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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 30.11.2014 à 13h50
Auteur : Minefuji
Statut : Terminée
« Voici venir le mois de décembre et qui dit décembre, dit calendrier de l'avent. Un chapitre ( ou petit chocolat) par jour en attendant le père Noël, ça vous dit? » Minefuji
Cette fanfic compte déjà 25 paragraphes
Chapitre onze
- Tu fais une sorte de reportage en immersion, c'est ça? Tu te mets dans la peau d'un sans-abri pour mieux écrire ton article, pour que ça fasse plus vrai! Tu es un être...
- Non! Non! Je ne suis pas... Répliqua, en mode panique extrême, Rick qui penchait la tête sur la gauche... Je ne suis... Enfin... Je suis... Moi!...
Kate le regardait droit dans les yeux. Un regard plein de reproches et d'amertume. Puis sa bouche se tordît légèrement et elle éclata de rire, incapable de rester sérieuse plus longtemps.
- Quoi? Demanda-t-il avec un air d'incompréhension.
- Tu aurais vu ta tête! Répondit-elle hilare.
- Ma tête?
- Je te charriais! Expliqua-t-elle en lui tapant légèrement sur l'épaule. Tu n'as pas simplement marché, tu as couru!
-Ah! Ah! Ah! Bravo! Tu m'as bien eu... Tu aimes bien te moquer de moi! Bougonna-t-il.
- Tu es tellement marrant quand tu paniques... Et quand tu boudes, tu si mignon, dit-elle entre deux éclats de rire.
- ...
Elle rougit en se rendant compte de ce qu'elle venait de dire.
- ... Je ne voulais pas... Enfin... Je voulais dire que je te trouvais drôle quand tu boudais! Rien d'autre!
-... Ah!
- Oui! Je ne suis pas... Enfin... Euh...
C’était à elle de paniquer maintenant. Et plus elle paniquait, plus elle s'enfonçait! Il fallait qu'elle se taise! Elle n'avait aucune idée de ce que des garçons pouvaient se dire sans passer pour des homosexuels. Elle bafouillait tellement que ça en devenait hilarant. D'ailleurs ce fut au tour de Rick d'éclater de rire.
- C'est ça! Moque-toi, marmonna-t-elle.
- Je te trouve tellement rigolo, que veux-tu?
- ...
- Et toi, c'est quand tu rougis, que je te trouve mignon! Ajouta-t-il pour l’achever.
- ...
- Ça va! Détends-toi! C'est une blague! Dit-il en la prenant par l'épaule.
- Ah...
- Qu'est-ce que tu as dans ce paquet?
- Notre repas! Élisabeth savait que je passerai aujourd'hui, alors elle a préparé un petit ravitaillement.
- Tes amis sont vraiment très gentils.
- Ouais, ils sont adorables.
Ils regagnèrent leur abri côte à côte en plaisantant. Après un pique-nique copieux, Kate ouvrit son sac à dos et lui tendit quelques vêtements.
- Qu'est-ce que c'est? Demanda-t-il.
- Des vêtements.
- Bah oui, je le vois bien, mais pourquoi me les donnes-tu?
- Parce qu'ils sont propres! Tu n'as qu'une tenue avec toi, comme ça, tu pourras te changer et laver les autres en passant à la laverie.
- C'est gentil, merci. C'est Élisabeth qui te les a donnés?
- Oui, ils appartiennent à son fils, mais comme il étudie à Los Angeles, il n'a pas besoin de vêtements aussi chauds.
- Merci! Se réjouit Rick en commençant à se déshabiller.
- ...
- Tu ne te retournes pas? Demanda-t-il en constatant que Jack ne bougeait pas.
- Quoi? Tu vas te changer ici et maintenant? Demanda Kate étonnée.
- Bah oui! Hier j'ai remis mes vêtements sales après la douche sur le chantier…
- Ah d’accord…
- Alors? Tu ne te retournes pas?
- Pas la peine, je ne vais pas regarder, dit-elle en prenant son vieux livre et en s'installant contre son sac à dos.
- Ça fait combien de fois que tu le relis?
- Trois fois. Je n'en ai pas d'autre.
- C'est vrai... J'oubliais.
- J'ai toujours aimé les livres, ma chambre en était remplie, il y en avait partout!...
- Ça va? Demanda-t-il en voyant le sourire de son ami s'effacer.
- Oui... Ça va... Tu veux que je te le prête? Demanda-t-elle pour changer de sujet. C'est un bon livre!
- Non, merci. Je l'ai déjà lu.
- C'est vrai? Tu connais? Demanda-t-elle.
- Cet auteur est assez connu tout de même! Répondit-il légèrement vexé. C'est même étonnant que tu ne le connaisses pas, si comme tu le dis tu étais un rat de bibliothèque.
- Les livres que je lisais ces derniers temps étaient des livres de droit pour la plupart. Je n'avais pas vraiment le temps de lire pour le plaisir...
- Tu faisais du droit?
- Eh oui. Droit pénal, droit des affaires... On ne dirait pas comme ça, mais il n'y a encore pas si longtemps, mon seul souci était de réussir mes partiels avec brio pour obtenir un stage dans un cabinet d'avocat pendant l'été...
- Et que préférais-tu?
- Le pénal. Je voulais rendre la justice, qu'aucun crime ne reste impuni. Mon rêve c'était de présider la cour Suprême.
- Rien que ça? Sourit-il.
- Te moque pas de mes rêves!
- Je ne me moque pas! Je savais que tu étais quelqu'un d'ambitieux! Et je suis persuadé que tu y arriveras.
- Non... C'est fini tout ça... Ma seule ambition maintenant, c'est de retrouver une vie normale.
- Qu'est ce qui t'en empêche? Il y a des systèmes de bourses d'études pour des étudiants tels que toi.
- ... Disons que ces derniers temps ma vision des choses a changé... Et l’anonymat est la meilleure garantie de… Mais dis-moi et toi, quels sont tes livres préférés?
- Les policiers!
- Ah oui?
- Oui, j'aime savoir ce qui pousse quelqu'un à commettre les pires atrocités. Il y a toujours une histoire aussi tordue soit-elle.
- C'est marrant... Pour des raisons différentes, le crime nous intéresse tous les deux...
- Nous étions faits pour nous rencontrer alors, sourit-il.
- Dans d'autres circonstances ça aurait été plus confortable, répondit-elle en désignant son abri. Tu devrais terminer de te changer!
- Oui, tu as raison.
Il se changea rapidement, puis s'installa à sa place. Comme il n’avait rien à faire, il se mit à observer Jack. Même à la troisième lecture, il semblait complètement absorbé par ce qu'il lisait.
- Quoi ? demanda Kate en levant soudain son regard vers lui.
- Rien du tout ! …Euh… En fait si… J'ai remarqué que tu fronces les sourcils quand tu réfléchis. C'est trognon ! Enfin, pas si tu jouais au poker, ça serait mortel, mais sinon c'est craquant !
- Craquant ?
- Euh… Je ne dis pas que tu me fais craquer… Pas moi, non ! Ce que je veux dire, c’est que… Tu dois avoir beaucoup de succès auprès des filles…
- Non. Il n’y a pas beaucoup de filles qui regardent de cette façon quelqu’un qui vit dans la rue.
- … Peut-être, mais avant ? Beaucoup de filles devaient être folles de toi !
- Euh… Non… Pas vraiment…
- Oh allez ! Je suis sûr que ta liste de conquêtes féminines doit être longue comme mon bras !
- Pas du tout ! Détrompe-toi ! Les filles craquent plus pour des types dans ton genre.
- J'ai un peu de succès, oui...
- Arrête de jouer les modestes! Tu es grand, beau, sympa... La liste de tes conquêtes féminines doit être longue comme mon bras!
Ils passèrent la soirée à discuter ainsi. Kate commençait à apprécier la présence de Rick à ses côtés. Si seulement elle n'était pas dans cette situation...
Chapitre douze
À son réveil, Rick se sentait bien, étrangement, il ne ressentait pas les courants d'air, une agréable odeur fruitée flottait dans l'air et il sentait une douce chaleur contre son torse. Il en profita quelques instants encore, puis ouvrit les yeux et découvrit Castle contre lui.
- Comment ça se fait que tu n'es pas blotti contre Jack, toi?
Il se frotta les yeux et se redressa. Jack n'était pas là. Il avait déposé son duvet sur lui avant de partir. Il porta le duvet contre son visage, c'était de là que provenait l'odeur fruitée. C'était l'odeur de Jack. Il sourit, s'imprégna encore un peu de cette odeur, avant de se ressaisir.
- Jack est un garçon, Rick! Depuis quand tu aimes respirer l'odeur des mecs? Se rabroua-t-il. ... C'est sa faute en même temps! Quelle idée d'utiliser un gel douche de fille! ... Mouais... C'est peut-être tout ce qu'il avait...
Il voulut se lever, mais Castle dormait toujours contre lui.
- Allez gros paresseux, bouge-toi, dit-il en secouant le chien.
Il risqua un œil à l'extérieur. Le ciel était chargé de nuages et le froid lui pinçait les joues, la journée serait difficile. Il se passa la main sur le visage et sentit sa barbe naissante. Dans de telles conditions, il n'allait pas tarder à ressembler à bigfoot! Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour un bon rasage! Il sortit complètement de l'abri et s'étira longuement. Son ventre émit un grondement très sonore.
- Un bon rasage et un vrai petit déjeuner! Marmonna-t-il en se tenant le ventre... Attends-moi là, mon vieux Castle, je reviens vite.
Le chien releva la tête pour le regarder un instant avant de se recoucher d'un air indifférent. Il quitta les lieux rapidement, il n'avait pas beaucoup de temps pour préparer ce qu'il voulait faire.
Lorsque Jack revint une heure plus tard, tout était prêt.
- Salut Alex! Wah ça sent drôlement bon!
- Le petit déjeuner est servi! Café, fruits frais et viennoiseries!
- Tu as dépensé tout le reste de ta paye? T'es pas bien! Tu devais aller t'acheter un duvet plus chaud! Le sermonna-t-elle.
- Un simple merci suffisait!
- ... Merci... Mais tu es quand même fou! Marmonna-t-elle en fouillant dans sa poche. Tiens!
- Qu'est ce que c'est?
- De l'argent.
- Je le vois bien que c'est de l'argent, mais...
- Tu t'achèteras ton duvet avec.
- Pas question que je prenne ton argent! s'indigna-t-il.
- C'est ma part pour l'achat du petit déjeuner!
- Pas question, c'est un cadeau.
- Un cadeau?
- Pour te remercier de tout ce que tu as fait pour moi!
- Eh bien moi, je t'offre de quoi te payer un nouveau duvet! Rétorqua-t-elle.
- Pas la peine, je m'en suis déjà acheté un.
- ... Tu as braqué le commerçant?
- Quoi? Non! Non! Pas du tout!
- Comment tu as fait alors?
- J'ai vendu ma montre.
- ... Tu n'aurais pas dû, souffla-t-elle.
- Pourquoi? On peut bien se faire un petit plaisir de temps en temps, non?
- Dans le monde d'où tu viens peut-être, mais pas ici! Ici tu gardes des choses comme ça en cas de coup dur! Qu'est ce que tu feras quand tu n'auras plus rien et que tu ne trouveras pas de quoi manger?! Tu es vraiment inconscient!
- Relax, c'est que de l'argent!
- Que de l'argent?! Que de l'argent?! Ici ça peut faire la différence entre la vie et la mort! S'énerva-t-elle en quittant l'abri excédée.
