline que lui procura cette expérience était grisante. Une nouvelle rafale de vent la ramena à la réalité, elle reporta son regard sur l'homme qu'elle avait suivi.

- Ne faites pas ça! Dit-elle fermement.

L'homme tourna la tête vers la fliquette et fronça les sourcils.

- Allez-vous-en!

Elle l'observa un instant, il était jeune, la trentaine tout au plus. Son regard reflétait une douleur, qui faisait écho à la sienne.

- Il n'en est pas question! Affirma-t-elle.

- BECKETT! Cria Turner qui venait d'arriver et paniquait en voyant son élève debout au bord du vide avec un suicidaire.

Elle lui fit un geste de la main, lui intimant silencieusement de rester en dehors de ça.

- Foutue gamine, maugréât-il non sans ajouter une quantité de jurons bien sentis.

- Je vais me foutre en l'air! Il n'y a rien que vous puissiez faire pour m'en empêcher! Affirma le jeune homme tremblant en voyant Beckett s'approcher de lui.

- Ok! Alors allons-y ! Provoqua-t-elle. Sautons! Allez! À deux c'est plus facile! Ça sera peut être même marrant!

- VOUS FOUTEZ PAS DE MOI! Hurla-t-il.

- Tu crois que je me moque de toi? Tu crois que je n'oserais pas sauter? J'ai rien à perdre! Allons-y!

Elle lui tendit la main et s'approcha du vide, prête à mettre ses paroles à exécution. Il la regardait interdit, ne comprenant pas comment un flic pouvait agir de la sorte et l'inciter à sauter. Elle plongea son regard dans le sien, il put déceler la même tristesse que la sienne, le même désarroi, le même désespoir. Peut être pouvait-il la croire. Il se colla à nouveau à la barrière. Elle sourit doucement. Elle avait réussi à l'atteindre, elle était entrée dans sa bulle. Il recula légèrement, elle sut qu'il n'allait plus sauter, mais tant qu'il ne serait pas revenu derrière la rambarde, elle ne serait pas rassurée.

- Elle est morte! Lâcha-t-il.

- Je sais.

- Je ne peux pas continuer sans elle... Allez-vous-en! Tenta-t-il une nouvelle fois.

- Je ne partirai pas sans vous! Je vous ramènerai.

- Il est trop tard.

- Il n'est jamais trop tard, affirma-t-elle.

- Elle avait arrêté... Ce truc de call girl... Elle avait arrêté. Elle m'aimait, on voulait se marier...

Elle ne répondit pas, attentive à son récit.

- Elle n'a pas pu se faire tuer comme ça par un junkie...

- Jason?... Jason, c'est votre nom, n'est ce pas?

Il acquiesça d'un mouvement de tête.

- Jason, reprit-elle, je vous promets de trouver celui qui lui a fait ça, mais vous... Vous devez me promettre de revenir de l'autre côté de cette barrière et de ne plus recommencer ce genre de folie. C'est promis? Ça n'est pas la solution et vous le savez très bien.

- ... Ok...

Elle esquissa un mouvement vers lui et lui prit fermement la main.
Ils revinrent de l'autre côté de la barrière et les secouristes, qui étaient arrivés dans l'intervalle, prirent en charge le jeune homme qui jeta un dernier regard plein d'espoir vers Beckett. Celle-ci lui assura silencieusement qu'elle tiendrait sa promesse.


Turner s'approcha d'elle à son tour, elle inspira pour se donner du courage, ça n'allait pas être facile...

                                                     ~~~~~~~~~~~~

Passant la tête à la fenêtre de son bureau, le capitaine Montgomery vit l'un de ses hommes passer la porte de l'ascenseur seul et cela ne lui fit pas vraiment plaisir. Il aurait voulu commencer sa semaine tranquillement et le voir seul ne lui disait rien qui vaille.

- Turner! Où est Beckett? Demanda-t-il en sortant de son bureau.

- Elle est allée se faire un café, je crois. Elle avait l'air un peu contrariée...

- Contrariée? Pourquoi? Demanda le capitaine, inquiet de la façon dont la jeune femme pourrait réagir à une nouvelle contrariété.

- On a eu une nouvelle affaire ce matin. Une call girl retrouvée morte près d'une boîte de nuit. Beckett avait l'air un peu secouée, son premier cadavre!  La nana avait été poignardée. La bleue était plus pâle qu'un cadavre!  Elle aurait dû rester à la fac avec ses copines à parler maquillage et mode, au lieu de venir jouer au flic, c'est pas un job de gonzesse!

- Et vous en êtes où dans votre enquête?

- On a coffré un toxico, il avait l'arme sur lui, on l'a trouvé défoncé à la cocaïne deux rues plus loin... Affaire bouclée.

- Et Beckett? Pourquoi était-elle contrariée?

- On a retrouvé le petit ami de la victime au bord du suicide, il délirait, disait qu'on se trompait... Elle lui a fait une promesse impossible à tenir!  Elle voulait qu'on retourne sur la scène de crime, qu'on vérifie toute la vie de la victime ces dernières semaines, qu'on recherche d'autres témoins! Elle m'a dit que je faisais fausse route, que le petit ami avait raison, que ce n'était pas le toxico le coupable... Elle m'a énervé! Elle croit tout savoir, elle veut jouer au flic, mais ce n'est qu'un bleu! Alors, je l'ai remise à sa place.

- Turner! Vous êtes un piètre formateur!

- Comment ça?

- Cette fille est futée! Pas arrogante. Si elle n'était pas d'accord avec votre théorie, c'est qu'elle avait de quoi appuyer ses dires! Vous auriez dû l'écouter! Et puis je vous signale, que tout ce qu'elle vous a dit, c'est ce que vous auriez du faire! C'est votre job!

- Mais j'ai le coupable! Protesta Turner.

- Et quel coupable irait se shooter près de sa scène de crime?

- Il s'est peut-être shooté avant...

- C'est à se demander comment vous êtes devenu instructeur! Où est la petite?

- La petite?

- Beckett! Où est Beckett?

- Oh! En salle de repos... C'est une vraie plaie, cette gamine! Vous feriez mieux de la virer tout de suite!

- C'est vous, que je devrais virer plutôt, dit Montgomery, énervé, en arrivant dans la salle de repos. Bon sang! Elle est vide! C'est pas vrai! Qu'est ce qu'elle a dit?

- Des stupidités... Je ne sais plus... Elle a parlé d'aller dans le bar...

