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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 19.09.2015 à 19h17
Auteur : Minefuji
Statut : Terminée
« Une histoire qui m'est venue à l'esprit alors que j'écoutais la chanson "The Scientist de Coldplay"... » Minefuji
Cette fanfic compte déjà 68 paragraphes
Chapitre cinquante et un
Le loft était silencieux lorsque Martha sortit de sa chambre ce matin-là, comme chaque jour depuis le terrible accident qui avait coûté la vie à Kate. Elle s’inquiétait pour son fils, réussirait-il à s’en remettre un jour ? Et à quel prix ? Les souvenirs des mois qui avaient suivis sa rupture avec Kyra, le grand amour de ses années universitaires, la firent frissonner. Il s’était lancé dans des histoires sans lendemain et s’était créée cette image de Don Juan, qui ne correspondait vraiment pas à ce qu’il était réellement. Il ne souffrait plus, puisqu’il ne s’attachait plus. Puis il avait rencontrée Meredith, cette pseudo actrice imbue de sa personne et terriblement égoïste. La seule chose positive qu’elle lui avait apportée était Alexis et elle ne s’était pas gênée pour l’utiliser comme moyen de torture quand ils avaient divorcé.
Martha poussa un long soupir tandis qu’elle préparait du café. Pourquoi avait-il fallu que le destin soit aussi cruel en lui retirant celle auprès de qui il venait tout juste de retrouver le bonheur ? Elle se retourna soudain, intriguée par un léger bruit provenant du bureau de son fils. Remarquant la petite lumière qui en émanait, elle s’y dirigea et fut étonnée d’y trouver son fils en plein travail.
- Oh! Qu'est-ce que tu fais de si bon matin? Demanda-t-elle.
- Des recherches... Répondit-il sans lever son nez du dossier qu'il étudiait.
- Un nouveau projet d'écriture? Se réjouit Martha heureuse de le voir reprendre une activité.
- Non... Répondit-il évasif.
Elle s'approcha intriguée. Depuis la disparition de Kate, plus grand chose ne trouvait grâce à ses yeux. Il passait son temps à s'occuper d'Alexis ou des Beckett, cela l'empêchait de sombrer totalement. Mais depuis son retour de Californie, deux jours plus tôt, quelque chose avait changé... Il était toujours effondré par la perte de sa petite amie, mais quelque chose de nouveau accaparait ses pensées. Connaissant son fils par cœur, elle savait que rien ne le passionnait autant que les mystères. Quel pouvait bien être celui qui l'avait tiré de son chagrin?
- C'est un dossier de la police?! S'étonna-t-elle en reconnaissant le logo du NYPD.
- On ne t'a jamais dit que la curiosité était un vilain défaut? Bougonna-t-il en refermant aussitôt le dossier.
- Tu n'es pas policier à ce que je sache... Rétorqua-t-elle. Il est de mon devoir de m'inquiéter quand je te surprends avec un dossier du NYPD entre les mains!
- Je suis majeur... Tu n'as plus à t'inquiéter des ennuis que je pourrais m'attirer...
- Dois-je te rappeler que tu as la garde de ta fille de cinq ans?! Que deviendrait-elle si tu te faisais arrêter? S'énerva-t-elle. Et puis sache que je m'inquiéterai toujours pour toi, quel que soit ton âge!
- Excuse-moi, mère, soupira-t-il. Sois rassurée, je n'ai pas volé ce dossier, on me l'a confié...
- Confié ? Pourquoi un policier aurait-il risqué sa plaque en te confiant un dossier ? S’étonna Martha.
- Il ne risque pas sa plaque si les ordres viennent d’en haut, rétorqua Rick d’un air aussi détaché que s’il avait donné la météo du jour.
- Tu as appelé le maire ?
- Il n’arrête pas de me dire qu’il est mon plus grand fan, je lui ai donné l’occasion de me le prouver.
- Ne me dis pas qu'il s'agit de...
- Je ne te le dis pas!
- Oh... Richard...
- Mère...
- Tu ne t'aides pas là! Trésor! Tu ne fais que remuer ta peine!
- Kate était très douée au volant! Si quelqu'un d'autre est responsable de son accident et a pris la fuite, je dois le découvrir!
- Et ça t'avancera à quoi?! Ça ne te la ramènera pas!
- Ça m'apportera la vérité! Je dois savoir ce qu'il s'est passé!
- Richard... Répliqua Martha sur un ton de reproche en levant les yeux au ciel.
- Oh non!
- Laisse-moi au moins le temps de te faire mon sermon avant de m'envoyer promener, veux- tu? S'offusqua Martha.
- Je ne parlais pas de ton sermon! Mais de ça !
- De quoi parles-tu? Tu as découvert quelque chose?
- Non, justement!
- Là, je suis perdue...
- Il n’y avait pas de plaque de verglas sur la route ce soir-là. Il faisait même plutôt doux, si j’en crois la météo…
- Qu’est-ce que ça veut dire ? ...
- Ça veut dire que ça n’était pas un accident ! Elle a perdu le contrôle de son véhicule en ligne droite ! Pourquoi aurait-elle perdu le contrôle s’il n’y avait pas de glace ?
- Et si tu éclairais ma lanterne?
- Quelqu’un l’y a aidée ! Ça n’était pas un accident !
- Un délit de fuite ?
- Sans doute… Je ne pensais pas dire ça un jour, mais Rogan avait raison… Tiens ? C’est bizarre ça…
- Trésor, soupira Martha… Tu te fais du mal…
- Je ne peux pas avoir plus mal que je n’ai déjà. La femme que j’aime n’est plus… Comment ont-ils pu passer à côté de ça ?
- Mais de quoi tu parles ? Demanda l’actrice agacée de ne pas comprendre.
- Elle n’était pas seule dans la voiture !
- Comment ?
- Il y avait quelqu’un d’autre dans la voiture ! Répéta Castle. Regarde ! La ceinture du côté passager ! Elle a été coupée !
- Qu’en dit la police ?
- Rien du tout justement ! Ils le mentionnent à peine ! Comme si c’était normal d’avoir une ceinture de sécurité hors-service !
- C’est peut-être plus souvent le cas que tu ne le penses… Après tout, les policiers doivent en voir des vertes et des pas mûres tous les jours…
- Il s’agit de la voiture de Johanna Beckett ! Je doute qu’elle ait pu confier une voiture aussi peu sûre à sa fille !
- Il ne s’agissait que du côté passager…
- Mmh… Je ne peux pas ne pas savoir… Il faut que j'aille les voir! Peux-tu t'occuper d'Alexis?! Demanda-il en rassemblant rapidement son dossier avant de se lever.
- Tu sais bien que oui, s'agaça Martha. Mais tu penses que c’est une bonne idée ? Ils sont dévastés, tu ne feras que les blesser davantage!
- Ils doivent savoir ! Crois-moi, mère, si quelqu’un est responsable de leur malheur, ils voudront le savoir ! Je n'ai pas de temps à perdre! Je te raconterai tout plus tard, mère! Cria-t-il alors qu'il atteignait déjà la porte d'entrée et enfilait son manteau.
- Allons bon... Souffla Martha les bras ballants se demandant si la soudaine suractivité de son fils n’allait pas le mener tout droit à une dépression carabinée.
***********
- Qu'est-ce qu'il se passe? Demanda Johanna en découvrant son mari figé dans l'entrée avec le courrier dans les mains.
- ...Katie a reçu du courrier...
- Oh... Fais voir...
La lettre venait de Modern Fashion.
- Ah oui, je me souviens que Katie avait accompagné ses amies à un concours pour ce magazine... Elle m'en a dit de belles sur Matilda King, d'ailleurs!
- Katie avait repris ses séances en tant que modèle? S'étonna Jim.
- Non, ce sont ses amies, qui l'y ont traînée, répondit Johanna en ouvrant la lettre pour la lire.
Quelques secondes plus tard, elle s'asseyait sur le canapé en pleurant.
- Qu'est-ce qu'il se passe? S'inquiéta Jim.
- Matilda lui propose une double page dans le numéro de ce mois-ci... Il y aura Nicole Kidman en couverture...
Jim s'assit à ses côtés et la prit dans ses bras.
- Elle était la plus jolie de toutes, il est normal que Matilda s'en soit rendue compte...
La sonnette retentit plusieurs fois.
- Quelle est l'imbécile qui s'acharne sur notre sonnette? Grogna Jim en se levant pour ouvrir la porte tandis que Johanna essuyait ses larmes pour faire bonne figure.
- Richard ? Qu’est-ce qu’il vous arrive ? S’étonna Jim en ouvrant la porte.
- Il faut que je vous parle, annonça Rick sans préambule. Je peux entrer ?
- Vous savez bien que vous êtes toujours le bienvenu, répondit le père de Kate en lui cédant le passage.
Il pénétra dans le salon et Johanna vint l’embrasser en souriant.
- Richard ! Vous avez l’air épuisé, constata-t-elle.
- Oui… Euh… Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit, avoua-t-il.
Elle se contenta de hocher légèrement la tête, ne connaissant que trop bien les causes de son insomnie.
- Je vais nous faire du café, déclara-t-elle en s’éloignant en direction de la cuisine.
- C’est tout ce qu’elle ingurgite, soupira Jim. Du café et du thé…
- Pas étonnant qu’elle dorme si peu alors…
- Quand elle s’endort, elle est aussitôt hantée par des cauchemars… Son cabinet a appelé hier. Je leur ai dit qu’ils ne devaient pas compter sur elle avant un long moment.
- C’est sans doute mieux ainsi, souffla Rick en songeant aux horreurs auxquelles les avocats pouvaient être confrontés.
- Comment vont Martha et Alexis ? Demanda Jim en l’invitant à s’asseoir avec eux dans le salon tandis que Johanna revenait avec les tasses de café sur un plateau.
- Elles vont bien…
- Alexis s’habitue à sa nouvelle école ? S’enquit à son tour Johanna en lui tendant une tasse.
- Oh oui ! Elle se lie facilement avec les autres enfants, elle m’a déjà parlé de plusieurs amies qu’elle voudrait inviter pour une soirée pyjama…
- Je me souviens encore de la première soirée de ce genre à laquelle Katie avait été invitée, sourit Jim, elle était tellement excitée qu’elle n’en avait presque pas dormi les nuits précédentes… Elle n’arrêtait pas de défaire et de refaire son sac !
- Profitez de chaque instant, Rick, ajouta Johanna. Le temps passe tellement vite…
Rick ne savait comment annoncer la raison de sa venue. Il se triturait les doigts en cherchant la meilleure façon d’entrer dans le vif du sujet sans les blesser plus qu’ils ne l’étaient déjà. Johanna remarqua sa nervosité.
- Quelque chose ne va pas Richard ?
- Oui… Euh… Arf… Ce n’est pas facile à dire…
- Que se passe-t-il ? Demanda Jim. Vous pouvez nous dire ce qui vous tracasse, rien ne peut être pire que ce que nous avons vécu ces dernières semaines.
- Détrompez-vous, soupira Rick en songeant à la bombe qu’il était sur le point de leur faire sauter à la figure.
Jim et Johanna le dévisagèrent intrigués et inquiets. Rick prit une grande inspiration et se lança, inutile de tourner autour du pot, comme pour un sparadrap qu’on enlève, plus vite on agissait, moins grande était la douleur. Enfin, en théorie…
- Voilà… J’ai demandé à consulter le dossier de police concernant l’accident de Kate.
- Mais vous ne pouvez pas y avoir accès ! Le coupa aussitôt Johanna.
- Le maire est un de mes fans… Et un ami aussi, on se retrouve régulièrement autour d’une table de poker.
- Pourquoi consulter ce dossier ? Demanda Jim les sourcils froncés.
- … Lorsque je suis allé à Stanford, un des amis de Kate m’a fait remarquer à juste titre, qu’elle était une très bonne conductrice et qu’elle n’aurait pas perdu le contrôle de sa voiture sans raison.
- Nous sommes en hiver, fit remarquer Johanna, les routes sont glissantes…
- Justement non ! Le temps était sec et les routes n’étaient pas glissantes ce soir-là ! Répondit Rick. J’ai vérifié, il n’y avait aucune raison qu’elle ait cet accident !
- Que voulez-vous dire ? demanda Jim craignant ce qu’il allait entendre. Quelqu’un aurait causé l’accident et se serait enfui ?
- C’est ce que je pense en effet… Regardez sur cette photo, dit Castle en ouvrant le dossier. Les traces de pneus ne correspondent pas à ceux de la voiture de Johanna.
- Ce qui implique un autre véhicule, conclut Jim à voix basse.
Johanna blêmit et lâcha sa tasse de café, qui alla se briser au sol.
- Jo… ? S’inquiéta Jim en se tournant vers elle.
- … Oh non… Mon bébé ! ... Tout ça, c’est de ma faute ! s’écroula-t-elle en sanglots.
Chapitre cinquante-deux
- Jo? Qu'est-ce que tu veux dire? S'inquiéta Jim face à la détresse de sa femme.
- Comment cela pourrait être votre faute? Demanda à son tour Castle.
Il fallut un long moment à Johanna pour calmer ses pleurs et rassembler suffisamment ses esprits pour leur raconter ce qu'elle soupçonnait. La douleur était aussi intense que le soir où elle avait compris qu’elle ne reverrait jamais plus sa fille. Elle avait l’impression de la perdre une seconde fois. Sauf que cette fois, elle était certaine qu’elle aurait pu éviter ce drame. Elle aurait pu changer le cours des choses. La mort de son enfant résultait de ses actions. Si elle avait agi autrement, Katie serait toujours là parmi eux à faire des projets pour ses prochaines vacances ou pour la suite de ses études.
Rick l'observait en silence, son imagination fertile élaborant déjà plusieurs théories qui pouvaient expliquer pourquoi une avocate aussi douée et incorruptible que Johanna Beckett pourrait en venir à imaginer que le décès de sa fille était sa faute. Il ne voyait qu’une seule explication, elle était devenue gênante pour des personnes très dangereuses et c'était elle, qui était visée en réalité.
Elle pouvait avoir découvert que son cabinet d'avocats servait en fait de couverture à une organisation criminelle, qui voulant l'empêcher de parler l'aurait fait assassiner. Elle pouvait aussi avoir froissé de redoutables criminels, qui auraient décidé de se venger... Peut-être avait-elle contribué à envoyer en prison quelqu’un de très puissant, qui même derrière les barreaux, pouvait mettre un contrat sur la tête de quelqu’un par vengeance… Ou alors, elle avait menacé indirectement la carrière d’un magistrat aux dents longues ou d’un politicien peu scrupuleux…Il avait également lu suffisamment de livres de complots politiques pour élaborer plusieurs dizaines d'autres scénarios plausibles et aucun ne se terminait bien.
Jim tentait de calmer sa femme avec des paroles rassurantes malgré les idées noires qui tournaient en boucle dans son esprit depuis qu’il avait perdu sa précieuse petite fille. Lui qui pensait avoir touché le fond, découvrait avec horreur qu’un abîme pouvait encore s’ouvrir sous ses pieds et lui arracher le peu d’espoir de bonheur qu’il lui restait.
- C'est à cause de cette affaire, dont je m'occupe... Murmura soudain Johanna la voix encore secouée de sanglots.
- Une affaire? Répéta Jim effaré que le travail de son épouse ait pu causer le plus grand malheur de leur vie.
Johanna ne lui parlait pas de ses affaires, elle avait toujours été très secrète au sujet de son travail et il avait toujours respecté cela. Il admirait son intégrité et sa volonté de protéger les secrets que ses clients lui confiaient. Elle allait jusqu'à crypter ses notes à l'aide d'un code dont elle seule connaissait la clé, pour être certaine que personne ne pourrait l’obliger à trahir le secret professionnel. Il n'y avait qu'à sa fille, qu'elle en parlait un peu, pressée par cette dernière, qui rêvait de suivre ses traces pour ensuite la dépasser et faire encore plus... Mais elle restait toujours très évasive et il se souvenait d’un bon nombre de fois où il avait vu sa fille rentrer en marmonnant que sa mère était vraiment trop paranoïaque et qu’il n’y avait aucun risque à lui parler un peu plus de son affaire en cours, que ce n’était pas comme si elle travaillait pour le FBI et que c’était classé secret défense !
Elles étaient aussi têtues l’une que l’autre et campaient sur leurs positions farouchement. Heureusement qu’elles ne lui avaient jamais demandé de prendre parti pour l’une ou pour l’autre, car il n’aurait jamais pu trancher. Et puis leurs querelles se terminaient aussi rapidement qu’elles étaient apparues. Elles finissaient toujours par se retrouver autour d’un pot de crème glacée, blotties l’une contre l’autre devant un épisode de leur soap préféré.
