HypnoFanfics

Interdit aux moins de 18 ans

Vice-Versa

Série : Castle
Création : 13.05.2014 à 17h22
Auteur : cathy24 
Statut : Terminée

« J'ai eu besoin après six saisons de me désaltérer à la source originelle. En espérant que vous prendrez plaisir à être de mon voyage.  » cathy24 

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Commencement

 

- Tiens, Castle ! Qu’est-ce que tu fais là ? Tu n’avais pas une soirée de programmée?

Il lança un regard noir à Esposito.

- Hou là ! Si mal que ça ?

- On se tait!

L’hispanique arbora un léger sourire mais se garda bien de continuer sur le sujet et mena Castle dans la pièce où avait été retrouvé le corps. Ils empruntèrent le long couloir de cette maison cossue délaissant bureau, salon, salle à manger pour se retrouver dans la cuisine. Le regard de Castle fut happé par l’agitation qui régnait près de l’escalier montant à l’étage. Au fur et à mesure qu’il s’approchait, ce qui lui vint à l’esprit était que la pièce était totalement en ordre, comme si le ménage y avait été fait intégralement depuis peu. Aucune trace apparente de lutte. Il n’allait pas être aisé de trouver le moindre indice. Les agents de la Scientifique s’écartèrent dévoilant peu à peu la scène de crime. Il y avait une sorte de petit cagibi sous l’escalier. Pas la place de se tenir debout, pas de place pour s’y allonger. Cependant, le corps était là, recroquevillé sur lui-même dans une position qui montrait que les derniers moments de la victime devaient avoir été des plus désagréables. Castle se tourna vers Lanie.

- Il est mort par suffocation. Il lui a fallu environ trois quarts d’heure pour épuiser son oxygène et ses ongles sont cassés et ses doigts en sang à force d’avoir certainement tenté de gratter le bois pour se sortir de là.

Lanie montra le chambranle. Des bandes de chatterton couraient tout le long du côté extérieur de la porte. Castle comprit toute l’horreur de la scène.

- Quelqu’un l’a enfermé ici et à obstruer toute arrivée d’air possible ?

- C’est effectivement la première chose qui me vient à l’esprit.

- Pourtant le gars est du genre baraqué. Celui qui a fait ça doit être très costaud lui-même ou alors…

- Oui, d’accord, Castle, je vais vérifier s’il n’aurait pas été drogué.

- Autre chose ?

- On a fouillé ses poches et on a retrouvé son portefeuille. Il s’appelle Martin Way et a trente huit ans.

- Qui a découvert le corps ?

- En fait, intervint Esposito, quelqu’un  a appelé le 911 sans donner son identité mais c’était une voix d’homme.

- On a retracé l’appel ?

- Il a appelé avec le portable du mort.

Il montra le téléphone déjà emballé dans un plastique.

- Il était bien en évidence sur le plan de travail.

- L’assassin ?

- Possible.

Ryan entra à ce moment-là dans la cuisine.

- Tiens, Castle, je croyais que tu…

Devant le geste d’Esposito, il s’interrompit aussitôt mais cela n’empêcha pas Castle de le foudroyer lui aussi du regard. Ryan se réfugia dans la lecture de son calepin.

- Personne n’a rien vu.

- Et sa famille ? interrogea Castle.

- En fait, fit Esposito, il vit seul ici.

- Attends, mais c’est immense pour un célibataire !

- Divorcé, en fait.

- Ah. Et son ex vit où ?

- En Floride.  

- Des traces d’effraction ?

- Nada de nada.

Castle se tourna vers  Lanie :

- Autre chose ? Des marques de défense ?

- Aucune.

- Et à part le portefeuille, il y avait quoi dans ses poches ?

Lanie sortit le petit plastique transparent et le montra à Castle.

- Une dragée ?

L’absence d’effraction, le cadavre gisant dans le cagibi de sa demeure et maintenant cette dragée bleue pâle… Castle pensa que c’était une mauvaise, très mauvaise plaisanterie car il était évident que tout cela relevait d’une mise en scène programmée, décidée en tout point par l’assassin. Une mise en scène qu’il connaissait, qu’il avait déjà vue.

- Cela ne vous rappelle rien, fit-il à l’encontre de Ryan et Esposito.

- Quoi ?

- Ce cagibi, ce chatterton et surtout cette dragée?

- Non, répondit l’irlandais.

L’hispanique, quant à lui, secoua la tête en signe de négation.

- Bon, que vous n’aimiez pas lire, je trouve ça dommage, mais que même le cinéma ne vous intéresse pas !

 

 

Il y avait foule comme à chaque fois pour ce genre de mondanités. Il régnait un brouhaha incroyable dans cet ancien entrepôt reconverti en un des lieux les plus selects de New-York. Dans sa jeunesse où elle avait englouti séries et films, Kate Beckett  rêvait d’être une habituée de ce genre de soirée où réalisateurs renommés et acteurs célèbres se montraient devant des caméras et acceptaient de poser pour des magasines people. Et même en étant devenu ce qu’elle était devenue, elle gardait toujours au fond d’elle, un côté midinette capable de rester bouche bée de timidité devant une star qu’on lui présentait.  Elle n’avait pourtant plus à faire de complexes, elle était devenue une vedette elle aussi de part son travail, de part ses fréquentations, de part sa vie privée qui l’avait propulsée sur le devant des projecteurs. Mais elle commençait de perdre le goût de ces sempiternelles grandes messes médiatiques. Cela ne l’amusait plus autant. Cela parvenait même presque à la déprimer alors que le Champagne coulait à flots et qu’on venait la saluer et la noyer d’éloges dithyrambiques.

Elle prit machinalement la flûte qu’on lui tendit et s’en alla retrouver son père, accoudé un peu plus loin au bar devant un verre.

- Papa ?! fit la jeune femme.

- Ne t’inquiète pas, Katie, c’est un jus de fruits.

Elle lui sourit et déposa un baiser sur son front.

- Par contre, poursuivit Jim Beckett, tu devrais faire attention. C’est ta troisième flûte.

- Ne me dis pas que tu m’espionnes ?

- Je veille sur toi, comme tout père doit le faire de son enfant unique et aimé.

- Tu n’as aucune raison de t’inquiéter, je vais bien.

- Tu crois ça ? J’ai l’impression au contraire que tu t’ennuies mortellement et que quelque chose te tracasse depuis quelque temps déjà.

Elle voulut le détromper mais elle savait pertinemment qu’il ne croirait pas les paroles convenues qu’elle pourrait lui adresser. Alors, elle s’accouda aussi, si proche de lui que leurs bras se touchaient.

- Tu as raison. Je crois que je ne sens plus d’intérêt à ce que je fais. J’en ai assez. C’est déprimant de voir que les journalistes me posent toujours les mêmes questions ! Comment abordez-vous la résolution d’un crime ? En quoi la mise en scène est pour vous aussi importante que la découverte de l’assassin ? Qu’est-ce qui vous attire chez les meurtriers ?

- C’est la rançon de la gloire !

- Eh bien, un jour j’aimerais sortir de ce genre de banalités. J’aimerais quelque chose de nouveau.

- Katherine Beckett ? fit une voix derrière elle.

- Oui, fit-elle en commençant de se retourner, c’est pour quel journal ?

Elle vit face à elle un bel homme dans la petite quarantaine, cheveux bruns et yeux d’un bleu profond, qui lui présentait un badge.

- Lieutenant Richard Castle, NYPD. J’aurais quelques questions à vous poser au sujet d’un meurtre commis plus tôt dans la soirée.

La jeune femme resta interdite mais son père s’approcha de son oreille :

- Tu voulais autre chose ? Voilà, ça, c’est nouveau ! 


cathy24  (13.05.2014 à 17:23)

1ER CHAPITRE

 

Elle avait été amenée au poste, au 12th, et était assise dans la salle d’interrogatoire. Elle était intriguée mais dans le même temps, elle se disait que cela serait une expérience enrichissante pour elle : on venait la chercher pour un vrai meurtre. Un léger sourire s’esquissa sur ses lèvres en voyant le dénuement de la pièce et en remarquant face à elle cette fameuse glace sans tain indispensable à la plus petite parcelle de crédibilité  de tout bon film policier. Elle attendait patiemment depuis dix bonnes minutes quand le lieutenant Castle pénétra dans la pièce. Il resta debout marchant de long en large en regardant un dossier qu’il tenait en main. Kate Beckett portait ce soir là, une robe bleue qui dénudait entièrement ses épaules tandis que deux bretelles partaient du bustier pour se croiser dans le dos, cintrée si près du corps que toute sa silhouette était mise en valeur et si courte, qu’elle cachait peu de choses de ses interminables jambes. Malheureusement, Castle n’en avait que pour la paperasserie et ne lui accorda pas un seul regard.

- Katherine Beckett, réalisatrice de films, palmarès impressionnant malgré votre jeune âge. Je savais que vous aviez déjà eu affaire à la police mais j’ignorais toutes vos frasques un peu partout en Europe et en Amérique.

Beckett esquissa un petit sourire amusé et Castle poursuivit :

- On vous a retrouvé à califourchon sur un des derniers vestiges du Mur de Berlin.

- Premier long métrage, premier festival de cinéma : cela se fête !

- Nue, en février ?

- Oui, je sais, c’était stupide mais j’avais un peu bu et je n’avais pas l’impression qu’il faisait aussi froid que ça sur le moment. J’avais vingt trois ans à l’époque. J’ai choppé un sacré rhume.

- Deux ans plus tard, avec vos amis, vous avez ravagé une chambre du Carlton à Cannes.

- Ravagé ? Non. On a refait la décoration, c’est tout. Mais, j’ai payé tous les frais ensuite.

- A Central Park, vous avez semé une belle pagaille en reconstituant sans autorisation, avec des centaines de figurants, la bataille de Gettysburg !

- C’était pour faire plaisir au fils d’un ami, fan d’histoire. Mais ne vous sentez pas obligé de continuer d’égrener la liste, cela pourrait nous occuper un moment.

- Bien mais je note qu’à chaque fois, vous vous en êtes sortie avec juste une amende.

- Mon père a des amis haut placés.

- Parfait, fit-il en venant s’asseoir face à elle, mais ici vos contacts ne vous serviront pas.

Il baissa les yeux un moment, cherchant quelque chose dans la chemise cartonnée. Quand il releva la tête, elle ne put s’empêcher de prendre la parole.

- On vous a déjà dit qu’avec un physique comme le vôtre, vous pourriez faire du cinéma ?

- Ici, c’est moi qui pose les questions. On n’est pas sur un plateau de tournage où vous dirigez tout. C’est la vraie vie et cette salle n’est pas un décor de cinéma. D’accord ?

- D’accord, répondit-elle dans un murmure qu’elle s’efforça de rendre sensuel mais visiblement sans effet sur le lieutenant.

Elle rapprocha sa chaise de la table, y posa ses avant-bras et avança son visage autant qu’elle le pouvait de son interlocuteur parce qu’elle ne voulait perdre aucune de ses expressions : cela pourrait toujours servir pour son prochain film.

Castle présenta la photo de Martin Way prise sur la scène de crime et la présenta à Beckett.

- Cela vous rappelle quelque chose ?

Elle regarda attentivement le cliché et opina.

- Cela ressemble à un des meurtres dans « Noir sur blanc ». Mais cela n’a peut-être aucun rapport. Après tout, mon film n’est qu’un remake de « La mariée était en noir », le film de Truffaut.

- Sauf, que dans le film français, l’homme était blanc et que dans votre version, il est noir et qu’il avait ceci dans la poche droite de sa veste de costume, et, se faisant, il présenta le plastique contenant la dragée bleue.

- Vous vous y connaissez en cinéma. Il y a peu de personnes qui savent ce que mon film doit à celui de Truffaut.

Castle tira une autre photo de son dossier.

- Et voici Grace Rise. La copie conforme de la scène de meurtre du « Cercle de la mort ». C’est ce soir, en voyant le mode opératoire de l’assassinat de Way, que j’ai fait le rapprochement.

Beckett regarda étonnée hésitant entre fascination et écœurement. La victime, une femme entre trente cinq et quarante ans, était allongée sur un sol carrelé au milieu d’un ensemble de marques cabalistiques et d’un cercle tracé à la peinture verte autour d’elle. Mais Beckett voulut se sortir de son malaise par une pirouette.

- Bigre, vous êtes un inconditionnel de mon œuvre et elle lui sourit magnifiquement.

Il dut faire un effort gigantesque pour ne pas montrer à quel point ce sourire lui avait accéléré le rythme cardiaque mais elle prit son silence pour du désintérêt et poursuivit :

- Vous croyez que quelqu’un tue en copiant les meurtres de mes films ?

- Avez-vous reçu des lettres d’admirateurs, des lettres bizarres ?

- Un certain nombre, oui ! Cela va avec la célébrité.

- Vous pourriez nous les communiquer ?

- Bien sûr. Je suis ravie d’aider la police.

Elle regarda Castle droit dans les yeux et esquissa un sourire mais cet homme là, n’agissait pas comme tous ceux qui, en la voyant apparaître, essayait tant bien que mal d’attirer son attention. Au contraire, elle devinait qu’il aurait bien aimé ne jamais avoir eu cette conversation avec elle. Nul doute qu’il la jugeait sur ses débordements passés et qu’il ne lui accordait pas beaucoup de crédit. Quant il se leva pour quitter la pièce, elle prit un grand plaisir à le détailler des pieds à la tête. Il avait quelques années de plus qu’elle et cette petite quarantaine qu’il arborait, lui octroyait un charme fou. C’était la première fois qu’elle avait la sensation d’être devant un fruit très appétissant qui lui était malheureusement défendu. Elle aimait bien aussi ce côté distant qu’il arborait. Un côté distant et mystérieux. Etait-ce un genre qu’il se donnait ? Etait-ce sa nature profonde ? Beckett se disait qu’elle aimerait bien en savoir plus sur ce lieutenant.

Il était un peu plus d’une heure du matin quand elle rentra chez elle, un superbe loft à la décoration alliant  avec plaisir le moderne et le classique. Elle était lasse et se dirigeait vers la salle de bain pour se faire couler un bain quand elle aperçut de la lumière s’échappant de sa salle privée de projection. Elle s’avança. Sur le grand écran, de vieilles retransmissions de match de baseball.

- Eh papa ! Je pensais que tu dormais.

- Je voulais rester éveillé pour le cas où j’aurais du aller payer ta caution pour te faire sortir de prison, fit-il en se retournant.

Elle sourit et vint s’avachir dans le fauteuil en velours rouge à côté de celui de son père.

- Alors ? demanda-t-il devant son silence et il baissa le volume sonore.

- Il n’y a aucun doute désormais, je vais passer à la postérité.

- Comment ça ?

- Un malade a tué deux personnes en mettant en scène des meurtres de mes films. C’est signe de célébrité, non ?

- Ouais, c’est plutôt macabre !

Elle opina.

- Ils ont des pistes ?

- Pas encore. Demain, ils viendront chercher les lettres de fan. J’espère que cela les aidera.

- Et c’est le bel inspecteur qui va se déplacer ?

Elle poussa un soupir.

- Tu le crois ça, il ne m’a même pas adressé le moindre sourire, le plus léger regard en coin qui pourrait signifier qu’il était flatté, admiratif de m’avoir rien que pour lui dans cette salle d’interrogatoire. Rien. L’indifférence parfaite.

Jim éclata de rire.

- Tu es trop habituée à ce que tout le monde se pâme devant toi.

- Et tu ne trouves pas que je le mérite ?

- Tu sais que je n’apprécie pas beaucoup de te voir faire la une des journaux à sensation.

- Admets que je me suis calmée depuis quelque temps !

- Oui, fit-il en opinant, tu t’es un peu assagie. Tu prends de l’âge…

Il avait à peine terminée sa phrase que Kate lui fermait la bouche de sa main.

- Papa ! Eh ! Je n’ai que trente deux ans !

Jim Beckett parvint à se dégager et riait à gorge déployée. Ils se retrouvèrent rapidement dans les bras l’un de l’autre savourant un de ces moments de pure complicité entre eux. Il finit par embrasser sa fille avant de se lever.

- Je monte me coucher. Mais ne te culpabilise pas. Ce n’est pas de ta faute, ces morts.

