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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 19.01.2014 à 18h21
Auteur : balvert
Statut : Terminée
« Lorsqu'un nouveau tueur décide de jouer avec la police de New York, les nerfs de Beckett et Castle risquent d'être malmenés. S'engage un jeu du chat et de la souris, qui s'avérera » balvert
Cette fanfic compte déjà 20 paragraphes
Chapitre 11
Beckett et Castle s’assirent dans le canapé du loft, épuisés. Ils avaient consacré le reste de la journée à vérifier les antécédents de chacune des vingt personnes figurant sur la liste fournie par Miles, avec l’aide précieuse de plusieurs autres flics du 12th. Leurs vies furent passées au peigne fin, mais tous les employés, semblaient ne pas avoir grand chose à se reprocher. Ils avaient trouvé une plainte pour harcèlement contre Miles datant de quelques années, mais il n’y avait pas eu de suite, la plainte ayant été retirée. Un seul autre employé présentait un casier judiciaire, pour vol à l’étalage, mais les faits remontaient à plus de vingt ans, et il ne semblait plus poser problèmes depuis. Ne pouvant pas faire surveiller tous les employés, Beckett ordonna de se concentrer sur Miles et trois autres personnes.
Kate soupira :
« Encore une fois on est tombé dans une impasse…
- Je pense comme toi que la clé de l’énigme se trouve au Fairway Market, c’est juste qu’on ne sait peut-être pas encore ce qu’on doit chercher exactement. Peut-être que c’est un employé, comme ça ne peut-être qu’un client… Mais on trouvera, il se croit plus fort que nous donc il commettra une erreur. Maintenant on va établir une nouvelle règle, ajouta-t-il sérieusement.
- Comment ça ?
- A chaque fois que nous passerons cette porte, on ne parle plus des enquêtes. On se contente de se reposer, de se détendre et de profiter d’être rien que tous les deux, dit-il en massant délicatement les épaules de sa fiancée.
- Hmm, ça me va, fit-elle en fermant les yeux pour mieux savourer le massage de son homme. Mais tu crois que tu vas être capable de résister ?
- Lieutenant Beckett, vous me décevez à ainsi douter de moi.
- Tu vois, tu m’appelles déjà « Lieutenant », se moqua-t-elle en se tournant vers lui.
- Oh, milles excuses, future Madame Castle.
- C’est mieux, je préfères, répondit-elle dans un grand sourire.
- D’ailleurs on n’aurait pas un mariage à organiser ?
- Il paraît oui…
- Tu as mis où les brochures de l’autre jour ? Ca nous fera du bien de penser à autre chose. »
Elle alla les récupérer sur le bureau de Castle, puis vint reprendre sa place, lovée dans les bras de son fiancé.
Ils avaient à peine terminé la lecture du second prospectus que le téléphone de Kate sonna. Son coeur fit un bond dans sa poitrine lorsqu’elle vit le numéro du poste s’afficher.
« Oh non… lâcha-t-elle avant de décrocher sous le regard inquiet de son écrivain. Beckett… D’accord, on arrive…
- C’est … ?
- Oui … »
La Crown Victoria se gara devant l’entrée ouest de Central Park. Ils parcoururent une centaine de mètres avant d’arriver à destination. Ils marchaient, tendus, redoutant ce qu’ils allaient découvrir. Kate arriva la première. En voyant les bandes jaunes entourant la scène du crime, elle inspira fortement, revêtit son masque d’impassibilité, puis pénétra dans le périmètre et se dirigea d’un pas décidé vers sa meilleure amie qui commençait à peine les premières observations.
« Lanie, qu’est-ce que tu as ?
- Je viens d’arriver donc pour l’instant pas grand chose.
- C’est Stacy Moore ?
- Il semblerait bien oui…
- Que s’est-il passé ?
- Comme pour les deux autres, j’ai trouvé des marques d’aiguilles suggérant le même MO, mais elle présente de nombreuses blessures superficielles, surtout sur les membres. Soit elle s’est infligé ça elle-même lors d’épisodes hallucinatoires, soit c’est votre tueur qui s’en est chargé. Le corps est encore chaud, ajouta-t-elle en devançant la question de son amie, elle est morte il y a deux ou trois heures tout au plus.
- Ce qui veut dire que le tueur est venu la déposer ici entre 18 et 21 heure, heure de la découverte du corps, constata Kate en regardant sa montre.
- Plutôt risqué, remarqua Castle.
- Et il continue ses mises en scènes, fit Esposito qui venait vers eux. On a retrouvé le corps assis au bord du lac, les pieds dans l’eau. De loin on se serait presque attendu à ce qu’elle jette un morceau de pain aux canards…
- On a retrouvé des papiers sur la victime ? demanda Beckett, craignant la réponse.
- Pas de permis cette fois », répondit Ryan en s’approchant, une pochette plastique à la main.
Kate, surprise, la lui arracha presque des mains. Elle y trouva un morceau de papier. Elle en déchiffra le contenu, sentant Castle lire par-dessus son épaule. Son sang se glaça lorsqu’elle découvrit les derniers mots.
« Qu’est-ce que ça signifie ? demanda-t-elle tremblante.
- Aucune idée…
- Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de permis ? Il a décidé d’arrêter de tuer ?
- Peu probable, en tous cas il continue de jouer… » soupira la jeune femme.
Elle redonna la pochette à Ryan, puis s’éloigna de quelques pas. Elle avait besoin de souffler. Toute cette affaire la rendait mal à l’aise, et le tueur commençait à mettre ses nerfs à rude épreuve. Encore une fois, elle avait échoué. Elle n’avait pas pu retrouver Stacy à temps, elle n’avait pas pu la sauver. Elle était morte, seule, quelque part dans la jungle new-yorkaise, alors qu’elle était rentrée au loft et préparait tranquillement son mariage…
Elle s’assit sur un banc à quelques mètres du corps et observa les environs. L’heure était assez tardive, mais quelques joggers s’aventuraient encore dans les allées du parc. Le tueur était plutôt culotté d’avoir déplacé le corps dans un endroit aussi fréquenté ! Elle balaya les environs du regard, mais ne repéra pas de caméras. Puis elle regarda à nouveau vers le corps. Elle découvrit un ensemble de buissons auquel elle n’avait pas prêté attention en arrivant. Ils semblaient mettre cette partie du lac à l’abri des regards. « Pas si imprudent que ça » pensa-t-elle.
Elle renversa sa tête en arrière, puis ferma les yeux. Un visage enfantin lui apparut. Lucy… Il y avait des jours comme ça où elle détestait son métier ! Elle sentit une présence qui se voulait pourtant discrète à ses côtés. Elle sourit et ouvrit les yeux. Heureusement, elle avait la chance de l’avoir. Il lui sourit timidement, ce qui suffit à lui réchauffer le coeur et à lui insuffler tout le courage qu’elle semblait avoir perdu quelques secondes auparavant. Elle se leva et se dirigea vers la scène du crime, où le corps venait d’être monté dans la morgue mobile.
« Ryan, envoie le papier au labo, peut-être qu’on aura plus de chance qu’avec les permis de conduire et qu’on trouvera enfin des empreintes. Espo, jette un coup d’oeil avec des uniformes au niveau de ces buissons. Le tueur y est peut-être resté avec le corps en attendant le bon moment pour le déposer au bord du lac, tu trouveras peut-être des indices. Ensuite rentrez chez vous, on n’obtiendra rien de plus à cette heure ci… »
Lorsqu’elle poussa la porte du loft, elle fut surprise de les trouver autour de la table, endormis. Elle regarda sa montre : il était plus de 2 heures du matin. Elle s’approcha et remarqua plusieurs feuilles de papier éparpillées, certaines froissées, d’autres raturées. Elle posa sa main sur l’épaule de son fils, et le secoua légèrement pour le réveiller en douceur.
« Richard… Richard, je pense que vous seriez mieux à dormir dans votre lit non ?
- Quoi ? Hein ? Oh Mère ! Qu’est-ce… Quelle heure est-il ?
- Bien trop tard pour continuer à travailler. Aller zou, au lit »
Elle sourit en voyant son fils employer des trésors d’ingéniosité pour porter Kate jusqu’à leur chambre, sans qu’elle ne se réveille. Elle n’osa pas toucher aux feuilles qui trainaient sur la table de la cuisine, mais en ramassa une qui était tombée pas terre. Elle la reposa sur le dessus et monta se coucher, sans prêter attention au texte qu’on pouvait y lire :
Le fils aîné de la nature vient y dormir,
Après son long voyage par-delà les nuages,
Quand ses fidèles sujets préfèrent y mourir.
Les larmes du passé s’élèvent vers les Cieux,
Après avoir libéré les géants de pierres,
Qui pourtant s’étaient enfin endormis, heureux.
Que le meilleur gagne, Lieutenant Beckett !
Chapitre 12 :
Elle se réveilla bien avant que le réveil ne sonne. En fait, elle n’avait que très peu fermé l’oeil de la nuit, et ses rares phases de sommeil avaient été peuplées de cauchemars plus tordus les uns que les autres. Elle voulut se lever, mais sentit un bras la retenir fermement. Elle sourit et se retourna le plus délicatement possible pour l’observer. Il était tellement craquant lorsqu’il dormait… Elle resta quelques instants à admirer sa poitrine se soulever au rythme lent de sa respiration, ses cheveux en bataille et chaque détail de ce visage qu’elle connaissait pourtant par coeur. Puis elle rigola intérieurement. Dire qu’elle le reprenait lorsqu’il faisait la même chose ! Pourtant elle aurait pu rester des heures ainsi, loin de tout problème et surtout loin de cette enquête…
Elle soupira et sortit du lit en tentant de ne pas le réveiller. Puis elle prit la direction de la cuisine. Elle fut surprise de voir les feuilles éparpillées sur la table, puis se remémora les évènements de la veille.