Le capitaine attrapa le téléphone et composa le numéro de Beckett.

- Elle ne répond pas sur son portable, elle a dû l'éteindre... Pfff! Beckett! Qu'est ce qui m'a fichu une pareille tête brûlée?!

                                                    ~~~~~~~~~

La serveuse du bar connaissait bien la victime et donna, à Beckett, un précieux témoignage, corroborant celui du fiancé.

- Elle avait arrêté, mais Manson la harcelait, alors elle l'a menacé. Elle a dit qu'elle avait noté tous ses rendez-vous, les noms des clients, les paiements en liquide... Elle avait de quoi lui créer de sacrés problèmes!

- Et vous savez où elle a noté tout ça? Demanda Kate intéressée.

- Oui, dans ce carnet! Fit la serveuse en exhibant un carnet de son sac à main. Elle me l'avait confié et elle a bien fait, parce qu'apparemment, il voulait mettre la main dessus. Tenez, prenez-le, je crois qu'il vaut mieux que je vous le confie.

- Merci, votre aide est très précieuse! Une dernière chose, vous savez où elle habitait? Demanda Beckett avant de partir.

                                                    ~~~~~~~~~

Arrivée à l'adresse indiquée par la serveuse, Kate sortit son arme et inspira un grand coup pour se donner du courage.
Constatant que la porte était entrouverte, elle s'approcha doucement. Le bruit, qui provenait de l'intérieur, lui indiqua que la personne, qui se trouvait dans l'appartement, le fouillait activement. Le coeur battant la chamade, Kate souffla doucement, cherchant à dompter ses émotions, puis entra brusquement en brandissant son arme.

- POLICE DE NEW YORK! NE BOUGEZ PLUS! Cria-t-elle en braquant son glock sur l'homme qui lui tournait le dos.

L'homme leva doucement les bras en signe de reddition. Elle s'approcha de lui. Elle porta la main à son côté pour attraper ses menottes.

- Vous êtes Kurt Manson...

- Vous n'avez rien contre moi...

- Oh! Voilà une attitude qui ressemble fort à celle de quelqu'un qui n'a pas la conscience tranquille! C'est ça que vous cherchez? Demanda-t-elle en agitant devant lui un carnet.

- Comment avez-vous eu ça? s'écria-t-il.

- Vous croyiez votre "ex employée" si stupide qu'elle cacherait cette preuve accablante dans un des tiroirs de son buffet? Allez! C'est fini, Manson! Je vous arrête pour le meurtre de Caroline Morris. Vous avez le droit de gar...

Elle ne put terminer sa phrase, Manson s'était jeté sur elle, un couteau à la main, tentant le tout pour le tout, la projetant au sol violemment. Kate se défendait comme une lionne et rendait coup pour coup, ignorant la douleur qui venait de lui vriller le bras.
Finalement, un coup plus violent que les autres la sonna, Manson s'apprêtait à l'achever, lorsque des bruits de pas et des cris se firent entendre, indiquant que la cavalerie était arrivée.
Soupirant de soulagement, Beckett se redressait lorsqu'elle croisa le regard froid de son capitaine, la journée était décidément très mouvementée!

                                                                       ~~~~~

- BECKETT, VOUS ÊTES STUPIDE! QUAND ALLEZ-VOUS COMPRENDRE QUE CE BOULOT EST UN TRAVAIL D'ÉQUIPE? VOUS AURIEZ PU VOUS FAIRE TUER! Cria le capitaine en fermant la porte de son bureau.

- CHEF! TURNER N'A PAS VOULU M'ÉCOUTER! IL ARRÊTAIT UN INNOCENT! Répondit-elle en hurlant.

- VOUS FERIEZ BIEN DE VOUS CALMER, BECKETT!

Elle baissa la tête, furieuse.

- ...

- Turner était votre équipier, vous n'êtes pas qualifiée pour bosser en solo! reprit le capitaine sur un ton plus apaisé.

- Sauf votre respect, chef, je ne pouvais pas le regarder arrêter un innocent et laisser filer le meurtrier.

- Vous êtes trop émotive, Beckett.

- TROP ÉMOTIVE? TROP ÉMOTIVE! IL AVAIT ARRÊTÉ LE MAUVAIS GARS! Explosa Kate, hors d'elle.

- Et vous avez trouvé le vrai coupable, je ne dis pas le contraire, mais le boulot, ce n'est pas ce que vous avez fait ce soir, ce n'est pas foncer tête baissée dans la gueule du loup!

- ...

Elle lui lança un regard sombre, lui signifiant silencieusement qu'elle n'hésiterait pas à recommencer à chaque fois que Turner bâclerait le boulot.

Comment lui reprocher son engagement? Avec un tel potentiel, elle promettait de devenir un excellent élément. Cette jeune femme était un diamant brut. S'il la guidait, s'il parvenait à dompter son tempérament de feu, elle deviendrait le meilleur flic de la ville. Il ne connaissait qu'une personne, dans le poste, capable de l'apprivoiser.

- Écoutez, je vais vous affecter un autre instructeur... Dit-il plus calmement. C'est le meilleur que j'ai, vous ferez du bon boulot avec lui. Mais, que ce soit bien clair, si vous continuez vos conneries, je vous flanque à la porte! Me suis je bien fait comprendre?

Elle redressa la tête et plongea son regard déterminé dans celui de son capitaine.

- ... Oui, chef.

Il la regarda sortir de son bureau en soupirant. Il sortit à son tour de son bureau et héla un de ses hommes.

- Hé Royce!

- Capitaine?

- Je te présente Beckett. Tu vas être son instructeur. Prends la sous ton aile et apprends lui les ficelles du métier.

L'homme s'approcha de la jeune femme et l'observa un instant, il pouvait lire toute sa détermination dans son regard. Il sourit et lui tendit la main.

- Mike Royce! Enchanté!

Elle l'observa à son tour et tendit une main timide.

- Beckett... Kate.

- Bien, on va commencer par aller faire un tour chez le toubib, avant que ta blessure au bras ne s'infecte.

Elle baissa son regard vers son bras qui saignait, le suspect le lui avait  salement lacéré.

- Ce n'est qu'une égratignure...

- Qui te vaudra au moins quatre points de suture! Allez, viens, après je t'offrirai une bière.

