HypnoFanfics

Interdit aux moins de 18 ans

Vice-Versa

Série : Castle
Création : 13.05.2014 à 17h22
Auteur : cathy24 
Statut : Terminée

« J'ai eu besoin après six saisons de me désaltérer à la source originelle. En espérant que vous prendrez plaisir à être de mon voyage.  » cathy24 

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30EME CHAPITRE

 

La pluie ne tombait plus mais de toute façon cela ne faisait pas trop de différence : il était trempé de la tête aux pieds et son pantalon et sa chemise ruisselaient d’eau. Il lui avait fallu un peu de temps pour reprendre sa respiration le torse penché, la tête baissée et les mains posées sur les genoux. Il venait de remettre ses chaussures et d’enfiler sa veste. Il grelota un peu : l’orage avait bien fait chuter la température de plus de dix degrés.

- Comment ça va? Demanda Esposito.

- Je vais bien, lui répondit Ryan. Et lui ? poursuivit-il en indiquant Castle d’un petit mouvement du menton.

- C’est bon, il va s’en sortir mais c’était moins une.

Castle était allongé un peu plus loin sur un brancard, avec à ses côtés, un médecin s’occupant de lui et l’obligeant à rester tranquille alors qu’il désirait déjà se lever. Il profita de l’arrivée des Bros pour repousser un peu le docteur et aidé par Esposito, s’asseoir. Il retira le masque qui lui envoyait de l’oxygène dans les poumons. Il ne se rappelait pas parfaitement ce qui s’était passé mais il savait qu’il devait la vie à Ryan. Il avait vu son ami s’acharner sur la corde avec un cutter et avait senti qu’il le guidait vers la surface. Esposito l’avait alors empoigné pour le remonter sur la berge. Ensuite, il avait du perdre connaissance. Mais cela ne l’empêchait pas de se poser une question, la seule qui avait un quelconque intérêt à ce moment précis :

- Comment êtes-vous là ?

- C’est Beckett, répondit Esposito. Elle nous a appelés disant que tu allais faire une belle connerie.

- Et elle ne se trompait pas, appuya Ryan.

- Elle ignorait où je devais me rendre.

- Elle savait avec qui et comme on avait découvert que Jenkins nous cachait quelque chose, on n’a pas hésité. On a pisté son portable.

- Merci en tout cas, les gars.

- Je t’en prie, mon pote, poursuivit le Latino, mais ne nous fais plus jamais un coup comme ça. On est une équipe et on travaille ensemble même si cette affaire est très personnelle pour toi.

Castle ne répondit pas mais les regards de ses amis exprimaient leur contentement de le voir sauf. La pudeur prit le pas sur l’émotion alors Castle voulut les détourner de leur trouble palpable et réciproque.

- Où est Lockwood ?

- Il a réussi une fois de plus à filer avec ses comparses, répondit Montgomery qui s’approchait. Comment allez-vous, lieutenant ?

- Ça devrait aller et il fit un effort avec l’aide de Ryan pour se relever.

- Parfait que vous soyez sur vos pattes. Je n’aime pas passer une ronflée à des hommes à terre.

- Capitaine, voulut commencer Castle…

- Taisez-vous. Si vous nous aviez contacté, non seulement nous aurions attrapé ce fumier mais en plus, Jenkins serait peut-être encore en vie. Alors que votre existence ait aussi peu de valeur à vos yeux pour que vous vous amusiez avec, cela vous regarde, mais que cela aille à l’encontre de l’intérêt d’une enquête, c’est inadmissible. Je vous mets à pied avec effet immédiat. Votre arme, je l’ai déjà récupérée dans l’entrepôt. Rendez-moi votre badge, lieutenant.

- Il est chez moi.

- Demain, sur mon bureau.

 

Quand elle avait entendu la voix de Montgomery au bout du fil, Martha sut tout de suite qu’il était arrivé quelque chose à Richard. Le capitaine la rassura mais la prévint que son fils était à l’hôpital pour passer quelques examens complémentaires. Il resta assez évasif sur les circonstances  qui les lui valaient. Après plusieurs tentatives, elle parvint enfin à joindre Castle. Il était presque vingt deux heures et il venait de sortir et désirait avant toute chose rentrer chez lui, prendre une bonne douche et quitter ses vêtements trempés.

- Mère, ne parle pas de tout ça à Alexis. Je veux qu’elle ignore ce qu’il s’est passé aujourd’hui. Je ne veux pas la faire souffrir.

- Je ne lui dirai rien, Richard. Mais pour cela, il faut que tu cesses. Que tu cesses tout de suite de croire que Meredith attend cela  de toi.

- Je suis désolé. Je suis vraiment désolé.

Il venait de s’asseoir sur un banc devant l’hôpital. Il éprouva un curieux sentiment au fond de lui, un mélange de  questionnements et de soulagement.

- Est-ce que tu crois que frôler la mort est la meilleure façon d’apprendre à accepter celle des autres ?

Des larmes se formaient en ordure des cils de Martha. Son cœur se comprima, ses poumons se mirent en apnée : elle avait été, ce soir, à un soupçon de perdre son fils, son enfant unique. Elle pinça les lèvres pour retenir son sanglot.

- Parce que tu sais, continua-t-il,  j’ai l’impression qu’avoir vécu ce que je viens de traverser,  me fait désormais me sentir en paix avec Meredith. Pas que je renonce à mettre un jour les responsables de son meurtre sous les verrous, mais c’est comme si elle venait de me déculpabiliser de sa mort une fois pour toute. Tu comprends ?

- Oui, Richard. Reviens-nous. J’ai hâte de te serrer dans mes bras.

 

Si personne ne l’avait encore appelée, c’était que les nouvelles n’étaient pas bonnes, forcément. Ils auront retrouvé trop tard la trace de Jenkins. Le corps de Castle allait être découvert et bientôt, c’était son cadavre que Lanie devrait autopsier à la morgue. Cependant,  elle pouvait passer ce coup de fil, après tout, mieux valait agir qu’attendre. Mais non, elle préférait ne pas les importuner. Et puis, cela était certainement trop douloureux pour eux. Quand la sonnerie retentit, elle hésita un temps, la peur au ventre. Elle décrocha d’un petit « Beckett » et bientôt un sourire s’afficha sur son visage.

 

Ryan était reparti chez lui se changer. De retour au poste, Montgomery avait passé de nombreux coups de fils mais ce Lockwood semblait redevenu une ombre. Bien sûr qu’en tant que capitaine, il avait des tas de griefs à formuler contre Castle, bien sûr  que depuis trois jours, il ne reconnaissait pas son lieutenant. Il avait dit quoi à Beckett ? Un des meilleurs ? Non. Castle était le meilleur. Parce qu’il savait. Il avait cette connaissance horrible d’avoir perdu un proche assassiné et cette douleur toujours vive de ne pas savoir pourquoi. Mais venait de s’y adjoindre autre chose : Castle  était, à son tour, devenu une cible. Montgomery ne lui avouerait jamais, mais il avait une très grande et forte estime pour son lieutenant. Il valait bien mieux que la plupart des gradés qu’il voyait se pavaner, fiers d’eux dans leur sphère de responsabilités. Il mettrait tout en œuvre pour le protéger contre lui-même s’il le fallait ! Il ferait tout pour que le cauchemar de Castle commencé quinze ans auparavant, trouve enfin une conclusion positive.

 

Il resta sous la douche de très très longues minutes, se nettoyant de l’eau polluée de l’Hudson et aussi, inconsciemment, du poids de son passé. Tout cela s’évacuait en petits tourbillons faisant la ronde autour de la bonde et disparaissant, englouti par les canalisations. Quand Castle fut rhabillé, il resta devant la fenêtre du salon ouverte par laquelle entrait l’air rafraichi par l’orage. La pesanteur moite des derniers jours avait disparu et Castle respirait avec délice, gourmand de sentir ses poumons s’emplir d’oxygène.

Il pensa au lendemain et au surlendemain et aux jours suivants où depuis bien longtemps, son esprit ne serait pas accaparé, tourmenté par le meurtre de Meredith. Tout cela était non pas fini mais distancié. Ce soir, il lui semblait être devant un choix à faire et pour la première fois, cela ne tournait pas autour de son ex-femme mais de ses propres envies d’avenir.  Poursuivre comme flic à la Criminelle, parce qu’il aimait et son travail et apporter du réconfort aux familles ? Reprendre ses études de droit et devenir ce juge impartial, intègre et inflexible qu’il souhaitait être à vingt ans? Ou alors avoir plus  d’ambition encore et s’approcher des instances où se prenaient les décisions pour tenter de prévenir en amont au lieu de punir en aval? 

Il sourit.

Comment en le connaissant depuis quelques heures seulement, avait-elle pu appréhender son rêve fracassé ?

 

Elle se sentait beaucoup, beaucoup plus légère. Elle était heureuse parce qu’il était en vie. Mais il devait dans le même temps lui en vouloir terriblement. Tant pis. L’existence n’était qu’une succession d’actions dont les plus altruistes étaient peu reconnues comme telles.

Elle s’était mise devant son ordinateur et l’esprit dégagé avait jeté les principales lignes de son futur script. Elle aimait déjà les prochains mois qui suivraient. Il allait l’accompagner dans cette sorte de reconversion cinématographique qu’elle envisageait. En tout cas, elle lui dédierait ce film, même si elle venait de se faire à l’idée qu’elle ne recroiserait certainement jamais sa route.

Quand son portable sonna, elle pesta dans un premier temps parce que l’inspiration était présente et qu’elle n’avait jamais supporté tout ce qui l’éloignait, ne serait-ce que quelques minutes de l’effervescence créatrice de son cerveau.  Mais, la photo de celui qui l’appelait apparu et elle décrocha.

- Oui, papa ? Tu es arrivé ?

- Bloqué depuis six heures à cent kilomètres de New-York, tu l’imagines, ça ? Le réseau téléphonique se remet juste à fonctionner.

- Qu’est-ce qui vous arrive ?

- C’est ce fichu orage ! Une véritable catastrophe sur l’autoroute. Il y a eu un carambolage…

- Tu es blessé ?

- Non, je n’ai rien et notre bus n’est pas pris dedans mais impossible d’utiliser les itinéraires de délestage : les routes sont coupées un peu partout, inondées.

- Eh bien ! Vous en avez pour combien de temps ?

- Aucune idée, Katie ! Et les réserves de friandises de toutes sortes sont presque épuisées.

Beckett éclata de rire :

- Tu veux que je vous fasse ravitailler ?

- Comment le pourrais-tu ?

- Tu sais bien que rien ne m’est impossible !

Ce fut au tour de Jim de rire.

- Garde ça précieusement, ma fille !

- Quoi ?

- Tes rêves et ton âme d’enfant.

On toqua à la porte.

- Papa, je vais te laisser, quelqu’un vient de frapper.

Elle se leva et se dirigea vers l’entrée du loft.

- D’accord. Je t’embrasse.

- Moi aussi. Tu m’envoies un message dès que tu es arrivé.

- Promis.

Elle raccrocha, posa son portable sur la table basse et arriva en quelques pas devant la porte qu’elle ouvrit le sourire aux lèvres en pensant à son père, qui n’était pas du genre patient et elle l’imaginait  bloqué avec des adolescents survoltés dans un bus sur une voie d’autoroute. Mais son sourire se figea et elle, si prompte à réagir, si impulsive, se trouva bêtement muette si bien que son visiteur se méprit sur son silence.

- Pardon, je ne voulais pas vous déranger. Je m’en vais.

- Non !

Il avait suffit qu’il tourne les talons pour qu’elle sorte de sa stupéfaction. Elle s’était tellement peu attendue à cela !

- Castle, que faites-vous là ?

Ce fut à son tour d’hésiter quelques secondes.

- Je me doute que je ne suis pas le bienvenu. Ce que je vous ai dit ce matin, est impardonnable. Je vous présente mes excuses pour autant qu’elles soient recevables. Et je tenais aussi à vous dire merci. Voilà. Vous auriez très bien pu vivre sans entendre cela, mais moi, pas sans le dire.

Il n’attendit pas sa réponse et d’un petit hochement de tête lui fit comprendre qu’il ne l’importunerait pas davantage.

- Rick ! Fit-elle en s’avançant vers lui.

C’était la première fois qu’elle l’appelait ainsi. Elle ne prit même pas conscience de la façon dont elle l’avait apostrophé, elle ne vit que le résultat : cela le stoppa net dans sa fuite.

- Que s’est-il passé ? Demanda-t-elle quand il fut de nouveau face à elle.

- J’ai failli mourir.

Il venait de lui dire cela, le plus naturellement du monde, sans mélodrame, sans fioritures.

- Je sais que vous avez appelé Esposito, poursuivit-il. Je vous dois d’être encore en vie.

Elle était incapable de dire si elle rougissait ou pâlissait. Il venait en quelques mots de balayer toutes ses appréhensions, toutes ses craintes. Non seulement, il ne lui en voulait pas mais au contraire il lui en était reconnaissant. Elle ne contrôla pas son mouvement impulsif et d’une main alla caresser sa joue. Leurs regards perdus l’un dans l’autre, Kate et Rick essayaient de décrypter ce qu’ils y lisaient. Ils étaient comme des explorateurs redoutant que le pas suivant ne les précipite dans un gouffre ou ne fasse fuir l’autre. Castle répondit au geste de la jeune femme en se saisissant délicatement de sa main et en en embrassant le dos. Il enchevêtra alors ses doigts aux siens. Il s’arrêta en voyant de l’étonnement dans le regard de la jeune femme. Il allait rompre le contact mais elle  maintint la prise et s’approcha si prêt de lui que leurs souffles se mêlèrent. Elle progressa centimètre par centimètre, ne le perdant pas des yeux avant de déposer un léger et furtif baiser sur ses lèvres. 

- Lockwood ? Interrogea-t-elle dans un murmure.

Elle était là, tout contre lui et il y avait toujours leurs doigts agrippés les uns aux autres. Il y avait aussi leurs respirations se confondant et cette aura de chaleur qui les entourait et les isolait dans une bulle de crainte et d’interrogation.

