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Interdit aux moins de 16 ans

A Christmas story

Série : Castle
Création : 30.11.2014 à 13h50
Auteur : Minefuji 
Statut : Terminée

« Voici venir le mois de décembre et qui dit décembre, dit calendrier de l'avent. Un chapitre ( ou petit chocolat) par jour en attendant le père Noël, ça vous dit?  » Minefuji 

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Chapitre un:
New York - décembre 1999

La foule se massait aux abords du grand hôtel où la soirée de lancement du nouveau roman de Richard Castle était organisée. Tout le gratin de New York tenait à y assister et bon nombre de journalistes y avaient été envoyés pour couvrir l'événement. Il fallait dire que Richard Castle, avec ses six Best-seller en trois ans était la personne qu'il fallait avoir dans son cercle de connaissances pour pouvoir briller en société.

À l'intérieur de l'hôtel, le meilleur champagne coulait à flot et chacun des convives déambulait entre les buffets près desquels les discussions allaient bon train.
L'écrivain avait tenu à ce que tout soit à la hauteur de l'événement, qu'il avait voulu créer pour lancer son nouveau personnage, dont il espérait écrire toute une saga.
Rien n'avait été laissé au hasard, il avait donné des directives précises à son éditeur, qui avait mis les petits plats dans les grands. Toutes les demandes de celui qui était devenu la poule aux œufs d'or de Black Pawn avaient été scrupuleusement respectées, même les plus excentriques, comme la réplique parfaite de la voiture de son héros qui trônait au milieu de la salle de réception de l'hôtel.
Personne ne devait sortir d'une soirée organisée par Richard Castle en disant qu'il s'y était ennuyé.

Du côté des coulisses, l'équipe engagée par le traiteur n'avait cessé de s'agiter durant toute la journée et si le stress semblait diminuer un peu, l'agitation était toujours grande.

- Hé toi! Va me chercher une nouvelle caisse de champagne! Cria le chef à l'attention de l'un des gars qu'il avait engagés en renfort pour la soirée.

Le gamin, qui semblait tout juste sorti des jupons de sa mère, hocha la tête et se dirigea vers la chambre froide, lorsqu'un serveur déboula sans crier gare dans l'arrière salle, le percuta et l'envoya au sol dans un grand fracas de verre brisé.

- Tu ne peux pas faire attention?! Aboya-t-il à l'attention du gamin qui gisait au milieu du verre brisé.

- Désolé, marmonna celui-ci en ramassant les dégâts.

- Qu'est-ce qu'il t'a pris d'engager ce naze? Grogna le serveur à l'attention de son chef. C'est tout juste s'il tient debout!

- C'est un extra, c'est juste pour les coulisses et puis, il a l'avantage de ne pas être cher! T’occupe pas de lui et dépêche-toi de reprendre un plateau, le roi de la fête vient d'arriver, tu sais qu'il tient à ce que le champagne ne manque pas!

- Ouais. Et toi, dépêche-toi de nettoyer tout ça et ne te mets plus dans mes pattes! Aboya le serveur en jetant un regard noir au gamin.

- Pauv´ type marmonna celui-ci avant de s'éloigner.

De l'autre côté de la porte, Gina Cowell, la nouvelle responsable de la maison d'édition Black Pawn annonçait l'arrivée de son écrivain fétiche.

- Meurtre, mystère, macabre... Comment un policier au sang-froid implacable, une femme fatale, et le canon glacé d'un revolver nous tiennent tant en haleine et réussissent à nous maintenir éveillés jusqu'aux premières heures du matin ? Encore une fois, l'alchimie est là, et ce soir nous célébrons le nouveau maître du roman policier en fêtant la sortie de son dernier livre, " Tempête à l'horizon". J'ai l'honneur de vous présenter le nouveau maître du macabre, Richard Castle !

L'écrivain s'avança sur le tapis rouge sous les applaudissements. Il salua tout le monde d'un petit sourire satisfait. Richard Castle était beau gosse et le savait. Il aimait entendre ses fans féminines se pâmer devant lui. Il était un dieu vivant à leurs yeux et adorait cela. Même si aucune n'était véritablement digne d'intérêt à ses yeux d'un bleu aussi profond que l'océan.

Il avait tout et le savait : beau, brillant, riche... Les femmes le vénéraient et les hommes l'enviaient. Parfait, voilà comment il aimait se définir.
Il attrapa une coupe de champagne, qu'il avala d'un trait, puis s'approcha de ses fans pour leur signer des autographes.
Rick Castle aimait se donner en spectacle et les minauderies de ces femmes flattaient son égo.
Les plus audacieuses tentaient d'attirer son attention en lui demandant de signer sur leur poitrine et il entrait volontiers dans leur jeu. Il aimait plaire, faire la fête et surtout n'avoir aucune responsabilité, ni aucun compte à rendre.

Quand vint la fin de la soirée, il avait à ses bras les deux délicieuses créatures qui termineraient la nuit avec lui.

- Tu vas encore passer la nuit à faire n'importe quoi? Demanda Gina en le prenant à part.

- Gina, tu es mon éditrice, pas ma mère, qui d'ailleurs a déjà fait bien pire, plaisanta l'écrivain.

- Mais...

- Mais quoi? Tu as été très claire l'autre fois au sujet de notre relation!

- Donc tu me punis, c'est ça?

- Je ne te punis pas, je vis, c'est tout! Je ne vais pas arrêter de vivre et m'enfermer chez moi en attendant que tu sois prête!

- Tu es puéril! Lâcha-t-elle d'un air pincé avant de s'éloigner.

- Préviens-moi quand tu seras prête! Lui cria-t-il alors qu'elle avait déjà rejoint un groupe de journalistes en quête d'une interview.

Il lui secoua la tête et soupira. Cette nouvelle responsable de chez Black Pawn était certes très jolie et bien gentille, mais elle avait beaucoup de mal à s'amuser. Ils avaient eu leur premier rendez-vous quelques semaines auparavant et il s'était terminé par une longue conversation ennuyeuse, durant laquelle elle lui avait expliqué qu'elle ne voulait pas aller trop vite, qu'il devrait être patient. Mais la patience n'était pas sa qualité principale ces derniers temps. Il avait déjà été bien trop patient avec sa première femme et ne voulait pas se faire avoir une nouvelle fois.

- Alors Ricky, où nous emmènes-tu? Demanda l'une des gourgandines qu'il avait invitées.

- Dans un monde de délices, répondit-il d'un air mystérieux.

Elles gloussèrent et attrapèrent son bras. Il les emmena à l'extérieur. Une fois sur le trottoir, il héla un taxi, dans lequel il fit monter les deux jeunes femmes. Ce fut alors, qu'un bruit provenant de l'allée derrière l'hôtel attira son attention, il fit signe au chauffeur de l'attendre et se dirigea vers la source du bruit.
Il s'avança discrètement et aperçut l'un des serveurs de la soirée. Il avait l'air furieux et criait contre quelqu'un au sol. Il s'avança un peu plus et aperçut un gamin qui se relevait doucement en se tenant la joue.

- À cause de tes bourdes, j'ai failli perdre mon job! Hurlait le serveur.

- C'est vous qui ne regardiez pas où vous alliez, grogna le jeunot.

- Tu sais pour qui on bossait là?! Gronda le premier en l'attrapant par le col et en le soulevant à quelques centimètres du sol. Tout doit être parfait! S'il s'était aperçu du bordel que tu as fichu en coulisses, jamais il ne nous aurait de nouveau engagés! Ce type est un excellent client! Il fait la moitié de mon chiffre d'affaire à lui tout seul!

- Je n'ai rien fait de mal, grogna le gamin provocateur. Vous ne pouvez pas m'accuser de votre manque d'organisation.

Le poing levé, l'homme fulminait et s'apprêtait à frapper le gamin insolent.

- Hé! Intervint Castle.

Surpris, l'homme lâcha prise, le gamin retomba au sol, attrapa son sac à dos et fila sans demander son reste.

- Que se passe-t-il? Demanda Castle.

- J'avais engagé ce gamin pour nous aider en cuisine et par sa faute j'ai brisé un lot de flûtes à champagne...

- Et vous alliez le frapper pour ça?!

- Un autre serveur a cassé deux bouteilles par sa faute! Elles sont hors de prix!

- Eh bien vous ajouterez le prix des dégâts sur ma note! Ce n'est pas une raison pour frapper quelqu'un!

- ... Vous avez raison... Excusez-moi monsieur Castle.

- Ça n'est pas auprès de moi, que vous devriez vous excuser, mais auprès de ce garçon, que vous avez malmené!

L'écrivain se tourna et quitta les lieux en se demandant comment on pouvait en venir à rudoyer ainsi quelqu'un pour quelques malheureuses bouteilles.
Il rejoignit le taxi et les deux naïades qui l'y attendaient pour une fin de soirée, qui s'annonçait torride.

 


Minefuji  (01.12.2014 à 17:04)

Chapitre deux

Le gamin n'avait pas demandé son reste, l'intervention de cet homme dans la ruelle lui avait évité une bonne correction. Il soupira lorsqu'il se rendit compte qu'il n'avait pas reçu sa paye... De toute façon, ce sale rat de traiteur aurait été capable d'en déduire les bouteilles brisées, autant dire qu'il ne lui serait rien resté.

Il s'arrêta sur un banc au milieu de Central Parc, sortit de sa poche l'un des sandwiches qu'il avait récupérés dans les restes du buffet de la soirée et commença à le grignoter doucement. Il aimait s'installer sur ce banc et se laisser submerger par les souvenirs d'une autre époque, une époque où il était quelqu'un d'autre, où le bonheur faisait encore partie de sa vie.
Certains diraient qu'en revenant ici il remuait sa peine, mais pour lui, il s'agissait d'une sorte de pèlerinage qui lui donnait la force de continuer.

Il n'y avait pas grand monde dans le parc à cette heure de la nuit. Ça lui donnait un air lugubre. Beaucoup diraient qu'il fallait être suicidaire pour s'y balader seul, lui dirait que rien de pire que ce qu'il avait déjà vécu ne pouvait lui arriver.

Des rires idiots et des cris le sortirent de ses pensées. Il se dirigea à pas de loup dans leur direction. Trois ados désœuvrés et certainement ivres maltraitaient un chien à coup de cailloux. Son sang ne fit qu'un tour et il oublia toute prudence.
Se saisissant d'un bâton, il observa un instant les trois voyous afin de trouver le meneur du groupe. Son choix se porta sur le plus petit, qui comme chez les Dalton semblait être le plus hargneux et le "cerveau" de la bande.
Sans hésiter, il prit son élan et lança son projectile sur lui, l'assommant sur le coup.
Les deux autres prirent aussitôt une posture de combat en cherchant la provenance du coup.

- Je serais vous je ramasserais mon copain et je déguerpirais, mon prochain projectile fera plus de dégâts et je peux vous assurer que je ne rate jamais ma cible! Lança le gamin avec toute l’assurance dont il était capable.

Un rire moqueur lui répondit et fut presqu'aussitôt étouffé par quelques jurons et un cri de douleur.

- Vous avez de la chance que j'aie visé le tibia. Pour le prochain, je viserai plus haut!

- Barrons-nous, suggéra celui qui était encore indemne en aidant son copain à se relever.

Le jeune garçon les regarda fuir, puis soupira. Un faible gémissement attira son attention, il tourna la tête et découvrit le chien qu'il venait de sauver.

- Mon pauvre vieux, ils ne t'ont pas loupé, constata-t-il en tendant la main pour le caresser. Tu saignes un peu, mais ça devrait vite guérir... Tu as faim?

Il lui tendit l'un de ses sandwiches, l'animal renifla prudemment.

- Tu peux y aller! Des petits sandwiches de cette qualité, tu n'en trouveras pas dans les poubelles.

Le chien lécha timidement le sandwich.

