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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 20.10.2013 à 18h28
Auteur : Minefuji
Statut : Terminée
« Hello! Me revoilà, pour une deuxième histoire. L'ambiance est un peu triste, mais je vous garantis du Caskett! » Minefuji
Cette fanfic compte déjà 19 paragraphes
Chapitre onze
Lorsque Rick se réveilla trois jours plus tard, il avait trouvé Kate endormie dans le fauteuil près de son lit.
- Elle n'a pas quitté ce fauteuil depuis trois jours, avait expliqué Alexis. On a eu beau tenter de la raisonner, elle n'a rien voulu entendre.
- Elle n'est pas raisonnable, soupira-t-il. Je vais être bon pour lui faire des massages pendant une semaine!
- Comment tu te sens?
- J'ai un peu mal à la tête, mais ça va.
Après avoir subi toute une batterie d'examens, certifiant que l'œdème s'était résorbé, Rick fut autorisé à rentrer chez lui. Gates lui interdit l'accès au poste pour une durée indéterminée et força Kate à prendre ses congés avec deux semaines d'avance.
Rick s'était inquiété pour Kate. Elle ne lui avait fait aucun reproche, n'avait jamais évoqué ce qu'elle avait ressenti durant ces trois jours. Elle avait gardé ses émotions secrètes, comme toujours. Lanie avait tenté de lui en parler, en vain. Martha avait échoué également, pourtant elle était devenue très proche de Kate, tenant le rôle que Johanna aurait dû tenir auprès de sa fille à l'occasion de son mariage ou de sa première grossesse.
Rick, qui la connaissait par cœur avait deviné son mal-être, mais lorsqu'il avait évoqué le sujet, elle avait botté en touche, assurant que tout allait bien, puisqu'il s'en était sorti.
*************************
Rick sortit doucement de sa rêverie, il était là depuis plus de deux heures, il était temps qu'il rentre. Doucement,il posa la main sur la joue de Kate et la caressa avec le pouce. Elle avait toujours aimé lorsqu'il faisait cela. Un soupir d'aise s'échappa de la bouche de la jeune femme. Il sursauta.
- Kate?! Chérie! Tu m'entends?
- ...
Il n'avait pas rêvé, il ne pouvait pas avoir rêvé. Il se précipita hors de la chambre et appela un soignant.
Le médecin et les membres de l'équipe médicale qui suivaient Kate furent appelés et vinrent aussitôt l'examiner. Malheureusement, ils ne trouvèrent aucune amélioration et conseillèrent à Castle de rentrer chez lui.
Dépité, Rick se résigna et embrassa sa femme avant de partir.
- Je reviendrai demain avec Sam, murmura-t-il. Je sais que tu ne baisses pas les bras, je ne le ferai pas non plus. Je te le promets.
~~~~~~~~~~~~~~~~~
Kate se tenait toujours la joue, le regard perdu vers l'horizon. Rick l'appelait, il avait besoin d'elle, il fallait vraiment qu'elle trouve le moyen de rentrer.
- Tu as retrouvé tes souvenirs? Demanda Johanna en regardant sa fille.
- Je me souviens de la peur que j'ai ressentie
- La peur?
- J'ai eu peur de le perdre ce jour là... J'ai eu tellement peur de me retrouver seule de nouveau...
- Oh chérie...
- Qu'est ce que je deviendrais s'il me quittait lui aussi? Je ne supporterais pas de le perdre... Te perdre a déjà été assez dur, avoua-t-elle en libérant les larmes qu'elle retenait depuis un moment.
*************************
Son sommeil était agité. Elle ne voyait qu'une image, toujours la même. Rick étendu dans une mare de sang. Elle avait beau crier, se débattre, rien n'y faisait, cette image s'imposait à elle encore et encore.
Il fut réveillé par ses cris et par une violente gifle. Elle se débattait encore dans son sommeil. Cela lui arrivait presque chaque nuit depuis l'accident, mais à chaque fois, au réveil, elle ne se souvenait de rien.
Il tenta de la réveiller, mais ne récolta que des coups supplémentaires. Soudain elle se redressa dans le lit en hurlant.
Haletante et trempée de sueurs froides, elle semblait complètement désorientée.
- Hey! Ça va? Demanda-t-il en posant prudemment une main sur son épaule.
- ...?
- Kate? Ça va?
- Pourquoi tu me demandes ça?
- Tu as fais un cauchemar, tu ne t'en souviens pas?
- Un cauchemar? Quand?
- À l'instant. Tu as failli m'assommer plusieurs fois!
- Non. Je ne me souviens de rien.
Des terreurs nocturnes, c'est ce qu'avait finalement diagnostiqué le médecin qu'ils avaient consulté par la suite. Elle avait refusé tout traitement, elle voulait préserver la santé du bébé. Elle avait mis cela sur le compte de son métier dangereux et stressant, la grossesse avait tendance à exacerber ses émotions. Rick n'avait pas été dupe. Son accident avait causé ces terreurs et la culpabilité avait envahi son esprit.
*************************
- Rick s'en voulait énormément, il se sentait responsable de mes terreurs nocturnes, expliqua Kate.
- Dans ce cas, je suis encore plus responsable que lui, soupira Johanna.
Kate observa sa mère un moment, devant son silence, cette dernière poursuivit son raisonnement.
- Tu as une peur viscérale de perdre un être cher depuis mon assassinat, cet accident l'a sans doute réveillée, mais si cette peur t'affecte autant, c'est bien parce qu'elle s'est déjà concrétisée.
- Ce n'est quand même pas à cause de ces terreurs que je suis là! Mourir de peur c'est bon pour les films d'horreur!
- Non, ce n'est pas la cause de ta présence ici, ton mari n'a pas à s'en vouloir.
- Le connaissant, il doit en être persuadé...
- Raison de plus pour trouver en toi la force et le courage de repartir...
- Je peux repartir?
- Je te l'ai dit, la décision t'appartient... Il faut seulement que tu le décides.
~~~~~~~~~~~~~~~~~
Le lendemain, comme chaque jour, Rick arriva à la clinique avec son fils. Il installa Sam contre sa mère. Le bambin lui caressait le bras, ce contact l'avait toujours apaisé. Rick ferma les yeux en soupirant, tandis que des souvenirs douloureux remontaient à la surface.
Ça aurait dû être l'un des plus beaux jours de leurs vies. Elle était tellement calme et sereine, alors que lui était en panique.
*************************
- Castle...
- Qu'est ce qu'il se passe? Tu as fait un cauchemar? Avait-il demandé en sursautant.
- Non, c'est le moment.
Il avait tourné machinalement la tête vers le réveil.
- Le moment? ... Non... Il n'est que quatre heures du matin, on n'a rendez-vous qu'à neuf heures, rendors-toi, avait-il marmonné en se recouchant.
- Castle!
- Mhm?
- C'est le bébé! Il arrive!
- ...
Elle n'avait rien ajouté, laissant l'information faire son chemin. La lumière s'était soudain faite dans son esprit embrumé et il avait bondi hors du lit en courant dans tous les sens. Il avait quitté la pièce, elle avait sortit ses vêtements du placard et les lui avait tendus lorsqu'il était réapparu deux minutes plus tard.
- Merci, avait-il marmonné de son air ahuri que ses cheveux en bataille accentuaient.
Il était sorti une première fois du loft, elle avait attrapé la valise et la lui avait tendue quand il était revenu vingt secondes plus tard.
- Tu veux que conduise? Avait-elle proposé.
- Tu plaisantes? Tu es en plein travail!
- Je suis au courant, merci! Avait-elle répondu en grimaçant à cause d'une contraction. Mais je suis apparemment plus à même de nous amener à l'hôpital que toi.
- Je vais y arriver!
- Même sans les clés? Avait-elle demandé en agitant le trousseau sous le nez de son mari.
- Touché!
Il était finalement parvenu à recouvrer suffisamment ses esprits pour les conduire à bon port. Ils avaient été pris en charge par une équipe de sage-femmes et conduits en salle de travail.
Le travail était plutôt long, mais cela était fréquent pour une grossesse primipare, ils ne s'étaient pas inquiétés. Il ne l'avait pas quittée, il lui tenait la main en lui racontant toutes les histoires qui sortaient de son imagination fertile.
Une sage femme était venue installer une perfusion pour accélérer le travail. Et l'attente avait recommencé...
