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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 13.05.2014 à 17h22
Auteur : cathy24
Statut : Terminée
« J'ai eu besoin après six saisons de me désaltérer à la source originelle. En espérant que vous prendrez plaisir à être de mon voyage. » cathy24
Cette fanfic compte déjà 37 paragraphes
10EME CHAPITRE
Quand Beckett arriva au poste à neuf heures, les bras chargés de café et de petits beignets, elle trouva la salle vide. Elle était étonnée de ne voir personne. Elle posa sa veste sur sa chaise attitrée, celle accolée au bureau de Castle et tourna et vira sur elle-même. Elle aperçut Montgomery dans la salle de café. Elle se précipita.
- Bonjour, capitaine. Eh bien, ils ne sont pas si matinaux que cela. Je suis la première.
- Pas tout à fait, Beckett. Cela fait presque deux heures qu’ils sont dans la salle du fond à visionner des enregistrements de caméra de surveillance.
- Zut !
Elle sortit le plus vite possible de la pièce, récupéra cafés et beignets avant de faire une entrée tonitruante.
- Bonjour tout le monde. Je vous ai apporté de quoi bien commencer la journée.
Elle déposa le tout sur une table et sans plus de préambule, lança :
- Alors ? On en est où ?
Ils se regardèrent, estomaqués par le culot de la jeune femme. Elle les dévisagea un à un attendant qu’on satisfasse sa curiosité. D’un petit mouvement de menton, Castle sollicita Ryan.
- Eh bien, il s’avère qu’une des personnes que l’on a fait évacuer après avoir investi le bâtiment, y était entrée une vingtaine de minutes avant notre arrivée.
- En quoi est-ce suspect ?
Ryan remonta l’enregistrement et, une fois calé, le lança. Beckett regardait attentivement puis demanda à le voir une fois encore.
- Alors Beckett, fit Castle, quelque chose qui vous frappe ?
- Celui-là, fit-elle, en mettant son index directement sur l’écran, celui-là, il se fraye un chemin sans adresser la parole à quiconque et sans que quelqu’un ne la lui adresse. Comme s’il était transparent. Comme si personne ne le connaissait.
- Bien vu, confirma Ryan. En plus, l’homme portait une casquette dont la visière le dissimule en grande partie.
- On a son identité ? Demanda-t-elle d’un ton le plus neutre possible alors qu’elle avait envie de pousser un cri pour avoir su déceler l’élément discordant.
Castle la regarda intensément avant de lui répondre d’un ton amusé :
- Vous croyez peut-être que l’on a un logiciel de reconnaissance faciale ?
- Eh bien, vous en avez certainement un qui vous permet de…
- En fait, oui, nous en avons un, performant, ultra perfectionné.
- Ah, je savais bien ! Et je peux voir à quoi il ressemble ?
- Sans problème et vous l’avez-même devant vous.
- Ah bon ?
Elle tourna sur elle-même, examinant tout ce qu’il y avait dans la pièce avant de dire dépitée :
- Je ne le vois pas. Allez dites-moi !
- Ce sont nos yeux, Beckett, nos yeux !
Ryan et Esposito éclatèrent de rire tandis qu’un immense sourire illuminait le visage de Castle.
- C’est malin, fit la jeune femme, agacée de s’être faite avoir.
Mais devant leurs mines réjouies, elle devait admettre qu’elle offrait le flanc à ce genre de blague, si bien qu’elle en prit son partie et à son tour, rit de bon cœur.
- D’accord ! Bien joué ! Mais on fait comment maintenant ?
Ryan s’était proposé d’examiner les bandes-vidéo des caméras de surveillance des alentours pour tenter de le retrouver sur d’autres enregistrements. Esposito partait superviser la fouille du domicile de Martin Way. Quant à Castle, il s’était réservé les interrogatoires des proches de Grace Rise et Miguel Mendoza.
- Mais je croyais que notre piste la plus sérieuse était Way ?
- C’est pour cela que nous devons savoir si nous pouvons nous focaliser totalement sur lui.
Brian Rise avait été convoqué en premier. Castle l’attendit à l’ascenseur, le conduisit au salon réservé à l’accueil des familles et le pria de s’asseoir. Il referma la porte et se présenta.
- Je m’appelle Richard Castle. Je suis en charge de l’enquête et voici Kate Beckett.
- Vous avez arrêtés l’assassin de Grace, c’est cela ?
- On a incarcéré quelqu’un effectivement.
- Et c’est lui le coupable ?
- On a encore pas mal de détails à examiner. J’aurais besoin de vous poser quelques questions supplémentaires.
- Bien sûr.
- Quand avez-vous été averti pour ce baptême de l’air en hélicoptère ?
- C’était quelques jours avant la mort de Grace.
- Vous avez reçu un courrier, un mail ?
- Un appel sur mon portable. Il fallait définir rapidement une date et une heure.
- Et vous étiez déjà allé dans ce cabinet de relaxologues ?
- Non. En fait, il venait de s’installer dans le quartier depuis environ deux mois.
- Vous n’avez pas été surpris qu’ils vous offrent ça ?
- D’abord, je n’ai su l’identité de l’organisateur qu’à la fin du baptême. Ensuite, avec ce qui est arrivé, je n’ai pas pensé à aller les remercier.
- En fait, ils auraient été très surpris.
Brian Rise prit un temps de silence. Il redoutait de comprendre ce que le lieutenant tentait de lui dire : on l’avait éloigné volontairement de sa femme.
- Votre épouse vous paraissait-elle inquiète les derniers temps ?
- Non.
- Avait-elle des problèmes ?
- Non.
- Aviez-vous des problèmes ?
- Non.
- Pas d’anicroches dans votre couple ?
- Qu’est-ce que cela veut dire ? Vous croyez que j’ai planifié tout cela pour faire tuer ma femme ? C’est ça ?
Il ne savait pas s’il devait pleurer, crier de rage ou partir et claquer la porte.
- C’est inepte ce que vous sous-entendez. Je n’ai rien à cacher. Vous n’avez qu’à passer toute ma vie au peigne fin. Epluchez mes comptes, mes relevés téléphoniques, mes mails, tout…
- C’est déjà fait, Monsieur Rise.
L’homme resta bouche bée. En venant au 12th, il avait espéré avoir la confirmation que le meurtrier de sa femme était sous les barreaux et voilà que c’était lui qui passait à la question. Des agents l’avaient interrogé juste après la découverte du corps mais c’était la procédure habituelle et il ne s’en était pas offusqué : ces hommes faisaient leur boulot ! Mais là, c’était trop éprouvant, trop révoltant, trop écœurant ! Il en avait des nausées.
- Je n’ai pas fait tuer ma femme.
C’était la seule chose qu’il se sentait capable de dire.
- Nous en sommes convaincus.
- Je… je ne comprends pas…
Castle présenta plusieurs photos à Rise qu’il prit en mains.
- Avez-vous déjà croisé cet individu ?
Cela n’avait rien donné et quand Rise eut quitté la salle, Beckett laissa éclata sa consternation.
- A la place de cet homme, je vous aurais mis mon poing dans la figure.
- Pourquoi ça ?
- Il est désespéré d’avoir perdu son épouse et vous rajoutez à sa douleur en lui laissant entendre un instant qu’il pourrait être l’instigateur du meurtre.
- Quatre meurtres sur cinq sont perpétrés par des proches des victimes.
- Oui, mais là, ce n’est pas le cas et vous le saviez.
- Je m’en doutais mais je n’avais pas de certitude.
- Vous en êtes certain désormais, reprit-elle en doutant de ce qu’il venait de lui affirmer.
Il la regardait un sourire dessiné sur ses lèvres et plus elle s’énervait, plus son sourire prenait de l’ampleur.
- Vous savez que la colère vous va bien, répondit-il.
Elle ne le croyait pas ! Non seulement, il ne lui donnait pas l’explication qu’elle espérait mais en plus, il se moquait d’elle ! Mais elle ne voulait pas en rester là.
- Vous allez agir de la même manière pour la femme de Mendoza ? Vous allez lui faire croire qu’elle a commandité la mort de son époux, elle aussi ?
- Pas la peine.
- Pourquoi ? Je ne suis pas votre logique ! Tant soit peu que vous en ayez !
- Je n’ai pas trop le temps, mais je vais vous donner un petit cours de psychologie criminelle. Cela pourra toujours vous servir pour un prochain film.
Elle émit un petit gloussement. Décidément ce lieutenant la prenait de haut.
- Je ne pourrais pas rêver professeur plus émérite que vous, fit-elle d’un ton faussement admiratif.
Il ne put s’empêcher d’éclater de rire avant de se lancer dans ses explications.
- Dans ma carrière, j’ai déjà vu des épouses ayant tué leur conjoint. Les ayant fait abattre même. Mais une chose que j’ai remarqué, c’est qu’une femme, même celle haïssant le plus son mari, n’exposerait jamais ses enfants de cinq et huit ans à la vision traumatisante de leur père assassiné dans de telles conditions. Elle les en protègerait le plus possible. Si Maria Mendoza avait trouvé la plus petite excuse lui permettant de découvrir seule le corps de son mari, j’aurais des doutes. Ce n’est pas le cas. Les enfants ont vus la scène de crime.
Beckett réalisa qu’elle n’avait pas mesuré à quel point l’expérience de Castle était grande et était un indéniable atout.
- D’accord, lui accorda-t-elle, mais pour Rise alors ?
Il lui mit sous les yeux les photos qu’il lui avait montrées. Beckett jeta un rapide coup d’œil et releva bien vite un regard interrogatif sur Castle.
- Qui est cet homme ? Je pensais que vous l’interrogiez sur celui vu en bas de l’immeuble de Duncan.
- Justement. Si Rise avait fait assassiner son épouse, il n’aurait pas hésité à nous aiguiller sur cette fausse piste.
- Sauf que l’on ne voit pas mieux qui est sur cette photo.
- C’est pour cela que Rise est définitivement hors de cause.
Beckett était admirative. Vraiment admirative.
- Qui a-t-il ? Lui demanda-t-il, en voyant ce drôle de regard qu’elle portait sur lui.
Elle ne répondit pas. Mais elle sut aussitôt que de ces minutes qu’elle venait de vivre, elle ferait une des scènes principales de son prochain film.
Quand en début d’après-midi, Maria Mendoza repartit du poste, il ne faisait désormais plus de doute pour Castle que Martin Way était la victime que l’assassin avait véritablement voulu cacher. Résoudre le meurtre de Way mènerait inévitablement à la résolution des deux autres. A l’exception de Ryan qui continuait de visionner les enregistrements des caméras de surveillance, le reste de l’équipe travaillait désormais dans cette direction.
Dans la salle de réunion, une myriade de documents était étalée sur une moitié de la grande table. Cela allait de la correspondance privée de Way à ceux de ces mails de bureau, de ses déplacements privés à son agenda professionnel, de prospectus sur la société à un DVD promotionnel, de ses comptes bancaires aux documents trouvés dans ses tiroirs au cabinet Jenkins.
Beckett, de l’autre côté, avait disposé tout ce qu’elle avait pu regrouper sur la boîte où travaillait Way : bilan financier des quatre dernières années, comptes de l’entreprise, principaux clients, dernières affaires réussies, projets ayant avorté, affaires en cours.
C’était une somme énorme d’informations à analyser et l’après-midi se passa ainsi, à lire et tenter de trouver une raison pour laquelle il avait fallu se débarrasser de Way.
- Papa ?
Castle releva la tête.
- Hey! fit-il surpris.
Mais plus étonnée encore, il y avait Beckett regardant la rouquine qui venait d’aller embrasser son père.
- J’ignorais que vous aviez une fille.
- Je vous présente Alexis.
- Enchantée de faire ta connaissance.
- Vous devez être Kate Beckett.
- Apparemment, ton père t’a parlé de moi mais je préfère ne pas savoir ce qu’il a dit.
- Alors, je ne dirai rien.
Quelque chose passa dans leurs regards et elles se sourirent avec bienveillance. Ce fut à ce moment-là, que le portable de Beckett sonna. Elle vit de qui provenait l’appel et décrocha aussitôt.
- Oui, papa ?... Comment ça, où je suis ?... Oh ! Zut ! Oui, oui…, j’arrive tout de suite.
Elle quitta la pièce en coup de vent, récupéra son sac et fila vers l’ascenseur.
- Bon, fit Alexis, tu es prêt?
- Oui, chérie ! Il est temps d’y aller.
11EME CHAPITRE
Son père lui avait amené de quoi se changer. Elle s’était éclipsée dans les toilettes et avait enfilé prestement la robe, refait son maquillage et s’était donné un coup de brosse sur sa chevelure qui ondulait sur les épaules.
Quand Jim lui demanda si elle allait bien, elle s’aperçut alors que pour la première fois depuis qu’elle rendait compte de son travail devant une salle pleine de journalistes, elle n’avait pas le trac. Ou pour le moins, il commençait juste de faire son apparition. Avoir suivi cette enquête, lui avait permis d’évacuer toute cette tension qui croissait au fur et à mesure que la projection approchait. Là, depuis quatre jours que la version définitive était achevée, pas une seule fois, elle n’avait appelé son chef monteur pour lui demander de modifier telle ou telle séquence. Si bien qu’elle se retrouva propulsée sur la scène, la gigantesque toile blanche dans son dos, sans préparation, dans une nécessité absolue d’improvisation avec seulement les trois interprètes principaux de son film pour l’épauler. La salle de taille réduite pouvait accueillir jusqu’à quatre cents personnes et il n’y avait plus un seul fauteuil de disponible. Elle repensa à la projection qui avait été organisée pour son premier long métrage, dix ans plus tôt. Il n’y avait que quelques journalistes dans une salle à peine plus grande que sa salle de projection privée. Désormais, son producteur était obligé de refuser du monde : la sortie d’un nouveau film de Kate Beckett était toujours un des évènements cinématographiques de l’année. Elle ne pouvait, à chaque fois, que se demander combien de temps cela durerait encore.
Elle inspira un grand coup, regarda son père pour se donner du courage et prit le micro qu’on lui tendait.
- Merci, commença-t-elle, en octroyant à l’assistance un de ses magnifiques sourires, merci à vous tous d’avoir encore répondu présents. Avant de vous laisser face à l’écran, je voulais vous dire, qu’après ce film, je tourne le dos à ce que j’ai fait jusqu’à aujourd’hui.
Quelques murmures jaillirent mais elle ne s’y attarda pas et poursuivit :
- Il est temps que je passe à autre chose.
Elle entendit une question fuser.
- Je répondrais à toutes vos interrogations après la projection. En attendant, je souhaite remercier tous ceux qui m’ont apporté leur soutien, en premier lieu mon producteur, ainsi que toute ma fabuleuse équipe technique et les acteurs qui donnent merveilleusement corps à mes délires. Bonne projection à tous.
Elle venait à peine de disparaître en coulisse qu’elle fut abordée.
- C’est quoi ça, Kate ?
- Ne t’inquiète pas, Josh !
- Si justement, ce que tu viens de dire, me préoccupe. Ton prochain sujet ne rompt en rien avec ce que tu as fait jusqu’à présent.
- Oui mais tu peux mettre tout ça à la poubelle. Ou plutôt, tu sais, quoi ? Je t’en fais cadeau. Tu n’as qu’à trouver un autre réalisateur. Je repars sur autre chose.
- Comment ça ? C’est toi que je veux sur ce film. Point final. Tu sais combien j’ai déboursé?
