HypnoFanfics

Interdit aux moins de 18 ans

Vice-Versa

Série : Castle
Création : 13.05.2014 à 17h22
Auteur : cathy24 
Statut : Terminée

« J'ai eu besoin après six saisons de me désaltérer à la source originelle. En espérant que vous prendrez plaisir à être de mon voyage.  » cathy24 

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20EME CHAPITRE

 

Beckett les dévisagea tous mais chacun semblait sonné par la révélation que venait de leur communiquer Lanie et le Docteur Murray et personne ne répondit à sa question. Alors, elle les planta là, se dirigea à son tour vers les ascenseurs qui mirent trop de temps à arriver à son goût. Du coup, elle emprunta l’escalier qu’elle descendit le plus vite qu’elle put. Elle jeta un regard dans le hall mais Castle avait déjà disparu. Elle fonça dehors, scruta à droite et à gauche. Elle se frotta le front du bout des doigts de sa main droite, certaine de ne pas le retrouver quand elle le vit plus haut, tourner au coin de la rue et disparaître de son champ de vision. Elle fonça aussi vite que le lui permettaient ses hauts talons. Elle faillit renverser une vieille dame, s’excusa sans s’arrêter et courut, courut, à en perdre haleine. Elle arriva enfin à l’endroit où elle l’avait vu tourner. Elle emprunta la même direction mais son talon gauche dérapa, sa cheville vrilla. Elle rétablit son équilibre elle ne sut comment, se moquant totalement de la petite douleur qu’elle ressentait à son pied, scrutant déjà les alentours.

Elle s’arrêta net.

Il était là à quelques pas, les  mains appuyées sur le mur, le haut du corps à l’horizontal, la tête baissée, les jambes tendues. Il semblait rassembler toutes ses forces pour abattre la paroi, puis il  poussa un cri de rage, tourna sur lui-même, son bas du dos prit appui contre le mur et Castle fit glisser ses mains sur ses cuisses et il se stabilisa ainsi, la tête toujours penchée vers le sol.

Elle s’approcha lentement, cela lui laissa ainsi le temps de reprendre son souffle. Elle n’était pas certaine de savoir ce qu’elle devait faire et en l’accostant, elle avait plus de chance de s’attirer des remarques cinglantes que d’avoir un sourire de reconnaissance. Mais tant pis, elle ne pouvait le laisser dans cet état. Elle s’immobilisa devant lui et resta ainsi de longues secondes avant que Castle ne réalise que le soleil ne réchauffait plus sa carcasse. Alors, il releva la tête pour ne voir qu’une silhouette debout entourée d’un halo qui l’empêchait de la distinguer nettement. Puis plissant les yeux,  il reconnut Beckett. Il n’y eut les instants suivants, aucun mot échangé, juste quelques regards. Beckett esquissa un très léger sourire, rajusta le col de la veste de Castle, fit un pas vers la chaussée, parvint à héler un taxi, revint vers lui, lui tendit la main droite dont il se saisit sans trop  réaliser ce qu’il faisait, et tous deux s’engouffrèrent dans le véhicule. Il passa tout le trajet à regarder les yeux dans le vague, par la fenêtre de son côté et pendant tout ce temps, elle ne le quitta pas des siens.

Quand le taxi les recracha sur la chaussée presqu’une demi-heure plus tard, Castle n’avait pas franchement l’idée de l’endroit où ils étaient.

- C’est quoi ici?

- Mon refuge.

- Votre refuge ? Un bar ?

- Pas n’importe quel bar : le Old Haunt.

Elle lui fit descendre quelques marches et poussa la porte avant d’entrer.

- Vous ne connaissez pas ce bar ?

Il répondit négativement d’un mouvement de tête.

- Il est lié à l’histoire de la ville.

Ils avançaient, lui se laissant guider.

- A l’origine, c’était une forge avant de devenir un bordel et un bar clandestin à la prohibition. J’adore cet endroit.

Elle fit un petit bonjour de la main au jeune barman.

- Salut Sean !

On entendait les notes d’un morceau de jazz joué au piano. Beckett eut un immense sourire pour le pianiste, un vieil homme noir.

- Hey, ma belle, de plus en plus ravissante !

- Merci, Jimmy !  Et toi, toujours fidèle au poste.

- Tu sais bien que je viens ici juste pour le plaisir. Comment va-t-on ton père ?

- Très bien.

Kate passa son bras autour du coup du pianiste et déposa un baiser sur son front puis elle reprit sa route pour finalement  choisir un box et s’asseoir sur la banquette en bois. Castle vint se mettre face à elle.

- Ah, fit-elle ! C’est ici que j’ai commencé à écrire mes premiers scénarios. J’avais onze ans.

- Que faisiez-vous dans un bar à cet âge ?

- Oh, j’étais même bien plus jeune la première fois que je suis venue ici. A la place du vieux Jimmy, là-bas, à l’époque, c’était mon père qui arrondissait ses fins de mois en jouant.

- J’ignorais qu’il était musicien.

- Un excellent même ! Il était concertiste et il commençait à avoir une petite renommée internationale quand ma mère nous a abandonnés. Cela l’a anéanti. Il a sombré un temps dans l’alcool. J’avais huit ans. Il a remonté la pente pour s’occuper de moi. Il a refait surface en donnant des leçons de piano et en jouant dans cet endroit. Ce lieu l’a sauvé.

- Un bar ? Pour un ancien alcoolique ?

- Justement. C’est là qu’il a réalisé qu’il s’était enfin sorti de son cauchemar. Du coup, quand voilà trois ans, le Old Haunt a failli fermer et être démoli, je l’ai acheté.

- Ce lieu est à vous ?

Elle opina. Elle fit un signe et Sean s’approcha.

- Deux Whisky, commanda-t-elle.

- Non, fit Castle, pas pour moi.

- Je crois qu’au contraire, c’est indispensable.

Puis elle se retourna vers Sean :

- Cuvée spéciale, tu comprends ?

Il hocha la tête et repartit.

 

Castle ne savait pas comment il avait pu la suivre aussi aisément. Sur ce trottoir, elle n’avait pas dit un mot mais c’était comme si son regard l’avait supplié de lui faire confiance. Et là, dans ce bar, elle ne lui demandait rien et au contraire, elle s’ouvrait à lui, lui racontait les grandes lignes de son histoire personnelle avec simplicité, sans s’étendre de trop, sans jouer sur le pathos alors qu’elle avait traversé elle aussi des moments difficiles.

Sean apporta les deux verres. Beckett huma d’abord le liquide mordoré avant d’en prendre une gorgée, de le laisser saturer toutes ses papilles et enfin de l’avaler. Castle suivit le même cérémonial.

- Alors ? Il est bon, n’est-ce pas ?

Il opina. Effectivement, ce n’était pas un Whisky ordinaire et Castle prit plaisir à sentir les saveurs prendre possession de sa bouche. C’était explosif d’abord, chaud ensuite et cela s’achevait dans une apaisante douceur exhalant des notes d’épices et de fruits secs.

- St Miriam 1875. Le Saint-Graal du Whisky.

- Comment est-il en votre possession ?

- Eh bien, quand j’ai racheté le bar, dans la cave qui servait de bureau, on a découvert une porte dérobée qui mène à d’anciens souterrains. C’est là que Jimmy Walker qui fut maire pendant la Prohibition cachait sa réserve personnelle dont une centaine de ces merveilles de bouteilles. La mairie les a vendues aux enchères mais j’ai réussi à m’en faire offrir par Weldon.

- Merci.

- De quoi ?

- Pour m’avoir permis de le goûter.

- Je n’en sers que pour les grandes occasions et qu’aux personnes qui en valent la peine.

Castle cacha son embarras dans l’absorption d’une seconde gorgée. C’était la deuxième fois que Beckett lui signifiait qu’elle avait de l’estime pour lui. Elle avait même dit à Weldon qu’elle  n’hésiterait pas à lui confier ses plus grands secrets. Et elle tenait parole. Elle le faisait entrer dans ses plaies, dans ses bonheurs.

Il se disait qu’elle avait choisi la bonne stratégie, qu’elle avait compris à qui elle avait affaire, qu’elle était fine observatrice. Mais il ne ressentait en elle nulle envie de nuire. Elle était d’une sincérité généreuse. Alors il but une troisième gorgée, reposa son verre qu’il continuait de tenir cependant entre ses mains.

- Meredith et moi nous sommes connus à Columbia.

Beckett le regarda intensément mais ne fit aucun commentaire et le laissa dérouler son récit.

- J’étais en quatrième semestre de droit et elle en second. Sa famille avait déménagé pour New-York et elle poursuivait ici ses études. C’est quelque chose qu’on ne peut pas expliquer mais on a tout de suite été inséparables. On a vécu ainsi pendant deux années entre notre amour et nos études. Jusqu’à ce qu’elle m’annonce qu’elle était enceinte. Elle comme moi, nous n’avons pas hésité un seul instant : nous voulions cet enfant. Nous nous sommes mariés quelques semaines avant la naissance d’Alexis. Nous désirions cependant absolument ne pas interrompre nos études. On s’organisait : un jour je m’occupais de notre fille, le lendemain c’était Meredith. Tout se passait merveilleusement bien. Nous étions simplement heureux.

Il fit une pause pendant laquelle il avala une gorgée de St Miriam mais le silence s’approfondit. Beckett sortant enfin de son immobilisme attentif, avança la main droite et alla serrer entre ses doigts la main gauche de Castle. Il ne refusa pas le contact, s’y agrippa au contraire et y trouva la force de poursuivre.

- Un soir, je revenais du parc avec Alexis. Devant la porte de l’appartement, un lieutenant nous attendait. Il s’appelait John Raglan. Il m’a annoncé que Meredith avait été retrouvée morte, poignardée à de multiples reprises dans une ruelle. Elle avait quitté, un peu plus tôt, la bibliothèque municipale où elle était allée, comme souvent, travailler avant de revenir dans notre petit logement. Elle se serait apparemment retrouvée au milieu d’une rixe entre bandes rivales.

- Apparemment ? S’autorisa finalement à dire Beckett.

- Le coupable n’a jamais été identifié.

Il expliqua à la jeune femme qu’il avait alors abandonné ses études pour subvenir aux besoins de sa fille, qu’il avait choisi la police, pour  éviter que d’autres familles vivent ce qu’il vivait et qu’elles sachent, elles, pourquoi on leur avait enlevé un proche. Mais il n’avait pas renoncé à savoir. Il le devait aussi. A Meredith ainsi qu’à sa fille. Pendant des années, il avait profité de chacun de ses moments libres pour tenter de trouver une piste sérieuse mais il n’avait rien de probant et cela finissait toujours en cul-de-sac. Pire encore,  cela avait failli le détruire.

- Je ne croyais pas possible qu’un jour, un élément nouveau surgisse même si je l’espérais.

- Vous avez enfin une silhouette à mettre sur cette ombre qui vous hante. On va retrouver ce gars, Castle. On va le dénicher là où il se terre.

Il y avait dans le regard de Beckett une telle force de persuasion que Castle opina et voulut croire à cet instant que son cauchemar entamé quinze années auparavant, était sur le point de s’achever.

- Vous voyez, rajouta Beckett, j’avais raison !

- A quel propos ?

- On a tous une histoire.

 

Ils revinrent au poste en fin d’après-midi. En les voyant arriver ensemble, personne ne fit la plus petite remarque parce que chacun avait espéré quand Beckett avait couru après Castle, qu’elle le rattraperait et saurait trouver les mots pour l’aider à surmonter le flot d’émotions qui avait du le submerger. Beckett n’en fut pas consciente mais des regards de remerciements, se posèrent sur elle. Plus même, il y eut des hochements de tête discrets comme la preuve qu’elle avait franchi une étape et que désormais ils l’acceptaient parmi eux, dans le cénacle de leur poste de police. Sans réserve. Elle venait de gagner ses galons de partenaire à part entière sans vraiment s’en rendre compte.

Ils tentèrent de s’inclure tous deux dans la discussion qui se poursuivait sur l’homme à la casquette, sur ce qu’on savait, ce que l’on pouvait encore explorer. Montgomery prenait une part active à la réflexion mais cela ne l’empêchait pas de voir que Castle n’était pas concentré, que son regard fixait il ne savait trop quoi et qu’il fallait lui demander plusieurs fois son avis avant qu’il ne réagisse et Beckett ne lâchait pas le lieutenant des yeux.

- Rentrez chez vous tous les deux, finit par ordonner le capitaine. Vous nous reviendrez demain avec les idées claires. On finira par le retrouver ce salopard mais je vous veux totalement opérationnels. Fichez-moi le camp.

Castle tourna les talons et Beckett, surprise de cette acceptation, ne se rebella pas plus que lui. Une fois à l’extérieur du bâtiment, Beckett voulut proposer un restaurant, une balade, un verre  à son partenaire mais celui-ci déclina et précisa qu’il voulait réfléchir. Seul. La jeune femme ne s’imposa pas davantage et s’engouffra dans un taxi.

 

Ils connaissaient désormais sans aucun doute le meurtrier de Rise, Mendoza et Way, mais en plus, celui vraisemblablement de trois autres crimes perpétrés voilà une quinzaine d’années. Pour autant, il n’avait toujours pas son identité. Ryan et Esposito, la veille au soir,  au Little Chicago, avait retrouvé un témoin qui disait avoir possiblement croisé leur suspect. Il avait cependant accepté d’aider à en faire un portrait-robot. Et les dossiers s’empilaient sur la table de la salle de réunion. Il fallait que chacun appréhende tout des affaires antérieures : le meurtre de Meredith Castle, mais aussi celui de Fulgence Mortimer et Stephen Simpson. Sans pour autant être certain de progresser. Et puis, il y avait cette interrogation : comment l’homme était-il entré aussi facilement au poste ? Il était en possession d’un badge qui lui avait permis d’ouvrir toutes les portes, un badge piraté et activé. Comment se l’était-il procuré ?  Esposito visionnait pour la nième fois le moment où l’homme passait le sas d’entrée quand quelque chose qu’il n’avait pas remarqué jusqu’alors, attira son attention. Il zooma autant qu’il le put même si l’image perdait en netteté.  

 

On toqua à la porte. Elle continua sa conversation téléphonique tout en allant ouvrir. Elle fit un grand sourire à l’arrivant et lui fit signe d’entrer.

- Alors, tu reviens quand ? demanda-t-elle à son interlocuteur.

Elle hocha la tête.

- Très bien. A dans une semaine.

Puis elle raccrocha.

- C’était ton père. Le procès va durer un peu plus longtemps que prévu. En tout cas, Richard, je ne m’attendais pas à te voir ce soir. Voilà une excellente surprise !

Elle fit un pas vers lui pour l’embrasser mais elle arrêta son mouvement en voyant la mine déconfite de son fils.

- Que se passe-t-il ?


cathy24  (02.06.2014 à 19:24)

21EME CHAPITRE

 

Ils étaient là, sur le canapé, assis côté à côté, Martha tenant les mains de Castle entre les siennes. Elle l’écouta sans l’interrompre mais elle avait peur. Peur qu’un nouvel ouragan ne vienne abattre cette muraille de paille qu’ils avaient mis, elle et le père de Richard, des années à monter brindille après brindille pour protéger leur fils et par ricochet leur petite-fille. Elle restait impassible mais cela s’agitait intensément sous son crâne. Elle savait qu’une fois lancé sur la piste de ce suspect, rien ne détournerait plus Castle de l’objectif final : l’appréhender et le faire payer pour ce qu’il avait fait subir à Meredith. Martha ne se faisait aucune illusion : il avait retourné ciel et terre pendant des années pour trouver le responsable de la mort de son épouse alors qu’il n’avait rien de tangible à se mettre sous la dent ; il serait prêt à aller jusqu’en enfer pour le sortir de sa tanière et le traîner devant les tribunaux maintenant qu’il allait avoir une identité.

Martha frémissait intérieurement à chaque mot que son fils prononçait en sentant sa rage se mêler à une étrange joie malsaine. Castle avait enfin un visage, une silhouette sur lesquels déchaîner sa colère qui n’était que l’expression ultime d’un chagrin toujours en embuscade et désireux de renaître avec force. Martha s’avouait en se détestant, qu’elle aurait préféré mille fois le meurtre de Meredith impuni que de savoir son fils de nouveau en chasse. Mais par un étrange concours de circonstance, le gibier était levé et l’hallali commençait. Elle espérait juste qu’il n’emporte pas son enfant dans des abysses insurmontables.

 

Kate Beckett dînait d’une salade composée sommairement de quelques feuilles de roquette, de tomates, maïs, thon, avocat et crevettes. Elle avait allumé la télévision, cela faisait une présence et elle croyait que cela l’aiderait à l’étourdir. Mais c’était pire parce que le journaliste qui lisait son prompteur, là, face à elle, face à des millions de spectateurs, ne faisait que rendre plus aisé le vagabondage de ses pensées. Des pensées tourmentées.