- Là, tu vas être obligé de le manger! Ma mère disait toujours " si tu y touches, tu le manges!".

L'animal l'attrapa et l'avala goulûment.

- Voilà! Je me doutais bien que tu étais un gourmand!

Le gamin lui gratouilla affectueusement les oreilles. Le chien lui renifla les mains à la recherche d'un peu plus de nourriture.

- Désolé, je n'ai plus rien! Tu vas devoir te débrouiller pour trouver quelqu'un d'autre pour te nourrir, mais avec la bouille que tu as, je pense que tu n'auras aucun mal à attirer la sympathie. Allez, je file. Ravi de t'avoir rencontré!

Il reprit son chemin et tomba face à face avec quelqu'un qu'il aurait préféré éviter. Il fit demi-tour et s'enfuit à toute allure.

- Hey! Attends! Cria le jeune policier avant de le prendre en chasse. Bon sang! Quelle fusée! Mais tu ne me sèmeras pas aussi facilement.

Le gamin courait à perdre haleine. Il savait que le policier à ses trousses était un coriace et qu'il devrait ruser pour le semer. Heureusement, il connaissait les rues de New York par cœur et l'obscurité jouait en sa faveur. Arrivant devant la piste de patinage, il décida de jouer le tout pour le tout et sauta la barrière avec l'agilité d'un cabri. Derrière lui, il entendit le policier qui pestait, il ne devait pas être fan de la glace. Même sans patins aux pieds, le gamin traversa la piste avec une étonnante facilité, contrairement au policier, qui resta bloqué au milieu.

- Désolé, mais je n'ai pas vraiment le temps de vous aider! Cria le gamin. Ce fut un plaisir, officier Esposito!

- Reviens! Je veux seulement te parler! Hurla Esposito en retour.

- Ils disent tous ça! Bonne soirée officier! N'allez pas vous casser une jambe, je m'en voudrais beaucoup!

- Maudit gamin! Grommela le policier en évitant de justesse la chute. Woaw! Comment...? Ce n’est pas possible de tenir debout là-dessus!

Tout content de s'en être sortit à si bon compte, le gamin reprit sa route en pressant le pas jusqu'à une petite rue qu'il connaissait bien. Peu de personnes appréciaient cette petite rue, qui n'était pas éclairée comme les grands boulevards et où tout y était beaucoup moins reluisant. Les rares magasins qui s'y trouvaient étaient vieillots et ne donnaient pas envie de venir y flâner un samedi après-midi. Mais pour lui, c'était l'endroit idéal.

Il s'arrêta dans un renfoncement discret au bout de cette ruelle, c'était là qu'il avait élu domicile quelques jours auparavant. Il s'y était bâti un abri avec des cartons et divers matériaux glanés çà et là. Personne ne pouvait se douter que quelqu'un vivait ici. Après quelques coups d'œil alentours, il entra chez lui.

Il se délesta de son sac à dos, alluma sa lampe de poche, réajusta sa paillasse de fortune, sortit sa couverture et s'enroula dedans. Tout au fond du sac, il attrapa un petit miroir. Il l'ouvrit et regarda son reflet. Sa joue, qui lui faisait encore mal était bien rouge. Il aurait sans doute un bleu. Il s'observa un moment à la recherche de la personne qu'il avait été avant. Ses longs cheveux légèrement bouclés avaient disparu, mais le reste était toujours là. Kate sommeillait quelque part et reviendrait un jour, mais pas tout de suite. Pour l'instant, seul Jack avait le droit d'exister.
Elle sortit son calepin, dans lequel elle griffonna quelques lignes à la lueur de sa lampe poche, dont les piles commençaient à fatiguer, avant de se rouler en boule et de s'endormir.

***************


Il faisait déjà très froid, en ce début du mois de décembre et la nuit fut difficile. Elle allait devoir se trouver des vêtements plus chauds. L'hiver qui approchait l'inquiétait, comment pourrait-elle y survivre?
Elle ouvrit son sac, y prit les deux petits sandwiches qu'il lui restait et passa la tête hors de son abri. Au moins il ne pleuvait pas. Elle rassembla ses affaires et s'étira longuement une fois dehors.
Un léger bruit derrière elle la fit sursauter. Elle se tourna et découvrit le chien qu'elle avait sauvé la veille.

- Hey! Qu'est-ce que tu fais là?! Tu m'as suivie? Tu as faim? Tiens il me reste un sandwich. Il est un peu moins tendre qu'hier, mais il se laisse manger.

Le chien se précipita sur le bout de pain, dont il ne fit qu'une bouchée.

- Holà, doucement! Je ne vais pas te le reprendre! Je suis sûr que tu n'en as même pas senti le goût! ... Ah... Désolée, je n'ai plus rien!

Après quelques caresses affectueuses, Jack dit au revoir au chien et se mit en route. L'animal se décida à la suivre. Il la suivait toujours, lorsqu'ils arrivèrent destination.

- Arrête de me suivre, je te dis!

- Hé Jack! Comment ça va mon garçon?

- Bonjour monsieur Davidson! Je vais bien! Le camion est arrivé?

- Pas encore, tu es toujours plus matinal que lui. Alors, tu t'es trouvé un compagnon?

- Ouais. Je lui ai donné un peu de mon repas hier soir et depuis il me suit partout! Est-ce que vous auriez du désinfectant? Il est un peu blessé...

- Et après tu t'étonneras qu'il t'ait à la bonne? Tu le nourris et tu le soignes! Il ne va plus te quitter... Ah, euh... Tiens, ma femme a préparé un chocolat chaud pour toi.

- Pour moi? Mais...

- Ne sois pas si étonné, elle t'aime bien tu sais? Et ça n'est pas parce que je te donne un peu d’argent à chaque fois que tu viens m'aider à décharger le camion, qu'elle n'a pas le droit de s'occuper un peu de toi. D'ailleurs, elle tient à ce que tu manges avec nous ce midi!

- Mais...

- Tu connais Élisabeth, elle ne veut pas entendre parler d'un refus!

- Euh... Alors ... D'accord...

- J'aime mieux ça!

Le livreur arriva peu après, Jack l'aida à décharger le camion, puis fit l'inventaire et rangea le contenu des cartons à l'arrière de la boutique.
En moins de deux heures, tout était parfaitement répertorié et rangé.

- Parfait, comme toujours, admira le commerçant. Tu m'expliqueras un jour comment ça se fait qu'un garçon comme toi ne soit pas sur les bancs d'une université?

- C'est comme ça, c'est tout...

- En tout cas, tu as bien mérité un peu de réconfort! Va à l'étage, ma femme t'attend!

- Merci Don!

- Ça nous fait plaisir! Notre fils est loin d'ici, on se sent un peu seuls et on aime ta compagnie.

Lorsque Jack arriva dans l'appartement au-dessus du magasin, Élisabeth l'accueillit avec une étreinte si chaleureuse, qu'il en eut les larmes aux yeux.

- Qu'est-ce que tu as mon petit?

- Rien, ça va. Je vous remercie...

- Un jour peut-être que tu voudras bien me parler... En attendant, si tu veux prendre une douche, la salle de bain est prête.
- Merci.
- Je t'ai préparé quelques vêtements qui appartenaient à mon fils. Il les mettait quand il était en première année au lycée, ils devraient t'aller.

- Il ne fallait pas!

- Ça me fait plaisir! Tu sais, depuis qu'il est parti étudier à l'autre bout du pays, on n'a pas beaucoup de visites, alors s'il te plaît, laisse nous te chouchouter.

- ... Merci...

- Qu'est-ce que tu as à la joue?

- Oh... Euh... Je suis tombé, mentit Jack. Mais c'est rien... Ça va déjà mieux!

- ... D'accord, je n'insiste pas. Allez, file te doucher.

Après une douche réconfortante et un repas agréable en compagnie de Don et d'Elisabeth, Jack se sentait regonflé à bloc. Il embrassa ses deux protecteurs pour prendre congé.

- Je t'ai préparé une petite trousse de secours, dit Don. Tu pourras soigner ton chien et ça t'évitera peut être d'avoir des bleus la prochaine fois que tu te cogneras!

- Merci, vous êtes fantastiques.

- Tiens, je t'ai fait quelques sandwichs avec le reste du poulet et je t'ai ajouté le reste du gâteau, dit Élisabeth en lui mettant deux sachets en papier dans les bras.

- Non! Je ne peux pas accepter...

- Ne discute pas, prends tout, sinon je serai obligé d'en manger pendant des jours, dit Don. Betty en fait toujours trop! Elle n'arrive pas à se faire à l'absence de Josh.

- D'ailleurs, sa chambre est libre, tu pourrais...

- Non! Ça je ne peux pas!

- ...

- Écoutez... Vous êtes adorables, je vous remercie pour le repas, la douche, les sandwiches et tout le reste, mais je dois partir, s'excusa Jack en ouvrant la porte. Au revoir!

- Le livreur revient la semaine prochaine! Lui cria Don alors qu'il arrivait déjà en bas des escaliers.

- J'espère qu'on ne l'a pas effrayé, s'inquiéta Élisabeth.

- Il reviendra, assura Don.

- Mais c'est tellement dangereux là dehors!

- Tu sais bien qu'on ne peut pas l'obliger à vivre chez nous...

- Malheureusement, soupira Élisabeth.


Minefuji  (02.12.2014 à 19:03)

Chapitre trois


Lorsque le réveil sonna, Rick Castle mit un moment à se rappeler comment il était revenu chez lui. Un désordre sans nom régnait dans la chambre et la présence des deux jeunes femmes nues qui dormaient contre lui en disait long sur la folle nuit, qu'il venait de passer.

- Éteins-moi ça... grogna l'une des jeunes femmes.

Il sourit et tendit le bras pour atteindre le réveil, qui braillait un air à la mode. Lorsqu'il réussit à appuyer sur le bouton, mettant fin à la cacophonie ambiante, la jeune femme soupira d'aise et se tourna pour se rendormir. Il se redressa doucement sur ses coudes.

- Richard! C'est moi! Cria une voix familière depuis le salon.

Il se laissa retomber sur les oreillers en grommelant.

- Richard! Tu pourrais ré...

- Bonjour mère!

- ...pondre...

- Wah! Je viens de couper le sifflet à la grande Martha Rodgers! Les filles dites bonjour à ma mère et filez vous rhabiller, la fête est finie.

- ´Jour maman! Soufflèrent les filles avant de filer prendre une douche.

- Quand te conduiras-tu en homme responsable? Soupira Martha.

- Pour quoi faire? J'ai essayé et ça ne m'a apporté que des ennuis! À part Alexis, évidemment.

- Évidemment. Et bien peut être que tu devrais penser à Alexis et te comporter en adulte au moins!

- À quoi ça servirait? Elle est chez sa mère et va y rester encore pendant des mois!

- Il ne fallait pas accepter que Meredith la fasse jouer dans ce film!

- Ah oui? Et qui était tellement fière de voir que sa petite fille chérie avait le talent de sa grand-mère?

- La caméra l'adore, c'est un don, c'est comme ça!

- Une malédiction plutôt! Je ne verrai pas ma fille avant Noël!

- Tu l'as avec toi tout le reste de l'année, ne sois pas si égoïste, c'est de la carrière de ta fille dont il s'agit.

- Elle a six ans! Ce n’est pas un peu tôt pour parler de carrière?

- ... Je sais, mais elle était si contente à l'idée de faire ce film.

- Et c'est l'unique raison pour laquelle j'ai donné mon accord. Alors je t'en prie, laisse-moi tromper mon ennui comme je l'entends.

- ... Tu as raison... Soupira Martha. Amuse-toi mon chéri, mais n'oublie pas de redevenir sérieux quand Alexis sera de retour.

- Je ne ramènerai plus mes conquêtes ici, si c'est ce que tu veux dire.

- À la bonne heure!