- Echappé, une fois encore, répondit-il d’une voix aussi basse que celle de Beckett.

- J’avais si peur que tu meures !

Elle était passée au tutoiement sans en prendre conscience. Il releva et ce fut un baume venant réconforter son âme et son cœur. Son front s’abaissa vers celui de Kate et ils restèrent ainsi dans  ce contact, calmement, appréciant ce rapprochement pudique.

- Je suis là, grâce à toi, fit-il en reprenant le tutoiement à son compte.  

Il sentit la sincérité du soulagement de Beckett dans son soupir. Il aurait été très simple pour elle de lui faire une grande leçon, là ! Il avait fait fi de ses avis, de ses conseils, avait foncé tête baissée à frôler la mort comme jamais il ne l’avait fait auparavant. Mais elle semblait peu se préoccuper d’avoir eu raison sur lui : elle n’était qu’affligée de comprendre qu’il avait été si prêt de mourir. Et plus encore, elle posa une seconde fois ses lèvres sur les siennes mais là, elle ne se contenta pas de les effleurer. Elle les goûta davantage cherchant une réaction chez Castle.

Les lèvres de Beckett avaient le même goût délicieux que lors de leur baiser sous couverture. Un baiser auquel ils n’avaient pas fait allusion les heures et les jours suivants mais qui avait laissé son empreinte.

Là, il n’y avait plus d’alibi, il n’y avait pas de paravent. Ils n’y avaient qu’eux, face à face, devant ce qu’ils éprouvaient.  

Il relâcha les doigts de Kate mais ce fut pour enserrer entre ses mains la tête de la jeune femme et chercher dans ses yeux s’il ne se trompait pas. Il y lut l’espérance qu’il se lance enfin et alors, sans plus se contenir, il l’embrassa avec une telle force qu’il la repoussa pas après pas et que ce fut la porte du loft qui les retint. Maladroitement, elle répondait à ses baisers, voulant dévorer cette bouche qui, insatiable et exploratrice, ne laissait aucune parcelle de son visage jalouse des autres et Kate ne parvenait pas à s’en saisir autant qu’elle le souhaitait. Alors, elle se fit passive et laissa les lèvres de Castle descendre dans son cou, remonter derrière ses oreilles, revenir à sa bouche, repartir dans le creux des épaules. Elle ne fut capable que d’entourer la tête de Castle de ses bras et la maintenir le plus près possible d’elle. Ses narines s’emplissaient de l’odeur de cet homme dont les mains commençaient de partir à la découverte de son corps, descendant et remontant le long de son dos. Kate frissonnait et c’était si délicieux que ses jambes faiblirent. La jeune femme se sentit glisser le long de la porte. La poigne ferme de Castle la sécurisa de nouveau avant que ses doigts ne s’aventurent désormais sur le ventre qu’ils commençaient de caresser. Kate fermait les yeux, retenait son souffle, soumise à une vague qui montait et lui faisait échapper de petits soupirs de plaisir. Elle suivait avec délice la progression de la main de Castle qui s’attardait à travers le chemisier sur la peau de son ventre, descendait à la limite du jean taille basse qu’elle portait, puis reprenait son mouvement vers la poitrine mais s’arrêtait toujours juste en dessous, comme s’il attendait qu’elle lui donne la permission de poursuivre. Elle se saisit de la main de Castle et la posa sur son sein. L’homme en sentit le galbe dans sa paume mais s’en trouva timide. C’était la telle promesse d’un abandon total de la jeune femme qu’il voulait profiter de ce temps, ne pas brusquer, faire de leur désir qui montait, un moment de grand plaisir commun. Il ne l’embrassa plus, il ne la caressa plus mais son regard se noya dans celui de Kate. Elle lui sourit magnifiquement et il esquissa un sourire aussi, léger, comme s’il voulait s’assurer que cela était réel. Elle le repoussa un peu, ferma la porte d’entrée, lui prit la main et sans le lâcher de ses yeux noirs d’envie, elle le guida vers la chambre.

 


cathy24  (12.06.2014 à 19:03)

31EME CHAPITRE

 

Il est des matins où même si la nuit fut courte, on est heureux du lever du jour. Là, elle gardait les yeux fermés alors qu’elle venait de se réveiller. Elle sentait à travers ses paupières closes, le retour d’un soleil qui éclairait chaudement la chambre.

Kate Beckett était bien, heureuse. Elle souriait légèrement au souvenir des dernières heures. Beaucoup d’hommes étaient passés entre ses bras. Beaucoup l’avait satisfaite physiquement. Mais cela allait rarement au-delà d’une pulsion sexuelle contentée. Même avec Josh, même avec ce sentiment amoureux qu’elle croyait avoir eu à son encontre, cela n’avait jamais été aussi puissant, aussi magique que cette nuit dans les bras de Castle. L’approche délicate, l’écoute, le contentement, l’envie de satisfaire l’autre plus que soi-même, la force de leur désir  les avait emmenés vers des délices insoupçonnés. Il y avait autre chose, quelque chose de plus puissant qu’un appétit sexuel, qui s’était révélé à elle cette nuit. Comme si ce qu’elle pressentait, se confirmait : ils étaient bien, merveilleusement bien ensemble, juste par la présence de l’autre. Quelque chose qui rendait le plaisir d’être dans les bras l’un de l’autre, du contact de leurs peaux, des caresses de leurs yeux, de leurs mains, dans la satisfaction émotionnelle, sensuelle et physique de tout leur corps, encore plus puissant, si puissant qu’elle en frissonnait de bonheur. C’était plus fort que tout. C’était plus envoûtant que tout. Et Beckett savait déjà que pour elle, ce ne pourrait être juste la passade d’une nuit.

Elle n’ouvrait toujours pas les yeux mais voulait retrouver le contact avec Castle. Son bras partit à la recherche de son amant. Il fureta, tapota mais sans succès. Kate se redressa en sursaut, dérangeant le drap qui la recouvrait. Le lit à ses côtés était vide.  Elle eut un moment de panique remplacé par un grand et rayonnant sourire, en le voyant, là, à l’embrasure de la porte, tenant deux tasses de café et qui la regardait en souriant également.

- Hey ! Ça va ?

- Ce n’était pas un rêve, confirma-t-elle.

- Ou alors c’est le plus merveilleux que j’ai jamais fait.

Kate avait envie de rire pour combattre le moment de frayeur qu’elle avait eu durant quelques secondes, mais elle réalisa avec surprise que quelques larmes se formèrent et restèrent en équilibre en bordure des cils. Comment pouvait-elle tenir tant à cet homme en quelques jours ? Elle le connaissait à peine ! Mais dès qu’elle le voyait, elle sentait toutes les fibres de son esprit et de son corps en éveil. Le contact des mains de Castle  et de ses baisers sur sa peau avaient été d’intenses moments de jouissance. Il la stimulait émotionnellement et sensuellement. Cependant, cela aurait-il eu cette intensité si  tout n’avait pas commencé par leurs chamailleries intellectuelles qui forgèrent peu à peu cette attirance qu’ils avaient refusé d’abord d’écouter ?

Elle le suivit du regard quand il contourna le lit pour venir lui tendre une tasse et s’assoir à ses côtés. En voyant le corps de cet homme s’approcher d’elle, au creux de son ventre, elle ressentit poindre une excitation violente. Elle avait envie, là, maintenant, de lui. Il fallait dire que le voir juste vêtu d’un boxer avait de quoi lui rappelait leurs torrides ébats nocturnes. Quand elle passa la langue sur ses lèvres, Castle crut que c’était pour ne pas perdre une once de la mousse aérée du café alors qu’elle ne pensait qu’à le goûter, lui, une fois de plus. Elle n’avala donc qu’une gorgée et posa la tasse sur la table de chevet. Elle passa les bras autour du cou de Castle et ses lèvres happèrent les siennes. C’était un picorement de gourmet au début et cela devint un repas de gourmand. C’était violent, insatiable si bien qu’ils durent s’interrompre quelques instants pour que Castle puisse à son tour se débarrasser de sa tasse qui devenait gênante. Mais ce ne fut que fugace et ils repartirent dans le ballet virevoltant de leurs lèvres et de leurs langues. Une main de Rick caressa la poitrine dénudée de Kate tandis que l’autre descendait jusqu’en bas des reins et de nouveau à ses oreilles retentirent des soupirs de satisfaction. Ils n’arrêtèrent leur baiser qu’à bout de souffle.

- Vous êtes insatiable, Kate Beckett.

- Vous l’êtes aussi, Rick Castle. Qu’allons-nous donc faire aujourd’hui ?

- Je n’ai pas de tâche précise ce matin. Alors si tu as une idée…

- Il est encore tôt. Peut-être pourrions-nous folâtrer encore au lit ?

- Tu n’as pas un scénario à écrire ?

- Précisément, j’ai encore des recherches à faire sur le personnage principal.

- Ah oui ! Fit-il un grand sourire aux lèvres, mais tu ne m’as dit grand-chose sur ce type. Il est comment ?

- Intelligent, compétent, avec un lourd passé, sexy… terriblement sexy…

- Il me rappelle quelqu’un…

Elle l’attrapa par le cou, l’approcha tout près d’elle et ensemble, ils basculèrent sur le lit.

- Et tu n’es pas jaloux si je cherche à en savoir plus sur lui ? lui lança-t-elle en grappillant un baiser.

- Comme quoi, par exemple ?

- Du genre : est-ce qu’il aurait pu apprécier nos plaisirs nocturnes ?

- A sa place, j’en aurais raffolé.

- Même le moment où ?...

- Particulièrement ce moment-là.

Elle lui déroba un autre baiser.

- Il me faut ton aide, minauda-t-elle en s’attaquant à son oreille, quand même encore, j’aimerais savoir s’il aimerait autant certaines idées que j’ai en tête et pour cela, un deuxième round est plus que nécessaire.

- Heu, techniquement, cela serait plutôt le quatrième mais je ne peux me dérober à une telle proposition.  D’autant plus et il retira totalement le peu de drap qui recouvrait encore le corps de Kate pour venir le remplacer et se glisser sur elle, que je t’ai promis de t’aider pour ton film…

- Alors, ôte-moi vite ce boxer qui me navre.

- Oh, fit-il, mais prend tes responsabilités. Il faut mettre la main à la pâte quand on fait des recherches.

Elle lui sourit et bientôt il sentit les doigts de la jeune femme caressant son dos en descendant lentement lui provoquant un plaisir croissant au fur et à mesure qu’ils  s’approchaient de l’objet du litige. Ils passèrent enfin sous le tissu qui centimètre par centimètre glissait, dénudant les fesses de Castle. Kate lui souriait et Rick adora ce sourire provocateur et aguicheur qu’elle lui octroyait. Il avait envie d’elle et elle devait s’en rendre compte car elle l’excita plus encore en ondulant du bassin. C’était incroyablement coquin et sensuel et il se laissait aller sans retenue à ce désir qui montait en lui.

Et puis, il y eut un claquement et un grand choc.

- Katie, je suis en rage, et une ombre se profila à la porte ouverte de la chambre, une nuit entière à…

Jim Beckett s’interrompit devant le tableau surprenant qu’il avait sous les yeux. Sa fille nue dans le lit, les mains posées sur les fesses d’un homme couché sur elle, au slip à moitié descendu et tous deux le fixant les yeux écarquillés au maximum. Qui des trois était le plus gêné ? Difficile à dire mais ce fut Jim qui reprit le plus rapidement possession de ses esprits.

- Je vais préparer le petit déjeuner. Quelque chose de copieux. Je crois qu’on en a tous besoin, et il repartit en fermant la porte derrière lui.

- C’est embarrassant, fit Castle dans un murmure.

- Oui, souffla-t-elle, avant de partir dans un grand éclat de rire communicatif.

Ils sortirent du lit en riant, passèrent sous la douche en riant encore et il n’y eut que le jeu de leurs mains se frottant mutuellement pour calmer cette hilarité et la remplacer par une nouvelle déferlante de plaisirs.

 

Quand ils se présentèrent devant le snack-bar, Jim Beckett avait fait ça en grand. Il y avait là, de quoi rassasier deux fois plus de personnes qu’ils n’étaient. Mais chacun était apparemment affamé et peu à peu tout disparu.

Malgré la situation fâcheuse dans laquelle Jim les avait trouvés, il n’y fit aucune allusion et accueillit, parla, blagua avec Castle comme s’il n’avait pas été témoin du lien qui l’unissait désormais à sa fille.  En deux trois regards, il avait compris combien Kate dégageait une sensation de bonheur au simple effleurement de la main de Castle ou à la simple caresse de ses yeux et c’était le meilleur des sésames pour attirer son indulgence et son approbation.

- Vous avez idée ce que c’est d’être coincé quinze heures dans un bus avec trente adolescents ?

- J’imagine, papa !

- Quand on nous a annoncé finalement qu’on allait devoir faire demi-tour et revenir à New-York, c’est une véritable tornade qui s’est abattu autour de moi.

- Et le festival alors ?

On toqua à la porte d’entrée.

- J’y vais, fit Jim en quittant sa chaise snack. Le festival, je crois que pour nous, il est tombé… à l’eau…

Malgré le côté léger qu’il semblait arborer, Kate savait combien cela devait être dur pour son père de voir son travail de tant de mois annihilé à cause d’un orage.

- Eh, fit Castle en voyant passer ce nuage soucieux sur le front de la jeune femme. Ça va ? Et il la prit dans ses bras.

- Bien, très bien avec toi à mes côtés.

Cela faisait un bon quart d’heure qu’ils en avaient été sevrés alors, ils profitèrent de Jim Beckett ouvrant la porte pour s’embrasser doucement, longuement, voluptueusement.

- Humm ! Entendirent-ils dans leur dos.

Ils se retournèrent pour voir Ryan positionné à quelques mètres d’eux.

- Ce n’est pas vrai, s’exclama Castle avant de se tourner vers Beckett, tu as lancé des invitations?

