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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 07.07.2014 à 19h49
Auteur : JAusten
Statut : Terminée
« Au cours de la saison 6 (avant le season final qui m'a laissé quelque peu pantoise), pour le reste je vous laisse découvrir » JAusten
Cette fanfic compte déjà 48 paragraphes
Chapitre Vingt
Auberge de jeunesse, Brooklyn
Elle n'avait pratiquement pas dormi de la nuit. Son sommeil était entrechoqué de cauchemars. Elle voyait sa sœur l'appeler à l'aide et elle ne pouvait rien faire pour l'aider. Elle s'était alors assise dans son lit et avait pris un livre. Elle avait toujours cette sale manie d'avoir quelques livres dans son sac. C'est pour cela qu'elle n'avait jamais cédé son sac à dos au profit du sac à main. Le Cercle des Poètes Disparus. Elle avait d'abord vu le film. Avec sa mère. Au départ, elle avait été réticente mais elle ne savait pas encore que ce film changerait sa vision des choses. Dès le début du film, elle était tombée sous le charme de Mr Keating. C'est grâce à ce film et au livre qu'elle avait acheté et lu dans la foulée, qu'elle avait décidé de se lancer dans des études de littérature en espérant secrètement qu'un Mr Keating viendrait rythmer ses cours et bouleverser sa vie. Elle ouvrit le livre à une page totalement au hasard et, à la lumière de l'appli lampe torche de son portable (en mode avion bien entendu), ses yeux tombèrent sur une réplique de Mr Keating : "On lit ou on écrit de la poésie non pas parce que c’est joli. On lit et on écrit de la poésie parce que l’on fait partie de l’humanité, et que l’humanité est faite de passions. La médecine, le commerce, le droit, l’industrie sont de nobles poursuites, et sont nécessaires pour assurer la vie. Mais la poésie, la beauté, l’amour, l’aventure, c’est en fait pour cela qu’on vit. Pour citer Whitman : « Ô moi ! Ô la vie ! Tant de questions qui m’assaillent sans cesse, ces interminables cortèges d’incroyants, ces cités peuplées de sots. Qu’y a-t-il de bon en cela ? Ô moi ! Ô la vie ! ». Réponse : que tu es ici, que la vie existe, et l’identité. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime. Que le prodigieux spectacle continue et que tu peux y apporter ta rime… Quelle sera votre rime ?". Une larme roula le long de sa joue. Elle avait été si proche de ne jamais apporter sa rime. Si Benjamin n'avait pas été là... Sa mère n'aurait pas voulu ça. Anna encore moins. Sa petite sœur la voyait comme une sorte de super héroïne. Anna croyait qu'un jour, elle réussirait à changer les choses parce qu'elle n'était jamais d'accord avec rien. C'était ses propres mots. Anna avait raison. Peut-être était-ce à elle de dire « stop ». Stop à tout ce qui la révoltait. Mais pour l'instant, elle devait dire stop à l'assassin de sa sœur. Et pour cela, elle devait agir. Parce que oui, elle était ici et oui la vie existait. Elle rangea alors ses affaires et s'éclipsa doucement de la chambre.
Loft de Castle
C'est la vibration de son téléphone qui réveilla Castle. Kate était toujours blottie contre lui, profondément endormie. Il la regarda quelques instants, elle était si paisible. Ses rides qui s'étaient creusées à cause du soucis qu'elle se faisait pour Alice avait disparu. Pour la nuit du moins. Il regarda l'heure, 6h28. Son réveil devait sonner dans deux minutes mais il décida de l'éteindre. Il savait qu'elle serait en colère à son réveil mais une demie-heure de sommeil en plus ne lui ferait pas de mal. De plus, cela lui permettrait de régler certains détails avec sa mère. Il se dégagea en douceur de ses bras pour ne pas la réveiller. Elle émit un soupir de mécontentement mais elle se retourna, sans se réveiller, et s'enfouit encore plus profondément sous la couette ce qui arracha un sourire à Castle.
Dans la cuisine, sa mère chantonnait doucement en versant une mixture à la couleur infâme dans son verre.
« -Bonjour mère, dit-il doucement.
-Oh Richard ! S'exclama-t-elle dans toute sa grandiloquence.
-Doucement mère, marmonna-t-il, encore pas tout à fait réveillé, Kate dort encore.
-Oh pardon ! »
Il s'assit au bar et regarda sa mère s'agiter quelques secondes. Cette femme l'étonnerait toujours, en toutes circonstances, elle ne perdait jamais son énergie. Même le matin au réveil quand lui n'aspirait qu'à un peu de tranquillité.
« -Vous êtes rentrés tard hier soir, Katherine et toi, dit-elle.
-Ouais, toujours cette affaire. Kate s'identifie beaucoup à la grande sœur de la victime. La mère d'Alice est morte il y a quelques années.
-C'est normal, tu ne crois pas ?
-Si bien sûr, c'est seulement que je sais qu'elle ne va pas bien et je ne sais pas quoi faire pour l'aider. On n'avance pas. Alice est maligne et nous, on piétine.
-Cette jeune fille ne va pas se cacher éternellement et pour ce qui est d'aider Katherine, ce que tu es en train de préparer devrait lui remonter le moral.
-Si l'affaire est réglée d'ici mercredi, dit-il.
-Elle le sera. Ne sois pas si défaitiste. »
Il marmonna quelque chose qu'elle ne comprit pas ce qui la fit rire.
« -Ce qui ne change pas, c'est que tu es toujours aussi agréable de bon matin.
-Et toi, toujours aussi drôle, répliqua-t-il sur un ton qu'il voulait cinglant.
-Cesse donc d'être grognon ! J'ai de bonnes nouvelles pour toi.
-Ah oui ?
-Oui. Alexis est une super coordinatrice, tu sais.
-Ma fille est parfaite, que veux-tu ! Elle tient de son père, ajouta-t-il, sûr de lui.
-Mouais...
-De qui veux-tu qu'elle tienne d'autre ? De sa mère ? Je ne crois pas. De toi ? Hum...
-Bref, sourit-elle pour couper court à toute dispute inutile, tout le monde est au courant et sait ce qu'il doit faire. Ça va marcher, je le sens, s'enthousiasma-t-elle soudain.
-Et comment ont-ils réagi ?
-Je ne te décris pas la réaction de Lanie, elle était aux anges.
-Je suis d'ailleurs étonné qu'Esposito n'ait pas vendu la mèche à Lanie avant...
-A ce propos, elle était assez en colère de n'avoir été prévenue qu'hier. Elle a dit je cite « je suis sa meilleure amie quand même ».
-Justement ! Elle aurait finit par vendre la mèche à Kate !
-Tu la crois vraiment capable de gâcher une telle surprise à Katherine ?
-Non, non, c'est vrai, se résigna-t-il, mais le moins de monde était au courant et mieux c'était.
-Ils sont tous conquis par ton idée en tout cas et ils ont tous répondu présent.
-Super. J'espère que Kate le sera.
-Kate sera quoi ? Marmonna Beckett, la voix encore toute ensommeillée.
-Sera conquise par les subliminaux pancakes que je vais te préparer, répondit-il.
-On n'a pas le temps, répondit-elle en s'asseyant à ses côtés.
-On a toujours le temps pour des pancakes.
-Pas quand tu omets de me réveiller. Tu comptais me laisser dormir encore combien de temps ?
-Tu en avais besoin, soupira-t-il.
-Mais Alice a encore plus besoin de moi au commissariat. »
Il soupira. Il savait qu'il était inutile de négocier avec elle ce matin.
« -On va quand même prendre le temps de manger, tu as besoin de force.
-Castle...
-Il n'y a pas de Castle qui tienne, répliqua-t-il en se mettant aux fourneaux.
-Tu me maternes, c'est agaçant.
-C'est toi qui est agaçante à toujours vouloir faire passer le travail avant ta santé !
-Aahh l'amour, l'amour... soupira Martha. »
Castle s'apprêtait à la rabrouer quand le téléphone de Beckett sonna. Elle courra presque jusqu'à son portable sous le regard réprobateur de Castle. Il leva même les yeux au ciel quand il croisa le regard de sa fiancée. Elle lui tira alors la langue puérilement.
« -Allô, dit-elle le regard toujours ancré dans celui de son fiancé, allô ? Répéta-t-elle plus vivement. »
Castle l'interrogea du regard mais elle haussa les épaules.
« -Allô, demanda-t-elle pour la troisième fois, Oh ! S'exclama-t-elle enfin alors qu'un sourire naissait subtilement sur ses lèvres. »
Chapitre Vingt-et-un
Quelque part dans New-York
Il était en colère. La sensation de bien-être qui l'avait envahi hier avait totalement disparu. La sensation avait disparu avec elle en fait. Il avait passé sa soirée à la chercher. Il avait été dans tous les endroits qu'elle lui avait dit fréquenter quand ils sortaient (plus ou moins) ensemble. Mais elle n'y était pas. Tout son être le tiraillait. Tout son être l'appelait mais elle n'était pas là. Elle était censée souffrir encore un peu de temps. Elle était censée avoir besoin de lui pour remonter à la surface. Mais cette fois, elle semblait avoir besoin d'être seule. Loin de lui. Il avait essayé de l'appeler mais il n'était tombé que sur sa messagerie. Sa main tremblait légèrement alors qu'il slalomait entre les gens pour atteindre un petit resto dans lequel il avait l'habitude de l'emmener à l'époque.
C'était comme s'il était en manque.
Et il n'aimait pas cette sensation.
Il ne l'aimait pas du tout même.
Elle souffrait beaucoup plus qu'il ne l'avait prévu. Peut-être était-ce trop ? Peut-être que perdre les deux personnes auxquelles elle tenait le plus était trop pour elle ? Peut-être avait-il commis une erreur ? Non. Non.
Il avait besoin d'elle.
Il avait besoin qu'elle revienne.
Il espérait secrètement qu'elle abandonne ses études et qu'elle...
Mais elle n'était pas là !! Il ne supportait pas le fait de ne pas pouvoir la toucher sans arrêt. Lui faire l'amour avait été si grisant ! Il frissonna. C'était ça être en vie. C'était s’enfoncer au plus profond d'elle. Il soupira de plaisir. Il avait fermé les yeux et quand il les rouvrit, il croisa le regard d'une enfant qui le regardait étrangement. Elle avait le même regard qu'Anna. Un regard curieux et inquisiteur. Et il détestait ça. Anna posait toujours beaucoup de questions. Cette gamine avait toujours été très intelligente. Beaucoup plus qu'Alice encore. Il avait eu beaucoup de mal à gagner sa confiance. Elle disait toujours « Alice a dit de ne pas parler aux inconnus ». Et puis, un jour, il avait eu l'idée de lui dire quelque chose de personnel sur sa sœur pour qu'enfin, elle lui fasse confiance. Il lui avait dit que sa sœur avait la manie de toujours se ronger l'ongle de l'index gauche quand elle était mal à l'aise. C'est pour cela qu'elle n'avait que l'ongle de ce doigt-là qui était très court. Elle s'était arrêtée et l'avait sondé de son regard inquisiteur. « Comment tu sais ça, toi ? ». Il lui avait dit qu'il avait bien connu sa sœur et qu'il avait besoin d'elle pour lui faire une surprise. A force de lui raconter tout ce qu'il savait d'Alice (et il en savait des choses à force de l'avoir observée), elle avait fini par lui accorder sa confiance. Après, il avait été simple de la manipuler. Après tout, ce n'était pas une gamine de sept qui allait lui résister. Anna était vite tombée amoureuse de lui... Cela avait été tellement facile au final. Il ne put s'empêcher de rire ce qui lui valut une fois de plus le regard curieux de plusieurs passants. Il arriva enfin devant le restaurant. Il regarda à l'intérieur mais son regard ne croisa jamais le sien. Elle n'était pas là et il ne savait plus où chercher. Il commença à bouillir intérieurement alors que ses poings se serraient inconsciemment.