Suivre l’enquête devait être un amusement, un dérivatif à sa lassitude créatrice du moment et voilà que le drame l’avait rattrapé. De nouveau l’obscurité pointait son nez mais là, ce n’était pas quelque chose qu’elle pouvait se contenter de regarder de l’extérieur. Elle était en plein cœur du scénario. Ou du moins, elle le côtoyait.

- Hey ! Tu es bien songeuse !

- Papa ! Dit-elle en sursautant. Je ne t’ai pas entendu entrer.

- Il faut dire que tu avais l’air très absorbé par tes réflexions.

Il vint s’asseoir dans le fauteuil à côté de celui de Kate.

- Raconte-moi ce qui te tracasse autant.

Elle se lança dans le récit des évènements de la journée. Jim n’intervint qu’une fois qu’elle eût achevé.

- Je le plains. Sincèrement. Quand ta mère a décidé de partir, cela a été très dur à vivre mais ce que Castle a du affronter, c’est l’enfer.

- Et je m’en veux, papa.

- De quoi ?

- Au début de notre collaboration, je lui ai dit des mots… Si je pouvais, j’aimerais les effacer.

- Ma fille qui émet des regrets ? Cela ne te ressemble pas. Il a quoi de particulier cet homme ?

- Je t’en prie, je n’ai pas le cœur à la plaisanterie, ce soir.

- D’accord. Mais regarde le bon côté des choses : il a enfin une piste sérieuse pour retrouver le meurtrier de sa femme.

- Tu as raison. Et je vais le soutenir autant que je pourrais.

Jim Beckett se leva. Il avait faim, il avait soif et se dirigea vers le coin cuisine.

- Et alors, les répétitions ? S’enquit Kate pendant que son père se préparait un sandwich.

- On sera prêt.

- Vous partez quand ?

- Dans trois jours.

 

Kate Beckett n’était pas parvenue à s’endormir avant plus de deux heures du matin. Son sommeil avait été peuplé de mains armées de poignard aux lames dégoulinantes de sang qui s’abaissaient en cadence sur des corps de femmes éventrées. A six heures, elle était sous la douche. A sept heures six, elle payait le chauffeur de taxi. A sept heures douze, elle se présentait devant le poste, deux cafés à la main. Castle arrivait à ce moment précis. Aux cernes sous les yeux, il n’avait certainement pas plus dormi qu’elle. Peut-être n’avait-il d’ailleurs même pas fermé l’œil. Elle lui tendit le café alors qu’il ne l’avait pas vu venir. Il tourna la tête vers Beckett, lui octroya un infime sourire, se saisit du gobelet.

- Merci, Kate.

C’était la première fois que le prénom lui venait naturellement.

- Il est tôt encore, lui fit-il remarquer.

Ils n’avaient pas besoin de parler davantage, ils avaient tous deux communiqués dans l’intensité de leur regard l’explication à cette présence matinale. Mais ils n’étaient pas les seuls. Dès qu’ils furent sortis de l’ascenseur, Esposito vint les chercher et ils retrouvèrent Ryan qui pianotait sur le clavier d’un ordinateur.

- On a son identité, annonça le Latino. Hal Lockwood.

Il expliqua comment il avait réussi ce tour de force. Un détail. Celui de la clé que tenait l’homme à la main. Un gros plan et Esposito avait réussi à déterminer qu’il s’agissait d’une clé d’agence de location de voiture. Car rental. Des coups de fils, des fax, des mails de la photo la plus nette et du portrait-robot. Une réponse positive était parvenue voilà une petite demi-heure.

Ils avaient tous en face d’eux sur l’écran, la photo de Lockwood. Un ancien militaire qui avait quitté l’armée à vingt cinq ans voilà une petite vingtaine d’années et qui vivait de boulots de garde du corps en celui d’agent de sécurité pour des sociétés privées.

- Il a toujours le véhicule, continua Esposito. Les voitures de location sont toutes équipées de GPS. On a localisé la sienne dans un quartier. Des agents sont partis faire du porte à porte. Dès qu’on trouve où il crèche, on fonce.

Castle ne dit pas un mot et retourna à son bureau. A peine assis, il retira son Sig du holster, vérifia son état de marche et récupéra un chargeur supplémentaire qu’il mit dans la poche de sa veste de cuir. Beckett le regardait faire et quand il releva la tête, elle vit dans son regard une telle dureté qu’elle prit peur.

- Vous croyez qu’il pourrait vous tirer dessus ?

- Ce gars est notre principal suspect dans sept meurtres. Il ne va certainement pas se rendre de lui-même.

 

L’endroit où Lockwood se logeait fut trouvé rapidement. L’agitation enflamma le poste de police. Montgomery détacha six personnes supplémentaires pour aider Castle et ses hommes à arrêter l’individu. Le capitaine le voulait vivant. Il y eut une discussion sur la présence ou non de Beckett. Finalement, ce fut l’avis de Castle qui l’autorisa à venir avec eux sous la condition exprès que pour une fois, elle obéisse et reste dans la voiture. Beckett donna sa parole mais le doute ne pouvait pas disparaître ainsi.

- Je viens avec vous, fit Montgomery, et elle restera à mes côtés.

Tout le monde, cinglé dans les gilets pare-balles,  s’engouffra dans les véhicules et le convoi fila à toute vitesse à travers les rues de New-York. Ils se garèrent à une centaine de mètres de l’adresse de leur cible et progressèrent rapidement à pied. Quelques hommes envoyés sur l’arrière du bâtiment pendant que l’autre partie y pénétra.

De loin, Beckett ne parvenait pas à voir quoi que ce soit mais elle entendait ce qu’il se passait par les micros posés sur Castle et le policier en charge de l’issue de secours. Castle laissa deux hommes à surveiller l’ascenseur. Puis, ce ne fut bientôt que des bruits de pas rapides et une respiration qui s’accélérait. Ensuite, quelques indications données sur leur position. Ils montèrent en rang serré les trois étages et s’immobilisèrent devant la porte que leur avait indiquée le concierge. Un des agents introduit la clé dans la serrure et le barillet tourna aisément. Castle mit la main sur la poignée et l’abaissa lentement. Au moment de pousser, la porte résista : Lockwood avait mis la chaîne. Castle pesta. Il ouvrit la paume et on lui glissa une pince. Il n’eut pas le temps de cisailler la chaîne qu’un coup de feu retentit et qu’une balle traversa la porte passant à une quinzaine de centimètres au-dessus de sa tête. Castle s’abaissa et se précipita sur le côté tandis que les balles continuaient d’éclater le bois. Puis cela cessa. Un agent en profita pour enfoncer la porte d’un violent coup de pied et le passage fut libéré. Ils trouvèrent face à eux, Lockwood, à genoux, les mains passées derrière la tête. Son arme était posée à terre. Ryan s’en saisit. Le chargeur était vide.

 

Montgomery était dans une colère froide : ce Lockwood avait tiré toutes les balles sur ses hommes de façon délibéré. Mais Castle pensait autrement. Il se disait qu’il aurait du en prendre une en pleine tête si Lockwood  avait voulu se faire des flics. Ensuite, il n’avait qu’à attendre qu’ils passent le seuil pour pouvoir les avoir dans sa ligne de mire. Là, il avait  fait semblant de ne pas se rendre. Pour donner le change. A qui ? Et pourquoi ? Voilà deux questions supplémentaires mais pour le moment, Castle de l’autre côté de la vitre sans tain, ne perdait pas du regard celui qui avait ôté la vie à Meredith. L’homme ne semblait pas plus déstabilisé que cela de s’être fait prendre. Au contraire, il écoutait Esposito égrenait tous les chefs d’inculpation contre lui un petit sourire figé sur les lèvres.

Castle était agité de sentiments divers. D’un côté, il était soulagé de tenir le probable assassin de Meredith mais d’un autre côté, en connaissant désormais le parcours de l’individu qui s’apparentait davantage à celui d’un tueur à gages que d’un psychopathe, il ne pouvait s’empêcher de penser que Lockwood avait tué Meredith parce qu’il en avait reçu l’ordre.

- Vous croyiez qu’il va se mettre à table ?

La question de Beckett le sortit de ses réflexions.

- Je ne crois pas qu’il soit ce genre d’individu.

- Il va bien finir par se rendre compte qu’il risque de finir ses jours en prison s’il ne donne pas le nom de son commanditaire.

Castle la regarda surpris.

- Eh bien, oui, répondit Beckett à l’interrogation muette du lieutenant, ses victimes ont manifestement étaient ciblées dans une optique bien précise.

Et comme Castle ne disait toujours rien, elle rajouta :

- Je crois qu’il en a aussi été ainsi pour votre femme.

Castle ne dit rien mais il partageait son avis.

- On tient l’arme mais pas la main, poursuivit-elle. Il y a un lien, forcément, entre l’affaire d’hier et celle d’aujourd’hui. Et c’est dans tous ces documents et dossiers qui encombrent nos bureaux.

Dans la salle d’interrogatoire, les questions ne cessaient pas mais Lockwood fidèle à sa ligne de conduite, continuait de se taire. La présentation du poignard retrouvé chez lui ne provoqua aucune réaction différente. Pendant plus de deux heures, en se relayant, Esposito, Ryan et Montgomery, ne purent rien tirer de Lockwood. Ce fut uniquement au moment où on le ramenait en cellule qu’il demanda à parler à son avocat.

Ils auraient tous désiré apporter enfin la solution définitive à leur collègue et ami. Mais voilà, ils savaient que quelque chose de plus important, de plus énorme se dissimulait derrière Lockwood. Un lien quelque part leur avait échappé. Il fallait recontacter Roger Felton à la mairie en espérant que les noms de Fulgence Mortimer, Stephen Simpson sortiraient d’un quelconque vieux dossier. Il fallait vérifier tous les contacts récents de Lockwood, tracer tous ses déplacements. Et la somme de travail s’annonçait trop importante pour l’équipe. Montgomery leur adjoignit le lieutenant Karpowski. La femme était d’une énergie communicative. De plus, elle avait un œil neuf sur ces affaires. Cela était toujours appréciable.

 

Castle frappa à la porte du bureau de Montgomery. Ce dernier leva la tête et lui fit signe d’entrer. Castle referma derrière lui puis vint s’immobiliser face à son supérieur.

- Laissez-moi quelques minutes avec lui.

- Je ne pense pas que cela soit une bonne idée, Castle.

- Cela fait quinze ans que je le traque. Je mérite de participer à son interrogatoire.

- Je sais tout ce que cela représente pour vous mais précisément, c’est pour cela que je ne vous veux pas en tête-à-tête avec lui.

- Je suis le seul à être capable de le déstabiliser.

- Vous croyez cela !?

- Parce que je suis le seul dans ce poste de police qu’il peut craindre.

- Voilà l’argument qui me conforte dans mon opinion et je ne changerais pas d’avis.

 

Castle tout à sa frustration fracassa involontairement sa tasse contre le rebord de l’évier. Bien sûr qu’en vingt-quatre heures, il avait fait un bond spectaculaire dans la résolution du meurtre de Meredith mais justement, cette accélération accroissait son exaspération de n’avoir pas encore toutes les réponses. Il savait désormais que cette mort était tout sauf accidentelle. Il avait fallu, à un moment donné, éliminer Meredith. En quoi était-elle mêlée à tout ça ? Partie prenante ? Témoin involontaire ? Son esprit réfléchissait à vitesse V. Il essayait de se rappeler un détail dans le comportement de son épouse qui aurait été le signe qu’il n’avait pas su déceler à l’époque. Mais rien ne l’effleurait.

 

Pour la seconde fois de la journée, Lockwood subit les questions des enquêteurs, son avocat à ses côtés. De toute façon, cela ne changeait rien au mutisme du suspect. Il resta impassible quand il fut officiellement accusé du meurtre de sept personnes. On lui signifia qu’il serait transféré en prison un peu plus tard dans la journée et, de l’autre côté de la vitre, Castle continuait de fulminer.

- Bon sang, fit Beckett en tentant de le sortir de sa colère rentrée, je ne m’imaginais pas trouver ici scénario plus sombre et confus que ceux de mes films ! Mais je crois que j’ai matière à une superbe histoire.

- D’accord.

- D’accord, quoi ?

- Je ne vous ferais plus la moindre réflexion, je vous aiderais même pour crédibiliser la partie procédurale de votre film si vous faites quelque chose pour moi en retour.


cathy24  (03.06.2014 à 19:50)

22EME CHAPITRE

 

Bien sûr que Beckett n’allait pas refuser une telle opportunité, d’abord parce qu’elle se réjouissait par avance de sa collaboration avec Castle sur son prochain film et qu’ensuite, elle adorait enfreindre les règles !

Et puis, il y avait une chose de plus enfouie qu’elle n’identifiait pas encore mais qui la guidait dans toutes ses dernières décisions : elle appréciait ses journées auprès de lui, elle adorait leurs discussions, leurs échanges verbaux parfois animés, elle aimait la modification de son regard sur lui comme elle appréciait qu’il ne la ressente plus comme un fardeau, une plaie. Alors, oui, elle n’avait pas hésité un seul instant.  Ne restait qu’à attendre le moment propice.

Il vint quand l’avocat de Lockwood se retrouva dans le bureau de Montgomery pendant qu’Esposito et Ryan réglaient les derniers détails du transfert avec les agents qui en étaient en charge, envoyés par les services du procureur.

Castle se dirigea vers les cellules et tandis qu’il ouvrit celle de Lockwood, Beckett restait en surveillance. Le suspect émit un grand sourire en voyant venir son visiteur.

- Je me demandais si tu aurais le cran de m’affronter, dit-il en provoquant le lieutenant du regard.

- Pas le temps de faire un bras de fer. Mais je peux t’assurer que tu vas cracher le nom de ton commanditaire sinon, je promets de faire de ta vie à Sing Sing un véritable enfer.

- Ouah ! Le petit flic qui se croit un caïd !

- Profite encore de ces quelques derniers moments où tu peux faire des moulinets parce que tu ne sais pas ce dont je suis capable.

- C’est toi qui ne comprends pas à qui tu as affaire.

- Alors explique-moi parce que je ne lâcherais rien avant de vous avoir tous coffrés.

- Je serais toi, je ne m’engagerais pas sur ce terrain. Ta femme n’a pas eu de chance en se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment. Tu as encore une fille. Alors prends soin d’elle.

Castle bondit vers Lockwood.

- Ne menace pas ma fille, sinon…

- Sinon, quoi ? A moins que tu ne sois derrière elle à chaque seconde, elle peut faire de très mauvaises rencontres. Les rues de New-York ne sont pas très sûres.

Castle le prit par le col de la chemise et le poussa contre le mur mais cela n’arrêta pas Lockwood.

- Et puis, j’aimerais bien savoir si ta fille émettrait les mêmes pleurs que sa mère, si elle t’appellerait à l’aide de la même manière qu’elle, de si touchante façon que j’en étais ému sur le moment, juste avant que je lui plante le couteau dans le cœur.

Lockwood souriait, riait presque. Castle rugit et abattit coup de poing sur coup de poing au visage de son adversaire qui ravala son rire.

Beckett n’était pas restée à son poste d’observateur. Elle voulait savoir ce qu’il se passait à quelques mètres dans son dos et abandonna sa place. Elle regarda impuissante les conséquences de la provocation de Lockwood. Impuissante et abasourdie. Elle fut bousculée par Esposito sans l’avoir vu débouler, lui-même suivi de Ryan, dans la cellule. Ils eurent toutes les peines du monde à maîtriser Castle. Quand Lockwood fut dégagé de l’acharnement du détective, il avait la bouche en sang, l’arcade droite explosée et le nez tuméfié.

- Castle dans mon bureau, hurla Montgomery.

- Capitaine…, commença la jeune femme.

- Vous aussi Beckett.

Le ton ne demandait pas de réponse. On donna les premiers soins au prisonnier. L’infirmerie de la prison se chargerait de faire des examens plus approfondis. L’avocat se planta devant Castle le prévenant qu’il déposerait plainte contre lui mais il n’obtint qu’un haussement d’épaules ce qui eut pour conséquence de décupler sa colère. Les agents chargés du transfert encadrèrent Lockwood et le guidèrent vers l’ascenseur.

 

Montgomery ferma la porte derrière lui. Castle et Beckett l’y attendaient depuis quelques instants déjà. Pendant que le capitaine contourna son bureau pour aller s’asseoir, Castle voyait l’ascenseur qui se refermait sur Lockwood. Un Lockwood qui eut le temps de lui envoyer un dernier message provocateur : malgré l’entrave de ses menottes, du pouce droit, il mima un geste d’égorgement.

 

- Je vous avais interdit de lui parler, commença le capitaine.

- Mais vous auriez du entendre…

- La ferme, Beckett. Je savais ce qui se passerait et je suis déçu, Castle, parce que vous êtes tombé dans le piège. Qu’est-ce qui vous a pris ?