- Eh Ryan ! Que faites-vous ici ?

- Je me disais que vous sauriez peut-être où était Castle… Mais bon, puisque vous n’étiez pas ensemble chez lui, il ne pouvait être apparemment qu’ici avec vous. Vous nous avez bien eus la dernière fois.

Castle sentit comme une pointe de reproche dans la voix de son collègue et ami.

- On ne vous a pas menti. Il n’y avait rien entre nous à ce moment-là, répliqua-t-il.

- Ok, fit Ryan qui se voulut conciliant.

- Et si tu pouvais…

- Je garderai le secret.

Après ce qu’il s’était passé la veille, Montgomery avait mis Martha et Alexis sous protection. Ryan lui annonça que le capitaine avait élargi aussi cette mesure à Castle et qu’il serait désormais souhaitable qu’il garde son téléphone allumé.

- C’est promis.

- Parfait. Je vais mettre deux agents en surveillance en bas du loft.

- De toute façon, je dois passer chez moi et  ensuite aller au poste.

 

Une petite heure plus tard, Castle déposa son badge sur le bureau de Montgomery.

- Je vous présente mes excuses, capitaine.

- Je ne peux vous laisser agir à votre guise, lieutenant. Mais, avant que vous quittiez le poste pour plusieurs semaines, on a quelques questions à vous poser.

Ils s’étaient installés dans la salle de réunion, tous, y compris Beckett qui avait tenu à accompagner Castle. Plaida pour elle son appel de la veille qui avait sauvé le lieutenant. Elle avait aussi aidé Castle à ramener tous les documents qu’ils avaient récupérés, répertoriés et analysés sur les meurtres de Mortimer et Simpson.

- Je redoute  tant que nous n’aurons pas arrêté Lockwood, que vous ne soyez pas en sécurité Castle, reprit Montgomery. Il y a quelque chose que je ne comprends pas. S’il voulait vous éliminer, pourquoi ne vous a-t-il pas mis simplement une balle en pleine tête ?

- Il voulait savoir où nous en étions de l’enquête.

- C’était pour ça la mise en scène dans le hangar ?

- Quelle mise en scène ? Demanda Beckett.

Il y eut de nombreux regards échangés entre les officiers de police et personne ne se sentit l’envie de donner d’explication à la jeune femme. Mais ce silence était parlant pour quelqu’un comme elle. Elle réalisa et ses yeux plongèrent dans ceux de Castle.

- Oh non ! Echappa-t-elle.

- Il y a aussi que…

- Oui, Castle ?

- Eh bien, Jenkins devait apparemment récupéré quelque chose, et comme il n’avait rien trouvé, Lockwood lui a logé une balle dans le crâne.

- C’était quoi ?

- Aucune idée mais, à mon avis, c’est pour cela que Jenkins était mort de trouille. Il avait ce deal au-dessus de la tête.

- Bien, poursuivit Esposito, dans tous ces dossiers que vous nous avez apportés, y-a-t-il quelque chose qui pourrait nous permettre de retrouver rapidement Lockwood ?

- Il y a un lien entre le projet immobilier de Staten Island aujourd’hui et celui d’il y a quinze ans.

- Expliquez-nous ça.

Castle et Beckett se relayaient pour tenter de dresser, malgré les zones d’ombre, le cheminement le plus correct possible des évènements récents à l’aune de ce qu’il s’était passé des années auparavant.

Felton avait lancé, à la demande du maire, sur la perspective d’un nouveau projet immobilier à Staten Island. Il avait dressé le cahier des charges et offrait ainsi la possibilité d’un incroyable marché immobilier. Mais son rôle se limiterait à coordonner, vérifier la pertinence des propositions. Ensuite viendrait le temps où l’examen approfondi dirait si la municipalité donnerait son aval à cette opération et auprès de quel cabinet d’architecte et de quelles entreprises. Certaines personnes paraissaient tenir beaucoup à cette manne financière qui pourrait leur tomber dessus au point de ne pas respecter les règles du jeu et de faire espionner Felton. C’est dans ce but que Figuera avait obtenu ce poste de chauffeur. Il avait mis en place les micros, les caméras dans les bureaux de l’adjoint et dans la voiture de fonction. Way de son côté, à la demande de clients, s’intéressait à ce projet. Il avait non seulement étudié toutes les contraintes mais a aussi voulu savoir ce qui avait fait la décision finale lors de l’attribution précédente.

- C’est là, qu’il  est tombé sur certains éléments qui l’ont conduit à faire des recherches sur ce qu’il s’était passé à l’époque, que ses questions à Felton ont du attirer l’attention sur lui et comme il s’approchait sans doute trop près de la vérité, Lockwood a reçu l’ordre de l’éliminer.

- Pour vous, les commanditaires d’hier sont ceux d’aujourd’hui ?

- Deux points qui confirment cela. D’abord, ce serait une étrange coïncidence que Lockwood ait été l’homme des basses œuvres à chaque fois. Si c’est à lui que l’on a fait appel, c’est parce que ceux qui espionnaient ont craint ce que Way pourrait déterrer et que le travail précédent de Lockwood les avait totalement satisfaits. Et puis, ils s’avèrent que les promoteurs qui ont obtenu le marché à l’époque, sont également sur les rangs cette fois-ci. Encore plus puissants.

- Je confirme, fit Ryan. J’ai trouvé derrière des sociétés différentes, les mêmes actionnaires.

- Mais tout cela ne fait pas des preuves, Castle !

- Certes. Cependant elles existent.

- Pourquoi en êtes-vous aussi certain ?

- Parce que Lockwood m’a… questionné et ensuite parce que Way a du constituer un dossier, qu’il l’a planqué et que c’est cela que Jenkins devait retrouver.

Des éléments disparates rassemblés depuis plusieurs jours, c’était la première fois qu’apparaissait enfin une reconstitution partielle du puzzle. Toutefois trop de questions restaient en suspens encore mais ils sentaient tous que jamais ils n’avaient été aussi près de la vérité.

- Vous avez fait un sacré bon boulot, ne put s’empêcher de glisser admiratif Montgomery. Quel gâchis que vous, Castle et vous, Beckett, je sois obligé de vous mettre sur la touche.

- Justement, reprit au bond la jeune femme, je crois que ce serait totalement contre-productif.

- Pardon ?

- Ecoutez, capitaine, je ne remets pas en cause votre autorité et la pertinence de vos griefs à l’encontre de Castle. Seulement, votre lieutenant ne sera en sécurité qu’une fois toute cette affaire résolue. Ceux qui sont derrière tout ça, savent qu’il a enfin une piste sérieuse, que vous avez une piste sérieuse. Et non seulement, ils peuvent s’en prendre à lui, mais ils peuvent aussi s’en prendre à ceux à qui il tient. Alors il y a ses parents, sa fille, mais vous tous ici, entrez également dans cette catégorie. Qui sait si un de nous, ne va pas subir ce qu’il a subi pour les renseigner sur l’avancement de nos recherches ? Alors, soit vous disloquez l’équipe efficace que vous avez, avec le risque que cela soit préjudiciable à l’analyse de toutes les informations et à la vie de certains, soit vous vous appuyez sur les compétences et les capacités de chacun et vous vous donnez tous les atouts pour venir à bout de cette affaire sans casse pour vos hommes.

Montgomery avait écouté le début du monologue de Beckett avec une pointe d’agacement mais la pertinence de l’exposé l’ébranla.

 


cathy24  (13.06.2014 à 19:40)

32EME CHAPITRE

 

Ce n’était qu’une réintégration momentanée, sans badge, sans arme. Une sorte de consultant. Le lieutenant avait promis à Montgomery de ne plus la jouer en solitaire et d’accepter d’être chaperonné par Esposito.

Castle savait que Beckett avait raison : Lockwood n’en n’avait pas fini avec lui et par son obstination, il avait mis en danger ses proches.  

Il aurait aimé la prendre à l’écart pour la serrer dans ses bras et l’embrasser. Mais cela n’était pas possible alors il se contenta de lui envoyer un tel regard brûlant que la jeune femme frissonna de la tête aux pieds. Il s’arrangea pour  toucher sa main du bout des doigts et ce simple contact les électrisa. Heureusement, seul Ryan se rendit compte de ce qu’il se passait.

Cela faisait seulement vingt heures que Castle avait mis Beckett  à la porte de chez lui, une dizaine d’heures qu’il était allé la retrouver chez elle et maintenant, il sentait qu’il supporterait mal d’être séparé d’elle plus de quelques minutes. Depuis la mort de Meredith, il avait eu plusieurs liaisons qui avaient à chaque fois, été de courte durée. Ce n’était pas du qu’au souvenir de Meredith.  Il y avait aussi cette crainte larvée que toute femme qu’il pourrait aimer, risquait de finir comme elle. Il redoutait plus que tout de vivre un autre drame. Et puis, elle était apparue ou bien davantage, il était allé la chercher sans se douter un seul instant qu’elle serait capable en si peu de jours, de  chavirer son quotidien. Coincé entre elle et le retour du meurtre de Meredith, c’était le monde qu’il avait tenté de se bâtir depuis plusieurs années, qui avait vacillé sur ses fondations. Et il savait désormais que ce n’était pas pour s’enterrer une fois de plus dans les affres de son passé mais au contraire, pour briser ce mur qui avait emprisonné son envie de vie. Pour la première fois depuis la mort de Meredith, il ne se sentait plus entravé.

 

Esposito, Ryan, Karpowski, Castle et Beckett. Montgomery espérait en ce quintet. De son côté, il leur avait fait part des informations qu’il avait eu de Victoria Gates. C’était important. Pas nécessairement en termes de preuve mais plus pour se rendre compte que leurs adversaires étaient du gros calibre. Ils argumentèrent pendant de nombreuses minutes pour savoir s’ils devaient en référer aux instances supérieures, voire à des agences gouvernementales. Mais d’une part ils convinrent qu’on risquait de les éloigner de cette enquête jugée trop sensible et d’autre part, rien ne prouvait que ces agences n’agiraient pas plutôt pour faire le ménage et faire disparaître toute preuve compromettante.

- Et c’est moi qu’on traite de parano! S’exclama Beckett. Mais je ne le suis que dans mes films.

- On a de bonnes raisons, cependant, objecta Ryan.

Elle opina. Pour une première enquête, Kate Beckett était servie : meurtres multiples, ramifications politiques, enjeux économiques, corruptions diverses. Et ce qui s’annonçait comme un amusement au départ, était devenue une affaire complexe où les enquêteurs eux-mêmes s’avéraient en danger. Quant à son appréhension pour elle-même, elle était assez fière de s’être sortie victorieuse de l’arrestation de Duncan et d’avoir fait chuter Figuera. Elle avait été capable de gérer des situations délicates et s’en était trouvée grisée après coup. Conjuguée à certains talents qui avaient permis d’avancer sur le dossier, elle ne doutait plus que sa place soit au milieu de cette équipe qu’elle avait adoptée en quelques jours.

- Que suggérez-vous, Castle ? Questionna Montgomery.

- Le temps joue contre nous. Si nous voulons reconstituer tous les éléments qui ont menés au triple meurtre d’il y a quinze ans, cela va nous prendre trop d’énergie et va encore nous éparpiller sur le terrain. Alors…

- … il faut trouver avant Lockwood ce que Jenkins devait lui remettre, compléta Beckett.

Castle opina et son regard était si empreint d’admiration et de chaleur, qu’il fallut la diversion de Ryan pour que les autres membres de l’assemblée ne s’interroge pas sur la communion étrange qui sembla isoler les deux partenaires quelques instants.

- Oui mais on cherche où ? On a fouillé la maison de Way de fond en comble, on a épluché tout ce qu’on a trouvé dans son bureau, on a passé au peigne fin toute sa vie, ses relations, sa famille et personne n’a remarqué quelque chose d’anormal.

- Mais, fit Castle, en se séparant à regret du regard de Beckett, on ne savait pas ce qu’on devait trouver.

- On le sait mieux maintenant ? Demanda Esposito. Parce qu’on ignore sous quelle forme est ce soi-disant dossier. Il s’agit d’un dossier d’ailleurs ! Papier ou clé USB ou  sauvegarde sur un ordinateur, ou sur le Cloud, ou…

- Est-on certain d’ailleurs que ces documents existent ? Interrogea Karpowski.

- Si Lockwood s’est donné la peine de menacer Jenkins, ce n’est pas pour rien.

- Il aurait du nous faire confiance : il serait peut-être encore en vie, avança Esposito.

- Pas certain, objecta Karpowski.

Elle montra un message qu’elle venait de trouver dans le portable de Jenkins. On voyait une photo de sa femme et de ses deux filles souriant de bonheur, avec un commentaire : « Ne dites rien à la police sinon… »

- Je vais demander aux informaticiens si ils peuvent tracer la provenance, continua-t-elle juste avant de les quitter.

- Ok, on sait pourquoi, poursuivit Ryan, mais lui qui connaissait Way, n’a rien déniché. Il était au fait certainement d’une grande partie de ce qu’il avait découvert. Dans l’agenda de ce dernier, les initiales de Jenkins apparaissent toujours aux moments des rendez-vous qu’il a eus avec Felton. C’est ainsi que l’on a compris que Jenkins nous mentait depuis le début : Way discutait avec lui avant et après avoir vu l’adjoint. Et vous, fit-il à l’attention de Castle et Beckett, vous avez eu la preuve qu’il accompagnait Way dans certaines recherches. Mais s’il n’est pas parvenu à sauver sa peau, comment peut-on, nous, espérer dénicher quoi que ce soit ?

- En reprenant encore et encore tout ce qu’on a sur Way. Il savait à qui il avait affaire et il a du prendre des précautions pour le cas où il lui arriverait quelque chose. Alors on s’y remet.

- Bien, entérina Beckett, je vais nous préparer les cafés.

- Je vous aide.

