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Le corbeau et le renard

Série : Castle
Création : 14.03.2014 à 18h32
Auteur : balvert 
Statut : Terminée

« Parfois on aimerait mieux que certaines choses de son passé restent enfouies à jamais... » balvert 

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Chapitre 1

Elle passa une main dans ses cheveux, regarda l’heure, puis soupira. Il était grand temps de rentrer. Elle rassembla les quelques papiers qui traînaient sur son bureau, referma le dossier et le mis en haut d’une pile qui lui semblait s’élever d’avantage chaque jour. Elle éteignit son ordinateur, prit sa veste et sorti. Une fois dehors un vent froid la surpris, l’obligeant à resserrer les pans de sa veste pour tenter de se réchauffer. Elle pressa le pas pour rejoindre la douce chaleur de sa voiture, puis prit la direction de son appartement. Les rues new yorkaises étaient paisibles à cette heure tardive. Une goutte d’eau vint s’écraser sur son pare-brise, très vite rejointe par ses soeurs. Elle leva les yeux vers le ciel : il était noir, une belle averse était à prévoir. Elle enclencha ses essuie-glaces, heureuse d’être à l’abri lorsque la pluie s’intensifia. Elle ne put s’empêcher de compatir pour cette pauvre jeune femme dont le parapluie venait de se retourner sous une bourrasque de vent, et qui semblait bien embêtée avec son sac de courses.

 

Elle dû fouiller quelques secondes dans son sac avant de mettre la main sur ses clefs, qui avaient décidé de se cacher entre un bloc note et son portefeuille. Elle poussa la porte et se débarrassa de sa veste, qu’elle laissa tomber sur le canapé. Ses clefs, son sac et ses chaussures retrouvèrent leurs places dans un petit meuble à l’entrée. Elle déposa le courrier, qu’elle avait récupéré dans le hall, sur sa table basse : elle s’en occuperait plus tard. Pour le moment elle n’avait envie que d’une seule chose : prendre une bonne douche ! Après avoir vérifié sur son téléphone fixe qu’elle n’avait pas de message, elle se dirigea vers la salle de bain. Elle se déshabilla rapidement puis se glissa sous le jet d’eau chaude. Elle ferma les yeux et laissa la sensation de l’eau dévalant son corps emporter tous ses soucis de la journée. Elle resta de longues minutes sous la douche, chaque goutte semblant lui redonner son énergie. Puis elle se décida enfin à se laver, attrapa une serviette qu’elle enroula autour de ses hanches, une autre pour ses cheveux, et se dirigea vers sa chambre. Elle enfila un jogging gris et un sweat large. Elle sourit en pensant à la tête que feraient ses collègues s’ils la voyaient dans cette tenue plutôt inhabituelle. Elle se rendit ensuite dans sa cuisine, et soupira en découvrant l’état de son réfrigérateur : elle n’avait pas eu le temps de faire des courses et il faisait plutôt triste mine… Elle réussi à y dénicher une tranche de jambon. Elle mit de l’eau à bouillir et y versa les quelques pâtes qu’il restait dans son placard. Jambon-pâte : il était vraiment temps qu’elle aille se ravitailler ! 

 

Elle mit la table et se posta devant sa fenêtre le temps que les pâtes cuisent. L’eau ruisselait abondemment sur sa vitre. L’averse ne semblait pas vouloir se calmer et le vent s’était intensifié. Quelques flaques se formaient sur les routes et les trottoirs, obligeant les passants à zigzaguer  s’ils ne voulaient pas être d’avantage mouillés. Elle sourit en voyant une jeune femme sauter les deux pieds joints dans une des flaques. Elle n’avait pas de parapluie, et ne semblait pas se soucier outre mesure de ses vêtements détrempés. Elle avait l’air heureuse, et rien ne pouvait la faire descendre de son nuage, même pas le gros rhume qu’elle risquait d’attraper si elle ne rentrait pas très vite se sécher. 

 

Le bip sonore de sa plaque à induction la sorti de sa rêverie, lui annonçant que son repas était prêt. Elle égoutta les pâtes, y ajouta un morceau de beurre, puis s’installa dans son canapé. Elle alluma sa télévision, afin de briser l’étrange silence qui régnait dans son appartement. Elle soupira : les informations la déprimaient, elle n’avait pas envie de revoir pour la dixième fois cet épisode de cette série qui passait depuis des siècles, ni de se plonger dans les mystères de la vie des dauphins. Elle s’attarda quelques secondes, nostalgique, en découvrant un épisode de Bugs Bunny. Mais son « Quoi de neuf docteur » finit par l’agacer, et elle repris son zapping. Finalement elle arrêta son choix sur une chaîne musicale : pas toujours à son goût, mais au moins elle n’avait pas besoin de suivre. Elle englouti rapidement le contenu de son assiette puis fit la vaisselle en se déhanchant sur la voix de Whitney Houston. Elle fouilla dans son congélateur et y trouva un reste de glace : ça ferait l’affaire. Elle repris sa place derrière la fenêtre et savoura son dessert. Les rues new yorkaises étaient maintenant presque vides, et la pluie formait un épais rideau, l’empêchant de voir plus loin que l’immeuble d’en face. Elle retourna sur son canapé et régla rapidement son compte au pot de glace déjà bien entamé. Puis elle s’intéressa au tas de lettres qui gisait dans un coin de sa table basse. Elle attrapa le tout, s’enfonça un peu plus confortablement, ramenant ses pieds sous ses cuisses, et commença sa lecture. Publicité, publicité, publicité, facture, publicité, facture… Soudain une enveloppe attira son attention. Une simple enveloppe kraft, sans nom, ni adresse, et qui n’était pas affranchie. Son coeur rata un battement. Elle se redressa et l’ouvrit en prenant milles précautions. Puis elle en sorti son contenu et cru défaillir. Oh non, une autre ! 

Elle blêmit d’avantage lorsqu’elle s’y intéressa de plus prêt.

Mon Dieu !

Il fallait qu’elle fasse quelque chose…

 


balvert  (14.03.2014 à 18:33)

Chapitre 2

Quelques heures auparavant

 

Le 12th était encore bien calme à cette heure matinale. Kate Beckett étouffa un bâillement. Elle consulta sa montre : 7h32. Ca faisait à peu près deux heures qu’elle était arrivée, et elle n’en pouvait déjà plus de cette paperasse ennuyante. Elle renversa sa tête en arrière, passa ses mains sur son visage, puis soupira. Elle se rendit ensuite dans la salle de repos pour se faire couler son café. Lorsque l’odeur familière de son breuvage préféré vint lui titiller les narines, son coeur se serra. Elle secoua la tête comme pour chasser ses sombres pensées puis avala une gorgée du liquide brûlant. Trois semaines… 

 

Elle retourna à son bureau, mais voyant qu’elle n’arrivait pas à se concentrer et profitant du fait de ne pas avoir d’affaire en cours, elle monta à la salle de sport. Elle se changea rapidement avant de bander précautionneusement ses mains. Puis elle se positionna devant le sac de frappe. Elle multiplia les coups pendant près de 45 minutes, variant les angles et la puissance, sautillant pour rester alerte et éviter de se faire surprendre par le retour piège du sac. Elle s’arrêta enfin, posant ses deux mains sur ses hanches à la recherche de son souffle. Elle était épuisée et en sueur, mais bizarrement emplie d’une énergie nouvelle. 

 

Après une petite douche revigorante elle redescendit dans les bureaux où la journée semblait réellement commencer. Elle salua Ryan et Esposito qui venaient d’arriver, puis se remis au travail. Son petit intermède sportif eut au moins le mérite de lui rendre sa concentration. Elle était plongée dans la rédaction de son rapport lorsque son téléphone sonna, la faisant sursauter. Elle décrocha par automatisme :

« Beckett.

- Bonjour Détective de mon coeur. 

Son coeur fit un bond dans sa poitrine en entendant la voix de son interlocuteur, et un immense sourire vint éclairer son visage.

- Hey, répondit-elle en se mettant à l’abri des oreilles indiscrètes dans la salle de repos.

- Je te dérange ?

- Non, jamais ! J’étais en train de faire de la paperasse, rien de bien passionnant … Mais attends, fit-elle en regardant l’heure, il doit être à peine 5h du matin chez toi, tu n’es pas censé dormir ?

- Je suis sûr que tu as aussi peu dormi que moi !

- Au contraire, j’ai dormi comme un bébé, rétorqua-t-elle. Jusqu’à 4h, ajouta-t-elle en étouffant un bâillement. 

