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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 04.11.2015 à 22h01
Auteur : Javier424
Statut : Abandonnée
« Une suite au 8x03,ce qui pourrait se passer » Javier424
Cette fanfic compte déjà 81 paragraphes
Le poste était étrangement calme et ça ne l'aidait pas. L'effervescence, la tension, l'urgence à gérer, c'était ce qu'il lui aurait fallu. Pas de temps pour penser, pour appréhender le regard des autres, l'incompréhension qui se lisait sur les visages de ses amis.
Elle se doutait que Ryan et Esposito devaient parler dans son dos, s'interroger mutuellement pour essayer de comprendre le pourquoi de cette situation. Rien n'aurait pu présager qu'elle quitte Castle, et pourtant c'est ce qu'elle leur avait dit une semaine plus tôt, en arrivant au poste.
Aucune explication, juste un simple « je sais ce que je fais » pour toute réponse à leurs airs abasourdis.
Depuis, elle avait esquivé toutes rencontres inopportunes avec les gars, et surtout avec Lanie, dont elle snobait volontairement les appels. Elle savait que ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne débarque à son bureau, mais dans l'immédiat, elle se contentait de laisser le temps défiler, avant ces moments fatidiques où elle devrait des explications plus détaillées.
Ces derniers jours, elle ne sortait que rarement de son bureau, pour son plus grand contentement. Mais ses nouvelles fonctions l'obligeait à rendre des comptes et cela commençait par transmettre les rapports de ses hommes à sa hiérarchie. Ce qui signifiait qu'elle se devait d'affronter Espo et Ryan pour leur demander le leur.
Elle repoussait l'échéance mais savait que bientôt on allait la presser et elle ne pouvait pas accumuler déjà des remontrances de ses supérieurs.
Elle se décida donc à venir à la rencontre de ses amis.
-Les gars ? où en est votre rapport sur le meurtre de Missy Williams ?
Sa voix n'était pas aussi sûre qu'elle aurait du.
S'ouvrir à Castle avait des conséquences : elle s'était libérée de cette pression, de ce qui la retenait à l'écart du monde. Accepter son amour pour lui, l'avait changé, y compris dans ses rapports aux autres, il lui avait appris à sourire, à rire, à plaisanter et à partager les bons moments avec sa deuxième famille. Castle lui avait transmis l'innocence des simples instants du quotidien.. il lui avait appris à vivre tout simplement. Et désormais, sa carapace n'était plus de taille à cacher ses sentiments.
Elle ne maîtrisait pas sa voix éraillée, ses gestes maladroits, son apparence fatiguée et malheureuse.
Tout en elle n'était que contradiction avec l'image qu'elle voulait donner d'elle à cet instant..il l'avait transformé. Et pour la première fois, elle regretta de ne plus être cette femme indépendante, froide et fermée comme elle savait l'être autrefois.
Et aussitôt, elle culpabilisa d'y penser. Elle aimait la femme qu'elle était devenue, et sans Loksat, pour rien au monde elle n'aurait quitté son mari et cette vie si parfaite qu'elle menait avec lui. Ryan, le plus sensible des deux sans doute, la regarda avec un air triste mais professionnel, Esposito lui, semblait furieux. Comme trahit.
- On vous le donne dans 2 min, le temps de le signer chef, lui dit Ryan
- Merci Kevin
Sans plus attendre, elle retourna dans son bureau, en ferma la porte et poussa un profond soupir. Cette seule situation l'avait déstabilisée. Qu'en serait-il lorsqu'elle aurait à affronter Lanie ? et lorsqu'elle reverrait Casle ? …
A cette pensée, elle se sentit envahie par la détresse. Comment une telle chose pouvait-elle être arrivée ? Comment pouvait-on être autant en désaccord entre ses pensées les plus profondes et ses actions ? Bien sûr, tout le temps où elle se refusait à ses sentiments, l'avait déjà mise à mal. Mais à l'époque, elle était Beckett. Elle s'était inventée une vie depuis tant d'année, qu'il en était facile de ne pas succomber. Elle vivait dans une bulle, dès lors rien n'était supposé la perturbé. Jusqu'à Castle.
Aujourd'hui, son corps, son cœur, sa raison lui hurlaient de le rejoindre. Mais la peur lui enjoignait de le tenir à l'écart. Elle avait du affronter de terribles épreuves, des blessures, des pertes, et elle avait toujours fait face.
Et pourtant, la seule pensée de simplement rentrer à son hôtel seule, la prenait au ventre. Il lui manquait, son regard, ses gestes, ses facéties, son odeur … elle était devenue femme dans ses bras, elle se voulait mère grâce et avec lui.
Mais tout semblait bien sombre désormais. Elle était seule et même plus elle-même. Comment parvenir à s'en sortir ?
Elle ne l'entendit pas arriver. Juste une présence, et un instant, elle s'imagina que ce fut Rick. Esposito se tenait dans l'encadrement de la porte et l'expression de son visage lui fit peur.
Elle s'en étonna, depuis quand Espo lui faisait-il peur ?
Son rapport à la main, il s'approcha du bureau et le lui tendit.
- Notre rapport … chef, lui dit-il dans un ton si dur, qu'elle peinait à le regarder en face.
- Merci Javi, vous pouvez rentrer toi et Kevin, je vous appelle si j'ai besoin de vous.
Elle se félicita intérieurement d'avoir su tenir son rôle sans démontrer ses émotions. Elle se devait de s'endurcir si elle voulait tenir et vaincre les obstacles qui s'amoncelaient devant elle. Sa maigre satisfaction passée, elle se rendit compte que son ami était toujours devant elle. Immobile et déterminé.
- Pourquoi Kate ?
Une simple phrase. Un mot et des dizaines de réponses possibles. La plus importante à ses yeux, protéger son mari. Comment pouvait-elle lui faire comprendre sans l'impliquer ?
Elle devenait folle de ne pas pouvoir simplement s'exprimer et rassurer tout le monde sur ses intentions.
- Espo..commença-t-elle
- Je sais que vous avez vos raisons Beckett..lui dit-il en la coupant... je vous connais… mieux que personne ici. On a parlé à Castle avec Ryan… j'étais furieux contre lui, parce que pour moi, la seule raison qui vous aurez poussé à le quitter, c'est qu'il vous ait trompé.
Elle se sentait bouleversée par les propos de Javier. Cela allait plus loin qu'elle s'était imaginée. Ces hommes n'étaient pas simplement des collègues, ils étaient ses amis, et étaient devenus les amis de Castle. Ils formaient une famille et quitter Rick avait bouleversé cette famille.
Elle prit conscience des conséquences à cet instant. Mais prisonnière de son besoin de protéger son mari, elle se tût.
- Ryan ne le croyait pas un seul instant. Castle est fou de vous, et vous Kate, vous l'aimait. Je vais vous dire le fond de ma pensée. Avant Castle, je pensais que vous étiez une cause perdue en matière de sentiments. Je pensais que vous étiez trop cassée de l'intérieur pour ouvrir votre cœur à un homme.. et il est parvenu à vous guérir de ça. Vous redonner espoir, vous redonner le sourire, l'envie de vivre et d'aimer. Alors une simple question : pourquoi ?
Encore une fois, elle fut bouleversée. Sa tirade n'avait rien d'injustifiée. Il avait entièrement raison. Sa colère la blessait mais elle faisait écho à la sienne. Elle avait toujours considéré cet homme comme un frère et sa réaction lui démontrait que pour lui, il en était de même.
Elle baissa les yeux, s'en était trop. Comment pouvait-on supporter de vivre à l'encontre de ses sentiments ?
- Tu as raison … pour tout … je n'ai jamais aimé quiconque comme j'aime Rick. Il est bien plus que tout pour moi. Il est ma vie, je le ressens dans mes veines, dans mon corps Javier… il me manque … mon mari me manque … sans lui tout est fade et sans vie. Mais il existe une raison qui me pousse à m'éloigner de lui. Et je ne peux pas t'en parler. Je m'éloigne de lui parce que je l'aime et parce que je le veux.S'il te plait Espo, n'insiste pas. Fais moi confiance et sois là pour lui, fais ça pour moi... s'il te plait Javier…
Elle avait parlé avec son cœur, dans un murmure embué de larmes. L'émotion était trop forte, le désespoir trop profond. Elle devait garder la confiance de ses amis, leur force et leur soutien.
Elle ne savait pas si elle en avait déjà trop dit, et en même temps, si c'était suffisant.
Elle savait juste qu'elle était face à son plus grand combat. La vie de Rick pouvait être en jeu, et elle acceptait de souffrir si cela lui permettait de garder l'espoir d'être à nouveau heureuse avec lui.
Esposito la regardait, le regard légèrement moins dur.
- Je ne sais pas ce qui se passe, mais je sais que vous êtes face à un dilemme. Je ne l'explique pas encore, mais il y a une chose que je sais. Éloigner Castle ne le fera que se rapprocher. Vos yeux vous trahissent, tout vous trahit, bien avant que vous me disiez tout ça. Et lui lit en vous encore plus que nous. Il n'abandonnera pas. Il cherchera à comprendre, et il va s'exposer. Je ne sais pas de quoi vous voulez le protéger, mais l'éloigner va le mettre en première ligne et vous ne vous en remettrez pas s'il lui arrive quelque chose… Ensemble vous êtes forts, nous sommes forts… si vous faites cavalier seule, vous allez vous perdre et vous risquez de le perdre.
Émue aux larmes, et complètement perdue, elle s'effondra. Les larmes coulaient doucement sur ses joues en même temps que les mots d'Esposito s'infiltraient dans son esprit.
- Je n'insisterai plus Beckett, comme vous me le demandez. Parce que vous êtes mon amie, bien plus qu'une collègue. Et je vous fais confiance. Mais je n'aimerais pas vous voir sombrer … je n'étais pas à votre mariage, je n'aimerais pas assister à son enterrement.. ni au vôtre... lui asséna-t-il dans un souffle.
A ces mots, elle explosa de douleur. Ca ne pouvait pas être vrai, elle ne pouvait pas avoir un tel choix impossible à faire. Quoiqu'elle fasse, elle exposait son mari au danger ? c'était donc ça ? … elle regarda son collègue, toujours planté face à elle.
- C'est de ça que je veux le protéger Javier … je ne lui ferais pas prendre le moindre risque … maintenant, je voudrais que tu partes … je t'en ai trop dit…
Sans un mot, il se détourna d'elle, frustré mais davantage éclairé. Kate était blessée et protégeait Castle. Il se devait de l'aider, il ne savait encore comment faire, ni contre quoi ou qui il devrait se battre mais désormais, il avait une mission. Celle de tout faire pour rendre leur vie à ses amis.
Il arrivait à hauteur de Ryan, et lui attrapa le bras pour le mener à l'écart.
- Mon frère, il faut qu'on parle toi et moi…
Ryan était attristé par la situation, il ne la comprenait pas et aurait parié ses économies sur la pérennité du mariage de Beckett et de Castle.
Et pourtant.
Quand Espositio lui avait dit qu'il allait voir Kate, il s'était demandé si c'était réellement une bonne chose de le laisser faire. Il était furieux et bien qu'il savait Javier inquiet et proche d'elle, il avait peur qu'il dépasse les limites.
Son équipier n'était un dur qu'en apparence, au fond il le savait soucieux de ce qui se tramait pour le couple que formaient leurs amis.
Il resta en retrait, observant de loin la conversation entre Javier et Beckett.
Il la voyait progressivement perdre pied, cela semblait évident… elle craquait et ses craintes refirent surface. Aurait-il du empêcher son ami de se rendre dans le bureau de leur chef ?
Esposito n'aurait jamais blessé Kate mais parfois il pouvait manquer de tact, et elle ne semblait vraiment pas avoir besoin de ça en ce moment.
Quelques minutes passèrent avant que son ami ne quitte le bureau et ne le rejoigne.
- Mon frère, il faut qu'on parle toi et moi… annonça-t-il tout bas, en le menant dans la salle de repos.
- Tu as du nouveau ?
- Pas vraiment, mais j'en sais un peu plus oui. On doit parler à Castle.
L'air inquiet de Javier intrigua Ryan. Bien sûr tout ce qui concernait leurs amis les concernait aussi, ils formaient une famille et le retournement de situation était tellement soudain qu'il aurait été impensable que son équipier accepte sans chercher à comprendre la décision de Beckett.
Pourtant, il sentait que quelque chose les dépassait. Elle était épanouie désormais, menait une vie parfaite en apparence et la seule nouvelle à laquelle chacun aurait pu s'attendre, c'était l'annonce d'un heureux événement. Pas une rupture. Cela n'avait aucun sens.
- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ?