Cette salle de café, même s’il était malheureusement, hors de question d’en fermer les portes, leur permit de se retrouver seul à seul. Beckett et Castle étaient devant la machine à s’activer et leurs doigts ne cessaient d’entrer en contact. Ils avaient l’impression d’être comme des adolescents nourrissant leur désir l’un de l’autre d’un certain interdit et c’était délicieux.

- Merci, lui chuchota-t-il.

- De quoi ? Répondit-elle aussi bas.

- D’avoir convaincu Montgomery.

- Cela n’a pas été difficile et il n’attendait que cela. Mais tu iras quand même au piquet après.

Il éclata de rire. Elle aima ce rire spontané, chaleureux et elle dut se réfréner au maximum pour ne pas fondre sur ses lèvres.

 

Alors tous analysèrent une fois de plus tout ce qu’ils avaient sur Way. C’était démoralisant parce qu’ils n’avançaient pas. Agenda, notes, relevés téléphoniques, interrogatoires des proches. Tout y passa plusieurs fois et entre des mains différentes en espérant qu’un œil nouveau aurait un peu de chance mais cela n’apporta rien.

- Je comprends mieux pourquoi Way est mort dans ce cagibi, lança Beckett.

- Ah bon ! Fit Montgomery. En quoi s’il vous plaît, parce que je ne saisis pas.

Il n’était certainement pas le seul.

- En fait, commença-t-elle, je me suis depuis le début demandé pourquoi, alors que les meurtres de Rise et Mendoza avaient été rapides, celui de Way avait été aussi long et cruel alors qu’il y a dans mes films d’autres façons de se débarrasser de quelqu’un de gênant en quelques secondes. Et jusqu’à maintenant, je n’avais pas saisi.

- Et ? fit Esposito.

Mais Castle avait déjà compris : il avait failli payer assez cher pour cela.

- Lockwood voulait que Way lui avoue où il avait caché ses notes.

- Tout à fait, confirma Beckett.

Montgomery était purement admiratif. Non seulement Castle, mais également ce trublion de Beckett, qu’il avait pris initialement plus comme un atout médiatique qu’un atout  pour l’enquête, étaient capables de lui proposer des réponses plausibles.

- Voilà comment cela a du se passer, poursuivit-elle. Lockwood a trouvé l’adresse de Way. En son absence, il a certainement fouillé les lieux, histoire de vérifier s’il avait des documents compromettant chez lui, il a vu le cagibi dans la cuisine et une idée assez brillante, il faut l’admettre, a germé en lui.

- Je suis larguée, avança Esposito.

- Lockwood doit s’y connaître en polars. Il a remarqué certainement le numéro de Duncan dans le restaurant allant de table en table, ayant adressé certainement la parole plusieurs fois à Way. Il a pris conscience de son côté obsessionnel, a fait une visite chez lui et en trouvant les DVD de mes films sur ses rayonnages, il savait qu’il tenait là le coupable parfait.

- C’est certain, appuya Ryan, que ce n’est pas chez Way qu’il aurait pu trouver l’inspiration : on n’a pas vu un seul DVD chez lui.

- Il était plutôt adepte de l’achat au coup par coup sur les réseaux du câble, donna Esposito comme explication.

- Oui, fit Ryan, le seul qu’il possède, semble être celui qu’on a récupéré à son bureau, une publicité sur les réalisations de…

Il s’arrêta subitement puis se leva, en deux pas se jeta sur le carton où avaient été rassemblées toutes les affaires de Way, fouilla des deux mains, sortant et jetant sur la table tout ce qui ne l’intéressait pas avant d’afficher un sourire rayonnant en sortant un boîtier de DVD et l’ouvrit.

- Il est là, fit-il. Je l’avais remarqué depuis le début mais je ne m’étais pas posé de question.

- Quoi ? Demanda Esposito.

- Le DVD qui ne devrait pas y être.

Tous s’approchèrent. Ryan se saisit de son mouchoir et montra à tous le DVD.

- C’est juste « Fargo » ! S’exclama Esposito.

- Waouh ! Fit Beckett, quand Joël va savoir que son film est lié à tous ses meurtres…

- Vous connaissez les frères Coen ? Interrogea Castle.

- A vrai dire, il m’arrive de les recevoir chez moi avec Tarantino pour des parties de Scotland Yard avec variantes.

Depuis quelques jours et vu le travail qu’elle avait accompli, ils avaient presque perdu de vue qu’elle n’était pas flic mais réalisatrice.

- D’accord, fit Montgomery, mais je ne vois pas en quoi cela nous fait avancer.

- Je comprends où veut en venir Ryan, fit Castle. Way n’a pas de lecteur de DVD chez lui, il regarde comme il veut, quand il veut en commandant juste selon son envie du moment, peu de chance qu’il regarde des films au travail. Donc que fait ce film dans ce boîtier ? Ou plutôt où est le boîtier du film ?

- Tu penses, embraya Esposito, que Way y a caché le résultat de ses recherches ?

- Je n’en sais rien mais on n’a pas encore exploré cette piste alors autant essayer.

- Mais on va le trouver où ?

- Chez son propriétaire, répondit Ryan. Avec un peu de chance, on trouvera des empreintes dessus qui nous mèneront à lui.

- Alors, on reste prudent, fit le capitaine. Tout doit rester entre nous. Je vais demander à Lanie de faire les relevés.

 

Tous savaient que c’était une piste ténue mais elle valait la peine d’être tentée. Ils trompèrent leur attente en travaillant sur les noms communs possiblement impliqués entre l’affaire d’hier et celle d’aujourd’hui. Ils en dressèrent une liste qui se limita finalement à six identités qui, conjuguée aux informations fournies par Montgomery, leur permirent de réaliser que l’avancement professionnel de certains avait pris un essor particulier à partir de cette époque là. Il leur faudrait prouver la corruption et pour cela, pas d’autre moyen que de retrouver la trace des paiements. Mais voilà, fouiller dans les comptes bancaires de personnalités de premier plan, pouvait déclencher une réaction violente en représailles. Ils en étaient conscients.

- Capitaine, fit Castle, il serait préférable que vous ne vous impliquiez pas davantage dans cet aspect de l’enquête. Il ne faut pas que l’on remonte jusqu’à vous. Je dois me mettre en première ligne.

- Je n’aime pas ce rôle de victime expiatoire que vous revendiquez, lieutenant.

- Il ne s’agit pas de cela. Il faut que nous puissions compter sur quelqu’un si cela tourne mal. Vous pourrez toujours expliquer que vous n’étiez pas au courant de la totalité de nos investigations.

- Ils ne me croiront pas.

- Cela importe peu tant que vous restez à votre poste.

 

Le message de menace envoyé à Jenkins était intraçable. Il fallait s’y attendre. A la demande de Castle, Karpowski reçut l’ordre de Montgomery de ne plus s’associer à l’enquête. Quant à Esposito il n’était pas question qu’il lâche Castle d’une semelle. Ryan ne leur permit pas également de l’évincer du dossier.

- Reste-vous, Beckett.

- Oh ! Mais vous n’allez pas vous débarrasser de moi. Je crois que je ne mérite pas que vous me laissiez en chemin.

- Ce n’est pas votre travail.

- J’a toujours été jusqu’au bout de ce que j’ai entrepris. Hors de question que je lâche pour la première fois sur cette enquête.

 

Castle s’était connecté avec son mot de passe et suivait les indications que lui donnaient Esposito pour naviguer sur les serveurs et sites. Dès qu’il parvenait à se connecter à des mouvements bancaires pertinents, il les éditait et ses coéquipiers les analysaient.  Ils étaient très afférés quand le portable d’Esposito sonna.

- Lanie ? Tu as trouvé quelque chose ? fit le détective en mettant le haut-parleur.

- Plusieurs empreintes exploitables.

- Et ?

- Je t’envoie le résultat.

Ils regardèrent tous attentivement l’arrivée de la concordance des empreintes et le nom de leur propriétaire. Finalement, cela ne les étonna même pas.


cathy24  (14.06.2014 à 19:50)

Attention : petite scène NC -17

 

33EME CHAPITRE

 

Ils montèrent tous dans la voiture et Esposito conduisit sirène hurlante dans les rues de New-York. C’était désormais d’une telle évidence qu’ils s’en voulaient terriblement de ne pas avoir compris plus tôt.

Esposito arrêta le véhicule en double file et tous en descendirent rapidement avant de s’engouffrer dans l’immeuble. Quelques marches plus tard grimpées à toute allure, Ryan brisa les scellés de la porte et il entra le premier dans l’appartement de Duncan. Les uns après les autres, ils se positionnèrent devant le pan de mur entièrement recouvert d’étagères de DVD et Blue-ray. Ils cherchèrent du regard le boitier de Fargo mais Duncan avait un ordre bien à lui qui les dérouta. Il allait falloir lire les titres un à un. Ils se répartirent alors les rayonnages.

Mais soudainement, il y eut un grand craquement derrière eux. Ils se retournèrent simultanément.

- A terre, cria Esposito avant de plonger au sol.

Ryan fit de même et Castle plaqua littéralement Beckett au moment où quelques balles commencèrent à siffler autour d’eux. Esposito et Ryan sortirent leurs armes et commencèrent de  répliquer provoquant le recul de leurs assaillants : les uns comme les autres avaient trop peu de protection. Et bientôt, il n’y eut plus personne sur qui tirer. Esposito se redressa et s’avança vers la porte d’entrée. C’était désert mais il entendit clairement un bruit de cavalcade qui descendait l’escalier. Il fit signe à Ryan et tous deux commencèrent de s’engager sur le pallier.

- Hey ! Fit Castle, avec Beckett on va rester là mais s’ils reviennent, je fais comment pour nous défendre ?

Esposito hésita à peine, se pencha, récupéra sa seconde arme attachée au niveau de sa cheville et, avant de suivre Ryan, la tendit à Castle qui la garda à la main.

Castle ferma la porte à clé. Ensuite, il rejoignit Beckett qui avait repris l’examen de tous les DVD. Ils se mirent chacun à un bout et progressèrent peu à peu l’un vers l’autre et plus ils se rapprochaient l’un de l’autre, plus l’impatience et l’anxiété les saisissaient. Quand ils en furent à venir se rejoindre à la dernière étagère, en vain, Castle poussa un cri de rage.

- Hey ! On va trouver ! Fit Beckett.

Elle le prit dans ses bras et il vint s’y lover avec délice. Quand ils se détachèrent un peu, elle lui sourit une once d’émotion dans le regard et posa ses lèvres sur les siennes. Elle n’eut pas à attendre : il répondit vigoureusement à son baiser comme s’il voulait faire disparaître sa frustration dans l’intensité de sa langue jouant avec celle de Beckett. Ils étaient seuls, la porte bloquée. Ils avaient été sevrés toute la matinée de cette envie insatiable l’un de l’autre que crée une liaison naissante. Alors, il n’était plus temps de parler mais juste de laisser leurs désirs s’exprimer. Castle déposa l’arme qui le gênait, à tâtons sur une étagère. Leurs mains couraient sur leurs corps, dénudant maladroitement leur peau que le moindre effleurement électrisait. Castle  souleva Beckett qui l’enserra de ses jambes et sans laisser le contact de leurs bouches se rompre, il la posa sur la table qui sous le choc grinça et se déplaça sur quelques centimètres. Elle savait ce qu’elle désirait par-dessus tout et commença de défaire la ceinture du pantalon de son amant. Ses doigts s’attaquèrent ensuite à la fermeture éclair qu’elle descendit en un rien de temps pour finir, à travers le slip, par tâter l’objet de son désir. Dans le même temps, à l’oreille de Castle, elle répétait inlassablement « viens ! », « viens ! ». Les mains de l’homme  s’attardèrent un temps à caresser abruptement les seins de Beckett mais quand la jeune femme se saisit d’une d’entre elles pour la mener directement vers cette partie de son corps qui se cabra instantanément de plaisir en sentant la pression qu’il y exerça, elle n’était déjà plus que dominée par cette envie de le sentir en elle. Il n’allait pas assez vite à son goût. Elle s’attaqua alors à son propre pantalon, défit le bouton,  descendit la fermeture éclair et rua pour se débarrasser de ce tissu. L’excitation qu’accroissait Castle en titillant son intimité était telle qu’elle poussait de petits cris rauques mais elle réclama plus, tout de suite, impatiente et déchaînée. Alors le sexe de Castle se présenta bientôt à l’entrée de son antre et la pénétra d’une seule et longue poussée sans à-coup. Ils soupirèrent conjointement de satisfaction avant qu’il ne commence lentement d’aller et venir en elle. Kate avait ce qu’elle voulait, elle laissa dès lors Castle mener le tempo et se contenta de subir ses assauts de plus en plus puissants, de plus en plus rapides. Elle gémissait parce que cela était bon, fort et irradiait le plaisir dans toutes ses entrailles. Elle s’agrippait d’une main à Castle le couchant à moitié sur elle, tandis que l’autre cherchait un point d’appui sur le rebord de la table. La tête basculée en arrière, totalement cambrée, elle offrait son intimité sans retenue pour qu’il aille le plus loin possible en elle. Quand la jouissance vint, elle ne parvint pas à étouffer totalement son long cri de plaisir dans la morsure du dos de sa main.

Ils restèrent ainsi, couchés l’un sur l’autre, immobiles pendant un moment, se regardant, étonnés de cette violente envie mutuelle.

- Eh, finit par articuler Kate, est-ce bien professionnel cela, lieutenant Castle ?

- Nous ne sommes que deux consultants et j’avais tellement faim de toi !

- Moi aussi et je ne suis toujours pas rassasiée, chuchota-t-elle à son oreille.

Ils rajustèrent leurs vêtements, prirent le temps d’un baiser, celui-ci plus lent, plus doux, plus sensuel.

- Ce DVD, on s’y remet ? Fit-il en tentant de reprendre ses esprits.

- On est là pour ça.

Cela faisait une bonne quinzaine de minutes que les Bros s’étaient lancés à la poursuite de ceux qui leur avaient tiré dessus. Castle  récupéra l’arme qu’il glissa dans sa ceinture et avec Beckett, ils  reprirent une nouvelle fois l’examen de tous les titres de la vidéothèque de Duncan mais ce fut pour parvenir au même résultat déprimant.