- Il faut que tu te reposes, si tu ne veux pas piquer un somme en plein interrogatoire !

- Toi aussi si tu veux rester présentable devant tes fans ! Les cernes ne sont pas tellement sexy…

Un silence s’installa, tous deux savourant simplement le fait d’entendre la voix de l’autre. Castle fini par le briser :

- Tu me manques…

- Toi aussi, avoua Kate, le coeur se serrant. 

- Qu’est-ce que tu portes ? 

- Castle ! Je suis au poste ! fit-elle en levant les yeux au ciel, mais ne pouvant retenir son sourire.

- Mais moi je n’y suis pas ! bouda-t-il. 

- Pire qu’un ado… se moqua-t-elle.

- Non, simplement un homme amoureux qui n’en peut plus de ne pas voir sa fiancée !

Elle se mordit distraitement la lèvre inférieure. Comment lui résister ?

- Bien… dit-elle avant de s’assurer que personne ne pouvait entendre. J’ai mis mon petit pull vert sur mon jean foncé, celui que tu aimes particulièrement… J’ai pris ma veste beige et mes boots noires, ah et j’ai mis une paire de chaussettes noires, ajouta-t-elle moqueuse, sachant pertinemment que ce n’était pas ce qu’il attendait. 

- Et tu portes quoi d’autre ? demanda-t-il impatient.

- Désolée Castle, les gars m’appellent, apparemment on a un corps, je vais devoir te laisser…

- Méchante ! protesta l’écrivain, frustré.

- Je sais, fit-elle rigolant franchement, imaginant sans problème la tête de son fiancé.

- Tu me le payeras !

- Que de mots, mon chéri, que de mots ! Je dois vraiment y aller, je te rappelle.

- La journée sans toi va être longue encore… Je t’aime !

- Je t’aime aussi. »

 

Elle raccrocha à contre-coeur puis se dirigea vers son bureau où l’attendaient Sammy et Scooby. 

« Castle va bien ? demanda Esposito, souriant devant l’air surpris de sa boss.

- Euh oui, mais euh…

- C’est pas très dur de deviner ! Tu ne t’isoles jamais pour répondre au téléphone, et il n’y a qu’avec lui que tu as un tel sourire… se moqua Ryan.

- Il revient quand déjà ? 

- Dans deux semaines. Bon, vous restez là à papoter ou on va sur notre scène de crime ? » fit Kate mécontente de s’être fait grillée aussi facilement. 

 

 

La victime avait été retrouvée dans une vielle maison abandonnée au nord de Manhattan. Une bande d’ados était venue y trouver refuge pour s’adonner à des activités plus ou moins licites, lorsqu’ils avaient découvert le corps. Kate observa rapidement les lieux, essayant de mémoriser le maximum de détails, puis s’avança vers sa meilleur amie qui s’activait déjà autour du corps. 

« Salut Lanie, qu’est-ce qu’on a ?

- Tu pourrais varier de temps en temps !

- Pardon ? demanda-t-elle surprise.

- Je ne sais pas, tu pourrais me demander comment je vais, si j’ai bien dormi, ou passé une bonne soirée hier !

- Euh… Tu vas bien ?

- Très bien et toi ?

- Tu as quoi ? demanda-t-elle à nouveau, éludant sa question.

- Tu es vraiment irrécupérable, fit la légiste en levant les yeux au ciel. Vivement que ton écrivain rentre, tu es plus marrante quand il est dans les parages.

- Lanie ! souffla Kate. La victime !

- Tuée d’une balle en plein coeur, sûrement du 8mm. Et comme tu peux le voir quelqu’un s’est donné beaucoup de mal pour qu’il ne soit pas identifiable. »

 

Son visage était totalement tuméfié, deux énormes hématomes avaient élus domiciles à la place des yeux, l’arcade sourcilière droite était ouverte et avait abondamment saignée comme en témoignait les traces sur ses joues, à moins que ce ne soit dû à ses lèvres fendues ou aux plaies sur ses pommettes. Sa propre mère n’aurait certainement pas pu reconnaître le pauvre homme. 

 

« Il n’avait évidemment pas ses papiers sur lui, je vais voir s’il est dans nos fichiers, poursuivit la métisse.

- Ok, et pour l’heure de la mort ?

- Je dirais il y a 8 ou 10 heures. »

 

***

 

Elle poussa doucement la porte, puis entra dans la douce chaleur du loft. Elle déposa ses affaires, puis remarqua le petit mot de Martha posé sur la table de la cuisine. Elle s’excusait de ne pas passer la soirée avec elle, mais une amie l’avait invitée à l’improviste. Elle se retrouvait donc seule. Il y a quelque temps elle aurait trouvé ça étrange de se retrouver ici sans aucun membre de la famille Castle, mais ça lui semblait tout à fait naturel à présent. Même si elle avait conservé son appartement, c’était ici chez elle maintenant. Elle alla prendre une douche, la journée avait été épuisante, elle avait besoin de se détendre. Ils n’avaient pas appris grand chose de plus, la victime n’étant pas identifiable, et elle sentait que cette affaire n’allait pas lui plaire. 

 

Elle venait de mettre à chauffer des restes du repas de la veille lorsque son téléphone sonna. 

« Beckett.

-  Lieutenant, aidez-moi !»


balvert  (15.03.2014 à 18:34)

Chapitre 3 

 

Beckett se gara devant l’immeuble qu’on lui avait indiqué plus tôt, encore surprise par ce coup de téléphone. Elle ne savait pas trop comment réagir, ni quoi faire. Elle inspira un bon coup, traversa la rue et pénétra dans le hall. Par chance l’ascenseur était déjà là, elle appuya sur le bouton du 5ème étage. Elle repensa à ses mots : c’était bien la première fois que sa voix trahissait autant d’émotions ! Elle s’arrêta devant la porte, puis hésita un moment avant de frapper trois petits coups. 

« Entrez, merci d’avoir fait aussi vite, et encore une fois je suis désolée de vous déranger aussi tard…

- Aucun problème Sir. »

 

Elle pénétra dans l’appartement de sa chef, et fut presque surprise d’y trouver une décoration aussi chaleureuse. Quelques photos de famille trônaient sur un buffet en bois massif : Kate découvrit alors qu’Iron Gates était mariée et avait un fils d’une vingtaine d’année. Elle semblait différente sur ces photos, souriante, apaisée, heureuse. Elle n’avait pas ce regard froid et dur qu’elle ne devait réserver qu’à ses hommes, même s’il fallait l’avouer, il commençait à s’adoucir au fil des années. La jeune femme se tourna vers son aînée et ce qu’elle vit la surpris. Elle avait le visage fermé, mais ses yeux trahissaient une grande détresse. Elle semblait triste, bouleversée, désemparée, et plus étonnant encore pour cette femme si forte admirée de tous : elle avait l’air perdue. Un long silence s’installa, Gates plongée dans d’intenses réflexions, tandis que Beckett attendait qu’elle prenne la parole, ne souhaitant pas la brusquer. 

« Vous voulez boire quelque chose ?

- Vous auriez un café ?

- Je reviens, asseyez-vous. »

 

La tasse de Kate était vide depuis longtemps déjà quand la métisse pris enfin la parole :

« J’ai besoin de votre aide Lieutenant, mais je voudrais que vous me promettiez quelque chose avant… fit-elle d’une voix peu assurée.

- Dites toujours ?

- Personne ne doit être au courant de ce qu’on va se dire, même pas votre fiancé.

- Tant que je n’aurais pas besoin de lui mentir il n’en saura rien, répondit-elle touchée par la détresse de sa chef.

- Bien… dit-elle avant de souffler un grand coup et de se lever récupérer trois enveloppes dans un tiroir du buffet. Il y a environ deux semaines, j’ai reçu ceci », ajouta-t-elle en lui tendant le premier courrier.  


Kate fronça les sourcils. Pas besoin d’être flic pour se douter de ce qu’elle allait y découvrir. Malgré elle c’est d’une main tremblante qu’elle ouvrit l’enveloppe kraft, qui ne portait aucune inscription, après avoir enfilé ses gants de cuir pour ne pas la contaminer. Elle en tira quatre photographies de très bonnes qualités, montrant Victoria Gates dans divers situations. On la voyait sortir du 12th, mais également rentrer chez elle ou faire ses courses. Elle ouvrit la seconde enveloppe, qui contenait elle aussi quatre photographies, où figurait cette fois-ci Gates mais également son mari, qu’on voyait sortir vraisemblablement de son lieu de travail. Kate frémit. 