- Pas grand-chose en réalité, mais suffisamment pour que je comprenne qu'elle n'est pas maîtresse de la situation. On doit l'aider mon frère…
L'air sérieux de son équipier lui intimait qu'un drame se jouait dans l'esprit de Beckett.
- Castle est à son bureau, on devrait y aller maintenant, proposa Ryan
Pour seule réponse, Javier lui lança sa veste et enfila la sienne, puis ils quittèrent ensemble le poste, sous l'œil désespéré de Beckett qui les observait, espérant ne pas avoir compromis quoique ce soit dans sa mission de protection de son mari.
- Les gars ? qu'est-ce que vous faîtes là ? demanda Castle en guise de salut
- On doit vous parler, c'est au sujet de Beckett
Au nom de sa femme, Castle leur fit signe de se taire, un doigt sur la bouche, en s'éloignant d'eux en direction de son deux hommes d'abord surpris, comprirent rapidement le message et lorsque la lourde porte de l'arrière bureau s'ouvrit, ils s'y engouffrèrent tous les trois.
- Désolé pour tout ça les gars … mais c'est insonorisé ici… je trouvais ça cool d'avoir ce genre de pièce ici… aujourd'hui, ce n'est plus aussi marrant, mais ça peut quand même s'avérer utile. Si on doit parler de Kate, je préfère qu'on le fasse ici.
- Castle, vous croyez pas que c'est un peu trop ? s'étonna Ryan, d'accord il y a quelque chose qui ne colle pas, mais de là à se cacher pour parler de Beckett …
-Je crois qu'il a raison au contraire, coupa Esposito. J'ai parlé à Kate… écoutez Castle, je ne sais pas ce qui se passe exactement, mais ce que je sais c'est qu'elle a peur. Quelque chose ou quelqu'un lui fait peur, et je pense qu'on vous menace.
- Quand elle est partie, je l'ai supplié de ne pas tirer un trait sur nous. J'ai bien vu qu'elle luttait… que ça la déchirait de devoir fuir. Je sais que je suis un rien prétentieux des fois, mais je crois que vous avez raison, je vous assure que la seule vraie raison pour qu'elle me quitte, serait que quelqu'un ait menacé de me tuer.
- Un rien prétentieux hein ? sourit Esposito… pour le coup, je suis persuadé qu'il s'agit de ça. Si elle croit vous protéger en vous quittant, elle n'aura pas hésité longtemps.
- Ok, alors qu'est-ce qu'on fait ? demanda Ryan, on ne peut pas rester les bras croisés à attendre que quelque chose se passe. Et soit elle a une piste et elle va foncer tête baissée toute seule, soit c'est plus grave qu'on ne croit, et elle ne peut rien faire.
- Personnellement, je ne sais pas ce que je préférerais... souffla Castle… savoir que ma femme peut prendre tous les risques pour nous sortir de là, ou qu'il n'y est rien à faire… et dans ce cas, c'en est finit de nous…
- Ne dites pas ça Castle, elle vous aime, tenta de le réconforter Ryan
- Si elle ne maîtrise pas la situation, elle ne va pas prendre le risque qu'il m'arrive quelque chose… je la connais…
La tension était palpable et les trois hommes unis dans un même but. Castle s'adossa à un mur et s'autorisa un moment de faiblesse.
- Je l'aime les gars … je peux pas la perdre… je sais que j'ai un passé qui plaide pas toujours en ma faveur, mais Kate … cette femme m'a fait chavirer … la perdre aujourd'hui… je tiendrai pas… elle est en moi … murmura-t-il dans un sanglot étouffé.
Esposito, sensible à la douleur de son ami, s'approcha et posa sa main sur son épaule.
- Ecoute, j'ai entendu le même discours dans la bouche de ta femme tout à l'heure… elle va pas baisser les bras, elle t'aime, tu peux en être sur, et nous, fit-il en se retournant vers Ryan, on va vous aider à vous sortir de là... c'est une promesse mon frère
Castle releva les yeux vers Javier, ils ne s'étaient jamais tutoyés. Sans parler de ce « mon frère » qu'il réservait d'ordinaire à Ryan. En une phrase, Esposito lui avait redonné un maigre espoir, mais suffisamment réconfortant pour qu'il reprenne consistance devant ses amis.
Ryan s'approcha à son tour et posa lui aussi une main sur chacune des épaules des deux autres hommes.
- Castle, je suis pas des plus à l'aise avec les grands discours, les grandes phrases, vous voyez ce que je veux dire … mais je sais que Kate et toi, vous êtes fait l'un pour l'autre. On est tous concernés, et ensemble on va trouver le fin mot de l'histoire… et ensuite vous nous ferez des bébés !
Castle regarda Ryan, puis Espo et malgré lui ne put réprimer un fou rire, reprit de concert par Javier. La nervosité était tellement à son comble que la dernière remarque de Ryan les avait surpris, tant elle était complètement hors de contexte.
Tous les trois se regardèrent, unis tant par la relâche de cette pression, que par la force de leur amitié.
- Castle prit une profonde inspiration, avant de fermer les yeux, comme pour chercher ses mots, puis les ouvrit en offrant une nouvelle détermination à ses comparses.
- Mes amis, merci pour tout … vous n'imaginez pas à quel point votre soutien m'est précieux … je suis perdu sans elle, si vous êtes là, je sais que j'ai une chance de la retrouver…et je veux plus que tout des bébés avec Kate
A nouveau, les rires éclatèrent dans la pièce, et Castle en ressentit un profond soulagement.
Soudain, il retrouva son sérieux, ce qui eu pour effet de ramener les deux autres hommes à la réalité.
- Kate m'a dit une fois que même pendant les pires journées, on pouvait éprouver une grande joie… merci les gars, vous m'avez fait vivre un de ces moments et je me sens encore plus proche d'elle maintenant
Les deux hommes souriaient et se félicitaient mentalement d'avoir su être là pour leur ami.
- Alors maintenant, on fait quoi, c'est quoi le plan d'action ? demanda Ryan
- Kate ne peut pas se lancer toute seule dans cette histoire, quoiqu'il se passe, ça doit avoir un rapport avec Loksat, déclara Castle
- Loksat ? comment tu peux en être sur ? officiellement il n'y a plus de Loksat ... demanda Esposito
- Ca doit être fort, invisible, inébranlable … avant ça, j'aurais parié sur le triple tueur, mais on l'a éliminé de l'équation … Bracken et ses sbires ne sont plus de la partie… mais il reste l'inconnu, celui qui marchait avec Bracken et si ce pourri savait effaçait toutes ses traces, Loksat ou quelque soit son nom, doit être tout aussi puissant. Cet agent qui est mort n'était sûrement qu'un bouc émissaire.
- D'accord alors on fait comment pour le localiser ? on ne sait même pas ce que c'est … si c'est une personne, une organisation, on ne sait rien sauf que c'est puissant… suffisamment pour commanditer un meurtre dans une prison d'état, poursuivit Ryan
- Comment a-t-on fait pour trouver Bracken ? demanda Esposito … les indices étaient maigres au début, mais ils sont venus à nous à force de poser les bonnes questions aux bonnes personnes…
- Et au passage, Kate a failli mourir à plusieurs reprises, coupa Castle, sans parler du temps que ça nous a prit pour découvrir ces indices et le mettre derrière les barreaux…
- On peut pas partir défaitiste Castle, avec Ryan on va rester dans l'ombre de Beckett… si elle sait quelque chose, on ne sera jamais loin derrière elle et toi …
- Moi, je vais être Castle … je vais être son ombre, je ne vais pas lui laisser l'opportunité de s'éloigner de moi. Loksat veut nous séparer pour l'affaiblir, quand elle aura compris ça, elle reviendra
Esposito approuva d'un signe de tête, tandis que le regard de Ryan s'assombrit.
- Kate et toi, vous êtes devenus nos amis, on va pas vous laisser affronter l'Homme invisible tout seuls … Castle, on doit tout prendre en considération, si être dans les jupons de Kate te met en danger, on doit parer à toute éventualité.
Castle écoutait Ryan avec un profond respect pour lui. Il ne put s'empêcher de préciser une petite chose.
- Les jupons de Kate ne sont pas un danger pour moi, j'ai plutôt tendance à m'y sentir en sécurité, et dieu que j'y suis bien ! … mais j'ai bien compris ce que tu veux dire…
- C'est exactement ce que tu dois faire, coupa Esposito
- M'enfouir dans les jupons de Kate ? les gars, franchement j'en meure d'envie mais j'ai beau être marié à cette femme, si elle veut me mettre une balle, elle le fera, répondit Rick, mi amusé mi sérieux
- Ce que je veux dire, c'est que tu dois être Castle, tu dois être celui qui l'a obligé à s'ouvrir aux autres… tu dois la séduire.
- A quoi ça va servir ? demanda Ryan, elle l'a épousé, bien sûr qu'elle est déjà séduite, à quoi bon lui faire la cour maintenant ?
-Réfléchis, reprit Castle, Bracken s'est exposé parce que Kate s'obstinait dans son enquête, si je m'obstine à rester près d'elle, il y aura forcément une réaction, soit elle finira par nous donner à son insu des indices sur ce qu'elle sait pour m'éloigner, soit Loksat se montrera…
- Mais s'il se montre, il peut s'en prendre à toi et mettre ses menaces à exécution ... coupa Ryan
- Je prends le risque.
La réponse de Castle était sans appel. Les deux hommes le comprirent.
- On ne peut pas te laisser prendre un tel risque sans assurer tes arrières, lui dit Esposito
- Les gars, c'est peut-être ma seule chance de retrouver ma femme. Si je me mets en danger, et s'il m'arrive quelque chose, ce ne sera pas votre faute, ni la sienne. Mais je dois le faire, je le dois à Kate, je nous le dois. Une fois j'ai failli baisser les bras… peu avant qu'on sorte ensemble, j'avais décidé d'abandonner, je pensais que jamais Kate ne me verrait autrement que comme un ami, alors j'avais décidé de partir. Imaginez si je l'avais fait… je n'aurais jamais connu ce bonheur de l'avoir à mes côtés chaque soir, chaque matin … et ça les gars, ce bonheur là, il n'a pas de prix.
- Si … ta vie … le coupa Ryan
- C'est ce que pense Kate, répondit Esposito, alors il nous reste plus qu'à veiller sur toi mon vieux … et ça, ça va te coûtait très cher
La légèreté des ces derniers mots scella leurs pactes. D'un air entendu, les trois hommes se dirigèrent vers la sortie, demain, ils retourneraient au poste, l'air de rien, mais attentif.
Castle lui, commencerait par le commencement. Un café en guise de salutation du matin.
Une nouvelle nuit sans sommeil n'arrangeait rien à l'état de Kate. Les mots d'Esposito résonnaient en elle, la conversation l'avait troublée et poussée dans ses derniers retranchements.
Elle avait prit la décision de partir en quelques minutes. Il ne lui en avait pas fallu plus tant l'enjeu était de taille. Elle avait bien compris le message, quiconque la suivait dans quête, pourrait être en danger imminent.
Elle pensait pouvoir gérer les risques qu'elle prendrait, mais elle ne pouvait se convaincre que personne ne serait blessé ou pire. Et cette incertitude n'était pas négociable.
Martha, Alexis, Lanie, son père … aucun d'eux ne pouvait se défendre contre des hommes armés et entraînés.
Ryan, Esposito … eux étaient entraînés, mais ce n'était pas leur destiné de mourir sous les feux d'hommes de mains au service d'une entité dont elle ne connaissait rien, mais qu'elle savait terriblement dangereuse.
Et quant à Castle … elle savait que son mari prendrait tous les risques pour l'épauler, comme il l'avait toujours entreprit. Il lui avait prouvé son courage, son obstination et sa volonté de rendre justice à ses côtés.
Mais outre le risque de le voir se faire tuer pour elle, il n'en demeurait pas moins qu'un écrivain qui avant de la connaître, n'avait jamais eu à se défendre pour sa vie, il était écrivain ! pas flic … et cette seule raison devait suffire.
Le meurtre de sa mère avait bouleversé son existence, et jusqu'à aujourd'hui, elle pensait en avoir prit la mesure en mettant Bracken derrière les barreaux.
A peine le temps du bonheur, qu'à nouveau elle devait repartir en guerre…
Elle avait l'impression de devoir lutter, toujours, sans cesse. Contre ses sentiments, contre la sollicitude de ses amis, contre elle-même, contre Loksat. Assise à son bureau, les yeux rivés sur l'écran, elle tentait de se concentrer sur son travail, retrouver un rythme, retrouver un sens à sa vie, exercer son métier était ce qui devait lui permettre de ne pas perdre pied.
Enfermée dans sa bulle, elle ne remarqua pas de suite qu'elle n'était plus seule.
- Un café capitaine ? lui demanda Castle en lui souriant.