 

Castle avait donné ses directives mais il était tard et les premiers éléments ne lui parviendraient que dans la matinée. Il récupéra sa veste en cuir marron avant de prendre la direction de l’ascenseur. Ce meurtre avait été un dérivatif en quelque sorte. Juste histoire de le détourner du début de soirée complètement raté avec sa petite amie du moment. Enfin, petite amie ! Ils venaient à peine d’entamer la seconde semaine de leur relation et déjà Castle n’était pas certain que cela aille bien plus loin. Pas que Gina ne soit pas une femme magnifique, intelligente, cultivée mais  voilà, elle était trop parfaite et il avait besoin d’un peu de folie dans sa vie. A peine quinze jours ensemble et elle devançait les moindres de ses désirs, les plus petites de ses suggestions. Elle s’effaçait toujours devant lui et si cela l’avait réconforté au début, il commençait de trouver cela pesant. Ils avaient rendez-vous en début de soirée. Ils devaient aller au cinéma puis au restaurant et cela devait finir certainement chez elle. Mais il s’était pointé avec plus d’une demi-heure de retard et la première chose qu’elle lui offrit fut un beau sourire pas même entaché de la plus petite contrariété pour l’avoir attendu. Rien, pas un seul reproche. Pas le plus petit mot là-dessus. Il avait des doutes plein la tête et il se disait, soit qu’il ne la méritait pas, soit qu’elle ne le supportait que parce qu’elle ne voulait pas le brusquer. Et Castle imaginait parfaitement Esposito et Ryan avoir glissé deux mots sur lui à Gina.  Il n’était plus en âge d’être à ce point ménagé. Surtout après ce qu’il avait vécu. Alors, il avait prétexté un appel pour s’échapper.

Il ouvrit doucement la porte de son appartement. Il alluma juste la lampe près de la penderie et dans cette semi-pénombre avança dans son logement. Parvenu au salon plongé dans l’obscurité, quelqu’un alluma subitement l’abat-jour le forçant à fermer brièvement les yeux.

- Ah ! C’est toi Richard ! fit la femme en se redressant et en rattrapant le plaid qui tombait.

- Bonsoir mère.

- Il est quelle heure ?

- Presque deux heures.

- Je croyais que tu ne rentrerais pas de la nuit.

- C’est ce que je croyais aussi.

- Gina ?

- Moi, plutôt.

Il vint s’assoir sur le canapé près d’elle.

- Tu veux en parler ?

- Non.

Il renversa sa tête en arrière sur le dossier du canapé et ses paupières se baissèrent ce qui ne l’empêcha pas de continuer la conversation.

- Et Alexis ?

- Elle dort.

- J’ai trop peu de temps à lui consacrer en ce moment.

- Ecoute, Richard ! Ne t’inquiète pas pour elle. Ta fille est très raisonnable, très intelligente et elle est parfaitement consciente que tu as besoin de sortir de temps à autre.

- Oui, mais, fit-il en se redressant, cela n’implique pas de l’abandonner aussi souvent.

- Allons, allons, elle aime quand elle te voit heureux parce qu’alors, lorsque vous êtes ensemble,  vous vous amusez comme des petits fous et elle a plus besoin de vivre ça avec toi que de te voir triste et déprimé.

- Je suppose.

- Bon, allez, fit Martha en se levant, je vais rentrer.

- Non, mère, fit-il en lui attrapant le bras. Il est hors de question que tu sortes si tard. Tu vas faire ce que je t’avais demandé de faire, tu vas prendre ma chambre.

- Et toi ?

- Le canapé sera parfait.

 

Cela faisait plus d’une heure qu’il était couché sur le divan mais le sommeil le fuyait. Inlassablement, les scènes des deux meurtres s’amusaient à envahir sa conscience. Il finit par se lever et aller farfouiller dans sa vidéothèque.


cathy24  (14.05.2014 à 18:20)

2EME CHAPITRE

 

Gina avait essayé plusieurs fois de l’appeler. A chaque fois, il n’avait pas voulu prendre la communication. Le mieux serait peut-être plutôt qu’il lui avoue qu’il préférait en rester là mais il était fatigué et il savait par expérience, qu’il devait éviter de prendre des décisions si brutales quand il était dans cet état. Quand Castle apparut quelques maigres heures plus tard au poste, Esposito et Ryan étaient déjà au travail. Il posa sur le bureau de l’Hispanique les DVD qu’il avait emmenés avec lui.

- Vous allez regarder tous ces films et étudier plus particulièrement les scènes de meurtre.

- Attends, là, tu veux qu’on se fasse un marathon de cinéma ? Sur les frais de la municipalité ? Je préfère les films de guerre mais je ne suis pas contre ce petit aparté dans le cadre de l’enquête.

- Moi, c’est plutôt le genre médiéval-fantastique qui me branche. Dommage que ce ne soit pas Peter Jackson qui ait été…

- Eh, intervint Castle, c’est du boulot, là ! Pas de l’amusement !

- Je sais, je sais, admit Esposito mais, les films de Beckett, c’est plutôt du polar intello, non ?

Ce faisant il regarda les jaquettes et leva les yeux vers Castle.

- Dis-donc, cela provient de ta collection ! Mais, tu es un vrai fan de cette réalisatrice…

- Ses films sont excellents et j’apprécie. C’est interdit ?

- Eh bien, à dire vrai, en rentrant chez moi le soir, je n’ai pas vraiment envie de regarder quelque chose qui me rappelle le travail.

- Oui, et moi, cela m’intéresse de savoir pourquoi quelqu’un a pris la peine de tuer deux personnes en suivant la mise en scène de ses films.

- Un fan obsessionnel qui veut rendre hommage à son idole, avança Ryan. Il suffit de faire le tour des psychiatres et on retrouvera notre fêlé.

Castle regagnait à peine son bureau, que son supérieur, Montgomery, sortait du sien. Mais ce qui accapara l’attention du détective, c’était que sur ses talons, son chef entraînait Kate Beckett.

- Qu’est-ce qu’elle fait là ? demanda Castle d’un ton vif, sans se préoccuper de la présence de la jeune femme.

- Eh ! Fit-elle, vous savez que je vous entends ?

- Ah oui ? Et alors, c’était trop fort, pas assez fort ? La prise n’est pas bonne, vous voulez qu’on la refasse ?

Les Bros arborèrent un immense sourire et s’approchèrent des protagonistes. Castle remarquant le mouvement de tête d’Esposito détaillant la morphologie de Beckett mise en valeur par un pantalon moulant et une veste déstructurée, échancrée juste  ce qu’il fallait pour inciter à plonger le regard dans le décolleté, le fusilla des yeux mais cela ne perturba pas l’Hispanique qui écarquilla les siens, visiblement très satisfait de cette vision.

- Dites, capitaine, fit-elle en prenant celui-ci à partie, il est juste grognon quand il a peu dormi ou c’est son état habituel ?

Montgomery parvenait difficilement à ne pas rire en voyant les yeux de Castle s’agrandir d’agacement difficilement contenu.

- Lieutenant, elle nous a apporté elle-même tout son courrier de fan.

- J’avais dit que j’enverrai quelqu’un le récupérer.

- Oui, mais, enchaîna-t-elle, je voulais voir si vous aviez progressé dans l’enquête. Selon votre charmant et compréhensif supérieur, apparemment pas.

- Ah oui ? Et Castle était de plus en plus excédé, il faut dire que nous profitons de nos nuits pour dormir, pas pour écumer tous les lieux branchés de New-York, parce que les lendemains, voyez-vous, nous travaillons.

- Castle ! vitupéra Montgomery, je vous prierais d’être courtois avec Mademoiselle Beckett. D’autant plus qu’elle a offert son aide et que j’ai acceptée.

- Quoi ? On n’a pas besoin d’elle.

- Figurez-vous qu’elle pourrait peut-être vous apporter des éléments importants concernant les scènes de crime. Après tout, qui mieux qu’elle pour en parler ? Et j’ai trouvé cette idée intéressante.

Castle s’apprêtait à répondre quand son téléphone sonna. Il décrocha en lançant un « Castle » colérique et en fusillant Kate Beckett du regard. Après quelques instants, il écrivit une adresse sur un papier, lança un « on arrive » et raccrocha.

- Un nouveau cadavre.

Il fit signe à Esposito et Ryan de le suivre et se dirigeait déjà vers l’ascenseur.

- Lieutenant ! fit Montgomery.

Castle se retourna.

- N’oubliez pas d’emmener votre consultante.

 

Il avait décidé de rester muet tout le long du chemin. Il était agacé. D’abord que quelqu’un d’extérieur à la police s’immisce sur ses plates-bandes. On n’appréciait déjà pas entre flics quand d’autres services interféraient, alors, un civil ! Et de plus, pas n’importe quel civil ! Quelqu’un qui traversait la vie comme si tout n’était qu’une vaste mise en scène, qui jouait là-dessus autant dans son métier que dans sa vie privée. Quelqu’un qui allait se divertir à enquêter.

De son côté, Kate Beckett s’amusait de la réaction du lieutenant et elle ne cessait de le regarder, un perpétuel mince sourire dessiné sur ses lèvres. Si bien, que cela finit par exaspérer Castle malgré son désir profond de ne pas ouvrir la bouche.

- Quoi ?

- Quoi, quoi ? répliqua-t-elle.

- Pourquoi me fixez-vous ?

- J’essaie de deviner toutes les pensées qui s’agitent sous votre front.

- Vous vous fichez de moi, c’est ça ?

- Absolument pas !

- Alors, écoutez : Montgomery vous a mis dans mes pattes, je n’apprécie pas mais j’obéis à mon supérieur. Je vous demanderais de rester à l’écart, d’être la plus discrète possible et de ne pas perturber le cours de l’enquête.

- Je suis là pour vous aider.

Il eut un léger ricanement.

- Eh ! fit-elle, je travaille rigoureusement mes scènes de crime.

- Du cinéma tout ça !

-  Ne soyez pas de mauvaise foi ! Vous savez très bien que je peaufine les détails.

- Encore faudrait-il que j’aie vu vos films pour m’en rendre compte.

Elle éclata de rire.

- Vous voulez jouer à ça ? C’est bien, comment s’appelle-t-il ? Espo… Oui, Esposito qui a remarqué que les DVD sortaient tous de votre vidéothèque.

- Ce sont ceux de ma…

Une moto que Castle n’avait pas vu arriver, doubla la voiture, se rabattit et freina brusquement au feu juste devant lui. Il dut faire une légère embardée pour l’éviter  ce qui lui évita de mentir à la jeune femme et à la place, il proféra un juron. Beckett, de son côté, n’eut pas le temps de se protéger et sa tête heurta violemment la vitre de côté.

- Aïe ! Eh bien, fit-elle en se frottant l’arrière du crâne, vous arrivez à les garder en vie combien de temps vos partenaires ?

Il lui jeta un regard si noir qu’elle ne put s’empêcher d’éclater de rire.

- Au moins, je vous amuse, répliqua-t-il en redémarrant au feu passé au vert.

 

La porte de l’appartement était ouverte en grand et quelques curieux tentaient d’apercevoir ce qui se passait à l’intérieur. Castle demanda à l’agent en faction de faire évacuer le couloir.

En pénétrant, la première chose qui le frappa  était que comparativement aux autres scènes de meurtre, des traces de sang maculaient entièrement sol et murs. De larges trainées comme si on avait passé un rouleau enduit d’hémoglobine dans la pièce. Il avançait toujours, avec précaution pour éviter les petits cavaliers qui étaient disséminés un peu partout. Après le meurtre de Grace Rise où seuls quelques indices avaient été laissés bien en évidence à l’intérieur du cercle, après celui de Way qui n’avait recélé que cette dragée, voilà que ce dernier offrait toute une kyrielle de traces. La police scientifique était à l’œuvre. Castle aperçut Lanie accroupie devant une chaise. Le corps était là, de dos à la porte, les bras attachés en arrière.

- Vous restez là, ordonna-t-il à Beckett tandis qu’il continuait d’avancer.

Quand il fit le tour, il se figea un moment, surpris par la violence de ce qu’il voyait. Malgré son expérience, il ne put empêcher ses yeux de se fermer un instant. La victime, un homme qui devait avoir entre quarante et cinquante ans, avait la veste de costume et la chemise ouverte. On apercevait aisément les multiples traces de coup de poignard dans la poitrine et le ventre. Et d’une entaille qui allait du sternum au nombril, les entrailles pointaient en bordure de la plaie béante.

- Dis-moi qu’il était déjà mort avant qu’on le dépèce ainsi ? demanda-t-il, en s’accroupissant à son tour.

Lanie fit une moue dubitative.

- Pas d’autre trace apparente. Il me faut d’abord l’autopsier pour te répondre avec certitude.

- D’accord. Sinon, il a été attaché avant ou après l’agression?

- Je t’en dirais davantage plus tard mais je penche pour après. Les ligatures sont à peine marquées sur la peau.

- Depuis combien de temps est-il mort ?

- A première vue, je dirais entre quatre et six heures.

Il y eut un léger cri dans leur dos. Ils se retournèrent pour voir Beckett les yeux agrandis et la bouche ouverte devant ce qu’elle regardait. Castle se releva mais ce fut dans un geste protecteur qu’il se plaça entre elle et le cadavre.

- Je vous avais dit de rester là-bas.

- Je sais mais…

Il la prit par le coude et la força de s’éloigner un peu.

- « Rouge-mort » ?

- Je crois aussi, répondit Castle.

Esposito lui fit un petit signe. Avant d’aller le rejoindre, il donna le conseil à Beckett d’aller les attendre dehors mais il avait à peine le dos tourné, que la jeune femme revenait à hauteur de Lanie.

- Vous êtes ? fit la légiste en la voyant se positionner à ses côtés.

- Kate Beckett.

- La réalisatrice ?

- Oui, c’est ça.

- Vous savez que vous avez un don incroyable pour embellir la mort ? J’adore la façon dont la caméra détaille les…

- Beckett ! s’exclama Castle en s’approchant de nouveau, je vous avais demandé de sortir.

- Conseillé, rectifia la jeune femme et ne vous inquiétez pas, je me…

Les premières notes de la toccata de Bach retentirent. Beckett porta rapidement la main droite à la poche de sa veste, en retira un portable et s’éloigna vers la porte qu’elle franchit en parlant à son interlocuteur.

- Eh bien, elle a vite repris ses esprits ta protégée, reprit Lanie avec une pointe de malice dans le regard.

- Ce n’est pas ma protégée et je me passerais bien de l’avoir dans les pattes.

- Oh, ne me dit pas que physiquement, elle te laisse indifférent !

- Lanie !

- Quoi ? Elle est superbe, non ?

- Oui et bien le sujet n’est pas là. Quand tu en sauras plus, tu m’appelles.

 

Dans le couloir, il retrouva Beckett qui venait juste de raccrocher.

Esposito et Ryan arrivaient à leur tour.

- Alors ?

- Il s’appelle Miguel Mendoza, fit l’Irlandais. Comme pour les autres, les voisins n’ont rien vu et rien entendu.

- La famille ?

- C’est sa femme qui a découvert le corps. Elle revenait avec ses enfants d’une soirée anniversaire chez une amie et ils ne sont rentrés que ce matin. Elle est totalement effondrée.

- Bon, fit Beckett,  que fait-on en attendant d’avoir les premiers rapports d’autopsie ?

- Eh bien, poursuivit Esposito amusé, à vous de nous le dire.

Castle se détourna pour dissimuler son envie de sourire.

- Ah ! Vous voulez me tester ?

Devant les regards de ces trois hommes qui attendaient, elle arbora un magnifique sourire.

- Alors… heu !...

- Vous disiez ? demanda Ryan.

- Bon d’abord, se reprit la jeune femme, il faut interroger les proches, leurs collègues de travail, puis obtenir leurs relevés téléphoniques, connaître tous leurs derniers déplacements, analyser leurs comptes bancaires,…

- Stop, stop ! fit Esposito.

- Les gars, vous avez entendu la dame ? Fit Castle. Au boulot.

Les Bros s’éloignèrent.

- Et nous ?

- On retourne au poste et on se plonge dans la littérature de vos fans.

 


cathy24  (15.05.2014 à 18:57)

3EME CHAPITRE

 

Dans la salle de réunion, gants de chirurgien de couleur bleue enfilés, ils avaient déjà écumé tout un carton de prose souvent indigeste. Rien de particulier. Castle proposa de faire une pause et alla chercher deux cafés. Il en tendit un à Beckett qui, après avoir remercié le lieutenant, en avala une gorgée. Un haut-le-cœur la fit se lever brutalement. Elle fit le maximum pour se maitriser et retenir en elle ce breuvage qui ne demandait qu’à ressortir. Cela se termina dans une incroyable grimace.

- Bon sang, vous voulez m’empoisonner ou quoi ?

- Je sais, il n’est pas fameux.

- Pas fameux ? C’est le pire café que j’ai bu de ma vie.

- Et plus vous mettez de sucre, plus cela empire.