Il la voulait et il l'aurait.
Loft de Castle
Kate raccrocha, toujours ce subtil sourire dessiné sur ses lèvres. Elle poussa un soupir soulagé avant de s'approcher de Castle et de lui poser un baiser sur les lèvres. Castle ne comprit pas le brusque changement de réaction de Kate qui était si attristée quelques minutes auparavant.
« -Elle va bien, Castle, elle va bien, déclara-t-elle.
-Qui ? Demanda-t-il toujours aussi interloqué.
-Alice ! Sourit-elle.
-C'est vrai ? Sourit-il à son tour.
-Oui ! »
Elle était subitement éclatante dans la lumière du jour qui se levait. Elle rayonnait et Castle eut une furieuse envie de l'embrasser.
« -Je vais tout de suite appeler les gars pour leur dire ! Annonça-t-elle en se dirigeant vers leur chambre.
-Tu vois, lui glissa sa mère, les choses s'arrangent. »
Castle sourit à sa mère avant de rejoindre Kate. Elle était en train de raccrocher quand il entra dans la chambre.
« -Je n'ai pas réussi à joindre Ryan mais Espo m'a dit qu'il s'en chargeait.
-Je vois que tu vas mieux.
-Je ne voulais pas qu'il lui arrive quelque chose, dit-elle plus bas comme se sentant soudain coupable.
-Je sais, chérie, dit-il en l'attirant contre lui. »
Elle lova sa tête dans le creux de son cou alors qu'il déposait un baiser sur sa tempe.
« -Désolée si je n'ai pas été très agréable hier, dit-elle.
-C'est une des choses que j'aime chez toi... Ta compassion et ton engagement envers les victimes.
-Mais je suis allée trop loin cette fois, c'est différent avec Alice...
-Je sais, chérie, je sais.
-Je veux juste qu'elle s'en sorte... »
Il la serra encore plus fortement contre lui.
« -Et je crois qu'elle veut s'en sortir aussi. C'était elle au téléphone.
-Alice ? S'étonna-t-il.
-Oui. Elle m'a donné rendez-vous à Washington Park à 9h. Elle veut que je vienne seule.
-Je crois qu'elle t'aime bien.
-Elle sait que je comprends.
-Tu es parfaite avec elle, Kate.
-Et toi, tu es parfait avec moi.
-Toujours. »
Elle leva sa tête et l'embrassa. Ce fut d'abord un baiser doux et plein de reconnaissance mais bientôt le bruissement de leurs lèvres se fit plus pressant. Elle avait besoin de ce contact. C'était sa façon aussi de le remercier d'être là pour elle. D'être lui tout simplement. Elle l'aimait tellement qu'elle ne savait plus comment le lui montrer. Elle l'aimait tellement que tout son être vibrait quand il déposait ses lèvres sur les siennes. C'était ça l'amour. Le vrai.
Quand ils se séparèrent, ils avaient tous deux le sourire aux lèvres. Il l'embrassa une dernière fois, chastement, avant de se lever.
« -Prenons un vrai petit-déjeuner avant que tu n’ailles sauver Alice.
-Je t'aime, Rick, déclara-t-elle.
-Je sais, chérie. Je t'aime aussi. »
Elle lui sourit avant de prendre la main qu'il lui tendait.
Dans une rue de New-York
Elle se sentait libérée. Elle avait eu le lieutenant Beckett au téléphone et loin de lui en vouloir, elle avait semblé heureuse d'avoir de ses nouvelles. Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait confiance en Beckett. Elle n'avait jamais eu confiance en personne mais ce lieutenant dégageait cette aura que n'importe quelle personne ayant souffert dans la vie, dégage. Elle avait appris à les reconnaître depuis le temps. Toutes ces personnes avaient cet étrange voile dans le regard. Un voile de tristesse ineffable.
Elle s'apprêtait à tourner au coin de la rue quand elle le vit. Elle s'arrêta net avant de reculer et de se cacher. Elle ne voulait pas le revoir. Elle savait que ce n'était pas correct de s'enfuir après un moment comme celui qu'ils avaient passé. Mais elle s'était seulement servie de lui. Quand sa mère était morte, faire l'amour avait étanché sa peine mais ce n'était plus le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, il fallait beaucoup plus que du sexe pour panser ses blessures. Elle ne savait même pas si le temps suffirait à apaiser ses douleurs. La cicatrice de la mort de sa mère était encore douloureuse. Ellejeta un nouveau regard vers lui. Il était figé devant le resto dans lequel il l'emmenait parfois quand elle sortait en cachette de chez elle, le soir. Elle avait toujours su qu'il tenait beaucoup plus à elle qu'elle ne tenait à lui. Elle s'en voulait presque de l'avoir autant laissé s'attacher à elle. Elle ne l'aimait pas et elle ne l'aimerait jamais. Elle devait le lui dire mais elle ne savait pas comment s'y prendre. Alors elle resta cachée en attendant qu'il s'en aille. Elle regarda son téléphone, 8h39. Elle allait être en retard.
Chapitre Vingt-Deux
Ancien lycée d'Alice, 9 h00
Ryan bailla imperceptiblement en attendant que le proviseur veuille bien le recevoir. Cette nuit, Sarah-Grace avait fait un cauchemar et il avait eu beaucoup de mal à la rassurer. Ses grands yeux figés par la peur ne voulaient plus se refermer. Elle avait peur de dormir. Ce n'est qu'au petit matin, qu'elle avait fini par se rendormir, le pouce dans la bouche et son ourson préféré serré contre son cœur. Il n'avait pu s'empêcher de sourire devant cette image enchanteresse de sa fille. Il baillait une fois de plus quand le proviseur sortit de son bureau.
« -Bonjour Lieutenant, excusez-moi pour cette attente mais ce jeune homme et ses retards incessants m'ont encore fait perdre mon temps, dit-il en montrant un lycéen qui s'éloignait dans le couloir d'un pas nonchalant.
-Pas de problème, sourit Ryan.
-Entrez, je vous en prie. »
Mr James s'assit derrière son bureau et fit signe à Ryan de faire de même.
« -Un problème avec l'un de nos élèves ? S'enquit Mr James.
-Non aucun, monsieur. En fait, je viens vous voir au sujet d'anciens élèves.
-Il y a en a eu des milliers, vous savez...
-Je sais mais je suis là au sujet d'Alice Bennett. Vous avez dû entendu parler du meurtre de sa sœur aux informations.
-Oh Mlle Bennett !
-Vous vous en souvenez ?
-Bien sûr ! Cette gamine avait un sacré culot !
-Comment ça ?
-Après la mort de sa mère, l'élève brillante et discrète qu'elle avait toujours été, a laissé place à une élève impertinente et révoltée. Elle se fichait de tout en permanence, c'est comme si pour elle, plus rien n'avait d'importance.
-Elle était en colère, tout simplement.
-Je sais et j'ai été remarquablement étonné des efforts qu'elle a fourni pour intégrer Stanford. Une excellente élève, vraiment. Mais je ne comprends pas comment je peux aider, déclara-t-il après quelques secondes de réflexion.
-Le père d'Alice nous a parlé d'un garçon étrange qu'elle fréquentait après la mort de sa mère et nous aimerions le retrouver. Vous auriez une idée de qui il peut s'agir, demanda Ryan plein d'espoir.
-Je me rappelle très bien de qui il s'agit. Adam Green. Un garçon vraiment étrange effectivement. Alice et lui ont commencé de se fréquenter après la mort de sa mère. Plus les années passaient et plus il devenait bizarre. Il a commencé à couvrir son corps de tatouage en dernière année.
-Des tatouages ? Tiqua Ryan, est-ce que vous vous souviendriez de quels tatouages il s'agissait ?
-Vous m'en demandez trop ? Son premier tatouage a été fait sur son bras, c'était un animal... euh... »
Il se gratta la tête et fronça les sourcils.
« -Un animal... le poussa Ryan.
-Oui mais j'ai un doute sur lequel. C'était peut-être un lion... Ou non, un loup ! Ou un chien... Je suis désolé, je ne m'en souviens plus. Je vois passer beaucoup trop d'élèves, vous savez.
-Ce n'est pas grave, vous venez de faire avancer l'enquête, Mr James, répondit Ryan en se levant.
-Tant mieux, je suis ravi de pouvoir aider.
-Une dernière chose, vous pourriez me donner le dossier scolaire de cet Adam Green ?
-Bien sûr, je demande aux secrétaires de vous le sortir. »
Ryan se dirigea vers la sortie et serra la main du proviseur avant d'aller récupérer le dossier.
Ce n'est que quand il sortit du lycée qu'il vit les appels manqués de Beckett et d'Esposito. Il décida de commencer par Espo, supposant que Beckett aurait transmis l'information à son coéquipier. Espo décrocha à la troisième sonnerie.
« -Salut Bro, lança Ryan.
-Ton réveil n'a pas sonné ou quoi ? Lui demanda Espo.
-Non mais je suis allé au lycée avant de venir au poste comme je l'avais dit à Beckett hier soir.
-Et bien, tu y as été pour rien, on a retrouvé Alice.
-Oh non, je n'y ai pas été pour rien. Je sais qui a tué Anna.
-Quoi ?! S'exclama Espo.
-Tu te rappelles le gamin étrange que fréquentait Alice selon Mr Bennett ?
-Oui ?
-Le proviseur se souvenait de lui. Il s'appelle Adam Green et devine quoi...
-Je ne suis pas d'humeur à jouer aux devinettes, Ryan, râla Esposito.
-Rabat-joie ! Il a un tatouage d'animal sur le bras. Le proviseur ne se rappelle plus vraiment lequel mais il a évoqué un chien ou un loup...
-Comme ce que nous a dit le mec de la boutique de tatouage.
-Alors inutile ma visite au lycée ? Railla Ryan.
-Cesse de fanfaronner et appelle Beckett, elle est allée retrouver Alice.
-Okay. »
Il raccrocha et appela de suite Beckett mais son appel fut rejeté. Il monta alors dans sa voiture dans l'intention de réessayer une fois arrivée au commissariat.