Le logement n’était pas si grand que cela. Beckett se chargea de vérifier si ce fichu boîtier ne se trouvait pas quelque part dans le salon tandis que Castle s’éclipsa pour la même recherche dans la chambre. On n’entendait que le bruit d’objets déplacés, dérangés, renversés et puis, venant de l’autre côté de la cloison, le cri triomphant :

- Je l’ai, je l’ai. Oui, l’entendit dire Beckett, c’est bien ça. C’est là !

Il se précipita vers le salon mais s’arrêta net et dans la seconde, se plaqua, à l’abri, contre le mur de la chambre. Sous son regard interloqué et apeuré, il avait vu Lockwood, le bras passé autour du cou de Beckett, tenir le canon d’une arme pointé sur le flanc droit de la jeune femme. L’instant de surprise passé, Castle sortit son révolver, le mit en évidence devant lui, fit un pas de côté, se positionna face à Lockwood et Beckett et pointa le meurtrier.

- Tu ne vas pas bêtement mettre sa vie en danger, lieutenant !

- La dernière fois que tu m’as dit cela, Jenkins a pris une balle dans la tête.

Lockwood eut un petit éclat de rire.

- C’est vrai. Mais là, c’est dans le foie que je tirerai et tu sais très bien combien son agonie sera longue et très douloureuse. D’après ce que j’ai entendu, là, planqué dans le cagibi, tu tiens à elle.

Castle s’en voulait. Il s’était fait avoir. Les coups de feu tirés, étaient destinés à séparer les Bros de lui et de Beckett. Pendant qu’Esposito et Ryan couraient après les complices de Lockwood, celui-ci, dissimulé, attendait patiemment qu’ils trouvent ces fichus documents que Way auraient pu confier à Duncan.

- Je me demandais quand vous vous remettriez enfin à votre tâche !

- Tu nous as suivis.

- J’ai d’abord été assez dépité de voir que tu étais encore en vie. Mais j’ai réalisé que de te filer, me mènerait tout droit à ce que je recherche. Tu as mis du temps à te décider. Plusieurs heures à attendre en bas de l’appartement de ta nouvelle petite amie, à vous suivre ensuite. Remarque, tu as bon goût.

Castle se moquait totalement des provocations de Lockwood. Il ne voyait que le regard pétrifié de peur de Beckett et ce canon qui pourrait lui ôter la femme qui le faisait renaître. Et c’était ce cauchemar qui réapparaissait : la mort de celle à qui il pourrait tenir un jour, à qui il tenait déjà et qui, comme Meredith, lui serait dérobée.

- Qu’est-ce que tu veux ?

- Je te croyais plus malin.

- Le DVD, je suppose.

- Tu supposes parfaitement.

- Et une fois que tu l’auras ?

- Je pars bien tranquillement et vous attendez deux minutes avant de vous lancer à ma poursuite.

- Tu penses que je vais te croire ?

- Tu n’as pas le choix, parce que si je n’ai pas ce DVD dans les cinq secondes, je tire sur ta copine et ce serait dommage parce que j’adore vraiment ses films.

Il commença dès lors de compter :

- Un, deux, trois, quatre…

Castle n’avait aucun choix. Il maintint son arme fermement dans son poing gauche et de sa main droite, fit glisser le boîtier sur la table et celui-ci s’arrêta à une cinquantaine de centimètres de Beckett.

- Voilà ce qu’on va faire, dit Lockwood à l’oreille de la jeune femme. Vous allez avancer le bras pour récupérer le DVD, bien gentiment sans entourloupe. D’accord ?

- Oui, répondit-elle faiblement.

Elle se pencha un peu et du bout des doigts, frôla l’objet. Elle dut se courber un peu plus et elle sentit le canon s’enfoncer davantage entre ses côtes. Elle attrapa le DVD, leva les yeux vers Castle qui vit dans son regard qu’elle était effrayée mais bien plus qu’elle n’entendait pas rester passive et avant qu’il n’ait pu tenter de l’en dissuader, elle projeta de toutes ses forces sa tête en arrière qui alla s’écraser sur le nez de Lockwood déjà martyrisé trois jours plus tôt par Castle. L’homme poussa un cri de douleur et tituba sur deux pas en s’éloignant de Beckett, son arme n’assurant plus sa prise contre le flanc de la jeune femme. Cela fut de courte durée. Il rajustait déjà son révolver prêt à faire feu sur Beckett mais une balle l’atteignit en pleine poitrine et il s’écroula sur le sol.

Castle n’avait pas hésité à tirer et quand il vit à terre  l’assassin de Meredith et de tant de personnes, il eut quelques instants d’hésitation avant de se précipiter sur lui. Mais Lockwood était mort sur le coup. Castle se releva dès lors et Beckett lui tomba dans les bras.

- Comment vas-tu ? Lui demanda-t-il.

- Ça va mais j’ai un peu mal derrière la tête !

Il sourit et lui massa légèrement le cuir chevelu.

- Je suis désolée, fit-elle.

- De quoi ?

- Il ne pourra jamais te donner les réponses que tu espères.

- On a le DVD de Way. Et puis, il était hors de question que je te perde.

- Tu ne m’en veux pas alors ?

- Bien sûr que non.

Ils se blottirent à nouveau l’un contre l’autre, heureux d’être ainsi rassurés par la présence chaude de l’autre. Quand ils détachèrent, Castle resta immobile, là, face au cadavre de celui qui lui avait ôté Meredith. Il aurait aimé que Lockwood soit encore en vie pour pouvoir le traîner devant les tribunaux et obtenir justice pour chacune des familles qui avaient souffert à cause de lui. De lui et de son employeur.

- Comment va réagir Montgomery ? Finit par demander Beckett.

- Il dira que j’ai bien fait.

- Mais tu ne vas pas avoir d’ennui ?

- Aucune importance du moment que tu es en vie. Je dois appeler Esposito.

Ils se dégagèrent à regret. Castle sortit son téléphone et joignit le Latino.

- Où êtes-vous ? Commença-t-il par lui demander.

- Eh bien, répondit Esposito, à vrai dire, on est à quelques rues.

- Vous devriez revenir ici au plus vite.

- Je crois que cela ne va pas être possible tout de suite.

- Eh pourquoi ?

- On est tombé dans une embuscade. Ryan et moi, on est mis en joue par trois grands baraqués.

- Et il te laisse répondre au téléphone ?

- Ils nous ont juste délestés de nos armes mais je crois qu’ils attendent quelque chose.

- Passe m’en un !

Il attendit quelques secondes avant d’entendre un « allo ! » à l’autre bout.

- Lockwood est mort alors vous allez libérer mes hommes.

- Je ne vous crois pas.

- Je lui ai logé une balle en plein cœur. Vous pouvez toujours venir vérifier mais là, je vais appeler des renforts alors cela risque de grouiller de flics d’ici peu. J’ai aussi un message pour vos employeurs : j’ai désormais ce qu’il faut pour les faire tomber.

 

Il se passa à peine trois minutes qu’on toqua à la porte. Castle alla ouvrir et laissa passer les Bros. Quand ils virent Lockwood étendu dans son sang, ils ne savaient pas s’ils devaient s’en réjouir ou s’en attrister car nul doute que les ennuis allaient s’amplifier pour leur ami. Ils cherchaient comment soutenir au maximum Castle mais celui-ci refusa.

- Les gars, je n’ai fait que protéger Beckett, ne vous inquiétez pas. C’est à moi d’assumer.

Quelques minutes plus tard, le petit appartement de Duncan grouillait d’agents de la police scientifique. L’arme prêtée par Esposito fut récupérée pour procéder à l’expertise balistique. Des relevés de résidu de poudre furent effectués sur les doigts de Castle qui dut faire une première reconstitution de ce qui s’était passé à l’intention des premiers enquêteurs. Rien ne semblait contredire la version de Castle et Beckett si bien qu’ils purent quitter le logement.

- Et le DVD, vous l’avez trouvé ? Interrogea Ryan.

- Il est sur moi, répondit Beckett. Il n’est pas question qu’il finisse entre les mains d’autres que nous.

Le portable de Castle sonna. Il écouta son interlocuteur et répondit d’un laconique :

- Oui, capitaine.

Quand il raccrocha, il vit de l’inquiétude sur le visage de ses coéquipiers.

- Montgomery m’ordonne de rentrer au poste. Immédiatement.

 

 

 


cathy24  (15.06.2014 à 20:09)

34EME CHAPITRE

 

Quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, la présence des agents des affaires internes se décelait comme le nez au milieu de la figure. Costumes stricts d’un gris uniforme. Au premier coup d’œil, ils en comptèrent quatre.

L’équipe se dirigea vers ses bureaux mais Montgomery vint se mettre en travers de leur chemin.

- Castle, suivez-moi.

Les Bros et Beckett se dirigeaient vers leur chaise quand des agents les prièrent de les suivre. Ils furent séparés et se trouvèrent bientôt à devoir patienter, l’un dans la salle de réunion flanqué de deux sbires, l’autre dans le salon d’accueil en accaparant deux autres, la troisième dans la pièce de visionnage en attente de passer au feu croisé de questions et les stores se baissèrent et les isolèrent bientôt du reste de leurs collègues.

 

Montgomery conduisit son lieutenant à la salle d’interrogatoire et le pria de s’asseoir et  d’attendre : quelqu’un était en route pour venir lui poser quelques questions. Castle se trouva pour la première fois à la place des suspects qu’il interrogeait habituellement. Etait-ce pour Lockwood ? Certainement. En tout cas, il devait admettre que les nouvelles avaient été transmises très rapidement pour qu’à peine un peu plus d’une heure après la mort de cet homme, les affaires internes soient déjà sur le coup. Il n’eut pas vraiment le temps de perdre patience que la porte s’ouvrait sur une femme d’une petite cinquantaine d’année qui vint prendre place de l’autre côté de la table.

- Je suis le capitaine Victoria Gates.

- Je ne comprends pas pourquoi je suis ici, capitaine.

- Vous allez comprendre, lieutenant.

Elle laissa passer un temps de silence en dardant son regard sévère dans celui de Castle, cherchant à le mettre mal à l’aise mais elle ne décela pas d’angoisse chez celui qui lui faisait face.

- Nous avons bataillé pour pouvoir régler ces choses en interne et éviter que les fédéraux se mettent sur le coup.

- Je ne vois pas…

- Lieutenant, vous avez pénétré dans les comptes bancaires de personnes influentes, de membres éminents de la police, de la justice et du Congrès, sans autorisation et apparemment sans prévenir votre supérieur hiérarchique.

Castle entérina le fait que Montgomery avait suivi son avis.

- C’est dans le cours d’une enquête concernant plusieurs meurtres.

- Dont celui de votre ex-femme.

Ce n’était pas une question mais une affirmation et Castle ne répondit pas.

- Vous avez enfreint plusieurs règlements et plusieurs lois. De lourdes charges pèsent contre vous. Je vais donc devoir vous demander de me rendre votre badge et votre arme.

- Montgomery les a déjà récupérés.

- Je n’en savais rien. Pourquoi ?

- Parce que vous avez raison, cette affaire me tient à cœur pour des raisons personnelles et que j’ai dépassé les limites.

- Vous savez que vous aggravez votre cas ?

- J’en suis conscient.

Gates se recula au fond de sa chaise. Elle avait vu le dossier professionnel de Castle avant d’entrer se confronter à lui. C’était un agent extrêmement bien noté aux résultats exceptionnels et dont  les chefs n’avaient jamais eu qu’à se louer. Même si ses fonctions lui demandaient d’être sans indulgence avec des agents qui se seraient détournés du droit chemin, elle ne pouvait s’empêcher de penser que c’était un gâchis que quelqu’un comme Castle voit son avenir professionnel certainement s’arrêter là et de plus, qu’il risque de passer les prochaines années de sa vie derrière les barreaux.

- Lockwood, reprit-elle parce qu’elle ne pouvait pas ignorer les derniers évènements, vous lui avez tiré dessus dans le but d’assouvir votre vengeance ?

- Je n’ai fait que protéger Katherine Beckett.

- Je ne comprends pas ce qu’elle fait à vos côtés sur cette enquête.

- Elle nous a été d’une grande aide.

- Il faudra qu’on m’explique comment une civile peut s’avérer utile à des policiers chevronnés. En tout cas, elle seule peut confirmer votre version. C’est très commode n’est-ce pas ?

- J’ai déjà expliqué comment tout s’était déroulé.

- Et il faudrait qu’on vous croie sur parole ?

Il ne répondit pas et n’eut pas à le faire car un homme de Gates entra dans la pièce pour lui chuchoter quelque chose à l’oreille et s’éclipser ensuite.

- Lieutenant Castle, où sont les documents que vous avez récupérés chez Duncan ?

Voilà, s’il avait eu encore le moindre doute, Castle savait désormais que tout se jouerait sur celui qui serait capable en premier de fausser les cartes de l’autre. En donnant cette information aux hommes de Lockwood, c’était une véritable déclaration de guerre qu’il avait lancé aux commanditaires. Et le message avait été bien reçu apparemment.

- Je ne vois pas à quoi vous faites allusion.

- Je sais de source sûre que vous avez récupéré quelque chose là-bas.

- Si je puis me permettre, qu’elle est cette source ?

- Ici, c’est moi qui pose les questions.

Castle sourit même s’il savait désormais qu’il n’y avait plus aucune échappatoire : il devait faire en sorte que ces documents ne soient pas enterrés voire détruits. Le dernier round était engagé.

- Et s’ils existent, finit-il par avancer à Gates, quel sera leur avenir ?

- Je les remettrai à qui de droit.

- Mais vous devriez d’abord en prendre connaissance et vous comprendriez pourquoi j’ai enquêté au-delà de mes prérogatives.

- Je répète ma question : où sont-ils ?