- Vous êtes tous courageux ici de carburer à ça, lança-t-elle en se rasseyant.

Pour la première fois, elle réussit à faire naître un léger sourire sur les lèvres de Castle et leurs regards s’alpaguèrent. Comme par surprise d’abord. Puis parce qu’ils s’y trouvaient happés, presque malgré eux. Ensuite parce qu’ils cherchaient à comprendre ce qui les y retenaient ainsi.

Ce fut Castle qui eut la volonté nécessaire de se détacher des magnifiques yeux de la jeune femme. Ces deux cartons qu’ils avaient encore à éplucher étaient l’alibi parfait.

- Pourquoi gardez-vous tout ça ? Certaines lettres sont intéressantes mais la plupart sont d’une platitude…

- Je dirais que c’est par pure vanité. Quand mon premier film a fait le succès que l’on sait, je n’étais pas certaine de parvenir à réitérer cet exploit. Alors peu m’importait que tout ce courrier soit des chefs d’œuvre d’écriture, ils étaient la preuve que j’avais réussi à un moment à plaire au public. Disons que je les garde en prévision des jours où mes films ne trouveront plus grâce auprès de personne.

- Je ne vous imaginais pas aussi…

- Réaliste ? Eh bien si. Dans le milieu du cinéma, vous êtes une star un jour, vous n’êtes plus rien le lendemain. Il faut apprendre à se blinder. Mais qui sait, je pourrais me reconvertir dans la police, qu’en pensez-vous ?

Il lui sourit une fois encore.

- Quoi ? Poursuivit-elle.

- Eh bien, vous avez peut-être trop d’imagination pour ce boulot.

- Ah bon ? Eh vous, alors, pourquoi êtes-vous devenu flic ?

- Pour arrêter les méchants, répondit-il pour tenter de mettre fin à cette discussion.

Elle se cala au fond de sa chaise et le regarda intensément tandis qu’il s’était remis à la lecture du courrier.

- Je crois, continua-t-elle, que quelque chose a décidé pour vous.

- Quand je dis que vous avez trop d’imagination pour être flic ! Ici, on ne cherche que des faits.

- Mais cela n’empêche pas d’avoir une histoire.

Castle se recula sur sa chaise, leva ses bras et mit ses mains en coupe derrière sa tête qu’il y laissa reposer.

- Vous voulez jouer à ça ? D’accord ! Alors, c’est quoi la mienne ?

Kate Beckett eut un magnifique sourire, avança son corps au bord de la table sur laquelle elle posa ses avant-bras et entrelaça ses doigts.

- Quelqu’un comme vous, intelligent, bien fait de sa personne, je vous verrais plus en procureur et pourquoi pas postulant pour une carrière politique. Vous feriez un ravage auprès des électrices.

- Intéressant !

- Vous aviez les capacités pour envisager cela. Malheureusement quelque chose de grave est survenue.

Il était difficile de savoir si elle se rendait compte que peu à peu Castle perdait de sa superbe et que le léger sourire qui s’était dessiné sur ses lèvres quand il s’était proposé à ce jeu, s’estompait progressivement. Ses mains glissèrent et il croisa les bras dans un geste d’autoprotection en attendant que Beckett ait terminé.

- Quelque chose qui a touché un de vos proches. Quelque chose dont vous n’avez toujours pas guéri. Peut-être parce que vous n’avez pas obtenu de réponse satisfaisante. Mais cela a changé tout le cours de votre vie.

Castle cessa de regarder Beckett, entreprit de s’attaquer au second carton.

- Bien joué mais de toute façon, vous ne me connaissez pas.

Elle eut un infime sourire contrit :

- On a chacun une histoire qui fait que l’on est devenu ce que l’on est. Et puis, rajouta-t-elle d’une voix plus enjouée pour clore ce jeu qui étrangement les mettait subitement mal à l’aise tous les deux, cela fait partie de mon boulot de construire des parcours de vie à partir de parcelles d’éléments.

Castle venait de retirer une lettre d’une nouvelle enveloppe, la déplia et resta un moment immobile avant de lancer triomphant :

- Je crois qu’on tient quelque chose, en montrant le dessin griffonné sur le papier.

Beckett après avoir jeté un rapide coup d’œil, planta son regard vert dans celui de Castle.  Ils communiquèrent en silence leur joie d’avoir découvert une possible piste. Ils étaient visiblement bien, très bien dans ce contact visuel car ils ne cherchaient pas à s’en détacher même s’ils ressentaient chacun de leur côté la nécessité de s’en retirer suite à cette étrange gêne qui naissait mais les soudait dans le même temps. Ils ne savaient s’ils devaient savoir grâce à Esposito ou au contraire le maudire quand il entra dans la pièce annonçant qu’ils avaient trouvé le point commun entre les trois victimes. Castle se leva en premier, récupéra une poche plastique, plia la lettre et l’y glissa à l’intérieur puis, accompagné de Beckett il suivit Esposito dans la grande salle qui les mena devant un tableau blanc.

Il y avait là, magnétisé contre le support, les photos de visages souriants de personnes qui avaient été heureuses à ce moment précis de leur vie, des trois victimes, puis de la position macabre dans laquelle chacune avait été retrouvée. Les noms, les dates et des heures approximatives de leurs morts. Quelques détails complémentaires comme leurs adresses, leurs professions, leurs lieux de travail, leurs situations matrimoniales. Un nom était marqué au marqueur rouge : Little Chicago.

- Alors ? demanda Castle.

Ce fut Ryan qui enchaîna.

- Leurs domiciles respectifs sont assez éloignés les uns des autres. Par contre, ils travaillent tous dans un rayon de cinq cent mètres. En épluchant leurs comptes, on est tombé pour Martin May et Grace Rise sur des paiements effectués par carte,  régulièrement, dans le même restaurant.

- Et Miguel Mendoza ?

- J’ai appelé le Little Chicago, un restaurant de l’Upper West Side, répondit Ryan, en tapant son index sur le nom inscrit sur le tableau et il s’avère que Mendoza était aussi un habitué des lieux.

- Bon travail, fit Castle. Il ne reste plus qu’à obtenir la liste des habitués. Je vais sur place pour la récupérer et poser quelques questions supplémentaires.

- Stop ! Attendez-là !  

Ils se figèrent prêts à écouter ce qu’elle avait à dire.

- On est à l’heure de l’informatique ! Des geeks ! C’est quoi ce tableau blanc ?

- Pardon ? demanda Esposito.

Elle venait de prendre un air incrédule.

- Ne me dites pas que c’est cela, et elle indiqua le tableau, votre base de données croisée !

- Et pourquoi pas ? Demanda Castle en avançant vers elle.

- Mais, et Kate Beckett éclata de rire, mais, c’est ridicule votre truc là ! On se croirait dans un bureau de police des années soixante dix.

- Et vous, vous vous croyez dans un de vos films à gros budget avec effets spéciaux à volonté ? Répliqua-t-il.

- Alors là, reprit-elle, en pointant l’index dans sa direction, c’est stupide.

- Ah bon ?!

- D’abord, parce que mes films ont des budgets somme toute raisonnables et ensuite, je n’abuse pas des fonds verts.

- Et si nous parlions de cette course poursuite de seize minutes dans…

- Ah ! Ne dites pas qu’elle ne vous a pas fait réagir sur votre siège !

Et elle esquissa un grandiose sourire avant de continuer :

-  Je suis certaine que vous étiez prêt à accélérer, freiner, tourner à droite, faire un tête à queue comme mon héros !  Je vous ai scotché alors que vous, en bon flic qui se veut dans les règles, pour aller sur la scène  de crime de Mendoza, vous m’avez conduit à un train de sénateur, vous avez respecté les limitations de vitesse, vous n’avez pas mis votre gyrophare pour passer aux feux rouges. C’est… pathétique !

- Pathétique ?

Et il s’approcha d’elle, si près que Ryan s’avança, décidé à intervenir s’il le fallait.

- Pathétique ! Répéta-t-il. Non, mais redescendez sur terre. Ici c’est la vraie vie avec de vrais meurtres et du vrai sang. Mais si cela se dérange, vous pouvez toujours rentrer chez vous, je ne vous retiens pas.

- Oh, non ! S’exclama-t-elle en faisant le dernier pas nécessaire pour qu’ils soient presque à se toucher. Je vous suis jusqu’au bout de cette enquête. Cela m’intéresse de voir concrètement comment on travaillait à l’époque de la préhistoire. Et puis, un œil de femme moderne ne vous fera pas de mal, c’est  saturé de testostérone ici.

Castle serra les dents au maximum, avança une main pour  la prendre par le bras et la mener directement à l’ascenseur mais il croisa, de l’autre côté de la vitre, le regard courroucé de Montgomery. Alors, il stoppa son geste et à la place, confia à Ryan le plastique renfermant la lettre.

- Les empreintes, pour le plus tôt possible, souffla-t-il.

- Ils sont débordés à la Scientifique. On n’aura certainement rien avant de nombreuses heures ou demain dans la matinée.

Castle, coutumier du fait, fit un vague geste de la main, se retourna une fois de plus, décidé enfin, à emprunter l’ascenseur puis, se ravisa, et invita Beckett à passer devant lui. Mais elle avait saisi son portable, cherchait une fiche dans son répertoire et mettant l’appareil ensuite à son oreille, lança à Castle qui attendait :

- Je vais vous arranger ça.

Et alors que Castle fermait les yeux et poussait un soupir de rage, Beckett venait d’obtenir son interlocuteur.

- Allo, John ! C’est Kate ! Comment vas-tu ?...

La réponse lui provoqua un petit éclat de rire.

- Le patron est là ? Tu peux me le passer ?... Merci.

Elle obtura quelques secondes le microphone, juste pour annoncer triomphante, à voix basse :

- Le maire est un ami.

Castle se détourna, furieux, et comme déboussolé, fit deux pas vers son bureau.

- Cette fille a le numéro du maire dans son portable ? Fit Esposito tout sourire. Décidemment, ces gens du show-biz ne sont pas comme nous.

- Bob ! Bonjour, c’est Kate ! Comment vas-tu ? Et elle s’éloigna pour poursuivre la conversation.

- Eh Castle, continua Esposito, tu crois qu’elle pourrait nous avoir un écran tactile avec toutes les applications qui vont avec ?

- Et pourquoi pas une Bat mobile, aussi ? Répondit à cran le détective.

- Ce serait chouette, oui, renchérit Ryan.

- La ferme, vous deux. Vous avez du travail, je crois.

- Oh, pas de bonne humeur, poursuivit Ryan cependant. Viens Espo, on va laisser la pression retombée et tous les deux s’éloignèrent de quelques pas, un grand sourire aux lèvres.

Beckett revenait à ce moment-là annonçant qu’ils auraient les résultats dans deux, trois heures tout au plus.

Dans l’ascenseur, Castle ne décolérait pas.

- Vous savez qu’il y a des collègues qui attendent depuis plus longtemps que nous pour avoir leurs résultats?

- Ah, c’est cela qui vous choque ? Ce passe-droit ?

- Oui, cela me choque, effectivement.

- Ouah ! Là, je vous ai vexé. Parce que je fais ce que vous n’avez jamais osé faire.

- C'est-à-dire ?

- Prendre quelques libertés avec la bienséance. Je suis persuadée que vous n’avez jamais passé une seule journée sans vous raser, que vous n’êtes jamais resté une journée vautré sur votre canapé devant des programmes de télévision débiles, que n’avez jamais eu une seule contravention, que vous traversez toujours sur les passages protégés, que vous n’avez jamais rien fait d’illégal. Peut-être même que vous n’avez jamais embrassé une fille en public. Le parfait petit flic, bien dans son rôle de défenseur de la morale.

- Oui eh bien, il vaut effectivement mieux que de nous deux, je sois celui qui porte le flingue.

Kate Beckett pinça les lèvres au maximum mais ne put cependant empêcher un petit gloussement sonore de s’échapper.

- C’est certain, réussit-elle enfin à dire, de nous deux, c’est bien vous qui êtes équipé pour tirer.

Castle venait de comprendre l’allusion et se mordit l’intérieur de la joue. A cet instant précis, il ne lui tardait qu’une seule chose : trouver au plus vite l’assassin pour être débarrassé de ce trublion qui le mettait mal à l’aise.

 


cathy24  (16.05.2014 à 18:55)

4EME CHAPITRE

 

De nouveau Castle s’enferma dans le mutisme mais Beckett ne supportait pas de rester ainsi, silencieuse, dans l’habitacle clos et restreint de la Crown Victoria. Cette voiture devait bien avoir au moins douze ans, l’intérieur était vieillot même s’il était propre et bien entretenu. Les amortisseurs laissaient à désirer et avalaient mal les imperfections de la chaussée. Beckett se demandait comment Castle pouvait circuler toute la journée à bord de ce véhicule sans être bloqué du dos.  

- Allez, fit-elle en signe d’apaisement, si on arrêtait ces chamailleries ? On va travailler ensemble pour arrêter un salopard. C’est excitant, non ?

- Oui et on va tout mettre en œuvre pour l’appréhender au plus vite et ainsi, je ne vous aurais plus dans les pattes.

- Vous allez voir que je vais tellement vous épater que vous viendrez me supplier de continuer de travailler avec vous.

- Vous vous faites sacrément… votre cinéma, là ! fit-il en s’accompagnant d’un petit sourire.

- Très drôle ! Monsieur le Grognon a de l’humour ! Qui l’eut cru ! J’adore ! Vous voyez, poursuivit-elle, c’est pour cela qu’il faut que je reste à vos côtés, je suis persuadée qu’il y a des tas de choses à découvrir sur vous.

- Fichez-moi la paix. Je ne vous ai rien demandé.

- Non, mais je crois que vous êtes en train de m’inspirer.

- Taisez-vous sinon je vous fais descendre tout de suite et je me moque totalement de l’avoinée que pourrait me passer mon chef.

Beckett se repositionna correctement sur son siège et regarda la route. Elle était satisfaite. Parce qu’elle venait de comprendre que ce Richard Castle, un étrange mélange de compétence professionnelle et de mauvaise humeur chronique, du moins avec elle, pourrait bien lui tracer la voie d’un nouveau style de personnage pour elle. Autre que des génies en informatique. Autre que des analystes hors pair de données sensibles. En finir avec ces films politico-sociologiques d’espionnage qui posaient des questionnements sur la société à la Big Brother qu’elle explorait sans relâche depuis cinq films. Avec des personnages si sombres, si déshumanisés, que dans le milieu du cinéma on la surnommait la Sorcière de l’Obscurité. En revenir, à quelque chose de plus simple où un simple tableau blanc pouvait remplacer satellites, puissants outils informatiques, drones, surveillance high-tech et QI de cent trente. La complexité dans l’humain. Dans le cœur. Quelque chose qui lui permettrait de reprendre son souffle et de trouver de l’oxygène ailleurs que dans les soirées et des débordements nocturnes auxquels elle était habituée et qui lui servaient de soupape. C’était un challenge, un bon, un beau challenge et cela la sortirait de cette baisse de flamme qu’elle accusait depuis plusieurs mois.

Castle gara la voiture deux rues plus loin et  ils firent à pied les derniers mètres qui les séparaient du restaurant.  Dès le seuil franchi, ils se crurent dans un de ces endroits très branchés qui suscitaient tant d’articles dans certains journaux et tant de snobismes chez les élites intellectuelles de la ville. Murs, sols, plafond, tout était blanc. En plein centre de la pièce, trônait le bar circulaire, une masse teinte dans une laque noire qui brillait sous l’effet de quelques spots envoyant sur cette surface plane le cru de lumières froides. Pour s’en approcher, on croyait s’engager dans un labyrinthe aux parois délimitées par des structures d’environ un mètre cinquante de haut qui n’étaient en fait que les dossiers de sièges fixés au sol, imitant et ayant le même aspect froid que le carrelage. Seules, les tables de la même matière et teintes de la même laque que le bar, offraient un contraste saisissant, glacial et angoissant au client qui franchissait la porte.

- Voilà bien le dernier endroit où je voudrais venir passer une soirée, marmonna Castle.

- Cela va peut-être vous étonner, mais moi aussi.

- Pourtant, il n’y a plus une place de libre.

Beckett jeta un coup d’œil à la carte dressée sur pied à taille d’homme.

- Les prix sont corrects.

Le portable de Castle sonna. Quand il vit le nom qui s’affichait, il interrompit l’appel entrant sans répondre sous le regard amusé de Beckett. Le détective cherchait une personne à laquelle s’adresser quand il fut abordé par un jeune homme, d’environ vingt cinq ans.