New-York, Washington Park
Quand Beckett arriva dans le parc, Alice était déjà là. Alice ne lui avait donné aucune indication sur l'endroit où elle devait se rejoindre ce qui fait que Kate ne pouvait s'empêcher d'avoir une pointe d'appréhension. Mais Alice n'était plus cachée, Kate la trouva sous un arbre, les jambes repliées sous elle, un livre dans la main. Kate s'approcha tout doucement pour ne pas l'effrayer.
« -Bonjour, Alice.
-Lieutenant Beckett, répondit-elle en levant la tête de son livre. »
Kate s'assit près d'elle.
« -Orgueils et Préjugés ?
-Oui, sourit Alice, c'était le livre préféré de ma mère.
-Un très beau livre.
-Vous savez quel est mon deuxième prénom ? Demanda Alice.
-Non, murmura Beckett comme de peur de briser cette atmosphère apaisante dans laquelle Alice s'était enfermée.
-Lizzy, sourit-elle.
-Comme dans le livre.
-Oui. Alice Lizzy Bennett. Je crois que ma mère est un peu tombée amoureuse de mon père à cause de son nom de famille, rit-elle. Le deuxième prénom d'Anna était Jane. Mais ma mère aurait dû inverser, c'est Anna qui avait le caractère de Lizzy, douce et impétueuse. J'ai toujours été plus réservée comme Jane. »
Kate souriait, touchée par les confessions d'Alice.
« -Ma mère était une rêveuse, elle n'a pas vu le danger. Mon père...
-Ton père n'a pas tué ta mère, Alice.
-Je sais.
-Tu ne veux toujours pas parler de ce qui s'est passé ce jour-là ? »
Alice se crispa.
« -Tu n'es pas obligée, tu sais.
-Peut-être que je vous en parlerai un jour mais pas aujourd'hui.
-D'accord. »
Elles se turent toutes les deux et perdirent leur regard dans l'immensité du parc. C'était un beau parc, ça regorgeait de bonheur. Les enfants amenaient leur insouciance, leur naïveté craintive, leurs rires... Un parc n'était jamais triste. Même en hiver.
« -Tout le monde s'est fait beaucoup de soucis pour toi, Alice, reprit Kate.
-Je suis désolée, dit simplement la jeune fille, j'avais juste besoin d'être seule. Je ne voulais pas la pitié de ces gens et encore moins de leurs regards larmoyants. J'ai pas besoin de ça, j'ai besoin d'aide mais je sais que personne ne me la donnera.
-Pourquoi dis-tu cela ? Demanda Kate, surprise.
-Ma mère avait besoin d'aide et personne n'est jamais venu l'aider. Chaque jour, elles côtoyaient les mêmes personnes et ces personnes savaient. Mais ils ont fait semblant d'ignorer...
-Parfois, c'est difficile d'affronter la douleur des autres, tu sais.
-Mais quand je pense qu'il aurait suffit d'une main tendue pour la sauver, ça me tue.
-Rien ne sert de ressasser le passé, tu ne le changeras pas.
-Je sais mais... même-moi, je n'ai pas été foutue de lui tendre la main.
-Tu étais jeune...
-Ce n'est pas une excuse, j'aurai dû faire quelque chose.
-Arrête de t'en vouloir pour des choses dont tu n'es pas coupable. Ton père a de gros torts, ce qu'il a fait à ta mère est impardonnable mais tu ne crois pas qu'il est temps de tourner la page ? Tu crois que ta mère aurait voulu que tu passes ta vie à regretter le passé ? Ton père a besoin d'aide aussi.
-Je le déteste, cracha-t-elle.
-Il était très inquiet pour toi, tu sais. Il m'a demandé de te retrouver et de te protéger.
-Je ne vous crois pas ! C'est qu'un alcoolique, tout ce qui l'intéresse, c'est sa bouteille.
-Hé Alice ! S'exclama Beckett en la prenant par les épaules, ton père vient de perdre sa petite fille tout comme toi, ta petite sœur. Et s'il boit, je crois que c'est par culpabilité. Peut-être que c'est à toi de lui tendre la main aujourd'hui. »
Alice releva la tête qu'elle avait baissé sur son livre et Kate vit de nouvelles larmes perler au coin de ses yeux.
« -J'ai l'impression que c'est un cauchemar, murmura-t-elle, je vais me réveiller n'est-ce pas ? Ça ne peut pas être la réalité. Ça ne peut pas...
-Oh Alice... »
Kate l'attira à elle et Alice, le visage dans le creux du cou du lieutenant, déversa les larmes qu'elle ne pouvait plus retenir.
Chapitre Vingt-Trois
New-York, Washington Park
Les soubresauts du corps d'Alice s'étaient calmés après plusieurs minutes.
« -Ça va aller ?
-J'ai besoin de savoir ce qu'il s'est passé avec Anna.
-Je vais le retrouver, je te le promets.
-Comment peut-on faire ça à une petite fille ? Comment... ?
-Je ne sais pas, Alice, je ne sais pas. »
Alice s'éloigna de Kate et essuya ses larmes de ses deux mains, balayant ainsi ses deux joues. Elle renifla et plongea son regard perçant dans celui de Kate. Beckett cru qu'elle y cherchait quelque chose mais avant de découvrir quoi, Alice se tourna, ramassa ses affaires et lança :
« -Je suis prête. On y va ?
-On y va, répondit simplement Kate. »
New-York, Washington Park, un peu plus loin
Alexis s'extasiait devant les dizaines de sortes de fleurs qui s'étalaient devant elle. Elle était tellement heureuse que son père lui ait demandé de l'aider pour sa surprise qu'elle avait tout de suite adoré. Elle vit son père arriver au loin et elle cria un « papa » en agitant son bras.
« -Alexis, moins fort, marmonna-t-il quand il arriva à sa hauteur.
-Quelque chose ne va pas ? S'étonna-t-elle.
-Beckett avait rendez-vous dans ce parc, il y a une demi-heure avec notre jeune fugitive. Si elle nous voit, je suis foutu, dit-il assez théâtralement.
-C'est bon, Papa, le parc est grand et on trouvera bien un mensonge à lui raconter.
-Impossible ! Je ne peux pas mentir à cette femme, elle est lieutenant, ne l'oublie pas !
-Dis plutôt que tu as peur de Beckett, rit Alexis.
-Peut-être un peu, grogna-t-il à contre cœur.
-Et bien, je lui mentirai moi ! »
Castle marmonna encore quelque chose d'incompréhensible.
« -Aller Papa, on est là pour la bonne cause ! Et puis, c'est toi qui a eu l'idée de cette surprise !
-Je sais. Mais je ne pensais pas que tu allais me donner rendez-vous dans le parc où Kate avait justement rendez-vous au même moment.
-Beckett et toi, êtes tout le temps ensemble, c'était l'occasion de le faire sans qu'elle ne se doute de rien. Et regarde ces fleurs, ne me dis pas que tu regrettes d'être là. »
Castle porta enfin son regard sur l'étal de fleurs qui se tenait face à lui. Il fut frappé par la diversité de couleurs qui s'étendaient devant lui. Tel un gamin, il aurait aimé courir dedans pour en sentir l’odeur s'élever dans les airs.
« -Ouah, c'est magnifique, Alexis ! Dit-il, soufflé.
-Oui, sourit-elle, je suis tombée sur ce jeune vendeur un jour où je me promenais avec des amis et quand tu m'as confié la tâche de m'occuper des fleurs, j'ai tout de suite pensé à lui.
-Tu as bien fait, répondit-il le regard toujours rivé sur les fleurs.
-J'ai déjà une petite idée de ce qui pourrait te plaire mais je préfère attendre de voir lesquelles tu choisirais.
-Il y en a tellement ! S'exclama-t-il.
-Laisse ton regard vagueret tu verras qu'il se posera instinctivement sur une sorte de fleur. Ce sera ton coup de cœur.
-Tu crois ? Demanda Castle.
-J'en suis sûre, Papa, allez vas-y ! le poussa Alexis toujours aussi enthousiaste.
-D'accord ! »
Il ferma les yeux un instant et inspira une grande bouffée d'air. Quand il rouvrit les yeux, son regard balaya l'étendue des fleurs pendant quelques secondes avant qu'il ne pointe du doigt des fleurs bleues.
« -Celles-là, dit-il avec certitude en se tournant vers sa fille. »
Alexis souriait. Elle rayonnait même, remarqua son père. Il était heureux que sa fille ait accepté sa relation avec Beckett. Il avait été tellement blessé quand elle l'avait exclue de sa vie ces quelques semaines au début de son emménagement avec Pi. Quand elle fut calmée, ils avaient pris du temps rien que tous les deux pour s'expliquer vraiment. Elle lui avait dit avoir été profondément blessée de ne pas avoir été mise au courant par lui-même de ses fiançailles. Ce n'est pas le fait qu'il se mariait avec Beckett qui la dérangeait, c'était le fait d'avoir été laissée en dehors de cela. Il lui avait alors dit qu'elle était maintenant une femme et qu'il pensait ne plus avoir besoin de lui parler de ce genre de choses. Ils s'étaient alors un peu disputés. Elle lui avait répliqué que s'il la considérait comme une femme pour cela, pourquoi ne la considérait-il pas comme une femme quand elle prenait la décision de vivre avec un garçon. Il lui avait dit une nouvelle fois qu'il considérait cet emménagement comme une erreur. Elle lui avait alors coupé le sifflet en lui répliquant que peut-être était-ce une erreur mais que c'était de ses propres erreurs qu'elle apprendrait le plus et non de ses avertissements à lui. Il lui avait alors demandé pardon de ne lui avoir rien dit au sujet de Kate, elle lui avait demandé pardon d'avoir grandi trop vite. Depuis cette discussion, Alexis avait soutenu Kate et son père dans la réalisation de ce mariage qu'elle voulait extraordinaire.
« -Ce sont celle-là que je veux, dit-il avec détermination.
-Je m'en doutais, sourit Alexis, ce sont celles-là pour lesquelles j'avais craqué. Il en existe des bleues, des roses et des blanches.
-Ce sera magnifique, souffla Castle sous le charme.
-Oui, répondit-elle le sourire toujours aux lèvres.
-Comment s'appellent-elles ? S'enquit Castle.
-Ce sont des Myosotis des Alpes.
-Magnifique, répéta-t-il, subjugué.
-On pourrait faire un mélange des trois couleurs, continua Alexis, tu crois que ça plaira à Beckett ?
-Elle va adorer, sourit Castle.
-Super ! »
Castle détourna enfin le regard des fleurs pour prendre, de son bras, sa fille par les épaules et la serrer contre lui.
« -Merci Alexis, tu es géniale.