Ils avaient fait des projets d'avenir à propos de leurs prochaines vacances dans les Hamptons, du prochain Noël en famille, de l'organisation de leur vie quand elle retournerait au poste. Ils en étaient à parier sur l'identité du prochain membre de l'équipe médicale, qui franchirait la porte, pour déterminer qui aurait l'honneur de donner le premier biberon, quand un vent de panique souffla sur la salle d'accouchement. Une demi-douzaine de soignants avait débarqué dans la salle et s'affairait autour de Kate. Rick avait été mis à l'écart et un sentiment de déchirement s'était emparé de lui lorsque sa main avait lâché celle de Kate.
- Qu'est ce qu'il se passe? Avait-il demandé au comble de l'angoisse, tandis que les brancardiers emmenaient sa femme hors de la salle.
- Votre bébé est en détresse, on doit pratiquer une césarienne en urgence, avait expliqué une des sage-femme. Suivez-moi, je vais vous installer dans la salle d'attente près du bloc, je vous apporterai votre enfant dès que possible.
Chapitre douze.
Étendue sur la table du bloc opératoire, le regard fixé sur l'énorme lampe située au dessus d'elle, Kate ne pouvait penser qu'à la détresse de son bébé et à Castle, resté seul. Le tremblement de ses membres ne semblait pas vouloir s'arrêter. Elle ne remarqua même pas les infirmières qui lui attachaient les bras. L'anesthésiste lui parlait d'une voix rassurante, elle lui sourit distraitement, sans comprendre ce qu'il lui disait. Le bip régulier et angoissant des machines ressemblait à un décompte morbide.
Elle se concentra sur le bonheur qui serait le leur bientôt et enfouit ses craintes au plus profond d'elle même.
Dans la salle où la sage-femme l'avait installé, le visage grave, jouant nerveusement avec ses doigts, Rick attendait. Il vivait les minutes les plus longues de sa vie. Il pensait à Kate et à leur enfant. Il n'avait eu aucune nouvelle depuis qu'il avait vu les brancardiers disparaître avec elle derrière les portes du bloc.
Kate n'avait rien dit quand ils l'avaient emmenée, se contentant de lui adresser un sourire rassurant, mais il avait lu l'angoisse dans son regard.
Trois quarts d'heure plus tard, la sage femme était revenue vers lui, tenant leur enfant dans ses bras.
- C'est un magnifique petit garçon...
Il avait pris son fils dans ses bras, il était merveilleux. L'enfant attrapa le doigt de son père, et un sentiment de bonheur et de fierté, le même que celui qu'il avait ressenti à la naissance de sa fille, s'était emparé de lui.
- Comment va ma femme? Avait-il demandé en relevant la tête.
- On termine les soins, elle vous rejoindra dans quelques minutes.
Les minutes s'étaient prolongées, d'autres médecins avaient été appelés en urgence. Il avait assisté au mouvement de panique impuissant.
- Que se passe-t-il? Comment va ma femme? Avait-il demandé à une infirmière qui sortait du bloc.
- Monsieur... On s'occupe de votre femme, je n'ai pas le temps de vous expliquer.
- S'il vous plaît! C'est grave?
Elle soupira.
- Si vous êtes croyant, priez, avait-elle dit d'un air triste avant de repartir.
Le monde sembla s'écrouler autour de lui. Le bébé s'était mis à pleurer. Il avait regardé son fils et l'avait serré contre lui en essayant de lui parler d'une voix rassurante.
- Ça va aller, bonhomme, ta maman est forte...
Quelques temps après, une demi-heure, deux heures, il aurait été incapable de le dire, une puéricultrice était venue les chercher afin de les installer dans une chambre et préparer le biberon du bébé, elle n'avait pas pu répondre à ses questions. Il avait prévenu Jim, Martha, Alexis et Lanie, qui étaient venu le rejoindre rapidement. Il leur avait expliqué que Kate avait eu un problème pendant l'intervention. Jim était anéanti.
Les médecins étaient venus quelques temps plus tard et le verdict était tombé, elle avait fait une embolie amniotique, c'était extrêmement rare et très grave, ils avaient failli la perdre. Le placenta devait avoir une légère malformation ce qui avait fait que lors de la délivrance, il s'était mal décollé ce qui avait permis au liquide amniotique de s'infiltrer dans le sang.
C'était une battante, elle n'était pas morte, mais elle ne s'était pas réveillée non plus, elle était dans le coma.
~~~~~~~~~~~~~~~~~
- Il y a eu complications, murmura Kate, qui venait de se rappeler de la naissance de son fils. Ils l'ont amené près de moi... Il était si petit, tellement mignon... Je lui ai fait plein de bisous avant qu'ils ne l'emmènent auprès se son papa. Je lui ai dit "à tout de suite petit cœur"... Et puis tout est devenu trouble... Je suis dans le coma, c'est pour ça que je suis là!
- Oui, mais tu as eu la chance d'avoir une excellente équipe médicale, qui a su réagir très vite, expliqua Johanna.
- Je vais avoir des séquelles?
- Rien d'insurmontable, le chemin sera difficile et long, mais tu peux y arriver.
Une étrange sensation s'empara de Kate, elle observa sa mère silencieusement, la brume s'élevait autour d'elles.
- C'est le moment, n'est ce pas? Souffla la jeune femme.
- Oui, c'est l'heure de nous dire au revoir, chérie, sourit Johanna.
Kate se pinça les lèvres, incapable de de prononcer un mot, tant l'émotion qu'elle ressentait en cet instant était grande. Johanna décida alors de reprendre la parole:
- Tu sais... La fois où tu es venue sur ma tombe... Tu venais de faire ce deal avec Bracken... Tu m'as posé une question...
- Oui, je t'ai demandé si tu étais fière de moi malgré tout...soupira Kate.
- J'ai toujours été fière de toi... Et ce jour là particulièrement.
- Pourquoi?
- Parce que tu as su trouver en toi le courage de mettre ton besoin de justice de côté, pour protéger ceux que tu aimais, expliqua Johanna alors que les larmes envahissaient son regard.
- Oh maman! Fit Kate en étreignant sa mère.
- Il va falloir que tu me laisses partir, Katie. Il est temps pour toi de vivre ta vie, je serai toujours dans ton cœur, mais tu dois vivre ta vie pour toi, désormais. D'accord?
- D'accord... Je t'aime maman.
Johanna l'embrassa avant de se retourner, pour prendre le bateau. Kate l'appela une dernière fois:
- Maman!
- Oui, chérie?
- Tout ça... C'est réel ou c'est dans ma tête?
- Toujours aussi cartésienne, n'est ce pas?
- Castle me le reproche sans arrêt... Sourit-elle.
- Ça se passe dans ta tête, trésor...Mais ça ne veut pas dire pour autant que ça n'est pas réel... Embrasse ton père, pour moi et n'oublie pas de lui donner mon message!
- Je le ferai. Au revoir maman...
- Au revoir, Katie.
Johanna remonta dans son voilier, Shubaka sur ses talons et la brume envahit la plage...
~~~~~~~~~~~~~~~~~
- Mama! S'écria Sam, sortant Rick de sa rêverie.
- Sam?! Tu as dit ton premier mot? S'étonna l'écrivain rempli de fierté.
- Mama! Répéta le bambin tout joyeux.
- Oui, c'est maman, elle dort...
Son regard fut attiré par l'émeraude de celui qu'il croyait ne jamais revoir. Le temps suspendit son vol, son cœur rata quelques battements et un sourire étira ses lèvres.
Une larme unique dévala le long de sa joue.
- Hey... Murmura-t-elle dans un souffle.
- Hey... Dis-moi que je ne rêve pas...
- Non... Sourit-elle faiblement.
Le regard de Kate se posa sur son fils qui lui souriait.
- Il s'appelle Sam, annonça l'écrivain. Il est merveilleux.
- Il va...?
- Il va très bien, confirma Rick avant d'appuyer sur la sonnette pour appeler un membre de l'équipe médicale.
Chapitre treize
- Elle est réveillée? Répéta Jim n'osant pas croire à ce que son gendre venait de lui annoncer. Comment va-t-elle?
- Les médecins l'examinent, je vais retourner près d'elle...
- Je comprends! Je préviens les autres et j'arrive!
- Merci Jim.
De retour près de la chambre de Kate, Rick attendit que le médecin eut terminé son examen.
- Attention, je vais lâcher vos mains. Essayez de les maintenir dans cette position le plus longtemps possible.
Le médecin lâcha les mains de Kate qui retombèrent presqu'aussitôt. Elle soupira.
- Me voilà transformée en chewing-gum...
- C'est normal, ça va revenir, ne vous en faites pas... Vous vous souvenez de ce qu'il vous est arrivé?
Elle fronça les sourcils, semblant réfléchir intensément.
- ... Non... Pas vraiment... C'est très confus...
- De quoi vous rappelez vous?
