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Imagine

Série : Castle
Création : 30.05.2015 à 15h46
Auteur : Minefuji 
Statut : Terminée

« Coucou! Me voilà de retour avec une nouvelle histoire, qui vous plaira, j'espère. » Minefuji 

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Prologue

Le soir tombait doucement sur New York et une légère brise apportait enfin un peu de fraîcheur dans cette journée caniculaire. Les allées et les pelouses de Central Parc étaient pleines de monde. De nombreuses familles étaient venues profiter de cette légère baisse de température, ce qui donnait au parc un air de cour de récréation.

Les plus jeunes profitaient des aires de jeux, explorant leurs limites en escaladant les structures, dévalant les toboggans, traversant des ponts de singes ou se balançant de plus en plus haut sur les balançoires.

Sur les pelouses, des matchs de football, de baseball et de volleyball se déroulaient aussi sérieusement que s’ils avaient été organisés officiellement. Partout, des parents encourageaient fièrement leurs progénitures, riant parfois de la gêne qu’ils provoquaient chez leurs chères petites têtes blondes.

Un petit garçon déambulait au milieu de cette joyeuse agitation. Il observait le monde qui l’entourait avec curiosité. Le parc lui semblait légèrement différent, pourtant il y était venu la veille. Il était impossible que les jardiniers de la ville aient fait autant de modifications en une journée.

Il fouilla ses poches en apercevant un marchand de glaces et sourit en y trouvant quelques pièces.

- Salut mon bonhomme, aurais-tu envie d’une bonne glace ? demanda le marchand lorsqu’il s’approcha.

- Au chocolat s’il vous plait ! Sourit le garçonnet. Deux boules avec un supplément de chantilly !

- Toi, tu sais ce que tu veux, dis-donc !

- C’est important de savoir ce qu’on veut dans la vie.

- Tu as parfaitement raison ! Tiens, voilà ta glace.

L’enfant lui tendit quelques pièces et prit le précieux gobelet.

- Tu es tout seul ? Demanda le marchand.

- Non, bien sûr que non ! Qui laisserait un enfant aussi jeune que moi tout seul ?

- Tu n’imagines pas le nombre de parents insouciants que je vois défiler chaque jour. Alors, qui t’accompagne ?

- Mon père, c’est le grand monsieur là-bas, répondit l’enfant en désignant un homme, qui discutait avec d’autres à une cinquantaine de mètres de là.

- Tu ferais bien de le rejoindre rapidement, il traine de drôles de types dans une ville aussi grande que New York.

L’enfant acquiesça et s’éloigna en dégustant sa crème glacée. Il jeta quelques coups d’œil discrets vers le marchand de glace et bifurqua lorsqu’il fut certain que son attention avait été retenue par d’autres clients.

Il s’installa près des structures de jeux et regarda les autres enfants qui s’amusaient bruyamment.

Soudain, les pleurs d’une fillette attirèrent son attention, un garçon plus âgé l’avait bousculée et sa glace gisait sur le sol.

- Tu ne peux pas regarder où tu vas ? Grogna ce dernier. T’as pas intérêt à te plaindre à maman !

- T’es méchant ! Couina la petite fille.

- C’est à ça que servent les grands frères, à montrer à leur petite sœur que le monde n’est pas rose bonbon ! Railla l’aîné avant de rejoindre ses amis.

La fillette sanglotait toujours devant le désastre de sa glace fondant à ses pieds au milieu de la poussière.

- Tiens prends la mienne, dit une voix derrière elle.

Elle se retourna et découvrit un petit garçon qui lui tendait sa glace au chocolat en souriant.

- J’ai terminé la chantilly, mais il reste encore tout le chocolat ! Expliqua-t-il d’un air désolé.

- C’est gentil, murmura la fillette en prenant la glace.

- Mon dentiste sera fier de moi, plaisanta le jeune garçon en haussant les épaules.

- Je ne t’ai jamais vu ici, tu es venu pour les vacances ?

- Non… Euh… Ma sœur et ma grand-mère vivent ici, on est venu leur rendre visite avec mon père.

- Ta sœur ne vit pas avec vous ?

- Elle est adulte, elle a un travail et même un amoureux je pense.

- Et toi, où vis-tu ?

- On a une maison dans le Maine. On a quitté New York l’an dernier.

- Hé toi ! Cria le grand frère de la fillette.

- Moi ? S’étonna le petit garçon.

- Ouais toi ! Viens jouer au base-ball avec nous au lieu de rester avec cette pleurnicheuse !

- C’est que … Je ne sais pas jouer au baseball.

- Tu ne sais pas ? Mais tout le monde sait jouer au baseball !

- Bobby ! Laisse-le tranquille ! Intervint sa jeune sœur.

- Pas tout le monde, puisque moi je ne sais pas, répliqua le petit garçon. Mon père non plus d’ailleurs.

- Wah ! Il est si nul que ça ton père !

- Bobby !

Le garçonnet se jeta sur ledit Bobby, qui  faisait au moins une tête de plus que lui et le précipita au sol.

- Mon père n’est pas nul ! Il a sauvé New York d’une attaque de terroristes ! Cria le jeune garçon hors de lui.

Le plus âgé se releva et jeta un regard dédaigneux au plus jeune, puis attrapa sa sœur par le bras et l’entraîna plus loin.

- Rentrons Lily, il va être l’heure de dîner de toute façon.

La fillette suivit son frère, non sans adresser un petit signe au garçonnet, qui le lui rendit gentiment. L'enfant se retourna et regarda l’heure affichée sur l’une des horloges du parc. Il était temps aussi pour lui de rentrer, avant que son père n’appelle ses amis policiers. Il était presque sûr que bientôt il entendrait les sirènes de leurs voitures.

Il n’avait plus suffisamment d’argent pour prendre un taxi, mais il connaissait bien le chemin, en prenant quelques raccourcis, il serait rapidement de retour auprès de son père.

Passant par une ruelle un peu sombre, il accéléra le pas, tous ses sens en alerte, prêt à réagir au moindre mouvement suspect. Il était courageux, il n’y avait aucun doute là-dessus, mais après tout, il n’avait que cinq ans, il était normal à cet âge de ne pas être rassuré dans ce genre de ruelle. Il pensa à son père et réalisa soudain qu’il ne serait sans doute pas content. Il aurait dû le prévenir qu’il allait se promener tout seul. New York, ça n’était pas le Maine !

Des bruits de pas résonnèrent soudain derrière lui. Une course poursuite ? Son instinct lui intima de se trouver très vite une bonne cachette.

Il observa les lieux et se décida rapidement, il était très fort pour jouer à cache-cache. Il était même plus fort que son père à ce jeu-là, ce qui n’était pas peu dire !

Une fois parfaitement caché, il se concentra sur sa respiration, il devait être le plus discret possible. Maîtrisant ses tremblements du mieux qu’il le pouvait, il attendit que tout cela se passe.

Les bruits de pas se rapprochaient, un homme criait après celui qu’il pourchassait. Depuis sa cachette, l’enfant aperçut le jeune homme qui cherchait à échapper à son poursuivant. Il le vit s’accroupir derrière une poubelle pour reprendre son souffle.

Il aperçut une ombre passer au milieu de la ruelle. Au bout de quelques minutes, le silence revint dans la ruelle.

Se croyant hors de danger, le jeune homme sortit de sa cachette derrière les poubelles. Il regarda prudemment de chaque côté de la ruelle et se croyant seul, il se remit en chemin. Mais son poursuivant n’était pas parti, il s’était simplement dissimulé dans l’ombre, pour mieux surprendre sa proie. Il braqua son arme sur le jeune homme, qui effrayé tenta de fuir, mais trébucha. Son poursuivant s’approcha de lui calmement.

Le jeune homme implora la pitié de l’autre, en vain. Il y eut plusieurs coup de feu, des bruits de pas et le silence régna de nouveau dans la ruelle.


Minefuji  (30.05.2015 à 15:52)

Premier chapitre : Retour à New York

La veille vers 11h du matin.

Au commissariat du 12ème, l'agitation habituelle régnait: des bureaux surchargés de dossiers attendaient que quelqu'un daigne remplir la paperasse, des sonneries de téléphone résonnaient dans tous les coins et des policiers aux traits tirés, parlaient à toute vitesse et buvant des litres de café devant des tableaux blancs plus ou moins remplis de photos et d'annotations.

Le capitaine sortit de son bureau et interpella de loin un de ses lieutenants:

- Jones! Le juge Markway a rappelé au sujet de votre demande de mandat. Ne le faites pas attendre, il a sa partie de golf dans moins d'une heure!

- Mais c'est l'heure de la pause déjeuner! Protesta ledit Jones.

- Eh bien vous prendrez votre pause en revenant, rétorqua froidement le capitaine.

- Mais... répliqua le détective avant de s'arrêter devant le regard meurtrier de son capitaine. Bien Chef.

- Et lorsque vous aurez votre mandat, vous vous dépêcherez d'aller perquisitionner chez le suspect, inutile de vous rappeler qu'il ne doit pas avoir le temps de détruire des preuves, termina le capitaine en retournant dans son bureau.

- Aucun risque, il est loin de penser qu’on le suspecte.

- Ne le prenez pas pour un idiot, s’il est coupable, il cherchera à détruire les preuves de sa culpabilité, il n’y a donc pas de temps à perdre.

- Bien chef, marmonna Jones.

Jones soupira et se tourna vers le seul bureau des locaux, qui ne croulait pas sous les dossiers pour interpeler la personne qui se trouvait derrière.

- Hey Castle! Je vais chercher le mandat chez Markway, tu m'accompagnes?

- Non, merci, Jones, j'ai un rendez-vous, mais tu le salueras de ma part.

- Tu connais le juge Markway? S'étonna Jones en constatant que ce nouveau lieutenant avait décidément beaucoup de relations.

- Ça t'en bouche un coin, n'est-ce pas? Sourit Castle.

- Un peu. Si tu m'accompagnes, je te paie le déjeuner sur le chemin du retour.

- On fera ça une prochaine fois, car comme je viens de te le dire : j'ai rendez-vous pour déjeuner.

- Rendez-vous? Quelqu'un que je connais? Blêmit aussitôt Jones.

- Pas que je sache, s'amusa Castle. Tu t'en souviendrais, je pense.

- C'est sérieux?

- Très sérieux!

- Tu plaisantes?

- Pas du tout ! Allez, à plus tard Jones!

- C'est ça! … Oh ! Euh… Ne tarde pas de trop, ça serait bien que tu viennes perquisitionner avec moi!

- Pourquoi ?

- Bah… Tu vois des choses que moi je ne vois pas… Tu sais, ces trucs qui paraissent sans importance…

- Je serai de retour dans une heure, ça te va?

- Ouais... À dans une heure, alors.

Castle sourit, enfila sa veste et quitta le poste de police. Jones attrapa les clés de sa voiture en bougonnant et se dirigea à son tour vers l'ascenseur.

******************

Manhattan, ses buildings, ses taxis jaunes, son agitation permanente. Il lui semblait que chacune de ces rues était liée à un souvenir. C’était sans doute vrai.

C'était donc avec nostalgie, qu'il y revenait et continuerait à y revenir encore et encore malgré tout. Avec le temps, il avait pensé que la douleur se serait atténuée, mais il n'y avait rien à faire, elle était toujours aussi vive. Il ne s'en remettrait jamais totalement, il le savait. Chaque retour était une épreuve pour lui et ça le serait toujours.

Il tourna la tête et jeta un œil au garçonnet, qui lisait un livre à ses côtés. S’il continuait à aller de l’avant, c’était pour lui uniquement.

- Qu'est-ce que tu fais? Demanda-t-il soudain, brisant le silence qui régnait dans l’habitacle.

- Bah ça se voit, non ? Je lis.

- Tu ne sais pas lire.

- Si je sais!

- Qu'est-ce que c'est encore que cette nouvelle invention? Tu es encore à l'école maternelle.

- J'ai compris comment faisait la maîtresse, maintenant je sais.

- Tu as...? … Ok, qu'est ce qui est écrit là?

- « Le prince combattait vaillamment les dragons. »

- ...

- Tu vois, je sais lire.

- Dis plutôt que tu connais ce livre par cœur.

- Pourquoi tu ne veux pas me croire?

- Le mois dernier, tu as appris par coeur les dialogues d'un film de Kungfu pour me faire croire que tu savais parler chinois, rappela l'adulte.

- Et le propriétaire du restaurant chinois a dit que j'avais bien parlé chinois!

- Tu lui as dit "Ne pense pas. Ressens. C'est comme un doigt qui pointe la Lune. ne te concentre pas sur le doigt ou tu vas manquer cette beauté céleste."! Tu devais commander deux portions riz cantonnais et des aiguillettes de poulet braisées!

- Oui, mais je l'ai dit en chinois!

- ... Tu as raison, je te crois.

- Merci, dit le garçonnet en retournant à sa lecture. En plus, elle explique drôlement bien la maîtresse !

- Mais tu ne devrais pas lire en voiture. Tu vas avoir mal au cœur.

- Non, on est en ligne droite.

- Comment peux-tu réussir à lire en voiture? Moi ça me donne envie de vomir à chaque fois, même en ligne droite!

- C'est comme ça, c'est tout. Ah! C'est mon passage préféré!

- Ça fait combien de fois que tu lis ce bouquin?

- Beaucoup! Mais c'est de ta faute, aussi! Tu ne veux pas que je lise les Harry Potter.

- D’abord, je ne savais pas que tu savais lire. Et puis, c'est un peu compliqué pour un enfant de ton âge.

- Mais j'ai déjà cinq ans! Je ne suis plus un bébé, tu sais!

- Tu les liras, mais quand tu seras un peu plus âgé.

- Ça sera quand ça?

- Quand tu auras dix ans.

- Non sept!

- Je t'ai déjà expliqué que ça n'était pas une histoire pour les petits enfants, c'est trop compliqué.

- Dis plutôt qu'ils t'ont fichu la trouille quand tu les as lus.

- N'exagérons rien, mais il y a des passages un peu trop durs pour un petit garçon de sept ans.