-Je sais, répondit-elle malicieusement. »
Université de New-York
Il venait de rentrer. Il était éreinté. Et il n'avait toujours aucune idée d'où elle pouvait bien être. Il savait qu'elle avait rallumé son téléphone. Il était tombé sur son répondeur deux fois et la troisième fois, elle avait rejeté son appel. Elle avait rejeté son appel ! La colère qui coulait dans ses veines n'avait fait qu'un tour. Ça n'aurait jamais dû se passer comme ça ! Elle devrait être dans ses bras, larmoyante, ne demandant qu'à faire l'amour avec lui pour se sentir encore vivante. Mais elle n'était pas là. Il envoya valser toutes les affaires qui se trouvaient sur son bureau dans un cri de rage. Il frappa dans le mur ce qui lui valut les reproches de son voisin. Pas d'intimité dans les résidences universitaires. Mais il était tellement en colère qu'il relança son poing dans le mur une nouvelle fois. Et encore une fois. Et une de plus. Le voisin vint alors frapper à la porte de sa chambre. Il ouvrit, un sourire tordu sur le visage. Il l'avait provoqué et il ne pouvait être que satisfait du résultat.
« -Mais qu'est-ce qui te prends gros con ! L'agressa directement Simon, le voisin.
-Qui est-ce que tu traites de gros con ? Dit-il d'un ton effroyablement calme.
-A ton avis ? Demanda l'autre, les sourcils froncés. »
Adam perdit alors tout self contrôle et lui lança son poing dans la figure. Simon se mit à saigner du nez et son regard se teinta d'un léger voile. Adam ne s'arrêta pas là et lui mit un coup de genou à l'entre jambe ce qui le mit à terre. Adam laissa totalement sa colère sortir de lui. Il s'agenouilla sur son voisin et lui mit une série de coups de poing. Quand il se releva, le visage de son voisin était méconnaissable. Adam poussa un soupir de soulagement alors qu'un sourire perfide naissait sur ses lèvres. Il croisa le regard de sa voisine d'en face, qui était aussi la copine de ce Simon, avant de prendre la direction de la sortie. Maintenant, il fallait qu'il retrouve Alice.
Chapitre Vingt-Quatre
Poste de Police du 12th
Quand Beckett sortit de l’ascenseur, elle remarqua tout de suite l'agitation qui s'était emparée du poste. Elle comprit qu'il s'était passé quelque chose. Peut-être était-ce en rapport avec l'appel de Ryan ? Elle avait choisi de l'ignorer, elle ne voulait pas qu'Alice soit témoin des détails sordides concernant sa petite sœur. Elle fronça les sourcils en croisant le regard de Ryan qui lui fit comprendre qu'ils avaient trouvé quelque chose. Elle conduisit Alice dans la salle de repos.
« -Installe-toi, prends tes aises. Un officier va rester avec toi, on va t'apporter à manger, j'ai demandé à mon coéquipier de ramener quelque chose.
-D'accord.
-Ça va aller ?
-Je crois. Vous pourriez me tenir au courant ?
-Je te le promets.
-Merci.
-Et Alice ?
-Oui ?
-Je vais appeler ton père d'accord ?
-Je...
-Alice si vous ne vous soutenez pas tous les deux, vous n'y arriverez pas.
-D'accord, répondit-elle à contre cœur.
-Repose-toi, je reviens te voir très vite. »
Elle regarda son téléphone en sortant de la salle de repos. Castle lui avait répondu qu'il passerait prendre un truc pour Alice et que bien sûr, il n'oublierait pas son café, ce qui la fit sourire.
Esposito et Ryan s'approchèrent quand ils virent Beckett arriver à son bureau.
« -Du nouveau ? S'enquit-elle.
-On sait qui est le tueur, annonça Esposito.
-Je suis allé au lycée ce matin, comme je n'ai pas reçu ton appel, et le proviseur m'a parlé du garçon que fréquentait Alice à cette époque.
-Et ? Demanda-t-elle, impatiente.
-Il m'a retrouvé son nom Adam Green et il m'a dit qu'il portait un tatouage de chien ou de loup, il ne savait plus très bien, continua Ryan, ça ne te dit pas quelque chose ?
-Oh mon Dieu ! Tu veux dire que...
-C'est l'ex-copain d'Alice qui a tué Anna, finit Esposito.
-Avec Esposito, on a fait des recherches. Adam Green étudie à la fac de New-York en économie. Il vit également là-bas, en résidence universitaire. On t'attendait pour y aller.
-Pas de temps à perdre, dit-elle. »
Elle fit venir l'agent en charge d'Alice pour lui dire qu'elle s'absentait et qu'il ne devait surtout pas perdre de vue Alice jusqu'à ce qu'elle revienne. Elle envoya un message à Castle pour lui dire où elle allait et elle suivit Ryan et Esposito.
Université de New-York
Quand ils arrivèrent, suivit d'une équipe, à la résidence universitaire, l'agitation était déjà palpable. Quand Beckett arriva devant la chambre, elle vit les urgentistes s'affairer autour d'un étudiant.
« -Que s'est-il passé, demanda-t-elle en montrant sa plaque.
-Selon la copine de ce jeune homme, le voisin est devenu dingue et l'a frappé sans vergogne.
-Comment va-t-il ?
-Il a perdu connaissance, une légère commotion cérébrale et plusieurs points de sutures sont à prévoir mais il devrait s'en sortir. Puis-je l'emmener ?
-Allez-y, mon équipe l’interrogera plus tard. Où est la petite amie ?
-Avec la concierge de la résidence là-bas, dit-il en montrant deux femmes plus loin dans le couloir.
-Merci, répondit-elle. »
Son regard s'attarda sur le visage de l'étudiant nommé Simon selon un des officiers. On ne le reconnaissait plus. Il était sacrément amoché.
« -Ryan, Espo, inspectez la chambre d'Adam, peut-être qu'il y aura des indices indiquant où il a pu aller. Je vais interroger la copine de Simon.
-Okay ! Dirent-ils d'une même voix ce qui arracha un léger sourire à Beckett. »
La copine de l'étudiant agressé avait le regard vide, sa main était fermement agrippée au poignet de la concierge.
« -L'urgentiste m'a dit qu'elle était en état de choc, déclara-t-elle.
-Comment s'appelle-t-elle ?
-Clarisse.
-Bonjour Clarisse, dit Beckett doucement, je suis le lieutenant Beckett. Est-ce que tu pourrais répondre à quelques questions ?
-Je... Je sais pas....
-Tu pourrais me dire ce qu'il s'est passé ?
-Je... Il...
-Prends ton temps, la rassura Beckett.
-C'est... C'est Adam.
-Qu'est-ce qu'à fait Adam ? Demanda Kate.
-Il... il est toujours gentil d’habitude. Il me dit toujours bonjour même si ça rend jaloux Simon... Et puis, Simon...
-Oui ? Relança Beckett.
-Il l'a insulté. Adam avait tapé dans le mur plusieurs fois alors Simon... Il est allé frapper chez lui.
-Adam a ouvert ?
-Oui, sanglota-t-elle. »
Quelques larmes s'échappèrent de ses yeux.
« -Excusez-moi, murmura-t-elle.
-Tu n'as pas à t'excuser, prends ton temps, Clarisse.
-Adam avait l'air d'un fou quand il a ouvert la porte. Je ne l'ai pas reconnu, lui qui a toujours l'air si gentil...
-Qu'est-ce qu'Adam a fait ?
-Au début rien... Mais Simon l'a insulté... Et c'est parti tout seul.
-Ils se sont battus ?
-Pas vraiment... Simon n'a pas eu le temps de réagir, Adam l'avait déjà défiguré. »
Elle porta sa main à sa bouche pour étouffer un sanglot.
« -Je ne sais pas ce qui lui a pris, Adam n'est pas comme ça.
-Ça va aller, Clarisse, lui souffla la concierge.
-Clarisse ? Demanda doucement Kate.
-Oui ? Renifla-t-elle.
-Est-ce que tu saurais où aurait pu aller Adam ?
-Non... J'en ai aucune idée... Je ne le connais pas... Et... Simon, mon dieu...
-Vous ne croyez pas que... commença la concierge.
-Si, sourit Beckett compatissante, merci beaucoup de ton aide Clarisse. »
Elle se retourna et se mit à pleurer franchement dans les bras de la concierge quand Beckett s'éloigna.
Elle rejoignit les gars dans la chambre d'Adam.
« -Alors ? Lança-t-elle.
-En apparence, cela ressemble à une chambre d'étudiant quelconque mais on va faire venir la scientifique au cas où. On postera des officiers également si jamais il revient, répondit Espo.
-D'accord, vous avez trouvé quelque chose qui le relie à Anna ? Ou Alice ?
-Il y a des photos.
-De quel genre ?
-Il y a quelques photos d'Alice et lui datant du lycée, je pense, dit Ryan en lui tendant les photos.
-C'est tout ce qu'il y a ? demanda Beckett, les yeux rivés sur les clichés.
-Non, il y en a des plus récentes d'Alice dans la supérette dans laquelle elle travaillait.
-Il l'espionnait, constata Beckett.
-Ouais, fit Ryan, mais ce n'est pas le plus troublant. »
Beckett leva les yeux sur lui et il lui tendit un autre paquet de photos. Kate feuilleta les quelques clichés, les yeux écarquillés.
« -Mon dieu mais c'est... commença-t-elle, interloquée.
-Oui, confirma Ryan.
-Tu crois que... continua Beckett sans jamais pouvoir finir sa phrase.
-On n’en sait rien, répondit Esposito, mais il va falloir qu'Alice nous parle ou du moins qu'elle te parle à toi...
Chapitre Vingt-Cinq
Poste de Police du 12th
Quand Castle arriva, Beckett et les gars n'étaient toujours pas revenus. Il venait de quitter Alexis en bas du commissariat et il était heureux de ce moment père-fille. Il se sentait également soulagé d'un poids depuis que Beckett lui avait annoncé qu'ils connaissaient l'identité du tueur d'Anna. Il savait que Kate ne lâcherait rien maintenant. Elle le traquerait.
Il se dirigea vers la salle de repos avec les victuailles que Kate lui avait demandé de rapporter pour Alice. Mais quand il arriva dans la salle de repos, Alice y était aussi et cela le bloqua. Elle avait ce même côté sauvage que Beckett au début de leur collaboration. Il savait que si elle était comme ça, c'était seulement pour se protéger mais cela ne l'empêchait pas d'être légèrement intimidé par la jeune fille. Il entra alors doucement mais Alice sursauta quand même.
« -Vous m'avez fait peur, bougonna-t-elle mais il ne s'en formalisa pas.
-Excuse-moi mais je t'apporte à manger comme me l'a demandé ma coéquipière.
-C'est drôle, dit-elle.
-Qu'est-ce qui est drôle ? Demanda-t-il.
-Que vous l'appeliez coéquipière et qu'elle vous appelle coéquipier. Vous êtes plus que ça, répondit-elle d'un ton égal.
-Comment tu sais ça toi ? S'étonna-t-il. Oh, j'y suis, tu as lu les journaux !
-Non. Je ne lis pas les journaux, soit c'est un ramassis de conneries soit c'est déprimant. Pour vous deux, ça se voit, c'est tout.