- Maintenant, j’en ai la certitude : Meredith a juste été témoin de quelque chose.

- Ah ! Superbe ! Je dois peut-être vous féliciter alors ?

Montgomery était véritablement dans une rage folle.

- Et pour ce… résultat, vous êtes prêt à bousiller toute votre carrière ?

- Ma carrière ? Je m’en moque.

- Je ne permets aucune vengeance personnelle de la part d’aucun de mes hommes.

- Je veux mettre hors de nuire le salaud qui est derrière tous ces meurtres. C’est tout.

- En frappant un type incarcéré dans mon poste, sous ma responsabilité ? Je vous retire de l’enquête. Rentrez chez vous. Et estimez-vous heureux que pour l’instant, je ne prenne pas d’autres sanctions. Foutez-moi le camp. Et vous aussi Beckett.

 

Castle comprit l’inutilité de tenter de faire revenir son supérieur sur sa décision et il quitta le poste. Les Bros tentèrent d’attirer l’attention de Beckett mais Montgomery veillait et tandis qu’elle s’approchait du bureau de Ryan, il lança de sa place un tonitruant :

- Dehors !  

 

Ce n’est qu’en se retrouvant sur le trottoir que Castle réalisa que la nuit était tombée. Il monta dans sa voiture, démarra et prit la direction de son appartement. Il comprenait la réaction de Montgomery. Il savait que le capitaine avait pris la bonne décision. Castle n’ignorait pas que de toute cette enquête avec ses multiples ramifications, il ne retenait désormais plus que l’image du visage de Lockwood devant les yeux. Plus rien n’avait d’importance désormais que cela. L’assassin de sa femme et dans l’obscurité encore, le commanditaire. Il replongeait. Il sentait qu’il replongeait. Il était comme un alcoolique qui reprenait un verre après une abstinence de plusieurs années. Et si rien ne venait interférer, il s’enfoncerait parmi ses démons et risquait de ne jamais plus s’en extraire. La dernière fois, sa mère et son père l’avaient rattrapé et remonté vers la surface alors que sa vie tournait autour d’une seule obsession : le meurtre de Meredith. Il avait même abandonné Alexis sur le bord du chemin. Il en avait honte. Il n’avait jamais guéri de  ce qu’il avait fait subir à sa fille. Et elle n’avait pas l’air de lui tenir grief de son impardonnable comportement ce qui le culpabilisait encore plus.

Il aimait Alexis. De toute sa force de père. Elle était le phare qui depuis des années lui montrait la route. Il voulait être quelqu’un dont elle n’aurait pas à rougir, dont elle pourrait être fière. C’était pour cela qu’il voulait exceller dans son travail, un travail auquel il devait beaucoup. A côtoyer quotidiennement des personnes amputées de proches aimés, auxquelles il savait dire les mots qui apaisaient même si personnellement, il n’avait pas réussi à refermer sa plaie toujours prête à se rouvrir, il avait appris à vivre avec.

Sa décision était prise. Il ne voulait pas être vu ainsi. Il ne voulait pas que quiconque s’interfère entre lui et sa volonté de s’accrocher, d’aller jusqu’au bout désormais. Il se gara à deux pas de chez lui, sortit son portable et appela. Au bout de deux sonneries, son interlocuteur décrocha.

- Oui, Richard. Que se passe-t-il ?

- Peux-tu t’occuper d’Alexis les prochains jours ?

- Bien sûr mais que se passe-t-il ?

- C’est cette affaire : elle n’est pas résolue et je risque d’être pas mal sur la brèche.

- Tout va bien ?

- Oui, oui, ne t’inquiète pas, lui mentait-il, mais c’est juste que je serais rassuré de la savoir avec toi.

Quand il raccrocha, il était tranquillisé : Alexis trouverait tout ce dont elle avait besoin auprès de ses grands-parents. Et lui pouvait foncer. Il commença par arrêter son portable.

Deux minutes plus tard, il ouvrit la porte de son appartement. Il jeta sa veste sur la table près de l’entrée. Elle glissa et tomba à terre. Il n’alluma pas et se guida uniquement à la lueur des lampadaires extérieurs qui s’insinuait en voleur dans son salon. Il sentit une vague de tristesse l’envahir. Il aurait aimé pleurer mais quelques larmes seulement se massèrent en bordure des cils sans se décider à couler.

Une douleur irradia sa main droite tandis qu’il se servait un double Whisky. Il ne s’aperçut qu’alors que les jointures de ses doigts étaient tuméfiées, la conséquence des coups donnés à Lockwood. Il passa sa main quelques minutes  sous un jet d’eau froide puis, il reprit son verre et alla s’asseoir sur le canapé espérant que la dose serait suffisamment forte pour l’étourdir. A la première gorgée, une comparaison défavorable s’imposa avec ce merveilleux St Miriam que lui avait si généreusement offert Beckett.

 

Kate souffla longuement quand elle se retrouva dans la rue. Sa première constatation fut pour la nuit qui était tombée et la chaleur que le bitume chauffé toute la journée, restituait. Beckett pouvait héler un taxi et rentrer chez elle mais elle se disait que marcher un peu lui ferait le plus grand bien. Elle remonta l’avenue en donnant carte blanche à son esprit pour mettre de l’ordre dans ses idées. Jamais elle n’avait imaginé qu’elle pourrait être à ce point travaillée par des pensées contradictoires : abandonner le poste, cette affaire et fermer la porte définitivement à cette courte parenthèse qui l’avait divertie dans un premier temps ou bien ne pas renoncer, s’accrocher, même si elle ne savait comment s’y prendre ?

Voilà quelque temps encore, elle aurait sans ambages opté pour la seconde alternative mais elle venait d’être confrontée à une violence d’un quotidien qu’elle ignorait jusque là. Ses seuls combats acharnés avaient été contre son producteur, les maisons de distribution. Autrement dit, du ridicule quand elle le mesurait à l’aune de ce qu’elle avait vécu ces derniers jours.

Où était sa place ? Chez elle, dans son univers habituel, sans aucun doute possible.

 

Montgomery se dirigea vers Esposito.

- C’est vous qui êtes désormais en charge de l’enquête.

- Mais Castle ?

- Je l’ai renvoyé chez lui et je ne veux plus le voir ici tant qu’on travaille sur cette affaire.

- Je suis désolé, répliqua le Latino, mais je ne me sens pas capable…

- Qu’est-ce qui est écrit là ? demanda Montgomery en montrant son badge.

- « Capitaine ».

- Bien, alors vous m’obéissez ou demain je vous mets tous les deux à la circulation.

C’était un vrai fardeau qui venait de tomber sur les épaules d’Esposito. Jusqu’alors, il avait toujours eu un supérieur capable à la fois d’indiquer là où chercher et de rassembler tous les éléments  pour trouver la solution. Et là, cela survenait sur l’affaire la plus complexe qu’ils aient eu à traiter depuis quatre ans qu’ils travaillaient ensemble. En plus, il vivait cela comme une sorte de trahison envers Castle. Une trahison non seulement envers son supérieur direct mais également envers un ami. Avec Ryan, ils avaient tissé des liens forts et c’était cela qui donnait l’incroyable travail productif de leur groupe. Le meilleur taux de résolution de toute la ville.

Esposito sentait mal engagée sa soudaine promotion. Il ne savait pas quelle piste privilégier : il y en avait trop. Il se disait qu’à quatre, cinq en incluant Beckett, ils auraient déjà eu du mal à résoudre cette affaire et maintenant, ils n’étaient plus que trois. Aussi quand Ryan lui posa cette simple question « Que fait-on ? », il se trouva bien incapable de décider pendant de longues secondes.

- On fonce sur Lockwood, finit-il par indiquer. On va éplucher tous ses derniers faits et gestes et je vais demander à Karpowski de se concentrer sur son passé. On finira bien par trouver des points de convergence.

Ryan acquiesça.

- Tu as raison. On va trouver le fumier qui est derrière tout ça. On le doit à Castle.

Ils furent interrompus par une voix qui les interpella.

- Bonjour, on vient pour le transfert de Lockwood.

Les deux détectives se regardèrent en silence, la stupéfaction dans les yeux. Esposito fit répéter le pourquoi de la présence des agents, vérifia leurs documents, appela Montgomery. Ils passèrent plusieurs coups de fils. Tout ne faisait que confirmer ce qu’ils redoutèrent : Lockwood s’était échappé en compagnie de deux faux agents.

 

On frappa à la porte. Castle ne réagit pas. Mais la personne insistait. Il soupira et se décida à aller ouvrir.


cathy24  (04.06.2014 à 19:11)

23EME CHAPITRE

 

- Que faites-vous là, Beckett ?

- Je viens voir comment va mon coéquipier.

- Il n’y a plus de coéquipier. J’ai été débarqué de l’enquête, vous vous souvenez ?

- Mais ce n’est pas cela qui va vous faire renoncer, n’est-ce pas ?

- Qu’est-ce que vous en savez ?

- Parce que c’est ainsi dans les films : c’est en se faisant virer que le héros devient encore meilleur et finit par appréhender les méchants.

- On n’est pas au cinéma, Beckett et je ne suis pas un héros.

- Vous êtes celui de mon prochain film et je vais vous suivre jusqu’au bout.

Sa phrase se terminait étrangement et Beckett et Castle le comprirent.

-… Jusqu’au bout de l’affaire, acheva-t-elle.

- Vous ne lâchez jamais.

- Comme vous, non ?

Ils étaient là, sur le seuil.

- Je peux entrer ?

Il hésita et finit par lui dégager le passage. Elle se glissa dans l’ouverture et avança d’un pas résolu.

- Vous n’allumez pas ? Vous dormiez en fait. Je suis désolée.

- Non, je buvais un verre en réfléchissant.

- Voilà un programme qui me va tout à fait.

Il lui indiqua le canapé où elle s’installa.

- Whisky ?

- Volontiers.

- Désolé pour la qualité.

- Ce sera parfait.

Il alla s’occuper du verre et en profita pour allumer quelques lampes. Il revint et lui tendit le Whisky quand elle se saisit de sa main droite.

- Qu’avez-vous ?

- Ce n’est rien. C’est en cognant…

Il n’acheva pas mais Beckett ne relâcha pas sa main pour autant.

- Vous vous êtes peut-être fracturé un os. Vous devriez consulter.

- Ça ira très bien comme ça.

- Alors, donnez moi quelque chose que je vous bande au moins la main.

Il revint rapidement et Beckett, avec douceur, s’occupa du bandage.

- Voilà ! J’espère que ce n’est pas trop serré.

- C’est très bien. Merci.

Sans s’en rendre compte, ce n’était pas que de sa main que Beckett venait de prendre soin. Elle avait mis un peu de baume sur des plaies causées par la frustration et l’animosité.  Il y eut encore un de ces instants de trouble comme il y en avait déjà eu quelques-uns entre eux. Elle n’était pas du genre à détourner le regard en premier mais là, elle sentit qu’il fallait qu’elle le fasse avant qu’elle soit emportée par ce désir de le prendre entre les bras pour qu’il puisse laisser libre cours à cette peine dont elle voyait ses yeux noyés. Elle ignorait comment il prendrait ce simple geste de réconfort qu’elle voulait avoir à son égard. Elle ignorait elle-même comment elle ressentirait ce moment de le tenir contre elle. Elle préféra esquiver ces questions qu’elle se posait pour en proposer d’autres à leur réflexion.

- Comment va-t-on faire pour trouver qui a embauché Lockwood ?

- « Va-t-on faire » ?

- On continue, non ?

Que pouvait-il lui dire ? « Vous vous faites des idées, rentrez chez vous ? ». Mais il savait qu’elle ne le croirait pas.

- Il faudrait qu’on puisse croiser tous les éléments des affaires antérieures avec ceux du meurtre de Way et recouper avec les dossiers sensibles de la mairie.

- Pour la mairie, je m’en charge.

Il lui sourit.

- Pour les éléments sur Way…

Il ne la laissa pas achever et alla chercher son ordinateur portable. Il avait constitué la majeure partie des informations en sous-dossiers.

- Vous emportez des devoirs à la maison ?

- C’est une habitude que j’ai prise de longue date. Quand je suis sur une enquête, je n’ai pas intellectuellement vraiment de temps de pause avant la résolution.

- D’accord. Finalement, on est presque comme au poste ici. En milieu plus hospitalier cependant: confort, ambiance, boisson, odeur.

Kate Beckett ne s’embarrassait pas de tergiversions. Quand elle avait envie de tenir des propos agréables ou acerbes, elle ne les retenait pas. Et cela convenait parfaitement à Castle.

- Merci, échappa-t-il sans cesser de pianoter sur le clavier.

- Reste les meurtres de 1995.

Elle fut attentive à sa réaction mais il lui répondit sans hésiter.

- Je connais par cœur chaque détail concernant celui de Meredith. Par contre, pour Mortimer et Simpson…

- Je pourrais peut-être mettre une perruque blonde, un chapeau, des lunettes de soleil, me glisser au poste, faire des copies et revenir…

Elle amena un sourire sur le visage de Castle et c’était bien cette optique qu’elle avait recherchée.

- Je ne pense pas que vous feriez deux pas sans être démasquée.

- Et des photos, cela suffirait ?

- Le problème reste le même.

Elle prit son portable dans sa poche et l’agita sous le nez de Castle.

- Et si je les avais déjà ? Répliqua-t-elle avec un grand sourire.

- Comment ?

- Je les ai faites pendant que vous étiez dans le bureau de Montgomery en début d’après-midi. Vous allez encore me faire arrêter pour obstruction à la justice ?

Il était vraiment estomaqué. Décidemment, Beckett ne cessait de le surprendre.

- Pourquoi les avoir prises ?

- Eh bien, ces trois affaires n’ont pas été rentrées dans des bases de données : que du papier. Et j’analyse mieux quand je regarde sur écran. Certainement du à mon boulot, tout ça.

Il hocha la tête et  tendit la main. Elle lui confia son portable. Il trouva le câble adéquat et bientôt deux nouveaux dossiers furent créés, un au nom de Fulgence Mortimer et l’autre à celui de Stephen Simpson. Il brancha l’ensemble sur la télévision et cela donnait une l’illusion plus que parfaite du tableau blanc du 12th. Ils étudièrent scrupuleusement chacune des pages des dossiers que Beckett avaient prises. Quel lien pouvait-il y avoir entre un technicien d’une compagnie d’électricité, un employé de bureau et une étudiante en droit ? Même si Castle savait désormais que Meredith semblait n’avoir été que ce terme abject de « dommage collatéral », il n’en restait pas moins qu’elle avait forcément eu un contact, même involontaire avec au moins une des autres victimes.

Des recherches sur Google ne leur ramenèrent rien. Meredith Castle n’existait pas. Le web l’ignorait. Castle avala cette absence comme il put. Certainement mal, pensa Beckett. Et ils analysèrent chaque piste depuis  la protection d’une espèce de salamandre qui revenait peuplée les rivages de l’Hudson depuis une trentaine d’années jusqu’à la malfaçon d’un bâtiment municipal. Cela ne débouchait sur rien. Et c’était désolant, désespérant, démoralisant.

Il était largement plus de minuit et malgré leur acharnement, ils n’avançaient pas. La fatigue commençait sérieusement de se faire sentir et Beckett qui se targuait de prouver qu’elle était en éveil perpétuel devant un écran, voyaient ses yeux papillonner et son regard cherchait du repos dans le dessin qu’elle griffonnait machinalement à partir de quelques lettres sur une feuille de papier. Trois caractères qu’elle enchevêtrait, déployait en arabesques diverses. S&R.

- Vous écrivez quoi, là ?

- Rien. Je ne sais pas. Quelque chose d’imprécis.

- Ces initiales… Moi aussi…

Ils cherchaient la solution dans le regard de l’autre. Mais cela se refusait encore. « S », « R », « S », « R » répétèrent-il ensemble. C’était sur un document. Mais lequel ? Par forcément sous cette forme. S&R. Pas en abrégé.

- Se… secret… commença Beckett.

- Secrets & Ratifications, échappèrent-ils dans le même temps.

Ils se sourirent et leurs regards pétillaient de joie.

- Way, compléta Beckett ! Il a appelé ce cabinet de notaires, il y a environ…

Elle manipula la télécommande, sortant d’un dossier, entrant dans un autre et se déplaçant rapidement vers le listing des appels téléphoniques.

- Il y a un peu plus de deux mois.

- Il est où ce cabinet ?

Elle lut de manière plus approfondi la page.

- Staten Island.

- Ce ne peut être une coïncidence.

Beckett serra ses poings en gage de victoire, se tourna vers Castle et tomba dans ses bras. Comme ça. Toute à cette joie presque enfantine qui venait de la submerger. Elle riait et lui communiqua son rire. Un rire sans réserve né pour une part d’une excitation accrue par la fatigue et d’autre part, de cette piste qui venait de s’ouvrir. Ils finirent par se dégager l’un de l’autre, gênés mais satisfaits.