La porte de l'une des salles de repos s'ouvrit, laissant passer le jeune homme qu'elle avait sauvé plus tôt. Les enquêteurs venaient de lui faire part des résultats de l'enquête et de l'arrestation du vrai meurtrier. Il l'aperçut et vint la remercier chaleureusement. Elle put lire le soulagement dans ses yeux et fut heureuse pour lui. Cette première réussite dans une enquête pour meurtre lui donna du baume au cœur. Elle n'aurait peut être pas justice pour sa mère de sitôt, mais si en attendant elle pouvait l'obtenir pour les autres, et ce n'était pas si mal.

                                                  ~~~~~~~~~~~

- Qu'est ce que tu regardes? Tu devrais déjà être au lit! Dit Castle en trouvant sa fille devant la télévision.

- On dirait Kate là-bas! répondit Alexis en désignant l'écran.

- Où ça?

- À la télé! Regarde!

Il tourna la tête vers l'écran et découvrit un article du journal télévisé, qui montrait une image assez lointaine du pont de Brooklyn, encore une histoire de suicidaire. Il lut le bandeau qui défilait au bas de l'écran.

- Une jeune recrue de la police sauve la vie d'un suicidaire au péril de la sienne... Et bien, voilà qui est courageux!

- La policière ressemble à Kate, tu ne trouves pas?

- Peut être un peu... Mais ça ne peut pas être elle, Kate est étudiante, pas policière! Répondit-il en éteignant le téléviseur. Allez, au lit, trésor!

- Tu me portes sur ton dos?

- En selle, cowgirl!

La petite s'accrocha à son cou et il entama un rodéo pour l'emmener dans sa chambre, les éclats de rire mélodieux de sa fille résonnant comme une douce musique à ses oreilles.


Minefuji  (22.09.2013 à 15:10)

Chapitre neuf : excès

20 décembre.

Arrivant au loft, les bras chargés de paquets après une journée de shopping-marathon, Martha Rodgers, qui croyait que son fils lui avait déjà tout fait en matières de bêtises farfelues, eut la surprise de constater que non, même à presque trente ans, son rejeton pouvait encore la rendre chèvre.
Lâchant ses paquets sous l'effet de la surprise, ouvrant et fermant la bouche, incapable d'articuler quoique ce soit d'intelligible, elle admirait le résultat de ce que l'imagination débordante de Rick, couplée à sa capacité à s'offrir absolument tout ce qu'il désirait avait encore donné.
Trapézistes, jongleurs, équilibristes en tous genres et clowns avaient investi le loft, transformé en chapiteau de cirque, au moyen de tentures multicolores.
Il y avait même une trapéziste, qui accomplissait des figures qu'elle aurait crues anatomiquement impossibles à réaliser. Celle-ci faillit d'ailleurs, causer un arrêt cardiaque à l'actrice, en se laissant tomber subitement de son agrès, pour se rattraper in extrémiste par un pied.
Martha secoua la tête, cherchant à se persuader que tout ceci n'était qu'un rêve, mais la réalité la frappa de plein fouet et son cœur rata plusieurs battements, lorsqu'elle découvrit son fils perché sur un fil à trois mètres du sol.

- Hey! Salut mère! Lança-t-il joyeux comme un gamin qui a déballé ses cadeaux de Noël en avance.

- Richard Castle! Qu'est-ce que c'est que ça?

- C'est une surprise pour le Noël d'Alexis! Pas mal, hein? Elle va être folle de joie en revenant de son séjour chez sa mère.

- C'est l'idée la plus saugrenue que tu aies eu de toute ta vie, mon garçon! Et pourtant tu avais déjà placé la barre très haute!

- Tu veux rire? C'est super cool! En plus, ils nous feront tout essayer après le spectacle, ça va être génial!

- Et ils vont squatter ton loft pendant cinq jours? S'enquit Martha.

- Deux semaines! Ils ont accepté de rester jusqu'à la fin des vacances! Trop cool! Il y a même un super magicien qui fait des trucs démentiels!

- Deux semaines!!! Tu m'étonnes qu'ils aient accepté! Qui va les nourrir et les loger pendant tout ce temps? Tu devrais éviter d'accueillir des parasites chez toi! Dit-elle en se dirigeant vers la cuisine pour se servir un petit remontant.

Mais alors qu'elle ouvrait la porte du placard à bouteilles, elle poussa un cri hystérique, en découvrant une jeune femme pliée en quatre dans le placard.

- Dis bonjour à Nina! Lança Rick en riant.

- Euh... Bonjour... balbutia l'actrice en secouant de nouveau la tête. Je crois que je ferai mieux d'aller me reposer un peu.

- N'utilise pas la chambre d'amis! Il y a Poco et Luna! Avertit son fils, un peu tard en la voyant monter les escaliers.

- AHHHHHH!

- Oups! Trop tard! Fit-il en haussant les épaules.

- Richard! Peux-tu m'expliquer pourquoi y a-t-il des macaques dans ta chambre d'amis?! Hurla Martha au bord de la crise de nerfs.

- Ce sont des bonobos, mère!

- C'en est trop! Je rentre chez moi! Fit-elle en agitant ses bras de manière dramatique.

- Tu viendras quand même réveillonner avec nous? demanda Rick en riant.

La porte claquée violemment fut son unique réponse.

- Elle va se calmer, affirma-t-il à l'attention des artistes qui l'observaient en silence. Musique!

Le régisseur lança un cd et chacun reprit son activité.

                                                ~~~~~~~~~~~~

Ce fut au tour de Paula, deux heures plus tard, de venir au loft. Après avoir sonné pendant près de dix minutes, elle eut enfin la satisfaction de voir Castle lui ouvrir la porte.Elle resta sans voix un instant devant la tenue excentrique qu'arborait l'écrivain et la métamorphose de l'appartement, mais renonça à poser des questions à ce sujet.


- Paula! Que me vaut ta visite? Aurais-je oublié un rendez-vous?

- C'est Gina qui m'envoie!

- Gina?

- Elle a décidé de passer par mon intermédiaire, après que tu aies rejeté son appel pour la 150ème fois!

- C'était du hacèlement !

- Tu n'étais pas sensé lui envoyer le premier chapitre de ton prochain roman depuis presque deux mois?

- Ça n'se commande pas le génie.

- Et bien, tu ferais bien de faire en sorte qu'il revienne quand même un peu, parce que Gina était furax! Ou alors, trouve un moyen de la calmer! D'ailleurs, tu ne devais pas sortir avec elle?

- Si... Mais finalement, je n'en n'ai plus vraiment eu envie.

Paula le dévisagea un instant.