 

« Un ami me devait une faveur, je lui ai envoyé ces deux premières enveloppes, mais il n’a rien trouvé d’exploitable. Ni empreintes, ni ADN, et le papier photo est vendu en grande surface. J’ai mené mon enquête de mon côté, mais pour le moment je n’ai pas trouvé grand chose… Je voulais continuer seule… mais j’ai reçu ceci tout à l’heure », ajouta-t-elle la voix tremblante.

 

Beckett ouvrit la dernière enveloppe, et compris l’émotion d’Iron Gates. Cette fois-ci il y avait sept photographies, toutes mettant en scène son fils. On le voyait sortir et entrer de sa chambre d’étudiant ainsi que de la faculté, mais un cliché était plus que troublant. Le jeune homme regardait droit dans l’objectif, tout sourire, comme s’il posait pour le corbeau. 

 

« Il le connaît ? demanda Kate, plus pour elle-même qu’autre chose.

- Je n’en sais rien, mais il a au moins réussi à l’approcher de très près pour faire cette photo. Je peux gérer toute seule lorsqu’il n’y a que ma vie de menacée, mais s’il s’en prend à Jason…

- Il ne lui arrivera rien, je vous le promets, on va le placer sous protection.

- Non ! Tout ça doit rester entre nous ! 

- Mais… protesta Kate.

- Je sais, ce serait peut-être plus sûr de faire une enquête officielle et même plus rapide ! Mais… je ne veux pas… je ne veux pas que tout le poste sache… que je ne suis même pas capable de protéger ma famille.

- Eh ! Ce n’est pas de votre faute, vous ne pouviez pas prévoir qu’un fou s’en prendrait à vos proches, et personne ne vous blâmera pour ça !

- J’aurai dû pourtant ! Si quelqu’un est assez dérangé pour envoyer ce genre de messages, c’est que j’ai été négligente, que j’ai loupé quelque chose, et je n’aurai pas dû ! Maintenant Beckett je ne vous oblige en rien. Je sais que je vous en demande beaucoup, mais vous êtes celle en qui j’ai le plus confiance… »

 

Kate resta un moment sans voix, touchée par les mots de sa chef. Elle n’avait pas avec elle la même relation qu’elle avait eu avec Montgomery, mais elle avait un grand respect pour cette femme. Même si elle pouvait sembler froide et distante, elle était prête à tout pour défendre et protéger ses hommes, et elle avait rarement vu un tel dévouement. Et ce soir, dans ce petit appartement new yorkais, alors que la pluie et le vent ravageaient les rues endormies, ce soir, cette femme si forte avait peur. Elle était perdue, et c’était vers elle qu’elle s’était tournée. 

 

« Vous devriez envoyer votre fils hors de New York. Vous avez de la famille chez qui il pourrait se réfugier ?

- Ma belle-mère habite à Washington.

- Très bien, il devrait y être en sécurité. Apparemment il a vu votre maître chanteur, si vous voulez je peux passer le voir.

- Nous irons ensemble demain, il dort ce soir chez des amis », répondit-elle, remerciant d’un regard la jeune femme.

 

Ce n’est que très tard dans la nuit que Beckett se glissa enfin dans son lit, mais elle était bien trop préoccupée par les récents évènements pour parvenir à trouver le sommeil…

 


balvert  (16.03.2014 à 18:15)

Chapitre 4

 

Lorsque Kate arriva le lendemain au poste, Gates s’y trouvait déjà. Elle semblait aussi concentrée sur son travail que d’habitude, mais son regard était différent, une autre lueur y brillait, reflet de sa peur. La jeune femme avait envie de se plonger tout de suite dans ce qu’elle lui avait demandé, mais elle avait une enquête, et devait rester discrète. Elle s’empara du dossier et s’attela à la relecture des témoignages des voisins qu’ils avaient recueillis la veille. Comme d’habitude personne n’avait rien remarqué, la maison étant régulièrement un refuge pour ados ou camés, les gens n’y prêtaient plus vraiment attention. Kate secoua lentement la tête. Elle trouvait toujours aussi triste que les êtres humains s’intéressent si peu à leurs congénères… Elle regarda le tableau blanc désespérément vide : sans l’identité de leur victime, ils ne pourraient pas avancer. Elle soupira : elle était une femme d’action, et détestait devoir attendre ainsi. Son téléphone l’avertis de l’arrivée d’un SMS : elle leva les yeux au ciel en le lisant et achevait juste sa réponse lorsque Ryan et Esposito arrivèrent les bras chargés des bandes de vidéos surveillances qu’ils avaient demandés la veille.

« Hey, les salua-t-elle, finalement vous avez pu trouver des caméras dans le quartier ?

- A deux rues de la maison et une autre un peu plus bas, on verra bien ce qu’on peut trouver.

Le téléphone de Kate sonna à nouveau. Elle sourit en lisant le message, fronça les sourcils puis rougit violemment.

- Un texto de Castle ? s’enquit Ryan.

- Vu sa tête, ce serait plutôt un sexto, se moqua Esposito, donnant un coup de coude complice à son ami.

- Bon les deux commères, les vidéos ne vont pas se visionner toutes seules, au boulot ! », rétorqua Kate gênée.

 

Une fois que les deux comparses eurent disparus dans la salle de conférence, elle relut le message, levant à nouveau les yeux au ciel, puis répondit sur le même ton que son écrivain. Le SMS était à peine envoyé qu’elle en recevait un autre, cette fois de Lanie, et beaucoup plus professionnel. 

 

Dans l’ascenseur descendant à la morgue, elle reçu un nouveau message. Elle sentit sa chaleur corporelle grimper en flèche et se mordit la lèvre inférieure. Cet homme voulait sa mort ! Deux semaines à attendre encore… que c’était long ! Elle inspira fortement et essaya de chasser toutes les pensées pas franchement catholiques qui l’assaillaient lorsqu’elle songeait à leurs retrouvailles. Elle poussa les portes de la morgue encore légèrement perturbée, mais recouvra sa concentration quand elle vit Lanie autour du corps de leur victime. 

« Hey, tu as trouvé quelque chose ?

- Non, je m’ennuyais alors je voulais juste te faire descendre !

- Dis-moi, tu es en forme en ce moment, serai-ce l’effet Javi' ?, se moqua-t-elle.

- Peut-être, répondit la métisse dans un grand sourire. Bon alors, ta victime a succombé d’une balle en plein coeur. Je l’ai envoyée au labo, mais c’est bien du 8 mm. Elle s’était logée dans une de ses vertèbres thoraciques. Et je te confirme l’heure de la mort entre minuit et 1 heure du matin. 

- Une idée de son identité ? 

- J’ai lancé une recherche dans nos fichiers avec son ADN et ses empreintes, je devrais avoir une réponse d’ici quelques heures. Mais s’il n’y est pas, ceci permettra peut-être de l’identifier.

- Un tatouage ? demanda Kate.

- Un serpent entourant sa cheville et remontant le long de son mollet. Un tel dessin ne doit pas passer inaperçu je pense !

- Et pour les plaies au visage ?

- Le tueur s’est sûrement servi d’un poing américain vu la profondeur de certaines entailles. Certaines ont été faites avant la mort, d’où l’abondance de sang sur son visage, mais la victime n’a vraisemblablement pas eu le temps de se défendre, il n’a pratiquement aucune trace de blessures défensives. Toutefois la plupart d’entre elles ont été faites post mortem, probablement pour retarder l’identification. 

- Ca ressemble à un travail de pro, grimaça Kate. Merci Lanie ! Tu me tiens au courant dès que tu as du nouveau ! »

 

En remontant à l’étage des bureaux, elle fit une halte dans la salle de conférence. Tory prêtait main forte à Ryan et Esposito, mais pour le moment ils n’avaient rien trouvé de concluant. Elle les laissa travailler, et retourna devant le tableau blanc, désespérément vide. Elle afficha la photo du tatouage que Lanie lui avait donnée, et fit quelques recherches sur internet. Malheureusement elle ne trouva pas grand chose non plus. Frustrée elle décida de retourner sur les lieux du crime, ils avaient peut-être loupé quelque chose. 