- Si je vous les communique, capitaine, c’est ma vie que je risque. Je veux avoir l’assurance que vous ferez bon usage de ces informations.

- C’est la présence d’une réalisatrice de films conspirationnistes qui vous fait divaguer ?

- Capitaine, donnez-moi votre parole que vous les examinerez personnellement et je vous les remets.

Gates se disait que Castle avait rendu les armes bien rapidement mais elle voyait avant toute chose qu’elle allait obtenir ce qu’elle voulait.

- Si cela suffit à vous satisfaire, c’est d’accord. Où est-ce ?

Castle proposa de la conduire à l’endroit où le DVD se trouvait. Elle acquiesça et afin de se garantir, elle le fit escorter dans la grande salle. Là, il se dirigea vers la pièce où attendait Kate.

- Donnez-lui le DVD, Beckett.

Elle jeta un regard d’incompréhension à Castle. Ce DVD était leur seule chance d’obtenir des  preuves et de parvenir à coincer les responsables de tous ses meurtres. Comment pouvait-il le remettre entre les mains de cette femme dont ils ignoraient tout ? Ils avaient vu que certains policiers étaient impliqués dans cette affaire mais ils ignoraient tout des ramifications totales de la corruption qui pouvait gangréner jusqu’aux affaires internes.

Beckett avait envie de prendre Castle à l’écart et de tout faire pour lui demander de ne pas se dessaisir du DVD. Elle avait le pressentiment que jamais ils ne le reverraient. 

- Kate, fit-il d’une voix chaleureuse, s’il vous plaît.

La jeune femme voulut se rebeller. Après tout, cette enquête était aussi un peu la sienne ! Et là, il allait tout gâcher !

- Non, ce n’est pas une bonne idée.

Castle la saisit aux épaules et l’obligea à le regarder dans les yeux.

- Kate, s’il vous plaît, répéta-t-il.

Même si elle refusait d’obtempérer, il ne faisait aucun doute qu’une fouille rapide de toute façon, le leur procurerait. Alors elle passa la main dans son dos, retira l’objet qu’elle avait glissé sous son chemisier, coincé dans son pantalon et dissimulé par sa veste et le tendit à Gates.

- Je vous en prie, lui dit-elle, ne mettez pas sa vie en jeu.

- Vous avez trop d’imagination, répliqua le capitaine aux affaires internes.

- Vous ne savez pas ce que nous avons vécu ces derniers jours.

- Il est peut-être temps de revenir à plus de sérénité.

Gates tenait désormais le DVD entre ses mains. Elle ouvrit le boîtier, désireuse de vérifier que l’on ne se moquait pas d’elle. « Staten Island 1995 – 2009 ». Elle se tourna vers Castle.

- Je vais regarder ça d’un œil attentif, lieutenant et nous reprendrons notre conversation ensuite. En attendant, vous restez dans les locaux et interdiction de communiquer avec qui que ce soit.

Castle opina.

- Ramenez-le en salle d’interrogatoire, fit-elle aux agents qui patientaient devant la porte.

Ce fut à ce moment précis qu’elle vit se diriger vers elle deux hommes qu’elle avait déjà croisés lors d’autres affaires.

- Capitaine Gates, nous sommes envoyés par le bureau du procureur pour récupérer certains documents trouvés chez un dénommé Duncan.

- Vous patienterez que je les examine d’abord.

- J’ai reçu mes ordres : personne ne doit en prendre connaissance.

- Ils font partie de mon enquête et je ne m’en séparerais pas avant de les avoir visionnés.

- Il s’agit d’un problème de sécurité nationale, Madame et il présenta à Gates une lettre.

Celle-ci la déplia. Elle était à l’en-tête du bureau du procureur fédéral et en vertu du Patriot Act, il ordonnait la réquisition des documents trouvés chez Edward Duncan.

- Cette affaire ne concerne aucunement le terrorisme.

- Ce n’est pas à nous d’en juger et si vous vous opposez à la remise de ces documents, nous sommes en droit de vous mettre aux arrêts.

Gates n’en revenait pas ! On la menaçait juste parce qu’elle faisait son travail. Elle se tourna vers Castle. Dans son regard, elle vit qu’il se sentait perdu et effrayé. Mais que pouvait-elle faire ?

- Victoria, fit Montgomery, cela ne sert à rien de s’opposer à eux. Tu ne gagneras pas.

- J’ai fait une promesse à ton lieutenant.

- Je sais mais tu ne pourras pas nous aider, une fois emprisonnée.

Elle regarda à tour de rôle Beckett, Montgomery et Castle avant de se résoudre à remettre le DVD dans les mains de l’agent du procureur qui fit dès lors demi-tour et disparut rapidement de leur vue.

- Très bien, fit Gates, vous allez tout me raconter.

 

Une heure plus tard, Gates n’était pas totalement convaincue mais elle reconnaissait des concordances troublantes. Et même si autour de Montgomery, toute son équipe tentait de se rendre le plus persuasif possible, cela semblait tellement énorme qu’elle ne se résolvait pas  à accorder une foi totale dans leurs explications. La seule chose qu’elle ne pouvait que regretter amèrement, était que sans ces documents, il allait être très difficile d’étayer leur théorie. Et contre de tels adversaires, ils avaient bien peu de chances d’y parvenir jamais.

- Vous comprenez, capitaine, poursuivit Castle, pourquoi nous aimerions savoir qui vous a fait  connaître que ces documents existaient, parce que celui qui a donné l’ordre de les récupérer, est celui qui a été joint par les complices de Lockwood, celui qui a ordonné l’assassinat de toutes ces personnes.

- Je ne sais pas mais je vais tenter de remonter jusqu’à la source.

- Merci.

- Et autrement que faire ?

- Toi ? Rien de particulier, répondit Montgomery. Mais nous, on va encore continuer de travailler à partir de ce que l’on a.

Gates se tourna vers Castle.

- Lieutenant, vous comprendrez que je ne peux totalement vos dédouanez de tous les chefs qui vous sont reprochés. Aussi, vous voudrez bien ne pas quitter l’enceinte du poste.

- Pas de problème.

Montgomery raccompagna son amie à l’ascenseur.

- Victoria, il faut que l’on parvienne à faire coffrer ces salopards, sinon, demain, dans un mois, dans un an, on retrouvera le cadavre de Castle dans une poubelle et, une fois de plus, on ne parviendra jamais à remonter jusqu’au donneur d’ordres.

 

Le capitaine revint vers ses hommes.

- J’ai confiance en elle : elle trouvera.

- Et on aura enfin l’identité de celui qui a commandité Lockwood, fit Esposito.

- En tout cas, on joue gros, poursuivit Ryan.

- Il fallait que ces types se croient enfin en sécurité, compléta Montgomery.

Castle soupira et posa enfin la question qui le taraudait depuis qu’il avait forcé Beckett à remettre le DVD.

- Kate, c’est fait ?

Elle lui octroya un grand sourire.

- Cela va être un véritable feu d’artifice.

Il eut envie de la prendre dans ses bras et de l’embrasser à pleine bouche mais voilà, il ne le pouvait pas, pas encore, pas ici. 


cathy24  (16.06.2014 à 20:09)

35EME CHAPITRE

 

Ils avaient tout entre les mains désormais et au fur et à mesure qu’ils emboîtaient les pièces du puzzle, le cœur de Castle battait de manière totalement anarchique. Enfin, après toutes ses années, il savait. Il avait réponse à toutes les questions et c’était si fort qu’il ne tint plus et quitta la salle. Il emprunta le chemin de la salle de café, instinctivement, par habitude. Il y entra, se planta devant la machine mais au moment de s’en servir, il y renonça, sortit par l’autre porte et prit la direction du bout du couloir, un cul de sac mais cela lui convenait parfaitement dès lors que l’agitation du poste ne parvenait pas jusqu’ici. Il était bizarrement essoufflé et tentait de reprendre une respiration normale. Mais c’était quelque part ce sentiment qu’une page de sa vie allait se tourner. Et c’était rassurant et angoissant dans le même temps. Se coucher chaque soir  en se disant qu’il ne referait plus jamais le cauchemar qui avait hanté de si nombreuses de ses nuits ? Se lever chaque matin en trouvant étrange de se sentir si léger et en ne se culpabilisant pas de réapprendre à vivre ?

- Hey ! Ça va ? Fit Beckett à ses côtés.

-  On arrive au bout et étrangement, j’ai peur.

- Peur ?

- De ce que sera mon existence après ces quinze années à courir derrière des réponses qui me fuyaient. Du vide que cela pourrait laisser en moi.

- Tu y parviendras. Et je t’aiderais.

Il se noya dans le regard de la jeune femme et, à l’instant présent, il avait le désir que cela soit vrai.

- Allez, finit-elle par dire, on y va. Les infos ne vont pas tarder.

 

Ils étaient dans la salle de réunion devant l’écran de télévision. A part Castle qui se tenait debout appuyé à la vitre, tous les autres étaient assis : Montgomery, les Bros, Karpowski, Beckett.

L’édition spéciale était entièrement consacrée à la révélation d’une corruption de grande ampleur ayant eu lieu des années plus tôt. Documents à l’appui, la journaliste expliqua qu’un faux avait été produit à l’époque pour permettre l’achat de terrains nécessaires à la réalisation d’un grand ensemble immobilier et à partir de là, des fonctionnaires de la mairie, de la police et de la justice avaient permis cette malversation. De plus, cela pourrait enfin résoudre le meurtre  de plusieurs personnes qui avait été attribué, à l’époque à des voyous.

Un immense « Yes ! » retentit dans la pièce.

- Vous vous êtes fichu de moi, messieurs et je n’apprécie pas.

Ils se tournèrent vers l’intervenante.

- Victoria, laisse-moi-t’expliquer, fit Montgomery.

- Dis moi comment les journalistes ont eu accès à ce DVD alors que des sbires du procureur me l’ont pris des mains ?

- Eh bien, il a suffi de profiter des compétences et du carnet d’adresses de Kate Beckett. Assieds-toi.

 

S’il s’avérait que ce DVD était bien la solution à toute l’affaire, il fallait se prémunir contre sa disparition et sa destruction qui engendreraient à leur tour, l’élimination de tous les documents qui y étaient portés et l’impossibilité de reconstituer le dossier comme Way l’avait fait. Il y avait plus grave aussi, toute l’équipe se retrouvait dans la ligne de mire des commanditaires et leur vie était en danger.

- Mais même si cela nous permettait de mettre à jour toute la nébuleuse, nous ne savions pas si nous parviendrions à savoir de qui Lockwood tenait ses ordres. Alors Castle m’a soumis une idée.

Il fallait faire croire à leurs adversaires qu’ils avaient récupéré le DVD pour les endormir et qu’ils venaient d’assurer leur victoire.

- Qu’ai-je donc remis aux agents du procureur ? Demanda Gates.

- Le DVD original.

- Mais alors ?...

- Quand mes hommes sont revenus de chez Duncan, j’ai isolé tout de suite Castle dans la salle d’interrogatoire en attendant ton arrivée. Esposito subissait les questions de deux de tes hommes et Ryan faisait de même. Par contre, Beckett, la civile, patientait sagement, apparemment effrayée, dans la salle de visionnage, là où j’avais demandé qu’elle soit menée. Et pendant que vous étiez tous occupés après mon équipe, Karpowski veillait à ce que Beckett soit suffisamment tranquille quelque temps. Pour…

Gates jeta un regard plus approfondi à la pièce et elle se retourna vers Montgomery :

- … Pour en faire des copies et les envoyer à des journalistes.

Montgomery entérina d’un mouvement de tête.

- Vous vous êtes joué de moi.

- Non, Victoria, il fallait quelqu’un en qui nous puissions avoir confiance, quelqu’un d’honnête et qui remonterait jusqu’à l’origine de l’appel. Mais cela, ne pouvait fonctionner que si le donneur d’ordre paniquait et commettait enfin une erreur : celle de vouloir récupérer le DVD à tout prix.

Le capitaine laissa un léger temps de silence avant de poser la question :

- Alors, qui est à l’autre bout ?

 

Gates demanda à voir une copie du DVD. Elle examina les fichiers attentivement pendant quelque temps avant d’entériner toutes les conclusions de l’équipe de Montgomery.

Sur l’écran de télévision, autour du chef de la police de New-York, on voyait une nuée de journalistes et caméramans s’agiter. Il indiqua qu’il ferait une conférence de presse d’ici une heure. Gates demanda à ce que le son soit monté. Elle n’alla pas jusqu’au bout du commentaire du présentateur du journal et se tourna vers Castle.

- Lieutenant, il est temps de mettre fin à cette mascarade.

Plusieurs appels passés et de différents postes à travers la ville, sirènes hurlantes, des voitures de police foncèrent à travers les rues de New York. Il fallait que les arrestations interviennent le plus simultanément possible pour éviter la fuite de certains protagonistes de ce drame.

Castle descendit du véhicule avec en poche, son badge que Gates lui avait remis provisoirement. Il avait eu un mal de chien à réfréner les larmes qui lui montaient aux yeux quand elle le lui avait rendu et à jamais, il se sentirait redevable envers Montgomery et Gates.  Il s’engouffra dans le bâtiment du quartier général de la police de New-York à Lower Manhattan accompagné d’Esposito, Ryan, Karpowski et de trois autres policiers.

 

Montgomery et Gates continuaient de regarder aux côtés de Beckett, l’interminable interview  que donnait le chef de la police de New-York. Il certifiait que tout serait mis en œuvre pour faire la lumière totale sur les évènements rapportés. Il avait d’ors et déjà mis plusieurs équipes sur le coup et un grand ménage allait être fait.

- Beckett, fit un agent en passant la tête, on a remis un paquet pour vous à l’accueil.

La jeune femme en voyant de quoi il s’agissait, eut un immense sourire mais devant le regard interrogatif de Montgomery, préféra rester mystérieuse et ne rien dévoiler.

 

Là, on apercevait désormais sur l’écran un remue-ménage après du chef de la police. Quelques journalistes s’écartèrent laissant passer Castle et ses coéquipiers. Il se dirigea sans hésitation vers son grand patron.