- Qu'est ce qu'il t'arrive? Tu n'es pas apparu dans un journal à scandale depuis un mois! Je trouve des clowns aux tenues bariolées dans ton salon, alors que tu m'avais plutôt habituée à des défilés de mannequins dans des déshabillés plus que sexys et affriolants! Et là, tu refuses de sortir Gina pour la calmer?! Qu'est-ce qu'il y a? C'est une femme, c'est ça?

- Quoi?!

- Fais pas l'innocent! Tu as une femme en tête, et ça te chamboule!

- Personne ne me chamboule!

- Ouais, bien sûr ! Tu couches avec elle ?

- Non !

- Alors qu’est-ce que tu attends pour le faire ? Cède à la tentation pour te la sortir de la tête et ensuite remets-toi au boulot pour calmer Gina! Cette bonne femme va me rendre folle! Termina Paula avant de quitter le loft.

                                                       ~~~~~~~~~~~~~

12th district 

L'effervescence régnait au poste depuis le matin, un match de basket avait été organisé au sein de la 12ème brigade, à l'approche des fêtes de fin d'année et les paris allaient bon train.


Nouant ses lacets, Beckett observait la salle du sous-sol qui avait été aménagée pour l'évènement. Ceux, qui ne jouaient pas, venaient encourager les joueurs, leur souhaitant bonne chance. Personne n'osait s'approcher d'elle, chacun craignait ses sautes d'humeur devenues célèbres dans tout le poste.

- Bonne chance fillette!

Elle se retourna et adressa un sourire timide à Royce.

- J'ai parié sur toi!

- Tu n'aurais pas dû.

- J'avais envie de te faire confiance. Ça devrait te faire plaisir.

- Tu voudrais que je me réjouisse que tu balances ton argent par la fenêtre?

- Tu sais que tu es une sacrée casse-pied?

- On me l'a souvent dit. J'espère qu'il te restera assez d'argent pour manger jusqu'à la paye!

Elle se leva et se dirigea vers le terrain, Royce sourit, il savait qu'elle ferait de son mieux pour lui, malgré ce qu'elle disait. Il commençait à cerner le personnage et savait que sous ses airs de tête brûlée, se cachait une jeune femme sensible, généreuse et sur qui on pouvait compter.

Les équipes avaient été constituées parmi les volontaires, dont Kate n'avait pas voulu faire partie, mais le capitaine l'y avait intégrée de force, la punissant ainsi de ses dernières incartades.
Le coup de sifflet retentit et le match démarra par l'entre-deux traditionnel.
Turner était dans l'équipe adverse, il était toujours furieux contre Kate à cause de leur dernière affaire, aussi ne se gênait-il pas pour muscler les contacts qu'il avait avec elle au cours de ce match. Il savait qu'elle finirait par réagir et ainsi se faire mal voir par le capitaine.
Beckett était vraiment douée et virevoltait sur le terrain. Le ballon arriva vers elle, elle s'en saisit et commença son dribble. Turner se mit devant elle pour la bloquer.

- Alors la bleue! Tu ne t'es pas encore faite virer?

- Ça te ferait trop plaisir Turner.

Elle pivota et d'un mouvement fluide et rapide se défit du marquage de son ancien instructeur. Ce dernier, vexé de s'être fait berner, la poursuivit et la bouscula, alors qu'elle tirait au panier. Le ballon heurta le panneau et l'arbitre siffla deux lancers francs.
Beckett se releva en maugréant. Un sourire sadique s'afficha sur le visage de Turner. Elle prit le ballon et se mit en position de tir. Elle faisait rebondir le ballon afin de se concentrer, il fallait qu'elle évacue sa colère.

- Alors, Beckett? T'attends qu'il refroidisse? Pas la peine, tu vas te planter! Ricana Turner.

Elle l'ignora, tira et marqua le premier point.

- T'as eu de la chance! Ça ne marchera pas deux fois!

Deuxième tir, deuxième point. Ses coéquipiers la félicitèrent. Turner pestait.
La partie reprit, il multiplia les provocations, allant jusqu'à la bousculer si fort qu'elle percuta le mur du fond de la salle et s'écroula sonnée.
Royce, qui avait suivi toute l'action, se précipita auprès d'elle.

- Allonge tes jambes, respire, doucement, lui conseilla-t-il d'une voix apaisante. Voilà...

- Elle ne tient même pas debout et tombe dans les pommes pour rien! Ricana Turner.

Beckett le fusilla du regard en se relevant.

- Tu devrais peut-être demander à te faire remplacer, dit Royce.

- Pas question, je vais bien! Pesta Beckett.

- Ça je le sais, répondit Royce en constatant l'état de nerfs de sa protégée. C'est pour Turner que je m'inquiète!

- C'est un grand garçon, se contenta de répondre Kate en se positionnant pour les lancers francs.

Elle marqua les deux lancers rapidement et le jeu reprit.
Le ballon s'envola dans leur direction, elle sauta pour l'intercepter, mais se sentit tirée vers le sol par son maillot. Elle s'écrasa lourdement sur les fesses et son équipe perdit le ballon. Elle lança de nouveau un regard meurtrier à son ancien instructeur, avant de repartir dans le jeu.
Royce lui cria de se calmer et de l'ignorer, mais il savait qu'il était inutile de tenter de la raisonner quand elle était dans cet état.
Turner s'amusa encore beaucoup à la provoquer durant quelques minutes, jusqu'à ce qu'elle craque... Elle avait le ballon, il se tenait derrière elle,près, beaucoup trop près, elle ne pouvait pas bouger, elle était coincée.
Il lui mit une main aux fesses dans une ultime provocation, elle ne pût se contenir et son coude alla s'écraser dans sa figure.

                                                      0o0o0o0o0

- VOUS LUI AVEZ CASSÉ LE NEZ! S'énerva le capitaine.

Elle ne répondit rien, mais ne baissa pas le regard pour autant.

- QU'EST CE QUI VOUS A PRIS ENFIN?

- Il m'a provoquée!

- C'EST BIEN ÇA LE PROBLÈME, BECKETT, VOUS PERDEZ TOUT SENS COMMUN DÈS QU'ON VOUS PROVOQUE UN TANT SOIT PEU!

- Ce n'est pas ce que j'appelle provoquer "un tant soit peu"! C'est du harcèlement!

- ET BIEN, IL VA FALLOIR QUE VOUS APPRENIEZ À VOUS CONTENIR, PARCE QUE LÀ, VOUS ÊTES MAL PARTIE!

