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Série : Castle
Création : 22.09.2014 à 21h03
Auteur : cathy24
Statut : Terminée
« Courant saison 7, ou 8, ou... En fait, suite au 6x23, j'ai eu besoin d'écrire un gros délire. » cathy24
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Quoi de neuf, docteur ?
1er chapitre
Il était pourtant juste un peu plus de dix heures mais il y avait un tel temps resplendissant qu’à l’exception de Beckett, tout le monde portait déjà des lunettes de soleil. Bientôt, la chaleur serait également étouffante. Mais cela importait peu. Castle s’en moquait totalement. Au contraire, c’était parfait. Le meilleur timing jamais réalisé de tous les temps. Quatre hommes devant la porte d’entrée de la maison, autant à celle de derrière, encadrés par Ryan et Esposito. Quelques minutes encore et Joachim Fernandez serait appréhendé. Et là, Castle se réjouissait par avance : Kate serait toute à lui pendant deux semaines. Toute à lui… En fait, il serait plus exact de dire qu’ils seraient tout à l’autre. Rien que cette idée lui provoquait une impatience exacerbée. Pas un centimètre carré de son corps qui ne frissonnait à l’idée de cette présence l’un pour l’autre pendant quinze fois vingt-quatre heures d’affilée. Il la prendrait dans ses bras autant qu’il le voudrait, autant qu’elle le lui permettrait, sans se soucier de savoir si des agents du poste pouvaient les voir, sans se cacher parfois de la présence de Martha ou Alexis, sans se préoccuper du regard d’anonymes qu’ils pouvaient croiser. Quinze jours dans un chalet au milieu des bois en bordure d’un petit lac privatif. Ils prendraient le temps d’apprécier chaque seconde qui défilerait. Sans contrainte, sans portable, sans télévision, se moquant des règles de sociabilité et de décence. Juste eux deux pour se tenir compagnie. Juste ce plaisir sans prix. Et ces soirées qu’il savait déjà en grande partie comment occuper.
Il ne s’en rendait pas compte mais cette vision de leur futur proche amena un sourire béat sur ses lèvres provoquant un regard réprobateur de Beckett. Oui, il savait : il fallait qu’il reste concentré et même s’il ne pénétrerait comme toujours qu’en dernier sur le lieu prochainement investi, il devait rester attentif. Mais voilà, sanglée dans son gilet pare-balles, Kate continuait d’être magnifique et cela le ramena très vite vers ses pensées oniriques et coquines. Il ne se lassait pas de la regarder. Il ne se lasserait jamais de la regarder. C’était impossible d’imaginer que cela puisse arriver même le temps d’une nanoseconde. S’il devait définir Kate Beckett en quelques mots, il en serait bien incapable. Elle avait été à l’origine de six romans. Six aventures de Nikki Heat, ce double du lieutenant de son cœur qu’il suivait depuis presque sept années. Il lui avait avoué un jour qu’elle était un mystère qu’il ne parviendrait jamais à sonder totalement. Et c’était vrai. Et il en était heureux car il ne connaissait pas l’ennui avec elle. Elle était un pétillement permanent d’excitations intellectuelles, émotionnelles et sensuelles. Mais plus encore, ils avançaient d’un même pas, dans un même désir perpétuel, dans une osmose toujours autant affermie qu’elle laissait les témoins de leur liaison incrédules de tant de fusion entre eux. Kate était formidable, remarquable, incroyable, parfaite. Elle ensoleillait sa vie. Même s’il s’avouait sans aucune modestie que, de son côté, son propre charme, son humour, ses qualités spirituelles, son écoute totale, sa fantaisie, offraient à Beckett un bonheur digne de celui qu’elle lui procurait. Après tout, n’avait-il pas fini par la convaincre qu’il était l’homme de sa vie ? Et comment ne pas en éprouver de la fierté et une pointe de suffisance puisqu’elle avait finalement succombé à ses charmes ? Mais d’ailleurs, c’était vrai : quelle femme pouvait lui résister s’il décidait de la séduire ou de se faire apprécier d’elle ? Aucune ! Sauf,… Victoria Gates. Incompréhensible d’ailleurs. Purement inconcevable ! Il avait pourtant tout essayé mais rien n’y faisait, elle continuait de rester réfractaire à sa personne. Bah ! De toute façon, c’était à Kate qu’il voulait continuer de plaire, encore et encore, toujours, et là… pendant quinze jours, il se démènerait pour être encore plus formidable, serviable, disponible et il lui prouverait une fois de plus à quel point il était amoureux d’elle autant que le premier jour, plus que le premier jour où il en avait pris conscience. Kate était son indispensable sourire du matin, son nécessaire chaud baiser du petit déjeuner, son primordial regard caressant qui sucrait son café, sa coquine mignardise câline sous la douche.
Kate faisait les gros yeux à Castle mais elle s’en voulait. Comment pouvait-elle lui lancer ce regard noir alors que le sien débordait d’amour ? Parce que c’était toujours de l’amour ou de la tendresse ou de l’admiration ou du désir qu’elle voyait dans ses prunelles. Toujours des sentiments au travers desquels elle se sentait importante, vitale à l’existence de cet homme. Elle vivait pleinement à travers l’image qu’il lui renvoyait. Sans lui, elle savait qu’elle serait amputée d’une partie d’elle-même. Elle n’aurait jamais su à quel point il était agréable de se sentir à ce point exister. Depuis le moment où elle n’avait plus refusé de se lover entre ses bras, depuis l’instant où elle avait accepté le cadeau magnifique de cet amour qu’il lui offrait, elle avait véritablement été enfin elle-même. Comme si de chenille il avait fait d’elle un magnifique papillon. Devant le regard noir qu’elle venait de lui jeter, il prit un air contrit. Mais il s’aperçut qu’elle s’adoucissait en le voyant subitement attristé et qu’une infinie tendresse avait remplacé dès lors l’irritation dans ses yeux. Car elle était incapable de ne pas céder à ce qu’elle voyait dans le regard de Rick Castle à son égard. Elle respirait la joie de vivre quand elle était à ses côtés et elle n’en revenait pas que cet homme adulé, convoité, soit venu la chercher, elle. Comme il avait été agaçant, exaspérant, crispant au début ! Mais comme de ces premières impressions, il était parvenu à faire un terreau dans lequel leur passion avait peu à peu éclos avec force ! Quand on ne se laissait pas tromper par l’aspect fanfaron du personnage, on découvrait des monceaux de merveilles. Elle avait refusé si longtemps d’admettre qu’il lui plaisait ! Au point qu’elle avait failli ne pas permettre à leur histoire d’exister. Mais, là, ses hésitations étaient belles et bien terminées à jamais. Elle ne concevait pas de vivre et vieillir sans lui. Ce matin, ils allaient interpeller Joachim Fernandez. Ensuite, ils iraient passer les deux prochaines semaines, seuls au milieu des bois, à ne se nourrir que du plaisir d’être côte à côte du matin au soir. Elle se doutait qu’il avait prévu de quoi agrémenter leur séjour. Mais il ignorait qu’elle aussi avait préparé de quoi le surprendre, le titiller, le faire fondre encore plus de désir pour elle.
- Lieutenant ?
Beckett se tourna vers le policier à ses côtés.
- Oui ?
- Tout le monde est prêt.
- Très bien.
Rien ne prédestinait apparemment Joachim Fernandez à devenir un meurtrier. Un scientifique de renommée internationale, spécialiste de la physique des particules et de l’antimatière. Qu’avait-il pu se passer avec son collègue, Will Morisson, pour que ce dernier appelle le 911 et que la standardiste entende distinctement deux coups de feu ? Les flics dépêchés sur place avaient retrouvé le portable de la victime mais aucun corps et juste quelques gouttes de sang sur le sol d’un laboratoire. En repassant l’enregistrement, on entendait nettement l’un demander à l’autre de ne pas faire cela, Fernandez dire que toute sa vie, il aurait la mort de Morisson sur la conscience. Rapidement, la trace du suspect fut retrouvée : il était revenu chez lui où il vivait avec sa femme et sa petite fille de trois ans. L’arrestation était délicate car les enquêteurs ignoraient tout des motivations du scientifique et il fallait espérer qu’il n’ait pas des tendances suicidaires dans lesquelles il entraînerait sa famille. Beckett ne souhaitait que l’appréhender sans dégât. Elle voulait comprendre. Elle avait besoin d’apporter des réponses à toutes les familles de victimes, et cela, depuis qu’elle avait vécu le traumatisme de la mort de sa mère en courant pendant des années derrière les responsables. Elle voulait savoir aussi où Fernandez avait dissimulé le corps de Morisson. Mais s’il le fallait, Beckett savait qu’il fallait privilégier la vie de la fille et de la femme de cet homme. Il n’avait pourtant pas le profil d’un tueur et elle était persuadé qu’en l’appréhendant, il dirait tout, sans se faire prier, sans finasser avec eux. Juste pour soulager sa conscience.
- Où est-il en ce moment ? Interrogea-t-elle.
- On me dit qu’il est dans son jardin à bricoler.
Bricoler ? Est-ce qu’on bricolait quand on venait de tuer un homme ? A moins qu’il ne soit venu chercher des outils pour faire disparaître les preuves de son crime ? Beckett en conclut qu’il ne fallait plus tergiverser et qu’il fallait foncer.
- On y va, souffla-t-elle.
L’intrusion se fit simultanément par la porte de devant et par le portillon du jardin. Un jardin d’une superficie assez modeste qui permettait à un petit enfant de se dégourdir les jambes et aux parents de passer d’agréables soirées en compagnie d’amis. Et il était vrai que le barbecue près de la cabane de jardin incitait à penser que de joyeuses réunions avaient du avoir lieu ici. Il y avait aussi cet endroit dédié sans aucun doute possible à la fille de Fernandez : une aire délimitée et sécurisée mi-trampoline mi-château gonflable débordante de balles de toute taille et couleur. Il y avait aussi cette étrange structure au milieu de l’espace, une sorte de reproduction d’une machine vue probablement dans un film de science-fiction quelque chose entre Star Wars et Star Trek, et qui devait être un magnifique support relationnel entre un père sommité en physique et son enfant. Rien de mieux que le jeu pour éduquer à un si petit âge.
Il était là. Fernandez. A quelques mètres d’eux. Esposito et Ryan l’avaient en ligne de mire. Mais quand ils lui ordonnèrent de se coucher au sol, l’homme bondit vers l’étrange assemblage central. Il appuya sur quelques boutons, tira quelques manettes et la machine s’activa en émettant un son criard tandis qu’une sorte de canon se releva et que des faisceaux de lumière bleutée envoyaient des éclairs dans toutes les directions. Le bruit devint si aigu, qu’il en était insupportable et les flics instinctivement se protégèrent les oreilles tandis qu’Esposito hurlait dans son micro qu’ils avaient un problème à l’arrière.
Beckett demanda à ceux qui l’accompagnaient d’accélérer et de se diriger vers la cuisine dont une porte s’ouvrait vers l’arrière de la maison. Ils s’engouffrèrent rapidement dans le couloir qu’ils remontèrent aussi vite qu’ils purent jetant rapidement des coups d’œil dans chaque pièce pour éviter toute mauvaise surprise. Sur leur gauche un peu plus loin, une femme apparut qui descendait l’escalier. Un policier la fit remonter à l’étage et l’y accompagna. Le reste de la troupe trouva sur la droite une porte ouverte sur le salon. Il n’y avait qu’une fillette, assise par terre à environ deux mètres de l’écran de télévision, qui regardait des dessins animés. Caste fit un signe à Beckett signifiant qu’il s’occupait de l’enfant.
Rick pénétra dans la pièce et vint s’accroupir près de la gamine. Elle avait un joli minois qui lui rappela celui d’Alexis au même âge, même si elle était aussi rousse que cette fille était brune. Il y avait une véritable lueur d’intelligence dans ce regard enfantin qui plut tout de suite à Castle et du coup, il s’assit carrément à ses côtés et commença de s’intéresser au cartoon. Bip Bip ridiculisait une fois de plus le coyote qui pour la millième fois se prenait un gros rocher sur la tête. L’enfant partit d’un grand éclat de rire et elle entraîna Castle dans ce moment de joie. Rick ne pouvait s’empêcher de penser à ces dimanches matins neigeux où avec Alexis âgée de cinq ans maximum, ils restaient devant la télévision, blottis l’un contre l’autre à regarder toute une farandole de dessins animés. Castle réalisa subitement combien il avait la nostalgie de cette période. Ou bien davantage de cette Alexis, câline, qui venait se noyer dans ses bras au moindre souci, au moindre bonheur.
Ce fut le son désagréable qui vint de l’extérieur qui obligea Castle de se détourner de ses souvenirs. Il se leva pour se diriger vers la fenêtre.
Ils n’avaient pas encore franchi la porte que déjà le bruit les fit grimacer. Il était de plus en plus strident et perturbait tout leur système de progression. Chacun tentait de se protéger comme il pouvait et du coup, ils perdaient en assurance et en concentration. Ils déboulèrent quasiment tous en même temps dans le jardinet et se dispersèrent aussitôt. Mais ce qu’ils virent, fut surtout Ryan qui tentait de trouver le bon interrupteur tandis que deux hommes essayaient de maîtriser un Fernandez qui ruait autant qu’il le pouvait. L’Irlandais avait beau s’affairer, il ne parvenait pas à stopper la machine et bien au contraire, il activa le déplacement du canon qui se mit à tourner lentement sur son axe central. Une autre malencontreuse manipulation et le canon commença de tirer quelques salves de rayon laser qui se perdirent dans le ciel. Mais le canon se baissa progressivement et continua de lancer des éclairs à intervalle de temps régulier alors que Ryan était toujours incapable de l’arrêter. Ils finirent par caresser le toit de la maison mais en descendant encore, ce fut la façade désormais qui en était la cible. Ils balayaient le champ sans ralentir ni dans leur mouvement ni dans leurs tirs réguliers.
Et là, le regard de Kate croisa de l’autre côte de la vitre celui de Castle qui regardait étonné ce qu’il se passait. Il ne vit que tardivement le rayon le prendre pour cible. Au moment même où celui-ci le toucha, il poussa un grand cri qui fit écho à celui de Beckett. Elle fonçait déjà de nouveau vers la maison quand Esposito la plaqua.
- Attention, hurla-t-il dans le même temps.
Elle n’avait pas vu qu’elle était sur le point de passer dans le champ de rayon du canon. Ils atterrirent tous deux tellement rudement sur le sol qu’Esposito en perdit ses lunettes. Il y eut un bang sonore tonitruant qui satura leurs oreilles et un éclair d’une telle luminosité qu’il les obligea à fermer les yeux. Et puis brusquement plus rien.