- Le bébé... Je me souviens du bébé...
- C'est très bien!
Elle le chercha du regard et s'aperçut de leur absence.
- Où est-il? Où est mon fils? Où est Rick? S'affola-t-elle. Ils sont partis?
- Madame, calmez-vous...
- Répondez-moi! Où sont-ils?
- On est ici! Dit Rick en entrant dans la chambre avec leur fils dans les bras.
- Rick... Soupira-t-elle en se détendant.
- Je peux? Demanda-t-il au médecin en désignant le lit de Kate.
- Allez-y! On continuera plus tard, le plus important pour nous, c'est qu'elle ne s'agite pas trop.
- Merci. Hey, fit-il en se tournant vers sa femme. Tu vois? On est là! On était partis téléphoner, tu as oublié?
- Oui... J'ai cru que tu étais parti... Dit-elle la voix pleine de sanglots.
- Jamais! Je ne partirai pas d'ici sans toi!
- Monsieur, hésita l'infirmière qui terminait de compléter la feuille de soin de la jeune femme, elle ne pourra pas sortir tout de suite...
- Je le sais bien!
- Ne lui faites pas de promesses que vous ne pourrez pas tenir...
- Qui a dit que je ne pourrais pas la tenir? Il n'est pas question que je la quitte! Rétorqua-t-il en haussant le ton.
- Castle... Murmura Beckett.
Il se calma aussitôt et bredouilla quelques excuses à l'infirmière, qui sourit et dit qu'elle allait voir ce qu'elle pourrait faire pour lui arranger ça.
Ils se retrouvèrent enfin seuls, tous les trois.
- Comment te sens-tu? Demanda Rick.
- Sans force... Désorientée...
- C'est normal, ça va s'arranger.
- Combien... Quel âge a-t-il? Murmura-t-elle en désignant leur enfant qui dormait contre son père.
- Six mois... Il aura six mois dans une semaine.
- Six mois... Souffla-t-elle en fermant les yeux.
Elle avait du mal à encaisser la nouvelle, quoi de plus normal lorsqu'on vous annonce que vous avez manqué les six premiers mois de la vie de votre enfant? Elle déglutit difficilement. Rick ne dit rien. Il n'y avait rien à dire, rien qui pourrait la réconforter.
- Katie... Fit la voix de Jim.
Elle rouvrit les yeux et regarda en direction de la porte. Son père se tenait là, il semblait avoir pris un sacré coup de vieux. Son cœur se serra en imaginant ce qu'il avait dû ressentir en croyant la perdre, elle aussi.
- Papa...
- Ma petite fille! Tu nous as fait une de ces peurs!
- Je vais vous laisser, annonça Rick.
- Non, reste! Supplia Kate.
- Je ne m'en vais pas loin... Je vais seulement appeler ma mère pour qu'elle nous apporte de quoi nous changer et nourrir Sam.
- Ok... Reviens vite...
- C'est comme si j'étais déjà là, sourit-il.
Elle sourit et tourna la tête vers son père. Il lui prit la main et la posa contre sa joue.
- J'ai bien cru ne jamais te revoir... Soupira-t-il.
- Je suis désolée...
Il y eut un moment de silence, ils se regardaient dans les yeux. Elle put lire le soulagement dans le regard de son père. Il ne disait rien, sa gorge était nouée par l'émotion.
- Papa... Reprit-elle.
- Oui, chérie?
- Est ce qu... Comment va-t-il?
- Ça a été dur, il est venu te voir chaque jour, qu'il pleuve ou qu'il vente.
- Je n'en doute pas, soupira-t-elle.
- Hé! Ne t'en fais pas, tu es là, c'est tout ce qui compte! Rappelle-toi ce que ta mère disait "la vie...
- ... ne donne rien qu’on ne peut encaisser!" Termina Kate en souriant. Je sais, tu me l'a déjà dit...
Elle l'observait, elle semblait en proie à une intense réflexion. Il se contenta de lui sourire, il avait appris au cours des années, qu'il valait mieux ne pas la brusquer.
- ...J'ai fait un rêve...ajouta-t-elle.
- Un rêve...?
- J'ai vu maman...
- Oh Katie...
- Je sais... C'était sans doute une hallucination... Ou quelque chose comme ça... Mais... Elle t'embrasse...
- ...
Jim baissa la tête, submergé par l'émotion.
- ... Elle a dit aussi qu'un jour... Tu es venu sur sa tombe, tu y as déposé un bouquet de roses rouges ainsi qu'un petit objet... et tu lui as demandé quelque chose...
Il releva la tête, interrogeant sa fille du regard.
- ... Elle a dit que la réponse était "non, à aucun moment".
Jim se prit la tête dans les main et pleura doucement.
- Papa?... Qu'est ce que tu avais demandé? Fit-elle émue aux larmes par l'émoi de son père.
Il inspira et sécha ses larmes.
- Ça faisait cinq ans qu'elle nous avait quittés... J'avais reçu mon badge pour mon premier mois de sobriété... C'est ce que j'ai déposé sur sa tombe,... ce jour là...Je commençais à me rendre compte de tout le mal que je t'avais fait... Je n'étais vraiment pas fier de moi, à cette époque... Je lui ai demandé si elle pensait que par mon attitude, j'avais trahi notre amour...
Elle attrapa sa main du bout des doigts, il lui sourit tendrement, avant de la prendre dans ses bras. Leur étreinte dura quelques instants, les larmes coulaient, tant l'émotion était grande.
Les pleurs de Sam résonnèrent dans le couloir, mettant fin à ce moment d'émotion.
- Je suis désolé, il s'est mis à pleurer quand j'étais au téléphone, je n'arrive pas à le calmer, dit Castle en entrant.
- Mama!
- Voilà la raison de ces pleurs, expliqua Jim, il veut sa mère, quoi de plus normal?
Rick amena le bambin près de sa mère, qui malgré son manque de forces, parvint à le caler contre elle.
- Il t'a quand même réservé la primeur de son premier mot! Constata l'écrivain tout sourire.
- C'était son premier mot?
- Et c'est le seul qu'il semble décidé à prononcer, affirma Rick, il ne fait que le répéter.
- Je donnerais n'importe quoi pour avoir assisté à toutes ses premières fois... Soupira la jeune femme.
- Je sais que ça ne remplacera pas ces moments que tu as manqués, mais je l'ai filmé tous les jours. Son premier bain, la première fois qu'il a sucé son pouce, la première fois qu'il s'est tenu assis... Tout y est, répondit l'écrivain.
- Comment as-tu trouvé la force de faire ça pour moi?
- Je ferais n'importe quoi, pour toi.
- Merci.
- Always.
Chapitre quatorze.
Lorsqu'il se réveilla au petit matin, la première chose que Castle fit, fut de se précipiter auprès de Kate, afin de vérifier qu'elle allait bien.
- Hey! Calme-toi! Je vais bien, murmura-t-elle en voyant son air inquiet.
- Tu ne dors pas?
- Tu ne trouves pas que j'ai assez dormi?
- Tu as quand même l'air épuisée...
- J'ai une sale tête, n'est ce pas?
- Tu es la plus belle à mes yeux... Tu as faim?
- Pas vraiment...
- Un café, alors?
- Ça me paraît bien, répondit-elle en souriant.
- Je file au Starbuck du coin de la rue et je t'apporte ton latté sans sucre avec deux doses de sirop de vanille.
- Tu lis dans mes pensées!
Il l'embrassa tendrement et quitta la pièce. Lorsqu'il revint, dix minutes plus tard, il surprit la conversation du médecin de Kate avec une infirmière.
- Comment a-t-elle passé la nuit?
- Bien, apparemment, même si elle ne semble pas avoir beaucoup dormi.
- Le sommeil va revenir... Surtout, continuez à la surveiller de près une rechute est toujours à craindre.
- Vous pensez qu'il se pourrait qu'elle sombre à nouveau dans le coma?
- Etant donné qu'on ne sait pas pourquoi elle s'est réveillée, oui, je pense que c'est une possibilité...
La réponse du médecin fit à Castle l'effet d'une douche froide. Il ne supporterait pas de replonger dans cette horreur. Prenant sur lui, pour afficher un air serein malgré l'angoisse qui venait de l'assaillir, il reprit son chemin vers la chambre de Kate.
Un grand fracas et les pleurs de son fils lui firent accélérer le pas. Il ouvrit la porte et le spectacle qu'il découvrit lui fendit le cœur.
Kate était étendue sur le sol, en larmes, Sam hurlait dans son petit lit.
Il posa les cafés sur la table et se précipita vers Kate.