- Attends! Jack! Je ne voulais pas... Te vexer... Termina Rick dans un soupir.
Il avait voulu faire plaisir à son nouvel ami et tout ce qu'il était parvenu à faire, c'était l'énerver. Il sortit de l'abri en pestant contre sa légèreté.
- Bravo Castle, t'es vraiment le roi des idiots quand tu t'y mets parfois...
- N'accuse pas le chien, il n'y est pour rien! Dit la voix de Jack derrière lui.
- Jack!
- Sois pas si étonné, où voulais-tu que j'aille, j'ai laissé mon sac à l'intérieur.
- Et tu ne te sépares jamais de ton sac...
- Jamais. Il contient mon monde à lui tout seul.
- Je suis désolé, murmura-t-il.
- Ça va... Je me suis emporté, je n'aurais pas dû...
- ... Je suis désolé, répéta-t-il.
- Tu n'as pas encore l'habitude, je n'aurais pas dû m'énerver... C'était une très gentille attention, sourit Jack.
- Tu trouves?!
- Oui, je trouve, c'était adorable.
Le sourire de Jack illuminait son visage et vous réchauffait le cœur. Rick resta figé, admirant ce qui s'apparentait à ses yeux, à la huitième merveille du monde.
- Alex? ... Alex? ...Ça va?
- Hein?
- Ça va? Tu avais l'air ailleurs.
- Ah... Euh... Je rêvassais... Ça m'arrive parfois...
- Et si on allait le déguster ce petit déjeuner? Ça serait dommage de le perdre!
- Oui... Ça serait dommage...
Rick se sentit envahi par une vague de culpabilité. Dire la vérité à Jack maintenant signifierait la fin de leur amitié naissante. Il soupira. Ce pari, qui lui avait permis de faire la connaissance d'une personne extraordinaire, allait lui faire perdre son amitié.
- Allez viens Castle! On va manger! Lança Jack.
Rick et le chien réagirent en même temps, ce qui le fit beaucoup rire.
- Fais gaffe Alex! Tu commences vraiment à beaucoup ressembler à Castle!
- Tu trouves?
- Ouais, tu deviens même aussi poilu que lui, répondit Kate en désignant sa barbe.
- À qui le dis-tu, soupira-t-il. À ce propos... Comment ça se fait que tes joues à toi soient toujours aussi douces?
- ... Je ... Euh... On n'a jamais eu un système pileux très développé dans la famille... C'est génétique.
- Tu ne connais pas ton bonheur! Tiens, ton café.
Elle sourit en prenant la tasse qu'il lui tendait. Elle n'avait peut-être pas de barbe, mais s'il voyait l'état dans lequel se trouvaient ses jambes... Bigfoot n'avait rien à lui envier...
- Merci... Wah... C'est bon! Dit-elle après en avoir pris une gorgée.
- Un latté sans sucre avec deux doses de vanille! Annonça Rick heureux que son ami apprécie son choix. Ça change de ce breuvage à l'urine de singe, n'est ce pas?
- Je n'ai pas les moyens de payer cinq dollars pour un café, aussi bon soit-il!
- Peu de personnes le peuvent, boire un de ces cafés chaque jour, reviendrait à dépenser le PIB d'un pays en voie de développement!
- Mhmm! J'avais oublié ce que ça faisait de prendre un vrai petit déjeuner! Dit-elle en mordant avec appétit dans un croissant.
- Hé, ça ne va pas s'envoler! Ne mange pas si vite!
- Mhm! Désolée, mais c'est trop bon!
- Ça fait longtemps que tu vis comme ça, n'est ce pas? ... Enfin... Dehors je veux dire...
- Trop longtemps!
- ...
- Fais pas cette tête là, ça va s'arranger! Dit-elle en voyant le visage de son ami se décomposer.
- Tu crois?
- Mais oui, tu es intelligent, débrouillard, tu retomberas vite sur tes pattes!
- Je parlais de toi...
- ... Un jour ça ira mieux pour moi aussi.
- Ouais. Je te le promets.
- ...?
- Là, c'est toi, qui ressemble à Castle, quand tu penches la tête sur le côté comme ça!
Kate éclata de rire, un rire mélodieux et cristallin, un son merveilleusement adorable.
- Ça va Alex?
- Oui, pourquoi?
- C'est la deuxième fois que tu me fixes comme ça, c'est flippant!
- Désolé! Oh! Tiens, j'allais oublier! Cadeau.
- ...
- Il n'est pas dans un très bon état et je n'ai pas pu l'emballer, pour les raisons que tu connais, mais...
-... C'est parfait... Répondit-elle émue.
- Tu es content? Tu avais l'air d'avoir aimé celui que tu as lu, alors...
- Merci...
Jack feuilletait le livre, il avait un petit sourire aux lèvres et le regard pétillant. Rick l'observait en silence. Jack était vraiment très beau. Ses traits étaient fins et son regard malicieux malgré ce qu'il vivait. Et ses lèvres étaient un appel aux baisers...
Il se releva brusquement, comme si quelque chose lui avait piqué les fesses et sortit de la cabane en carton. Surprise, Kate le suivit.
- Alex? Ça va?
- Non, ça ne va pas! Je déraille totalement! Il faut que je fasse quelque chose... Ne t'en fais pas... Je ... Je serai de retour tout à l'heure!
- Quoi?... Mais... Alex!
Chapitre treize
Surprise, Kate fixait encore l'endroit où Alex avait disparu. Avait-elle fait quelque chose de mal? Elle se remémora leur discussion sous l'abri et soupira. Elle ne comprenait vraiment pas ce qui avait pu se passer. Elle rangea soigneusement les restes de leur petit déjeuner et se pelotonna dans son duvet pour lire. Castle vint se blottir tout contre elle.
De son côté, Rick arrivait à destination. Bien que surpris par sa tenue et par l'heure matinale, le barman, qui le connaissait bien, l'accueillit chaleureusement.
- Hé Ricky! Quel bon vent t'amène?
- Al, dis-moi qu'elle est là!
- Qui?
- Ta serveuse super sexy! Dis-moi qu'elle est là!
- Il est encore tôt, elle ne commence que dans deux heures...
- Je vais attendre. Sers-moi un whisky s'il te plaît!
- Il est un peu tôt pour boire, tu ne trouves pas?
- Un café alors...
- Qu'est-ce qu'il t'arrive? Tu es bizarre!
- Bizarre... Ouais... Dis-moi, tu as du succès auprès des femmes?
- Ricky tu m'inquiètes là...
- Je m'inquiète aussi figure-toi! Alors?
- Alors quoi?
- Est ce que les femmes te trouvent beau gosse?
- Bah... Je me défends pas mal, mais je ne suis pas irrésistible! Scott, lui, il est dans la catégorie des beaux gosses!
- Scott?
- Un de mes serveurs. Il a tellement de succès qu'il double quasiment son salaire avec ses pourboires.
- Et où est-il ce Scott?
- Comme je te l'ai dit, il est encore tôt! La plupart de mes employés ne sont pas encore arrivés.
- Je vais attendre alors.
- Fais ce que tu veux...
- Merci...
- Oh... Si tu veux te rafraîchir, les toilettes sont par-là!
- Me rafraîchir?
- Tu as une de ces têtes, à croire que tu as passé la nuit dehors!
- ...
********************
Dans son abri, Kate était frigorifiée. Les températures avaient encore baissé. Et Alex qui était dehors... Elle se tourna vers Castle.
- On ne peut plus rester ici mon vieux Castle, il faut qu'on se trouve un autre endroit ou on va mourir gelés, dit-elle en prenant son sac à dos.
Le chien émit un gémissement.
- T'en fais pas pour Alex, on viendra le chercher quand on aura trouvé un meilleur endroit, expliqua-t-elle en se mettant en route. Enfin... S'il revient...
Il fallait qu'elle trouve une cachette dans un bâtiment, l'abri en carton ne serait pas suffisant. Elle n'aimait pas l'idée de squatter, mais il y allait de leur survie! Heureusement pour elle, les bâtiments vides à New York ne manquaient pas, ne restait plus qu'à en trouver un qui ne soit pas trop vétuste.
********************
- Alors comme ça, ce genre de type plaît aux femmes? Demanda Rick en observant Scott qui parlait avec deux clientes.
- Et pas qu'un peu!
- Il ne me fait aucun effet à moi.
- ...
- Enfin, je veux dire qu'il... Je ne le trouve pas si beau que ça!
- T'es sûr que tu vas bien Ricky? Demanda Al.
- ... Nan... Je ne sais pas ce qui m'arrive... Répondit-il alors que le sourire de Jack envahissait ses pensées.
Il secoua la tête, saisit le verre de whisky qu'Al lui avait servi et l'avala d'un trait en grimaçant.
- Un autre.
- Je ne sais pas si c'est raisonnable...
- Je ne conduis pas, si c'est ce qui t'inquiète.
- C'est toi qui m'inquiète, là Ricky!
- Ouais... Moi aussi je m'inquiète...
- Ah, bah voilà Lucinda! Annonça Al en désignant la serveuse qui venait de prendre son service.
Rick tourna la tête vers elle et sourit bêtement. Des jambes interminables, un fessier à tomber parfaitement moulé dans sa petite jupe de serveuse et une de ces paires de seins... Lucinda était la star de ce bar de striptease et on comprenait pourquoi rien qu'en la voyant entrer dans la pièce.
- Eh Lulu! Viens par ici! L'appela Al. Mon copain Ricky ici présent a besoin de réconfort!
- Lulu?
- Lulu Topless, elle doit son surnom à la rapidité avec laquelle elle enlève le haut.
- Salut Ricky, dit Lulu d'une voix sensuelle. Alors comme ça tu as des soucis?
Elle s'installa à califourchon sur lui et passa ses mains dans ses cheveux, lui collant par la même occasion sa poitrine sous le nez.
- ... Gros... Enfin je veux dire... Oui...
- Je vais te consoler, tu vas voir, ça va aller très vite beaucoup mieux.
Ah... Fut tout ce qu'il trouva d'intelligible à dire, au milieu d'autres borborygmes dignes d'un homme des cavernes. Pas de doute, il n'avait pas changé de bord...
*******************
Transie de froid, Kate trépignait pour éviter de geler sur place. La nuit tombait et les températures étaient clairement descendues en dessous de zéro.
Elle commençait à s'inquiéter au sujet d'Alex. S'il s'était perdu... ou s'il s'était fait agresser?
Elle arpentait la rue sans oser s'en éloigner. Si Alex devait revenir, c'était là qu'il se rendrait. Pourquoi s'inquiétait elle autant pour celui, qui n'était encore qu'un inconnu quelques jours auparavant? À quel moment s'était-elle autant attachée à lui?
Un bruit de pas traînant la fit sursauter, elle se retourna et aperçut la silhouette de son ami au bout de la rue. Elle se précipita vers lui. Il titubait dangereusement et manquait de s'écrouler à chaque instant.
- Tu es blessé? S'inquiéta-t-elle aussitôt en le rattrapant de justesse.
- Oh! Jack! Enfin je te retrouve... Baragouina-t-il d'une voix pâteuse.
Elle se recula légèrement de lui, sans le lâcher pour autant. Les yeux d'Alex étaient vitreux et il sentait l'alcool.
- Tu es ivre, constata-t-elle froidement.
- Y…yeahhhh!!!
Elle soupira, passa un des bras de son ami autour de son cou, tout en l'attrapant par la taille.