Elle l'accueillit bouche bée. A quoi jouait-il ? Un café ? et ce sourire, pourquoi lui offrait-il un sourire alors qu'elle l'avait quitté hébété à peine une semaine plus tôt?
- Kate ? tu es avec moi ? reprit-il en choisissant ses mots.
- Castle … qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle complètement perdue.
- Et bien, je passais par là, et j'ai eu envie d'apporter un café à la femme que j'aime, ma femme.
Quoi ? allait-il faire semblant ? elle ne comprenait pas sa réaction. Elle avait tellement appréhendé ces retrouvailles qu'elle en oubliait ses craintes tant la situation était tout à fait décalée avec la réalité.
- Castle, commença-t-elle, tu te souviens de ce que je t'ai dis n'est-ce pas ? tu sais que je veux prendre de la distance ?
- Oh oui, ne t'en fais pas, lui dit-il en prenant place face à elle. Cette chaise n'est pas très confortable si tu veux mon avis, ma place habituelle me convient bien mieux ... bref, oui je me souviens, et si j'avais à subir un petit oubli, ton absence dans notre lit, tes baisers, tes mains, ton corps, me rappellent bien à la réalité.
Il avait débité sa phrase le plus naturellement possible, comme lorsqu'il le faisait habituellement, comme lorsqu'il lui parlait de tout et de rien.
- Tu travailles sur quoi ? demanda-t-il comme si de rien n'était
Elle le regardait complètement déconnectée de la réalité. Il venait de lui demander sur quoi elle travaillait ? C'est tout ? il l'interrogeait sur son boulot ?
- Castle euh …
- Ton café ma chérie, il va refroidir, la coupa-t-il visiblement à l'aise.
- Je dois … euh … merci pour le café … je dois finir … ces trucs …
« Finir ces trucs » ? Bafouiller n'était franchement pas pour l'aider.
- Bien alors je vais te laisser bosser, je vais dire bonjour aux gars et j'irais travailler également, j'ai envie d'écrire, sourit-il, presque décontracté.
Kate était désarçonnée. Que faisait-il ? Pourquoi réagissait-il ainsi ?
- Castle … je veux être sûre de quelque chose, en lui reprenant des mains un trombone avec lequel il jouait depuis quelques minutes, ce qui commençait sérieusement à l'agacer,
- Je t'écoute...
- Tu sais que je ne vais pas rentrer n'est-ce pas ? tu sais que ce qui s'est passé l'autre jour avait un sens pour moi ?
Il sourit en la regardant, elle crût percevoir que ses mâchoires s'étaient crispées un instant, et étrangement, ça la rassura. Enfin une réaction normale.
- Kate … je vais te dire … je t'aime et je sais que tu m'aimes … tu n'arriveras pas à me faire croire que tu n'es plus amoureuse, commença-il en se levant, donc je vais rester là où est ma place et je compte bien te ramener là où est la tienne.
Il avait conclu sa phrase par un sourire séducteur, maitre de lui-même. L'air sur de lui, il s'approcha d'elle, posa sa main sur sa joue et d'une caresse lui souffla un « à très vite Mme Castle ».
Sur cette dernière attention, il quitta la pièce, d'un pas certain, et décidé. D'apparence calme et normal, Kate le regarda hagard, partir en direction de Ryan et d'Esposito.
Quoi qu'il se passe, elle resta plantée un instant, perturbée par la nouvelle attitude de son mari, mais aussi et surtout par le geste tendre qu'il lui avait offert, et qui laissait des traces dans son cœur … et dans son corps.
Sitôt qu'il avait quitté le bureau de Kate, il s'intima de ne pas se retourner. Il marchait en direction de ses deux amis, fort d'une détermination sans pareil.
Il jouait son va-tout avec Beckett. Il avançait sans savoir si leur plan fonctionnerait, mais toujours est-il qu'il n'avait pour l'instant que celui à mettre en œuvre. Et il allait s'y accrocher, coûte que coûte.
- Hey les gars … s'annonça-t-il visiblement bien moins sur de lui qu'il ne l'avait été avec Kate.
- Comment ça s'est passé, interrogea immédiatement Esposito
- J'ai suivi notre plan, je lui ai apporté un café, j'ai glissé quelques petites phrases subjectives, j'ai essayé de paraître le plus calme possible tout en lui faisant comprendre que je comprenais bien où elle en était. Comment est-elle là ? vous la voyez ?
Ryan se décala légèrement pour observer sans se faire voir … pour surprendre une Beckett dont l'air absent trahissait ses émotions.
- Je ne sais pas ce que tu lui as dit, mais je crois bien que ça a fait mouche, lui dit-il en baissant la tête pour dissimuler à sa supérieure, l'air satisfait qui arborait son visage.
- Bien … et moi ? de quoi j'ai l'air ? s'inquiéta Castle
- D'un homme prêt à tout pour récupérer sa femme, répondit Esposito, satisfait lui aussi.
- C'est un début, je vais revenir tous les jours … et je vais la pousser au plus loin de ses limites. J'ai déjà fait ça, et avec un certain succès, triompha-t-il en levant sa main gauche à hauteur de sa poitrine, tout en jouant avec son alliance.
- Tu sais aussi qu'elle est déterminée Castle, il va falloir que tu te prépares à ce qu'elle ne réagisse pas aussi bien que tu le penses, souviens toi de toutes tes tentatives de drague avant qu'elle ne succombe… le mit en garde Ryan
- Je le sais … la différence c'est que maintenant je sais où sont ses limites. Je sais ce qui la touche et je sais comment la toucher… dans tous les sens du terme si vous voyez ce que je veux dire, glissa-t-il, fier de lui… j'ai des atouts que je n'avais pas avant. Et le premier de tous, c'est que je sais qu'elle m'aime et qu'elle agit contre sa volonté profonde et …
- A plus Castle, le coupa Esposito, elle vient par ici, murmura-t-il à l'attention des deux hommes, on se voit un de ces soirs ?
- Avec plaisir, j'y vais, mon inspiration me titille les doigts, répondit-il avec un clignement de l'œil en guise de remerciement pour la mise en garde.
Il se détourna d'eux, et aperçut Kate à quelques mètres. Intérieurement il souhaita de tout son cœur qu'elle ait entendu sa dernière provocation.
- Kate, tu es toujours aussi délicieusement belle, lui adressa-t-il sous le regard mi amusé, mi entendu des deux hommes en retrait.
Comme espéré, elle en resta à nouveau bouche bée, et stoppa net son approche. Elle balbutia quelques mots dont elle-même n'aura su trouver un sens.
Il prit la direction de la sortie, et Kate sortit de sa torpeur.
- Les gars, euh … vous … tout va bien ?
C'était tout ce qu'elle avait pu trouver à leur dire. Elle était totalement déstabilisée, et elle sentait que la situation lui échappait. Quelque chose se tramait, et nul doute que les gars et Castle étaient de mèche.
Mais elle était trop abasourdie pour se pencher de suite sur la question.
- Oui chef, tout va bien, répondit Ryan, de la façon la plus neutre qui soit,, pourquoi vous nous posez cette question ?
Pourquoi ? il se moquait d'elle ? Elle se sentait comme au milieu d'un jeu dont elle ne connaissait pas les règles. Comme avec Loksat.
- Pour rien, je voulais être sûre, déclara-t-elle en se donnant un tant sans peu de contenance.
Les gars se remirent au travail, l'abandonnant à son désarroi. Elle n'aimait pas ce qui se passait, elle avait peur, encore. Elle ne maîtrisait rien et si tout le monde autours d'elle se donnait le mot, comment pourrait-elle leur faire comprendre le danger qui les menaçait ?
De retour à son bureau, elle s'autorisa quelques minutes pour faire le point.
Castle et les gars marchaient ensemble, c'était évident. Rick jouait au mari prévenant et ses deux collègues endossaient leurs costumes d'amis de toujours. Et ils voulaient lui faire croire que tout allait bien ?
Comment pouvaient-ils être aussi aveugles face au danger ? N'avait-elle pas été assez claire avec Espo et avec Castle ? Pouvaient-ils être assez idiots pour penser qu'elle agissait sans prendre les mesures des conséquences ?
Elle commençait à laisser la colère l'envahir. Et ça lui faisait du bien. Elle était furieuse oui, furieuse de voir que les personnes qui comptaient le plus pour elle, semblaient ne pas comprendre et s'obstinaient à ne pas lui faire confiance. A ne pas la laisser gérer.
Castle était un gamin naïve parfois, Esposito, un homme fougueux et fonceur, mais Ryan ? il allait être père pour la seconde fois ! Il était censé être la raison dans le partenariat des deux hommes, comment lui pouvait-il se lancer dans une guerre à l'aveugle contre … on ne savait même pas quoi !
Oui elle était en colère. Elle était frustrée. Elle en voulait à la Terre entière à cet instant. Rien n'allait comme il fallait. Elle avait prit une décision qui l'avait meurtrie dans le seul but de protéger les siens, et eux que faisaient-ils ? ils appelaient la menace à venir faire front.
Elle se sentait seule et perdue, encore.
Elle devait réagir, et ne pas les laisser faire. Elle leur devait bien ça. Et surtout, elle devait à Castle toutes ces fois où il les avait sauvés d'eux-mêmes, où il s'était battu pour eux, elle se devait de répondre du serment qu'elle lui avait fait, le protéger et l'aimer quoiqu'il arrive, Always.
La seule ombre au tableau de sa détermination, était finalement sa propre réaction. Son corps lui criait son envie, et son cœur appelait celui qui l'avait libéré de son étau de glace.
Ce matin, elle avait prit une grande décision. Une autre. Encore une qui la déchirait au plus profond d'elle-même.
Elle regarda sa main gauche, et se sentit nue. Son alliance suspendue à son cou, comme autrefois la bague de sa mère, en signe de deuil, allait irrémédiablement blesser Castle.
Elle le savait. Et c'était presque ce qu'elle souhaitait.
Pas que le voir souffrir la satisfaisait, mais elle devait lui faire comprendre que ce n'était pas un jeu.
L'épisode de la veille avait laissé des traces. Elle avait prit conscience que lui dire simplement les choses ne le déstabiliserait pas, s'il avait quelque chose derrière la tête.
Elle devait agir et frapper fort. Retirer son alliance était ce qu'elle avait du faire pour tenter de garder l'avantage.
Nul doute qu'il allait en souffrir. Mais elle espérait au fond d'elle pouvoir lui avouer un jour à quel point ce geste l'avait elle-même blessée.
Arrivée au poste, elle saluait Esposito et Ryan d'un signe de tête courtois et professionnel. Cela faisait également parti de son nouveau plan. Se montrer ferme et détachée.
Jusque là, elle y parvenait.
Jusque là, elle avait maintenu le cap qu'elle s'était fixée. Mais il n'en fallait pas plus. Elle savait qu'elle n'était plus cette femme distante qu'elle était jadis. Elle pouvait faire semblant en apparence et de loin, mais pas faire front directement.
Son bureau était devenu sa nouvelle demeure, son nouveau QG.
Méthodiquement, elle se sermonnait mentalement : rester déterminée, garder mes distances, ne pas céder et …ne pas céder.
Elle savait que les 3ème et 4ème points des règles qu'elle s'était fixée seraient les plus difficiles à respecter.
Ne pas céder à la pression, ne pas céder à la panique, ne pas céder à la peur … ne pas céder à ses envies. A Castle.
Elle se préparait comme elle s'imaginait se préparer à livrer une guerre sans merci.
Fuir Rick et ne pas lui laisser l'opportunité de la déstabiliser. Voilà les objectifs qu'elle devrait atteindre aujourd'hui et les jours suivants.
Le fuir revenait à se cacher d'elle-même, tant son esprit hurlait à son corps de courir à lui.
Mais elle se devait forte et ses pulsions de femme allaient devoir être maîtrisé pour leur bien à tout les deux.
Rick allait revenir aujourd'hui. Elle le sentait, elle le devinait. Elle le connaissait et savait qu'il n'abandonnerait pas, et tout ce qu'elle espérait, pour aujourd'hui en tout cas, serait que la vision de sa main nue, le ferait perdre pied et qu'il repartirait sans qu'il ne puisse mener à bien son action.
« Viens Rick, je t'attends » se dit-elle sûre d'elle mais infiniment attristée par ce qu'elle s'apprêtait à faire.
- Salut les gars.
Castle venait d'arriver au poste, et volontairement, s'était dirigé en premier vers Ryan et Esposito.
- Hey Castle, ta femme vient d'arriver à l'instant… lui dit Javier.
Rick ne savait pas s'il y avait une raison au fait que ses amis utilise autant le mot « femme », mais il l'appréciait. Il avait besoin de tout ce qui pouvait l'aider à se maintenir à flot et entendre ce mot, lorsqu'on lui parler de Kate, le revigorer.