Beckett fut incapable de savoir combien de temps elle était restée ainsi incapable de réagir. Elle peina à se relever, groggy comme elle l’était. Elle tituba et mit un moment à réellement reprendre ses esprits. Ce fut pour s’apercevoir qu’elle était seule au milieu du jardinet, que la machine paraissait avoir été éteinte et que tout était étrangement redevenu calme. Mais ce qui la remuait bien plus, c’était le souvenir de ce cri de Castle de l’autre côté de la vitre. D’une démarche encore hésitante, elle se dirigea le plus vite possible vers l’intérieur de la maison. Elle s’appuyait sur les murs pour avancer plus vite. Elle entra dans la cuisine, remonta vers le couloir, et commença d’appeler Castle. Elle n’entendit pas de réponse et la peur l’assaillit. Elle emprunta le couloir et s’engouffra dans le salon mais s’arrêta net.
Il n’y avait personne. La pièce était vide. La fillette n’était plus là et Castle qu’elle s’attendait à découvrir allongé près de la fenêtre, n’était pas là aussi. Elle l’appela une fois de plus. Pour réponse, elle n’entendit que le grésillement de la télévision à l’image totalement enneigée.
- Castle ! lança-t-elle de plus en plus angoissée.
Son cœur parut s’arrêter de battre quand il lui sembla entendre un « Kate », murmuré. Elle relança un « Castle ! » auquel un même genre de réponse étouffé lui fut répondu. Elle pirouetta sur elle-même cherchant d’où provenait la voix mais elle ne voyait rien. Elle n’avait pourtant plus à parler, la voix de Castle continuait de l’appeler. Kate se dirigea à l’oreille. Mais dans cette pièce où elle était seule, elle ne voyait aucune cachette possible et ne parvenait pas à comprendre où pouvait se trouver Castle. En avançant pas à pas aux « Kate » que soufflait Rick, elle réalisa avec étonnement qu’elle était maintenant face à l’écran de télévision toujours à l’image enneigée. Et puis le grésillement s’affaiblit, il y eut des sautes d’image, d’abord rapides, désordonnées avant que peu à peu cela se calme et que là, face à elle, dans le cadre rectangulaire qu’elle regardait avec stupéfaction, le visage en gros plan de Castle n’apparaisse.
2ème chapitre
Castle avait un mal de tête prononcé. Il se releva en titubant et se sentit nauséeux. C’était comme s’il venait de subir plusieurs loopings à bord d’un avion à réaction. Il ne savait pas où il était. Face à lui, il avait une surface plane mouchetée de parasites qui l’éclairait faiblement d’une lueur métallique. Ne pouvant empêcher sa curiosité d’être satisfaite, simplement en avançant la main, il provoqua une myriade de petites étincelles, la retira aussitôt et recula d’un petit pas. Il recommença cependant une seconde fois pour le même résultat. Il préféra ne pas persévérer. La mémoire lui revenait peu à peu. Il se souvenait de ce salon où il regardait un dessin animé aux côtés d’une enfant, puis de ce bruit étrange qui l’avait attiré vers la fenêtre et ensuite de ce rayon bleuté qui l’avait atteint. Ensuite, plus rien. Où était-il? Il se décida à se retourner pour examiner le lieu où il se trouvait mais c’était si sombre qu’il ne voyait pas à un pas devant lui. Il allait se saisir de son portable pour tenter d’éclairer un peu plus quand il entendit la voix de Beckett derrière lui. Il se retourna mais il n’avait que cette même surface qui grésillait de plus en plus. Il échappa cependant un « Kate ? » interrogatif et angoissé. La voix de Beckett lui répondit. Il lança un nouveau « Kate ? » puis un autre encore et encore. Et là, subitement, la surface grésillante fit place à des sortes de sautes d’images avant de se fixer nettement. Il vit alors, face à lui, de l’autre côté de l’écran, Beckett qui le dévisageait bouche légèrement entrouverte de stupéfaction.
- Castle ! fit Kate qui ne croyait toujours pas ce qu’elle voyait. Que fais-tu dans la télévision?
- Qu’est-ce que tu racontes ? C’est toi qui…
- Attends, où es-tu ? D’où me parles-tu ?
Castle eut un instant d’hésitation et dut admettre qu’il n’en savait rien.
- Aucune idée et j’ignore comment j’y suis venu. Je me souviens juste de ce rayon qui me visait.
- Tu me vois et tu m’entends ?
- Oui, parfaitement, même si c’est un peu faible.
- Pour moi aussi, je dois tendre l’oreille. Un moment, s’il te plaît, fit-elle avant de se détourner et de chercher visiblement quelque chose.
Elle fureta du regard et subitement fonça vers un meuble, se saisit d’un objet et vint le pointer vers la télévision en appuyant sur un bouton.
- Dis-moi quelque chose, lui dit-elle.
- Que veux-tu que je te dise ?
- Voilà, c’est mieux. Je t’entends plus distinctement, compléta-t-elle en passant outre sa stupéfaction de mieux entendre Castle juste en se servant de la télécommande.
- Moi aussi, confirma-t-il. Mais comment cela se peut ? Je te vois dans la...
Castle ne parvenait pas à prononcer le mot tellement cela lui paraissait surréaliste.
- Sauf que je sais où je suis, enchaîna Beckett. Chez Joachim Fernandez. Mais toi, tu n’y es plus.
- C’est impossible, on ne peut pas disparaître comme ça ! Et puis, ça grouille de flics ici.
- C’est ça ! S’exclama Beckett, se sentant stupide de ne pas y avoir pensé auparavant.
- Quoi ?
- Il n’y a plus personne. Je suis seule.
- Mais où sont les autres ?
- Je ne sais pas.
- Où sont-ils tous passés?
- Je ne sais pas, répéta-t-elle mais je vais les appeler et on va venir te récupérer.
Elle se saisit de son portable et chercha la fiche d’Esposito. Une sonnerie, deux, trois et elle tomba sur le répondeur.
- Bonjour, il faut beau, il fait chaud, je prends ma journée… Tant pis pour les cadavres, ils attendront.
Elle n’en crut pas ses oreilles. Il était à ses côtés quelques minutes auparavant et là, il avait subitement décidé de prendre sa journée ! Elle allait lui passer une ronflée phénoménale dès qu’elle le verrait à nouveau. Elle râla mais appela dès lors Ryan. Une sonnerie, deux, trois et la voix de son coéquipier.
- Ryan ! Où es-tu ? J’ai besoin de toi.
- Beckett ? Où je suis ? Mais à Disneyworld, tu le sais bien.
- Disneyworld ?
- C’est pour l’anniversaire de Sarah-Grâce. Cela fait deux mois qu’on en parle.
- Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
- Je te laisse là parce qu’elle est si légère qu’elle est en train de s’envoler. Je dois la rattraper.
Elle ne se rendit pas compte que Ryan avait raccroché qu’elle continuait encore de lui parler :
- Enfin, tu étais là il y a à peine cinq minutes !
Elle écarquilla les yeux mais préféra ne pas s’appesantir pour l’instant sur ces incohérences majeures. Elle passa un nouvel appel pour tomber directement sur un répondeur.
- Regardez au-dessus de vos têtes. Mon mari et moi fêtons nos vingt cinq ans de mariage dans l’espace alors vous comprendrez que je ne puisse vous répondre.
Victoria Gates dans un vaisseau spatial ? Non, c’était trop énorme ! C’était Castle qui avait voulu se marier là-haut, le capitaine n’avait pas la fantaisie nécessaire pour engager un tel projet. Si Rick savait cela, il en serait dépité ! Dépité et jaloux.
- Que se passe-t-il ? interrogea Castle en voyant le regard stupéfait de Beckett.
- Je… je ne comprends plus rien.
Elle ne cessait de tourner son portable entre les doigts puis, elle le rangea dans une de ses poches, se prit la tête entre les mains et se laissa tomber sur le fauteuil juste derrière elle. Elle avait besoin d’un peu de temps pour appréhender la situation.
Son esprit se révoltait. Cela était impossible. Ce n’était qu’une blague. Mais elle sentait qu’il y avait autre chose. Forcément. Elle se raccrocha à ça : elle rêvait. Mais rêvait-on qu’on rêvait ? En fait, elle était encore au loft, entre les draps, le bras droit posé comme à son habitude sur le torse de Rick. Elle avait imaginé toute la suite : Morisson se faisant abattre par son collègue, l’entrée dans la maison de Fernandez, le vacarme et la machine dans le jardinet, puis le rayon sur Castle, son cri, Esposito la plaquant au sol. Mais non, elle avait bien vécu tout cela. Il y avait trop de détails, trop d’images qui lui revenaient en mémoire.
Il y avait peut-être une autre explication. Sa tête avait du heurter violemment la terre quand Esposito l’avait plaquée et elle s’était assommée. Elle était dans le coma et son cerveau lui proposait cette incroyable échappatoire. Et là, elle était peut-être face à un de ses pires cauchemars : savoir Castle en danger et ne pas pouvoir lui venir en aide.
Il l’appelait d’ailleurs au secours et à le regarder là, enfermé dans cet espace étrange, la perturbait au plus haut degré.
Mais elle ne pouvait toujours croire à la véracité de ce qu’elle avait sous les yeux. Elle avança la main droite et passa ses doigts sur l’écran espérant qu’ils passeraient ce faisceau de particules et qu’ils toucheraient Castle.
Elle eut la surprise de le voir reculer un peu quand elle entra en contact avec son image. Mais rien ne se produisit. Elle voyait, Castle face à elle, réagissant à son espérance de le toucher mais dont le regard apeuré lui vrilla les entrailles. Et elle l’entendit faiblement s’exprimer :
- Kate, qu’est-ce qu’il m’arrive ?
Elle devait faire quelque chose. D’abord trouver quelqu’un qui pourrait lui dire comment sortir de ce cauchemar. Elle quitta le salon à la recherche de toute autre âme qui vive. Mais il n’y avait personne. Le rez-de-chaussée était désert, le jardinet également. Elle voulut s’avancer vers la ruelle de derrière mais le portail était fermé et même en tirant de toutes ses forces, elle ne parvint pas à l’ouvrir. L’escalader pouvait s’avérer dangereux : il mesurait plus de deux mètres de haut et était hérissé de piques. Elle fonça vers la porte d’entrée de la maison. Là aussi, il lui fut impossible de l’ouvrir. Elle se rua sur les fenêtres donnant sur la rue, qui à leur tour, résistèrent à son acharnement.
Seule. Elle était seule. Avec juste Castle coincé là-bas, dans le salon, dans la télévision.
- Je vais me réveiller ! Ce n’est pas possible !
Elle se reprit la tête entre les mains et la secoua légèrement. Elle se disait qu’au moment où elle les retirerait, tout redeviendrait normal. Elle s’obligea à compter lentement jusqu’à dix et dégagea son visage. Mais Castle était toujours, là, face à elle, coincé dans la lucarne, en gros plan, prenant toute la largeur de l’image. Elle ne sut pourquoi, mais elle éclata de rire. C’était une situation tellement invraisemblable qu’elle ne parvenait toujours pas à l’accepter. Elle se mit à fureter partout cherchant un indice lui prouvant qu’elle était victime d’une supercherie. Mais tout était apparemment en ordre, elle ne remarqua rien qui puisse confirmer qu’il ne s’agissait nullement d’un rêve…
Elle ne se rendait pas à l’évidence pour autant. Elle luttait encore, elle et son fichu cartésianisme qui lui laissait entendre qu’il y avait forcément une explication. Se retourner vers quoi, vers qui pour en obtenir confirmation ?
Voilà, à force d’entendre à longueur de journée les élucubrations de Castle, elle finissait elle aussi par se retrouver en plein milieu d’une de ses théories loufoques. Elle était en train de rêver faire partie d’un cauchemar de Castle. Mais un personnage de rêve pouvait-il avoir cette indépendance d’esprit par rapport à l’onirisme du dormeur ?
Il avait beau continuer de s’agiter dans ce bocal, Kate ne lui adressait plus un seul regard comme si de ne plus faire attention à lui, allait régler le problème. Mais il était bien là, et refuser cette évidence ne pourrait pas l’aider. Il avait besoin qu’elle accepte ce fait bizarre pour qu’il ait une chance de se sortir de cette hallucinante position. Il faisait de grands gestes, s’égosillait autant qu’il le pouvait à l’appeler mais elle refusait de se tourner vers lui. Elle avait passé trois coups de fil et il avait bien remarqué qu’elle était déboussolée par ce qu’elle avait entendu. Elle ne s’intéressait plus à lui ou quoi ? Allait-il devoir trouver la solution tout seul ?
D’abord, il fallait qu’il parvienne à définir un peu l’espace où il se trouvait. Du coup, il reprit son portable et à la lueur faiblarde qu’il dégageait, il tenta d’éclairer la pièce. Alors par petits pas, il commença de s’éloigner et là, il vit qu’il avait un espace infini de droite et de gauche dans lequel il pouvait se déplacer. C’était finalement immense dans un écran de télévision ! Il décida de partir en exploration. Enfin, un peu, pas trop, il était raisonnablement aventureux. Et puis, plus il s’éloignait de l’écran plus la lumière n’était qu’un halo métallique qui faiblissait et qui ne définissait pas les contours de la pièce. Il avança finalement de quelques pas, pas davantage. Puis il entendit un « Castle ! » que venait de pousser Kate et la voix était aigüe. Il revint rapidement sur ses pas pour retrouver le visage empreint d’inquiétude de Beckett.
- Où étais-tu ?
- Là ! Je visitais l’endroit où je me trouve.
- Je ne te voyais plus. Tu as trouvé quelque chose ?
- Je ne me suis pas beaucoup éloigné.
- Une porte ?
- Rien vu mais je ne suis pas allé très loin. Et toi ?
- Portes et fenêtres sont fermées.
- On est prisonnier tous les deux, toi dans la maison, moi ici. C’est un vrai cauchemar !
Il vit une expression de rage se dessiner sur le visage de Beckett et une volonté farouche d’agir. Elle se saisit d’une chaise et la projeta de toutes ses forces sur la vitre qui donnait sur la rue. Elle eut juste le temps de faire un pas de côté avant que la chaise, rebondissant sur la surface, ne revienne à sa hauteur. Par dépit, elle recommença pour le même résultat. Elle s’approcha alors de la vitre et l’examina attentivement. Il n’y avait pas la moindre trace d’impact. Elle abandonna cette idée et regarda vers l’extérieur tentant d’apercevoir des passants qui pourraient appeler de l’aide mais tout était également désert.
- Qu’est-ce que tu vois ? demanda Castle.
Elle revint vers lui.
- Je ne sais pas ce qu’il se passe, avoua-t-elle.
- Bon sang, on est dans « Le prisonnier » et il y avait une vraie trace de panique dans sa voix.
- Castle, tout a une explication logique et on va trouver. D’abord…
- Oui ? fit-il devant son soudain silence.