- Hey! Qu'est ce qu'il s'est passé?
Elle tourna la tête vers lui, son visage était ravagé par des larmes de colère et sa lèvre fendue saignait abondamment. Castle souleva Kate et la déposa sur son lit. L'infirmière arriva à ce moment là dans la chambre et se précipita auprès d'elle.
Il attrapa son fils et le calma. Le médecin arriva et examina sa patiente.
- Bon, il y a plus de peur que de mal, annonça-t-il. On va vous faire un point de suture pour votre lèvre et tout rentrera dans l'ordre.
Rick soupira de soulagement. Lorsque le médecin eut terminé ses soins, il interrogea Kate pour savoir ce qu'il s'était passé.
- Sam pleurait... J'ai voulu...
- Vous auriez dû appeler quelqu'un! Vos jambes sont encore trop faibles pour vous porter! Reprocha-t-il.
- C'est ma faute! Intervint Castle. Je n'aurais pas dû la laisser seule avec le bébé...
- Je suis sa mère! S'énerva Kate, c'est à moi de m'occuper de lui!
- Madame, vous sortez tout juste d'un long coma, tenta le médecin.
- Fichez-moi la paix! Je n'ai pas besoin qu'on me dise que c'est normal! Ça n'est pas normal! Je dois pouvoir m'occuper de mon fils!
- Kate... Soupira Castle.
- Laisse-moi Castle, laissez-moi tous! Gronda-t-elle.
Rick déposa un tendre baiser sur la tempe de Kate, comprenant parfaitement sa frustration.
- Rick!
- Je serai de retour dans vingt minutes, assura-t-il.
- Merci.
- Always.
Lorsqu'il revint, le kinésithérapeute et l'ergothérapeute étaient passés. Elle semblait plus calme.
- Regarde qui j'ai rencontré en chemin! Lança-t-il en entrant.
- Heureuse de te revoir, Trésor!
- Martha!
L'actrice serra Kate dans ses bras, heureuse de retrouver la jeune femme.
- Comment te sens-tu très chère?
- Ça va.
- Ne nous refais jamais plus une telle frayeur!
- Mère! Tu sais bien que Kate n'y était pour rien, dit Castle sur un ton de reproche.
- Tout comme toi, Richard.
Kate dévisagea son mari.
- Tu n'as quand même pas cru que c'était de ta faute?
- Tu étais angoissée pendant le dernier mois, à cause de l'accident...
- Le placenta avait une malformation! Tu n'y étais pour rien!
- Tu t'en souviens?
- Non, le médecin me l'a expliqué hier.
- Le principal, c'est que tu sois là, Katherine.
Les visites furent nombreuses et fatigantes pour Kate, ce jour là. Elle ne tarda donc pas à s'endormir ce soir là. Castle resta un long moment à la regarder, épiant chaque signe qui pourrait indiquer une rechute.
À son réveil, quelques heures plus tard, Kate le trouva endormi contre son bras. Elle se redressa tant bien que mal, en essayant de ne pas le réveiller. L'infirmière arriva à ce moment là.
- Déjà réveillée? Demanda-t-elle en relevant les constantes de sa patiente.
- J'ai suffisamment dormi, vous ne trouvez pas?
- Il est à peine quatre heures du matin.
- Vous m'avez très bien comprise.
- En tout cas, pas d'acrobatie aujourd'hui, une lèvre fendue, c'est bien assez.
Kate soupira bruyamment.
- Je sais que c'est frustrant, mais il faut laisser à votre corps le temps de se remettre.
- Combien de temps?
- Ça dépend des gens...
- Ok.
- Pas d'imprudence, avertit l'infirmière qui avait lu la détermination dans le regard de Kate. Si vous vous blessez, ça sera plus long.
Rick se réveilla en sursaut deux heures plus tard.
-Hey! Calme-toi, tout va bien! Murmura-t-elle en lui caressant la joue.
- ...
- Tu devrais rentrer à la maison, pour dormir, tu vas finir par avoir le dos en compote!
- Je dormirai dans le lit d'appoint, la nuit prochaine, ne t'en fais pas.
- Alors rentre pour Sam, ça n'est pas le meilleur endroit pour un bébé!
- Sam?... C'est bizarre...
- Qu'est ce qui est bizarre?
- Il dort!
- C'est normal, non?
- Ça fait deux nuit qu'il ne se réveille pas!
- Il n'a plus besoin de manger la nuit, à son âge, c'est normal, non?
- Pour les autres, certainement, mais lui, il n'avait encore jamais fait une nuit complète, regarde les cernes que j'ai sous les yeux! Je ressemble à un panda, si c'est pas une preuve ça!
- Bah peut être qu'il a fini par être fatigué.
- Ou alors le fait de retrouver sa maman a mis fin à ses angoisses...
Les larmes envahirent les yeux de Kate, penser à la douleur qu'elle avait causée à ses proches et surtout à son mari et à son fils lui était insupportable.
- Hé, c'est fini! Tu n'y es pour rien! Dit Castle en prenant sa main pour la réconforter.
Chapitre quinze.
- Voilà, c'est parfait, vous vous débrouillez très bien!
- C'est ça, oui, arrêtez de me dire ce que vous croyez que je veux entendre! Je ne suis pas idiote! Je vois bien que je n'ai pas progressé!
- Kate! Soupira le kinésithérapeute, c'est seulement votre sixième séance de rééducation!
- Et il va m'en falloir des centaines au rythme où on va! Dire qu'il y a de cela deux ans, je courais un marathon et me voilà incapable de me mettre debout! Grogna-t-elle.
- Je suis sûr que vous recourrez un marathon un jour, mais pour ça il faudra être patiente, répondit le soignant en souriant.
- Parce que vous croyez que mon fils va m'attendre pour grandir?
- Je sais que c'est difficile à vivre, Kate...
- Non, vous ne savez pas! Hurla-t-elle en envoyant la balle qu'elle tenait dans la main à l'autre bout de la pièce.
- ...
- Quoi? Demanda-t-elle alors qu'il la dévisageait.
- Waow, comment avez vous fait ça?
- Fait quoi?
- Ce que vous venez de faire! Vu l'état de vos muscles, c'était plus qu'improbable!
- Ça veut dire que je peux rentrer chez moi?
- Pas tout de suite, non, sourit-il.
- Dites-moi combien de vos bidules je dois bousiller pour que vous me laissiez rentrer chez moi?
- Et bien! L'humour revient, c'est bon signe!
- Qui vous dit que c'est de l'humour?
Cela faisait presque une semaine, que Kate était sortie du coma, elle avait réussi à convaincre Rick de retourner au loft avec Sam. C'était mieux pour eux, même si pour elle les voir partir chaque soir, lui déchirait le cœur.
Quand Rick arriva une heure plus tard, il trouva Kate, qui serrait les dents, les larmes aux yeux, tandis que le kinésithérapeute appuyait de tout son poids contre les jambes fléchies de sa femme.
- Allez! On arrête pour aujourd'hui! Annonça l'homme en se redressant.
- Non! Continuez! Je peux encore tenir! Supplia Kate.
- Madame Castle, on a déjà allongé la séance d'une demie heure! Vous êtes épuisée, continuer ne servirait à rien d'autre qu'à allonger votre convalescence.
Elle soupira bruyamment.
- Ne boudez pas, je reviendrai demain, dit-il en souriant.
- Ne vous en faites pas. Elle est toujours grincheuse, quand elle n'a pas eu son café, sourit Rick en montrant la tasse fumante qu'il apportait.
Un sourire éclaira le visage de sa femme, tandis qu'il s'approchait d'elle.
- Je dirai plutôt qu'elle est grincheuse du moment où vous la quittez le soir, au moment où vous revenez le lendemain matin! Soupira le kiné.
Elle se nicha contre son mari, s'enivrant de l'odeur qu'elle aimait par dessus tout.
- C'est vrai?
- Une vraie lionne en cage. Heureusement qu'elle ne peut pas se déplacer seule, parce que sinon, il y a belle lurette qu'elle se serait fait la malle!
- Et bien! Je sais que je suis plutôt rebelle, dans mon genre, mais là, tu fais fort, toi aussi.
- C'est juste que je n'en peux plus d'être coincée ici! Je vais bien, je devrais pouvoir rentrer à la maison!
- Kate, soupira Castle.
- Je sais, je t'ai promis d'être calme et patiente, mais tu sais que ça n'a jamais été mon truc.
- Là, je t'arrête! Tu as déjà fait preuve d'une énorme patience! ... Quand tu as attendu quatre ans avant de reconnaître que tu étais folle de moi et de te jeter dans mes bras!