- J'aurais aimé vous dire que j'y suis pour quelque chose, mais malheureusement ce n'est pas le cas … leur dit-il en souriant tristement.
Ryan s'approcha de lui, un grand sourire aux lèvres, en posant une main sur son épaule ce qui eu pour effet de le déstabiliser.
- Elle nous regarde, glissa-t-il, on l'a gardé à l'œil toute la journée hier, mais on a rien de neuf. Mais je peux te dire qu'elle a eu du mal à se remettre de ta visite hier, c'est bon signe Castle.
- Tant mieux … je vais lui administrer la piqûre de rappel, plaisanta-t-il amèrement, en désignant le café fumant qu'il tenait en main.
Il ferma les yeux, prit une profonde inspiration, et se retourna en direction du bureau de sa femme. Un sourire des plus sincères sur les lèvres. Calme et nonchalant, il avança jusqu'à l'encadrement de la porte. Le spectacle allait commencer.
-Capitaine … si vous n'étiez pas aussi resplendissante, je jurerais que vous n'avez pas bougé de votre bureau depuis hier… commença-t-il dans un air séducteur.
Elle était prête, elle s'était préparée. Elle leva les yeux vers lui …et en un instant, perdit la bataille.
- Rick … je suppose que tu vas m'apporter mon café tous les matins ? tenta-t-elle, pour lui donner le temps de se reprendre.
- Je préférerais te l'apporter au lit, mais dans l'immédiat, je vais me contenter de ne voir tes lèvres se posaient sur ce gobelet que dans ce bureau… j'ai bien dit, dans l'immédiat… lui répondit-il en prenant place face à elle, comme la veille.
Il la regardait intensément et son regard était en train de lui faire tout oublier. Elle le détaillait des pieds à la tête et fondait son sous charme, dans son emprise… dieu qu'elle aimait cet homme… il avait toujours su la faire chavirer, la séduire même quand elle se refusait à ses sentiments. Mais depuis qu'elle l'avait laissé prendre place dans son cœur, elle s'était autorisée ses fantasmes les plus intimes avec lui. Et cela était devenu autant de tortures à cet instant.
Respirant profondément, elle se força à tendre la main gauche pour atteindre le gobelet qui lui tendait. Frôlant ses doigts, elle ne put réprimer un frisson. Il l'électrisait et contre ça, elle ne pouvait rien.
Depuis leur mariage, ils se livraient à un petit rituel. Quand il lui tendait son café, elle touchait son alliance du bout des doigts. Un simple geste, furtif mais qui leur appartenait. Par ce geste, ils se rapprochaient, se liaient, se promettaient les plus belles merveilles.
Volontairement, cette fois, elle ne toucha pas son anneau.
Et à la détresse qu'elle perçut quelques secondes plus tard au fond des yeux de son mari, elle sût que non seulement il en était blessé, mais que son annulaire orphelin ne lui avait pas échappé.
- Merci Castle… tu as bien avancé hier ?
Elle jouait le rôle qu'avait été le sien la veille.
Elle lisait sur son visage qu'il était au bord de craquer, tant elle savait que son apparente indifférence à ce qui venait de se produire, l'avait meurtri.
Elle décida de rester forte, « ne pas céder, ne pas céder »… se martela-t-elle mentalement.
- Et bien … commença-t-il en réajustant sa voix, oui, j'ai avancé mon amour. J'ai quelques idées pour un nouveau Nikki pour tout te dire. Jameson et elle, vont devoir braver quelques obstacles mais la fin sera heureuse, sois en sûr.
Il avait parlé sans la quitter des yeux.
Passé l'instant de panique quand il avait senti que Kate ne portait plus son alliance, il s'était repris et le « mon amour » qu'il lui réservait lorsqu'ils faisaient l'amour, était la plus belle des réponses à la douleur qu'il ressentait.
Kate se mordit la joue tant son mari était un joueur implacable et aguerri.
Elle le savait tourmenté, mais elle ne pouvait s'interdire de le trouver courageux et terriblement séduisant. Il bravait la douleur pour garder la tête froide et continuer son petit manège. Elle aurait voulu l'embrasser tellement cela démontrer tout l'amour qu'il lui portait et en même temps, le gifler de ne pas vouloir ouvrir les yeux.
- Jameson est un homme amoureux qui parfois devrait davantage écouter Nikki et surtout lui faire confiance…
- C'est tout ce qu'il est… amoureux et tu peux être rassuré pour sa confiance. En Nikki il croit, et s'il n'était pas aussi amoureux, il ne braverait pas ce qu'elle lui demande de ne pas faire. Et surtout, continua-t-il , le regard planté dans le sien, Jameson désire plus que tout retrouver la femme qu'il aime … je pense que jamais il ne pourrait se passer de son corps…
- C'est tout ce qu'est Nikki pour lui ? « ne fais pas ça, Kate, ne rentre pas dans son jeu… tu vas te perdre … » se reprocha-t-elle
- Oh non … Nikki est bien plus qu'un corps que Jameson aime découvrir encore et encore…le recouvrir de baiser… la caresser … s'unir à elle … l'entendre gémir son nom quand elle est submergée par les vagues de plaisirs …
Kate déglutit en écoutant son mari lui décrire leur vie intime. Elle devait le faire taire… Pourquoi l'avait-elle lancé sur un sujet aussi instable en ce moment ? …
- Jameson a trouvé en elle son alter égo, sa perle rare, son havre de paix … il se battra pour elle, pour eux quoiqu'il arrive … Always…
- Castle …
- Je vais te laisser travailler, j'ai compris, sourit-il en la coupant, j'ai à faire aussi.
Il se leva, se dirigea vers la porte avant de se retourner. Instinctivement, à son regard, elle sut qu'il allait frapper fort.
- A propos de ton alliance… ce n'est pas grave que tu l'aies enlevé. Nos amis n'ont pas pu assister à notre mariage la première fois, je suis certain qu'ils seront ravis d'être là lorsque je te repasserai la bague au doigt… bonne journée Mme Castle …
Kate en eut le souffle coupé… mais ne put s'empêcher un sourire béat : il avait le don de la déstabiliser, et elle aimait ça en lui. Elle était folle de lui, et son fameux « ne pas céder » allait être décidément très difficile à respecter.
Castle s'approcha de ses deux amis, qui le nez en apparence dans leurs dossiers, n'avait rien raté de la scène.
- Alors ? demanda Ryan, comme un enfant excité à Noël
Très vite les deux amis comprirent que quelque chose ne s'était pas déroulé exactement comme prévu.
- Castle ? ça va ? intervint Esposito
- Elle a retiré son alliance … souffla-t-il, un air malheureux fixé sur son visage.
- Oh .. Ryan baissa les yeux quelques secondes, la moue sur le visage. Garde la tête froide ok ? elle fait ce qu'elle peut pour que tu ne t'obstines pas, n'oublies pas… ça, j'avoue que c'est dur à encaisser, mais suit le plan. La sagesse t'aidera à parvenir à tes fins.
Il avait prit un air solennel, et Esposito, légèrement moqueur le regarda, puis s'adressa à Castle.
- Ecoute Maître Yoda… il raison … elle va utiliser tout ce qu'elle sait de toi pour t'éloigner. Souviens-toi juste qu'elle fait ça par amour…
- Oui mais …
- Hey ! je ne sais pas à quoi vous jouez tous les trois, mais je vous ai observé, et quoique ce soit, je veux en être !
Tous les trois se retournèrent en même temps, et se retrouvèrent devant une Lanie qui affichait un visage déterminé et des plus sérieux.
Kate avait assisté à la scène, au travers de la vitre qui la séparer de ses amis et de son mari. Et elle sut à cet instant, que la partie prenait encore une autre dimension…
Lanie, les mains sur les hanches, l'air décidé, les regardait tour à tour.
Castle fut le premier à réagir à l'arrivée tonitruante de la légiste.
- On devrait parler de ça ailleurs… ce soir, où vous savez ?
Les deux autres hommes opinèrent du chef, tandis que Lanie lui lança un regard outrée :
- Quoi ? vous croyez quand même pas…
- Je t'expliquerai Lanie, la coupa Esposito, mais pas ici et pas maintenant.
Il avait parlé en jetant un regard entendu en direction du bureau de Kate. Lanie se calma instantanément en comprenant qu'elle s'apprêtait à mettre les pieds dans une situation des plus importantes.
- Tu as intérêt Javi… déclara-t-elle, la menace légère se mêlant à l'inquiétude.
Les heures s'étaient écoulées lentement, le temps semblait prendre un malin plaisir à se suspendre à sa douleur. Rick se forçait à paraître normal auprès de tout le monde. Sa mère, sa fille, toutes deux s'inquiétaient et semblaient partagées entre l'incompréhension, la déception et l'espoir.
Ce dernier point était précisément ce pour quoi il se battait, et avait à cœur d'agir le plus sereinement possible face à elles.
Aux yeux des deux autres femmes de sa vie, le retournement de situation était absurde et sans fondement, et bien qu'elles apprécient Kate bien plus que de raison, Rick craignait la rupture entre elles.
Comment expliquer à sa fille que Kate l'avait quitté pour des raisons que lui-même n'avait pas encore toutes compris ?
Et Martha … depuis le début elle avait foi en cette jeune détective qui avait sauvé son fils de la légèreté de sa vie de séducteur. Mais aujourd'hui, il était seul et malheureux. Et s'il tentait de cacher sa douleur, elle le connaissait trop bien pour savoir qu'au fond de lui, il était dévasté.
Outre son devoir de mari, soutenir sa femme et l'aider à les sauver, son devoir de père et de fils se devait de les rassurer, sans trop en dire. Et là, cela devenait compliqué.
Il devait protéger sa femme du jugement et devait protéger sa mère et sa fille d'une menace invisible, tout en leur demandant de lui faire confiance.
Il fut interrompu dans ses réflexions par l'arrivée de ses amis. Il était 21h passée, des pizzas en main, Esposito salua Castle.
- On savait pas si tu avais mangé, mais nous, on a faim donc …
- Cool, et je vois que vous avez pensé à tout ! dit-il en désigna les bières que tenait Ryan.
Lanie à leurs côtés était partagée entre l'agacement qui commençait à grandir en elle et la stupéfaction de voir ses amis se comportaient comme s'ils allaient passé une simple soirée entre potes !
Castle, l'air de rien, d'un signe de tête les mena à la pièce dissimulée derrière le mur.
Une fois à l'intérieur, Lanie explosa :
- Bon les garçons, vous allez m'expliquer ! A quoi vous jouez ? qu'est-ce qui se passe ? et bon sang Castle, c'est quoi cette pièce ? !
- Lanie, bienvenu dans notre QG, sourit-il en réponse
- Votre QG ? mais vous jouez à quoi tous les trois ? Javier m'a défendu de prendre mon téléphone, les garçons me font signe de me taire à chaque fois que je veux en placer une, on s'est garé 3 blocs plus loin et maintenant on se cache ? Kate ne répond pas à mes appels, je veux savoir pourquoi elle vous a quitté et pourquoi vous lui apportez son café comme si on avait fait un saut dans le passé, vous allez m'expliquer ce qui se passe et tout de suite !
Lanie avait débité son flot de paroles sans reprendre son souffle. Les trois hommes la regardèrent presque sur leurs gardes, ne sachant pas si elle avait finit ou s'ils pouvaient parler.
- Lanie, commença Castle, tout d'abord sachez que cette pièce est notre atout majeur. On ne pouvait pas trop parler au poste, donc on vient ici et c'est là qu'on décide de notre plan d'action.
- Votre plan d'action ? Lanie le regarda perplexe, avant toute chose, vous allez tout m'expliquer depuis le début. Qu'est-ce qui se passe avec Kate ?
- En réalité, on ne sait pas vraiment, se lança Ryan, mais on essaye de comprendre…
- Ce qu'on sait pour l'instant, c'est que quelque chose ou quelqu'un a réussi à suffisamment lui faire peur pour qu'elle décide de me quitter. On pense que ça a un rapport avec sa disparition et avec quelqu'un ou quelque chose qui se fait appeler Loksat.
Lanie l'écoutait imperturbable, et totalement abasourdie.
- Donc vous n'avez rien fait d'idiot ? vous ne l'avez pas trompé ? vous ne lui avez pas brisé le cœur ?
- Quoi ? non ! jamais je ne pourrais faire ça voyons ! répondit Castle outré et blessé.
- Ok, je n'y croyais pas mais il fallait que je vous pose la question.
- Ce qu'on sait Lanie, reprit Esposito, c'est que quelque chose de soudain s'est passé et que Kate a décidé de quitter Castle. Si on a raison et qu'il s'agit de Loksat, alors on sait que tout est possible, on peut nous surveiller, on peut avoir placé des mouchards sur nos téléphones ou sur nos voitures, et il faut qu'on soit sur nos gardes. On doit prendre toutes mesures de sécurité possible.