- Madame, Monsieur, bonjour. Avez-vous réservé ?

- Pas besoin. Détective Richard Castle, NYPD, dit-il en sortant son badge. Je voudrais parler à votre patron.

 

Ils furent menés de l’autre côté de ce décor sans âme et là, c’était un bureau à l’ambiance  parfaitement chaleureuse qui leur fut ouvert. Dans un fauteuil de style classique anglais, un homme d’une quarantaine d’année, sirotait un café, écouteurs sur les oreilles. Il leur fit signe d’approcher puis il posa sa tasse et retira le casque.

- On m’a dit que la police désirait me voir. C’est à…

Le patron se leva d’un bond et se précipita vers eux.

- Hey! Pas possible! Castle! Richard Castle! Ҫa alors!  

Il prit le détective dans ses bras et lui octroya une franche accolade.

- Comment vas-tu ?

Le regard du détective montrait de l’incompréhension.

- D’accord, je comprends, tu ne te rappelles pas de moi. Fuego ! Fuego Dantes !

Le visage de Castle s’éclaircit.

- Oui, je sais fit Dantes, j’ai pris du poids, je commence à me dégarnir pas mal sur le crâne. Par contre, toi, toujours aussi playboy. Ҫa fait un bail ! Combien d’années ?

- Dix-huit ans environ.

- Dix-huit ans ! Bon sang, comme le temps file !

Beckett regardait la scène avec amusement mais agacement aussi quand elle remarqua que le dénommé Dantes ne lui octroyait pas la plus petite attention.

- Alors comment es-tu devenu flic ? C’était toi le plus doué de nous tous avec… Comment s’appelait-elle déjà ?

- Le plus doué, certainement pas, répondit Castle en éludant les questions. Mais toi ? Aux dernières nouvelles, tu avais intégré le plus grand cabinet d’avocats d’affaires de Manhattan.

- C’est une histoire toute simple, mais, et il accompagna ses propos d’un geste de la main, si nous nous asseyions pour en discuter. Toutefois, auparavant, j’apprécierais que tu me présentes ta coéquipière.

- Kate Beckett, mais elle n’est que consultante. Raconte, alors.

Castle et Beckett s’assirent côté à côté sur le canapé lui aussi de style anglais. Ils déclinèrent quand Fuego leur proposa quelque chose à boire. Celui-ci se lança alors dans l’explication de son changement de parcours professionnel. Avec un plaisir évident de raconter par le menu toutes les différentes étapes de sa reconversion : son passé d’avocat ne lui avait pas ôté le plaisir des mots et des développements structurés. Mais il possédait un vrai talent narratif et Castle et Beckett se laissèrent porter par son explication. Elle n’avait en soi rien d’extraordinaire. Un homme qui s’était rendu compte suffisamment tôt que sa vie lui échappait à travers toutes ces affaires où l’unique finalité était de satisfaire une clientèle toujours plus avide et toujours plus insatisfaite. Bien sûr qu’il avait un compte en banque hyper pourvu, bien sûr que son carnet d’adresses regorgeait des numéros de tout le gotha de la finance et des affaires. Mais, il s’était rendu compte que son seul plaisir de la journée était cette heure qu’il s’octroyait au petit restaurant à deux pas de son bureau à discuter avec des anonymes qui lui apportait le parfum de la vraie vie, tant soit peu que vivre à New-York et travailler à Manhattan était la vraie vie. Mais ces gens avaient une vie privée stable, femme, mari, enfants, des petits plaisirs et des petits bonheurs. Alors, il avait décidé de tout plaquer pour ouvrir ce restaurant. D’aspect suffisamment branché pour intéresser les snobs en tout genre et de suffisamment bon marché pour permettre le brassage des milieux sociaux. Et il ne regrettait pas son choix. Il était heureux ainsi. Grâce à cet endroit ouvert depuis cinq ans, il avait rencontré sa femme, Beatrix, et avait une petite fille adorable.

- Et toi ? demanda-t-il à Castle.

Une fois de plus, le détective répondit par une pirouette.

- Nous enquêtons sur un triple homicide. Nous avons trouvé un point commun entre toutes les victimes : elles semblent des habituées de ton restaurant.

Alors, il présenta les photos à Dantes en lui communiquant leur identité.

- Oui, oui, on a déjà confirmé tout ça à ton collègue au téléphone pour Rise et Mendoza. Ils venaient plusieurs fois par semaine, le midi. Quant à Way, c’était plutôt le soir qu’il mangeait ici.

- Souvent ?

- Une à deux fois par semaine.

- Way ne pourrait pas avoir croisé Rise et Mendoza ici alors ?

- Oh, pas impossible ! Cela leur arrivait de passer de temps à autre le soir également. Plus rarement.

- Ils se connaissaient ?

- Pas que je sache. Mais, tu sais, je ne suis pas souvent en salle. Je peux demander à Felipe.

Le jeune homme qui les avait accostés dans la salle à leur arrivée, leur affirma qu’il ne les avait jamais vus ensemble et qu’ils ne devaient pas se connaître. Avant que Castle ne le renvoie, Beckett intervint.

- Et avec qui mangeaient-ils alors ?

- Le midi, c’était des collègues apparemment. Le soir, ils étaient toujours seuls.

- Vous ne trouvez pas étrange justement qu’au lieu de rentrer chez eux, ils passent ici d’abord ? poursuivit-elle.

- Oh vous savez, ils sortaient parfois tard de leur bureau. Je suppose qu’ils voulaient juste se restaurer rapidement avant de rentrer chez eux.

- Et rien de particulier à dire ? Renchérit Castle. Un changement d’humeur, une rencontre fortuite, des échanges avec une personne en particulier ?

Felipe rassembla ses souvenirs mais une moue dubitative fut la seule réponse qu’il présenta. Il quittait déjà la pièce quand il s’immobilisa sur le seuil.

- En fait.., commença-t-il avant de se retourner, ils étaient seuls à leur table mais le soir, la population qui fréquente le restaurant est différente. On a plus d’artistes, de bohêmes, d’excentriques.

- Et alors ? Rebondit Castle.

- On a un client très cinéphile, très branché thrillers et polars et qui ne vit que pour se constituer la vidéothèque référence en la matière. Et il semble vouloir faire de son quotidien, un terrain de jeu grandeur nature.

- Qu’entendez-vous par là ?

- Il essaie d’imaginer la vie et les secrets de toutes les personnes qu’il croise en s’attardant sur le plus petit détail de leur habillement, de leurs faits et gestes. Il ne semble pas méchant mais assez dérangé quand même. Il est souvent incohérent dans ses propos et passe de table en table prévenir de se méfier de tout et de tous. Parfois avec un nouveau client, il se lance dans une discussion technique sur tel ou tel film, tel ou tel bouquin. Pas méchant mais…

- …fêlé, résuma Beckett.

Elle jeta à Castle un regard qui exprimait à quel point elle était ravie d’avoir cerné cet inconnu, mais elle ne vit pas le même contentement dans celui du détective. C’était bien davantage une sorte de carton jaune qu’il lui adressait.

- Je crois bien. Mais si vous voulez des détails que personne ici n’aura remarqués, si vous parvenez à l’apprivoiser, c’est à lui que vous devez vous adresser.

Felipe ne connaissait pas son nom, il savait juste qu’il habitait dans le secteur et qu’il payait toujours en numéraire par méfiance.

- Quand pouvons-nous le trouver ici alors ?

- Il vient irrégulièrement mais il passe toujours au moins deux fois par semaine.

- Et la dernière fois ?

- Il y a trois jours.

 

Ils venaient juste de sortir du restaurant quand Lanie Parish joignit Castle. Elle venait de terminer ses premiers examens et voulait lui communiquer le résultat de ses observations.  Beckett s’attendait à enfiler des protections multiples et variées avant de passer dans la salle d’autopsie. Mais non, là, Castle poussa simplement la porte battante et la guida.

- Qu’est-ce qui ne vous convient pas encore ? fit Castle en voyant la tête de sa consultante

- Eh bien, cet endroit… Il manque totalement de…

- De quoi ?

- Je ne sais pas, c’est si… quelconque.

Il était évident que Castle s’apprêtait à répondre de lanière cinglante quand son portable sonna une fois de plus. Comme plus tôt dans la journée, il ne décrocha pas. Mais là, il ne put échapper au regard inquisiteur de Beckett.

- Je peux vous laisser, si vous voulez ? fit-elle.

- Ҫa peut attendre, répondit-il laconique avant de chercher une échappatoire auprès de Lanie. Alors ?

- Pas de doute, on a affaire à  un seul tueur. J’ai fait des analyses sanguines. Tous les trois ont été drogués, rajouta-t-elle, en indiquant la base du cou de Martin Way et mettant à jour une trace de piqûre.

- Les victimes étaient inconscientes au moment de leur mort ?

- Pas pour Way qui s’est réveillé bien avant. Mais je dirais que celui qui a fait ça, poursuivait dans le réalisme des scènes de films.

- Oui, confirma Beckett et parmi les plus horribles de mon œuvre.

Elle poursuivit sous le contrôle de Lanie les détails qui étaient significatifs et rappelait ce qu’elle avait mis en scène. D’abord, chronologiquement, il y avait Grace Rise qui avait été égorgée. Puis, Martin Way, asphyxié dans ce cagibi étroit. Enfin Miguel Mendoza, le thorax percé de plusieurs coups de poignard avant que sa paroi abdominale ne soit ouverte.

Lanie acquiesça.

- Le résumé est parfait.

- Que peux-tu nous dire d’autre ? Demanda Castle.

- Mendoza et Rise ont été attachés après leur mort.

- Ok. Encore autre chose ?

- La lame dont s’est servi l’assassin est assez particulière. Je vais tenter d’en faire un moulage.

- Tu penses à quoi ?

- Je ne sais pas précisément mais l’arme utilisée pourrait ne pas être d’un modèle courant. En tout cas pour Miguel Mendoza, il a reçu de multiples coups de couteau mais en fait, le premier s’est avéré mortel. Le reste n’est que de l’acharnement apparemment…

- Eh ! Interrompit Beckett, dans mon film, la victime n’est pas morte tout de suite !

- Le meurtrier ne l’a peut-être pas fait exprès.

- Tu as trouvé des marques de défense sur une des victimes? Poursuivit Castle.

- Non, aucune. Ce qui tente à prouver, soit que l’assassin connaissait les trois, qu’elles ne se sont pas méfié, soit qu’il les a attaquées par surprise.

- Oui mais on les a retrouvées chez elles, les portes fermées sans aucune trace d’effraction.

- Alors elles l’ont fait entrer.

Castle eut une moue dubitative mais il n’eut pas le temps de rebondir que son portable sonna. Esposito l’appelait pour lui dire que les empreintes sur la lettre avaient débouché sur un nom.

 


cathy24  (17.05.2014 à 18:46)

5EME CHAPITRE

 

Il gara la voiture en double file devant l’entrée de l’immeuble, récupéra son gilet de protection dans le coffre de la voiture, l’enfila prestement et lança à une Beckett heureuse de participer à sa première arrestation :

- Non ! Vous restez ici. Cela peut s’avérer dangereux.

- Et vous vous inquiétez pour moi ? C’est gentil, ça !

- Je n’ai surtout pas envie de me farcir toute la paperasse s’il vous arrivait quelque chose.

- Ah, fit-elle, je me disais aussi…

- Vous ne bougez pas, compris ?

- Parole de scout ! Et elle leva la main droite comme si elle jurait.

Elle regarda Castle s’engouffrer dans le hall suivi d’Esposito, Ryan et de trois autres policiers mais, à peine avaient-ils disparu de son champ de vision qu’elle sortit du véhicule.

 

Certains avaient pris l’escalier, d’autres l’ascenseur mais ils se regroupèrent tous dans le couloir du quatrième étage. Ils firent évacuer toutes les personnes qu’ils trouvèrent dans leur progression. La porte d’Edward Duncan était la dernière. Les flics sortirent tous leurs armes à l’exception de celui en charge du bélier. Castle se positionna sur le côté droit de la porte, Esposito, de l’autre côté. Un seul coup fut nécessaire pour la fracasser. Dans les secondes qui suivirent, l’appartement fut envahi aux cris de « NYPD ! ». Bientôt ils se marchèrent tous sur les pieds dans le petit logement. Un salon avec un coin cuisine, une salle de bain, une chambre et un cagibi. Un endroit sécurisé très rapidement et qui s’avéra désert. Dès lors, les armes retrouvèrent leur place dans les holsters et un examen minutieux commença. Castle fut attiré par la vidéothèque. Il y avait là des centaines et des centaines de DVD et d’un rapide coup d’œil il comprit qu’il s’agissait exclusivement de  thrillers et policiers. Edward Duncan faisait une fixation sur ce genre de cinéma.

Et s’il ne faisait qu’un avec l’individu dont leur avait parlé Felipe ?

Ryan sur le seuil de la chambre appela Castle et s’effaça pour le laisser passer. Il y avait sur le mur face au lit, sur la droite en entrant, une tapisserie d’articles sur les meurtres, de dessins de scènes de crime et différents portraits de Kate Beckett punaisés. Un imbroglio d’éléments.

- Bigre, cela fait froid dans le dos !

Castle se retourna au son de la voix, la colère dans le regard. Pour se dédouaner de tout reproche, Kate Beckett s’excusa d’un :

- Je n’ai jamais été scout, avant de dessiner un petit sourire faussement contrit sur ses lèvres et de s’approcher du mur.

Castle malgré son exaspération, ne tenta rien pour l’en empêcher. Après tout, il n’y avait pas de danger apparent. Ce qui le mit plus hors de lui, fut surtout l’amusement qu’il lut dans les regards des Bros. Il ne s’expliquait pas pourquoi ils n’étaient pas aussi perturbés que lui par la présence de Beckett. Bien au contraire, ils paraissaient s’en amuser.

- Vous avez remarqués ? Fit la réalisatrice à ce moment-là.

- Quoi ? répondit-il avec virulence.

- Les dates, là ? Ce sont celles des meurtres.

Suivant du doigt les lignes tracées par le suspect vers toute une galerie de photos,  elle compléta :

- Il a lié chaque date à une des photos tirées de mes films. Et là… et son doigt glissa vers un quatrième emplacement…

Tous comprirent où elle voulait en venir. C’était la date du jour  mais elle n’était encore reliée à rien.

- Il va recommencer, avancèrent Beckett et Castle simultanément.

Leurs regards se croisèrent et ils y lurent de l’étonnement.

- A moins que tout ce raffut autour de son appartement ne l’en dissuade, lança Ryan.

- Et s’il se planque, il sera plus difficile à dénicher, compléta Esposito.

- Alors, on file d’ici en vitesse en espérant qu’il ne nous a pas vus, fit Castle.

L’ensemble des flics et Beckett sortirent. Castle ferma la marche. Il demanda par téléphone la mise en place d’une planque autour de l’immeuble. Il ne se faisait pas beaucoup d’illusions mais c’était la procédure normale.

De retour au poste, un échange de courriels avec Fuego Dantes leur confirma que Edward Duncan était bien ce client excentrique dont leur avait parlé Felipe. La photo du suspect fut communiquée à toutes les forces de police, la moindre parcelle d’information fut analysée dans le but de tenter de trouver le lieu où il pourrait se cacher. Mais au bout de plusieurs heures cela n’avait toujours pas débouché sur quelque chose de concret. Beckett, assise sur une chaise à côté du bureau de Castle, lassée de cette attente interminable, jouait avec des applications de son portable. Quant à Castle, il passait coup de fil sur coup de fil et n’accordait pas beaucoup d’attention à sa consultante. Si bien que lorsqu’elle se leva, annonçant qu’elle rentrait chez elle, il lui fit un petit signe de la main lui signifiant qu’il avait entendu. Elle partait mais revint sur ses pas.

- Si vous retrouvez sa trace, vous m’appelez, n’est-ce pas ?

Castle opina d’un mouvement de tête.

- Promis ?

Il leva la main droite comme s’il jurait, déclenchant une grimace chez Beckett. Elle comprit qu’elle ne pouvait lui accorder foi. Mais après tout, il ne ferait que lui rendre la pareille.  

 

Effectivement, même en soirée le Little Chicago faisait salle comble. Quelques clients attendaient au bar que des places se libèrent. Elle avait bien fait de réserver. Quand ils entrèrent, Felipe vint à leur avance et leur indiqua l’endroit un peu à l’écart vers lequel il les menait et qui permettrait d’avoir une vue d’ensemble sur le restaurant. Ils circulaient entre plusieurs tables quand une exclamation les fit se retourner.

- Beckett ?

La jeune femme de surprise, ne put que répondre :

- Castle ?