Flash back
En arrivant au loft, Castle avait tout fait pour essayer de changer les idées de sa belle qu’il sentait bien plus affectée par les derniers évènements que ce qu’elle n’avouait. Il avait multiplié les pitreries, les gestes tendres, lui avait fait coulé un bain et préparé un délicieux repas, mais il ne parvint pas à faire renaître sur son joli visage ce sourire qu’il aimait tant. Alors il s’était enfui dans son bureau pour en revenir quelques secondes plus tard avec des dizaines de feuilles blanches et plusieurs crayons, sous le regard perdu de sa fiancée. Il s’était installé sur la table de la cuisine, et après quelques instants de réflexions, avait écrit plusieurs mots. Intriguée, Kate avait quitté le confort du canapé pour voir ce qu’il fabriquait. Ce coup-ci ce fut elle qui lut par-dessus son épaule :
Le fils aîné de la nature vient y dormir,
Après son long voyage par-delà les nuages,
Quand ses fidèles sujets préfèrent y mourir.
Les larmes du passé s’élèvent vers les Cieux,
Après avoir libéré les géants de pierres,
Qui pourtant s’étaient enfin endormis, heureux.
Que le meilleur gagne, Lieutenant Beckett !
« Je croyais qu’on ne devait pas ramener de devoirs à la maison ?
- Je sais, mais ce soir j’ai perdu ma fiancée, alors peut-être que ce message m’aidera à la retrouver !
- Désolée Castle, merci pour cette sublime soirée, mais …
- Tu te joins à moi ?
- Tu as une idée de ce que ça veut dire ? demanda-t-elle en prenant place à ses côtés et en attrapant un crayon.
- Pas la moindre, mais on va trouver.
- Je pense qu’il s’agit d’une sorte de message codé, il reste dans sa logique de jeu. Par contre je ne sais pas pourquoi est-ce que d’un seul coup il change sa façon de communiquer…
- Peut-être qu’on s’est un peu trop rapproché et qu’il cherche à nous faire peur ou nous éloigner ?
- C’est ce que j’ai pensé aussi. Aller, au boulot ! »
Ils griffonnèrent des tonnes d’idées, ils pensèrent parvenir à déchiffrer le message à plusieurs reprises, mais comme pour toute l’enquête, ne parvinrent qu’à des impasses à chaque fois.
Fin du Flash back
Elle fut sortie de ses pensées par du bruit dans les escaliers.
« Hey Katherine, tu es déjà levée ?
- Oh Martha, je ne vous avais pas entendue arriver. Je vous ai réveillée ?
- Non, ne t’inquiètes pas, on ne dors plus très bien à mon âge, fit la rouquine en souriant. C’est quoi tout ça ?
- On a retrouvé ce texte sur le corps de notre dernière victime. Rick pense que c’est une sorte de message codé, mais on a passé notre soirée dessus, et nous n’avons rien trouvé.
- Je sais, je vous ai trouvés endormi ici en rentrant, s’amusa l’actrice. Je peux jeter un coup d’oeil ?
- Oui, bien sûr.
- La dernière phrase… fit la rouquine en blêmissant.
- Ce n’est rien !
- Rien ? Katherine, elle t’est directement adressée ! Ca ressemble plus à une menace qu’à rien !
- Ne vous inquiétez pas Martha, il ne nous arrivera rien, je veille sur Rick.
- Veille sur toi également, sois prudente ! »
La peur se lisait dans le regard de l’actrice. Kate la rassura d’un timide sourire. La rouquine se plongea à nouveau dans sa lecture, concentrée.
« Je ne sais pas pour le reste, mais je pense avoir compris le premier vers. « Le fils aîné de la nature » est une paraphrase célèbre en littérature pour désigner le Soleil. Or on parle du lieu où le soleil dort, où il se couche, donc il est sûrement question de l’ouest ou quelque chose comme ça.
- Martha, vous êtes géniale, nous n’avions pas essayé dans cette direction ! »
Elles continuèrent à réfléchir au sens des autres vers devant un bon café, mais tout leur semblait obscur. Puis Kate regarda l’heure : il était grand temps d’aller réveiller la marmotte s’ils voulaient ne pas arriver trop tard au poste. Elle pénétra dans la chambre et l’observa à nouveau. Il avait bougé depuis tout à l’heure et été totalement enroulé dans les draps, sa tête reposant sur l’oreiller qu’elle venait de quitter. Elle sourit, puis coupa le réveil. Elle s’assit ensuite à ses côtés et caressa tendrement son dos, puis elle s’approcha de son oreille en lui murmurant qu’il fallait se lever. Ne le voyant pas bouger, elle appuya davantage ses caresses, sentant sa peau frémir inconsciemment sous ses doigts. Puis elle se pencha et déposa un doux baiser à la commissure de ses lèvres. Elle fut surprise en le sentant attraper les siennes tout en la faisant délicatement basculer de l’autre côté du lit. Mais elle protesta à contre coeur entre deux baisers :
« Bébé… on va finir… par être… en retard… au poste…
- M’en fou, grogna-t-il.
- Et ta mère est juste à côté… »
Cette dernière phrase calma aussitôt ses ardeurs, et il s’éloigna, bougon.
« C’est de ta faute aussi !
- La prochaine fois je te réveillerai avec un seau d’eau, ce sera moins risqué, se moqua-t-elle. Dépêche-toi de t’habiller, on a une enquête à mener, et un message codé à déchiffrer. »
Chapitre 13
La première chose qu’elle fit en arrivant au poste fut d’appeler la famille de Stacy Moore. Ce fut certainement l’un des coups de fils les plus difficiles de sa carrière. A chaque mot qu’elle prononçait, elle voyait la petite Lucy si pleine de vie s’effondrer un peu plus et se perdre dans les méandres d’une peine qu’elle connaissait trop bien… Elle promit de passer dans les jours qui viendraient leur donner en personne les nouvelles avancées.
Elle détestait cette affaire, elle détestait ce tueur, et elle se détestait de ne pas encore avoir pu l’arrêter.
Une douce odeur de café vint interrompre ses sombres pensées et lui permis de se re concentrer. Elle jeta un coup d’oeil au tableau blanc où était affiché une copie du message retrouvé sur Stacy Moore. Elle le connaissait par coeur, mais à chaque lecture elle en comprenait encore moins le sens. Ce qui l’intriguait le plus c’était cette dernière phrase, ces quelques petits mots qui la narguaient, comme une invitation à participer à un jeu malsain. Que le meilleur gagne, Lieutenant Beckett. Comment savait-il qu’elle était sur l’affaire ? Que savait-il exactement ? Surveillait-il les avancées de l’enquête ? Comment ? L’avait-elle déjà interrogé ? Qui ? Elle avait la désagréable impression qu’à chaque fois qu’ils trouvaient un indice, le mystère s’épaississait davantage. Plus les jours avançaient et plus la réponse semblait s’éloigner.
« Kate, ça va ? s’inquiéta Castle devant le visage fermé de sa fiancée.
- Hein ? Euh oui, oui, je réfléchissais juste.
- Il y a du nouveau, continua-t-il, non dupe mais respectant son silence. Lanie confirme la mort vers 18h hier soir. Elle confirme également le MO, toujours du Flumachinchose, cette fois-ci injecté en plus forte dose, ce qui lui a causé de forts épisodes psychotiques. Vu les traces qu’elle a trouvé sous ses ongles, elle a dû s’infliger elle-même les blessures qui couvrent son corps. Et avant de demander, elle vient d’appeler, comme ça faisait cinq minutes que le téléphone sonnait et que tu étais tellement absorbée par tes réflexions que tu ne m’as pas entendu, j’ai décroché, je suis désolé.
- Oh… Tu as bien fait », fit-elle gênée de constater qu’elle n’était pas à 100% dans son travail.
Elle allait continuer, mais un policier en uniforme l’interrompit :
« Lieutenant Beckett, cet homme demande à vous voir. Il aurait des informations à propos du meurtre d’hier soir. »
Elle salua le dénommé Noah Robinson, puis l’installa dans une salle de repos, après avoir fait discrètement signe à Esposito de faire des recherches sur lui. Elle l’invita à s’assoir tandis que Castle et elle-même prenaient place dans les fauteuils en face.
« Je vous écoute Monsieur Robinson.
- Alors voilà, hier, entre 17h30 - 18h, je faisais mon jogging comme tous les jours après ma journée de travail. J’aime courir autour du lac de Central Park, mais j’ai choisit un chemin un peu différent cette fois-ci, j’avais envie de tester un nouveau parcours. Je suis arrivé dans un endroit peu fréquenté lorsque j’ai vu deux personnes arriver devant moi. L’une des deux semblait mal au point puisqu’elle s’appuyait sur l’autre. Mais cette partie du parc est moins bien entretenue, et j’ai trébuché sur une racine qui sortait de terre. Lorsque je me suis relevé, j’ai essayé de les retrouver pour leur apporter mon aide, mais ils avaient tout simplement disparus. J’ai pensé que je m’étais fait des films et je suis rentré chez moi. Mais lorsque j’ai vu les infos à la télé, je l’ai tout de suite reconnue. La fille qui s’est fait tuée c’est celle que j’ai vue, j’en suis sûr.
- Est-ce que vous pourriez nous décrire la personne qui était avec elle ? demanda Kate, le coeur battant la chamade.
- La nuit commençait à tomber et cette partie est très sombre. Tout ce que je peux vous dire c’est qu’il portait un jean ample et un sweat à capuche noir, vous savez les pull que l’on trouve dans les magasins touristiques, avec inscrit « I love NY ». Sous la capuche il avait une casquette rabaissée au maximum, donc je n’ai pas pu voir son visage.