- On est complètement aveugles Lanie, continua Castle, alors avec les gars on a décidé de ne rien laissé au hasard… d'où votre téléphone, la voiture garée plus loin et nos réunions secrètes.
Lanie restait silencieuse et attentive à ce que lui racontaient ses amis. Elle oscillait entre démesure, tant elle avait l'impression d'être dans un mauvais film d'action, et admiration.
- Alors si j'ai bien compris … vous vous retranchez ici et vous concoctez des plans ?
Les trois hommes se regardèrent et ensembles, acquiescèrent. Elle reprit :
- Vous Castle, votre but c'est d'aller la voir tous les jours et de rester à son contact, c'est bien ça ?
Rick acquiesça à nouveau, dans un sourire enfantin.
- Et vous les garçons ? … vous … jouez les supporters de Castle ?
Esposito et Ryan prirent instantanément une mine vexée.
- Non Lanie, c'est pas ce qu'on fait … enfin si, on soutient notre pote, mais on la surveille aussi. Quand elle s'absente, on essaye de savoir où elle va, quand elle est au téléphone, on cherche à savoir avec qui … on fait ce genre de trucs… expliqua Javier.
- En gros, vous l'espionnez quoi, trancha-t-elle
Le regard des deux hommes se croisa et dans un haussement d'épaule, Ryan lui répondit, un peu gauche:
- euh… oui… c'est un peu ça… enfin, on fait ça pour son bien tu vois…
Lanie, l'esprit vif, mais bien consciente à présent de la situation, prit quelques secondes pour réfléchir à tout ça.
- Vous savez que votre plan ne va pas fonctionner n'est-ce pas ? leur dit-elle
Piqués au vif, les trois hommes la dévisagèrent, l'air soucieux.
- Vous Castle, si vous voulez la séduire et la faire craquer, je pense que ça peut marcher. Mais vous les gars, on est à New York ici. Le calme ne va pas durer. Il y a des centaines de crimes qui se produisent tous les jours ici. Fatalement, un gros truc va vous tomber dessus et vous ne pourrez pas assurer sur ce terrain là.
Touchés, les hommes l'écoutèrent de façon presque révérencieuse.
- Je vous ai dit que je voulais en être… à mon tour d'espionner.
- Euh … Lanie, comment vous allez faire ? demanda Castle, intrigué.
- J'ai cru comprendre qu'elle était à l'hôtel pour l'instant non ? ça ne peut pas durer et si elle pense pouvoir vous tenir à l'écart, elle ne va pas rentrer de sitôt chez vous. Alors elle va avoir besoin d'un toit. Je vais donc lui proposer de venir vivre chez moi. Je ne serais pas avec elle toute la journée, mais ça permettra aux garçons de veiller sur elle au poste, et moi, je garderai sur elle le reste du temps. Et en plus, on ne sait jamais, mais une bonne copine peut parfois tirer quelques vers du nez, même à une femme des plus secrètes.
Castle en resta coi. Et soudain, un sourire illumina son visage.
- Lanie … c'est une excellente idée !
- Evidemment ! dit-elle naturellement, bon voilà ce qu'on va faire : demain je vais voir Kate, je rentre dans mon rôle de meilleure copine soucieuse de son bien-être et je l'entraîne dans mon piège. Vous Castle, vous continuez votre petit manège. Je ne sais pas ce que vous lui dites à chaque fois, mais ça à l'air de fonctionner. Et vous les garçons, vous la garder à l'œil à chaque fois que vous en avez la possibilité.
Rick écoutait Lanie leur détailler leurs rôles à tenir. Il était émerveillé de la force qui irradiait de cette femme. Kate avait des amis précieux, sur qui elle pouvait compter, et ces derniers jours, il avait eu, si c'était nécessaire, qu'il était lui aussi considéré comme un ami pour eux.
Il lui offrait leur aide, leur soutien sans même savoir jusqu'où cette histoire les mènerait.
Il en était ému, et heureux.
Entendre Lanie se comporter en petit chef militaire, et Esposito et Ryan se ranger dans les rangs, lui redonner espoir.
Kate était un adversaire redoutable. Mais à eux quatre, ils pourraient, ils allaient parvenir à la faire se confesser quant à cette menace, et enfin, ils pourraient agir comme ils l'avaient toujours fait. Ensembles.
- Maintenant, j'ai faim et ces pizzas vont refroidir. On mange et on décide de ce qu'on fait demain, déclara Lanie, imposante et parfaitement à l'aise dans son rôle de meilleure amie.
Castle les regarda tour à tour. Puis leva sa bière pour porter un toast à l'attention de ses amis.
- Merci à vous tous … je ne sais pas exactement ce que traverse Kate, mais vous voir ici, avec moi à chercher à la sauver d'on ne sait quel danger, ça me touche infiniment. Elle est forte c'est sur, mais cette inconnue dans l'équation, l'a déjà perturbé au point de chambouler sa vie… notre vie … elle a besoin de nous… j'ai besoin de vous, alors merci.
Il leur sourit et but une gorgée, partagée par chacun de ses amis.
- Et maintenant Castle, commença Lanie d'un air malicieux, vous allez nous expliquer ce qui vous aviez dans le tête pour avoir fait construire une telle pièce …
Il les regarda, sourit et leur dit simplement :
- A vrai dire … tout ce qu'un homme dont l'esprit déborde d'imagination, peut vouloir… surtout quand il partage sa vie avec une femme aussi séduisante et délicieuse que Kate …
Au poste, Kate se murait derrière la paperasse. En réalité, elle aurait pu rentrer depuis des heures, mais à quoi bon ? Elle rentrerait seule, sans Castle pour l'attendre, sans soirée à passer avec son mari, sans ses bras, sans son corps, ses baisers… sans ses sourires entendus quand il la surprenait le soir et qu'il la prenait dans ses bras, se tenant derrière elle pour lui susurrer son amour au creux de l'oreille … elle était en manque de son corps extenué après l'amour. En manque de son incapacité à garder ses mains dans ses poches …
L'ivresse des sens surdéveloppés lorsqu'il lui faisait l'amour, ou tout simplement quand il lui prenait la main.
Elle allait devenir folle et la torture n'allait pas s'arrêter de sitôt. Elle le savait, mais ne savait pas comment gérer ses sentiments.
« Ne pas céder, ne pas céder » …délicatement, elle se saisit de l'anneau autours de son cou, ferma les yeux et se mit à espérer de toutes ses forces que Rick finisse par comprendre.
Ce qu'elle redoutait, c'était que sa prière reste vaine. Elle le regrettait et l'espérait en même temps.
« Kate, tu te perds… » pensa-t-elle.
Lorsque le réveil sonna, Kate se leva tel un robot. Depuis plusieurs jours, ces instants de solitude forcés l'anéantissaient. Elle perdait l'appétit, le sommeil la fuyait, le stress grandissait.
L'angoisse était devenue son quotidien.
Elle avait beau tout tenter pour bloquer ses pensées, un rien l'a ramené à la réalité.
Les mains larges du réceptionniste qu'elle comparait à celles de Castle, le café infâme qu'on servait à l'hôtel, lui rappelait le doux breuvage que son mari lui apportait tous les matins, jusqu'à son shampooing qui avait tant fait d'effet à Rick … il l'obsédait et ça ne l'aidait pas.
Et dire qu'il allait repasser encore ce matin …
Hier soir, elle avait vu Lanie discuter brièvement avec les trois hommes. Elle n'était pas dupe, elle savait que quelque chose se passait et qu'elle aurait certainement de nouvelles vagues de tourments à dissiper aujourd'hui. Et la fatigue se jouait d'elle.
Et la suite n'allait pas non plus être de tout repos : elle n'avait toujours pas affronté son père, ni Martha et Alexis.
Epuisée avant même d'avoir commençé sa journée, elle maudit intérieurement ses ennemis invisibles.
« Reste déterminée, garder mes distances, ne pas céder, ne pas céder ».
Récitant son tout nouveau leitmotiv, elle gara sa voiture, se dirigea vers l'ascenseur, en sortit, salua ses hommes déjà présents, s'installa à son bureau.
Un robot. Machinale, absente, vidée. En mode automatique, mais absolument déterminée.
Aujourd'hui, elle allait anticipée. Elle allait jouait la première carte, prendre la main sans attendre que quelqu'un débarque dans son bureau. Elle allait les prendre de court.
Elle alluma son ordinateur, prit connaissance de son courrier et du rapport d'activité de la nuit, elle se leva et d'un pas décidé, s'en alla en direction de la morgue quelques étages plus bas.
Lanie était rentrée dans l'équation, elle n'allait pas lui laisser le temps d'endosser son personnage.
Comme prévu, elle était seule dans la pièce froide et fortement éclairée.
Lanie fut surprise de la voir là, d'autant que depuis plus d'une semaine, elle n'avait répondu à aucun de ses appels.
« ah ça c'était pas prévu… » pensa-t-elle.
- Hey Lanie … tu as quelques minutes à m'accorder, demanda Kate, la voix douce mais ferme.
- Tiens … Kate ! … je pensais que tu as changé de numéro de téléphone en plus d'avoir déménagé ?
- Lanie .. souffla Beckett … la conversation promettait d'être épique.
- Désolée ma chérie, c'est sorti tout seul … pour toi j'ai tout mon temps … dis-moi, comment ça va ?
Troublée par le coup bas, puis par le contraste de la douceur de sa voix, Kate ne répondit pas de suite.
- Bien … je vais bien …
- Hum … à d'autres Kate… tu n'as pas besoin de faire semblant ici. Je suis au courant pour Castle, les garçons n'ont pas su m'expliquer mais je vois bien que tu ne vas pas bien.
« Les garçons n'ont pas pu m'expliquer » ? se pouvait-il qu'il l'est tenu à l'écart ? Certes, elle n'était restée que quelques minutes avec eux hier, mais pour le coup, elle n'était plus sûr de rien.
- Ils ne t'ont rien dit ?
- Non .. et entre nous, je ne crois pas qu'ils comprennent quelque chose à tout ça … Alors ? qu'est-ce qu'a fait Castle pour que tu en arrives là ? « Lanie, ma fille, tu es géniale .. » se félicita-t-elle mentalement
Kate était complètement perdue. S'était-elle trompée ? Son esprit lui jouait-il des tours ? Elle était fatiguée bien sûr, mais de là à se méprendre à ce point ? Les gars ne savaient rien ? Lanie pensait que leur séparation était due à des raisons aussi banales ?
- Ecoute… non Castle n'a rien fait… c'est plus compliqué… c'est autre chose …
- Ok ma chérie… ne m'en dis pas plus … je vois bien que tu es mal et que ça te demande beaucoup d'énergie de me parler. Alors je ne vais pas te forcer à me dire ce qui se passe, tu me devras des explications plus tard.
« De mieux en mieux, je suis vraiment une garce… plonge Kate, allez … »
Beckett, dépassée par la tournure des événements, se posait mille questions.
- Lanie, pour l'instant je …
- Kate… je suis ton amie… Castle aussi est mon ami, mais la solidarité entre filles est plus importante là. Tu vis où ? lui demanda-t-elle sans préambule
- J'ai pris une chambre dans un hôtel, j'avais besoin d'être seule… répondit Kate
- Et la solitude te réussit, ça se voit bien … lui dit la légiste, en la détaillant des pieds à la tête. Tu as une tête affreuse ma belle …
- Merci Lanie … murmura Beckett
- Viens dormir à la maison … tu ne seras pas seule au moins…
- Non… je …
- Ecoute, je te promets de ne pas te harceler. Je vois ta tête, je me doute que ce n'est pas ce dont tu as besoin en ce moment. Tu viens à la maison, tu poses tes bagages, et tu te reprends. Je ne te poserai aucune question, tu as ma promesse.
- Je ne sais pas Lanie … commença-t-elle en baissant les yeux
- Hey ma chérie, franchement, dormir à l'hôtel ce n'est pas sain. Ca ne te réussit pas. Et je t'assure que si tu continues à t'oublier comme ça, même Castle ne posera plus jamais les yeux sur toi...
A l'évocation de son mari, Kate releva son visage à sa hauteur. Elle s'en voulait d'être autant choquée par sa dernière remarque. Evidemment, si Rick ne s'intéressait plus à elle, cela lui faciliterait la tâche, mais dans un même temps, l'idée même de ne plus plaire à son mari, la meurtrissait.
- Kate, je ne te laisse pas le choix … c'est mon rôle d'amie que d'être là pour toi.
- J'ai ta promesse Lanie ? pas de question ?
- Aucune … tu me parleras si tu en ressens le besoin, mais je ne te demanderai rien, je te promets.