- Que faites-vous là ? fit le détective en se levant.

- Et vous ?

- Je croyais que vous n’appréciez pas le cadre ?

- Comme vous, non ?

Ce jeu de questions-questions pouvait se prolonger interminablement si nul n’intervenait.

- Rick ? Tu pourrais nous présenter, peut-être.

Les yeux de Kate se portèrent vers celle qui les avait interrompus : une femme magnifique, aux cheveux blonds tombant harmonieusement sur les épaules.

- Heu ! Commença embarrassé le lieutenant. Je te présente Kate Beckett, elle est consultante sur l’affaire qui nous occupe en ce moment. Et voici, Gina Cowell, détective aux Stups.

Au regard que Cowell jeta à Castle, Beckett comprit qu’il y avait plus entre eux que ce qu’il voulait avouer, mais elle se contenta de le fixer en écarquillant les yeux,  lui signifiant par là qu’elle n’était pas dupe. Du coup, le regard de Castle partit du sien pour se diriger vers l’Apollon qui se tenait aux côtés de la réalisatrice puis revint provoquant, vers elle.

- Donovan…commença-t-elle, Donovan…, mais elle s’arrêta visiblement embarrassée.

- Ewan Donovan, se présenta finalement l’éphèbe.

- Enchanté de faire votre connaissance, fit Castle, laissant perler un sourire ironique sur ses lèvres, tandis qu’il ignorait l’homme pour se contenter à son tour, d’écarquiller les yeux en ne lâchant pas Beckett du regard.

Elle rageait intérieurement de s’être faite prendre en flagrant délit de légèreté. Sortir avec quelqu’un dont on n’avait pas eu le temps d’enregistrer le prénom ! Encore une croix dans la colonne « mauvaises opinions ». Il fallait absolument qu’elle trouve une réplique, n’importe laquelle, même de mauvaise foi, pour rependre le dessus. Bon, tant pis, elle pouvait se planter totalement ou au contraire taper dans le mil.

- Alors ? Vous avez fini par décrocher ?

Elle le vit blêmir et s’en voulut aussitôt. Elle tourna les talons et  rejoignit quelques mètres plus loin la table que leur avait prévue Felipe. Ewan lui laissa la chaise qui lui offrait une parfaite visibilité de toute la salle. Malheureusement, cela  mettait aussi Castle dans son champ de vision. Elle remarqua alors qu’il l’avait suivie des yeux certainement pour noter l’endroit où elle se trouvait puis elle le vit glisser quelques mots à Gina Cowell avant de relever le regard vers la porte d’entrée.

Comment ne pas être certaine que la présence du détective dans ce restaurant était tout sauf fortuite ? Elle rageait intérieurement. Bien sûr qu’il était là pour l’enquête. Il avait eu des informations. Il savait qu’Edward Duncan allait faire son apparition dans ce restaurant. Et il avait choisi de ne pas la prévenir alors qu’elle était sur cette affaire avec lui. Et elle le voyait parler et sourire à sa…, quoi d’ailleurs ?

Elle était focalisée sur la table de Castle et Cowell. Ewan Donovan tentait par tous les moyens d’engager la conversation mais rien n’y fit. Un serveur leur apporta  des cocktails. Elle n’y prit pas garde et quand elle se leva, faillit le bousculer créant un petit incident qui perturba les tables voisines. Elle n’en eut cure, contourna le serveur et d’un pas rapide fit les quelques mètres qui la séparait de l’autre table.

- On peut parler ? Entama-t-elle d’une voix autoritaire.

Castle, surpris de cette arrivée, lui octroya un simple :

- De quoi ?

- Pas ici, enchaîna-t-elle.

- Ah bon ? Et Pourquoi ?

Il avait repris le contrôle une fois la surprise de l’interpellation passée. Beckett émit un petit bruit de bouche et martela le sol d’un coup de talon.

- Vas-y, Rick ! se fit apaisante Gina.

Alors il récupéra la serviette placée sur les genoux, s’essuya les lèvres et la posa sur la table avant de se lever.

- Excuse-moi, lui dit-il avant de s’adresser à Beckett. Je vous suis.

Elle ne savait pas vraiment où aller. Elle avait eu cette impulsion soudaine et là, de le savoir derrière elle, à la détailler certainement des pieds à la tête, accroissait sa colère. Elle avait l’habitude du regard que les hommes portaient sur elle. Elle en jouait et cela la flattait terriblement mais là, celui de Castle, qu’elle ne pouvait imaginer qu’ironique…, c’était, c’était un véritable cauchemar ! Elle savait que cette robe rouge au dos très échancré qui dévoilait une grande partie de sa chute de reins, que ce tissu qui modelait la rondeur de ses fesses, que ses jambes surélevées sur des chaussures aux talons-aiguilles et dénudées jusqu’à mi-cuisses offraient un spectacle qu’elle n’avait pas envie de lui offrir. Tous les côtés superficiels de sa personnalité qui emplissaient les tabloïds, tous, sans exception, elle les affichait presque malgré elle, à la pelle, devant ce lieutenant, depuis une journée entière, alors que pour une fois, elle voulait qu’on lui octroie le bénéfice du doute.

C’était manqué.

Parvenue près de l’entrée, elle hésita, regarda de droite et de gauche puis se décida de sortir du restaurant. Elle fit trois pas dans la rue, se retourna et vit Castle qui était resté immobile près du seuil.

- Alors ? Que vouliez-vous me dire ?

- Pourquoi êtes-vous venu ici sans moi ?

- Pardon ?

- C’est moi qui devait vous accompagner et non pas… Gina !

- Vous êtes jalouse ?

Cette question la désarçonna un peu parce qu’elle se demandait comment il pouvait penser un seul instant qu’elle avait envisagé une soirée romantique en sa compagnie.

- Mais, non ! Qu’est-ce qui vous prend ?

- Eh bien, je ne sais pas, vous semblez toute retournée de me voir avec…

- Oh ! Cessez un peu ce jeu. Je vous en veux parce que vous m’évincez de l’enquête.

- Ah ! Mais non, pas du tout, fit-il avec un petit sourire qui prouvait à quel point il mentait. Je voulais juste passer une agréable soirée et je me disais que ce restaurant serait le dernier endroit où je risquais de vous trouver.

- Castle, et elle s’approcha de lui et son index tapa un coup fort contre la poitrine du lieutenant lui provoquant un petit cri mêlé de surprise et douleur, arrêtez de vous ficher de moi. Parce que, vous et moi, on a eu la même idée.

- Ah, poursuivit-il sur le même ton goguenard que précédemment, vous vouliez une soirée en tête-à-tête sans risquer qu’on se rencontre? Ҫa, je vous comprends.

Il la voyait rougir de colère au fur et à mesure qu’il détournait le sens de ses questions et il s’en délectait.

- Vous savez parfaitement de quoi je veux parler !

- Et je ne peux qu’acquiescer, continua-t-il dans le même registre.

- Duncan ! Vous avez des infos ? Il doit venir ici ?

Il aurait aimé faire durer plus longtemps ce jeu mais, il n’était pas là pour s’amuser et il ne devait pas être distrait trop longuement.

- Je ne sais pas, lui répondit-il subitement sérieux.

- Mais vous pensez que cela se peut, c’est ça ?

- Je me suis dit que c’était dans l’ordre des possibles.

- Ah ! fit-elle et elle était soudainement rayonnante, je le savais, je le savais !

Elle serra le poing droit, remonta son avant-bras vers le bras et d’un geste marqué, descendit le coude vers sa taille.

- Yes ! cria-t-elle.

Elle fit un petit tour sur elle-même et vint se positionner à nouveau devant Castle.

- Eh ! Je ne serais pas si ridicule que cela en flic, vous ne trouvez pas ?

Castle leva les yeux au ciel.

- Bon, dit-il, on ne va pas rester sur ce trottoir toute la soirée.

- D’accord. Que fait-on alors ?

- Le mieux serait que vous partiez. Cela pourrait s’avérer dangereux s’il pointait son nez.

- Oh mais, entre vous et votre équipe qui doit surveiller les alentours, que voulez-vous que je risque ?

Elle comprit quand elle le vit se pincer les lèvres.

- Non ! Ne me dites pas que vous êtes venu seul…

- Avec Gina.

- Vous voulez attraper à deux un type comme lui ? Vous êtes encore plus inconscients que moi.

- Vous savez, il existe une chose nouvelle et incroyable : cela s’appelle le téléphone.

- Oui eh bien, j’aimerais beaucoup vous voir face à ce type quand il agitera son poignard sous votre nez.

- Comme ça, vous pourrez prendre des notes pour votre futur film.

-  Et je pourrais toujours  le dédiez à votre mémoire.

- Je ne peux pas le croire ! Vous vous inquiétez pour moi ? Mais vous n’avez pas oublié ? C’est moi qui porte le flingue.

Elle préféra ne pas répondre, elle le contourna pour entrer de nouveau dans le restaurant quand elle le vit, là-bas, à environ une vingtaine de mètres.

- Castle, murmura-t-elle.

Au moment même où elle posa la main sur l’avant-bras du détective, il vit lui aussi Duncan approcher. L’individu continua d’avancer de quelques pas quand il remarqua cet homme et cette femme le fixant. Il s’arrêta. Quand il vit que celui qui le regardait aussi intensément, passait la main sous sa veste côté droit, il n’attendit pas plus longtemps et repartit à toutes enjambées en sens inverse.

- Beckett, hurla Castle qui se ruait à la suite du suspect, l’arme au poing, demandez à Gina d’appeler des renforts.

La jeune femme que l’accélération des évènements scotcha un moment, finit par reprendre ses esprits et commença de pousser la porte du restaurant cherchant déjà Gina Cowell des yeux. Il n’y avait plus personne à la table. Elle se retourna vers Castle voulant le prévenir mais il était déjà assez loin et elle ne parviendrait pas à se faire entendre. Elle aperçut Duncan à ce moment-là, prendre une rue sur la gauche. Elle connaissait assez bien Manhattan pour savoir qu’il n’aurait pas d’autre échappatoire que de revenir par la rue derrière, sur l’avenue où elle se trouvait. Le temps qu’elle entre, retrouve et prévienne Gina, l’homme pouvait réapparaître à une dizaine de mètres plus bas, s’engouffrer dans la station de métro et disparaître. Alors, elle laissa la porte se refermer et courut aussi vite que le lui permettait ses hauts talons, pour tenter de lui couper la route.


cathy24  (18.05.2014 à 18:13)

6EME CHAPITRE

 

Castle avait hurlé de ne plus bouger mais Duncan n’obtempéra pas. C’était fortement prévisible. Castle s’immobilisa quelques secondes pour ajuster son tir mais à plus de vingt cinq pas d’écart, avec son rythme cardiaque qui s’était accéléré, il redoutait plus de le toucher mortellement que de le manquer : il voulait l’appréhender vivant, il voulait connaître ses motivations, il voulait savoir qui aurait du être la quatrième victime. Le temps qu’il se sente capable d’ajuster sa cible, Duncan venait de prendre à gauche. Alors, il pesta, reprit sa course pour s’arrêter et se coller contre le mur. Il inspira et expira deux fois avant de tourner au coin de la rue. Et là, il vit Duncan qui continuait de mettre de plus en plus de distance entre eux. Alors Castle fonça. Il reprit sa course et accéléra autant qu’il le pouvait. Il devait au moins garder le contact visuel. A l’instant présent, Cowell devait déjà avoir appelé le poste le plus proche et bientôt il aurait des renforts. Mais pour cela, il ne fallait pas qu’il le perde de vue. De nouveau, Duncan tourna. Vers la gauche, une fois encore. Castle ne pouvait pas s’abstenir de cette perte de temps que demandait la plus élémentaire des prudences. Alors il ralentit encore, se positionna près de l’arrête de la paroi et pivota d’un mouvement rapide, son arme devant lui. Et là, ce fut pour voir Duncan qui avait réussi à rétablir le même intervalle que précédemment. Tout le retard que Castle parvenait à réduire à la course, était systématiquement reperdu en tournant à chaque coin de rue. Il ne s’attendait pas à ce que l’homme puisse maintenir aussi longtemps la même cadence. Il paraissait ne pas être trop essoufflé alors que lui, en tentant de se rapprocher sentait qu’il ne pourrait peut-être pas tenir ainsi très longtemps encore. Et puis, surtout, il venait de comprendre la stratégie de Duncan : rejoindre l’avenue et s’engouffrer dans la station de métro la plus proche. Castle ne voyait pas comment il pourrait l’en empêcher. La seule chance tenait dans l’indispensable aide de collègues. Mais il avait beau écouter, aucune sirène de voiture ne résonnait. Alors il se dit que Cowell aurait certainement l’idée de venir bloquer la route de Duncan. A la condition qu’elle ait par intuition saisi ses intentions. Et précisément, il n’était plus qu’à quelques enjambées de la ruelle qui lui permettrait de revenir sur l’avenue. S’il tournait, Castle savait qu’il ne l’aurait plus en ligne de mire. Il se dit qu’il devait tenter le tout pour le tout. Il s’arrêta et pointa son arme. Encore quelques secondes et Duncan disparaîtrait de sa vue en s’engageant à gauche dans quelques foulées. Mais, subitement, Castle ne comprit pas pourquoi, l’homme stoppa net. Il eut même un pas de recul. Le lieutenant en profita pour s’approcher davantage. Le suspect regardait droit devant lui, semblant incertain, puis il se tourna vers Castle qui n’était plus qu’à une quinzaine de mètres mais pointait son arme vers lui. Duncan évalua rapidement la situation et en marchant d’un pas résolu, disparut au coin de la rue. Castle fonça et vint se plaquer contre le mur, prit une fois encore deux grandes inspirations et tourna à son tour. Là, il se figea de surprise, de consternation, de peur et de colère. Ce n’était pas Cowell qui bloquait la route à Duncan mais Beckett qui levait un ridicule bout d’il ne savait quoi.

Kate, en le voyant s’approcher d’elle, regrettait sa décision. Ce n’était vraiment pas une bonne idée. Pas une bonne idée du tout. Comment pouvait-elle s’imaginer venir à bout d’un assassin comme Duncan avec une mince tringle à rideau en bois dénichée dans une poubelle ? Plus il avançait, plus elle se disait qu’il allait sortir son poignard et le lui planter dans le ventre. Elle n’avait plus qu’une seule chance mais elle avait du mal à sortir le moindre son. Le premier se coinça dans son gosier. Le second n’expulsa qu’un peu d’air. Elle s’éclaircit la gorge et un faible « Castle » s’en échappa. Elle insista.

- Castle !

Duncan accéléra subitement et fonça vers elle. Elle éructa un tonitruant :

- Castle !

- Je suis là. Ne bougez surtout pas, lui ordonna-t-il en ajustant Duncan.

Mais Kate, trop effrayée, quand l’homme parvint à sa hauteur, se décala du mauvais côté et le déroba à la vue du lieutenant. Duncan jeta à peine un regard à la jeune femme en la dépassant.

- Ecartez-vous ! hurla Castle.

Non seulement elle n’écouta pas mais profita du fait que Duncan lui offrait son dos, pour lui fracasser la tringle sur l’épaule droite. Elle se retrouva stupidement un petit tronçon entre les mains tandis que l’homme la toisait d’un air méchant.

- Beckett ! Mais dégagez !

En fait, elle ne pouvait pas s’écarter. Elle savait qu’elle devait faire ce que Castle disait mais c’était comme si elle ne contrôlait plus ses réactions. Elle donna un phénoménal coup de pied dans le tibia de son adversaire, lui enfonça le talon d’une de ces chaussures sur le pied de l’autre jambe et comme, sous la douleur il se plia en deux, elle lui sauta sur le dos.

Castle n’en croyait pas ses yeux. Il fit en courant les quelques petits mètres qui le séparait d’eux. D’un geste brusque il la fit descendre du dos de Duncan et, pointant son arme dans les reins de l’individu, demanda à Beckett de se saisir des menottes et de les passer au suspect.

- Vous êtes sérieux, fit-elle ?

Il écarquilla les yeux.

- Je n’ai que vous, là, sous la main !

Elle était si excitée qu’elle échappa les menottes avant de parvenir à les mettre aux poignets de Duncan.

- Où est Cowell ? demanda Castle qui commençait de faire avancer son prisonnier devant lui.

Kate eut un moment de flottement qui ne passa pas inaperçu.

- Où est-elle ? Répéta-t-il.

- Je suppose, commença timidement la jeune femme, qu’elle est encore au restaurant.

- Comment ça ?