- Ne restons pas là.
- T'es pas fffffâccché?
- Non... Pas trop en tout cas… Oh bon sang ce que tu es lourd!
- Sssuper lllourd, sourit-il. Mes cccopainns disent tttoujjjjours ça.
- Quels copains?
- Pppattersssson et Cccconnnelyyy... Ils trouvvvent les blagues ssssuper lourdes...
- Tu as bu combien de verres?
- Jesais…pas…Beaucoup...
- Pourquoi as-tu bu autant?
- À cause de toi...
- De moi?
- J'aime pas les mecs, moi... J'aime les ffffilles!
- Oh!
- Les garçons ne me font pas d'effet! Sssscott, il est pas mon typppppe...
- Tu as l'alcool bavard toi, marmonna Kate… Remarque, ça ne m’étonne pas tant que ça…
Heureusement pour elle, l'endroit qu'elle avait trouvé ne se situait qu'à un bloc de là. Elle n'aurait pas été capable de le porter plus longtemps.
- On est arrivé... Tu vas pouvoir t'allonger, annonça-t-elle en ouvrant une porte donnant sur une cave.
Elle le conduit jusqu'en bas des escaliers et le coucha sur la paillasse qu'elle avait improvisée dans la journée.
- Je t'aime toi... tu le saiiiiis..., marmonna-t-il.
- ... Mais oui, c'est ça!
- Même Lulu me fait pas autant d'effet que toi!
- Lulu? Répéta Kate en commençant à lui enlever ses chaussures.
- Lucinda... Elle... La sssserveuse Sssuper sssexy...
- Tu vas avoir une méchante gueule de bois demain, annonça Kate en le couvrant avec son duvet.
- Diiiss Jack... Pourquoi t'es un garçssson? Demanda Rick en tendant le bras pour venir lui caresser la joue.
- ... Tu es ivre !
- Possssible...
- Pourquoi as-tu bu autant ?
- J'sssais pas...J'sssuis perrrrrdu...
- Dors, ça ira mieux demain.
- Zzzzzz...
Kate soupira et s'allongea sur sa paillasse. Castle vint se blottir contre elle. Elle resta un moment éveillée, les paroles d'Alex la troublaient. Malgré l'abri en dur que leur offrait la cave, elle fut réveillée à de nombreuses reprises par le froid et se demanda s'ils survivraient à l'hiver New Yorkais.
Chapitre quatorze
Lorsque le jour se leva, alors qu'elle émergeait doucement du sommeil, Kate se sentait étrangement bien. Un bien être qu'elle n'avait pas ressenti depuis très longtemps. Un bruit léger et régulier la berçait, la rassurait. C'est alors qu'elle réalisa. Le bruit léger était celui de battements de cœur. Ceux d'Alex. Elle releva brusquement la tête et regarda autour d'elle. Inconsciemment, elle s'était calée contre Alex durant la nuit.
Gênée, elle commença à s'éloigner de lui le plus discrètement possible. Elle ne voulait pas avoir à lui fournir des explications lorsqu'il se réveillerait. Une sensation de froid s'insinua aussitôt en elle.
- Te lève pas, il est trop tôt... Marmonna Rick encore endormi en la ramenant contre lui.
- Ahhh!
Le cri qu'elle laissa échapper lorsque son visage se retrouva à quelques millimètres de celui de Rick, acheva de le réveiller.
- Oh! Salut toi! Murmura-t-il en souriant.
Elle rougit instantanément. Son sourire était si chaleureux, qu'il la troublait terriblement.
- ... Salut... Souffla-t-elle gênée.
Quand à Rick, malgré son esprit vaseux et embrumé, il se sentait merveilleusement bien. Dans un élan de tendresse, il la serra tout contre lui. Surprise, elle ne sut comment réagir et resta sans voix. Soudain, il sentit une certaine partie de son anatomie se réveiller, ce qui eut pour effet de le ramener brutalement à la réalité. Il s'écarta violemment, expédiant Kate loin de lui.
- Qu'est ce qu'il s'est passé?! Demanda-t-il paniqué.
- Heu... J'en sais rien, bredouilla Kate.
- Qu'est ce que tu faisais là?!
- Je dormais, marmonna Kate en se frottant les bras pour tenter de se réchauffer.
- Oh!... Ouais... Qu'est ce qu'on fait ici?
- Tu ne te rappelles pas?
- Euh... Ouh là! Fit Rick en grimaçant de douleur. J'ai le crâne en compote...
- Tu es parti toute la journée hier et quand tu es revenu, tu étais complètement ivre. Il faisait si froid que j'ai dû nous trouver un abri avec de vrais murs... Quand tu es revenu, je t'ai ramené ici...
Le souvenir de sa longue journée dans le bar de Al, lui revint en tête. Le serveur soit disant sexy, la strip teaseuse attentionnée... Et le whisky. Il avait bu... Beaucoup trop. Il releva son regard vers Jack, après son départ précipité la veille, il aurait pu s'installer sans l'attendre. Mais il était revenu le chercher et l'avait attendu.
- Oh... Je suis rentré tard?
- Il faisait nuit noire en tout cas... Tu t'es écroulé de sommeil dès que tu t'es allongé sur la paillasse.
- Donc... On s'est juste endormis... C'est tout...
- Ouais... Bien sûr! Qu'est ce que tu vas imaginer!?
- Rien... Soupira-t-il soulagé.
Il se passa une main devant les cheveux, puis sur son visage. Kate avait refermé son manteau et quittait la cave suivie par Castle. Apparemment il l'avait contrariée.
Il se laissa retomber sur sa couchette, les bras en croix. Que son réveil avait été agréable, malgré la gueule de bois. La présence de Jack dans ses bras, son odeur de cerise, la douceur de sa peau... Il n'avait pas fallu plus pour réveiller son désir... Il n'était pas attiré par les mecs, mais par Jack, uniquement Jack... La strip teaseuse était certes super sexy et comme beaucoup d'hommes, il n'avait pas été insensible à ses atouts, mais toutes ses pensées le ramenaient à Jack. Il avait bu plus que de raison en découvrant l'évidence. Il était sous le charme de Jack et aucune serveuse aussi sexy soit elle n'avait pu rivaliser avec ça. Le simple fait de le tenir dans ses bras avait réveillé son désir.
Il se redressa soudain, frappé par une intuition.
- Non... Ce n'est pas... murmura-t-il alors qu'une théorie improbable naissait dans son esprit.
En même temps, ça expliquerait bien des choses, pensa-t-il, sa pudeur extrême, son absence de barbe même après plusieurs jours alors que lui... La finesse de ses traits, sa silhouette androgyne...
Il se remémora leur réveil câlin. Son corps était collé à celui de Jack, avec une telle proximité, il aurait dû sentir que Jack était un mec... Et là, il n'avait rien senti... Par contre, contre sa poitrine....
- Oh bravo! Comment j'ai pu ne pas le remarquer? S'écria-t-il en remettant ses chaussures et en se précipitant dehors pour rejoindre son amie.
Il la retrouva devant leur ancienne cachette, qu'elle démolissait consciencieusement.
- Hey! Lança-t-il pour annoncer sa présence.
- Tu as repris tes esprits? Demanda-t-elle sans se détourner de sa tâche.
- Ouais... Euh... Désolé d'avoir été un peu brusque...
- Ça va... Vivre dans ces conditions peut nous rendre dingue...
C'est toi, qui me rend dingue, pensa-t-il en la regardant attentivement. Comment avait-il pu passer à côté de l'évidence, qui maintenant lui sautait aux yeux. Elle arracha brutalement les cartons qui servaient de toit.
- Hé! Qu'est ce qu'il te prend?
- On va passer quelques temps dans la cave, expliqua-t-elle sans se retourner. Il devrait neiger bientôt.
- Ce sont les grenouilles qui te l'ont dit?
- Ouep! Elles m'ont dit qu'il allait vraiment faire très froid!
- Et tu les as embrassées pour voir si elles se transformeraient en Prince Charmant?
- ...
- Ça va, ne fait pas cette tête là, je plaisantais!
- Je suis désolée pour ce matin... Je te promets que ça ne se reproduira plus! Dit-elle sans oser le regarder.
- Tu avais froid, c'est pas grave... Je comprends. C'est moi qui n'aurais pas dû réagir de cette façon.
Elle éternua à plusieurs reprises. Elle avait pris froid. Il s'en voulut d'en être certainement la cause.
- Tu m'as attendu longtemps hier soir?
- ... Pas trop non...
- Tu parles... Tu as du avoir très froid!... Je te demande pardon.
- Puisque je te dis que ça va! répondit-elle agacée.
Elle ramassa les cartons qu'elle avait empilés. Il s'avança pour l'aider et en prit la moitié.
- Qu'est ce que tu veux en faire?
- Les ramener à la cave, ça nous permettra de nous isoler un peu plus du froid...
- Oh! Bonne idée!
Elle ne répondit pas et reprit son chemin. Il la suivit en silence. Il la regardait sous un autre jour désormais. Le mystère venait de s'éclaircir et de s'épaissir en même temps. Que faisait une jeune femme d'à peine vingt ans dans la rue en se faisant passer pour un garçon?
Était ce pour éloigner les prédateurs sexuels ou y avait-il une autre raison qui la poussait à cacher sa véritable identité?
Il y eut une bourrasque de vent glacé qui la stoppa dans sa marche. Elle avait l'air frigorifiée. Il aurait voulu la prendre dans ses bras pour la réchauffer un peu, mais comment réagirait-elle? La dernière chose qu'il voulait, c'était l'effrayer...
- Il me reste encore de l'argent de la vente de ma montre, annonça-t-il.
Elle se tourna vers lui étonnée.
- Elle valait combien cette montre?
- Suffisamment pour qu'il me reste de quoi nous offrir un repas chaud par jour pendant quelques semaines...
- Tant que ça?!
- On peut prendre une chambre d'hôtel à la place, si tu préfères.
- Non, il vaut mieux que tu gardes cet argent pour manger tous les jours.
- Alors, que veux-tu manger? Chinois, thaï ou mexicain? Demanda-t-il tout sourire.
Elle hésita, ce n'était pas raisonnable, mais l'idée était tellement tentante.
- Italien, je rêve d'une énorme pizza dégoulinante de fromage! dit-elle en lui rendant son sourire.
- Ça marche!
Ils retournèrent à la cave, où ils réinstallèrent les cartons pour reformer leur abri, se créant ainsi une sorte de chambre à coucher.
Rick semblait aller mieux et sifflotait gaiment. Kate ne pouvait s'empêcher de se poser des questions sur les raisons de son mal être de la veille. Mais pouvait-elle lui en parler sans risquer de le mettre à nouveau mal à l'aise?
- Et si on allait se la manger cette pizza? Proposa-t-il. Qu'est ce que tu en dis?
- J'en dis que c'est une super idée.
- Alors en route!
- Attends! Qu'est ce qu'on fait de Castle?
- On l'emmène! Chez le fantastique Nick l'authentique, il y a une petite cour où on peut venir avec nos amis à quatre pattes. On peut même leur commander une pizza spécialement prévue pour eux.
- Allons-y alors! Tu viens Castle? Lança-t-elle.
Le chien se redressa et ils se mirent en chemin tous les trois. Durant le repas, Kate n'osa à aucun moment faire allusion à ce qu'il s'était passé la veille. Alex avait l'air tellement plus à l'aise qu'elle ne voulait pas risquer de voir sa bonne humeur et son sourire s'effacer.