-On est très professionnel au commissariat, essaya-t-il de se défendre.
-Peut-être mais rien n'empêche aux autres de ressentir cette espèce d'alchimie, de... appelez ça comme vous vous voulez mais ça se ressent.
-Bonne observatrice, bougonna à son tour Castle comme un enfant pris sur le fait après une bêtise.
-D'ailleurs en parlant de ça, comment ça se fait que vous soyez ici ?
-Comment ça ? Demanda-t-il interloqué.
-Ben oui, vous n'êtes pas flic.
-Mais... Mais comment tu sais ça ?
-Ça se voit, c'est tout.
-Ça se voit ?! Répéta-t-il un peu plus fort d'un ton outré.
-Ben oui, que voulez-vous que je vous dise.
-Rien, rien, marmonna-t-il.
-Je vous ai vexé ! S'exclama-t-elle, un sourire dans la voix.
-Quoi ?! Non ! Se défendit-il. »
Elle sourit franchement et elle se rendit compte que c'était la première fois depuis... Son sourire s'effaça.
« -Tu es une petite maligne, tu monopolises la conversation pour ne pas qu'on te pose de questions, lança Castle.
-Bien joué, répondit-elle, mais cela ne veut pas dire que vous me connaissez.
-Je sais. »
Elle ressemblait tellement à la Beckett qu'il avait connue lors de leur première rencontre.
« Tiens, dit-il en lui tendant un sachet, le lieutenant Beckett m'a demandé de te rapporter ça.
-Qu'est-ce que c'est ?
-À manger.
-Merci mais je m'en doutais, répondit-elle sarcastiquement, mais quoi exactement ?
-Un hamburger et des frites. Tout le monde aime ça, j'ai supposé que toi aussi.
-Vous avez bien supposé, fit-elle en ouvrant le paquet. »
Quand Alice prit la première bouchée de son hamburger, Castle vit Beckett et les gars rentrer. Il comprit tout de suite qu'il s'était passé quelque chose quand il vit l'air soucieux de Kate. Elle posa son regard sur Alice avant de plonger dans ses yeux à lui. Décidément, quelque chose n'allait vraiment pas.
« -Je te laisse manger, je vais rejoindre Beckett.
-Je feu fenir, dit-elle la bouche pleine.
-Hors de question, fît-il catégorique, Beckett ne serait pas d'accord. Un civil ne peut pas interférer dans une enquête pour meurtre.
-Un civil ? Et qu'est-ce que vous êtes, vous ?
-Un civil qui a signé un papier qui dit que si je meurs, personne ne pourra se plaindre.
-Je m'en fiche de mourir du moment que je trouve le salaud qui a fait ça à ma petite sœur, affirma-t-elle en s'essuyant la bouche.
-Fais confiance à Beckett, Alice, elle trouvera qui a fait ça.
-Je lui fais confiance, murmura-t-elle.
-Alors laisse-la faire son boulot et reste ici.
-Okay, okay... concéda-t-elle. »
Il quitta la pièce et alla rejoindre Beckett, assise à son bureau, le téléphone en main.
« -Oui, merci, dit-elle en raccrochant.
-Alors ? Demanda-t-il.
-L'affaire prend une sale tournure, Castle, dit-elle tout bas.
-Comment ça ? Questionna-t-il en s'asseyant dans sa chaise.
-Regarde les photos qu'on a retrouvées chez Adam, dit-elle en faisant un mouvement de tête en direction de son bureau. »
Il regarda toutes les photos une par une.
« -On dirait...
-C'est elle, affirma Beckett.
-Ils se connaissaient ? S'enquit Castle.
-Sinon comment aurait-il pu avoir ces photos ?
-On dirait qu'elle pose pour lui.
-C'est ce qu'elle fait, Castle.
-Sur toutes les photos, elle fait le ménage ou la cuisine, on ne peut pas dire que ce soit des photos coquines...
-Je ne pense pas que cela le soit.
-Mais alors pourquoi avoir des photos de Karen Bennett en train d'astiquer le meuble télé ?
-Peut-être essayait-il d'en savoir plus sur Alice...
-Et Karen l'aurait laissé faire ?
-J'en sais rien, Castle, soupira-t-elle, ce ne sont que des hypothèses.
-Tu crois que c'est lui qui est responsable de...
-Je ne sais pas et ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus pour le moment, dit-elle en se tournant imperceptiblement vers la salle de pause, comment je vais lui annoncer ça ?
-Comme tu le fais toujours, Kate, avec compassion et douceur.
-Il va falloir qu'elle me parle de la mort de sa mère et elle...
-Je sais. Mais tu la comprends et elle te fait confiance alors joue là-dessus. »
Elle soupira une nouvelle fois.
« -Ça va, Kate ?
-Oui, c'est juste que...
-Tu es merveilleuse avec elle, d'accord ? Ce qui lui arrive n'est en aucun cas ta faute. Tu vas retrouver le tueur, la soutenir et Alice, elle, elle va se battre. D'accord ?
-D'accord, souffla-t-elle en se levant et se dirigeant vers la salle de repos. »
Quelque part dans les rues de New-York
Il avait entendu l'avis de recherche qu'on avait lancé contre lui. Il était alors entré dans une boutique pour s'acheter des lunettes de soleil et un châle. Il avançait maintenant dans la foule, incognito. Il ne savait pas exactement pourquoi on le recherchait mais il se doutait que s'ils commençaient à s'intéresser à lui, ils finiraient par faire le lien avec Anna, Alice ou encore Karen. Il fallait absolument qu'il retrouve Alice avant que la police ne fasse le lien entre eux sinon il ne pourrait plus jamais l'atteindre. Il fallait qu'il la voie. Les flics allaient lui mettre plein d'idioties dans la tête. Il fallait qu'il lui dise la vérité. Anna devait mourir pour qu'il puisse être ensemble. Il ne lui dirait, bien évidemment, pas ainsi mais elle devait comprendre son point de vue. Elle ne devait pas croire ces idiots de flics. Ils allaient tout gâcher ! Et ça le mettait tellement en colère ! Un grognement bestial et rageur s'échappa du fond de sa poitrine ce qui attira les regards de quelques passants. Il devait se calmer, il ne devait pas se faire remarquer. Les flics ne devaient pas l'attraper. Il cala sa respiration sur ses pas et il continua d'avancer toujours sans but. Voulant seulement échapper aux flics. Il voulait Alice. Il la voulait plus que tout. Il avait besoin d'elle. Il n'y avait qu'avec elle qu'il arrivait à contrôler ses pulsions. La bestialité de leurs rapports sexuels canalisaient toutes ces choses qu'il ressentait, qui tourbillonnaient sans cesse en lui. Il était prêt à tout pour la récupérer. À tout.
Chapitre Vingt-Six
Poste de Police du 12th, salle de pause
Quand Beckett entra, Alice faisait claquer ses ongles sur la table. Elle était passablement énervée.
« -Je ne suis pas idiote, vous savez, déclara-t-elle de but en blanc.
-Personne n'a dit que tu l'étais, confirma Beckett.
-Je sais que vous savez quelque chose.
-Alice... Je ne sais pas comment te dire ça...
-Dîtes-le simplement alors. Je veux savoir.
-On sait qui a assassiné Anna.
-C'est super ça ! Alors qui est ce pourri ?
-Alice... Tu le connais...
-Quoi ?! Mais... mais je ne connais presque personne.
-Presque oui...
-Mais... qui... qui a pu faire ça ? »
Beckett s'assit près d'elle et soupira.
« -Dîtes-moi, s'il vous plaît... »
Kate lui prit la main et la serra fort dans la sienne.
« -Que ce soit clair, Alice, ce qui est arrivé n'est en aucun cas ta faute, d'accord ?
-Mais dîtes-le putain ! S'écria-t-elle en se levant brusquement. »
Les larmes franchirent une fois de plus la barrière de ses yeux.
« -Assieds-toi, Alice, s'il te plaît, dit doucement Kate.
-Dîtes-le, dit-elle en partant légèrement dans les aigus.
-Assieds-toi avant. »
Elle s'affala sur sa chaise et Kate reprit sa main aussitôt.
« -Qui c'est, lieutenant ? Demanda-t-elle, sa voix appuyant un peu ses mots.
-Adam Green, souffla-t-elle. »
Un cri s'étrangla dans sa gorge alors qu'elle commençait à trembler.
« -Co... co... Comment ?
-Je ne vais pas répéter, Alice, je ne vais pas te faire plus de mal qu'il ne t'en a fait. »
Elle se leva, regarda autour d'elle comme si elle ne savait plus où elle était.
« -Non ! Murmura-t-elle d'abord, nooooooooooooooooooooooooon ! Cria-t-elle ensuite. »
Kate se leva et la prit dans ses bras alors qu'elle se débattait contre un mal qui ne la quitterait plus jamais, désormais.
« -Vous mentez ! Hoqueta-t-elle, vous mentez !
-Non, Alice, je ne te mentirai jamais et tu le sais.
-Noooon ! »
Elle pleura, hurla alors que Beckett la maintenait contre elle pour qu'elle ne se fasse pas de mal. Ce n'est qu'au bout d'une heure qu'elle se calma enfin. Kate se rendit compte qu'elle s'était endormie. La colère l'avait anéantie. Elle demanda l'aide de l'officier en charge de la surveiller pour l'allonger sur le vieux fauteuil. Kate resta près d'elle, lui caressant les cheveux.
« -Comment va-t-elle ? murmura une voix derrière elle.
-À ton avis ? »
Castle soupira.
« -La vie est tellement cruelle, chuchota-t-elle sans jamais détacher son regard du visage d'Alice, bien sûr que je le sais, mais parfois elle est tellementcruelleque ça ne devrait pas être. C'est une bonne gamine, elle ne mérite pas ce qui lui arrive. C'est comme si la vie s'acharnait sur elle...
-Kate, tenta-t-il.
-Non, je sais ce que tu vas dire. Je sais que ce n'est pas ma faute, qu'elle va probablement s'en sortir. Mais... comment est-on censé se remettre de ça hein ? Dit-elle en le regardant enfin.
-Je ne sais pas, souffla-t-il.
-On ne n'en remet jamais, Castle, on apprend à vivre avec mais... ça ne fonctionne pas toujours.
-Tout dépend de qui l'on a derrière nous pour nous soutenir, nous tendre la main en cas de besoin.
-Toi, dit-elle, presque inaudible.
-De qui parle-t-on, Kate ? »
Elle baissa la tête et se mordit, inconsciemment, la lèvre.
« -D'Alice, bien sûr. Mais si tu n'avais pas été là pour moi même quand... même quand toi et moi, on n'était pas... enfin...
-Je sais, Kate. Mais ne te pose pas ce genre de questions. Avec des « et si », on referait le monde et je n'ai pas envie de refaire mon monde. Il est parfait. »
Elle sourit mais la pointe de tristesse dans son regard n'avait pas totalement disparu.