 

Elle franchit les rubans jaunes et coupa les scellés, puis pénétra dans cette maison digne d’un film d’horreur. Castle aurait adoré ça, pensa-t-elle alors qu’un coup de vent fit claquer la porte derrière elle. Par précaution elle sorti son arme de son holster et progressa à pas de loup. Elle se dirigea d’abord dans ce qui avait dû être un salon dans une ancienne vie, là on où avait retrouvé la victime. Une flaque de sang ainsi que les contours blancs marquant l’emplacement du corps ornaient encore le parquet. La scientifique avait pourtant fini ses relevés, mais l’équipe technique n’avait sûrement pas eu le temps de venir nettoyer. Elle essaya de trouver l’angle de tir, en se basant sur la position du corps. Il devait sûrement se trouver proche de la porte d’entrée, et donc… Bingo ! Elle s’agenouilla et se tordis en quatre pour passer sa main sous un vieux canapé de cuire éventré, et en ressorti une douille qui avait échappée à la vigilance des experts. Elle l’attrapa avec milles précautions et la glissa dans un petit sac en plastique, puis mis le tout dans la poche intérieure de sa veste. Elle repris ensuite ses recherches, passant d’une pièce à une autre. Dans ce qui ressemblait à une chambre, ou du moins possédait une sorte de lit où ne subsistait qu’un sommier à ressors bien abîmé, elle découvrit une canette de soda découpée et une allumette grillée sous une vielle planche brinquebalante. Elle emporta le tout, pas sûre que ça lui servirait, mais ne souhaitant pas passer à côté d’indices. Lorsqu’elle sorti enfin de la maison, elle fut surprise de constater qu’il faisait pratiquement nuit. Presque toutes les fenêtres étant murées ou recouvertes de planches, donc elle avait dû sortir sa lampe de poche depuis un moment, et ne s’était pas aperçue qu’elle y était restée aussi longtemps. Elle sorti son téléphone qu’elle avait mis en silencieux, et grimaça en remarquant qu’elle avait loupé plusieurs appels des gars. Elle allait les rappeler lorsque le numéro de Gates s’afficha. 

 

 

Elles se retrouvèrent environ trente minutes plus tard au fond d’un café près de la faculté de Jason Gates. Victoria Gates s’était positionnée de manière à pouvoir voir le moindre mouvement dans la pièce et guettait les gestes suspects. Kate avait pris place à ses côtés, tandis que Jason faisait face à sa mère. 

« Je peux savoir ce qu’il se passe maman ? 

- Tu te souviens de ce que je t’ai dis l’autre jour ?

- A propos des photos que tu recevais ? répondit-il calmement, ce qui surpris Kate. Il était au courant !

- J’ai reçu ça hier, fit-elle en lui tendant l’une des images.

- Oh, il m’a suivi aussi !

- Il a même fait plus que vous suivre, poursuivit Kate. Si on en croit cette photo, vous lui auriez parlé.

- Oh oui je m’en souviens ! 

- On t’écoute ! »

 


balvert  (17.03.2014 à 20:18)

Chapitre 5

 

Une forte bourrasque de vent fit frissonner Kate et la sorti de ses pensées. Elle n’en revenait pas de la discussion à laquelle elle venait de participer. Tout ça avait semblé tellement … irréel ! Jason Gates, à peine âgé de 20 ans, n’avait pas tremblé et ne semblait pas plus inquiet que ça de s’être retrouvé face au corbeau qui harcelait sa mère. Il avait raconté qu’un jour, alors qu’il était dans un café avec ses amis, un homme l’avait abordé. Il se disait étudiant en journalisme et faisait un papier sur cet endroit prisé des jeunes. Jason avait répondu à quelques questions puis s’était laissé prendre en photo. Il avait trouvé qu’il agissait bizarrement, il regardait toujours derrière lui, comme s’il avait peur d’être surpris. Le fils de Gates avait ensuite livré une description de l’homme d’une précision rare. On aurait dit qu’il avait fait ça toute sa vie ! Elle était impressionnée par la détermination qu’elle avait pu lire dans son regard. Ce fort caractère semblait être héréditaire ! 

Elle attrapa son téléphone et soupira en constatant qu’elle avait encore deux appels en absence venant du poste. Ils avaient dû découvrir quelque chose. Elle s’empressa de les rappeler pour les rassurer, et pris la route du 12th. 

 

« Alors Espo, du nouveau ? demanda-t-elle à peine arrivée à l’étage de la Criminelle.

- On a découvert l’identité de la victime !

Kate fut surprise en voyant Gates arriver, elle ne pensait pas qu’elle repasserait par le poste. Elle fronça les sourcils quand elle vit son regard se poser sur le tableau blanc puis se voiler. Elle se garda pourtant de faire un commentaire, et reporta son attention vers l’hispanique, espérant qu’il n’ait rien remarqué de son manège.

- Alors, qui est notre mystérieux inconnu ? 

- Un certain Frank Walsh, répondit le latino sans relever ce qui venait de se passer. 

- Il est de la maison ? fit Kate surprise en voyant la photo d’identité.

- Il a travaillé aux Stups pendant près de vingt ans, un record, et a pris une retraite forcée pour mauvaise conduite il y a deux ans environ. 

- Il a été accusé de violence policière contre un jeune délinquant, qui malheureusement pour lui avait quelques amis haut placés… ajouta Ryan qui venait de les rejoindre. 

- Il avait l’habitude d’être agressif ?

- Si on en croit ses états de services, c’est le seul incident de toute sa carrière plutôt exemplaire. Il a notamment activement participé au démantèlement du cartel des frères Gomez, parmi les plus gros vendeurs de drogue et d’armes de la fin des années 90. 

- Oui je m’en souviens, il y avait eu une grosse opération à la suite d’une mission d’infiltration. 

- Et ils ont permis l’une des plus grosses saisies de l’histoire des Stups.

- Ok, et côté vie privée ?

- Apparemment cet homme était marié à son travail, pas de femme ni d’enfant. Il a une soeur, Hannah, elle est banquière dans le sud de Manhattan, on l’a prévenue, elle viendra demain à la première heure. C’est la seule famille qui lui reste, sa mère est morte d’une overdose alors qu’il avait dix ans, et son père d’un cancer de la plèvre il y a cinq ans. 

- Peut-être qu’une vieille connaissance a refait surface et a décidé de se venger… »

 

Elle allait leur demander de faire les recherches habituelles lorsqu’elle s’aperçut de l’heure plus que tardive. Elle les renvoya chez eux, puis se retourna vers le tableau. Comment Gates connaissait cet homme ? Elle se tourna vers son bureau, mais fut surprise de le trouver vide. Elle avait dû partir alors qu’elle débriefait avec ses hommes. Kate soupira : ce n’est pas ce soir qu’elle en apprendrait d’avantage… 

 

Elle se gara devant le loft, mais ne rentra pas immédiatement dans le hall. Elle marcha pendant une centaine de mètres et sourit : il était bien là. Elle combla la courte distance qui les séparaient puis le salua : 

« Bonsoir Mike, tu es encore dehors à cette heure ?

- Bonsoir Mademoiselle Kate ! Ben, il faut bien que je gagne ma vie …

- Ta mère va encore s’inquiéter, il est tard ! Et puis tu vas finir par attraper froid !

- Vous savez Mademoiselle Kate, le froid c’est psychologique, tout est dans la tête ! Et j’aime vagabonder dans les rues de New York, la rue c’est ma maison !

- Ca n’en reste pas moins dangereux, grimaça Kate.

- Je sais me défendre, j’ai pris des cours de boxes, vous voulez voir ? , répondit le jeune homme en se mettant en position et s’acharnant à combattre un ennemi invisible, faisant rire aux éclats la policière. 

- Tu devrais passer au poste un jour, je te montrerais quelques gestes d’auto-défense, fit-elle alors qu’il manquait de tomber en se prenant les pieds dans sa couverture. Maintenant j’ai un petit service à te demander, ajouta-t-elle retrouvant son sérieux.

- Tout ce que vous voudrez Mademoiselle Kate !

- Pour commencer arrête de m’appeler Mademoiselle, Kate ça suffit, dit-elle en souriant. 

- D’accord Ma… Kate, répondit-il avec une bouille d’ange qui la fit craquer.

- Ensuite, il paraît que t’es pas trop mauvais niveau dessin.

- Pas trop… Vous rigolez ? Je suis le meilleur de tout NYC ! 

- Et le plus modeste, sourit Beckett, ne pouvant s’empêcher pourtant de penser qu’il était vraiment bourré de talent, il suffisait de voir sa nouvelle création qui ornait la petite ruelle adjacente pour s’en convaincre. Dans ce cas ce que je vais te demander ne va pas être trop difficile. 

- Aucun défi ne résiste à Shadow, fit-il en bombant le torse.

- Il faut que je sois sûre que je puisse te faire confiance à 100% sur ce coup, c’est du sérieux !