- Est-on certain qu’il s’agit bien du cabinet où travaillait Simpson ?

- Beckett, il faut que ce soit ça… Ce ne peut être que ça.

Alors il entama une nouvelle recherche sur internet. Le cabinet notarial possédait une page web qui n’avait malheureusement que cinq ans d’existence et demeurait assez succincte dans son contenu. Il chercha ailleurs dans les listes des personnes ayant été reçu au petit examen nécessaire à l’exercice de cette fonction. Mais cela continuait de ne pas être concluant. Il manifesta de la déception et quand la tête de Beckett se posa sur son épaule suite à une autre recherche encore infructueuse, il prit ce geste comme un soutien, une volonté de l’encourager. Mais elle restait immobile, calée au creux de son épaule et elle sentait bon. Un parfum de cerise. Il ne savait s’il devait se dégager ou au contraire lui permettre cette familiarité. Et quand il tourna la tête, il s’aperçut qu’en fait, elle s’était endormie, là, contre lui.

Il soutint délicatement son menton et installa Kate le plus confortablement possible sur le canapé. Il lui ôta ses hauts-talons, glissa un coussin sous sa tête, récupéra une couverture dont il la couvrit.

Ce ne fut qu’à partir de ce moment qu’il s’autorisa à la regarder, intensément. Comme il ne l’avait pas encore fait. Comme il ne s’était pas permis de le faire.

Elle était ravissante, même là, endormie, la bouche légèrement entrouverte et quelques mèches cachant partiellement son visage. Il réalisa combien en si peu de jours, elle avait réussi à se rendre agaçante, crispante, exaspérante, stimulante, bouleversante et… indispensable. Elle n’avait jamais relâché un seul instant son soutien, tant sur l’enquête en cours que lors du coup de point à l’estomac qu’il avait encaissé en voyant revenir à la surface le meurtre de Meredith. Elle avait été parfaite à chaque fois et elle l’avait déstabilisé. Certainement parce qu’il s’était fermé à cette idée initiale qu’elle puisse être autre chose qu’une vedette adulée des médias et de la presse people en particulier. Mais il savait désormais. Il savait et il appréciait qu’elle soit, là, à ses côtés dans ces heures pénibles qu’il vivait.

Elle poussa un soupir, se retourna mais ne se réveilla pas. Il rajusta la couverture, éteignit les lumières et murmura un « bonne nuit, Kate », avant de s’éclipser dans sa chambre.

 


cathy24  (05.06.2014 à 19:46)

24EME CHAPITRE

 

L’odeur du café fraîchement coulé favorisa son réveil. Il regarda sa montre. Il était un peu plus de six heures du matin. Encore une nuit courte mais il avait dormi d’une seule traite et il se sentait quelque peu reposé. Il inspira une grande bouffée d’air, s’emplissant les poumons de l’arôme âcre et fort. Et d’autre chose aussi qui lui fit prendre conscience qu’il avait faim. Il voulait cependant prendre son temps, profiter en douceur de son réveil. Mais il se redressa subitement réalisant qu’il n’était pas seul chez lui et que ce n’était pas Alexis qui était dans la cuisine.

Il enfila un pantalon, passa un tee-shirt, retira le bandage qui s’était desserré pendant la nuit et sortit de la chambre. Il fut accueilli par un amical :

- Bonjour, Castle. Bien dormi ? Il y a tout ce qu’on veut dans votre frigo. Pas comme dans le mien.

Beckett était devant les fourneaux. Les manches étaient remontées et le chemisier déboutonné révélait un caraco gris perle à la bordure en dentelle qui attira le regard de Castle.

- Vous prenez quoi ? Pancakes, œufs, bacon, jus d’orange, fraises… ? Lui proposa-t-elle.

- Un bon café d’abord.

- Pas de problème.

Elle emplit un mug et lui tendit.

- Merci, mais waouh, c’est quoi tout ça ? C’était mon devoir de vous préparer un petit déjeuner.

- Je ne vous pensais pas à cheval sur ce genre de considération. Merci à vous aussi.

- De quoi ?

- Vous auriez du me réveiller et j’aurais pris un taxi.

- C’était hors de question, et il avala une première gorgée de café.

Il prit un pancake sur lequel il fit couler du miel avant d’en ingurgiter d’un coup, une bonne moitié.

- C’est chaud, fit-il en faisant la grimace de quelqu’un se brûlant, c’est chaud mais c’est bon.

- Quel est le programme aujourd’hui ?

- Une balade à Staten Island, cela vous tente ?

Elle allait répondre quand on frappa à la porte. Il était six heures trente sept, bien tôt pour une visite de courtoisie. Castle jeta un regard à travers le judas, eut un léger mouvement de recul et ouvrit.

- Que faites-vous là ?

- On venait voir comment tu allais ! Répondit Esposito en forçant le passage montrant la voie à Ryan.

- Je vous en prie, entrez, fit Castle avec un air surpris qui contredisait ses propos, faites comme chez vous.

- On a essayé plusieurs fois de t’appeler mais on est tombé sur ta messagerie.

- J’ai éteint mon portable.

Plus loin, dans l’appartement, s’entendit le bruit d’une poêle tombant par terre et un juron l’accompagnant. Les regards des Bros se posèrent sur Castle.

- Ce n’est pas la voix d’Alexis, affirma Ryan.

- Incroyable ! Poursuivit Esposito, pendant qu’on s’inquiète pour lui, monsieur prend du bon temps. Je comprends le coup du téléphone éteint.

Et sans qu’on les y invite, ils se dirigèrent vers la cuisine avant d’exprimer ensemble leur surprise.

- Beckett ?

Cette constatation les cloua sur place.

- Ce n’est pas ce que vous croyez, avança Castle.

Esposito parvint à sortir de son étonnement.

- On ne croit rien, on remarque.

- Hey, intervint Beckett, salut les gars ! Vous voulez du café ? Des pancakes ?

- Je n’y crois pas, fit Ryan, c’est Beckett qui est aux fourneaux ?

- Mazette, glissa admiratif Esposito, tu as sacrément du assurer, mec !

Castle leva les yeux au ciel.

- Arrêtez ! Il n’y a rien entre Beckett et moi.

- Non, bien sûr ! Renchérit Ryan. Elle est juste, là, de passage, dans ta cuisine, à six heures du matin, en caraco très…

- Sexy, compléta Esposito qui n’avait pas la même délicatesse que son coéquipier.

- On a discuté tard hier soir et je n’allais pas la renvoyée chez elle…

- Ça, je comprends, reprit le Latino au vol.

Castle jeta un regard suppliant à Beckett qui avait l’air de bien s’amuser de la tournure des évènements.

- Ok ! Objecta-t-elle enfin, je confirme, il ne s’est rien passé. Je me suis endormie sur le canapé et Castle n’a pas eu le courage de me réveiller.

- Oh, comme s’est mignon !

- Bon, je vais bien, vous voyez, donc vous pouvez repartir, et Castle indiqua la sortie aux Bros.

Aussitôt Esposito et Ryan redevinrent sérieux.

- On a quelque chose d’important à te dire.

En voyant le visage de son ami qui s’était si rapidement refermé, les yeux de Castle se mâtinèrent d’une lueur de crainte.

- C’est au sujet de l’enquête ?

- Lockwood s’est échappé.

- Quoi ? Comment est-ce possible ?

- Les gars qui sont venus le chercher étaient des complices.

- C’est pas vrai ! Vous avez une idée de là où il se planque ?

- Aucune.

- Et il va surtout éviter de se montrer, à mon avis, affirma Ryan.

Castle se rappelait le dernier geste de Lockwood à son encontre avant que les portes de l’ascenseur ne se referment. L’aisance avec laquelle il avait réussi à s’introduire au 12th pour éliminer Figuera,  la facilité avec laquelle il s’était échappé, tout cela n’était qu’un avertissement : ils ne jouaient pas dans la même division. Castle savait désormais : continuer à fouiller, équivaudrait à sceller sa propre perte. Et qu’importait que toute une escouade de flics veillent sur lui, il ne serait à l’abri nulle part. Lui et sa famille. Lui et sa fille. Castle n’avait qu’une crainte : qu’il s’en prenne à sa mère, à son père, à Alexis. Mais quelle assurance pouvait-il avoir que s’en prendre à eux n’était pas déjà acté ?

- Ok ! Merci de m’avoir prévenu mais vous savez bien que je ne peux plus participer à l’enquête.

- On est vraiment désolé, compatit Ryan, mais on va faire le maximum pour le coincer ce salopard.

 

Les Bros repartirent quelques instants plus tard. Castle et Beckett convinrent qu’il était plus que temps de suivre la piste qu’ils avaient mis à jour pendant la soirée. Le lieutenant prit une douche rapide et conduisit Beckett chez elle pour qu’elle se change. Elle en avait pour un petit quart d’heure lui promit-elle tandis qu’il avait décidé de l’attendre dans la voiture. Il la regarda s’éloigner et elle était à peine disparue dans le hall de son immeuble que Castle soupira et redémarra.

 

Karpowski avait trouvé un lien entre Figuera et Lockwood. Tous deux étaient régulièrement embauchés par les services d’ordre de meetings politiques.

- Mais je ne comprends pas comment Figuera a pu être recruté, exprima Ryan.

- Il a bien réussi à être embauché par la mairie ! Le gars n’a pas de casier même si de nombreuses suspicions le suivent.

- D’accord. Cela dure depuis combien de temps ?

Karpowski jeta un regard sur son carnet.

- La trace de leur première présence commune remonte à environ trois ans.

- Voilà comment Figuera a pu présenter une candidature acceptable pour obtenir un poste de chauffeur. Il a du avoir une lettre de recommandation. Trouve qui l’a signée, demanda Esposito à sa collègue et il faudrait aussi comprendre comment Lockwood a pu se procurer un badge de police.

Karpowski s’éclipsa.

- Je vais parler à Montgomery, fit Esposito. Il doit nous allouer des agents supplémentaires. A trois, nous n’y arriverons jamais.

- Qu’est-ce qui nous prouve, commença Ryan, que les meurtres de 1995 ont un lien avec ceux d’aujourd’hui ?

- Lockwood.

- Oui, mais si ce gars n’est qu’une sorte de tueur à gages, il a très bien pu être payé pour éliminer Way sans que cela soit de près ou de loin mêlé avec les meurtres de Mortimer, Simpson et Meredith Castle.

- Et alors ?

- Nous avons des pistes dont certaines sont froides depuis des années.

- Que proposes-tu ?

- Lockwood ne recommencera pas deux fois la même erreur.

- Tu veux qu’on arrête de le chercher ?

- On a fait tout ce qu’on peut faire. Sa photo circule, nos indics sont sur le coup. Mais cela peut prendre du temps.

- A l’heure qu’il est, il est déjà peut-être en fuite.

- Je ne pense pas. S’il avait voulu nous échapper, il aurait déjà quitté la ville une fois Figuera hors circuit. Non, il y a autre chose. Il réapparaîtra quand il sortira terminer son travail. Mais on ignore lequel.

 

 

Le cabinet notarial se situait au second étage d’un immeuble relativement modeste. Castle montra son badge et la porte de Will Corey lui fut ouverte. L’homme avait la cinquantaine bien sonnée et il paraissait plus intéressé par la bouteille de scotch qui trônait sur son bureau que par ses fonctions qu’il semblait avoir dévolues à ses deux employés. Castle se demandait si, même en ce début de matinée, l’homme était encore à jeun et s’il pouvait se fier à sa mémoire. Mais dès les premières questions, Corey se révéla intarissable. Il raconta ce jour où un agent vint lui annoncer la mort de Fulgence Mortimer. Il était capable de se rappeler chaque fait et geste de sa journée. Quand Castle en exprima de l’étonnement, il avoua sans retenue que Fulgence était son amant et qu’ils vivaient ensemble depuis plus de huit ans au moment du meurtre.

La police, à l’époque, avait mis ça sur le compte d’un vol à la tire qui avait mal tourné. Mais Corey n’y croyait pas. Alors Castle posa question sur question et finit par collecter d’intéressantes informations. Fulgence Mortimer avait été sollicité entre autre, pour authentifier des documents privés concernant une grosse transaction immobilière. Mais Corey se souvenait parfaitement d’une délégation de signature qui lui avait paru suspecte et pour laquelle d’ailleurs Mortimer avait cherché à prendre contact avec le vieil homme qui l’avait donnée.

- Cet homme ?

- Il est décédé quelques mois plus tard.

- Je peux voir ce papier?

- Il a disparu.

- Les identités des personnes ?

- Je ne les connais pas. C’était le dossier de Fulgence.

- Vous avez pris la suite, je suppose ?

- Plusieurs semaines plus tard. Et entre temps, le bureau a été cambriolé et beaucoup de documents avaient disparu.

- Dont celui-là ?

- Dont celui-là.

- Le cambrioleur ?

- Jamais retrouvé.

- Personne n’a trouvé cette coïncidence étonnante?

- Il y a eu  plusieurs vols dans l’immeuble ce soir-là. Il faut dire que la panne d’électricité du secteur a du faciliter la tâche des cambrioleurs.

Castle montra à Corey, la photo de Simpson. L’homme ne put affirmer ou infirmer mais Castle commençait d’entrevoir pourquoi un agent d’une compagnie d’électricité pouvait se retrouver mêler à cette affaire.

Il ne restait que le plus difficile. Castle posa un autre cliché sur le bureau.

- Et cette femme ? L’avez-vous déjà vue ?

Corey regarda attentivement.

- Son visage ne me dit rien.

- Elle était étudiante en droit.

- Quel est le lien ?

- Elle a été tuée par le même homme que Mortimer alors qu’elle sortait de la Bibliothèque municipale de New-York.

- C’est étrange.

- Pourquoi ?

- Fulgence y est allé plusieurs fois dans les jours précédents sa mort.

 


cathy24  (06.06.2014 à 19:19)

25EME CHAPITRE

 

Castle sortit de l’immeuble en voyant les pièces du puzzle s’emboîter les unes aux autres même si l’image finale était encore floue. Il n’était pas satisfait pour autant. Tant d’années à chercher ! Pas de réponse définitive cependant mais une sérieuse progression. Pourquoi personne à l’époque n’avait pu faire le lien entre Meredith, Mortimer et Simpson ? Bien sûr les moyens informatiques n’étaient pas aussi perfectionnés que quinze années plus tard mais cela n’expliquait pas tout. Trois meurtres, trois enquêteurs différents. Cela n’avait rien facilité.

Il était tout à ses pensées et ne vit pas de suite Kate adossée à sa voiture.

- Pourquoi avez-vous fait ça ? Attaqua-t-elle tout de suite.

Il eut un court moment de surprise.

- Cette enquête n’est pas la vôtre, Beckett.

- Ah bon ! Elle l’était hier soir, elle l’était encore ce matin et subitement, elle ne le serait plus ?

- C’est tout à fait cela.

- Expliquez-moi en quoi ?

Le soleil chauffait déjà fortement la ville. Le thermomètre dépasserait certainement encore les trente degrés dans quelques heures, mais c’était la moiteur la plus désagréable à supporter. Castle retira sa veste, ouvrit la voiture et déposa son vêtement sur la banquette arrière.

- Castle ! Insista Beckett, j’attends une réponse.

Ils étaient là, chacun d’un côté, leurs avant-bras reposant sur le toit du véhicule.

- C’est trop dangereux.

- Parce que Lockwood s’est échappé ?

- La prochaine fois que lui et moi nous retrouverons face à face, il ne tirera pas au-dessus des têtes et je ne vous veux pas dans sa ligne de mire.

- Je sais bien que vous redoutez la paperasse…

- La paperasse, je m’en moque.

Beckett eut un moment de flottement que le regard bienveillant et mâtiné de crainte de Castle accrut. Elle avait l’habitude de lire entre les lignes et si elle comprenait bien, il venait de lui signifier qu’il tenait à elle. Un peu ? Beaucoup ? Elle ne voulait pas  commettre d’impair et préféra rester sur cette non-réponse mais elle reçut en plein cœur l’émotion qui se dégageait de sa réaction et cela la renvoya à ces étranges impressions qu’elle ressentait de plus en plus fréquemment en sa compagnie, dans le croisement de leurs yeux, dans leurs titillements fréquents, dans l’osmose de leurs déductions, dans le simple fait de se parler avec sincérité, dans les quelques contacts physiques nés de la spontanéité d’un moment.

Mais elle aussi craignait pour lui. Il était de nouveau plongé dans la grande dévastation de sa vie, isolé, exclu d’une affaire qui avait décidé de son existence.

- Hors de question que je vous abandonne. Je suis votre acolyte courageux.

- Celui qui se prend toujours une balle dans la poitrine, asséna-t-il.