- Je ne veux plus le faire. J’en ai la nausée rien que d’y penser.
- C’est quoi ce caprice ?
- Ce n’est pas un caprice. Si je continue ainsi, j’aurais l’impression d’aller au bureau.
- Arrête, tu vas me faire pleurer.
- Moque-toi de moi autant que tu veux mais c’est ainsi.
- Tu as un nouveau script de terminé?
- Non.
- Je peux lire ce que tu as déjà commencé à écrire alors ?
- Non.
- Attends ! Ne me dis pas que tu n’as encore pas rédigé la moindre ligne !
Quand il vit qu’elle tournait la tête pour l’éviter, il explosa :
- Tu ne sais même pas où tu vas ?
- J’ai une idée, si.
- D’accord ! Si je n’ai pas le début d’un scénario sur mon bureau d’ici deux semaines, je te jure que tu rembourseras jusqu’au dernier cent que j’ai déjà engagé.
- Oh arrête, un peu ! Tu sais bien que ce sont mes films qui ont renfloués les finances de ta boîte de production qui était en train de capoter. Sans moi, tu n’aurais plus rien.
- Merci de me le rappeler. C’est élégant. Tu as toujours été une enfant pourrie qui n’en fait qu’à sa tête.
- Et toi tu n’es qu’un profiteur. Je suis bien heureuse d’avoir annulé notre mariage voilà trois ans.
- Ouais, même pour ça je n’ai pas vu venir le coup.
Une immense salve d’applaudissements retentit. Le sourire revint sur les lèvres de Beckett. Elle réapparut sur scène et les spectateurs se levèrent dans une standing ovation. Il fallut quelques instants avant que le silence revienne. Elle fit un signe et de jeunes gens commencèrent de remonter les rangs porteurs de micros.
Les questions commencèrent. Moins sur son film que sur l’introduction qu’elle avait faite. Cela avait toujours l’air d’étonner quand quelqu’un disait vouloir faire autre chose, dans un autre style. Une nouvelle façon d’aborder les thèmes, de les filmer. Mais ce qu’elle retenait surtout c’est que les journalistes paraissaient apprécier moyennement cette modification. Finalement elle se rendait compte que toutes leurs questions étaient prévisibles et que même si elle avait décidé de changer, elle était la seule à comprendre cette nécessité.
Les micros continuaient de circuler et elle répondait aimablement. Elle prenait de temps à autre une gorgée à la bouteille d’eau qu’elle tenait à la main.
Elle ne vit pas tout de suite le visage de celui qui avait récupéré un des micros mais rien qu’à la voix, ses yeux s’agrandirent de consternation. Ce n’était pas vrai ? Il n’osait pas ?
Elle le chercha et finit par l’apercevoir en discussion avec Josh Davidson, son producteur. Elle fonça vers le lieutenant.
- Vous aviez besoin de vous faire remarquer.
- Vous vous connaissez ? Demanda Josh.
- Depuis peu, répondit Castle, mais on est devenus inséparables.
- Je vous avais donné ces places parce que je voulais vous faire plaisir.
- Et j’ai apprécié.
- Vous avez une drôle de façon de me remercier.
- Ҫa fait quoi quand on vient vous perturber dans votre travail ?
- Ah voilà ! C’est pour ça !
- Tu peux m’expliquer, interrompit Josh.
- En fait, et Beckett regarda Castle droit dans les yeux, je te présente ma nouvelle source d’inspiration.
- Ta quoi ?
- Tu voulais le sujet de mon prochain film, celui dont je suis en train d’écrire le script, eh bien, le voilà mon sujet, de pied en cape.
- C’est une blague ? Demanda Castle.
Alexis accrocha le bras de son père.
- Papa…
- Un instant, chérie. Il n’en n’est pas question, reprit-il en avançant vers Kate qui reculait au fur et à mesure.
- Je vous ai déjà dit que vous m’inspiriez.
- J’ai cru à une boutade, et il s’approchait si près d’elle, qu’elle se servit de Josh pour se protéger derrière lui.
- Mais j’étais très sérieuse.
- Papa, moi, je trouve cela génial !
- Vous voyez, même votre fille apprécie.
Le regard de Castle allait d’Alexis à Beckett et revint vers la jeune fille qui se sentit obligé de se justifier.
- Je trouve ça sympa de voir un personnage inspiré de toi sur grand écran.
- Si toi aussi tu t’y mets…
- Papa, et Alexis tirait peu à peu son père, allez viens. J’ai cours demain.
Castle passa alors son bras autour de ses épaules et pointa son index vers Beckett.
- On règle ça au poste.
- Pas de problème.
Il s’était à peine éloigné d’elle avec Alexis que Josh Davidson revint à la charge.
- Tu peux me dire qui est cet homme ?
- Un flic de la Criminelle. On travaille ensemble sur une enquête.
- En tout cas, sa question tout à l’heure était la seule digne d’intérêt de toute cette soirée.
- Je sais.
Elle arriva au poste une fois de plus quatre cafés en main. Elle retrouva Castle et Esposito déjà en plein travail. A son salut, il n’y eut que l’Hispanique pour répondre.
- Vous me faites toujours la tête, Castle ?
Il ne répondit pas.
- Apparemment, oui, dit-elle en s’asseyant de l’autre côté de la table.
- Et pourquoi vous ferait-il la tête, demanda Esposito ? Ҫa avait l’air d’aller entre vous hier ?
- Je ne sais pas, répondit-elle de mauvaise foi.
- Comment ? Vous avez un de ces toupets ! Si tu veux savoir, elle veut construire son prochain personnage à partir de moi.
- C’est vrai, fit Esposito ?
- Je suis en période de recherche, là ! Confirma-t-elle.
- Oh cool! Et moi aussi, vous me mettrez dans votre film ?
- Et Ryan, rajouta-t-elle.
Un énorme sourire rayonna sur le visage d’Esposito.
- Vous voyez Castle, certains sont heureux à cette idée.
- Je verrais bien Javier Bardem, pour mon rôle, enchaîna Esposito. Vous en pensez quoi ?
Beckett éclata de rire :
- Pourquoi pas ! C’est un immense acteur.
- Yes ! Cela serait vraiment…
Ryan arrivait à ce moment-là. Il vit la mine furieuse de Castle et celle réjouie d’Esposito.
- Que se passe-t-il ?
- Tu verrais qui pour interpréter ton rôle ?
- Mon rôle ?
- Oui, Beckett va réaliser un film basé sur nous.
- Vrai ?
- J’y pense très sérieusement !
- Trop classe !
- Alors, qui pour toi ?
- STOP ! hurla Castle. Je vous rappelle qu’on est là pour trouver un assassin et non pour faire passer un casting.
Esposito et Ryan échangèrent un regard de complicité. Ils se saisirent des gobelets que leur tendait Beckett pour cacher derrière cette envie de rire qui montait.
- Bon, ces vidéos ?
Ryan posa une chemise sur la table. Il en extirpa plusieurs photos en expliquant que l’homme à la casquette était présent sur des enregistrements de caméra récupérés sur une autre avenue. Preuves à l’appui, on voyait clairement l’individu sur plusieurs clichés mais il était toutefois toujours autant impossible de l’identifier. Puis, il était monté à bord d’un véhicule. Ryan était parvenu à faire un gros plan de la plaque d’immatriculation.
- Résultat ? Demanda Castle sans se faire beaucoup d’illusions. Une fausse plaque ?
- La recherche a donné quelque chose d’étonnant.
- A savoir ?
- Cette Chevrolet fait partie du parc automobile de la mairie.
Castle en référa aussitôt à Montgomery. L’enquête menait sur un terrain sensible, très sensible. Ce n’était pour l’instant que des renseignements de routine qu’il s’agissait de récupérer mais même pour quelques questions à poser, une discrétion absolue s’imposait. Pas de gyrophare, pas de sirène, pas d’escouade débarquant en masse à l’Hôtel de Ville, le moins d’agents municipaux au courant.
- Parfait, fit Castle en se tournant vers Beckett, si vous nous obteniez un rendez-vous avec Bob ?
12EME CHAPITRE
L’appel de Beckett avait été le précieux sésame pour être introduit auprès du maire. Il s’empressa de prendre la jeune femme dans ses bras. Il y avait un évident plaisir à se retrouver. Ils commencèrent par s’échanger quelques propos comme le font des personnes attentives l’une à l’autre. Des petits riens sur les proches mais qui font tout dans les relations sincères. Ces petites choses dont les témoins se sentent exclus forcément mais qui peuvent leur en apprendre beaucoup. Ils discutaient avec bonne humeur, laissant de temps à autre jaillir quelques éclats de rire. Castle ne s’en impatienta pas et au contraire sourit de cette joie communicative. Il remarqua combien l’attitude de Beckett était différente : ses yeux pétillaient de satisfaction, ses gestes étaient amples dans une générosité spontanée, son sourire exhalait un intense contentement. Castle devait bien admettre que Kate Beckett offrait plusieurs visages dans ses relations. Il réalisa pleinement qu’il ne savait finalement rien sur cette jeune femme et qu’il s’était certainement empêché d’en connaître plus par sa propre façon d’agir.
- Alors, finit par demander l’édile ? Vous êtes là pour quoi ?
- Eh bien, rebondit Castle, c’est au sujet d’une voiture qui aurait été volée voilà trois jours.
- Cette histoire ? Oui, on l’a signalé au commissariat mais elle a été retrouvée hier. Pourquoi la Criminelle s’intéresse-t-elle à ça ?
- Il se pourrait bien que l’homme responsable de cet « emprunt », soit impliqué dans trois homicides.
- Racontez-moi ça.
Le maire les fit asseoir et Castle se lança dans le récit des évènements sans pour autant révéler tous les détails de l’affaire. Robert Weldon écouta très attentivement sans l’interrompre. Quand le détective eut terminé, le maire fit venir son conseiller en communication Pat Walter. L’homme, la cinquantaine passée, chauve, grand, un peu enveloppé, affirma avoir déclaré le vol dès qu’il en eut connaissance.
- Dans quelles circonstances a-t-elle été volée ?
- Tous les deux jours au plus, nos véhicules sont nettoyés. En attendant son tour, le chauffeur s’est éloigné de quelques pas pour discuter avec un collègue, sans fermer la voiture. Cela a suffi.
- Il a vu le voleur ?
- Trop tardivement alors que la voiture avait déjà redémarré. Il l’a aperçu de dos apparemment et brièvement.
- Nous pourrions parler à votre employé?
- En fait, et Walter hésita un peu, il n’est plus ici.
- C'est-à-dire ?
- Je l’ai renvoyé.
- Pour un simple moment d’inattention, demanda le maire ?
- C’est la troisième fois qu’il est pris en faute et en peu de temps.
- D’accord, fit Castle. Mais il nous faudra son nom et son adresse.
- Pas de problème.
- Autre chose aussi, continua le lieutenant, la voiture a-t-elle été de nouveau lavée depuis qu’elle vous a été restituée ?
- Certainement.
- L’intérieur également ?
- Il y a de fortes chances.
- Je vais cependant envoyer la Scientifique voir si on peut trouver quelque chose.
- Mais vos collègues ont déjà cherché des empreintes et n’ont rien trouvé.
- Ils croyaient n’avoir affaire qu’à un vol.
Walter échangea un regard inquiet avec Weldon.
- Vous comprendrez que voir une armada de policiers envahir l’Hôtel de Ville…
- J’enquête sur un triple meurtre. Je suis désolé mais je ne dois rien laisser au hasard.
- Comment croyez-vous que la presse va réagir quand elle sera au courant ?
- Nous agirons le plus discrètement possible.
- Ce n’est pas assez, rétorqua Walter. Nous sommes à un peu plus d’un an des élections municipales et tout peut avoir de l’importance.
Weldon interrompit l’échange d’un geste de la main.
- Et si nous vous confions le véhicule pour que vous puissiez l’expertiser à l’abri des regards ?
- C’est une possibilité, Monsieur le Maire, admit Castle.
- Par contre, vous devez me donner votre parole que cette information ne sortira pas.
- Si fuite, il y a, elle ne viendra ni de moi, ni de mon équipe, je puis vous l’assurer.
Weldon cherchait dans le regard de Castle à savoir jusqu’à quel point il pouvait lui faire confiance. Dans le monde de la politique tous les coups étaient à envisager. Comment être assuré que ce simple vol de véhicule n’allait pas l’entraîner vers la perte de la mairie de New-York ? Il en avait tellement vu de ces infimes choses qui, de fil en aiguille, avaient débouché sur de véritables Bérézina politiques !
- Tu peux te fier à lui, intervint Beckett. Castle est un des meilleurs enquêteurs de la ville et il est d’une honnêteté scrupuleuse. Trop à mon avis. Je lui confierais mes plus grands secrets sans hésitation.
Le compromis avait finalement été trouvé.
- Alors ? Ne put s’empêcher de relancer Beckett, une fois qu’ils revenaient au poste, vous voyez bien que je vous suis utile.
Castle se demandait comment en une seule question, la jeune femme pouvait passer d’une personne attentionnée et diplomate à quelqu’un d’agaçant et d’arrogant. Mais il lui savait gré d’avoir évité une confrontation avec le maire.
- Vous vous connaissez depuis combien de temps ?
- Cela fait presque vingt ans. En fait, c’est un ami de mon père. Bob à l’époque était un tout jeune politicien mais c’est aussi un cinéphile averti et je crois que sans lui, jamais je n’aurais regardé quelques perles injustement oubliées du cinéma mondial.
Castle était déjà passé à autre chose. Il réfléchissait à l’étape suivante : il avait envoyé Esposito et Ryan chercher le chauffeur, un dénommé Ruis Figuera. Il espérait que de l’interroger au poste, même en temps que simple témoin, lui mettrait une pression supplémentaire et l’inciterait à être plus disert et coopératif.
- Jusqu’où étiez-vous prêt à aller, poursuivit Beckett ?
- Pardon ?
- Vous auriez été jusqu’à chercher à obtenir un mandat d’un juge ?
- Bien évidement.
Il se tourna vers elle et croisa son regard.
- Vous vous imaginiez que parce que vous êtes proche du maire, j’aurai pu lui faire une faveur ?
- Voyons, je me doute bien que le simple fait d’être ami avec moi, serait une preuve supplémentaire de méfiance de votre part, mais non, là, il s’agit d’une personnalité importante, de votre employeur même.
- Cela ne change rien pour moi.
- Weldon n’a pas tort en disant qu’une médiatisation, même d’un fait insignifiant, peut avoir de néfastes répercussions.
- Vous croyez que je l’ignore ? Mais, est-ce que vous me préconisez de ne pas faire mon travail correctement ?
- Bien sûr que non ! Mais je n’aime pas quand ceux que j’estime en viennent à devoir se confronter.
Castle enregistra les dernières paroles de Beckett sans réagir mais un étrange battement de cœur s’amplifia dans sa poitrine. Il s’attendait à ce que leur échange tourne au combat, que leurs propos deviennent acrimonieux et provocateurs, et voilà que d’une simple petite phrase, la jeune femme le désarma complètement. Elle oscillait sans cesse entre côtés exaspérants et aspects touchants. Et là, une fois de plus, il était dérouté. Quelques mots et cela suffit à lui faire comprendre qu’elle l’appréciait. A vrai dire, il ne savait comment répondre. Devait-il répondre ?
- En tout cas, vous pourriez me remercier, continua-t-elle.