- Il s'agit d'un prisonnier, un mafieux qui clame son innocence depuis des années et dont j'ai accepté le dossier... Continua Johanna en triturant le pauvre mouchoir en tissu que Jim lui avait tendu quelques minutes auparavant. Ce que j'ai découvert au cours de mes recherches laisse penser qu'il a été piégé par quelqu'un de très puissant... Contrairement à beaucoup d’autres, j’avais accepté de l'aider à faire réviser son procès. Ce n’est pas parce que c’est un mafieux, qu’il mérite d’être condamné à tort… Je rassemblais des preuves pour prouver l’innocence de mon client quand…
- Vous avez reçu des menaces? Comprit Castle frissonnant d’effroi.
- C'est fréquent dans mon métier... On essaye de vous intimider pour s'assurer que vous n'irez pas au bout... Mais jamais je n'ai pensé qu'ils s'en prendraient vraiment à moi... Encore moins à ma famille! Répondit-elle effarée avant de s'effondrer de nouveau en larmes.
Blanc comme un linge, Jim la serra contre lui. Quel genre de monstre pouvait s’en prendre à une jeune femme innocente et pleine de vie pour empêcher sa mère de défendre un innocent ?
- Si la personne qui a piégé ce mafieux s'en est prise à Kate, je vous promets qu'on va le trouver et le faire payer, assura Rick sentant la rage monter en lui.
********
Ouvrant difficilement les yeux, la jeune femme lâcha un soupir en constatant qu’elle se trouvait toujours dans cette sinistre cabane.
- Tu reviens enfin parmi les vivants !
Elle tressaillit, laissant échapper un petit cri.
- Du calme ! Je ne voulais pas te faire peur, s’exclama son geôlier.
- Bah c’est raté, siffla-t-elle en venant se coller dans l’angle du mur contre lequel son lit était installé.
Il ne bougea pas, ne souhaitant pas l’effrayer davantage et resta assis à la table où il dînait au milieu de tout un tas de journaux et de dossiers.
- Si je te voulais du mal, je t’aurais laissé mourir de froid… Affirma-t-il... Deux fois !
Touchée. S’il ne l’avait pas ramassée, elle serait morte de froid dans la neige. Deux fois ? Qu’est-ce que c’était que cette histoire ?
- Je t’ai repêchée dans l’Hudson il y a deux semaines, expliqua-t-il comme s’il devinait ses interrogations.
- Deux semaines ?! Souffla-t-elle horrifiée.
- T’es restée dans les vapes longtemps, répliqua-t-il d’un ton égal avant de mordre dans son sandwich.
- Dans les vapes ? Répéta-t-elle en réalisant qu’elle se sentait nauséeuse et extrêmement fatiguée.
- Tu as eu une fièvre de cheval pendant des jours et des jours, expliqua-t-il. J’ai bien cru que tu allais me claquer entre les doigts ! D’autant que tu es une fichue tête de mule ! Si je n’étais pas revenu assez tôt l’autre jour, c’est ton cadavre, que j’aurais retrouvé dans la neige.
- Qui… Qui êtes-vous ? Demanda-t-elle enfin.
- Tu peux m’appeler Fletcher.
- Fletcher ?
- Ouais Fletcher Grimes.
- On dirait un faux nom… Bougonna-t-elle méfiante.
- C’en est un. Et toi ? Tu as un nom ?
- Evidemment ! Comme tout le monde ! Il attendait visiblement de le connaître. Elle s’apprêtait à le lui donner, quand elle fut frappée d’horreur. Elle ne s’en souvenait plus. Elle avait beau se concentrer, c’était le flou le plus total.
- Ne te torture pas, ça finira par te revenir. Tu as faim ? Ce n’est pas pour me vanter, mais je fais les meilleurs sandwichs du coin.
Elle allait refuser, lui expliquer qu’elle n’avait que faire de ses fameux sandwichs, que tout ce qu’elle voulait c’était retrouver sa liberté, mais son estomac se rappela bruyamment à son bon souvenir. Gênée et rougissante, elle accepta un peu à contrecœur l’encas qu’il lui tendait.
- C’est un bon début, sourit-il dans sa barbe. Tu dois reprendre des forces, tu es encore très faible.
Il s’éloigna d’elle dès qu’elle eut pris son assiette. Elle l’observa intriguée. Il semblait gentil et prévenant. Elle aurait pu le trouver sympathique, même, s’il ne la retenait pas prisonnière. Que cherchait-il ?
- Mange ! Ordonna-t-il d’un ton bourru en revenant vers elle un verre d’eau à la main. Et bois aussi, tu dois te réhydrater… J’ai réussi à te faire boire un peu régulièrement, mais tu es quand même un peu déshydratée, alors...
Ouais. Il tenait tout de même beaucoup du vieil ours mal léché… Affamée et craignant de le mettre en colère, elle grignota doucement son sandwich et se força à le terminer en réprimant discrètement quelques haut-le-cœur. S’il s’agissait d’un psychopathe, il ne valait mieux pas l’irriter.
- Pourquoi vous me retenez prisonnière ? Demanda-t-elle d’une voix qu’elle espérait suffisamment assurée pour cacher sa peur, sans le quitter du regard.
- Tu n’es pas ma prisonnière, répondit-il calmement.
- Ah non ? Alors je peux repartir tout de suite ? demanda-t-elle en sautant sur l’occasion.
- Tu irais où ? Tu ne te souviens même pas de ton nom !
- J’irais trouver la police. Il doit bien y avoir quelqu’un qui me recherche…
- Tu ferais mieux de rester ici, grommela-t-il.
- Ça, c’est votre avis, pas le mien ! Rétorqua-t-elle en se levant.
Elle eut à peine posé un pied au sol, que la pièce tourna autour d’elle et qu’elle s’écroula. Fletcher eut tout juste le temps de se précipiter vers elle pour la rattraper.
- Tu es trop faible ! Tu ne tiens même pas sur tes jambes ! Il faut que tu te reposes, grogna-t-il en la remettant au lit. Elle était si lasse, qu’elle n’eut pas la force de protester. Des larmes de rage contre son impuissance s’échappèrent de ses yeux.
- On va le retrouver ton Rick, marmonna-t-il maladroitement pour la consoler. Elle ouvrit de grands yeux stupéfaits tandis qu’il remontait la couverture sur elle.
- La fièvre te faisait délirer, expliqua-t-il. Tu n’arrêtais pas de prononcer ce prénom… Sans doute quelqu’un de très important pour toi.
- Qui êtes-vous Fletcher ? Demanda-t-elle en luttant pour garder les yeux ouverts.
- Personne, murmura-t-il.
- Alors racontez-moi ce qui m’est arrivé et pourquoi je suis dans cette cabane et non à l’hôpital, proposa-t-elle comprenant qu’il ne voulait pas parler de lui.
Il soupira, sembla étudier la légitimité de cette demande avant de lui répondre.
- J’avais pêché tout l’après-midi. Après avoir remballé mon matériel, je suis allé faire quelques courses, je devais compléter mes réserves, expliqua-t-il en désignant d’un geste vague une trappe située sous la cabane. Quand je suis revenu près de ma camionnette, il faisait noir. Ça tombait bien, parce que j’aime bien me faire discret quand je reviens ici… J’allais me mettre au volant, quand j’ai entendu du grabuge en provenance de la berge opposée. Une voiture était prise en chasse par une autre et roulait à tombeau ouvert. La poursuivante a dépassé la première et lui a coupé brutalement la route, obligeant son conducteur à la précipiter dans l’Hudson.
- J’ai eu un accident de voiture ?
- Non ma grande ! Tu as été victime d’une tentative de meurtre ! Corrigea Fletcher.
- Une tentative de meurtre ?
- Ouais, tu avais un contrat sur ta tête, c'est flagrant… Toi ou la personne qui était avec toi dans la voiture.
- Il y avait quelqu’un avec moi ?
Fletcher acquiesça d’un hochement de tête.
- Quelqu’un qui a eu moins de chance que toi, elle est morte sur le coup. Le choc a été si violent qu’elle n’avait plus de visage…
- Comment… ?
- Le gars de l’autre voiture est sorti pour s’assurer que personne n’en ressortait, puis il est reparti tout aussi vite. C’est à ce moment-là, que j’ai plongé et que je t’ai repêchée. J’ai eu du mal à ouvrir la portière et il a fallu que je coupe la ceinture qui te bloquait…
Machinalement, elle porta la main à son front toujours bandé.
- Je t’ai soignée, j’ai bien cru plus d'une fois que tu allais me claquer entre les doigts, mais on peut dire que tu es une dure à cuire, toi !
- Merci, murmura-t-elle.
Elle avait encore tellement de questions, qu’elle luttait pour garder les yeux ouverts.
- Dors, on verra le reste quand tu seras plus en forme.
Elle acquiesça et se laissa doucement glisser dans le sommeil.
Chapitre cinquante-trois
Cela faisait des heures, que Rick, Jim et Johanna étudiaient le dossier de l’accident de Kate. Il était évident que l’enquête avait été bâclée. Les policiers avaient sauté sur la thèse de l’accident et n’avaient pas cherché plus loin. Ils avaient minimisé les indices qui laissaient supposer qu’une autre voiture aurait pu être impliquée et avaient profité de l’anéantissement des proches de la victime pour leur faire accepter cet énorme mensonge.
- Le livreur a été bloqué dans les embouteillages, expliqua Johanna en déposant les boîtes de repas chinois qu’elle venait de recevoir. Oh !
- Oui, il s’est endormi, dit Castle en suivant le regard de Johanna.
- Il est exténué, il n’a pas beaucoup dormi depuis l’accident, répondit-elle en déposant un plaid sur les épaules de son mari. Vous avez faim ?
- Pas vraiment, mais si je ne me force pas, ça ne s’arrangera pas, soupira-t-il en prenant une des boîtes en carton. Oh ! Du porc au caramel ! J’adore ça.
- Ah oui ? C’est amusant, sourit Johanna en prenant le poulet à l’ananas.
- Quoi donc ?
- C’était le plat favori de Katie chez ce traiteur… Je lui en commandais une portion à chaque fois qu’elle revenait à la maison. Je trouve amusant que vous aimiez les mêmes choses…
- Tout était simple avec elle, dit-il le regard dans le vague. On s’entendait vraiment bien. Quand on évoquait les histoires de mes prochains romans. Elle comprenait ce que j’avais en tête sans même que j’ai besoin de lui expliquer…
- Ce que vous aviez est précieux, répondit Johanna d'une voix douce. Je suis heureuse que Katie vous ait rencontré.
- Et moi donc! On était tellement bien ensemble! C'est inacceptable que nous ayons été séparés comme ça! Je donnerais tout ce que je possède pour pouvoir retourner à cette merveilleuse journée où mon regard s'est posé sur elle pour la première fois...
Elle ne répondit rien, il était inutile de dire quoique ce soit. Elle n'était plus là et ne reviendrait jamais. Elle posa doucement sa main sur son bras, lui adressa un petit sourire puis ils se reconcentrèrent sur le dossier.
« La carrosserie présente des traces d’un ancien accrochage sur la partie avant gauche » Lu soudain Rick à voix haute.
- PARDON ?! S’écria-t-elle en colère.
- Je ne fais que lire ce qui est écrit dans le rapport ! Se défendit Rick. Selon le rapport du… lieutenant euh… ? … Ah oui ! … Raglan ! La voiture avait encore les stigmates d’un accrochage ancien. Vous aviez griffé votre voiture ?
- Absolument pas ! Ma voiture n’avait pas une griffe ! Elle était quasiment neuve ! Je l’ai achetée au mois d’octobre dernier !
- On a donc une preuve que quelqu’un a provoqué cet accident, conclut Castle, c’est un début. Et la ceinture ?
- Comment ça la ceinture ?
- Si votre voiture était neuve, je suppose que la ceinture du côté passager était en bon état…
- Evidemment, pourquoi cette question ? Demanda Johanna perplexe.
- Parce que sur cette photo, la ceinture côté passager a été coupée, expliqua l’écrivain en brandissant ledit cliché.
- Non… C’est impossible… Murmura Johanna d’une voix tremblante. Mais alors… ça veut dire… ?
- Que Kate n’était pas seule dans la voiture ! Approuva Castle. Vous disiez qu’elle était allée voir une amie… Vous savez qui ?
- Non… Je ne la connaissais pas… Elle habite en banlieue…
- J’ai vu ses amies, quand je suis passé à Stanford, aucune ne manquait à l’appel, se rappela Castle. Il s’agissait peut-être d’une amie d’enfance ou du lycée… ?
- Non, je connais toutes ses amies d’enfance pour les avoir reçues à la maison un bon nombre de fois… Ses amies du lycée aussi d’ailleurs.
- Mais alors qui est cette mystérieuse amie avec qui elle est sortie ce jour-là et qui n’a pas pris la peine de parler à la police ou à vous ?
- A quoi est-ce que vous pensez ? Demanda Johanna soucieuse.
- Je ne vois que deux raisons à son absence parmi nous : soit elle est impliquée dans cet accident, soit elle n’a pas réussi à s’en sortir et dans ce cas-là : où est son corps ? Et que font ses proches ?
- Les personnes disparues ! S’écria Johanna faisant sursauter Jim au passage.
- sssqu’il se passe ? marmonna-t-il à moitié endormi.
- Oh ! Pardon mon chéri, s’excusa Johanna, je ne voulais pas te réveiller !
- Pas grave… bredouilla-t-il en se frottant le visage pour terminer de se réveiller.
- Vous voulez des nouilles ? proposa Castle. Elles sont délicieuses !
- … Merci… Alors ? Qu’est-ce que vous avez trouvé ?
- Ce n’était pas un accident, répondit aussitôt Johanna, et Katie n’était pas seule dans la voiture !
- Comment ça pas seule ?
Ils lui expliquèrent rapidement tout ce qu’ils avaient trouvé ainsi que ce qu’ils en avaient déduit. Jim approuva et ils décidèrent de consulter dès le lendemain le fichier des personnes disparues pour trouver qui était la mystérieuse amie que Kate avait vue ce jour-là.
- Il y a aussi une autre chose, qu’on va devoir faire, annonça Rick hésitant.
- Quoi donc ? Demanda Jim.
- L’autopsie… Répondit difficilement Johanna qui avait parfaitement suivi le cheminement de pensée de Rick.
- L’autop… ? Mais pourquoi ? S’exclama Jim angoissé à la simple mention de ce que le légiste avait dû faire subir au corps de sa fille.
Johanna lui prit la main et la serra doucement. Elle savait parfaitement ce qu’il ressentait, elle éprouvait la même chose que lui et pour avoir examiné des centaines de rapports d’autopsie dans sa carrière, elle savait parfaitement combien la vision des photos du corps de son enfant étendue et sans vie sur une table froide allait être une véritable torture.
Lorsqu’ils s’étaient rendus à la morgue, ils n’étaient pas parvenus à entrer dans la pièce où son corps reposait. Le médecin légiste les avait prévenus qu’elle était méconnaissable et que cette vision risquait de leur être insupportable. Il leur avait amené ce qu’elle avait sur elle et il n’y avait aucun doute : il s’agissait bien de ses vêtements et de sa montre. Seul le bracelet que Rick lui avait offert pour Noël n’avait pas été retrouvé. Ils avaient supposé qu’il avait coulé au fond de l’Hudson.
- Etant donné toutes les incohérences qu’il y a dans ce dossier, expliqua Rick, on est en droit de penser qu’il peut y en avoir aussi dans le rapport d’autopsie…
- Oui, mais si le légiste a falsifié ou bâclé le rapport, on ne pourra pas compter sur lui pour nous aider, souligna justement Jim. Et si les flics ont commis des erreurs, on ne pourra pas compter sur eux non plus !
- C’est pourquoi il nous faut d’autres flics et un autre légiste, répondit calmement Castle.
- Et où va-t-on trouver des gens assez inconscients pour risquer leurs carrières pour nos beaux yeux ? S’inquiéta Jim.
- Oh ne vous en faites pas, j’ai des relations, sourit Castle.
- Et moi aussi, ajouta Johanna.
Rick se tourna vers elle admiratif. Bon sang, Kate avait de qui tenir ! Sa mère devait être une redoutable adversaire au tribunal !
Après avoir élaboré la liste de ce qu’ils allaient faire le lendemain tout en mangeant les plats du traiteur chinois, ils allèrent se reposer quelques heures. La journée du lendemain serait très éprouvante, ils devaient prendre des forces.
***********
Une délicieuse odeur se répandait dans la cabane de Fletcher. Celui-ci s’activait autour du vieux poêle en suivant avec application les indications d’un tout aussi vieux livre de recettes.
- Salut ! lança-t-il en remarquant que sa protégée s’éveillait doucement.
Sa barbe ne dissimulait pas le sourire qu’il lui adressait et son regard laissait entrevoir toute la bienveillance qu’il avait pour elle.
- On est de bonne humeur ce matin, Fletcher ? Sourit-elle.
- L’oiseau blessé que j’ai recueilli va mieux, expliqua-t-il, alors je suis content !