Kate le foudroya du regard, les jointures de ses doigts devenaient blanches tellement elle serrait les poings, elle était à deux doigts de tout envoyer balader.

- Monsieur, je... Commença-t-elle avant de que Montgomery lui coupe à nouveau la parole.

- SI ON MET EN PLACE CE GENRE DE MATCH, C'EST POUR RENFORCER L'ESPRIT D'ÉQUIPE!

- IL NE FAISAIT PAS PARTIE DE MON ÉQUIPE!!! Hurla-t-elle, perdant le peu de calme qu'il lui restait.

Il resta sans voix devant son insolence.

- ... Qu'est ce que je vais faire de vous?! Soupira-t-il.

- Certainement pas une joueuse de basket, fit-elle provocatrice.

Il ne pût s'empêcher de sourire. S'il parvenait à la canaliser, il était certain qu'elle deviendrait le meilleur flic de la ville, mais le chemin était encore long...

- Allez dehors! Que je ne vous revoie pas avant lundi!

Elle ne demanda pas son reste et quitta le bureau du capitaine, heureuse de s'en être sortie sans mise à pied.

Elle se dirigeait vers la porte quand il la rappela.

- Et Beckett...!

- Monsieur?

- Je ne veux pas vous retrouver aux archives cette nuit! C'est compris?

- Oui, monsieur.


Minefuji  (23.09.2013 à 18:25)

Chapitre dix : accrochage

Le vent froid s'engouffrait dans le moindre interstice et la neige recouvrait les trottoirs. L'effervescence des New-yorkais augmentait au fur et à mesure que Noël approchait.
Après le savon qu'elle venait de recevoir, Kate n'avait pas envie de s'attarder au poste, le capitaine le lui avait, d'ailleurs, fortement déconseillé. Elle prit donc une douche rapide, puis ramassa ses affaires en soupirant. Elle eut tout de même la satisfaction d'apercevoir Turner défiguré par un énorme pansement sur le nez. Elle l'aurait bien chambré, histoire de s'amuser un peu à ses dépends, mais le regard que Royce lui lança, alors qu'elle faisait mine de se diriger vers son ancien instructeur, l'en dissuada. Remballant ses taquineries, elle quitta le poste.
Une fois sur le trottoir, Kate soupira, balayant la rue du regard, espérant peut-être y trouver une inspiration soudaine quant à la manière d'occuper son week-end.
Elle n'avait pas vraiment envie de rentrer chez elle. Jim, son père, lui avait promis de ne plus boire, mais la bataille était loin d'être gagnée. Elle savait qu'à chaque fois qu'il la regardait, sa ressemblance avec sa mère ravivait sa douleur. Elle ne supportait plus de voir la souffrance dans son regard, quand il posait les yeux sur elle.
Elle avait besoin de sortir de cet enfer, au moins pour une nuit, mais Lanie et Maddie n'étaient pas là, elles étaient rentrées chez elles pour les fêtes. Quoi de plus normal en cette période d'euphorie familiale?
Kate maudit la bonne humeur ambiante. Pourquoi les gens étaient-ils si joyeux alors qu'elle se sentait si seule?
Elle remonta son col, il faisait un froid de canard. La chaussée et les trottoirs étant très glissants, il était hors de question de prendre sa précieuse moto dans ces conditions! Et, pour couronner le tout, sa voiture était au garage pour une panne de carburateur, c'est pourquoi elle se retrouvait obligée de se rendre à pieds jusqu'à la bouche de métro la plus proche.
Elle s'arrêta dans un Starbuck et commanda un grand décaféiné, elle était déjà assez énervée comme ça, pour se réchauffer. En sortant de la boutique, son gobelet en carton à la main, elle alluma son baladeur et brancha les écouteurs sur ses oreilles, un bon morceau de Rock grunge lui remonterait sans doute le moral.

 Elle se concentra pour garder son équilibre, ne faisant guère attention à ce qui pouvait bien se passer autour d'elle.
Au moment de traverser la route , elle jeta un rapide coup d'oeil à gauche et à droite avant de se lancer sur le passage protégé. La voie était libre, elle quitta le bord du trottoir.
Un énorme bruit de frein lui fit tourner la tête et stopper sa marche. Une luxueuse voiture d'un rouge vif, la frôla à tel point qu'elle en tomba à la renverse. La vie ne tenait décidément qu'à un fil.
Le conducteur  se gara sur le côté et sortit de sa voiture en claquant fortement la porte. Elle le reconnut immédiatement.

- Pardonnez-moi! Ça glisse horriblement ce soir! Vous êtes blessée? Fit-il inquiet.
Il passait ses mains dans ses cheveux et la regardait d'un air paniqué.

- Ça va!  Je n'ai rien! répondit-elle en se redressant doucement, son rythme cardiaque se calmant et revenant à la normale.

- Je suis vraiment désolé! D'habitude, je prends un taxi... D'ailleurs, c'est ce que je vais recommencer à faire dès demain...

Il s'arrêta de parler soudain, reconnaissant la jeune femme qu'il avait rencontrée dans le parc un mois plus tôt. Sa beauté naturelle le troublait toujours autant.

- Kate! S'exclama-t-il soudain en souriant.

- Ravie de constater que vous vous rappelez de mon prénom, monsieur Castle!

- Appelez moi Rick! Alors, pas de bobo?

- Non, je vous assure.

Il ramassa le gobelet qu'elle avait fait tomber pendant l'incident et le lui tendit.

- Tant mieux. Je suis désolé, mais il ne reste plus rien de votre café...

- C'est pas grave, c'était un déca, je n'en raffole pas, de toute manière...

- Permettez-moi, alors, de vous inviter à dîner pour me faire pardonner.

Elle n'en revenait pas. Son fantasme, car il faut bien appeler un chat, un chat, venait de l'inviter à dîner. D'accord, il avait failli l'écraser et cherchait à se faire pardonner, mais après tout, pourquoi se priver? C'était mieux qu'une soirée de déprime dans sa chambre.
Elle fit un mouvement de tête pour dire oui et son sourire s'élargit.

– Alors allons-y. Je connais un restaurant sympa.

Ils montèrent dans la voiture de Castle, celui-ci mit le contact et démarra la voiture.

- Chouette voiture, constata Kate en bouclant sa ceinture. J'aime bien la couleur! Elle doit avoir de sacrées pointes de vitesse...

- Oh! On est connaisseuse! Sourit-il.