- Ça va? Demanda Rick devant l'air pensif de son ami.
- Hein? Euh... Oui! Pourquoi?
- Parce que ça fait plusieurs fois que je te pose une question et que tu n'y as toujours pas répondu.
- Une question?
- Je voulais savoir si tu voulais un dessert...
- Euh...
- Ne réfléchis pas autant! Fais-toi plaisir pour une fois! Je te promets que demain nous recommencerons à faire attention à la dépense.
- ... D'accord... Alors je veux bien un muffin au chocolat.
- Excellent choix!
Comment avait-elle pu se passer de chocolat aussi longtemps, fut la question que Kate se posa lorsqu'elle mordit pour la première fois dans son gâteau. Le soupir de bien être qu'elle poussa lorsqu'elle sentit le goût du chocolat sur ses papilles, fit sourire Castle, qui n'avait cessé de la regarder.
- Quoi? Demanda-t-elle alors qu'elle remarquait son petit sourire énigmatique.
- Rien, rien.
- Arrête ça tout de suite! Je suis un expert en "rien" et ça, ça n'était pas rien!
- Dis-donc "monsieur" le cachotier, pourquoi est ce que je n'aurais pas le droit d'avoir des secrets moi aussi?
- Cachotier?
- Parfaitement! Et ne nie pas, tu es un océan de mystères à toi tout seul.
- Arrête de faire cette tête là, tu m'énerves!
- Je sais et je trouve ça super drôle!
Leur repas terminé, ils récupérèrent Castle et quittèrent le restaurant. Rick avait retrouvé toute sa joie de vivre et sa bonne humeur. Il s'était remis à bavasser gaiement. Kate l'écoutait en souriant, cela faisait si longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi bien.
Chapitre quinze
Alors qu’ils revenaient tranquillement de la pizzeria, Rick eut envie de taquiner un peu Kate. Après tout, il trouvait que c’était un juste retour des choses, étant donné les tourments qu’elle venait de lui causer.
- Tu es fatiguée? Demanda-t-il en se tournant vers elle.
- Pas spécialement, pourquoi?
- Ça te dirait de faire une petite promenade digestive avant de rentrer?
Elle fronça les sourcils, ça se faisait ce genre de chose entre hommes?
- Une virée entre mecs, si tu préfères, précisa Rick.
- Une virée?
- Ouais. Je ne sais pas toi, mais moi, j'ai bien envie d'aller draguer de la poulette!
- De la poul… ? Tu veux aller draguer?
- Ouais ! J’en ai un peu marre de nos soirées plan-plan.
- On vit à la rue, je te rappelle!
- Et alors? Ça n'empêche pas d'avoir des besoins à assouvir! Je ne sais pas toi, mais moi, je suis sous pression!
- Sous press... Bafouilla Kate, qui ne savait plus où se mettre.
- Bah oui... Enfin... On a tous besoin de relâcher la pression de temps en temps...enfin tu vois ce que je veux dire, expliqua-t-il en appuyant ses paroles par un mime gênant.
- Oh! ... Euh... Oui, bien sûr!... Mais... On n'est pas vraiment en état pour une virée, dit-elle en désignant leurs vêtements et sa barbe.
- On n'a qu'à louer une chambre d'hôtel, on pourra prendre une bonne douche et pour les vêtements... On en a des propres dans nos sacs. Ils feront bien l'affaire!
- On n'a pas les moyens pour ça! Contra Kate en priant pour que cet argument suffise pour éviter d’entrer dans ce guêpier.
Il sortit une petite liasse de billets et l'agita sous son nez.
- On ne va pas gaspiller ton argent! Tu as promis de faire attention à la dépense!
- J'ai dit qu'on ne recommencerait à faire attention demain! Allez juste cette somme, si tu veux je te confie le reste, argumenta-t-il en sortant une autre liasse de sa poche.
- Qu’est-ce que c’était que cette montre ? S’étrangla-t-elle en estimant à vue de nez la somme d’argent qu’il lui montrait.
- Une petite rollex… D’occasion, précisa-t-il pour ne pas trop se discréditer!
- Qu’est-ce que tu fiches dans la rue avec autant d’argent ? s’écria-t-elle.
- C’est tout ce que j’ai, mentit-il.
- Tu as de quoi vivre à l’hôtel pendant des semaines avec ça ! Tu aurais le temps de te trouver un travail, de tout recommencer à zéro !
- Tu viendrais avec moi ?
- … Où ça ?
- A l’hôtel !
- Non ! … Je ne peux pas !
- Alors je reste dehors avec toi !
- Pourquoi ? Tu ne me dois rien ! Tu ne dois pas te sacrifier pour moi !
- Je ne me sacrifie pas, rassure-toi. Mais il est hors de question que je te laisse seul à la rue.
- … Je n’arriverai pas à te faire changer d’avis quoique je dise, n’est-ce pas ?
- Tu as tout compris, répondit-il tout sourire.
- Tu es plus collant qu’un chewing-gum sur la semelle d’une chaussure, souffla-t-elle.
- Wah ! Tu me connais déjà tellement bien !
- …
- Allez ! En route pour cette virée entre mecs !
- ... Mais...
- Pas de mais! Les mecs ont des besoins, tu es un mec, donc pas de discussion!
Kate soupira et se laissa entraîner par Rick. Comment lui dire non sans griller sa couverture?
Ils louèrent une chambre dans un hôtel bon marché et après avoir pris chacun une bonne douche, ils se rendirent dans un petit bar que Rick n'avait jamais fréquenté. Il ne fallait pas que quelqu’un le reconnaisse ou son petit jeu tournerait au vinaigre.
Il devait reconnaître que la jeune femme était tenace, il aurait cru qu'elle aurait craqué bien avant, mais non, elle continuait courageusement à incarner son personnage et entra dans le bar à sa suite.
Ils s'installèrent à une table. Rick commanda des boissons et passa en revue les clientes du bar.
- Regarde celle-là, près du bar! Elle est pas mal, non?
- ... Quoi?... Tu veux mon avis?... s’étonna Kate.
- Bah oui... On fait une virée entre potes! C'est comme ça que ça se passe en général!
N’ayant aucun point de comparaison, elle lui fit confiance sur ce point et jeta un œil à la jeune femme qu’il désignait.
- ... Ouais... Ouais, elle est pas mal... Répondit-elle en haussant les épaules avant de porter son verre à ses lèvres.
- Pas mal? C'est un canon, oui! Et si tu allais l'aborder?
Kate recracha sa boisson sous l'effet de la surprise. Elle le regarda en se demandant s’il était sérieux. Il avait décidé de la mettre en boîte ou quoi ?
Elle remarqua alors son sourire, il avait cet air coquin, signe qu’il prenait un malin plaisir à l’ennuyer. Ainsi il voulait s’amuser à ses dépens… Il allait voir ce qu’il allait voir… Rirait bien qui rirait le dernier !
- C'est vrai, j'oubliais que tu étais timide, se rappela Rick. Si tu veux, je vais l'aborder pour toi!
- Non! Non! Surtout pas! Dit Kate en se levant.
- Qu'est-ce que tu fais?
- Je vais l'aborder. Voir si elle peut m'aider à "relâcher la pression" rétorqua-t-elle provocatrice.
Oui, il allait voir ce qu'il allait voir! Rebel Beck´s n'était pas un mythe, on ne s’amusait pas à ses dépens impunément !
Elle s'avança vers la jeune femme en question. Elle était vraiment très mignonne, au moins Alex avait bon goût. Ça serait peut-être moins difficile dans ces conditions...
- Mademoiselle? Commença Kate.
La jeune femme se retourna et lui sourit.
- Bonsoir!
- Bonsoir, je m'appelle Jack.
- Angéla.
- Bonsoir Angéla. Dites-moi, voudriez-vous m'aider à rabaisser le caquet à un coureur de jupons?
- Qui?
- L'homme assis à la table, là derrière...
Elle jeta un œil en direction de Rick.
- C'est bizarre, sa tête me dit quelque chose...
- Ah oui? Vous le connaissez?
- Il me semble...
- Peut-être êtes-vous une de ses victimes. Ce garçon est un monstre avec les femmes, il collectionne les aventures d'une nuit. Il est tellement sûr de lui, qu'il est persuadé que dans ce bar toutes les femmes bavent d'envie rien qu'en le regardant.
- Ah bon? Personnellement, je vous trouve plus craquant.
- Il a pourtant affirmé, qu'avec lui dans la pièce, personne ne me regarderait.
- Je vais faire mieux que seulement vous regarder, dit Angéla en se penchant vers Kate pour l'embrasser.
- C'est parti, pensa Kate. Bon allez ma grande, un petit bisou pour la bonne cause, rabaisser son caquet à Alex.
Elle avança son visage de celui d'Angéla, jusqu'à ce que leurs souffles se mélangent.
À sa table, Rick, qui n'avait rien manqué du spectacle, n'en croyait pas ses yeux. La situation lui échappait et sa jalousie se réveillait. Cette femme n’allait quand même pas embrasser son Jack avant lui !
- Non, mais, oh! Cria-t-il en se précipitant vers elles. C'est qu'elle va le faire! Ne pose pas tes lèvres sur ma Jacqueline, toi!
Il attrapa le poignet de Kate et l'entraîna avec lui.
- Jacqueline ? Répéta Kate étonnée en se laissant emmener hors du bar par Rick.
Une fois sur le trottoir, Rick ne s’arrêta pas d’avancer et ne lâcha pas non plus le bras de Kate.
- On y va Castle ! Dit-il en passant devant le chien.
- Qu'est-ce qu'il te prend? Demanda Kate. Je croyais qu'on devait relâcher la pression!?
- Je ne peux pas!
- Tu ne peux pas quoi?
- Te regarder embrasser quelqu'un d'autre!
- Embrasser quelqu'un d'autre? Tu te la joues " Brokeback Mountain"?
- Quoi?
- " Brokeback Mountain", c’est une nouvelle qui a été écrite par Annie Proulx, elle a été publiée dans le magazine « The New Yorker » il y a deux ans... Alors, monsieur le cowboy, on aime les autres cowboys?
- Arrête ton cinéma, tu veux? Grommela Rick.
- Mon cinéma?
- Je sais qui tu es!
- … Je suis Jack! Dit-elle en reculant d'un pas.
- C'est faux! Je ne sais pas pourquoi tu prétends le contraire, mais je sais que tu es une femme! La plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus remarquable … la plus frustrante … exaltante … et la plus exaspérante que j'ai jamais connue!
Elle fit encore un pas en arrière, prête à détaler. Mais Rick lui tenait toujours le bras.
- Laisse-moi!
- Relax ! Je ne veux pas te faire de mal!
- ...
- Tu penses que je peux te faire du mal?
- ...
- Voyons, tu me connais! Ça fait plusieurs jours qu'on vit ensemble et je ne t'ai jamais fait de mal.
- Tu pensais que j'étais un garçon!
- Et ça m'a rendu dingue! Parce que crois-moi, aucun garçon ne me fait cet effet-là!
- Je ...
- Je ne te ferai aucun mal! Je n'aurai aucun geste déplacé, mais je t'en prie, laisse-moi rester à tes côtés.
Elle se détendît légèrement.
- Pourquoi ?
- Parce que comme je te l’ai dit tout à l’heure, je ne peux pas me résoudre à te laisser seule dans la rue ! Même si ça ne fait que quelques jours que je te connais, je tiens déjà énormément à toi. Laisse-moi veiller sur toi, s’il te plait.