- Pardon ? Pourquoi ?
- Eh bien, d’avoir loué vos compétences professionnelles.
Une fois de plus, elle venait de passer de l’autre côté du miroir et Castle se sentit subitement plus à l’aise avec ce second aspect de sa personnalité. Il se contenta de pousser un soupir sans répondre une fois de plus mais ce soupir était autant de soulagement que d’exaspération.
Ruis Figuera n’était pas au poste. Les Bros s’étaient cassé les dents à l’adresse communiquée à Castle par Walter. La photo fut montrée à tous les locataires de l’immeuble mais nul n’avait croisé cet individu.
Chacun attendait de Castle qu’il donne la ligne directrice des prochaines investigations. Parce que là, d’un crime apparemment de sérial killer, on s’orientait vers quelque chose de plus sournois, de plus méthodique, de plus élaboré, de plus complexe, de plus déstabilisant. Alors le lieutenant confia à ses hommes la tâche de trouver Figuera. Si la chance était avec eux, cet individu serait fiché. Une possibilité d’élargir l’angle de résolution de l’affaire. Sinon, comme pour l’homme à la casquette, ils pourraient faire longuement du surplace. Restait à continuer d’éplucher tout ce qui se rapportait à Martin Way.
Ils avaient des tâches si nombreuses à accomplir que Castle aurait bien aimé que Montgomery affecte plus de personnes sur l’enquête mais cela s’avéra impossible. Comme unique renfort, le lieutenant n’avait que Beckett.
Il hésita. Way ou l’homme à la casquette ? Se focaliser sur l’un plutôt que sur l’autre, c’était risquer de passer à côté d’un indice les reliant.
Un indice les reliant.
Castle avait porté le gobelet à ses lèvres mais il n’en but pas une gorgée. Il cessa aussi de s’agiter sur son fauteuil, restant ainsi, immobile quelques secondes avant de se retourner vers Beckett.
- Vous voulez continuer de nous aider ?
- Bien évidemment !
Edward Duncan avait été amené de l’hôpital psychiatrique où il subissait des examens approfondis sur son état mental. Pour éviter de se retrouver face au même mur qu’il lui avait opposé, Castle avait décidé que Duncan serait interrogé dans la salle de repos. L’homme était installé sur le canapé. Il s’y était posé maladroitement et s’y retrouva enfoncé en situation d’infériorité. Face à lui, assise, Beckett. Castle s’était appuyé contre la porte, les bras croisés.
- Bonjour Edward, commença Beckett. Vous savez qui je suis ?
Il opina mais ne dit rien.
- C’est à dire ?
- Vous m’avez arrêté avec… et d’un mouvement du menton, il désigna Castle.
- Mais vous connaissez mon nom, insista-t-elle. Vous savez donc que je ne suis pas un flic, pas une ennemie.
Duncan haussa les épaules.
- J’ai cru comprendre que vous appréciez beaucoup mon travail.
Il continuait de s’enfermer dans son mutisme.
- J’aimerais beaucoup discuter de mes films avec quelqu’un comme vous. Que vous me disiez ce qui est réaliste, ce qui ne l’est pas, ce que j’aurais du approfondir, ce que j’aurais pu couper…
Castle laissa Beckett emmener la discussion sur tout autre chose que les crimes. Il avait demandé à la jeune femme de se servir de l’admiration que Duncan avait pour ses films pour créer un début de lien entre eux. Et il admit qu’elle faisait ça à merveille même si l’homme continuait de rester très méfiant.
- J’ai besoin d’un œil critique comme le vôtre et cette enquête finie, j’espère que nous pourrons en parler franchement. Mais il y a plus urgent pour l’instant, Edward, vous comprenez ?
Même si elle ne parvenait toujours pas à briser sa carapace, elle ne se décourageait pas.
- On est en plein brouillard. On a fait une erreur incroyable en vous traitant en suspect. Mais de vous avoir avec nous, va nous aider au contraire et va nous permettre d’arrêter celui qui s’est servi de vous pour commettre trois meurtres.
Il restait toujours muet.
- Vous avez un remarquable sens de l’observation. Vous devez nous dire tout ce dont vous vous rappelez, tous ces détails étranges que vous avez relevés…
Il persévérait dans son attitude.
-… pour briser ce complot, compléta Beckett qui fermait les poings espérant avoir trouvé la clé de ce coffre-fort.
- Je les ai tous prévenus.
- Qui ?
- Les cibles.
- Les trois victimes ?
- Quatre prévus, corrigea l’homme.
- Comment cela quatre ?
Elle sut se réfréner mais elle était à deux doigts d’exploser de joie.
- Quatre dates. Quatre morts.
Castle quitta sa place et vit s’asseoir sur le fauteuil à droite de Beckett qui avait enchaîné.
- On n’a trouvé que trois corps.
- Quatre prévus, répéta-t-il.
- Qui ? Prit le relais Castle. Qui devait-être la quatrième victime ?
- Moi.
Beckett et Castle se tournèrent l’un vers l’autre. L’évidence les assaillit brutalement et c’est ensemble qu’ils s’exclamèrent :
- « L’accroche » !
Ils avaient compris le dernier des modes opératoires de l’assassin : « suicider » Duncan.
Cela aurait pu être un plan parfait s’ils ne l’avaient pas intercepté avant l’assassin. Castle le comprit : le réalisateur des trois crimes était certainement présent au restaurant ou aux alentours le soir où Duncan avait été appréhendé, le recherchant certainement, espérant comme Castle l’avait espéré, qu’il reviendrait vers ses lieux habituels. Il était peut-être sur le point de l’intercepter en le voyant arriver. Si Beckett n’était pas apparu au restaurant ce soir-là, si elle ne l’avait pas fait sortir dans la rue, la police aurait découvert le cadavre de Duncan et toutes les preuves incitant à croire qu’il s’était suicidé. L’affaire aurait été classée.
Ryan souffla. Une fois de plus, il devait récupérer les enregistrements des caméras de surveillance dans le secteur du restaurant et les visionner. Dans un premier temps, Castle lui demanda de se limiter à la soirée où Duncan avait été arrêté mais cela risquait de lui occuper toute la fin de journée. L’Irlandais s’éloigna un peu pour passer un coup de fil.
- Récapitulons, lança Castle à voix haute pour lui-même et Beckett, en se positionnant devant le tableau. Notre assassin élimine, par ordre chronologique, Rise, Way et Mendoza.
- Tout nous conduit à un obsédé de mes films. Et cet obsédé, on l’aurait retrouvé…
- …pendu. Et la boucle aurait été bouclée. On n’irait pas chercher plus loin : le fan obsessionnel avait tué trois personnes et pour terminer en apothéose sa série meurtrière, il se donnait lui-même la mort en suivant la mise en scène de « L’accroche ».
- Sauf que…
- …ce fan était devenu méfiant et a été introuvable quelque temps. Du coup,…
- … on le retrouve juste avant le meurtrier…
- … ce qui le perturbe dans ses plans…
- … et toute sa mise en scène tombe à l’eau…
Ils entendirent un raclement de gorge à côté d’eux ce qui les interrompit aussitôt.
- Dites, fit Esposito, vous répétez déjà les dialogues pour le prochain film ? Parce que c’est flippant votre truc, là, de finir les phrases de l’autre.
13EME CHAPITRE
Esposito était venu leur dire que retrouver la trace de Ruis Figuera pourrait prendre un peu de temps, qu’il allait falloir lancer des recherches dans plusieurs bases de données. Castle devança Beckett.
- Je sais ce que vous allez dire. La réponse est non.
- Quoi, non ?
- Non : nous n’avons pas un seul et unique fichier centralisateur.
- Mais je ne voulais pas parler de ça.
- Ah bon ?
- Eh ! Ne me dites pas que vous êtes déçu !
- Eh bien…
Elle sourit avant de reprendre :
- J’ai fini par comprendre que votre quotidien ne ressemble pas à celui d’agences gouvernementales aux moyens surpuissants.
- D’accord, admit Castle. Alors vous vouliez dire… ?
Kate alla se positionner devant le tableau blanc.
- Pourquoi la municipalité se retrouve-t-elle impliquée dans cette histoire ? Figuera est-il devenu chauffeur juste pour permettre ce lien avec la mairie ? Est-ce dû à l’approche des élections ?
- Vous suggérez que tout ça est uniquement à des fins politiques ?
- Et pourquoi pas ?
- On tendrait un piège au maire ? C’est votre sentiment ?
Esposito, sans comprendre trop pourquoi, leva le doigt comme le ferait n’importe quel écolier pour prendre la parole. Il tenta un :
- En fait…
Mais ni Castle, ni Beckett ne faisaient attention à lui.
- Ce ne serait pas la première fois qu’on fomenterait un guet-apens pour faire tomber un élu.
L’hispanique essaya une seconde fois de s’interposer :
- J’ai réussi à…
Mais il n’eut pas plus de chance et en désespoir de cause, il s’assit sur le rebord du bureau de Ryan, croisa les bras et sa tête suivit en oscillant de droite et de gauche la discussion animée qui semblait ne pas devoir s’arrêter entre les deux protagonistes.
- Trucider de cette manière trois personnes juste pour faire battre Weldon ! J’ai du mal à y croire.
- C’est parce que vous ne faites pas suffisamment travailler votre imagination.
- Vous, c’est plutôt le contraire.
- Cela ne vous intrigue pas ces éléments qui convergent vers la mairie ?
Esposito sentit une présence à ses côtés. Il se retourna pour se rendre compte que Montgomery était sorti de son bureau, certainement alerté par le volume sonore croissant de l’échange. D’un seul froncement de sourcils, le capitaine interrogea le détective qui lui répondit en écarquillant les yeux. Si bien qu’ils se retrouvèrent assis côte à côte, en position d’observateurs. C’est ainsi que les trouva Ryan qui sans atermoiement particulier, resta debout auprès d’eux, mais croisa les bras lui aussi, le visage tourné vers Castle et Beckett.
- D’abord, pour l’instant, ce n’est que la voiture volée qui nous a aiguillés dans cette direction.
- Alors, selon vous, ce serait le pur hasard que ce véhicule appartienne au parc municipal ?
- On ne peut être certain de rien à l’heure qu’il est.
- Mais ce Figuera qui a donné une mauvaise adresse ?
- Cela ne prouve pas qu’il existe un lien entre lui et notre homme à la casquette.
- Il y en a un, forcément.
- Forcément ?
- Sinon, tout cela n’a aucun sens.
- Il ne s’agit pas d’élaborer une théorie, mais d’exposer des faits.
- Eh bien, je n’ai fait qu’énumérer des faits moi aussi.
- Et puis vous vous en servez pour construire un scénario loufoque.
- Loufoque ?
Il se tourna vers le tableau et son index alla des photos des trois victimes à celle Duncan puis à celle de l’homme à la casquette et enfin à celle de Figuera.
- Vous oubliez un élément important : on n’était pas sensé remonter jusqu’à la mairie. On devait s’arrêter à Duncan, mort, chez lui certainement et clore l’affaire.
Beckett prit un petit temps de silence avant de répondre.
- D’accord, j’admets que cela est déroutant.
Devant le petit sourire de Castle, elle poursuivit :
- Cependant, vous ne m’ôterez pas de l’idée que cette coïncidence n’est pas fortuite. Il faut juste que je trouve la bonne histoire pour relier tous ça.
Castle poussa un soupir. Esposito profita de cette soudaine accalmie pour intervenir.
- … Et je crois que l’on va pouvoir vous y aider.
Dans le même mouvement, Castle et Beckett se tournèrent vers le perturbateur.
- Comme tu l’as demandé, commença-t-il en se tournant vers le détective, j’ai contacté Walter et il va nous envoyer la liste de tous les faits et gestes de Figuera pendant ses deux mois de présence à la mairie.
- « Comme vous l’avez demandé » ? interrogea Beckett, la surprise dans la voix et la perplexité dans le regard. Ah non, finit-elle par rajouter, vous vous moquez de moi ! Vous me faites croire que… Oh !
Ses lèvres s’entrouvrirent sans laisser échapper d’autre son. Ses yeux s’écarquillèrent. Elle croisa les bras et ses joues s’empourprèrent.
Les quatre hommes éclatèrent de rire et Castle tapa dans la main de Ryan et Esposito.
Beckett n’en revenait pas : ils se moquaient tous royalement d’elle. Ils l’avaient faite marcher et elle n’avait rien vu venir. Au contraire, elle avait foncé tête baissée. Elle était décontenancée mais elle ne voulait pas en rester là et voulait retourner cette vexation à son avantage.
- Cela prouve que je suis tout à fait à la hauteur et que je suis une partenaire tout à fait fiable.
- Parfaitement, appuya Montgomery.
Et le capitaine, s’il avait bien compris et c’était amusé de cette joute entre Castle et Beckett, se devait de faire qu’il n’y ait ni vainqueur, ni vaincu.
- Beckett est un partenaire étonnant, déconcertant, mais de bonne facture. Et vous savez ce que l’on fait avec tout nouveau partenaire, n’est-ce pas Castle ?
Le sérieux revint sur le visage de Castle. Il avait compris où voulait en venir Montgomery mais il n’était pas décidé à se laisser avoir ainsi.
- Beckett a bien d’autres projets beaucoup plus intéressants que celui-ci.
- Il suffit de lui demander.
- Que faut-il me demander ?
- Une tradition veut que tout nouveau membre d’une équipe soit invité chez son coéquipier, lui répondit Montgomery.
- Vous n’êtes pas obligée d’accepter, enchaina aussitôt Castle.
Il regarda attentivement la réaction de la jeune femme, espérant voir une ombre d’insatisfaction sur son visage mais ce fut le contraire. Il sentait que cela amusait Beckett de le voir ainsi quasiment contraint.
- Oh mais c’est un grand plaisir. Je suis très flattée.
Castle tenta de repousser encore cette possibilité.
- Vous devez avoir vos soirées fort occupées et cela ne va pas être facile de trouver une date qui vous convienne. On pourra voir ça plus tard.
- Décidez et je me rendrai disponible.
Esposito, Ryan et Montgomery avaient les yeux fixés sur lui. Il ne pouvait plus reculer. Alors, repousser le plus tard possible cette obligation ? Non. Finalement autant se débarrasser au plus vite de cette corvée.
- Ce soir ?
Il vit une légère contrariété dans le regard de Beckett.
- Un problème ?
- Non, non, fit-elle aussitôt. Rien qui ne puisse se régler.
Ryan avait récupéré les différents enregistrements et s’attendait à passer une grande partie de la soirée ainsi, seul devant cet écran, dans cette pièce froide alors qu’il avait prévu d’aller prendre un verre au K.J. McDoogal’s espérant bien que la jeune femme blonde qu’il avait remarqué la semaine précédente, y ferait une nouvelle apparition. Chacun de leur côté en compagnie d’amis, ils n’avaient pas pu échanger une seule parole mais leurs regards avaient été assez explicites pour engager une conversation muette. Et quand la jeune femme en quittant le bar avait échappé d’une voix assez forte en direction du barman un « à la semaine prochaine », Kevin Ryan avait voulu croire que ce message s’adressait à lui.
Mais voilà, il était cloué au poste et ne la recroiserait certainement plus.
Il était allé s’approvisionner en chips et en bouteille d’eau au distributeur. Il s’installa sur la chaise, posa ses victuailles sur la table, introduit le premier DVD dans l’appareil, se saisit de la télécommande et lança la lecture.