Elle se leva et fut ravie de constater qu’elle tenait enfin sur ses jambes. Un léger frisson la surprit.
- Il y a un poncho sur la chaise derrière-toi, tu devrais l’enfiler, tu as eu chaud sous les couvertures.
Elle se retourna et attrapa le vêtement aux couleurs improbables et aux mailles effilées.
- Wah ! On peut dire que vous savez choisir les vêtements, vous ! Remarqua-t-elle.
- Je ne fais pas souvent les magasins, grogna-t-il en déposant un bol de soupe fumant sur la table. Tiens ! Mange !
Elle vint s’installer sur le banc et huma la bonne odeur qui s’en dégageait.
- Ça a l’air délicieux !
- Ça te donnera des forces, répondit-il en se servant à son tour.
Il lui tendit un bon morceau de pain qu’il avait sans doute fait lui-même et commença à manger. Elle fit de même tout en lançant quelques regards intrigués vers lui.
- Qu’est-ce que tu veux ? Marmonna-t-il.
- … J’aimerais aller en ville aujourd’hui, répondit-elle rapidement.
Il releva un œil sur elle, sa cuillère en suspend au-dessus de son bol. Elle retenait sa respiration dans l’attente de sa réponse. Elle lui était très reconnaissante de tout ce qu’il avait fait pour elle et ne voulait surtout pas le blesser ou l’ennuyer, mais elle avait une vie qu’elle voulait retrouver même si elle ne s’en souvenait pas. Il y avait quelque part des gens qui tenaient à elle et devaient la chercher. Il fallait qu’elle les retrouve.
- Pourquoi faire ? Bougonna-t-il en plongeant sa cuillère dans son bol.
- Il faut que je retrouve ma famille…
- Tu ne te souviens même pas de ton nom !
- Peut-être, mais il doit bien y avoir des gens qui me cherchent ! Rétorqua-t-elle du tac au tac. Et puis, on peut trouver des indices dans les affaires que j’avais avec moi ! Je suppose que vous les avez gardées.
- Ouais… Elles sont là-bas… Marmonna-t-il en désignant un sac dans le coin près de la porte.
Elle se leva précipitamment pour aller les examiner.
- Tu pourrais au moins prendre le temps de finir de manger !
Elle lui fit un vague signe de la main, tandis qu’elle fouillait le sac. Elle finit par en sortir un petit objet, qu’elle observa longuement en silence.
- Il doit valoir son pesant de cacahuètes…
Elle se retourna vers lui l’air interrogateur.
- Quoi ? J’suis p’t’être un drôle de gugusse, ça ne m’empêche pas d’avoir une certaine notion de la valeur des choses… Jolie, l’inscription d’ailleurs !
- Oui, approuva-t-elle en passant son pouce sur la gravure. Pour mon extraordinaire KB. RC
- Ça doit être un cadeau de ton Rick.
- Rick ? Répéta-t-elle.
- Tu n’avais que ce nom-là à la bouche quand tu délirais.
- Il faut que j’aille en ville, souffla-t-elle.
- On ira.
- C’est vrai ?
- Mais oui, grommela-t-il, mais d’abord, tu vas me faire le plaisir de finir ton repas !
Elle se jeta à son cou et l’embrassa plusieurs fois sur la joue en lui répétant le mot merci encore et encore. Il tapota doucement son bras, un peu gêné mais heureux également. Elle avait la joie communicative.
- Et on le fera à ma manière ! Ajouta-t-il d’un ton qu’il espérait bourru. Pas question que tu m’attires des ennuis !
- Pas la peine, Fletcher, ça ne prend plus, rigola-t-elle.
- Qu’est ce qui ne prend plus ? Grommela-t-il.
- Je sais que vous êtes gentil !
- Nan, j’suis pas gentil.
- Oh si ! Et en plus vous m’aimez bien !
- Faut pas exagérer non plus ! Plus vite je serai débarrassé de toi, plus vite j’aurai la paix !
Elle éclata de rire, un rire pur et cristallin, qui lui réchauffa instantanément le cœur et provoqua l’apparition de quelques larmes qu’il ne put cacher. Elle les sécha délicatement du bout des doigts.
- Qui es-tu Fletcher Grimes ? Murmura-t-elle.
- Personne… Je ne suis plus personne, marmonna-t-il en se libérant de son étreinte pour se lever.
Il était inutile d’insister, il s’était refermé sur lui-même.
- Tu ferais bien de manger, ajouta-t-il avant de sortir de la cabane.
- …
Elle reporta son regard sur le petit bracelet qu’elle tenait toujours dans la main. Rick… Elle ferma les yeux en se concentrant sur ce prénom. L’image d’un regard profond comme l’océan lui vint à l’esprit, tout était encore très flou, mais la mémoire lui reviendrait bientôt, elle en était certaine, ou tout du moins elle voulait s’en persuader.
- Je nous retrouverai, promit-elle dans un murmure avant d’embrasser le petit bracelet.
Chapitre cinquante-quatre
Les trottoirs étaient encore glissants et quelques congères çà et là, témoignaient encore de l’épisode neigeux qui s’était abattu sur New-York durant les dernières semaines. Les rues de Manhattan étaient encore plongées dans le noir, quand Castle s’approcha de la résidence des Beckett les bras chargés de paquets comme chaque matin depuis la tragédie qui les avait frappés, à la différence près que désormais il était mû par autre chose que le besoin de réconforter et soutenir les parents de Kate. La colère et le désir de vengeance avaient désormais pris le pas sur la douleur et la tristesse. Il y avait quelqu’un quelque part qui était responsable de leur malheur et il comptait bien le lui faire payer! Tant qu'il ne l'aurait pas trouvé, il ne pourrait faire son deuil en paix.
Une silhouette apparut de l’autre côté de la rue. Il était matinal, comme toujours, sans doute une déformation professionnelle. Castle sourit et lui fit un signe de la main du mieux qu’il le pouvait malgré les paquets qu’il tenait.
- Je me disais bien que c’était toi, lança Murray en s’approchant de lui. J’ai reconnu ta silhouette. Alors? Que me vaut cet appel mystérieux que tu m’as passé cette nuit?
- Désolé pour ça, je n’ai pas fait attention à l’heure. Je suis un peu décalé en ce moment.
- Ce n’est rien, j’ai l’habitude… Rétorqua Murray.
- C’est par là, indiqua Castle en l’invitant à le suivre.
Jim ouvrit la porte et les invita à entrer.
- Comment allez-vous ce matin? Demanda Castle.
- Je vous mentirais si je vous disais que nous allions bien. Jo a à peine dormi deux heures.
- Où est-elle maintenant? Demanda Rick soucieux.
- Elle est au téléphone depuis plus d’une demi-heure…
- Sa fameuse relation?
- Sans doute. Installons-nous, elle nous rejoindra, dit Jim.
- Je vous présente le docteur Murray, il est le meilleur légiste de New-York, annonça Castle en désignant l’homme qui l’accompagnait.
- Enchanté, répondit Jim en serrant la main du légiste, bien que j’aurais préféré ne jamais vous rencontrer.
- Je t’ai appelé pour avoir tes lumières sur le cas du décès de la fille de Jim expliqua l’écrivain.
- Oh ! Dans ce cas, je comprends votre remarque, répliqua Murray.
- J’ai ramené le petit déjeuner, déclara Castle en sortant des gobelets de café et des viennoiseries du sac qu’il avait apporté.
- J’ai pu le contacter, il arrive, dit Johanna en entrant dans la pièce.
- J’ai bien fait d’en prendre beaucoup alors, sourit Castle en désignant la table remplie de toutes sortes de gourmandises.
L’écrivain fit les présentations une nouvelle fois, puis exposa à son ami la raison de sa présence parmi eux.
- Rick, je ne peux pas me mêler du travail d’un confrère comme ça, soupira Murray.
- Et les parents de Kate ? Ils ne peuvent pas avoir accès au dossier de leur fille ?
- Si, mais le temps de faire la demande… Ca prendra des semaines! Tu connais les lenteurs administratives ?
- Dans ce cas, je vais me faufiler discrètement dans la morgue du commissariat et leur subtiliser ce dossier, rétorqua Castle déterminé.
- Richard, ce n’est pas sérieux, vous allez vous attirer des ennuis, fit Johanna inquiète.
- Je mettrai un chapeau pour ne pas être reconnaissable, répondit Castle. Et puis, je n’aurais des ennuis que si je me fais prendre ! Il suffit donc que je ne me fasse pas prendre !
- Attends, intervint Murray. J’ai peut-être une autre idée.
- Ah oui ? Fit Castle intéressé.
- Je connais une jeune étudiante, qui fait justement un stage dans cette morgue. Elle pourrait faire discrètement une copie du dossier de ton amie et nous l’apporter…
- Pourquoi ferait-elle une chose pareille ? Demanda Castle.
- Pour avoir la chance de faire son prochain stage auprès du meilleur légiste de la ville, sourit Murray.
- Wah ! C’est trop cool !Tu es vraiment le meilleur! Appelle-la tout de suite !
Murray sortit son calepin de la poche de sa veste et rechercha le nom de cette aspirante-légiste.
- Ah ! Voilà ! Melle Parrish ! Je l’appelle !
Pendant que Murray téléphonait, Rick patientait en touchant à tout, comme à son habitude. Ce fut ainsi, qu’il tomba sur le courrier adressé à Kate.
- Modern-Fashion… Lut-il intrigué.
- Nous l’avons reçue hier matin, expliqua Johanna. Katie avait participé à un concours pour eux, il y a quelques semaines… Mathilda King l’avait repérée apparemment.
- Il va falloir qu’on l’appelle, elle aussi, soupira Jim, pour la prévenir…
- Mathilda King… Répéta Castle pensif.
- Oui, ajouta Johanna. Elle lui propose une double page dans le numéro de ce mois-ci…
- Emma ! S’exclama soudain Castle.
- Pardon ? Dirent Johanna et Jim surpris.
- L’amie de Kate ! Si vous ne la connaissez pas, il doit s’agir d’Emma ! Elle l’a rencontrée à ce concours ! Elles se sont très bien entendues et si je ne me trompe pas, sa famille vit à New-York !
- Vous connaissez son adresse ?
- Non… Mais Carly doit l’avoir… Je vais l’appeler !
- Vous devriez attendre un peu, l'arrêta Johanna. Il est trois heures du matin à Palo Alto!
- Oups! Vous avez raison!
Quatre heures plus tard, grâce à Carly, ils appelèrent les parents d’Emma, qui leur annoncèrent sa brutale disparition le même soir que celui de l’accident de Kate. Lanie Parrish les rejoignit alors avec une copie du dossier de Kate. Murray fit les présentations.
- Enchantée, fit Lany Parrish. J'ai réussi à faire une copie de votre dossier! Ca n'a pas été facile! Il y avait toujours quelqu'un dans cette fichue salle où on classe les dossiers!
- Comment avez-vous fait alors? S'étonna Castle.
- J'ai usé de mes charmes, sourit-elle. Un sourire et l'espoir d'un rendez-vous galant font des merveilles!
- Je suis impressionné! Dit Castle en répondant à son sourire.
- Pendant que je faisais les copies, j'y ai jeté un oeil et je peux vous assurer que le travail a été bâclé. Pas d'examen dentaire ou sanguin, c'est pourtant le B.A. BA quand la victime est méconnaissable...
- Elle fera une grande carrière, sourit Murray.
- C'est certain, approuva Castle.
Le lieutenant Montgomery, appelé par Johanna, arriva peu après.
Lorsque Johanna lui avait annoncé ce qui était arrivé à sa fille, il avait blêmi.
- Tout est de ma faute, murmura-t-il anéanti devant les parents de Kate.
- De quoi parlez-vous ? Demanda Johanna aussi blanche qu’un linge. C’est à cause de l’affaire Pulgatti ?
Il acquiesça d’un léger hochement de tête et déglutit difficilement avant de se lancer :
- Tout a commencé il y a maintenant 7 ans, soupira-t-il. A cette époque, j’étais un bleu. Je faisais équipe avec les lieutenants Raglan et McAlister…
- Raglan ? Tilta Castle. C’est le policier qui s’est occupé de l’accident de Kate !
- Que s’est-il passé Roy ? Demanda Johanna d’une voix blanche effrayée de ce qu’elle allait entendre.
- A cette époque, nous enlevions des mafieux en échange d'une rançon, je n’en suis pas fier et ce n’est pas une excuse, mais j’étais jeune et influençable et je pensais que ce que nous faisions était bien… MacAllister et Raglan étaient des héros pour moi. Je croyais en ce qu'on faisait. Ce jour-là, nous avions décidé d’enlever Joe Pulgatti, mais ça a mal tourné. Bob Armen, un agent du FBI infiltré s’est interposé, un coup de feu est parti… Il a été tué sur le coup... Il n’était pas supposé être là ! Il a attrapé mon arme, c'est là que le coup est parti. Je ne savais même pas si c'était mon arme qui avait tiré, jusqu'à ce qu'Armen s'écroule. MacAllister m'a poussé dans le van. Je me souviens qu'il me disait " T'en fais pas fiston. C'est pas ta faute. Ça arrive tous les jours dans cette ville. "
- C’est vous qui avez fait ça à ma Katie ? Demanda froidement Johanna les larmes aux yeux.
- Non, mais c’est arrivé à cause de ce que nous avons fait ce jour-là… souffla Montgomery.
- Qui a tué ma fille ? Insista Johanna sentant la rage monter en elle.
Jim serrait tellement les poings que les jointures de ses doigts avaient blanchi.
- Je ne sais pas comment, mais il a appris ce qu'on avait fait. Il aurait pu tous nous faire arrêter, au lieu de ça, il nous a demandé l'argent des rançons. Il a pris cet argent pour devenir ce qu'il est et Dieu me pardonne, mais c'est grâce à ça qu'il est devenu aussi puissant.
- Donnez-moi son nom, Roy, vous me devez bien ça !
- Je ne pensais pas qu'il s'en prendrait à vous, se lamenta Montgomery, encore moins à votre fille! Je donnerais tout ce que j'ai pour revenir en arrière et empêcher ce drame!
- Si vous pensez ne serait-ce qu'une once de ce que vous venez de me dire, Roy, alors vous devez me répondre, rétorqua Johanna en colère. Qui a tué ma fille?
- Tout est dans ce dossier, dit Montgomery en déposant sur la table l’épais dossier qu’il avait amené. Dans ce dossier et sur cette cassette…
Johanna s’empara du dossier et s’empressa de le parcourir. Castle s’approcha et l’examina avec elle.
- William H. Backen ? Lut Johanna atterrée. Le tout nouveau sénateur ? C’est lui qui a fait ça à ma Katie ?
- C’est vous qui étiez visée... acquiesça Montgomery. Je voulais me racheter ! Je voulais vous protéger ! Nous devions nous rencontrer pour que je vous donne toutes ces preuves !
- Mais vous n’en avez pas eu le temps, termina tristement Johanna.
- Non… souffla-t-il anéanti par la culpabilité.
***********
- Pourquoi attendre qu'il fasse noir pour venir ici? Demanda-t-elle alors que Fletcher garait sa camionnette aux abords du commissariat de la cinquante-quatrième brigade.
- On avait dit pas de question, grommela-t-il. Et ça, c'est une question.
Elle leva les yeux au ciel, évidemment qu'elle savait qu'il s'agissait d'une question! Pourquoi s'entêtait-il à ne pas vouloir lui parler? Elle avait compris qu'il cachait un lourd secret et qu'avant de vivre en ermite, il avait eu une vie normale. Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était pourquoi il s'entêtait à se murer dans le silence.
- Je ne vous jugerai pas, vous savez? Affirma-t-elle.
- De quoi tu parles?
- Quoiqu'il se soit passé avant, pour moi vous serez toujours celui qui m'a sauvé la vie...
- Inutile de te sentir redevable, grogna-t-il.
- Qu'est-ce que vous fuyez, Fletcher?
- Rien. Je ne fuis rien du tout !
Il enfila son bonnet, remonta le col de sa veste et sortit du véhicule. La conversation n'irait pas plus loin. Elle poussa un gros soupir et sortit également.
- Viens, il ne vaut mieux pas traîner ici.
- Pas la peine de courir, le bâtiment ne va pas s'envoler! Souffla-t-elle agacée.
- Peut-être, mais tu as un contrat sur la tête, ma petite.
- C'était peut-être celle qui m'accompagnait, qui avait un contrat sur la tête... Rétorqua-t-elle.
- Tu aimes avoir le dernier mot, toi! Râla Fletcher. Viens! Inutile de tenter le diable! Dépêchons-nous!
Ils entrèrent dans le commissariat et furent accueillis par l'officier de garde.
- Bonsoir! Je suis l'officier Esposito. Que puis-je pour vous?
- Nous voudrions consulter le fichier des personnes disparues, annonça Fletcher d'un ton qu'il espérait poli malgré ses grognements.