- Rien à redouter. Je suis comme Néo, vous savez, dans Matrix !

Il abandonna sa place, fit le tour de la voiture et vint s’adosser à la carrosserie aux côtés de Kate.

- Ce n’est pas du cinéma.

- Oui, d’accord,… mais…

Elle plissa son nez. Nul doute, qu’elle pensait déjà à quelque chose en arborant un sourire mutin.

- Ecoutez, Beckett, je sais que vous voulez vraiment m’aider mais, cela n’a plus rien à voir avec un de ces meurtres où l’assassin attend bien sagement qu’on le mette devant sa culpabilité. Là, c’est dangereux, très dangereux.

- Cela l’est plus pour vous que pour moi, lui répliqua-t-elle en dardant son regard dans le sien. Castle, je sais ce que tout cela signifie à vos yeux mais vous ne pouvez pas partir en chasse seul, sans sécurité.

- Vous croyez vraiment que vous pouvez me protéger contre Lockwood ?

- Je peux vous aider à comprendre ce qu’il s’est passé voilà quinze ans, je peux vous aider à retrouver qui est derrière tout ça. On peut les débusquer, les acculer. On y est presque, je le sens. Mais je ne peux pas vous protéger contre vous-même.

Castle hésita. Partir en la plantant là, sur ce trottoir ou acquiescer à ses arguments et accepter ce dont il savait avoir le plus besoin : une aide plus que matérielle, un soutien émotionnel. Mais, comment en quelques jours avait-elle pu à ce point se rendre indispensable ?  Depuis que leurs trajectoires s’étaient croisées, elle ne l’avait pas épargné. Elle avait été dure, mordante, provocante mais toujours si parfaitement visionnaire de cette terre brûlée qu’il avait fait de sa vie à certains égards, qu’elle avait chaviré ses repères. Il en avait été excédé au départ. Ce n’était plus le cas.

- Montez, finit-il par dire.

Elle prit place pendant qu’il fit une nouvelle fois le tour et s’installa à la place du conducteur. Il mit le moteur en marche, démarra et s’engagea dans la circulation.

 

Montgomery avait décidé d’abandonner totalement pour l’instant ses tâches administratives. Il savait parfaitement que même avec la meilleure volonté du monde, à trois, ces hommes ne pouvaient pas appréhender tous les éléments de cette affaire qui se connectaient à une plus ancienne mais bien plus sensible puisqu’elle impliquait son meilleur lieutenant, un homme qu’il respectait. Un homme qu’il avait du mettre sur la touche et il regrettait d’avoir du en venir à cette extrémité. Montgomery comprenait la réaction de Castle et à sa place, il aurait même mis le canon de son arme sur la tempe de Lockwood.

Il ne pouvait pas appeler Castle pour prendre de ses nouvelles, cela aurait envoyé un mauvais signal mais il avait suffisamment  distillé de petites remarques par ci, par là, pour que les Bros se sentent encourager à faire ce qu’il ne pouvait pas se permettre de faire. Et quand Esposito lui avait certifié que Castle était chez lui et allait bien, cela l’avait rassuré.

Mais ni Esposito, ni Ryan n’avaient lâché d’allusion à la présence de Beckett dans l’appartement au petit matin. D’abord parce que cela ne les concernait pas, ensuite parce qu’ils avaient cru leur dénégation sur une possible relation entre elle et Castle, enfin, certainement parce qu’ils ne voulaient pas que par leur maladresse, ils empêchent quelque chose de naître. Depuis plus de quatre années qu’ils travaillaient ensemble, ils avaient vu Castle se lancer dans des relations qui ne duraient jamais plus de quelques semaines. Des femmes belles, intelligentes avaient fait de courts passages dans la vie de Castle. La dernière en date, Gina, avait échoué. Les Bros avaient pris leur part de responsabilité : ils avaient certainement trop briefé la jeune femme qui avait perdu certainement beaucoup de sa spontanéité.

La spontanéité, c’était précisément ce qui ne manquait pas à Kate Beckett. Elle avait bousculé Castle lors de leurs premières confrontations et cela avait amusé les Bros, mais désormais, ils sentaient bien que les échanges s’étaient pacifiés. Trouver la jeune femme chez Castle à six heures et demie du matin, était la confirmation qu’un lien se construisait entre eux, sur des bases assainies. Pas forcément une relation sentimentale, mais pour le moins une amitié en gestation.

 

- Où en êtes-vous alors ?

Ryan pointa la table encombrée de documents.

- Je reprends un à un tous les papiers de Way trouvés à son bureau et à son domicile.

- Et ?

- Rapports sur des réalisations anciennes, fit-il en montrant au fur et à mesure ce qu’il détaillait, un DVD, livres, factures diverses, photos de constructions  architecturales célèbres à travers le monde. Mais…

- Mais ? Interrogea Montgomery.

- Rien se rapportant à un quelconque projet à Staten Island.

- Surprenant.

- C’est ce que je pense aussi. Ce gars contacte un type à la mairie pour ça et on ne retrouve rien dans ses affaires.

- On a pensé, compléta Esposito, qu’il pouvait aussi avoir contacté d’autres personnes. Sur son agenda il y a plusieurs rendez-vous d’indiqués mais il n’a inscrit que des initiales. Donc, soit il ne désirait pas que les identités apparaissent clairement soit ces personnes étaient suffisamment connues de lui pour que de simples initiales suffisent.

- Lockwood ? Poursuivit Montgomery.

- J’ai suivi les indices laissés par le badge dont il s’est servi pour entrer au poste et tuer Figuera, intervint Karpowski. Il ne s’agit pas d’un faux mais bel et bien d’un authentique qui a juste été initialisé pour passer les différents contrôles du poste.

- Il y a eu des vols pour lesquels on n’est pas informés ?

- Apparemment non.

- Je n’aime pas ça. Lockwood aurait bénéficié d’une complicité dans les forces de police ?

- Il y a aussi, ça, continua Esposito, qui renforce cette possibilité : lors des meurtres de 1995, on semble soigneusement avoir évité de mettre en concordances les similitudes.

- C'est-à-dire ?

- Trois enquêteurs, trois légistes, trois juges.

- Pas de lien?

- Un seul.

- Lequel ?

- Tout a été diligenté par le secrétariat d’un même adjoint du procureur.  

 

Beckett avait établi leur prochain programme : vérifier auprès de la compagnie d’électricité si Stephen Simpson était l’agent chargé de rétablir l’électricité dans le secteur du bureau de Mortimer, tenter de retrouver traces du passage de ce dernier à la bibliothèque de New-York.

- Avant, on a une autre visite à rendre, fit-elle.

- A qui ?

- J’ai réussi à obtenir un rendez-vous avec Felton à la mairie.

Castle ne fit aucun commentaire, esquissa cependant un petit sourire et changea de file pour amorcer un changement de direction.

L’adjoint les attendait. A la question de Castle, il expliqua qu’on ignorait encore la provenance des micros. Il avoua qu’il croyait désormais fortement à un lien avec Figuera et Way et qu’il en était abasourdi. Le projet de Staten Island n’était encore qu’un projet et que certains cherchent par d’aussi abjects moyens à prendre de l’avance sur leurs concurrents, le révoltait. Surtout que toute l’opération n’en n’était encore qu’aux prémices et que la décision finale n’interviendrait pas avant deux bonnes années. S’il était décidé d’aller jusqu’au bout de l’opération.

- Il s’agit vraisemblablement dans un premier temps, de s’assurer justement que cela ira jusqu’au bout, avança Castle. C’est une vraie manne financière pour celui qui décrochera le chantier.

- Savez-vous, demanda Beckett, quels ont été les bénéfices de l’opération précédente qui a eu lieu voilà plus de dix ans à Staten Island ?

- Je me suis renseigné. A l’époque cela représentait quatre cent vingt six millions de dollars. Mais là, cela devrait avoisiner le milliard de dollars.

- De quoi donner un milliard de mobiles, s’exclama-t-elle.

Mais Castle voulait d’autres confirmations.

- Dans les dossiers, est-il fait référence à un dénommé Fulgence Mortimer ?

- Ce nom ne me dit rien. Qui est cet homme ?

- Il est intervenu à un moment donné en 1995.

- Non, vraiment, cela ne me dit rien mais bon, à cette époque c’était une équipe totalement différente à la mairie. Je peux demander qu’on vérifie et je vous communique son adresse si j’en ai une.

- Je sais parfaitement où le trouver : il a été assassiné à cette époque.

L’effarement de Felton était réel.

- Ne me dites pas que la mort de Way a un lien avec ce qu’il s’est passé en 95 ?

 

Ils étaient à peine repartis de la mairie que Beckett prit la parole.

- Vous voulez que je vous dise, Castle ? Je suis intimement convaincue que les raisons du meurtre de Way se trouvent dans la résolution de ceux de Mortimer, Simpson et de votre femme. Et que c’est par l’espionnage des services de la mairie, que l’assassin a inscrit Way sur la liste des menaces potentielles pour le ou les commanditaires de l’époque.

Bien sûr que Castle ne pouvait qu’être d’accord avec elle.

- Il faudrait peut-être prévenir Esposito et Ryan, fit Beckett.

- Tant que l’on ne sait pas ce que Mortimer avait trouvé, pas la peine de leur faire perdre leur temps.

Elle jeta un regard à Castle. Il n’avait peut-être pas tort : les Bros devaient être surchargés et rajouter d’autres pistes risquaient de les submerger totalement. Mais, il y avait autre chose. Une impression diffuse, comme si Castle lui cachait ses motivations profondes.

 


cathy24  (07.06.2014 à 19:53)

26EME CHAPITRE

 

Ils patientaient depuis de longues minutes déjà, le temps qu’on aille leur chercher les listings des plannings de l’époque.

- Vous savez quoi, fit Beckett ? Une fois que Lockwood et celui qui l’a engagé seront derrière les barreaux, que diriez-vous de venir passer quelques jours dans ma propriété des Hamptons ?

- Pardon ?

- Vous verrez, c’est un endroit magnifique avec une étendue verte plongeant vers l’océan. J’adore aller me baigner juste au moment où le soleil se lève. Il y a toute la gamme d’une palette de peintre sous mes yeux.

- C’est gentil mais…

- Vous préférez nager en piscine, peut-être ? Pas de soucis. Il y en a une aussi. Attendez, je dois avoir une photo dans mon portable.

Elle se saisit de l’appareil, fit quelques manipulations.

- Ah ! Voilà ! Elle est belle, non ?

Elle montra l’image à Castle qui opina. Comment ne pas être subjugué par ce qu’il avait sous les yeux ? Mais comment ignorer que ce monde qu’elle déployait sans provocation aucune, n’était pas son monde à lui ? Il avait une envie folle d’accepter son invitation mais il devait se réfréner et rester à sa place, celle d’un flic dont il ne savait pas de quoi le proche avenir serait fait.

- On fera griller des shamallows sur la plage.

Elle lut un certain trouble dans le regard de Castle.

- Heu ! Martha et Alexis sont invitées bien sûr… Et pourquoi pas aussi Ryan et Esposito ?

- Arrêtez, Beckett ! C’est très gentil mais…

Il n’acheva pas, l’employé revenait portant un carton. Ils retrouvèrent rapidement la preuve de ce qu’ils espéraient : Simpson avait été envoyé pour remettre le courant dans le secteur. Il n’était pas seul mais son collègue, aux dires de l’employé, était parti à la retraite peu de temps après et il était décédé depuis quelques années déjà. Quant aux causes, selon le rapport de l’époque, elles étaient tout sauf accidentelles. Une surtension avait volontairement été provoquée dans le transformateur.

- Avec quoi ?

- Un petit objet métallique mais apparemment, il aurait totalement fondu. On n’a pas pu en définir la provenance.

Une autre panne plus locale avait été relevée dans le boîtier de dérivation d’un immeuble. Une simple adresse donnée par Castle et l’employé confirma, il s’agissait bien de celui où se trouvait « Secrets & Ratifications ».

- Voilà, un point confirmé, lança Beckett une fois qu’ils furent remontés en voiture. Simpson a certainement été intrigué par quelque chose et Lockwood a du le supprimer. Comme il avait tué Mortimer quelques jours avant et comme…

Elle s’arrêta subitement.

- Vous pouvez achever, Beckett. Comme il a poignardé Meredith.

Il faisait une chaleur étouffante et ils roulaient vitres baissées. Même ainsi, rafraîchis par les déplacements d’air, leur dos dégoulinait de transpiration et leurs fronts perlaient de gouttes de sueur. La première chose qu’ils firent une fois garés aux abords de la bibliothèque, fut d’ingurgiter deux grands verres de Coca glacés.

Le bâtiment municipal était climatisé. Quand ils ressortiraient, le coup de bambou n’en serait que plus fort. Le badge présenté par Castle lui ouvrait tous les accès aux informations. Mais de nouveau, cela ne les dispensa pas d’attendre.

- Si Montgomery sait que vous vous servez de votre plaque, vous risquez quoi ?

- Une mise à pied dans le meilleur des cas.

- Et cela ne vous freine pas pour autant.

- Il est hors de question que je reste sur la touche, Beckett, alors que j’ai la piste la plus crédible depuis quinze ans. Alors, les risques, je m’en moque si les responsables croupissent enfin en taule.

Alors que la journée était bien avancée et que l’établissement ne tarderait pas à fermer, la responsable des salles de lecture vint leur proposer un bureau isolé pour étudier les documents et répondre à leurs questions. Il s’avéra que Mortimer avait consulté des ouvrages de droit sur l’abus de faiblesse et l’élaboration de la preuve. Il semblait avoir fait rechercher également les adresses de maisons de retraite, d’établissements spécialisés. Il était venu une demi-douzaine de fois en à peine deux semaines.

- Pouvez-vous me dire, si une Meredith Castle était dans ces lieux les mêmes jours que lui ?

Il n’y eut pas long à attendre. La réponse fut affirmative. Et à partir de là, même sans avoir autant d’imagination que Beckett, le lieutenant pouvait échafauder une théorie qui tenait la route : Mortimer et Meredith s’étaient croisés quatre fois dans la même salle de lecture. Pour une raison ou une autre, ils étaient entrés en communication. Mortimer avait peut-être demandé des conseils  à la jeune femme, elle l’avait peut-être aidé sans se douter un instant qu’elle mettait sa vie en jeu.

Ce fut dur à encaisser ce hasard qui avait bouleversé sa vie, mais Castle comprenait enfin cette succession d’évènements qui lui avaient retiré Meredith. C’était un soulagement mais c’était une plus grande peine aussi. A l’époque, s’il avait été au tour de Meredith de promener Alexis et au sien d’étudier, rien de cela ne serait survenu. A moins que les rôles n’aient été inversés et qu’il ait été assassiné dans cette ruelle.

- Mais je ne saisis pas, fit Beckett, alors qu’ils remontaient en voiture et s’enfonçaient dans la circulation dense de ce début de soirée. Apparemment toutes les traces pouvant compromettre les responsables de tous ces meurtres, ont été soigneusement effacées. Pourquoi était-ce alors si indispensable d’éliminer Way ?

- Parce qu’il se posait les mêmes questions que Mortimer à l’époque et qu’il a certainement compris que cette mort n’était pas le fait du hasard.

- Mais à part Lockwood, on n’a rien.

- Vous avez raison. C’est lui la clé.

Il déposa Beckett au pied de son immeuble.

 

A force d’étudier depuis des heures encore et encore tous les documents étalés sur la table, Ryan avaient les yeux qui picotaient. Esposito n’était pas bien plus frais que lui. Plusieurs nuits sans dormir suffisamment avaient raison de leur volonté. Ils n’aspiraient qu’à prendre une soirée de repos mais ils ne se l’accorderaient pas par égard à leur collègue et ami qui devait se morfondre et tourner en rond dans son appartement à se sentir si inutile. Il n’y avait que Karpowski qui paraissait infatigable et débordait d’énergie. Elle était parvenue à reconstituer presque tous les déplacements de Lockwood lors des soixante douze dernières heures à partir des indications fournies par le GPS de la voiture de location. Montgomery, après avoir fait le forcing auprès de sa hiérarchie, était parvenu à obtenir l’aide d’une dizaine d’hommes supplémentaires qui avaient visité lieu après lieu, tous les endroits où Lockwood était passé dernièrement. Pour un résultat nul. Aucune trace de l’individu. Pas le moindre indice. Mais cela ne perturbait pas la femme qui avait entrepris de chercher des liens possibles entre les services du procureur et Figuera. Elle était d’autant plus intéressée que la lettre de motivation de Figuera pour entrer à la mairie avait été signé par un des bailleurs de fonds de la dernière campagne électorale du procureur.

De la voir ainsi se démultiplier, là-bas, dans la grande salle, épuisait encore davantage les Bros.

- Un autre ? fit Espo en montrant sa tasse.

Ryan eut une moue de dégoût.