- Vous devez bien vous amuser, sur le périphérique, la nuit, quand il n'y a presque personne...

- Je suis quelqu'un de très prudent, affirma-t-il, je respecte les limitations de vitesse!

- Ben voyons! Je vais vous croire!

Il fronça les sourcils en la regardant, ne comprenant pas l'allusion.

- Alors! Où m'emmenez-vous? Demanda-t-elle pour changer de sujet.

- C'est un petit restaurant français fabuleux qui vient d'ouvrir sur TriBeCa, vous aimez la cuisine française?

- À vrai dire, je n'ai pas eu souvent l'occasion de l'expérimenter. Mes seules connaissances dans ce domaine se limitent aux délicieuses viennoiseries d'un petit troquet français proche de chez moi,  mais je n'ai rien contre la nouveauté.

- Parfait, allons-y alors!

Le serveur qui les accueillit les installa à une table, proche de la devanture, avant de prendre leurs commandes. Kate se pencha vers Rick, pour lui chuchoter à l'oreille:

- Il n'y avait pas les prix sur la carte, j'espère que je n'ai rien pris de trop cher!

Sa fraîcheur et son naturel le touchèrent, il y avait longtemps qu'il n'avait pas rencontré quelqu'un d'aussi charmant.

- Ne vous en faites pas pour ça et profitez de ce moment.

Elle sourit et commença à siroter le cocktail que le serveur venait de lui apporter.

- Alors, dites-moi, que faisiez-vous dehors par un temps pareil? Demanda Castle pour engager la conversation.

- Je cherchaits à rejoindre le métro en un seul morceau.

- Vous rentriez chez vous?

- Non, je pensais plutôt errer au hasard...

- Ah oui? Voilà qui est étrange. À cette époque de l'année, les gens sont soit dans les magasins à la recherche de leurs derniers cadeaux de Noël, soit bien au chaud chez eux.

- Ah oui? Parce que vous faisiez vos dernières emplettes, vous?

- Ma fille est avec sa mère jusque demain soir, ma mère est avec sa dernière conquête, et puis, il y a un peu trop d'invités chez moi en ce moment, j'ai voulu me changer les idées. Et vous? Pas envie de rentrer chez vous?

- Non, pas envie.

Elle n'ajouta rien, il comprit qu'elle n'avait pas envie d'en parler et n'insista pas.
Ils dînèrent agréablement, en tête à tête. La jeune femme le questionna sur ses œuvres, qu'elle connaissait visiblement par cœur. Une vraie fan. Elle était attachante, simple, drôle et pourtant il devinait une douleur immense derrière le masque de la jeune femme joyeuse et débordante de vie qu'elle arborait.
Il n'osa pas la questionner sur cette douleur, de peur de voir disparaître ce magnifique sourire qui le subjuguait.
Une heure et demie plus tard, ils quittèrent le restaurant. Elle frissonna. Il lui posa son veston sur les épaules et commença à lui frictionner les bras. Leurs visages étaient proches, trop proches, à tel point, que leurs souffles se mêlaient. Il se perdit dans son regard magnifique, il ne voulait pas la quitter. Il tenta de se raisonner, elle était si jeune, il ne devait pas profiter de son admiration pour lui, et puis, elle avait déjà refusé ses avances, il n'avait pas vraiment envie de retenter l'expérience.

- Je vous ramène chez vous? Murmura-t-il finalement.

- Je ne veux pas rentrer chez moi.

- Que proposez-vous, alors?

- Vous pourriez m'offrir un dernier verre...

- J'ai un bateau, pas loin d'ici... Sur l'Hudson...

- Je sais.

- Ah bon?

- Votre vie est étalée dans les journaux! Tout le monde le sait.

- Touché.

Il l'emmena donc sur son bateau, dans le petit port de North Cove. Il grimpa sur le pont et se retourna pour l'aider à monter à son tour, mais ne put que constater qu'elle avait déjà sauté à bord. Elle sourit devant son air étonné et fit quelques pas sur le pont, admirant la vue de l'East River. Il ouvrit la porte de la cabine, elle le suivit à l'intérieur.

- Alors, que voulez-vous boire? Lança-t-il en se dirigeant vers le petit coin bar.

- Qu'est ce que vous proposez? Demanda-t-elle, en le regardant dans les yeux.

- Ce n'est pas pour me vanter, mais je fais les meilleurs cocktails de New York!

- Je crois que j'ai bu assez d'alcool pour ce soir, sourit-elle.

- Raisonnable! C'est bien! Un cocktail sans alcool, donc.

- Finalement, je n'ai pas envie d'être raisonnable, faites-moi plutôt une de vos spécialités alcoolisées, se reprit-elle subitement.

- C'est parti!

Elle le regarda manier les bouteilles et le shaker avec dextérité et ne pût s'empêcher de rire de sa parfaite imitation des meilleurs barmans de la ville. Cela lui fit un bien fou. Elle n'avait pas ri autant depuis longtemps.

-  Mademoiselle est servie, dit-il en lui tendant son cocktail agrémenté d'une brochette de fruits et d'un parasol. Mon cocktail spécial!

- C'est magnifique.

- Goûtez, c'est divin!

Elle porta le verre à ses lèvres et savoura le délicieux mélange.

- Wahhh, vous avez raison, vous faites les meilleurs cocktails de New York!

- À quoi trinquons-nous? Demanda-t-il en attrapant son verre.

- Au rencontres dues au hasard, répondit-elle en souriant.

- Au hasard, qui fait bien les choses, alors.

- C'est tranquille ici, constata-t-elle en se tournant pour admirer la vue.

- Oui, peu de gens connaissent cet endroit, pourtant on est à deux pas du World Trade center et de Battery Park.

- C'est drôlement chouette, comme garçonnière.

Il recracha son cocktail, surpris par tant de franchise, et soupira en constatant les dégâts sur son costume. Elle éclata de rire.

- Riez! C'est le deuxième costume que vous me ruinez! Grommela-t-il.

- Je n'y peux rien, si vous êtes maladroit, répondit-elle entre deux éclats de rire. Vous avez fait ça tout seul!

Il ouvrit la porte d'un placard, à la recherche d'une serviette pour éponger les dégâts.

- Je vais vous aider, rit-elle  en attrapant son verre de cocktail à moitié vide désormais.

- Merci.

Légèrement penché en avant, Rick s'appliquait à éponger les dégâts sur sa veste. Une sirène de bateau retentit à ce moment-là, faisant sursauter Kate qui lui envoya le reste du cocktail en pleine figure. Elle se figea devant le regard furibond de Rick.