- Vous dites qu’il faisait sombre, comment pouvez-vous être certain que la fille qui l’accompagnait est bien notre victime ?
- Oh croyez-moi, une silhouette comme ça, ça ne s’oublie pas ! Et puis ses fringues étaient usés, comme ceux de la fille du parc. Je suis sûr que c’est la même !
- Merci beaucoup pour ces informations. »
Kate regarda Noah Robinson s’éloigner vers l’ascenseur, et ne sortit de sa torpeur que lorsque les portes se furent refermées. Elle avait enfin un témoin, mais ses déclarations étaient bien trop vagues pour qu’elle puisse en tirer quoique ce soit. Elle demanda à Ryan de récupérer les vidéos de surveillance aux environs de la scène de crime, avec un peu de chance ils réussiraient peut-être à le repérer et voir son visage. Mais elle n’en était pas convaincue. Il savait trop bien ce qu’il faisait pour se laisser prendre à ce piège. Puis elle se tourna vers Esposito qui avait des choses à lui dire :
« J’ai fait des recherches, Robinson n’a pas de casier, il a 37 ans et tient un petit restaurant au nord de Manhattan. Il n’est pas marié, n’a pas d’enfant, et il ne lui reste plus que sa mère qui souffre d’Alzheimer et est en maison de retraite. Son salaire suffit à peine à couvrir les frais, alors il a un emploi à mi-temps dans un pressing. J’ai contacté son patron, et il confirme que Noah est parti vers 17h, et comme tous les jours il avait ses affaires de sport dans son coffre de voiture. Il a l’habitude de faire un jogging avant d’entamer sa seconde journée.
- D’accord, merci Espo.
- Et pour le message, vous avez du nouveau ?
- Non, il serait écrit en chinois ce serait la même chose…
- Vous avez essayé les synonymes ?
- Alexis, cria presque Castle, surpris. Qu’est-ce que tu fais là ?
- Moi aussi ça me fait plaisir de te voir papa, se moqua la rouquine. J’avais besoin d’infos sur un sujet médical, alors je suis passée voir le Docteur Parish. Et je ne me voyais pas partir comme une voleuse sans venir vous faire un bisous.
- Eh, salut Alexis, ça me fait plaisir de te voir, fit Kate.
- Moi aussi !
- Comment tu vas ? Les études ne sont pas trop dures ?
- Non, c’est passionnant ! répondit-elle en s’asseyant sur le fauteuil de son père qu’il venait de quitter pour chercher des cafés.
- Et ça va toujours avec Pi ?
- Il est adorable, et on s’entend tellement bien ! Parfois on n’a même pas besoin de parler pour se comprendre, il arrive à devancer mes désirs… Un vrai amour ! »
Castle rouspétait contre la cafetière qui ne voulait pas fonctionner correctement. Alors que le précieux liquide daignait enfin couler, il jeta un coup d’oeil dans la direction du bureau de Beckett. Sa fille et elle étaient en train de bavarder et semblaient réellement heureuses de se voir. Une douce chaleur envahit son coeur. Alexis et Kate avaient toujours eu une certaine complicité, bien avant même qu’ils ne soient en couple. Et il ne pouvait être que plus comblé de voir les deux femmes de sa vie s’entendre aussi bien ! Il s’approcha discrètement et leur donna leurs cafés, puis s’éloigna pour ne pas les déranger, mais les confidences semblaient être terminées.
"C’est quoi ça ? demanda soudain Alexis en reportant son attention sur le tableau blanc.
- Un message qu’on a retrouvé sur le corps d’une victime, fit Kate. Il en est déjà à son troisième meurtre, d’habitude il nous laisse le permis de conduire de sa prochaine cible, mais là il a laissé cet espèce de poème. Ton père pense que c’est une sorte de message codé, mais on n’arrive pas à en comprendre le sens.
- Déjà, le « fils aîné de la nature »…
- Désigne le soleil, ta grand-mère l’a déjà découvert, la coupa l’écrivain. D’ailleurs c’est cohérent avec la suite, vu qu’il est question de « nuages » et de « Cieux ».
- Justement, regarde, il a écrit « Cieux » avec une majuscule. Peut-être qu’il y a une référence religieuse ?
- « Les géants de pierre », s’exclama Kate. Ca peut désigner une église ou quelque chose comme ça !
- Je ne veux pas vous paraître rabat-joie, mais on est à New York, des bâtiments religieux il y en a plus d’un. En supposant que le lieu qu’on cherche se trouve bien ici, ou même que ce soit bien un bâtiment qu’on doit trouver !", fit Castle, légèrement jaloux de ne pas y avoir pensé avant.
Chapitre 14
Kate sourit en voyant l’air boudeur de son homme. Mais elle était trop heureuse d’avoir peut-être enfin trouvé une piste pour s’en inquiéter. Sans rien dire, elle se précipita sur son ordinateur, ouvrit le moteur de recherche et pianota quelques mots.
Elle perdit pourtant son sourire en voyant le nombre de résultats qui s’affichaient. Elle avait plus de 200 entrées, et en se concentrant sur l’ouest de Manhattan, il en subsistait plus de 50. Elle regarda à nouveau le message. Ils étaient proches, elle le sentait. Pourtant quelque chose leur échappait encore.
Le fils aîné de la nature vient y dormir,
Après son long voyage par-delà les nuages,
Quand ses fidèles sujets préfèrent y mourir.
Les larmes du passé s’élèvent vers les Cieux,
Après avoir libéré les géants de pierres,
Qui pourtant s’étaient enfin endormis, heureux.
Soudain Castle se saisit d’une feuille blanche qui traînait sur son bureau et se mit à écrire frénétiquement. Après avoir recopié le texte, il souligna les mots qui lui semblaient être des indices. Il obtenait ceci :
Le fils aîné de la nature vient y dormir,
Après son long voyage par-delà les nuages,
Quand ses fidèles sujets préfèrent y mourir.
Les larmes du passé s’élèvent vers les Cieux,
Après avoir libéré les géants de pierres,
Qui pourtant s’étaient enfin endormis, heureux.
Puis il réfléchit à voix haute :
« Nuages et Cieux désignent probablement un lieu sacré. « Les larmes du passé s’élèvent », peut-être un bâtiment ancien, ou bien une église en hauteur ?
Kate tapa de nouveaux mots clefs, mais secoua la tête, encore beaucoup trop de possibilités.
- Attends une minute, larmes et nuages ! s’écria Alexis.
- Pardon ?
- La larme des nuages, ou Tear of the Clouds, c’est le nom de la source de l’Hudson !
- Kate, tu as quelque chose ?
- Non, pas d’églises le long de l’Hudson…
- On ne cherche pas la bonne chose, murmura Castle tout en balayant les mots du regard. On cherche un bâtiment à connotation religieuse, ancien… Il est question de « libération » des « géants de pierres », il y a une idée d’enfermement, peut-être un couvent, un monastère… Un cloître ! s’exclama-t-il soudain. Cloître, ça vient du latin claustrum qui signifie barrière, serrure !
- Finalement tu fais quelque chose de tes heures planqué derrière ton ordinateur, se moqua Kate. Mais on ne les trouve pas plutôt en Europe ? Tu connais une abbaye avec un cloître à New York toi ?
- Fort Tryon Park ! firent alors en coeur Alexis et Castle avant de se taper dans la main.
- « Un shérif à New York », ajouta l’écrivain.
- Un incontournable, précisa la rouquine.
- Ok, vous m’expliquez ? demanda Kate perplexe.
- Quoi, tu ne connais pas ?
- J’en ai entendu parlé, mais jamais vu non.
- Rassure-moi, tu connais Clint Eastwood quand même ?
- Très drôle Castle…
- Une partie du film a été tournée à Fort Tryon Park, fit la jeune fille. Et on y voit clairement les cloîtres européens qui ont été reconstruits pierre par pierre pour former le musée The Cloisters. Je ne compte même plus le nombre de fois où on l’a vu, souligna-t-elle en voyant l’étonnement de sa future belle-mère.
- Donc vous pensez que l’endroit qu’on cherche est ce parc ?
- Il se trouve au nord-ouest de Manhattan, dans Washington Heights, au bord de l’Hudson, donc c’est fort probable oui. Au pire on ne perd rien à aller y jeter un coup d’oeil ! »
Kate relut le message et finit par se faire une raison : effectivement, l’endroit collait plutôt bien au texte. Elle appela une équipe, elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait y trouver, et, vu la superficie du parc, risquait d’avoir besoin de renforts pour fouiller. Elle remercia Alexis qui avait été d’une grande aide, appela Espo et Ryan qui étaient partis récupérer les vidéos surveillance de Central Park, puis frappa au bureau de Gates. Elle la mis au courant des dernières avancées, et la capitaine insista pour venir avec eux. Ils prirent ensemble la direction de Fort Tryon Park et y arrivèrent peu de temps après. Ils firent ensuite des équipes de deux afin de couvrir le maximum d’espace en un minimum de temps. Castle suivit Kate jusqu’aux hauteurs du parc. De là où ils étaient, ils avaient une vue imprenable sur l’Hudson, qui s’écoulait paisiblement devant les colosses de pierres. Le spectacle était à couper le souffle… Soudain le talkie-walkie de Beckett grésilla:
« Lieutenant Beckett, on a trouvé quelque chose. »
Ils se dirigèrent au pas de course vers la position indiquée.
« Beckett, appela Gates. Venez voir. »
Le sang de la jeune femme se glaça lorsqu’elle vit ce que lui désignait sa supérieure.
« C’est… demanda Castle.
- Ca en a tout l’air en tous cas, oui.
- « Ses fidèles sujets préfèrent y mourir », murmura Kate.
- Je vous demande pardon Lieutenant ?