Il fit claquer en l’ouvrant le paquet de chips mais n’eut pas le temps de plonger la main à l’intérieur. Il avait déjà fait bonne pioche. Tout de suite. Cela ne lui était jamais arrivé. Si la chance continuait d’être avec lui, il pourrait peut-être finir sa soirée au K.J.
Les images montraient au loin la porte d’entrée du restaurant avec Castle et Beckett discutant de manière animée sur le seuil. Il vit de dos s’approcher Duncan et la course-poursuite entre lui et Castle. Là-bas, au fond, Beckett faisait un pas pour entrer, se ravisa et partit à l’opposé. Ensuite, plus rien de remarquable sur l’écran pendant quelques minutes. Puis enfin, Castle poussant devant lui Duncan menotté et Beckett qui semblait ne pas devoir arrêter un instant de parler.
Mais surtout, Ryan vit cette voiture garée sur le côté qui déboita et remonta la chaussée en venant vers la caméra. Après un arrêt sur image, pas de doute possible : il s’agissait bien de la Chevrolet volée. Par contre, le zoom sur le conducteur ne permettait toujours pas de tirer une photo exploitable de l’individu.
Ils avaient deux individus sur lesquels ils pouvaient avec raison fonder des pistes sérieuses pour l’enquête mais pour l’un, ils n’avaient pas même une image nette à se mettre sous la dent et pour l’autre, ils avaient visage et identité mais toujours pas la moindre idée de l’endroit où aller le débusquer. Alors Castle avait décidé qu’il était plus que temps, en attendant que l’informatique ne leur trouve quelque chose sur Figuera, de continuer à approfondir le cas Martin Way. Si cet homme avait été la cible de l’homme à la casquette, au point de vouloir maquiller son meurtre au milieu de deux autres et d’un suicide, c’est qu’il ne pouvait s’agir d’un crime crapuleux. Il allait falloir tout reprendre en détail, tout décortiquer. Il y avait forcément quelque chose qui était passé inaperçu.
Ryan souffla en comprenant que finalement, sa soirée ne se passerait pas au bar mais devant un amoncellement de papiers à réexaminer. Il avait été trop rapidement optimiste quelques minutes plus tôt. Et puis Castle regarda sa montre. Il devait y aller. Cela faisait déjà presque deux heures que Beckett était rentrée chez elle, régler quelques affaires et l’heure s’approchait où elle se pointerait devant sa porte. Cela serait du plus mauvais effet s’il n’était pas là pour l’accueillir et si rien n’était prêt. Alors qu’il donna à chacun quartier libre, un immense sourire apparut sur le visage de Ryan provoquant l’étonnement de ses collègues.
14EME CHAPITRE
Quelques coups brefs à la porte et ce fut Alexis qui vint ouvrir. Elle accueillit Beckett avec un grand sourire et lui dégagea bien vite l’accès à l’appartement. Elle la débarrassa de sa longue veste.
- Richard, fit une autre voix tandis que surgit devant la réalisatrice, une femme d’une soixantaine d’années, mais à l’allure énergique et à la bonne humeur communicative, tu ne m’avais pas dit qu’elle était aussi ravissante.
- Merci, trouva seulement à répondre Kate.
- C’est ma grand-mère, souffla Alexis.
- Appelez-moi Martha.
- Très bien. Merci de votre accueil, Martha.
- Vous savez, ma petite fille m’a demandé de venir l’aider. Un peu en tant que casque bleu, si vous voyez ce que je veux dire, rajouta-t-elle en baissant le ton. Il paraît qu’avec mon fils vous n’êtes pas en parfaite concorde.
- Je… je le connais peu, mais ce que j’ai vu de lui, m’intéresse. Positivement.
- Parfait, ma belle et elle donna une petite tape amicale sur l’épaule de Beckett.
Puis, se tournant, elle força le ton :
- Richard, si tu assumais ton rôle d’hôte, un peu.
Castle fit enfin son apparition. Il pria Beckett d’entrer dans le salon mais elle resta figée. Elle ne s’était pas attendue à cela : un Castle dans une tenue décontractée, jean, tee-shirt en V d’un bleu ton sur ton avec la couleur de ses yeux, une mèche rebelle sur le front et un sourire enjôleur aux lèvres. Quand pour la seconde fois, il l’invita à entrer plus avant, elle obtempéra de crainte qu’il ne vît la rougeur qui lui montait aux joues et l’émoi qu’elle ressentait. Un peu plus, elle se serait giflée de se trouver prise en faute comme une adolescente en pâmoison devant un beau gars. Et ce fut lui qui la fit reprendre totalement pied.
- C’est pour moi, je suppose ?
Elle avait complètement oublié la bouteille qu’elle tenait entre les mains.
- Heu, oui… Oui.
Elle la lui tendit à bout de bras et il regarda l’étiquette.
- Un Valtellina Superiore ?
- 2001, compléta-t-elle. Il vient de ma cave. J’ai un faible pour certains vins italiens.
- Vous avez bon goût. Merci. Et vous devez avoir un don de prémonition.
- Ah bon ? Pourquoi ?
- Des pâtes à la Carbonara, ça vous va ?
- J’en raffole !
- Celles de mon père sont à tomber, rajouta Alexis.
Kate Beckett n’avait pas souvenir d’avoir vécue une soirée aussi simple, belle et magique depuis des lustres. Elle s’était attendue à des échanges à fleurets mouchetés mais ce ne fut qu’une succession d’éclats de rire provoquée par la narration de moments épiques qu’ils avaient vécus. De récits d’arrestations gaguesques aux descriptions de scènes délirantes survenues sur les plateaux de tournage, il y avait là, de quoi enchanter une invitation forcée et une acceptation provocatrice.
Le plat de pâtes fut dévoré, raclé et copieusement arrosé de ce vin italien qui aidait certainement à délier les langues.
Et puis, de propos plus superficiels, la conversation commença de rouler sur le plus intime. Les Castle apprirent que Kate Beckett avait interrompu les préparatifs de son mariage quelques semaines avant la cérémonie.
- Vous êtes quelqu’un de trop indépendant, avança Castle, je ne vous imagine pas dans le carcan de la vie familiale.
- C’est plutôt que Josh et moi, nous nous sommes fiancés pour de mauvaises raisons.
- Expliquez-moi ça ! Demanda Martha.
- Oh, vous savez, répliqua la jeune femme, entre un producteur et sa réalisatrice, les discussions tournaient bien davantage sur les projets cinématographiques que sur notre couple.
- C’est dommage, fit Alexis.
- Et vous, Castle, contre-attaqua Beckett, déjà marié ?
Elle avait demandé cela juste pour équilibrer l’échange, en savoir plus aussi sur cet homme, marquer l’attention qu’elle pouvait lui porter. Elle ne s’attendit pas à cette réaction générale. Il y eut un immense silence qui rafraichit l’ambiance de la pièce de plusieurs degrés d’un seul coup. Beckett était du genre en général à appuyer là où elle sentait un malaise, parce que c’était sa façon aussi de se protéger en déstabilisant son interlocuteur, cependant, elle ne porta pas plus loin son avantage et au contraire, elle s’en voulut. Elle aurait aimé n’avoir pas posé cette question qu’elle pensait bien innocente mais elle venait sans le vouloir, de le blesser, de les blesser.
Heureusement, la sonnerie du four retentit et proposa une échappatoire parfaite.
- Les fondants, s’exclama Martha qui déjà commençait de se lever.
- Laisse, mère, j’y vais.
Castle s’éclipsa, Martha récupéra les assiettes, Alexis les emmena sur le plan de travail, récupéra les petites assiettes et vint les disposer à chaque place.
- Donc, commença Beckett, en sentant de son devoir de relancer une conversation qu’elle avait si maladroitement brisée, et en reprenant le cours d’une discussion antérieure, Martha, ils ont quel âge vos élèves.
- Huit, neuf ans. J’aime enseigner à des enfants de cet âge. C’est encore prometteur et je fais tout pour tenter de leur donner les meilleurs atouts pour bien démarrer leur vie scolaire. Deux, trois ans après, c’est souvent déjà joué pour eux.
- Ils doivent vous adorer.
- Oh, pas tous mais la plupart, oui, et j’aime quand ils viennent me voir des années après pour me donner de leurs nouvelles.
- Et toi Alexis, tu as une idée de ce que tu voudrais faire plus tard ? interrogea Beckett.
- Oui, se dépêcha de répondre la jeune fille, je voudrais devenir écrivain.
- Waouh ! Tu as déjà de petits écrits à ton actif?
- Quelques-uns.
- Et ils sont de très bonnes factures, confirma Martha.
- Tu accepterais de m’en faire lire? Demanda la jeune femme.
- Oh ! Je ne voudrais pas vous obliger à subir quelque chose d’insignifiant et mal écrit.
- Ne l’écoutez pas, fit Castle de la cuisine, non seulement elle a une imagination incroyable, mais en plus, elle a un style déjà affirmé.
- Eh bien, fit Beckett en se tournant vers Alexis, jeune fille, vous ne pouvez plus vous échapper. Je réclame le droit de lire quelques-unes de vos histoires.
- D’accord, je vous les ferais passer par mon père.
- Vous qui aimez ça, vous verrez, c’est une dialoguiste hors pair, rajouta Castle en amenant les fondants au chocolat.
- Ah parfait ! Ecrire pour le cinéma, cela ne te tenterait pas ? Poursuivit Beckett.
- Je ne sais pas. Je n’y connais rien.
- Discuter avec de véritables scénaristes, de cinéma ou de télé, tu serais partante ?
Les yeux d’Alexis s’écarquillèrent, sa bouche s’ouvrit et son cœur s’emballa brusquement. Elle se tourna vers son père avant de parvenir à répliquer :
- Cela pourrait être dans le cadre de mon futur stage ?
- Bien sûr, la rassura Kate. Je t’aurais bien pris sous ma coupe malheureusement je n’ai rien sur le feu en ce moment. Mais j’ai peut-être une idée. Josh Whedon, tu connais ?
- Buffy ?
Kate éclata de rire.
- Oui, Buffy. Il a commencé le tournage d’une nouvelle série. Dollhouse, je crois. Je peux lui en toucher deux mots, si tu veux. Bien sûr, il faudra l’accord de ton établissement scolaire et de ton père.
Alexis sauta sur place.
- Oh papa, dis oui, dis oui !
Comment Castle aurait-il eu le cœur de briser l’excitation et le rêve qui venaient de prendre forme dans la tête de sa fille ?
- Bien sûr, chérie, bien sûr que j’accepte.
Elle bondit vers son père et l’enserra fortement entre ses bras. Il déposa un baiser sur sa chevelure et envoya un « merci » muet à Beckett.
Ryan sifflotait. Cela ne lui arrivait jamais. Esposito se figea devant lui.
- Eh bien, mon pote ? La nuit a été bonne ?
- Pardon ?
- Tu sifflotes, là !
- Heu… Non !
- Si !
Kevin ne répondit pas et tenta de faire diversion en tapotant sur le clavier de son ordinateur.
- Tu n’es pas partageur, mon frère !
N’obtenant toujours pas de réponse, l’Hispanique ré-embraya.
- C’est pour cela que tu étais si guilleret hier soir en partant ?
- J’étais « guilleret » ? Ne put s’empêcher de relever L’Irlandais.
- Je la connais ?
Ryan comprit que s’il ne lâchait pas quelque chose, il n’aurait pas de repos.
- Tu ne la connais pas. On n’a fait que boire un verre et manger un morceau.
- C’est tout ? C’est juste pour ça que tu sifflotes ?
- Oh arrête! Tu es lourd !
- Donne-moi son prénom et je ne dis plus rien.
Pour avoir la paix, il lui concéda du bout des lèvres un « Jenny ».
- Qui est Jenny ? demanda Castle en arrivant à leur hauteur.
- Eh ! s’exclama Esposito. Tu es en vie ? Tu as besoin d’aide pour cacher le corps de Beckett ?
- On parle de moi ? Fit la jeune femme en offrant à chacun son café quotidien.
- Vous arrivez ensemble aujourd’hui ? Demanda Ryan bien heureux de détourner la conversation.
- Pas ensemble, l’un peu après l’autre, précisa-t-elle.
- Oui, bon, on ne va pas chipoter. Mais, et Esposito les examina de la tête aux pieds, vous allez l’air en pleine forme. On s’attendait, à, je ne sais pas, des hématomes, des griffures, un œil au beurre noir…
- Ah-ah-ah ! Fit Castle en détachant chaque son. Désolé de vous décevoir.
- Tout c’est bien passé, alors ?
Castle exhiba un pansement à son index droit.
- Le seul incident de la soirée est quand j’ai confondu mon doigt et le parmesan.
Montgomery passa la tête, il venait de recevoir du bureau du maire, la liste complète des attributions et de l’emploi du temps de Figuera.
L’équipe se mit au travail. Les tâches de Figuera se limitaient à conduire quelques responsables de la mairie, à effectuer quelques courses pour eux, quelques livraisons. La journée des enquêteurs s’annonçait encore une fois destinée à convoquer et interroger une douzaine de personnes pour en savoir plus et sur Figuera et sur l’utilisation de ses services.
- J’ai déjà vu ce nom quelque part, fit Esposito en lisant attentivement la liste de noms.
Chacun arrêta ce qu’il était en train de faire et fixa le détective.
- Oui, oui, c’est… sur le listing.
- Quel listing ?
- Celui des appels de Martin Way.
- Quel nom ?
- Roger Felton.
Ryan bondit sur le relevé des appels. Son doigt parcourut la feuille, stoppa rapidement, reprit, s’arrêta par moment.
- Way et Felton ont été en communication sept fois au cours des trois dernières semaines, annonça-t-il finalement.
Beckett quant à elle, compulsa l’agenda de Way.
- Son nom est noté à deux dates différentes. L’une remonte à un mois, la seconde, cela fait cinq jours.
- Mince ! Fit Ryan, ça ne sent pas bon du tout.
Castle se tourna vers Beckett et vit dans son regard une angoisse apparaître. Il y avait cette promesse qu’il avait faite à Weldon de ne pas faire de vagues mais c’était avant, avant ce lien pointé désormais entre Way et la mairie. Il ne pouvait plus faire comme s’il s’agissait simplement d’un vol de véhicule. Tout prenait une autre ampleur et quand il mit Montgomery au parfum des derniers développements, celui-ci préconisa de ne pas se déplacer à l’Hôtel de Ville. Le capitaine se chargea d’appeler et de convoquer l’adjoint.
En attendant, il y avait quelqu’un d’autre que Castle pouvait interroger sans prendre de gants.
15EME CHAPITRE
Bert Jenkins, le patron de Martin Way, n’en menait pas large dans la salle d’interrogatoire. Très vite les mêmes symptômes de sa nervosité réapparurent. Des gouttes de sueur perlèrent sur son front et juste au-dessus des lèvres. D’un geste permanent, il frottait ses mains et nul doute qu’elles devaient être moites de transpiration.
Castle joua avec cet état. Plus Jenkins se sentirait mal à l’aise, plus ce serait aisé de le déstabiliser encore plus et de parvenir à obtenir des informations. Alors le détective s’assit tranquillement en face de l’homme, posa ses avant-bras sur la table, croisa les doigts et sans dire le moindre mot, resta immobile à le regarder longuement. L’homme tournait la tête de droite et de gauche évitant manifestement les yeux de Castle. Il passa le revers de sa main droite sur son front pour dégager la sueur qui menaçait de couler sur ses yeux et la même main vint desserrer son nœud de cravate.