- Je... Je... bredouilla-t-elle dans la confusion la plus totale, avant d'éclater de rire à nouveau.

- Vous vous moquez de moi! S'offusqua-t-il.

- Je vous trouve marrant! Vous ne voudriez pas que je pleure?

 - Ça va se payer ! siffla-t-il avec un sourire en s'avançant vers elle.

Elle l'esquiva et se plaça de l'autre côté de la table.

Elle lui lança un regard aguicheur en guise de provocation et il se rua à sa poursuite. Avec l'agilité d'un félin, elle sauta par dessus la banquette et se précipita sur le pont. Tels des gamins, ils entamèrent le jeu du chat et de la souris en riant aux éclats. Castle était proche d'elle, mais Kate le provoquait en agitant sous son nez son verre de cocktail à elle, qui avait miraculeusement échappé à sa maladresse. Finalement, Rick parvint à la coincer contre la parois extérieure de la cabine de pilotage.

- Alors? On fait moins la maligne maintenant ?

Il la regardait d'un air triomphant, elle se mordit la lèvre, réfléchissant un bref instant, puis souleva son verre pour en déverser le contenu sur la tête de l'écrivain, éclatant une nouvelle fois de son rire merveilleusement cristallin.
Il la dévisagea un moment, puis un sourire diabolique se dessina sur son visage.

- Alors là, vous allez vraiment le regretter!

- Des paroles! Encore des paroles!

Il l'attrapa et la souleva comme si elle ne pesait rien et après l'avoir calée sur son épaule, l'emporta comme un vulgaire baluchon. À bout de souffle à force de rire aux éclats, elle tenta vainement de se dégager de son emprise, tandis qu'il se dirigeait vers la cabine du bateau. Constatant que ses efforts étaient vains, elle lui administra quelques claques sur les fesses, dans une  ultime provocation, notant, au passage, à quel point elles étaient appétissantes.

Arrivé dans la petite salle d'eau, il la précipita dans la cabine de douche et ouvrit le robinet. Elle poussa un cri de surprise lorsqu'elle sentit l'eau glacée sur son corps. Ce fut au tour de Rick d'éclater de rire. Elle profita de son inattention du moment, pour attraper le pommeau de la douche et l'asperger de manière consciencieuse. Il se colla à elle, afin de la maîtriser et d'éteindre la douche. Un moment d'éternité s'empara d'eux. Le regard océan perdu dans l'émeraude, ils ne disaient plus rien, les mots étaient inutiles.

- Vous ne devriez pas garder ces vêtements trempés, vous allez tomber malade, dit-elle en posant ses mains sur ses épaules.

Doucement, elle fit glisser sa veste le long de ses bras, et commença à  s'attaquer à sa chemise, la déboutonnant de manière si sensuelle, qu'il en fut troublé.
Elle commença à piquer de tendres baisers dans son cou, remontant doucement jusqu'à sa joue, où elle en déposa un autre merveilleusement doux à la commissure de ses lèvres. Puis elle recula légèrement et plongea son regard dans le sien, attendant une réponse à la demande silencieuse qu'elle venait de lui faire.


Il la regarda, semblant hésiter un instant, puis s'empara fougueusement de ses lèvres. Elle passa ses bras autour de son cou et se colla à lui, tandis qu'il attrapait ses hanches, et la plaquait contre la paroi de la douche, la dévorant de baisers brûlants. Elle pencha légèrement la tête, lui facilitant l'accès à son cou, qu'il caressa langoureusement du bout des lèvres. Soudain, il s'arrêta, s'écartant un peu.

- On ne devrait pas.

- Pourquoi ?

- Tu es trop jeune... Ce n'est pas correct...

- Je suis majeure! Et je ne suis plus vierge depuis un bout de temps! Sourit-elle. Pas la peine de t'inquiéter pour moi! Je suis consciente de ce que je fais!

- Euh... C'est pas ça... Je... J'ai divorcé il n'y a pas si longtemps... Je ne suis pas prêt à me lancer dans une relation... Je...

Elle le fit taire en posant un doigt sur sa bouche.

- Je veux seulement que tu me fasses l'amour. Maintenant! Affirma-t-elle en l'embrassant à nouveau.

Il la souleva avec aisance, elle enroula ses jambes autour de son bassin, laissant ses mains explorer ses cheveux.

- Tu?... Tu es sûre de ce que tu veux? Demanda-t-il une dernière fois.

- Oui, je suis sûre.

Il la regarda, médusé. Elle colla alors son bassin contre le sien, provoquant son désir et effleura ses lèvres du bout des doigts, avant d'engager un baiser.
Entrouvrant les lèvres, elle vint caresser celles de l'écrivain du bout de la langue. Renonçant à toute réflexion, Rick ouvrit à son tour la bouche et laissa la langue intruse entraîner la sienne dans un ballet sensuel.
Il entreprit alors, d'explorer le corps de la jeune femme, la déshabillant de manière habile, malgré le fait que ses vêtements trempés lui collaient à la peau.

Tel un virtuose, il s'amusa à trouver ses points sensibles en faisant glisser ses mains sur chaque centimètre carré de sa peau douce et frissonnante sous son toucher, créant des notes d'une merveilleuse sensualité avec ses gémissements de plaisir.
Elle se laissait aller, profitant de cette merveilleuse sensation de bien être qui s'emparait d'elle, se sentant vivante dans ses bras, merveilleusement vivante.
Elle s’accrocha à ses épaules, l’enserrant  de ses jambes, pour l’inciter à la pénétrer.

- Impatiente, sourit-il contre ses lèvres.

- Allumeur! Provoqua-t-elle en prenant le dessus d'un mouvement habile du bassin.

Picorant son torse de baisers, déclenchant un véritable brasier, elle se redressa et unit leurs corps, entamant avec son bassin une danse vieille comme le monde.

La température était montée en flèche et leurs ébats furent torrides. Trempée de sueur, haletante et hilare, Kate se hissa sur la banquette du coin salon pour attraper la bouteille d'eau qui trônait sur la table. Elle en but une gorgée, et regarda  Rick la rejoindre en rampant, à la recherche de son souffle.

- C'est déjà fini? Demanda la jeune femme d'une manière provocatrice.

Les yeux de l'écrivain s'assombrirent, elle rit de plus belle, en renversant le contenu de sa bouteille sur lui.