- D’abord, reprit-elle, comment cela se fait-il qu’on puisse communiquer ?
Le visage de Castle s’éclaira.
- Tu as raison ! Que tu me voies, c’est normal… si je puis dire mais que je puisse te parler…
Il n’en fallut pas davantage à Beckett pour qu’elle parte en chasse d’une caméra. Quand Castle lui eut expliqué qu’il la voyait de face, elle concentra sa recherche sur le mur au-dessus de la télévision et ne tarda pas à déceler ce minuscule point noir dissimulé dans le décor du papier peint. Elle passa son doigt devant et Castle confirma qu’il ne la voyait plus.
- Et de ton côté ?
Castle chercha également face à lui mais il ne parvint pas à mettre la main sur la caméra qui le filmait.
- Ce n’est pas logique, cherche encore.
Il obtempéra mais pour le même vain résultat.
- Bien, on trouvera, conclut Beckett. Il faut qu’on analyse tout ça, calmement.
Ils ne comprenaient pas du tout ce qu’il se passait mais ils avaient résolu un petit mystère : le responsable de cette situation voulait qu’ils restent tous deux en communication. Ils se posèrent la question de savoir s’il ne serait pas judicieux de perturber ses plans en rompant ce contact. Après tout, ils avaient l’un et l’autre leur portable mais quand Beckett voulut le contacter, Castle ne reçut pas l’appel et au contraire, elle tomba sur une musique qui la surprit. Devant son étonnement, Rick lui fit signe de mettre le haut-parleur et il écarquilla les yeux en entendant distinctement le générique des cartoons et sa voix qui par-dessus expliquait : « Je suis avec tous mes amis en ce moment, alors à plus tard ! »
- Qu’est-ce que… commença-t-il ? Quels amis ?
Le regard de Beckett montra subitement de l’effroi.
- Castle…
- Oui ?
- Là, des doigts…
- Des doigts ?
- Sur ton épaule droite.
Castle tourna la tête vers la droite et il vit distinctement des phalanges posées sur sa veste. D’étranges phalanges grises dont il ne sentait pas le contact. Il poussa un cri et fit un bond sur le côté gauche dévoilant ainsi à ses yeux ahuris la silhouette filiforme de Bugs Bunny, croquant une carotte et lançant à la cantonade :
- Euh ! Quoi de neuf docteur ?
3ème chapitre
Il n’en croyait pas ses yeux. Il avait devant lui Bugs Bunny. Il ne savait s’il devait s’en amuser ou s’en inquiéter. Castle regarda Beckett qui était autant abasourdie que lui.
- Heu, continua Bugs Bunny, on peut reprendre ?- « Reprendre » ? répéta Castle.
- Les spectateurs attendent, compléta Bunny.
- Comment ça les spectateurs attendent ?
- Et puis, tu peux dégager ton copain là-bas ?
- Quel copain ? Interrogea Castle.
- Celui qui est allongé plus loin.
Castle se retourna à l’invitation de son étrange compagnon mais dans le noir de la pièce, impossible de déceler quoi que ce soit.
- Je ne vois rien, chuchota-t-il.
- Heu, question de temps. Tout a disjoncté quand tu es apparu ici. Cochonnet ! hurla Bunny, ça vient?
Une voix nasillarde lointaine répondit :
- Voilà, voilà !
Il y eut un léger bruit long et aigu et soudainement, la pièce fut inondée d’une lumière tellement crue qu’elle obligea Castle à se protéger en portant son bras droit au niveau de ses yeux qu’il ferma. Quand il parvint enfin à les rouvrir, il resta estomaqué devant ce qu’il voyait. Sans l’écran derrière lui pour le retenir, il serait sans doute parti à la renverse.
- Castle, Castle, criait Beckett, que se passe-t-il ?
Le dos de son cher écrivain lui bouchait la vue et il s’écoula plusieurs longues secondes avant qu’il ne décolle de l’écran. Et même quand Castle s’en détacha progressivement, elle ne voyait que très imparfaitement ce qu’il regardait. De petits sauts d’images se mirent une fois encore à danser sous ses yeux.
- Pousse-toi, lui enjoignit-elle à nouveau, mais elle dut répéter sa demande encore et encore avant que Castle ne finisse par se décaler peu à peu.
Involontairement, sa bouche s’ouvrit de stupéfaction lorsqu’elle put enfin voir ce qu’elle avait devant elle. Mais alors que de stupéfaction, dans un premier temps, Castle s’était reculé, elle, s’approchait au contraire, si près de l’écran qu’elle avait pratiquement le nez dessus.
- Castle, dis-moi que je rêve, là !
Devant leurs yeux ahuris, ils apercevaient Coyote qui réajustait les plumes de Bip Bip.
- Merci, copain, fit ce dernier quand la retouche fut terminée.
- De rien mon pote !
Une voix désagréable provenant du côté droit ordonna :
- Allez, tout le monde en place ! On reprend quand le train arrive avant qu’il te passe dessus, Coyotte.
- Encore, souffla le personnage !
- Cesse de rouspéter, c’est dans ton contrat, répliqua Sam d’une voix colérique en entrant sur le plateau. Tu dois te prendre au moins deux rochers et un train par dessin animé.
- Oui eh bien, je ne suis plus d’accord.
- Pas grave.
Sam le Pirate se saisit d’un vieux porte-voix rudimentaire.
- OOONNNN TOUOUOURNNNNEEEE !
Il s’éloigna de nouveau.
- Action !
Coyote était sur les rails faisant semblant de courir après Bip Bip devant un fond représentant un désert parsemé de quelques pitons rocheux qui défilait à grande vitesse. L’on entendait au loin venir un train.
Castle émit un petit gloussement. Il ne comprenait pas pourquoi il se trouvait en plein milieu du tournage d’un dessin animé. La seule chose qui lui vint à l’esprit était qu’à force d’échafauder des théories plus farfelues les unes que les autres, il avait fini par en intégrer une. C’était un rêve. Ce ne pouvait être que cela. Il allait se réveiller. Il était en train de se faire un remake de « Qui veut la peau de Roger Rabbit ?». Il se retourna brièvement vers Beckett qui avait les yeux agrandis de stupeur et semblait pétrifiée.
- Je rêve que je rêve, se répéta plusieurs fois Castle.
Il se fit la réflexion qu’il devrait peut-être se garder de raconter ça à Beckett car il était certain d’être la risée de tous pendant des semaines, plus longtemps même…
Il eut cependant un petit sourire qui s’élargit progressivement. Bah, c’était plutôt drôle comme situation et il ne lui arrivait rien de fâcheux. Il se décida d’avancer sur le plateau regardant, amusé, ce qu’il se passait autour de lui.
Puis, il y eut un retentissant « Coupez ! » et Sam le Pirate surgit brusquement devant lui, en fureur, faisant des bonds qui ne l’amenaient pas plus haut que le torse de Castle.
- Que fais-tu là ? J’ai dit pas de visiteurs sur le tournage ! Fiche-moi le camp tout de suite !
- Heu, je veux bien moi mais je ne sais pas où est la sortie.
- Elle doit être par où tu es arrivé, crétin !
- Crétin !? fit Castle légèrement offusqué. J’ignore comment je suis parvenu ici.
- Quelqu’un peut me virer ce paltoquet ! Hurla Sam de plus belle.
- Paltoquet ?
Décidemment, ce n’était qu’un personnage de dessin animé mais il prenait ses aises avec lui !
- Non mais, je ne vous autorise pas…
Sam sortit le révolver de son étui et l’agita devant lui.
- Sors de là où je te farcis aux pruneaux.
Castle n’en revenait pas : il avait une discussion suivie avec un… toon!
- D’abord, je ne crois pas que votre truc, là, puisse me faire grand mal. Vous et toute ta bande, vous n’avez pas d’existence réelle.
- Eh bien, tu es un grand malade alors de discuter avec quelqu’un qui n’existe pas.
Cette remarque cloua le bec à Castle. D’accord, cela n’était pas normal mais ce n’était qu’un rêve donc tout y est possible.
- Heu ! Bunny revint à ses côtés, il faudrait aussi nous débarrasser de ton copain.
- Mais quel copain ?
C’était la seconde fois que Bunny faisait une telle allusion. Le lapin lui indiqua plus loin une masse étendue sur le sol. Il y avait effectivement un corps allongé et ce corps avait la forme et la corpulence de celles d’un être humain. Sans plus réfléchir, Castle se dirigea vers lui. Plus il approchait, plus il s’apercevait que sa première impression était la bonne. Quand il s’accroupit, il n’avait plus aucun doute. C’était bien un être de chair et de sang qu’il avait sous les yeux et qui lui tournait le dos. Délicatement, il commença de le secouer mais cela ne provoqua aucune réaction chez l’individu. Il le remua plus énergiquement, poussa un petit cri et tomba assis quand le corps se retourna. Castle comprit tout de suite qu’il avait affaire à un cadavre. Bien réel avec deux tâches rouges s’élargissant à partir de deux trous au niveau de la poitrine.
Beckett dut s’y prendre à plusieurs fois avant qu’il ne réalise qu’elle l’appelle. Il finit par se relever et revenir vers elle.
- Que se passe-t-il ? Interrogea-t-elle. Tu es blême ! Qui est là-bas ?
- Kate, je crois que c’est le cadavre de Will Morisson.
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Il a pris deux balles.
Au point où elle en était, elle pouvait bien envisager le corps de Morisson de l’autre côté de l’écran. Elle se forçait pourtant à réfléchir. « Bien, se dit-elle, on a trouvé la victime de Fernandez ». Mais le problème, et il était de taille, il lui était inaccessible. Pour l’instant. Elle avait besoin de faire le point. Elle s’éloigna en jetant un « Je reviens ».
- Je t’en prie, reste ! Supplia Castle mas rien n’y fit, elle eut un besoin vital d’aller respirer dehors.
Elle se retrouva dans le jardinet désert et calme, vit une chaise et se laissa tomber dessus, les yeux braqués vers le sol, de façon si intense, dans un tel immobilisme, qu’on pouvait croire qu’elle en était hypnotisée ou que la solution allait jaillir de terre. Peut-être le crut-elle d’ailleurs, un instant, en inspirant soudainement et bruyamment une goulée d’air.
Mais ce ne fut que fugace et ce qu’elle vivait se rappela à elle, avec force. Beckett se cabra. Tout son organisme se cabra contre ce qu’elle vivait depuis quelques minutes. Elle refusait d’admettre qu’elle était en pleine réalité. C’était forcément un rêve, c’était forcément un cauchemar.
Ou alors, c’était une blague. On se moquait d’elle. On avait monté tout cela pour se jouer d’elle. C’était dans les cordes de Castle.
Elle repassa dans sa tête un à un tous les éléments de cette matinée depuis le moment où ils étaient entrés dans la maison. Tout ressemblait à une procédure d’interpellation classique si tant soit peu qu’elles se ressemblaient toutes. Elles avaient chacune leurs spécificités dont leurs risques propres étaient les plus importants à définir. Chacun vaquait alors à sa tâche normalement. La maison avait été investie suivant les procédures. Il y avait eu la femme de Fernandez bloquée à l’étage par un agent. Puis sa petite fille qui regardait la télévision et dont Castle se chargea.
« Ce n’est pas possible ! », échappa-t-elle. Elle venait de se remémorer la gamine regardant un dessin animé et elle revoyait parfaitement même si cela fut fugace, Bip Bip et Coyote à l’écran.
Ensuite, elle se revoyait poursuivant sa route. Il y avait cette machine dans le jardin avec ce bruit dissonant, le rayon laser qui balayait tout en se déplaçant et puis Castle de l’autre côté de la vitre touché par le faisceau poussant un grand cri. Enfin, elle s’était retrouvée à terre, plaquée sèchement par Esposito. Après ? Elle ne savait pas précisément. C’est à cet instant que tout avait dérapé.
Mais où étaient donc les autres ?
Ils étaient une douzaine sur l’intervention. Plus personne à part elle. Elle se rappelait l’agitation dans la rue, la vie du quartier. Il n’y avait plus rien. C’était le silence qui l’encerclait. Comment tout cela avait-il pu disparaître en quelques secondes ?
Et si ?
Non ! C’était trop absurde !
Ils ne pouvaient s’être volatilisés ! Pourquoi pas pulvérisés aussi ?!
Non, elle avait eu Ryan au téléphone et les drôles de messages sur ceux d’Esposito et Gates. Elle pouvait appeler Lanie mais elle sentait que cela n’amènerait rien et qu’elle n’aurait qu’une autre réponse dérangeante.
Alors ?
D’accord ! Elle était en plein cauchemar. Elle était en fait encore étendue sur le sol, assommée, croyant être allée au secours de Castle et son esprit avait fait un lien entre Castle en danger et le dessin animé qu’elle avait entrevu pour lui suggérer cette étrange situation.
Tout cela était une fabrication de son cerveau. Que devait-elle faire ? Attendre de se réveiller ?
Elle esquissa un sourire. Castle s’amuserait bien à ses dépends si elle lui racontait ce dont elle était consciente à l’instant présent. A force de l’entendre élaborer à longueur d’enquêtes les élucubrations les plus folles, elle avait réussi à en créer une totalement délirante.
Bien, alors, elle allait attendre sur cette chaise de se réveiller. Cela ne saurait tarder. Dans la vraie vie, on devait être autour d’elle à lui prodiguer les meilleurs soins. Si cela se trouvait, il n’était rien advenu à Castle et il était inquiet, retourné, malheureux de la voir à terre.
Cette seule idée fit passer devant ses yeux un voile de tristesse.
Même ses rêves, il fallait que Castle les emplisse de délires !
Cette pensée lui ramena un sourire. Bah ! C’était une des choses qu’elle aimait chez lui : cette propension à faire de la plus sinistre des enquêtes, un feu d’artifice inventif. Elle ne s’ennuyait jamais avec lui. Il était si débordant d’idées ! Jamais elle ne lui dirait à quel point elle adorait toutes les histoires qu’il pouvait échafauder mais elle s’en régalait à chaque fois.
Etait-elle donc dans le coma ?
C’était dans les choses possibles et si son esprit prenait la peine de lui proposer cette situation, ce n’était certainement pas pour rien. Il voulait peut-être lui adresser un message ou bien la protéger. Elle avait peut-être quelque chose à découvrir derrière toute cette folle aventure. Pourquoi refusait-elle ce qui lui était proposé ? Il y avait un cadavre, il y avait Castle dans une drôle de situation : tout ce qui était l’essentiel de sa vie depuis des années. Devait-elle laisser ce songe, ce délire l’emmener elle ne savait où, ou bien se braquer au contraire et résister autant qu’elle le pouvait ?
Combien de temps devrait-elle attendre sur cette chaise ? Cela empêcherait-il la réponse de venir plus vite ? Elle n’aimait pas rester inerte. Sans rien faire, patienter le temps que tout se résolve autour d’elle.