Finalement, Castle se décida à arrêter son supplice.
- C’est la seconde fois que nous nous voyons, M. Jenkins. Pourquoi ai-je cette impression qu’à chaque fois, je vous mets très mal à l’aise ?
- C… Ce n’est pas pour ce que vous croyiez.
- Parce que vous arrivez à lire dans mes pensées ?
Jenkins avait juste dit quelques mots et déjà, il savait qu’il était très mal engagé.
- Si vous en étiez capable, Monsieur Jenkins, vous sauriez à quel point je vous suspecte de nous cacher des informations importantes.
- Non, je vous assure…
- Vous voulez vraiment jouer à ce petit jeu ? Et Castle tapa du plat de la main droite sur la table. Dans quelle affaire était embringué Way ?
- Je ne sais pas…
- Vous ne savez pas ? Je crois bien au contraire que vous n’ignorez rien de ce qui a pu causer sa mort.
L’homme s’agitait sur sa chaise. Son visage prenait des teintes rouges et de petits tremblements agitaient ses lèvres.
Castle ouvrit le dossier et compulsa quelques documents.
- Je vois qu’il travaillait sur trois projets.
- C’est possible.
- Comment ça « possible » ? C’est bien vous son patron ?
- Oui, oui.
- Et vous ne savez pas sur quoi il bossait ?
- Eh bien, Martin, je le connaissais depuis tellement d’années, je lui faisais tellement confiance, que je le laissais prospecter librement dans un premier temps. Puis, dès que le projet devenait sérieux, il m’en parlait.
- De quoi vous a-t-il entretenu dernièrement ?
- Il y avait la réalisation qui prend forme d’un nouveau grand centre commercial à Broadway.
- Des problèmes particuliers ?
- Aucun.
Castle se leva et passa derrière Jenkins. Dans le miroir, celui-ci pouvait voir le détective poser ses mains sur le dossier de la chaise.
- Felton ? Ce nom vous dit quelque chose ?
L’homme marqua un temps d’arrêt avant de répondre par la négative.
- Je ne vous crois pas, fit sèchement Castle.
- Je vous assure…
- Arrêtez de me mentir !
Castle repassa de l’autre côté de la table, sortit un autre document de la chemise cartonnée et la tint au niveau de son visage.
- Voilà un relevé téléphonique qui indique qu’il a appelé votre cabinet plusieurs fois au cours de la dernière semaine.
- Je vous assure que je ne le connais pas.
Le visage de Jenkins se liquéfiait de plus en plus et son regard exprimait une totale panique.
- Vous savez qu’on finira par savoir, n’est-ce pas ? Vous savez que tous les liens existant entre vous et Felton, nous allons les découvrir ? Vous savez que vous risquer la prison pour obstruction à la justice ?
La réaction de Jenkins ne fut pas celle qu’espérait Castle : il haussa les épaules.
- Felton est en déplacement. Il viendra en fin de journée. Vous en pensez quoi, lieutenant ? demanda Montgomery en montrant Jenkins d’un mouvement du menton.
- Cet homme est mort de trouille mais pas à cause de nous, répondit Castle en portant à ses lèvres le café du distributeur.
Il eut encore cette moue de dégoût. Bon sang, il fallait que Beckett arrête de les habituer à du bon café ! C’était trop dur après de reprendre le pli de l’exécrable liquide qui redeviendrait de nouveau prochainement leur unique lot quotidien. Tiens, où était-elle passée ? Il jeta un regard circulaire dans les locaux mais s’abstint de dire quoi que ce soit, Montgomery aurait pu croire qu’elle lui manquait !
D’ailleurs, lui manquait-elle ? Oui, non. En fait, il commençait de s’habituer à sa présence. Et puis, elle avait de bonnes intuitions, des déductions intéressantes. Elle appréhendait l’affaire différemment de lui mais ils finissaient par se rejoindre. Elle l’agaçait, soit. Beaucoup. Et d’autant plus que les Bros et le capitaine semblaient prendre grand plaisir à leurs joutes verbales. Mais quelque chose évoluait en lui depuis peu. Une personne appréciée à ce point du maire, ne pouvait pas n’être que ce monceau de légèreté, gamineries, provocations qu’il avait vu à l’œuvre. Il y avait aussi cet évident intérêt qu’elle avait manifesté hier pour sa mère et sa fille et la sincérité de cette soirée.
- Castle ?
Le détective se retourna vers Esposito.
- Fuego Dantes voudrait te parler.
- J’y vais.
- Qu’est-ce que je fais de Jenkins ?
- Relâche-le. On n’a strictement rien contre lui. Mais il nous cache quelque chose. On garde un œil sur lui.
- En tout cas, c’est étonnant qu’un gars comme lui, n’ait pas réclamé son avocat.
Castle opina, c’était bizarre effectivement et ce fait s’ajoutait à la liste de plus en plus fournie des choses étranges dans cette affaire. Mais voilà, maintenant autre chose : qu’avait à lui dire le patron du Little Chicago ?
- Où est-il ?
- Je l’ai fait attendre dans la salle de réunion.
Castle retrouva son ancienne connaissance et comme deux jours plus tôt, Dantes lui octroya une grande accolade qui le mit un peu mal à l’aise.
- Bien, fit-il, une fois les effusions achevées, tu voulais me dire quelque chose ?
- D’abord, je peux te demander une faveur ?
- Si c’est en mon pouvoir !
Dantes émit un petit éclat de rire.
- Oh, oui, c’est dans tes cordes.
- Dis alors !
- Voilà : tu pourrais m’interroger dans votre « fameuse pièce » ? dit-il en baissant la voix d’un ton conspirateur.
- « Fameuse pièce » ?
- Oui, celle où vous emmenez les suspects ?
- Je… je ne comprends pas.
- J’ai toujours eu envie de ça.
Castle le regarda quelques instants, cherchant à appréhender totalement la situation.
- Mais, finit-il par répondre au bout de quelques secondes, tu as été avocat, non ? Des salles d’interrogatoire, tu as du en voir des dizaines !
Il ne fit que provoquer une grimace sur le visage de Dantes.
- Eh bien, non, justement ! Je n’ai eu affaire qu’à des pièces comme celle-ci, répondit-il en montrant celle où ils se trouvaient. Des arrangements, des négociations, du troc, des échanges écœurants, des trucs révoltants. Si tu savais !
Il y a des circonstances où il faut vraiment savoir s’acclimater même si tout semble irréel. Une info contre le trip d’une salle d’interrogatoire, même si c’était pour faire semblant ? Castle n’hésita pas et indiqua la direction à Dantes. Le sourire ravi sur le visage de son ancien copain de fac le laissa dubitatif. Il l’invita à s’assoir et Dantes l’invita à fermer la porte.
- Bien, alors, qu’as-tu à dire ?
- Quelque chose d’abord.
- Encore ? Et Castle était de plus en plus exaspéré.
- C’est au sujet de Beckett.
- Quoi, Beckett ?
- Vous êtes ensemble ?
- Pardon ? Et là, il était à deux doigts d’appeler quelqu’un pour mettre ce type à la porte.
- Non, parce que je ne voudrais pas faire d’impair. Tu sais, comme avec Anna Whisper à la fac.
- Attends, un peu, là ! Tu me fais tout ce cirque juste pour savoir si tu peux sortir avec Beckett ?
- Non, mais c’est l’occasion qui fait le larron. Je ne voudrais pas te casser la baraque comme la dernière fois, quoi !
- STOP ! hurla Castle. Tu fais ce que tu veux de ta vie. Je croyais simplement que tu étais marié et que tu étais heureux dans ton couple.
- Oui, tu sais bien que c’est ce que l’on dit mais, waouh ! En voyant débarquer Kate Beckett, la réalisatrice, dans mon bureau, je me suis fait mon… cinéma.
- Bon, franchement, fit Castle totalement abasourdi, c’est ton problème, mais ne compte pas sur moi pour t’arranger un rencard.
- Ah tu vois ! Tu en pinces pour elle !
- Mais non, pas du tout !
- Oui eh bien, pourtant, j’ai senti comme un truc entre vous.
- Un truc ?
- Oui, des similitudes dans les mouvements de vos regards, dans la coordination de vos pensées. Une certaine osmose.
- Eh bien, tu rêves parce que c’est cette enquête qui nous a mis en contact et ensuite, elle retournera à ses plateaux de cinéma et moi à mes salles d’interrogatoires.
La voix de Castle avait tellement pris d’ampleur que Dantes leva les mains en signe de soumission. Le calme revint par touches successives.
- Bon, si c’est tout, tu peux partir maintenant, fit Castle.
- Non, non, j’ai quelque chose de sérieux à te dire. Simplement maintenant je sais : je ne dois pas toucher à Beckett.
Un petit quart d’heure plus tard, Dantes repartait. Il s’avérait dans un premier temps qu’il cherchait à savoir si Duncan était bel et bien l’assassin parce qu’un client régulier de son restaurant coupable d’un triple meurtre, c’était soit une publicité exécrable soit, au contraire une liste de réservations pouvant s’étendre sur plusieurs semaines voire de nombreux mois. Mais il y avait autre chose. Quelque chose qui était revenu à la mémoire de Dantes. Une altercation dont il avait été témoin presque deux semaines plus tôt, de loin, vers vingt et une heures. Il n’en n’était pas certain mais un des protagonistes pouvait bien être Way. Il avait vérifié. La future victime avait bien mangé dans son restaurant ce soir-là.
Castle, noyé dans ses pensées, sortit de la salle en espérant que pour une fois, les visages pouvant être vus sur les enregistrements pourraient être exploitables. A condition que ces enregistrements existent encore. Il ne réalisa pas tout de suite que la porte de la salle d’à côté, celle qui permettait d’assister sans être vu aux interrogatoires, venait à son tour de s’ouvrir. Il sentit une présence. Il ne se trompait pas. Kate Beckett venait de surgir.
- Voilà du nouveau, fit-elle.
- Vous étiez là ? Depuis quand ?
- Pas mal de temps.
- Vous avez entendu, alors ?
- Oui. Tout, confirma-t-elle.
Castle lut dans son regard que ce dont elle avait été témoin, ne se limitait pas au dernier quart d’heure. Il préféra ne pas relever et passa dans la grande salle. A sa surprise, il y régnait une atmosphère plus animée qu’habituellement. Les collègues, excités, faisaient bloc autour de la salle de café de laquelle Castle vit s’échapper des volutes de fumée.
- Que se passe-t-il ?
16EME CHAPITRE
- Voilà, commença Beckett qui se faufila dans la petite salle, j’en ai plus qu’assez de devoir boire ce… liquide infâme que vous sert le distributeur là-bas. Alors, et elle eut un regard brillant de bonheur et un sourire charmeur, désormais, vous pourrez utiliser, et elle la montra du doigt, cette superbe machine !
Quelques applaudissements accueillirent son laïus. Elle esquissa une petite révérence et poursuivit :
- Affichage quadriligne avec compteur de tasses, date, heure et signaux de maintenance.
Les sifflets de contentement ne la perturbèrent pas.
- Quatre programmes de dosage par groupe…
Des cris de joie fusèrent.
- Et…comme votre temps est précieux, nettoyage automatique des filtres !
Castle n’en revenait pas. Beckett paradait, satisfaite d’elle au milieu du poste. Même Montgomery semblait apprécier beaucoup la situation et ce ne fut qu’au bout d’un temps qui sembla interminable au détective, qu’il finit par renvoyer chacun à ses occupations professionnelles. Ne restaient que Castle et Beckett dans la pièce.
- Je vous prépare un Cappuccino ?
- Heu, non, merci, fit Castle qui ne savait pas comment réagir à ce nouveau coup d’éclat de Beckett. Je n’ai pas la folie des grandeurs, le café du distributeur me va très bien.
Elle éclata de rire.
- En tout cas, rajouta-t-il, vous allez en frustrer plus d’un quand vous nous l’enlèverez à la fin de l’enquête.
- Mais, je ne veux pas la récupérer. J’en fais cadeau au poste.
- Ah bon ?
Castle n’en revenait pas. Beckett avait payé aux environ de cinq mille dollars pour leur offrir ça !
- C’est… c’est… gentil. Mais, pourquoi ?
- Je sais que je suis quelqu’un qui peut passer pour arrogante, égocentrique, déconnectée de la réalité, mais j’adore par-dessus tout faire plaisir à ceux que j’apprécie.
Tout en lui répondant, elle préparait un café et cela se mit à sentir très bon dans la pièce.
- Et puis, vous m’avez si adorablement reçu au sein de votre famille hier.
Elle voyait Castle se resserrer sur lui-même, comme si ses propos le rendaient mal à l’aise. Alors, pour briser ça, elle rajouta :
- Ces pâtes étaient divines.
Il sauta sur l’échappatoire qu’elle lui proposait.
- Et si je vous cuisine mon canard à l’orange, nous aurons droit à quoi ?
- Je vous passe pour un week-end les clés de ma Porsche.
- Vous avez une Porsche ?
Elle ne répondit pas mais se saisit d’un petit flacon dont elle saupoudra le nuage de mousse de lait rajouté au café.
- Un peu de cannelle ? Vous allez me goûter ça, fit-elle et elle tendit la tasse à Castle.
Leurs doigts se frôlèrent et s’attardèrent peut-être dans ce contact, un peu plus que ne le nécessitait la situation.
- Castle ? fit Esposito en passant la tête.
- Oui ?
- Felton est là.
- J’arrive.
Il but une gorgée du breuvage, en appréciant visiblement le goût. Sa langue passa sur les lèvres sans en prendre conscience et à regret, il reposa la tasse.
Il esquissa un sourire à destination de Beckett avant de lui tourner le dos et de suivre Esposito.
Felton représentait le parfait homme politique en pleine ascension : la petite quarantaine, un sourire éclatant aux dents d’une telle blancheur qu’on pouvait croire qu’elles venaient d’être passées au tipex juste avant, cheveux impeccablement coupés, ongles manucurés, poignets de chemise sortant juste de deux centimètres d’une veste de costume bleue aux rayures très fines, bien taillée, du sur-mesure certainement.
Ils s’assirent autour de la table. Il y avait en face de Felton, Castle, Beckett et Montgomery que le sujet trop sensible de l’implication plus ou plus grande, plus ou moins fortuite de la mairie, incitait à se mêler à l’interrogatoire.
Ce fut Felton qui prit la parole sans y être invité.
- Je viens de rentrer d’un voyage professionnel de trois jours et Robert Weldon m’a demandé de venir vous trouver au sujet d’un vol de voiture. Je ne vois pas en quoi, je puis vous être utile.
Castle mit une photo en évidence face à l’adjoint.
- Connaissez-vous cet homme ?
Il n’y eut pas une seule seconde d’hésitation et Felton répondit par l’affirmative.
- C’est un des chauffeurs de la mairie.
- Vous avez déjà eu affaire à lui ?
- Oui.
- Plusieurs fois ?
- Je dirais peut-être huit, neuf fois. Peut-être un peu plus.
- Avez-vous remarqué un comportement particulier ?
- Non, il m’a semblé faire son travail correctement.
- Avez-vous échangé quelques paroles ?
- Des banalités : la météo, la circulation, les résultats de sport. Pourquoi ? Que se passe-t-il ?
Ce fut Montgomery qui prit la relève en montrant une autre photo.