« -J'ai envie qu'elle s'en sorte mais je ne sais pas comment faire...
-Ce n'est pas ton combat, Kate. Je sais que tu veux l'aider mais ce n'est pas ton combat. Cette volonté, Alice doit la trouver seule, au fond de son cœur, comme toitu l'as fait.
-Et si elle ne la trouve pas ?
-Elle la trouvera. Elle est forte et elle n'est pas seule. »
Kate soupira une nouvelle fois avant de relever la tête. Elle reprit soudainement conscience de l'endroit où elle était. Le brouhaha habituel du poste revint à ses oreilles. Pendant cette heure, elle avait complètement oublié où elle était, seule Alice avait compté. Rarement, elle avait été affectée à ce point par une victime mais elle ne pouvait s'empêcher de ressentir cette douleur au plus profondde son cœur. Cette douleur qui avait été sienne. Les rires, les conversations, les feuilles des dossiers que l'on tourne et retourne, les bruits de fond de la télévision branchée sur les informations, oui, la vie continuait. Le temps ne s'était pas arrêté pour permettre à Alice de se ressaisir et Beckett comprit qu'elle n'avait pas de temps à perdre. Elle devait lui rendre justice. C'était ça son job.
New-York, école d'Anna
Ryan et Espo s'étaient de nouveau rendus dans la classe d'Anna pour essayer de tirer des informations sur Adam à la maîtresse de la petite fille mais celle-ci n'avait pu que confirmer que c'était bien le jeune homme avec lequel elle avait vu Anna partir quelques fois. Ils avaient alors pensé à vérifier auprès d'Ashley Miller si elle ne se souvenait pas d'autres détails sur sa meilleure amie. Ils avaient attendu la sortie des classes et le père d'Ashley, qui venait la chercher, pour l'interroger sans l'effrayer.
Ils allèrent s’asseoir sur un banc dans le fond de la cour sous un grand platane. Les enfants qui avaient étude couraient et riaient dans la cour. Le père d'Ashley prit sa fille sur ses genoux mais elle voulut descendre immédiatement sans avouer pourquoi à son père mais son regard se posa sur un petit garçon. Ryan ne put s'empêcher de sourire.
« -Salut, Ashley, je m'appelle Kévin et lui, c'est Javier. On est de la police.
-Comme la dame de l'autre jour.
-Oui, sourit Ryan.
-T'as une plaque toi aussi ?
-Oui, fit-il en la sortant et en lui tendant.
-Trop cool ! »
Elle joua quelques minutes avec. Elle croisa le regard d'une autre petite fille et elle ne put s'empêcher de l'agiter dans sa direction. La petite se tourna vers un petit groupe d'enfants pour s'empresser de leur dire. Nul doute qu'Ashley serait la vedette de la cour de récré le lendemain matin. Ashley reporta enfin son attention sur les deux lieutenants.
« -Vous avez retrouvé qui a fait du mal à Anna ?
-On croit que oui mais on aurait encore un peu besoin de ton aide, répondit Ryan.
-D'accord, fit-elle en rendant la plaque.
-Est-ce que c'est bien lui l'amoureux d'Anna ? Demanda Espo en lui tendant la photo.
-Oui, sourit-elle, elle avait de la chance !
-Est-ce que tu sais où il emmenait Anna quand il venait la chercher à l'école ? Reprit Ryan.
-Bah chez elle.
-Elle t'a dit ce qu'ils faisaient quand ils étaient ensemble ?
-Anna disait qu'il posait beaucoup de questions parce que c'était un agent secret.
-Il posait des questions sur qui ?
-Sur sa famille.
-Tu sais pourquoi ?
-Parce qu'un n'amoureux, il veut tout savoir, répondit-elle avec sa logique d'enfant.
-Il posait des questions sur la grande sœur d'Anna, alors ?
-Bah oui, Alice c'est la personne qu'Anna aimait le plus dans le monde entier. Mais c'est normal, Alice, elle est trop cool.
-Oui, elle est cool, confirma Ryan, merci de ton aide, Ashley, t'es super.
-Je peux aller dire au revoir ? demanda-t-elle en pointant du doigt un groupe d'enfants.
-Bien sûr, fit son père. »
Tous les trois regardèrent la petite courir vers ses amis et sautiller sur place d'un ami à l’autre pour leur faire un bisou sur la joue.
« -Merci beaucoup pour votre temps, dit Ryan
-Je vous en prie. »
Espo et Ryan s'en allèrent doucement.
« -Plus de doute, Adam Green est bien notre tueur. Qu'est-ce qu'il a bien pu faire à cette petite fille ? Demanda Ryan plus pour lui que pour Espo.
-Je ne sais pas mais il est temps de le retrouver, répondit Espo, avec une certaine détermination. »
Chapitre Vingt-Sept
Poste de Police du 12th, salle de pause
Elle s'était réveillée seule et endolorie. Ses yeux étaient lourds et lui faisaient mal. Un torticolis s'était subtilement glissé dans son cou. Elle n'était plus libre de ses mouvements. Elle n'était plus libre de rien, en fait. Elle avait donné ce qui lui restait de dignité à l'homme qui avait tué sa petite sœur. Sa seule raison de s'accrocher à cette putain de vie. Elle s'assit et pris ses jambes dans ses bras pour contrôler ses tremblements. Elle avait froid. Elle avait mal. C'est comme si on lui retournait sans cesse un couteau dans la plaie béante qu'était son cœur. Jamais, jamais, elle n'avait eu aussi mal. Même à la mort de sa mère. Pourtant, elle avait l'impression qu'on lui avait enlevé un bout de son cœur. Et c'est ce qu'on avait fait. Sa mère faisait partie d'elle. Mais sa sœur, c'était sa vie. On venait de lui arracher la vie. C'était étrange parce que son cœur continuait de battre et à chaque battement, c'était comme un coup de pioche martelé en pleine poitrine. On ne peut vivre sans sa vie. C'est ce que disait sa mère quand elle les regardait, elle et sa sœur. Elle passa sa main dans ses cheveux. Ils étaient gras. Elle était sale. Elle ne se rappelait pas la dernière fois qu'elle était passée sous la douche. C'était avant la mort d'Anna. Elle prit l'élastique qu'elle portait toujours à son poignet, pris ses cheveux et les réunit en une queue de cheval sur le haut de sa tête. Elle laissa ensuite ses bras tomber, ballants, le long de son corps. Les joues baignées de larmes, elle ne savait plus comment agir. Elle sursauta quand elle renifla. Elle ne s'était jamais sentie aussi perdue. Avant, il suffisait qu'elle regarde sa sœur pour que sa vie ait de nouveau un but. Mais aujourd'hui, elle ne savait plus. Elle était perdue. Perdue comme jamais. Elle était comme détachée de son corps. Elle n'était plus elle-même. Seules les larmes brûlantes coulant inlassablement le long de ses joues lui rappelaient qu'elle était là. Elle était là... Sa respiration eut un raté à cette constatation. Elle était là. Mais Anna n'était plus. Et sa mère non plus.
Poste de Police, salle annexe
Colin Bennett était arrivé il y a quelques minutes déjà. Un officier l'avait conduit ici. Il n'était pas à l'aise. C'était un alcoolique, mari violent et mauvais père et même s'il en avait conscience, il n'aimait pas le regard moralisateur que l'on posait sur lui. Il gesticulait sur sa chaise, il ne savait comme se mettre. Croiser les jambes ? Les décroiser ? Il ne savait pas ce qui était le plus naturel. Il avait oublié comment se comporter en société. Cela faisait des années qu'il ne sortait plus. Depuis la mort de Karen, en fait. Il ne savait pas pourquoi on l'avait fait venir ici. Il ne voulait plus avoir à encaisser de mauvaises nouvelles. Il ne voulait pas qu'on lui dise qu'Alice était... Alice ne l'avait jamais aimé, il le savait mais il savait aussi que c'était une bonne gamine. Elle le détestait peut-être mais elle lui laissait toujours une part de leur repas dans le frigo. Son linge était toujours plié et rangé dans son armoire. L'appartement toujours très propre. Alice ne l'avait jamais laissé s'enfoncer plus que de raison. Elle ramassait les cadavres de bouteilles et les jetait. Non, jamais, elle ne l'avait laissé tomber. Elle avait toujours agi dans l'ombre, ne voulant pas qu'il le sache mais il le savait. Sa fille était quelqu'un de bien et il n'avait pas su être là pour elle. Il avait pourri la vie de sa femme et n'avait pas su s'occuper de ses deux filles. Il méritait le diplôme du père le plus nul de l'année et il le savait mais jamais, non jamais, il ne se pardonnerait le fait d'avoir abandonné Anna. Il adorait sa petite fille et maintenant, elle était morte. Il aurait dû faire mieux. Mais... il paraît que le passé était irrémédiable.
« -Monsieur Bennett ? Fit Beckett en entrant dans la salle suivit de Castle.
-Vous avez des nouvelles de ma fille, Lieutenant ? Dit-il en se redressant sur sa chaise.
-Oui, Alice va bien. Elle est actuellement au poste en train de se reposer. »
Il poussa un soupir de soulagement. Beckett se tourna vers Castle, il hocha imperceptiblement la tête.
« -Monsieur, nous savons qui a tué votre petite fille.
-Oh...
-Vous vous rappelez du garçon que fréquentait Alice ?
-Euh... Oui, bien sûr.
-Et bien... C'est lui qui a tué Anna.
-Quoi ? Est-ce qu'Alice y est pour...
-Non ! Non ! S'empressa de dire Beckett, il l'a fait pour atteindre Alice.
-Mais pourquoi ?
-Nous ne connaissons pas encore ces motivations précises mais nous allons trouver et rendre justice à votre fille.
-Où est-il ? J'aimerai le voir.
-Nous ne savons pas encore où il est mais nos équipes le recherchent activement.
-Mais... mais je ne comprends pas...
-C'est simple, Monsieur, nous allons retrouver le meurtrier de votre fille et le mettre en prison.
-Mais vous ne savez pas où il est ?
-Non, pas encore, ne put qu'admettre Beckett, mais il sera bientôt hors d'état de nuire, faîtes-moi confiance.
-Et Alice ?
-Elle va rester sous protection policière jusqu'à ce que l'assassin soit retrouvé. Et vous aussi.
-Moi ?
-Oui, nous avons des raisons de penser qu'Adam Green s'en prend à votre famille.
-Comment ça ?
-Nous avons retrouvé des photos de votre femme dans ses affaires...
-De Karen ?
-Oui...
-Je ne comprends pas... Karen avait une liaison ?
-Je ne sais pas, Monsieur. Mais votre femme connaissait l'assassin de votre fille. »
Il se gratta la tête avant de se passer la main sur le visage.
« -Je ne suis pas sûr de comprendre. Ma femme... Karen est morte d'une chute dans les escaliers, c'est ce qu'a conclu l'enquête.
-Je sais mais personne ne sait réellement ce qui s'est passé ce soir-là.