Non. Ce n’était pas elle. Elle devait agir. Mais par où commencer ? En fait, dans la dimension où elle se trouvait, elle avait peut-être des super pouvoirs qu’elle ignorait. Elle pouvait, pourquoi pas, voler ! Ou décocher des toiles d’araignée ! Ou avoir une force surnaturelle !
Amusée, elle se leva de la chaise et la souleva, vérifia par conscience qu’il n’y avait personne autour d’elle et la lança le plus fortement possible. Elle atterrit à une dizaine de pas d’elle. Pas ce que l’on pourrait appeler une force surnaturelle ! Bien, il allait falloir trouver autre chose. Quand elle alla redresser le siège, son regard s’arrêta sur l’étrange machine qu’elle avait vue, auparavant, lancer des éclairs lumineux. Elle s’avança vers elle et commença d’en faire le tour.
C’était un curieux assemblage d’éléments hétéroclites. Elle scruta l’étrange tableau de bord qui était à l’opposé de la porte donnant sur la cuisine. Trois manettes toutes relevées et aussi neuf touches disposées trois par trois. En s’approchant davantage encore, Kate réalisa que ce n’était pas des numéros qu’elle y voyait portés mais des têtes. Des têtes ?
Celles de personnages de cartoons. Il y avait Bunny, Sam le Pirate, Daffy Duck, Elmer Fudd, Woody Woodpecker, Pluto, Bip Bip, Titi, Cochonnet.
Elle n’eut pas le temps de commencer à y réfléchir un tant soit peu, qu’elle entendit la voix de Castle hurlant :
- Au secours ! Kate, aide-moi ! Au secours !
Elle ne tergiversa pas, courut aussi vite que possible vers la salle à manger et s’arrêta estomaquée. Elle voyait Castle solidement ligoté, allongé sur les rails, qui se débattait autant qu’il le pouvait alors qu’on entendait au loin, le train arriver.
4ème chapitre
- Tu ne veux pas partir, c’est çà, freluquet ? demanda Sam d’une voix colérique.
- Freluquet, maintenant ! Non, mais un peu de respect, je vous prie.
Castle souhaitait ardemment les laisser entre eux et retourner au monde réel, mais voilà, il ne savait comment. De plus, il y avait le cadavre de Morisson, à quelques pas de lui. C’était quoi cette histoire ?
- Si tu ne dégages pas, godelureau, il va t’arriver des choses très désagréables.
- Dites, vous connaissez par cœur le dictionnaire des mots désobligeants ?
- Attachez-le ! hurla Sam.
Castle n’eut pas le temps de réagir qu’une nuée de bras se mirent à le manipuler avec rudesse. Il tentait bien de résister mais il était attaqué de toute part : Woody Woodpecker lui martelait le crâne de coups de bec ; Pluto lui mordillait le bas du pantalon, Daffy Duck juché sur épaules lui administrait gifle sur gifle de ses ailes ; Elmer Fudd le menaçait de sa carabine ; Cochonnet essayait de lui tordre les doigts et Bugs Bunny regardait cette scène, impassible, en grignotant une carotte.
Castle faisait ce qu’il pouvait pour se défendre mais les assauts venaient de toute parts, incessants. De mouvements de bras désordonnés, il essayait bien de repousser ses assaillants mais ils étaient infatigables et revenaient sans cesse à l’attaque contrairement à lui qui commençait de faiblir. Il transpirait, s’essoufflait et ses gestes avaient de moins en moins de précision et de force. Ce fut alors que Sam ordonna un « A toi ! » et Castle eut à peine le temps d’apercevoir Speedy Gonzales, que celui-ci avait tourné maintes fois autour de lui l’attachant solidement avec une corde et avant qu’il puisse faire le moindre geste, il fut basculé sur les rails.
Comment cela était-il possible ? Cette corde n’était pas réelle, ses agresseurs non plus. Il allait se réveiller. C’était certain. Il ferma les yeux, serra les paupières au maximum, ordonnant à son esprit de le sortir de ce cauchemar mais rien n’y faisait. Il entendit alors venir le train et se mit à hurler en appelant Kate à son secours.
C’était inenvisageable ! Castle en danger, ficelé comme un vulgaire saucisson sur des rails et elle, coincée de l’autre côté de l’écran, incapable de venir à son aide.
- Détachez-le, détachez-le !
Elle ne s’étonnait pas de crier une telle supplique à des personnages de dessins animés. Réalité, cauchemar, peu importait ! Il n’y avait plus que son désir de sauver Castle mais il y avait un tel vacarme que personne ne faisait attention à elle.
Et le train approchait, son panache de fumée s’apercevait distinctement.
Ils étaient toujours là, tous ces personnages qui n’étaient que quelques formes dessinées sur du papier avant de prendre corps sur de la pellicule, à s’agiter comme pour une danse du scalp en attendant qu’un train ne roule sur Castle. Beckett ne réalisa certainement pas ce qu’elle fit en sortant son arme du holster, en la pointant vers le plafond et en tirant. Un peu de poussière blanche tomba sur ses épaules mais elle n’en prit pas conscience. Elle ne voyait que le calme revenu de l’autre côté de l’écran et tous les regards braqués sur elle.
Etonnée elle-même par le silence revenu, elle mit un peu de temps à s’accaparer l’attention qu’elle avait enfin suscitée.
- Détachez-le ! finit-elle par ordonner d’une voix péremptoire.
Personne n’obtempérant, Kate répéta sa demande.
- Sinon, tu fais quoi, beauté ? interrogea d’un ton narquois Sam en s’avançant dans sa direction.
- Je… je…
- Ahah ! fit caustique le Pirate.
Il ne cessait d’approcher voulant se faire le plus impressionnant et menaçant possible, tandis que derrière lui, ses acolytes tentaient de prendre des poses menaçantes. Mais plus Sam avançait, plus il disparaissait peu à peu jusqu’à bientôt passer sous l’écran et que Beckett ne le vit plus.
- Elle est passée où ? l’entendit-elle s’interroger.
- Heu ! avança timidement Bunny… Il faudrait reculer…
- Amenez-moi un banc ! hurla Sam.
En trois secondes, Speedy avait disparu et réapparaissait avec un petit escabeau qu’il positionna face à Beckett. Elle vit le chapeau, les yeux, le nez, la moustache de Sam apparaître peu à peu, avant de devenir un gros plan face à elle.
- Sinon, tu fais quoi ? répéta-t-il.
Le train s’approchait dangereusement. On voyait la masse noirâtre progresser rapidement. Dans une minute, elle passerait sur Castle.
- Je… je…, je vous tire dessus, et Kate pointa l’arme vers Sam.
- Tu veux jouer à ça ? C’est moi le plus rapide, répliqua Sam et, à son tour, il pointa son révolver droit devant lui.
- STOP ! hurla Bunny.
- Tais-toi ! lui ordonna Sam. JE commande et JE ne vais pas me laisser intimider par une donzelle.
- Je sais, mais si l’écran explose, on devient quoi ? C’est notre public que l’on perd, notre raison d’être! On n’aura plus qu’à aller pointer au chômage.
- Des postes de télévision, il y en a des millions à travers le monde… On ira en voir un autre.
- Sauf, l’interrompit aussitôt Beckett qui s’engouffra dans la brèche, que je suis de la police et que tous mes collègues les flics de la planète iront tirer sur chaque écran : télévision, ordinateur, portable. Ils saccageront tous les DVD possibles, toutes les copies de dessins animés existants.
- C’est impossible, ricana Sam.
- Vous êtes incapable de réaliser ce que toutes les polices peuvent faire pour un collègue. Dans peu de temps, il n’y aura plus aucune trace de vous.
- Il n’est pas flic, l’autre, là…
- C’est mon partenaire : c’est pareil.
Sam se retourna vers Bunny :
- Tu crois qu’elle en est capable ?
- Elle a l’air résolu…
Le pirate paraissait sceptique encore alors Kate se lança, jeta toute sa persuasion dans la mêlée : dans une quinzaine de secondes maximum le train passerait sur Castle.
- A trois, je tire. Un…
- Elle n’osera pas…
- Deux, et elle mit le nez de Sam dans sa ligne de tir.
- Pas peur…
- Tr…
- COUUUUPEZZZZ !!!!!!!! hurla Sam en ouvrant sa bouche si béante, que Kate voyait sa glotte vibrer au fond de la gorge.
Mais il n’y avait pas que la glotte, il y avait aussi l’image qui se remit à trembloter, onduler, se strier, se déformer avant de se ratatiner en un point vert très lumineux et de se rallumer dans un «spling ! » court et sonore.
Le sourire de Kate fut de soulagement. Le train s’était arrêté aux pieds de Castle qui parvenait difficilement à se défaire de ses liens pendant que tous les toons s’étaient figés de stupéfaction devant le cri de leur réalisateur. Castle parvint à se remettre sur ses jambes. Sa première réaction fut de s’en prendre à eux.
- Mais, vous vouliez ma peau, bande de… de… de nuisibles ! Les invectiva-t-il.
Il se dirigea vers Sam pour s’en saisir, mais celui-ci bondit de son escabeau et s’enfuit aussi vite que ses courtes jambes le lui permettaient. Castle tenta bien de le rattraper mais à chaque fois qu’il était sur le point de le capturer, Sam esquissait d’un bond ou d’un virage à quatre-vingt dix degrés. Castle se rabattit sur Daffy Duck mais maladroitement le canard réussit à prendre son envol, l’exaspérant davantage encore. Il se retourna vers Elmer Fudd et désormais, c’était la débandade, le sauve-qui-peut, chacun voyant à quel point leur « visiteur » était furieux. Ce fut une envolée en tous sens, si bien que Castle fut étourdi par leur ballet désordonné et se figea redoutant de prendre un mauvais coup.
Il ne fallut que quelques secondes pour qu’il ne se retrouve seul. A l’exception de la locomotive dont les yeux s’écarquillaient sous la peur de devenir la proie de Castle. Elle commença, lentement, de reculer gardant fixement Castle sous son regard. Puis, estimant avoir mis peu à peu suffisamment de distance avec lui, elle opéra un saut, une rotation, lui tourna le dos et, ne demandant pas son reste, s’éloigna à toute vapeur.
Il n’y avait désormais vraiment plus que lui.
- Castle ? Tu vas bien ?
Rick reporta toute son attention vers Kate. Il avança.
- Ça va. Mais tu as vu ? Ils ont failli avoir ma peau !
- Oh tu sais, je ne sais pas si un train de dessin animé t’aurait fait grand mal.
- Je n’ai pas envie de tenter l’expérience.
- Je n’en avais pas envie aussi.
Leurs yeux échangèrent un de ces regards qui valaient pour eux toutes les paroles du monde. Ils avaient beau être séparés étrangement par un écran de télévision, il n’y avait aucune déperdition dans leur alchimie.
- Merci, finit par balbutier Castle. Merci d’avoir réussi à interrompre ce cauchemar.
- Il faut que tu sortes de là.
- Je ne te le fais pas dire ! Mais je suis choqué : les personnages de dessins animés ne sont pas si amicaux que cela.
- Tu sais, ils passent leur temps à se tirer dessus, à faire tomber des enclumes sur leur crâne, à s’aplatir les uns les autres… à se faire rouler dessus par des trains, des voitures, des tanks. Je n’appelle pas ça être amical.
- Tu as raison. Alors, vite que je sorte de cet enfer ! Mais, on fait comment?
- On va trouver.
- Je crois que je ne pourrais pas rester une heure de plus ici ! Je vais devenir fou.
Ils se trouvaient devant un problème auquel ils n’avaient jamais été confrontés. Ce fut par un grand silence que commença leur réflexion. Là, Castle n’avait pas la plus petite idée et c’était cela qui le minait le plus. Il voyait pertinemment dans le regard de Kate qu’elle attendait qu’il expose une de ses théories loufoques à partir de laquelle peu à peu jaillirait la solution. Mais Castle était muet et ses yeux reflétaient plus une sorte de panique que d’excitation : c’était pourtant bien ce que cette situation incroyable aurait du susciter en lui. Au contraire, il était comme tétanisé, amorphe, Kate aurait dit à cet instant, qu’il était presque paniqué. Elle se devait de l’aider. Et cela commençait par lui permettre de retrouver sa spontanéité habituelle. Mais à quoi pouvait-elle s’accrocher ? C’était tellement… surréaliste !
Ils avaient l’habitude de travailler sur du concret et là, le concret… était inexistant.
Et puis, l’idée la traversa subitement et Kate entrouvrit la bouche. Elle savait.
- Castle, où est le corps de Morisson ?
Rick sembla soudainement se réveiller. Il esquissa un pas de côté et pointa du doigt dans la direction de l’endroit où se situait le corps avant tout cet intermède. Le cadavre était toujours là, exactement dans la position où il l’avait abandonné.
- Tu crois que…
Castle ne formula pas la suite. Il ne savait de toute façon comment appréhender le sujet.
- Pourquoi est-il là avec moi ? Finit-il par articuler après quelques instants.
- Certainement pour les mêmes raisons que toi et il va falloir qu’on découvre pourquoi.
- On procède comment ?
- Ecoute, il va falloir que tu examines le corps, je n’ai pas Lanie à disposition.
- Et Perlmutter, il n'est pas disponible ? demanda Castle sur le ton de la boutade. Il en vient presque à me manquer.
Le regard amusé qu’il lui jeta, rassura Kate. Il commençait de reprendre pied. Elle était incapable de savoir comment elle réagirait, elle, soumise à une telle situation. Pas de doute qu’elle aurait déjà saccagé cet univers surréaliste qu’était l’endroit où Castle se mouvait. Parce que c’était inconcevable et que sa logique lui objecterait que cela ne pouvait être et qu’elle rêvait, forcément.
- Je suppose que c’est à moi de faire le médecin-légiste alors ?
- Je ne vois personne d’autre que toi, Castle.
- Parfait !
- C’est l’occasion surtout de voir si tu as bien enregistré la façon de faire de Lanie.
- Pas de souci, elle est une superbe légiste…
Il laissa la phrase en suspens en se pinçant les lèvres et écarquillant les yeux, sachant par avance ce que cela allait déclencher chez Beckett.
- Ça veut dire quoi ?
- Rien de plus que ce que j’ai dit.
- Arrête ! Je sais bien que les formes de Lanie ne te laissent pas…
- Hey ! Je ne faisais allusion qu’à ses arguments scientifiques.
Kate s’en voulait d’avoir réagi avec autant de vivacité à la provocation de Rick. Un sourire radieux avait émergé sur les lèvres de l’écrivain. Elle se mordit l’intérieur de la joue. Parce qu’à chaque fois, elle démarrait au quart de tour. C’était plus fort qu’elle. Elle l’aimait ! Et aucun adjectif ne serait assez fort pour exprimer ce qu’elle ressentait. Il le savait, en jouait et elle devait bien admettre que cela lui plaisait. Etre chaque jour aux côtés de Castle, c’était mieux qu’un roman. C’était plus fort qu’un grand huit. C’était plus intense qu’un saut à l’élastique. C’était juste se sentir exister.