- Ce n’est plus du sang que j’ai dans mes veines, c’est du café !  

Esposito acquiesça. Il avait proposé un café parce qu’il fallait bien tenir, mais il n’en n’avait pas plus envie que son partenaire.

- Alors ? Rien d’exploitable dans cet agenda ?

- Pas vraiment, confirma Ryan. Si ce n’est que les rendez-vous avec Felton sont indiqués non pas avec des initiales mais par des lieux : le restaurant, Central Park.

- Pas d’idées sur des personnes avec qui ils auraient eu plusieurs rendez-vous ?

- Pour toutes les initiales trouvées, Jenkins a retrouvé les noms et me les a communiqués. Apparemment, rien d’intrigant. Il avait un emploi du temps chargé qui nécessitait de fréquents déplacements. Il n’était pas souvent à son bureau. D’ailleurs…

Il s’interrompit quelques secondes puis reprit l’agenda, le compulsa à quelques dates et d’un regard éberlué, il fixa Esposito.

- Bon sang ! C’était sous mes yeux depuis le début !

 

Jim Beckett pestait en tirant sur la fermeture éclair de son sac de sport pour le fermer. Ce qui devait arriver advint : elle craqua.

- Je vais te chercher le mien, fit Kate.

- Qu’est-ce que je peux être maladroit !

- Tu es surtout excité comme un gamin. Tu te charges beaucoup juste pour trois jours.

Elle s’absenta quelques instants, revint avec un sac de taille un peu plus grande que celui de son père et le regarda transférer ses affaires de l’un à l’autre. Quand enfin la fermeture glissa sans problème, Jim s’affala sur le canapé.

- Vous partez à quelle heure ?

- Le bus est prévu à quinze heures demain mais il y a fort à parier que nous ne partirons pas à l’heure.

- Tu es satisfait de tes élèves ?

- Oui, répondit-il avec un immense sourire. Ils ont fait des progrès immenses ces dernières semaines et nous ne serons pas ridicules à ce festival.

- Je suis contente pour toi.

Elle poussa un énorme soupir, prit son père dans ses bras et il lui déposa un baiser sur le front.

- Je te connais, Katie, que se passe-t-il ? C’est encore cette enquête ?

- Avec Castle, on a enfin compris ce qui avait mené au meurtre de sa femme voilà quinze ans.

- Vous allez arrêter les coupables alors.

- Pas certain. On connait le déroulement des évènements mais on n’a pour l’instant, aucune idée du commanditaire et aucune preuve. Notre seule piste est Lockwood. Le problème est qu’on ne sait pas où le trouver.

- Vous finirez par le coincer.

- Sauf s’il s’est déjà enfui à l’autre bout de la planète. Je crois que si on ne pouvait remonter plus haut, cela pourrait anéantir Castle.

- Et tu le vivrais mal toi aussi, n’est-ce pas ?

Elle opina.

- Tu l’apprécies jusqu’à quel point, cet homme ?

- Je ne sais pas trop.

- Ne te mens pas, Katie.

- Eh bien, c’est étrange mais je n’ose pas.

- Tu n’oses pas ?

- Oui, j’aime quand nous travaillons ensemble, j’apprécie de l’avoir à mes côtés, simplement à mes côtés et d’échanger des idées mais…

- Mais…

- J’ai peur de le faire fuir s’il pouvait se méprendre sur mes intentions.

- Des intentions, comme l’inviter à prendre un verre chez toi ?

Elle opina une fois encore.

- C’est la première fois que je regrette cette image sulfureuse que je traîne derrière moi.

- Bigre ! C’est sérieux, là ! Alors crois-moi, si il te plaît, fonce et ne laisse pas ton passé brider ton présent et ton avenir.

 

Il frappa à la porte et ce fut Alexis qui vint lui ouvrir. Elle tomba dans les bras de son père. Il la serra fortement contre lui. Il fallut l’apparition de Martha pour qu’ils se détachent enfin l’un de l’autre. Au premier regard, elle comprit que son fils avait quelque chose d’important à leur dire.

- Tu restes manger ?

- Non. Mais je prendrais bien un verre d’eau bien fraîche.

- Il fait une chaleur infernale. La météo annonce l’arrivée d’orages et de pluies diluviennes pour demain dans la soirée mais en attendant, on dort mal.

Elle revint et lui tendit le verre, il en but une longue gorgée avant de le poser sur la table.

- Allez Richard, dis-nous ce qu’il se passe.

Il prit une longue inspiration.

- Je sais pourquoi Meredith a été assassinée.

Il vit Alexis se caler contre le dossier de la chaise et Martha prendre les mains de sa petite-fille entre les siennes.

- A la bibliothèque, elle a fait la rencontre fortuite d’un homme. Cet homme s’est retrouvé mêlé à une affaire avec de gros enjeux financiers. Il a découvert quelque chose qui a mené à son meurtre et involontairement, il a inscrit Meredith sur la liste des personnes à éliminer.

Un silence s’installa. Alexis paraissait totalement tétanisée et Martha ne savait qui secourir en premier : Alexis ou Castle. Le mieux était de ne pas les laisser chacun dans leurs pensées.

- Alors, on arrive au bout, tu tiens enfin le meurtrier ? Demanda Martha.

- Cela fait deux jours que je connais son identité. On l’avait arrêté mais il s’est échappé.

- Vous allez forcément le retrouver.

- Je l’espère. Mais ce type n’est qu’un tueur à gages, mère. Rien ne sera terminé tant que je ne connaitrais pas le nom du commanditaire.

Et puis, il y eut la voix faible d’Alexis qui interrompit leur dialogue.

- Cela va être dangereux, papa ?

Il ne répondait pas.

- Je ne me rappelle d’elle, continua-t-elle, que par les photos et les petits films où elle me tient dans ses bras. Elle me manque, bien sûr ! Parce que j’ai rêvé notre vie à trois. Je ne ressens cependant pas son absence avec la même intensité que celle qui m’assommerait s’il devait t’arriver quelque chose.

- Tu ne veux pas voir les responsables sous les barreaux ?

- Pas si cela devait me priver de toi.

 


cathy24  (08.06.2014 à 20:07)

27EME CHAPITRE

 

Montgomery avait écouté les explications de Ryan. Comme lui, il trouvait cela troublant. Et puis de toute façon, ils étaient bloqués alors la moindre intuition était à exploiter. Il vit combien ses hommes étaient épuisés.

- Allez-vous détendre et vous reposer. Je ne veux plus voir ici avant demain matin.

 

La grande fatigue transcende toute sensation de fatigue. Ryan savait que de doute façon, il ne parviendrait pas à dormir même s’il s’astreignait à se coucher. Alors il l’avait appelée en s’attendant à une déconvenue mais à sa surprise, elle accepta. Quand elle franchit la porte du bar, plus rien n’existait que cette frimousse joyeuse, cette chevelure indomptée et cette silhouette qu’il trouvait juste merveilleuse. Son cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine au moment où leurs regards se croisèrent. Elle avança d’un pas rapide vers lui et, tout naturellement, déposa un baiser sur ses lèvres. Il la retint et le prolongea.

- Bonsoir, toi ! Lui murmura-t-elle finalement à l’oreille.

Pour toute réponse, Ryan prit son verre, en commanda un autre pour elle, entrelaça ses doigts aux siens et la guida vers un box à l’écart. Ils s’installèrent côte à côte et commencèrent par laisser le temps à leur respiration de se calmer. Le serveur apporta le cocktail. Ryan et Jenny cognèrent leurs verres l’un contre l’autre et burent une gorgée.

- Tu m’avais dit plus tôt dans la journée que tu travaillerais tard.

- Mon boss nous a donné quartier libre ce soir. Il veut qu’on décompresse.

- L’enquête avance ?

- Trop lentement et pourtant, je suis persuadé que l’on a déjà tout pour la résoudre mais…

- Mais ?

- Castle nous manque.

- Comment va-t-il ?

Ryan eut un petit sourire.

- Avec Javier, on est allé chez lui ce matin voir si tout allait bien.

- Et ?

- Il n’était pas seul.

- Ah ! Et tu te dis que cette histoire le touche finalement peut-être moins que toi ?

- Ce n’est pas cela du tout. Il était en compagnie de Beckett.

- Tu veux dire qu’ils sont ensemble ?

- Non. Elle avait dormi chez lui mais je les crois quand ils disent qu’il n’y a rien entre eux. Pourtant, je pense qu’une liaison avec Beckett serait la meilleure chose qu’il pourrait lui arriver.

- Oh ! Mon petit bichon est une vraie midinette !

- Ne te moque pas.

- Je trouve ça trop chou, dit-elle avant de l’embrasser fougueusement. Et si on allait chez moi ?

- Heu, Montgomery a dit de se reposer.

- Il a aussi dit de se détendre et je vais m’atteler à cette tâche, répliqua-t-elle un sourire enjôleur aux lèvres.

 

Le réfrigérateur était pour une fois assez rempli mais elle n’avait pas envie de cuisiner alors elle farfouilla dans son congélateur à la recherche d’un plat à passer aux micro-ondes mais rien ne lui disait.

- Je t’emmène au restaurant, lui proposa son père.

Elle ne se fit pas prier et puis cela lui oxygènerait le cerveau.

Quand ils rentrèrent presque deux heures plus tard au loft climatisé, Jim monta à l’étage dans la chambre qu’elle mettait à sa disposition. Son père n’avait décidément pas de chance en amour : sa première femme était partie avec son cœur et la seconde avec ses économies. Kate, allongée sur le canapé, zappa sur  quelques chaînes de télévision, ne s’accrocha à aucun programme et finit elle aussi, par disparaître dans sa chambre. Elle prit longuement une douche puis se glissa dans les draps, prit le livre sur sa table de chevet mais le reposa bien vite car elle ne parvenait aucunement à se concentrer dessus. Elle regarda l’heure. Il était plus de vingt-trois heures. Elle repensait sans cesse à leurs démarches de la journée. Ils avaient progressé dans l’enchainement des évènements mais elle n’était pas certaine qu’ils parviennent à en connaitre les raisons. Des documents avaient disparus, volés quinze ans plus tôt, détruits certainement. Comment savoir où il leur fallait désormais chercher ? Comment reconstituer le dossier sans savoir dans quelle direction aller ?

Reconstituer ?

La respiration de Kate se bloqua le temps de laisser son idée passer à la moulinette d’une potentielle crédibilité. Quand elle inspira de nouveau quelques secondes plus tard, elle se saisit de son portable, tapa un message.

« Je sais où retrouver la trace de documents consultés par Mortimer ».

Elle appuya sur « envoyer » et se mordit aussitôt les lèvres : il était très tard, elle allait peut-être le déranger, le réveiller… Elle cherchait déjà comment présenter ses excuses quand elle obtint une réponse.

« Au service du Cadastre ».

Elle resta estomaquée.

« Connexion », envoya-t-elle.

« Réflexion ».

« A demain ».

« A demain ».

« Dormez bien, Castle »

« Vous aussi, Beckett ».

 

Castle était allongé sur son canapé. La télévision fonctionnait mais le volume sonore était faible et en plus, les fenêtres étaient grandes ouvertes dans l’espoir de faire entrer un peu de fraîcheur mais c’était bien davantage le bruit de l’extérieur qui envahissait l’espace. Castle s’en moquait totalement. Il souriait suite à l’échange de messages avec Beckett. La voir travailler, passer des heures dans des dossiers, ne jamais laisser son esprit en repos tant qu’elle ne trouvait pas de solution, tout cela le ramenait à une conception de l’investissement qu’il partageait. A l’encontre de ce qu’il n’imaginait pas initialement, elle était fiable, acharnée autant qu’un flic le serait. Plus ! Un parfait partenaire qui le suivait même dans son congé forcé ; qui le suivait dans cette enquête parallèle et illégale jusqu’à s’écrouler de fatigue.

L’image de Beckett, hier soir, allongée à sa place, endormie après que sa tête se soit posée sur son épaule amena un sourire sur ses lèvres. Elle sentait bon, elle était belle, elle était intelligente, elle était passionnée, elle était vive, elle était spontanée,  elle était généreuse. Elle avait su renverser l’opinion très défavorable qu’il avait eu de prime abord sur elle, elle l’avait obligé de modifier son regard, elle avait taillé des brèches dans ses certitudes.

Et ce fut en pensant à elle avec reconnaissance qu’il s’endormit.

 

Ils étaient en sueur. Tous deux affichaient un immense sourire. Leurs battements cardiaques se ralentissaient progressivement. Il faisait une chaleur étouffante alors qu’il était presque trois heures du matin.

- Je croyais que Montgomery voulait que tu te reposes ?

- Il voulait aussi que je me détende et là, je crois que c’est réussi.

Esposito conclut sa phrase d’un baiser sur les lèvres de Lanie. Elle passa ses bras autour de la tête de son amant et l’attira tout contre elle.

- Et j’adore ta façon de te détendre…

- Je sais, fit-il avec un sourire triomphant. Je suis irrésistible.

Elle éclata de rire et ramena l’oreiller sur le visage d’Esposito. Puis le calme revint entre eux psalmodié du bruit léger de petites bises furtives sur les joues : le simple plaisir d’être enlacés.

- Je m’inquiète pour Castle, fit Lanie tout à coup.

- Et pourquoi ? Demanda le Latino  étonné.

- Cela fait quinze ans qu’il traque le meurtrier de sa femme, il sait désormais qui il est, il se fait virer de l’enquête et tu crois qu’il va rester sagement chez lui  en attendant que vous interpelliez Lockwood ?

- Que peut-il faire d’autre ?

- C’est ton ami mais tu le connais bien mal ! Il est maintenant comme un chien à qui on vient de retirer son os.

- Allons, que veux-tu qu’il fasse sans dossier, sans nos fichiers, sans nos ressources ?

- Pas une bêtise, j’espère !

 

Elle était levée, douchée, habillée. Le café coulait tandis qu’elle se préparait quelques toasts. Quand elle entendit toquer à la porte, elle regarda machinalement l’heure : il était sept heures huit. Elle alla ouvrir.

- Martha ?

- Bonjour ! Je sais, il est très tôt mais…

La mère de Castle paraissait fortement préoccupée.

- Je peux vous parler ?

- Bien sûr ! Je vous en prie, entrez !

Kate s’effaça et Martha pénétra dans le loft. Comme son fils, elle commença par jeter un regard panoramique sur la disposition vaste et aérée du lieu. La jeune femme savait parfaitement ce qu’une telle superficie habitée pouvait induire comme malaise et timidité chez ceux qui en franchissaient le seuil.

- Un café ?

- Je veux bien, oui, merci.

Elle conduisit Martha près du snack et l’invita à s’asseoir pendant qu’elle s’affairait devant la machine à café. Quand elle avança la tasse fumante, Martha lui saisit la main.

- Vous allez arrêter Lockwood, n’est-ce-pas ? Que ce cauchemar cesse enfin !

- On fait tout pour.

- Puis-je vous demander une faveur ?

- Bien sûr.

- Pourriez-vous demander à Esposito de ne surtout pas laisser Richard, seul, en face de cet individu ? J’appellerais bien Montgomery pour lui demander de le mettre à l’écart de cette enquête mais Richard le prendrait mal.

- Il ne vous a rien dit ?

Kate aurait aimé ravaler sa phrase mais voilà, elle réalisa trop tard l’étendue de sa bévue.

- Dit quoi ?

La jeune femme eut un instant d’hésitation mais elle avait trop de respect pour Martha.

- Il n’est plus sur l’affaire. Montgomery l’a mis en congé forcé.

- Pourquoi ? Depuis quand ?

Kate expliqua à Martha ce dont elle avait été témoin. Au fur et à mesure, elle voyait la mère de Castle pâlir de plus en plus et quelques larmes s’amonceler en bordure des cils.

- Il continue pourtant, n’est-ce pas ?

Kate acquiesça.

- Je vous en prie, poursuivit Martha, faites le renoncer, sinon, son père et moi allons perdre notre fils unique et Alexis se retrouvera sans aucun de ses parents…

- Mais, nous ne faisons que remonter des pistes pour l’instant…

- … et Richard finira par aller trop loin. Je dois vous raconter. Vous devez savoir.

Martha fit le récit des années qui avaient suivi la mort de Meredith, avec un Castle abattu, anéanti qui surprotégeait sa fille, ne la quittait plus par crainte qu’elle aussi lui soit ôtée. Et puis une sorte d’étrange accalmie qui avait suivi quand les enquêteurs ne parvenant pas à retrouver le meurtrier, avaient abandonné la résolution de cette affaire. Enfin, ce désir profond d’entrer dans la police pour franchir un à un les échelons, rapidement, pour se voir dégager d’autres portes, pour une seule raison : rouvrir le dossier Meredith Castle. Au point d’y passer tout son temps libre, au point de confier Alexis à la garde de ses grands-parents, au point de tourner comme un lion en cage en voyant que toutes ses recherches aboutissaient inlassablement à des culs-de sac. Une période où Martha voyait le caractère de son fils se métamorphoser comme le fait celui d’un drogué.  Plus rien n’existait que cette obsession qui le rongeait. Il n’avait plus aucune vie sociale, ne s’intéressait à rien, dormait à peine d’un sommeil peuplé de cauchemars dans lesquels Meredith l’appelait au secours.