- Le message du tueur disait : « ses fidèles sujets préfèrent y mourir ». Il faut aller chercher de quoi sonder le sol, s’écria-t-elle soudain.
- Vous pensez…
- Ce ne sera sûrement pas le seul que nous retrouverons… »
Peu de temps après, une équipe de la police scientifique débarqua avec du matériel sophistiqué. Après avoir délimité un périmètre de fouille, ils passèrent chaque millimètre cube de terre au peigne fin grâce à d’étranges machines. Soudain, un bip sonore retentit ce qui fit tourner la tête de tous les flics présents. Avec milles précautions, deux hommes entreprirent de creuser. Quelques minutes suffirent à mettre à nu un nouveau squelette.
Kate eut la nausée.
Ce tueur était bien pire que ce qu’elle n’avait imaginé.
Ils venaient de découvrir son charnier.
Chapitre 15 :
En tout, après de longues heures de travail, ils sortirent de terre six corps, dans des états de décompositions varié. Certains étaient envahis par les vers, d’autres n’étaient plus que squelettes. Tous les policiers avaient le visage fermé. Travaillant pour la plupart à la Criminelle depuis un moment, ils étaient habitués à voir les dégâts de la folie humaine, mais là ça dépassait les limites du supportable. Même Gates avait quitté son masque d’impassibilité et accusait difficilement le coup.
Après la découverte du sixième corps, Kate s’était éloignée pour s’adosser à un arbre, sentant ses jambes se dérober. Elle s’était laissée glisser le long du tronc jusqu’à s’assoir sur la terre humide, tremblante. C’était trop. Beaucoup trop. Depuis plusieurs jours elle se battait contre la montre, luttait contre des moulins à vent pour tenter de stopper ce psychopathe. Elle était arrivée trop tard à chaque fois. Chaque nouvelle victime semblait la narguer davantage. Et tout à coup il avait changé les règles du jeu, ne lui offrant pas un autre nom à sauver, mais une énigme pour lui faire découvrir ses autres trophées. Pourquoi ? Elle ne parvenait pas à réfléchir. Ethan Morris. Emilia Green. Stacy Moore. Ces noms résonnaient dans sa tête, faisant écho à la culpabilité qui la rongeait.
Castle ne l’avait pas quittée du regard lorsqu’il l’avait vue s’éloigner. Lui aussi était sonné. Il décida de la laisser tranquille et de lui accorder quelques secondes de répit. Lorsqu’elle leva les yeux vers lui, l’émeraude et l’azur se rencontrèrent, et ils s’enfermèrent dans leur bulle, loin de tout ça. Il pouvait voir toute sa peine, sa culpabilité, mais surtout sa colère et sa détermination à retrouver l’auteur de ce cauchemar. Elle se leva, soupira fortement, passa sa main sur son visage, et alla rejoindre Gates. Les corps étaient presque tous enfermés dans les housses noires, prêts à rejoindre la morgue pour l’identification.
« Retrouvez-moi ce salaud » furent les seuls mots prononcés par la Capitaine avant qu’elle ne s’engouffre dans sa voiture.
Beckett attendit la fin des opérations, puis rejoignit elle aussi sa Crown Victoria. Castle la suivit, et le retour au poste se fit dans un silence tendu. Kate profita d’un feu rouge pour jeter un coup d’oeil à son fiancé. Il semblait extrêmement atteint lui aussi.
« Ca va ? demanda-t-elle doucement.
- Ca ira mieux lorsqu’on aura retrouvé ce fumier… »
En arrivant au poste, Kate était de nouveau pleinement concentrée, et déterminée à retrouver celui qui s’amusait à les faire tourner en bourrique. Elle appela Esposito et Ryan, et ils rejoignirent Castle devant le tableau blanc.
« Vous avez trouvé quelque chose sur les vidéos de Central Park ?
- Tory est toujours dessus, mais pour le moment on n’a rien.
- Récapitulons ce qu’on sait, proposa Castle. La première victime, Ethan Morris, avait 37 ans et était trader. Sur lui on a retrouvé le permis de conduire d’Emilia Green, 25 ans, étudiante en art contemporain, retrouvée elle-même morte avec le permis de Stacy Moore. Elle avait 36 ans et était coach sportive.
- On a retrouvé tous les corps dans Central Park, à chaque fois dans des endroits différents et il n’apparaît jamais sur les vidéos des caméras de surveillance pour le moment, ce qui suggère que le tueur est un habitué, poursuivit Kate.
- De plus on sait que le seul point commun entre les victimes est le Fairway Market. Soit il y travaille, soit il a l’habitude d’y aller.
- Il joue avec nous depuis le début. Soit parce qu’il est sûr de lui, soit il n’a aucune confiance en lui.
- J’opterai plutôt pour la seconde solution, fit l’écrivain. Il se cache derrière des énigmes, kidnappe ses victimes grâce à un sédatif et leur administre une autre drogue pour les tuer à petit feu. Lanie nous a dit qu’il utilisait une perfusion, peut-être qu’une fois réveillées il n’a pas de contact avec ses victimes, se contentant de les observer de loin.
- Possible. Et ce n’est pas la mort qui l’intéresse, plutôt la déchéance, peut-être qu’il a vécu ce genre d’expérience dans son enfance. »
Ils restèrent tous un moment silencieux, tentant d’établir des liens logiques entre toutes ses informations. Mais il manquait une pièce au puzzle pour que tout semble limpide.
« Et maintenant il y a les six corps de Fort Tryon… fit Ryan.
- Peut-être qu’on y trouvera un indice, il faut absolument les identifier. Ryan, Espo, sortez-moi tous les avis de disparition de ces dix dernières années, sur Manhattan principalement, hommes et femmes entre 20 et 45 ans. Avec Castle on va voir si Lanie peut nous en dire un peu plus. »
La morgue, d’ordinaire si calme, ressemblait à une véritable fourmilière. Les légistes semblaient totalement débordés, et ils eurent du mal à trouver Lanie qui courrait d’un corps à l’autre.
« Kate, si tu viens pour les cadavres de Fort Tryon Park, c’est beaucoup trop tôt !
- J’espérai que tu pourrais nous rendre tes premières conclusions…
- Je n’ai pu en voir que trois pour le moment. Tout ce que je peux te dire c’est qu’il y avait deux hommes et quatre femmes. J’ai vu des traces de piqûres sur un des corps, il faudrait voir avec les autres s’ils ont trouvé la même chose.
- D’accord, merci, tiens-moi au courant dès que tu en sais plus. »
Ils passèrent toute l’après-midi à éplucher les centaines d’avis de recherche que les Bros avaient sortis, mais ils n’avaient pas assez d’éléments pour permettre une sélection plus fine. Kate soupira mais ne put que se rendre à l’évidence. Il faudrait attendre les rapports des légistes avant de pouvoir avancer, et ils n’auraient pas grand chose à se mettre sous la dent avant au mieux le lendemain après-midi. Aussi décida-t-elle de renvoyer tout le monde chez lui, un peu de repos ferait le plus grand bien. Dans la voiture, Castle l’observa un instant jouer nerveusement avec le volant, avant de briser le silence :
« Ca va ?
- Pourquoi nous avoir guidé jusqu’à son charnier ?
- Bonne question, fit l’écrivain qui était à cours de théories, même farfelues.
- Pourquoi nous indiquer où se trouvent des corps qu’il a prit tant soin de cacher ? Où est la logique dans tout ça ?
- Continuer à nous narguer, pour montrer que justement il a réussit à cacher ses victimes pendant tout ce temps, et que la police de New York ne les aurait jamais retrouvées sans son aide ?
- Mais pourquoi maintenant ? Je veux dire certaines victimes semblaient être là depuis plusieurs années, alors pourquoi risquer de dévoiler de nouveaux indices maintenant ? »
Alors que la Crown Victoria s’immobilisait devant le loft, tous les deux étaient en proie à de grandes réflexions. Aucun des deux ne comprenait la logique de tout ça, et le mode de fonctionnement du tueur leur échappait totalement. Alors qu’ils étaient seuls dans l’ascenseur, Castle s’approcha de sa fiancée et l’enlaça tendrement. Puis il lui murmura à l’oreille :
« Et si on oubliait tout ça pour ce soir ?
- Hmm, et que proposez-vous monsieur l’écrivain ?
- On pourrait lire… fit-il en descendant sa main de sa nuque jusque sur son ventre, frôlant au passage sa poitrine. Regarder la télévision… ajouta-t-il en déposant une multitude de baisers dans son cou.
- Hmm oui on pourrait faire ça… » frémit Kate savourant les caresses de son homme.
Lorsque les portes s’ouvrirent, elle lui prit la main et le guida jusqu’au loft, souriante, frissonnant d’anticipation rien qu’à penser à la soirée qui s’annonçait… mouvementée.
Arrivée sur le pas de la porte, elle s’arrêta net.
Son sang ne fit qu’un tour.
Chapitre 16
Elle se retourna vers Castle et lui fit signe de se taire. Il ne comprit pas tout de suite la peur qu’il pouvait lire dans son regard, mais lorsqu’elle se décala légèrement, son sang se glaça à son tour.
La porte du loft était entrouverte.
Kate saisit délicatement son arme attachée à sa ceinture, fit signe à l’écrivain de l’attendre dehors, puis ouvrit la porte en faisant le moins de bruit possible. Son sang résonnait contre ses tempes, ses mains tremblaient. Elle raffermit sa prise sur son arme et pénétra dans la pièce. Le loft était plongé dans le noir, les lumières de la ville lui donnant un air peu rassurant. Elle n’osa pas appuyer sur l’interrupteur, préférant garder l’effet de surprise en cas d’éventuel intrus. Elle respirait le plus discrètement possible, laissant son instinct de flic reprendre le pas sur ses craintes. Elle laissa ses yeux s’habituer à l’obscurité. Soudain elle décela une masse sombre au beau milieu du salon. Elle recula prudemment, l’arme toujours pointée dans cette direction, prête à faire feu, puis alluma la lumière du salon.