- William H. Bracken, je vous arrête pour extorsion de fonds, corruption active et pour les meurtres de Martin Way, Grace Rise, Miguel Mendoza, Ruis Figuera, Bert Jenkins, Fulgence Mortimer, Stephen Simpson et Meredith Castle. Tournez-vous s’il vous plait.

Quand il passa les menottes à Bracken, la cohue fut indescriptible et ce fut avec difficulté qu’ils parvinrent à sortir du bâtiment et à monter à bord des véhicules.

 

Sous les applaudissements de ses collègues, Castle entra de nouveau au 12th trois heures plus tard après avoir assisté au premier interrogatoire de Bracken sans y prendre part. Il avait eu face à lui le responsable de la mort de Meredith. Celui qui avait changé tout le cours de sa vie. Etrangement, ce n’était pas de la haine qu’il ressentait. Deux jours plus tôt, cela aurait été différent. Mais là, c’était du soulagement. Il était enfin et définitivement délesté d’un poids gigantesque. Et quand son regard s’appesantissait sur Bracken, celui-ci y lisait quelque chose qui ressemblait plus à de la pitié qu’à un sentiment de vengeance.

 En circulant au milieu d’une haie d’honneur, sans avoir eu le temps de la voir apparaître, il se retrouva dans les bras d’Alexis précédant de peu ceux de sa mère. Il les amena à l’écart pour profiter de ce bonheur de jouir des premiers moments de parfaite paix. Martha ne pouvait réfréner les larmes qui coulaient sur ses joues.

- C’est fini, Richard ? C’est vraiment fini ?

- Oui, murmura-t-il et il prit la tête de sa mère pour la poser sur son torse et déposer un baiser sur sa chevelure.

Il n’ignorait rien des angoisses des derniers jours qui avait du lui enserrer la poitrine.

- J’ai envoyé un texto à ton père. Il te rappellera dès son audience terminée mais d’ors et déjà, il veut que tu saches combien il est fier de toi.

- Merci et le ton était celui de l’émotion.

- Meredith aussi serait fière de toi.

Il ne répondit pas, cela était inutile.

- Tu peux m’expliquer, papa ?

Castle s’assit à côté de sa fille et lui prit les deux mains entre les siennes.

- Voilà environ seize années, un grand promoteur immobilier et ses partenaires ont voulu acheter quelques terrains pour un projet d’envergure à Staten Island. Mais un des propriétaires a refusé de céder le sien risquant de bloquer du coup toute l’opération. Le promoteur offrit alors quelques compensations financières à différents intervenants : médecin, juge, adjoint du procureur. Il s’agissait aussi pour certains de promesses d’avancement. Et peu de temps après, le vieil homme fut déclaré sénile, interné et une mise sous tutelle enclenchée. Mais la certification et la signature de certains documents nécessitèrent de passer devant un notaire. Fulgence Mortimer remarqua des incohérences dans les documents qu’on lui demanda d’enregistrer et décela un faux en écriture et une signature falsifiée. Il commença de poser des questions, de faire quelques recherches et s’ouvrit de ses doutes auprès du bureau d’un des adjoints du procureur. Il s’adressa malheureusement à celui qu’il ne fallait pas : Cole Maddox. Mortimer devenait gênant, il fallait s’en débarrasser. Or, un capitaine devait un service à Maddox suite à une arrestation qui avait mal tournée et qui aurait vu sa carrière s’arrêter net sans lui. Ce capitaine était William Bracken.

- Le futur chef de la police de New-York ? L’interrompit Alexis.

- Oui et avec les moyens financiers et les contacts mis à sa disposition par ce promoteur, il a réussi à gravir rapidement tous les échelons.  Mais à l’époque, il a fait disparaître le problème qui s’appelait Mortimer en embauchant Lockwood qu’il connaissait d’une affaire au cours de laquelle il l’avait dans un premier temps arrêté avant de le libérer, soi-disant pour preuves insuffisantes. Celui-ci en suivant le notaire s’est aperçu qu’il avait parlé plusieurs fois à ta mère à la bibliothèque. Je ne sais pas précisément de quoi, je ne sais pas si elle l’a aidé mais du coup, Lockwood après avoir tué Mortimer s’en est pris à Meredith. Quand à la troisième victime à l’époque, il s’agit d’un employé de la compagne d’électricité chargé de rétablir le courant après une panne dans le secteur de l’office de Mortimer. Panne volontairement provoquée afin de faciliter le cambriolage et la subtilisation de papiers détenus dans le coffre de l’étude. Simpson a du être intrigué par les causes de la coupure de courant et Bracken a du en être informé. Trois meurtres perpétrés par Lockwood à la demande de Bracken. A trois endroits différents de la ville et Maddox s’empressa de diligenter  trois enquêteurs qui ne firent pas le lien entre ces assassinats et tout fut fait pour que cette connexion ne voie de toute façon pas le jour.

L’ambition de plusieurs individus avait brisé la vie de nombreuses familles à l’époque et Alexis en restait bouché bée. Elle comprenait désormais la succession de faits qui l’avait privée à jamais de sa mère. Quand à l’âge de six ans, suite à des taquineries de copines de classe, elle avait demandé pourquoi elle n’avait pas de maman, elle se remémorait parfaitement la réponse de son père : « Tu en as une, mon ange. Mais de méchantes personnes n’ont pas voulu qu’elle te voit grandir. Mais ainsi, elle reste à jamais jeune et belle dans notre souvenir ». Elle n’avait pas tout compris à l’époque mais elle ne demanda plus d’explications : elle voyait bien combien son père en souffrait au point qu’une peur farouche l’étreignait à chaque fois qu’elle le voyait partir pour une chasse aux dragons, disait-il. Alors, avec des yeux d’enfant, elle tentait de mémoriser le plus possible chacun de ses traits. Si elle le perdait aussi, elle garderait en elle une image de lui, jeune et beau. Mais là, c’était fini. Il le disait. Il le certifiait. Elle ne savait pas vraiment si elle avait envie de rire, de crier sa joie, de pleurer. Certainement tout cela à la fois.

- Mais alors, pourquoi ces meurtres aujourd’hui ? Demanda Martha.

- Parce que le lancement d’un autre grand projet immobilier à Staten Island, dans la continuité du précédent, a fait remonter à la surface les évènements d’il y a quinze ans. Les ambitions de certains ont pris plus d’ampleur entre temps. L’un désire se lancer dans une candidature au Congrès, l’autre veut gagner la mairie de new-York, le troisième veut devenir encore plus influent et avoir ses entrées à la Maison-Blanche. Mais cela nécessite des fonds et cette nouvelle tranche de travaux pouvait leur apporter des subsides nécessaires. Il ne fallait pas que ce marché leur échappe. Ils ont fait espionner des bureaux de l’hôtel de ville et découvert qu’un dénommé Martin Way était allé voir de trop près ce qui c’était passé à l’époque et qu’il avait effectivement trouvé des choses édifiantes qu’il avait pris soin de mettre à l’abri. Dès lors, il devenait un danger. Lockwood a repris du service, cette fois-ci en essayant de faire porter le chapeau à un déséquilibré fan de films policiers.

- Duncan !

- Oui. Mais l’ironique de l’histoire, c’est qu’en voulant faire accuser cet homme, c’est Duncan qui a aidé à les démasquer. Et mieux encore, Lockwood a eu ce qu’il cherchait sous ses yeux, depuis le début.

- Duncan a voulu aider Way?

- Beckett est allé lui demander mais il n’a rien voulu dire. On ne le saura peut-être jamais.

 

Montgomery avait offert un Whisky à Gates. Ils le sirotaient par petites gorgées et semblaient deviser en toute amitié. Quand ils virent Castle réapparaître dans la grande salle où les Bros et Beckett discutaient, ils se levèrent et allèrent les retrouver. Le calme était revenu dans le commissariat.

- Lieutenant, commença Gates, vous avez mené à bien une enquête très sensible mais je vous rappelle que des charges pèsent contre vous.

Castle se moquait bien des conséquences de quelques infractions et ce qui l’aurait anéanti quelques jours plus tôt encore, lui provoqua au contraire une grande sérénité. Qu’était-ce un blâme, une réprimande, une mise à pied, en échange de l’arrestation de Bracken et de ses multiples complices ?

Le téléphone sonna à son bureau. Machinalement il s’y dirigea et décrocha. Quelques secondes plus tard, chacun l’entendit répondre :

- Non, je ne donne aucune interview. Adressez-vous au chargé de communication du NYPD, puis il raccrocha.

- Eh bien, Bro, c’est le début de la gloire, fit Esposito.

- Je m’en passerais bien !

 Il vit Gates s’approcher et lui tendre la main. Il marqua une hésitation mais accepta de la lui serrer.

- Lieutenant, je ne vous ferai aucun passe droit, même après le fabuleux travail que vous avez accompli, mais je comprends pourquoi Roy est aussi dithyrambique à votre encontre. Il a une chance incroyable de vous avoir dans son effectif. Vous et toute votre équipe. C’est un réel plaisir d’avoir fait votre connaissance.

- Merci, pour moi aussi,  même si rencontrer les affaires internes n’est pas forcément quelque chose que l’on apprécie.

- Je comprends parfaitement, fit Gates avant de faire un petit signe de tête en direction de chacun et de quitter le plateau.

- Bien, fit Castle, on a de la paperasse à terminer.

- Hors de question, lieutenant. Vous en êtes dispensé. Les interrogatoires, les rapports, vos collègues vont achever ça pour vous. Il est temps que vous effectuiez votre mise à pied. Vous allez donc me rendre votre badge et rentrer chez vous.

Montgomery tendit la main et Castle obtempéra.

- Combien de temps ?

- Vous recevrez un courrier officiel mais attendez-vous à un minimum d’un mois. Cependant, il me tarde déjà de vous compter de nouveau parmi nous.

- Et moi ? Demanda Beckett. Je pourrais revenir aussi ?

- Comment cela ?

- Je vous ai bien aidé, non ?

- Vous n’avez pas été inutile.

- Alors, rien ne s’oppose à ce que je vous donne un coup de main. Et puis, j’ai besoin de prendre d’autres notes pour mon prochain film, mes recherches ne sont pas achevées.

- Ah bon ?

- J’ai encore des tonnes de choses à apprendre.

- Dans ce cas, il faut demander à votre coéquipier s’il vous acceptera à ses côtés.

Beckett se tourna vers Castle. Contrairement à la jeune femme qui, en début d’affaire, s’était imposée sans tenir compte de leurs remarques, des perturbations qu’elle engendra, là, il y avait dans son regard de l’humilité et de l’inquiétude. Peut-être aussi la crainte que la résolution de ces meurtres n’entraine la fin de cette relation naissante avec Castle.

- Il va falloir que l’on définisse une fois pour toute  ce que vous pourrez faire, entama-t-il.

- Pas de problème.

- Plus d’initiative hasardeuse.

- Promis.

- Plus de courses derrière des criminels.

- Parole de scout.

- Vous n’avez jamais été scout.

- C’est vrai. Mais je promets.  

- Hors de questions de prendre des risques physiques inconsidérés.

- Je suis d’accord, d’ailleurs…

Et elle se saisit de la poche qu’on lui avait apportée précédemment et en sortit un vêtement qu’elle déplia. Il s’agissait d’un gilet pare-balle. Sur le poitrail et en haut des épaules, il y avait la même inscription : «DIRECTOR ».

- C’est quoi, ça ?

- C’est pour me protéger.

- J’avais compris ! Mais…

Et Castle s’interrompit, réalisant que malgré le regard contrit qu’elle lui avait jeté quelques secondes auparavant, elle avait parié sur le fait qu’elle obtiendrait de revenir enquêter à ses côtés. Il était agacé, étonné, amusé, admiratif. Tout cela dans le même temps. Mais cette palette de sentiments par laquelle elle le faisait passer n’était plus un frein et au contraire, un accélérateur au plaisir qu’il avait d’être auprès d’elle. Alors, pour toute réponse, il lui sourit.

- Yes ! Cria-t-elle.

- Je vous appelle dès que je reprends mes fonctions.

 

Esposito et Ryan revinrent s’asseoir à leurs bureaux tandis que Castle et Beckett prenaient la direction de la sortie. Le travail de rédaction ne les enchantait pas mais il fallait bien le faire.

- Dis donc, fit Esposito en se tournant vers son collègue, si on finit assez tôt, je te paie un pot. Je trouve qu’on le mé…

Il s’arrêta en plein milieu de sa phrase. Là-bas, alors que les portes de l’ascenseur se refermaient, il venait de voir Castle se rapprocher de Beckett et celle-ci passer ses bras autour du cou du lieutenant et leurs lèvres se tendre les unes vers les autres.

- Qu’y-a-t-il ?

- Je n’en crois pas mes yeux !

- Quoi ?

- Là, et il pointa du doigt l’ascenseur, je viens de voir Castle et Beckett s’embrasser !

- Ah, ça ! Ce n’est pas la première fois ! fit Ryan sans lever la tête de son clavier.

- Comment ça, « ce n’est pas la première fois » ?

- Oui, ce n’est pas la première fois !

- Tu… tu étais au courant… et tu ne m’as rien dit ?

- Eh bien, fit Ryan en regardant Esposito, cela n’est pas trop notre problème.

- Ah mais si, faux-frère !

Il laissa passer quelques secondes avant de rajouter :

- Je suis bien content pour eux. Je reviens sur ce que j’ai dit : c’est toi qui paie un coup ce soir, cela t’apprendra.

 

Les portes s’étaient refermées et ils s’embrassaient tendrement, goûtant juste les lèvres de l’autre : une sorte de léger encas avant une soirée qui s’annonçait plus passionnée.

- Je crois qu’Esposito nous a vus, fit Beckett.

- Je m’en moque. Je ne pouvais plus tenir.

- Moi aussi.

- J’avais trop envie de te prendre dans mes bras pour te remercier car sans toi, jamais je n’y serais arrivé. Par contre, cela m’intéresse d’en savoir davantage sur les recherches supplémentaires que tu dois faire.