- C’était terrible. Vous n’avez pas idée.

Et puis, il y eut Alexis hospitalisée pour une péritonite, si proche de trépasser. Ce fut comme un coin enfoncé dans la conscience de Castle. A partir de là, étape par étape, il accepta de se reconstruire. Ce fut ardu mais il s’accrocha pour sa fille en comprenant le mal qu’il lui avait fait, pour ses parents aussi.

- Je ne veux pas revivre ça. Katherine, je vous le demande, dites-lui de laisser tomber, dites-lui de laisser faire ses collègues.

- Je n’ai pas cette influence, là !

- Si quelqu’un peut y parvenir, c’est vous.

- Je ne le connais que depuis quelques jours.

- Mais il vous accepte à ses côtés, ce qu’il n’a jamais fait, pour personne. Quoique vous pensiez, il vous apprécie.

- C’est vrai ?

- Il n’est pas du genre à se dévoiler facilement, mais il glisse des petits mots sur vous dans nos conversations. C’était d’exaspération au début, cela ne l’est plus.

 

 

 

 

 


cathy24  (09.06.2014 à 18:51)

28EME CHAPITRE

 

Les cernes sous leurs yeux racontaient combien leur nuit n’avait pas forcément aidé à rattraper leur sommeil en retard mais elles étaient atténuées par les sourires béats qu’ils arboraient. Les Bros ne s’interrogèrent pas sur leurs faciès étrangement réjouis certainement parce qu’ils en connaissaient, sans rien dire, la raison. Alors par accord tacite, ils préférèrent se replonger dans leur travail.

L’intuition de Ryan s’avérait en fin de compte une  véritable opportunité, pas de retrouver aisément Lockwood, mais de s’en approcher. Mais il ne fallait pas brûler les étapes parce que leur piste, si elle n’était pas mise vraiment au pied du mur, s’échapperait encore et ils ne parviendraient pas à en tirer quoi que ce soit. Montgomery voulait que la prochaine fois que l’homme serait interrogé, il n’ait plus de solution de retranchement. Alors oui, suivre la trace de l’argent, éplucher les derniers appels téléphoniques, déterminer ses derniers déplacements. Tant que tout cela ne serait pas irréfutable, les pièces imbriquées parfaitement les unes dans les autres, on restait en retrait.

 

En sortant du bâtiment, ils s’arrêtèrent un instant surpris par l’étrange luminosité du ciel. Des teintes orangées striées de tâches plus sombres. L’air était étouffant et la brise qui s’était levée soufflait chaudement asséchant tout sur son passage. Nul doute que l’orage approchait.

Castle et Beckett avaient désormais en leur possession l’identité d’une dizaine de personnes qui en cédant leurs propriétés de Staten Island à l’époque, avaient permis la réalisation du grand projet immobilier. Rester à savoir pour laquelle une malversation avait été commise, créant le doute chez Fulgence Mortimer. Et d’autres avaient eu l’idée de venir poser les mêmes questions quelques semaines plus tôt. Enfin, le lien était fait, évident entre l’affaire d’hier et celle d’aujourd’hui même si Castle et Beckett y avaient toujours cru. Il y avait Way qui avait procédé aux mêmes demandes qu’eux. Mieux encore, Way n’était pas le seul. Jenkins, son patron l’avait accompagné.

Castle comprenait mieux pourquoi l’homme était totalement paniqué : il ne voulait pas subir le même sort que Way. Mais désormais, Castle avait une petite prise sur lui. Tout en gagnant la ruelle où était garé le véhicule, il passa un appel au cabinet de Jenkins. La standardiste expliqua qu’il n’était pas en ville, qu’il revenait en début d’après-midi et qu’elle lui ferait part de son appel. Castle lui donna son numéro et raccrocha.

- On devrait partager nos infos avec Espo et Ryan, avança Beckett.

 

Karpowski entra dans le bureau de Montgomery. En recherchant les affaires où Figuera avait été dans un premier temps incriminé, elle avait remarqué que c’était à chaque fois, les bureaux d’un des vice-procureurs qui avait soulevé des vices de procédures dans les rapports apparemment mal ficelés d’un même lieutenant.  Il s’avéra que cet agent était Cheng celui-là même qui avait donné la planque de Figuera à Castle.

Le capitaine, une fois Karpowski partie de nouveau vers ses tâches, prit son téléphone et composa un numéro. Son interlocuteur décrocha presque aussitôt.

- Gates.

- Bonjour Victoria.

- Eh Roy ! Voilà un sacré moment. Comment vas-tu ? Et Evelyn ? Et tes filles ?

- Très bien. Et toi ?

- Pas à me plaindre. Mais que me vaut ?

- J’ai un service à te demander.

Montgomery voulait poser quelques questions sur Cheng à son amie en poste aux affaires internes. Il voulait en savoir plus. Gates était réticente à communiquer ce genre d’informations mais il su être convaincant et expliquer en quoi cela pourrait l’aider à résoudre cette affaire de multi-homicides.

- D’accord. Je vais voir ce que je peux t’adresser mais ne compte pas sur moi pour te communiquer des éléments confidentiels.

- Ce que tu me donneras, sera déjà très bien.

 

L’appartement de Castle était devenu un second commissariat. La table était digne de celle de la salle de réunion, jonchée de documents tandis que l’ordinateur portable posé sur la table basse du salon connecté à la télévision y affichait le reste des éléments. Beckett se leva leur faire couler un café et Castle apprécia la façon toute naturelle dont elle se mouvait chez lui comme si elle était une habituée des lieux de longue date. Et quelque chose de mal défini en lui, considérait que ce n’était pas foncièrement inexact et qu’il aimait la voir prendre ses marques dans son univers.

Ils avaient entrepris une paire d’heures plus tôt, d’éplucher un à un tous les noms de leur liste. Ils n’eurent pas besoin d’aller jusqu’au bout. Il s’avéra rapidement, qu’un homme du nom de  Phil Bernstein, les interpella. Ce vieil homme possédait voilà une quinzaine d’années, une propriété qui, s’il ne l’avait pas vendue, se serait trouvée enclavée au beau milieu de la réalisation de l’époque. Or il s’avéra que Bernstein était à ce moment-là, en institut spécialisé pour sénilité. Il ne gérait plus ses papiers et en absence de toute famille, c’était la justice qui s’occupait de ses affaires. Un fonctionnaire avait été désigné pour assurer la tutelle. Renseignements pris, l’homme avait quitté ses fonctions quelques semaines après la signature des actes de vente. Quand Castle voulut connaître sa nouvelle adresse pour entrer en contact avec lui, il lui fut répondu qu’il était décédé dans un accident de la circulation à peine deux mois après sa démission.

Comment croire possible une telle coïncidence ? Un appel à la police de Brainerd dans le Minnesota leur ôta tout doute. Un pneu explosé et une voiture devenue incontrôlable allant achever sa route contre un arbre. Castle demanda si un examen avait été fait. L’agent sur place sembla s’offusquer  de cette question mais leur confirma la thèse de l’accident. En raccrochant, Castle et Beckett échangèrent par un regard muet leur déduction commune : le tuteur avait certainement été une autre victime de toute cette affaire.

Soudainement, un coup de tonnerre claqua en cette fin de matinée new-yorkaise suivi du bruit assourdissant d’un torrent d’eau s’abattant sur la ville et qui les extirpa de leur concentration.

 

Quasi simultanément, plusieurs portes claquèrent. Ryan alla fermer les fenêtres de la salle de réunion. Juste le temps d’observer le déferlement de pluie qui engorgea rapidement les bouches d’égout, avant de retourner aux relevés téléphoniques. En les examinant de manière approfondie, Ryan fut arrêté par certains noms qui mirent en branle tous les neurones de sa mémoire. Il lui fallut quelque temps pour que lui revienne à quelle occasion, il les avait déjà vu.

Le réseau électrique avait des sautes d’humeur et sans les onduleurs prenant le relais, l’ordinateur d’Esposito aurait planté  au moment précis où il venait de réaliser qui était au poste de Felton quelques années auparavant. Il en resta bouche bée.

Montgomery venait d’ouvrir le fichier que lui avait adressé Victoria Gates. La lecture des documents transmis modifia sa perception de Cheng. Il sentait comme une volonté, à l’époque, de lui nuire. Des témoignages à charge tombant incroyablement à pic pour enfoncer Cheng et exonérer Figuera. Un plus particulièrement provenant de quelqu’un qui avait vu brusquement sa carrière s’accélérer.

 

Son portable sonna et il décrocha machinalement.

- Vous avez cherché à me joindre ?

- Oui, fit Castle en se redressant.

- A quel sujet ?

- Vous ne nous avez pas dit la vérité, M. Jenkins.

Beckett qui buvait un verre d’eau, interrompit son geste pour ne plus quitter Castle des yeux.

- Je voudrais vous poser quelques questions, reprit le lieutenant.

Il y eut un silence puis l’homme reprit la parole.

- D’accord mais pas au téléphone.

- Où, alors ?

- Un entrepôt sur les docks.

Il précisa l’adresse à Castle.

- Je ne veux avoir affaire qu’à vous. Moins vous attirerez l’attention… moins grands seront mes risques.

- Qui craignez-vous ? On peut vous protéger.

- Je serais déjà mort avant que la procédure se mette en place. Ils ont des complices partout.

- Dans la police aussi ?

- Si j’accepte de vous rencontrer, c’est uniquement à condition que j’aie votre parole de ne prévenir personne et de venir seul.

Castle n’hésita pas une seule seconde.

- Ok, dites-moi à quelle heure.

Quand il raccrocha, Beckett attendit qu’il veuille lui en dire plus sur ce rendez-vous pris.

- Et ? Finit-elle par dire devant son mutisme.

- Il ne veut voir que moi.

- Vous ne pouvez pas faire ça. Il est temps de contacter vos collègues.

- Vous ne comprenez pas : si Jenkins voit débarquer d’autres flics, il ne dira rien, pire, il sera peut-être mort avant.

- Tandis que là, vous êtes certain à vous seul de pouvoir non seulement le faire parler mais de le sortir de la menace qui plane sur lui ?

- Je n’en sais rien mais je suis prêt à courir cette chance.

Castle s’assit devant l’ordinateur et reprit ses recherches précédentes ou du moins voulut donner cette impression. Mais son désir premier était surtout que Beckett cesse cette discussion, ce qui était quasiment impossible.

- Et donc, vous me dites par là que moi aussi, je ne dois pas vous suivre ? Et ne même pas vous attendre dans la voiture à l’écart ?

Comme il ne se décidait pas à répondre, elle poussa l’ordinateur vers la droite de la table basse et vint s’asseoir à l’emplacement libéré.

- Que faites-vous ?

- Répondez-moi, Castle ! Donnez-moi au moins une adresse. Parce que vous voulez que je vous dise le fond de ma pensée ?

Comme il continuait de se taire, elle poursuivit :

- Cela sent le piège.

Elle vit dans le regard que Castle lui octroya, qu’il était certain lui aussi de cette possibilité.

- Non ! Ne me dites pas que vous le savez et que vous y courez tout droit en sifflotant ?

- Si cela aide à faire sortir Lockwood de sa planque, j’irais même en chantant à tue-tête.

Elle n’en croyait pas ses oreilles. C’était cela que concoctait Castle : se retrouver seul face à face avec Lockwood.

- En fait, vous vous moquez de moi depuis le début, n’est-ce pas ?

Ne voulant toujours pas lui répondre et n’ayant plus accès à l’ordinateur, il voulut tenter de se lever pour mettre de la distance avec Beckett mais celle-ci ne voulait pas qu’il s’échappe et il se trouva repoussé au fond du canapé.

- Qu’est-ce qu’il vous prend ? Demanda-t-il d’une voix mêlée de surprise et de colère.

- Non, vous, qu’est-ce qu’il vous prend ?

Ils se mesurèrent du regard. Beckett vit une dureté incroyable dans celui de Castle mais elle ne baissa pas les yeux et releva le défi.

- Ils se servent de Jenkins pour vous attirer. Vous êtes leur pire menace, Castle. Ces gens-là n’ont pas hésité à commettre huit meurtres, peut-être même plus. Ils sont puissants. Voilà ce que l’on a fini par comprendre au gré de tous ces derniers jours. Ils bénéficient certainement de complicité  dans la police et pourquoi pas à la justice, à la mairie. Ils espèrent réussir une fois de plus à noyer tous leurs méfaits. Mais, vous, ils savent désormais que vous êtes sur leurs traces et que jamais vous n’abandonnerez. Voilà pourquoi vous êtes dangereux pour eux. Ce n’est pas Jenkins qu’ils redoutent, c’est vous, Castle et en allant à ce rendez-vous seul, vous leur offrez ce qu’il désire le plus : vous éliminer.

- Ça y est ? Vous avez terminé votre monologue ?

- Comment pouvez-vous croire que vous avez la moindre chance contre eux en agissant en solitaire?

- Parce que je sais qu’il s’agit d’un piège justement.

- Alors prévenez Esposito, assurez vos arrières.

- Pour que Lockwood en ait vent et qu’il disparaisse une fois de plus ? Alors même si je sais que c’est moi sa prochaine cible, j’irais jusqu’au bout.

- Ne mettez pas votre vie dans la balance, Castle, je vous en supplie.

Il laissa un petit éclat de rire s’échapper.

- Mais cela ne vous regarde pas. C’est ma vie, Beckett. Pas la vôtre.

- C’est Lockwood qui vous amène sur son terrain, à l’heure qu’il a décidée. Il a fait le choix du lieu, du comment, du quand.

Elle se leva, machinalement Castle en fit autant. Ils se retrouvèrent ainsi face à face, presque à se toucher.

- N’y allez pas, vous n’avez aucune chance.

- Vous n’avez pas à me dire que faire.

- Si, quand vous vous trompez.

- Mais je ne vous demande rien. Je n’ai pas sollicité votre présence à mes côtés.

- Pas besoin de me le rappeler. Cependant, vous savez pertinemment qu’ensemble on a progressé sur cette affaire comme vous ne l’auriez pas fait sans moi.

- C’est dans vos habitudes de vous octroyer tous les lauriers, n’est-ce pas ?

- Vous croyez que c’est le moment de s’arroger les bons points ? Je parle de vous, là, de ce que l’on a déjà accompli depuis plusieurs jours, de ce que l’on a vécu, de l’équipe qu’on forme…

- Et cela vous donne des droits sur moi ?

- Oui quand vous n’êtes plus capable d’apprécier une situation.

Castle écarta Beckett du bras, passa devant elle et lui indiqua la porte.

- Je ne veux plus vous voir. Partez.

Mais elle ne s’avoua pas battu.

- Cela vous dérange quand on vous met devant l’absurdité de votre décision.

- Retrouvez l’assassin de Meredith ? Une absurdité ?

- Oui, Castle, dans ces conditions, oui. Et vous le savez parfaitement. Vous croyez qu’elle aurait aimé vous voir bousiller votre vie ainsi ?

- Je vous interdis de vous servir d’elle.

- Tandis que vous, vous pouvez vous cacher derrière elle pour refuser d’avancer ?

- Vous ne pouvez pas comprendre.

Il en était presque à hurler en s’approchant de Beckett le regard noir de colère.

- Je sais, je sais, ce que vous avez souffert, continua-t-elle d’une voix basse et qui cherchait à apaiser. Mais justement, vous méritez d’être heureux, Castle. Vous méritez de profiter de la vie, de connaître des moments de bonheurs avec vos proches, vos amis, d’aimer à nouveau sincèrement, intensément sans avoir peur de vous lier.

- Pourquoi ? Vous postulez, c’est ça ? Mais il n’y aura jamais rien entre nous, Beckett.

Elle écarquilla les yeux et la question et l’affirmation la laissèrent muette. Elle s’en voulut du silence qui s’ensuivit mais elle sentait qu’aucune réponse ne la contenterait pour autant. Elle offrit alors un petit sourire énigmatique mais abandonna le terrain, en lui tournant le dos et s’éloignant à la recherche de son sac à mains. Elle le trouva par terre près d’un pied de la table. Elle se saisit de sa veste qu’elle glissa juste à cheval sur son bras au niveau de son coude et prit la direction de la porte qu’elle ouvrit. Avant de franchir le seuil, elle se tourna une dernière fois pour lancer :

- Vos parents vous aiment, Castle. Votre fille vous adore. Mais apparemment ils ont bien moins d’importance à vos yeux qu’une personne morte voilà quinze ans et avec laquelle vous n’avez vécu que quatre années. Quatre très belles années certainement mais cela remonte à quinze ans, Castle. Quinze ans !