- Bon et maintenant, si tu me disais ce qui t'amène de si bon matin?

- Ton salon.

- Mon salon?

- J'aimerais organiser une petite soirée avec quelques amis et ton salon est tellement plus grand que le mien...

- Pourquoi tu ne loues pas une salle? C'est ce que les gens font d'ordinaire quand ils veulent organiser une petite fête et que leur salon est trop petit...

- Je sais bien, mais ton salon est...

- ... Gratuit?

- C'est ça! Et puis je sais que tu as une soirée poker chez ton ami Patterson demain soir...

- Et tu as peur que mon salon se sente seul?

- Tu vas arrêter un peu? Tu pourrais faire ça pour ta mère, qui a toujours tout sacrifié pour toi!

- C'est un peu vite dit, étant donné le nombre de soirée que j'ai passé seul ou en compagnie de madame poisson frit!

- Tu exagères! Elle ne sentait pas toujours la friture...

- C'est vrai, parfois elle sentait le poulet frit.

- Bon alors, je peux utiliser ton salon?

- Tu sais bien que je ne peux rien te refuser, soupira Castle.

Il passa devant elle et l'embrassa avant de se diriger vers la cuisine pour se servir un bon café.

- En tout cas, j'espère que tu ne feras pas trop de bazar.

- Tu me connais.

- Justement!

********************


Le soir tombait sur New York. Kate regagnait son abri. Les vêtements de Josh étaient bien chauds, elle passerait certainement une meilleure nuit. Le chien l'accompagnait toujours en trottinant joyeusement.

- Pourquoi est-ce que tu me suis encore? Je ne suis pas le meilleur maître que tu pouvais trouver, tu sais?

Elle s'était baissée en disant cela pour se mettre à sa hauteur et l'animal lui lécha le visage.

- D'accord, d'accord, t'es trop mignon, je te garde! Rit Kate en passant ses bras autour du cou du chien.

Elle entra dans son abri suivie de son nouveau compagnon.

- Tu vas être content, je ramène de quoi manger! Et pas n'importe quoi! Les super sandwiches de Betty et du gâteau... Ah bah non, le gâteau est au chocolat, ce n’est pas conseillé pour toi! Tant pis, je prendrai juste un petit morceau du sandwich et tout le gâteau!

Elle installa ensuite sa couverture, ferma son abri pour la nuit et s'allongea. Son compagnon d'infortune la regardait faire sans bouger. Leurs regards se croisèrent et Kate craqua.

- Bon! D'accord, allez viens! J'espère que tu n'as pas de puces!

- Waf!

L'animal se précipita contre Kate et ils s'endormirent ainsi pelotonnés, profitant chacun de la chaleur de l'autre.

Le lendemain, Kate se réveilla aux aurores, comme chaque matin, replia sa couverture, compta rapidement les quelques pièces qu'elle avait dans sa poche et soupira.

- On va sauter le petit dej´ ce matin, mon vieux! Mais ce soir, je ramènerai des beignets avec ce qu'il me reste.

Elle ramassa son sac à dos, se remit dans la peau de Jack, puis se mit en route en direction des docks. On y avait souvent besoin de main d'œuvre. Le travail était pénible, mais la paye était assez généreuse et lui permettrait peut-être d'avoir de quoi s'offrir un duvet bien chaud et pourquoi pas quelques croquettes pour son nouveau compagnon.

- Tiens, tiens, mais qui voilà... Lança une voix sinistrement familière derrière elle.

Elle fit mine de l'ignorer et tenta de lui échapper, mais il avait anticipé son mouvement et la plaqua contre le mur derrière eux.

- Tu n'espérais pas vraiment m'échapper?

- Tu pollues mon air, Marvin, grinça-t-elle d'une voix qu'elle espérait virile. Moins je te vois, mieux je me porte.

- C’n’est pas prudent de vivre dans la rue, gamin. Tu as besoin de protection.

- Merci de t'inquiéter pour moi, mais je suis un solitaire. Je n’ai pas besoin de ton aide.

- J'ai du boulot pour toi, tu pourrais améliorer tes conditions de vie.

- Dis plutôt que je t'engraisserais, espèce de pourriture! Cracha-t-elle en lui assénant un violent coup de genou dans les parties.

Il se plia en deux sous la douleur et lâcha prise, ce qui permit à Kate de s'éloigner de lui.

- Sale petit con! S'énerva Marvin en sortant son cran d'arrêt. Je vais te faire la peau, tu ne peux pas m'échapper, cette rue est un cul de sac!

Kate recula sans le lâcher du regard. Il avait raison, elle était prise au piège, mais elle ne se laisserait pas faire pour autant.

Marvin fut soudain projeté au sol par le nouvel ami de Kate, qui le mordit férocement. Elle en profita pour filer. Le chien le retrouva trois rues plus loin.

- Merci mon beau! Tu m'as tiré d'un sacré nid d'embrouilles! Dit-elle en le serrant contre elle. Allez viens, ne restons pas là.

*******************

Sur les docks, tout le monde connaissait Jack et l'appréciait. C'était un gringalet, mais il était courageux. Les gars lui reconnaissaient cette qualité et lui donnaient du travail dès qu'ils le pouvaient.
Ils passèrent une bonne partie de la journée sur les docks. En rentrant, ils passèrent par une supérette où Kate s'acheta un duvet bien chaud, quelques beignets et un paquet de croquettes pour son nouvel ami.

- Il va falloir que je te trouve un nom, je ne peux tout de même pas continuer à t'appeler "le chien" ou " mon beau" ... Dit-elle au chien qui trottinait à ses côtés. Qu'est-ce que tu penses de Van Helsing? Le chasseur de monstres, après ce que tu as fait aux fesses de Marvin, c'est plutôt approprié, non? ... Ok... Tu as peut être raison, je finirais par t'appeler Van et ça ne serait pas terrible... Docteur Manhattan! ... Non... Tu n'es pas bleu... Nebula 9! ... C'est plutôt cool! ... Ouais, c'est cool pour un vaisseau, mais pour un chien...

Elle s'arrêta alors qu'ils passaient devant une laverie.

- Il est encore assez tôt, on va se faire une lessive et qui sait je serai peut être frappée par l'inspiration à force de regarder le linge tourner à travers le hublot...

En attendant, que sa lessive se fasse, Kate s'installa sur un siège et attrapa un des livres laissés là par un client. La couverture était déchirée, et les pages en assez mauvais état, mais l'histoire était tellement prenante qu'elle regretta presque de voir sa lessive se terminer. Elle enfourna son linge dans son sac à dos et emmena le livre en se promettant de le ramener après l'avoir lu.

- Je t'ai trouvé un nom sympa, annonça-t-elle en servant des croquettes à son nouvel ami. Castle, comme l'auteur du bouquin. C'est chouette, qu'est ce que tu en dis? Tu serais ma forteresse!

- ... Mrrrrrwooffff.

- Va pour Castle! C'est réglé! se réjouit-elle en s'étirant. Bon, il est temps d'étrenner ce nouveau duvet, qu'est ce que tu en dis?

Elle s'enroula dans le duvet et le chien vint aussitôt se blottir contre elle.

- Bonne nuit Castle.

- Grmmmwooff...


Minefuji  (03.12.2014 à 17:53)

Chapitre quatre

La soirée poker organisée chez James Patterson avait commencé depuis une heure. Une fois par mois, les écrivains les plus en vue de New York aimaient se retrouver autour d'une table de poker. Rick Castle était le petit nouveau de la bande et les autres aimaient s'amuser à ses dépens. Il faut dire que celui-ci était un bon client et entrait facilement dans leurs jeux.

- Ricky, c'est ton tour! Lança Patterson.

- Mhmm?

- Blonde ou brune? Demanda Connelly.

- Pardon?

- La fille qui occupe tes pensées! Blonde ou brune? Explicita Connelly.

- C'est ta nouvelle éditrice de chez Black Pawn, qui te laisse songeur comme ça? C'est vrai qu'elle est plutôt jolie... Remarqua Cannel. Mais je croyais que tu n'avais pas la patience d'attendre qu'elle soit prête...

- Je n'ai pas cette patience, en effet! Confirma Castle.

- Il n'a toujours pas répondu à ma question, intervint Connelly. Blonde ou brune?

- Hein? Ah! Les deux, sourit Castle.

- Tu fréquentes deux filles à la fois!? S'étouffa Connelly.

- Non! Non! Je ne fréquente personne! J'ai seulement passé la nuit avec deux filles, répondit Castle fier de lui. Une blonde et une brune.

- C'est beau la jeunesse inconsciente, dit Cannel rêveur.

- Et ton prochain roman, tu as déjà la trame, n'est-ce pas? Demanda Patterson.

- Ça va, j'ai le temps!

- C’n’est pas très sérieux tout ça Ricky! Le sermonna gentiment Patterson.

- Je viens de sortir un nouveau livre qui deviendra certainement lui aussi un bestseller, je peux bien prendre quelques vacances.

- Je te trouve bien présomptueux Ricky! Si tu ne fais pas attention tout pourrait s'arrêter du jour au lendemain!

- Ne sois pas si rabat-joie Patterson, je sais ce que je fais.

- En tout cas, c'est à toi de parler! Tu suis ou tu te couches? Demanda Cannel.

- Oh! Je suis! Et je relance! Fanfaronna Castle.

- Il bluffe! Dit Connelly.

- Il n'a presque plus rien en caisse! À mon avis il est max! Rétorqua Cannel.

- Pas sûr, c'est flambeur ce gamin, répliqua Patterson.

- Quoi, tu as peur d'un peu d'action Jimmy? Ricana Castle.

- Gamin, tu ne sais pas ce que c'est que de prendre des risques, tu vis dans un cocon doré depuis toujours.

- Je ne suis pas né avec une cuillère en argent dans la bouche, n'exagère pas! Protesta Castle.

- Arrête, Ricky! Ta mère a connu un immense succès, tu n'as jamais manqué de rien!

- On a connu quelques périodes de vaches maigres tout de même!

- Tu parles de l'année où le père Noël ne t'a pas apporté autant de cadeaux que les autres années? C'est rien ça! Ricana Patterson.

- Tout ce que tu touches se transforme en or! Quand tu as décidé d'arrêter tes études, tu as publié ton premier Bestseller! Ajouta Cannel.

- Tous tes romans se vendent comme des petits pains! Appuya Connelly.

- J'ai pris des risques et ça a payé!

- Quels risques? Ce n’est pas dangereux de publier un livre, dit Patterson, j'en sais quelque chose.

- C'est vrai, tout ce que tu risquais, c'était une blessure d'orgueil s'il ne se vendait pas! Approuva Connelly.

- Au pire, tu te coupais avec une feuille! Plaisanta Cannel.

- Hé ! Ça fait super mal, ça! Fit remarquer Castle.

- Ce qu'on veut dire, c'est que tu ne sais pas ce que c'est que de devoir trimer pour t'en sortir, ce n’est pas une critique, c'est seulement une constatation, dit Connelly.

- Tu ne connais pas la vraie vie et ça se ressent dans tes livres! Ajouta Patterson.

- Mes livres sont parfaitement documentés! Protesta Castle en se redressant.

- Ah oui? Qu'est-ce que c'était que ce personnage de SDF dans ton avant dernier roman? Tu crois vraiment que la vie dans la rue est comme celle que tu as décrite? Demanda Patterson.

- Parce que toi tu sais ce que c'est que de vivre à la rue? Rétorqua Castle un peu vexé.

- Non, je dis seulement que tu ne sais pas ce que c'est que de vivre dans le dénuement le plus total.

- Ah! Double Ah! Je n'ai pas besoin d'avoir de l'argent pour vivre! Je suis tout à fait capable de me débrouiller par moi-même!

- Ah oui? Tu ne tiendrais pas deux jours! Rit Patterson.

- Je tiendrais un mois entier s'il le fallait! Assura Castle.