- Eh bien ! Elle n’était pas à la table, j’ai vu Duncan tourner au coin de la rue et je me suis dit que ce serait une bonne idée de lui barrer la route.

Castle n’en revenait pas. Il s’arrêta et retint l’homme qui continuait d’avancer.

- Vous voulez dire que vous ne m’avez pas écouté et que vous ne l’avez pas prévenue ?

- Je n’avais pas le temps de faire les deux choses.

- Non, mais vous vous rendez compte que vous avez mis votre vie en danger ?

- Oui, d’accord, mais c’était génial, non ? Je m’en suis bien tirée.

- Vous vous fichez de moi, là ?

- Dites, vous le mettrez dans votre rapport que c’est moi qui l’aie arrêté ?

- Vous l’avez arrêté ?

- Eh bien, sans moi, il allait déguerpir.

 

Arrivé au poste, Castle ne décolérait pas. Il arpentait le bureau de Montgomery en vitupérant. Rarement, il avait été dans une telle rage. Son supérieur l’écoutait, patiemment, sans l’interrompre.

- Je ne veux plus qu’elle me suive, finit par conclure Castle.

Son supérieur laissa un temps de silence s’installer puis ramena ses mains à hauteur de visage, croisa les doigts.

- Castle, nous avons un accord avec elle.

- Je m’en moque. Je ne veux plus l’avoir dans les pattes.

- Malheureusement, c’est une connaissance du maire et il serait très mal venu que nous n’honorions pas notre engagement.

- C’est elle qui l’a rompu en ne m’écoutant pas.

- Je sais qu’elle n’est pas facile, qu’elle n’en fait qu’à sa tête. Alors, vous savez quoi ? Vous allez obtenir les aveux de Duncan, clore cette affaire. Ainsi, elle retournera chez elle et tout le monde sera content.

 

Il avait refusé sa présence en salle d’interrogatoire mais Montgomery avait accepté de la prendre avec lui dans la pièce de l’autre côté de la glace sans tain.

Sa colère n’était pas retombée totalement mais par expérience, il savait qu’elle pouvait devenir une remarquable alliée alors il l’exagéra en claquant la porte derrière lui. Duncan, qui était recroquevillé sur sa chaise, sursauta et se tassa davantage encore quand Castle jeta le dossier sur la table dans un bruit mat.  

- Il est déjà très tard. On ne va pas y passer toute la nuit alors avec tout ce que l’on a contre vous, vous devriez avouer tout de suite et cela nous évitera une nuit blanche.

Mais le suspect gardait la tête baissée. Il n’y avait que ses doigts qu’ils martyrisaient en les tordant anarchiquement.

- Vous vous appelez Edward Duncan. Vous avez trente et un ans. Vous avez multiplié les petits boulots depuis sept ans. Pourquoi cette bougeotte ?

Le suspect ne changeait nullement d’attitude.

- Regardez-moi ! Ordonna Castle d’une voix autoritaire. Regardez-moi, reprit-il en voyant que Duncan n’obtempérait pas.

L’homme finit par lever son visage. Il avait cette barbe courte et ces yeux enfoncés qui lui donnaient bien cinq bonnes années de plus que son âge officiel. Il y avait aussi ce regard trouble qui se fixa sur Castle mais qui ne s’y attachait pas. Le lieutenant sut aussitôt qu’il n’allait pas rentrer de sitôt chez lui.

 

- Vous croyez que Duncan est en train de jouer le déséquilibré mental ? demanda Beckett à Montgomery.

- Si j’avais commis ces meurtres, c’est certain que je tenterais le coup. Mais avec Castle face à lui, il a peu de chances d’y parvenir.

- Il est si doué que ça ?

- Castle est un des meilleurs lieutenants que j’ai eus sous mes ordres.

- Et vous le connaissez depuis combien de temps ?

- Six ans.

- Alors, vous devez certainement savoir pourquoi il est devenu flic.

- Là, et il s’accompagna d’un grand sourire, je crois que c’est à lui que vous devriez poser la question.

- Je l’ai déjà fait.

- Un conseil : ne le brusquez pas.

 

Il était presque six heures du matin quand Castle sortit de la salle. Il avait égrené une à une toutes les charges qui pesaient contre Duncan et elles étaient nombreuses : empreintes sur la lettre, fréquentation du Little Chicago, expert en films policiers, mur de l’appartement exhibant les liens entre les œuvres de Beckett et les meurtres et pour finir, sa tentative de fuite.

Castle espérait connaître les motivations du suspect mais il était resté muet pendant toutes ces heures. Duncan agissait comme en état permanent de panique, le regard totalement apeuré.

Il y avait largement de quoi convaincre le procureur de l’inculper mais cela ne satisfaisait pas le lieutenant. Il détestait ne pas comprendre et ne pas pouvoir relier tous les fils entre eux. Contrairement à ce qu’il avait dit à Beckett, il n’y avait pas que les faits qui l’intéressaient, il y avait surtout le pourquoi. Et là, il redoutait de ne jamais savoir et de ne jamais pouvoir apporter de réponses satisfaisantes aux familles des victimes.

 

Montgomery passait un coup de fil : Castle avait suggéré qu’on fasse une fouille approfondie de l’appartement le plus tôt possible dans la matinée. Le lieutenant se dirigeait vers son bureau pour récupérer sa veste et rentrer chez lui.  Il retrouva Beckett qui lui tendit un gobelet. Un café ? Que croyait-elle ? Qu’il était Superman et qu’il n’avait pas besoin de dormir un peu ? Et pourquoi était-elle encore là ? Mais il était trop épuisé pour se lancer dans une nouvelle confrontation.

- C’est un déca, fit-elle.

Alors il lui prit des mains.

- D’accord. Merci.

- Il paraît dérangé ce gars, continua-t-elle.

- Ou alors c’est un sacré comédien.

- Que fait-on maintenant ?

- Je vais aller dormir un peu.

- Mais vous m’appelez dès que vous l’interrogez à nouveau ou dès que vous avez d’autres infos.

- D’accord.

- D’accord ? répéta-t-elle surprise.

- Oui, promis, je vous appelle.

 

Elle s’effondra d’une masse, sans se dévêtir et s’endormit aussitôt. Et puis, il y eut ce bruit aigu, criard qui s’insinua dans son sommeil sans rêve. Elle voulut le faire cesser et sans ouvrir les yeux, son bras gauche s’allongea et tapota sur la couette plusieurs fois espérant interrompre cette perturbation. Effectivement le silence revint. Elle replongea dans le sommeil. Mais le même son recommença la faisant sursauter. Cette fois-ci, agiter son bras n’amena aucun résultat. Elle ne maitrisa pas ses paupières qui se soulevaient, qui se rabaissaient, se soulevaient encore pour finir par la réveiller. Elle réalisa que c’était son portable qui sonnait. Elle s’en saisit, décrocha maladroitement et lança un « allo ! » endormi. C’était le poste de police. De nouveaux éléments, comprit-elle. D’accord, elle arrivait.

Elle se leva lentement, se prit la tête entre les mains et jeta un regard au radioréveil. Il était à peine plus de dix heures. Elle poussa un grognement et passa encore à moitié endormie dans la salle de bain.

 

Elle se présenta une bonne demi-heure plus tard au 12th un gobelet dans chaque main. En sortant de l’ascenseur elle croisa Esposito.

- Eh bien, comment faites-vous pour tenir le coup en ne dormant pas plus de trois heures ?

- C’est juste une question d’habitude.

- Une bien mauvaise habitude.

Elle trouva Castle à son bureau tapotant sur le clavier de son ordinateur, déposa un des cafés devant lui, puis prit sa place sur la chaise.

- Bonjour, lieutenant.

- Beckett, répondit-il sans lever la tête. Merci pour le café.

- A vrai dire, je trouve le vôtre tellement infâme, que je préfère vous l’offrir plutôt que d’être obligée de décliner quand vous m’en apportez un. Et… j’en ai vraiment besoin aujourd’hui.

Il prit enfin le temps de jeter un regard vers elle. Elle avait les traits tirés effectivement, mais il ne devait pas avoir meilleure mine alors il évita toute réflexion provocante.

- Ce n’est pas un poncif, avança-t-il, quand on dit que les flics carburent à la caféine.

- Eh bien, moi, ce matin, il m’en faudrait en intraveineuse.

Il lui sourit.

- Franchement, vous me surprenez, poursuivit-il.

- En quoi ? Glissa-t-elle, entre deux gorgées.

- Je ne pensais pas que vous viendriez.

Elle le regarda étonnée.

- Eh ! Si je comprends bien, vous me faites un compliment là ! Ou alors,… Vous vous dites que quelqu’un comme moi doit aimer flemmarder au lit. C’est ça ?

- Pour être honnête…

- D’accord ! Vous savez, en période de pré-tournage et de tournage, je ne dors que cinq à six heures grand maximum par nuit. Mais je confesse, trois, c’est très peu.

- Désolé, je ne voulais pas vous vexer.

- Je ne le suis pas. Finalement, on est tous bourrés d’apriori. Alors, expliquez-moi plutôt pourquoi vous m’avez appelée ?

Il lui confia que la fouille de ce début de matinée n’avait pas été inutile : un pochon de dragées bleu, à peine entamé dans un de ses placards de cuisine ; un rouleau de peinture dans sa cave ainsi que du chatterton et des liens similaires à ceux qui avaient été utilisés pour attacher les victimes. Il lui proposa d’assister de l’autre côté de la glace, à l’interrogatoire qui allait reprendre. Toutefois, pas d’arme de crime.

 

Malgré les preuves irréfutables désormais, Duncan avait continué de ne rien dire. Ou rien de sensé. Du genre « le gouvernement nous épie », « il ne faut pas leur faire confiance », « il faut fuir ». Il se balançait sur sa chaise, d’avant en arrière et même en tentant d’entrer dans son jeu, il était à peine plus de quinze heures quand Castle sortit et déclara qu’on ne pouvait rien en tirer de plus. Duncan allait être emmené au dépôt en attendant de passer devant le juge. Nul doute qu’il serait incarcéré dans la soirée.

- Et c’est tout ? demanda Beckett quand ils se retrouvèrent dans la grande salle.

- C’est tout.

- Mais elle est finalement insipide cette histoire !

- Ce n’est pas une histoire mais un triple meurtre et il n’est dit nulle part que les assassins doivent être des personnes extraordinaires.

- Pourtant, cela avait bien commencé.

- Pardon ?

- Eh bien, quelqu’un me copiant, c’était génial ce truc ! J’espérais quelque chose de plus machiavélique. Et là, en à peine deux jours, vous avez élucidé ce dossier.

- Désolé d’avoir été trop rapide.


cathy24  (19.05.2014 à 18:15)

7EME CHAPITRE

 

C’était plutôt rare les soirs où il était chez lui avant dix neuf heures. Installée sur la table de salle à manger, sa fille Alexis faisait ses devoirs. Il s’approcha d’elle, lui déposa un baiser sur le front.

- Comment vas-tu, ma puce ?

- Bien, papa.

Il jeta un coup d’œil au livre ouvert devant elle.

- Je n’ai jamais rien compris à la physique. C’est certain que tu ne tiens pas de moi là-dessus.

- Mais je te ressemble par plein d’autres côtés.

- Oh là ! Rassure-moi : ta liste de défauts n’est pas si longue que ça quand même ?

Elle éclata de rire et enserra de ses bras la taille de Castle.

- Pour rien au monde, je ne voudrais d’un autre père que toi.

- Oh mais c’est très gentil, ma chérie.

Il répondit à son étreinte et l’accrut même. Il se balança lentement de droite à gauche, la faisait pivoter en même temps que lui.

Il était fier de sa fille. Elle était belle, intelligente, vive, toujours d’humeur égale, douée pour le bonheur et il avait souvent l’impression d’agir comme un parasite à ses côtés en vampirisant ses sourires, ses éclats de rire, sa douce et lumineuse folie d’adolescente. Elle avait quinze ans. Dans trois ans elle serait à l’université et commencerait de se détacher peu à peu de leur quotidien actuel. C’était pour cela qu’il s’en voulait terriblement de ne pas être plus présent, de laisser passer ces moments qui ne reviendraient plus jamais. Mais il devait faire son boulot. Ce boulot qu’il avait choisi définitivement presque quinze ans plus tôt.

- On passe la soirée ensemble ?

- Oui.

- Tu ne vas pas retrouver Gina ?

- Non.

- Cela se passe mal avec elle ?

- Eh ! fit-il en se détachant d’elle, ce n’est pas à ma fille de se préoccuper de mes déboires sentimentaux.

Elle replia son livre et ferma ses cahiers.

- Tu as fini?

- Parfaitement.

- Bon, que veux-tu qu’on fasse alors ?

Elle hésita à peine avant de répondre, les yeux pétillants d’envie :

- Il passe Barry Lyndon au Coliseum Theater et je rêve de voir ce film sur grand écran.

- La séance est dans combien de temps ?

- Trois quarts d’heure.

- Ok, prends ta veste. Au retour, on s’arrêtera manger une pizza.

Alexis descendit de sa chaise d’un bond.

- Je t’aime, papa.

- Moi aussi, je t’aime.

 

Elle alla leur chercher une seconde tournée. A part elle qui buvait des Bloody Mary, eux restaient sans originalité au Whisky. Ils avaient  peu l’occasion de passer des soirées ensemble. A leur décharge, ils étaient plutôt très occupés et coincés par leurs projets respectifs alors, c’était toujours avec un plaisir incroyable quand ils se retrouvaient.

Kate n’en revenait toujours pas, elle, la benjamine, de pouvoir côtoyer et partager des heures aussi incroyables avec eux. Ils discutaient cinéma à bâtons rompus tout en jouant et buvant des boissons fortement alcoolisées, parfois jusqu’aux petites lueurs de l’aube. Mais là, elle avait pris le soin de les prévenir : elle avait du sommeil en retard et à une heure du matin, au plus tard, elle les mettrait dehors.

- Ah ! S’esclaffa Tarantino, tu vas encore faire la Une des journaux ?

- Pas impossible mais pas pour ce que tu crois.

- Il me tarde de savoir, poursuivit-il, je suis certain que tu vas nous étonner. Tu sais, gamine, j’adore vraiment ta folie.

- Je croyais que c’était mes films que tu appréciais.

- C’est ce que je viens de dire.

Ils éclatèrent de rire. Elle vénérait ces trois réalisateurs qui l’avaient acceptée avec enthousiasme dans leur cercle restreint de génies du septième art. Elle s’était sentie au départ tellement timide, minuscule, insignifiante à leurs côtés mais elle avait compris en les fréquentant de temps à autre, qu’ils aimaient son travail. Sincèrement. Et la trouvaient digne d’eux. Cela l’avait motivée rapidement bien plus que des critiques élogieuses et quelques prix cinématographiques. Elle voulait les surprendre encore et encore. Elle voulait leur prouver qu’ils avaient raison de croire en elle et qu’elle était capable d’élargir son champ de créativité. Elle s’était enfermée trop longtemps dans un style, le fameux style de la Sorcière de l’Obscurité, celui qui avait surpris dès son premier long métrage et qu’elle n’avait fait, finalement, que reproduire film après film.

- Allez, ne nous fais pas languir et raconte.

Elle revint avec la bouteille de Whisky qu’elle déposa sur la table, alla rependre sa place en sirotant son cocktail.

- Eh, il est  minuit passé, là ! J’ai plus envie de me coucher que de me lancer dans une quelconque narration.

- Sauf que la partie n’est pas finie et que tu te dois d’aller jusqu’au bout. Sans tricher en faisant exprès de perdre.

- Non, Ethan, tu crois qu’elle serait capable de piper le jeu ? La dame a horreur de ça, tu sais bien.

- Eh ! Dis que je suis une mauvaise joueuse !

- Franchement, répondit Joël Coen, un peu oui…

- Beaucoup, compléta Quentin Tarantino.

Et un éclat de rire général emplit la pièce.

- Bon d’accord, j’ai horreur de perdre. Mais, je sais de vous trois qui est le traître.

- On t’écoute.

- Toi, Ethan.

Le plus jeune des frères Coen acquiesça et retourna sa carte.

- Il va falloir qu’on complique encore les règles de ce jeu. Cela devient trop simpliste pour nous.

Beckett afficha un immense sourire sur ses lèvres, étira ses bras en hauteur et retira la visière qu’elle portait depuis le début de cette manche de Scotland Yard.

- D’accord avec toi, fit-elle. Avoir rajouté ce traître, cela a atteint ses limites.

- Bon, allez, raconte.

En cabotine, elle aimait se faire supplier alors qu’évidemment, elle avait très envie de leur raconter toute l’affaire Duncan mais tant que les résultats de l’enquête n’avaient pas été communiquées, elle ne devait pas en dévoiler trop.