- Je n'étais pas folle de toi quand on s'est rencontrés la première fois!
- C'est pour ça que tu n'arrêtais pas de me toucher dès que tu en avais l'occasion!
- Quoi?! N'importe quoi, tu étais insupportable!
Le kiné s'éclipsa discrètement et rencontra Lanie, qui arrivait en poussant la poussette de Sam.
- Je serais vous, j'attendrais un moment avant d'entrer, ils se chamaillent, annonça-t-il.
- C'est que tout rentre dans l'ordre, sourit-elle, en ouvrant la porte.
- C'est toi qui me courrait après! Faisait la voix de Kate.
- C'était uniquement pour écrire mon roman, contrait celle de Rick.
- À d'autres! Personne n'y a cru à celle là!
- Je faisais des recherches!
- C'est ça et moi je suis danseuse étoile!
- Waow! Tu serais super sexy en tutu.
- Tu vois, mon bonhomme, t'es pas sorti de l'auberge avec de tels parents, soupira Lanie en sortant le bambin de sa poussette.
- Hey! Sam! Lanie! Lança Kate dont le visage s'éclairait pour la deuxième fois de la journée.
- Comment vas-tu ma grande? Demanda la métisse en posant Sam dans les bras de sa mère.
- Je vais bien, Lanie.
L'infirmière entra à ce moment là et sourit.
- Et bien! Vous voilà bien calme, tout à coup, madame.
- Pourquoi dites-vous cela? Demanda Castle.
- Parce que votre épouse n'est pas ce que j'appelle un malade modèle, elle s'agite en permanence et on a bien du mal à la tempérer, d'ordinaire.
- C'est parce qu'elle a Sam dans les bras, sourit Castle, il a un effet apaisant sur elle, un peu comme un doudou.
- Je croyais que c'était toi, son doudou, sourit Lanie.
- Oh non, avec moi, elle s'agite souvent, sourit l'écrivain.
- Je t'entends, Castle, avertit Kate sans quitter son enfant des yeux.
- Bah, quoi? C'est vrai! Tu n'arrêtes pas de me sauter dessus et tu tiens la preuve de ce que j'avance dans tes bras.
- Oh! Je vais avoir droit à des détails, jubila la légiste.
- Lanie! Avertit Kate.
- Oh allez! Tu n'as jamais rien dit à ce sujet!
- Et ça va continuer! Non, mais, tu vois comment elle est ta marraine? Une vraie commère! Dit la jeune maman en souriant à son fils.
Sam fit un magnifique sourire à sa mère, qui le lui rendit bien. Quelles que soient les difficultés posées par la rééducation, elle les surmonterait car elle avait le meilleur soutien possible: l'amour inconditionnel de son mari et de son fils.
Chapitre seize.
- Bonjour! Déjà réveillée? Fit le médecin en entrant dans la chambre.
- Quand est-ce que je vais pouvoir partir d'ici? Demanda Kate en ignorant la question du médecin, tant leurs remarques incessantes sur son manque de sommeil l'agaçaient.
- Bientôt, je pense, vous en avez déjà assez de nous voir?
- Vous n'avez pas idée.
- Voyons voir où vous en êtes, serrez mes mains... Pas mal, la poigne revient! Levez les jambes... Et bien, tout cela me semble en très bonne voie! Et qu'en est-il de vos troubles mémoriels?
- Je me rappelle de ce que j'ai lu et fait hier...
- Bien! Vous pourrez bientôt rentrer chez vous, bien sur, la rééducation sera encore longue, mais vous serez avec votre famille.
Elle soupira bruyamment.
- Cela ne vous fait pas plaisir?
- Mon petit garçon a six mois aujourd'hui. J'aurais voulu être sortie pour fêter ça avec lui.
- Vous fêtez les demi-anniversaires?
- Vous ne connaissez pas mon mari! Tout est prétexte à la fête, pour lui! Vous êtes sûr qu'on ne peut rien faire pour avancer ma sortie?
- Mmhmm et bien... Faites un voeu...
- Quoi?
- Faites un vœu, peut être qu'il se réalisera!
- Vous savez que vous n'êtes pas en pédiatrie et que même si je suis encore clouée dans ce lit, j'ai toute ma tête? Demanda-t-elle en le dévisageant comme s'il était fou.
Il sourit devant sa réaction.
- Ok. Je ne vais pas vous embêter plus longtemps.
Il se dirigea vers la porte et l'ouvrit. Rick entra en poussant un fauteuil roulant devant lui.
- Bonjour! Tu es prête à partir?
- À partir?
- Votre mari nous a fait la demande hier, il a tout arrangé pour votre retour chez vous, une infirmière viendra vous voir chaque jour et comme vos progrès sont excellents, j'ai préparé vos papiers de sortie, je n'ai plus qu'à les signer. Contente?
- Si je suis contente? C'est la meilleure nouvelle que vous pouviez me donner répondit-elle alors qu'un magnifique sourire vint éclairer son visage.
- Mais attention! Il n'est pas question que vous présumiez de vos forces! Vous ne resterez pas pas seule et vous n'hésiterez pas à demander de l'aide, n'est ce pas?
- Ok, je serai prudente...
- Ne vous en faites pas, je lui mettrai notre fils dans les bras le plus souvent possible, avec lui elle est plus raisonnable et prudente, dit Rick en l'embrassant.
Alors, c'est l'heure de sauter dans ta robe, Cendrillon, ta citrouille s'est changée en carrosse!
- Mon héros! Tu es venu me délivrer de cette tour dans laquelle j'étais enfermée!
- Oui, enfin, je ne l'ai pas escaladée!
- Avoue que tu aurais bien aimé, hein?
- C'est sûr! Rahhh! Mais pourquoi je n'y ai pas pensé?!
Lorsqu'ils passèrent la porte du loft, une explosion de cris de joie les accueillit.
- Kate! Darling! Bienvenue chez toi! Lança Martha en embrassant sa belle fille.
- Merci Martha, sourit Kate.
- Bon retour chez toi, Kate, ajouta Alexis tout sourire.
- Bon retour Mrs C! Je vous ai préparé un jus spécial convalescence!
- Alexis, Pi, je suis contente de vous voir!
- Lieutenant Beckett, on peut dire que vous avez l'art de vous faire désirer!
- Chef?! Vous...
- Vous croyiez que j'allais manquer le demi-anniversaire de votre petit bout de chou et votre retour?
- C'est gentil d'être là, merci. Lanie! Les gars! Je vois que Rick a tout prévu.
- Tu as ramené la vie dans ce loft, Honey! Assura Lanie.
- Mama! Lança Sam en tendant les bras vers sa mère.
Jim, qui le portait, déposa le bambin dans les bras de sa mère.
- Il t'attendait avec impatience, comme nous tous, Katie.
- Merci Papa. Je suis désolée de vous avoir causé autant de soucis.
- Tu es là, c'est tout ce qui compte. Et grâce à Rick, ce petit bonhomme sait qui est sa mère.
- Maman ne te quittera plus jamais, trésor, promis Kate en serrant son fils contre elle.
- Maintenant que les héros de la journée sont là, que la fête commence! Lança Rick.
Kate était émue de voir ses amis et sa famille réunis, elle ne les remercierait jamais assez d'avoir été là pour elle.
Elle garderait pour elle la douleur que ce coma de six mois lui causait. Comment leur dire que son cœur saignait, alors qu'ils avaient déjà tant souffert par sa faute? Elle ne leur causerait plus le moindre tracas et trouverait seule le chemin vers sa guérison.
Elle afficha un grand sourire et profita de la fête, qui ne s'éternisa pas, chacun préférant laisser la petite famille se retrouver.
- Ça va ? demanda Rick en la retrouvant devant la fenêtre du salon. Tu n'es pas trop fatiguée ?
- Ça ira, répondit-elle en tournant la tête vers lui. Et toi?
- Tu es là, donc ça va!
-Tu sais que ce n'est pas vrai!
- Alors, on va dire que ça ira...
Il jeta un œil à leur fils, qui dormait paisiblement dans les bras de sa mère, qu'il n'avait pas quittés depuis son retour au loft.
- Je vais le mettre dans son lit.
- D'accord, fit-elle en déposant un tendre baiser sur le front de son fils.
Quand il revint, il la trouva assoupie dans son fauteuil. Elle semblait si paisible qu'il la prit dans ses bras et la conduisit dans leur chambre. Il la déshabilla et s'allongea à ses côtés, s'imprégnant du parfum de cerise qui lui avait tant manqué.
Lorsqu'il se réveilla, quelques heures plus tard, son pire cauchemar se réalisa, il était à nouveau seul, dans son lit, son retour n'était qu'un merveilleux rêve.