- Tu avais l'air d'avoir chaud, expliqua-t-elle mutine.

- Tu vas voir!

Fondant sur elle, il l'emporta aisément jusqu'au lit et l'entraîna pour un quatrième round effréné.

Au petit matin, Rick émergea du sommeil lorsqu'un rayon de soleil vint lui chatouiller le nez. Il découvrit Kate debout devant le coin cuisine, elle avait revêtu l'une de ces chemises, ce qui la rendait diablement sexy.
Elle se tourna vers lui en souriant, deux tasses à la main.

- Je t’ai fait un café !

- Alors ce n’était pas un rêve ?

- Non, ça c’est sûr, répondit-elle en riant, c’était pas un rêve !

- Tu avais raison, j’aurais jamais imaginé !

- Donc t’as aimé ?

- Oh, oui !

- Même le moment où ?

- Surtout le moment où... , j’ai adoré !

- Bien, moi aussi ! Dit-elle en sirotant son café.

Machinalement, Rick s'amusa avec les boutons de sa chemise et passa la main dessous pour caresser sa poitrine. Elle frissonna de plaisir et manqua de renverser sa boisson.

- Tu sais le prix que coûte cette chemise? La taquina-t-il.

- Non, mais mes vêtements sèchent dans la salle d'eau par ta faute, alors je me suis servie dans ton placard...

- Tu as un goût sûr en matière de chemises, tu n'as pas choisi n'importe laquelle...

- Toutes tes tenues sont hors de prix... Rit-elle. Attends, je vais te la rendre.

- Garde-la! Elle te va mieux qu'à moi!

Elle posa sa tasse, puis se pencha vers lui, pour l'embrasser.

- Merci du cadeau, mais j'ai un peu trop chaud, là, dit-elle en défaisant un à un tous les boutons.

- Un incendie à éteindre?

- Aurais-tu des talents de pompier?

- Tu n'as pas idée...fit-il en l'embrassant fougueusement.

                                                              ~~~~~~~

Les vêtements qui jonchaient le sol du bateau et le désordre ambiant,  témoignait du week-end torride qu'ils venaient de passer. Kate savourait ce moment de tendresse, le premier depuis si longtemps. Chacune des  caresses de son amant avait éveillé en elle un sentiment de plénitude tel qu'elle n'en avait jamais connu. Aucun de ses précédents amants n'avait jamais réussi à provoquer un tel émoi chez elle.
Profondément endormi, Rick la serrait contre lui, la sensation de ce corps chaud contre le sien était exquise. Elle aurait pu rester là pour l'éternité, ou tout du moins jusqu'au matin,  mais elle savait que ce n'était pas raisonnable.
Elle se détacha doucement de l'étreinte de l'écrivain en prenant soin de ne pas le réveiller.
Sans bruit, elle se dirigea vers la salle d'eau, entra dans la douche et régla la température de l'eau, puis ferma les yeux, savourant le bien être que lui procurait l'eau chaude sur sa peau.
Elle sourit en repensant à leurs étreintes, elle ne s'était pas sentie aussi bien depuis longtemps. Elle avait goûté à son fantasme et ne regrettait rien, il avait largement été à la hauteur et même dépassé ses espérances. Seulement, il fallait qu'elle parte, maintenant, avant de s'attacher.
 Cela faisait presque deux ans, qu'elle refusait toute attache et se contentait d'une seule nuit avec ses amants, fuyant au petit matin. C'était plutôt facile, d'habitude. Plus facile que cette fois. Elle n'avait pas eu le courage de partir la veille et avait fait taire la petite voix dans sa tête qui lui hurlait de déguerpir de là en quatrième vitesse. Lâchement, elle s'était laissée dorloter par son écrivain. Son écrivain?
Reprends-toi m'a vieille, tu es en train de baisser ta garde, se morigéna-t-elle. Il était grand temps de partir de là!
Une fois rhabillée, elle jeta un dernier regard plein de tendresse vers Castle qui dormait paisiblement, puis s'éclipsa.

                                                  ~~~~~~~~~~~~~~~

Quelques heures plus tard, la sonnerie de son portable tira Castle du sommeil. Encore légèrement endormi, c'est à la manière d'un automate et en baillant, qu'il décrocha.

- Castle...

- Désolée de te réveiller, Richard, mais on est lundi! Ta fille rentre ce soir et la troupe de Bozo le clown, qui squatte ton salon m'a chargée de te dire qu'il n'y avait plus rien dans le frigo!

- Bonjour, mère! Répondit Rick sarcastique. Je m'occuperai de tout ça dans la matinée... Maintenant, laisse-moi rêver encore un peu.

- Il est 13 heures 30 du matin!  Tu as eu largement le temps de rêver, alors dit au revoir à la personne qui est dans ton lit et rentre vite!

- Comment sais-tu? S'étonna l'écrivain.

- Tu es sorti vendredi soir, pour acheter un cadeau de Noël pour Gina et tu n'es toujours pas rentré. Les informations n'ont signalé aucun accident impliquant une Ferrari et ton nom n'a pas été mentionné par les tabloïds ce week-end, j'en ai donc déduit que tu étais en charmante compagnie.

- Wahhh, quel esprit de déduction!

- Je commence à savoir quand je dois m'inquiéter de ne pas te voir revenir...
Bon! Tu rentres?

- J'arrive. Je m'occupe de faire livrer le ravitaillement pour le réfrigérateur.

- Merci! Et ne tarde pas de trop! Tes nouveaux amis sont un peu effrayant. J'ai trouvé Nina dans le lave linge ce matin!

Martha raccrocha. Tournant la tête, Rick s'aperçut que le lit était vide. Il se leva et se rendit à la salle de bain, à la recherche de son amante, en vain, le bateau était vide. L'esprit encore légèrement embrumé, il décida de se préparer un café pour terminer de se réveiller complètement. Il trouva sa chemise soigneusement pliée près de la cafetière. Machinalement, il la porta contre son visage et savoura la fragrance de cerise qui l'avait imprégnée. Elle était partie sans un mot, ne laissant aucun numéro ou adresse pour la contacter. Ils avaient vécu une merveilleuse aventure le temps d'un week-end et elle s'était envolée. Sans doute était-ce mieux ainsi. Il s'était promis de ne plus s'attacher, afin de préserver son cœur et celui de sa fille, c'est pourquoi il se sentit soulagé de constater que la jeune femme ne chercherait pas à le revoir.


Minefuji  (24.09.2013 à 19:36)

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