Elle émit un petit cris en découvrant le macabre spectacle. Castle, qui pour une fois était resté bien sagement sur le pas de la porte, eut une soudaine envie de vomir, et ses jambes se dérobèrent. Il eut juste le temps de se retenir au chambranle de la porte pour ne pas s’effondrer.
« C’est… fit-il la voix tremblante.
Noah Robinson… » acheva-t-elle dans le même état.
Le corps de leur témoin trônait fièrement au beau milieu du salon.
Reprenant peu à peu ses esprits, Kate fit une inspection rapide des lieux pour vérifier qu’il n’y avait pas d’autres mauvaises surprises, puis appela le 12th.
Ryan, Espo, mais également Gates arrivèrent rapidement. Ils retrouvèrent Castle et Beckett assis dans le canapé, encore sonnés par cette découverte. Ce fut la Capitaine qui prit la parole en première :
« Que s’est-il passé ?
- On rentrait lorsque je me suis aperçue que la porte était entrouverte. Ni Martha, ni Alexis n’étaient censées être là ce soir, alors j’ai sorti mon arme pour vérifier. Et on a découvert le corps…
- Il s’agit de votre témoin c’est ça ?
- Oui, mais je ne comprends pas ! Il n’a même pas été capable de nous fournir des renseignements valables, protesta Castle, la peur laissant peu à peu place à la colère.
- S’il a vu notre tueur, ça signifie qu’il a dû le voir aussi, et le considérer comme une menace, fit Kate, posant une main sur le bras de son fiancé pour le calmer.
- En attendant, vous n’allez pas pouvoir rester ici, c’est trop dangereux. Vous allez prendre une chambre d’hôtel et être placés sous protection. Oui, je sais Lieutenant, vous êtes assez grande pour assurer votre protection seule, mais vous n’avez pas le choix, c’est un ordre. Et je vous retire l’enquête.
- PARDON !? protesta Beckett plus vivement qu’elle ne l’aurait voulu. Sir, avec tout le respect que je vous dois, je crois que vous commettez une grave erreur. Le temps qu’une nouvelle équipe se renseigne sur le cas, il aura le temps de tuer plusieurs fois. On est proche de le coincer, je le sens.
- Vous en êtes sûre ? Ou bien souhaitez-vous seulement vous venger de cette intrusion ?
- Parce que vous feriez quoi à ma place ? Ce salopard s’est introduit chez nous. Il aurait put y avoir Martha ou Alexis, qui sait ce qu’il leur aurait fait. Il a violé notre intimité, et vous me demandez de rester sagement sur la touche ? Evidemment que je veux encore plus le trouver aujourd’hui !
- C’est bien ce que je disais, vous êtes bien trop impliquée pour continuer.
- De toute façon on le traquera, que vous soyez d’accord ou non, fit Castle, la voix frémissante de colère. Il aurait pu s’en prendre à notre famille ! »
La tension était montée d’un cran dans la pièce. Beckett et Castle toisaient Gates du regard, la défiant de maintenir sa position. Esposito et Ryan ne pouvaient que soutenir leurs amis, il était allé beaucoup trop loin cette fois-ci et il allait en payer le prix fort. Ils étaient déjà prêts à les aider si jamais Gates ne revenait pas sur sa décision.
La métisse n’était pas surnommée Iron Gates pour rien. Elle soutint leurs regards sans ciller, mais réfléchissait à toute vitesse. En temps normal elle aurait pu compter sur l’écrivain pour stopper les ardeurs de son meilleur élément, mais elle pouvait lire la même détermination dans ses yeux. Elle-même était partagée : si elle s’était retrouvée dans la même situation, elle aurait foncé sans réfléchir pour retrouver ce salaud et défendre sa famille. Mais elle se devait de protéger ses hommes, ne pas les laisser se jeter dans la gueule du loup ! Son regard passa de l’écrivain à sa muse. Ils étaient tous les deux tendus. Elle soupira légèrement.
« Bien, vous restez sur l’enquête. A une condition, ajouta-t-elle en levant une main, les invitant à l’écouter attentivement. Vous me tenez au courant du moindre de vos faits et gestes, et je veux connaître chaque avancée, même si ce n’est qu’un détail. Personne ne fait cavalier seul ! Il a déjà réussi à s’introduire ici, ne lui donnons pas une bonne occasion de vous mettre la main dessus. Je me suis bien fais comprendre ?
- Oui Sir, merci », fit Kate, le coeur plus léger d’avoir l’aval de sa supérieure.
Ils laissèrent la scientifique faire les relevés nécessaires sur le corps et dans la pièce, tandis que les inspecteurs interrogeaient les voisins et récupéraient les vidéos des caméras de surveillance. Pendant ce temps ils allèrent prendre quelques affaires qu’ils glissèrent dans une valise. Castle obtenu facilement que sa mère et sa fille soient également placées sous protection. Il les appèlerait aussitôt leur arrivée dans leur chambre d’hôtel pour les prévenir de ne pas mettre les pieds au loft jusqu’à nouvel ordre.
La chambre d’hôtel était toute simple, mais discrète et c’est tout ce qui leur importait. Ils s’étaient enregistrés sous un faux nom, Castle avait même pris les précautions de se grimer un peu pour ne pas risquer d’être reconnu. Trois hommes s’occupaient de les protéger, et étaient placés de façon stratégique dans l’hôtel. Rick déposa la valise dans un coin de la chambre, puis il commanda le repas. Chacun essaya de sauver la face durant le dîner, afin de distraire l’autre et lui faire oublier ce qui venait de se passer. Mais de longs silences pesants s’installaient par moment. Fatigués, physiquement et moralement, ils ne tardèrent pas à aller se coucher.
Kate n’arrivait pas à dormir. A chaque fois qu’elle fermait les yeux, le cadavre de Noah Robinson venait la hanter. Elle se retourna vers son écrivain. Malgré ses yeux clos, sa respiration le trahissait : il ne dormait pas non plus. Elle se rapprocha de lui, et le serra dans ses bras. Elle posa sa tête sur son torse et fut rassurée d’entendre les battements réguliers de son coeur. Castle ouvrit un oeil et resserra son étreinte. Il sentait que le geste de sa fiancée n’avait pas la tendresse habituelle, et était même marqué par une certaine détresse, mais il ne put s’empêcher de plaisanter :
« On est câline Lieutenant !
- J’ai besoin de me sentir vivante… »
Chapitre 17
Lorsque les rayons du soleil vinrent lui chatouiller le visage, elle était réveillée depuis un moment déjà. « Il a vraiment le don de rendre les gens insomniaques » pensa-t-elle amère. Elle tourna la tête vers son compagnon : il semblait dormir à poings fermés. Elle préféra le laisser se reposer, il en avait bien besoin. Elle s’extirpa du lit doucement, puis fila dans la salle de bain prendre une douche rapide. Elle se regarda dans le miroir et eut du mal à se reconnaître. Ses traits étaient tirés et de grosses cernes avaient élues domiciles sous ses yeux. La colère l’envahit à nouveau. Il était en train d’obtenir ce qu’il voulait, il ne fallait pas qu’elle le laisse gagner. Elle attrapa son maquillage et s’appliqua à masquer tous les signes de manque de sommeil. Une fois fait, elle sourit. Elle ne le laisserait pas prendre le dessus, elle était plus forte que lui et comptait bien le lui prouver. Elle enfila ses vêtements puis retourna dans la chambre. Elle observa son fiancé quelques instants, mais n’eut pas le coeur de le réveiller. Elle s’approcha à pas de loup et lui déposa un doux baiser à la commissure des lèvres. Puis elle attrapa son arme et sa veste, rédigea un petit mot qu’elle laissa sur le miroir et quitta la chambre sans faire de bruit. Une fois en bas, elle ne mis pas longtemps à repérer les hommes chargés de leur protection et soupira. Ils n’étaient pas très discrets, mais après tout peut-être que ça le dissuadera de s’en prendre à eux. Elle hésita un instant, pouvait-elle laisser Castle seul ? Mais elle se résigna, il s’agissait de professionnels, ils savaient ce qu’ils faisaient. Et son instinct lui criait que c’était après elle qu’il en avait. Après tout, le message lui lançait clairement un défi.
Elle fut l’une des premières à arriver au poste. Elle se servit un café bien serré, puis se concentra sur Noah Robinson. Elle relut les informations qu’Esposito avait collectées lors de sa venue au poste. Il n’avait qu’une seule employée dans son restaurant, une certaine Abby Davis, qui était également son associée. Elle nota ses coordonnées, ils iraient lui rendre visite un peu plus tard. Elle prit également le numéro de la clinique où résidait la mère de Noah. Puis elle reprit les recherches qu’ils avaient abandonnées la veille. Deux rapports d’autopsie avaient déjà étaient rédigés. Le légiste avait trouvé des traces de piqûre, mais il était difficile de déterminer le type de poison, depuis longtemps éliminé. Il notait toutefois la présence de griffures sur les lambeaux de peau encore présents, probablement imputables aux épisodes hypnotiques. De plus, les deux présentaient des inflammations oculaires, signe de privation de sommeil. Ils semblaient bien avoir été tués par le même homme. Le légiste estimait que leur mort remontait à quelques mois, mais il était évident que certains des autres corps étaient sous terre depuis plusieurs années.