Un morceau de papier sur la table de chevet attira son attention, il le prit et lût.
" C'était pas un rêve, je vais bien, je suis à côté. Rendors-toi. Kate."
Il lâcha un soupir de soulagement et se leva. Il la trouva dans la chambre de Sam. Elle admirait leur enfant, les yeux pleins de larmes.
Son cœur se serra. Elle souffrait, elle aussi. Quoi de plus normal, quand vous vous réveillez un jour et qu'on vous annonce que vous avez perdu six mois de votre vie, que vous avez manqué les six premiers mois de la vie de votre enfant?
Elle avait senti sa présence. Elle ravala ses larmes et afficha un sourire de façade et se tourna vers lui.
- Hey! Déjà debout?
- J'ai eu froid, ma bouillotte avait déserté mon lit. Et toi, toujours pas sommeil?
- Toujours pas.
- Tu n'es pas obligée de cacher ta peine devant moi, tu sais? Je suis ton mari.
- Toi non plus.
Il s'avança vers elle, et la prit dans ses bras. Elle se nicha au creux de son cou et laissa libre cours à sa peine. Il posa sa tête contre la sienne et se laissa à son tour envahir par l'émotion.
Chapitre dix-sept.
Les rayons du soleil matinal commençaient à percer à travers les rideaux de la chambre. Doucement, Kate se redressa sur ses coudes et jeta un œil attendri à Rick qui dormait encore profondément. Elle tourna son regard vers son maudit fauteuil roulant, symbole de sa dépendance. Comme tous les matins, elle se hissa le plus doucement et le plus silencieusement possible dessus. Cette action lui prit trois bonnes minutes, mais, et elle fut ravie de le constater, cela devenait de plus en plus aisé.
Elle sortit discrètement de la chambre et, après avoir passé un moment à admirer son fils, elle se rendit dans le salon. Elle avisa rapidement l'heure et décida de préparer un bon petit déjeuner. Elle voulait faire une bonne surprise à Castle en lui montrant qu'elle parvenait à se débrouiller seule. Elle commença par préparer tout ce dont elle avait besoin à proximité de l'endroit où elle travaillerait, puis se leva prudemment et prit appui contre le plan de travail pour garder l'équilibre. Ravie de constater que tout allait bien, elle commença sa préparation. Tout ce passa bien, jusqu'au moment où la bouteille de jus d'orange lui échappa des mains et qu'elle se voulu la rattraper. Elle perdit rapidement l'équilibre et tomba en avant, entraînant avec elle la poêle dans laquelle cuisaient les œufs brouillés.
Réveillé par le bruit de la chute, Rick se précipita hors de la chambre.
- Kate! S'écria-t-il en accourant vers elle.
- Non! Laisse-moi! Je dois y arriver seule! Gronda-t-elle en se redressant difficilement.
Il la laissa faire, conscient de la frustration qu'elle ressentait à force d'être dépendante des autres. Il sourit lorsqu'il la vit réussir à se hisser dans son fauteuil, il reconnaissait bien là la femme dont il était tombé éperdument amoureux.
- Tu me laisses au moins nettoyer les dégâts? Demanda-t-il en souriant.
- Je voulais préparer le petit déjeuner, soupira-t-elle.
- Je sais. D'ailleurs, comment as-tu fait? Le plan de travail est trop haut.
- Je me suis levée.
- Et tu es restée debout tout ce temps! C'est formidable!
- Je suis quand même tombée avant d'avoir terminé, soupira-t-elle.
- C'est parce que tu as voulu trop en faire trop vite! Tu aurais fait du café et des tartines grillées, il n'y aurait pas eu de problème, dit-il en l'embrassant tendrement.
- Je t'en fais voir, hein? Je suis trop bornée.
- Si tu n'étais pas si bornée, tu ne serais plus la femme dont je suis tombé follement amoureux. Allez, va prendre ta douche, je vais terminer ce que tu as merveilleusement commencé.
- Rick!
- Oui?
- Merci.
- De quoi?
- De ne pas m'avoir reproché de ne pas avoir demandé de l'aide.
- Je n'ai rien à te reprocher et si pour te sentir bien, tu as besoin de faire toutes ces choses par toi même, sache que je serai toujours là pour nettoyer les dégâts. Tout comme toi, tu as toujours assuré mes arrières, même quand je faisais n'importe quoi.
Elle sourit à son tour et poussa son fauteuil jusqu'à la salle de bain. Lorsqu'elle eut terminé sa toilette, elle s'habilla seule, heureuse de retrouver une partie de son autonomie puis rejoignit la cuisine pour le petit déjeuner.
Elle trouva sur la table la plupart des choses qu'elle avait préparées, seuls les œufs brouillés manquaient à l'appel, ils n'avaient pas réchappé à sa chute. Rick alla chercher Sam et ils s'installèrent à table. Alexis arriva à ce moment là et ils l'invitèrent à se joindre à eux. Ils parlèrent tous activement et avec enthousiasme de cette nouvelle vie qui s’offrait à eux. Kate s'intéressa aux études de la jeune femme et fut ravie d'apprendre que les six mois durant lesquels elle avait soutenu son père et s'était occupé de son petit frère n'avaient pas perturbé ses études.
Les ambulanciers vinrent chercher Kate pour sa séance de rééducation et Alexis partit en cours. Rick décida de ranger un peu le loft, tandis que Sam suçait ses doigts de pieds en regardant son père s'affairer devant lui.
Alors qu'il remettait en place le livre qu'il avait terminé la veille dans la bibliothèque, son regard fut attiré par l'album photos que Kate avait commencé, lorsqu'elle avait appris qu'elle était enceinte de Sam.
Il commença à feuilleter l'album et sourit en découvrant ce qu'elle y avait annoté.
Elle avait consacré une page aux prénoms auxquels leur fils avait échappé, une autre sur laquelle elle avait collé des photos montages pour essayer de prédire ce à quoi il allait ressembler plus tard, les yeux de sa mère, ou ceux de son père, la forme de sa bouche...
Il connaissait ces pages par cœur, tant il avait passé de nuits sans sommeil à les contempler pendant son coma. C'est alors qu'il remarqua que l'album avait été complété. Kate avait commencé à coller les photos des six premiers mois de Sam.
Son cœur se serra lorsqu'il découvrit des photos montages dans lesquels elle avait ajouté sa présence. Elle avait légendé ces photos, disant ce qu'elle aurait aimé faire ou dire, si elle avait été présente à ce moment là.
- Oh Kate, souffla-t-il, incapable de retenir ses larmes qui atterrirent en pluie sur l'album.
Il sécha ses larmes et prit sur lui pour retrouver le sourire, la dernière chose dont Kate aurait besoin, serait de rentrer et de le trouver abattu. Sa rééducation était déjà assez difficile comme ça.
Une idée germa dans son esprit et lui rendit définitivement le sourire. Il attrapa son téléphone et composa un premier numéro.
Lorsque Kate arriva une heure plus tard, elle eut la surprise de trouver son mari et son fils parés de leurs doudounes et bonnets qui l'attendaient.
- Qu'est ce que vous faites? Demanda-t-elle.
- On t'attendait.
- Vous m'attendiez? Pourquoi?
- Pour aller nous préparer de nouveaux souvenirs! On part pour Cosney Island, juste tous les trois! Qu'en dis-tu?
- Que ça me paraît super! Répondit-elle avec un grand sourire.
- Alors en route! Lança Rick en déposant Sam dans les bras de sa mère, avant de prendre les commandes du fauteuil de Kate.
- Mais... Et ma rééducation?
- Ta prochaine séance est pour lundi matin. Nous serons rentrés juste à temps! Ça nous laisse deux jours et trois nuits de vacances en famille! C'est parti! Répondit-il en accélérant le pas, pour le plus grand plaisir de Sam.
Rick avait parfaitement tout prévu, comme à son habitude. Ils arrivèrent dans un petit hôtel du bord de mer. L'écrivain déposa rapidement leur valise dans la chambre, avant d'aller se promener sur la plage. Il acheta un cerf-volant dans une petite boutique au bout de la rue, qu'il s'empressa d'aller inaugurer sur la plage, sous les yeux pétillants de Sam et de Kate, qui prenait des photos.
Ils se réchauffèrent ensuite autour d'un chocolat chaud, Rick ne put résister à sa gourmandise et termina la bombe de chantilly à même la bouche.
Ils parlaient agréablement, plaisantaient, rien d'autre n'avait d'importance, que le fait d'être réunis tous les trois, enfin.