- … Quand as-tu deviné?
- Ce matin... J'étais perdu, parce que je n'avais jamais été attiré par les hommes... Aucune femme ne m'a jamais attirée comme tu m'attires... J'ai cru devenir complètement dingue! Et puis ça m'a frappé...
- Oh...
- Je ne sais pas pourquoi tu te caches ainsi, mais ne me demande pas de te laisser seule comme ça. C'est au-dessus de mes forces...
- Je n’ai pas envie que tu t'en ailles... Dit-elle dans un souffle.
- Ah non?
- Non... Je me suis habituée à ta présence... La vie que je mène est difficile... Mais depuis que tu es à mes côtés, c'est... Plus marrant.
- Depuis que je suis à tes côtés, je trouve aussi que ma vie est plus marrante, sourit-il.
- Rentrons, dit-elle en lui prenant le bras.
- Ouais.
- Tu viens Castle?
Le chien se releva et les suivit en trottinant. Une bande de jeunes traversa devant eux. Ils tournèrent à l'angle de la rue. Et soudain des gyrophares les éblouirent.
Chapitre seize
- Qu'est ce qu'il se passe? Demanda Rick.
- Ce sont les flics! Ne restons pas là! répondit Kate.
- Attends, ils ne sont pas là pour nous, on peut bien aller jeter un œil!
- Écoute, les flics, moins je les vois, mieux je me porte, crois-moi! Rentrons!
- Juste une minute! Négocia Rick avec son air de gamin.
- Fais ce que tu veux, soupira Kate.
- Wow! Il est mort le gars! Cria un des jeunes qui étaient passés devant eux.
Rick accéléra le pas pour assouvir sa curiosité, talonné par Castle.
- Attends! Cria Kate en se précipitant à sa suite.
Mais il ne l'écoutait déjà plus, tout excité à l'idée de ce qu'il allait découvrir, Rick traversa l’attroupement des quelques badauds, attirés eux aussi par l'événement. Il arriva enfin au niveau des rubans jaunes qui délimitaient la zone de crime. Lui, qui en avait si souvent décrites dans ses romans, se retrouvait devant une scène de crime. Il jubilait, à l'idée de voir les agents des forces de l'ordre en action.
Dans la ruelle, aucun réverbère. Les lumières des lampes torches des policiers se croisaient et s'écartaient en un ballet sinistre.
Des policiers en uniformes étaient occupés à chercher des indices parmi les déchets et autres souillures sur le sol. Les inspecteurs chargés de l'enquête se tenaient autour du corps. Une jeune légiste prenait des photos du corps. Adossé au mur un agent fumait tout en regardant son jeune partenaire se vider de ses tripes dans une poubelle.
Rick n'en perdait pas une miette, il était si occupé à les regarder, qu'il ne remarqua pas la réaction de Kate.
La jeune femme était restée à bonne distance. Tandis que les lumières des gyrophares plongeaient la rue dans une atmosphère angoissante, la jeune femme s'était figée en apercevant les bandes de plastique jaune.
Ses oreilles se mirent à bourdonner légèrement et sa respiration s'accéléra. Une brise glaciale s'engouffra dans ses vêtements, tous ses membres se mirent à trembler. Elle était tétanisée et ne parvenait pas à gérer la crise de panique qui s'emparait d'elle.
La neige se mit à tomber silencieusement, tristement, comme pour faire écho au froid qui gelait son cœur.
Elle était plongée dans sa torpeur, quand elle fut brutalement entraînée jusque dans une autre ruelle sombre. Elle poussa un cri de peur, une main calleuse se posa sur sa bouche et une voix qu'elle ne reconnaissait que trop, lui dit tout doucement à l’oreille :
- Salut Jack… Alors on m’évite ?
- …
Elle s'en voulut aussitôt. Elle n'avait pas été suffisamment vigilante et cette crevure de Marvin en avait profité pour la piéger.
- Je t'avais promis que tu me le paierais, murmura Marvin d'un ton sadique en la saisissant par le cou et en la plaquant durement contre le mur.
Elle tenta de se libérer en vain, il était trop fort et plus elle se débattait, plus elle s'épuisait.
- Tu fais moins le malin sans ton chien! Continua-t-il, ou plutôt devrais-je dire la maligne...
Les yeux de Kate s'agrandirent de stupeur et de terreur. Marvin resserra sa prise contre sa trachée. Elle suffoquait.
- Je vais te faire crever à petit feu... Ainsi j'aurai ma vengeance et je toucherai un bon paquet de fric.
Son regard se remplit d'étonnement, lorsqu'il eut dit cette phrase. Un sourire sadique se dessina sur le visage de son agresseur.
- Tu as un contrat sur ta tête ma jolie... Ne sois pas si étonnée, je suis sûr que tu le savais. Moi, par contre, quelle surprise, quand en recevant la photo de la fille qu'on devait retrouver, j'ai reconnu le gamin qui me tenait tête depuis des semaines... Comment j'ai pu me laisser berner de la sorte?
Elle sentit les larmes monter et lui brûler les yeux, mais elle ne devait pas craquer. Elle ne lui ferait pas ce plaisir. Soudain sa vision se brouilla, elle entendit un aboiement au moment où elle allait sombrer.
Mais Marvin l'avait entendu lui aussi, il sortit son tazer et d'un geste vif, stoppa net Castle dans son élan. Le chien retomba sur le sol dans un cri à vous déchirer le cœur.
Kate essaya d'en profiter pour se dégager, mais Marvin ne lui en laissa pas le temps. Alors qu'elle perdait tout espoir de s'en sortir, Alex apparut à l'angle de la ruelle et se jetait sur Marvin en hurlant.
- Lâche-la !
Sous l'impact, ce dernier lâcha Kate, qui s'écroula au sol en toussant, les poumons et la gorge en feu. Sonnée, elle était dans le brouillard complet. Elle entendit Marvin pousser un horrible cri de douleur et un craquement sinistre. Elle n'aurait jamais pu imaginer que le gentil Alex eut été capable d'une telle violence.
Soudain le calme revint dans la ruelle, suivi par le bruit de quelqu'un qui prend la fuite.
Retrouvant légèrement ses esprits, Kate releva la tête. Alex s'approchait doucement d'elle, essoufflé.
- ... Ça va? Demanda-t-il en s'agenouillant à ses côtés.
Elle hocha la tête doucement.
- ... Tant mieux...
Elle tenta de parler, mais sa gorge lui faisait encore trop mal.
- Ne force pas… Il ne t’a pas loupée…
Elle se tourna vers Castle, qui releva doucement la tête.
- Comment va-t-il ? Demanda Alex.
- … Il va s’en remettre, répondit-elle difficilement.
- Tant mieux…
- Merci... Sans toi je… Dit-elle en se retournant vers lui. Alex ? Alex ? Ça va?
- Je… Je crois… Marmonna-t-il en grimaçant.
Elle se précipita pour le rattraper, alors que son corps s’affaissait dangereusement.
- Qu’est-ce que tu as? S’écria-t-elle en cherchant la cause de son malaise. ALEXXXXX !!!!
Elle sentit un liquide chaud et poisseux couler contre sa main.
- Tu saignes !
- … Ouais… Il avait un couteau…
Il ne finit pas sa phrase, il sombrait dans l’inconscience.
- Non ! Non ! Non! Pas ça ! Pas toi ! ALEX ! REPONDS ! ALEX ! RESTE AVEC MOI !!!! A L’AIDE ! AIDEZ-MOI ! S’IL VOUS PLAIT ! QUELQU’UN ! A L’AIDE !!!
****************
Non loin de là, sur la scène de crime, les policiers finissaient de récolter les indices, tandis que le légiste s’apprêtait à partir pour la morgue.
- Tu montes avec nous ? Demanda-t-il à son assistante.
- Non, ma voiture est un peu plus loin, répondit la jeune métisse. Je ne tiens pas à la laisser dans ce quartier cette nuit.
- Comme tu voudras, mais fais attention à toi ! Le quartier est plutôt mal fréquenté !
- J’ai ma bombe lacrymogène, il ne vaut mieux pas m’approcher, répondit-elle en désignant un objet dans sa poche.
D’un pas décidé, elle s’éloigna de la zone de crime en se disant qu’il y avait quand même de sacrés tarés dans cette ville.
Elle n’avait pas fait cinquante mètres, que des cris et des pleurs provenant de la ruelle devant laquelle elle passait, l’interpelèrent. Quelqu’un avait besoin d’aide. Prudemment, la main fermement serrée sur sa bombe lacrymogène, elle s’avança dans la ruelle. Lorsque ses yeux se furent habitués à l’obscurité, elle repéra une silhouette frêle qui tentait d’en soulever une autre, plus massive. La métisse accourut vers elles.
- Je vous en prie aidez-moi ! La supplia Kate en larmes.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- On a été attaqués ! Il saigne et a perdu connaissance !
- Du calme, je suis médecin, je vais vous aider, répondit la légiste en sortant une lampe torche et un portable de son sac. Tenez, appelez une ambulance, pendant que je l’examine.
Tremblante, Kate composa le numéro en priant pour que le sort ne s’acharne pas une fois de plus sur quelqu’un auquel elle tenait.
Chapitre dix-sept
Quelques minutes plus tard, l'ambulance arriva. Les secouristes installèrent Rick sur une civière. Tremblante, Kate ne lui lâchait pas la main.
- Ça va aller, lui dit gentiment la métisse. Ils vont soigner ton ami.
Totalement tétanisée, Kate ne semblait pas l'entendre.
- Ça ne sert à rien, il est en état de choc, dit l'un des ambulanciers. Nous allons les emmener tous les deux. Vous êtes médecin?
- Oui... Euh... Enfin... Je suis stagiaire à la morgue...
- Si ça ne vous ennuie pas, vous allez nous accompagner, vous vous occuperez du jeune homme, pendant que nous nous occuperons de son ami.
Ils montèrent dans l'ambulance, la métisse s'installa près de Kate, qui restait focalisée sur son ami et ne se préoccupait pas d'eux. Un aboiement retentit derrière eux, lorsque l'ambulance démarra. Remarquant la réaction de Kate, la métisse tenta de saisir l'occasion pour la sortir de son mutisme.
- C'est ton chien?
Kate hocha très légèrement la tête, sans quitter son ami du regard.
- Il va s'en sortir, ne t'en fais pas, dit la métisse.
Nouvel hochement de tête. Elle ne parlait peut-être pas, mais au moins elle communiquait.
- Je parlais de ton ami, précisa la légiste.
- ...
- Sa blessure est sérieuse, mais il est entre de bonnes mains. Il sera vite sur pieds... Au fait, je m'appelle Lanie Parrish! Dit la métisse.
- ... Jack... Dit Kate dans un souffle.
- Jack?! C'est un nom de mec ça!
- C'est mon nom...
Lanie n'en crut pas un mot, mais n'insista pas. Si cette jeune femme avait besoin de cacher son identité, elle devait avoir ses raisons.
Elle était toujours dans un état second. Maintenant que les ambulanciers avaient pris en charge le blessé le plus grave, la légiste pouvait se consacrer à Kate et visiblement, elle aussi avait été malmenée. Elle avait des marques de strangulation sur le cou, qui mettraient quelques jours pour disparaître.
- Comment te sens-tu? Demanda Lanie en sortant sa petite lampe pour l'examiner.
- ... Ça va...