- Et cet homme, le connaissez-vous ?
- Martin Way ? Quel rapport ?
- Nous savons que vous avez eu plusieurs contacts téléphoniques avec lui, poursuivit Montgomery.
- C’est exact.
- A quel sujet ?
- Eh bien, je suis en charge de l’urbanisme à la mairie. Pour tout projet immobilier important, mes services et moi-même travaillons avec promoteurs et architectes.
- Pour quel projet vous a-t-il contacté ?
- Mais pourquoi me posez-vous toutes ses questions ?
Ce fut Castle qui répondit.
- Martin Way a été assassiné et on pense que cela a un rapport avec son travail.
La surprise de Felton ne semblait pas feinte. Il paraissait ignorer jusque là que Way était mort.
- Cela remonte à quand ?
- Quatre jours.
- Cela explique alors pourquoi il ne répondait pas à mes appels.
- Vous pouvez nous en dire plus ? Renchérit Montgomery.
Felton s’exécuta sans mauvaise grâce. Il leur fit le résumé des discussions qu’il avait eu avec Way. Il s’agissait d’un projet immobilier de grande envergure sur Staten Island que la mairie voulait lancer : immeubles de standing, centre commercial, piscine olympique, salle de spectacle. Si cela se réalisait, une grande partie de l’île allait voir son cadre changer entièrement.
- Et c’est un projet qui se monte à combien ?
- Aux environs d’un milliard de dollars.
Way l’avait contacté parce qu’il disait que des clients à lui étaient intéressés par cet immense projet et qu’il voulait évaluer toutes les difficultés du cahier des charges pour travailler sur des solutions adéquates. Il lui avait posé des tas de questions sur les infrastructures voisines, les constructions qui étaient sorties de terre sur les terrains limitrophes au projet. Il voulait savoir qu’elles avaient été les problèmes à l’époque pour ne pas recommencer les mêmes erreurs et agir le plus efficacement possible et sécuriser judiciairement toute l’opération.
- Waouh, fit Beckett, c’est un travail incroyable ça ! Votre premier contact date de quand ?
- Cela remonte à un peu plus d’un mois, je dirais.
- Toujours par téléphone ? poursuivit-elle.
- On s’est rencontré deux fois.
- A l’Hôtel de Ville ? fit Castle.
- Une fois dans un restaurant et la seconde fois à Central Park.
- Et qui vous conduisait à ces moments là ? Demanda Beckett en devançant Castle.
Felton eut pour la première fois un instant de réflexion mais quand il répondit, le ton de sa voix trahissait un étonnement mâtiné d’incrédulité :
- Figuera.
Felton reparti, Jenkins fut ramené en salle d’interrogatoire. Là, Castle et Montgomery ne le lui laissèrent pas le temps de respirer et le harcelèrent de questions. Mais l’homme, toujours aussi obstiné à ne rien lâcher comme information, garda tête basse pendant tout le feu nourri et ne leur offrit comme conclusion qu’un énigmatique :
- Vous vous attaquez à bien plus fort que vous.
Il était devenu évident que le projet de Staten Island était lié à la mort de Way et de Rise et de Mendoza. Il était devenu flagrant que Jenkins préférait faire de la prison plutôt que de mettre sa vie en danger en leur donnant la plus infime parcelle d’information.
- En fait, la mort de Way sert aussi à faire taire Jenkins, conclut Beckett. Il a eut droit à un avertissement sans frais mais il prend tellement la menace au sérieux qu’il ne nous dira rien.
- Bon sang, s’exclama Montgomery, faites comme vous voulez, remuez ciel et terre mais retrouvez-moi ce Figuera.
Castle et Beckett étaient assis côte à côte sur le coin du bureau face au tableau blanc. Quelques noms et mots avaient été rajoutés mais aucune idée ne semblait devoir s’extraire de cet imbroglio d’éléments. Ils sirotaient leurs cafés par petites gorgées en en appréciant le goût suave.
- Je me demande, fit Kate Beckett rompant ainsi leur silence, quel rôle précis a Figuera dans tout ça.
- Si on reprend la chronologie, il a été embauché comme chauffeur plusieurs semaines avant les premiers contacts entre Felton et Way.
- En fait, on prend peut-être le problème à l’envers.
- C'est-à-dire ?
- Si Figuera n’était à ce poste que parce que c’était la mairie qui était visée ?
- Felton ?
- Peut-être.
- D’accord. Admettons que l’objectif premier n’était donc pas Way. Il s’est passé forcément quelque chose pour qu’il vienne se positionner comme cible.
- Cela ne vous est jamais arrivé ?
- Quoi ?
- Quand vous prenez un taxi, sans faire attention au chauffeur, de prendre votre téléphone et d’échapper dans votre conversation des éléments qui peuvent attirer l’attention ?
- Certainement.
- Eh oui, les chauffeurs de taxi sont les meilleurs indics du monde. Ils vous conduisent et parfois, sauf s’ils sont d’invétérés bavards, ils parviennent à se faire oublier.
- Si je vous suis, Figuera aurait surpris une conversation téléphonique entre Felton et Way.
Beckett fit une petite moue signifiant qu’elle croyait à cette idée et Castle devait admettre que ce pouvait être plus porteur de reprendre l’enquête par ce versant. Mais cela suggérait de devoir encore plus se pencher sur ce qui touchait la municipalité et Castle sentait que Montgomery n’allait pas aimer ça du tout.
- Oui et maintenant, on ne fait que rajouter d’autres questions aux multiples que nous avons déjà.
- Je sais, fit Beckett dans une grimace.
Ryan leur fit un premier et rapide topo sur le projet immobilier de Staten Island. Il confirma ce que Felton leur avait dit. Mais il n’allait pas être aisé de savoir qui était à la manœuvre de toute cette opération parce que cela ramenait en surface bon nombre de holdings. Castle l’incita à demander l’appui de la brigade financière. Ryan opina et s’éclipsa.
Castle se souvint des paroles de Jenkins « Vous vous attaquez à bien plus fort que vous ». Vers quoi allait bien pouvoir déboucher toute cette enquête ? Si toute cette histoire prenait bel et bien la piste d’une affaire économico-politique, il redoutait que de nombreux bâtons ne leur soient mis dans les roues. Il n’y avait que Beckett qui semblait toute excitée par l’imbrication complexe qui se dessinait. Castle ne pouvait s’empêcher de penser que des complots, des intrigues dans les hautes sphères directionnelles, c’était le terrain de jeu préféré de la jeune femme depuis des années.
Ils progressaient trop lentement à son goût, aussi, quand Esposito vint les prévenir qu’ils avaient enfin une photo à peu près exploitable de l’homme à la casquette, Castle poussa un soupir de soulagement.
Le renseignement de Dantes s’avérait fiable. On voyait nettement sur l’enregistrement, Way parlait à un homme. Même si c’était de nuit, même si la qualité n’était pas excellente, même si le visage n’apparaissait pas nettement, la taille, l’aspect général, l’apparente similitude de couleur de cheveux, tout laissait à penser que c’était l’homme à la casquette sur cet écran.
- Bon, eh bien, on n’a plus qu’à attendre que vos logiciels ne se mettent en marche et nous dégotent quelque chose de… concluant… parce que, je ne veux pas freiner votre ardeur mais ce n’est pas gagné quand même.
Bien sûr que Beckett avait raison mais c’était leur première réelle bonne chance de retrouver l’identité de l’homme.
Ils venaient à peine de quitter Esposito que Castle fut apostrophé par un homme.
- Lieutenant Liu Cheng, répression contre le proxénétisme. Je voudrais vous parler de Figuera.
17EME CHAPITRE
Tout semblait subitement devoir s’accélérer. C’était souvent comme cela une enquête : on se trouvait face à quelques éléments sur lesquels on bloquait et puis, soudainement jaillissait une information qui donnait un autre éclairage et éclaircissait l’ensemble. Et là, c’était le cas.
Cheng annonça à Castle que Figuera était parfaitement connu de son service même s’il n’avait jamais été possible de l’incarcérer. Une fois, ils étaient parvenus à l’appréhender mais une erreur de procédure que Cheng ne s’expliquait toujours pas, les avait obligés à le relâcher. Et depuis, l’homme n’avait commis aucune faute. Pourtant, Figuera était lié à un réseau de prostitution. Il était en charge de la surveillance des filles mises sur le trottoir mais jamais ses attributions ne l’avaient remis entre leurs pattes. Ce n’était pas pour ne pas avoir tenté mais Figuera s’en sortait à chaque fois. Comme s’il avait un sixième sens le faisant déguerpir au dernier moment des lieux où devait s’opérer une descente de police.
- Vous pensez qu’il bénéficie d’une complicité à l’intérieur de nos services ?
- Je n’exclus aucune possibilité.
Il prit un léger temps avant de poursuivre :
- Quand j’ai lu l’avis de recherche sur lui, ce matin, j’ai réfléchi longuement et j’ai finalement pris sur moi de venir vous trouver.
- Vous voulez dire que c’est une démarche personnelle ?
- Et elle le restera. Si vous voulez avoir une chance de vous saisir de lui, moins il y a de personnes dans le coup, mieux cela sera.
- Alors comment fait-on ?
Ils se mirent d’accord. Cheng avait lancé trois de ses indics les plus fiables sur la piste de Figuera et il appellerait Castle dès qu’il saurait où celui-ci se trouvait. Il donna quelques recommandations supplémentaires : garder l’information pour son équipe seulement, ne pas arriver tambour battant pour l’appréhender, Figuera avait des hommes à lui qui veillaient toujours aux abords, le moindre mouvement suspect et il se planquerait et serait introuvable pendant des mois, et enfin, s’ils parvenaient à lui mettre la main dessus, l’avertir lui seul s’il désirait passer un deal.
Il fallait tromper l’attente qui pouvait s’avérer longue, très longue. Montgomery exigea de ses troupes qu’elles fassent un break, le temps d’aller manger.
Quelques cheeseburgers plus tard, ils étaient tous de retour. Toujours aucune nouvelle de Cheng. Castle signifia à Beckett qu’elle pouvait rentrer chez elle, qu’il l’appellerait si nécessaire mais elle refusa, elle avait une idée en tête : reprendre la chronologie de tous les évènements depuis le début et cela commençait par les appels entre Way et Felton. Castle acquiesça et elle s’installa dans la salle de réunion. Esposito continua de chercher une possible correspondance entre l’imparfaite photo tirée de la vidéo et les différents fichiers officiels ; Ryan s’enfonçait plus avant dans les ramifications des holdings concernées dans le projet immobilier de Staten Island ; Castle s’installa inconfortablement devant le tableau blanc et pendant de longues, très longues minutes, il ne cessa de l’étudier, de le scruter comme si ses yeux allaient finir par happer la réponse à toutes ses questions.
Il l’aimait beaucoup ce tableau blanc. D’un seul regard, il pouvait appréhender tous les éléments essentiels du dossier. Le reste, les détails, ils étaient enfouis dans sa mémoire et il savait qu’ils réapparaîtraient au moment opportun.
Enfin, c’était ainsi que cela avait fonctionné jusqu’à cette affaire.
Il resta quelques secondes sur le seuil de la porte, la regardant éplucher tous ces documents et travailler d’arrache-pied à reconstituer une chronologie cohérente. Elle dut finir par sentir sa présence car elle releva la tête.
- Un café ? lui demanda-t-il avec un sourire et en levant légèrement la tasse qu’il tenait.
Elle posa son stylo, se prit un bref instant le visage entre les mains avant de répondre :
- Avec plaisir, et elle lui envoya en retour un magnifique sourire qui accéléra le rythme cardiaque de Castle.
- Vous y arrivez ?
- Cela prend forme.
Il fit le tour de la table, s’approcha d’elle, se pencha pour déposer la tasse et jeter un coup d’œil sur la feuille.
- Vous sentez… l’iris ! dit-elle spontanément tandis que surpris, il s’immobilisa son torse se retrouvant à une vingtaine de centimètres du visage de la jeune femme.
Il y eut un flottement qui leur parut long, très long mais qui fut sauvagement interrompu par l’entrée d’Esposito.
- Je vous dérange ?
- Oui, fit Beckett.
- Non, fit Castle.
- Je vois, conclut l’Hispanique.
Castle se redressa et prit quelque distance avec Beckett.
- Qui a-t-il ? Interrogea-t-il Esposito, soulagé de son intrusion.
- Je pensais, en attendant le résultat des recherches, aller demander au Little Chicago si la photo de notre inconnu disait quelque chose à quelqu’un.
- Ok, bonne idée.
- J’amène Ryan.
Le détective disparut de la pièce nous sans avoir esquissé un petit sourire.
Castle tira le siège situé à droite de Beckett et s’assit.
- Alors ?
- Eh bien, commença la jeune femme, il semble que l’enregistrement où l’on voit notre inconnu aborder Way près du Little Chicago se situe juste après le second des deux rendez-vous avec Felton, celui pour lequel Figuera était son chauffeur et que les coups de fils sans réponse entre l’adjoint et Way incluent toute la période des trois assassinats.
- Vous en concluez ?
- Que Felton, sans le vouloir, a mis le meurtrier sur la piste de Way.
- C’est peut-être une coïncidence ?
- Il n’y a pas de coïncidence en matière de meurtre.
Castle sourit : c’était ce qu’il disait sans cesse à son équipe.
- Bon travail, Beckett.
- Vous pouvez m’appeler Kate, vous savez ?
- Bon travail, Kate.
- Oui, mais je n’ai pas encore tout à fait terminé.
- Vous pourrez vous y remettre demain. Il est plus de vingt et une heures. Vous devriez rentrer chez vous.
- Quoi ? Déjà ? Je comprends mieux comment vous parvenez à faire autant d’heures supplémentaires !
Elle se leva prête à quitter ma pièce.
- Et vous, vous ne rentrez pas ?
- Non, pas tout de suite.
- Vous allez manquer à Alexis.
- Elle passe le week-end chez une copine.
- D’accord. Alors bonne nuit.
Elle quittait la pièce quand le portable de Castle sonna. Il écoutait attentivement son interlocuteur sans dire le moindre mot et raccrocha.
- Cheng a localisé Figuera.
Il avait donné rendez-vous à Esposito et Ryan aux abords de la planque. L’Hispanique, s’absenta quelques secondes, s’avançant au coin de la rue pour jeter un coup d’œil. Quand il revint, il confirma qu’un grand type baraqué stationnait au pied de l’immeuble. Ryan revint de son observation : sur l’arrière du bâtiment, il y avait l’escalier de secours et un gorille faisait aussi le pied de grue.
- Cheng ne vient pas ? S’enquit Beckett.
- Il redoute d’être suivi.
- Donc, on est que nous trois ? Fit Esposito.
- Quatre, corrigea Beckett.
- Non, non, corrigea tout de suite Castle. Pas question, c’est trop dangereux. Vous restez à l’écart et si cela tourne mal, vous appelez des renforts. C’est compris ?
- D’accord, répondit-elle à regret.
- Bien, comment opère-t-on ?
- Toi et Ryan, vous filez vers l’arrière. Je vais essayer de m’approcher le plus près possible de la porte d’entrée pour parvenir à neutraliser le gars. Quand j’atteindrai l’appartement où Figuera se réfugie, j’espère qu’il filera par l’escalier de secours et vous l’appréhenderez.
- Et si c’est toi qui te fais dégommer ?
- Ne t’inquiète pas.