Lorsqu’il se réveilla, les draps étaient froid à ses côtés. Il ouvrit les yeux, et mis quelques temps à comprend où est-ce qu’il se trouvait. Puis tout lui revint en mémoire : le loft, Noah Robinson, Gates, le danger, leur mise sous protection, Kate, leur étreinte emprunte de leur détresse, le sentiment d’urgence, leur besoin de se sentir vivre dans les bras de l’autre, la chaleur de sa peau mais la violence de ses caresses. Mais aussi la colère, contre celui qui menaçait sa famille. Il avait commis une grave erreur la veille : de simple psychopathe, il devenait son ennemi personnel. Il le traquerait jusqu’au bout du monde s’il le fallait, mais il ne laisserait personne faire du mal à ceux qu’il aimait. Il se leva et se dirigea vers la salle de bain. Il aperçut un bout de papier sur le miroir.
Je n’ai pas eu le coeur de te réveiller,
je n’arrivais plus à dormir alors je suis allée au poste.
A tout à l’heure.
Je t’aime
Kate
Ces simples mots suffirent à le requinquer. Il sourit béatement en relisant plusieurs fois le message, s’attardant surtout sur les trois petits mots qu’elle ne prononçait pas souvent mais qui lui réchauffaient toujours autant le coeur. Puis il se prépara et appela un taxi.
Elle était plongée dans les avis de disparition lorsqu’un café apparut dans son champ de vision et qu’un doux parfum qu’elle aurait reconnu entre milles vint lui chatouiller les narines. Elle releva la tête et accepta son café avec son plus beau sourire.
« Hey !
- Hey ! Ca fait longtemps que tu es là ?
- Deux heures à peu près. Je ne voulais pas te réveiller en tournant dans le lit, et je me sentais trop à l’étroit dans cette chambre d’hôtel, alors j’ai préféré venir ici.
- J’ai pas eu le droit à mon bonjour du coup, bouda Castle.
- Je te rappelle qu’on est au travail, gronda-t-elle légèrement, mais souriant devant la bouille de son fiancé.
- Qui ne tente rien n’a rien ! fit-il en haussant les épaules, mais s’approchant tout de même pour déposer un baiser sur sa joue. Tu as du nouveau ?
- Pas grand chose non… Juste la confirmation que le charnier appartient bien à notre tueur, et que certains de ses meurtres remontent déjà à plusieurs années.
- Et pour Noah Robinson ?
- Je viens d’appeler son associée, Abby Davis, elle nous attend à son restaurant.
- Bien, alors allons-y ! »
Kate s’arrêta dans le bureau de Gates pour la prévenir de leur destination, puis ils prirent la route. Elle avait insisté pour ne pas être suivie durant la journée, elle était armée et ils seraient certainement plus utiles pour d’autres missions. De toute façon il y avait peu de risque qu’il s’en prenne à eux alors qu’ils étaient tous les deux.
Ils arrivèrent dans un restaurant typiquement américain qui servait burgers, baggels et autres milkshakes. Une pancarte indiquait « fermé » sur la porte, mais une petite lumière trahissait une présence dans le fond de la salle. Beckett frappa. Au bout de quelques secondes, une jeune femme vint leur ouvrir. Elle avait les yeux rougis et semblait perdue.
« Bonjour, Lieutenant Beckett et voici Monsieur Castle. Vous êtes Abby Davis ?
- Oui, renifla-t-elle. Entrez. Alors c’est vrai, Noah est mort…
- Je vous présente toutes mes condoléances.
- Merci.
- Vous vous connaissiez depuis longtemps ?
- Depuis la maternelle. Il habitait la maison en face de la mienne, on a quasiment été élevés ensemble ! Je le considérait comme mon frère… Ce restaurant, c’était notre rêve d’adolescent. Mais comment continuer sans lui maintenant… fit-elle étouffant un sanglot.
- Je suis désolée d’avoir à vous poser cette question, mais est-ce que Noah avait des problèmes, des ennemis ?
- Non, pas que je sache, et puis comment aurait-il eu le temps de s’en faire ? Je veux dire, il travaillait plus de 15 heures par jour entre le resto et le pressing, et les quelques moments de détente qu’il avait, il les passait à la clinique avec sa mère. »
La pauvre femme était totalement bouleversée, et elle éclata en sanglots. Kate décida de mettre fin à son interrogatoire, de toute façon ils n’en apprendraient pas plus. Ils quittèrent le restaurant, après s’être assurés qu’elle avait un endroit où aller, et des proches qui pourraient veiller sur elle.
Ils remontèrent dans la Crown Victoria puis reprirent la direction du poste.
Ils ne remarquèrent pas la voiture qui les suivait.
Chapitre 18
Très vite ils se retrouvèrent dans les embouteillages, obligeant Beckett à emprunter un itinéraire un peu plus long. Elle s’engouffra dans un dédale de petites rues qui serait apparu comme un véritable labyrinthe pour n’importe quel non initié. Mais elle connaissait cette ville pratiquement pas coeur, et aimait la redécouvrir chaque jour. Elle regarda Castle jouer avec ses mains.
« Qu’est-ce qui te tracasse ?
- Hein, rien ! mentit-il.
- Il va falloir que tu sois plus convainquant que ça alors, rétorqua-t-elle en haussant un sourcil.
- C’est le meurtre de Noah Robinson, ça ne colle pas, finit-il par avouer après quelques secondes de silence.
- Comment ça ?
- Toutes les autres victimes ont été retrouvées dans Central Park, ou Fort Tryon Park, les plus récentes étant mises en évidence, comme données en spectacle, à la vue de tous. Pourquoi mettre son corps chez nous ?
- Il cherche à jouer, c’était peut-être une façon de plus de nous faire culpabiliser et de nous montrer qu’il est le plus fort.
- Mais d’habitude il nous laisse des indices pour nous faire tourner en bourrique, là rien ne laissait présager qu’il allait tuer Noah ! Pas de jeu de piste, rien !
- Il avait déjà laissé un message codé au lieu d’un permis de conduire sur Stacy, remarqua Kate.
- C’est ça qui ne colle pas. Il nous a fait découvrir son charnier, là où il a enterré toutes ses victimes, lieu que les tueurs en séries cherchent toujours à cacher, parfois même alors qu’ils ont été jugés et croupissent en prison. Alors pourquoi lui le révèle-t-il?
- Je ne sais pas, admit Kate, jetant un coup d’oeil inquiet dans son rétroviseur.
- Si j’avais écrit cette histoire, j’aurais considéré ça comme une façon de tirer sa révérence, une façon d’expier ses péchés.
- Que veux-tu dire ?
- En révélant son terrible secret, il donne une chance aux familles qu’il a blessées d’obtenir enfin justice. Peut-être est-ce sa façon de demander pardon ?
- Enfin je te rappelle qu’il a quand même tué quatre personnes cette semaine !
- Pour attirer l’attention sur lui, pour qu’on l’attrape !
- Il aurait pu se rendre, ça nous aurait simplifié la tâche, fit-elle, regardant à nouveau dans son rétro avant de tourner à droite.
- Il voulait relever un dernier défi ! s’exclama l’écrivain. Depuis le début, on pense qu’il veut nous prouver qu’il est plus fort que la police de New York. Mais si c’était le contraire ?
- Tu veux dire qu’il veut se prouver des choses à lui-même ? demanda Beckett, tournant à nouveau.
- Ce jeu de piste, ce message et puis le corps dans le loft. Il voulait qu’on soit sur l’enquête, il voulait se mesurer à nous, à toi. Tu as le meilleur taux de résolution d’enquêtes de tout New York, alors il a choisit quelqu’un à la hauteur de son défi.
- On est suivi, fit Kate regardant une nouvelle fois dans son rétro.
- Il voulait savoir s’il était meilleur que … Quoi ?? cria-t-il presque, surpris.
- Depuis qu’on est partis du restaurant, cette Chevrolet grise ne nous lâche pas d’une semelle, dit-elle avant de tourner une nouvelle fois. Tu vois ? ajouta-t-elle en la voyant apparaître juste derrière.
- Ce sont peut-être les flics chargés de nous protéger, tenta Castle peu convaincu.
- Ce n’est pas une voiture de police. Merde !
- Quoi ?
- J’ai plus d’essence !
- Pourtant le plein était fait non ?
- Je croyais oui, j’ai dû mal voir. Je vais devoir m’arrêter. »
Elle tourna à nouveau et se gara sur le bord de la route. Quand elle se retourna, la voiture grise avait disparue. Elle fronça les sourcils. Peut-être devenait-elle trop parano ? Soudain elle la vit arriver, les dépasser et se garer juste devant eux. Elle attrapa son arme, bien décidée à connaître l’identité du conducteur. Elle sortit de la voiture en même temps que lui. Elle ne put apercevoir qu’une silhouette avec un sweat portant l’inscription « I Love NY ».
« C’est notre tueur ! Arrêtez-vous ! » hurla-t-elle avant de se lancer à sa poursuite, Castle sur ses talons.
Ils coururent sur plusieurs mètres, traversant plusieurs ruelles où certains passants les observaient, se demandant sûrement ce qu’il se passait, mais trop apeurés pour tenter le moindre mouvement. Il était en très bonne condition physique, et Kate avait du mal à combler la distance qui les séparait. Soudain, il s’engouffra dans une maison abandonnée. Ils s’y précipitèrent, mais ralentirent en arrivant devant la porte entrouverte.
« Reste derrière moi, » ordonna-t-elle, tout en essayant de reprendre son souffle.