- Huit ans alors?

- On verra à ce moment-là.

- Pfff… Tu me passes ton téléphone?

- Tu veux appeler qui?

- Personne, je veux juste mettre à jour ton agenda pour quand j'aurai huit ans. Comme ça tu n'oublieras pas ta promesse.

- Quand tu auras huit ans, j’aurais changé de téléphone depuis longtemps !

- C’est pour ça que j’enregistre ton agenda dans le cloud.

- Tu es sûr que tu es un gamin de cinq ans ?

- Et toi, tu es sûr que tu es un adulte de…

- Ne dis pas la suite si tu tiens à ton argent de poche !

- Je me tais, mais j’avance la date de l’agenda d’une année.

- Grrrrr. Tu es un requin en affaires, on croirait entendre ta mère.

- Ah! On est arrivé! S'écria le petit garçon alors que le taxi s'arrêtait.

Il rangea soigneusement son livre dans son sac à dos et ouvrit la portière.

- NE TE PRECIPITE PAS ! C’est dangereux !

- Tu crois qu’elle est déjà là ?

- Je ne pense pas, on a plus d’une demi-heure d’avance.

- Une demi-heure !? C’est super long ! Qu’est-ce qu’on va faire en attendant ?

- Boire un soda, suggéra l’adulte.

- Mouais… Et si tu m’offrais plutôt une BD dans le super magasin que tu connais ?

- Comicadia ?

- Ouais ! Allez, on y va ? Demanda l’enfant les yeux brillants d’excitation.

- … Pourquoi pas. Allez, viens c’est par là.

Après avoir dévalisé les rayons de chez Comicadia, ils revinrent sur leurs pas et s’installèrent à la terrasse du restaurant où ils avaient rendez-vous. La journée était magnifique, autant profiter du soleil.

- Alors, commença l’adulte en prenant la carte posée sur la table, de quoi as-tu envie ?

- De faire pipi.

- Je parlais des boissons !

- Je sais, mais moi je parle au nom de mon pantalon ! Je peux aller aux toilettes ?

- Oui, je t’accompagne.

- Je suis assez grand pour y aller tout seul ! Il ne faudrait pas qu’on rate notre rendez-vous !

- Elle nous attendra, ne t’en fais pas.

- Laisse-moi y aller tout seul, s’il te plait.

- Mais…

- S’te pléééééééééééé !!!!

- … D’accord… soupira le père. Mais sois sage! Et ne quitte pas le bâtiment tout seul! Ne parle pas...

- ... Aux inconnus, je sais! Et oui, j'ai suffisamment de friandises dans mon sac à dos pour ne pas en accepter de la part de quelqu'un. Tu n'as pas à t'inquiéter.

- On est à New York ici, pas chez nous, alors il est normal que je m'inquiète. Alors va directement aux toilettes et reviens tout aussi directement !

- Bien reçu!

- Pas d’expédition dans la jungle des tables et des chaises du restaurant, ni de rencontre avec les autochtones de cette contrée bizarre ! Précisa l’adulte.

- Je serai sage, promis ! répondit l’enfant en éclatant de rire avant de se diriger vers l’entrée du restaurant en sautillant.

Après un court trajet en voiture, le lieutenant Castle, fraîchement promu arriva à son lieu de rendez-vous. Il était déjà installé à une table en terrasse, le regard perdu dans ses pensées. Castle s'approcha de lui et lu les titres des quelques livres neufs posés sur la table près de lui. 

- Storm season? Ça fait pas un peu trop narcissique d'acheter ses propres bouquins?


Minefuji  (31.05.2015 à 18:05)

Chapitre deux : Retrouvailles

Rick Castle sursauta en quittant sa rêverie et sourit alors que sa fille se penchait vers lui pour l'embrasser.

- C'est pour ton frère, expliqua-t-il.

- Il n'est pas un peu jeune pour lire ça?

- Nous les rangerons dans la bibliothèque du salon et nous les lirons ensemble. Il m'a promis de ne pas y toucher sans que je sois là.

- Tu devrais plutôt lui acheter le journal de Mickey ou des livres adaptés à son âge!

- C'est lui, qui a voulu aller chez Comicadia! Mais, si ça peut te rassurer, on a aussi acheté quelques exemplaires de Spider man !

- Tu n'as jamais su faire preuve de suffisamment de fermeté. Il n'en fait qu'à sa tête, ce n’est pas bon pour lui!

- Tu n’as pas l’air d’avoir souffert de mon éducation…

- Mais il n’a pas mon caractère ! J’étais une trouillarde qui n’osait pas mettre un orteil en dehors des clous. Flynn te ressemble beaucoup, il est plus du genre à sortir des sentiers battus.

- Je trouve qu'il ne s'en sort pas si mal, bougonna Castle. Et puis quand on voit la personne que tu es devenue, je trouve que je ne suis pas un trop mauvais père.

- Non, tu es parfait. Mais...

- Ecoute... Il n'est peut-être pas aussi sage et raisonnable que toi, mais il est débrouillard et plein de ressources, ne t'en fais pas pour lui.

- J'aurais dû être un garçon! Soupira Alexis.

- Pourquoi dis-tu ça?

- Parce que si j'avais fait ne serait-ce que la moitié des bêtises que lui fait, tu m'aurais enfermée dans ma chambre à double tours et je n'aurais pas revu la lumière du jour avant mes vingt-deux ans!

- Quarante-deux, rectifia Castle. Et sache j'ai déjà essayé d'enfermer ton petit frère dans sa chambre.

- Ah bon?

- Absolument, mais en moins d'une heure, il avait trouvé le moyen de quitter sa geôle. Il est trop fort pour moi.

- Il a seulement cinq ans papa!

- Que veux-tu? Il a mes gènes et ceux de sa mère! Autant te dire qu'il est impossible de l'empêcher de faire ce qu'il a décidé de faire! Non, tout ce que je peux faire, c'est discuter avec lui et lui faire confiance. Et crois-moi, il est digne de confiance. Pour ça, il doit avoir développé les mêmes gènes que toi, c'est à dire ceux de sa mère.

- Nous n'avons pas la même mère!

- Je sais, mais ce ne sont pas mes gènes, c'est sûr. Si tu savais les bêtises que j'étais capable d'inventer à son âge...

- Pas la peine de détailler, j'imagine bien assez. A part ça, où est-il? Ne me dis pas que tu l'as laissé dans le Maine!

- Non, il est aux toilettes.

- Alexis ! S’écria le petit garçon en se précipitant vers sa grande sœur.

- Flynn ! Comment ça va trésor ?

- Je vais bien, sourit l’enfant. Et toi ? Tu as attrapé des méchants ce matin?

- Que de la paperasse, rien de bien passionnant.

- Maman n’aimait pas non plus.

- Ouais. Et je comprends pourquoi papa évitait soigneusement ce genre d'activités, répondit Alexis.

- Ouais... Même si aujourd'hui, je la remplirais volontiers, soupira Rick.

- Mais cet après-midi je vais faire une perquisition avec mon chef d’équipe, annonça Alexis pour égayer la conversation.

- C’est quoi ? Demanda Flynn.

- On va aller fouiller chez un suspect pour essayer de trouver des preuves.

- On a le droit de fouiller chez les gens quand on est policier ? s'étonna le garçonnet avec intérêt.

- Seulement si on a un papier signé du juge.

- Ah…

- Tu vois espèce de garnement, il est interdit de fouiller dans les affaires des gens, intervint Castle en ébouriffant la chevelure de son fils.

- Je ne fouillais pas dans tes affaires ! Marmonna le gamin.

- C’est ça ! Tu crois que je n’ai pas remarqué que tu touchais à mes trucs quand j’avais le dos tourné ?

- Mais c'est de ta faute aussi, tu ne veux pas me prêter tes jouets!

- Ah parce que toi tu me prêtes les tiens peut-être?

- ... Le capitaine Ryan te salue bien... lança Alexis pour couper court à la querelle père-fils qui s’annonçait. Ça lui ferait plaisir que tu passes au poste pendant ton séjour.

- Oui...Peut-être...

- Oh oui papa ! On y va ! On y va ! S’excita le garçonnet en sautillant partout.

- On ne va pas y aller comme ça sans prévenir, dit Castle, on les dérangerait en plein travail ! D’ailleurs Alexis sera de sortie cette après-midi !

- Mais non ! Le capitaine Ryan sera ravi de vous dire bonjour et puis, tu pourrais emmener Flynn voir Lanie. Je suis sûre qu’elle acceptera de vous laisser entrer dans sa morgue!

- Oh oui ! S’il te plait on y va ?! s’écria Flynn.

- D'accord... Mais tu ne touches à rien ! C’est bien compris ?

- Promis ! Je serai aussi sage que toi, papa !

- PFFF ! Quand je te disais qu’il était trop fort pour moi, marmonna Rick, en une toute petite phrase, il vient de s'autoriser à toucher à tout!

Alexis secoua la tête en riant. Son petit frère était déjà un sacré numéro.

 

*****************

- Hey Castle ! Quel plaisir de te revoir ! Se réjouit le capitaine Ryan. Comment vas-tu ?

- Je vais bien, répondit l’écrivain. Alors comme ça tu es devenu capitaine à la douzième?

- Ouais, il y a trois mois, quand Gates a pris sa retraite. Je venais de réussir le concours, j’ai eu de la chance.

- La chance n’y est pour rien, Ryan, c’était mérité.

- D’autres l’auraient méritée bien plus, soupira Ryan.

- C’est comme ça. Alors comment vont tes femmes ?

- Jenny va très bien, elle fabrique des bijoux fantaisie, qu’elle vend ensuite sur le net. Ça marche pas mal, elle a son petit succès. Et Sarah Grace vient de fêter ses dix ans, elle est merveilleuse… Mais dis-moi, qui est ce grand gaillard derrière toi ?

- Je suis Flynn Rodgers Castle ! Se présenta fièrement le garçonnet en tendant la main.

- Flynn ? Je ne me souvenais pas que tes parents avaient choisi ce prénom, s’étonna Ryan.

- Normal, j’ai changé de prénom !

- Tu as… ? Mais on ne peut pas changer de prénom comme ça !

- Bien sûr que si ! Papa a bien changé de nom lui ! Normalement il s'appelle Rodgers!

- Et pourquoi tu as décidé de changer de nom? Tu n'es pas écrivain, à ce que je sache...

- Mes parents se sont trompés en choisissant mon prénom. J'ai corrigé l'erreur.

- Tu as...?

- Ne cherche pas à discuter Ryan, ce gamin a réponse à tout, soupira Castle.

- Avec les parents qu’il a, ça n’a rien d’étonnant, sourit Ryan.

- Dis capitaine Ryan ? Tu me montres les cellules du poste ?

- Avec plaisir mon bonhomme ! Viens, c’est par là.

 

Ryan lui fit visiter l’ensemble des locaux. Flynn était émerveillé et n’avait pas assez de ses deux yeux pour tout explorer. Il ne tarissait pas de questions auxquelles Ryan répondait patiemment. Lorsque la curiosité du petit garçon fut rassasiée, il les emmena jusqu’à la morgue. A son tour, Lanie se fit un plaisir de répondre aux interrogations de Flynn, laissant ainsi un peu de temps aux deux amis pour discuter du bon vieux temps.

- Bah dis donc ! C’est un sacré numéro ! Tu ne dois pas t’ennuyer ! Tu as trouvé ton maître!

- Ah ça, c’est sûr ! Il n’arrête pas une minute, une vraie boule d’énergie.

- Il te ressemble beaucoup… A part les yeux, il a les yeux de sa mère.

- Ouais… et son sourire aussi.

- … On a bouclé l’affaire, tu sais ? Il passera en jugement bientôt. D’après le procureur, il prendra perpétuité.

- Si seulement ça suffisait, souffla Castle.

- Je sais…

                      ~~~~~~~~~~

- Attention ! Ne touche pas à ça Trésor ! Tu vas tout dérégler !

- C’est pour voir l’intérieur des gens ? Le docteur a utilisé un truc comme ça pour voir mon os qui était cassé.

- Oui, c’est pour faire des radios. On peut voir les blessures du squelette grâce à ça.

- Mais toi…les gens… Pourquoi tu les découpes alors, si tu peux voir à l’intérieur avec ta machine ?

- Parce qu’on ne voit pas tout avec cette machine. Dans mon métier, il est nécessaire d’ouvrir pour savoir ce qui est arrivé aux personnes qui arrivent ici…

- …

- Chéri, ça va ? Demanda Lanie en remarquant que l’enfant s’était figé. Viens, sortons, c'était une mauvaise idée, tu es trop petit pour être ici.

- Et... ça leur fait mal ?

Lanie sentit son cœur se serrer. Flynn était un petit garçon très intelligent, elle aurait dû se douter qu’il ferait le lien.

- … Non. Ils ne souffrent pas, je te le promets. Allez viens, sortons d’ici !

- Mais et Papa ?

- Je lui enverrai un texto pour lui dire où nous sommes, ne t’en fais pas. Et puis il sait que tu es avec ta marraine.


Minefuji  (01.06.2015 à 16:32)

Chapitre trois : Non-dits

Attrapant son sac à main d'une main et celle de Flynn de l'autre, Lanie l'entraîna avec elle en dehors de la morgue.

- Viens avec moi, mon chéri, je vais t'offrir le meilleur Milkshake du monde.

L'enfant acquiesça et la suivit. Une fois dans la rue, Lanie, souhaitant égayer l'atmosphère, se mit à lui parler avec animation des différents magasins de jouets et de bandes-dessinées qui se trouvaient dans les environs.

Sans cesser de palabrer, elle poussa la porte d'un coffee shop.

- Holà Chica!

- Salut Javier! On est venu goûter un de tes délicieux milkshakes.

- Vous avez bien fait, ce sont les meilleurs de NewYork!

- Salut tonton Esposito!

- Hey! Mais c'est le p'tit Castle! Comment vas-tu mon grand?

- Je vais bien.

- Tant mieux! Installez-vous là, dit le latino en leur indiquant une table.