Esposito ne semblait pas emballer par le plan.
- Oui et bien sois prudent, mon ami !
Les Bros étaient en place. Castle donna ses dernières recommandations à Beckett, s’assura que son arme était bien dissimulée par sa veste, prit une grande respiration et s’engagea dans la rue.
Au fur et à mesure qu’il avançait d’un air qu’il voulait détaché, cette désinvolture apparente était difficile à maintenir. Il aurait du suivre le conseil de sa mère quand il était jeune et prendre des cours de théâtre. Il faisait son possible pour ne pas regarder dans la direction de l’homme de main, pour paraître l’ignorer mais cela ne l’empêcha pas de voir qu’il avait attiré son attention, que celui-ci s’était entièrement désormais tourné vers lui et qu’il le fixait intensément. Castle continua de progresser le plus calmement possible. L’homme fit à son tour un pas vers lui. Ils étaient à une bonne quinzaine de mètres l’un de l’autre. Castle espérait pouvoir s’approcher jusqu’à deux pas, voire trois maximum et parvenir à le prendre par surprise. Mais Castle sentit son cœur s’accélérer quand il vit que sa cible tenait un révolver dans la main droite et continuait de se diriger vers lui. Si l’homme avait des doutes sur lui, jamais il n’aurait le temps de se saisir de son Sig et il se prendrait une balle avant d’esquisser le moindre geste. Il ne lui restait plus qu’à continuer sa marche, qu’à dépasser l’homme et à tourner au coin de la rue plus haut, mais son coup serait manqué. Eviter avant tout l’affrontement, pour laisser encore le temps à sa manœuvre de fonctionner. Mais le canon de l’arme se relevait peu à peu et Castle comprit qu’il n’avait pas réussi à donner le change. Il avait tout fait foirer et en plus, là, c’était sa vie qui était sérieusement menacée. Tant pis, il allait jouer sa carte jusqu’au bout même s’il n’aurait pas parié un seul dollar sur lui. L’homme n’était plus qu’à huit, neuf pas et Castle voyait nettement le canon braqué sur lui. Il ferma les yeux brièvement, inspira profondément et s’apprêtait à tenter de se saisir de son arme quand une exclamation retentit derrière lui :
- Chéri, attends-moi ! Attends !
Il se retourna pour voir avec effroi Beckett courir à son avance. Elle ne mit que quelques secondes à se trouver à ses côtés et à passer son bras droit sous son gauche.
- Qu’est-ce que vous faites ? Chuchota-t-il.
- Ça ne marche pas votre truc, répondit-elle d’un volume aussi faible.
Puis, elle enchaîna plus fort :
- Allez, on ne va pas se fâcher pour si peu !
Castle eut un temps de flottement. Il ne savait comment réagir à la prise de risque de Beckett mais une chose de certaine, il venait de se rendre compte que l’homme s’était arrêté et avait abaissé son arme : il n’était pas le seul à être déstabilisé par l’intervention de Beckett. Mais ce fut un moment bref et déjà, l’individu avait retrouvé ses esprits et avait repris sa marche vers eux. Castle sentait qu’il ne disposait plus que de quelques secondes pour tenter quelque chose. Il voulut dégager le pan de sa veste pour attraper son arme mais Beckett agrippa son poignet. Dans le mouvement, il se retrouva face à elle. Elle le regardait étrangement et sans lui laisser le temps de réagir, elle passa la main droite derrière sa tête, l’approchant de la sienne et l’embrassa. Cela dura trois secondes, pas plus, et quand Beckett détacha ses lèvres des siennes, Castle réalisait juste ce qu’elle venait de faire. Mais, une chose de certaine, du coin de l’œil, il remarqua que l’homme avait stoppé net sa progression. Le temps d’immobilité qui suivit, parut à Castle et Beckett incongru. Ils étaient suspendus dans un de ces moments où on redoute que la décision suivante ne soit pas la bonne. Mais un pas avait été franchi, une direction empruntée et rebrousser chemin n’aurait pas été la bonne solution. Alors Castle abandonna l’idée d’attraper son Sig, à son tour prit la tête de Beckett entre ses mains et fondit sauvagement sur ses lèvres. Il ne pouvait jouer dans la demi-mesure, il fallait suggérer un sentiment d’intensité. Il donna à son baiser le plus d’authenticité qu’il put. Et cela fut aisé parce que Beckett répondit à la violence de sa bouche partant au contact de la sienne et que le ballet de leurs lèvres se goûtant, se dévorant, ne donnait certainement pas une impression de fiction.
L’homme les regarda échanger ce long et passionné baiser, sourit et tourna le dos. Deux secondes plus tard, Castle lui assénait un coup derrière la tête et il s’écroula.
- Waouh, fit Beckett, c’était… époustouflant.
Castle se retourna vers elle, l’interrogation dans le regard.
- La façon, dont… vous l’avez… et elle montra de la main l’homme étendu au sol.
Castle préféra ne pas en savoir plus et se dirigea vers la porte de l’immeuble.
18EME CHAPITRE
Castle avait appelé les Bros pour les prévenir qu’il arrivait devant la porte du logement. Dans la ruelle arrière, Esposito et Ryan avaient réussi à se dissimuler derrière une poubelle et se tenaient désormais leurs armes à la main, prêts à intervenir. Le Latino avait décidé de s’occuper du vigile laissant à Ryan le soin d’interpeller Figuera.
Cela faisait à peine une minute que Castle était monté et déjà Beckett s’impatientait. Après avoir bâillonné l’homme que le lieutenant avait estourbi et l’avoir menotté, elle attendait avec fébrilité la suite de l’opération appuyée contre la paroi du côté gauche de la porte de l’immeuble. Elle avait beau tendre l’oreille, tout était silencieux à l’exception des quelques véhicules et de la moto qui passèrent, trompant brièvement son ennui. Exaspérée de cette passivité, elle ne pouvait plus tenir en place. Elle abandonna sa position et pénétrait juste dans le bâtiment quand elle entendit un coup fracassant venant des étages puis il y eut le « NYPD » poussé par Castle, des bruits multiples de choses, d’objets et de meubles tombant, se fracassant et puis ce martèlement de pas qui se rapprochait rapidement. Elle aurait du ressortir, elle le savait. Elle ne pouvait demeurer en plein milieu du chemin mais cela fut si rapide qu’elle n’eut pas même le temps de s’écarter un tant soit peu. L’homme qu’elle devina être Figuera, apparut plus haut, il tenait la rambarde et s’en servait pour dégringoler plus vite l’escalier. Il sauta les quatre dernières marches qui restaient, se réceptionna mal en voyant Kate face à lui, trébucha, heurta la jeune femme et l’entraîna dans sa chute. Il se relevait déjà et d’autant plus vite que Castle venait d’apparaître en haut des marches. Figuera tout en reculant, pointa son arme sur le détective. Il ne sentit pas le pied droit de Beckett venir faucher sa jambe d’appui et il retomba lourdement en arrière, sa tête heurtant violemment le carrelage et s’assomma littéralement sur le coup.
Cela ne s’était pas passé comme le souhaitait Castle. La première réaction de Figuera quand la porte d’entrée fut fracturée, avait été de se précipiter vers l’escalier de secours mais à peine avait-il enjambé le rebord de fenêtre qu’il vit son vigile menotté et un flic le tenir en joue. Il retourna à l’intérieur de l’appartement, bondit sur Castle qui le menaçait de son arme et le déséquilibra. Le détective tomba lourdement sur la table basse dont la glace vola en éclats sous le choc. Puis Figuera disparut dans le couloir.
Castle n’était pas en colère contre Beckett. De toute façon, cela aurait servi à quoi ? Elle était incontrôlable, elle était impulsive, elle était explosive. C’était son tempérament et cela lui allait bien. De plus, il devait admettre qu’elle avait permis l’arrestation de Figuera. Alors, il demanda aux Bros d’amener le détenu au poste où il les rejoindrait un peu plus tard. Un fourgon de police avait pris en charge les deux autres acolytes de Figuera.
Castle fit monter Beckett dans sa voiture et prit la direction des urgences. Elle ne contesta pas : dans sa chute, elle avait pris un coup sur le côté et cela la faisait grimacer de douleur quand elle respirait trop fortement. Le médecin confirma qu’il n’y avait rien de grave. Pas de côte fêlée. Juste un hématome en devenir. Il lui donna une pommade qui devait la soulager.
Castle lui ouvrit la portière, l’aida à s’installer, referma derrière elle et reprit sa place au volant.
- Je crois que vous avez besoin d’une bonne nuit de repos.
- Non, je veux assister à l’interrogatoire de Figuera.
- Hors de question.
- Oh si !
- Vous êtes têtue.
- Vous avez remarqué ?
Il lui sourit.
- Bon, d’accord.
- Par contre, on pourrait passer chez moi un instant ? J’aimerais me changer.
Castle savait qu’il existait de tels logements à New-York mais il n’avait jamais mis les pieds dans de ce genre d’endroits. C’était au-delà de ce qu’il pouvait imaginer. Il se trouvait face à une notion qu’il avait intégrée mais dont il n’avait pas saisi toute la teneur : Kate Beckett était non seulement célèbre, mais riche. A postériori, il eut comme une sensation de gêne de l’avoir accueillie dans son modeste appartement.
- Je vous en prie, prenez un verre, allumez la télé, vautrez-vous dans ce canapé, vous allez voir comme il est moelleux ! J’en ai pour cinq minutes, et elle entra dans une pièce, vers la porte d’entrée, sur la gauche.
Il ne fit rien de ce qu’elle avait proposé : il fureta d’abord du regard puis commença de déambuler dans le loft. Souvent, plus un endroit était vaste, plus on y avait une impression de froid. Là, c’était le contraire : il y avait une indéniable chaleur qui s’en dégageait et on s’y sentait rapidement bien. Il y avait de la générosité dans la mise à disposition de toute chose comme si Beckett n’avait rien à cacher. Un espace qui offrait une visibilité totale sur qui était l’habitante du lieu : une personne qui aimait partager.
Elle réapparut vêtue d’un simple jean, mais même un simple jean la mettait en valeur, et d’un tee-shirt blanc moulant rentré dans le pantalon.
- On y va ? Demanda-t-elle.
Il acquiesça d’un mouvement de tête. Elle se saisit d’une veste et grimaça en voulant l’enfiler.
- Attendez, dit-il et il se précipita pour l’aider à passer le vêtement et ses mains s’attardèrent quelques secondes sur les épaules de la jeune femme.
De retour au poste, ils furent accueillis par Ryan. Il faisait chaud dans la pièce. La météo ne s’était pas trompée en annonçant l’arrivée de quelques jours de grand soleil et de forte canicule. Il n’avait pas fallut plus d’une journée pour que les murs emmagasinent toute la chaleur.
- Comment ça va, Beckett ?
- Bien, merci.
- Elle a assuré, non ? fit l’Irlandais à destination de Castle.
- Elle a assuré, confirma celui-ci.
- Eh ! Je rêve ou vous me faites un compliment ?
Le détective ne répondit pas et se dirigea vers la salle d’interrogatoire tout en parlant avec Ryan.
- Comment est-il ?
- Calme, très calme !
- C’est compréhensible : on n’a strictement rien contre lui.
- Il a quand même essayé de fuir.
- N’importe quel avocat trouverait une explication cohérente et nous assignerait pour utilisation inappropriée de la force.
- En fait, commença Ryan, on a un début de quelque chose.
- Quoi ?
- Tout à l’heure en revenant, un rapport nous attendait. Il s’agit de celui de la Scientifique. La voiture volée a révélé quelque chose d’intéressant.
- Oui ?
- Un micro et une mini-caméra y étaient dissimulés, destinés à espionner les passagers. Et on a retrouvé des empreintes dessus.
- Celles de qui ?
- Inconnues du fichier mais…
- … mais ce pourrait être celles de Figuera, c’est à cela que tu penses ?
Ryan opina.
- Très bien, fit Castle, ne reste donc plus qu’à les obtenir.
Beckett était excitée. C’était la première fois qu’elle passait de l’autre côté du miroir comme membre de l’équipe d’enquête. Elle avait un but bien précis et elle ne désirait que s’en acquitter le mieux possible. Elle tenait une tasse de café fumante à la main et la déposa devant Figuera. Celui-ci détailla attentivement la jeune femme, un petit sourire aux lèvres.
- Hey ! Mais c’est la fliquette qui m’a fait ce croche-pied. Pas très fairplay, ça !
Castle entra à son tour, ferma la porte derrière lui et vint s’asseoir face à Figuera.
- Mais pour un autre genre d’exercice physique avec vous, poursuivit le détenu, je suis partant quand vous voulez.
Beckett ne sembla pas s’offusquer de cette remarque et au contraire entra dans le jeu de l’individu.
- J’ignore vos goûts alors je ne sais pas : avec ou sans sucre, lait, sans lait ?
- Oh mais je suis quelqu’un de simple. Je suis du genre assez classique.
Les yeux de Beckett l’enjôlaient tant que lorsqu’elle lui approcha encore davantage la tasse, il s’en saisit et but une longue gorgée sans briser le contact visuel puis, il la reposa. Il vit un magnifique et grand sourire illuminer le visage de la jeune femme qui finit par lui dire d’une voix très suave un grand merci. Elle sortit un mouchoir de la poche de son jean, s’en servit pour se saisir précautionneusement de la tasse et sortit de la pièce.
- Waouh ! Fit Figuera, elle m’a bien eu ! C’est un vrai plaisir de se faire arrêter par des flics comme elle.
- Elle n’est pas de la police. Elle est consultante.
- Bon, alors qu’est-ce que je fais ici ? De quoi suis-je accusé ?
Castle avait appelé Cheng quelques minutes plus tôt pour l’avertir que Figuera avait été appréhendé et il avait demandé plus de précisions sur son parcours délictueux. Il savait qu’il ne pourrait pas se servir de ces informations mais cela lui permettrait de déterminer si Figuera lui mentait.
- Vous vous appelez bien Ruis Figuera, trente six ans ?
- Oui.
- Vous avez bien travaillé en tant que chauffeur pour la mairie de New-York pendant un peu plus de deux mois.
- Exact.
- Comment avez-vous fait pour vous faire embaucher ?
- Pardon ?
- Un type comme vous, au passé un peu tumultueux, ça n’a pas du être simple, non ?
- Hey, mec ! Je suis juste un simple citoyen qui cherche un travail bien payé. Si vous saviez comme cela peut être compliqué de nos jours de trouver un boulot fixe !
- C’est pour cela que vous avez réussi à vous faire renvoyer aussi rapidement !
- J’ai fait une erreur, confirma-t-il, une grande erreur. Mais j’admets que c’est normal qu’ils m’aient viré.
- Vous êtes très compréhensif.
- Se faire voler un véhicule de la mairie parce que j’ai été imprudent… !
Castle se cala au fond de la chaise. Il resta ainsi à fixer Figuera. L’homme n’allait pas être facile à déstabiliser.
- Votre inattention pendant le vol, n’est apparemment pas le seul motif de votre licenciement. On vous a vu deux fois sortir de bureaux où vous n’aviez rien à faire.
- Je m’en suis expliqué à l’époque. Je cherchais mon supérieur.
- Je ne crois pas du tout à votre explication.
- C’est dommage parce que c’est la vérité.
- Vous voulez que je vous explique ce que je crois ?
- Mais, faites-donc ?