- D’accord ! admit-elle un sourire affiché sur son visage. Mais tu ne perds rien pour attendre et quand je me réveillerais de ce songe…
- Tu te réveilleras ?
- Cela finira par arriver.
- Mais…, tu…
- Quoi ?
- Tu es dans MON rêve.
Elle éclata de rire.
- Il n’y a rien de risible, confirma-t-il. Je suis le rêveur. Toi, tu es la femme de ma vie qui enchante également mes nuits.
- Tu racontes n’importe quoi. J’ai du m’étourdir en tombant trop fortement sur le sol.
- Et moi, j’ai pris un rayon bleuté qui m’a téléporté dans un écran de télévision.
- Oui, mais c’est moi qui te vois, là ! C’est toi qui es..., continua-t-elle sans achever. Même quand je rêve, je reste dans la réalité des choses. C’est toujours toi qui laisse libre prise à ton imagination.
- Ah bon ! Et tu trouves, là, que tu es dans le concret ? Que l’imaginatif n’a aucune once de réalité ?
- Tu m’embrouilles. Tout cela n’est pas réel. Je vais me réveiller. C’est tout simple.
- Pardonne-moi, mais tu te vois inventer tout ça ? Les idées farfelues, c’est plutôt ma spécialité.
- Tu ne me feras pas changer d’avis : ce rêve est le mien.
- Désolé, mais tu le sais bien : mes rêves finissent toujours pas prendre consistance.
Kate ne savait plus où elle en était.
Qui des deux imaginait cela ?
Elle se raccrocha à ce qu’elle pouvait et refusa de s’enfoncer plus avant dans des débats oniriques.
- Alors ? Morisson ?
Semblant ne plus faire aucun cas de leur discussion, Castle s’éloigna de l’écran pour se rapprocher du cadavre. Quand il s’accroupit une nouvelle fois à ses côtés, il remarqua tout de suite la différence : il y avait bien toujours deux trous sur la poitrine mais les taches de sang avaient disparu.
5ème chapitre
Il jeta un coup d’œil incrédule à Kate.
- Qui a-t-il ?
- Sa chemise n’est plus ensanglantée.
- Tu as peut-être mal vu tout à l’heure ?
- Kate, j’ai vu des dizaines de cadavres décédés de mort violente.
- D’accord. Je te crois. Tu es certain qu’il est bien mort ?
Castle haussa les épaules et octroya à Kate un regard de perplexité. Comment pouvait-elle imaginer un seul instant, qu’il aurait déclaré mort un type qui ne l’était pas ? Il fallait vraiment qu’ils soient totalement déboussolés par ce qui les entourait pour qu’elle émette ce genre d’interrogation. Lui, Richard Castle décrivant la mort avec un don remarquable, aux dires de Lanie, ayant résolu plus de cent meurtres aux côtés de la femme de sa vie, se serait fourvoyé devant un individu étendu au sol avec deux balles fichées dans la poitrine ? Il fallait vraiment être en plein milieu d’un cauchemar pour imaginer qu’il ait perdu à ce point ses capacités observatrices.
Il eut toutefois un soubresaut. Son front se plissa sous une intense réflexion. Sa main droite s’en vint gratter son front et il s’accroupit de nouveau. Il alla à la recherche de la jugulaire et eut un petit recul en entrant au contact du corps dont la température avait chutée.
- Il est bien mort, confirma-t-il et devant le regard étonné de Beckett, il se sentit obligé de rajouter, mais, avec ce qu’il se passe ici, on peut douter de tout.
Kate sourit, presque malgré elle. Même en plein milieu d’un rêve, Castle restait d’une incroyable fidélité à lui-même. Ne pouvait-elle l’envisager autrement? Elle aimait ses délires qui lui octroyaient des respirations bénéfiques dans ses enquêtes. Il lui faisait comprendre que même si elle accordait toute son attention aux victimes, elle ne devait pas leur sacrifier sa vie. Elle repensait à Montgomery qui lui avait dit exactement la même chose quelques jours avant de mourir et son sourire se fit bienveillant au souvenir de son ancien chef.
- Il est bien mort mais le sang a disparu mystérieusement. C’est bien ça ?
- Je confirme, Kate.
- En même temps, tout cela n’est pas réel donc on peut s’attendre à beaucoup de choses.
Et puis par provocation, elle rajouta d’une voix aux teintes mystérieuses :
- Qui sait, il va peut-être même bientôt se relever.
Castle se redressa et fit un bond de côté.
- Arrête ! J’ai peur des zombies.
- Tu es fan de ce genre de films…
- Oui, mais c’est pour… conjurer ma frayeur. Je t’en prie, ne le ramène pas à la vie…
Elle éclata de rire.
- Je croyais que c’était toi qui rêvais tout cela ?
- Eh bien, tu vas parvenir à me suggestionner et involontairement, je vais provoquer son réveil.
- Ou alors, il y a une autre solution.
- Laquelle ?
- Tu n’as qu’à nous sortir de là. Tu comptes jusqu’à trois, tu claques des doigts comme un hypnotiseur le ferait et le tour est joué.
- Tu crois que c’est aussi simple que cela ?
- Ou alors, tu n’as qu’à monter dans les Terres médianes du rêve !
- On n’est pas dans un jeu de rôle, là !
- A dire vrai, cela y ressemble un peu.
- Sauf que je suis plutôt du genre « clerc » et pas « magicien ».
Une fois de plus, Kate éclata de rire laissant Castle stupéfait. Il se demandait si elle prenait un tant soit peu tout ça au sérieux en fin de compte. D’accord, elle avait certainement intégré plus rapidement que lui le fait que tout ne soit pas réel. Mais cela en avait toute la consistance. Il ne voulait pas laisser cette histoire sans solution. Parce qu’après tout, les rêves étaient des messages adressés par le subconscient et qu’il ne fallait pas les prendre à la légère.
Qu’est-ce que toute cette histoire pouvait signifier ? Etait-ce une menace sur leur couple ?
- Tu devrais fouiller dans ses poches, proposa Beckett voyant à quel point Castle paraissait déstabilisé.
Sans émettre la moindre remarque et sans afficher la plus petite grimace, il obtempéra. Il y avait le portefeuille de Morisson dont l’examen ne donna rien. Castle trouva un vieux ticket de métro dans la poche droite du pantalon. Dans la gauche, un bout de papier où étaient inscrites une formule mathématique, des formes géométriques les unes à la suite des autres et des lettres dessus. En dessous, juste cette phrase : « Procédure ». Rien de plus.
Il montra le document à Beckett qui resta aussi dubitative que lui.
- Et maintenant ?
- Kate, tu sais, on a oublié quelque chose.
- Quoi donc ?
- Morisson et Fernandez sont des scientifiques de renommée mondiale.
- Et alors ?
- Tout a commencé à cause de cette machine dans le jardin. La solution est peut-être liée à elle.
- Tu suggères quoi ?
- Si elle est responsable de la situation, il est possible qu’elle puisse la débloquer.
C’était loin d’être une réflexion dénuée de sens.
- Bien, je vais fouiller le bureau de Fernandez. Quant à toi…
- Promis, je ne bouge pas.
- D’accord et elle lui adressa un magnifique sourire qui le remua jusqu’aux entrailles. Si tes petits copains viennent de nouveau t’embêter, appelle-moi. J’accourrai aussitôt.
Sur ce, elle monta davantage encore le son de la télévision, envoya un baiser en direction de Castle et quitta la pièce.
Rick tourna sur lui-même, l’inquiétude marquée sur son visage. Que deviendrait-il s’ils ne parvenaient pas à le sortir de là ? Il tentait de se raisonner. Après tout, cela n’était qu’un rêve ! Mais était-il certain que cela n’était bien que ça ? Ce rayon qui l’avait touché, l’avait peut-être grièvement blessé en fait et là, il était en situation de coma. Un coma dont il ne se réveillerait jamais. Tant qu’il avait Kate présent à ses côtés, cela pourrait encore le rassurer un peu mais si elle disparaissait de ses pensées, il ne voulait pas n’avoir plus son image devant lui, son sourire, son rire, ses regards.
- Heu, elle est partie, Calamity Jane ? Chuchota Sam le Pirate.
Castle sursauta.
- Calim… ? Elle va revenir.
- Toi qui la connais bien, elle aurait vraiment tiré tout à l’heure ?
- Elle est capable de tout pour me sauver.
- C’est ça qu’on appelle l’amour ?
- Cela peut en être une des conséquences.
- On ne sait pas trop ce que c’est nous ici. Oh il y a bien Popeye qui s’est entiché d’Olive et le loup qui tire une langue de six pieds de long devant Betty Boop, mais c’est peu.
- Il y a Blanche-Neige et son Prince charmant, Cendrillon et…
- Non, ceux-là ils décrédibilisent la profession.
- Ah bon ?
- Le travail d’un bon acteur de dessin animé, c’est de faire rire en prenant tous les risques. On est là pour tomber du vingt-cinquième étage, s’accrocher à une fusée pour partir dans l’espace, exploser en fumant un bâton de dynamite. Pas ces histoires sirupeuses où ils se bécotent à la fin. Beurk !
Castle échappa un petit sourire qu’il réprima rapidement en voyant le visage courroucé de Sam.
- Mon gars, je n’ai rien contre toi mais il faudrait vraiment que tu files d’ici. Tu es en train de mettre toute l’équipe au chômage technique.
- Je ne demande que cela, partir.
- Tu es encore fâché pour tout à l’heure ?
- Oui. Un peu plus et je me faisais écraser par le train.
- Bah, tu sais, ici, on ne meurt jamais. Tu te serais relevé rapidement, comme si de rien n’était.
- Je préfère ne pas avoir tenté ça.
- Qu’est ce que je peux faire alors ?
- Seul je ne comprends pas grand-chose mais avec vous tous…
- D’accord. Que veux-tu, moussaillon ?
- Que vous répondiez tous à quelques questions.
- Tu crois que cela peut aider ?
- Je l’espère.
- Tout le monde sur le plateauuuuuuuuu !!!! hurla-t-il.
- Pas si fort !
Il était trop tard. Ce fut un grand charivari comme si chacun n’avait attendu que le feu vert pour revenir en pleine lumière. Chacun se bousculait pour prendre les meilleures places. Cela tournait, virait, se marchait dessus, s’emmêlait, se tirait les poils, les plumes, les oreilles dans un brouhaha accentué par le générique habituel des cartoons. Ta tatatatata ta tatatatata tatata tatata tatatatatatata……….Quand la musique s’arrêta, chacun était figé, tourné vers Castle.
Kate ne désirait pas abandonner Castle même pour quelques minutes. Elle savait pourtant qu’il avait raison. Elle devait aller fouiller dans les documents de Fernandez. Elle s’arrêta cependant dès le seuil de la porte du salon franchie, hésita, s’éloigna un peu plus puis se figea une fois encore et refit trois pas en arrière. Elle n’en croyait pas ses yeux. Castle venait de s’asseoir en tailleur et faisait face aux cartoons qui l’avaient agressé tout à l’heure. Seulement, là, ils paraissaient tous en bonne entente et lancés dans une grande conversation.
Elle était satisfaite, pour le moins rassurée. Il lui fallut ouvrir plusieurs portes du rez-de-chaussée avant de découvrir l’antre de Fernandez. Elle était certaine de ne pas se tromper. La pièce était un capharnaüm de dossiers jonchant le sol, éparpillés sur le bureau, de livres ouverts sur un canapé, de papiers punaisés au mur. Il y avait aussi cet immense tableau blanc gribouillé de formules mathématiques auxquelles elle ne comprenait rien.
Bien, par où commencer ? Et surtout que chercher ? Elle ne se rua pas sur tout ce fatras. Elle préféra prendre le temps de tout appréhender espérant percevoir une logique. Elle se fit progressivement une idée du désordre apparent qu’elle avait sous les yeux. En fait, les bouquins traitaient des ondes et particules élémentaires. Les feuillets sur le bureau étaient des schémas grossièrement dessinés d’une machine qui ressemblait à celle qui trônait dans le jardinet. Les articles accolés sur la paroi faisaient état d’expérience de dématérialisation et restructuration de corps. Les pages étalées sur le plancher flottant avaient tout l’air de notices explicatives de branchements électriques. Ce fut dans celles-ci qu’elle décida de fouiller en premier. Ses cours de physique étaient bien loin derrière elle et cela n‘avait jamais été pas sa matière préférée. Pour l’aider, il aurait fallu un mode d’emploi simplifié du genre : 1) brancher la machine ; 2) appuyer sur le bouton « on » ; 3) tirer sur la manette. Mais les croquis n’étaient pas pour débutant. Elle s’obligea toutefois à les regarder un par un, ne renonçant pas à trouver quelque chose de palpable. Une fois le dernier plan examiné, elle n’était guère plus avancée.
Alors qu’elle désespérait de parvenir à un quelconque résultat même en fouillant un par un tous ces documents, il lui sembla entendre un bruit venant de l’extérieur. Depuis qu’elle avait essayé en vain de briser certaines fenêtres, elle se dit qu’elle s’était peut-être résignée un peu trop vite. Elle s’approcha de la baie vitrée, dégagea le rideau et voulut ouvrir. Comme plus tôt, il lui fut impossible de le faire. De l’extrémité des doigts de sa main droite, elle effleura la vitre, l’examinant davantage qu’elle ne n’avait fait jusqu’alors. Ce n’était pas un carreau habituel. Cela semblait avoir plus de souplesse que du verre mais aussi une plus forte résistance si elle se remémorait parfaitement le moment où la chaise avait rebondi sur la surface. Il n’aurait servi à rien de retenter l’expérience. Elle se contenta dès lors de jeter un regard à l’extérieur espérant y voir enfin âme qui vive. Après tout, elle avait bien perçu un son. Mais, non. Tout était désespérément aussi désert. Elle jeta des coups d’œil de droite et de gauche. C’était désespérant.
Il y avait autre chose cependant. Quelque chose qui lui enserra la poitrine. Les façades des demeures, de l’autre côté de la rue, lui semblèrent comme subitement vieillies. Le crépi s’effritait, des fenêtres étaient absentes, les portes d’entrées paraissaient avoir été arrachées, des coins de murs étaient tombés.
C’était comme si ce lieu n’avait pas eu de vie depuis des années. En se penchant un peu plus, c’était comme si tout le quartier avait sombré sous l’effet du temps.
Et la maison de Fernandez ?
Cauchemar. Coma.