Ils s'installèrent et Lanie commanda un Thé à la menthe ainsi qu’un milkshake à la fraise, après avoir demandé à son jeune invité quel était son parfum préféré.

Elle pensait être parvenue à lui faire oublier la visite à la morgue, quand il demanda avec sa franchise toute enfantine:

- Dis Lanie, j'ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas?

- Non, pourquoi tu demandes ça trésor?

- Ben... Parce que tu n'arrêtes pas de parler de jouets et de BD depuis que je t'ai demandé si les gens ont mal quand tu les découpes?

- ...

Lanie resta sans voix devant la perspicacité du petit garçon. Visiblement, il avait hérité de la logique implacable de sa mère.

- Pardon, lâcha l'enfant en baissant la tête penaud.

- Hé! Tu n'as pas à t'excuser! Tu n'as rien fait de mal! Le rassura Lanie. Je... C'est à moi de te demander pardon! Je pensais que ça te faisait de la peine de parler de ça, alors j'ai essayé de changer de sujet!

- Ah? Fit le petit garçon en relevant la tête visiblement soulagé.

Il sourit et attrapa son milkshake, qu'il commença à siroter tranquillement.

- Tu veux en parler? Demanda Lanie intriguée.

- J'aimerais bien, oui. Mais tout le monde pense que je suis trop petit. Ils pensent que je ne peux pas comprendre.

- Qui ça tout le monde?

- Grand-mère, Alexis, Papa... Même grand-père Jim!

- Et qu'est-ce que tu en penses toi?

- Je suis capable de comprendre! Je ne crois plus au père Noël depuis longtemps!

- Oh! Je vois, sourit Lanie en songeant que décidément ce petit ressemblait beaucoup à sa mère. Mais tu sais, ils pensent certainement que ça te rendrait triste...

- Je suis déjà triste! J'ai plus de maman!

Le silence s’installa entre eux. La réalité cruelle. Le cœur de Lanie se serra. Son amie lui manquait énormément. Elle inspira profondément pour ne pas pleurer devant lui.

- … C'est vrai, reprit Lanie au bout d’une minute... Tu as déjà expliqué ça à ton papa?

- Non et aux autres non plus.

- Pourquoi ?

- Tout le monde arrête de parler quand je parle de maman. Et je vois bien que ça rend papa très triste. À chaque fois que je lui en parle, ses yeux deviennent tout humides et il fronce les sourcils comme ça, expliqua l'enfant en imitant son père pour illustrer son propos. Je vois bien qu'il a mal, alors j'ai arrêté de lui poser des questions sur maman. Je ne veux pas le rendre triste.

- Tu es vraiment un petit garçon extraordinaire, chéri, sourit Lanie. Ta maman était quelqu’un que tout le monde aimait énormément, tout le monde est très triste de l’avoir perdue. C’est normal. Toi aussi tu es très triste. Mais je pense que tu devrais parler de ce qui te chagrine avec lui. Les papas sont faits pour ça.

- Mais si je lui fais de la peine... On ne doit pas faire de la peine à ses parents!

- Il ne t'en voudra pas, je te le promets! Parles-en avec lui, ton papa sera sans doute triste, mais ça ne sera pas de ta faute!

- ... D'accord. ... Dis Lanie?

- Oui, bonhomme?

- Pourquoi tonton Espo n'est plus policier?

- Il n'arrivait plus à retourner au poste après ce qui est arrivé à ta maman... Il l'aimait beaucoup, comme une soeur et il s'en est voulu de ne pas avoir pu empêcher ce qui lui est arrivé. Un peu comme ton papa, si vous avez déménagé loin de NewYork, c'était parce que c'était trop dur de rester dans un endroit où les souvenirs de ta maman étaient trop présents, ça lui faisait trop de peine.

- Ah... Mais tonton Ryan est resté, lui. Il est même devenu capitaine. Toi aussi, tu es restée.

- C'est comme ça, on ne réagit pas tous de la même façon. Mais tu ne dois pas t'inquiéter de ce que nous ressentons, tu as le droit de parler de ta maman à chaque fois que tu en as envie, d'accord?

- D'accord... Dis Lanie, si j'ai besoin... Je pourrais venir te poser des questions?

- Oui, bien sûr! Mais je pense que ton papa aura répondu à toutes tes questions!

- Il fera de son mieux, je pense, mais il n'est pas docteur comme toi!

La légiste explosa de rire et ramena le petit garçon auprès de son père, après lui avoir fait promettre de répéter cette phrase à Castle.

********************

Le taxi s’arrêta devant une maison de W11th st. Flynn sauta hors du véhicule et se précipita vers elle en criant joyeusement. La porte de la maison ne tarda pas à s’ouvrir. Un homme apparut. Il sourit en voyant l’enfant courir vers lui, il était son unique raison de sourire désormais.

- Grand-père !

- Hey ! Bonjour mon bonhomme ! Tu as grandi, non ?

- Si ! De trois centimètres depuis la dernière fois, répondit fièrement Flynn. Grand-mère dit que je la rattraperai avant d’entrer au collège !

- Sans doute, sourit l’aîné.

- Bonjour Jim, dit Castle en les rejoignant.

- Bonjour Richard.

- Papa ! Grand-père a remarqué que j’avais grandi ! Dis grand-père, je peux aller dans la chambre de maman quand elle était petite?

- Bien sûr, tu connais le chemin ?

L’enfant disparut dans les escaliers à la vitesse d’un cyclone. Les deux hommes se sourirent doucement, puis entrèrent dans la maison.

- Il a l’air en pleine forme, commença Jim.

- Il ne s’arrête que quand il dort, c’est épuisant, mais ça me maintient en vie.

- Je sais…

- J’ai vu Ryan, il m’a dit que le procès allait bientôt commencer.

- Oui, j’en ai été averti également. Vous comptez y assister ?

- Non, je n’en aurai pas la force et puis je préfère tenir Flynn loin de tout ça. Et vous ?

- Le procès de Bracken a été très pénible et pourtant Katie était à mes côtés… Je ne saurais revivre cette épreuve.

- Je comprends… Si vous le désirez, vous pouvez venir à la maison durant le temps du procès, ça vous éloignera de toute l’agitation qu’il y aura autour et puis ça fera extrêmement plaisir à Flynn.

- Pourquoi pas…

************

La journée touchait à sa fin. Après avoir passé le reste de l’après-midi avec Jim, Castle et son fils s'étaient installés au loft, comme ils le faisaient à chaque fois qu'ils revenaient à New York. Alexis, qui y vivait avec Martha depuis leur déménagement, avait promis d'être de retour pour le dîner.

Martha passa la porte d'entrée et trouva son fils occupé à faire la vaisselle.

- Bonsoir mon chéri!

- Bonsoir mère!

- Eh bien! Il aura fallu que tu partes vivre dans le Maine pour que tu apprennes à faire la vaisselle!

- Non mais oh! J'ai toujours su faire la vaisselle!

- Mais tu avais toujours mieux à faire, si je me souviens bien.

- Tu vas gâcher ces quelques jours en me rappelant mon manque de participation au rangement du loft?

- Non, bien sûr que non! Je te taquinais!

- Je sais, moi aussi, sourit Castle.

- Alors, où est mon petit fils préféré? Demanda l'actrice. Je lui ai rapporté quelques costumes qui devraient lui plaire. Mon école a organisé un stage pour des enfants de son âge le mois dernier, on a des tas de costumes! Ça va du capitaine Crochet au grand chirurgien en passant par le chevalier en armure.

- Il va être ravi. Il tient de nous deux, son goût pour le déguisement, répliqua Castle.

- Hey! Bonsoir grand-mère! Dit Flynn en entrant dans la pièce.

- Hey! Kiddo! Tu vas bien?

- Oui! Et toi grand-mère? Beaucoup de gens viennent voir ta pièce de théâtre ?

- Oui beaucoup! Regarde, je t'ai ramené quelques costumes.

- Trop cool! Il y en a un de zombie?

- Euh non...

- Dommage... Papa ne veut pas que je joue avec le sien...

- Normal, c'est mon costume de zombie! Intervint Castle.

- Ne t'en fais pas, je connais une super costumière, je lui demanderai si elle peut t'en faire un, chuchota Martha à l'oreille de son petit-fils.

- T'es la meilleure grand-mère!

- Je sais!

Flynn fouilla dans le sac que sa grand-mère lui avait donné et choisit une tenue de cowboy qu’il s’empressa d’enfiler avant de filer dans sa chambre à la poursuite de Billy The Kid.

- Il a toujours autant d’énergie, remarqua Martha.

- Je sais, soupira Castle. Mais grâce à ce costume de cowboy, on devrait avoir un petit moment de répit, on n’attrape pas Billy The Kid en cinq minutes.

- Alors j’en profiterai pour te demander comment tu vas, sourit Martha.

- Bah… On fait aller…

- Tu as encore ces cauchemars ?

- Comment ne pas en avoir, quand je ne cesse de me répéter que j’aurais dû être avec elle ce jour-là !

- Et tu serais mort toi aussi !

- Oh tu n’en sais rien ! Quand je la suivais pour ses enquêtes, on a frôlé la mort à plusieurs reprises, mais on s’en était toujours sortis indemnes ! Et ça, c’est parce qu’on était tous les deux !

- Toi non plus, tu n’en sais rien ! Katherine a été piégée ! On ne lui a laissé aucune chance et si tu avais été avec elle, tu ne serais plus là toi non plus ! Et crois-moi, je remercie le ciel chaque jour pour ça !

- Tu peux dire ce que tu veux, ça ne change rien à la culpabilité que je ressens !

- Alors pense au petit garçon qui joue à l’étage ! Il a déjà le malheur d’avoir perdu sa maman et si tu avais été avec elle ce jour-là, il n’aurait plus de papa non plus !

- … Tu as raison, soupira Castle.

- Comme toujours !

- Hey papa, j’ai repéré les frères Dalton ! Il me faudrait des renforts pour les arrêter, j’ai préparé ton cheval !

- Ok shérif, mais avant il nous faut prendre un solide repas !

- D’accord ! On va au saloon?

- Euh, j'avais plutôt envie de nous faire livrer quelque chose.

- Mais ils ne livraient pas au temps des cowboys!

- Les cowboys existent encore de nos jours, donc on ne fera pas d'anachronisme en passant une commande.

- Bon, d'accord...

 


Minefuji  (02.06.2015 à 19:34)

Chapitre quatre : Discussion père-fils

- Je vais passer une commande pour repas de ce soir, tu as une préférence? Demanda Castle en se tournant vers sa mère.

- J'aurais bien envie de manger indien! Répondit Martha.

- Oh oui! Moi je voudrais du curry! se réjouit Flynn.

- C'est une bonne idée, j'appelle tout de suite, comme ça nous serons livrés pour le retour d'Alexis, dit Castle en saisissant le combiné du téléphone qui tomba aussitôt en morceaux. ... C'est pas vrai! COSMO!

- Hé ! Je m'appelle Flynn maintenant! S’indigna l’enfant.

- Ne change pas de sujet! Tu as encore trifouillé le téléphone? gronda son père.

- Il était cassé! Je l'ai réparé! Se défendit l'enfant.

- Cosmo, soupira Castle, réparer signifie remettre en état de fonctionner quelque chose qui ne marchait plus, pas détruire quelque chose qui fonctionnait parfaitement.

- Je voulais savoir comment c'était dedans...

- Dans ce cas-là, tu aurais dû prendre un vieux téléphone...

- Ne le gronde pas, ça n'est pas si grave... Tempéra Martha, tu peux utiliser ton portable.

- Je sais, mais il n'arrête pas de trifouiller tout ce qu'il trouve! Ça peut être dangereux, il pourrait se blesser... Il y a deux jours, il a démonté mon radioréveil et la semaine dernière, c’était le lecteur de blu-ray !

- Pardon papa... s'excusa le garçonnet.

- … Ça va Cosmo... soupira Castle, qui ne supportait pas le regard de chien battu que prenait son fils dans ces cas-là.

- Alors tu peux recommencer à m'appeler Flynn? Cosmo c'est seulement quand tu es fâché contre moi.

- C'est bon Flynn, je te pardonne, mais promets-moi de ne plus recommencer!

- J'essaierai en tout cas.

 

- Garnement, va! Pour ta punition, tu n'auras qu'à prendre une triple glace à la fraise avec supplément de chantilly.

- Papa, soupira Flynn. Si tu veux me punir, choisis au moins un parfum que je n’aime pas!

- T'as raison... Alors, quel parfum?

- Je vais aller m'enfermer un peu dans ma chambre, ça ressemblera plus à une punition comme ça, dit Flynn en quittant la pièce.

- Et lui ? Comment va-t-il? Demanda Martha quand elle fut sûre que son petit-fils ne l'entendait plus.

- Il est courageux, il va de l'avant et il est toujours joyeux et souriant, mais je sais qu'il fait tout ça pour moi.

- Et de ton côté, tu fais la même chose...

- Ouais... Mais que veux-tu? On a perdu le rayon de soleil qui illuminait nos vies...

- Mon chéri, laisse-moi te donner un conseil non sollicité...

- Comme la plupart de tes conseils, la taquina-t-il.

- Tu devrais lui parler de Katherine. Ça n'est pas bon pour vous de sans cesse éviter le sujet de peur de vous blesser. Elle était votre rayon de soleil à tous les deux, vous étiez parfaitement heureux tous les trois, mais elle ne doit pas devenir une ombre entre vous!

- Tes conseils non-sollicités sont toujours aussi pertinents, sourit-il, tu as raison, je vais aller lui parler dès que j’aurai mis la main sur mon téléphone pour commander le repas.

Son téléphone se mit soudain à sonner.

- Ah! Voilà qui devrait me faciliter la tâche, se réjouit Rick en  se dirigeant vers le canapé d'où provenait la sonnerie. C'est Alexis!

- Profites-en pour lui demander ce qui lui ferait plaisir pour le dîner!

- Entendu! Salut chérie! Tu rentres bientôt?

 

************

- Hey! Lança Rick en entrant dans la chambre de son fils.