- Eh bien, lui chuchota-t-elle à l’oreille, j’ai besoin d’une multitude de détails pour crédibiliser au maximum mon personnage principal.

- Et cela peut prendre combien de temps ?

- Le plus de temps possible et de très nombreux tête-à-tête.

- Je vois. C’est sérieux !

- Très.

- Alors c’est oui.

- Oui, quoi ?

- Oui, j’accepte ton invitation pour les Hamptons. Mais seul à seul. Que tu puisses t’étendre au maximum sur ton sujet d’études et je promets d’essayer de te donner satisfaction en toute chose.

- Sur la façon d’appréhender chaque enquête ?

- Oui.

- Sur ton cérémonial en voyant une scène de meurtre ?

- Sans problème.

- Sur les techniques d’interrogatoire ?

- Assurément.

- Mais aussi, et elle lui attrapa le lobe de l’oreille qu’elle mordilla, sur la vie privée d’un lieutenant de la Criminelle du NYPD.

- Et par privée, tu entends jusqu’où ?

- Jusqu’à tout savoir sur ses fantasmes les plus torrides.

- Vous allez remplir plusieurs pages de note, alors, Katherine Beckett.

- Tant mieux. Commençons tout de suite : tu te sers de tes outils de travail en dehors du boulot ?

- Pourquoi ?

- Montgomery t’a demandé ton badge mais il a oublié de récupérer tes menottes…

 


cathy24  (17.06.2014 à 20:41)

EPILOGUE

 

Il était à peine sept heures du matin, mais la température marquait déjà vingt-trois degrés. Ils avaient instauré un rituel : dès le lever du jour, ils couraient plonger dans les eaux de l’Atlantique pour profiter des rayons du soleil naissants qui irisaient l’océan. Et toujours Castle sortait en premier pour aller s’étendre sur le douillet matelas de plage. Ce  n’était pas parce qu’il était épuisé de nager mais c’était juste pour le plaisir de voir Kate, sortir, nue, de l’eau et venir vers lui en exhibant ses magnifiques et longues jambes, sa taille fine et sa poitrine ferme aux tétons dressés. Elle s’allongeait sur lui, lui provoquant un petit cri quand la fraîcheur de son corps sur le sien lui provoquait une myriade de frissons. Mais, un sourire aux lèvres, elle commençait de le réchauffer en ne laissant aucune partie de son corps absente de ses baisers et caresses et les frissons perduraient mais pour une toute autre raison. Puis, il la faisait basculer et se délectait de sentir Kate, à son tour apprécier ses caresses et ses baisers et réagir de plus en plus intensément à ses mains courant sur elle, à ses lèvres et sa langue savourant la saveur salée de sa peau. De voir la jeune femme s’offrir sans retenue, réagir aussi intensément,  ne tardait pas à l’embraser totalement. Et sans jamais se lasser de leur plaisir partagé, ils montaient progressivement, en prenant leur temps, dans les délices de leur accouplement.  Ils finissaient ensuite, toujours dans les bras l’un de l’autre face à l’océan, sagement enlacés à regarder les vagues mourir sur la berge et écouter leur clapotis rythmer cette agonie.

Ce matin là, serait le dernier de la saison sur cette plage idyllique. Le soir même, ils rentraient sur New-York. Le lendemain Castle retournerait au 12th et Beckett s’attèlerait à son nouveau scénario.

 

Quand Kate avait conduit Rick ici pour la première fois, trois années plus tôt, il avait eu un mouvement de recul en voyant la bâtisse: c’était trop beau, trop grand, trop impressionnant, trop spectaculaire. Cela lui rappelait à quel point leurs mondes étaient différents mais la jeune femme l’avait rapidement mis à l’aise en lui donnant accès à tout et en répondant avec honnêteté à toutes les questions qu’il pouvait lui poser. Et ils apprirent à être ensemble, à aimer être ensemble, sans retenue, sans réserve. Rapidement, cela devint une évidence : leur relation était faite pour s’approfondir et durer. Kate ne se lassait pas de découvrir à quel point Rick pouvait s’avérer facétieux, drôle,  enjôleur, attentionné, si loin de l’enquêteur consciencieux, intègre et terriblement professionnel. Et même si il lui confiait que ce visage qu’il lui révélait, était du en partie à elle, elle croyait bien davantage qu’après quinze années de purgatoire, il se montrait tel qu’il était vraiment et tel que Meredith avait du le connaître. Kate au bout de quelques semaines passée à le découvrir avec délice, lui demanda :

- Qui es-tu véritablement, Richard Castle ?

- Quelqu’un qui fait le maximum pour être le plus mystérieux possible. J’ai envie que tu te penches sur mon cas encore pendant des années, des dizaines d’années.

Elle l’avait regardé en redoutant d’avoir mal compris.

- Tu es merveilleuse, Kate. Tu es celle qui m’a sauvé, m’a redonné le goût d’avancer et je t’aime.

Elle en resta bouche bée, sans réaction.

- Je sais, poursuivit-il devant le mutisme de la jeune femme, on se connaît depuis un peu plus de deux mois. Je sais que cela peut te paraître prématuré. Je sais que tu peux douter de la profondeur de mes sentiments. Mais, je sais aussi que tu es ce dont je pouvais rêver de mieux. Alors, ne me réponds pas, laisse-moi juste t’aimer et te prouver combien je t’aime.

Les mois qui suivirent à New-York, ils se laissèrent porter par cet attachement qui prenait de plus en plus d’intensité. Ils jouaient au poste avec l’interdit de leur relation mais aucun de leurs collègues n’étaient dupes  de leurs joutes verbales mouchetées. Martha, le père de Castle et Alexis n’avaient pas de mots assez forts pour exprimer à Kate leurs remerciements de voir leur fils et père, heureux, simplement heureux. Et puis il y eut cette soirée où Castle emmena Kate à Central Park. Il avait obtenu de Bob Weldon, qu’une partie du parc soit mis à sa disposition. Pour lui et Beckett, seuls. Une balade en calèche les emmena sur les bords du Lake où une large embarcation les attendait, Castle aida Kate à monter à bord, détacha la corde et ils se  laissèrent dériver. Un pique-nique partagé yeux dans les yeux, entrecoupé de baisers chauds, passionnés, une couverture les rassemblant ensuite, allongés, au fond de la barque  avec le ciel au-dessus d’eux, où les illuminations de la ville leur servaient d’étoiles et le doux mouvement de balancier de la barque les berçait dans leur bonheur. La tête de Beckett se lova au creux du cou de Castle et d’une voix murmurée, elle lui déclara qu’elle l’aimait. En réponse, il s’effaça pour ne penser ce soir-là qu’au plaisir de sa belle dont les cris de jouissance se répercutèrent comme une onde à travers un Central Park quasi-désert.

Quelques semaines plus tard, entourés de tous ceux auxquels ils tenaient véritablement, ils se mariaient. En tout simplicité.

 

Ce matin, là, donc, à quelques heures de leur départ, ils restèrent plus longtemps que d’habitude à savourer la chaleur des rayons du soleil sur leur peau et leurs doigts caressaient délicatement  le corps de l’autre. Le retour à leur vie tumultueuse allait les sevrer de ces multiples moments de bonheur qu’amplifiait la beauté des couleurs changeantes de la mer.

- J’aurais moins de temps disponible pour te suivre au 12th, fit Kate avec du regret dans la voix mais je dois avancer sur mon scénario.

- Il faut bien que ton public retrouve au plus tôt le second opus des aventures de Jameson Rook. Et puis, le flic, c’est moi donc ne t’inquiète pas, les meurtriers, je m’en charge.

- Hey, toi ! Et elle lui pinça la joue, je suis un super enquêteur ! On a résolu combien de meurtres ensemble ?

- Des dizaines.

- Alors, tu vois bien que j’aurais ma place comme lieutenant…

- Un lieutenant qui se défile toujours au moment d’assurer la paperasse.

- Tu as raison, admit-elle, j’ai horreur de ça. Mais si j’étais flic, il faudrait bien que je m’y attèle quand même.

- Mais si nous étions collègues, mari et femme, Montgomery n’accepterait pas que nous travaillions ensemble…

- C’est pourtant ce que nous faisons.

- Tu n’es que consultante…

- D’accord ! Alors si j’étais flic, on inverserait. C’est toi qui serais réalisateur. Ou pourquoi pas acteur, écrivain… Oui, écrivain ! Et tu déboulerais sur une de mes enquêtes et je te détesterais au début.

- Comme je te détestais lors de notre rencontre ?

- Non là, tu dis n’importe quoi : je t’ai plu tout de suite.

- Tu te moques, fit-il en se redressant ! Tu étais imbuvable, imbue de toi-même.

- Ah, bon ? Et les regards que tu me lançais ?

- Et tes réflexions provocantes ?

Ils éclatèrent de rire et ce ne fut qu’une occasion de plus pour s’embrasser langoureusement.

- N’empêche, reprit Kate, je te vois bien en auteur de polars à succès.

- Je n’ai pas assez d’imagination.

- Hum ! Je suis désolée mais il t’arrive souvent à certaines occasions, d’en avoir à revendre…

- Vous êtes une sacrée coquine, Madame Castle !

- Vous pouvez parler, Monsieur mon mari. Oui, et tu aurais un succès fou auprès des femmes.

- Ah bon ?

- Elles te demanderaient… des dédicaces sur leur poitrine.

- Arrête, parce que je suis tenté et que je pourrais bien me lancer dans l’écriture, rien que pour ça !

- Ah non, je blague, là !

- Il ne fallait pas me provoquer. De belles femmes faisant la queue et m’offrant leur poitrine pour signer dessus, j’adore cette idée !

- Eh ! Si je te voyais faire ça, je te mettrais une balle entre les deux yeux !

- Aucun risque puisque je serais très insupportable et que je t’exaspèrerais.

- Au début, oui, peut-être, mais tu finirais par m’apprivoiser.

- Ah, je vois que tu ne pourrais pas me résister !

- Oh mais, cela ne se passerait pas aussi aisément et il te faudrait être patient, attentionné…

- Ce que je suis déjà !...

Elle le plaqua au sol et il se laissa gentiment maltraité par ses mordillements. Leurs yeux ne se lâchèrent pas un seul instant pendant qu’elle s’attelait à redonner vigueur au membre de son mari. Quand elle le chevaucha, la bouche entrouverte par le plaisir de le sentir une fois encore en elle, rien n’avait plus d’importance que cette plénitude qui l’envahissait en montant et descendant le long de la verge. Trois années qu’ils étaient ensemble, presque deux ans qu’ils étaient mariés mais ils ne cessaient d’éprouver le même intense plaisir dans leurs ébats. C’était comme si ils étaient capables à chaque fois de récréer la même impatience, le même désir, la même appétence que lors de leur première nuit.

Elle retomba en sueur sur le torse de Castle.  

- Waouh ! fit-il dans un souffle, comme nos petits matins coquins vont me manquer !

- Moi aussi. Mais je te promets de te surprendre encore et encore…

- Oh, oui ! Il faudra me consoler de tous ces moments où tu ne seras pas à mes côtés dans la journée. Et cela va durer combien de temps ?

- Trois, quatre mois d’écriture intenses.

- Après il y aura la préparation, puis le tournage, puis le montage, puis la promotion… Je déteste cette période là.

- Je sais. Pour moi aussi, cela va être très dur. Mais…

Elle s’interrompit pour venir se blottir une fois de plus contre lui et embrasser la peau de son cou.

- Mais, reprit-elle, de toute façon, ce ne serait pas prudent que je te suive ainsi, pendant les prochains mois.

- Tiens, c’est nouveau ! Le danger ne t’a jamais arrêté jusqu’à présent !

- Oui, c’est vrai. Cependant, là, je ne suis plus la seule en jeu.

Elle fit une petite mimique avec sa bouche qui étonna Rick. C’était un peu comme si elle tentait de lui comprendre quelque chose. Il la regarda intensément et, peu à peu un cheminement d’explication se mit en route dans son esprit. Cela lui enserra la poitrine et il redouta de se tromper.

- Tu… tu es enceinte ? Demanda-t-il d’une voix hésitante.

Elle ne lui répondit que par un grand sourire même si son inquiétude face à la prochaine réaction de Castle accéléra son rythme cardiaque. Il ne dit rien mais la confirmation enregistrée, il prit Kate dans ses bras, l’enserra au maximum de toute la force de son amour. Il était si heureux qu’il était incapable de trouver ses mots. Il allait de nouveau être père. C’était merveilleux, c’était prodigieux. C’était… Mais soudainement un voile passa devant ses yeux et quand il desserra son étreinte, Kate vit que l’inquiétude avait pris possession de son visage.

- Que se passe-t-il ? Demanda-t-elle.

- On l’élèvera ensemble cet enfant, n’est-ce pas ?

- Mais bien sûr !

- Tu ne me laisseras pas assumer seul son éducation ?

- Evidemment.

- Tu resteras avec nous ?

Elle comprit.

C’était le traumatisme de la mort de Meredith qui refaisait surface. Ce sentiment de solitude, d’abandon, qu’il avait du connaître en se retrouvant seul parent d’une Alexis de quelque mois. Elle réalisa combien il paniquait à l’idée de devoir revivre d’une manière ou d’une autre ce passé toujours en filigrane et dont la douleur pouvait rejaillir avec force. Mais l’interrogation de Castle la ramena à son enfance, quand sa mère les avait abandonnés, elle et son père. Plus que tout, elle comprenait ce que ressentait Castle parce qu’elle aussi, elle désirait ardemment qu’ils vivent pleinement une vie de famille riche, épanouie et elle voulait rejeter aux oubliettes de leur histoire ce qui avait façonné ce qu’ils étaient et en finalité, les avaient mis l’un en face de l’autre. Elle le prit à son tour dans ses bras et à l’oreille lui murmura :

- Toujours !

 

FIN


cathy24  (18.06.2014 à 19:46)

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