- Je tiens le pari! Répliqua Patterson.

- Un pari? J'adore les paris! Dit Connelly.

- Je te parie tout mon tapis que tu ne tiendrais pas deux jours dans la rue! Annonça Patterson.

- Un mois! Je te parie que je tiendrais un mois entier!

- Je tiens le pari moi aussi! Je dis que tu seras de retour dans dix jours, pas plus! Dit Cannel en entrant dans le jeu à son tour.

- Vous allez voir ce que vous allez voir bande de rapaces! Dès demain matin j'organise tout et je me lance dans l'aventure!

- Non ! Non ! Non! Pas de préparation! Tu commences dès ce soir, tu quittes cet endroit et c'est parti, tu te débrouilles avec ce que tu as sur toi! Dit Patterson en levant l'index.

- ... Bon d'accord! Je pars avec uniquement ce que j’ai sur moi ! Rendez-vous ici dans un mois jour pour jour!

- Attends, je vais quand même te donner un moyen de nous contacter, dit Patterson en sortant un portable de son tiroir. Au cas où il faudrait venir te secourir.

- Pas besoin de ça, je sais parfaitement me sortir de n'importe quelle situation!

- Sur le papier oui! Mais dans la vraie vie... Prends ce téléphone, c'est la condition sine qua non!

- Il y a un mouchard dedans c'est ça?

- C'est un téléphone Ricky, tout ce qu'il y a de plus banal! C'est uniquement pour que cette histoire ne tourne pas à la catastrophe totale!

- D'accord, je le prends.

- Prépare un mot pour dire que tu pars en vacances pendant un mois, histoire que tes proches ne remuent pas tout New York!

- Bonne idée! Dit Castle en prenant une feuille de papier et un stylo.

- Tu devrais noter dix jours! Rectifia Cannel.

- Deux tous petits jours! Corrigea Patterson.

- Vous allez voir comment je vais vous rabaisser votre caquet les deux comiques! Siffla Castle.

- Tu es sûr que tu veux faire ça? Demanda Patterson légèrement inquiet.

- Je me suis baladé à poil sur un cheval que j'avais emprunté à la police montée, rappela Castle. À côté de ça, me débrouiller pour passer un mois dans les rues de New York, c'est un jeu d'enfant!

- Si tu le dis, soupira Patterson légèrement agacé par les fanfaronnades de son ami.

- Bon... Eh bien, j'y vais! Annonça Castle en mettant sa veste.

- Ah très bientôt Ricky! S'amusa Cannel.

- À dans un mois! Vous allez voir à quel point je vais vous étonner!

- C'est ça.

- Ah! Euh... Est-ce que l'un de vous pourrait passer chez moi demain matin, histoire de vérifier que ma mère n'a pas fait exploser mon appartement avec ses copains.

- ...

- Ne me regardez pas comme ça! Je vous assure que Martha Rodgers peut être assimilée à une tempête tropicale!

- Fais attention à la façon dont tu parles de ta mère, Ricky! Je suis son plus grand fan! Menaça Patterson.

- ... Euh Cannel, finalement c'est à toi que je confie les clés, je ne voudrais pas de Patterson comme nouveau beau-père!

- Allez file et sois prudent gamin! Dit Connelly.

Rick quitta donc l'appartement de Patterson, referma les pans de sa veste une fois sur le trottoir et regretta aussitôt de ne pas avoir choisi une tenue plus chaude. Mais il y avait un pari en jeu et ce qu'il aimait par-dessus tout, c'était relever des défis et gagner des paris, alors pas question de jouer les frileux. Il trouverait bien un moyen de régler ce petit détail.
À la fenêtre de chez Patterson, les trois autres écrivains le regardaient s'enfoncer dans les rues de New York.

- On y est peut-être allé un peu fort, non? Demanda Connelly.

- Mais non. Ce gamin est un peu trop narcissique, une petite leçon de vie ne lui fera pas de mal, répliqua Cannel.

- Et puis ça nous donnera une occasion de plus de lui dégonfler les chevilles, appuya Patterson.

- Ouais... En espérant que tout se passe bien...

- Il a un téléphone, il pourra toujours appeler quelqu’un en cas de problème…

- Et la batterie du téléphone peut tenir un mois ?

- Pas la peine, il sera de retour dans deux jours.

- Ne le sous-estime pas, Jimmy, il est plutôt du genre têtu.


Minefuji  (04.12.2014 à 18:18)


Chapitre cinq

Rick Castle déambulait, tout en observant les alentours. Où allait-il pouvoir passer la nuit ?
Voilà la première question à laquelle il devrait trouver une réponse. Il frissonna et se dit qu’une nuit à la belle étoile n'était décidément pas une option raisonnable. Si seulement ils avaient fait ce pari au printemps ou mieux encore, en été!

Il soupçonna ses prétendus amis écrivains d'avoir planifié leur coup et se demanda un instant s'il ne s'était pas fait avoir comme un débutant.

- Il est trop tard pour reculer de toute façon! Lança-t-il pour lui-même. Alors... Oh! Je sais, je vais aller me faire des copains chez les SDF! Personne ne résiste à mon charme.

Il s'éloigna des grandes artères, où il ne trouverait certainement pas ceux qu'il recherchait.

- Je me balade tout seul dans les rues de New York en plein milieu de la nuit, chantonnait-il pour tromper ses angoisses. Je suis tout seul, mais je vais bientôt me faire de nouveaux copains...

Il s'enfonça dans une ruelle mal éclairée et silencieuse. Elle était déserte et plutôt effrayante, même pour un grand gaillard d'un mètre quatre-vingt-sept. Tout ce calme n'était pas normal, New York n'était pas réputée pour son calme. Il continua son chemin, sans destination bien précise. Arrivé à une intersection, il hésita. Prendre à gauche ou continuer tout droit? ... New Yorkais de souche, il pensait connaître la grosse pomme comme sa poche, mais là, il devait bien reconnaître qu'il était perdu.

Soudain, il aperçut une silhouette, puis une deuxième qui s'avançaient vers lui.

- Hey! Comment ça va? Lança-t-il pour lancer la conversation. Je cherche un endroit pour me réchauffer... Vous savez où les autres se sont installés ce soir? Je suis nouveau, alors je ne suis pas encore bien au courant des lieux de réunions...

- Eh bien, eh bien, commença le premier, qu'est-ce qu'on a là?

- Un rupin qui cherche l'aventure on dirait, répondit le deuxième.

- Ouais, il cherche des sensations fortes, répliqua le premier. Ça serait dommage qu'il ne les trouve pas!

- Euh... Des sensations fortes? Répéta Castle en reculant d'un pas... Non! Pas du tout! Je voudrais juste savoir s'il y a un endroit où on peut se réchauffer dans le coin...

- Pour ça il aurait mieux valu rentrer chez toi!

- Chez moi? ... Vous ne comprenez pas! Je suis comme vous! À la rue... Sans chez moi, quoi!

- Si c'est des SDF que tu parles, non, tu n'es pas comme eux! Et nous non plus d'ailleurs!

- Ouais, tout chez toi sent le fric. Les SDF ne se baladent pas avec des chaussures à quatre cents dollars, ni une veste à plus de mille dollars!

Castle baissa le regard sur sa tenue, qui, effectivement, ne le rendait pas très crédible.

- Regarde-le ce minet! Et il voudrait nous faire croire qu'il est à la rue! Comment ça serait possible?

- Mauvais karma, rétorqua Castle du tac au tac.

Il regretta aussitôt ses paroles devant le regard noir qu'ils lui adressèrent.

- Ouh... Ça se complique, marmonna-t-il. Écoutez les gars... Je cherche juste un endroit où...

- Tu nous prends pour des guides touristiques?

- Euh... Non... Pour des gens civilisés... Répondit Castle d'une voix mal assurée en reculant encore un peu ... Et apparemment mon jugement n'est pas très pertinent...

- Te fous pas de nous! Grogna le plus costaud des deux en se jetant sur l'écrivain pour le plaquer contre le mur opposé.

- En fait, tu tombes bien, on est un peu à la dèche en ce moment... Alors tu vas nous aider en nous faisant un don généreux.

- Ouais, c'est un philatéliste ce gars, ça se voit! Approuva le second.

- Philanthrope, vous voulez dire.

- De quoi?

- Un philatéliste collectionne les timbres! Le mot que vous cherchiez c'est philanthrope!

- Oh l'autre hé! Il veut nous donner un cours de grammaire!

- Vocabulaire plutôt... Mais là tout de suite, je préfèrerais que vous preniez des cours de respect et de courtoisie...

- Mais il se fout de nous ma parole! S'écria celui qui le maintenait contre le mur en resserrant sa prise.

- Tu vas arrêter de faire le malin?! Ordonna le deuxième en sortant un couteau de sa poche.

- Excusez-moi, c'est nerveux!... Un automatisme, si vous préférez...Murmura Castle.

La situation était périlleuse et tout à coup Rick se rendit compte qu'il ne suffisait pas d'être chanceux et débrouillard pour survivre dans les rues de New York, surtout lorsque deux voyous vous menaçaient avec leurs couteaux bien aiguisés.

- File-nous ton manteau! Lança le type au couteau.

- Quoi?!

- File nous ton manteau ou on te troue la peau! C'est assez clair comme ça?

- Et tes pompes aussi! Ajouta le deuxième.

- Mais il fait à peine quelques degrés! Protesta Castle.

- Et bah comme ça tu sauras ce que c'est que de vivre dehors!

Non loin de là, leurs éclats de voix avaient troublé le repos de Kate.

- Qu'est-ce que c'est que ce raffut? Marmonna-t-elle.

Castle s'était redressé et grognait en fixant l'ouverture de leur cachette, les oreilles dressées.

- Du calme, je vais aller voir ce qu'il se passe.

Le chien la regarda en gémissant.

- Ça va aller, je serai prudente, ne t'inquiète pas!

Elle quitta sa cachette et s'approcha discrètement de l'endroit d'où provenaient les cris. Elle se cacha derrière une série de poubelles et jeta un œil dans la ruelle.

Deux voyous qu'elle avait déjà rencontrés au cours de l'une de ses mésaventures malmenaient un homme, qui dénotait totalement avec ceux qui trainaient d'ordinaire dans le quartier. Pour avoir déjà eu maille à partir avec eux, elle savait qu’ils étaient très violents et qu’il n’était pas prudent de s’attaquer à eux.

La voix de la prudence qui résonnait dans sa tête, lui disait de faire demi-tour et de laisser le destin se réaliser, mais son cœur lui criait de secourir cet homme qui se faisait dépouiller. Elle ne pouvait pas le laisser aux mains de ces brutes.

Mais que pouvait-elle faire? Personne n'était là pour l'aider et les deux gars étaient armés de couteaux. Il lui fallait un plan d'action. Elle observa les alentours à la recherche d'une idée lumineuse.

L'homme seul paraissait calme, trop calme, ça énervait les deux autres.
Toujours cachée, Kate surveillait la scène du coin de l'œil. La situation était en train de s'envenimer. Il lui fallait un plan et vite! Si elle avait été croyante, elle aurait dit une prière.

Soudain, une sirène retentit un peu plus loin, suivie par le bruit de quelques portières qui claquent. Elle sourit de cette aide providentielle, il était là le plan, qu'elle cherchait. Un plan un peu dingue, certes, mais cela valait la peine de l'essayer. Elle inspira un grand coup et se lança.

- NYPD! LAISSEZ CET HOMME! Cria-t-elle avec toute l'assurance dont elle pouvait faire preuve.

- Merde les flics! Dit le premier des malfrats.

Un coup de feu retentit un peu plus loin, apportant un crédit supplémentaire à la mise en scène de Kate. Les voyous donnèrent quelques coups à l'écrivain, qui se plia en deux sous la douleur et filèrent avec son manteau et ses chaussures.