-Je... Je n'étais pas à la maison ce soir-là.
-Je sais. Mais Alice était là, n'est-ce pas ?
-Vous ne croyez quand même pas qu'Alice ait pu...
-Non, non, je ne crois pas qu'Alice aurait pu faire quoi que ce soit à sa mère mais peut-être a-t-elle entendu quelque chose ?
-Elle a toujours refusé d'en parler. Et je ne vois pas pourquoi elle me l'aurait dit, elle me tient comme responsable de la mort de sa mère. »
Il soupira.
« -Je veux bien admettre avoir fait beaucoup de mal à ma femme mais je ne suis en rien responsable de sa mort. Et je ne crois pas Karen capable d'avoir une liaison avec un gamin de l'âge d'Alice. Et puis, je ne crois pas qu'Alice fréquentait ce garçon avant la mort de sa mère...
-Comment aurait-il connu votre femme alors ?
-Je... Je ne sais pas... Je suis désolé mais je ne sais pas... »
Kate vit toute la détresse qui s'emparait de lui. Ses regard s'était voilé. Il disait la vérité, il n'était au courant de rien. Il était complètement désemparé. Il ne comprenait vraiment pas. Il ne savait vraiment pas.
« -Ce n'est pas grave, Monsieur, nous retrouverons qui a fait cela, assura Beckett. »
Un reniflement les fit se retourner. Alice se tenait debout contre le chambranle de la porte, les yeux dans le vague, les joues rouges d'avoir pleuré. Ses yeux brillaient plus que de raison.
« -Alice, souffla son père.
-Papa, dit-elle d'une voix rauque.
-Alice, tout va bien ? Demanda Beckett.
-Est-ce que... est-ce qu'Adam a fait du mal à ma mère ? C'est lui n'est-ce pas ? Sa voix dérailla. »
Son père se leva et s'approcha d'elle. Il tendit la main vers elle mais :
« -Non ! Ne me touche pas ! C'est trop tard, c'est avant qu'il fallait réagir. Avant que cette famille n'en soit plus une. T'as tout gâché ! »
Son corps était secoué de soubresauts. Elle retenait ses larmes.
« -Alice, je...
-Tu es désolé ? Le coupa-t-elle. J'en ai marre des excuses ! Je ne suis pas maman, tes excuses ne me suffisent pas. C'est trop facile de dire que l'on est désolé... »
Colin Bennett laissa retomber sa main le long de son corps. Il ne savait pas comment réagir face à sa fille et Castle ne put s'empêcher d'être attristé. Beckett avait raison, il n'était peut-être pas le père de l'année mais il méritait qu'Alice lui donne une seconde chance. Et Alice ne pourrait s'en sortir sans son père. Il décida alors d'intervenir.
« -Peut-être pourrions-nous laisser Beckett et Alice, seule ? Vous ne croyez pas, Monsieur Bennett ?
-Je ne sais pas.
-Venez avec moi, insista-t-il, allons boire un café. »
Monsieur Bennett se laissa guider par Castle. Kate fit un hochement de tête entendu à son mari avant de se tourner vers Alice.
« -Je crois qu'il va falloir que tu me dises ce qui s'est passé cette nuit-là, Alice, dit-elle d'une voix douce.
-Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.
-Mais tu étais là ?
-Oui, j'étais là. »
Chapitre Vingt-Huit
Poste de Police du 12th
Kate était sortie quelques minutes de la salle à la demande d'Alice. Elle l'observait de sa chaise. Alice avait séché ses larmes. Elle essayait de contrôler les émotions qui déferlaient sur son corps frêle. Cette force apparente, artificielle, était sa faiblesse. La loi de Murphy s'appliquait à la lettre à sa vie mais jamais elle ne laissait rien paraître. Son âme était violacée des coups qu'elle essayait d'encaisser sans jamais broncher. Être prise en pitié la rebutait plus encore. Sa fierté serait sa perte, pensa Beckett, même si son courage était admirable. Kate alla chercher un verre d'eau en salle de pause avant de rejoindre Alice.
« -Je peux entrer ?
-C'est votre commissariat, faîtes ce que vous voulez.
-Tiens. »
Elle prit le verre, fit tourner l'eau quelques secondes avant de le poser sur la table.
« -Tu veux bien me parler de ce qui s'est passé le soir de la mort de ta mère ? »
Ses yeux se mirent immédiatement à briller, des perles se glissèrent dans le coin de ses yeux. Elle les cligna pour les chasser.
« -Tu as entendu quelque chose d'inhabituel dans la maison ? Tenta de nouveau Beckett.
-Je me rappelle d'absolument tout ce qui s'est passé ce soir-là. Il y a tellement de choses que j'aimerai oublier... Mais c'est comme gravé en moi. »
Elle baissa les yeux et lâcha un soupir lourd de sens.
« -Je me rappelle d'absolument tout mais je ne sais absolument rien. Mon père avait emmené Anna au cinéma. Cela faisait des jours qu'elle le bassinait avec ça. Quand elle voulait quelque chose, elle savait comment s'y prendre. Il a fini par céder. Il lui cédait toujours et ma mère tenait à ce qu'ils passent du temps ensemble. Ils sont partis à 20h. Je suis sortie de ma chambre pour embrasser Anna, elle ne voulait pas partir de la maison sans que tous ceux qui ne l’accompagnaient pas, ne lui fasse un bisou. Ma mère avait préparé le dîner, on a mangé toutes les deux et elle a commencé à me parler de mes fréquentations. J'avais peu d'amis pour ne pas dire pas du tout. Cela l'inquiétait beaucoup mais je détestais qu'elle se mêle de ça. Elle se sentait coupable. Elle pensait que c'était de sa faute et de celle de notre drôle de famille si je n'osais pas à aller vers les autres. Bien sûr qu'elle avait raison, dit-elle plus vivement, mais il était hors de question que je l'avoue. Je lui ai dit que tout allait bien, qu'elle n'avait pas à s'en faire mais elle a insisté et je me suis énervée. Fichue hormones de l'adolescence. Je m'étais promis de ne pas devenir cette caricature de l'adolescente invivable mais dès que ma mère devenait inquisitrice, c'est comme si l'instinct reprenait le dessus. On... on s'est disputé... »
Sa voix s'éteignit.
« -Prends tout le temps dont tu as besoin, Alice.
-La dernière chose que j'ai dite à ma mère, c'est d'aller se faire voir, que c'était ma vie et pas la sienne. J'ai vu dans son regard que je l'avais blessée et... j'en ai ressenti une certaine satisfaction. J'ai tellement honte aujourd'hui, j'aurai dû lui dire de me comprendre, de me laisser faire mes erreurs mais pas de...
-Tu ne peux pas refaire le passé, Alice.
-Non, c'est vrai. Mais c'est assez injuste de se rendre compte de la valeur des choses une fois qu'on les a perdues.
-C'est souvent le cas malheureusement mais il est temps que tu apprennes à tirer un trait sur le passé. Il faut vivre au présent, les regrets ne sont là que pour nous faire du mal.
-Est-ce qu'on oublie un jour ? Demanda-t-elle subitement en fixant Beckett droit dans les yeux.
-Non, souffla-t-elle, mais on apprend à vivre avec et tu verras qu'un jour tu te réveilleras et ce sera moins douloureux.
-Ça a été le cas pour vous ?
-Oui mais comment...
-Je les reconnais les gens marqués par la douleur, ne me demandez pas comment, je le sais, c'est tout. »
Un silence s'installa alors avant qu'Alice ne reprenne la parole.
« -Je suis allée m'enfermer dans ma chambre et j'ai mis mes écouteurs, reprit-elle. Pour ne plus rien entendre. Elle est venue me voir dans ma chambre aux alentours de 21h mais je n'ai pas daigné enlever mes écouteurs. Elle a parlé et je n'ai pas entendu... Je n'ai pas entendu les derniers mots que ma mère m'a dits. Elle a soupiré avant de s'en aller en refermant la porte derrière elle.
-Tu n'as absolument rien entendu ?
-Non, rien du tout. J'étais là... j'étais là pendant que ma mère était en train de... de se faire...
-Je crois savoir que c'est toi qui a appelé la police, intervint Beckett pour l'aider, à quel moment es-tu sortie de ta chambre ?
-J'ai vu les lumières vaciller sous ma porte. Au début, j'ai cru que c'était ma mère qui s'agitait. Quand elle était inquiète, elle faisait les cents pas ou le ménage. Mais... Mais je l'ai entendu hurler. Elle a vraiment crié très fort pour que je l'entende alors que j'avais les écouteurs. Je me rappelle que mon cœur a sauté un battement. Jamais elle n'avait crié aussi fort même quand mon père...
-Tu es sortie de ta chambre ?
-Ouais... J'étais terrorisée et j'entendais plus aucun bruit alors j'suis sortie. J'ai pas vu ma mère et qui que ce soit d'autre d'ailleurs.
-Il aurait pu se cacher quelque part ?
-On habitait dans un duplex et j'avoue ne pas avoir vérifié en haut. J'ai pas vu ma mère tout de suite. J'ai fait le tour du salon et c'est là que je l'ai vu en bas des escaliers. Elle était déjà inconsciente. J'ai crié et je me suis agenouillée près d'elle. Je l'ai secouée en l'appelant. J'avais totalement oublié les gestes de premiers secours. Je ne sais même pas combien de temps il s'est écoulé entre le moment où je l'ai trouvée et le moment où j'ai appelé les secours.
-Tu n'as rien vu d'étrange dans l'appartement ? Quelque chose qui n'aurait rien eu à y faire.
-Non, tout était à sa place. Quand les secours sont arrivés, ils m'ont dit que c'était déjà trop tard. Ensuite, ils ont fait le tour de l'appartement et ils ont vite conclu à un accident.
-Tu les as crus ?
-Qu'est-ce que j'aurais pu croire d'autre ?
-Tu es bien sûre que rien n'avait bougé dans l'appartement ? S'assura Beckett.
-Non, je suis sûre, tout était à sa place. Mais... hésita Alice.
-Oui ?
-La fenêtre du salon était ouverte. C'était en plein hiver, il neigeait, ma mère n'avait aucune raison d'ouvrir les fenêtres mais je ne me suis pas posée de questions sur le moment.
-Quelqu'un aurait pu rentrer par la fenêtre ?
-On habitait au rez-de-chaussée alors oui mais la fenêtre du salon donnait sur une rue qui ne menait à rien. Il y avait juste des poubelles entassées, personne ne connaissait cette rue... En tout cas, je n'y ai jamais vu personne.
-Mais quelqu'un aurait pu rentrer ou sortir par la fenêtre ?
-Ouais... Ouais, j'crois. »
Elle renifla.
« -Vous êtes sûre que c'est lui ? Que c'est Adam j'veux dire ?
-Oui, Alice, je suis désolée.
-Comment il a pu...? On ne se fréquentait même pas avant la mort de ma mère.