De retour à l'hôtel, ce soir là, Rick aida Kate à se mettre au lit, puis y glissa Sam, qui vint se caler contre sa mère. Il s'installa à son tour auprès d'eux et commença à raconter une de ces fameuses histoires de princesse et de chevalier, tout droit sortie de son imagination fertile. Kate s'endormit rapidement, bercée par la voix rassurante de son cher écrivain.
Sam bougea dans son sommeil et sa petite main atterrit sur le bras son père, qui sourit et s'endormit béatement.
Le lendemain, ils flânèrent dans les rues, et terminèrent inévitablement sur la plage avec un ballon que Rick avait acheté dans la même petite boutique que la veille.
Il était presqu'aussi gros que Sam, qui passa un bon moment à tenter de l'attraper, sous l'œil attendri de ses parents, confortablement installés sur une couverture.
- J'adore cet endroit, soupira Kate.
- Tu passes un bon week-end, alors? Demanda Rick.
- L'un des meilleurs de ma vie, je pourrais rester ici pour le reste de ma vie.Quel dommage qu'on doive rentrer demain.
- On reviendra.
- C'est vrai?
- Autant de fois que tu le désireras.
- Quand?
- Le week-end prochain, si tu veux.
- J'adorerais ça.
- Alors c'est tout vu!
- Tu es un mari adorable, sourit-elle en se penchant vers lui pour l'embrasser.
- Tu es une femme exceptionnelle.
Ils rentrèrent chez eux le lendemain matin, et à son retour de sa séance de kiné, Kate eut la surprise de trouver Rick avec un agent immobilier, venu leur présenter un large éventail de propriétés à Cosney Island.
- Qu'est ce que ça veut dire? Demanda Kate en prenant Rick en aparté.
- Ça veut dire, ma chérie que je t'offres une propriété à Cosney Island.
- Tu es fou! Je ne peux pas accepter!
- Je m'en doutais, alors prends ça comme des droits d'inspiration pour Nikki Heat! Allez, choisis, on ira visiter le week end prochain.
Elle jeta son dévolu sur un petit chalet qui lui rappelait celui de ses grands-parents. Ils le visitèrent le week end suivant et signèrent les papiers dans la foulée.
Chapitre dix-huit.
En arrivant au loft ce jour là, comme chaque matin, Alexis eu la surprise de trouver Kate debout au milieu du salon.
- Kate!
- Bonjour Alexis!
- Tu...! Tu as réussi à te lever seule! C'est génial! S'exclama la rouquine.
- Comme tu vois! J'ai fait du café, tu en veux?
- Tu as fait du café?! Kate! Répondit Alexis sur un ton de reproche. Tu as oublié que tu devais te ménager? Ça fait tout juste trois semaines que tu es de retour au loft!
- Ça va Alexis! Je suis prudente! L'épisode de ma lèvre fendue m'a vaccinée contre l'envie de présumer de mes forces.
- Tant que tu en es consciente, ça va, sourit la jeune femme. Où sont Sam et papa?
- Ils dorment encore, ils ont du retard à rattraper.
- Alors que dirais-tu d'un petit déjeuner en tête à tête?
- Volontiers!
- Dans ce cas, rassieds-toi, je me charge de mettre la table !
- Attends, je vais le faire avec toi!
- Kate, soupira Alexis, je sais que tu ne dors pas beaucoup ces derniers temps et je me doute que tu as encore passé la moitié de la nuit à faire des exercices pour ta rééducation, alors je t'en prie, assieds-toi et repose-toi.
- Je n'en peux plus d'être dans ce fauteuil! Et il n'y a qu'un seul moyen d'en sortir!
- Kate, ces choses là prennent du temps! Ce n'est pas une course!
- Ton père m'a taquinée en disant que je ferai mes premiers pas en même temps que Sam.
- C'était une plaisanterie, Kate! Un peu douteuse, je te l'accorde, mais il plaisantait!
- Et s'il avait raison? Si je perdais encore tout ce temps avant d'être pleinement capable de m'occuper de mon fils?
- Tu t'occupes très bien de Sam! Il ne te quitte pas depuis le moment où il se réveille jusqu'au moment où il s'endort!
- Mais je suis clouée dans ce fauteuil! Je suis dépendante de vous pour m'occuper de lui! Je veux parvenir à me débrouiller seule!
Alexis soupira, comprenant le besoin de Kate de redevenir indépendante, elle n'ajouta rien.
- Bonjour! Lança Rick en arrivant dans la pièce.
- Bonjour répondirent Kate et Alexis de concert.
- Kate! Que fais-tu debout au milieu du salon? Tu avais promis d'être prudente! Reprocha Castle.
- Et tu as promis de cesser de me materner! Répliqua sa femme du tac au tac. Ne bouge pas!
Doucement, elle posa un pied devant elle, puis l'autre et s'approcha doucement de son mari. Elle était très concentrée, l'exercice était difficile pour elle, mais elle refit ses premiers pas devant l'homme qu'elle aimait.
- Kate! Tu marches! Bon sang, où est mon camescope, lança Rick en commençant à s'agiter dans tous les sens.
- Castle! Tu filmeras les premiers pas de notre fils! Ça sera amplement suffisant! Trancha-t-elle.
- Ok! Répondit-il en cessant immédiatement de gesticuler.
Elle sourit et continua son chemin vers lui. Il la rattrapa lorsqu'elle l'atteignit et l'embrassa tendrement.
- Tu vois? J'en étais capable! Sourit-elle.
- Tu es la meilleure, je le reconnais et maintenant que tu as fait ton exploit de la journée, tu vas bien sagement retourner dans ton carrosse!
Kate obtempéra et se réinstalla dans son fauteuil. Sam se réveilla à ce moment là et sa petite voix sortit du babyphone.
- Mama!
- On m'appelle! Sourit Kate en dirigeant son fauteuil vers la chambre de son fils.
- Tu devrais peut être l'aider, suggéra Alexis en regardant son père.
- Surtout pas, elle se débrouille très bien. S'occuper de son fils est la meilleure thérapie qui soit. Quand elle s'est réveillée de son coma et quand elle est revenue à la maison, je l'ai souvent surprise en larmes quand elle se croyait seule. Son coma a été tellement difficile à vivre pour nous, qu'elle nous a caché sa détresse à elle. Mais, plutôt que de s'apitoyer sur son sort, elle s'est lancé un défi, celui de s'occuper de Sam, comme n'importe quelle mère et elle y arrive parfaitement.
- Mais... Si elle le blesse? Elle s'en voudra à vie!
- Elle ne le blessera pas. J'étais super inquiet aussi, au début, quand elle m'a demandé de la laisser faire. Mais quand je l'ai vue s'en occuper, mes craintes se sont envolées. Je pourrais les laisser seuls ici, tous les deux et il n'y aurait aucun problème. Faire tout ça pour lui, lui permet de gérer sa tristesse et sa colère, elle sourit de nouveau et ça, ça n'a pas de prix.
Alexis sourit.
- Et toi?
- Quoi, moi?
- Kate prend sur elle et va de l'avant, c'est formidable, mais et toi? Est ce que tu vas de l'avant, ou est ce que tu passes encore la moitié de chaque nuit à vérifier que Kate n'a pas ressombré dans le coma?
- Comment tu sais ça?
- Kate.
- Kate?
- Elle m'en a parlé. Elle sait que tu es angoissé à cette idée.
- Elle sait?
- Tu oublies qu'elle ne dort que par épisodes de deux heures maximum?
- Hey! Regardez qui est là, lança Kate en arrivant dans la pièce, avec Sam.
- Comment va mon bonhomme?
- Il va bien! Dis bonjour à Papa, Sam!
- Pap!
- Hé! Il a dit Papa! Fit Rick en prenant son fils dans ses bras.
- Il va être aussi bavard que son père, sourit Kate.
- Des premiers pas, un deuxième mot, ça se fête tout ça!
- Tout est prétexte à faire la fête, avec toi, hein? S'amusa Alexis.
- Tu sais bien que j'ai du mal à grandir.
- Alors, quel parfum la glace? Demanda sa fille.
- Chocolat évidemment! Et toi, Kate?
- Euh... Il est à peine 8 heures, alors je me contenterai d'une tasse de café! Répondit-elle en se levant.
- Kate, tu devrais peut-être ne pas présumer de tes forces, dit Alexis.
- Ça va, ne t'en fais pas, je gère.
Elle marcha plusieurs fois dans la journée, expliquant que plus elle s'entraînerait, plus vite elle récupèrerait ses aptitudes.
Évidemment, en fin de journée, elle s'écroula de fatigue et s'endormit dans le canapé. Rick commença à paniquer lorsqu'il constata qu'elle dormait encore le lendemain matin.