Son honorable, mais piètre tentative, fit rire la jeune femme.
- C'est une blague? Demanda Esposito suspicieux.
- Pas du tout! S'empressa-t-elle de le détromper. Écoutez, j'ai eu un accident et je ne me souviens plus de qui je suis, ni même de ce qu'il s'est passé... J'espérais pouvoir consulter ce fichier pour voir si quelqu'un me recherche quelque part...
- Waow… C’est rude. Et qu’en dit votre médecin ?
- Euh… Rien du tout… Mais ça n’est pas le problème. Je voudrais consulter votre fichier des personnes disparues, il doit bien y avoir quelqu’un qui me recherche…
- Mais vous ne pouvez pas y avoir accès, voyons ! Rétorqua Esposito.
- S’il vous plait ! Il faut que je retrouve ma famille ! Insista-t-elle.
- Venez, dit l’officier touché par sa détresse. Vous ne pouvez pas y avoir accès, mais moi oui.
- Merci !
Ils suivirent l’officier Esposito, qui les emmena à l’intérieur du commissariat.
- Attendez là, dit-il en leur ouvrant la porte d’une salle de repos. Je ne serai pas long.
Elle poussa un long soupir tandis qu’elle se retrouvait une fois de plus à attendre. Fletcher ne tenait pas en place, il allait et venait devant elle en regardant de tous côtés.
- Pourquoi êtes-vous aussi nerveux ?
- Les tueurs peuvent être partout…
- Si un tueur était vraiment à ma recherche, il m’aurait déjà retrouvée.
- Détrompe-toi, ma cabane est extrêmement bien cachée. Personne ne peut la trouver.
- Pourquoi ?
- Tu es un sacrée entêtée dans ton genre ! Grogna-t-il.
- Je veux juste vous aider Fletcher !
- Tu ne peux pas, soupira-t-il. Personne ne le peut.
L’officier revint une bonne heure plus tard. Il tenait un dossier dans la main. Fletcher, tout comme sa protégée, n’en pouvait plus d’attendre dans cette salle de repos.
- Vous avez trouvé quelque chose ? Demanda-t-elle en se levant précipitamment.
- J’ai trouvé le dossier d’une personne disparue depuis le 9 janvier dernier. Elle vous ressemble beaucoup, mais… ce n’est pas vous, déclara-t-il en lui tendant une photo.
Elle prit la photo et l’observa longuement. Effectivement cette jeune femme lui ressemblait beaucoup, mais ce n’était pas elle. Elle pencha la tête sur le côté tandis qu'elle l'observait. Quelque chose lui semblait familier. Etait-ce le signe que le brouillard de sa mémoire commençait à se dissiper?
- Elle se prénomme Emma, expliqua l'officier. Selon les dires de sa famille, elle est sortie avec une amie le 9 janvier dernier et n’est jamais revenue.
Fletcher tourna la tête intrigué, mais demeura silencieux.
- Emma… Répéta-t-elle.
- Qui était cette amie avec qui elle était ? Demanda Fletcher.
- Personne ne la connaît, elle l’avait rencontrée peu de temps auparavant lors d’un concours.
Fletcher regarda sa protégée s’asseoir dans l’un des fauteuils. Elle avait l’air désespérée. Son désarroi faisait tellement peine à voir que l’officier Esposito en fut ému.
- Et si vous me parliez de ce qu’il vous est arrivé, suggéra-t-il, je pourrais peut-être vous aider…
Elle releva la tête et plongea son regard dans le sien.
- Vous feriez ça ?
- Bien sûr ! Je ne suis qu’un bleu, mais je ferai tout mon possible pour vous aider !
Elle sourit, reconnaissante et lui raconta toute son histoire, aidée par Fletcher, qui raconta tout ce qu’il savait. Puis ils repartirent après avoir convenu d’un rendez-vous le lendemain avec Esposito, puisque Fletcher n’avait ni téléphone fixe, ni portable.
Chapitre cinquante-cinq
Quelques heures plus tard, Rick laissait les autres chez les Beckett pour se rendre au commissariat où son ami Bob lui avait assuré qu’un policier l’attendrait pour lui permettre de consulter le fichier des personnes disparues. Johanna étant l’experte en ce qui concernait l’utilisation du dossier du lieutenant Montgomery, il était inutile qu’il restât là-bas.
- Je suis Richard Castle annonça-t-il en arrivant au commissariat de la 54ème.
- Ah ! Oui, monsieur Castle, on m’a prévenu de votre arrivée, répondit l’officier en faction. Mon collègue va vous conduire auprès du lieutenant Porter… Hey ! Espo ! Tu peux emmener ce monsieur auprès de Porter ? Il veut consulter le fichier des personnes disparues !
- Lui aussi ? Qu’est-ce qu’ils ont tous aujourd’hui avec ce fichier ?
- Quelqu’un d’autre a demandé à le consulter ? S’étonna Castle.
- Ouais, une jeune femme un peu paumée… Mais ça ne l’a pas aidée malheureusement !
- Comment est-elle ?
- Hein ?
- Cette jeune femme ! Décrivez la moi ! Insista Castle au bord de l’hystérie.
- Environ un mètre soixante-quinze, les cheveux châtains… Jolie… Vachement jolie, même.
- Où est-elle ?
- Je croyais que c’était le fichier, qui vous intéressait !
- Où est-elle ? Insista fortement Castle.
- Elle est repartie.
- Où est-elle partie dans ce cas ?
- Elle n’a pas voulu le dire… Son drôle de garde du corps plutôt…Je peux savoir ce que vous lui voulez ? Demanda l'officier Esposito suspicieux.
- C’est… Je n’en suis pas certain, bafouilla Castle qui ne savait plus que croire… Pourrais-je voir la photo que vous lui avez montrée ? Je...
- Et si vous me racontiez toute votre histoire, suggéra l’officier Esposito devant l’air perdu de Castle.
- C’est que… C’est une très longue histoire et je ne voudrais pas vous déranger…
- Vous ne me dérangez pas, c’est ma journée des longues histoires, sourit Esposito. Je vous offre un café ?
Castle acquiesça et le suivit jusqu’à la salle de repos. Esposito l’invita à s’asseoir et lui tendit une tasse de café.
- Je vous aurais bien proposé un beignet pour l’accompagner, mais le lieutenant Porter les a déjà tous mangés. Ce mec finira avec une crise cardiaque avant cinquante ans !
Rick bu une gorgée de son café en grimaçant.
- Oh seigneur, c’est certainement le pire café que j’ai jamais goûté ! C’est fascinant, ça fait penser à… à de l’urine de singe plus un petit mélange d’acide.
- Il n’est pas terrible, je sais, approuva Esposito, la machine est une antiquité.
- Alors… Vous dites qu’une jeune femme est venue consulter le fichier des personnes disparues ?
- Ouais. En pleine nuit. Elle disait avoir perdu la mémoire dans un accident et voulait savoir si elle était recherchée.
- Et vous avez trouvé un fichier correspondant ?
- J’ai trouvé le dossier d’une personne disparue qui lui ressemblait beaucoup, mais ce n’était pas elle.
La main de Rick se mit à trembler. Il posa sa tasse de café pour éviter de la renverser. Son cerveau était en ébullition. Il n’osait l’espérer, mais la théorie qui avait germé dans son esprit quelques heures auparavant semblait se confirmer. Il ne devait surtout pas s’emballer, car s’il avait tort, la chute serait violente et il ne saurait s’en remettre.
- Vous allez bien ? Demanda Esposito.
- Je ne sais pas… Souffla-t-il. Puis-je voir le dossier en question ?
- Pour ça, il va falloir me raconter toute votre histoire, répondit Esposito.
Castle acquiesça et lui raconta le drame qui les avait frappés, ainsi que leurs récentes découvertes concernant les négligences des policiers chargés de l’enquête qui avaient conclu à l’accident alors que tout portait à croire qu’une tierce personne l’avait sciemment provoqué.
- D’après la mère de mon amie, la voiture était comme neuve avant ça, il n’y avait aucune éraflure et la ceinture du côté passager était intacte, déclara Castle, c’est pourquoi nous pensons…
- … qu’il y avait quelqu’un avec votre amie dans la voiture, termina l’officier Esposito.
- Exactement ! Et comme on a retrouvé qu’un seul corps, méconnaissable soit dit en passant, continua Castle, nous pensons qu’elle…
- … doit avoir été portée disparue, conclut Esposito.
- Vous ferez un excellent détective, sourit l’écrivain.
- Je vais vous chercher le dossier, répondit l’officier Esposito en se levant.
Durant l’attente, Rick n’osait croire à ce que son esprit avait imaginé. L’autopsie avait été bâclée, rien ne prouvait que le corps qu’ils avaient enterré, fût celui de Kate. Le légiste s’était contenté de l’évidence : il s’agissait de la voiture qu’elle conduisait, ils avaient trouvé les papiers et les affaires de Kate, mis à part son bracelet… Et s’il s’était agi d’Emma au volant ? Et si pour s’amuser les filles avaient échangé leurs affaires ? Son cœur s’emballa. Se pourrait-il que Kate ait survécu ?
L’officier Esposito revint dans la pièce avec le fameux dossier et le lui tendit. Tremblant, il s’en empara, hésitant à l’ouvrir. Pour le moment, sa théorie était encore plausible. Tant qu'il ne l'ouvrait pas, il pouvait encore espérer… Il prit une grande inspiration et ouvrit le dossier. Et se figea devant la photo.
- Emma… Murmura-t-il les yeux pleins de larmes.
- Vous la connaissez ?
- Oui… C’est l’amie de mon amie. Elles se sont rencontrées lors d’un concours… Elles se ressemblaient tellement qu’on aurait pu les confondre…
L’officier Esposito restait silencieux, respectant l’émotion de Rick. Soudain celui-ci releva la tête vers lui.
- La jeune femme qui est venue vous voir cette nuit lui ressemblait ? Demanda-t-il la voix tremblante d’émotion.
- Beaucoup, ouais. Elle espérait que sa photo figurerait dans le fichier des personnes disparues, mais cette jeune femme est la seule que j’ai trouvée qui correspondait à son profil…
Envahi par l’émotion, Rick recula de quelques pas, la main sur la bouche et se laissa tomber sur le canapé.
- Oh ! Mon Dieu ! Oh ! Mon Dieu ! Répéta-t-il la voix étranglée et incapable de contenir ses larmes.
Esposito s’approcha de lui et posa une main amicale dans son dos pour tenter de le réconforter, vainement. Rick pleurait à chaudes larmes, partagé entre l’émotion de savoir que sa Kate était vivante là, quelque part et la honte de se sentir soulagé alors que l’accident avait coûté la vie à cette pauvre Emma.
- Où est-elle ? Vous savez où la joindre ? Demanda Rick lorsqu’il fut parvenu à reprendre un peu ses esprits.
- On ne peut pas les joindre. Son ami est plutôt du genre très méfiant, expliqua Esposito.
- Son ami ?
- Un drôle de gugusse qui l’a sauvée, il n’a pas de téléphone et n’a pas voulu me laisser d’adresse.
- Quoi ?! Mais comment on fait pour la retrouver alors ? Pesta Castle.
- On a convenu d’un rendez-vous. Ils vont revenir pour voir si j’ai trouvé quelque chose.
- Pourrais-je… ?
- Vous avez une photo de votre amie ?
Comment n’y avait-il pas pensé avant ? Rick sortit son portefeuille et en sortit une photo de Kate, qu’il tendit à l’officier.
- C’est elle, qui est venue vous voir ?
- Oui, c’est elle, confirma Esposito. Je ne pourrais pas oublier un tel sourire.
Rick le prit dans ses bras et le serra si fort qu’Esposito grimaça gêné.
- Elle est vivante ! Elle est vivante ! Ne cessait de répéter Rick incrédule. Ses parents ! Il faut que je les prévienne ! Quand doit-elle revenir vous voir ?
- Ils reviennent demain à quatre heures du matin.
- En pleine nuit ? S’étonna l’écrivain.
- Celui qui l’accompagne est du genre parano… Hyper parano ! Je ne sais pas ce qu’il craint, mais il était hors de question qu’il se pointe ici en plein jour, expliqua Esposito.
Rick fronça les sourcils, inquiet.
- Il lui a sauvé la vie et l’a amenée ici, dit Esposito pour le rassurer, s’il lui voulait du mal, il ne ferait pas tout son possible pour l’aider…
- Vous avez raison, reconnut l’écrivain.
- Allez trouver ses parents et reposez-vous un peu, dit Esposito. Je vous promets de ne pas la laisser repartir avant que vous ne soyez revenus.
- Merci, répondit Rick, nous ne serons pas en retard !
Il partit en courant. Il avait hâte d’annoncer la nouvelle à Jim et Johanna. Kate était vivante ! Rien d’autre n’avait d’importance, elle était en vie !
***********
A quelques kilomètres de là, Kate ignorait toujours qui elle était. Elle plaçait tous ses espoirs dans ce sympathique officier qu’ils avaient rencontré durant la nuit. Mais elle ne voulait pas se contenter de ça, il fallait qu’elle se remue. Sa mémoire pouvait revenir, elle le sentait. Elle se souvenait du prénom de ce Rick, qui semblait être si important pour elle. Et ces yeux bleus qu’elle voyait en songe? Etaient-ce les siens?
Incapable de tenir en place, elle était sortie et s’occupait, si elle accomplissait de menus travaux physiques, peut-être que sa mémoire se débloquerait. Elle s’activait donc près du tas de buches derrière la cabane, quand Fletcher revint à la cabane.
- Tu devrais te reposer, marmonna-t-il avec sa bonne humeur légendaire.
- J’essaye de me changer les idées, sourit-elle, mais comme vous ne voulez pas me parler de vous, il faut bien que je trouve une occupation…
- Et tu t’es dit que jouer avec une hache, c’était la meilleure chose à faire ?
- Ne vous en faites pas, je suis prudente ! répliqua-t-elle. Et puis, je suis entre de bonnes mains…
- De quoi tu parles ? Tiqua Fletcher sur la défensive.
- De votre formation de médecin, déclara-t-elle en le regardant droit dans les yeux.
- Quoi ?
- Ne vous en faites pas, je n’en parlerai pas, même si je ne vois pas en quoi vous trouvez ça honteux.
- … De toute façon… Cette personne n’existe plus, marmonna-t-il en lui prenant la hache des mains. Laisse, je vais m’en occuper, tu n’as qu’à ranger les buches dans l’abri.
Elle hocha la tête et se mit au travail en silence. Ils passèrent une bonne partie de la journée à travailler sans parler. En fin d’après-midi, lorsqu’il ne fit plus suffisamment jour pour continuer, ils rentrèrent à l’intérieur. Fletcher s’occupa de leur préparer un repas chaud, pendant que Kate faisait chauffer de l’eau pour sa toilette.
- J’espère que tu as faim, parce que je t’ai fait une montagne de pancakes ! Lança-t-il alors qu’elle avait disparu dans la petite pièce qui faisait office de salle de bain.
- …
- Tu aimes le sirop d’érable ?
- …
- Fillette ?
- Je m’appelle Katie, murmura-t-elle en revenant dans la pièce.
- Tu te souviens ?
- Seulement de mon prénom, répondit-elle médusée. Et d’une femme… Sans doute ma mère.
- C’est génial, ça, se réjouit Fletcher. La mémoire te revient ! Qu’est-ce qui l’a déclenchée ?
- L’odeur des pancakes… Je me suis vue enfant, avec cette femme, qui m’appelait Katie et me souriait, expliqua-t-elle au bord des larmes.
- Ne pleure pas ! C’est une excellente nouvelle ! La rassura-t-il en la prenant dans ses bras. Ta mémoire va continuer de revenir peu à peu, elle est juste un peu bloquée !
- C’est le médecin qui parle, là ? S’enquit-elle en levant les yeux vers lui.
- J’étais chirurgien, marmonna-t-il après un temps de réflexion.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
- J’étais le meilleur de l’hôpital où je bossais… Un jour, alors que j’allais opérer un ouvrier gravement blessé, on m’a ordonné de laisser des collègues s’en occuper. Un sénateur venait d’arriver et devait être opéré en urgence.
- Et… Vous n’avez pas pu le sauver ?
- Si. Je l’ai sauvé. On m’a félicité et convié à des soirées en compagnie des personnes les plus influentes de New-York ! C’est le lendemain, que j’ai appris que l’ouvrier que j’aurais dû opérer n’avait pas survécu. Il avait une femme et des enfants en bas âge !
- Ce n’était pas votre faute…
- J’aurais dû le sauver ! Enragea Fletcher. J’ai lu le compte-rendu post-op’ ! J’aurais pu le sauver ! Si je l’avais opéré, il serait encore en vie et ses enfants ne seraient pas orphelins !
Kate le prit dans ses bras pour le réconforter, en lui murmurant que rien de tout cela n’était sa faute, tandis qu’il retenait difficilement des larmes amères.