Kate courut vers lui, l'agrippa par le bras et l'entraîna dans une course à perdre haleine jusqu'à un endroit sûr.

Rick se laissa glisser jusqu'au sol pour reprendre son souffle. Jamais il n'aurait imaginé que ses débuts dans la rue seraient aussi chaotiques. Lorsque sa respiration se fut calmée, il se releva en position assise en grimaçant et tourna la tête vers celui à qui il devait d'être encore en un seul morceau.
Son sauveur, un gamin à peine sorti de la puberté, lui tournait le dos et se tenait à l'angle de la ruelle pour observer les alentours.

- Je crois que je peux te remercier... Dit-il en se mettant debout.

Le gamin tourna la tête vers lui, surpris.

- ... Vous le pouvez... Ouais… Marmonna-t-il.

- Alors merci! Sourit l'écrivain en lui tendant la main. Je m'appelle Rodgers! Alexander Rodgers! Mais tu peux m'appeler Alex.

- ... Euh... Jack, répondit le gamin en lui serrant la main.

- Jack comment?

- Jack... Seulement Jack.

- Bon! Jack Seulement Jack! Qu'est-ce qu'on fait?

- ... Comment ça qu'est-ce qu'on fait? S'étonna le gamin.

- Bah... on ne va pas rester ici, ça n'est pas très prudent!

- Vous allez rentrer chez vous et je vais rentrer chez moi! Nos chemins se séparent ici, monsieur Rodgers!

- Appelle-moi Alex!

- Ok, écoutez Alex, ce fut un plaisir de vous rencontrer, mais j'ai eu une longue journée, alors je vais rentrer chez moi et vous feriez bien d'en faire autant! Salut! dit Kate en s'éloignant.

- Attends!

- Quoi encore?

- C'est que je suis à la rue! Et grâce à ces types, je n'ai plus ni chaussures, ni manteau! Expliqua-t-il.

- Allez voir les flics, vous porterez plainte et ils vous ramèneront chez vous! rétorqua Kate en haussant les épaules.

- Je crois que tu n'as pas bien compris, je n'ai plus de chez moi!

- Sérieusement? Avec les fringues que vous avez sur le dos, vous voulez me faire croire ça?

- On ne juge pas les gens sur leur apparence, gamin! Le sermonna Rick. Et puis... Tout ça c'est très nouveau pour moi!

- ... Vous avez raison...Excusez-moi...

- Ça va... Alors, où va-t-on? Demanda Rick.

- On ne va nulle part! Chacun reprend son chemin de son côté!

- Mais tu m'as sauvé la vie! Dit-il en la suivant en boitillant.

- Et je commence à le regretter! Soupira Kate. Arrêtez de me suivre!

- Tu m'as sauvé la vie!

- Faites gaffe, vous vous répétez!

- Ce que je veux dire, c'est que vous êtes responsable de moi, maintenant!

- Quoi?! S'étrangla Kate.

- On sauve une vie, on en devient responsable, vous savez... Enfin tout le monde connait cette phrase!

- C'est n'importe quoi!

- Ça n'empêche que tu ne peux pas me laisser comme ça! Oskar Schindler n'a pas abandonné tous ceux qu'il a sauvés!

- Je ne m'appelle pas Oskar et ne me faites pas regretter mon geste!

- Ne me laissez pas en plan comme ça... J'ai froid, je suis blessé et ils pourraient revenir!

- Ok... Soupira Kate, mais c'est seulement pour cette nuit! Demain, vous vous débrouillerez tout seul!

Un sourire enfantin éclaira le visage de Rick. Excédée, Kate leva les yeux au ciel et se remit en chemin suivie par son nouveau compagnon qui avait toujours le sourire aux lèvres.

 


Minefuji  (05.12.2014 à 17:03)

Chapitre six

- Comment avez-vous fait pour vous retrouver dans une situation pareille? demanda Kate en ralentissant l’allure pour permettre à Rick de la suivre.

- Bah… Je leur ai demandé mon chemin…

- Votre chemin ?

- Oui, je cherchais l’endroit où les Sans-abri se réunissaient ce soir…

- L’endroit où les Sans-abri se réunissaient ? répéta Kate.

- Bah oui, quoi ! L’endroit où ils passent la nuit en discutant autour d’un feu !

- …

- Quoi ? demanda Rick devant l’air étonné de Kate.

- Ce n’est pas une secte, les sans-abri ne font pas de telles réunions !

- Ah non ?

- Non.

- Intéressant…

Kate fronça les sourcils en se demandant comment une telle idée avait pu se former dans l’esprit de cet homme.

- Voilà, nous y sommes! Annonça-t-elle enfin.

- Quoi? C'est là-dedans que vous vivez?

- C’est pas un palace cinq étoiles, mais pour le moment, c'est chez moi.

- C'est un abri en carton!

- Vous avez le sens de l'observation Sherlock! Railla-t-elle. Libre à vous d'aller ailleurs!

Après un instant de réflexion, Castle entra sous l'abri de fortune.

- Quoi? Il y a un chien en plus?! S’écria-t-il.

- Hé! Ne critiquez pas le chien, il était là avant vous!

- C'est que... On va être un peu à l'étroit... dit-il en ressortant de là.

- C'est à prendre ou à laisser!

- Je prends! Je prends! S’empressa de dire Castle en se faufilant de nouveau sous l'abri.

- Je ne sais pas ce que j'ai ces derniers temps, mais j'attire les chiens errants... Soupira Kate.

- Si vous lui avez sauvé la vie, pas étonnant qu'il s'accroche à vous...

- Pffff... Tenez, ma vieille couverture. Elle devrait vous empêcher de geler cette nuit.

- Merci... C'est pas très grand...

- Au départ c'est uniquement pour moi, je vous rappelle et puis ça permet de perdre moins de chaleur...

- Quelle chaleur?

- Vous n'avez pas fini de vous plaindre?

- Désolé...

- ça va... Relevez votre pull!

- Vous voulez me dépouiller vous aussi? Demanda Rick.

- J'ai dit "relevez" pas "enlevez" votre pull! Je veux seulement soigner votre blessure!

- Vous savez faire ça?

- Je sais utiliser une trousse à pharmacie, mes talents se limitent à ça, expliqua-t-elle en examinant sa blessure.

Il grimaça lorsqu'elle la toucha du bout des doigts.

- On est douillet en plus!

- Ça fait un mal de chien!

- ... Ça va, c'est superficiel, annonça-t-elle en ignorant ses gérémiades. Cette pommade devrait vous soulager.

Il ressentit une étrange sensation, lorsque la main de Jack se posa contre son flanc pour le masser avec la pommade. Ses mains étaient incroyablement douces. Il toussa pour cacher son trouble. 

- Voilà! Vous pouvez rabaisser votre pull, annonça Kate en rangeant sa trousse à pharmacie dans son sac à dos. Tenez !

- Qu'est-ce que c'est?

- Des chaussettes!

- Je le vois bien, mais pourquoi vous me les donnez?

- Vous n'avez plus de chaussures, deux paires de chaussettes supplémentaires empêcheront vos pieds de geler!

- Bien vu! Merci.

- De rien, dit Kate en prenant son duvet pour se caler pour la nuit.

- Euh... Jack...

- Quoi encore?

- J'ai un peu faim...

- Mangez votre main...

- Ah ah! Très drôle!

- ...

- Quoi sérieusement, il n'y a rien à manger?

- Il y a bien quelques croquettes, mais ce sont celles de Castle.

- Castle?

- Le chien.

- Qui lui a dégotté un nom pareil? s'étonna-t-il.

- Moi.

- ...?

- C'est le nom de l'auteur d'un bouquin que j'ai trouvé à la laverie.

- Vous connaissez l'écrivain Richard Castle?

- Seulement le bouquin que j'ai trouvé à la laverie.

- ... Et... C'est tout?

- Quoi?

- Il y a sa photo sur ses bouquins.

- La couverture est déchirée.

- Ah... Donc vous ne l'avez jamais vu?

- Non. Pourquoi vous me posez cette question?

- Pour rien... Pour entretenir la conversation...

- Je n'ai pas envie de parler là. Je suis fatiguée. Allez bonne nuit! marmonna Kate en s'enroulant dans son duvet.

- ...

Elle se recroquevilla et ferma les yeux en grommelant. Son abri commençait à manquer de place. Castle vint se blottir contre elle. Rick s'enroula à son tour dans sa couverture et tenta de trouver une position qui ne soit pas trop inconfortable. Deux minutes, peux être trois, s'écoulèrent en silence.

- Jack...

- Quoi?

- Le chien a des croquettes?

- Touchez pas aux croquettes de Castle! L'avertit-elle d'un ton menaçant.

- Non! C'est pas ça... Mais comment ça se fait qu'il n'y ait que le chien qui ait de quoi manger?

- Parce qu'il l'a mérité!

- Ah...

- Écoutez, je suis désolée, mais je n'ai plus rien en stock! Castle a des croquettes, parce que quand je l'ai trouvé, il était blessé et n'avait que la peau sur les os! Vous n'avez pas vraiment l'air de mourir de faim, vous pouvez attendre demain!

- ... Oui, mais et vous?

- J'ai l'habitude. Et puis, qui dort dine, comme on dit.

- Qui dort dine?

- Vous n'aimez les proverbes que quand ils vous arrangent?

- Non... C'est juste que celui-là, je ne l'ai jamais trouvé très pertinent... Quand on dort, on dort et le repas qu'on a manqué ne sera jamais remplacé par cette action! On se réveillera avec une faim encore plus grande, c'est tout!

- Vous bavassez toujours autant? Demanda Kate agacée.

- Quoi?... Non! Je n'ai pas l'habitude de bavasser!

- Alors ça doit être ma fête!

- Par contre, je suis un expert en fête! Ça doit être dans les gènes, parce que chez les Rodgers, on a toujours su faire la fête!

- Monsieur Rodgers!

- Oui?

- Fermez-la!

- Que je... Ok. Désolé.

- Merci! Bonne nuit!

- ... Bonne nuit Jack...

...

- Jack...?

- ...

- Jack?... Vous dormez?

- Oui.

- ... Alors pourquoi vous me répondez?

- Je parle en dormant, on appelle ça la somniloquie. Faites pas attention.

- ...

...

- Jack...?

- Mhmmm?

- J'ai soif...

- Rahhhhh!!!! Vous cherchez à me faire regretter de vous avoir autorisé à dormir ici ou quoi?!!! s'écria Kate en se redressant.

- ... Non... Euh... J'ai soif...

Elle soupira et fouilla dans son sac. Elle en sortit un gobelet en métal, qu'elle lui tendit.

- Posez le dehors, vous aurez de quoi boire demain matin!

- ... Pardon?

- Il va pleuvoir bientôt. Posez le gobelet dehors, il sera rempli demain matin.

- Comment le savez-vous?

- Je le sais, c'est tout. Allez, maintenant on dort!

- ... Jack...

- Quoi?!

- On pourrait se tutoyer...

- Si vous voulez...

...

- Jack...

- Mhmmm?

- Merci.

- ... De rien.

- Bonne nuit Jack.

- Bonne nuit Alex.

- Groummmfffff

- Bonne nuit Castle, dirent-ils à l'unisson.

Le silence se fit dans l'abri de fortune. Kate et Castle s'endormirent rapidement. Seul Rick resta éveillé. Chaque petit bruit le faisait sursauter.
Il remercia sa bonne étoile de lui avoir fait croiser la route de Jack. Sans lui, il n'aurait sans doute pas survécu à sa première nuit dans les rues de New York.
Ce gamin était bien jeune pour se retrouver à la rue. Patterson avait raison, il n'avait aucune idée de qui étaient les gens qui vivaient dans la rue.
Il n'avait pas osé donner son nom d'écrivain, Rick Castle était trop célèbre et son histoire n'aurait pas été crédible. Comment expliquer à quelqu'un qui lutte chaque jour pour survivre qu’un millionnaire s’amuse à dormir dans la rue pour gagner un pari?