L’enfant était assis sur son lit et lui tournait le dos.

- Hey.

- Le dîner sera bientôt livré. Alexis vient d'appeler, elle est en chemin, on va bientôt pouvoir se mettre à table.

- D'accord.

- Qu'est-ce que tu regardes? Demanda-t-il en venant s’asseoir près de son fils.

- Un album photo de maman. C'est grand-père qui me l'a donné.

- Il t'a donné un de ses précieux albums? S'étonna Rick.

- Non, il l'a fait pour moi. Il a refait développer ses vieilles pellicules.

- Il a trouvé des photos qu'il ne t'avait pas encore données?

- Il a dit qu'il avait encore de quoi me faire une bonne dizaine d'albums comme celui-là.

- Tu en as de la chance! Oh! J’aime beaucoup cette photo, sourit Rick en montrant une photo de Kate qui chaussait ses patins à glace. Dommage qu’on n’en ait pas une où on la voit en pleine action.

- On devait aller à la patinoire l’hiver dernier… Elle me l’avait promis, j’allais être assez grand.

- Elle t’y aurait emmené, si elle avait pu, tu peux en être sûr !

- Je sais.

- Elle était très fière de toi et aurait été encore plus fière du petit garçon que tu es devenu.

- Parle-moi d'elle, s'il te plait.

- ... Ta maman était la personne la plus adorable que j'ai connue, avec toi et ta sœur, bien sûr.

- Et elle était un très bon policier !

- La meilleure. Elle intimidait les criminels et n'avait peur de personne.

- Grand-père a dit qu'elle avait arrêté le méchant qui a tué grand-mère Johanna.

- C'est vrai.

- Il a dit aussi que tu l'avais aidée à enquêter, que sans toi, elle n'aurait jamais réussi à l'arrêter.

- On formait une bonne équipe, c'est vrai, mais même sans moi, elle aurait réussi un jour ou l'autre, j'en suis persuadé...

Ils restèrent silencieux un instant, chacun admirant le magnifique sourire de Kate immortalisé sur les photos.

- A ton avis, ils vont où les gens quand ils meurent ? Demanda Flynn en espérant ne pas peiner son père avec sa question.

- Je ne sais pas…

- Les bouddhistes pensent qu’ils se réincarnent et qu’on peut rencontrer de nouveau les gens qu’on a aimés.

- C’est une jolie idée. Tu t’intéresses au bouddhisme ? S’étonna l’écrivain.

- J’ai lu des livres à la bibliothèque… Je voulais savoir où était maman.

- Oh Flynn… souffla Rick les larmes aux yeux.

- J’ai décidé de devenir bouddhiste, tu sais ?

- Ah bon ?

- Oui et je vais chercher maman.

- Si tu la trouves, fais-moi signe, répondit Rick en espérant que ça ne l’empêcherait pas de faire son deuil.

- Promis, de toute façon, je suis sûr qu’elle doit te chercher.

- Tu crois ?

- Elle t’aime trop pour vivre sans toi ! répliqua l’enfant comme une évidence.

- C’est vrai qu’elle était complètement sous mon charme, sourit Castle.

- Pourquoi tu allais au poste avec elle ? Tu n’es pas policier toi.

- Non, c’est vrai, mais quand j’ai rencontré ta maman, j’ai eu envie d’écrire un livre dont le personnage principal serait une super flic. Alors grâce à tonton Bob, j’ai eu le droit de la suivre dans ses enquêtes pour avoir des idées pour mon livre.

- Et tu l’as écrit ce livre ?

- Oui bien sûr.

- Je peux le lire ?

- Euh… Non, c’est un livre pour les grandes personnes ! Grimaça Rick en se rappelant de l’agitation que la page 105 du premier tome avait provoquée.

- C’est lequel ? Je ne l’ai jamais vu dans ta bibliothèque.

- Mais si, c’est la série Nikki Heat.

- Les livres Nikki Heat racontent l’histoire d’une policière ?!

- Bien sûr ! De quoi croyais-tu que ça parlait ?

- Bah d’une stripteaseuse… Avec un nom comme ça…

- Ta maman disait ça aussi, rit l’écrivain, mais, dis-moi, d’où tu connais les stripteaseuses toi ?

- L’école ! Le papa de mon copain Tim aime bien aller les voir dans les clubs de striptease et ça rend sa maman dingue !

- J’espère que tu ne fais pas comme ton copain Tim et que tu ne dévoiles pas mes secrets à l’école.

- Bien sûr que non ! Tu peux me faire confiance !

- Tu es un fils parfait, mais je t’interdis de lire les Nikki Heat avant d’avoir ton permis de conduire !

- Ah, je vois, elle fait des bisous à un gars, comme dans le film qu’on a regardé l’autre soir ! Beurk !

- Euh… C’est ça ! répliqua Rick hilare en ébouriffant les cheveux de son fils.

- Dis papa, elles étaient bien les enquêtes avec maman ?

- C’était génial. La vie avec ta maman était géniale de toute façon…

- C’était quoi ton enquête préférée ?

- Mhm, difficile à dire… Attends, je reviens.

Rick quitta la chambre quelques instants et revint avec un carton. Il vint s'asseoir près de son fils et l'ouvrit.

- Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ? Demanda Flynn intrigué.

- Des souvenirs… Des souvenirs de mes enquêtes avec ta maman.

- Wah ! C’est le chapeau d’Indiana Jones ?

- Une réplique. Je l’ai trouvé au cours d’une enquête au musée d’histoire naturelle de New-York. Il y avait la momie d’un roi Maya qui était exposée. Certaines personnes pensaient que la momie avait lancé une malédiction sur le conservateur adjoint du musée.

- Super cool !

- Tu l’as dit ! Ta maman en a profité pour me faire croire que j’avais été maudit !

- Et tu l’as cru ?

- Euh… Ta maman avait des arguments… très percutants.

Flynn regarda dans le carton et en sortit un stylo.

- Il est bizarre ce stylo, on dirait qu’il est cramé !

- C’est parce que le message qu’il contenait s’est autodétruit.

- Comme dans mission impossible ?

- Exactement ! On a cru que la victime était un espion ! Il avait de ces gadgets ! C’était super cool. Bon… On a finalement découvert que ça n’était qu’un jeu, mais le crime était réel et on a réussi à trouver le meurtrier.

- Et ça ? Qu’est-ce que c’est ? On dirait le bras de Terminator !

- Version beaucoup plus ancienne ! La victime avait été tuée avec une balle vieille de 200 ans ! On a cru que le tueur était un voyageur spatio-temporel, d’ailleurs on a retrouvé la même DeLorean que dans le film «  Retour vers le futur » !

- Pas besoin de voyager dans le temps pour tuer avec une vieille balle, il suffit d’en voler une chez un collectionneur, rétorqua l’enfant en haussant les épaules.

- Pff, tu es bien comme ta mère… Toujours là pour ruiner mes super théories avec ta logique infernale.

- Hé ! C’est une baguette magique ?! demanda Flynn en l'agitant autour de lui.

- Oui ! Une enquête géniale dans le temple de la magie. Ta maman adorait cette boutique. Si tu veux, je t’y emmènerai demain.

- Génial ! Merci papa ! Et là, qu’est-ce que c’est ? Des vieux câbles électriques ?

- Ils étaient reliés à une bombe. C’est en les arrachant, que j’ai sauvé New-York.

- Tu as sauvé New-York ? Et tu ne l’as pas dit aux journalistes ?

- Non, comme Batman, je suis un justicier modeste.

- Maman n’a pas voulu que tu le dises à tout le monde, hein ?

- T’es sûr que tu n’es qu’un enfant de cinq ans ?

- Bah oui.

- Oh regarde ce truc, je l’ai piqué dans l’hôtel où on a séjourné à LA, quand ta maman a poursuivi un tueur jusque là-bas. Et ça, c’est le masque de « Lame solitaire » ; un vrai super héros, qui nettoyait les rues de New York. Il me l’a donné, quand il a définitivement raccroché le costume moulant. Oh ! Regarde ce truc !

- C’est juste une brique !

- Pas n’importe quelle brique, je l’ai piquée dans une maison hantée !

- Les fantômes n’existent pas.

- Bien sûr que si ils existent !

- Nan ! Si c’était le cas, maman serait venue nous voir!

- Pas si elle avait peur de nous effrayer.

- Mais je n’ai pas peur des fantômes !

- Alors c’est qu’elle n’est pas devenue un fantôme.

- Et ce truc-là, qu’est-ce que c’est ?

- Oh… ça ne marche pas…

- Qu’est-ce que c’est ? Je peux peut-être le réparer ?

- C’est un bidule qui appartenait à un homme qui disait venir du futur, mais c’est des bêtises. Il a passé un certain temps en asile psychiatrique.

- Je peux l’avoir ?

- Si tu veux, mais promets-moi de te contenter de démonter ce bidule et de laisser mon téléphone tranquille dorénavant.

- Promis !

- Bien, alors il est à toi. Allez viens maintenant, je crois avoir entendu la sonnette de la porte d’entrée, on va pouvoir enfin dîner.

Rick se dirigeait vers la porte, quand Flynn le rappela.

- Papa?

- Oui chéri?

- Est ce que maman a eu mal?

- ... Non... Pas d'après Lanie.

- Merci papa.

- De quoi ?

- D’avoir répondu à mes questions !

- Toujours mon bonhomme… Allez viens, dépêchons-nous, sinon ta sœur et ta grand-mère ne nous laisseront rien à manger !

- Oh oui ! Je meurs de faim !

- Moi aussi ! Je pourrais manger un éléphant !

- Papa, on n’a pas le droit de manger les éléphants !

- Mhm… T’as raison… Bon bah, je me contenterai d’une vache !

- Tu savais que les vaches pouvaient ronronner ?

- Non, elles peuvent ronronner tu dis ?

- Oui !

- Vraiment ? Comme les chats ?

- Vraiment ! C’est un son différent, mais oui, elles peuvent ronronner quand on les gratouille, comme les chats ! Je l’ai vu sur internet !

- Wah…

- Et on ne mange pas les chats parce qu’on aime bien les entendre ronronner !

- … Alors pourquoi mangerait-on une vache aussi adorable, n’est-ce pas ? Il va falloir que je pense à vérifier le niveau du contrôle parental, moi ! Pas de vache non plus alors ?

- Pas de vache non plus !

- Et le poulet ? Tu as déjà vu un joli poulet qui ronronnait ?

- Euh… Non... Il y a bien Chicken Little qui est mignon, mais il n’est pas réel.

- Parfait ! Alors on va pouvoir manger ce satané poulet jusqu’à ce qu’il se mette à ronronner ! A l’attaque ! Planquez-vous les poulets, les Castle arrivent !

- Qu’est-ce qu’il vous arrive ? Demanda Alexis en voyant son père débarquer dans le salon avec son frère sur les épaules en poussant de grands cris.

- On vient manger le poulet avant qu’il se mette à ronronner ! répliqua Castle.

- Qu’est-ce que c’est que cette nouvelle lubie ?

- Ne cherche pas à comprendre Trésor, connaissant ton père, c’est sûrement une longue histoire, rétorqua Martha qui dressait la table.

- Tu as raison, quand j’étais petite, il n’arrêtait pas de m’inventer des histoires toutes plus farfelues les unes que les autres, sourit Alexis.

- C’est vrai ? Et tu t’en souviens ? Demanda Flynn piqué par la curiosité.

- Pas toutes, mais je me souviens encore de mes préférées.

- Tu m’en raconteras une tout à l’heure ?

- Oui, si toi aussi, tu me racontes ta préférée.

- Deal !

Ils passèrent une agréable soirée en dégustant leur repas tout en se racontant et en mimant des histoires.  Lorsque le temps tourna à l'orage, ils en profitèrent pour se raconter des histoires un peu effrayantes en grignotant du popcorn.

Avant de se coucher ce soir-là, Flynn passa un moment à bricoler le bidule de l’homme du futur, puis s’endormit en rêvant de Marty McFly, du doc Emmett Brown et de sa chère maman.

 


Minefuji  (03.06.2015 à 17:53)

Chapitre cinq : Un seul être vous manque

 

- Bonjour chéri ! Lança Martha en arrivant en bas des escaliers. Tu as bien dormi malgré l’orage ?

 - J’ai dormi quelques heures, répondit Rick machinalement alors qu’il déposait deux autres pancakes sur une pile déjà bien grande, mais ça n’a rien à voir avec l’orage, cela fait un peu plus d’un an que c’est comme ça.

 - Tu devrais peut-être aller voir quelqu’un, suggéra la rouquine.

 - Un psy tu veux dire ? A quoi bon ? Il ne pourra pas me la ramener…

 - Oh Richard…

 - Laisse tomber, mère, elle est morte, c’est comme ça, rien ne la ramènera. Je dois faire avec, c’est tout. Je ne retrouverai plus jamais ce sentiment de plénitude et de bonheur que j’avais lorsque ma femme était encore en vie. Et si je me lève encore chaque matin, c’est pour le petit garçon qui dort là-haut.

 - Richard ! Ce n’est pas toi qui es mort ! S’énerva Martha. Tu dois vivre !

 - Ne t’en fais pas mère, les quelques années que j’ai vécues auprès de Kate ont été les plus merveilleuses de ma vie. Elle m’a apporté suffisamment de bonheur pour que je me contente de vivre le reste de ma vie en chérissant ces merveilleux souvenirs.

 - Trésor, on ne vit pas dans le passé, soupira Martha.

 - Je suis un écrivain, mère. Je fais partie de cette catégorie de personnes, qui vivent la plupart de leur temps dans leur imaginaire. Et mon imaginaire est plein de Kate. Elle vit dans ma tête et dans mon cœur et personne ne pourra me l’enlever tant que je vivrai. Alors ne t’en fais pas, mère, d’une certaine façon, je suis heureux.

 

Martha secoua la tête en soupirant. Elle était parfaitement consciente que Kate était l’amour de la vie de son fils, que personne ne saurait le combler autant qu’elle le comblait. Ce constat l’accablait, pour la première fois, elle se sentait impuissante face à la douleur de son fils.