Kate se refusait à accorder la plus petite parcelle de réalité à ce qu’elle vivait. Elle ne voyait que ces deux possibilités. L’une était éphémère, l’autre… L’autre était angoissante. Angoissante et sinistre.
Elle n’avait qu’une envie : retourner tout de suite auprès de Castle. Elle avait besoin de lui. S’ils étaient ensemble, qu’importait ce qu’il pourrait leur arriver. Elle était prête à tout affronter à ses côtés mais, vivre ça, seule, c’était au-delà de ses forces.
Elle se retourna, oubliant sa mission, elle voulait courir au plus vite vers lui. Se faisant, elle bouscula la corbeille à papiers. Il y a des réflexes qui se mettent en place dans n’importe quelle situation, même la plus dramatique. Kate se pencha et commença de ramasser les papiers qu’elle venait de disperser quand la déchirure de l’un deux la stoppa dans son geste. Elle n’en n’était pas certaine, mais il manquait une partie à la feuille et elle réalisa que l’autre bout pouvait bien être celui que Castle avait trouvé dans la poche de Morisson.
6ème chapitre
Elle entra en trombe dans le salon si bien qu’il y eut un affolement général de l’autre côté de l’écran et que l’écran lui-même sursauta, se satura de rayures de couleurs primaires, gondola avant de se calmer comme le ferait un cœur sollicité émotionnellement. Quand tout redevint normal, Castle, surprit lui-même, s’était redressé d’un bond. Elle leva ses deux mains dans une volonté de se montrer amicale envers tous ces étranges interlocuteurs.
- Je ne vous veux aucun mal, les rassura-t-elle.
- Si elle vous dit cela, vous pouvez la croire, confirma Castle.
Cochonnet qui s’était caché derrière le dos de Castle, passa timidement sa tête pour s’assurer que la menace s’éloignait. Elmer Fudd redescendit des épaules de Sam le Pirate dont le chapeau enfoncé jusqu’au nez, l’empêchait de voir quoi que ce soit. Coyotte faisait le mort, Bip Bip s’était statufié, Daffy Duck avait sauté dans les bras de Castle cachant son bec sans son coup et Woody Woodpecker tournait le dos à Beckett espérant certainement qu’ainsi elle ne le remarquerait pas.
- Qui a-t-il, Kate ? Tu as trouvé quelque chose ?
- L’autre bout de ton papier, je crois.
Elle le montra à la caméra fichée dans le mur. Castle, après s’être débarrassé de Daffy Duck, sortit le sien de sa poche et le mit contre l’écran. Kate fit de même.
- Alors ? demanda-t-il ne pouvant voir le résultat.
- Ils s’adaptent parfaitement.
- Bien. Qui a-t-il dessus ?
Pour la première fois, elle jeta un coup d’œil au document.
- Des formules mathématiques, des formes, des lettres.
- Et tu peux résoudre ça ?
- J’avais plutôt C, voire moins au lycée en maths.
- Quoi ? Kate Beckett n’était pas excellente en tout ? Alors, là, tu descends de ton piédestal.
- Rick, ce n’est pas le moment de plaisanter ! Il se passe de drôles de choses dehors.
- Dehors ?
- Oui, dans la rue. C’est comme si tout avait été laissé à l’abandon pendant des années et que cela était en train de se déliter peu à peu.
- Oh là ! Je ne me doutais pas de la puissance de mes rêves !
- Je t’assure que cela a l’air bien réel. C’est très flippant.
- Bien. On fait quoi maintenant ?
L’un comme l’autre étaient très embarrassés. Ils n’étaient férus ni l’un ni l’autre en physique, mathématique, électronique. Ils éprouvaient aussi une pointe de découragement. Kate se laissa tomber sur la table basse qui faisait face à la télévision tandis que Castle se retrouva assis une fois de plus, les avant-bras reposant sur ses cuisses dans une posture de total abattement. Bunny proposait de partager une carotte avec lui, Daffy Duck enserra sa tête entre ses ailes dans un désir de le consoler, Pluto lui léchait les mains, Sam arpentait la pièce en martelant de rage le sol, Bip Bip assommait avec un rocher, Coyote volontairement passif dans le but de faire rire Castle ou pour le moins sourire, Titi passait sans cesse devant la carabine d’un Elmer Fudd qui faisait exprès de trébucher au moment de tirer.
Il était évident que ces personnages faisaient leur maximum pour redonner courage et volonté à leur nouveau compagnon mais rien n’y faisait.
Il y eut une fois encore cet étrange bruit que Beckett avait déjà entendu. Plus fort, plus métallique, plus glacial. D’un bond, elle se déplaça vers la fenêtre. Elle resta consternée de longues secondes avant de répondre à Castle qui, le visage accolé à l’écran, essayait bien d’apercevoir en vain quoi que ce soit. Là, dans la rue, la maison d’en face s’était à moitié effondrée et à travers ce délabrement, apparaissait au loin un ciel d’un noir d’encre. Pas celui d’une nuit sans lune ni étoiles. Non. Noir comme peut l’être l’infini du cosmos. C’était comme si cette obscurité dévorait peu à peu tout l’espace.
Kate se révoltait. Elle ne pouvait croire cela. Elle fonça et le seuil à peine franchi du jardinet, elle se figea une fois de plus. Là aussi, elle apercevait des murs de maison qui se délitaient. Ils tenaient encore debout mais pour combien de temps ? Elle imaginait aisément le même ciel noir ronger peu à peu la lumière.
Elle ferma la porte comme si cela pouvait s’avérer une protection suffisante et revint dans le salon.
- Castle, je ne sais pas ce qu’il se passe mais d’ici peu de temps, tout ça, là, autour de nous risque de disparaître… et nous aussi.
- Ce n’est pas possible, Kate. C’est juste inconcevable ! On n’est pas dans un bouquin de Stephen King.
- Je ne sais pas où on est, j’ignore ce qu’il se passe mais j’ai peur. Et même si tu me dis une fois encore que tu es en train de rêver tout ça, il n’empêche que cela a l’air tellement vrai !
- Ok. Alors écoute ! J’ai discuté avec… mes nouveaux amis. Tout a commencé quand la machine a été activée. Ils m’ont expliqué qu’il y avait eu un bruit très aigu, une grande déflagration, que tout s’était éteint avant qu’ils ne remettent en état et qu’ils ont trouvé Morisson sur le sol, immobile. Comme il ne bougeait pas, ils ont tenté de le secouer pour l’obliger à quitter le plateau mais rien n’y a fait. Ce qui les a étonnés vu que tous ici, même si un train leur roule dessus, se relèvent prêts à recommencer. Ensuite, il y a eu une seconde fois le même son désagréable et c’est moi, alors, qui suis apparu à leurs côtés. Kate, c’est cette fichue machine qui est cause de tout ça.
- Je veux bien te croire, je veux bien faire tout ce que tu veux mais comment dois-je m’y prendre ?
Là était la limite de leurs possibilités.
- Il faut que tu trouves, je ne sais pas moi, une notice, un plan, un rébus … n’importe quoi !
- Mais cela déborde de documents dans le bureau ! Je suis incapable de savoir quel est le bon.
Elle en pleurait presque. Castle s’approcha de l’écran et y posa sa paume droite. Kate fit de même avec sa gauche. Leurs mains ne pouvaient entrer en contact mais elle eut le même effet sur eux, cela les apaisa.
- On va trouver, chérie, chuchota Castle d’une voix calme et chaude et qui l’irradiait toujours de frissons quand elle l’entendait.
Rien n’était réel. C’était le mantra qu’elle se répétait inlassablement. Qu’importait cet océan de noirceur qui ingurgitait le monde extérieur, qu’importait cette machine qui ressemblait davantage à un jouet d’enfant qu’à la création d’un physicien de génie ! Tout cela ne pouvait l’atteindre. Ou du moins, ce n’était rien. La seule chose qui lui vrillait véritablement les entrailles, c’était Rick coincé, loin de tout contact physique avec elle, dans cet espace rectangulaire et plat. Si plat que les fesses de Castle, si rebondies et qu’elle adorait caresser, n’avaient aucun relief.
Un rêve ? Un coma ?
Rien n’avait donc de réelle consistance ? Mais c’était déjà trop. Parce qu’elle avait besoin de lui. Toujours. Tout le temps. Depuis qu’elle avait admis qu’il était l’homme incroyable, fabuleux, hors du commun auprès duquel elle voulait vivre le reste de sa vie, même lorsqu’elle aurait soixante-dix ans et que des petits-enfants courront autour d’eux.
Sortir de son cerveau. Sortir de cette ineptie dans laquelle elle était enfermée depuis plusieurs heures.
Comment sort-on d’un rêve ?
- Kate, ça va ?
La question de Castle la ramena à sa peur présente. Elle dut se faire violence pour lui offrir un timide sourire.
- Bien, dit-il, c’est mieux.
Sans la quitter des yeux, il recula de quelques pas avant de poursuivre :
- Il y a peut-être quelque chose à tirer de ce papier. On peut essayer de trouver à quoi correspondent ces formes à défaut de comprendre les équations.
- D’accord.
Castle s’était assis de nouveau, avait pris le stylo-plume qui ne le quittait jamais et attendait la dictée de Beckett.
C’était une succession de figures simples, de couleurs et de chiffres n’allant jamais au-delà de trois.
- A toi.
Kate nota à son tour celles du morceau de papier de Castle.
- Cela me fait penser à ces jeux pour enfants, échappa-t-elle. Tu sais, ceux où le gamin apprend à différencier les formes et les couleurs.
- Oui, tu as raison. Mais qu’est-ce que cela fait au milieu de formules mathématiques pointues ?
- C’est peut-être pour associer du concret à une théorie. Comme on associe des fils de couleur à un code défini en électricité.
- Eh ! Pour quelqu’un dont la physique n’est pas la matière préférée, c’est une sacrée bonne idée. Ne reste plus qu’à savoir si cela nous mène quelque part. Quelque chose me chagrine cependant.
- Dis.
- Si tu as trouvé ce papier dans la corbeille, c’est qu’il n’avait certainement aucune utilité.
- Mais le tien était dans la poche de Morisson. Il avait donc de l’importance pour lui. Je devrais peut-être retourner dans le bureau de Fernandez pour tenter de découvrir à quoi cela peut faire référence et…
Elle sursauta devant le bruit assourdissant qui venait de la rue. Elle se précipita vers la fenêtre pour voir de vieux pots, cabossés, dévaler la rue. Il y avait aussi un pneu de voiture qui semblait faire la course avec des feuilles de journaux. Kate regarda les petits arbustes qui étaient à deux pas de la porte d’entrée. Nul vent ne les agitait. Cela n’empêchait pas la chaussée de s’encombrer d’autres objets hétéroclites. Ces déplacements ne lui paraissaient pas naturels mais, bon, elle n’était plus à un évènement étrange près. Elle revint vers Castle qui s’inquiétait de ne plus la voir.
- Que se passe-t-il ?
- Rien de bon à mon avis.
- Je pense à un truc, tu n’as pas tort, toutes ses formes et couleurs, ce sont les codes d’un jeu de petit enfant. Fernandez a une fille. J’ai passé quelques instants avec elle. Entre ça et les dessins animés, j’ai l’impression que tout mon rêve tourne autour de l’univers enfantin…
Kate n’avait pas vraiment le cœur à rire mais elle ne put s’empêcher de se faire la réflexion que ce n’était pas réservé qu’à ses rêves.
- Alors, continua Castle, pourquoi ne pas chercher dans la chambre de la gamine ?
- Tu crois que…
- Je n’en sais rien. J’essaie de comprendre comment je peux articuler ce cauchemar dont je suis à l’origine.
- Les dessins animés, je conçois. Les formes et le jeu éducatif, c’est plausible. Mais, là, dehors, le monde qui se délite !
- Je ne sais pas, c’est ce rayon sans doute. Tu sais bien comment mon imagination peut s’emballer.
- Je sais, Rick ! Je sais. Je n’en ai pas pour longtemps, je reviens.
Elle fonça dans le couloir, grimpa les marches quatre à quatre. La première porte donnait sur la chambre des parents et leur salle de bain contigüe. La suivante était celle de l’enfant, pas de doute. Une enfant qui ne manquait pas de jouets. Etrangement, pour la chambre d’une petite fille, il n’y avait qu’une poupée et par contre, beaucoup de maquettes, de jeux de constructions adaptés à son âge, de casse-têtes. Kate pensa que Fernandez devait suivre de près son éducation et qu’elle avait certainement droit à une initiation suivie à la physique. Elle aurait aimé en temps ordinaire fouiller davantage ne serait-ce que pour tenter de mieux cerner la personnalité de Fernandez mais elle n’avait que peu de temps.
Ses yeux passaient progressivement en revue toute la pièce quand le regard de Kate fut happé par une reproduction miniature. Beckett s’en approcha rapidement. Elle ressemblait en tout point à la machine positionnée dans le jardinet. A quelques exceptions. Les touches ici, représentaient des formes géométriques diverses portant en leur centre chacune une lettre. Elle sentit un déclic naître en elle. Elle se saisit de l’objet et redescendit aussi vite que possible rejoindre Castle.
Il était toujours assis par terre. Il y avait ces petits compagnons qui l’entouraient à nouveau et qui paraissaient se disputer sérieusement dans un vacarme ahurissant si bien que Castle ne put s’empêcher de ramener tout ce monde-là au calme.
- Vous croyez que vous m’aider là ? Pour résoudre une énigme, on a besoin de calme, de concentration et d’écoute mutuelle. Je voulais juste savoir si vous aviez déjà vu ce genre de symboles sur le plateau. Et là, vous me cassez les oreilles !
Le silence s’était refait et les personnages étaient à nouveau assis sagement aux côtés de Castle. Malgré la situation dramatique, Kate ne put commencer d’esquisser un sourire. Mais elle l’interrompit rapidement et ce fut une grimace horrifiée qui vint prendre place sur ses lèvres.
Elle voyait avec horreur cette… incongruité s’approcher. Elle voulait prévenir Castle, lui dire de fuir, tout de suite, sans se retourner, mais elle en était incapable. Elle était tétanisée.
Comment était-ce possible ?
Morisson, à quelques pas derrière Castle, s’était relevé.
7ème chapitre
Castle concentré sur son bout de papier, ne percevait même pas le regard affolé de Beckett. Et puis, il y eut une immense clameur de joie de la part de toutes ces figures de dessins animés.
- Waouh ! Il est debout !
- Qu… Qui ça ? interrogea Rick, d’une voix intriguée.
- Ton copain, répondit Daffy.
- Celui qui était allongé, compléta Sam.
Rick se leva les yeux écarquillés par la peur. Il n’osait croire ce qu’il comprenait mais, là, devant lui, le visage de Kate était livide et il ne pouvait plus douter que cela soit : Morisson était sur ses pieds et se déplaçait sur le plateau. Il avait un mort-vivant dans le dos !