Il se sentit soudain honteux de ce qu'il venait de faire, de ce pari stupide. Il s'était fourré dans une drôle de situation.
S’il le voulait, il pourrait rentrer chez lui le lendemain, renoncer à ce pari stupide... Mais Jack, lui resterait... Quelque chose l'attirait chez ce gamin, un mystère qu'il voulait éclaircir.


Un pari, un défi et un mystère, pas de doute, le père Noël était en avance! Il remonta la couverture jusque sous son menton et sourit à cette idée.

 


Minefuji  (06.12.2014 à 18:54)


Chapitre sept

Lorsque Kate se réveilla, le jour venait à peine de se lever. Discrètement, elle s'écarta de la douce chaleur de Castle, qui était toujours blotti contre elle. Elle jeta un œil en direction de Rick, qui ressemblait à un zombie. L'air hagard, emmitouflé dans sa vieille couverture, il ne semblait pas avoir beaucoup dormi.

- La nuit a été difficile, à ce que je vois, dit-elle.

- ... Quoi? ... Euh... Oui... Un peu... Comment fais-tu pour vivre ainsi ?

- C’est une question d’habitude.

- Je ne suis pas sûr de m’y faire un jour, marmonna Rick en grimaçant.

- Vous devriez essayer de rentrer chez vous, ça peut peut-être s'arranger...

- S'arranger?

- Avec votre copine... Elle vous a fichu à la porte? C'est ça? Demanda Kate.

- ... Euh... Non... Je n'ai pas de copine... Enfin... Ce n’est pas ça...

- Ah... Je croyais… Euh... Tenez! Votre tasse est pleine!

- Merci...

- Pas de quoi, c'est gratuit! Répondit Kate en rangeant ses quelques affaires dans son sac à dos.

- Où allons-nous? Demanda Rick en se redressant.

- Nous n'allons nulle part! Notre arrangement n'était que pour la nuit! Rétorqua Kate en dressant l'index devant le nez de Castle.

Elle se retourna et sortit de l'abri.

- C’est vrai, j’avais oublié... Où vas-tu? Demanda-t-il en la suivant dans la ruelle.

- Là où le vent me portera, avec un peu de chance, je gagnerai de quoi manger ce soir.

- ... Tiens... Ta couverture...

- Garde-la. Elle n'est pas très chaude, mais c'est mieux que rien.

- Mais… Tu vas peut être en avoir besoin!

- Pas autant que toi! Dit-elle en désignant ses pieds et son pull.

- C'est pas faux... D'accord… Merci.

- Bon! Je te souhaite bonne chance! Dit Kate en tendant la main.

- J'ai été ravi de te rencontrer! Dit Castle en acceptant la poignée de main.

- Moi aussi.

Le chien vint lui lécher la main, il se baissa et lui caressa la tête.

- Salut Castle. Veille bien sur ton maître!

Après un échange de sourires gênés, Kate prit ses affaires et se mit en route. Castle la rejoignit en trottinant.

Rick resta un instant planté au milieu de la ruelle l’air rêveur avec sa couverture sous le bras. Il regarda ensuite autour de lui, puis jeta un œil à sa tenue, avant de prendre le chemin que Kate avait emprunté quelques minutes plus tôt.


Celle-ci réfléchissait encore à l'endroit où elle allait se rendre ce jour-là. Elle ne se rendait jamais au même endroit deux jours de suite. Elle ne pouvait pas se permettre d'avoir des habitudes. Elle était toujours aux aguets. Elle tourna donc à l'angle de la septième et de la cinquante-quatrième avenue et soudain se retourna pour plaquer contre le mur celui qui la suivait.

- Alex? Pourquoi me suis-tu? Demanda-t-elle en reconnaissant celui qu'elle venait de quitter.

- Bah... C'est que je ne sais pas trop comment me débrouiller... Alors...

Elle l'observa un instant et secoua la tête. Il semblait vraiment perdu avec ses cheveux ébouriffés et sa couverture entre les bras.

- L'association d'aide aux plus démunis n’est pas loin d’ici. Viens, on va aller y faire un tour pour voir si on peut te trouver des vêtements plus chauds, un sac... Et des chaussures!

Rick sourit comme un gamin à qui on vient de promettre une glace et s'empressa de suivre son nouvel ami.

- Merci!

- Arrête de dire merci tout le temps!

- Que veux-tu? Je suis poli.

Kate aida Rick qui semblait vraiment perdu à se trouver quelques affaires dans le brick à brac de l'association.

- Tiens, ça devrait t'aller.

- Encore des chaussettes? s'étonna-t-il.

- Ça ne sera pas du luxe, les nuits vont encore se rafraîchir! Je t'ai trouvé un sac aussi. Pour les couvertures, tu devras te contenter de celle que je t'ai donnée, il n'y en a plus. Tu as trouvé un manteau à ta taille?

- Oui, il a l'air très chaud.

- Et pour les chaussures?

Il désigna ses pieds.

- Elles sont même très confortables!

- Parfait. Je pense que tu es paré! Au revoir Alex!

- On ne fait pas la queue pour manger un morceau? Demanda-t-il en montrant l'endroit où les bénévoles distribuaient des repas.

- Fais le si tu veux, moi je vais me chercher un petit boulot sur l'immeuble en chantier deux rues plus loin.

- Ils engagent des gens comme nous?

- ... Comme nous?

- Euh... Oui.., Enfin... Tu vois ce que je veux dire...

- Il y a des jours, où ils sont en retard sur leur planning... Le contremaître accepte alors qu'on lui donne un coup de main contre quelques pièces.

- Ah bon! Allons-y alors!

- Je fais cavalier seul, désolée !

- Mais…

- Mais quoi ?

- Tu as bien recueilli Castle ! Techniquement, tu n'es plus seul!

- C'est un chien! Ça n'a rien à voir!

- Tu as quand même dérogé à ta règle!

- Et alors ?

- Alors, je me disais qu’on pourrait faire équipe…

Kate soupira.

- Non… ça ne va pas être possible.

- Pourquoi ? Je me ferai tout petit ! Plus petit que Castle!

- N’insiste pas !

- Ok, soupira Castle. Dommage, on se serait bien amusé !

- Tu n’as pas idée, répondit Kate en lui adressant un sourire mystérieux.

Il regarda son nouvel ami s’éloigner en compagnie de Castle et regretta de ne pas être à la place du chien.

Lorsque Kate arriva sur le chantier, elle alla trouver le chef.

- Hé Jack ! Comment ça va p’tit gars ? demanda ce dernier.

- Salut Tom ! Je vais bien ! Je suis venu voir si tu n’avais pas besoin d’un coup de main.

- Si, on a tous les gravats de l’appartement du douzième qu’on rénove à éliminer. Ça t’intéresse ?

- Bien sûr !

- Alors vas-y, tu peux te mettre au boulot.

- Merci Tom !

- De rien. Ah, euh, au fait... tu vas avoir de l’aide aujourd’hui !

- De l’aide ?

- Oui, il y a un gars qui m’a demandé de lui donner du travail, mais ne t’inquiète pas, il y en a bien assez pour deux.

- Un gars ? S’étonna Kate.

- Oui ! Le voilà justement !

Kate se retourna et se figea bouche bée.

- Hé ! Jack ! T’as vu ça ? Ils m’ont même prêté un casque ! Dit Rick tout sourire avec son air de gamin à qui on vient d'offrir la panoplie de Bob le bricoleur.

- … Alex !? Qu'est-ce que tu fais là? demanda Kate en prenant un casque.

- Je travaille bien sûr!

- Pourquoi es-tu ici? Râla-t-elle en pointant son doigt au milieu de sa poitrine.

- Il faut bien que je gagne ma croûte!

- Et comme par hasard, tu as eu l'idée de venir là où je comptais me rendre?

- Je reconnais que je t'ai piqué l'idée, mais je ne savais vraiment pas quoi faire! Et puis si c'est ce qui t'inquiète, quand je lui ai demandé, le chef m'a assuré qu'il y aurait assez de travail pour nous deux!

- Quelle délicate attention, marmonna Kate en mettant son casque.

- Come on! Ça va être marrant!

- Comment peux-tu être aussi désinvolte? Soupira Kate en levant les yeux au ciel.

- Facile, j'ai un ange gardien!

- Un ange gardien? Qui?

- Toi.

- Je ne suis pas ton ange gardien! Bougonna-t-elle.

- Tu aurais pu me laisser tomber tellement de fois depuis hier soir et tu ne l'as pas fait! Tu es mon ange gardien!

- Je pensais l'avoir fait, rétorqua Kate et j'espère bien que je l'aurai fait d'ici à la fin de la journée!

- C'est possible, mais je n'y crois pas un instant!

- Ah non? Et pourquoi?

- Parce que tu es quelqu'un d'extraordinaire! Répondit-il comme une évidence.

- ...

- Oh! Tu rougis! C'est mignon!

- Je ne suis pas mignon! C'est compris?!

- ... Compris!

Ils passèrent leur journée dans la poussière à charrier des brouettes pleines de pierres, de morceaux de bois et d'autres divers matériaux.
Le soir venu, Tom leur donna à chacun une somme rondelette, qui leur permettrait d'avoir de quoi manger pendant plusieurs jours, s'ils faisaient attention.

- Hey, Jack! Le contremaître nous laisse utiliser les douches des ouvriers! Lança Rick en revenant de l'étage inférieur.

- Les douches des... répéta-t-elle paniquée à l'idée de devoir trouver une raison valable de décliner la proposition.

- C'est sympa, non? se réjouissait Rick totalement inconscient de la gêne de son ami. On est couvert de poussière et de sueur! Ça va nous faire du bien!

- Euh...


Minefuji  (07.12.2014 à 19:29)

Chapitre huit


- Euh...

Kate resta muette. Comment décliner cette offre, sans éveiller les soupçons sur sa vraie nature?
Semblant ne pas avoir remarqué les hésitations de son nouvel ami, Rick lui attrapa le poignet et l'entraîna vers l'étage du dessous où une salle d'eau avait été aménagée provisoirement pour les ouvriers.
Les douches étaient individuelles, c'était déjà ça, pensa Kate. Au moins ça lui épargnerait un spectacle digne des vestiaires d'une équipe de rugby. La porte d'une des cabines s'ouvrit et le gros Larry en sortit nu comme un ver.

- Ahhh! Ça fait du bien! Lança-t-il en attrapant une serviette qu'il jeta sur ses épaules. Hé! C'est le p´tit Jack! Comment ça va gamin?

- '...'

- Te cache pas, va! On est entre mecs! S'amusa le gros Larry en voyant la bouille gênée de Jack.

Il passa près d'elle et lui envoya une bonne claque amicale dans le dos, qui l'expédia trois mètres plus loin. Larry éclata de rire.

- T'es un brave gars, Jack, mais il va falloir que tu penses à te renforcer un peu!

- Encore merci de nous laisser utiliser vos douches les gars! Dit Rick parfaitement à l'aise.

- Vos douches?... Les gars? ... Répéta Kate qui n'était pas sûre d'avoir bien entendu. Il y a quelqu'un d'autre?

- Salut Jack! Lancèrent deux autres ouvriers en passant devant elle, eux aussi en tenue d’Adam.

- Ohhhh ! la ! la! Marmonna-t-elle gênée.

- Bon les douches sont libres! Allons-y! Lança Rick en enlevant son pull.

- Je... Euh... Je ne suis pas sûre que... Bafouilla Kate.

- Qu'est-ce qu'il y a? Demanda Rick en se tournant vers elle.

- C'est ... que...

Kate était sûre de rougir jusqu'au bout des cheveux. Et pas une teinte légèrement rosée, non, elle en était au moins au niveau cramoisi!