La pièce était plongée dans l’obscurité, à cause des planches de bois qui obstruaient les fenêtres. Seuls quelques raies de lumières s’infiltraient, dessinant d’étranges ombres sur les murs dénudés. Une forte odeur de renfermé et de moisissure leur attaqua les narines. Kate fit le tour de la pièce, arme à la main, puis s’avança plus en avant dans la maison. Le plancher craquait sous ses pieds, trahissant le moindre de ses mouvements. Elle tendit l’oreille mais ne parvint pas à le repérer. Elle allait pénétrer dans la cuisine, lorsqu’un bruit attira son attention sur sa gauche. Elle entra dans une sorte du bureau. Soudain une bougie s’alluma devant elle, puis une autre, et encore une autre, dévoilant un escalier s’enfonçant derrière une bibliothèque. Elle jeta un coup d’oeil à Castle. Il semblait terrifié, mais en même temps déterminé à mettre enfin la main sur celui qu’ils traquaient depuis plusieurs jours. Elle inspira un bon coup, puis descendit la première marche. Son instinct lui criait de faire demi-tour, d’attendre les renforts, que c’était sûrement un piège, mais son coeur réclamait justice et vengeance. Les marches de bétons laissèrent place à un sol poussiéreux. Des bougies espacées régulièrement éclairaient toujours le chemin, dévoilant un conduit se rétrécissant de plus en plus. Quelques araignées couraient sur les murs de terres, dérangées par les présences de ces deux étrangers. Un rat se faufilant entre ses jambes la fit sursauter. Elle sentait son coeur s’accélérer. Il se mit à battre si fort qu’elle n’entendit même plus la mélodie rassurante de la respiration de son écrivain. Elle se força à s’arrêter, puis se concentra sur son souffle pour se calmer. Lorsqu’elle y parvint, elle se tourna vers Castle. La lumière dansante de la bougie lui donnait des allures inquiétantes. Elle se remit en marche, sentant l’écrivain se tendre au moindre bruit suspect derrière elle. Inconsciemment, elle se rapprocha de lui, peut-être pour mieux le protéger, peut-être pour se rassurer elle-même. Ses sens étaient aux aguets, ses muscles tendus, elle était prête à bondir à la moindre occasion. Soudain l’étroite galerie déboucha dans un large boyau. Elle y pénétra lentement, tournant sa tête dans toutes les directions, tentant de repérer le moindre mouvement dans l’obscurité. Tout à coup, une forte lumière l’aveugla, lui laissant échapper un petit cris de surprise. Ses yeux mirent du temps à s’habituer à cette lumière artificielle, provenant de néons fixés au plafond. Elle chercha du regard son fiancé.
Son coeur se serra.
Il avait disparu.
« Bonjour Lieutenant Beckett ! »
Chapitre 19 :
« Bonjour Lieutenant Beckett, c’est un plaisir de faire enfin votre connaissance. Vous avez aimé mon petit jeu j’espère ?».
Kate était pétrifiée, elle ne pouvait plus bouger ni articuler le moindre mot. La silhouette avança un pas de plus pour entrer dans la lumière. Ses doigts se crispèrent sur son arme. Son fiancé servait de bouclier humain à ce tueur qu’ils avaient tant poursuivi, une seringue menaçant sa carotide. Elle ancra son regard dans les yeux azurs de son homme, sortant ainsi peu à peu de sa torpeur.
« Kelly Edwards, souffla-t-elle, la voix emplie de haine.
- Oh, vous m’avez reconnue, vous m’en voyez ravie ! Pas mal mon petit numéro de la caissière apeurée par son patron, non ?
- C’était donc vous…
- Les apparences sont parfois trompeuses n’est-ce pas ? Et si vous laissiez tomber votre arme à terre ? Ni vous ni moi ne souhaitons qu’il arrive malheur à ce bel écrivain n’est-ce pas ? »
Kate réfléchit un court instant, mais s’exécuta. Elle se pencha lentement, tout en cherchant un angle de tir qu’elle n’obtint pas, posa son arme puis à l’aide de son pied la fit glisser à l’autre bout de la pièce. Elle n’avait pas lâché Castle du regard pendant tout ce temps. Il semblait apeuré, mais elle pouvait lire une grande détermination dans ses yeux. Lorsqu’il parla enfin, sa voix était calme et posée :
« Pourquoi Kelly ? Pourquoi avoir tué tous ces gens ? Pourquoi eux ?
- Non, non, non, fit-elle en hochant la tête, appuyant dangereusement l’aiguille contre sa peau. Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous donner les réponses aussi facilement ! Où serait le plaisir dans tout ça ? Voyons mon cher Rick, c’est vous l’écrivain, alors racontez-moi une histoire. »
Kate était tendue, prête à profiter de la moindre baisse d’attention. Elle voyait le morceau de métal mordiller la peau du cou de son fiancé, et se sentait terriblement impuissante… Quand elle agira, il faudra aller vite, qu’elle n’ait pas le temps de pousser le piston. Elle regarda son homme déglutir, puis se lancer.
« D’accord, bien, euh… Mais avant pourriez-vous relâcher un peu la pression de cette aiguille, ça m’empêche de me concentrer.
- Bien essayé, mais je préfère ne pas prendre ce risque. Aller, j’écoute.
- Alors, je… C’est l’histoire d’une jeune fille qui n’a pas eu une enfance facile.
- Oh, je vous en prie, vous valez mieux que ces clichés de serial killer ! Faites un petit effort.
- Pourtant vous cachez une blessure qui remonte à votre enfance. Vous portez une vieille gourmette d’homme à votre poignet droit, je l’ai remarquée lors de notre visite au magasin et j’en sens le métal usé sur ma peau. Elle appartenait probablement à votre frère, ou non, à votre père. Vous aviez une relation très fusionnelle avec lui, tandis que votre mère vous délaissait, ou était absente.
- Tout ça rien qu’avec un vieux bijou, je suis impressionnée, remarqua-t-elle, confirmant ainsi ses propos.
- Il y a la façon dont vous mettez Kate à l’écart, mais aussi celle dont vous avez traité les corps de vos victimes. Vous avez caché celui d’Ethan, comme pour le protéger, tandis qu’Emilia et Stacy étaient bien en évidence.
- Vous oubliez Noah.
- Non, lui n’était pas prévu dans votre plan, il vous avez vu, il fallait s’en débarrasser. Et si on réfléchit bien, il n’était visible que par nous, donc également caché de la vue de tous.
- Bravo, vous marquez un point.
- Vous n’étiez pas spécialement attirée par la mort plus petite, vous étiez même une enfant modèle et intelligente, d’ailleurs vous l’êtes toujours comme le montre la façon dont vous nous avez mené en bateau durant l’enquête, ainsi que votre énigme.
- J’avoue en être fière, mais bravo, je pensais que vous mettriez plus de temps à trouver. Je me suis amusée comme une folle à vous voir chercher des indices et désespérer de ne pas trouver de réponses, ajouta-t-elle en ricanant.
- Pourtant votre façon de tuer dénote un certain plaisir, vous aimez observer la déchéance de l’âme humaine, poursuivit-il, essayant de ne pas perdre le fil. Peut-être que vous projetez ce que vous avez vécu, avec votre père ?
- Oh, vous me décevez… Pourquoi faut-il toujours un tel drame pour devenir un monstre ?
- Pourtant votre père est mort, sinon vous ne porteriez pas ce bijou. De plus, vous avez conservé sa lampe de poche militaire.
- Comment savez-vous ça ? fit-elle surprise.
- Un témoin nous a affirmé avoir vu une lumière rouge le soir du meurtre d’Ethan. Or ces lampes sont munies de différents filtres, notamment un rouge, permettant aux soldats de se déplacer plus discrètement dans le noir. Vous êtes attachée aux objets appartenants à votre père, et vu votre âge il a dû faire le Vietnam, ce n’était donc pas difficile de deviner.
- Vous êtes plus doué que ce que je pensais, bravo. Mais maintenant dites-moi comment j’en suis arrivée là ? ricana-t-elle d’un air de défi.
- Quelqu’un qui vous était proche a agonisé devant vous, et ça vous hante, d’où ce besoin de reproduire ce schéma avec vos propres victimes. A cause de la maladie peut-être ? Non, de votre faute !
- Ce n’était pas ma faute ! s’emporta-t-elle, faisant se tendre davantage Kate qui ne perdait pas une miette de l’échange. Il est tombé dans les escaliers, il est juste tombé…
- Qui ça ? Qui est tombé ? demanda doucement Beckett, sentant qu’un changement s’était amorcé en elle.
- Mon coeur, je ne voulais pas, mais tu n’avais pas le droit, tu n’avais pas le droit de me quitter comme ça…
- Je comprends votre souffrance, abandonnée en peu de temps par votre père et votre amour, vous deviez être perdue. Mais comment en arriver à tuer, Kelly ? Pourquoi ? »
Un long silence s’installa. Castle et Beckett ne se lâchaient pas des yeux, l’un essayant de rassurer l’autre comme il le pouvait. Kelly garda les yeux dans le vide, comme si elle cherchait la réponse à la question au plus profond d’elle-même. Soudain elle regarda Kate, un étrange sourire éclairant son visage :
« Avez-vous déjà tué un homme Lieutenant ?
- Je fais en sorte de l’éviter.
- Qu’avez-vous ressentit en pressant la détente ? Oh, évidemment beaucoup de dégoût, c’est normal les premières fois. Mais n’avez-vous pas sentit une toute petite part de plaisir ? Une légère sensation de pleine puissance ? Vous avez vu la vie quitter peu à peu un corps, n’est-ce pas jouissif ?
- Alors c’est pour ça que vous tuez ? fit Beckett, refusant d’entrer dans son jeu.
- Les premières fois, le dégoût prend le pas sur tout le reste. Ca vous hante, vous voulez disparaître, vous n’osez plus affronter le regard des autres. Mais tout ceci c’est à cause de ce qu’on vous apprend depuis tout petit ! Vous avez grandit dans l’idée que c’était mal, alors vous considérez votre acte comme mauvais ! Seulement au fond de vous, une petite voix résonne, et en réclame encore. Vous tentez de la faire taire, mais ça devient vite une obsession. Et très vite le sentiment de culpabilité laisse place à un plaisir orgasmique ! Encore plus puissant que lors de l’acte sexuel.