Il avait envie de hurler, il avait envie de fuir, il avait envie de marteler l’écran jusqu’à ce qu’il cède devant ses coups et qu’il puisse se glisser de l’autre côté. Mais il était tétanisé.
A cet instant précis, Rick Castle, l’écrivain à l’imagination débordante n’avait qu’un seul désir : ne plus avoir aucune imagination. Il voulait rayer ça de son univers. Il aurait souhaité être un être les deux pieds figés dans la réalité, ne laissant jamais ses idées vagabonder à leur gré.
La situation était trop surréaliste et il ne savait comment l’affronter.
- Que fait-il ? demanda-t-il faiblement à Kate.
Sur un même chuchotement que lui, elle put enfin sortir de son silence et répondre.
- Il regarde tout autour de lui.
- De quoi a-t-il l’air ?
- De quelqu’un d’étonné.
- Tu parles ! Et tu crois qu’il m’a vu ?
- Il semble plus préoccupé par sa propre situation que par ce qui l’entoure.
- Il a les yeux exorbités ?
- Apparemment non.
- De la bave coulant de sa bouche ?
- Rien de tel.
- Des lambeaux de chair se détachant ?
- Pas sur ce que je vois.
- Et maintenant il fait quoi ?
- Il a l’air très surpris de se voir entourer de toons.
- Il les regarde avec l’envie de quelqu’un qui a faim ?
- Non.
- Et eux, ils en ont peur?
- Ils semblent ravis de le voir sur ses pieds.
- Ils lui sautent au cou ?
- Non.
- Tu vois, ça, c’est mauvais signe.
- Pourquoi ? Demanda Kate.
- C’est la preuve qu’ils ne lui font pas confiance sinon, ils seraient déjà dans ses bras.
- Dois-je te rappeler que pour toi, le premier contact physique fut pour te ligoter sur les rails ?
- Mais moi, cela ne compte pas.
- Ah bon ? Je serais curieuse de comprendre pourq… Castle ! Reprit-elle après un bref silence.
- Quoi, chuchota encore plus faiblement Rick redoutant ce qu’il allait apprendre.
- Il vient de s’apercevoir de ta présence.
- Ce n’est pas bon du tout, ça.
- Il n’a pas l’air agressif. Il a même un petit sourire.
- Oui, comme quelqu’un qui sait qu’il va faire un bon repas.
- Il a l’air amical et totalement inoffensif.
- Il est encore loin ?
- Trois – quatre mètres… Enfin, là, il est juste derrière toi, et sa voix faiblissait de plus en plus.
Brusquement Castle se retourna, poings en avant, prêt à en découdre et il se trouva bien stupéfait en voyant l’homme lui tendre la main, un large sourire aux lèvres.
- Will Morisson.
- Ri… Richard Castle.
- L’écrivain ?
- Même les morts me connaissent ?
- Excusez-moi, mais je n’ai pas l’impression d’être mort.
- Oh si, je puis vous assurer que vous l’étiez voilà quelques minutes encore. D’ailleurs…
Et Castle retira avec brusquerie sa main que le physicien tenait toujours dans la sienne. Il la regarda avec effroi comme si il s’attendait à ce qu’elle se décompose et tombe en poussière sous ses yeux.
- D’ailleurs, qu’est-ce qui me prouve que vous ne l’êtes pas ?
- Mes pulsations cardiaques. Je vous autorise à vérifier.
- Oui et pendant que j’aurai la tête sur votre poitrine, vous planterez vos dents dans mon cou.
- Castle ! Objecta Beckett qui avait suivi avec amusement cet échange. Je ne crois pas un instant que M. Morisson soit ce que tu imagines.
Le physicien se retourna vers Rick.
- C'est-à-dire ?
Castle eut une grimace et secoua la tête en signe de quelqu'un qui désire qu'on abandonne ce sujet.
D'accord, Morisson avait l'air de quelqu'un de tout à fait normal mais cela ne signifiait pas qu'il ne pouvait dans les minutes suivantes devenir une chose monstrueuse. D'abord lui dans cet écran de télévision, puis les personnages de dessins animés et désormais ce mort apparemment ressuscité. Il devenait urgent qu'il se réveille ou que le cours de son cauchemar évolue favorablement.
Devant le mutisme de Castle, Morisson se retourna vers Beckett.
- Que fais-je ici ? Que faisons-nous ici ? Reprit-il.
Kate n'avait pas particulièrement envie de refaire toute la genèse de cette situation. Et pour expliquer quoi ? Que la police était intervenue parce qu'il avait été assassiné par son collègue Fernandez ? Et qu'une étrange machine l'avait envoyé lui et Castle en plein tournage d'un cartoon ? Elle, Beckett, la rationnelle, ne se voyait pas raconter de telles inepties.
Inepties. C'était ce qu'en temps ordinaire, elle aurait dit.
Heureusement Castle vint à son secours.
- Le plus important est comment on en sort.
Après tout, Morisson pouvait s'avérer être une aide précieuse.
- Excusez-moi, mais le scientifique que je suis, a besoin de toutes les données pour comprendre.
Castle finalement céda à sa demande et lui fit le résumé de la situation. Contrairement à ce qu’il aurait pu s’imaginer, Morisson le laissa dérouler toute la trame, sans l’interrompre, sans se moquer de ces éléments racontés qui pouvaient laisser prétendre que sa santé mentale était altérée. Non, Will était juste très attentif et hochait même parfois la tête.
- Bien, commença Morisson, une fois le récit achevé, selon vous, Fernandez m’aurait donc tué. Mais dans ce cas, là, pourquoi ai-je l’air en pleine forme ?
- Je n’en ai aucune idée.
- Moi je…je…je sais, fit une voix nasillarde derrière eux.
Ils se retournèrent pour apercevoir Cochonnet à leurs pieds qui les regardaient et sans attendre leur autorisation poursuivit :
- Parce qu’ici, vououous êtes sur leeee plaplaplateau d’un cartoon et et et que perererersonne n’yyyyy meurt jajamais.
Castle se gratta derrière l’oreille droite, eut un petite grimace mais en fin de compte, trouva cohérente la réponse de Cochonnet. Après tout, pourquoi ne pas se contenter de cette explication ? Elle avait sa logique, une logique surprenante mais elle avait sa pertinence vu la situation.
- Est-ce à dire que si on sort de ce…, Morisson ne trouva pas de formulation adéquate, je me retrouverais à l’état de cadavre ?
Ni Cochonnet, ni Castle, ni Beckett ne voulaient répondre. Morisson les regardait fixement l’un après l’autre en espérant que quelqu’un nierait et que cela le rassurerait un tant soit peu même s’il se faisait peu d’illusions.
Kate et Rick restaient très embarrassés. Comment dire à quelqu’un qu’il n’est plus du monde des vivants alors qu’il interagit dans cet univers qui leur paraissait à tous, à cet instant précis, bien réel ?
Ce fut le brouhaha qui surgit au loin, hors du champ du plateau qui leur permit d’éluder la question. C’était des cris. Pas de joie. De panique. Bientôt, ils virent tous l’espace envahi d’une multitude de toons qui fuyait apparemment quelque chose, les dépassa et fonça en sens opposé. Seule la joyeuse bande qui avait fait copain copain avec Castle regardait tout ce monde s’agiter sans comprendre. Cela s’était passé si vite qu’il avait été impossible d’arrêter un personnage pour l’interroger.
- Pas de panique, finit par dire Sam. Il rajusta son chapeau, se saisit de son colt. Je vais aller voir ce qu’il se passe.
- Non, n’y va pas, supplia Bip Bip.
- N’aie pas peur, se voulut rassurant le Pirate. Je ne crains rien. Mais il faut bien qu’on sache !
- Pas la peine d’y aller, lança Bunny ! Regardez qui arrive !
Avec son flegme habituel, Droopy apparut. Il marchait lentement en ne cessant de répéter : « I’m not happy ! I’m not happy ! ». Il fut entouré et pressé de questions dans un tel flot que paroles qu’il lui était impossible de se faire entendre.
- SILENCE ! hurla Castle.
Une fois le calme revenu, il poursuivit :
- Bien. Merci. Droopy, que se passe-t-il ?
- Tout s’écroule au fond et de l’autre côté du décor, il n’y a qu’une drôle d’obscurité.
Chacun était ahuri par ce qu’il venait d’entendre si bien que Droopy reprit sa route en marmonnant sans cesse « I’m not happy ! ».
- Castle ! Appela Kate. On dirait que ce que j’ai vu dehors est en train de se communiquer à l’endroit où tu te trouves.
Morisson s’approcha de Beckett.
- Décrivez-moi exactement ce que vous avez vu à l’extérieur.
Une fois qu’elle eut terminé sa description, le physicien se mit à faire les cent pas et les toons durent plusieurs fois s’écarter pour ne pas qu’il leur marche dessus. Kate et Rick le regardaient s’agiter en toute direction.
- Tu crois qu’il va comprendre ce qu’il se passe ?
- Rick, je pense que si quelqu’un ici le peut, c’est uniquement lui.
- Dans ce cas, je suis bien satisfait qu’il soit ressuscité.
Morisson s’arrêta soudainement. Mille pensées avaient l’air de s’agiter dans son cerveau. Il serra les poings et les dents.
- Voilà, entama-t-il en revenant vers Castle et Beckett. D’après ce que vous dites, cela a tout d’une sorte de trou noir qui absorberait tout sur son passage.
- Mais… comment est-ce possible ? Fit Rick.
- Vous m’avez bien dit que vous aviez été touché par un rayon laser ?
- Oui.
- Je ne pensais pas que Fernandez était parvenu à la construire.
- Quoi donc ?
- Cette machine. Celle qui devait révolutionner toute notre conception de la matière, de l’antimatière, de la propagation des énergies intersidérales…
- Et alors ? Cela nous aide en quoi ?
- Il ne m’avait montré jusqu’alors qu’une maquette qu’il avait fabriqué pour sa fille.
- Celle-ci ? l’interrompit Kate en lui montrant ce qu’elle avait trouvé dans la chambre de l’enfant.
- Oui, oui, c’est ça ! Mais où est celle grandeur nature ?
- Dans le jardin, répondirent Kate et Rick en même temps.
- Je n’arrive pas à le croire ! Il a réussi à la faire fonctionner. Et du coup, il a perturbé l’équilibre cosmique. Il nous reste peu de temps.
- D’accord mais on fait quoi ? demanda Rick.
- Il faut inverser le processus.
- Comment ? interrogea Kate.
- Mettre en route la machine et inverser la programmation.
8ème chapitre
Kate le regarda dubitativement. C’était un rêve, bien sûr, mais il y avait des limites à ce qu’elle pouvait croire. Elle n’avait jamais cherché à comprendre comment fonctionner le cerveau de Castle mais là, elle réalisait à quel point, vu l’anarchie de pensées à laquelle il était sans cesse soumis, il devait faire beaucoup d’efforts pour parvenir à se maîtriser dans la vie réelle.
- Et on procède comment ?
- Il nous faudrait la méthode de fonctionnement et le code de programmation.
Facile de dire « il nous faudrait ! ». Jamais elle ne trouverait ce qu’il fallait dans le bureau de Fernandez.
- Attendez ! fit Castle. Si on part du principe que notre réalité n’est pas réelle et que tout n’est que ma propension furieuse à faire galoper mon imaginaire, alors, je crois que tout ça, on l’a déjà en notre possession.
- Comment ça ? Questionna Kate.
- Ce jouet d’enfant et ces formes, couleurs sur le document déchiré qu’on a trouvé.
- Montrez-moi ça ! Fit Morisson.
Castle lui donna le bout de papier.
- Il était dans votre poche de pantalon.
- Dans ma poche ?
- Et l’autre partie, dans la poubelle de Fernandez compléta Kate.
- Vous savez ce que cela signifie ? Réagit Morisson.
- Non, firent-ils ensemble.
- Que j’ai donc eu une dispute avec Joachim à ce sujet. Je ne me rappelle pas mais cela a du s’envenimer et c’est ensuite qu’il a du me tirer dessus.
Kate et Rick firent la moue. Ce n’était guère satisfaisant toutes ces explications mais ils n’avaient rien d’autre à quoi se raccrocher.
Et il y eut ce grand crissement dissonant et en se retournant, ils virent, un projecteur avancer par à-coup sur le plateau, comme attiré par quelque chose située à l’endroit qu’avaient fui les toons quelques minutes plus tôt, être déséquilibré et tomber au sol au milieu d’une multitude d’étincelles.
- On n’a plus beaucoup de temps.
Morisson avait raison et chacun en prenait conscience et il prit Kate à partie.
- Vous êtes la seule d’entre nous à avoir vu cette machine de près. A quoi ressemble-t-elle ?
- En tout point au jouet de la gamine sauf qu’à la place des lettres, il y a les têtes de toons.
Formes et couleurs identiques, mais lettres d’un côté et figures de l’autre. Castle se concentrait. Il était certain d’avoir la solution, là, quelque part dans les méandres de son esprit et cela n’étonna pas Beckett quand il annonça :
- J’ai trouvé.
- Dis-nous alors !
Il y eut un autre projecteur qui traversa le plateau mais la vitesse de déplacement, s’était accrue et il disparut totalement sur la droite comme avalé. La toile de fond qui représentait le grand ouest américain commençait à se gonfler comme si quelqu’un cherchait à la décrocher. Des bourrasques de vent se levèrent.
- Vite, Castle, vite et un bruit comme un roulement de tambour grondant de plus en plus fortement, couvrait presque la voix de Morisson.
Castle dut forcer sur la sienne pour se faire entendre.
- Les lettres sont en fait la première du nom de plusieurs toons. Un B pour Bunny, un E pour Elmer, un W pour Woody etc.
- Oui bien sûr, confirma Morisson. Sur ce jouet, il n’avait pas la place pour les visages.
- Tout à fait, appuya Castle un grand sourire de satisfaction aux lèvres.
- D’accord, intervint Beckett, on a le système de fonctionnement mais je tape quoi ?
Morisson prit le papier des mains de Castle et l’analysa avec attention avant de donner son avis.
- Si l’ordre du document est celui qu’a fait Fernandez pour amener à cette situation, il fait tout reprendre à l’envers.
- Vous en êtes certain ? Demanda confirmation Beckett.
- Vous avez une autre idée ? Parce que là, au rythme où cela va, dans trois minutes, plus rien n’existera ici.
Semblant aller dans le sens de ses dires, la toile se décrocha et fut emportée hors du plateau révélant derrière un vide d’un noir profond.
- Que dois-je faire précisément ?
Les bourrasques avaient fait place à un vent continu de plus en plus fort et Castle et Morisson devaient faire effort pour ne pas céder de terrain.
- Vous devez aller à la machine et remonter dessin après dessin.
- Et les chiffres ?
- Ce doit correspondre aux manettes.