- Je crois qu’on vous a trouvé cette place pour que vous espionniez quelqu’un.
- Waouh ! Rien que ça ?
- A l’heure qu’il est, la sécurité de la mairie est à la recherche de micros et de caméras que vous avez dissimulés dans certains bureaux.
- Quelle imagination !
- Certainement avec le même matériel dont vous avez truffé la Chevrolet.
- Un vrai délire !
- Nous avons récupéré ceux de la voiture. Avec des empreintes dessus. Pourquoi est-ce que je pense que ce sont les vôtres ?
Il était visible qu’un malaise s’était emparé de Figuera, il avait moins d’assurance et ses dernières saillies verbales n’offraient plus du tout le même ton d’assurance qu’initialement.
- Des agents sont en train de retourner votre logement. Vous pourriez vous éviter bien des désagréments futurs en nous disant où sont les enregistrements, avant que nous les trouvions.
- Je ne sais pas de quoi vous parler.
- Alors, voilà, fit Castle, en revenant positionner ses coudes sur la table, soit vous passez un deal avec nous qui consistera pour votre part de marché à nous donner l’identité de celui qui vous a employé pour cette tâche et l’accès à tout ce que vous avez récupéré comme infos, soit je vous coffre pour espionnage et complicité de meurtre.
Le coup était rude mais Figuera le reçut sans broncher et ne parut pas s’en émouvoir.
- Je n’ai rien à vous dire.
- Très bien, reprit Castle. Alors, vous allez aller croupir en cellule, le temps de certaines vérifications dont celles de vos empreintes. Mais dès qu’elles seront terminées, la proposition de deal sera déjà caduque.
Castle alla retrouver son équipe.
- Vous croyez qu’il va accepter ? Demanda Beckett.
- Il faut l’espérer.
- Que fait-on en attendant ?
- Il est presque trois heures du matin. On va dormir un peu.
19EME CHAPITRE
Des micros avaient effectivement été retrouvés dans le bureau de Felton et de celui de son secrétaire. Par contre, l’appartement de Figuera avait été retourné de fond en comble et rien de concluant n’avait été déniché. La seule réelle certitude des enquêteurs étaient la concordance des empreintes.
Castle demanda à Esposito de lui ramener Figuera en salle d’interrogatoire. L’Hispanique réapparut quelques instants plus tard dans la salle de café.
- Castle ?!
Et il repartit entrainant dans son sillage son supérieur, Ryan et Beckett. Ils pénétrèrent dans la pièce des cellules. Au fond, celle où se trouvait Figuera était ouverte. En s’approchant, les regards furent aussitôt attirés par la grande flaque rouge s’étalant aux côtés du corps du détenu.
Lanie confirma ce qu’ils avaient tous vu : Figuera avait été égorgé. D’un seul geste, sans la moindre hésitation.
- Des similitudes avec le meurtre de Grace Rise ?
- C’est vraisemblablement le même assassin.
- Comment peux-tu en être certaine ?
- Tu vois le petit renflement sous l’oreille gauche juste au niveau de la plaie? Et elle tourna le corps pour offrir une vision parfaite aux enquêteurs. Eh bien, l’angle d’attaque chez Grace Rise fait exactement la même marque d’entrée de lame.
- La même arme ?
- J’en suis quasi-certaine. Tu me laisses quelques heures et je te confirme.
Montgomery avait fait venir Castle dans son bureau et lui passait une ronflée phénoménale. De l’autre côté de la paroi vitrée, Beckett regardait la scène avec effroi et cherchait de temps à autre un peu de réconfort dans les regards des Bros.
- En fait, je le pensais plus cool votre boss. Il n’est pas commode.
- Cela lui arrive rarement ces moments de fureur mais là, c’est mérité.
- Attendez, comment pouviez-vous deviner que votre détenu allait se faire égorger dans sa cellule ?
- Eh bien, répondit Ryan, cette affaire est un peu particulière. Trois meurtres, un adjoint du maire espionné… On aurait du être plus vigilants.
- C’est ce que vous voulez, Castle ? Qu’on nous retire l’affaire parce que mes hommes non seulement sont incapables de résoudre une série de meurtres mais en plus se font tuer sous leur nez leur première piste intéressante ?
- Bien sûr que non, capitaine !
- Alors je me fiche de savoir combien d’heures supplémentaires au total seront nécessaires, mais je veux l’identité de ce type qui se moque de nous, au plus tard dans vingt quatre heures sur mon bureau.
Castle ne fit pas retomber sur ses subordonnés l’exaspération de son supérieur. Il savait qu’il aurait du être plus prudent et que c’était à lui de prévoir tout et l’improbable. Juste dormir et abaisser la garde pendant quatre malheureuses heures et cela avait suffi à l’adversaire pour sabrer net une possibilité de remonter jusqu’à lui. Mais c’était également encourageant : lui et son équipe étaient sur la bonne voie. D’une certaine façon, ils avaient obligé le meurtrier à prendre des risques. Ils étaient parvenus à le faire sortir du bois. Ils savaient que leur piste était la bonne.
- Espo, Ryan, je veux tout savoir sur Figuera, je veux que tout soit épluché : contacts récents, comptes bancaires, téléphone, les boutiques où il s’est fourni le matériel d’espionnage. Tout.
Les deux hommes partirent aussitôt.
Castle s’assit à sa place et prit le téléphone. Il voulait dans les cinq minutes, les enregistrements de la nuit des caméras de surveillance du poste sur son bureau. Il faisait très chaud et moite. Castle reposa le combiné, retira sa veste qu’il déposa sur le dossier de son fauteuil, remonta les manches de sa chemise et desserra le col de sa cravate. Beckett sur sa chaise attitrée n’avait que le désir de l’aider, de n’importe quelle manière, même en faisant une blague douteuse qui l’autoriserait ainsi à sortir de cette tension qui avait totalement pris possession de lui, mais elle, d’habitude si enclin à rire et s’amuser de tout, se trouva muette, devant la rage froide envers lui-même du détective. Elle ne sut que lui proposer un café, une fois de plus. Il ne répondit pas. Elle n’était d’ailleurs même pas certaine qu’il l’ait entendue.
Il ne sortit de son étrange passivité que lorsque les cinq DVD furent sur son bureau. Il s’en saisit et se dirigea vers la pièce équipée. Beckett le suivit sans qu’il l’y invite. Et quand il voulut fermer la porte, il s’étonna de la voir encore à ses côtés.
- Qu’est-ce que vous faites là ?
- Vous avez oublié que je suis votre partenaire ?
- Partenaire d’un foutu flic, oui !
- D’un sacré flic !
Et puis elle précisa quand elle comprit qu’il n’avait pas saisi le sens de sa remarque:
- D’un sacré bon flic.
- Allez-y, ne vous gênez pas, fichez vous de moi autant qu’il vous plaira !
- Mais non, je suis sincère !
Et juste en croisant son regard, il accepta le fait qu’elle ne mentait pas. Il se radoucit.
- Elle en prend un coup, votre « source d’inspiration » !
- Elle n’en a que plus de valeur.
Comme il hésitait à répondre, elle alla prendre un siège et s’installa face à l’écran.
- On les regarde, ces images ?
Il n’y avait que quatre heures maximum à visionner. Ils commencèrent par les enregistrements de la caméra située dans le couloir de la salle des cellules. Ils ne tardèrent pas cependant à voir la silhouette d’un individu se profiler et ouvrir la grille de celle de Figuera. Puis elle disparut pour réapparaître quelques secondes plus tard. A ce moment-là, l’homme tenait à la main un poignard dont on voyait quelques gouttes de sang dégouliner de la lame.
- Ce n’est pas croyable, il n’a même pas craint d’opérer devant la caméra, en plein jour.
- En pleine nuit, rectifia Beckett.
- Quand je dis « plein jour », cela signifie…
- Oui, je sais, le coupa-t-elle d’un ton amical et avec un petit sourire aux lèvres.
- Comment a-t-il pu entrer ainsi dans nos locaux ?
- Pas si difficile que ça avec le bon costume et la casquette qui lui cachait aux trois quarts le visage.
Ils repassèrent une nouvelle fois les images de la scène de meurtre. Enfin, meurtre !
- Cela ne tiendra pas devant un juge. Est-on certain que cet homme soit l’assassin ?
- Eh bien, fit Beckett, d’abord s’il s’était agi d’un de vos hommes, il serait venu annoncer la découverte du corps. Ensuite, il n’aurait pas l’arme du meurtre entre les mains.
- Mais cela ne prouve pas que ce soit lui qui ait tué. On a peut-être manqué autre chose plus tôt. Un avocat nous objecterait qu’on voit quelqu’un entrer et cette même personne ressortir mais c’est tout.
- Avec le poignard ?
- Il a pu se baisser et le ramasser.
- Pourquoi serait-il là alors, si ce n’est pour se débarrasser de Figuera ?
- Pour le faire évader.
- Je peux ? Fit-elle, en montrant la télécommande.
Il la lui laissa. Elle remonta une fois de plus au début de la scène, fit de nombreux arrêts sur image, revint en arrière puis laissa défiler avant d’annoncer triomphante :
- C’est bien lui notre assassin.
- Vous voyez ça comment ?
Alors elle repassa plan par plan lui expliquant pourquoi elle en était venue à cette conclusion.
- Bien sûr qu’on ne voit pas la scène de meurtre, mais on peut la reconstituer à partir de ça.
Elle lui montra l’ombre que faisait la silhouette de l’assassin à la fois sur le sol du couloir et quelques secondes plus tard, sur la petit parcelle de mur qu’ils parvenaient à voir de la cellule. En regardant attentivement, l’ombre portée sur la paroi ne consistait qu’en celles de jambes, légèrement écartées.
- Là ! Là ! Vous voyez ?
Castle ne voyait rien.
- C’est fugitif, confirma Beckett, mais on voit clairement comme soudainement une déformation de l’ombre de la jambe droite du pantalon. Là !
Castle opina, oui il voyait maintenant.
- Le poignard ?! firent-ils simultanément, lui sur un ton interrogatif, elle sur un ton affirmatif.
Castle écarquilla les yeux en regardant Beckett mais la jeune femme ne s’arrêta pas en si bon chemin.
- Il avait le poignard en entrant dans la cellule. Il a du le cacher dans sa manche peut-être et le faire glisser ensuite dans sa main. S’il l’avait ramassé sur le sol, l’ombre de sa silhouette aurait été totalement différente : d’abord les deux jambes, puis une masse plus ramassée, puis de nouveau les jambes.
- Mais, il n’a pas l’air d’avancer plus. Pourquoi Figuera se serait-il à ce point approché de lui ?
- Parce qu’il le connaissait et qu’il avait confiance en lui et comme vous l’avez dit tout à l’heure il pensait certainement qu’il l’aidait à s’évader. D’ailleurs et elle refit défiler jusque quelques secondes, à cet instant précis, fit-elle en pointant l’ombre, on voit l’assassin se déplacer un peu, d’à peine une trentaine ou quarantaine de centimètres, ses jambes se rapprochent et s’écartent de façon plus marquée comme s’il confortait ainsi son assise.
Elle regarda Castle à son tour :
- Je parierai que c’est à cet instant précis qu’il lui a tranché la gorge.
Quelques jours plus tôt, alors qu’on lui avait imposé cette consultante, jamais Castle n’aurait cru qu’il serait aussi ébahi, étonné, subjugué par une analyse que pourrait lui faire Beckett. Il admettait que c’était tout simplement remarquable et il ne se rendit pas compte de la manière dont il regardait la jeune femme.
- Quoi ? Fit-elle.
- Rien, parvint-il à répondre après un bref silence.
Mais ce n’était pas suffisant. Ils avaient encore du travail. On apercevait mal le visage de l’homme. Maintenant qu’ils savaient avec certitude qui était l’assassin, il suffisait de visionner tous les autres DVD en espérant qu’à un moment donné, soit dans l’enceinte du bâtiment, soit juste à l’extérieur, il avait commis une erreur.
Son portable sonna.
- Salut Chica, fit Esposito en décrochant.
- On avait dit d’être discret.
- Mais je suis seul, là, tu peux parler et dis-moi qu’il te tarde d’être à ce soir, que mon corps d’athlète te manque ?
- Javier, tu es incroyable.
- Je sais et c’est pour cela, entre autre que tu craques sur moi.
- Je n’ai pas envie de rire, là. Ce que j’ai à te dire, c’est du très sérieux.
- Vas-y, Lanie, explique, dit sérieusement le Latino.
- J’ai besoin de parler à toute l’équipe.
- Tu veux qu’on vienne te voir à la morgue ?
- Non, je suis en route pour le poste. Mais il faut que tout le monde y soit : Ryan, toi, Montgomery… et Castle.
Ils avaient tous pris place dans la salle de réunion, Beckett également. Lanie leur présenta l’homme de soixante ans environ qui l’accompagnait.
- Voici le Docteur Clark Murray.
- Je vous connais Docteur, fit Beckett.
- Effectivement.
- Nous avons travaillé ensemble voilà plusieurs années sur un de mes films. C’est un as dans sa profession.
Comme chacun était attentif à ce qu’elle disait, elle compléta la présentation de Lanie.
- C’est peut-être le meilleur légiste de la ville.
Beckett fit une petite moue à destination de Lanie pour s’excuser.
- C’est exact, et c’est pour cela, que j’ai demandé son avis pour cette enquête.
Elle étala plusieurs photos sur la table. Il s’agissait de celles des victimes poignardées ou égorgées : Grace Rise, Miguel Mendoza, Ruis Figuera.
- Je confirme que ces trois personnes ont été tuées par la même arme : un couteau dont on se sert dans l’US Navy et dont je suis parvenue à faire le moulage de la lame.
Elle le sortit de son sac pour le montrer à l’assistance. Elle insista plus particulièrement sur une encoche qui était légèrement ébréchée.
- C’est ce détail qui fait que je n’ai aucun doute sur le fait que ce soit l’arme du crime. Cependant, en faisant mes recherches pour savoir quel était le type de poignard utilisé, je suis tombée sur trois autres affaires. C’est pour cela que j’ai demandé les conseils du Docteur Murray.
Celui-ci reprit le flambeau. Il ne faisait aucun doute que tous les deux s’étaient répartis les rôles avant le début de la réunion.
- J’ai examiné les clichés qui ont été effectués à l’époque. J’ai lu les rapports. Et comme les fichiers des médecins-légistes n’étaient pas rentrés alors dans une même bande de données, on n’a pas fait de rapprochement entre les affaires. Mais, à la façon dont les coups ont été portés, à la façon dont la lame a été tournée dans les corps, à la même marque que l’arme a laissée à l’entaille de la plaie, il s’agit du mode opératoire d’une même personne. Quelqu’un qui sait ce qu’il fait et qui cache son premier coup mortel au milieu d’autres pour faire croire à un assassin impulsif alors qu’il est totalement maître de lui.
- Quelles affaires ? Demanda Montgomery.
Lanie sortit trois autres photos de sa chemise. Elle déposa les deux premières sur la table et eut une hésitation palpable avant d’agir de même avec la troisième. Elle chercha le regard de Castle mais celui-ci, regardait atterré le dernier cliché. Il pâlit affreusement tandis que tous, même Beckett qui ne saisissait pas la situation, portèrent les yeux vers lui.
Castle se leva, sortit de la pièce sans dire un mot, alla récupérer sa veste, fila vers l’ascenseur, l’appela, s’y engouffra et bientôt disparut à leur vue.