Chapitre cinquante-six
Lorsque le taxi le déposa devant chez les Beckett, Rick sentit sa nervosité augmenter. Il s'apprêtait à annoncer aux parents de Kate la plus incroyable des nouvelles et tout à coup beaucoup de questions lui venaient à l'esprit.
Devait-il les préparer avant en leur racontant toutes les étapes qui l'avaient amené à cette découverte ou la leur annoncer de but en blanc? Étaient-ils en état de l'entendre? Comment leur faire comprendre que les retrouvailles ne pourraient se faire que dans plusieurs heures et qu'à l'heure actuelle, il n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait? Devait-il attendre qu'ils aient terminé ce qu'ils faisaient? Johanna s'occupait d'étudier le dossier contre Bracken pour déterminer si les éléments qu'il comportait étaient suffisants, il devrait peut-être la laisser terminer ce travail tranquillement... Oui, mais comment rester auprès d’eux, les écouter, ressentir leur peine dans chacune de leurs respiration et ne pas leur dire qu’elle était vivante ?
Ce fut donc l’esprit tourmenté par toutes ces questions, qu’il s'avança vers la porte d'entrée et sonna. Quand enfin Johanna vint lui ouvrir la porte, il sut instantanément ce qu'il devait faire.
- Elle est vivante, Johanna, murmura-t-il la voix chargée d'émotion.
- ...
- Elle est vivante, répéta-t-il devant les grands yeux stupéfaits de celle qui deviendrait sans doute sa belle-mère bientôt. Kate est vivante.
- ... Vivante? Répéta Johanna dans un hoquet de surprise.
- Vivante, confirma-t-il. Le policier que je viens de rencontrer me l'a confirmé. Il l'a vue cette nuit et lui a parlé.
- Vivante ! Répéta-t-elle une nouvelle fois en plaquant ses mains sur sa bouche pour tenter de contenir le flot d’émotions qui l’envahissaient.
- Elle est en vie et même en plutôt bonne santé d’après l’officier Esposito.
- Jim! S'écria Johanna en pleurant de joie. Jim!
Elle courut à l'intérieur, suivie par Rick ému.
- Qu'est-ce qu'il se passe? S'inquiéta Jim alors que Johanna le visage rempli de larmes se précipitait dans ses bras.
- Elle est vivante! Annonça Johanna contenant difficilement son euphorie. Katie est vivante!
- Vivante? Répéta-t-il sans oser y croire.
- Richard a rencontré un policier qui l'a vue et lui a parlé!
- Comment... Comment est-ce possible? Demanda Jim.
- Asseyons-nous, je vais tout vous expliquer, déclara Rick en désignant les fauteuils libres du salon.
- Ah non! Allons la chercher! Contra Johanna.
- Si j'avais pu, je serai arrivé avec elle, répondit Rick un peu ennuyé.
- Nous devrions peut-être vous laisser, proposa Montgomery.
- Non, non ! Restez ! Répondit Rick. Vous pouvez entendre ce que j’ai à dire et puis de toute façon, il faudra bien que nous nous occupions en attendant d’aller la retrouver.
- Qu'est-ce qu'il y a? Blêmit Johanna.
- Rien de grave! Rassurez-vous! Répliqua Rick d'un ton rassurant. Laissez-moi vous raconter...
- Écoutons ce qu'il a à dire, tempéra Jim en attrapant le bras de sa femme pour l'inciter à s'asseoir.
Johanna fronça les sourcils comme une enfant à qui on annoncerait que sa fête d'anniversaire serait repoussée d'une semaine, poussa un long soupir, puis consentit à s'asseoir à contrecœur.
- Où est-elle? Ne pût-elle s'empêcher de demander.
Rick grimaça, elle avait le chic pour trouver la question gênante, ça devait être un truc d'avocat, pensa–t-il avant de commencer ses explications.
- Cette nuit, une jeune femme est venue au commissariat de la cinquante-quatrième, elle voulait consulter le fichier des personnes disparues. Elle avait eu un accident et était amnésique. Elle souhaitait donc savoir si sa famille la recherchait. L'homme qui l'avait sauvée l'accompagnait. Un type hyper méfiant, comme s'il fuyait ou redoutait quelque chose...
- Quelqu'un est après eux? Paniqua Johanna.
- Laisse-le finir, Jo, intervint calmement Jim en posant une main sur son bras.
- D'après l'officier, non. Il n'a remarqué aucun mouvement suspect... Et c'est un ancien des forces spéciales, alors autant dire qu'il a l’œil! Les rassura-t-il.
Johanna se détendit légèrement et Rick put reprendre son récit.
- Dans le fichier, une personne correspondait à son profil, mais ce n'était pas elle. C'était la fiche d'Emma, l'amie de Kate. J'ai montré la photo de Kate au policier et il me l'a confirmé: la jeune femme amnésique qui est venue le voir était bien Kate... Kate est vivante! Amnésique, mais bien vivante. L'homme qui l'accompagnait a vu la voiture plonger dans le fleuve. Il s'est jeté à l'eau et l'a sortie de la voiture, mais au lieu d'appeler les secours, il l'a emmenée chez lui et l'a soignée.
- Ce qui lui a probablement encore sauvé la vie, continua Johanna consciente que Bracken aurait sans doute envoyé des tueurs à leurs trousses de peur que cette affaire s'ébruite.
- Sans doute, approuva Rick. Cet homme est tellement méfiant, qu'il n'a pas voulu laisser de numéro où le joindre et encore moins d'adresse.
- Comment va-t-on la retrouver alors? S'étrangla Johanna.
- D'abord en prenant un peu de repos, répondit Rick amusé par l'air exaspéré de Johanna si semblable à celui de Kate quand la réponse qu'on lui donnait ne correspondait pas à ses attentes. Et ensuite en nous rendant au rendez-vous qu'elle a donné au lieutenant Esposito cette nuit.
-... Cette nuit?
- Quatre heures du matin, mais on y sera bien avant, histoire de ne pas effrayer l'oiseau s'il aperçoit notre voiture arriver, expliqua-t-il.
- Quatre heures, murmura Jim.
- … Mais alors, la jeune femme que nous avons enterrée… Réalisa soudain Johanna les yeux de nouveau remplis de larmes.
- … Etait l’amie de Kate, Emma, termina Rick la gorge serrée.
- Nous le ferons payer, assura Montgomery tandis que Johanna pleurait dans les bras de son mari. Je témoignerai contre lui, même si ça doit me coûter ma carrière et des années de prison.
- Je vous défendrai, assura Johanna en essuyant ses larmes. Je ne promets pas que votre carrière n’en prendra pas ombrage, mais je ne pense pas que vous écoperez de prison ferme.
- Bien ! Au travail en ce cas ! Lança Rick.
Ils travaillèrent jusqu’au début de la soirée, quand Murray, Lanie et Montgomery rentrèrent chez eux. Rick appela sa mère et sa fille, tandis que Johanna, en cuisine, préparait les gâteaux préférés de Kate.
Comme tous les autres, Martha tomba des nues lorsque Rick lui annonça la nouvelle. Il lui expliqua toute l’affaire et lui demanda de garder Alexis pour la nuit.
- Bien sûr ! Ne t’en fais pas, Alexis va très bien et je me fais une joie de m’occuper d’elle, assura Martha.
- Je serai de retour à la maison pour le petit déjeuner, promit-il.
- Prends tout le temps dont tu auras besoin, Alexis comprendra, ne t’en fais pas.
- Merci mère, dit-il avant de raccrocher.
- Comment vont Martha et Alexis ? Demanda Johanna alors qu’il rejoignait les Beckett au salon.
- Elles vont très bien, elles sont heureuses pour Kate et comme nous, elles ont hâte de la retrouver.
- Je vous ai préparé sa chambre, annonça-t-elle.
- Merci… Bien que je ne sois pas certain de trouver le sommeil.
- Comme je vous comprends, sourit Johanna. J’aimerais tellement qu’elle soit déjà là, parmi nous, en sécurité.
Ils s’installèrent devant un film, puis ils décidèrent d’aller se reposer quelques heures.
- Il faut que je m'occupe! Déclara Johanna en se levant déterminée.
- Viens te reposer un peu, tenta Jim.
- Je suis trop énervée pour dormir, je ne ferai que me tourner et me retourner dans le lit, ce qui t’empêcherait de dormir. Non, va te coucher et ne t’en fais pas pour moi, le rassura-t-elle.
S’armant d’un balai et de tout un arsenal destiné à dénicher le moindre grain de poussière et à venir à bout de la plus infime tache, elle se mit au travail. A défaut de trouver le repos, épuiser son corps dans le ménage, lui permettrait au moins de ne pas trop se torturer l’esprit.
Elle se sentait coupable de la mort d’Emma et honteuse d’être heureuse alors que la vie de ses parents serait à jamais bouleversée lorsque les policiers leur annonceraient l’épouvantable vérité. Sa Katie était en vie et reviendrait bientôt la combler de bonheur, mais Emma était morte parce qu’elle s’était liée d’amitié avec sa fille. Si le tueur engagé par Bracken s’en était pris directement à elle et non à sa fille dans le but de la faire taire, rien de tout cela ne serait arrivé. Tout cela était la faute du sénateur Bracken, mais elle ne parvenait pas à se défaire de ce sentiment de culpabilité. Elle avait provoqué la colère d’un monstre et cela avait coûté la vie d’une jeune femme d’à peine vingt ans.
Au moment de partir pour le rendez-vous avec l’officier Esposito, la maison avait été briquée du sol au plafond et le réfrigérateur était rempli de tous les plats préférés de Kate.
Rick n'osa pas demander à Johanna si elle avait ne serait-ce qu'essayé de s'allonger et de fermer les yeux. Lui, avait passé la nuit à regarder des photos de Kate.
**********
3h50 Commissariat de la 54ème.
- Vous êtes sûr qu'ils vont venir? Demanda Johanna trépignant sur son siège.
- Il n'est pas encore quatre heures, chérie, fit Jim.
Rick, ne disait rien. Il ne pensait qu'à Kate. Comment allait-elle réagir? Et cet homme, qui l'avait sauvée, que cherchait-il? Pourquoi ne l'avait-il pas emmenée à l'hôpital après l'avoir sortie de l'eau? Elle devait être blessée, elle avait dû avoir besoin de soins. Et si elle avait des séquelles parce qu'il ne l'avait pas emmenée à l'hôpital?
Rick regarda les parents de Kate. Johanna était dans un tel état de nervosité, qu'il était inutile de la stresser d'avantage avec ces questions. Ils aviseraient le moment venu.
Le "ding" de l'ascenseur retentit, annonçant son arrivée, les portes s'ouvrirent et le temps se figea.
Elle était là. Sa frêle silhouette fit quelques pas hésitants hors de la cabine, suivie par celle d'un homme à la taille imposante et aux allures d'ours, puis s'arrêta.
Johanna s'avança à son tour, lentement, comme si elle avait peur de l'effrayer et de la faire fuir. Kate tourna la tête vers son sauveur, qui hocha la tête et lui adressa un sourire rassurant sous sa barbe, puis fit quelques pas vers sa mère.
- Katie! S'exclama cette dernière en larmes avant de la prendre dans ses bras.
- Maman... Répondit-elle en se nichant comme lorsqu'elle était petite.
- Tu te souviens? Murmura Johanna sans desserrer son étreinte.
- Je me souviens qu'on faisait des gaufres...
Jim entoura de ses bras les deux femmes de sa vie, pleurant lui aussi de bonheur de retrouver ce qu'il pensait avoir perdu à jamais.
Rick, quant à lui, n'avait pas bougé, il ne voulait pas déranger les retrouvailles des Beckett, même s'il mourrait d'envie de la prendre dans ses bras et de ne plus jamais la lâcher.
Ce fut Kate, qui mît fin à leur étreinte et sans un mot s'approcha de Rick, plongeant son regard dans le sien. Ces yeux bleus, qu'elle voyait en songes depuis plusieurs jours, étaient les siens. Même si ses souvenirs étaient encore perdus dans un brouillard épais, elle savait à cet instant, qu'elle était enfin revenue chez elle.
Lorsqu'elle fut à un pas de lui, elle s'arrêta sans pour autant le lâcher du regard.
Rick n'osait à peine y croire, celle qu'il avait cru avoir perdue à jamais, se tenait là, devant lui. Timidement, il vint poser la main sur sa joue. Ce simple contact si léger qu'il l'effleurait à peine, suffit à réveiller en elle une telle sensation de bien-être, que des larmes dévalèrent le long de ses joues. Elle pencha la tête sur le côté, pour augmenter le contact de sa main sur sa joue.
- Tu es là, chuchota-t-il tandis que les larmes inondaient ses yeux.
Doucement, elle vint se blottir contre lui et plus rien n’eut d’importance, elle était là, en vie, dans ses bras. Tout était bien.
Chapitre cinquante-sept
Attendrie, Johanna sourit. Sa fille était là, bien vivante. Rien n'était terminé, ils avaient une nouvelle chance de profiter du bonheur qu'ils avaient d'être ensemble. Elle pourrait encore lui dire à quel point elle l'aimait et savourer chaque instant passé avec elle, en étant pleinement consciente de leur inestimable valeur.
Elle se tourna vers l'homme qui avait accompagné sa fille et qui discutait avec l'officier Esposito. Elle s'approcha de lui, suivie de Jim.
- Nous sommes les parents de Katie, expliqua-t-elle en lui tendant la main. Je ne vous remercierai jamais assez de tout ce que vous avez fait pour elle.
- ... Pas de quoi...marmonna-t-il.
- Bien sûr que si, insista Johanna, grâce à vous, Katie est vivante, nous vous en seront éternellement reconnaissants.
- Je peux vous poser une question? Demanda Jim.
- Faites donc...
- Pourquoi ne pas avoir appelé les secours ou emmenée à l'hôpital, quand vous l'avez sortie de l'eau?
- Elle a un contrat sur la tête, expliqua Fletcher.
- ...
- Mais apparemment vous le savez, continua-t-il en voyant leur réaction.
- Un contrat? S'étonna Esposito.
- En réalité, c'est moi, qui suis visée, déclara Johanna.
- Que s'est-il passé? Demanda l'officier.
Elle l'observa un instant, se demandant s'il était digne de confiance, après tout, toute cette histoire avait commencé à cause d'une bande de flics ripoux.
- Il est clean, annonça Fletcher.
Elle tourna vers lui un regard étonné.
- Ce gars est honnête, expliqua-t-il, je me suis renseigné. Je n'aurais jamais amené la p'tite ici, si j'avais eu le moindre doute à son sujet.
- Vous vous êtes renseigné ? s’étonna-t-elle.
- Je suis plutôt méfiant.
- Oui, on a remarqué, rétorqua Jim qui n’arrivait toujours pas à cerner Fletcher.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire? Demanda Esposito intrigué.
- Je suis avocate, répondit Johanna. Il y a quelques temps, j'ai accepté de reprendre le dossier d'un détenu, qui clamait son innocence. C'est un ancien mafieux, accusé à tort du meurtre de Bob Armen, un agent du FBI. Armen était infiltré dans la mafia. Le jour du drame, des policiers véreux ont essayé d'enlever Pulgatti pour réclamer une rançon, mais Armen s'est interposé. Il y a eu une bagarre et un coup de feu est parti. Armen est tombé, tué par l'un des policiers. Ils ont bien entendu étouffé l’affaire et accusé Pulgatti.
- Et ces flics auraient lancé un contrat sur vous? S’étonna Esposito.
- Non, il s’agit de quelqu'un de plus haut placé, il était procureur adjoint du district de New-York à l'époque. Il les a fait chanter et a étouffé l'affaire. Grâce à l'argent extorqué, il est devenu extrêmement puissant désormais. Il est sénateur aujourd'hui.
- Sénateur... Marmonna Fletcher avec mépris.
- Eh oui, soupira Johanna. Il fait de beaux discours, se fait passer pour quelqu’un de concerné par la vie des citoyens… Alors qu’en fait, il est pourri jusqu’à la moelle et ne pense qu’à sa petite personne.
- Ils ne font de la politique que pour eux, de toute façon, grogna Fletcher.
Non loin de là, toujours blottie contre le torse de Rick, son Rick, Kate se laissait bercer par les battements réguliers de son cœur et par son odeur. Il ne faisait aucun doute pour elle, qu'elle était revenue chez elle. Comment avait-elle pu l'oublier, alors que là, dans ses bras, les souvenirs refluaient par dizaines en un véritable tsunami émotionnel. Le phénomène avait commencé lorsqu'elle était dans les bras de ses parents, mais désormais dans ceux de Rick, il était décuplé.
Tout lui revenait, leur rencontre, sa soirée désastreuse à Vegas, la sortie au zoo avec Alexis, leurs soirées romantiques, le regard tantôt amusé, tantôt attendri ou rempli de désir que Rick posait sur elle... Et soudain, plusieurs flashs, des rires, une voiture sombre, une poursuite, des cris et l'obscurité glaciale, terrible, la douleur, la peur, l'angoisse...