- Ta gorge te fait souffrir?
- C'est supportable...
L'ambulance arriva à l'hôpital, Kate ne lâchait toujours pas la main de son ami. Les ambulanciers sortirent le brancard, où Rick était allongé et commencèrent leur rapport aux médecins urgentistes qui les accueillaient. Avec compassion, Lanie tentait d'entraîner Kate à l'écart en lui murmurant des paroles rassurantes.
- Sauvez-le, supplia Kate.
- Nous ferons tout ce que je nous pourrons, répondit l'un des médecins.
- Je suis désolé, mais vous devez nous laisser l'emmener, ajouta une infirmière.
À contrecœur, Kate lui lâcha alors la main, et regarda l'équipe médicale l'emmener à vive allure.
- Allez, viens, nous serons mieux dans la salle d'attente, dit Lanie en la prenant par les épaules.
*********************
Debout face à la fenêtre, Kate se trouvait dans la salle d'attente de l'hôpital. Depuis combien de temps était-elle là? Elle n'aurait su le dire...
Elle appuya sa tête contre la fenêtre et frissonna au contact de la vitre froide. Elle ne cessait de penser à Alex, à son sourire. Elle avait peur. Cette attente lui rappelait l'un des pires jours de sa vie, qu'elle avait vécu quelques mois auparavant.
L'angoisse qu’elle ressentait était si pesante qu’elle aurait voulu crier de toutes ses forces pour s'en libérer ou courir loin d'ici à en perdre haleine.
Elle n'aurait pas dû le laisser entrer dans sa vie, c'était bien trop dangereux.
- Chambre 405.
Elle se tourna et reconnut Lanie, qui lui souriait gentiment.
- Il est sorti d'affaire, expliqua-t-elle. Il est dans la chambre 405. Tu peux aller le voir.
Kate en pleura de soulagement. Il était en vie. Elle fonça à travers les couloirs de l'hôpital, bousculant au passage quelques personnes qui manifestaient bruyamment leur mécontentement.
Dans un dérapage contrôlé, elle arriva devant la porte de ladite chambre. Elle prit le temps de se calmer et entra.
Elle sourit enfin lorsqu'elle l'aperçut dans son lit, endormi, paisible et surtout en vie.
Lorsqu'elle fut près de son lit, elle reprit sa main dans la sienne. Elle lui caressa les cheveux avec sa main libre, il marmonna quelques mots incompréhensibles. Elle rit en reconnaissant les petits bruits qu'ils avaient l'habitude d'émettre la nuit dans son sommeil.
Elle tira un fauteuil vers elle et s'y installa. Elle voulait rester encore un peu près de lui.
Elle fut réveillée par la main de Lanie sur son épaule. Légèrement déboussolée, elle ne sut pas tout de suite où elle se trouvait. Elle regarda autour d'elle et soupira en constatant qu'Alex était toujours à ses côtés, dormant comme un bienheureux.
- J’ai dormi longtemps ? demanda-t-elle en se frottant les yeux.
- Il fait jour… Tu as dormi plusieurs heures.
- Tu devrais manger un peu, suggéra Lanie.
- Je ne veux pas le quitter...
- Je m'en doutais, alors je t'ai ramené un sandwich et une bouteille d'eau.
- Merci...
- Mais de rien! Allez ma grande, il faut manger! Dit Lanie en allumant la télé. Ça ne te dérange pas, si je regarde l'épisode de Temptation Lane? Le nouveau personnage a été enterrée vivante, je voudrais savoir comment elle va s’en sortir!
- Non... Allez-y... Répondit Kate en souriant doucement.
Temptation Lane... Depuis combien de temps n'avait-elle pas eu l'occasion d'en regarder un épisode? Lanie alluma alors le téléviseur, tandis que Kate retournait à la contemplation de son ami.
- Détends-toi, il va bien, sourit Lanie.
- Pourquoi est-ce qu'il ne se réveille pas?
- Ça ne devrait pas tarder, se faire poignarder, ça n'est pas rien!
Le visage de Kate se décomposa et ses yeux se remplirent de larmes.
- Hey! Ça va! Il va s'en remettre!
- Il faut que je prenne l'air, souffla Kate.
- Attends! Qu'est-ce que j'ai dit de mal?
- Rien du tout... Répondit Kate en quittant la pièce.
Lanie s'en voulait, apparemment, elle avait dit quelque chose qui avait fait de la peine à la jeune femme.
Kate sortit du bâtiment pour se dégourdir les jambes, avec ce froid glacial, elle ne resterait pas longtemps dehors...
Temptation Lane... Cela lui rappelait tant de souvenirs. Combien d'épisodes avait-elle pu regarder avec sa mère, pelotonnées l'une contre l'autre à élaborer des théories plus loufoques encore que celles des scénaristes. Ses souvenirs... Elle n'avait plus qu'eux désormais pour se réconforter...
Elle inspira un grand coup pour éviter de s'appesantir sur son sort. Elle devait garder la tête haute. Un jour viendrait, où elle pourrait à nouveau vivre de façon insouciante... Peut-être même, qu'Alex ferait partie de cette nouvelle vie... Cette idée la fit sourire, à quel moment avait-elle commencé à le regarder de cette façon?
Elle songea à son père, lui qui avait voulu étriper la plupart de ses petits copains, aurait-il trouvé Alex digne de sa petite fille?... Malheureusement, elle ne connaîtrait jamais la réponse à cette question...
Elle prit une nouvelle inspiration, histoire de faire le vide. Soudain, elle sentit quelque chose se frotter contre ses jambes. Elle se tourna et sourit en découvrant son chien.
- Hé Castle! Se réjouit-elle en s'agenouillant près de lui. Tu as réussi à nous retrouver?! Oui! T'es un bon chien!
Après de joyeuses retrouvailles, elle demanda au chien de l'attendre à l'extérieur et reprit le chemin de la chambre de son ami. En passant par la salle d'attente, son regard fut attiré par l'écran de télévision qui diffusait le programme d'une chaîne d'informations. Une vidéo d'Alex, souriant, en costume haut de gamme et mitraillé par les photographes, était diffusée et sur le bandeau, on pouvait lire " Richard Castle, le célèbre auteur de bestsellers a été hospitalisé suite à une attaque dans une ruelle.
Tout devint sombre. Elle n’arrivait plus à distinguer le vrai du faux. Elle se sentait mal. Le sol aurait pu se mettre à trembler sous ses pieds, ça lui aurait fait le même effet. Ainsi le gentil Alex lui avait menti. Il lui avait fait croire qu'il était dans sa situation, alors qu'il était loin d'être dans le besoin... Il lui avait menti pour l'amadouer! Elle s'était bien faite avoir.
Sa première idée, fut de prendre la fuite. Quitter cet hôpital, partir loin de lui et l'oublier. Mais elle ressentit le besoin de le confronter, elle voulait savoir.
Rassemblant son courage, elle effaça toute trace d'émotion sur son visage et prit la direction de la chambre 405.
En chemin, une petite voix tentait de la calmer en lui rappelant qu'elle non plus n'avait pas été très honnête avec lui. Après tout, peut-être que lui aussi avait eu une bonne raison pour agir de la sorte...
Arrivée à destination, elle ouvrit la porte sans s'annoncer. Elle le trouva assis sur son lit, en grande conversation avec Lanie. Il tourna la tête vers elle en souriant, avant de blêmir devant son air plus que fâché.
Sans un mot, elle se saisit de la télécommande et changea de chaîne. Le visage de Rick apparut sur l'écran et il pâlît encore plus, si cela était possible.
- Pourquoi ? demanda-t-elle sèchement et sans préambule.
Chapitre dix-huit
- ...
- Pourquoi? Répéta-t-elle en haussant le ton.
- C'est une longue histoire...
- Je n'ai pas besoin d'un roman, il va falloir être concis, claqua-t-elle.
- Je devrais peut-être vous laisser seuls, intervint Lanie mal à l’aise.
- Pas la peine ! Ça ne sera pas très long, rétorqua Kate sans lâcher le regard de Rick. Alors pourquoi m’as-tu menti ?
- Euh… D’abord, j’aimerais te rappeler que toi aussi, tu m’as menti !
- J’ai un contrat sur la tête, je ne peux pas me permettre d’utiliser ma véritable identité, siffla Kate. Et toi, c’est quoi ton excuse ?
- Un contrat !? S’étrangla Rick, mais qu’est-ce que tu as fait ? Témoigner contre la mafia ?
- C’est moi qui ai posé ma question en premier ! dit-elle sèchement. Si tu veux une réponse, il va falloir être convaincant, parce que là, je n’ai qu’une envie, partir loin d’ici et oublier jusqu’à ton existence !
- ... J'ai fait un pari avec des amis écrivains, lâcha-t-il honteux.
- Un pari? S'étrangla-t-elle.
- Des amis écrivains m'ont reproché d'être comme une enfant trop gâté par la vie. Ils disaient que je ne savais pas ce que c'était que de vraiment en baver dans la vie. Alors ils ont parié que je ne tiendrais pas un mois dans la rue...
Elle laissa échapper un rire dédaigneux.
- Un mois dans la rue avant de retourner à ta petite vie confortable...
- Je sais que c'est complètement puéril! S'écria-t-il et il n'y a pas un jour où je ne me reproche pas d'avoir été aussi léger et insouciant!
- Si tu t'en es rendu compte, pourquoi as-tu persisté?
- Parce que je ne pouvais plus faire marche arrière!
- Pourquoi?
- Parce que ce stupide pari m'a amené à la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie! Toi! Je ne pouvais simplement plus retourner à ma petite vie confortable en te laissant derrière! Je n'ai pas non plus trouvé le courage de tout t'avouer!
- Tu ne me connais même pas!
- Je te connais plus que tu ne le crois!
- Tu ne me connais pas. Tu crois me connaitre, mais ça n’est pas le cas.
- Tu es une jeune femme que la vie a meurtrie, tu te caches de quelqu'un, mais malgré ça, tu trouves encore le courage d'aller de l'avant. Tu arrives à garder espoir alors que ta situation semble désespérée. Et surtout, tu arrives à partager sans compter le peu de choses que tu possèdes avec quelqu'un que tu ne connais même pas. Je ne connais peut-être pas ton vrai nom, mais je sais que tu es courageuse, généreuse, optimiste, bornée et très intelligente.
- Je pensais te connaître, dit-elle les larmes aux yeux et finalement je découvre que tout était entièrement faux! Finalement, je n'étais que la bonne poire qui te permettait de réussir ton pari!
- C’est faux ! Je ne suis pas resté avec toi pour gagner mon pari ! Nous étions bien tous les deux ! Tu me connais !
- Il n’y a pas de nous ! Il n’y en a jamais eu. C’est terminé !
- Ne dis pas n’importe quoi, cria-t-il à son tour. Tu me connais mieux que la plupart des gens qui me côtoient.
- Je croyais te connaître, mais je le suis fourvoyée!
- Je suis célèbre et riche et ça suffit à fausser la nature de mes rapports avec les gens! Avec toi, j'ai toujours été moi-même. Tu es la seule personne, en dehors de ma famille, avec qui j’ai été moi-même, depuis que je suis devenu célèbre.
- Ça ne t'autorisait pas à me mentir!
- Je sais... J'ai été lâche. J'ai eu peur de t’effrayer, de te perdre... Ça a été ma plus grande faiblesse.
- ...
- Tu ne me croiras peut-être pas, mais tu es la personne avec laquelle j'ai été le plus honnête.