- Tu es pudique, c'est ça? Demanda Rick devant la gêne de son ami.

- Euh...

- Pas de problème, je surveillerai que personne ne s'approche pendant que tu prendras ta douche. Alors, qu'est-ce que tu en dis?

- Euh... Ça serait sympa!... Merci... Souffla Kate en se demandant comment elle pourrait l'éloigner lui aussi.

- De rien! Je peux bien faire ça pour mon ange gardien! Répondit Rick en ôtant son pantalon. Tiens-moi ça!

Il venait de lui coller ses vêtements dans les bras. Elle ne savait plus où se mettre. Si elle avait su qu’accepter de l’héberger pour la nuit la conduirait à se trouver dans une situation pareille, elle y aurait sans doute réfléchi à deux fois.

- Oh! ... Oh! ... Ahhh! S'écria-t-elle en se retournant.

- Waow! T'es vraiment super pudique, constata-t-il. Tiens! J'ai oublié ça! Dit-il en ajoutant un bout de tissu au sommet de la pile de vêtements qu'elle tenait.

Elle manqua de s'étouffer en reconnaissant le bout de tissu, mais ne pût s'empêcher de tourner la tête pour le regarder se diriger vers la douche. Il avait les fesses musclées et charnues à souhait. Elle fit volte-face lorsqu'elle se rendit compte de ce qu'elle faisait. Son regard retomba sur le dernier bout de tissu qu'il lui avait confié.

- Son caleçon! S'écria-t-elle d'une voix étouffée.

- Tu as dit quelque chose? Cria Rick depuis la douche.

- Non! Non! Ça va!

- Ah bon...

Il sortit de la douche quelques instants plus tard, ne portant qu'une serviette autour de la taille. Lorsqu'il rejoignit Kate, celle-ci resta muette devant le spectacle qu’il lui offrait.
Sans être bodybuildé, Alex n'avait pas à rougir de son corps. Ses muscles étaient bien dessinés et l'eau qui ruisselait dessus les rendait tellement désirables...
Kate se surprit à s'imaginer caressant ce torse musclé et imberbe, dont la peau semblait délicieusement douce. Réalisant à quel point ses pensées s'égaraient, elle tourna la tête en rougissant.

- Et bah dis-donc! Qu'est-ce que tu peux être timide toi! Dit-il en attrapant son caleçon par-dessus son épaule.

- Tu aurais pu sortir dans une tenue décente! Râla-t-elle.

- Tu as dans les mains mes seuls vêtements, je te rappelle! Et puis qu'est-ce qu'elle a ma tenue? On est sur un chantier! Les ouvriers sont souvent torse nu ici!

- Pas en plein mois de décembre! Je suis gelé rien qu'en te regardant! Bougonna-t-elle.

- C'est pourquoi je vais vite récupérer mes vêtements, répondit-il en les lui prenant des mains.

- Oh... Oui... Tiens !

- Allez! Va te réchauffer, la douche est libre!

- ...

- Je surveille! Personne ne viendra t'ennuyer, la rassura-t-il.

Malgré ses réticences, Kate accepta. Elle rêvait de cette douche depuis le milieu de l'après-midi. Elle se dirigeait vers la cabine, lorsque Rick l'interpela.

- Tu ne veux pas que je tienne tes vêtements?

- Non, ça ira! Répondit-elle alors que sa voix grimpait dangereusement dans les aigus.

- C'est que tu risques de les mouiller!

- Eh bien je prends le risque!

- Comme tu voudras.

Il se tourna et se mît à siffloter. Elle hésita un moment. Il fallait qu'elle l’éloigne le temps d'enlever ses vêtements. S'il venait à se retourner, il découvrirait son secret...
Elle fit couler l'eau et commença à déboutonner son gilet non sans cesser de jeter des regards alentours.

- Te retourne pas! L'avertit-elle.

- Pourquoi je me retournerai? Et puis ne t'en fais pas, j'ai déjà vu un garçon tout nu!

- Ne regarde pas! Cria-t-elle en l'apercevant qui bougeait!

- Je ne regarde pas!

- Bien!

Un aboiement retentit dans le couloir.

- Hé! Castle! Qu'est-ce que tu fais ici? Demanda Rick en se dirigeant vers le chien. Tu t'ennuyais? Désolé, mais ce cher Jack est tellement timide, qu'il met des heures à prendre sa douche!


Profitant de la diversion de Castle, qui venait encore une fois de lui sauver la mise, Kate termina de se déshabiller à la vitesse de l'éclair et entra dans la cabine de douche.
Dès qu'elle sentit l'eau chaude couler sur sa peau, elle poussa un long soupir de bien-être. Elle sentait ses muscles se décontracter un par un. Elle aurait pu rester des heures sans bouger sous cette eau brûlante, tellement elle s'y sentait bien. Elle attrapa le flacon de gel douche qu'elle avait sorti de son sac un peu avant et l'étala sur son corps en le faisant mousser. Ce n'était pas très prudent, mais elle adorait cette odeur de cerise et n'avait pas pu se décider à le troquer contre un gel douche plus masculin.
Lorsqu'elle ressortit de la cabine une dizaine de minutes plus tard, elle retrouva Rick, qui en parfait compagnon digne de confiance, avait monté la garde sans bouger. Castle était à ses côté, assis et montait la garde également. Le tableau était assez comique et la fit sourire.

- Merci, souffla-t-elle en les rejoignant.

Rick tourna la tête vers elle et ce fut à lui de se figer. Avec ses cheveux mouillés qui lui gouttaient sur le visage et les épaules et ses joues légèrement rougies par la chaleur de la douche, Jack ressemblait à un ange. Et ce regard... Depuis quand les mecs avaient des yeux pareils? Il secoua la tête en essayant de reprendre ses esprits. Comment un garçon pouvait-il le troubler autant?
D'accord, Jack était ce genre de garçon aux traits fins et à la silhouette androgyne, mais quand même! D'ordinaire c'était les vraies femmes qui lui faisaient de l'effet! Aucun homme, même un peu coquet, ne l'avait jamais attiré! ... Jusqu'à Jack...

- Ça va? Demanda Kate, qui ne se doutait pas du trouble qu'elle venait de déclencher chez Rick.

- Euh... Oui!

- T'es sûr? T'as l'air tout bizarre...

- Comment ça tout bizarre?

- Bah... Tu ne parles pas! Ce qui en soit est banal, mais pour toi, ça tient de l'exploit! Et puis tu es tout pâle! ... Tu es sûr que ça va?

- ... Oui... Oui...

Le ventre de Rick émit alors un gargouillis très sonore. Il afficha une mine désolée.

- Je vois! Allez viens! Je vais t'offrir un repas, tu l'as bien mérité! Rit Kate en hissant son sac à dos sur ses épaules.

- J'ai de quoi me payer à manger, dit-il en désignant sa poche.

- Tu t'achèteras un duvet plus chaud avec.

- Jack...

- Mhm?

- Je sais que j'abuse, mais...

- Mais quoi?

- Je peux encore rester avec toi cette nuit?

- ... Ouais.

- Merci!

- Ça va, pas la peine de me remercier tout le temps comme ça! On est dans la même galère, c'est normal de s'entraider.


Minefuji  (08.12.2014 à 20:01)

Chapitre neuf

Sur le chemin du retour, Kate ne parlait pas beaucoup, elle se contentait d'écouter son nouveau compagnon lui raconter à quel point cette journée avait été extraordinaire à ses yeux. Comme un gamin à Disney World, il s'émerveillait de tout et ne manquait pas de vanter ses exploits sur le chantier et sa capacité à passer sa première nuit dehors et d'en être ressorti vivant. Castle trottinait joyeusement à leurs côtés.

C'était une sensation étrange pour Kate. Elle n'avait plus l'habitude d'avoir quelqu'un dans sa vie. Et du jour au lendemain, elle se retrouvait avec un chien qui la suivait partout et d'un grand gamin attardé qui trouvait tout "super cool".
Comme promis, elle acheta de quoi dîner dans une petite boutique et ils regagnèrent leur abri. Pendant qu’elle s’évertuait à préparer un repas acceptable avec les moyens du bord, Rick s'amusait avec le chien et tentait de lui enseigner quelques tours.

- Fais le beau! ... Non pas la patte! Fais le beau! ... Assis! ... Mais pourquoi tu te couches? Non! J'ai dit assis!

- Castle! Le repas est prêt!

- Youpi! Je meurs de faim!

- '...'

- Quoi?

- Tu te prends pour le chien?

- Pardon?

- J'ai dit Castle! Pas Alex!

- Ah... Euh... Désolé, je n’ai pas fait attention...

- Tiens Castle, tes croquettes! Donne la patte!

Le chien leva une patte et la posa dans la main de Kate.

- Hé pourquoi il t'obéit à toi?

- Parce que c'est moi qu'il préfère, répondit-elle comme une évidence.

- Dis plutôt que tu as eu de la chance, ce chien ne comprend rien!

- Peut-être que c'est toi qui t'y prends mal. Castle, fais le beau, ordonna Kate.


Le chien s'exécuta, Kate ravie le câlina et Rick dépité marmonna dans ses dents.

- Fais pas cette tête, le consola-t-elle. Tiens, je t'ai préparé un sandwich.

- Merci...

Il resta un instant à regarder en silence le morceau de pain bien garni.

- Il n'est pas bon?

- C'est pas ça... J'aurais aimé quelque chose de chaud pour me réchauffer...

- Désolée, mais je n'ai pas de quoi préparer des repas chauds! S'énerva Kate.

- Excuse-moi, je n'arrête pas de me plaindre, alors que je devrais te remercier...

- ... C'est rien... Je n'aurais pas dû m'énerver...marmonna-t-elle.

Le silence s'installa tandis qu'ils mangeaient.

- Jack...

- Quoi? Soupira Kate.

- Ça fait longtemps que tu vis comme ça? Demanda Rick.

- Quelques mois...

- Qu'est-ce qu'il s'est passé?

- ... La vie n'est pas un long fleuve tranquille...

- Tu ne veux pas m'en parler?

- Non! Écoute, ce n’est pas parce que je te laisse partager mon abri, que je vais te raconter ma vie!

- ... Je pourrais t'aider peut-être...

- Surtout pas! Et puis de toute façon, il n'y a rien à dire!

- Détrompe-toi! Il y a toujours une histoire!

- Eh bien pas là!

- Tu es intelligent, débrouillard, tu lis à une vitesse impressionnante, tu apprends très vite... Ne me regarde pas comme ça! J'ai remarqué quand tu as montré au gros Larry qu'il y avait un problème par rapport aux plans. Tom a même dit que sans ta remarque, ils auraient fini par devoir démolir tout ce qu'il avaient fait et que ça leur aurait coûté des semaines de boulot et beaucoup d'argent!

- J'ai eu de la chance, c'est tout!

- Pas que de la chance! Non, non! Je ne sais pas ce que tu fais là, mais je peux t'assurer qu'il y a une histoire derrière tout ça!

- Ah oui? Et depuis quand tu te prends pour un voyant? Demanda-t-elle pour le provoquer.

- Pas un voyant! Je dis seulement que tu as une histoire et que certains indices permettent de la deviner...

- N'importe quoi!

- Je t'assure!

- Ok! Qu'est-ce que tu attends alors Sherlock? Vas-y! Quelle est ma mystérieuse histoire? Demanda-t-elle moqueuse.

- D'accord... Tu n'as pas d'accent quand tu parles, ce qui veut dire que tu as été élevé à Manhattan dans un milieu aisé. Tu as sûrement fréquenté les meilleures écoles et tu projetais sans doute de faire tes études dans une très bonne fac. Tu avais même certainement déjà commencé. Tu étais brillant, tu avais le choix. Mais tu te retrouves ici... Ce qui veut dire, qu'il s'est passé quelque chose... Tu es meurtri... Mais ça ne te concerne pas directement. On s'en est pris à un de tes proches, quelqu'un que tu aimais...