Quitter cet hôtel était tentant, retrouver un tant soit peu de confort et de compagnie, ne plus avoir à affronter le regard du réceptionniste, dans lequel elle lisait de la pitié … ce sombre crétin qui pensait qu'elle n'était qu'une pauvre femme sans famille, sans attache.
Retourner à un semblant de vie ?
- Tiens, prends la clé. J'en ai toujours un double ici, lui dit Lanie, en lui déposant la clé dans la main, sans lui laisser le temps de vraiment lui donner sa réponse.
Kate regarda sa main … la petite clé brillait au centre de sa paume.
- Ok … je repasserai à l'hôtel pour prendre mes affaires, et je te rejoins chez toi.
- Bien… tu as pris la bonne décision. Je vais te requinquer tu vas voir, sourit la jeune métisse.
- Je peux te demander un autre service Lanie ?
- Bien sûr, dis-moi …
- J'ai besoin de passer chez moi … au loft … pour refaire une valise … tu pourras venir avec moi ?
- Bien entendu … on ira ce soir si tu veux…
- Merci … je vais … je vais remonter maintenant … merci pour tout Lanie...
- Fais attention à toi Kate …
Sur ces dernières paroles de réconfort, Kate remonta à son bureau en oubliant la raison de sa venue … et sans percevoir le large sourire que Lanie affichait sur son visage.
Une fois au bon étage, Kate aperçut immédiatement Rick assis à l'attendre. Elle salua Esposito et Ryan au loin, et épousa l'encadrement de la porte de son bureau.
- Tu as mon café ? demanda-t-elle simplement
- Ton café et mon cœur en supplément … il commençait fort.
Sans répondre, elle le contourna pour s'installer sur son fauteuil.
- Merci, lui répondit-elle simplement.
- Avec tout le plaisir qu'il est possible de vivre avec toi …
- Rick … souffla-t-elle, au bord de l'épuisement nerveux … tu dois arrêter ça…
- Tu me le dis, mais tu ne le veux pas vraiment, lui dit-il dans un sourire doux et sincère.
- Tu ne sais pas ce que tu fais …
- Ce que je fais… ou ce que je te fais ? …
Elle ne répondit pas. « Ne pas céder, ne pas céder ». Lui céder. « Ne regarde pas ses mains, ni ses yeux, n'imagine pas, ne le respire pas, ne le ressens pas… »
- J'ai du travail Castle… et toi un roman à écrire alors …
- Alors je vais écrire … et mon histoire va être époustouflante, pleine d'émotion, d'amour, et de passion. C'est l'histoire que je suis en train d'écrire. Elle te plaira.
- Rick … merci encore pour le café. Est-ce que tu peux fermer la porte derrière toi s'il te plait ?
Elle espérait avoir adopté un ton sans appel. Elle y croyait. « Ne le regarde pas »…puis un sourire naquit sur le visage de Castle.
- Mme Castle … votre beauté n'a d'égale que votre fermeté… et dieu que vous êtes belle …
Sur ce, il la quitta, partit du poste en saluant les gars d'un signe de main.
- Comment ça s'est passé Lanie ? demanda impatiemment Castle
Leur plan nécessité la discrétion. Tout au long de la matinée, le mot d'ordre avait été de ne pas communiquer ensemble.
Si bien que les quelques heures qui les séparaient de leur rencontre fortuite, avaient été on ne peut plus pesantes.
- Castle, vous allez me devoir infiniment plus que vous ne pourrez m'offrir, déclara-t-elle le plus sérieusement du monde, un air supérieur.
- Ca a marché ? elle vient vivre chez vous ?
- Je l'ai embobiné, je ne me savais pas aussi bonne menteuse et manipulatrice … je crois qu'elle n'a rien compris à la manœuvre …
- Vous êtes machiavélique, lui dit-il dans un sourire qu'il ne pouvait contrôler
- Et très fière de l'être ... et même plus que ça… elle m'a mangé dans la main. Kate doit vraiment compter pour moi pour que j'envoie valser mes principes, mais franchement, je sais que je suis dans le vrai, et je n'éprouve ab-so-lu-ment aucun scrupule à lui avoir menti, continua-t-elle
Rick était au bord de l'euphorie. Leur plan fonctionnait pour l'instant, et il savait que Kate ne serait plus seule. Il en était rassuré, heureux et ce sentiment le comblait.
Son inquiétude prenait de l'ampleur de jour en jour, méprisant ceux qui détruisaient son bonheur, et détestant voir sa femme si triste et affaiblie physiquement et moralement.
Chaque visite lui crevait le cœur, il l'aimait comme un fou, mais se jouer d'elle avait un prix. En l'occurrence, celui de la faire souffrir en lui refusant cet éloignement qu'elle semblait si déterminée à installer entre eux.
- J'y pense… elle m'a demandé de l'accompagner chez vous pour récupérer quelques affaires ce soir.
- Oh … oui évidemment …
- Castle, ça fait parti du plan ok ? s'inquiéta Lanie, devant la mine déconfite de l'écrivain.
- Oui, oui je sais … c'est juste que tant que ses affaires sont à la maison, il reste un peu d'elle…
- Je sais Rick… ce n'est qu'une question de temps, on va trouver et on va vous la ramener.
- Nous la ramener, lui répondit-il en souriant tristement.
- Vous serez chez vous quand elle passera ?
- Kate ne m'en a pas parlé quand je suis passé tout à l'heure. Alors j'imagine que si je n'y suis pas, elle pourrait se douter de quelque chose… je n'arrête pas de lui dire que je suis en train d'écrire.
Lanie réfléchit un instant.
- Attendez de voir si elle vous appelle ou pas. Si elle le fait, vous faites ce qu'elle vous demande. Si elle ne vous prévient pas, rester chez vous. On avisera. Et surtout, vous n'oublierez pas d'être surpris de nous voir.
Décidément, ce petit bout de femme était en passe de devenir un vrai stratège. Un étrange sentiment de fierté et de culpabilité à l'égard de Kate se faufila dans son esprit.
Mais il devait être fort. Pour eux. Pour leur avenir et pour la famille qu'il voulait fonder avec elle.
- Vous avez des nouvelles des garçons ? demanda Lanie, en le sortant de ses pensées.
- Non, pas encore … mais on suit le plan, s'ils n'ont rien de nouveau, on ne se contacte pas.
- Bien … dans ce cas, j'y retourne. N'oubliez pas pour ce soir … et gardez la tête froide surtout … elle va revenir Castle, c'est une question de temps.
Avoir une Lanie être si confiante, si motivée, allait être un avantage certain.
Et il se fit la promesse de remercier ses amis comme il se doit, lorsque tout cela serait derrière eux.
Seul dans son bureau, il contempla le cadre les représentant Kate et lui, le jour de leur mariage. Elle semblait si heureuse, si épanouie, si libérée… que restait-il de sa Kate désormais ? de la femme qu'il désirait tant … de celle qui aimait tant s'abandonner dans ses bras … elle lui manquait … terriblement. Il la voulait, il voulait goûter à nouveau sa peau, ses lèvres, la sentir frémir sous ses caresses… il voulait retrouver sa femme … il voulait se retrouver lui-même … émotionnellement, cela devenait très difficile de ne pas la toucher… physiquement, cela devenait une torture …
- Kate, j'ai besoin de toi … murmura-t-il pour lui-même …
Il se passa la main dans les cheveux, et étouffa un sanglot.
Cela faisait dix jours désormais que le ciel lui était tombé sur la tête.
Dix jours que Kate était partie. Autant de nuits à se languir de son corps.
Le manque d'elle se faisait cruellement sentir, sa présence, leurs conversations. Il devenait fou de désespoir comme il était fou d'amour.
Fou de rage contre le sort qui s'acharnait sur eux, fou d'impatience d'attendre que sa femme lui revienne.
Leurs amis le soutenaient, mais contre ça, ils ne pouvaient rien. Laniel était partie depuis un peu de 2h, et même si les nouvelles étaient plutôt bonnes, il redoutait le moment où il devrait constater l'absence des vêtements de Kate à leurs places habituelles.
Comme si le fait qu'elle prenne davantage d'affaires, entérinait son départ du loft.
Il l'espérait momentané, mais le maudissait par sa nature insensée.
Perdu dans ses réflexions, il sursauta à la sonnerie de son téléphone.
Le visage de Kate, souriant, belle, heureuse, apparut sur son écran, et son cœur se mit à battre plus fort. Prenant une profonde inspiration, il décrocha :
- Mme Castle ? est-ce que je vous manque ?
Le ton charmeur qu'il utilisait déstabilisait Kate. Elle effaça un sourire furtif de son visage, avant de parler.
- Hey Rick… je voulais juste te prévenir … je vais passer au loft ce soir … pour prendre des affaires… cela ne t'ennuie pas ?
Elle s'était forcée à parler sans le laisser l'interrompre. Il le fallait, elle devait rester hors de l'eau, ne pas lui laisser l'opportunité de prendre le dessus.
Elle l'entendit souffler légèrement, elle le savait blessé à nouveau, elle s'éloignait de lui physiquement et prendre ses affaires, c'était en quelques sortes dégrader encore un peu plus leur situation de couple.
- Non … tu peux venir … tu es chez toi Kate …
Il avait prononcé cette phrase dans un murmure qu'elle sentait résigné, un vrai contraste avec la façon dont il l'avait accueillit en répondant… « Tu souffres… oh Rick… pardonne moi… »
- Merci … Lanie sera avec moi… je vais m'installer chez elle pour quelques temps… poursuivit-elle
Il restait silencieux, quand ils avaient commencé leur manigance, il avait bien conscience que ce serait difficile… et notamment difficile de lui mentir. Il était à la fois rassuré qu'elle confirme qu'elle serait effectivement chez Laniel, mais également peiné qu'elle aille jusqu'au bout de sa décision de le quitter.
- Kate … son nom ne fut qu'un murmure … je t'en prie … il craquait devant elle pour la première fois …
- Rick, s'il te plait … ne rends pas les choses plus difficiles… « ne pas céder, ne pas céder »
- Je crois qu'elles ne pourraient pas être plus difficiles qu'elles ne le sont… tu me manques … j'ai besoin de nous … Kate je ne vais pas y arriver…
Ce n'était plus qu'une plainte … un dernier effort de persuasion … Kate eut mal. Entendre son mari se morfondre à ce point, la faisait presque se haïr. Jamais elle n'aurait imaginé entendre Rick la supplier ainsi. Surtout jamais elle n'aurait imaginé qu'il doive la supplier de l'aimer encore.
- Rick … je t'en prie… arrête… « je t'aime, si tu savais comme je t'aime… »
Kate ne pouvait plus supporter de savoir son mari dans cet état. C'en était trop. « Ne pas céder, ne pas céder … tu parles !… comment je dois faire ? »
- S'il te plait … accorde moi 1h ce soir … je te préviendrais quand je serais partie… ce sera plus simple si tu n'es pas là… « pardonne moi … Rick… je ne pourrais pas te voir comme ça… je n'aurais pas la force »
Castle semblait avoir éloigné le combiné, le son était étouffé, son souffle plus lointain. Elle crut entendre un gémissement, un râle quasiment inaudible et elle comprit qu'il pleurait.
Elle rassembla ses dernières forces pour fuir tant qu'elle se croyait capable de la faire :
- Ne m'en veux pas je t'en prie … au revoir Rick.
Elle raccrocha sans plus attendre, les larmes aux yeux, la gorge nouée et un profond sentiment d'injustice.
Pourquoi ne pouvait-elle pas aimer son mari ? Jusqu'où pouvaient-ils descendre dans cet enfer ? Et surtout … Quelles seraient les conséquences pour eux, s'ils parvenaient un jour à se retrouver ?
Toutes ces questions, tous ces doutes, toute cette haine à l'encontre du monde entier … elle avait déjà ressenti cette douleur … après la mort de sa mère, elle avait vécu l'enfer. Jusqu'à Castle.
D'abord ses livres, puis son partenariat, puis son amitié et enfin son amour… elle avait survécu grâce à lui. Elle n'aurait pu le définir autrement.
Il était devenu son compagnon de route bien avant d'être son compagnon de cœur. Et même sans parler de ses sentiments amoureux pour lui, elle le respectait trop pour le faire souffrir à ce point. Comment pouvait-elle se regarder dans un miroir en sachant que l'homme qu'elle aimait, qu'elle espérait, qu'elle ressentait, cet homme là saignait à cœur ouvert ?
D'une main tremblante, elle essuya une larme, déglutit, une autre larme … puis elle craqua à son tour. Ses yeux se noyèrent dans la tristesse, elle ne pouvait plus se retenir plus longtemps… les yeux embués, elle porta ses mains à son visage pour fondre et s'abandonner à sa douleur.