- Castle? Qu'est ce qu'il se passe? Demanda Lanie d'une voix encore endormie.
- Lanie! Il faut que tu viennes, elle ne se réveille pas!
- Castle, il est six heures du matin!
- Elle n'a jamais dormi autant!
- Justement! Peut être qu'elle est fatiguée!
- Et si elle était retombée dans le coma!
- Castle, ça fait un mois qu'elle s'est réveillée, il y a peu de chances qu'elle retombe dans le coma! Tu as essayé de la réveiller?
- Non...mais...
- Alors essaye de la réveiller et si ça ne fonctionne pas rappelle-moi! Soupira Lanie. Oh et si elle se réveille, ce qui est fort probable, je veux une séance de SPA avec massage aux pierres chaudes et manucure!
- Ça marche!
Assis à côté d'elle, penché au-dessus de son visage, il l'observait depuis près d'une heure, maintenant. Il n'avait pas osé l'appeler, ni la toucher. Tant qu'il n'essayait pas, elle était seulement endormie. Soudain, ses deux billes vertes s'ouvrirent et le dévisagèrent.
- Castle! C'est flippant!
Il se jeta sur elle et la serra dans ses bras, elle ne put que ressentir son inquiétude.
- Je vais bien! Il faut que tu cesses de t'inquiéter!
- J'ai tellement peur de te perdre! Je ne supporterais pas de te perdre! Dit-il sans cesser de la serrer contre lui.
- Je sais ce que tu ressens, j'ai eu peur de te perdre, moi aussi... Mais s'il y a une chose que cette histoire m'a apprise, c'est qu'avoir peur n'empêchera pas ce qui doit arriver.
- Mais...
Elle se dégagea doucement de son étreinte et plongea son regard dans celui de son mari.
- Tu sais, ma mère disait que la vie ne donne rien qu’on ne peut encaisser, et elle avait raison. Quand elle est morte, mon père pensait que c'était faux, que jamais il ne se remettrait de sa mort... Mais après toutes ces années, il a réussi à remonter la pente et il arrive à penser à elle en souriant.
Il la regardait sans dire un mot, cherchant où elle voulait en venir.
- Ce que je veux dire, expliqua-t-elle, c'est que s'il m'arrivait un malheur, je suis certaine que tu trouverais la force de continuer, tout comme je l'ai fait à la mort de ma mère. Et personne ne peut dire de quoi demain sera fait, peut être que nous vivrons une longue et heureuse vie tous les deux, ou alors la vie nous séparera avant. Ce qui est certain, c'est que nous ne devons pas laisser la peur gâcher le temps précieux qui nous est accordé.
- Tu as raison, comme toujours.
- D'ailleurs, Sam est endormi et je connais un bon moyen de profiter du temps qui nous est accordé, dit elle d'un air aguicheur.
- Petite coquine, tu crois que tu peux?
- En tout cas, je sais que j'en ai envie, répondit-elle en l'embrassant.
- Tu m'as tellement manqué Kate.
- Je sais.
Leurs visages se rapprochent, leurs souffles se mêlèrent et leurs désirs se rencontrèrent. Tendrement, il la coucha sur le lit, leurs regards ne se quittaient pas, il hésita un instant, alors, elle posa ses lèvres sur celles de son mari et fit taire toutes ses peurs.
Épilogue
Six ans plus tard.
Seule face à l'océan, sur la plage de Cosney Island, Kate pensait en souriant à sa mère. Elle venait souvent sur cette plage, pour se recueillir, depuis son coma.
Elle y ressentait la présence de sa mère, et lui racontait les derniers événement de sa vie. Elle avait une grande nouvelle à lui annoncer, ce jour là. Bracken était tombé.
Elle avait appris la nouvelle par la télévision, elle n'y était pour rien. Elle avait tenu sa promesse et n'avait pas pourchassé l'homme responsable de la mort de sa mère.
Oh, bien sûr, elle n'avait pas renoncé à son désir de justice pour sa mère, il avait toujours été présent, dans un coin de sa tête, mais elle avait fait passer sa famille avant lui. Ça avait grandement étonné Rick, quand il l'avait constaté, mais cela l'avait également soulagé.
Comme le signe d'une justice divine, Bracken n'avait pas été élu à la maison blanche, rattrapé par une sordide affaire d'adultère, et aujourd'hui, il tombait, rattrapé par son passé corrompu.
- Maman!
Elle se retourna et sourit en voyant les deux petites têtes blondes de ses fils courir vers elle. Sam avait bien grandi, il parlait presqu'autant que son père et était au moins aussi têtu que sa mère.
Bien qu'elle avait été complètement rétablie et apte à reprendre son poste de détective au bout de quelques mois, elle avait prolongé son congé, afin de rester auprès de Rick et Sam.
Ils avaient pensé qu'il serait enfant unique, étant donné les épreuves par lesquelles ils étaient passés lors de l'accouchement, mais son petit frère s'était annoncé sans être prévu et sa naissance, qui s'était déroulée sans encombre, les avait réconciliés avec l'idée d'avoir d'autres enfants. Et puis Juliet était arrivée.
Kate avait ainsi troqué son habit de détective contre celui de maman, pendant près de quatre ans. Mais elle n'avait pas renoncé à sa carrière pour autant et avait repris son travail de détective à la criminelle depuis deux ans. Elle n'avait pas perdu la main et était rapidement redevenue la meilleure enquêtrice de New York, ce qui lui avait valu une promotion rapide, pour la plus grande fierté de son père et de son mari.
Une page se tournait pour elle, elle commencerait son nouveau travail le lendemain.
Les deux garçonnets couraient vers elle, suivis par un magnifique golden retriever.
Sam sauta dans les bras de sa mère, il gardait ce besoin d'être près d'elle, ancré en lui. Matthew, grimé tel un pirate, combattait, quant à lui, une armée imaginaire de pirates zombies. Il avait hérité de l'imagination débordante de son père, ainsi que de son goût prononcé pour les déguisements.
Rick les rejoignit, tenant Juliet dans ses bras, il embrassa tendrement sa femme.
- Alors, comment s'est passé ton dernier jour de vacances?
- Parfaitement! J'adore cette plage, sourit-elle.
- Je sais, c'est en souvenir du jour où tu as fabriqué ton petit bonhomme de bois?
- Je n'ai que de merveilleux souvenirs, ici, dit-elle rêveuse. Je passais mes étés ici, avec mes grands-parents...
- Ton grand-père magicien?
- Oui, tu l'aurais adoré. Et c'est ici que j'ai parlé à ma mère pour la dernière fois.
- Vous étiez ici en plein mois de janvier?
- Non, je...
Elle hésitait, elle n'avait jamais parlé de ce qu'elle avait vécu lorsqu'elle était dans le coma. Cette période l'avait tellement traumatisé, qu'elle en était devenue taboue.
- ... Quand j'étais dans le coma... Je me suis retrouvée ici, sur cette plage et j'y ai vu ma mère...
- Tu as parlé à ta mère quand tu étais dans le coma?!
- C'est incroyable, je sais.
- Toi, tu trouves ça incroyable, moi, je trouve ça super cool!
Elle sourit, la capacité de son mari à croire au surnaturel l'avait toujours amusée.
- En tout cas, cette discussion avec elle, m'a apaisée. Et quand je reviens ici, je repense à la chance que j'ai eue de lui dire que je l'aimais.
- C'est un beau souvenir... Dit-il en souriant.
Matthew avait continué son jeu, Martha aimait à dire qu'il avait hérité de son don pour la comédie. Et il fallait bien reconnaître, que ses jeux tenaient plus de la représentation théâtrale que d'un simple jeu d'enfant.
Ils s'installèrent sur le sable et assistèrent au spectacle pendant quelques instants.
- Prête à repartir, Capitaine Beckett? Demanda finalement Rick après avoir jeté un coup d'œil à sa montre.
- Capitaine? S'étonna Matthew en baissant son épée. Comme Crochet?
- Plutôt comme Steve Rodgers, répondit son père.
- C'est qui Steve Rodgers? Demanda Matthew.
- Captain America! S'écria Sam en une parfaite imitation du super héros.
Kate éclata de rire, Matthew lui attrapa la main, ainsi que celle de son père, et la petite famille reprit le chemin de la maison.
Une nouvelle carrière commencerait le lendemain pour Kate, mais elle ne craignait pas la nouveauté, elle avait son port d'attache, son havre de paix, celui vers qui elle reviendrait toujours et auprès de qui elle trouverait toujours du réconfort, son mari, Rick Castle.