- Ne raconte pas n'importe quoi!
- C'est pourtant vrai, je ne t'ai caché que mon nom de plume.
- Ton nom de plume?
- Mon vrai nom est Richard Alexandre Rodgers. Tu es la seule personne en dehors de ma mère et ma fille à pouvoir te vanter de me connaître sous mon véritable jour. Même mon ex-femme ne me connaît pas comme ça.
Elle prit une grande inspiration, elle ne voulait pas pleurer devant lui. Elle s'en voulait d'avoir été si naïve et ne savait pas si elle pouvait encore le croire.
- Jack..., soupira-t-il. Je ne sais même pas comment je dois t'appeler.
- Peut-être que tu ne devrais plus m'appeler... Soupira-t-elle blessée.
- Non, ne fais pas ça! Ne me laisse pas!
- Pourquoi?
- Parce que tu as redonné un sens à ma vie!
- Et ça a failli te tuer... répliqua-t-elle la voix tremblante.
- … Et… Ça t’aurait fait de la peine ?
- Evidemment ! Pourquoi tu me poses cette question ?
- Donc, tu ne m’en veux plus trop ?
- Non… plus trop, reconnut-elle en se redirigeant vers la porte.
- Ne pars pas!
- Je suis désolée... Je ne peux pas te faire prendre plus de risques.
- Ça, c'est à moi d'en décider! Je t'en prie, reste!
- ... Je vais prendre un peu l'air, dit-elle dans un souffle.
- Promets-moi que tu vas revenir! Ou je sors avec toi, dit-il en grimaçant pour avoir tenté de se relever.
- ... C'est promis... Murmura-t-elle en lui adressant un timide sourire avant d'ouvrir la porte.
- Attends!
- ...
- Tu ne m'as pas dit ton véritable nom.
- ... Kate. Je m'appelle Kate.
- Kate, répéta-t-il avec un immense sourire. C’est joli.
Elle quitta la pièce après un dernier regard vers lui. Il se laissa retomber sur les oreillers.
- Je vais l'accompagner, annonça Lanie.
Il se tourna vers la métisse, il avait complètement oublié sa présence.
- Merci.
Dans les couloirs, Kate ne cessait de repenser à ce que lui avait dit Castle... Castle... C'était étrange de l'appeler ainsi... Mieux valait l'appeler Rick pour éviter les confusions avec le chien.
- Attends! Je viens avec toi! Lui cria la voix de Lanie derrière elle.
- Pas la peine de me surveiller, je ne vais pas m'envoler.
- J'ai seulement pensé que tu avais besoin de compagnie.
- ...
- Détends-toi! Je ne vais pas te faire de mal!
- Si tu restes avec moi, tu risques de t'attirer des ennuis.
- Je ne crains rien, je bosse en partenariat avec la police.
- La police? Répéta Kate en se raidissant.
- Oui, je suis stagiaire à la morgue rattachée à la douzième. D'ailleurs, tu ne devrais pas tarder à voir des flics débarquer, ils doivent venir prendre vos dépositions suite à votre agression.
- ...
- Oh, bah quand on parle du loup... C'est un agent en uniforme qui arrive là-bas...
- Lanie, dis à Rick que je suis désolée, mais il faut que j'y aille, demanda Kate affolée avant de filer comme une fusée dans la direction opposée.
- Quoi? Mais attends! Kate!
*****************
Une fois dehors, Kate mit sa capuche sur sa tête pour ne pas se faire reconnaître, récupéra Castle et s'enfonça dans les rues de New York pour disparaître.
Retour à la case départ... Et la neige qui tombait de nouveau...
Elle retourna à la cave, où elle s'installa pour réfléchir. Elle repensa à leur mésaventure de la veille. Marvin l’avait reconnue, sa couverture était grillée. Finalement, c’était pire qu’un retour à la case départ, elle ne pouvait même plus utiliser l’identité de Jack… Ça ne pouvait pas continuer. Elle ne pouvait plus vivre ainsi. Elle devait mettre un terme à sa vie en cavale, cesser de se cacher, mais pour ça, elle devait convaincre quelqu'un de l'aider à faire la lumière sur cette affaire...
- Allez viens Castle, on sort ! Annonça-t-elle.
D'un pas décidé, elle se dirigea vers l'immeuble où elle s'était déjà rendue plusieurs fois, sans parvenir à obtenir ce qu'elle espérait. Elle entra dans le bâtiment et s'avança dans les couloirs, s'arrêtant devant chaque porte, à la recherche du numéro de celle qu'elle cherchait.
- Bouge pas Castle... Murmura Kate.
Docilement, le chien s'assit.
- T'es un bon chien. Fais-moi signe si tu entends quelqu'un arriver.
Elle se redressa devant la porte 147 et y toqua. Elle attendit un instant et recommença.
- Docteur Cooper? Appela-t-elle.
Elle frappa un peu plus fort contre la porte, qui s'ouvrit en grinçant. Elle jeta un œil alentours puis entra.
******************
- Comment ça elle est partie?
- On discutait tranquillement et puis quand elle a aperçu le policier qui venait prendre vos dépositions, elle m'a dit de vous dire qu'elle était désolée et elle a filé.
Rick se frotta le visage en soupirant.
- Vous savez peut-être où je peux la retrouver…
- Non… Elle ne doit déjà plus y être…
- Que fait-on alors ?
- On va faire des recherches, il faut qu’on la retrouve avant ce Marvin, répondit Castle en décrochant le téléphone sur la table de chevet.
Chapitre dix-neuf
- Richard! Qu'est-ce que c'est que tout ça? Demanda Martha en entrant dans sa chambre d’hôpital.
- Des journaux, mère.
- Je le vois bien, ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi ta chambre d'hôpital est remplie de journaux? On ne peut même plus y mettre un bouquet de fleurs!
- Je sais, c'est pourquoi je les ai offerts à toutes les infirmières et doctoresses qui sont venues me soigner, répondit-il d'un air charmeur.
- Et je peux savoir ce que tu fais au lieu de te reposer?
- Je cherche quelqu'un.
- Tu en es réduit à lire ce genre de petites annonces?
- Bien sûr que non! Qu'est-ce que tu vas chercher?
- Qui d'autre veux-tu trouver dans le journal?
- Une victime d'un fait divers... Il doit remonter à plusieurs mois déjà...
- Et si tu m'expliquais?
- ... C'est une longue histoire, soupira-t-il.
- Ça tombe bien ! J'ai tout mon temps! Dit Martha en s’installant sur le fauteuil qui jouxtait le lit.
*******************
Un cauchemar... C'était un cauchemar! Elle allait bien finir par se réveiller! Recroquevillée sur elle-même et tremblante, Kate tentait de garder le peu de chaleur de son corps.
- Qu'est-ce qu'on va devenir ? Souffla-t-elle au bord des larmes.
Elle regarda Castle, allongé à ses pieds. Apparemment, lui ne se faisait aucun souci. Elle songea à l'écrivain, qui durant les quelques jours qu'ils avaient passés ensemble, semblait avoir été persuadé que rien de fâcheux ne pouvait leur arriver... Allait-il mieux désormais? Il devait lui en vouloir de ne pas avoir tenu sa promesse... Mais il valait mieux pour sa santé qu’il reste loin d’elle.
Elle passa une main sur son visage, pour s'empêcher de craquer sous le coup du désespoir. Qu'allait-elle faire maintenant?
Elle soupira et ferma les yeux. Des images cauchemardesques la hantèrent aussitôt... Le docteur Cooper étendu dans une mare de sang, poignardé à plusieurs reprises, comme sa mère quelques mois auparavant. À la différence, que lui gisait dans son salon et pas sur un tas d'ordures...
Les flics ne pourraient pas incriminer la violence des gangs dans ce cas-là.
***************
- Inutile, on ne la retrouvera pas comme ça, soupira Lanie en reposant son journal sur une pile.
- Des faits divers, il y en a plein les journaux... Soupira Martha. Je suis désolé chéri, mais chercher ton amie là-dedans, équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin...
- C'est ma seule piste. Ne perdons pas espoir! Nous devons la retrouver avant ses agresseurs.
- Tu as raison, il faut absolument que je rencontre cette jeune femme, qui t'a mis un peu de plomb dans la cervelle, dit Martha en prenant un autre journal.
- Tu vas la rencontrer, tu peux en être sûre, parce que dès l'instant où je la retrouverai, je ne la laisserai plus s'éloigner de moi!
*******************
Il n'y avait presque plus de bruit autour d'elle. Il devait être tard. Kate se redressa légèrement et jeta un œil à l'extérieur du fourré où elle avait trouvé refuge, la nuit était tombée. Elle allait pouvoir changer d'endroit. Combien de temps tiendrait-elle ainsi sans eau, ni nourriture et par ce froid? Elle allait devoir quitter New York, si elle voulait survivre.
- Allez viens Castle, murmura-t-elle.
Le parc était presque désert à cette heure de la nuit. Elle attrapa son sac et quitta son bosquet. Chemin faisant, elle réfléchissait au moyen de s'éloigner de New York. Sa tante Theresa vivait à Washington, elle accepterait certainement de l'héberger... Était-ce assez loin pour lui assurer sa sécurité?
Avait-elle encore le choix ? Sa situation devenait désespérée…
**************
- Pourquoi on doit faire des heures sup´ à chercher cette jeune femme? Râlait Esposito en mordant dans son hot dog.
- Parce que les ordres sont les ordres et qu'elle est suspectée du meurtre du docteur Cooper, répondit MacAllister une main sur son glock 17.
- C'est stupide! Pourquoi elle aurait fait une chose pareille?
- Cooper était le légiste qui s'est occupé de ses parents, elle l'a accusé d'avoir caché des preuves qui auraient permis de mettre la main sur leurs assassins. Elle a pété un câble... Pour moi c'est un motif valable.
- Tu as vu sa photo? C'est tout juste si elle pèse cinquante kilos! Je l'imagine mal étendre un gars qui faisait le double de poids!
- La rage, tu sais, ça décuple les forces. Et puis, on a retrouvé ses empreintes sur la scène de crime! On a le mobile et les preuves, il ne reste plus qu’à l’arrêter et l’affaire sera bouclée.
- N'empêche que je la trouve plus que louche cette histoire, rétorqua Esposito.
- T'es qu'un bleu, mon gars. Quand tu auras autant de bouteille que moi, ce genre d'affaire ne t'étonnera plus.
- Mouais... Je ne pense pas être un jour aussi porté sur la bouteille que toi, marmonna le latino pour lui-même.
- T'as dit quelque chose?
- Non! Je marmonne, c'est une sale manie. Ma mère me ferait la tête au carré, s'il elle m'entendait.
Ils tournèrent à l'intersection de deux allées, Kate, qui arrivait dans l'autre sens, s'arrêta net en les apercevant.
- Hey! Arrête-toi! Cria MacAllister en sortant son arme.
Kate bifurqua et s'enfuit à toutes jambes, suivie par Castle. Les deux flics jurèrent et se précipitèrent à sa poursuite.
Les deux hommes eurent beaucoup de mal à la suivre. Elle se faufilait aisément entre les arbres et prenait un malin plaisir à se passer à travers les buissons les plus épineux qu'elle croisait sur sa route. Agacé, MacAllister appuya sur la détente. Elle s'écroula et le hurlement de Castle, semblable à celui d'un loup, fut la dernière chose qu'elle entendit avant de sombrer.