- Vous pouvez y aller les yeux fermés Kate, je serai silencieux comme une tombe, jura-t-il la main sur le coeur.

- J’aurai besoin que tu dessines un portrait, en étant le plus fidèle possible à cette description.

- Vous n’avez pas des mecs spécialistes pour ce genre de trucs dans la police ? répondit-il surpris.

- Si, mais c’est une situation un peu… particulière, et c’est pour ça que j’ai besoin de ta discrétion. 

- Vous pouvez compter sur moi ! fit-il en attrapant la feuille que lui tendait la jeune femme. 

- Tu prends combien pour me faire ça le plus rapidement possible ? 

- Un joli sourire et vous avez ça demain matin.

- Quoi, non mais je ne vais pas…

- Vous êtes l’une des rares personnes à ne pas me considérer comme un délinquant, à me dire bonjour dès que vous me voyez, et à m’offrir je ne sais combien de cafés pour me réchauffer en hiver. Et puis vous ne m’avez pas dénoncé à vos collègues. Alors vous rendre ce service est la moindre des choses que je puisse faire ! »

 Kate ne sut quoi répondre. Elle aimait beaucoup ce garçon, en plus d’être vraiment doué et intelligent, il était poli et adorable. Elle l’avait plusieurs fois ramené chez lui alors qu’il voulait passer la nuit dans la rue. Il adorait sa mère, mais aimait encore plus le bitume, les bombes de peinture et les grafs. Mais il avait les pieds sur terre, et s’il faisait les bonnes rencontres, il avait un bel avenir devant lui. Elle savait que ce qu’il faisait n’était pas très légal, mais elle avait décidé de fermer les yeux, après tout il ne dégradait pas mais embellissait ces tristes buildings gris. Elle finit pas céder, mais glissa tout de même un billet dans sa caisse métallique alors qu’il lui tournait le dos.

 

Elle tourna délicatement la clé dans la serrure du loft, et poussa doucement la porte, puis se glissa dans l’appartement à pas de loup, ne voulant pas réveiller Martha. Elle était à peine entrée dans sa chambre que son téléphone sonna.

« Sir ?

- Je connaissais votre victime, Frank Walsh. »


balvert  (18.03.2014 à 18:32)

Chapitre 6

 

Kate raccrocha puis attrapa sa veste et ses affaires, Gates préférant lui donner d’avantage de détails de vive-voix. Elle atteignait la porte du loft lorsqu’une voix la fit sursauter :

« Katherine, tu repars déjà ? 

- Oh, Martha, je n’avais pas vu que vous étiez debout. Je viens de recevoir un appel, on a de nouvelles infos, je dois filer, mentit-elle. 

- Mais quand est-ce que ces criminels te laisseront dormir… soupira l’actrice.

- Apparemment pas ce soir… Mais je ne devrais pas en avoir pour longtemps normalement.

- Bon courage ! Moi, je vais me laisser séduire par les bras de Morphée, ajouta-t-elle dans de grands gestes théâtraux.

- Bonne nuit Martha. » rigola la jeune femme avant de quitter le loft.

Elle détestait devoir lui mentir, mais elle avait promis… Et puis après tout ce n’était pas totalement faux, cet appel concernait leur victime, peut-être que Gates pourrait lui apprendre quelque chose d’intéressant.

 

 

Elle se gara devant l’appartement de sa chef et monta les marches quatre à quatre, trop impatiente de connaître ce qu’elle avait à dire pour attendre sagement l’ascenseur. Elle avait à peine toqué que la porte s’ouvrit. Les deux femmes se regardèrent un moment, ne sachant pas trop comment procéder. Après tout Gates n’était pas un témoin habituel, est-ce que Kate devait l’interroger ou bien attendre ses confidences ? Elle décida d’entamer la conversation par des banalités :

« Votre mari n’est pas présent ce soir ?

- Il est en déplacement depuis cinq jours, il ne rentrera que la semaine prochaine, répondit-elle en apportant les cafés qui venaient de couler. 

- Et qu’est-ce qu’il fait exactement ? 

- Il est spécialiste en cybercriminalité.

- Oh, il fait parti de la maison aussi ? 

- Et oui, la police est une histoire de famille, fit-elle en souriant légèrement. Mais je suis bien contente que mon fils lui ait préférée l’architecture !

- J’imagine oui, un peu moins dangereux comme carrière… 

 

Un léger silence s’installa, toutes deux encore mal à l’aise d’avoir ce genre de conversations. 

- Que s’est-il passé avec Franky ? Euh Frank Walsh, votre victime ? demanda soudainement Gates.

- Il est mort d’une balle en plein coeur, et le tueur s’est donné beaucoup de mal pour le défigurer.

- Vous avez des pistes ?

- Pas grand chose pour le moment, on va regarder demain ses anciennes affaires, voir par exemple si une des personnes qu’il avait arrêté vient de sortir et aurait décidé de se venger. 

- D’accord… répondit-elle pensive.

- Comment vous êtes vous rencontrés ? 

- C’était il y a très longtemps…

- Lorsque vous étiez aux Affaires Internes ?

- Non, encore avant !

- Oh, je croyais… fit Kate surprise.

- Ce n’est pas la partie de ma carrière dont je suis la plus fière, grimaça Gates. Mais pour répondre à votre question, Frank était mon capitaine.

- Vous avez travaillé…

- Aux Stups oui, pendant 2 ans. Et non Lieutenant, je n’ai pas toujours été derrière un bureau, j’ai passé pas mal de temps sur le terrain avant !

- Et donc vous étiez sous les ordres de Walsh ? Comment était-il ? demanda Beckett.

- Un formidable instructeur, très patient et à l’écoute. Je sortais à peine de l’école de police quand je me suis retrouvée aux Stups un peu par hasard. Une femme flic a déjà du mal à se faire accepter, mais alors vous n’imaginez pas à quel point j’ai dû batailler dans cette brigade… Le seul qui semblait ne pas y accorder d’importance était Frankie, tout ce qui comptait pour lui c’était que je sois à 100% sur le terrain. Il n’était pas tendre et j’en ai bavé, mais je ne regrette pas, j’ai appris énormément de choses à son contact. 

- Et comment était-il avec les suspects ? Du genre violent ?

- Frank violent ? Il savait faire preuve d’autorité et de fermeté s’il rencontrait de la résistance, mais j’ai rarement vu un flic faire preuve d’autant de tact et accorder autant d’attention à chaque personne qu’il arrêtait. Il ne voulait pas seulement mettre une petite frappe derrière les barreaux, il voulait toujours qu’il s’en sorte ensuite, et qu’il ne croise plus jamais son chemin. 

- Vous semblez avoir beaucoup de respect pour lui.

- Il m’a tout appris, et je lui dois une grande partie de ce que je suis devenue aujourd’hui… 

- Vous voyez qui pourrait lui en vouloir ?

- Lieutenant, ce que je vous raconte date d’il y a plus de vingt ans, je ne l’ai pas revu depuis que j’ai quitté les Stups. Alors non, je n’en ai pas vraiment d’idée. 

- Comment ça se fait que vous ayez atterri aux AI ? osa la jeune femme. 

- Je ne pense pas que cette information soit nécessaire à votre enquête Beckett, je vous ai raconté ce que je savais, retrouvez-moi le salaud qui a fait ça. »

Kate regretta immédiatement d’avoir posé cette question. Alors qu’elle commençait peu à peu à se détendre, cédant à la confidence, elle avait soudain vu sa chef se fermer et su que c’était trop tard, elle n’apprendrait rien de plus. Elle prit congé, ne souhaitant pas en rajouter au malaise qui venait de s’installer. Elle était troublée, en deux jours elle en avait appris plus sur elle que durant trois années entières. Et elle ne savait pas trop quoi faire du flot d’informations qu’elle venait de recevoir. Elle retint cependant un détail qui semblait important pour son enquête : Walsh n’avait pas l’habitude d’être violent. Il s’était donc passé quelque chose qui lui avait faire perdre les pédales deux ans auparavant. Et ce quelque chose avait peut-être un rapport avec sa mort…


balvert  (19.03.2014 à 18:30)

Chapitre 7

 

Kate tendit un mouchoir en papier à la femme qui se tenait devant elle. Elle était effondrée et inconsolable. Le coeur de la jeune flic se serra : c’était décidément la partie la plus difficile de son métier… Elle ferma les yeux un court instant, souhaitant que Castle soit à ses côtés pour l’épauler, puis elle se repris. Ce n’était pas elle qui venait d’apprendre la mort de son frère, ce n’était pas elle qui avait besoin d’aide. Elle attendit un peu que ses sanglots se calment, puis demanda doucement :

« Comment était Frank ces derniers temps ? Est-ce qu’il vous a semblé énervé, angoissé, différent la dernière fois que vous l’avez vu ?