-Il va falloir que tu me parles de lui. »
Quelque part dans les rues de New-York
Il était fatigué. Il marchait depuis ce matin. Il ne voulait pas s'arrêter. Il savait que s'il prenait le risque de s'arrêter, il prenait le risque de se faire prendre. Il avait remarqué que les patrouilles de flics s'étaient multipliées ces dernières heures. Mais il n'était pas question pour lui de se faire attraper. Il avait échafaudé un nouveau plan en marchant. Il allait retrouver Alice et il la prendrait avec lui. Qu'elle vienne de son plein gré ou non. Il était prêt à tout, même à l'enlever et il l’emmènerait loin de New-York. Au début, elle serait probablement en colère surtout si les flics lui disaient ce qu'il avait fait à Anna et Karen mais elle finirait bien par se calmer. Il serait peut-être même obligé de l'attacher au début. Mais rien, non rien, ni personne ne l'empêcherait plus de goûter à la soie de sa peau, à la douceur de ses lèvres. Personne ne l'empêcherait de glisser sa main dans ses cheveux. Il n'avait pas voulu faire de mal Anna et encore moins à Karen mais c'était le seul moyen pour qu'Alice soit à lui. Il la voulait. Il la voulait tellement. C'était un manque au quotidien. Quand elle n'était pas avec lui, il ne se sentait pas lui-même. Il avait besoin d'elle mais le monde entier se mettait entre elle et lui. Sa mère avait été la première à lui dire qu'Alice n'était pas une fille pour lui. Cela l'avait mis dans une rage profonde et s'était passé ce qu'il s'était passé. Il ne regrettait en rien parce que par la suite, Alice avait été sienne mais il avait fallu qu'on lui mette des idées d'études dans la tête. Il l'aurait entretenue, lui. Il aurait trouvé un boulot quelconque et lui aurait offert une vie simple. C'était ce dont elle avait besoin. Mais non, il avait fallu qu'elle parte à l'autre bout du pays, qu'elle crée en lui ce manque, ce vide. La colère avait alors pris place au manque et son plan machiavélique s'était tout naturellement mis en place. Alice était à lui.
Chapitre Vingt-Neuf
Poste de Police du 12th, salle de pause
Castle avait dit à Mr Bennett de s’asseoir pendant qu'il lui préparait un café. Il s'était alors avachi sur le dossier de la chaise. Il semblait impuissant. Il ne ressentait plus rien en ce moment précis, vidé de son essence par une existence indélicate qui le dépassait depuis longtemps. Il avait commencé à boire après la naissance d'Alice quand il s'était rendu compte qu'il ne pouvait pas prendre sa fille dans ses bras sans qu'elle ne se mette à hurler. Alice pleurait tout le temps et nul médecin n'a jamais su pourquoi. Peut-être ressentait-elle déjà la violence qui allait s'abattre sur la famille ? Pour ne plus l'entendre, il avait alors commencé à boire. C'était Karen qui se levait la nuit. Elle lui chantait des berceuses, la prenait contre elle pour qu'elle se sente en sécurité, lui faisait faire des tours de voiture pour qu'elle se calme mais rien n'y faisait. Le bébé qu'elle était finissait par s'endormir harassé d'avoir crié ce mal-être que personne n'était en mesure de comprendre. L'alcool l'avait rendu mauvais. Il avait commencé à s'en prendre à Karen. Il lui reprochait d'avoir voulu de cet enfant qui ne les aimait pas. Ce n'était plus lui qui parlait mais cette haine qui naissait dans le mélange de l'alcool et de l'impuissance. Il avait commencé à devenir violent et les années jouant leur pesant, il était devenu de plus en plus aigri. À la naissance d'Anna, quand on lui avait mis ce bébé dans les bras et qu'il n'avait pas pleuré, il s'était dit qu'il avait une seconde chance. Il avait alors essayé d'arrêter de boire mais il n'avait jamais pu arrêter totalement. Il avait essayé de s'investir dans la vie d'Anna et cette petite fille aussi pétillante qu'agaçante lui avait redonné le goût de vivre. Mais rien n'avait pu réprimer cette violence que l'alcool avait fait couler dans ses veines. Karen en avait payé les frais et lui aussi, Alice l'avait détesté pour cela. Il avait perdu sa fille à chaque coup donné à sa femme. Et il s'en voulait terriblement aujourd'hui. Mais c'était trop tard. Cette phrase lui revenait souvent à la figure ces derniers temps...
« -Tenez, dit Castle en lui tendant une tasse fumante.
-Merci, murmura-t-il.
-Alice va se calmer, vous savez. Il faut seulement que vous lui laissiez du temps.
-Vous la connaissez mal, elle est assez rancunière cette gamine. Elle m'en voudra toujours pour ce que j'ai fait à sa mère.
-Et c'est légitime non ? Ne put s'empêcher de dire Castle.
-Je n'ai pas besoin de moralisateur, merci.
-Désolé, marmonna Castle, penaud.
-Je sais que j'ai gâché la vie de ma femme et celle de ma fille aînée. Et j'ai été assez stupide pour boire plus que de raison et ne pas me rendre compte qu'on assassinait ma petite fille alors que j'étais dans la pièce à côté.
-Vous aviez été drogué, ce n'est pas votre faute.
-Ce n'est pas la peine d'atténuer mes fautes, je sais que je suis coupable. Mais j'aimerais qu'on retrouve cet Adam... Anna était innocente, elle parlait peut-être un peu trop mais elle était adorable, je ne comprends pas pourquoi...
-On va le retrouver, le rassura Castle.
-Ou peut-être pas. S'il fait du mal à Alice, je crois que...
-Il n'arrivera rien à votre fille, la police va la protéger.
-Quand Alice a décidé quelque chose, rien ni personne ne l'arrête. Si elle décide de se soustraire à la protection de la police, elle le fera croyez-moi. Vous avez bien vu à l'hôpital.
-Oui, elle est très intelligente.
-Peut-être même un peu trop. Je n'ai jamais su la comprendre même quand elle était bébé.
-Vous avez encore du temps devant vous pour gagner la confiance et le cœur de votre fille. Rien n'est perdu.
-Elle me déteste, dit-il, radical.
-Oui mais il ne lui reste que vous. Et croyez-moi, cela fera une différence. Elle aura besoin de quelqu'un. Reprenez-vous en main et soyez ce quelqu'un. Sa douleur s'atténuera avec le temps et même si elle ne vous pardonne pas en totalité, vous restez son père et elle vous aime. Elle est seulement aveuglée par sa colère en ce moment.
-Vous... vous croyez ? Demanda-t-il soudain plein d'espoir.
-J'en suis même persuadé, sourit Castle. »
Le téléphone de Castle sonna ce qui troubla l'atmosphère quelque peu apaisante dans laquelle s'était glissée Mr Bennett.
« -Excusez-moi, dit Castle avant de s'éloigner, oui mère ?
-Oh Richard ! S'exclama-t-elle.
-Qu'y a-t-il ?
-C'est tout simplement merveilleux.
-Mais de quoi parles-tu enfin ? S'agaça Castle.
-Alexis vient de revenir avec le fleuriste. On a pensé à disposer des pétales entre toutes les chaises, mon dieu, cela va être magnifique !
-Tu m'en vois ravi mais tu m'appelles seulement pour cela ?
-Non, non. Lanie vient de m'appeler et on a un problème.
-Quel problème ?
-On ne peut décemment pas organiser un mariage sans robe de mariée.
-Je t'ai dit que Kate avait la sienne.
-Oui mais ta chère et tendre la garde sous clé. Elle ne veut que personne ne la voie avant le jour J.
-Je subtiliserai les clés de l'appartement de Kate et on la récupérera, cesse de m'angoisser pour cela, mère.
-Je suis tellement contente, Richard, tu n'imagines même pas !
-Si, j'en ai une petite idée, sourit-il rêveur. »
Il imaginait déjà Kate dans sa belle robe arrivant, les yeux écarquillés entre la surprise et le bonheur. Il voulait que ce soit aussi inattendu que merveilleux pour elle. Après tout, c'est elle qui lui avait glissé cette envie pressante de se marier.
« -Richard ? Tu m'écoutes toujours ?
-Oui mère, soupira-t-il.
-J'ai tellement d'idées.
-Oh, on se calme ? Quelles idées ?
-Oh tiens, David, je ne vous avais pas reconnu ! Je vais devoir te laisser, chéri ! À ce soir ! Chantonna-t-elle presque.
-Mère ? Mère ?! Quelles idées ?! »
Mais elle avait déjà raccroché. Castle rangea son téléphone, inquiet de ce que sa mère allait encore pouvoir inventer. Il voulait seulement que ce soit parfait, que pour une fois, leur beau moment ne soit pas gâché par il ne savait quelle élucubration de il ne savait qui. Il tourna la tête et aperçut Kate dans la salle avec Alice. Elle était légèrement penchée vers elle alors qu'Alice, recroquevillée sur sa chaise, pleurait en silence les larmes qu'elle ne pouvait retenir.
Poste du 12th, salle annexe
Alice s'était arrêtée de parler quand Kate lui avait demandé de lui parler d'Adam. A cet instant, elle aurait voulu se diluer, disparaître sans que personne ne la remarque. Se muer en un imperceptible souffle d'air glacé. Ne plus exister. Elle ne savait comment aborder sa relation avec Adam. Comment avouer que l'on avait couché avec l'homme qui avait décimé sa famille ? Elle avait honte. Elle se sentait salie, souillée. Elle aurait voulu se glisser sous l'eau froide et frotter, frotter, frotter ces pêchés dont elle ne débarrasserait jamais.
« -Alice ? Tenta Kate.
-J'ai envie de vomir, parvint-elle à articuler, en mettant une main devant sa bouche. »
Elle eut juste le temps de rejoindre la salle de pause et le lavabo avant de vomir tout ce qu'elle pouvait. Son âme toute entière était plongée, prisonnière, dans un coma émotionnel profond dont elle savait pertinemment qu'elle ne ressortirait pas indemne. Les séquelles indélébiles et délétères lui lacéreraient éternellement le peu de tristes lambeaux qui restait de son cœur meurtri. Son père vint lui tenir les cheveux qui retombaient sur son visage alors qu'elle vomissait ce que son corps n'avait même pas ingurgité. Quand son corps fut calmé, elle but une gorgée d'eau avant de se retourner vers son père. Kate, qui était restée hors de la pièce, crut lire un merci se dessiner sur ses lèvres. Colin Bennett esquissa alors un sourire. Alice le scruta de son regard pénétrant, le même que celui de sa mère, pensa Colin. Elle s'était lancée dans un combat intérieur. Elle ne savait plus où elle en était alors elle se laissa aller dans les bras de ce père qu'elle avait tant détesté. Il la serra fort contre lui alors qu'elle pleurait de nouveau.
Castle qui avait rejoint Kate, lui mit un léger coup de coude comme pour lui signifier qu'elle n'avait pas à tant s'inquiéter. Alice allait s'en sortir, Kate pouvait en être sûre maintenant.