Le désespoir prenant la place de la détermination. Et même cela, elle n'était pas libre de le faire correctement. Elle aurait voulu hurler, crier sa rage, son malheur, sa tristesse… et dans le même temps, hurler son amour, son manque, son besoin de Rick…
Mais elle était au poste, et pleurer silencieusement était bien la seule faiblesse qu'elle pouvait se permettre.
Prenant appui sur l'encadrement de la porte de la salle de repos, le cœur plein de compassion, Esposito regardait son amie et se fit la promesse de tout faire pour que ces deux-là se retrouvent au plus vite.
Tapi derrière son bureau, Rick tentait de se remettre de ses émotions. Il avait senti la fermeté de la voix de Kate qui s'efforçait de continuer à avancer sur son propre chemin.
Il ferma les yeux, et l'espace d'un instant, il pensa abandonner. Malgré toutes les belles paroles, tout les encouragements, tout le soutien … malgré sa détermination, sa volonté et ses envies … malgré les promesses, les joies et les plaisirs.
Il autorisa le doute à s'insinuer dans son esprit un instant. Juste un instant. Le laisser prendre place, le laisser tout détruire. Il imagina sa vie sans Kate. Il imagina les enfants qu'ils n'auraient jamais. Ses baisers qu'ils ne partageraient plus. Ses mains qui ne viendront plus jamais se jouer de son corps. Plus d'étoiles dans ses yeux après qu'ils aient fait l'amour.
Plus rien. Le vide. L'absence. Pour toujours. Always.
Juste un instant.
Castle ouvrit les yeux. Always … c'était un serment d'avenir, pas de passé. Un instant, c'est tout ce qu'il accorderait au doute. Et cet instant avait prit fin.
Si fort que soit la douleur, l'amour remporterait toujours la donne.
Pendant deux mois, Kate avait gardé espoir. Il avait disparu et elle était restée cette femme déterminée. Elle n'avait aucun indice, pas même la certitude qu'il était encore en vie, et pourtant, elle l'avait cherché.
Lui savait où elle en était. Il savait qu'elle l'aimait, il savait que son désir n'était pas fuir, mais plutôt de vivre leur vie.
La seule chose qu'il ignorait, était ce qui lui faisait peur. Et ça, ce n'était pas suffisant pour l'empêcher de se battre pour elle.
Le soir venu, Esposito et Ryan s'installèrent en face de lui. Au-delà de la raison pour laquelle ils se retrouvaient, cela devenait une habitude rassurante pour Rick.
Ses amis étaient là, il savait qu'ils feraient leur possible pour faire exploser cette bulle de noirceur qui les entourer. Castle avait leur soutien, Kate pouvait compter sur Lanie.
Pour l'instant, c'était sa seule consolation.
- tu sais ce qu'elle a prit ?
La question de Ryan semblait n'avoir aucun sens, les deux hommes le regardèrent, dubitatifs.
- ben quoi ? se défendit-il, si elle a prit plusieurs valises, alors elle compte partir longtemps, si elle n'a prit que quelques fringues, alors c'est plutôt encourageant…
- les valises … répondit tristement Castle.
Esposito prit la mesure de la réponse, et posa sa main sur le bras de son ami.
- Hey… je l'ai vu tout à l'heure … elle était dévastée … elle pleurait … Kate ne pleure jamais, enfin pas facilement quoi … crois moi mon frère, elle fait pas ça de gaité de cœur.
- Je sais … je sais … murmura-t-il, mais elle est partie … et elle semble si inaccessible …
Ryan baissa les yeux, il ressentait la douleur de son ami, et pria intérieurement de ne jamais vivre pareil tourment.
- Elle ne sort quasiment jamais du bureau … à part pour aller en réunion ou pour des rendez-vous avec les grands pontes… tu crois qu'elle est en contact avec Loksat ? … je veux dire… elle n'agit pas spécialement bizarrement. Ca se voit qu'elle est malheureuse sans toi mais à part ça, elle bosse normalement, elle s'absente pas subitement, pas d'appel suspect … franchement, je me demande si on ne fait pas fausse route…
- Alors quoi Ryan ? elle m'aurait quitté parce qu'elle ne m'aime plus ? demanda froidement Castle
- Non ! je n'ai pas dit ça … je me demande simplement si on n'a pas tort de penser qu'on est surveillé. Peut-être que c'est autre chose.
Esposito réfléchit aux paroles de son collègue.
- Si c'est pas Loksat, alors pourquoi elle serait partie ?
- C'est Loksat… je ne sais pas comment ni pourquoi, mais c'est Loksat, trancha Castle.
Ryan se résigna :
- D'accord … de toute façon, je ne vois aucune autre raison pour qu'elle vous quitte. On devrait se concentrer sur le début de cette histoire. Castle, avant qu'elle ne décide de partir, elle n'a rien dit ou fait qui vous a paru étrange ?
- On a fait l'amour … on est rentré et on a fait l'amour … et franchement, il n'y avait rien qui aurait pu me faire penser qu'elle voulait partir.
Les deux hommes accusèrent le poids des révélations intimes de Castle.
- Elle m'a serré fort contre elle, elle m'a murmuré à l'oreille qu'elle m'aimait plus que tout … j'ai pensé que c'était à cause de ce qu'on venait de traverser…
Castle se perdit dans se souvenirs. Kate avait été sensuelle, douce, ses caresses se voulaient intimes, ses baisers presque désespérés. La force de son étreinte et son corps collé au sien, l'avait bouleversé comme à chaque fois qu'elle lui transmettait son amour.
Non, il n'y avait rien d'étrange. Il n'y avait que la femme qu'il avait aimée pour la première fois, un soir de pluie.
- Les gars … Kate ne m'aurait pas quitté juste parce qu'elle avait besoin de temps.
Le silence s'installa dans la pièce. Chacun regardait ses mains, ses pieds, partout ailleurs sauf dans les yeux des autres. Ce n'était pas du à une gêne, mais plutôt à l'un de ces moments où le poids des mots devaient se graver dans les esprits.
- Lanie passe la soirée avec elle. On en saura peut-être plus demain, leur dit Castle soudainement, d'une voix lasse.
- Castle, commença Esposito, c'est dur mais ça va bien se finir, c'est obligé … elle t'aime, et …
- Si elle ne revenait jamais ? … le coupa-t-il … je veux dire, je ne veux pas l'envisager, mais si jamais c'était bien plus grave qu'on ne le pense ? je ne m'en remettrais pas, je ne tiendrais jamais …
- Hey Castle !
La voix ferme d'Esposito résonna dans la pièce.
- Elle va revenir. Et je vais te dire pourquoi : on va trouver ce qui se passe, on va lui faire comprendre que sans toi, sans nous, elle n'y arrivera pas et toi, tu vas faire ce que tu as fait i ans. Tu vas prendre son cœur en otage et ne pas lui laisser le choix. Tu te pointes devant elle et tu l'embrasses. Fin de l'histoire.
Castle écouta son ami attentivement, et nota sa détermination.
- En fait… c'est elle qui a débarqué chez moi pour m'embrasser… sauf que mon cœur était déjà en otage depuis longtemps … dit-il dans un faible sourire … mais merci Javier… ça me fait du bien d'entendre ça.
Ryan, ému et motivé, sourit à son tour, avant de s'adresser à ses amis :
- Vous vous aimez tous les deux, c'est toi l'écrivain, mais avec Lanie, on va t'aider à écrire une belle fin… et toi, mon frère, dit-il en se tournant vers son collègue, un très large sourire aux lèvres, tu me dois 50 billets ! …
- Quoi ? dans tes rêves Ryan… lui répondit Esposito, l'air choqué, ne comprenant pas où Kevin voulait en venir.
Affichant un très grand sentiment de fierté mêlé au sérieux et une joie apparente, il déclara :
- Je t'avais dit que c'était elle qui avait fait le premier pas !
Depuis une semaine, Kate avait posé ses valises chez Lanie. Elle prenait ses marques, sans vraiment s'en satisfaire, mais loin de regretter son hôtel. Les deux femmes cohabitaient dans le plus grand respect l'une pour l'autre : Lanie avait tenu sa promesse, pas de question et Kate tâchait de répondre présente, sans s'enfermer sur elle-même, ni agir tel un zombie.
Elle pensait à Rick bien sûr, tous les jours, tous les soirs, toutes les nuits.
Chaque matin, il lui apportait son café, lui souriait, la frôlait quand l'occasion se présentait.
Elle tentait à chaque fois de se maîtriser.
Chaque matin, il la charmait, glissait des mots doux, la regardait intensément.
Elle se souvenait de ses pleurs, sans jamais lui en parler. Elle caressait son alliance discrètement dès qu'elle se savait à l'abri des regards… comme si ce geste pouvait lui apporter le réconfort et la force nécessaire pour poursuivre sa voie.
Au fond d'elle, elle doutait, mais pour rien au monde elle ne renoncerait. Protéger Castle était son seul objectif.
Ce matin, elle allait à nouveau affronter le regard, le sourire l'attention de son mari.
Et ce matin encore, elle allait devoir être distante avec lui, ne rien laisser paraître.
C'était devenu son quotidien. S'installer avec Lanie avait permis de rompre sa solitude, elle savait son amie prête à l'écouter, l'épauler au besoin.
Elle se motiva intérieurement pour cette journée, une tasse de café à la main, sans y prendre garde, elle sourit en imaginant Castle.
- Hey ma chérie, tu rêvasses ?
Lanie l'avait surprise, et son sourire ne lui avait pas échappé.
- Tu penses à lui n'est-ce pas ? …
Kate la regarda, faussement agacée, jouant si mal son rôle que la légiste la reprit immédiatement :
- Je ne te pose pas de question, je constate simplement que tu tiens du café et que tu souris. Il faudrait être idiot pour ne pas faire le lien.
- Ok … oui je pensais à lui, se confessa Kate.
- Il te manque ? lui demanda doucement Lanie
Beckett baissa les yeux, et tenta de s'endurcir.
- Je le vois tous les jours… il n'a pas le temps de me manquer.
- Entre le voir tous les jours pendant quoi ? 10 minutes ? et vivre avec lui, il y a une sacré différence ma belle…
« si seulement tu savais à quel point j'en souffre… » pensa-t-elle
- Lanie, j'ai pris une décision, il ne l'accepte pas. Je sais qu'il a mal mais pour l'instant, je ne peux rien y faire.
Son amie l'étudia, elle la connaissait bien et mais ce qu'elle lut en elle la peina.
- Ecoute … je ne vais pas te dire ce que tu dois faire. Mais dis-moi juste une chose : est-ce que tu l'aimes encore ?
Kate serra les dents, ferma les yeux un instant, et dans un murmure, s'avoua vaincu :
- Oui …je l'aime... ce n'est pas ça ...
« Première victoire pour Lanie » … elle la jaugea, sans laisser paraître sa satisfaction. « Le tout pour le tout, go… »
- Alors pourquoi tu ne rentres pas chez toi pour te te jeter dans ses bras et lui faire l'amour toute la journée ?
Kate resta interdite devant la dernière remarque de Lanie. Elle fut parcouru d'un frisson à l'évocation de son intimité avec lui. Oui elle le désirait, elle en avait mal tellement elle l voulait. Inconsciemment, elle se mordait la lèvre inférieure en pensant aux supplices qu'elle aimerait administrer à son époux. Lui faire l'amour, oh oui … l'embrasser à en perdre haleine et user son corps jusqu'au bord de l'épuisement. Voilà ce qu'elle voulait.
Voilà ce qu'elle se refusait de faire.
- Eh oh ? tu es où là ? demanda Lanie
Se reprenant, Kate se força à lui répondre :
- Je ne peux pas, je ne veux pas…
Sans plus attendre, elle fit ce qu'elle faisait depuis ce qui lui semblait être une éternité. Elle posa sa tasse dans le lave-vaisselle et prit la fuite. Décidé à ne pas trop s'attarder sur ses sentiments.
- Je dois y aller, je dois être au poste de bonne heure. A ce soir Lanie.
- Je ne vais pas rentrer tôt ce soir, j'ai du boulot en retard et si je ne finis pas cette paperasse rapidement, je vais finir enterrée dessous.
« Ou alors je vais donner rendez-vous aux Expendables pour les informer que tu es une fieffée menteuse »
- Ok alors peut-être à plus tard, sourit tristement Kate.
- Hey ... la rappela doucement Lanie, tu le désires cet homme, tu ne peux pas le cacher, tu ne pouvais déjà pas me le cacher à l'époque, alors maintenant que je t'ai vu amoureuse, et à moitié décoiffée et essoufflée en sortant des vestiaires du poste, tu ne pourras pas me faire croire que tu choisis de tirer un trait sur lui...
Kate ne l'écoutait plus, elle s'était forgée sa carapace et fuyait.
- A plus tard Lanie, répéta-t-elle en partant.