Petit à petit, le sourire de Jack s'était effacé. Rick s'en voulu de la douleur qu'il venait de réveiller chez son ami.

- ... Je ne sais pas pourquoi, mais tu te caches... Peut-être que tu te sens menacé...Et que c'est pourquoi tu te retrouves ici et que tu n'accordes te confiance à personne...

- ... Joli coup, reconnut Kate après un moment de silence. Mais tu ne me connais pas.

- Ce que je veux dire, c'est qu'il y a toujours une histoire, dit-il en baissant le regard vers Castle pour le caresser, il faut juste la trouver.

Le silence s'installa entre eux. Un silence douloureux. Kate attrapa son duvet, s'enroula dedans et lui tourna le dos. L'écrivain s'en voulut de l'avoir un peu trop bousculé. Il était évident que sous ses airs de garçon sûr de lui et débrouillard, Jack cachait un lourd secret.

- Je suis désolé, murmura-t-il. Je ne voulais pas te blesser.

Castle vint s'allonger auprès d'elle en gémissant. Rick s'enveloppa à son tour dans sa couverture, mais resta éveillé une bonne partie de la nuit. Quelques heures plus tard, Kate se faufila hors de leur abri.

Il faisait encore nuit et les rues étaient désertes, même les grands boulevards étaient moins animés. Le froid y était sans doute pour quelque chose.
Dans la pénombre, Kate marchait seule et lentement comme si elle n'avait pas de but précis. La pluie commença à tomber. Elle était glaciale, mais la jeune femme ne semblait pas ressentir les effets du froid ni même l'inconfort de l'eau glacée qui s'écoulait sur son visage et troublait sa vision.
Elle marchait droit devant elle, sans dévier son regard de la route qu'elle suivait comme un automate, perdue dans ses pensées. Ses pieds connaissaient le chemin par cœur.

Elle arriva enfin à destination et s'arrêta devant l'imposant portail qu'elle ne connaissait que trop bien maintenant. Elle en poussa la porte qui émit un grincement sinistre. Elle traversa les allées tournant à gauche, puis à droite et encore à gauche. L'obscurité ne la gênait pas, ce chemin, elle pourrait le faire les yeux fermés désormais. Ses pas craquaient sur les graviers brisant le silence de la nuit.
Elle arriva enfin près de la pierre tombale, plus elle s'approchait, plus elle avait du mal à contenir ses larmes. Elle aurait aimé leur apporter un bouquet de fleurs, mais c'était un luxe qu'elle ne pouvait pas se permettre.

Elle ne sut dire combien de temps elle était restée là, mais lorsqu'elle quitta l'endroit, le jour se levait sur Manhattan.

- Jack! Où étais-tu? Demanda Rick lorsqu'elle rentra dans l'abri.

- J'avais besoin d'air, souffla-t-elle.

- Regarde-toi! Tu es trempé!

- Ça va aller, t'en fais pas pour ça.

- Que je ne m'en fasse pas? Tu vas tomber malade si tu restes dans cet état-là!

- Je ne vais pas rester comme ça, je connais des gens, qui accepteront de m'aider.

- Je suis désolé... Pour hier soir...

Elle lui adressa un timide sourire.

- Ne t'excuse pas, tu n'as rien fait de mal...

- J'ai réveillé ta peine, je suis allé trop loin...

- N'en parlons plus. Tiens, j't'ai ramené du café. C'est loin d'être le meilleur café, mais il a l'avantage d'être chaud.

- Merci... Ouh! Bahhh, t'as raison, c'est loin d'être le meilleur! Ça fait penser à… à de l’urine de singe plus un petit mélange d’acide.

- Hé! Il m'a quand même coûté un dollar! Protesta Kate.

- Eh bien tu t'es fait avoir, si tu veux mon avis!

- J’y réfléchirai à deux fois, la prochaine fois que j’aurai l’idée saugrenue de te faire plaisir, marmonna-t-elle.

- Surtout pas ! J’apprécie ton geste amical !

- C’est ça, essaye de te rattraper, Bougonna-t-elle.

- Excuse-moi… je n’ai pas encore l’habitude de ce genre de breuvage…

- Rassure-toi, on ne s’y habitue jamais vraiment.

- Mhm ! Charmant programme ! Dit-il en prenant une autre gorgée qu’il faillit recracher aussitôt.

 

 


Minefuji  (09.12.2014 à 19:38)

Chapitre dix


Une fois son café avalé, Rick suivit Kate jusque chez les Davidson. Castle aussi les suivit. Apparemment, il leur semblait évident qu'elle les avait adoptés. Tout comme elle l’avait fait avec Castle, Kate avait renoncé à repousser Rick, à quoi bon de toute façon, il s'accrochait à elle encore plus fort qu'un naufragé à sa bouée. Bizarrement, elle se surprenait à apprécier sa présence. Grâce à lui et à Castle, elle se sentait moins seule et plus en sécurité.

- On y est, annonça-t-elle. Castle, il va falloir que tu attendes dehors.

- Oh non! Pourquoi? Je promets de ne toucher à rien! gégnit Rick comme un enfant capricieux.

- ...

- Quoi?!

- Je parlais au chien!

- ... Oh!... Oui... C'est vrai...

- Hé! Bonjour Jack! Lança Don Davidson en ouvrant la porte.

- Bonjour m'sieur Davidson! Répondit Kate. Vous allez bien?

- Josh nous a appelé, il va rentrer pour Noël, alors ça va très bien! Et toi mon grand ? Regarde-toi! tu es trempé!

- Ouais... Je faisais une balade, quand j'ai été surpris par la pluie, répondit Kate en haussant les épaules.

- Va voir Betty, elle se fera une joie de te laver tes vêtements, pendant que tu prendras une bonne douche!

- Merci Don...

- De rien, voyons, ça nous fait plaisir! Mais dis-moi, tu as amené un nouvel ami ?

- C'est Alex, mon nouveau labrador.

- Hé! Se vexa Rick.

- Bah quoi? Tu n'arrêtes pas de te prendre pour Castle.

- Mhm, bouda l'écrivain en fourrant ses mains dans ses poches.

- Bref, je l'ai tiré d'un mauvais pas et depuis il me suit, expliqua Kate au restaurateur.

- Un peu comme le chien, sourit Don amusé.

- Ouais, soupira Kate.

- Bonjour Alex! Heureux de te rencontrer, dit Don en lui tendant la main.

- Moi de même, répondit Rick en lui serrant la main.

Don le dévisagea soudain et l’écrivain se sentit mal à l’aise. Si les Davidson étaient des fans, il ne pourrait pas rester incognito.

- Je vous ai déjà vu quelque part?

- ... Non! Je ne pense pas, répondit Rick évasif.

- C'est étrange, je n'oublie jamais un visage pourtant, dit Don.

- Vous devez confondre, j'ai un visage très banal! Répondit Rick avec assurance.

- ... Si vous le dites... Alors, mon garçon, qu'est-ce que tu fais avec Jack?

- J’aimerais le savoir, intervint Kate. Ce gars est le plus grand bavard que j'ai rencontré et bizarrement, ça, il ne me l'a pas encore raconté.

- Chacun ses secrets, rétorqua Rick en lui adressant un regard lourd de sous-entendus.

Elle eut soudain un frisson et éternua.

- Va prendre ta douche et changer de vêtements avant de tomber malade, lui conseilla Don.

- Mais et la livraison?

- Ton nouveau copain me donnera un coup de main! Pas vrai? Répondit Don en jetant un œil à Castle, qui hocha la tête.

- Tu es sûr? Demanda-t-elle gênée de les laisser ainsi en plan.

- Mais oui! Vas-y! Et dépêche-toi! Dit Rick. Un gentleman ne fait pas attendre une dame!

- ... D'accord...

Lorsque Kate eut disparu, Don Davidson se tourna vers Rick.

- Qu'est-ce que tu fais avec Jack?

- ... J'avais des ennuis, il m'a aidé et depuis on partage la même galère.

- ...

Don observa Rick des pieds à la tête, celui-ci eut l'impression de passer aux rayons X. Don veillait sur Jack comme un père veille sur son enfant.

- T'as l'air d'être un bon gars! Ça me rassure de savoir que mon p´tit Jack n'est plus seul là dehors.

- Si vous tenez à lui, pourquoi le laissez-vous dans cette situation? S'étonna Rick.

- Parce qu'il est plus têtu qu'une mule! On lui a déjà proposé de prendre la chambre de notre fils, mais il décline toujours la proposition.

- Ouais... Ça lui ressemble bien...

- N'est-ce pas? Alors on l'aide comme on peut. On lui donne un peu d'argent à chaque fois qu’il vient nous donner un coup de main et ma femme lui lave son linge et lui prépare de quoi manger.

- C'est très généreux de votre part, sourit Castle.

- On fait ce qu'on peut... Jack est quelqu'un de bien.

- Oui. C'est quelqu'un de très bien... Dites-moi... Savez-vous ce qu'il fait dehors?

- Non... Je ne connais Jack que depuis deux mois et déjà à l’époque il menait cette vie.

- Comment l'avez-vous rencontré?

- Avec Betty, on flânait dans un marché non loin d’ici, quand un pickpocket a voulu voler le sac à main de Betty. Jack l'en a empêché.

- Ça aussi ça lui ressemble bien, sourit Rick.

- On s'est pris d'affection pour lui et depuis, on fait tout ce qu'on peut pour lui.

Ils continuèrent de tout ranger silencieusement. Rick ne cessait de penser à son ami. Ainsi cela faisait au moins deux mois qu'il vivait dehors... Peut-être plus... Et il ne se plaignait jamais. Comment trouvait-il encore la force de sourire?

- Vous avez déjà fini?! S'étonna Jack une demi-heure plus tard en redescendant avec un paquet sous le bras.

- Ton ami est très efficace, sourit Don.

- Ah bon?

- Hé!

- Ça va, je plaisantais! Sourit Kate.

- J'aime mieux ça!

- Bon! Il est temps pour nous de partir, tu viens Castle?

- J'arrive!

- ...

- '... Tu allais ajouter " en route Alex" n'est-ce pas?

- Mhmm... Je sais pas...

- Arrête, je sais bien que tu ne peux déjà plus te passer de moi!

- ...

- En tant qu'ami! Bien sûr! Où vas-tu chercher des idées pareilles?

- ... Nulle part! ... Aucune idée ne m'a traversé l'esprit!

- Soyez prudents les enfants! Lança Don.

- Oui! Merci pour tout! Répondit Kate en lui faisant un signe de la main.

- Merci beaucoup Don!

- Il t'aime bien ce Don, constata Rick.

- Mhm.

- Comment tu as rencontré les Davidson?

- C'est une maladie chez toi?

- Quoi donc?

- Le besoin de tout savoir! À croire que tu es une sorte de journaliste! Oh non! Dis-moi que ce n’est pas ça! Dit-elle en s'arrêtant et en se tournant vers lui.

- Pas quoi? Demanda-t-il en gardant difficilement son calme.

- Tu es un journaliste!

- Quoi?! Non! S'étrangla Rick.

- C'est ça! Tout colle! Ta manie de t'accrocher à moi! Ta fascination pour la vie dans les rues de New York! Le fait que tu bavasses sans arrêt! Tes questions sur ce qui m'a amené où je suis! Tu es un écrivain! Déduisit-elle en le pointant avec son index.

- Quoi?! Répéta-t-il en reculant d'un pas.

- Tu fais une sorte de reportage en immersion, c'est ça? Tu te mets dans la peau d'un sans-abri pour mieux écrire ton article, pour que ça fasse plus vrai! Dit-elle en enfonçant son index dans la poitrine de Rick. Tu es vraiment un être...


Minefuji  (10.12.2014 à 16:08)

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