- Kate? S'inquiéta aussitôt Rick en la sentant trembler dans ses bras.
- ...
- Que se passe-t-il? S'inquiéta Johanna.
- Je ne sais pas! Elle s'est mise à trembler!
Fletcher se précipita vers sa protégée.
- Kate ! s’écria de nouveau Rick alors que Kate s’agrippait à sa chemise en tremblant de plus en plus fort.
- Sa mémoire revient, expliqua Fletcher, mais ça va beaucoup trop vite pour son cerveau. Elle est encore convalescente...
- Il faut l'emmener à l'hôpital, intervint Johanna.
- Serrez-la dans vos bras, ordonna Fletcher à Rick.
- Que je la serre...?
- Oui! Tenez-la fermement contre vous jusqu'à ce que les tremblements cessent!
Bien qu'étonné, Rick la serra contre lui, en lui murmurant des paroles rassurantes. Miraculeusement, au bout d'une minute, les tremblements de Kate s'arrêtèrent.
Tous se tournèrent alors vers Fletcher, étonnés.
- Il faut comprimer les nerfs sensitifs pour calmer les crises de panique, expliqua-t-il.
- Fletcher est médecin... Murmura Kate épuisée toujours dans les bras de Rick.
- Était, rectifia celui-ci en se relevant.
- Merci, souffla Rick tout en caressant les cheveux de Kate.
- Emmenons-la à l'hôpital, décida Johanna.
- Quoi? Non! Protesta vivement Kate. Je vais bien!
- Et je veux en être certaine! Appuya Johanna. Alors allons à l'hôpital faire tous les examens nécessaires et ensuite nous rentrerons.
Kate tourna la tête vers Rick, à la recherche de soutien.
- Ta mère a raison, tu as eu un grave accident, au point d'être amnésique, grimaça Rick souffrant devant la mine décomposée de sa petite amie.
- Mais c'est bon! Je me souviens de tout! Pas la peine d'en faire un fromage!
- Si tout va bien nous serons à la maison en début d'après-midi, répondit Johanna.
- Mais...
- Laisse-toi faire, chuchota Rick, tu sais très bien que tu n'as aucune chance de la faire changer d'avis.
Kate se dégagea vivement des bras de Rick piquée au vif.
- Tu es mon petit ami! Grogna-t-elle. Tu es sensé être de mon côté! Pas du sien!
- Kate... Soupira Rick.
- Tu es contente? Apostropha-t-elle sa mère. Tu as réussi à lui retourner le cerveau!
- Katie…
- Ne me Katie pas ! Gronda Kate en s’éloignant de sa mère.
Fletcher se mit sur son chemin.
- Tu devrais aller te faire examiner, gamine…
- Mais je vais bien ! Protesta Kate. Tu m’as soignée !
- Avec les moyens du bord, contra-t-il, ils ont raison, il est plus raisonnable que tu fasses un check-up.
Elle soupira et baissa la tête vaincue.
- Fais pas cette tête-là, c’est juste une formalité, sourit-il en la prenant dans ses bras.
- Et toi? Tu pars ? demanda-t-elle en relevant le regard sur lui.
- Je rentre chez moi. Tu es avec les tiens, tout ira bien désormais.
- Tu reviendras me voir?
- Si tu as besoin de moi, je serai là, promit-il avant de partir.
Rick ne pût s'empêcher de se crisper légèrement à l'entente de cette promesse, un lien s’était formé entre Kate et son sauveur. Il s’en voulait de ressentir ce sentiment négatif, alors que rien ne devrait ternir le bonheur d’avoir retrouvé Kate après ces semaines épouvantables où il l’avait crue morte, mais c’était plus fort que lui, il était jaloux.
Kate hocha la tête et s’éloigna.
- Ne vous en faites pas, elle va se calmer, assura Johanna en se tournant vers Rick.
- Oui… J’espère, souffla-t-il.
Jim pouffa de rire.
- Ah toi! Ne te moque pas! Râla-t-elle.
- Je ne me moque pas, je me demandais juste comment vous alliez faire pour convaincre les médecins qu'elle a besoin d'examens, répondit Jim en désignant sa fille, qui parlait à l'officier Esposito en agitant furieusement les bras dans tous les sens.
- Ne vous en faites pas pour ça, dit Fletcher, les apparences ne les tromperont pas.
- Elle est souffrante ? Tiqua Rick.
- Elle va mieux, mais elle est convalescente, expliqua Fletcher.
Johanna regarda sa fille et sourit.
- Je croyais que plus jamais elle ne me rendrait chèvre... murmura-t-elle.
- C’est une battante, assura Fletcher avant de se tourner vers Rick et d’ajouter, elle ne pensait qu’à une chose : vous retrouver.
- Je croyais qu’elle ne se souvenait de rien…
- Dans ses délires dus à la fièvre, elle ne cessait de répéter votre nom. Et dès qu’elle a su tenir debout, elle s’est empressée de passer par la fenêtre pour revenir auprès de vous.
- Vraiment ? S’étonna Rick ému.
- C’est une sacrée bourrique, que vous avez là, sourit Fletcher. Cet exploit lui a valu une bonne rechute !
Lorsqu’ils quittèrent le poste de police, les Beckett et Castle se rendirent à l’hôpital pour un check-up. Comme l’avait annoncé Fletcher, la fatigue reprit le dessus sur l’état de Kate, ce qui la rendit beaucoup plus docile pendant les examens.
- Ça va durer encore combien de temps ? Soupira Johanna en se levant de son siège dans la salle d’attente.
- Ils lui font un examen complet, c'est long, répondit très calmement Jim.
- Comment peux-tu être aussi calme ?
- Ma fille est là. Je pensais ne plus jamais avoir l’occasion de la serrer dans mes bras, de lui dire combien je l’aime, mais elle est là. Et tant qu’elle sera là, alors rien ne sera grave.
- Tu as raison, soupira-t-elle en se rasseyant à ses côtés. Elle est là, c’est tout ce qui compte… Tiens... Où est Richard ?
- Il est allé chercher un café au distributeur, je crois…
- Je vais aller m’en prendre un aussi. Tu en veux un ? Proposa-t-elle.
- Pourquoi pas.
Elle se leva et se dirigea vers le couloir où se trouvaient les distributeurs. Elle y trouva Rick perdu dans ses pensées.
- Ça va ?
- Mhm ? Fit-il en sortant brusquement de ses pensées.
- Je vous demandais si ça allait, expliqua-t-elle. Vous avez l’air un peu contrarié.
- Oh ! Non, ça va, répondit-il avec un sourire rassurant, c’est juste… Enfin… J’ai encore un peu de mal à réaliser que ce cauchemar est derrière nous…
Johanna le prit dans ses bras et le serra contre elle.
- Vous êtes un homme formidable, Richard Castle, murmura-t-elle. Je ne sais pas comment nous aurions traversé ces épreuves sans vous.
Le médecin arriva un peu plus tard, pour leur annoncer qu’ils avaient fini d’examiner Kate.
- Comment va-t-elle ? S’empressa de demander Johanna.
- Elle va très bien ! Elle devra se ménager encore pendant quelques jours, mais elle va bien. Elle a eu beaucoup de chance, elle a reçu un gros choc à la tête, ce qui a causé sa perte de mémoire, mais apparemment tout est revenu ou presque. Elle a été très bien soignée, sa plaie au crâne a été tellement bien recousue, qu’elle ne laissera aucune trace. Vous savez qui l’a soignée ?
- Oui, il s’agit de l’homme qui l’a sauvée. C’est un ancien médecin apparemment, expliqua Jim.
- Il devait être un grand médecin, alors!
- Quand pourra-t-elle sortir ? S’empressa de demander Johanna.
- Dès que vous aurez signé les papiers !
- Merci docteur !
Dans son box, Kate trépignait d’impatience. Tous ces examens avaient eu raison de sa patience. Elle s’en voulait de s’en être prise à Rick et à sa mère. Mais elle avait horreur des hôpitaux. Lasse, elle se rallongea sur son lit en soupirant. Elle ferma les yeux et se laissa doucement glisser dans le sommeil.
- Oh ! Tu dors ? Je devrais peut-être aller dire à ton médecin de te garder un peu en observation ! Dit Rick en ouvrant le rideau.
- Si tu fais ça, je te casse les jambes ! Grogna-t-elle en se redressant.
- Je suis content de voir que tu vas bien, sourit-il en s’approchant d’elle pour l’embrasser.
- Alors ? Qu’a dit le médecin ? demanda-t-elle.
- Que tu vas bien…
- Ah ! Tu vois ? Qu’est-ce que je disais ?
- Il a aussi dit que tu devais te reposer pendant quelques jours, tempéra-t-il aussitôt.
- D’accord ! Je me reposerai, répondit-elle en se calant contre lui, à la maison !
- J’aime quand tu te montres raisonnable.
- Je suis une fille très raisonnable.
- Oui, quand tu obtiens ce que tu veux…
- Où sont mes parents ?
- Ils remplissent la paperasse pour que tu puisses sortir d’ici.
- Ah... Et si tu me disais ce qui te tracasse ?
- Il n’y a rien qui me tracasse !
- Arrête de nier ! Tu as ton air tracassé !
- Quel air tracassé ? Je n’ai pas d’air tracassé !
- Oh si ! Tu en as un ! Tu fais comme si tout allait bien, mais quelque chose t’ennuie ! Ça marche peut-être avec les autres, mais pas avec moi ! Je sais quand quelque chose te turlupine!
- Arrête, tu ne me connais pas si bien que ça…
- Ok ! S’exclama-t-elle en se redressant pour se tourner vers lui et planter son regard dans le sien. Vide ton sac Castle !
- Mais je n’ai rien à dire ! Je n’ai pas de sac à vider ! Je vais bien ! Je te croyais morte, mais ce gars t’a sauvée et soignée et tu es là ! Je suis heureux !
Elle ouvrit de grands yeux étonnés.
- Oh! C’est Fletcher ? C’est parce que j’étais avec lui, c’est ça ?!
- …
- Castle ! Il m’a sauvée et soignée ! Grâce à lui je suis en vie et je vous ai retrouvés ! Je lui en suis très reconnaissante, mais il n’y a rien entre lui et moi dont tu devrais être jaloux !
Touché. En plein dans le mille, en plus ! Elle devrait être détective, elle serait redoutable, pensa Castle.
- C’est toi que j’aime, Castle ! Sourit-elle en posant ses lèvres sur les siennes.
- Tu m’as tellement manqué, murmura-t-il avant de répondre fougueusement à son baiser.
- Toi aussi, souffla-t-elle en enroulant ses bras autour de son cou sans cesser de l’embrasser.
Le rideau derrière eux s’ouvrit.
- En pleine forme, en effet ! constata Jim.
Les tourtereaux se séparèrent brusquement, gênés.
- Oh ! Jim, rit Johanna, tu n’as pas pu t’en empêcher !
- Ce soir, je dors chez toi, chuchota Kate à l’oreille de Castle.
- Moi aussi, murmura-t-il.
Chapitre cinquante-huit
Assis au bout du lit de Kate, Rick regardait Kate dormir paisiblement. À leur grande surprise, lorsqu'ils étaient revenus chez les Beckett en début d'après-midi, elle était allée se reposer sans rechigner après un déjeuner rapide.
Cela faisait maintenant une heure qu'elle dormait paisiblement. Il ne se lassait pas de la regarder dormir. Finalement, comme Martha l'avait pressenti, il n'était pas retourné au loft pour le petit déjeuner. Il n'avait pas pu se résoudre à quitter Kate. Il avait appelé sa mère pour la rassurer et lui annoncer que finalement, il ne reviendrait que dans la soirée, ce qu'elle avait parfaitement compris.
Il avait tellement souffert durant ces quelques semaines sans elle, qu’il ne parvenait pas à se résoudre à la quitter ne serait-ce que quelques heures. Il avait encore du mal à réaliser qu’elle était là et qu’elle allait bien.
Kate remua légèrement, puis ouvrit les yeux.
- Hey! Murmura-t-elle en découvrant la présence de Rick.
- Hey! Sourit-il. Comment te sens-tu?
- Reposée. Tu es resté là à me regarder dormir?
- Oui, tu fais ça très bien, d'ailleurs!
- J'ai pas mal d'entraînement, sourit-elle. En fait, c'est inné, je fais ça depuis que je suis née!
Ému, il la regardait sans un mot. Elle n'avait pas de mal à deviner ce qui le perturbait.
- Viens par-là, dit-elle en soulevant la couverture. Tu as besoin de te reposer un peu toi aussi.
Il ne se fit pas prier et se glissa aussitôt à ses côtés, posant sa tête contre son épaule. Tendrement, elle lui caressa les cheveux.
- J'ai cru t'avoir perdue à tout jamais, murmura-t-il la voix étranglée par l'émotion.
- Je suis là, je vais bien, chuchota-t-elle sans cesser ses caresses.
Ils restèrent un long moment silencieux, sans bouger, savourant le simple fait d'être ensemble de nouveau.
- Je pourrais y prendre goût, souffla-t-il enfin.
- À quoi?
- Aux siestes dans tes bras.
- Ah! Ça! Laisse-moi te montrer combien une sieste peut être agréable... murmura-t-elle mutine au creux de son oreille.
- Euh... Hésita-t-il troublé par son souffle dans son cou, ce serait avec plaisir, mais on a déjà été surpris par ton père aujourd'hui, alors...
- Ne me dis pas que tu as encore peur de mon père? Demanda-t-elle en éclatant de rire.
- Bien sûr que non! Rétorqua-t-il en se retournant pour lui faire face. Enfin... Ne lui répète pas ça quand même!
- Tu es incroyable! Rétorqua-t-elle son rire redoublant d'intensité.
- Hé! Qu'est-ce que c'est que cette façon de te moquer de moi? Je vais t'apprendre le respect, moi, mademoiselle la rebelle!
- Oh! Oui, rit-elle, j'adore quand tu me donnes des leçons!
- Leçon numéro un, la sieste... Crapuleuse... Annonça-t-il en soulevant son tee-shirt pour déposer un baiser sur son ventre juste au-dessus de son nombril.
- Joli programme... Et j'aurai des devoirs?
- Des tas de devoirs! Approuva-t-il en se redressant.
Elle lui déboutonna la chemise et caressa son torse du bout des doigts en se mordillant la lèvre inférieure. Elle le dévorait littéralement des yeux, ce qui l'amusa.
- Le spectacle te plait?
- Tu n'as pas idée! Répondit-elle en s'attaquant ensuite à la ceinture de son pantalon.
Très vite, leurs vêtements volèrent dans la pièce et la température grimpa en flèche.
- Tu n'as pas idée à quel point ça m'a manqué! Déclara-t-elle entre deux baisers.
- Tu as été amnésique pendant des semaines! C'est à moi que ça a manqué! Rétorqua-t-il avant de reprendre ses baisers.
- Qui veut des muffins? Lança Johanna en entrant dans la chambre un plateau à la main. Ils sont tout...
- AH! Crièrent les amoureux en roulant sur le côté pour finir en bas du lit
- ... Chauds... Termina Johanna étonnée alors que Rick et Kate se relevaient emmitouflés dans la couette.
- Je te l'avais dit, marmonna Castle. On aurait dû jouer au Scrabble!
Kate et Johanna le dévisagèrent interdites.
- Elle a insisté pour jouer au strip-poker! Bafouilla-t-il en désignant Kate d'un mouvement de tête.
- '...' Oui... Euh... Finalement, vous me semblez assez en forme pour prendre le goûter dans la cuisine! Dit Johanna en quittant la pièce.
- Aïeuh! Pourquoi t'as fait ça?
- C'était quoi cette excuse bidon?
- L'instinct de survie...
- L'instinct de...? Tu as encore peur de mes parents? Non mais tu as quel âge?
- Qu'est-ce que tu voulais que je fasse?
- Que tu ne nous balances pas en bas du lit, ça aurait été bien, pour commencer... Railla-t-elle.
- C'était un réflexe...
- On était sous la couette! Il suffisait d'arrêter de se tripoter!
- J'ai eu peur qu'elle pense que...
- Que quoi? Qu'on faisait l'amour? Elle n'est pas si vieille que ça, elle ne passe pas ses soirées à faire des jeux de société avec mon père, quand ils sont tous les deux! Elle peut comprendre!
- ...
- Dis-toi, que rien de ce qu'on s'apprêtait à faire ne pourrait la choquer! Et puis pour une fois que c'est moi qui la gêne avec mes ébats, rit Kate en enfilant rapidement ses vêtements.
- Quoi? Tu veux dire...
- Que d'habitude, elle ne se gêne pas pour laisser sous-entendre qu'avec mon père elle a une vie sexuelle très épanouie!