- Mais je vise quoi ?
- L’écran.
- L’écran ? Mais je ne le vois pas de dehors ! Et en plus, je ne peux ouvrir la fenêtre.
- Pour la fenêtre, aucun souci. D’ailleurs Castle était derrière la vitre avant qu’il soit projeté ici. Quant à l’écran, il suffit de le tourner.
- Vite, Kate ! La force du vent augmente, on ne va plus pouvoir tenir très longtemps !
Et ses dires se virent confirmer quand elle les vit tous les deux s’accrochant autant qu’ils le pouvaient à des éléments qu’elle ne voyait pas. Elle n’hésita plus. Elle fit pivoter l’écran au maximum sur son socle. Elle évalua l’angle par rapport à la fenêtre. Même si ce n’était pas totalement de face, elle parviendrait sans difficulté, elle espérait, à viser. Elle récupéra le papier, fonça à l’extérieur et vint prendre place devant le pupitre de commande.
Bien. Elle inspira un grand coup et commença d’appuyer sur les boutons en remontant par la dernière figure. Dès qu’elle activa la première manette, la machine commença d’émettre un petit sifflement qui s’amplifia au fur et à mesure qu’elle continuait de remonter la liste des figures. P comme… Pluto, puis T comme… Titi. Peu à peu elle retrouva à qui se rapportait chaque initiale. Bunny, Sam, Daffy, Elmer Fudd, Woody Woodpecker, Cochonnet, Bip Bip. Ils étaient tous là, tous ceux qui faisaient intégralement partis du rêve de Castle.
Kate aurait pu avoir une hésitation ultime devant une dernière pensée de rationalité, mais elle n’en avait cure. Autant aller jusqu’au bout d’autant plus que la machine émettait désormais des lumières de plus en plus vives et des sons de plus en plus forts. Le rayon commença de se relever et une fois que Kate eut achevé d’appuyer sur les touches, elle le braqua vers l’écran de télévision où elle apercevait nettement Castle et Morisson grimacer en essayant de rester dans le cadre.
Elle chercha par quoi déclencher le tir. Elle vit le bouton où était écrit « feu ». « Feu » ! C’était bien ce genre de détail qui prouvait que Castle était derrière tout ce délire. Quelqu’un d’autre n’aurait eu qu’un bouton avec un simple « OK » ou « on ». Non, lui, il fallait que ce soit « feu » !
Elle appuya. Le faisceau se projeta aussitôt et alla frapper la surface, là-bas, de l’écran.
Elle s’attendait à un évènement immédiat, bon ou mauvais. Mais rien ne se passa. Combien de temps devait-elle laisser le faisceau agir ? Elle avait oublié de poser cette question à Morisson. Une angoisse profonde s’empara d’elle.
Et la machine stoppa subitement d’elle-même sans qu’elle intervienne engendrant un silence profond et presque effrayant.
Le cœur battant à toute allure, Kate s’approcha. A travers la fenêtre elle regarda.
Il y avait toujours Castle et Morisson visibles mais il y avait aussi ce détail qui accrut ses pulsations : ils étaient immobiles comme lors d’un arrêt sur image. Elle eut un instant de grande panique.
Ce fut dans son dos que le cri de joie de Castle retentit.
- Surprise ! Surprise ! Elle l’a fait ! Je n’en reviens pas ! Elle l’a fait !
Et une clameur d’applaudissements couvrit rapidement les rires de Castle.
Kate, toujours tournée vers la fenêtre, esquissa un sourire qui n’était destinée qu’à elle seule avant de le ravaler et d’offrir un air d’incrédulité à toute l’assistance quand elle leur fit face.
Ils étaient tous là à l’entourer et cela faisait un sacré paquet de personnes ! Elle était loin de les connaître tous. Elle allait de bras en bras dans de grandes accolades et chacun riait et chacun offrait un visage resplendissant de joie. Elle pouvait à peine réagir, prendre le temps de tout enregistrer. Mais celui qui indéniablement était plus heureux qu’un gamin, c’était Castle. Il ne la quittait pas d’une semelle désireux de saisir toutes les réactions qu’elle pourrait avoir. Il expliquait au fur et à mesure quel avait été le rôle de tel ou tel dans cet incroyable canular qu’il avait monté. Morisson ? Fernandez ? Mais non, c’était un faux coup de fil, un faux meurtre.
Ce qu’elle voyait et qui lui ravissait le cœur, c’était les yeux de son écrivain chéri pétillants de bonheur. Il était sur un petit nuage parce que c’était son heure de gloire : avoir réussi à entraîner Kate Beckett, la plus rationnelle des lieutenants de la Crim dans un maelström de délires. Dans SON maelström de délires. Beckett ne posait aucune question, il lui donnait les réponses avant même qu’elle ne pense à les formuler. Il fallait créer une confusion dans son esprit. Grenades aveuglante, assourdissante.
- Mais je te rassure, on a bien fait en sorte que tu ne sois pas blessée, juste un peu étourdie. Lanie nous a aidés à prendre le maximum de précautions. Tu ne risquais rien, je peux te le certifier.
Elle se moquait bien de tous ces détails. Elle était bien, parfaitement bien parce qu’elle savait qu’elle venait de lui procurer une satisfaction immense. Elle le caressait du regard et elle espérait qu’il y voyait tout l’amour qu’elle avait pour lui. Elle avait envie de rentrer. Elle avait envie de l’embrasser goulument. A l’instant précis où la porte du loft se refermerait derrière eux, elle le plaquerait contre elle et s’attacherait à lui prodiguer toutes ces friandises dont il était gourmand, toutes ces attentions qui le faisait gémir de plaisir. Et elle savait qu’en retour, il saurait la mener vers la félicité.
- Les maisons qui semblaient s’effriter, c’était plusieurs immenses posters déployés progressivement à partir des toits.
Cela n’en finissait pas. Et après les complices, il fallut voir tout l’aspect technique. Le plateau, les décors, la console, les différentes caméras, la pièce des bruitages, les scènes préenregistrées, les combinaisons truffées d’électronique des acteurs interprétant les toons.
- Les sautes, les déformations d’images, tout ça, c’était pour lancer ce qui avait été tourné les jours précédents.
Et puis, il y eut encore la maison à visiter de fond en comble, l’emplacement des caméras miniatures cachées dans les murs, les lampadaires, les cadres de photos.
- On savait seconde par seconde où tu étais, ce que tu faisais et on communiquait par oreillette.
Quand cela se calma enfin, quand désormais, il fallut démonter, emballer, ranger tout cet incroyable matériel dans deux grands camions, il ne resta dans le jardinet, autour de Castle et Beckett que leurs proches.
- Il n’était pas bien, mon fils ? Demanda Martha.
- Il a été parfait, confirma Kate.
- Tu vois, Richard, je t’avais bien dit que tu avais un véritable don d’acteur.
- Ce n’est pas ce que tu m’as dit, mère, à de multiples reprises pendant les répétitions.
- C’était pour t’obliger à piocher encore plus profondément en toi. Et regarde le résultat ! Tu m’as bluffée.
- Nous tous aussi, témoigna Ryan.
- Merci les gars. Vous avez été très bien aussi.
- On s’est contenté d’un petit enregistrement ou de répondre en suivant le scénario.
- Mais vous étiez convaincants.
- Beckett, voulut savoir Esposito, j'espère ne pas avoir été trop rude en te plaquant.
Sa tête alla de droite à gauche rassurant le Latino. Elle croisa le regard de Gates.
- Même vous, capitaine, vous étiez dans le coup ?
- Castle m’a harcelé à plusieurs reprises ! Et puis je vous avais aidé la dernière fois pour son…
- Je ne pouvais pas ne pas réclamer un retour.
- Profitez bien de ça, M. Castle parce que je l’ai fait une fois mais ce sera la dernière. Je me demande comment vous avez eu cette idée saugrenue de me propulser dans l’espace !
- On se le demande, oui, renchérit Kate un immense sourire aux lèvres en jetant un regard pétillant sur Castle.
- Bien lieutenant, vous êtes officiellement, dès cet instant en congés. Je ne veux plus vous voir au poste avant quinze jours. Et…, en montrant Castle, prenez soin de lui : je me fais du souci pour sa santé mentale.
- Ne vous inquiétez pas, Capitaine. Je vais le surveiller étroitement et je vais bien m’occuper de lui.
Ils regagnaient la Crown Victoria de Beckett quand elle tendit les clés à Castle qui la regarda d’un air étonné.
- Tu… tu veux que je t’ouvre la portière, c’est ça ?
- Non, tu vas conduire.
- Oh ! Heu ! C’est la première fois…
- C’est la première fois aussi qu’on me monte une telle histoire.
Il ne chercha pas à savoir si tout cela n’était pas une blague qu’elle lui faisait à son tour et prit la place du conducteur. Kate s’assit à ses côtés mais tandis qu’il attachait sa ceinture de sécurité, elle se positionna de trois quarts et ne le lâcha pas des yeux.
- Ok, fit-il, tu te venges, là, c’est ça ? Tu vas me dire que j’ai été stupide de croire que tu me laisserais conduire ta voiture… Mais laisse-moi te faire remarquer que c’est… mesquin, si c’est ça.
Elle avait un sourire qui s’élargissait au fur et à mesure qu’il avançait dans ses remarques.
- Oui, c’est donc ça ! Tu te moques de moi.
- Non, Castle, répondit-elle pour mettre fin à son doute, non, j’ai juste envie de passer tout le trajet à regarder l’homme merveilleux qui n’a lésiné sur rien pour m’offrir ces dernières incroyables heures.
- Oh ! Fit Castle qui ne s’attendait pas à ce qu’elle le remercie ainsi. Tu as aimé ?
- J’ai adoré. Je me suis rarement autant amusée.
- J’en suis très heureux.
- C’était un vrai plaisir de voir jusqu’où tu pouvais aller et je n’ai pas été déçue.
- Tu sais bien que j’ai beaucoup d’im… Comment ça « jusqu’où je pouvais aller » ?
- Comment as-tu pu croire un seul instant que je goberais tout ça ?
Elle appuya ses dires en écartant les bras et en ouvrant les paumes.
- Ah non, non, je ne te crois pas. C’est maintenant que tu me fais marcher.
- Castle ! Je suis celle que tu enchantes avec toutes tes théories permanentes mais je suis celle aussi qui te prouve à chaque fois, combien elles sont non avérées.
- Je… Ah bon ! Alors vas-y ! Depuis le début tu as cru que c’était un coup monté, c’est ça ?
- Non, j’ai vraiment été déboussolée pendant quelques minutes.
- Explique-moi… parce que le plan était parfait. Il fallait sans cesse te proposer quelque chose de nouveau pour que tu n’aies pas le temps de te poser de questions.
- Précisément ! J’ai eu le temps de me poser plusieurs minutes, dehors, sur une chaise.
- Et… ?
- J’essayais de comprendre ce que je ressentais. Pour cela, j’ai retracé chaque détail dont je me souvenais. C’est alors que j’ai compris.
- Compris quoi ?
- Le jardinet était à l’ombre et elle regarda Castle comme si cette seule explication suffisait.
- Et… ? Répéta-t-il.
- Que ceux qui sont passés par devant pour investir la maison, portent tous des lunettes de soleil, c’était compréhensible. Mais qu’à l’arrière, il en soit de même ! Pourquoi ? Sinon pour se protéger de la grenade aveuglante qui allait être dégoupillée. Et puis…
Castle ne savait si elle bluffait ou si elle avait réellement achoppé sur ce détail.
- Et puis, reprit-elle, en relevant la chaise que j’avais lancé volontairement dans cette direction, j’ai récupéré ça.
Elle mit la main dans sa poche de pantalon et en retira une protection en silicone pour oreilles.
- Je pense qu’Espo l’a perdu en même temps qu’il m’a plaquée au sol. C’était pour se protéger de la grenade assourdissante.
Castle écoutait Kate mais il ne se rendait toujours pas à l’évidence qu’elle ait pu aussi rapidement croire qu’elle était victime d’un canular.
- Non, non, non… Tu tentes de retourner la situation à ton avantage.
- Et la caméra ?
- Quelle caméra ? Je t’ai montré tout le matériel que l’on a utilisé.
- Sauf celle que vous avez oubliée, accrochée à la cheminée de la maison de l’autre côté du jardinet et qui a passé son temps à m’envoyer des rayons lumineux dans les yeux.
Là, Beckett venait d’ébranler les certitudes de Castle. Du moins, c’est ce qu’elle voulait lui faire croire. Mais il ne voulait pas se rendre si rapidement : il avait mis tant de lui dans toute cette mise en scène !
- Non, non, la Beckett que je connais, m’aurait tout de suite fait part de ses doutes.
- La Beckett lancée sur la piste d’un véritable assassin, oui, mais pas celle qui a réalisé tout ce que l’homme de sa vie a mis en place pour elle.
Rick la regardait intensément ne sachant ce qu’il y avait de plus remarquable en cette femme qui était et serait à jamais celle de sa vie.
- En fait, c’est toi qui m’as piégé.
- Non. J’ai juste pris ma place entière dans ce jeu de rôle que tu m’as proposé. J’ai fait comme si je n’étais pas l’incrédule, celle qui doute sans cesse. Pendant quelques heures, j’ai voulu être toi, toi avec tes idées incroyables, toi avec ta façon de me dire que je valais la peine de tout ça.
Il en resta bouche bée. Il avait monté tout ce stratagème pour lui rendre la pareille suite à cet incroyable cadeau d’anniversaire qu’elle lui avait préparé et finalement, elle venait de se jouer de lui. Avec brio et élégance et générosité. Elle lui avait laissé croire qu’il avait remporté la partie, ne l’avait pas détrompé et lui avait permis de partager son bonheur exubérant avec l’aréopage de témoins tout à l’heure. Sans rien dire. Sans faire transparaître le plus infime scepticisme.
Elle menait largement aux points. Mais il s’en moquait. Il était étrangement plus heureux de Kate entrant volontairement dans ses délires que de l’avoir déstabilisée et amenée à faire des choses contre sa nature profonde.
Il détacha sa ceinture de sécurité, d’une main approcha la tête de Kate de la sienne et approcha ses lèvres des siennes. Il les effleura comme s’il y mettait de la timidité. Mais la jeune femme ne pouvait s’en contentait. Elle passa sa main dans les cheveux de cet homme qui était capable de tout pour lui prouver quelle importance elle avait à ses yeux. Elle le retint, approfondit la caresse de leurs lèvres et demanda rapidement accès à la bouche de Rick.
Quand, ils se détachèrent l’un de l’autre, il approcha dans un effleurement, sa bouche de l’oreille de Beckett et son souffle conjugué à ses paroles, déclenchèrent en elle une onde de bonheur :
- La réalité avec toi, est bien plus merveilleuse que le plus incroyable des rêves.
FIN