 - Cosmo n’est pas encore debout ? S’étonna-t-elle en jetant un œil à sa montre, qui affichait déjà dix heures du matin.

 - Non, c’est vrai que c’est inhabituel, d'ordinaire, il est déjà en pleine action depuis plus de trois heures. D’autant qu’il y a eu un bel orage cette nuit et dans ces cas-là, il se précipite dans mon lit. Il a une peur panique de l’orage.

 - C’est curieux, je vais aller jeter un œil dans sa chambre, dit Martha en retournant vers les escaliers.

 - Dis-lui qu’une montagne de mes fameux pancakes l’attend, il en raffole, ça devrait le faire sortir du lit rapidement!

 - Entendu !

 

Rick dressa la table en attendant le retour de sa mère avec son fils. Il venait de déposer un pichet rempli de jus d’orange fraîchement pressé, quand les hurlements de sa mère le firent sursauter. Il se précipita aussitôt à l’étage et la rejoignit dans la chambre du petit.

 - Qu’est-ce qu’il se passe ?

 - C’est Cosmo ! Enfin Flynn ! Il n’est plus là !

 ***************

Ils avaient cherché l’enfant dans tout l’immeuble et ses alentours, il n’était nulle part. Ils avaient alors prévenu la police et le loft avait rapidement été envahi par une équipe du FBI. Alexis était revenue aussitôt, accompagnée par Ryan et le lieutenant Jones, qui ne cessait de lui assurer qu’ils allaient retrouver son petit frère et qu’il serait en parfaite santé.

Castle répondit aux questions des agents fédéraux encore et encore. Il lui semblait qu’il allait devenir fou.

 - Y aurait-il un endroit où votre enfant aurait pu vouloir se rendre seul ? Demanda l'agent chargé de l'enquête.

- Non… Il me l’aurait dit, répondit Castle dans un souffle.

 - Papa… Il lui est déjà arrivé de partir à l’aventure tout seul, rappela Alexis.

 - On n’était dans le Maine ! Il était allé faire un tour en forêt et je l’avais retrouvé en moins d’une heure ! Il sait que New-York est une trop grande ville pour qu’un petit garçon de son âge puisse s’y promener tout seul !

 - Il a peut-être eu envie…

 - Non chérie ! Il n’est pas parti à l’aventure !

- Comment peux-tu en être sûr ?

 - Bunny est encore ici.

 - Bunny ?

 - Son lapin en peluche. C’est sa mère, qui le lui a offert pour ses deux ans. Il ne va nulle part sans lui. Ce lapin est son meilleur ami, il ne le quitte jamais, à tel point, qu’il est à la limite de tomber en morceaux ! Il a déjà été rafistolé plus souvent que n’importe quelle peluche au monde. Quand Cosmo a été opéré de l’appendicite, l’infirmière a dû l’emballer dans un sachet, pour qu’il puisse le garder avec lui durant l’intervention. Voilà pourquoi je suis sûr qu’il n’est pas parti en balade à la recherche d’aventures, parce que dans ce cas-là, Bunny ne serait pas resté en plan sur son lit !

 - Comme Monkey Bonkey… Murmura Alexis.

 - Exactement !

 Les heures passèrent, sans nouvelle de l’enfant. C’était comme s’il s’était volatilisé. Debout devant la fenêtre de son bureau, Castle se sentait impuissant. Son regard se posa sur une des photos, posées près de son voilier. Une de ses photos préférées. On y voyait Kate, radieuse, qui tenait Cosmo dans ses bras, qui lui-même tenait Bunny. Elle venait de lui offrir, il avait encore les oreilles en un seul morceau et ses deux yeux étaient encore de la même couleur.

 - Kate chérie, murmura-t-il, où que tu sois, veille sur notre petit Caskett…

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Juillet en plein cœur de Manhattan.


L'été new-yorkais et sa chaleur étouffante... Rude journée. Interminable qui plus est.

Le lieutenant Beckett quitta l'habitacle de sa Crown Victoria, espérant trouver un peu de fraîcheur une fois hors de son véhicule, elle soupira de déception: l'atmosphère était aussi suffocante à l'extérieur qu'à l'intérieur.

Tandis qu'elle entrait dans son immeuble, son esprit vagabonda comme chaque jour vers celui qui hantait ses pensées. En ce moment, il devait apprécier la fraîcheur apportée par l'océan, confortablement installé sur sa terrasse avec elle. Avait-il avancé dans son écriture? Pensait-il un peu à elle? Était-il sérieusement amoureux?

Elle balaya ces questions en secouant énergiquement la tête et ouvrit la porte de son appartement.

Une vraie fournaise. Des cartons s'empilaient çà et là, elle n'avait pas encore pris le temps de terminer son emménagement et ce n'était pas avec une telle chaleur qu'elle en aurait la force ou l'envie. Elle jeta négligemment ses clés dans le vide poche et alluma le ventilateur. Même s'il ne faisait que brasser de l'air chaud, la légère brise qu'il créait donnait l'impression qu'il faisait un peu moins chaud. 

Elle se rendit dans la salle de bain, se déshabilla et se glissa sous la douche. Elle resta sous le jet d'eau fraîche un petit moment. Lorsqu'elle en ressortit, elle pensa à son alter égo de fiction, qui n'hésitait pas à rester nue pour se laisser sécher à l'air libre et se dit que seul Castle pouvait imaginer ne serait-ce qu'une seule seconde qu'elle était capable d'en faire autant. Elle chassa l'image de Castle et de son sourire suffisant de son esprit et revêtit  un tee-shirt et un short. 

Elle se rendit à la cuisine et se servait une boisson fraîche, quand on frappa à sa porte.

 Fichez le camp! Marmonna –t-elle entre ses dents. Elle n'avait qu'une envie: passer une soirée tranquille chez elle, seule avec ses bouquins et son projet secret. Certainement pas recevoir un intrus, qui n'avait pas eu la décence d'appeler pour lui demander si elle acceptait de le recevoir.

Nouveaux coups frappés contre la porte. Mais c'est qu'il insistait le bougre! Ne pouvait-il pas comprendre que si personne ne venait lui ouvrir cela voulait dire qu'elle était absente ou qu'elle n'était pas d'humeur à recevoir de la visite?

Beckett grogna d'agacement lorsqu'on frappa une nouvelle fois. 

 - KATE, je sais que tu es là, ta voiture est garée en bas dans la rue!

 Lanie. Le pot de glue version extra forte, du genre qui vous colle un gars de soixante-quinze kilos au plafond avec seulement quatre petits points de colle sous les chaussures.

Traînant les pieds et de mauvaise grâce, Kate consentit toutefois à ouvrir la porte.

 - Salut Lanie, soupira-t-elle.

 - Je t'en prie, cache ta joie! Lança la métisse en entrant dans l'appartement.

 - Mais vas-y bien sûr! Entre!

 - Tu n'as pas encore terminé de défaire tes cartons! Constata la légiste en ignorant le sarcasme de son amie.

 - Je le ferai... J'ai tout mon temps, après tout.

 - Mais qu'est-ce que tu fais de tes soirées? 

 - Rien de particulier... Je me détends...

 - Tu ne sais pas ce que ça veut dire se détendre. Ne me dis pas que tu ramènes des devoirs à la maison?!

- Meuhhh non! 

- Alors pourquoi le dossier de l'affaire du D.J. assassiné se trouve sur ta table de salon?

- Ok, j'admets l'avoir ramené pour terminer la paperasse... Mais on a eu plusieurs victimes la semaine dernière! J'ai pris du retard dans la paperasse.

- Eh ben tant pis! Elle attendra une accalmie chez les dingues et les truands! Tu passes déjà plus de temps que n'importe qui au poste, tu ne vas pas en plus faire ta paperasse sur ton temps libre!

- Oui Maman!

- Arrête ça tu veux? Je me fais du souci pour toi, ne me le reproche pas!

- Bah comme tu peux le constater, je vais bien.

 - C'est ça. Va plutôt te changer, je réserve une table chez Remy's, dit Lanie en sortant son téléphone.

 - Oh non, je n’ai pas envie de sortir!

 - Eh bah la prochaine fois, tu penseras à faire les courses. Je suis sûre que tes placards sont vides.

 - J’n’ai pas très faim.

 - Tu te forceras. Tu vas finir par avoir la peau sur les os! Je suis sûre que tu as encore perdu du poids cette semaine.

 - J'en sais rien, je ne me pèse pas. Mais ne t'en fais pas, je mange.

 - Tu grignotes, nuance!

 - On pourrait se faire livrer, proposa Kate.

 - Pour manger où? Il y a du bazar partout!

 - N'exagère pas tout de même.

 - File te changer, tu n'as pas le choix de toute façon.

 

Beckett soupira et se rendit de mauvaise grâce dans sa chambre. Adieu soirée pépère avec un bon bouquin, Lanie la tornade était de la partie!

 


Minefuji  (04.06.2015 à 20:18)

Chapitre six : soirée entre filles

 

- Enfin! Tu en as mis du temps! S'écria Lanie en voyant son amie revenir.

 Kate roula des yeux, agacée. Pourquoi devrait-elle être  aussi  enthousiaste que son amie à l'idée de sortir? Elle était pantouflarde et le revendiquait haut et fort. On pouvait être parfaitement heureuse ainsi. Lanie devrait déjà se réjouir  qu'elle se laisse embarquer dans cette sortie impromptue.

Elle avait opté pour une tunique légère et un pantalon fluide, histoire de ne pas trop souffrir de la chaleur.

 - Tu aurais pu mettre une robe et du rouge à lèvres.

 - J’avais envie de mettre un pyjama, tu devrais être contente que je ne l’aie pas fait, grogna Beckett. Et puis, tu m'emmènes manger, à ce que je sache, pas draguer.

 - On pourrait faire d'une pierre deux coups!

 - Lanie, soupira Kate.

 - Bah quoi? C'est pas parce que tu t'es rendue compte que tu as un béguin pour Castle, que tu n'as pas le droit de t'amuser un peu! Dois-je te rappeler qu'il est parti dans les Hamptons bras dessus bras dessous avec son ex-femme? Tu crois qu'ils font quoi là-bas? Qu'ils jouent au Scrabble? 

 - Il est parti pour écrire. Et puis... Je n'ai pas de béguin pour Castle.

 - C'est ça et moi j'ai mis mes escarpins pour faire une soirée pantoufle avec ma meilleure amie.

 - Appelle-la, je suis sûre que ça lui fera plaisir de te voir, siffla Beckett.

 - Katherine Beckett! Ça c'est bas! 

 - ... Ouais... Excuse-moi.

 - Mhm... Tu me paieras un dessert pour te faire pardonner, répliqua Lanie en la prenant par le bras pour l'entraîner hors de l'appartement.

 

*********

 

- Je croyais qu'on allait chez Remy's, s'étonna Beckett alors que son amie l'entraînait dans un bar à la mode.

 - Changement de plan, il n'y avait plus de table chez Remy's avant deux bonnes heures.

 - Et... ? S'il te plait Lanie, ne me dis pas que tu veux qu'on patiente dans ce bar pendant deux heures! La supplia Kate.

 La métisse sourit devant la détresse sincère, qui s'affichait sur le visage de son amie.

 - Ça aurait été super drôle de te le faire croire, mais non. Je sais quel effort cela t'a demandé de me suivre jusqu'ici, alors je ne vais pas te faire souffrir davantage. Nous allons dîner ici, ils servent des sandwichs et des salades aussi. Vu ton appétit ces derniers temps, ça fera l'affaire.

 Kate sourit soulagée. Avec un peu de chance, la soirée ne s'éterniserait pas. Quoique... Avec Lanie, cela relevait de la fiction. Kate jeta un oeil autour d'elles, le bar était rempli de monde, à croire qu'elle était la seule pantouflarde de New York.

Une fois installées à une table, la conversation entre les deux amies reprit, d'abord au sujet de la météo, puis des articles qu'elles avaient chacune repérés dans les boutiques à la mode histoire d'être prêtes avant les soldes.

Beckett se dit qu'elle avait eu tort de soupçonner son amie d'être venue la retrouver pour l'inciter une nouvelle fois à draguer le premier beau gosse venu afin d’oublier le fait que Castle l'avait laissée en plan pour passer l'été en compagnie de son ex-femme.

 - Wah! Regarde le type qui vient de passer la porte. Il est plutôt beau gosse.

  Ah ben non, ses soupçons étaient parfaitement fondés ! Maudite Lanie ! Voilà, qu’elle venait de chausser ses gros sabots. Kate étouffa un grognement. Que n'aurait-elle pas donné pour lui faire passer l'envie de la pousser dans les bras du premier venu!

 - Lanie,  et si tu changeais de sujet avant de me donner encore plus l'envie prendre les jambes à mon cou et de te laisser en plan? Maugréa Beckett.

- J'essaye seulement de te faire retrouver le sourire, se défendit la métisse. Ça fait plus d'un mois que tu tires une tête de six pieds de long.

- N'importe quoi.

 - Tu oses nier?! Les gars n'osent même plus prononcer un certain nom, de peur de se faire expédier sur Mars !

 - Il ne faut pas exagérer, tout de même !

  - Moi j’exagère ?! Ils n'osent même plus plaisanter avec toi par peur de ta réaction !

 - Ils sont venus se plaindre auprès de toi ?! S’étrangla Beckett.

 - Ils se font du souci pour toi ! Les défendit Lanie. Je ne sais pas si tu t’en rends compte, mais depuis que Castle est parti, tu es insupportable !

 - Je suis flic, pas clown ! Mon travail consiste à arrêter les tueurs et apporter la justice pour les victimes et leurs familles, pas à faire des blagues au goût douteux !

 - Ce n’est pas ce qu’on te demande, mais pour certains, plaisanter est un moyen de gérer le stress…

 - D’accord, je ferai plus attention, mais il est hors de question de transformer le poste en cour de récréation !

 - Parce que ça te rappellerait trop l’époque où Castle était là ?