- Ahhhhhh! lalalalalalalala! Chanta-t-il les mains plaquées sur ses oreilles.
- Tu ferais bien de remettre ton caleçon, au lieu de jouer les vierges effarouchés, rigola-t-elle en désignant la couette qu'il venait de lâcher et qui gisait à ses pieds. Elle pourrait revenir!
- Oups!
- Alors ? Tu te sens mieux ? Sourit Johanna en voyant sa fille arriver dans la cuisine.
- Mhm-Mhm ! répondit Kate en piochant un muffin sur le plateau.
- Que fait Richard ?
- Oh, il essaie de se remettre des événements récents.
- Je vois, sourit Johanna. Désolée.
- Ne le sois pas, on aurait dû fermer à clé. A ce propos, je pense aller dormir chez lui ce soir, annonça Kate.
- Dormir ? Vraiment ? La taquina Johanna.
- Entre autres choses, sourit Kate.
- N’oublie pas que tu dois te ménager, l’avertit Johanna.
- Oui, maman !
- Je suis sérieuse, Katie ! Tu as été blessée et malade, les médecins ont été très clairs : du repos, du repos et encore du repos !
- Mais je vais bien ! Ma mémoire va mieux ! Je suis capable de savoir où sont mes limites !
- Ah oui ? Cet accident t’aurait rendue raisonnable ? Dois-je te rappeler tes exploits lors de ton séjour à l’hôpital en Californie ?
Kate roula des yeux en soupirant bruyamment. Elle voulait bien comprendre que ses proches avaient vécu une expérience traumatisante, mais il ne fallait pas pousser le bouchon !
Lorsque Rick arriva dans la cuisine à son tour, il semblait encore gêné, ce qui fit sourire Kate et sa mère.
- Ne fais pas cette tête-là, ce n’est pas si terrible que ça, dit Kate.
- Se faire surprendre par tes parents deux fois dans la même journée, c'est pas si terrible? Grinça-t-il.
- Katie a raison, Richard, sourit Johanna. On se doute bien que lorsque vous vous retrouvez seuls tous les deux, vous ne passez pas votre temps à vous réciter des poèmes en vous regardant dans le blanc des yeux!
- J'aurais tout de même aimé laisser planer le doute, marmonna-t-il.
- Tiens, mange un muffin, tu te sentiras mieux, dit Kate amusée. Je vais aller préparer mon sac pour la nuit.
- Merci...
- Comment va-t-elle? Demanda Johanna lorsque sa fille eut quitté la pièce.
- Bien. Enfin je crois, ce n'est pas une grande bavarde, répondit-il en faisant tourner son gâteau entre ses mains machinalement.
- En effet, soupira Johanna.
Il releva la tête vers elle en fronçant les sourcils.
- Vous êtes inquiète?
- Elle ne parle pas de ce qui lui est arrivé, ni de son amie. J'ai peur qu'elle ne fasse bonne figure pour nous rassurer.
- C'est fort probable... Je ne la quitterai pas un seul instant, rassurez-vous.
- Merci, Richard, je sais qu’elle est entre de bonnes mains avec vous.
En fin d'après-midi, Rick et Kate quittèrent les Beckett pour se rendre au loft, où Martha et Alexis les attendaient impatiemment.
- Kate ! Je suis si contente que tu ne sois plus morte ! S’écria Alexis en lui sautant au cou.
- Moi aussi, la puce, je suis bien contente de vous retrouver, répondit Kate en la serrant contre elle.
- Tu sais, papa était drôlement triste. Il faisait semblant d’aller bien, mais je le voyais bien qu’il était malheureux.
- Je ne voulais pas vous faire de la peine, murmura Kate.
- Ce n’était pas ta faute.
- Merci Alexis, tu es adorable, sourit Kate.
- En tout cas, c’est un réel bonheur de vous retrouver, Darling, dit Martha en la prenant à son tour dans ses bras.
Ils passèrent une très agréable soirée tous les quatre, Rick, Martha et Alexis déployant des trésors d’inventivité pour égayer l’ambiance. Et lorsque la fatigue s’empara de Kate, chacun décida d’aller se coucher.
Un léger bruit tira Rick du sommeil en pleine nuit. Il tendit l’oreille et crut avoir rêvé, tant le loft était silencieux. Il se tourna donc, bien décidé à se rendormir aussitôt, mais se redressa brusquement en remarquant l’absence de Kate à ses côtés.
Légèrement paniqué, il enfila rapidement un peignoir et partit à sa recherche. Il la trouva dans son bureau, le regard fixé sur l’écran de son ordinateur. Il s’approcha et vint se placer derrière elle.
Un article de journal daté du 10 janvier relatait l’accident dont elle avait été victime.
- Ils disent que je suis morte, murmura-t-elle. Ils ont retrouvé un corps dans la voiture…
- Tu avais pris la voiture de ta mère, dit-il. Tout le monde pensait que tu étais au volant. On ne savait pas avec qui tu étais…
- Emma… Sanglota-t-elle. On avait passé l’après-midi ensemble…
- Elle était méconnaissable…Vous aviez la même carrure les mêmes boucles brunes, elle portait tes vêtements… Le légiste n’a pas cherché à vérifier ton identité…
- On voulait s’amuser à vos dépens… Pleura-t-elle. Mais… mes parents auraient dû me reconnaître ! Tu aurais dû me reconnaître...
- On ne nous a pas montré ton corps… Il était trop abîmé selon eux… Ils n’avaient pas besoin d’une identification, tout portait à croire qu’il s’agissait de toi… Avec le recul, je me dis, que j’aurais dû insister, mais nous étions si anéantis…
- … Ses parents ! Réalisa-t-elle soudain. Qu’est-ce que je vais dire à ses parents ?
- Ce n’est pas de ta faute !
- C’était mon idée !
- Ce n’est pas toi, qui a causé l’accident, assura-t-il. Quelqu’un a essayé de te tuer !
- …
Elle le dévisagea étonnée.
- Viens par-là, dit-il en l’entrainant sur le canapé, je vais tout te raconter.
Il ne savait pas si elle était suffisamment rétablie pour entendre la vérité, mais la connaissant, elle la trouverait de toute façon. Elle n’allait pas gentiment retourner se coucher alors qu’elle venait de se rendre compte que son amie avait perdu la vie uniquement parce qu’elle était avec elle.
Il prit soin de lui raconter toute la vérité avec le plus de tact possible, mais ne put l’empêcher de bouillonner de rage.
- Il en a après ma mère ?
- Elle va bien ! Elle ne reste jamais seule et ce lieutenant Montgomery a dit qu’il la protégeait !
- Et qui le protège lui ? S’emporta-t-elle. On parle d’un type suffisamment puissant pour étouffer le meurtre d’un agent du FBI !
- On va l’arrêter ! Ce n’est plus qu’une question de temps, avant qu’il ne se retrouve derrière les barreaux !
- Tu en es certain ?
- On a un dossier de preuves contre lui !
- Qu’est-ce qu’on attend pour l’arrêter alors ?
- Euh… Bah… Euh… Je ne sais pas… Qu’est-ce que tu fais ?
- J’appelle ma mère, elle doit savoir, elle.
- Il est trois heures du matin, ça peut attendre, non ?
- Il a tué mon amie ! La justice n’attend pas, Castle ! Dit-elle en appuyant sur la touche d’appel.
- On se croirait dans un film de série B, plaisanta-t-il espérant alléger l'atmosphère.
- Mmff… Beckett… Marmonna Johanna en décrochant.
- Maman, tu es à la maison ?
- Katie ? Bien sûr que je suis à la maison! Où voudrais-tu que je sois à une heure pareille ?
- Bien ! Prépare ton dossier, Castle et moi on arrive !
- Et du café! Intervint Castle. Dis-lui de préparer des litres de café!
Chapitre cinquante-neuf
- On aurait pu attendre qu'il fasse jour, dit Castle en réprimant bruyamment un bâillement.
- Il n'y a pas d'heure pour rendre la justice, répondit Kate les yeux rivés sur la route.
- Tu veux te venger? S'étonna-t-il en évitant soigneusement de se moquer de sa réplique digne d’un film de série B.
- Deux personnes sont mortes à cause de cette ordure qui est derrière tout ça. L'une d'elle était mon amie, dont le seul tort a été d'être avec moi dans cette voiture! Et là, j'apprends qu'il en avait en réalité après ma mère et si ça se trouve, en ce moment même, la personne, qu'il a engagée pour la faire taire, prépare son meurtre! Il n'est pas question que je perde ma mère, Castle! Ni aucune des personnes que j'aime! Mon amie est morte! Ses parents doivent être anéantis, il est hors de question que son meurtre reste impuni!
- Tu as raison, dit-il après quelques minutes de silence, la justice n'attend pas.
- Merci, sourit-elle.
- De quoi?
- D'être là pour moi, de me soutenir comme tu le fais... Tu aurais pu prendre peur et t'éloigner de moi... Merci.
- Always, répondit-il simplement.
Un tout petit mot, qui pourtant valait plus qu'un grand discours. Il avait cette chance incroyable de pouvoir tout recommencer avec elle, il l'avait retrouvée et comptait bien apprécier chacune des secondes passées à ses côtés.
Lorsqu'ils arrivèrent chez les Beckett, Johanna les attendait. Elle avait encore l'esprit embrumé par le sommeil et les cheveux décoiffés, mais elle ne leur fit aucune réflexion quant à l'heure plus que matinale.
- Le café sera prêt dans quelques minutes, annonça-t-elle en les embrassant. Je n'ai pas réveillé Jim, il manque de sommeil ces derniers temps.
- J'en connais une autre qui manque de sommeil et ne devrait pas trop tirer sur la corde, marmonna Rick.
- Où est le dossier? Demanda Kate sans prêter attention aux reproches à peine déguisés de son petit ami.
- Sur la table de la salle à manger, indiqua sa mère.
Kate s'y rendit aussitôt très déterminée.
- Elle se souvient de tout, expliqua Rick. L'accident, la présence de son amie... J'ai dû tout lui raconter... La mort d'Emma, ainsi que la menace qui pèse sur vous...
- Et comment l’a-t-elle pris ? S'inquiéta Johanna.
- Elle vous a appelé. Elle ne veut pas que le meurtre de son amie reste impuni et elle ne veut surtout pas qu’il s’en prenne à vous.
- Alors mettons-le derrière les barreaux et reprenons une vie tranquille ! Déclara Johanna.
- Telle mère, telle fille, sourit-il en la suivant.
Deux cafetières de café bien noir plus tard, grâce aux précisions de Kate sur son « accident », il était désormais évident que cette thèse ne tenait plus et que la police devrait rouvrir l’enquête.
Kate se leva et annonça les mains sur les hanches :
- Bon ! J’appelle l’officier Esposito ! Cette ordure sera bientôt derrière les barreaux!
- On devrait plutôt appeler ce lieutenant Montgomery, suggéra Castle.
- Non, il est trop impliqué ! Et puis, j’ai confiance en Esposito !
- Oui, mais c’est un débutant, il en est encore à faire des patrouilles !
- Ne vous en faites pas pour ça, je m’en occupe, sourit Johanna. Je connais la personne idéale pour ça.
- C'est qui? Demandèrent en même temps Rick et Kate.
- Un lieutenant avec qui j'ai travaillé sur des affaires de meurtre, il est excellent dans son travail! Vous n’avez qu’à prendre votre petit déjeuner et en profiter pour vous reposer un peu…
- Je me reposerai plus tard, rétorqua Kate, je veux tout savoir !
- Moi aussi ! Intervint Rick surexcité, c’est trop cool !
Kate et Johanna se tournèrent vers lui en fronçant les sourcils.
- Ça fera un super bouquin ! Expliqua-t-il.
- D’accord, mais tu attendras un peu avant de l’écrire, répondit Kate.
- Ça va de soi!
Le lieutenant John Anderson accepta rapidement de les recevoir. Johanna fit les présentations :
- John, je te présente ma fille, Katie et son ami, Richard Castle. Les enfants, voici John Anderson, le meilleur flic que je connaisse.
- Monsieur Castle, répondit Anderson en leur serrant la main, fillette.
Kate tiqua, mais se retint de lui faire une seule remarque, cette affaire était plus importante et il était hors de question qu’elle en fût écartée.
Johanna lui exposa l’affaire et lui montra le dossier que le lieutenant Montgomery avait rassemblé contre Bracken.
- Il ne nous manque que le lien entre lui et le meurtre de mon amie, intervînt Kate.
- Ne t’en fais pas fillette, je vais reprendre l’enquête, on a suffisamment d’éléments nouveaux pour ça, assura Anderson.
- Je peux rester avec vous ? demanda-t-elle.
- Vous pouvez rester dans la salle de pause, mais je ne peux pas vous permettre de suivre les investigations malheureusement.
Kate grogna son mécontentement, ce qui fit sourire Castle.
- Serais-tu intéressée par le travail de policier ? Demanda-t-il. Je croyais que c’était la cour suprême, que tu convoitais.
- On a tué mon amie en essayant de s’en prendre à ma mère parce qu’elle voulait faire éclater la vérité, Castle, rétorqua-t-elle, ça change un peu ma façon de voir les choses !
- Nous devrions rentrer, Jim va finir par s’inquiéter, dit Johanna.
- Elle a raison, approuva Rick, de toute façon, nous sommes inutiles ici.
Kate soupira bruyamment, mais consentit à les suivre.
- Je vous appelle dès que j’ai du nouveau, promit Anderson.
Ils se saluèrent et quittèrent le poste. Ils avaient à peine passé le perron, qu'un flash lumineux attira l'attention de Rick. Il se tourna vers Kate et Johanna et se jeta sur elles lorsqu'il vit le point rouge sur la poitrine de cette dernière.
************
Pendant ce temps, quelque part dans les rues de New-York, le lieutenant Esposito et son coéquipier Ike Thornton patrouillaient. Assis sur le siège passager, Esposito mangeait quelques beignets tout en écoutant son équipier, qui lui parlait une fois de plus de sa petite amie du moment.
- Alors? C'est sérieux avec cette fille?
- Très sérieux, elle est vraiment super, répondit Ike. Je crois que j'ai trouvé la bonne.
- Tout de suite les grands mots! Comme si l'homme était fait pour être fidèle à la même compagne pour la vie! Rigola Esposito.
- Tu verras, un jour toi aussi, tu trouveras celle qui te fera oublier toutes les autres.
- Ne dis pas de connerie! J'tiens trop à ma liberté, rétorqua Esposito en mordant à belles dents dans son beignet.
- Au fait, tu as revu ta petite amnésique?
- D'abord elle n'est pas ma petite amnésique! Ensuite, elle a retrouvé sa famille, alors elle n'a plus besoin de mon aide...
- Alors pourquoi tu continues d'enquêter sur son accident? Et ne nie pas, je sais que tu as demandé à Dany de la scientifique d'analyser la voiture !
- Comment tu sais ça?
- Dany est le cousin de Carole...
- J'oubliais que ta future femme avait une si grande famille, grinça Esposito.
- Alors?
- Alors quoi?
- Elle te plaît?
- Qui ça?
- Ton amnésique?
- C'est pas ça!
- Alors quoi?
- Elle a un contrat sur la tête, ou plutôt sa mère a un contrat sur la tête...
- C'est pas un bleu qui pourra y faire grand-chose...
- Peut-être, mais s’il lui arrivait quelque chose, je me sentirais responsable, alors…
- Ouais, c’est bien ce que je disais, tu l’aimes bien, ricana Ike.
Leur radio retentit, lui permettant d’échapper à cette conversation embarrassante.
- Central à toutes les unités, on nous signale des coups de feu aux abords du 54ème prescinct !
- M… Jura Esposito en attrapant le micro pour répondre, on arrive tout de suite !
Ike bifurqua aussitôt tandis que son coéquipier allumait la sirène.
**************
Lorsqu’ils arrivèrent sur place, leurs collègues étaient déjà occupés à établir un périmètre de sécurité. Ils le passèrent rapidement et rejoignirent les bureaux où tous leurs collègues étaient sur le qui-vive.
- Hey ! Vous deux ! Les interpella Anderson.
- Lieutenant ! Qu’est-ce qu’il se passe ? Demanda Esposito.
- On a tiré sur des personnes qui quittaient le poste, apparemment elles sont liées à une affaire très sensible, expliqua Anderson.
- C’est grave ?
- Les ambulanciers s’occupent d’eux, ils vont les transférer à l’hôpital, je veux que vous les escortiez et que vous assuriez leur protection.
- A vos ordres, répondirent les deux officiers.
- Pour l’instant, ils sont dans la salle de pause, rejoignez-les et ne les quittez sous aucun prétexte.
Aux abords de la salle de pause, Esposito reconnut aussitôt Kate, que sa mère et un ambulancier tentaient de calmer.
- Mademoiselle, on s’occupe de lui, calmez-vous !
- Que je me calme ? Que je me calme ? On nous a tiré dessus ! S’écriait Kate. Laissez-moi retourner auprès de lui !