- En fait, c’est un script sur lequel je travaille en ce moment et sur lequel je bloque.

- En quoi cela va faire les gros titres ?

- Eh bien, cela parle d’un meurtrier qui met ses crimes en scène exactement comme ceux de certains de mes films…

- Oh là ! interrompit Tarantino, cela ne fait pas un peu mégalo ça, Kate ?

- C’est là, le problème ! J’ai peur d’être la risée des journalistes…

- Après, on s’en fiche, reprit Ethan Coen, si ton histoire est bonne.

- Alors, tu bloques à quel moment ? demanda Ethan.

- Sur toutes les scènes de crime, on ne retrouve aucune empreinte hormis celles des victimes. Mais l’assassin a adressé une lettre au réalisateur dont il est fan, autrement dit moi, et il a laissé ses empreintes dessus et ainsi, le lieutenant remonte jusqu’à lui et trouve toutes sortes de preuves à son domicile.

- Et ensuite ? fit Joël.

- C’est tout.

- Comment ça, c’est tout ? Mais c’est très mauvais, s’exclama Ethan. Pas étonnant que tu bloques.

- Il est où le rebondissement ? Fit Tarantino.

- Pas d’empreintes sur les scènes de crimes, reprit au vol Joël, et là, l’assassin envoie un lette avec les siennes dessus et on trouve tout ce qu’on veut chez lui? Ton héros devrait trouver cela bizarre et continuer de fouiller.

- Oui, c’est ça, fit Beckett le regard perdu dans le vague, c’est tout à fait ça. Merci les gars.

 

- Papa, tu devrais aller te coucher.

- Je suis vraiment désolé, Alexis.

- Il n’y a rien de mal à être fatigué.

- Je sais bien, mais pour une fois que nous sortons ensemble, il a fallu que je m’endorme pendant la projection.

- Le principal est que j’ai enfin vu ce film sur grand écran. D’ailleurs, en parlant de film, tu en es où dans l’enquête ?

- On tient le coupable.

- Super. Comme ça en plus, tu es débarrassé de ta réalisatrice.

- Ouais, super ! Allez, bonne nuit chérie.

Quand il sortit de l’ascenseur le lendemain matin, il se disait qu’il n’avait plus que le rapport à terminer et qu’ensuite, il lui faudrait attendre la prochaine enquête. Cela pourrait survenir rapidement comme uniquement d’ici quelques jours. Il aimait beaucoup son travail, il s’y donnait corps et âme, parce qu’il devait faire tout ce qui était en son pouvoir pour apporter aux proches des victimes la satisfaction de savoir le coupable en prison. Cela ne ramenait jamais personne, cela ne compensait jamais la perte d’un être cher, mais cela apaisait, un peu, quand on pouvait mettre une circonstance, un nom, un mobile sur un meurtre.

En approchant, il eut la stupéfaction de voir Kate Beckett assise sur son fauteuil. Il bondit vers elle.

- Qu’est-ce que vous faites, là ? demanda-t-il la colère dans la voix.

Il retira de la vue de la jeune femme les feuillets qu’elle était en train de parcourir. Elle se leva et lui adressa un magnifique sourire.

- Je voulais vous voir.

- Voilà, c’est fait, vous me voyez.

- Je sais que je vous ai causé plus de tracas qu’autre chose alors je voulais vous offrir un petit quelque chose.

Sur ce, elle sortit de la poche de sa veste une petite enveloppe qu’elle tendit à Castle.

- Ouvrez, je vous en prie.

Le lieutenant était sur la défensive. A vrai dire, il ne s’était absolument pas attendu d’abord à la revoir et ensuite à ce qu’elle le remercie parce qu’il n’avait pas été très coopératif à de nombreuses reprises. Il déchira l’enveloppe et en sortit deux billets.

- C’est pour l’avant-première de mon film demain. La séance réservée aux journalistes. Je vous ai eu deux places.

- Oh ! Heu ! Merci.

- De rien.

Elle s’approcha si près de lui qu’il eut un mouvement de recul mais elle n’arrêta pas son geste et vint déposer un baiser sur sa joue.

- J’ai été ravie de faire votre connaissance, lieutenant Castle.

Elle lui sourit une fois encore, récupéra son sac à main et remonta la salle en direction des ascenseurs laissant Castle abasourdi. Il la regarda disparaître se disant qu’il avait été trop dur avec elle. Il ne put empêcher un petit sourire de se former sur ses lèvres. Il savait que cette enquête garderait une étrange saveur pour lui, celle d’une joute perpétuelle avec quelqu’un qu’il ne pensait pas un jour rencontrer, quelqu’un dont il était fan de l’œuvre. Il s’était finalement bien amusé à guerroyer avec elle pendant ces deux derniers jours. Restait à savoir s’il irait à cette avant-première. Bah ! Pourquoi pas ! Il était tout à cette interrogation en s’asseyant. Il se trouva bizarrement installé, comprit en fin de compte que Beckett avait du descendre  l’assise du fauteuil. Il pesta un peu, pour la forme, releva le siège et commença de reprendre le dossier. Mais au bout de quelques secondes, il s’arrêta.

- Non, c’est pas vrai !

Il feuilleta une par une toutes les pages, visiblement à la recherche de quelque chose.

- Bon sang !

 

En plus d’un fond d’œuvres phénoménal, la partie médiathèque de la bibliothèque municipale de New-York avait du matériel de très haute qualité. Kate Beckett y avait passé dans sa jeunesse et lors de ces études de cinéma, de très nombreuses journées à disséquer film après film, séquence après séquence. C’était certainement  après son loft, l’endroit de la ville où elle se sentait le plus chez elle. Elle examinait avec attention les plans de ses films et les comparait avec les photos subtilisées quand la porte de la petite salle qu’elle avait réservée, s’ouvrit à la volée.

Castle surgit, lançant à son encontre :

- Kate Beckett, vous êtes en état d’arrestation pour obstruction à la justice…

- … et pour vous avoir ridiculisé. C’est mon père qui vous a dit où j’étais ?

- Passez-lui les menottes, fit-il à un des policiers qui l’accompagnaient. Allez-y franco.

- Sado-maso ? Mais on se connaît à peine. Aïe, fit-elle tandis que sans ménagement, on lui attachait les mains dans le dos. Mon mot de sécurité, c’est cerise !

- Emmenez-là au poste. Je remballe tout ça en attendant.

- Oui, c’est cela, n’oubliez pas mes notes parce qu’elles prouvent que Duncan n’est pas l’assassin.


cathy24  (20.05.2014 à 18:52)

8EME CHAPITRE

 

Un agent vint la sortir de la cellule et lui détacha les menottes. Quand elle apparut de nouveau dans la grande salle, elle vit son père en grande conversation avec le capitaine Montgomery et le lieutenant Castle.

- Bonjour, papa.

- Je savais bien qu’il me faudrait à un moment ou l’autre, venir te chercher au poste.

- Désolée.

- On va passer l’éponge, poursuivit Montgomery, mais ne venez plus mettre votre nez dans cette enquête.

- D’accord. N’empêche, Edward Duncan est innocent.

- Ne l’écoutez pas ! fit Jim en poussant un soupir.

 

Elle partit au bras de son père et Castle la regardait s’éloigner et resta encore immobile quelque temps alors qu’elle avait déjà disparu. Il finit par se diriger vers le tableau blanc et c’est là que le retrouva Esposito quelques minutes plus tard.

- Non, ne me dis pas qu’elle t’a fait douter ?

- Ce n’est pas elle, c’est lui.

- Qui ça, lui ?

- Martin Way.

- Je ne saisis pas.

- Duncan connaît les trois victimes du restaurant.

- Oui.

- Et parmi toutes les personnes qui fréquentent cet établissement, pourquoi les avoir choisies, elles ?

- Parce qu’elles mangeaient seules et parce que c’est un malade.

- Donc il les aurait suivies pour les tuer en suivant le mode opératoire de chacun des trois films ?

- Ben oui.

- Ecartons pour l’instant, le fait que c’est le hasard qui a voulu que les époux et enfants de Grace Rise et Miguel Mendoza soient absents. On éclaircira ce point plus tard.

- Et alors ?

- Copier les meurtres du « Cercle de la mort » et de « Rouge-mort », ne demandait pas une préparation aussi compliquée que cela. Il lui suffisait d’amener avec lui, quelques éléments pouvant facilement être transportés sur les scènes de crime et de reconstituer quelque chose de similaire. Par contre pour « Noir sur blanc »…

- Je ne comprends pas.

- Quelle probabilité y avait-il que l’escalier et le cagibi de son domicile rappellent exactement la scène du film ?

- Tu veux dire que…

- Je veux dire que, sauf à avoir repéré les lieux auparavant, il n’y avait pas de raison particulière pour que l’assassin porte sur lui du chatterton et une dragée en prévision de cette mise en scène.

Ryan apparut à ce moment-là, portant un carton dans les bras qu’il déposa sur son bureau.

- Que faites-vous ? Demanda-t-il à ses collègues toujours plantés devant le tableau.

Sans répondre, Castle enchaîna :

- Je veux que vous rappeliez les familles de Rise et Mendoza. Je veux savoir pourquoi elles n’étaient pas chez elles ces jours-là. Je veux aussi tout connaître des déplacements de Duncan les jours des meurtres. Ce que l’on a omis de faire.

Et il y avait une pointe de colère dans sa voix. Contre lui.

 

Dans le taxi qui la ramenait chez elle, Kate Beckett continuait de s’interroger ce qui fit soupirer son père.

- Eh ! Laisse la police régler cette affaire.

- Même si un innocent doit finir ses jours en prison ?

- C’est toi qui va y faire un séjour si tu continues.

- N’empêche ! Si on a affaire à un vrai fanatique de mes œuvres, pourquoi alors, ne pas avoir utilisé de la couleur bleue pour tracer ce cercle autour de Grace Rise ? Pourquoi la dragée n’était-elle pas blanche ? Pourquoi avoir badigeonné les murs de l’appartement de Mendoza avec de la peinture rouge alors qu’il s’agissait de sang de bœuf dans mon film ?

- Parce qu’il est fêlé, justement !

- Non. Jamais un véritable fan obsessionnel n’aurait à ce point bâclé les détails.

- Qu’est-ce que tu crois alors ?

- On a voulu faire porter le chapeau à Duncan. On ne cherche pas un tueur en série mais quelqu’un avec un mobile. On a voulu noyer la seule réelle victime qui a de l’importance au milieu des deux autres.

- Qui alors ?

- Pourquoi avoir choisi ces trois façons d’opérer ? Deux rapides et une lente.

- Aucune idée, ma fille.

- Rise a été égorgée d’un seul coup de couteau, du travail de professionnel, bien exécuté. Une mort rapide. Duncan serait incapable d’ajuster un tel coup. Je l’ai eu à quelques mètres de moi pendant des heures. Il a passé son temps à trembler. Mendoza, son agonie aurait du être beaucoup plus longue. Au lieu de cela, un coup en plein cœur. Les autres ne sont là que pour la galerie. Volontairement. Par contre, Way, cela a été long, douloureux.

- L’assassin a voulu ressentir pleinement l’adrénaline de voir quelqu’un perdre peu à peu la vie. S’en délecter.

- Alors, pourquoi avoir appelé le 911 juste après ?

- Par remords, peut-être.

- Ou parce qu’il fallait que le corps soit découvert rapidement. Parce que l’assassin avait fini et il voulait qu’on le sache.

- Mais vous avez bien trouvé une quatrième date sur le mur de la chambre de Duncan ?

Kate regarda son père. Elle bloquait, là, mais elle sentait qu’elle était sur une piste.

 

Esposito et Ryan retrouvèrent Castle dans la salle de café. Il portait une tasse à ses lèvres et fit la grimace.

- C’est vrai qu’il est horrible !

Et il jeta le contenu du récipient dans l’évier.

- Ah ça ! Maintenant que tu as pris l’habitude de celui de Starbucks servi par des vedettes…

- Très drôle ! Bon qu’est-ce que vous avez ?

- Eh bien, commença Ryan, d’abord le mari de Grace Rise dit avoir gagné un tour de la ville en hélicoptère précisément à l’heure du crime. Vérification faite, cela s’avère exact.

- On sait comment il a gagné ça ?

- Un tirage au sort organisé par un cabinet de relaxologues.

- Tu as le nom ?

- J’ai même appelé mais apparemment, ils ignorent tout de ce jeu. On a certainement voulu l’éloigner de chez lui pour commettre le crime. On continue de fouiller.

- Mendoza ?

- Ses enfants étaient invités à l’anniversaire d’un de leurs copains et leur mère donnait un coup de mains et ils ont effectivement dormi sur place.

- Pour chacun de ces meurtres, ce sont effectivement les proches qui ont découvert les corps. Et du coup, cela explique cela.

- Je ne te suis pas, Castle.

- C’est pour cela que l’assassin a appelé le 911.

- Tu peux expliquer ?

- Il pouvait se passer un ou deux jours, peut-être davantage avant que le corps soit découvert. Or, il fallait qu’il le soit rapidement.

- Et pourquoi ?

- Si j’avais la réponse, l’enquête serait presque résolue. Et les déplacements de Duncan ?

- Eh bien, apparemment, sa carte de métro le donne à plusieurs kilomètres de la maison de Rise à l’heure du premier crime. Pour les autres, il semble ne pas l’avoir emprunté à ces moments-là.

 

 

Elle avait pris place sur le canapé de son living-room et buvait un café par petits gorgées. Quand elle repensait aux deux interrogatoires de Duncan auxquels elle avait assisté, elle doutait que cet homme soit capable de planifier avec autant de soins toute une série de meurtres. Il y avait toutes ces choses qui semblaient devoir l’inculper totalement et aussi tous ces petits éléments qui pouvaient remettre en cause cette apparente certitude. Comme si tout n’était qu’une vaste mise en scène pour pointer du doigt Duncan. Beckett repassait en revue les différents  points qui lui paraissaient en dehors du contexte. Et tous la ramener vers une seule des victimes. Elle posa sa tasse, se leva, fit quelques pas dans son loft, s’arrêta, recommença de marcher, s’immobilisa une fois encore puis finit par se saisir de sa veste et sortir.

 

- Bonjour, je m’appelle Kate Beckett et je souhaiterais parler à votre patron.

La secrétaire n’eut pas le temps de répondre, qu’un homme pénétra à son tour dans le hall, exhibant un badge.

- Richard Castle, NYPD. J’ai rendez-vous avec M. Bert Jenkins.

Beckett totalement surprise de le voir débouler, tenta de se trouver une excuse.

- Ce n’est pas ce que vous croyez.

Mais il sembla ne pas faire cas d’elle, passa dans son dos et continua de remonter le couloir.

- En fait, finit-elle par admettre, c’est tout à fait ce que vous croyez, mais je peux vous expliquer.

Pour seule réponse, elle eut droit à un :

- Vous montez ?

Ne prenant pas le temps de réfléchir, elle se rua à la suite du lieutenant.

 

Bert Jenkins, le directeur du cabinet de conseil immobilier, qui portait son nom,  les accueillit avec  une poignée de mains franche.

- Vous êtes là pour Martin, je suppose ?

- C’est exact, fit Castle. Il travaillait pour vous depuis combien de temps ?

- Un peu plus de douze ans.

- Et vous étiez satisfait de lui ?

- Je lui faisais une entière confiance.

Le regard de Beckett fut attiré par des posters de constructions immobilières et quelques maquettes exposées sous verre. Elle déambula dans le vaste bureau, écoutant cependant toute la conversation.

- Vous savez s’il avait des problèmes récemment ?

- Pas que je sache.

- Avez-vous remarqué des faits étranges dans son comportement ?

- Oh ! Il n’était pas plus stressé qu’habituellement.

- C’était son boulot qui le stressait ?

- On a des clients exigeants.

- C'est-à-dire ?

Beckett continuait de se promener et son regard traînait de photo en photo, d’esquisse en esquisse.

- Quand vous connaissez le prix de l’immobilier ici à New-York, vous vous doutez bien que tout notre travail préparatoire à tout projet d’envergure est du très sérieux.

- Et alors, dernièrement, un client plus exigeant que les autres ?

- Un tel client, c’est la routine.

Beckett se rapprocha.

- C’est votre cabinet qui a travaillé sur les réalisations qui sont exposées ? Demanda-t-elle.

- En amont, oui.

- Waouh ! New-York vous doit la plupart des grands travaux de la dernière décennie.

- Oui, cela marche bien pour nous.

- Cependant, le dernier grand chantier remonte à quand ? Deux ans à peu près ?