 - Non mais tu vas me lâcher avec Castle ?!

 - Il te manque, reconnais-le.

 - IL NE ME MANQUE PAS DU TOUT! JE ME FICHE PAS MAL DE CE QU’IL FAIT ! JE N’EN AI RIEN À FAIRE DE LUI ! IL PEUT RESTER DANS SES HAMPTONS AVEC SON EX-FEMME ET SES FETES AUTOUR DE SA FANTASTIQUE PISCINE ! MOI, CA ME FAIT DES VACANCES !

 - Eh bien, pour quelqu’un qui s’en fiche, je trouve que tu t’énerves facilement !

 - Lanie, s’il te plait, soupira Kate en se dégonflant aussi rapidement qu’elle s’était emportée.

 - Ecoute, ce que je veux dire, c’est que ça n’est pas parce que ton écrivain n’est plus là, que tu dois te renfermer comme ça dans ta coquille… Tu es jeune, tu as le droit de profiter de la vie !

 - J’y suis bien moi dans ma coquille ! rétorqua Beckett. Là au moins, je ne risque pas de me prendre une claque en pleine figure comme l’autre jour !

 - Il t’avait proposé de l’accompagner là-bas, c’est toi qui a refusé, je te rappelle !

 - Et vue la vitesse à laquelle il m’a remplacée par son ex-femme, j’ai bien fait ! Ce n’est qu’un coureur ! Il n’a pas changé !

 - Tu ne crois pas que tu exagères ? Tu sortais avec Demming !

 - Tu crois que je ne m’en mords pas déjà les doigts ?! S’énerva Beckett. Mais le temps que je me rende compte que sa proposition était sérieuse et que je rompe avec Demming, il avait déjà remis le couvert avec son ex !

 - Oh…Kate… Souffla Lanie en réalisant ce que son amie venait de lui avouer à demi-mots. Ne me dis pas que…

 - Eh bien je ne te le dis pas ! De toute façon à quoi ça servirait ? J’ai eu ma chance, je n’ai pas su la saisir.

 - …

 - Excuse-moi, mais j’ai besoin d’être seule, termina Kate en se levant pour quitter le bar sous le regard triste de sa meilleure amie.

 

Lorsque la détective arriva sur le trottoir, un éclair zébra le ciel et quelques gouttes commencèrent à tomber.

 - Il ne manquait plus que ça, marmonna-t-elle.

 La pluie devint très vite torrentielle. Il fallait qu’elle se trouve un taxi rapidement ou elle serait trempée jusqu’aux os. Soudain, un taxi providentiel apparut à l’angle de la rue, elle leva les bras en l’air, comme une désespérée en criant pour qu’il s’arrête.

Le véhicule se stoppa devant elle et la porte arrière s’ouvrit.

 - Oh ! S’étonna-t-elle en découvrant qu’un passager occupait déjà le véhicule.

 - Montez, dit le passager, il y a suffisamment de place pour deux.

 - Merci…

 - Josh Davidson, se présenta le passager.

 - … Katherine Beckett, répondit-elle en prenant place dans le véhicule.

 - Enchanté Katherine ! Alors, dites-moi, où peut-on vous déposer ?

Elle referma la portière et le véhicule redémarra.

 

*************

Il était à peine sept heures du matin et le thermomètre affichait déjà 23 degrés. L’orage qui avait éclaté la nuit précédente n’avait guère rafraichi l’atmosphère. Voilà qui promettait encore une journée infernale.

La Crown Victoria du lieutenant Beckett déboula à pleine vitesse à l'angle de la sixième et de la neuvième où elle avait été appelée sur une scène de crime.

La nuit avait été difficile, elle avait très peu dormi, aussi avait-elle pris le temps d'aller se chercher un café. Seulement, elle n'avait pas prévu que cela lui prendrait autant de temps. Pourquoi avait-il fallu que tous ces gens aient la même idée qu'elle au même moment?

Bref, Beckett, qui n'aimait pas faire attendre ses équipiers, avait dû mettre le turbo pour rattraper le temps perdu. La suite des événements lui confirma ce que son intuition lui disait depuis que l'appel d'Esposito l'avait tirée du peu de sommeil qu’elle avait trouvé: cette journée serait très longue et très mauvaise pour elle.

Un camion apparut soudain dans son champ de vision, elle pila et le couvercle du gobelet de café qu’elle tenait dans une main sauta comme un diablotin hors de sa boîte. Son précieux breuvage se déversa alors sur sa chemise. Elle cria sous l’effet de la brûlure et se gara en marmonnant une jolie suite de jurons. Elle sortit de sa Crown Victoria et essuya les dégâts comme elle le put.

 Non loin de là, Ryan, qui l'avait vue arriver, prévenait ses collègues que leur chef serait d'une humeur massacrante.

 - Ce qui ne changera pas des autres jours, fit remarquer Esposito. Elle est d'une humeur exécrable depuis que Castle est parti dans les Hamptons avec son ex-femme.

 - C'est dans combien de temps l'automne déjà? Demanda Ryan, qui n'en pouvait déjà plus du retour de l'ancienne Beckett.

 - Pourquoi voudrait-il revenir? Il a déjà assisté à plus d'enquêtes qu'il ne lui en faudrait pour écrire une vingtaine de bouquins et apparemment il a choisi de se remettre avec son ex-femme.

 - Ouais... N'empêche qu'elle était plus marrante avec Castle dans les pattes...

 - Vous n'avez pas fini les deux commères? Râla Lanie.  

 - C'est l'hôpital qui se fiche de la charité! S'exclama Ryan. Hier encore, tu n'arrêtais pas de...

 - Sssssshhhhhhh! L'interrompit la légiste en agitant les mains de façon hystérique. Hier je ne m'étais pas encore pris la tête avec Beckett au sujet de Castle. Et croyez-moi les gars, vous n'avez pas envie de vivre la scène qu'elle m'a fait vivre hier soir!

- C'était si moche que ça?

- Elle m'a laissée en plan devant nos club-sandwichs.

 

 Après un bref moment de recueillement devant la bande jaune de la scène de crime, Beckett s'approcha d'eux.

 - Salut vous trois. Qu'est-ce qu'on a? 

 - Multiples plaies par balles au thorax et une en pleine tête, expliqua Lanie en désignant les différentes blessures sur la victime, qui gisait près d'elle.

 - Certainement un règlement de compte, supposa Esposito.

 - On sait qui est la victime?

 - Non, il n'avait pas de papiers sur lui, répondit Ryan, mais je vais faire le tour du quartier avec sa photo pour voir si quelqu'un le connaissait.

 Beckett hocha la tête et Ryan s'éloigna rapidement avant de se prendre une des remarques dont elle avait le secret depuis quelques temps.

- Je vais voir ce que font les gars en uniformes! Dit aussitôt Esposito.

 - J'ai un tee-shirt de rechange dans la camionnette, si ça t'intéresse, proposa Lanie à son amie.

 - Pas la peine, merci. Avec cette chaleur, ma chemise sera vite sèche, répondit machinalement Beckett en passant en revue chaque recoin de la ruelle.

 - J’ai essayé de te rattraper hier soir, mais quand je suis sortie du bar, à peine cinq minutes après toi, tu avais déjà disparu et il pleuvait des cordes.

 - Un type en taxi a eu pitié de moi, expliqua la détective en passant la scène de crime en revue.

 - Un type en taxi ?

 - Oui, il était seul, alors il m’a proposé de partager le taxi.

 - Et tu as accepté ?!

 - Nous n’étions pas tout seuls, il y avait le chauffeur… Et puis il pleuvait des cordes !

 - Ils auraient pu être complices ! Deux tarés, qui écument les rues de New York à la recherche de chair fraîche…

 - Lanie, tu lis trop de romans policiers ! Soupira Beckett. Et puis tu oublies que j’ai mon flingue.

- Tu sors dîner avec ton arme ?! Wah ! Sexy !

 - Tu n’as pas des constatations à faire sur le corps, lui rappela la détective en penchant la tête sur le côté.

 - Ça va? S'enquit Lanie intriguée par l'attitude étrange de son amie qui semblait chercher quelque chose.

 - Tu as remarqué quelque chose? Demanda Esposito qui revenait vers elles.

 - Heu... Je... Ne sais pas... C'est une... J'ai une drôle d'impression... Comme s'il y avait quelqu'un...

 - Il n'y avait personne ici quand on est arrivés, dit Esposito, personne n'a osé sortir de chez lui quand il y a eu les tirs. Les gens se sont contentés d'appeler le 911. 

 - Et pourtant... Là ! Quelque chose vient de bouger, s'écria  Beckett en s'approchant d'un tas de cartons près d'une poubelle.

 - Sûrement un rat, répliqua le latino dans un haussement d’épaules.

 Sans prêter attention aux propos de son collègue, Kate souleva quelques cartons et découvrit un petit garçon recroquevillé sur lui-même en position fœtale.

L’enfant releva aussitôt la tête et son regard croisa celui de la détective. Ils restèrent un instant ainsi figés. Une seconde d’éternité.

 - Hé! Qu'est-ce que tu fais là bonhomme? Demanda-t-elle finalement d'une voix douce.

 L'enfant se précipita dans ses bras, comme s'il la connaissait parfaitement.

 - Maman! C’est toi !?

 - ...

 - Je le savais ! Je le savais bien, moi, que je te retrouverais!


Minefuji  (05.06.2015 à 20:44)

Chapitre sept : Tombé du ciel

Les pieds ballants à quelques centimètres du sol, l’enfant ne quittait pas des yeux la porte par laquelle Kate avait disparu quelques temps auparavant après lui avoir promis de revenir.

Des gens qu'il ne connaissait pas lui avaient parlé pendant un long moment, mais il avait tenu bon et avait suivi à la lettre les recommendations de son papa: ne pas parler aux inconnus, ne rien accepter de leur part et surtout ne jamais les suivre où que ce soit sans que ses parents en soient avertis. Sa maman l'avait laissé dans cette pièce, il y resterait jusqu'à son retour!

Il jeta un œil autour de lui et passa la pièce dans laquelle il se trouvait en revue. Des stores aux fenêtres, des murs jaunâtres, plusieurs portes, mais toutes fermées. En face de lui, une banquette au confort spartiate et une table basse, des casiers contre le mur du fond et pour finir, une table et quatre chaises. Cette pièce ressemblait à celle qu’il avait visitée la veille en compagnie du capitaine Ryan, à quelques détails près...

Sur la table, il y avait des sandwichs et un verre de lait qu'une dame en uniforme avait déposés pour lui. Il n’y avait pas touché. Et puis de toute façon, il n’avait pas faim.

Il poussa un profond soupir. Depuis combien de temps attendait-il ? Au moins mille heures ! Comment sa maman pouvait-elle supporter de rester aussi longtemps loin de lui ? Il savait qu’elle avait du travail et qu’il était très important, mais lui aussi l’était. Il se souvenait qu’elle lui disait quand il était petit, que rien n’était plus important que lui et son papa à ses yeux.

L’une des portes s’ouvrit. Tout sourire, il sauta sur ses pieds, prêt à se jeter dans les bras de sa chère maman. Un homme entra dans la pièce. Il était assez grand, chauve et portait un costume strict. Un autre homme entra à son tour. L’enfant se pencha pour tenter d’apercevoir sa maman derrière eux, mais elle n’était pas là.

- Bonjour mon garçon, dit le premier, il paraît que tu as piqué une crise tout à l’heure. Est-ce que tu es calmé ?

- Je ne voulais pas aller avec ces gens, se contenta de répondre le garçonnet.

-  Mais ça n'était pas une raison pour mordre et frapper des policiers.

- Je leur avais dit que je ne voulais pas les suivre! Ils ne m'ont pas écouté! Mon papa m’a dit de ne pas suivre les gens que je ne connais pas.

- C'est un bon conseil... Même les policiers ?

- Il dit qu’ils peuvent être des faux policiers. Les faux policiers c’est les pires ! Ils tendent des pièges et tuent les gens !

- Ton papa a connu des faux policiers ?

- Normalement, je ne dois pas vous parler, vous aussi vous êtes un inconnu !

- Je suis le capitaine Montgomery et voici le docteur Bell. Tu peux nous faire confiance.

- Je ne suis pas malade et ce n’est pas moi le meurtrier !

- Je n’ai rien dit de tel, sourit Montgomery, impressionné par l’aplomb de cet enfant malgré son jeune âge.

- Où est ma maman ?

- Si tu me disais ton nom, je pourrais tenter de la joindre, dit le capitaine. Tu connais peut-être son numéro de téléphone ?

- Je connais l’ancien, mais il n'est plus en service et je ne sais pas si elle en a un nouveau… Mais pourquoi vous voulez lui téléphoner alors qu’elle est ici ?

- Elle est ici ?

- Bah oui, elle cherche le méchant qui a tué le monsieur.

- Comment s’appelle ta maman ? demanda le capitaine étonné.

- Ben Maman !

- C’est comme ça que tu l’appelles, mais elle doit bien avoir un autre nom, les autres ne doivent pas l’appeler maman, répondit gentiment le capitaine.

- Papa l’appelle chérie parfois.

- Je te parle de son vrai nom, reprit patiemment le capitaine. J’ai deux filles, elles m’appellent papa, ma femme m’appelle chéri, mais mon vrai nom est Roy Montgomery, c’est comme ça que les autres m’appellent.

- Ils vous appellent aussi Capitaine ! Ma maman, les gens l’appellent aussi parfois « Capitaine » et il y en a même, qui l’appellent « Sénateur » ! Et puis, Grand-mère l’appelle Darling ou Trésor Marraine l’appelle Honey ou Girl et Grand-père l’appelle Katie. Elle a plein de noms ma maman !

- On n’y arrivera pas, soupira Montgomery en secouant la tête.

L’enfant éclata de rire.

- Vous êtes marrant Capitaine Montgomery ! Ma maman, elle s’appelle Katherine Beckett !

- Tu te payais ma tête garnement ! S’étrangla Montgomery. … Attends, Katherine Beckett?

- Mhm-Mhm !