Elle sortit et referma la porte silencieusement.

 

 


cathy24  (10.06.2014 à 18:57)

29EME CHAPITRE

 

Il resta là, un bon moment, immobile le regard fixé sur la porte derrière laquelle elle venait de disparaître puis il se retourna et d’un geste de la main envoya le verre d’eau posé sur la table basse se fracasser contre le mur. Il déambula dans l’appartement sans savoir où trouver sa place. Il y avait cette colère explosive en lui d’autant plus violente qu’elle n’était pas dirigée que contre Beckett mais contre lui aussi. Peut-être même davantage contre lui.  Mais il s’était fait une promesse bien des années plus tôt, il en avait faite une à Meredith aussi, sur sa tombe, la même finalement et qui était à la fois l’objectif de sa vie et aussi son alibi pour expliquer son comportement actuel. Une insatisfaction personnelle : voilà ce qu’il ressentait profondément. Il avait la sensation d’être tombé dans un  siphon qui l’absorbait inéluctablement maintenant qu’il avait lâché la corde qui aurait pu encore le ramener vers la lumière.

Qu’importait désormais de se torturer plus ! Il avait choisi. Il allait donc suivre sa route jusqu’au bout même si elle terminait dans le précipice.

 

En fait, ce qu’ils voyaient se mettre en place sous leurs yeux étaient tellement gigantesque, que ni les Bros, ni Karpowski, ni Montgomery ne parvenaient à en prendre toute la mesure. Si tout se confirmait, il pourrait peut-être bien s’agir d’un scandale qui pourrait avoir des répercussions jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Mais précisément, ils se rendaient compte également qu’ils n’en n’étaient que plus seuls. Auprès de qui chercher une aide qui ne soit pas entachée d’une possible fuite qui pourrait annihiler tous leurs efforts ? Et puis, même s’ils avaient de fortes, très fortes présomptions, ils n’avaient toujours pas de preuve tangible. Ils épluchaient inlassablement chaque document espérant trouver la faille mais ces gens-là étaient prudents et la plupart des éléments pointaient dans leur direction mais aucun n’aboutissaient clairement à eux.

 

Castle regarda par la fenêtre. Il ne tonnait plus mais la pluie continuait de tomber drue en cette fin d’après-midi. Dans une demi-heure, il partirait à son rendez-vous. Il vérifia l’état de son Sig, le glissa dans le holster qu’il enfila puis se saisit de son portable et appela.

- Bonjour mère.

- Richard ! Je suis contente de t’entendre. Comment vas-tu ?

- Bien. Très bien.

Martha connaissait son fils et sentit au son de sa voix qu’il ne disait pas la vérité mais elle ne voulut pas lui révéler qu’elle n’était pas dupe.

- Si tu passais nous voir ?

- Je suis désolé mais je n’ai pas le temps.

- Je comprends. Tu transmets mon bonjour à Beckett.

- Elle est rentrée chez elle.

- Ah ! Fit seulement Martha sans chercher une fois de plus à s’appesantir davantage même si elle ressentait un étrange malaise. Tu manques à Alexis, tu sais, préféra-t-elle avancer.

- Elle me manque aussi. Je peux lui parler ?

- Je te la passe. Richard ?

- Oui ?

- Fais attention à toi.

Quelques secondes plus tard, la voix joyeuse de sa fille retentissait à son oreille. Il avait besoin de l’entendre alors il ne l’interrompit pas quand elle raconta avec chaleur quelques anecdotes de sa journée au lycée. Castle se laissa bercer par cette joie de vivre et cette insouciance juvénile. C’était bon, c’était chaud, c’était cautérisant mais c’était trop d’émotion et il préféra abréger le monologue d’Alexis.

- Je dois y aller ma puce. Je t’aime, tu sais. N’oublie jamais ça.

 

Elle était en colère, elle était bouleversée, elle était malheureuse, elle était désespérée mais elle pensait contrebalancer tout ça par un « Je m’en moque, après tout ! » qui sonnait faux. S’il voulait foutre sa vie en l’air, eh bien, il n’avait qu’à faire ce qu’il désirait ! Après tout, c’était vrai cela : qu’était-il pour elle ? Rien. Un type croisé par hasard, qu’elle avait côtoyé quelques jours et qui ne deviendrait bientôt plus qu’un souvenir si minime qu’elle devrait dans quelques mois se faire violence pour se rappeler ses traits, son allure, la couleur de ses yeux, son parfum d’iris, le contact brûlant de sa main dans la sienne, la chaleur de ses lèvres sur les siennes. Autrement dit quelqu’un qui ne méritait pas qu’elle s’attarde plus longtemps sur lui. Qu’était-ce qu’un homme présent auprès de vous une dizaine de jours dans toute une vie ? Une vie, sa vie. Qu’elle espérait longue, traversée de joies, de plaisirs, d’amours merveilleuses, d’enfants peut-être aussi. Bah ! Elle n’avait qu’à tourner la page et se remettre à… oui, à l’écriture de son nouveau film. Elle avait pris du retard et Josh n’allait certainement pas tarder à la relancer. Alors, s’asseoir devant l’ordinateur et écrire cette nouvelle histoire.

Mais elle en était incapable. Parce que le thème, c’était lui : Richard Castle.

Elle balaya toutes ses dernières pensées car elle ne pouvait pas faire comme s’il était aussi aisé de rayer d’un trait de plume ce qui avait été de beaux moments depuis cette soirée où il était venu la chercher.

Elle prit son téléphone, chercha dans le répertoire et lança l’appel. A l’autre extrémité, il n’y eut une sonnerie puis la messagerie. Elle recommença une fois de plus pour le même résultat. Elle ne se faisait pas d’illusion : il refusait de prendre ses appels. Elle pouvait joindre Martha pour lui expliquer la situation mais il n’était pas certain que Castle entende aussi les suppliques de sa mère et cela rajouterait bien davantage de l’angoisse à cette femme et à Alexis.

Beckett avait encore une autre possibilité. Mais celle-ci lui fermerait définitivement l’option d’un retour. De toute façon, tel était déjà le cas. Autant agir pour limiter les dégâts. Tant pis si le prix à payer était de se voir prendre à jamais deux directions différentes.

Et puis, elle le devait à Martha et à Alexis. Pour la première fois de sa vie, d’autres étaient plus importants que sa satisfaction personnelle.

 

Castle se gara à près de trois cents mètres de l’entrepôt en bordure de l’Hudson. La pluie s’était beaucoup calmée et il put prendre un bon quart d’heure pour parvenir sur le dock examinant autant qu’il le pouvait chaque indice qui prouverait que le piège était bien là, présent, sans être totalement trempé. Tout était incroyablement calme. Il vit un véhicule devant la porte de l’entrepôt : certainement celui de Jenkins. Castle commença à penser qu’après tout, il s’était trompé et que ce rendez-vous n’était en rien un guet-apens. Mais il poussa davantage la porte sur les rails dégageant un peu plus d’espace nécessaire à son passage et dans le bâtiment éclairé, il vit aussitôt Jenkins debout en plein milieu, sur la tempe duquel Lockwood tenait le canon de son arme.

- Je te croyais plus malin, lieutenant, attaqua Lockwood.

- Je suis ravi de te décevoir, fit Castle en sortant son Sig du holster, en ôtant le cran de sûreté et faisant deux pas à l’intérieur de l’entrepôt.

- Voyons ! Es-tu prêt à risquer la vie du seul homme qui pourrait te permettre d’avancer à grands pas dans cette histoire ?

Il entendit nettement que Lockwood venait d’enlever à son tour le cran de sûreté de son révolver alors Castle leva les mains. Deux hommes qu’il n’avait pas vus, apparurent de chaque côté et celui de droite vint le désarmer. Ils le poussèrent sans ménagement jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’à quelques mètres de Lockwood.

- Bien, parfait ! Fit ce dernier, qui prit un peu de recul par rapport à Jenkins qu’il contourna et devant lequel il vint se positionner. Alors, commença-t-il en fixant l’homme qu’il tenait en joue quelques secondes auparavant, savez-vous où ils se trouvent ?

Jenkins nia d’un mouvement de tête.

- Le délai qui vous était imparti est écoulé, vous êtes au courant ? Où sont-ils ?

L’homme bafouilla un timide « je ne sais pas» et commença de supplier mais Lockwood lui décocha une balle en pleine tête d’une manière désinvolte, en se détournant déjà de lui. Castle sursauta et ses yeux s’écarquillèrent de stupéfaction.

- Vous me ferez disparaître ce corps plus tard, fit Lockwood à destination de ses complices mais en attendant, et il fixa Castle, si cet homme m’a déçu en n’honorant pas sa part du contrat, j’espère que tu ne me décevras pas.

- Je croyais que c’était déjà ce que je faisais.

Lockwood éclata de rire.

- Il ne tient qu’à toi de balayer cette… première déconvenue.

Il fit un geste du menton et un de ses acolytes alla chercher une chaise et assit de force Castle. Il ramena ses bras vers l’arrière et les ligota aux barreaux avant de neutraliser ensuite ses jambes. Pendant ce temps, l’autre comparse avait récupéré deux seaux d’eau et une serviette éponge passée sur une épaule. Castle n’eut pas besoin d’explication plus approfondie sur ce qu’on lui réservait et tenta de se défaire de ses entraves mais en vain.

- Je vois que tu saisis parfaitement mes intentions, lieutenant. Alors j’ai une proposition à te faire. Parce que je n’ai rien de personnel contre toi. Bien sûr, tu m’as un peu tabassé l’autre jour mais je ne  t’en veux pas : je comprends parfaitement ta réaction. J’aurais agi de même. Plus violemment certainement. Donc, je peux  t’assurer qu’il n’y a là aucune volonté de me venger. Je n’ai pas le désir de te torturer pour les derniers moments de ta vie. Je ne désire qu’abréger tes souffrances et crois-moi, je suis sincère. Mais cela dépendra surtout de toi.

Il alla récupérer une autre chaise et s’assit à califourchon face à son prisonnier.

- Dis-moi jusqu’où vous êtes remontés dans votre enquête.

- Je comprends désormais.

- Tu comprends quoi ?

- Pourquoi tu t’es laissé arrêter. Tu voulais savoir ce que l’on avait dans le dossier.

- Je suis vraiment admiratif, lieutenant ! Mais vois-tu, depuis, je suis persuadé que tu as plein de choses à m’avouer. Alors ?

- Tu crois sincèrement que je vais me mettre à table ?

Castle esquissa un infime sourire qui ne passa pas inaperçu. La réaction de Lockwood ne se fit pas attendre. Un seul regard à ses hommes et la tête de Castle fut basculée vers l’arrière, recouverte de la serviette éponge tendue au maximum et rapidement l’eau versée fut absorbée par le tissu se collant au visage et commença de rendre impossible toute respiration. Castle se débattit autant qu’il pouvait mais la poigne restait ferme.  

Au bout de quelques secondes qui lui parurent une éternité, la serviette fut dégagée. Il engouffra une grande goulée d’air par la bouche et il se mit à tousser, violemment. Lockwood attendit patiemment qu’il ait retrouvé son calme.

- Faut-il que je répète ma question ?

Que redoutait Lockwood ? Castle réalisa qu’il devait être très près du but pour que ce tueur à gages emploie ces moyens ! Les habitudes du type étaient plutôt dans la rapidité et l’efficacité d’action : coup de poignard précis ; balle en pleine tête comme celle que venait de se prendre Jenkins. Ils commençaient tous à s’affoler là-bas, dans la nébuleuse où se dissimulaient les donneurs d’ordres. Castle ne savait pas quand précisément et à quelle occasion il avait été très proche mais il avait donné un coup de pied dans la fourmilière et il avait fomenté un réel mouvement de panique. Il n’aurait malheureusement pas l’occasion de récolter ce qu’il avait semé. Mais ne rien dire, permettrait à d’autres de parvenir au bout, de savoir, de comprendre.  Dès lors, se taire. Même au plus cher des prix…

Alors, il provoqua Lockwood du regard et le même cérémonial que précédemment s’enclencha. La différence était que la première fois, il avait été pris par surprise, là, ce n’était plus le cas et le souvenir de la souffrance qu’il avait déjà endurée, accrut sa crainte de ce qu’il allait subir. Il ne voulait pas paniquer mais comment faire autrement quand l’instinct de survie le poussait à emplir ses poumons d’oxygène et que ce réflexe incontrôlable d’appel d’air, accélérait la sensation de noyade ? Ses jambes tapaient contre les pieds de la chaise, des soubresauts agitaient son corps qui se révoltait.

Castle ne récupérait plus totalement entre chaque séance mais il savait aussi qu’il ne dirait rien à Lockwood. Sa volonté était suffisamment forte pour imposer le mutisme à son organisme maltraité. Alors, Castle les laissa inlassablement alterner les moments de torture de plus en plus longs et les interruptions de plus en plus brèves. Il ne cherchait même plus à relever la tête et à offrir la moindre résistance. Les acolytes de Lockwood n’avaient même plus à le tenir dans le cas où il aurait tenté de se rebeller. Epuisé, à demi-comateux, il n’eut même pas la sensation de tomber et se retrouva à terre, toujours attaché à la chaise, sentant juste des bras le relever et le repositionner.

- Ça suffit, fit Lockwood. Castle, tu te dis que finalement, je bluffe, que je n’oserais pas aller jusqu’au bout.

Castle continua d’ignorer son tortionnaire. De toute façon, il ne se faisait aucune illusion : il connaissait son proche avenir. Alors il se laissa faire quand, le tenant sous les aisselles, les deux hommes le firent sortir du hangar et ensemble s’approchèrent du bord du quai. Il les vit s’agiter autour de lui, lui lier les jambes à l’aide d’une corde qu’ils attachèrent à un bloc de ciment.

- Puisque tu sembles apprécier les effets de la noyade, voilà, et c’est ma dernière proposition : ou tu te décides enfin à me dire ce que tu sais et je te colle une balle dans la tête, sans fioriture, et j’abrège tes derniers instants ou bien, profite à fond de tes dernières bouffées d’oxygène parce que personne n’ira te chercher là où tu vas finir et il sera trop tard pour regretter ton choix quand tes derniers moments seront pour sentir tes poumons s’emplir d’eau.

Castle comprenait que son supplice allait prendre fin bientôt et même si cela annonçait sa mort prochaine, il trouvait du réconfort dans le fait de n’avoir pas cédé à ce marché de dupe que Lockwood lui avait proposé. Le simple fait de lire de l’étonnement dans le regard de cet homme devant son obstination, était une victoire.  Ce fut la dernière chose dont il prit conscience  avant que le bloc de ciment ne l’entraîne à pic dans les eaux noires de l’Hudson.

Au fur et à mesure qu’il descendait plus profondément, il se laissait tomber sans la plus petite once de révolte. Il avait accepté tout simplement ce qui allait advenir. Bizarrement, le temps parut s’égrener au ralenti lui laissant l’occasion de mettre en forme de nombreuses réflexions et de curieuses impressions. Il n’avait jamais eu cette sensation étrange de sentir son cerveau aussi actif, productif, imaginatif.  Comme si en quelques secondes, il pouvait lui proposer des souvenirs de son enfance, regretter des rencontres qu’il n’avait pas faites, plusieurs discussions qu’il avait repoussées, plusieurs bonheurs qu’il avait vécus, d’autres qu’il aurait aimé vivre, comme connaître les enfants qu’auraient Alexis. Castle se permit juste de jeter un regard vers la surface qui s’éloignait si rapidement. Après tout, là, il s’enfonçait au plus près de ce qu’avait du vivre Meredith quand elle avait été seule face à sa mort, comme lui l’était à ce moment précis. Il était satisfait d’être proche ainsi, après toutes ses années, de ce qu’elle avait éprouvé. Et du coup, sa mort imminente ne l’effraya pas.

Alors, dans ces derniers éphémères instants, il voulait par quelques pensées se mettre en règle avec ceux qu’ils laissaient derrière lui. Ses parents dont il devinait la peine et la déception ; sa fille Alexis dont il espérait qu’un jour elle lui pardonnerait.

Il était décidé. Puisque c’était inéluctable, autant ne plus empêcher ce qui doit être, d’être. La pression sur ses poumons était de plus en plus forte et la douleur s’accroissait. Il avait entendu dire que la souffrance ne durait que très peu de temps, alors il s’apprêtait à faire entrer les eaux de l’Hudson dans ses poumons. En finir.

Et puis, il ne sut pourquoi, mais la toute dernière vision que lui proposa son esprit, fut celle du visage de Beckett et il ressentit un immense regret  de laisser de lui une aussi pitoyable image à cette jeune femme qui avait fait tout ce qu’elle pouvait pour l’aider.

 


cathy24  (11.06.2014 à 18:47)

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