******************
- Je crois que j'ai trouvé! S'écria Castle, réveillant au passage Lanie et Martha, qui s'étaient écroulées de fatigue au milieu des journaux.
- Quoi? Grommela la légiste.
- L'affaire remonte au 9 janvier dernier! Une avocate, Johanna Beckett, a été assassinée dans une allée. Elle avait un mari et une fille.
- Qu'est ce qui te fait dire que c'est de la mère de ton amie, dont il s'agit? Demanda Martha en se massant une épaule devenue douloureuse à cause de la position inconfortable dans laquelle elle s’était endormie.
- Il y a la photo de cette Johanna Beckett. Regardez, elle ne vous rappelle personne? Demanda Rick en montrant la photo à Lanie.
- C'est le portrait de Kate!
- Techniquement, c'est plutôt Kate, qui est le portrait de sa mère, corrigea Castle.
- Mais s'il lui reste son père, qu'est-ce qu'elle fait dehors toute seule? Et pourquoi fuit-elle la police? Interrogea Lanie.
- Je ne peux pas répondre à votre deuxième question, docteur Parrish, mais pour la première, regardez cet article du 12 septembre dernier...
- Jim Beckett, un juriste d´une cinquantaine d'années a été victime d'un accident de la route. Veuf, il laisse derrière lui sa fille unique de dix-neuf ans, lut la métisse.
- Elle a perdu ses deux parents cette année?!
- Pire, ils ont tous les deux été assassinés cette année, répliqua Rick.
- Mais Lanie vient de dire que son père avait eu un accident de voiture, dit Martha.
- Sur une route en ligne droite, peu fréquentée et par temps sec... ? Dans mes romans, c'est le signe d'une conspiration! Assura Castle.
- On n’est pas dans l’un de vos romans ! Peut-être qu'il avait trop bu, suggéra Lanie, il venait de perdre sa femme dans des circonstances atroces... Beaucoup auraient sombré...
- Il n'avait pas une goutte d'alcool dans le sang! Croyez-moi, cette histoire sent les tueurs à gage et les conspirations!
- Peut-être… Bon, alors ? Qu'est-ce qu'on fait, maintenant? Demanda Lanie.
- On va consulter les rapports du légiste! Ça ne devrait pas être trop compliqué pour vous, docteur Parrish!
******************
- T’avais pas besoin de tirer ! Râlait Esposito.
- Elle est suspectée de meurtre !
- Suspectée ! Pas forcément coupable ! Et puis, elle n’était pas armée ! On ne tire pas sur quelqu’un de désarmé !
- Elle fuyait ! On ne fuit pas quand on est innocent !
- Dans sa situation, si j’étais tombé nez à nez avec un flic comme toi, je me serais enfui, moi aussi !
- Hé calme-toi le bleu ! Je ne te permets pas !
- Tu n’as pas à me permettre quoique ce soit, répondit Esposito en s’approchant dangereusement de MacAllister. J’espère pour toi qu’elle va s’en sortir, parce que sinon, ta carrière est finie !
Chapitre vingt:
- Vous avez dormi ici?! Dit Martha effarée en descendant les marches de la cave.
- Une seule nuit seulement! Les nuits précédentes, on a dormi dans cet abri en carton, qu'elle avait installé à quelques rues d'ici, expliqua Rick.
- Seigneur! La pauvre petite...
- Hé, j'y ai dormi, moi aussi!
- Pendant une petite semaine! Elle a fait ça pendant plusieurs mois!... Alors? Elle n'est pas là... Tu crois qu'elle va revenir?
- Non... Apparemment, personne n'est revenu ici depuis qu'on a quitté cette cave, soupira l'écrivain.
- Elle est débrouillarde, elle a du trouver une solution...
- Elle a un tueur à ses trousses et sa couverture est grillée... Elle ne survivra pas longtemps à New York dans ces conditions...
- Elle avait des amis... Peut-être est-elle allée chez eux?
- Les Davidson? ... J'en doute, mais allons les voir tout de même.
Ils sortirent de la cave, Martha soutenait son fils, encore convalescent, autant qu'elle le pouvait. Une fois dehors, Castle reconnut une silhouette qu'il connaissait bien.
- Castle!
Le chien se retourna et se précipita vers lui.
- Ce chien s'appelle Castle? s'étonna Martha.
- C'est le chien que Kate a recueilli! A croire que nous étions faits pour nous rencontrer... Elle a du avoir des ennuis pour qu'il se retrouve ici tout seul.
- Dépêchons-nous de la retrouver alors.
- Oui. Allez viens Castle, pas question que je te laisse tout seul.
******************
D'un pas décidé, ils se rendirent chez les Davidson, où ils furent accueillis chaleureusement.
- Richard Castle! Se réjouit Don en agitant un vieux magazine. Je savais bien que je vous avais déjà vu quelque part.
- Oui...euh... Désolé de vous avoir menti...
- Bah... Vous deviez avoir vos raisons... Alors, où est Jack? Demanda-t-il en cherchant sa protégée du regard.
- Euh... Il n'est pas là...
- Tu n'es plus avec Jack? Comment as-tu pu la laisser seule? S'énerva Don.
- La laisser? Vous saviez?
- Elle a beau s'habiller comme un garçon et avoir les cheveux courts, ses traits fins et sa silhouette gracile trahissent son secret, répondit Don. Alors, pourquoi elle n'est pas avec toi?! Vous vous êtes disputés ?
- Non... On a eu quelques ennuis... Nous avons été séparés... J'espérais qu'elle serait passée chez vous...
Il secoua la tête.
- Non... On ne la pas revue depuis votre passage chez nous...
Un bip retentit dans la poche de Castle, lui annonçant l'arrivée d'un message.
- Lanie a le dossier, annonça-t-il à sa mère. Don, je suis désolé, mais nous devons partir.
- Retrouvez la petite, c'est tout ce que je vous demande!
- Je vous appellerai dès que je l'aurai retrouvée, lui assura Castle.
****************
Lanie les rejoignit au loft et s'installa aussitôt pour étudier le dossier de Johanna Beckett. Rick s'était assis à ses côtés et observait les photos du corps de la mère de son amie.Martha, quant à elle préparait du thé et du café dans la cuisine.
Au bout d'un moment, Lanie reposa le dossier sur la table en soupirant. Martha revint de la cuisine et déposa des boissons chaudes sur la table.
- Merci, dit Lanie en prenant son thé.
- Alors? Demanda Castle.
- Alors je ne trouve rien d'anormal, le légiste semble avoir bien fait son travail...
- Ouais... Je ne m'attendais pas à autre chose... Soupira-t-il.
- Je ne suis que stagiaire, je ne peux pas faire grand chose de plus... Je suis désolée.
- Ne vous en faites pas, Lanie, votre aide est très précieuse et vous en avez déjà fait beaucoup.
On frappa à la porte du loft. Martha alla ouvrir.
- Salut Murray! Cria Castle depuis le salon. On t'attendait! Docteur Parrish, je vous présente le docteur Murray.
- Enchantée, dit Lanie en lui serrant la main.
- Moi de même! J'ai fait aussi vite que j'ai pu. Alors? Tu as une nouvelle idée de meurtre pour un prochain roman?
- Je voudrais que tu jettes un œil sur un dossier, une femme poignardée dans une allée, expliqua l'écrivain.
- Une femme poignardée ? Ce n'est pas un peu banal pour toi ? Généralement, tu préfères savoir ce qui se passe quand on met une tête dans un micro-ondes, s'étonna le docteur Murray.
- Oui mais cette fois, ça n’a rien de fictif, répondit Castle en lui tendant un dossier.
- Comment as-tu récupéré ça?
- Le docteur Parrish ici présente est stagiaire à la morgue du 12eme Prescinct. Elle m'a bien aidé. La victime est la mère d'une de mes amies. L’affaire remonte au mois de janvier de cette année. Comme dans cette ville, c’est toi le meilleur légiste, on aimerait que tu étudies le dossier pour voir si tu peux trouver ce qu’ils n’ont pas repéré.
- Tu sais que la réalité et la fiction sont différentes... Dit Murray en feuilletant le dossier. Oh...
- Oh quoi?
- C'est le docteur Cooper qui a fait l'autopsie...
- Et alors?
- Il vient d'être assassiné dans son salon...
- Quoi?! Quand? S'écria Castle.
- Il y a deux jours...
- La police arrêté le coupable? Demanda Lanie.
- Ils tiennent un suspect...
- Qui?
- La fille de ta victime... Katherine Beckett, annonça le docteur Murray.
- Je file au commissariat, dit aussitôt Castle en se levant de sa chaise.
- Ne t'agite pas, le raisonna Martha. N'oublie pas ce que les médecins ont dit au sujet de ta blessure.
- Je sais, mère, mais Kate a besoin d'aide, je dois aller au poste de police.
- Elle n'y est pas! Intervint le docteur Murray. Elle a été blessée au cours de son arrestation! Elle est à l'hôpital.
- À l'hôpital! S'affola Rick. Mère, appelle mes avocats! Murray, il faut que j'y aille, préviens-moi dès que tu as du nouveau!
*****************
Quand Kate ouvrit les yeux, il lui fallut quelques secondes avant de comprendre qu'elle se trouvait dans un lit d'hôpital, l'odeur aseptisée ne trompait pas. Elle tenta de se remémorer ce qui l'avait conduite ici, mais le marteau piqueur qu'elle avait dans le crâne l'en empêcha.
Sa tête lui faisait horriblement mal. La douleur était si insupportable, qu'elle avait l'impression qu'on lui transperçait le crâne avec une perceuse. Et le bip bip continuel de la machine à côté de son lit n'aidait pas à l'atténuer.
Voulant se masser les tempes pour se soulager, elle leva une main, sur laquelle découvrit un cathéter relié à une perfusion, quant à son autre main, elle ne put la soulever: son poignet était entravé par des menottes. Elle était attachée à son lit.
Que s'était-il passé? Depuis combien de temps était-elle là?
La porte s'ouvrit, une infirmière entra et sourit en la découvrant éveillée.
- Mlle Beckett, contente de vous trouver éveillée!
Kate tenta de se relever, mais l'infirmière l'en empêcha en posant ses mains sur ses épaules pour la repousser gentiment mais fermement en arrière pour la recoucher.
- Vous ne devez pas vous lever! Dit-elle.
- Qu'est-ce qui m'est arrivé? Demanda Kate angoissée et agitée.
- Allons, calmez-vous, s'il vous plaît ! Vous ne devez pas vous agiter, vous êtes encore très faible. Je vais aller chercher le médecin. Calmez-vous !
- Dites-moi ce qu'il s'est passé! Insista Kate.
- Le policier qui vous poursuivait vous a tiré dessus. La balle vous a touchée à la tête.
- J'ai reçu une balle dans la tête?
- C'est un miracle que vous soyez encore parmi nous! La balle a bien entaillé votre cuir chevelu, vous allez avoir mal à la tête pendant plusieurs jours, mais vous vous en remettrez. Je vais chercher le docteur. Il décidera si les policiers peuvent venir vous interroger... Voulez-vous que je prévienne quelqu'un? Vos parents?
- Je n'ai plus de parents...
- Oh... Je peux peut-être appeler quelqu'un d'autre... Un ami?
- ... Je ne sais pas s'il acceptera de venir.
- Je peux toujours essayer... Donnez-moi son nom.
- Il s'appelle Castle... Richard Castle.
L'infirmière lui sourit gentiment, puis quitta sa chambre en lui promettant de faire le nécessaire.