- Non… Il est venu à la maison la semaine dernière. C’était les six ans de Jane, ma fille. Frank est… était très proche de sa nièce. Il n’a jamais vraiment eu l’occasion d’avoir d’enfants, c’est comme s’il essayait de se rattraper avec elle. Et puis le père de Jane n’a jamais pris la peine de la reconnaître, alors il faisait plus ou moins office de figure paternelle. Ils étaient très complices, prêts à faire les quatre-cent coups ensemble. Pendant l’après-midi, pour plaisanter, Jane s’est mise à jouer à faire l’indien, mon frère devait jouer son prisonnier. Très vite ça s’est transformé en réunion au sommet pour construire le plus beau tipi possible. Ils sont allés à Central Park pour récupérer le maximum de branches, Frank a trouvé un vieux bout de corde dans la remise et ils se sont lancés dans la construction. Vous les auriez vu ensemble… Ils… Ils n’ont pas eu le temps de finir, la nuit et le froid les ont surpris, et puis Jane est encore jeune, je ne voulais pas qu’elle se couche trop tard. Ils devaient se voir demain pour le terminer. Et ils… ne pourront jamais le faire, ajouta Hannah avant d’éclater à nouveau en sanglots. 

- Je suis désolée, fit Kate, sachant pourtant très bien que ces trois mots étaient bien fades face à la détresse de la jeune femme. 

- C’est moi, je suis ridicule de me répandre ainsi… 

- Vous venez de perdre votre frère, il n’y a rien de ridicule !

- Mais je vous fait perdre votre temps, renifla-t-elle. Allez-y, posez-moi vos questions. 

- Frank a quitté la police il y a deux ans à la suite d’une accusation pour violence policière. Etait-il du genre violent ?

- Vous rigolez ? Il détestait la violence ! Et c’est d’ailleurs une des raisons qui l’ont fait entrer dans les forces de l’ordre : lutter contre elle. 

- Vous avez une idée alors de ce qui aurait pu lui faire perdre les pédales ? 

- Non, répondit-elle un peu trop vite tout en détournant le regard.

- Hannah, je sais que c’est dur et que je remue sans doute des souvenirs douloureux, mais j’ai besoin de savoir. Je veux retrouver le salaud qui a fait ça à votre frère, et pour ça j’ai besoin de votre aide. 

- Je vous assure que je ne sais rien Lieutenant. Maintenant est-ce que vous avez d’autres questions ou puis-je partir ? J’aimerai retrouver ma petite fille…

- Non, c’est bon, vous pouvez y aller, soupira Kate, frustrée de ne pas avoir obtenu de réponses. Je finirai bien par découvrir ce que vous cachez, ce n’est qu’une question de temps. Repensez à ce que je vous ai dis s’il vous plaît, ces informations sont sûrement capitales pour rendre justice à votre frère…

Je suis désolée Lieutenant, mais je ne peux pas vous aider… »

 

Beckett regarda la jeune femme quitter le poste et laissa échapper un léger cri de frustration. Elle avait été proche, elle le savait. Les Walsh cachaient un lourd secret et elle était persuadée qu’il serait la clé de cette énigme…

 

Pendant ce temps à l’autre bout des Etats-Unis.

Castle étouffa un bâillement et se redressa sur sa chaise pour tenter de se réveiller. Mais le manque de sommeil commençait à cruellement se faire ressentir, et l’ennui n’arrangeait pas les choses. Il contempla les lieux quelques instants. Il n’y a pas à dire, Paula s’était une nouvelle fois surpassée ! Sa séance de dédicace se déroulait dans une des plus belles librairies du pays. Il était entouré par une multitude de livres anciens, reliés de cuire, et une douce odeur de papier flottait dans les airs, rendant les lieux magiques. Mais la file d’attente devant son bureau ne semblait pas diminuer, ce qui le déprimait totalement… Il aimait passer du temps avec ses fans, avoir leur ressenti sur son dernier livre ou recevoir de beaux compliments, mais une certaine personne occupait la totalité de ses pensées, l’empêchant de profiter pleinement du moment. Elle lui manquait tellement… 

 

Un raclement de gorge le fit sursauter et reprendre contact avec la réalité :

« Excusez-moi, j’étais parti dans mes réflexions, fit-il dans son plus beau sourire commercial.

- Si elles permettent de produire un autre chef d’oeuvre, vous êtes tout excusé Monsieur Castle.

- Ca, il va falloir attendre encore un peu pour le découvrir. Vous voulez que je signe à quel nom ?

- Lily. »

 

Et le manège repris. Son poignet commençait à le faire souffrir à force de signatures. Il s’excusa, et demanda à faire une petite pause. Il sorti par l’arrière de la boutique prendre un peu l’air. Il ferma un instant les yeux, l’imaginant à ses côtés. Il dessina mentalement le contour de son visage, connaissant chaque détail, de ses beaux yeux, variant du marron au vert selon la lumière et ses humeurs, à son petit grain de beauté sur la joue en passant par son sourire éclatant qui le faisait toujours fondre. Il pouvait presque sentir son parfum de cerise s’échapper de sa chevelure. 

Son portable vibra, le ramenant sur terre. Il allait maudire son correspondant, mais en voyant son nom s’afficher, il sourit béatement.

Hey bébé, désolée de ne pas avoir appelé hier, trop de travail… Comment ça se passe avec tes fans ?

Il s’empressa de lui répondre :

Hey, pas grave. Je suis entouré de charmantes créatures, donc ça va !

Puis après un court instant de réflexion, pouvant presque sentir sa main frapper son torse ou attraper son oreille, il envoya :

Apple !

Son téléphone vibra pratiquement immédiatement : 

Je n’ai même plus rien à dire, tu finis par comprendre ;) 

C’est parce que je te connais bien ! Je dois y retourner, une horde de fans en furie scande mon nom, je ne voudrais pas qu’ils perdent la voix à cause de moi… 

Au moins ! Bon courage, je t’aime <3

Je t’aime aussi <3

Il contempla quelques instants l’écran de son téléphone, puis le verrouilla, et retourna travailler le coeur plus léger. 

 


balvert  (20.03.2014 à 18:11)

Chapitre 8

« Beckett, j’ai les résultats du labo.

- Je t’écoute Ryan ? fit la jeune femme en relevant les yeux de ses dossiers.

- Alors pour commencer ils confirment que la canette de soda a servi de réchaud à un toxico : elle contenait des restes de crystal, de qualité plutôt moyenne, qu’on peut se procurer facilement chez tous les revendeurs de la ville. Malheureusement il n’y avait aucune empreinte ni sur le morceau de métal, ni sur l’allumette. 

- Ca aurait été trop beau, soupira la jeune femme. 

- Rien non plus sur la douille que tu as trouvée, mais c’est bien du 8mm. 

- Donc en gros ils n’ont rien découvert ? s’impatienta Kate.

- Ils ont modélisé la scène du crime et ont pu déterminer que notre tueur était droitier et mesurait entre 1m80 et 1m90.

- Ok, avec ça on est bien avancé… fit-elle en se passant les mains sur le visage. 

- Ca a donné quoi avec la soeur de la victime ?

- Pas grand chose… Elle s’est renfermée lorsque j’ai évoqué ce qu’il s’était passé il y a deux ans.

- Et pour cause ! répondit Esposito qui revenait un dossier à la main. Regarde ce que j’ai trouvé.

- Un rapport d’enquête de Frank Walsh ?

- Regarde la date.

- 22 mai 2012, oh, peu de temps avant le mystérieux incident, fit-elle soudain très intéressée.

- Exact. Et voici la source de tous ses problèmes : je te présente Michaël Brown, arrêté de multiples fois, jamais condamné. 

- Et qui est-il ?

- Un voleur, escroc, accessoirement dealeur et j’en passe, qui a la chance d’être le fils de John Brown, un puissant industriel au bras long…

- Ok, je vois, un fils à papa qui peut faire toutes les conneries qu’il veut sans être inquiété…

- Et Walsh en a fait les frais. Il l’a arrêté en 2012 pour tentative de viol, mais comme tu le sais, a été obligé de le relâcher quelques heures plus tard pour violence policière. 

- Mais tout ça n’explique pas pourquoi il est soudain devenu violent !