- Officier Esposito ! S’écria Johanna en le reconnaissant.
- Madame Beckett ! C’est sur vous qu’on a tiré ?
- Oui, nous étions venus parler de notre affaire avec le lieutenant Anderson. Nous repartions, quand on nous a tiré dessus depuis l’immeuble en face.
- Vous avez été blessées ?
- Le petit ami de ma fille… Il s’est jeté sur nous pour nous protéger…
- LAISSEZ-MOI PASSER ! criait Kate alors que deux officiers et un ambulancier tentaient de la retenir.
- Kate… Grogna la voix de Rick depuis la salle de pause.
Elle se figea aussitôt.
- Castle, sanglota-t-elle.
- Je vais bien… Ils te laisseront passer dans quelques minutes… laisse-leur le temps de terminer les soins.
Johanna la prit dans ses bras, soulagée elle aussi d’entendre la voix de Rick.
- Mon coéquipier et moi, allons assurer votre protection, annonça Esposito. Ne vous en faites pas, on attrapera l’ordure qui vous a fait ça.
- Vous pouvez retourner auprès de votre ami, annonça l’ambulancier.
- Il va bien ? Demanda Johanna alors que Kate s’était déjà précipitée auprès de Rick.
- Il devra subir une intervention, mais ses jours ne sont pas en danger.
- Dieu merci, soupira Johanna.
- Hey ! murmura Rick en esquissant un sourire en voyant Kate se précipiter vers lui.
- J’ai eu si peur !
- Moi aussi… Il faudra prévenir ma mère… et Alexis…
- Ne t’en fais pas, je m’en occuperai. Comment tu te sens ?
- Tu avais raison… Se prendre une balle dans l’épaule, ce n’est pas rien… Ces films d’action ne sont pas hyper crédibles…
- Tu nous as sauvé la vie, sourit-elle, tu es un plus grand héros que ces personnages de films d’action.
- Il en a après vous…
- L’officier Esposito et son coéquipier vont assurer notre protection. Le lieutenant Anderson recherche le sniper qui nous a tiré dessus. D’après ma mère, ce n’est qu’une question de temps, il l’aura.
- J'espère...
Kate dut prendre sur elle pour laisser Rick et sa mère partir dans l’ambulance, sous la protection de l’équipier d’Esposito. Mais il fallait qu’elle se rende au loft pour prévenir Martha et Alexis, il était hors de question qu’un inconnu vienne leur annoncer une telle nouvelle.
Esposito l’accompagna donc au loft. L’annonce fut difficile, mais le latino fut impressionné par la capacité de la jeune femme à apaiser la fille et la mère de Castle.
Moins d’une demi-heure plus tard, ils arrivaient à l’hôpital. Johanna les rassura aussitôt avec les nouvelles que l’équipe médicale lui avait données et Jim, qu’elle avait prévenu, arriva peu après avec des viennoiseries et des boissons chaudes pour les aider à patienter.
- Il a mal mon papa ? Demanda soudain Alexis.
Les adultes la regardèrent avec un air ennuyé. Kate se mit à sa hauteur et lui prit les mains.
- Ton papa a une blessure à l’épaule, commença-t-elle en plongeant son regard dans le sien. Ça fait mal, c’est certain et il va devoir garder le bras en écharpe pendant quelques temps. Ensuite, il devra faire des exercices pour réapprendre à se servir de son bras. Mais il est courageux et s’en sortira très bien, tu verras.
La fillette se blottit contre Kate.
- Mon père a apporté des croissants, tu en veux un ?
La fillette hocha la tête et Jim lui tendit le paquet.
- L’opération de ton papa ne sera pas trop longue, assura Kate, quand elle sera finie, on restera auprès de lui et on le chouchoutera !
- On lui préparera des pancakes ?
- Quand on sera à la maison, oui.
La fillette sourit, rassurée. Kate se releva et lui prit la main.
- Et si en attendant,on dégustait un bon chocolat chaud avec ce croissant ? Je suis sûre que mon père a pensé à en prendre.
- Avec des marshmallow ?
- Le fameux chocolat chaud qui réconforte, sourit Kate. Voyons voir, ils doivent en vendre au distributeur, il y en a un là-bas, viens !
- On dirait qu'elle a fait ça toute sa vie, chuchota Martha.
- Oui, et pourtant elle est fille unique et a préféré gagner de l'argent poche en posant comme mannequin qu'en faisant du baby-sitting, répondit Johanna.
- Comme je la comprends! Quand on la chance d'être aimée par l'appareil photo, il ne faut pas hésiter!
Chapitre soixante
Une heure plus tard, Rick sortait du bloc et les nouvelles du chirurgien étaient bonnes. Il devrait suivre une rééducation, mais n’en garderait pas de séquelles. Devant l’inquiétude et l’impatience des proches de son patient, le médecin les emmena aussitôt auprès de Rick, tout en leur donnant ses recommandations. Martha marchait à ses côtés et lui posait des questions, suivie d’Alexis et des parents de Kate.
Constatant que sa fille était beaucoup trop silencieuse pour que cela fusse normal, Johanna se retourna. Aucun doute, quelque chose la perturbait et ce n’était pas uniquement l’état de santé de Rick.
- Katie, tout va bien ? Demanda-t-elle certaine qu’elle devait absolument réussir à lui tirer les vers du nez pour éviter qu’elle ne fît une super bêtise dont elle avait le secret.
- Mhm…
- Tu es consciente que je te connais mieux que personne et que je sais quand quelque chose te tracasse ?
- Maman… Souffla Kate en roulant des yeux d’un air qui signifiait qu’elle n’avait absolument pas besoin d’une mère en mode inquisitrice à cet instant.
- Tu m’as causé suffisamment de frayeurs ces derniers mois, pour m’accorder le droit d’être en mode hyper protectrice, contra Johanna.
Kate stoppa sa marche et plongea son regard dans celui de sa mère. Johanna la vit se mordre la lèvre inférieure et froncer les sourcils, signe qu’elle évaluait la possibilité de s’épancher auprès de sa mère. Finalement, elle plongea son regard dans celui de sa mère et se lança.
- C’est à cause de moi, qu’il est ici.
- … Katie…
- Sans moi, il serait à la plage ou au parc d’attraction avec Alexis ! Il signerait probablement des exemplaires de son dernier roman, ou ferait une partie de laser-game avec les gamins du quartier !
- Alors là, je te le dis tout de suite, arrête de te torturer l’esprit avec ça ! Richard t’aime et il ne voudrait pour rien au monde d’une vie dans laquelle il ne t’aurait jamais rencontrée ! Assura Johanna devant le regard étonné de sa fille. J’ai eu souvent l’occasion de lui parler durant ta disparition, il souffrait énormément et pourtant il venait nous épauler ton père et moi tous les jours. Il était anéanti, autant que nous, mais, lorsque je lui ai dit qu’il aurait peut-être mieux valu pour lui qu’il ne te rencontre pas, il m’a répondu qu’il préférait vivre le restant de sa vie avec la douleur de t’avoir perdue plutôt que ne jamais t’avoir rencontrée. Il t’aime, Katie, ne t’éloigne pas de lui, même si c’est pour le protéger.
- Mais…
- Tu oublies que c’est à cause de moi toute cette histoire, la coupa Johanna. C’est après moi, que ce tueur en a ! Cette balle, elle m'était destinée! Alors si je suis ton raisonnement, je devrais vous quitter ton père et toi pour que vous ne couriez plus aucun danger ! C’est ce que tu veux ?
- Non ! Bien sûr que non ! répondit fermement Kate.
- Alors dis-toi que Richard pense la même chose que toi ! Tout comme tu ne veux pas que je te protège en sortant de ta vie, il ne veut pas que tu sortes de la sienne pour te protéger ! Nous sommes tous dans le même bateau et c’est ensemble qu’on en sortira !
Kate hocha la tête et enlaça sa mère.
- Merci maman, chuchota-t-elle.
- Allez, viens, allons voir comment il va…Tu connais le numéro de sa chambre ?
- Non… Mince !
- Vous venez ? Demanda Jim en réapparaissant au bout du couloir. Je me suis dit que vous auriez besoin d'un guide...
Elles sourirent soulagée et suivirent Jim jusqu'à la chambre de Rick. L’écrivain était encore sous les effets de l'anesthésie, cela inquiéta Alexis, qui avait pensé que son père l’accueillerait avec un grand sourire rassurant.
- Pourquoi papa ne se réveille pas?
- Trésor, répondit Martha, les médecins ont dû l'endormir pour l'opération, il va bientôt se réveiller.
- Tu es sûre ?
- J’en suis certaine ! Ton papa est très solide ! Assura Martha.
Rassurée, Alexis s’installa près de son père pour attendre son réveil. Les Beckett entrèrent à leur tour et Kate se précipita auprès de Rick et lui prit la main.
- Il va se réveiller bientôt, lui dit Alexis. Ils ont dû l’endormir pour pas lui faire mal, mais grand-mère dit qu’il est solide et qu’il va bientôt se réveiller. Il ne faut pas t’inquiéter !
Kate avait relevé la tête et observait la fillette.
- Il va se réveiller et on va le dorloter, reprit Alexis.
- Tu as raison, sourit Kate les larmes aux yeux, on va bien s’occuper de lui.
***********
Le soir tombait doucement sur New-York. Alexis, blottie contre son père sur son lit d'hôpital, s'était endormie. Rick s'était réveillé en début d'après-midi et avait rassuré ses proches avec ses traits d'humour. Kate n’avait pas été dupe. Elle savait qu'il était inquiet. Comment aurait-il pu en être autrement? Tout comme elle et ses parents, il donnait le change, mais il savait très bien que celui qui était à leurs trousses n’était pas un enfant de chœur. Ce qu’elle ignorait, c’était à quel point Martha était au courant de la dangerosité de la situation. Si elle savait, la laisserait-elle encore s’approcher de son fils et de sa petite fille ? Sans doute que non. Sa mère avait raison, Rick l’aimait et il ne voudrait pas qu’elle s’éloigne de lui pour le protéger, mais s’il arrivait quelque chose à Martha ou à Alexis… Il ne le dirait pas, mais il lui en voudrait sûrement. Sa présence auprès d’eux les mettait dans la ligne de mire.
Inconfortablement installée dans le fauteuil près du lit de l’écrivain, Kate l’observait en silence. Finalement les antidouleurs avaient assommé Rick, qui dormait tout comme Alexis. Martha, Jim et Johanna s'étaient rendus à la cafétéria pour manger et Kate, qui n'avait pu se résoudre à le laisser, était restée auprès de lui et d'Alexis, prétextant que cette dernière s'inquiéterait de ne pas les voir.
Soupirant bruyamment, elle quitta son fauteuil cabossé et s'approcha de la fenêtre. Aucune nouvelle depuis leur arrivée dans cet hôpital. Elle était inquiète. Les officiers Esposito et Thornton assuraient leur protection, mais que pourraient-ils faire face à un sniper? Elle scruta les bâtiments en face, dont les fenêtres s'illuminaient peu à peu. Il y avait là dehors un tueur payé par Bracken pour les assassiner. Si ça se trouvait, il ajustait son tir à ce moment précis...
- Il ne prendra pas le risque de tirer à travers une vitre, dit une voix derrière elle.
Elle se retourna et tomba nez à nez avec Esposito.
- Et pourquoi pas?
- Ce n'est pas un vrai sniper, un de mes collègues vient de m'expliquer ce qu'ils ont trouvé sur la fusillade de tout à l'heure...
- Et?
- Et si ça avait été un pro, il n'aurait pas manqué sa cible, pas à cette distance.
- Castle s'est jeté sur nous, c'est grâce à lui, que ma mère n'est pas morte.
- Peut-être, mais il n'a pas choisi le meilleur endroit pour son tir et n'avait même pas de drapeau pour mesurer la force du vent... Je suis sûr qu'il ne choisirait pas les bonnes munitions pour tirer à travers une vitre!
- Pourquoi enverrait-il un amateur pour nous tuer?
- Pas un amateur, j'ai seulement dit qu'il n'était pas un sniper!
- Et c'est réjouissant?
- En un sens oui, ça veut dire qu'il devra prendre le risque de s'approcher pour faire son sale boulot et quand il le fera, on l’attrapera !
- Ouais… Ça vaudrait sans doute mieux…
- Qu’est-ce qui vaudrait sans doute mieux ? S’étonna Esposito.
- Que ce soit vous qui l’attrapiez, murmura Kate en retournant à sa contemplation de l’immeuble d’en face. Moi, je ne saurais sans doute pas m’arrêter à temps…
- … Qu… Ah ! Elle est bien bonne ! Rit-il. A un moment, j’ai cru que vous étiez sérieuse !
- …
- Vous n’étiez pas sérieuse ? Demanda-t-il en déglutissant.
- … Croyez ce que vous voulez…
- La vengeance ne vous apportera rien de bon !
- Qu’est-ce que vous en savez ?
- Pas grand-chose, en effet… Mais je sais que ça ne vous rendra pas votre amie… Rien ne vous la rendra…
- …
- Ne gâchez pas votre vie pour ce salopard. Il n’en vaut pas la peine.
- … Vous avez sans doute raison…
- J’ai certainement raison !
- … Qu’est-ce que je suis sensée faire alors ?
- Vivre. Vivez votre vie pleinement ! Soyez heureuse ! Ne le laissez pas vous prendre plus que ce qu’il ne vous a déjà pris !
- Il a essayé de tuer ma mère aujourd’hui ! Et c’est mon petit ami qui a été touché ! Sa fille de cinq ans a failli perdre son père aujourd’hui ! Martha a failli perdre son fils ! Comment je suis sensée vivre ma vie avec une épée de Damoclès au-dessus de ma tête ?!
- Ben... C’est mon job de veiller sur vous et sur vos proches. C’est à moi d’attraper ce salopard afin qu’il ne nuise plus à personne ! C’est à ça que servent les flics ! A faire en sorte que les civils soient en sécurité.
Elle tourna la tête vers lui et l’observa un moment en silence, réfléchissant à ce qu’il venait de lui dire.
- Vous devriez vous reposer, dit-il en lui tapant légèrement l’épaule avant de quitter la pièce.
Kate resta encore un instant devant la fenêtre, scrutant l’immeuble en face malgré l’obscurité naissante, puis, elle retourna dans le vieux fauteuil. Elle ne dormirait probablement pas, mais elle essayerait quand même.
Martha et ses parents revinrent peu après. Kate fit un bond en entendant la porte s’ouvrir.
- Oh ! Trésor ! On ne voulait pas te réveiller, s’excusa Martha.
- Je ne dormais pas, répondit Kate une cannette de soda pleine à la main.
- Finalement, on aurait préféré te réveiller, soupira Johanna. Tu sais qu’il y a l’officier Esposito qui monte la garde ?
- Je sais, souffla Kate.
- Vous devriez rentrer vous reposer, suggéra Martha.
- Non, je veux rester là, protesta Kate.
- Chérie… Tenta Johanna.
- Laissez Darling, elle peut rester, répondit Martha, je vais emmener Alexis au loft, elle y sera mieux pour dormir, nous reviendrons demain matin.
Après avoir promis à sa mère et à Martha d’essayer de dormir un peu, Kate les regarda quitter l’hôpital sous bonne escorte.
Trop énervée pour trouver le sommeil, elle sortit de la chambre de Rick.
- Où allez-vous ? Demanda Esposito qui était chargé de veiller sur eux.
- Chercher un sandwich, je n’en ai pas pour longtemps !
- Je préfèrerai que vous restiez là… Mon équipier est avec vos parents… Je suis seul pour veiller sur vous…
- Relax ! Je vais au distributeur, c'est au bout du couloir! Qu’est-ce que vous voulez qu’il m’arrive ?
- Vous avez oublié ce que je vous ai dit tout à l’heure ?
- Non et j’espère que votre équipier est doué, parce que c’est après ma mère que le tueur en a ! Dit-elle en s’éloignant.
- Attendez, je vous acc…
- Quittez votre poste ne serait qu’une seconde, le coupa-t-elle en le pointant de l’index, et je vous promets que je vous casse les deux jambes !
- Il faudrait savoir, je pensais que le tueur ne viendrait pas ici !
- Faites pas le malin ! Grogna-t-elle avant de s’éloigner d’un pas décidé.
Elle se rendit dans la salle d’attente, où elle ramassa tous les magazines qui trainaient et fit une razzia aux distributeurs avant de retourner auprès de Castle. Soudain, elle se retourna se sentant suivie. Rien. Elle grimaça, fronça les sourcils, haussa les épaules, puis continua son chemin.
- Je deviens parano ma parole, soupira-t-elle en levant les yeux au ciel.
Les couloirs étaient déserts. La minuterie s’arrêta et les lumières s’éteignirent. Elle sursauta tandis qu’une main gantée la saisissait brusquement par derrière.