- Je connais Katherine Beckett, elle est lieutenant, pas capitaine, ni sénatrice et elle n’a pas d’enfant, dit le capitaine en prenant un air sévère, alors si tu arrêtais de te payer ma tête et que tu me disais comment tu t’appelles vraiment.

- Je ne me moque pas de vous, se fâcha l’enfant. Katherine Beckett est ma maman et je veux la voir !

- Le lieutenant Beckett est occupé.

- Je veux la voir ! Je suis plus important que son travail ! Elle me l’a dit !

- Ecoute bonhomme, soupira le capitaine…

- Je ne suis pas votre bonhomme ! Je veux ma maman ! Et si vous n’allez pas la chercher, je vais retenir ma respiration et si je deviens tout rouge, ça sera de votre faute ! S’énerva l’enfant en croisant les bras contre sa poitrine.

Roy Montgomery observa le petit garçon, il avait le regard noir et l’air buté… Ce qui n’était pas sans lui rappeler l’un de ses lieutenants. Serait-il possible qu’elle ait eu un enfant caché ? Il se souvenait qu’elle avait été absente plusieurs mois quelques années auparavant… L’enquête sur le meurtre de sa mère l’avait conduite au bord de la dépression, elle avait dû suivre une thérapie avant de décider de laisser tomber ses recherches.

- Où est ma maman ? Tonna de nouveau l’enfant.

- Pas la peine de retenir ta respiration, dit le capitaine en levant les mains en signe de reddition. Je vais la chercher ! En attendant, reste avec le docteur Bell, d’accord ?

- D’accord, mais si je sois encore attendre mille heures, je vous préviens, j’irai la chercher moi-même !

- Elle sera là avant, promit le capitaine Montgomery en souriant.

- Capitaine ! Le rappela l’enfant.

- Oui ?

- Mille heures, c’est une façon de parler ! Je sais lire l’heure, mon papa m’a appris. Je voulais juste dire que j’ai déjà attendu trop longtemps et que j’en ai assez !

- Toi, tu n’es pas ordinaire, comme petit garçon ! Elle sera là bientôt, tu devrais manger tes sandwichs en attendant.

***********

En sortant de l'ascenseur, Ryan et Esposito trouvèrent Beckett devant le tableau blanc, qu'elle avait déjà commencé à remplir.

-Yo Beckett!

- L’enquête de voisinage vous a appris quelque chose ? Demanda-t-elle.

- Non. Ils ont tous préféré se calfeutrer chez eux, plutôt que de tenter de voir ce qu’il s’était passé, répondit Ryan.

- Et pour l’enfant ?

- Tu nous avais caché ça Beckett, plaisanta Esposito.

Une mauvaise idée, qui lui valut de se faire fusiller du regard en bonne et due forme.

- A ce propos où est-il ? Demanda Ryan, quand on est parti, il était fermement accroché à ton cou. Tu as finalement réussi à le décoller?

- Ça n'a pas été sans mal, soupira Kate en se rappelant les cris du petit garçon, quand les personnes des services sociaux étaient arrivées peu avant et que des policiers en uniforme avaient dû lui faire lâcher prise. Il est dans la salle de repos. Le capitaine devait aller le voir avec le psy pour essayer de savoir s'il a vu quelque chose…Mais étant donné son âge, je doute qu'il puisse être un témoin très fiable.

-En tout cas, il n’est pas du quartier, annonça Ryan, c’est tout ce qu’on peut dire !

- Alors il faut trouver qui il est pour pouvoir prévenir ses parents et savoir ce qu’il faisait là, dit Beckett.

- Mais enfin, nous savons qui est sa maman, plaisanta Esposito en désignant Beckett avant de se faire de nouveau fusiller du regard par la détective.

- Bon ! Tant qu’on ne saura pas qui il est, on ne pourra prévenir personne, grogna Beckett, mais Espo vient gentiment de se proposer d'aller voir les fédéraux pour éplucher les dossiers des enfants disparus. Quelqu'un doit bien chercher cet enfant. En attendant, les services sociaux se chargeront de lui.

- Pas tout à fait, lança la voix du capitaine Montgomery derrière elle.

- Monsieur? Interrogea Beckett en se retournant.

- J'ai eu le directeur du service de l'enfance au téléphone. Visiblement cette affaire ressemble à un règlement de compte et cet enfant en est le témoin. Il doit être mis sous protection policière, le temps que nous arrêtions le tueur, expliqua le capitaine avec un regard plein de sous-entendus.

Beckett se tourna vers les gars.

- Alors? Ryan, tu t'en charges ou vous tirez à la courte paille?

- Woaw ! Wow ! Wow! Il n'est pas question que je joue les baby-sitters! Avertit Esposito.

- Et pourquoi ce serait moi? Rétorqua Ryan.

- Tu es le plus qualifié pour t'occuper de lui, répondit Beckett comme une évidence. Tu es patient, attentionné…

- Ça n'est pas parce qu'Esposito a le Quotient émotionnel d'une cannette de soda que je dois forcément m'occuper du gamin! Se défendit Ryan.

- Tu sais ce qu'elle te dit la cannette de soda? Grinça le latino.

- Calmez-vous les gars, Beckett s'occupera du gamin, intervint le capitaine.

- Chef?! S'offusqua cette dernière en sursautant comme si on lui avait piqué les fesses.

- Il a été très clair, il veut que ce soit vous. Il vous aime bien.

- Ne me dites pas que ce gosse est un ami du maire !

- Le maire n’a rien à voir dans cette affaire, lui assura le capitaine, mais il sait se montrer très persuasif.

- Mais chef...

- Et puis... Vous êtes la meilleure, ajouta-t-il avec un petit sourire.

- C’est que je viens juste d'emménager! Je n'ai pas le temps de m'occuper de lui! Tenta la détective.

- Ça va faire trois semaines que vous avez emménagé, cette excuse n'est pas recevable.

- Mais qu'est-ce que je vous ai fait? S'énerva-t-elle. D'abord vous me refilez Castle et maintenant ce gamin?!

- Et grâce à vous, Castle est toujours en vie! Le département vous en est infiniment reconnaissant, assura Montgomery. Après avoir veillé sur un énergumène comme Castle pendant deux ans, surveiller un vrai petit garçon sera un jeu d'enfant pour vous.

- Mais chef! Tenta de nouveau Beckett alors que le capitaine retournait dans son bureau en faisant la sourde oreille.

- Oh ! J’allais oublier, vous devriez vous dépêcher d’aller rejoindre votre petit protégé avant qu’il ne mette sa menace à exécution et ne commence à retenir sa respiration, ajouta le capitaine en repassant la tête par l’entrebâillement de la porte de son bureau.

- Puis-je vous rappeler que j’ai du travail ? On a un meurtre à résoudre ! Ronchonna Beckett.

- Laissez-ça à vos deux acolytes, il est temps qu’ils apprennent à se débrouiller un peu sans vous !

Kate soupira lorsqu'il referma sa porte et se tourna vers les gars. Ils se retenaient difficilement de rire. Les commentaires qu'ils se retenaient de faire devaient les brûler de l'intérieur.

- Oh fermez-la! Siffla-t-elle avant de s'éloigner d'un pas agacé.


Minefuji  (06.06.2015 à 18:19)

Chapitre huit :

 

- Mais on n’a rien dit ! Se défendit aussitôt Ryan en gardant difficilement son sérieux.

 - Alors arrêtez de penser aussi fort ! Claqua-t-elle avant de s'éloigner d'un pas agacé.

 - Tu sais quoi ? demanda Ryan en se tournant vers son partenaire.

 - Nan, mais tu vas me le dire…

- Je crois que Castle avait raison, elle a des pouvoirs de Jedi !

- Alors ferme ton esprit humain, répliqua Esposito en agitant les mains et en prenant un air mystérieux.

- C’est ça ! En tous cas, on a intérêt à se mettre au boulot, parce qu’elle va nous attendre au tournant… Et Montgomery aussi !

- T’as raison. Bon, je vais aller faire un petit tour chez les fédéraux alors, annonça Esposito en attrapant les clés de son véhicule. J’espère qu’ils vont se montrer coopératifs.

 - Amuse-toi bien !

 

**************

 

Beckett était furieuse. Comment le capitaine Montgomery pouvait-il lui faire un coup pareil ? Elle était la meilleure enquêtrice de la douzième ! Sa place était sur le terrain pour enquêter et obtenir la justice pour la victime et sa famille! Elle n’était pas qualifiée pour jouer les baby-sitters !

Elle n’avait jamais eu de petit frère, n’avait jamais gardé d'enfants pour augmenter son argent de poche quand elle était adolescente et n’était vraiment pas de celles qui craquaient littéralement en voyant des gamins jouer dans les parcs !

Non vraiment, là, le capitaine exagérait ! Qu'est-ce qu'il espérait?  La pousser à bout pour  la forcer à prendre ses vacances? Elle n'avait pas envie d'être en vacances! Peut-être que si Castle n'était pas reparti avec son ex... Elle grommela. Parviendrait-elle un jour à le sortir de ses pensées?

Elle arriva près de la salle de repos où l’enfant avait été installé et soupira bruyamment.

 - Comment-va-t-il? Demanda-t-elle alors que le psy sortait de la salle de repos.

 - Il veut sa maman. Il ne répète que ça. 

 - Si c’est de moi dont vous parlez, je ne suis pas sa mère. Je n’ai jamais eu d’enfant.

 - Peut-être, mais pour lui, vous êtes sa maman.

 - Si ça avait été le cas, je pense que je m’en souviendrais, marmonna la détective.

 - Je ne dis pas le contraire, mais … Ecoutez… Il est désorienté, perturbé… Il pense sincèrement que vous êtes sa maman. Vous devez sans doute lui ressembler un peu.

La détective leva les yeux au ciel, elle allait entendre parler de cette histoire pendant des semaines! Elle imagina même la tête de Castle quand il l’apprendrait, parce qu’il ne faisait aucun doute qu’il l’apprendrait. Il n'allait pas la louper, elle en aurait mis sa main à couper!

- … Il ne manquait plus que ça, soupira-t-elle. Vous a-t-il dit au moins comment il s’appelle ?

- Non… Son papa lui a interdit de parler aux inconnus. Il s’est payé la tête de votre capitaine, avant de dire que sa maman s’appelait Katherine Beckett et qu’elle était policière.

- Génial ! marmonna la détective... Et physiquement, comment va-t-il? 

 - Physiquement, il va bien. Il doit certainement commencer à avoir faim, puisqu’il n’a rien avalé depuis hier soir au moins et qu’il n’a pas voulu toucher au sandwich qu'on lui a apporté. Il est têtu... Très têtu!

 - C'est bien ma veine, soupira Beckett.

 - C'est vous qui allez-vous occuper de lui le temps qu'on retrouve sa famille?

 - On dirait bien... On ne m’a pas laissé le choix…

 - Alors bon courage! D'habitude je me débrouille bien avec les enfants, mais là! ... Je n'ai même pas réussi à lui décrocher un sourire.

 - Vous êtes idiot ou vous avez la mémoire d'un poisson rouge? Siffla Beckett. Un homme a été assassiné sous ses yeux! Comment voulez-vous qu'il ait envie de sourire?

 - ... C’est vrai, déglutit le psy mal à l’aise… En tous cas, si vous avez besoin d’aide…

 - Je me débrouillerai, merci, claqua la détective.

 Elle s'avança vers la porte, frappa quelques coups discrets avant de passer la tête dans l'embrasure. L'enfant releva la tête et son visage s'éclaira dès qu'il la vit.

 - Maman!

 - Oui … Euh... Il faut qu’on parle…

 Elle s'approcha de lui, tandis qu'il se précipitait vers elle. Elle cherchait ses mots. Il fallait qu'elle lui fasse comprendre qu'elle n'était pas sa maman sans qu'il se sente rejeté.

 - ... Tu peux m'appeler Kate, dit-elle en s'agenouillant devant lui.

 - Kate?

 - Oui... Euh... Je... Ecoute, je ressemble peut-être à ta maman, mais je ne suis pas elle, tu comprends?

 - Tu n'es pas ma maman? Mais tu es comme elle et tu t'appelles aussi Kate! Je n’ai pas oublié ton visage, tu sais ?

 - Ecoute… Il y a beaucoup de femmes à New York qui s'appellent Kate. Et puis, regarde bien, il doit bien y avoir quelques différences entre elle et moi, non ?

 L’enfant fronça les sourcils et pencha la tête sur le côté, il semblait réfléchir intensément. Doucement, il approcha sa petite main d’elle et caressa ses cheveux, puis son visage.

 - ... Tes cheveux sont pas pareils... Les siens sont bouclés, murmura-t-il.

 - Ah tu vois? Je ne suis pas ta maman.

 Des larmes inondèrent aussitôt les yeux du petit garçon. 

 - Non! Ne pleure pas! S’il te plait ! Je vais la trouver ta maman! 

 - C'est vrai? Hoqueta-t-il en essuyant vaillamment ses larmes.

 - Bien sûr! Je suis policier! C'est le travail des policiers de trouver les gens.

 - Ma maman aussi est policière, dit-il en esquissant un sourire.

 - Voilà un bon point de départ pour mes recherches, sourit la détective. Et si tu me disais comment tu t'appelles. 

 - Flynn.

 - Flynn comment?

 - Flynn Rodgers.

 - Bien, Flynn Rodgers! Enchantée de faire ta connaissance! Dit Kate en lui tendant la main.

Au lieu de prendre la main qu'elle lui tendait, il se jeta à son cou et se serra contre elle. Légèrement déstabilisée, Kate hésita une seconde avant d’étreindre à son tour le petit garçon. Etrangement, cette étreinte lui sembla naturelle, elle se sentait bien, tellement bien là contre lui.

De son côté, Flynn savourait le doux parfum de cerise, qui émanait de sa maman. Car elle était bien sa maman, il n’avait aucun doute là-dessus.