- Ca non, mais ceci peut-être, répondit l’hispanique en lui tendant un autre rapport.

- Qu’est-ce que c’est ?

- Un rapport d’un médecin légiste sur une présumée victime de viol, demandé par Walsh à la même époque. Et regarde qui est la victime…

- Hannah Walsh !! s’exclama Kate.

- Son nom n’est pas cité dans le rapport de Walsh, mais quand tu as dis qu’elle avait agit bizarrement à l’évocation de cet évènement, j’ai fait le lien, fit Esposito fier de lui. 

- Se retrouver face à l’agresseur de sa soeur est une très bonne raison de faire perdre les pédales à l’homme ayant le plus de sang froid sur terre !

- Mais je ne vois pas le lien avec son meurtre, fit Ryan perplexe.

- Si ta fille se faisait violer et que tu avais été obligé de relâcher son agresseur pour x ou x raison, tu resterais sans rien faire en le laissant libre de recommencer ? demanda Kate.

- Il a dû trouver un moyen de le coincer, ajouta Esposito.

- Je sens qu’une petite discussion avec ce cher Monsieur Brown s’avère nécessaire… Allez le voir, mais jouez-la fine, je ne veux pas me retrouver avec sa horde d’avocats avant d’avoir pu obtenir la moindre information. Je retourne voir Hannah, je crois qu’elle me doit des explications. »

 

Kate se gara en double file devant l’appartement d’Hannah Walsh, être flic avait ses avantages lorsqu’il s’agissait de trouver une place de parking en plein Manhattan. Elle se renseigna auprès du concierge et sonna. Lorsque la porte s’ouvrit, elle vit le visage d’Hannah se décomposer. 

« Je peux entrer Madame Walsh ?

- Jane, et si tu allais un peu jouer dans ta chambre ma chérie ? Je dois parler avec cette dame, je n’en ai pas pour longtemps. 

- Vous savez sûrement pourquoi je suis là, fit Beckett après s’être assurée que la petite ne puisse rien entendre de la conversation. Pourquoi ne rien avoir dit tout à l’heure ?

- Ce n’est pas la partie de ma vie dont je préfère parler Lieutenant… 

- Que s’est-il passé ce jour là ? Je suis désolée d’avoir à vous faire revivre tout ça, mais j’ai besoin de savoir pour retrouver l’assassin de votre frère…

- Vous pensez que c’est lui ? Ce salopard ?

- C’est possible, il fait en tout cas partie des suspects pour le moment.

- Ok… soupira la jeune femme, passant ses mains dans ses cheveux, essayant de rassembler son courage. Alors… Il faisait nuit, j’avais eu une réunion plus longue que prévu à la banque, et la voiture était en réparations, alors j’ai voulu prendre le métro pour rentrer chez moi. J’étais pressée, ma fille était gardée par une nourrice que je ne connaissais pas trop, et j’avais vite envie de la retrouver. Alors j’ai coupé par les petites ruelles pour atteindre le plus vite possible la première bouche de métro. Et… fit-elle, ses mots s’étranglant dans un sanglot.

- Et c’est là qu’il vous a surprise, proposa Kate pour l’aider.

- Je ne l’ai entendu arriver qu’au dernier moment. Tout s’est passé très vite, j’ai senti un main sur mon visage, puis un linge humide, et tout est devenu flou. Je l’ai ensuite vu au-dessus de moi… Il rigolait… Et puis… Je me sentais tellement impuissante ! J’ai essayé de hurler, de me défendre, de me dégager de son emprise, mais mon corps semblait n’être que chewing-gum.

- Et que s’est-il passé… après ?

- Il m’a laissée là, seule, dans la ruelle. Un passant m’a découverte un peu plus tard. Je ne saurais dire combien de temps s’était écoulé, mais j’étais comme vidée de toute émotion. Comme si je n’étais plus qu’enveloppe corporelle et que mon âme était partie en même temps que mon honneur. Je revois chaque nuit son regard, ses deux yeux bleus perçant me fixer, avec cette étrange lueur les éclairant. 

- Et Frank a réussi à le retrouver ?

- Je ne sais pas comment il s’y est pris, mais oui. Il est la personne à appeler dans mon dossier médical, alors il est arrivé peu de temps après moi à l’hôpital. Il n’a pas eu besoin que je lui explique pour comprendre ce qu’il s’était passé. Il est parti en furie. Quelques jours après il est venu me voir pour me dire qu’il l’avait coincé. 

- Mais il s’en est sorti parce que votre frère a pété les plombs…

- Il m’a juré qu’il l’avait seulement un peu bousculé, en tout cas pas infligé la correction qu’il méritait. Mais tout ça l’a très vite dépassé et il a été obligé de donner sa démission. 

- Est-ce qu’il vous en a parlé récemment ?

- Non, on évitait tous les deux savamment le sujet, je suppose que c’est pour ça qu’il a préféré que je reste anonyme dans son rapport. Mais je suis persuadée qu’il continuait de le traquer… »

 


balvert  (21.03.2014 à 18:12)

Chapitre 9

Ryan et Esposito pénétrèrent dans un des immeubles les plus huppés de Manhattan. John Brown, le père de Michaël, avait été l’un des premiers à miser sur la technologie des drones. En se basant sur les robots de l’armée, il avait créé un petit prototype discret et très maniable, qui était maintenant largement utilisé par la police, la sureté ferroviaire et même par certains agriculteurs pour surveiller leurs champs et orienter la répartition des pesticides. Son entreprise s’était très vite développée, assurant sa fortune et sa réputation, ainsi que le soutien de plusieurs personnalités politiques importantes. Et il semblerait que son adorable fiston ait trouvé un poste prestigieux au sein du conseil d’administration.

« Ouah, c’est… étrange, fit Ryan en désignant les deux portraits XXL des Brown père et fils qui trônaient fièrement sur le mur du hall d’entrée.
- Bof, tu sais les riches et leurs délires… répondit Esposito blasé, avant de se diriger vers l’accueil. Bonjour, Lieutenants Esposito et Ryan, NYPD nous aimerions voir Michaël Brown.
- Vous avez rendez-vous ? demanda une jeune secrétaire, oreillette bluetooth greffée dans l’oreille gauche, stylo s’agitant fébrilement dans la main droite.
- C’est lieutenant ou NYPD que vous n’avez pas compris ? s’impatienta le latino.
- Je suis désolée Messieurs, mais Monsieur Brown est en réunion, il ne peut pas vous recevoir pour le moment.
- Et nous nous enquêtons sur un meurtre, alors je comprends que votre patron n’ait pas envie qu’on fiche notre nez dans ses petites affaires, mais si vous ne nous conduisez pas immédiatement à lui, je vous arrête pour obstruction à la justice !
- Bien… souffla la jeune femme visiblement inquiète par cette perspective. Suivez-moi. »

Elle les dirigea dans un dédale de couloirs, qui serait passé pour un véritable labyrinthe pour n’importe quel non initié, puis stoppa devant une grande double porte. Après avoir toqué timidement, elle les invita à entrer. Ils pénétrèrent dans une grande salle, dont le mur du fond était une immense baie vitrée offrant une vue imprenable sur Central Park, et au centre de laquelle trônait une imposante table de bois. Une dizaine de costard-cravates et autant de paires d’yeux se tournèrent immédiatement et dans un synchronisme parfait vers eux :
« Lydia, je croyais avoir été clair, personne ne devait nous déranger ! tonna celui qui devait présider l’assemblée, étant situé au bout de la table.
- Je suis désolée Monsieur, mais ces Messieurs sont du NYPD et ils souhaitaient vous parler de toute urgence.
- Je crains de ne pas pouvoir vous accorder de rendez-vous pour le moment, comme vous le voyez je suis plutôt occupé…
- Et nous nous enquêtons sur un meurtre, alors vous feriez mieux de trouver le temps de répondre à quelques questions ! »

Un silence envahit immédiatement la salle, tout le monde échangeant des regards surpris, puis un murmure s’éleva, gagnant à chaque seconde en intensité. Ryan venait de faire son effet ! Michaël Brown contempla tour à tour chacun de ses associés puis les deux policiers. Il n’avait pas réagit lorsqu’ils avaient évoqué le meurtre, mais semblait d’avantage préoccupé par les rumeurs qui ne manqueraient pas de courir une fois qu’il se serait enfermé avec les deux inspecteurs. Il prit la parole d’une voix ferme : « Mais c’est toujours un plaisir d’aider nos amis des forces de l’ordre ! Messieurs, je vous accorde une petite pause. Pendant ce temps tachez de trouver des solutions concrètes aux divers problèmes que nous venons de soulever. Je veux des réponses précises lorsque nous reprendrons ! »