- Finalement, vous n’êtes pas si différente des autres tueur en série, tenta Kate pour la déstabiliser.
- Ah oui? Si je ne vous avez pas amenés ici vous ne m’auriez jamais retrouvée ! Je suis meilleure que vous tous, j’ai réussi à vous tenir en échec Lieutenant, vous, la meilleure flic de tout New York, lâcha-t-elle en ricanant.
- Alors pourquoi nous avoir attiré ici ? Pourquoi ne pas continuer à vous cacher ?
- J’avais besoin d’une dernière pièce pour parfaire mon oeuvre », fit-elle dans un grand sourire.
Castle frémit en entendant ses mots. Voilà, c’est ça qu’elle cherchait ! Elle allait bel et bien tirer sa révérence, mais voulait s’offrir une dernière victime de choix avant. Elle voulait faire la Une des journaux et rester dans l’Histoire. Des femmes meurtrières il n’y en avait pas énormément, mais une tueuse de flic de surcroît, ça allait faire sensation. Il fallait qu’il agisse. C’était maintenant ou jamais. Il ancra son regard dans les pupilles émeraudes de sa fiancée. Il prit une profonde inspiration, puis murmura :
« Je t’aime Kate.
- RICK NON ! »
Chapitre 20 :
Tout se déroula extrêmement rapidement. Beckett eut à peine le temps de comprendre ce qu’il se passait que Castle assenait un violent coup de tête à Kelly. Kate se précipita vers son arme, et alors que Kelly se ressaisissait et s’apprêtait à enfoncer la seringue dans le cou de l’écrivain, elle fit feu. Une seule balle suffit pour toucher sa cible, en plein coeur. Kelly Edwards s’écroula, les yeux ouverts, surprise de s’être faite avoir à son propre jeu. Une tache rouge envahit progressivement son sweat, une flaque de sang se formant sous son corps. Kate s’approcha du corps inerte, arme en avant, prête à faire feu à nouveau en cas de danger. Elle lui prit le pouls et grimaça : elle l’avait tuée. Elle n’était pas pour ce type de justice, mais elle n’avait pas eu le choix. Et elle le regrettait déjà. Puis elle se tourna vers Castle et se précipita vers lui en le voyant gisant inanimé.
« Rick, tu vas bien ? Rick réponds-moi ! » Son sang se glaça en voyant la seringue plantée dans sa peau. Elle l’arracha violemment, et prit le visage de son homme en coupe.
« Rick, ne me laisse pas, aller, réponds !
Je crois qu’il faut un baiser magique de la princesse », fit-il en souriant doucement.
Kate fondit sur ses lèvres et l’embrassa passionnément, évacuant le trop plein d’émotions de ces dernières heures. Soudain elle se recula, et le frappa à l’épaule.
« Mais ! protesta-t-il, encore légèrement sonné.
- Ca c’est pour me faire des frayeurs pareilles ! Non mais qu’est-ce qu’il t’a pris ?
- Il fallait agir ! Elle avait relâché la pression de la seringue, je me suis dis que c’était le bon moment.
- La seringue ! Les secours ! Elle te l’a plantée, il faut sortir de là, vite ! fit-elle paniquée.
- Chut, calme-toi ! Elle était à peine plantée dans l’épaule ! Regarde, elle n’a pas eu le temps de pousser le piston. Et je suis presque sûr qu’il n’y avait que de l’eau.
- Quoi ???
- Je pensais qu’elle voulait nous tuer au début, mais quelque chose clochait, ça ne correspondait pas à son MO. Quand elle nous a attiré ici, il y avait pas mal de monde dans la rue, ce n’était pas vraiment discret, on aurait eu vite fait de la retrouver. Et puis si elle avait planté cette seringue, tu l’aurais tuée avant même qu’elle puisse respirer.
- Tu crois …?
- Elle voulait tirer sa révérence, c’était sa façon à elle de se suicider. »
Ils ne tardèrent pas à sortir de terre, préférant s’enlacer et célébrer la fin de cette enquête à la lumière du jour plutôt qu’à côté du cadavre de ce monstre. Les techniciens de la Scientifique ainsi que plusieurs autres flics envahirent rapidement les lieux pour faire tous les relevés nécessaires. Pendant qu’ils fouillaient les souterrains, Castle subit une batterie de test, Kate refusant de rentrer avant de s’être assurée qu’il s’agissait bien uniquement d’eau dans la seringue. Il s’avéra que dans un recoin de la large galerie se trouvait une porte, qui cachait la salle des tortures. Castle avait vu juste, une caméra y était installée pour que Kelly puisse observer tranquillement la déchéance de ses prisonniers depuis une pièce de la maison abandonnée. Ils se firent remonter les bretelles par Gates pour avoir désobéit à ses ordres et fait cavaliers seuls, mais elle peinait à cacher sa joie de voir toute cette histoire terminée. Il faudrait encore plusieurs semaines sûrement avant d’identifier les corps retrouvés à Fort Tryon Park, mais les familles pourront enfin obtenir justice et faire leur deuil.
Kate achevait de rédiger son rapport, complétant leurs déductions avec tout ce qu’ils avaient découvert dans les souterrains. Elle sourit en sentant le regard de son homme, et releva la tête :
« Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle.
- Ca ne te déranges pas de ne pas savoir pourquoi elle a fait tout ça ? Pourquoi eux ?
- Edwards ? Tout ce qui compte c’est qu’elle ne détruira plus aucune famille, elle a emporté son secret dans sa tombe de toute façon, on ne saura jamais.
- Ouais, tu as raison, concéda-t-il, bien que l’écrivain en lui élaborait déjà des dizaines de théories. Il la laissa se remettre au travail, mais ne la lâcha pas du regard, ce qui finit par l’agacer légèrement.
- Quoi encore ?
- Rien, je trouve juste qu’on a une fâcheuse tendance à attirer le danger, rétorqua-t-il dans un grand sourire.
- C’est de ta faute, avant je n’avais pas autant de problèmes.
- Je peux m’en aller si tu veux.
- Hors de question ! fit-elle avant de se lever et de l’embrasser sur le front; puis elle attrapa sa veste et s’apprêta à partir.
- Tu as fini, on rentre ?
- Je te rejoins au loft tout à l’heure, j’ai une promesse à tenir. »
Elle avait garé sa voiture devant leur maison, mais n’était pas encore parvenue à en sortir. Elle ne savait pas encore ce qu’elle allait bien pouvoir dire… Elle souffla un bon coup, puis prit son courage à deux mains. Elle lui devait au moins ça ! Elle parcourut hésitante les quelques pas qui la séparaient de la porte d’entrée puis sonna.
« Lieutenant Beckett ! Il y a du nouveau ?
- Je peux entrer Monsieur Moore ?
- Oui, bien sûr, venez. Vous voulez boire quelque chose ? Café, thé ?
- Non, je vous remercie, je ne vais pas rester très longtemps. Je venais juste vous dire qu’on a retrouvé l’assassin de votre femme.
- Oh, il va payer alors ?
- Elle a été tuée au cours de son arrestation, fit Kate, estimant qu’il n’avait pas besoin de connaître tous les détails.
- Elle ? Vous voulez dire…
- Oui, c’était une femme.
- Mais pourquoi ?
- Apparemment elle cachait un profond mal-être, mais il est toujours difficile d’expliquer ce genre de comportement.
- Oh mais vous êtes la Madame Policière ! s’exclama une petite voix qui entra en furie dans la pièce. Vous avez retrouvé ma maman ? »
Le coeur de Kate explosa en milles morceaux en entendant ses mots. Elle se tourna vers son père. Il ne lui avait rien dit… Elle le vit s’éclipser discrètement. Elle lui en voulut de sa lâcheté, puis se reprit : elle ne savait pas comment elle réagirait elle-même si la situation se présentait. Elle se leva puis s’agenouilla devant la petite Lucy qui réclamait des réponses. Elle ferma les yeux un court instant, cherchant ses mots. Elle lui prit les mains et se lança.
« Ecoute ma puce…
- Vous ne l’avez pas retrouvée c’est ça ? Elle ne rentrera pas à la maison ?
- Non, ma chérie, elle ne rentrera pas à la maison… Quelqu’un en a décidé autrement…
- Mais pourquoi ? C’est pas juste !
- Viens là, fit Kate en la prenant dans ses bras, alors que la petite fille éclatait en sanglots. Je vais te dire un secret. Il y a plusieurs années, j’étais à peine plus grande que toi, moi aussi un méchant a décidé de me prendre ma maman. J’étais très triste, et puis très en colère. J’en voulais à tout le monde, je ne comprenais pas pourquoi on lui avait fait ça.
- C’est vrai ? Et tu l’as retrouvé le méchant ?
- Oui, maintenant je sais qui c’est.
- Est-ce que… est-ce que le grand trou dans ton coeur devient plus petit après ?
- Avec le temps oui, tu verras. Et puis ta mère restera toujours avec toi tu sais, elle sera là, fit-elle en désignant son coeur, toujours à tes côtés pour t’aider à avancer et faire les bons choix. Surtout, elle ne voudrait pas que tu sois triste, elle voudrait que tu profites de la vie et que tu sois heureuse. Je sais que pour le moment ça doit te paraître bizarre ce que je te dis, mais j’espère que tu t’en souviendras le moment venu.
- Tu y arrives toi maintenant à être heureuse ?
- Oui, maintenant je le suis.
- Grâce à Monsieur Rick ?
- Oui, grâce à Monsieur Rick… »
Horace disait : « Carpe diem quam minimum credula postero » ,cueille le jour présent sans te soucier du lendemain. Il suffit de quelques secondes pour faire basculer le cours d’une existence, alors profitez de chaque cadeau que vous offre la vie !
FIN