Seulement, elle ne semblait pas se souvenir de lui. Peut-être que quand les gens se réincarnaient, ils perdaient la mémoire... Et il ne pouvait pas lui annoncer de but en blanc qu’elle s’était réincarnée. Elle avait aussi du oublier  qu'elle avait été tuée. De plus, il savait qu'elle ne croyait pas à ce genre de choses, elle était bien trop terre à terre. Son papa lui avait déjà raconté à quel point elle était obtuse dès qu’il s’agissait de phénomènes paranormaux.

A cette pensée, il se souvint de la promesse qu'il avait faite à son père. Il devait lui dire qu'il avait retrouvé sa maman et qu'elle s'était réincarnée en lieutenant de police. Décidément, elle devait vraiment beaucoup aimer ce métier !

Il en était certain, il n'y avait que son père, qui pouvait entendre son histoire et y croire. Lui, il croyait à la magie, au surnaturel et à tout ce qui était mystérieux.

Oui, il devait l’appeler.

Et en attendant, il devrait agir comme s'il ne la reconnaissait pas, pour ne pas la brusquer, même si c'était très difficile.

 Il s'aperçut soudain qu'elle s’était légèrement écartée de lui et le fixait, elle semblait attendre qu'il lui parle. Elle avait dû lui demander quelque chose et il était tellement perdu dans ses pensées, qu'il ne l'avait pas entendue.

 

- ... Quoi? Demanda-t-il aussitôt.

- Est ce que ça va? Répéta Kate.

- Euh oui…

- Tu es sûr ?

- Oui ! Oui ! C’est juste que je… J’aimerais appeler mon papa… Je peux avoir un téléphone ?

- Tu connais son numéro ? Demanda Kate en se disant que ses collègues auraient pu commencer par ça.

 - Oui, bien sûr ! Je suis un garçon très raisonnable !

 - Je n’en doute pas, sourit Kate en lui tendant son téléphone, tiens !

 - Merci !

 Flynn pianota le numéro de son père sur les touches du portable, puis attendit.

 - Bizarre…

 - Qu’est-ce qu’il y a ? Demanda Kate alors que l’enfant éloignait l’appareil de son oreille.

 - La dame dit que le numéro n’est pas attribué…

 - Tu t’es peut-être trompé de numéro, dit-elle.

 - Je vais recommencer.

 Malheureusement, le résultat fut le même.

 - C’est pas grave, le consola-t-elle. On va le trouver ton papa. Et si tu me disais comment il s’appelle ?

 - Il s’appelle Rodgers.

 - Et son prénom ?

 - Richard. Il s’appelle Richard Rodgers.

 - …

 Kate fronça les sourcils et ses lèvres se pincèrent. Elle se releva aussitôt et quitta la pièce pour se précipiter dans le bureau de son capitaine.

 

- Ok ! Fini la plaisanterie ! S’écria-t-elle en passant brusquement la porte.

L’entrée tonitruante de la détective fit sursauter le capitaine, qui renversa une bonne partie du café qu’il se servait sur les papiers de son bureau.

 - Bordel ! Maugréa Montgomery en cherchant frénétiquement de quoi éponger les dégâts.

 Il attrapa les quelques serviettes en papier qu’Evelyn avait glissé dans son sachet de déjeuner et épongea le café comme il put.

 - Beckett, que se passe-t-il ? Demanda-t-il finalement un peu sèchement.

 - Il se passe qu’un petit malin se paie ma tête ! Râla la détective dont la véhémence venait de légèrement s’estomper. Qui a manigancé tout ça ? C’est un coup de Ryan et Esposito ? Ils voulaient rigoler un peu ? Ou alors c’est Lanie ? Où est-elle cette traitresse d’ailleurs? Elle avait dit qu'elle passerait dans la journée!

 - Je ne comprends pas du tout de quoi vous voulez parler, rétorqua le capitaine, oh mince ma cravate ! Evelyn va me tuer…

 - Ce gamin là-bas ! D’abord il annonce à qui veut l’entendre que je suis sa mère…

 - … Et c’est le cas ? Demanda le capitaine en tamponnant sa cravate avec une serviette humide.

 - Vous êtes sérieux ? Non mais, franchement capitaine, je m’en souviendrais !

 - Il est perturbé, voilà tout. N’oubliez pas qu’il a assisté à un meurtre, ça traumatiserait n’importe quel enfant !

 - Au point de m’annoncer que son père est Richard Rodgers ?

 - Castle ?!

 - Vous en connaissez beaucoup des Richard Rodgers ?

 - Non, mais sur une ville de plus de huit millions d’habitants, il est possible qu’il y ait d’autres Richard Rodgers.

 - … Possible…

Kate se sentit bête tout à coup. Rodgers n'était pas un patronyme très rare... Il devait effectivement y avoir d'autres Richard Rodgers dans les environs... Il fallait qu'elle se désintoxique de Castle! Tout la ramenait à lui tout le temps! Une vraie groupie!

 - Bien sûr que c’est possible ! D’autant que s’il avait été le fils de Castle, il aurait sûrement utilisé le nom de plume de son père, étant donné que celui-ci l’utilise presqu’exclusivement.

 - Mmmhhh…

 - Je vais dire à Ryan de faire une recherche sur tous les Richards Rodgers de la ville et de ses environs, pendant ce temps, une patrouille va vous escorter jusque chez vous.

 - Je n’ai pas besoin de …

 - La sécurité du petit passe avant tout, Beckett, surtout avant votre fierté. Alors vous allez rentrer chez vous sagement avec votre petit protégé et attendre les ordres, c’est compris ?

 - Oui, chef, répondit Beckett de mauvaise grâce.


Minefuji  (07.06.2015 à 18:50)

Chapitre neuf

 

Sur le trajet du retour, Beckett demanda aux policiers qui les escortaient de s’arrêter devant une supérette.

- Le capitaine nous a demandé de vous escorter jusque chez vous, protesta l'un d'eux, il n’est pas question que nous prenions le risque de vous laisser entrer dans ce magasin !

 - Bien ! Dans ce cas, tenez, répondit-elle du tac au tac en leur tendant un bout de papier et quelques billets.

 - Qu’est-ce que c’est ? S’étonna le policier.

 - La liste de ce dont j’ai besoin pour m’occuper de Flynn ce soir, allez faire mes courses à ma place! Je vous attendrai ici avec votre collègue !

 Le policier en resta coi. Il avait l’impression de se retrouver vingt ans en arrière face à son enseignante de maternelle alors qu’il venait de faire une bêtise. Ses collègues avaient raison, le lieutenant Beckett était décidément très intimidante et il valait mieux être dans ses bonnes grâces.

Il grommela, attrapa le papier et sortit du véhicule.

Beckett esquissa un petit sourire et se renfonça dans la banquette. Elle tourna la tête vers son petit protégé et constata qu’il souriait largement.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Tu es un vrai commandant, toi ! Tu sais te faire obéir!

- Et… C’est pas bien ?

 - Si, c’est super ! Je suis fier de toi !

 - … Euh… Merci… C’est gentil… Bafouilla Beckett gênée.

 - C’est la vérité, répondit simplement l’enfant.

 

Le policier commis aux courses revint une vingtaine de minutes plus tard et ils reprirent la direction de l’appartement de Beckett.

 

- Voilà ! Nous y sommes, annonça Beckett en ouvrant la porte de son appartement.

Flynn trottina jusque dans le salon, balaya l’endroit du regard et s’exclama :

- Eh ben dis-donc ! C’est le bazar ici !

- Oh ça va, ce ne sont que des cartons par-ci, par-là, répondit Kate un peu vexée. Je viens d’emménager et je n’ai pas eu le temps de tout ranger. Je suis sûre que ta chambre est aussi un peu en désordre, non ?

- Mhm ! Touché. Si tu veux, je vais t’aider à ranger.

- Euh… Merci, on verra ça plus tard… La salle de bain est là-haut, indiqua Beckett, tu devrais aller y déposer ton pyjama et ta brosse à dents. Profites-en pour te laver les mains !

- D’accord, répondit gaiement Flynn.

Elle sourit, au moins il n’était pas le genre de gamin qui se met à geindre quand on lui rappelait que l’hygiène n’était pas en option. Elle se dirigea vers la cuisine, où elle déposa les sacs de courses.

Pour une fois, elle ne se contenterait pas de quelques biscottes grignotées en griffonnant dans ses dossiers. Non, elle allait préparer un repas digne de ce nom et dresserait la table. Etrangement, cette idée lui plaisait bien. Il était peut-être temps qu’elle renonce à son petit train-train de célibataire…

- Fais attention ! Il n’y a pas de rambarde ! avertit Beckett lorsque Flynn reparut dans les escaliers.

- Je ne vais pas tomber, ne t’inquiète pas ! Je suis grand !

- Je vois ça, sourit-elle. Tu veux boire quelque chose pendant que je prépare le repas ? Un soda ? Un jus de fruits ?

- Euh... De l'eau plutôt!

- De l’eau ? Tu es raisonnable dis-donc !

 - Mon dentiste a dit que je ne devais pas prendre trop de sucre et comme je n'ai pas envie d'arrêter la chantilly...

 - Tu es un amateur de chantilly? S'étonna la détective. C'est marrant, je connais quelqu'un qui est aussi un grand fan de Chantilly.

 - Tu te souviens? 

 - De quoi?

 - De lui!

 - Euh... Oui, bien sûr, pourquoi?

 L'enfant fronça les sourcils, il ne comprenait pas. Pourquoi ne se souvenait-elle pas de lui, si elle se souvenait de son père? Cela n'avait pas de sens... 

 

- Flynn? Ça va? Demanda Beckett en remarquant le changement d'expression du petit garçon.

- Euh... Oui... Je réfléchissais.

- Qu'est ce qui te tracasse? Tu peux tout me dire, tu sais? Dit Beckett en repensant à la scène de crime qui aurait déjà secoué n'importe quel adulte, alors un enfant de cet âge...

 - Rien, mentit Flynn.

 - Ok, comme tu voudras, tu m'en parleras quand tu en auras envie, répondit la détective.

 

Elle retourna à la préparation du dîner. Flynn l’observait. Il ne comprenait vraiment pas ce qu’il se passait. Peut-être que sa maman parlait de quelqu’un d’autre… Après tout, son papa n’était pas la seule personne qui aimait la chantilly… Oui, c’était ça l’explication ! Elle parlait de quelqu'un d'autre qu'elle avait rencontré dans sa nouvelle vie!

Rassuré, il proposa :

 - Je peux t’aider à préparer  le repas?

 - Oui, bien sûr, tu n’as qu’à laver les tomates.

- Youpi !

Il installa un tabouret devant l’évier et se mit à la tâche très sérieusement.

 

- Je peux les couper? Demanda-t-il une fois qu’il eut terminé.

 - C'est que je ne voudrais pas que tu te fasses mal... Hésita Beckett.

 - Ne t'en fais pas pour ça, je suis très prudent.

 - D'accord, mais fais attention à tes doigts. Je n’ai pas envie d’aller passer la soirée aux urgences.

 

Un sourire éclaira le visage du petit garçon, qui installa une tomate sur la planche à découper.

 - Tu te débrouilles bien, constata Beckett.

 - J'aide souvent papa à préparer le repas.

 - Tu es un petit garçon très serviable.

 - C'est important d'être un gentleman, je trouve.

 

Kate sourit et se mit à découper le poulet en dés. Flynn s'occupa des légumes comme un chef, nul doute que ses parents avaient dû faire souvent la cuisine avec lui. Il n'était donc certainement pas un gamin laissé pour compte, qui traînait dans les rues parce que ses parents avaient mieux à faire que de s'occuper de lui. Mais alors où étaient-ils? Ils devaient être fous d'inquiétude. Si Castle avait été là, il aurait certainement une théorie ou plutôt une bonne dizaine de théories! Mais quelque chose lui disait qu'aucune ne serait très optimiste quant à ce qui avait pu leur arriver... Elle secoua la tête en constatant qu’une fois encore, elle se mettait à penser à lui.

 

- Voilà! J'ai fini! Dit Flynn en posant son couteau.

 - Parfait! Je vais faire revenir tout ça dans une poêle, le repas sera vite prêt. Tu n’as qu’à continuer la visite des lieux.

 - D’accord !

 L'enfant sauta en bas du tabouret sur lequel il s'était perché et se dirigea vers le salon.

 - Désolée, je n'ai pas de jouet, dit-elle.

 - C’est pas grave, je sais m’occuper sans. Je peux regarder tes livres ?

 - Euh… Oui…Mais je n’ai pas beaucoup de livres imagés…

 - Pas de problème, je lis aussi des livres sans images.

 - Dans ce cas, j'ai peut-être quelque chose, qui pourrait te plaire... Dit-elle en se dirigeant vers la bibliothèque. Voyons... Il devrait être par là... Ah oui! Le voilà... Tiens.

 - Brigadoon? Qu'est-ce que c'est?

 - Ma mère m'a offert ce livre, quand j'avais à peu près ton âge... Il reprend l'histoire de la comédie musicale du même nom. J'aimais beaucoup cette histoire.

 - Toi aussi tu savais déjà lire à mon âge? S’étonna l’enfant.

 - Oui, ça nous fait un point en commun. J’espère que ce livre te plaira.

 - Merci Mam... Euh Kate!

 - De rien. Bon, je vais retourner à mes casseroles, avant que notre dîner ne parte en fumée.

 - Je peux regarder tes autres livres ?

- Oui, bien sûr, mais si tu en choisis un, montre-le moi avant de le lire, tu n’es pas en âge de tous les lire !

 - D’accord !

 Quelques instants plus tard, il s'écria :

 - Hé ! Mais ce sont les livres de papa !

 - De quoi tu parles ? S’enquit Beckett.

 - Derrick Storm ! C’est mon papa, qui l’a inventé ! Mais il ne veut pas que je les lise, il dit que je suis trop petit !

 - Richard Castle est ton papa ? S’étrangla la détective.

 - Bah oui ! Il a même fait un livre sur toi, mais dedans il t’a donné un nom de stripteaseuse.

 Beckett leva les yeux au ciel. Elle en était sûre désormais, on se payait sa tête.


Minefuji  (09.06.2015 à 20:47)

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