Il attendit que ses collègues quittent la pièce, puis invita les deux hommes à le suivre jusqu’à son bureau. La décoration était tout aussi impressionnante, autant par la taille des fauteuils que par le bureau en chêne massif qui y trônait majestueusement. Il les invita à s’asseoir puis prit la parole.
« Allez-y Messieurs, mais je vous en prie, allez à l’essentiel, mon temps est précieux !
- Ca tombe bien, le notre aussi… ironisa le latino.  
- Connaissez-vous cet homme ? demanda Ryan en lui tendant une photographie.
- Euh non, je ne crois pas.
- Vous êtes sûr ? Il s’agit de Frank Walsh.
- Je suis désolé, ça ne me dit rien.
- Vraiment ? C’est étrange, vu que vous avec porté plainte contre lui il y a deux ans pour violence policière !
- Oh, ce Frank Walsh ! Maintenant que vous le dites effectivement ! Mais vous savez, je rencontre tellement de monde dans mon métier que je ne peux pas me permettre de gaspiller de l’énergie à retenir le nom d’un simple flic qui a cru que porter un uniforme lui octroyait tous les droits…
- Ce « simple flic » comme vous dites a été assassiné.
- Oh, vous m’en voyez désolé…
- Où étiez-vous mardi entre minuit et deux heures du matin ?
- Quoi ? Sérieusement ? Vous me soupçonnez de meurtre ? Vous n’avez donc rien d’autre à faire ? s’esclaffa-t-il.
- Ecoute gros malin, fit Esposito en se levant brusquement, se penchant dangereusement vers lui, les deux mains plaquées sur le bureau. On sait que tu as violé sa soeur, et ce n’est qu’une question de temps pour qu’on prouve que tu as tué ou fait tué ce pauvre homme. Et sur ce coup, tes petits copains ne pourront pas te sauver les miches. Tu devrais vendre tes costumes hors de prix, ils ne vont plus t’être très utiles. Je suis persuadé que le orange t’ira à ravir. Et tu verras, tes nouveaux compagnons t’accueilleront à bras ouverts…
- Vous pensez que j’ai commis un meurtre Lieutenant, répondit Brown en se levant à son tour. Alors, prouvez-le. »

Malheureusement, Michaël Brown jouissait d’un alibi en béton pour la nuit du meurtre. En effet, il avait participé à un gala organisé par… Bob Weldon, le maire de New York. Kate s’était même payé le luxe de lui téléphoner, mais il avait malheureusement confirmé, après s’être plaint de ne plus voir un certain écrivain à ses parties de poker. Il se souvenait avoir discuté avec lui à propos d’un projet pour étendre la couverture de surveillance vidéo de New York grâce à des drones. C’était donc une nouvelle fois retour à la case départ…


balvert  (23.03.2014 à 22:30)

Chapitre 10

Kate tapotait nerveusement son bureau du bout des doigts, et ne cessait de jeter un coup d’oeil à sa montre. Le poste était presque vide à cette heure-ci. Et elle avait besoin d’être seule, mais c’était sans compter sur ce bleu qui avait décidé de faire du zèle… Elle retint son souffle lorsqu’elle le vit attraper sa veste, et retint de justesse un petit cris de soulagement lorsque les portes de l’ascenseur se refermèrent sur lui. Aussitôt, elle sorti une feuille soigneusement pliée en quatre de la poche intérieure de la veste, la scanna, pianota quelques mots sur son ordinateur, puis patienta. Elle soupira lorsque les mots « Pas de correspondance » s’affichèrent en rouge sur son écran. Elle s’en doutait, mais avait tout de même gardé une petite lueur d’espoir… Elle regarda le portrait, mémorisant une nouvelle fois chaque détail du visage. Puis elle le rangea, effaça sa dernière recherche de la mémoire de son pc puis l’éteignit. Elle se levait pour prendre sa veste lorsqu’une voix derrière elle la fit sursauter.
« Lieutenant Beckett, je peux vous parler ? »
Elle se tourna vers son interlocuteur, surprise. Puis elle se reprit :
« Euh, oui bien sûr, venez, nous serons plus à l’aise dans la salle de repos. »

Elle contemplait le liquide brûlant s’échapper de la cafetière, tout en faisant fonctionner ses méninges à toute vitesse : que faisait-il là ? Qu’est-ce qu’il lui voulait ? Elle tourna légèrement la tête pour l’observer grâce à son reflet dans la vitre. C’était vraiment impressionnant comme il pouvait lui ressembler ! Physiquement bien sûr, mais la même lueur éclairait son visage, il semblait habité par la même force de caractère. La machine acheva son travail dans un nuage de fumé et un petit bruit caractéristique. Kate lui tendit une tasse aux couleurs du NYPD, puis s’assit à ses côtés, une jambe pliée pour pouvoir lui faire face. Elle attendit patiemment qu’il prenne la parole.
« J’ai longtemps hésité avant de venir, mais je tenais à vous les apporter avant de partir. J’ai reçu ça hier, fit-il en lui tendant une enveloppe kraft.
- De nouveaux clichés ?
- Oui, de la fac, de mes amis, de ma petite amie et même de certains de mes professeurs. Pourtant je suis persuadé ne pas l’avoir revu !
- Il nous a prouvé qu’il savait être prudent… Vous en avez parlé à votre mère ?
- Non, répondit Jason. Ce ne sont que quelques photos supplémentaires, elle est déjà assez tourmenté comme ça en ce moment, pas la peine que j’en rajoute.
- Elle dispose de plus de ressources que moi pour les faire analyser, il va falloir que je lui en parle, grimaça Kate.
- Faites ce que vous avez à faire Lieutenant.
- Alors vous partez pour Washington ?
- Oui, j’avais des partiels importants hier et aujourd’hui, je ne pouvais pas quitter New York avant. J’ai un vol dans une petite heure.
- Vous feriez mieux d’y aller alors.
- Oui… Une dernière chose Lieutenant.
- Oui ? fit Kate le voyant hésiter.
- Promettez-moi de prendre soin de ma mère.
- Oh ! Oui, bien sûr !
- Elle n’est pas dans son état normal depuis quelques jours, cette histoire la travaille bien plus qu’elle ne le laisse paraître, j’ai peur qu’elle ne fasse des bêtises.
- Ne vous en faites pas, je veillerai sur elle, assura Kate.
- Vous savez, elle ne vous l’a sûrement peut-être jamais dit, mais elle vous apprécie beaucoup Lieutenant Beckett. Je crois qu’elle se retrouve un peu en vous. Je ne compte même plus le nombre de repas où elle nous a venté vos mérites ! Et même si elle doit affirmer le contraire, finalement elle trouve la présence de Monsieur Castle utile.
- Il serait ravi de l’apprendre, sourit la jeune femme, troublée malgré elle.
- Il parait que vous la surnommez Iron Gates, fit Jason dans un grand sourire malicieux.
- Euh… répondit Beckett embarrassée.
- Elle n’est pas toujours comme ça. Enfin je l’ai vu à son travail, elle est froide et distante, pire qu’un robot, je comprends pourquoi vous pouvez avoir peur d’elle ! Mais elle n’est pas comme ça à la maison ! Enfin sauf quand on la pousse à bout évidemment … ajouta-t-il en riant.
- J’imagine effectivement. Mais tout le monde ici a beaucoup de respect pour votre mère. Elle se fait craindre, c’est sûr, mais on sait tous qu’elle serait prête à décrocher la lune pour sauver l’un d’entre nous.
- Elle a toujours été très protectrice. Peut-être un peu trop parfois… ajouta-t-il en souriant. Je suis désolé, je vais devoir y aller si je ne veux pas louper mon vol. Ma mère a confiance en vous Lieutenant, alors moi aussi. Prenez soin d’elle ! »

Kate regarda les portes de l’ascenseur se refermer sur le jeune homme, encore surprise de leur discussion. Puis elle contempla l’enveloppe qu’elle tenait entre ses mains. Elle n’avait pas le choix, il fallait qu’elle lui en parle pour faire analyser le nouveau jeu de clichés. Elle attrapa sa veste, puis quitta le poste avant qu’on ne l’empêche de rentrer chez elle une nouvelle fois.

Elle garait sa vieille Crown Victoria lorsque son téléphone sonna.


balvert  (24.03.2014 à 21:22)

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