- Avec la crise…

- Je comprends, conclut Kate.

Castle tendit la main à Jenkins.

- Bien, nous n’allons pas vous déranger plus longtemps. Ne touchez pas à ses affaires. Une équipe va venir les récupérer.

- Oui, oui, bien sûr.

Quand ils se retrouvèrent dans la rue, Kate poussa un cri de joie.

- Que se passe-t-il ?

- J’ai trouvé ma première piste d’enquêteur, c’est super génial !

- Oui et bien vous ne devriez pas être là.

Elle n’avait cure des réprimandes de Castle. Elle remonta le trottoir et un « Yes ! », s’échappa de sa bouche tandis qu’elle courait vers un étale ambulant :

- Des churros ! J’adore ça ! Une douzaine, fit-elle au commerçant.

Castle la regarda un moment s’agiter comme une gamine devant ces pâtisseries avant de se rapprocher d’elle. Elle venait de payer et de prendre la poche que l’homme lui tendait. Elle en entama un et fit la grimace caractéristique de quelqu’un se brûlant.

- Vous m’avez entendu ? Vous n’auri…

Beckett lui enfourna un Churros dans la bouche, le stoppa net dans sa récrimination.

- C’est bon, non ?

Il en mordit une bouchée malgré lui, retirant le reste de sa bouche pour s’apprêter à la tancer quand elle le devança :

- En tout cas, on sait que son cabinet fonctionnait bien jusqu’à il y a deux ans encore mais que depuis, ce n’est pas la joie.

- Ah oui ? Et comment savez-vous ça ?

- Les posters.

- Quoi les posters ?

- Vous avez remarqué les traces sur les murs ? Eh bien, je suis persuadée qu’avant il y en avait des bien plus grands à la place et bien moins quelconques.

- Comment ça ?

- Vous avez vu le Fabiano, juste derrière son bureau? Un original.

- Et alors ?

- Il en avait certainement d’autres de même valeur. Ce doit être facile de vérifier. Et puis…

- Et puis, quoi ?

- Cet homme a peur.

- Ah bon ?

- Vous n’avez pas remarqué qu’il commençait à avoir des gouttes de transpiration sur le front ?

Il la regarda étonné par sa capacité d’observation et il ne put empêcher un sourire de se former sur ses lèvres.

- Et une sacrée main moite en me disant au-revoir, rajouta-t-il.

- Alors, elle n’est pas finie cette enquête ! Où êtes-vous garé ?

- Pardon ?

- Il est évident que je retourne au poste avec vous.

 


cathy24  (21.05.2014 à 19:23)

9EME CHAPITRE

 

Les Bros n’en revenaient pas : Castle avait Beckett sur ses pas. Mais ils ne le prenaient pas mal, au contraire,  d’autant plus qu’ils purent finir les Churros. Castle les ramena rapidement sur l’enquête. Alors bien sûr, il y avait cette piste Martin Way qui offrait des perspectives intéressantes. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait également reprendre tout sur les deux autres victimes parce qu’ils ne pouvaient être certains que celle qu’on voulait cacher était bien Way. Et puis, il y avait aussi le fait que lui et son équipe aient foncé directement sur Duncan, focalisés sur l’évidence de sérial killer. Mais on avait retrouvé toutes les preuves qu’on voulait chez cet homme. Comment ne pas en faire le tueur idéal ? Il fallait tout reprendre. Et commencer par interroger ses voisins. Avaient-ils vu quelque chose d’insolite ? Une personne rôder à l’étage de Duncan ? Dans l’immeuble ? Il y avait peut-être des caméras de surveillance aux alentours. A vérifier. Demander les enregistrements.

Il était déjà plus de dix sept heures. La soirée s’annonçait longue et elle le fut. Pendant qu’Esposito et Ryan étaient partis interroger les voisins de Duncan, Castle et Beckett seraient en charge de recherches d’informations sur les victimes.

- Vous voulez voir ce qu’est la tâche quotidienne d’un flic à la Criminelle ?

- Bien sûr, répondit Beckett enthousiaste.

Montgomery fit signer un papier de confidentialité à Beckett et du coup, Castle lui attribua le bureau de Ryan, créa un mot de passe, lui indiqua comment naviguer. En deux temps trois mouvements, elle s’était approprié la technique de recherche. Il lui avait demandé dans un premier temps de noter et d’imprimer tout ce qu’elle trouvait d’intéressant. Ils mutualiseraient leurs résultats ensuite. Elle devait s’occuper plus précisément de Way et de la boîte de son patron : bénéfices commerciaux, projets, contacts, réalisations, comptes bancaires, ventes et achats extraordinaires. Tout. Lui s’occupait des deux autres victimes.

Ils travaillaient ainsi, presque face à face, depuis de nombreuses heures. Sans relâche.

Il accusa un coup de fatigue. Il releva la tête pour la voir toujours le regard posé sur l’écran de l’ordinateur. Elle le surprenait. Il n’aurait jamais cru qu’elle pourrait se concentrer ainsi sur une tâche aussi fastidieuse. Au contraire, elle paraissait débordante d’enthousiasme. Elle n’avait fait qu’une interruption, le temps d’aller aux toilettes. Elle avait même saisi sans rechigner la tasse de café infecte qu’il lui tendait et elle l’avait bu en faisant une énorme grimace qui avait amené un grand sourire sur le visage de Castle.

- Eh ! Fit-il. Si on faisait une pause ? J’ai faim. Pas vous ?

- Si, répondit-elle avec un grand sourire.

- Je nous commande quelque chose… à moins que vous ayez autre chose de prévu…

- Vous rigolez ! Rien de plus exaltant qu’une soirée ici.

- D’accord. Vous voulez quoi ?

- Eh ! C’est moi qui régale !

- Non, non, cela ne marche pas comme ça, ici.

- Vous allez me vexer. Thaï, ça vous convient ?

Il n’allait pas entamer une confrontation pour quelques nouilles sautées. Il accepta d’un mouvement de tête. Elle prit son portable et s’éloigna passer la commande. Il reprenait sa tâche quand son téléphone sonna. Voyant de qui émanait l’appel, il poussa un soupir, prit l’appareil en main et quitta sa place faisant quelques pas en direction du couloir.

Quand Beckett revint quelques instants plus tard, elle se retrouva seule. Elle eut un petit mouvement de tête :

- Pas d’inquiétude Lieutenant, je reste à mon poste, se fit-elle à elle-même.

Puis contrefaisant la voix de Castle, elle rajouta :

- Je n’en n’espérais pas moins de vous, moussaillon !

Cela la fit sourire. Elle se remit devant l’ordinateur mais se releva aussitôt. Elle avait soif. Il y avait le distributeur là-bas. Elle trouverait bien une bouteille d’eau. D’un pas assuré elle s’en approchait quand, au détour de la cloison, elle entendit la voix de Castle.

- Oui, je crois que c’est préférable que nous en restions là, Gina.

Beckett savait qu’elle aurait du rebrousser chemin mais elle ne pouvait s’empêcher d’écouter.

- …Non, ce n’est pas toi. Cela vient de moi… Je sais que c’est idiot de ma part, mais je crois que je ne suis toujours pas prêt… Beckett ? Mais non ! Comment peux-tu croire ça ? Elle est égocentrique, narcissique et exaspérante…

La jeune femme se redressa de surprise. C’était d’elle qu’il parlait là ! Et en quels termes ! Elle était à deux doigts de s’inviter dans la discussion mais en une fraction de seconde, elle comprit que se serait précisément aller dans ce que lui reprocher d’être Castle, alors elle fit demi-tour et revint s’asseoir, dépitée, à la place de Ryan.

Quand le lieutenant revint, il trouva une Beckett concentrée à nouveau sur les recherches.

- C’est commandé ?

- Oui.

Il enregistra le ton assez froid, ne le releva pas et reprit lui aussi son travail en attendant que le repas leur soit livré.

Une petite demi-heure plus tard, ils prenaient une pause bien méritée dans la salle de réunion. Ils avaient tellement faim que seules leurs mandibules émettaient un peu de bruit. Quand ils commencèrent à être rassasiés, ils goûtèrent quelques instants de décontraction.

- Cela vous arrive souvent d’être obligés de manger au poste ?

- Dès qu’une enquête le réclame.

- Pas évident d’avoir une vie privée.

- Pas évident, confirma Castle.

Mais Beckett n’avait introduit ce préambule que pour revenir sur ce qu’elle avait entendu plus tôt.

- Avec Gina, vous formez un très beau couple.

Elle s’attendait à ce que Castle élude sa remarque ou la renvoie dans les cordes. Il prit une grande inspiration, se cala le dos bien au fond du fauteuil.

- Je ne sais pas mais de toute façon, c’est fini.

- Désolée, fit-elle sincèrement.

- De quoi ? Vous n’y êtes pour rien. Mais vous aussi, elle n’a pas l’air au beau fixe, votre vie sentimentale.

Elle le regarda, étonnée qu’il la questionne sur ce sujet.

- J’avoue avoir été assez minable l’autre soir.

- Donovan, vous le connaissez depuis quand ?

- En fait, on n’est pas et on n’a jamais été ensemble. Il me fallait quelqu’un pour aller au Little Chicago et je n’avais pas vraiment quelqu’un de disponible.

- Vous avez tiré au sort dans l’annuaire et vous êtes tombée sur monsieur « tablettes de chocolat » ?

Elle éclata de rire.

- Non, c’est juste une amie qui me dit depuis un moment que ce sera LE futur Bratt Pitt et elle me tarabuste pour que je lui donne un rôle dans un prochain film. J’ai pensé que ce repas pourrait être l’occasion de voir ce qu’il avait dans le ventre.

- Donc vous n’avez personne dans votre vie en ce moment ?

- C’est plutôt compliqué et vous savez bien que j’ai tendance à alimenter la presse people.

- Difficile de l’ignorer.

Elle s’apprêtait à répondre quand Esposito et Ryan les surprirent.

- Eh bien ! S’exclama l’Hispanique, ici on mange et on papote pendant que nous, on se farcit tout le boulot !

- Joignez-vous à nous, engagea Beckett, il y en a pour tout le monde.

Esposito enleva sa veste qu’il déposa sur le dossier de sa chaise avant de prendre place, Ryan s’assit en bout de table et tous deux picorèrent aussitôt dans les plats.

- Alors, les voisins ? Commença Castle leur laissant à peine le temps d’avaler leurs premières bouchées.

- Mmm ! Pas grand-chose d’intéressant, répondit Ryan. Si ce n’est que le jour de l’assassinat de Way, Duncan paraissait vouloir refaire la décoration de son appartement.

- Comment ça ?

- Eh bien, il cognait si fort contre les murs qu’un voisin est venu lui dire d’arrêter sinon il appelait la police.

- Il était quelle heure ?

- Environ vingt deux heures.

- D’accord. Cela confirme que Duncan est hors de cause.

- Mais, relança Beckett, pourquoi l’assassin s’est-il donné autant de mal à désigner cet homme ?

- Parce qu’il a cru que nous n’irions pas au-delà de l’évidente culpabilité de Duncan.

- Il aurait fallu qu’il soit plus méthodique. Il y avait trop de choses qui ne correspondaient pas.

- Il a agit peut-être dans l’urgence.

- Ou alors, il vous a pris pour des imbéciles, sortit la jeune femme.

- Un compliment ? interrogea Esposito.

- Une simple constatation.

- Bon, finis les mots doux, interrompit Castle. Des caméras de surveillance ?

- Oui, répondit Ryan. Il y en a à chaque extrémité de la rue mais sans vision directe sur l’immeuble. Par contre, juste en face, il y a un magasin d’électronique avec une caméra.

- D’accord. Celle-ci pourrait nous être très utile, si elle n’est pas que dissuasive. Est-ce que quelqu’un vous a dit quand Duncan est sorti de chez lui pour la dernière fois?

- Apparemment le jour de son arrestation en fin de matinée.

- Bien. Dans ce cas, notre assassin pourrait avoir mis les preuves après son départ. Il nous faut les enregistrements depuis le moment où il a quitté son logement jusqu’à avant-hier matin.

- Je m’occuperais de les récupérer.

- Parfait.

- Et vous, de votre côté ?

Castle annonça qu’il n’avait rien trouvé à quoi se raccrocher concernant Rise et Mendoza. Juste quelques PV pour mauvais stationnement. Finances apparemment saines, vie bien rangée.

- Et Martin Way ? demanda Esposito.

 Beckett leva le doigt comme une lycéenne interrogée par un professeur. Castle amusé, lui donna la parole. Elle expliqua que l’agence de Bert Jenkins traversait une mauvaise passe financière. Elle avait retrouvé des photos prises de l’intérieur des locaux quelques années auparavant et cela confirma ce qu’elle pensait : Jenkins avait du se séparer de posters originaux sur New-York. Elle avait reconnu certaines œuvres. Une recherche sur internet lui avait permis de retrouver à quelle période il s’en était dessaisi.

- Combien en a-t-il revendu ?

- Au minimum sept. J’ai trouvé deux Lyon James, un Nasica Sebastien, un Cavaco Luis, deux…

- Ok, ok, très bon travail, admit Castle assez interloqué. Et cela nous donne quel montant ?

- Plusieurs centaines de milliers de dollars.

Ryan émit un petit sifflement.

- Eh bien ! Je vais changer de boulot et me mettre à la photo, lança Esposito.

- Ouais, mais encore faudrait-il que tu es un œil d’artiste.

- Mon pote, là, tu m’offenses. J’ai peut-être en moi un don que j’ignore.

- Mais il est bien caché alors...

Beckett et Castle échangèrent un regard amusé avant que le lieutenant ne siffle la fin de la récréation.

- Bon, il est plus de vingt-trois heures. On fait un break.

Esposito et Ryan n’eurent pas besoin que le conseil leur soit répété deux fois. Quelques instants plus tard, ils quittaient le poste.

- Eh, fit Beckett, mais on n’a pas fini.

- Pour ce soir, si. On a besoin d’un cerveau reposé pour analyser toutes les données. Allez, on va dormir !

Beckett le regarda, un indéniable éclat de rire dans les yeux.

- Même les paroles les plus anodines deviennent sujettes à détournement avec vous…

- C’est une seconde nature. A force de travailler les répliques.

- Bon, alors, bonne nuit. Ҫa va ? Rien de tendancieux à dire sur un simple « bonne nuit » ?

- Je suis certaine que je pourrais mais je vais en rester là. A demain peut-être.

- Peut-être ?

- Heu, non, ne vous réjouissez pas trop vite. Je serais là. Mais un « à demain peut-être », c’est plus prometteur, plus mystérieux, plus enclin à développer l’imaginaire qu’un simple « bonne nuit ».

- Oui, mais moi, je suis flic. Alors, bonne nuit, c’est parfait.

- Bonne nuit, lieutenant.

 

En approchant de la porte du loft, elle entendit son père interpréter un morceau de jazz. Depuis qu’elle était petite, elle avait toujours aimé quand il se mettait devant le piano. Parfois, il l’avait prise sur ses genoux et elle adorait voir ses grands doigts courir sur les touches. Ils lui faisaient d’effet d’araignées se déplaçant harmonieusement. C’était sans doute pour cela qu’elle n’avait pas peur de ces bestioles.

Elle entra sans bruit et s’installa confortablement sur le sofa. Elle s’était presqu’endormie quand Jim rabattit le couvercle une demi-heure plus tard. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il s’aperçut que sa fille était rentrée.

- Tu ne crois pas que tu serais mieux dans ton lit ?

- Je sais, papa, fit-elle en se redressant, mais rien ne me délasse autant que de t’entendre jouer.

- Tu étais douée. Tu aurais pu faire une bonne concertiste.

- Il ne fallait pas me mettre une caméra dans les mains à huit ans.

- Ne me dis pas que tu regrettes !

- Oh non, jamais. Mais je cherche une idée, quelque chose qui me sorte des trames habituelles de mes films.

- Tu as un vrai public de fans, il ne faudrait pas que tu les déçoives.

- C’est moi que je décevrais si je ne faisais que ressasser indéfiniment les mêmes thématiques et la même façon de filmer. Allez, je vais dormir. Demain, on a une longue journée en perspective au poste.

- « On » ? Je te rappelle qu’ils ont accepté de te supporter juste pour cette enquête.

Elle ne répondit pas, se dirigea vers sa chambre et fit un petit signe de la main à son père avant de refermer derrière elle.

Il lui cria :

- N’oublie pas la projection aux journalistes dans la soirée !

- Je n’oublie pas, l’entendit-il répondre.

 


cathy24  (22.05.2014 à 19:12)

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