- Les garçons, vous vous foutez de moi ? s'énerva Lanie en s'approchant d'Esposito et de Ryan.
Interloqués, les deux hommes s'interrogèrent du regard sans comprendre l'objet de la colère de la légiste.
- Rendez-vous ce soir, c'est urgent, prévenez Castle, continua-t-elle à voix basse… vous croyez vraiment que je vais vous rendre plus vite mon rapport si vous me faites ce genre de blague ? reprit-elle plus fort, en tenant à bout de main une tête de mannequin en plastique.
Ils restèrent bouche bée devant l'ingéniosité de la jeune femme. Il leur fallut quelques secondes pour remettre les mots dans l'ordre et comprendre.
« Lanie, tu es géniale... et diablement sexy quand tu joues les agents secrets », Esposito arborait un sourire qu'elle connaissait très bien.
- C'était une petite blague, on voulait rigoler c'est tout … c'est promis, on ne recommencera pas, conclut-il, un clin d'œil discret pour acter leur rendez-vous du soir.
- Si tu recommences Javier, tu le regretteras ! lança-t-elle le regard pleins de sous-entendus.
Elle leur tourna le dos, sa mission accomplie, sous l'œil médusée, mais néanmoins naïf de Kate qui avait assisté de loin à la scène.
Castle prenait les choses à cœur, hors de question de laisser quoique ce soi au hasard. Un grand panneau blanc trônait au milieu du QG. Au milieu un simple mot : LOKSAT, des flèches en tout sens, des questions pour l'instant sans réponse, une photo de Kate, superbe et souriante, et dans un coin, des initiales et un mot d'ordre « RC/KB Always ».
A chaque rencontre, ils s'efforçaient de rajouter quelque chose à l'équation, même une infime hypothèse, même un simple « Pourquoi ».
Personne n'en parlait jamais, mais finir une de leur session secrète sans porter la moindre inscription à ce tableau, était hors de question.
Cela faisait parti de ces petits rituels dans lesquels chacun trouvait la force de continuer, malgré l'obscurité dans laquelle ils se trouvaient.
Le « RC/KB Always » avait été écrit respectueusement dès le premier soir.
Rick se remémorait les centaines de fois où il avait partagé ce petit mot avec sa femme. Il aimait ce lien impalpable, mystique qui le rapprochait de Kate.
Tant de signification dans ce simple mot, tant de promesses, d'amour.
Bien avant de devenir son amant, prononcer ce mot avait le don de les figer dans le temps. Elle le regardait, lui souriait et répondait à l'identique.
Ce soir, Lanie avait des choses à leur dire. Il craignait de l'entendre et mourrait d'envie de savoir.
Sa vie se résumer à attendre, espérer et interpréter.
L'attente était moins difficile à vivre depuis qu'il savait Kate chez Lanie.
L'espoir, il s'y accrochait. Comme un condamné à mort à son appel.
Le plus dur était l'interprétation. Il voyait bien que Beckett s'efforçait de se tenir à l'écart. De le tenir à l'écart. Mais la raison qui l'y poussait, lui échappait encore.
Quand les gars accompagnés de Lanie arrivèrent, chacun prit place autours du bar, avant que Castle ne referme la porte derrière eux.
Sans plus attendre, Castle interrogea silencieusement Lanie.
- Je commence par la bonne nouvelle, je vois bien que tu en as besoin.
Ils étaient passés naturellement au tutoiement quelques jours plus tôt, lorsque Castle avait exposé ses doutes et raconté son effondrement au téléphone à Lanie.
- Elle t'aime, elle me l'a dit. Je sais que c'est pas un scoop, mais au moins tu peux être rassuré encore une fois par rapport à ça.
Rick accusa cette annonce comme s'il venait d'apprendre qu'il allait être papa. Oui ce n'était rien, et de plus, il le savait, mais savoir que Kate avait avoué ses sentiments, c'était un véritable bonheur pour lui.
- C'est pas tout. Comme elle commençait à se dévoiler, j'en ai profité pour m'engouffrer dans la faille. Je lui ai demandé pourquoi elle ne rentrer pas, et tu peux me croire, j'ai utilisé des mots bien choisis pour lui rappeler tout ce qu'elle pourrait faire avec toi dans un lit ... ou ailleurs au choix !
- Qu'est-ce qu'elle t'a dit ? bouillonna d'impatience Castle.
Lanie se réajusta sur son siège et prit un air faussement fière d'elle :
- Elle m'a dit qu'elle ne pouvait pas et qu'elle ne voulait pas...
Rick s'arrêta de respirer. Que disait-elle ? C'est ça qui devait le rassurer ?
- Pas de panique Joli Cœur, elle disait non, mais son corps criait oh oui…le genre de "oui" qui se voit comme le nez au milieu de la figure, si tu vois ce que je veux dire...
« Respire, respire… »
- Je connais ça chez elle … dit-il l'air attendri et rêveur.
- Crois-moi, elle crève d'envie de te sauter dessus et quand elle va te revenir, à mon avis, il va te falloir des litres de jus de fruits pour récupérer et retrouver des forces... qu'elle s'empressera de te faire perdre à nouveau !
« Ne réagis pas …pas physiquement surtout ! »
- Doucement Lanie, il va nous faire une syncope si tu lui parles comme ça, plaisanta Esposito.
- Autre chose, et tu peux respirer Castle y'a rien de sexuel dans ce que je vais dire, j'ai rien noté de bizarre, pas d'appel, pas d'absence, pas de trucs étranges qu'elle recevrait au courrier… je ne pense pas qu'elle soit sous surveillance constante, ou alors ils se manifestent pas à elle.
Rick pour la seconde fois pria intérieurement pour le salut de son âme …
Ryan enregistra les informations importantes de Lanie.
- Au poste c'est pareil, toujours rien de probant… elle … travaille. Rien de plus, pas de visiteur inconnu, rien … et d'ailleurs, peut-être qu'on devrait demander du renfort…
- A quoi tu penses ? l'interrogea Esposito
- A Tori… elle est mieux placée que nous pour intercepter une conversation, ou elle serait un sacré joker pour savoir où elle est quand on ne peut pas la suivre…
Chacun prit l'idée de Ryan en considération.
Castle se posta devant le panneau, en face de la photo de Kate, la fixant imperturbable.
- On ne peut pas l'impliquer là dedans…
- Pourquoi ? réagirent instantanément Esposito et Ryan, en se regardant, surpris d'avoir eu la même réaction.
Esposito reprit :
- Tori pourra nous dire si elle détecte des mouchards, peut-être même qu'elle pourra fouiller dans le téléphone de Beckett pour voir s'il y a des messages suspects ou des appels … elle pourrait …
- Etre impliquée… coupa Castle
- Quoi ? et cette fois, ce fut ses 3 amis qui parlèrent en même temps.
- On ne sait rien de Loksat. Sauf que c'est puissant et que ça a un pouvoir suffisant pour se permettre de commettre des meurtres et de pourrir la vie d'un couple heureux et très amoureux … On ne sait pas qui est derrière tout ça. On ne sait pas jusqu'où ils sont infiltrés. J'aime beaucoup Tori, mais que sait-on d'elle au fond ? Et quand bien même, et c'est ce que je crois, elle serait complètement innocente et étrangère à tout ça, elle manipule l'outil informatique toute la journée. Si Kate est surveillée, c'est d'abord là qu'est notre première menace. Les téléphones, les micros, nos logiciels qui sait ? Et si on demande à Tori de décortiquer les mails ou les messages de Kate, combien de temps se passerait-il avant qu'une de leurs alarmes les alerte sur ce qu'on fait ?
Tous le regardèrent en silence, prenant la mesure de ses paroles.
- On ne peut pas lui demander son aide, trancha-t-il, on n'est suffisamment sûr de rien pour faire rentrer une autre personne dans notre groupe.
Il avait conclu sur un air sérieux et presque dramatique.
- Il a raison… commença Lanie. En plus, même si elle n'a rien à voir avec Loksat, on lui ferait prendre trop de risques. On ne peut pas faire ça.
- Alors on fait quoi ? on attend encore et on voit ce qui se passe ? demanda Ryan
- On n'a pas le choix … répondit Castle, perdu dans la contemplation de sa femme.
Une image glacée qui contrastait tellement avec la chaleur qui irradiait de son corps lorsqu'elle était près de lui.
Au fait, Jenny a prévu des trucs pour toi Castle … j'ai du lui raconter qu'on passait nos soirées à te tenir compagnie Espo et moi… d'ailleurs je lui ai dit que j'avais gagné 20 dollars au poker, alors si vous voulez qu'elle ne se pose pas de question, les gars il faudra allonger les billets…
- Non mais je rêve, rétorqua Esposito, tu m'as déjà extorqué 50 billets l'autre jour, et là tu veux encore me ruiner ? non mais tu crois que la détresse de Castle va te permettre de t'enrichir, faux frère ?
Prenant un air mi outré, mi résigné, Ryan se dirigea vers la porte en marmonnant :
- Quand je pense que Jenny a passé du temps pour vous concocter des petits plats, vraiment Castle, je ne pensais pas que vous auriez aussi peu de gratitude … dit-il, leur jetant un dernier regard… oh c'est bon, je plaisantais ! vraiment …
Il appuya sur le lourd levier qui servait de poignée à l'intérieure, et la porte s'ouvrit.
Ryan se stoppa net. Déglutit faiblement et lança d'une voix étranglée et apeurée :
- Euh … les gars … là on a un problème …
Il se faisait déjà tard, et Kate se sentait fatiguée. Elle accumulait le manque de sommeil et son corps commençait à peiner.
L'appartement de Lanie n'était pas aussi confortable que le loft, mais elle y trouvait le minimum pour faire face. Son amie la soutenait, jusque là, elle avait tenu sa promesse de ne pas lui poser de questions, et jusque là, cela lui convenait.
Mais ce matin, Lanie était redevenue Lanie. Même si elle s'attendait à ce que son amie la questionne à un moment donné, elle ne s'attendait pas à être passée au crible ce matin.
Elle aimait Lanie, c'était une amie fidèle, et toujours prompte à l'écouter et à la conseiller. Elle avait eu un impact majeur sur le long chemin qui l'avait conduite à admettre ses sentiments.
Et l'entendre lui décrire aussi bien ce qu'elle pensait au fond d'elle, l'avait déstabilisé.
Oui elle désirait Castle, elle voulait tout avec lui, son corps n'en pouvait plus de subir la frustration et la privation. Son mari faisait naître des sensations qu'elle n'avait jusque là lu quand dans les livres. Ses livres.
Le retrouver et se jeter dans ses bras … comme elle le souhaitait … s'abandonner comme avant, se sentir vivre à chaque seconde passée à ses côtés.
Etre aussi libre et pourtant aussi liée à un homme… jamais elle n'avait connu pareille sensation. Et pourtant elle avait du rejeter sa vie d'avant.
Elle savait se battre contre des ennemis, faire craquer le plus mauvais des criminels, elle savait guérir de ses blessures, surmonter les doutes, soulever des montagnes pour atteindre un objectif.
Mais elle ne savait pas résister à Rick... "j'ai faim de toi... tellement ... "
Elle se perdait. Les mots de tous résonnaient en elle. Esposito, Lanie, Castle … même Ryan par son air désolé, lui rappelait à quel point la situation était désespérée.
Le savoir si désœuvré, si combatif pour rester près d'elle coûte que coûte. Il était malheureux et elle avait de plus en plus de mal à le supporter.
Elle se rappelait ce qu'il lui avait dit, lorsqu'ils avaient retrouvé Michaël Smith.
« S'il y a une branche qui dépasse, je ne suis pas prêt de la lâcher ».
Il n'abandonnerait pas. Il allait continuer à être dans son sillage.
Et elle-même avait du mal à s'en tenir à ses propres engagements.
Finalement, elle se rendit compte que sa plus grande faiblesse était aussi la source des ses plus grandes joies. Et son plus grand ennemi… c'était elle. La femme désespérément amoureuse.
A cet instant, elle voulait ses bras, elle voulait ses lèvres, elle voulait être la femme de Richard Castle ...
A cet instant, elle baissa sa garde et prit son téléphone.
Elle composa le numéro volontairement, sans passer par le raccourci. Se donner quelques secondes de plus pour renoncer.
Le ciment de ce mur nouvellement rebâtit, prenait l'eau. « Kate, ne fais pas de bêtise… ».
L'esprit en parfaite contradiction avec le cœur.
Elle raccrocha.
« Ne pas céder, ne pas céder » …
Non, Rick avait plus d'importance que ses besoins de femme. Elle se débattait avec elle-même, comme un alcoolique face à une bouteille de whisky. Un verre de single malt irlandais, de 20 ans d'âge, délicieux et savoureux, laissant un goût âpre et sulfureux au palet. Le genre de verre que l'on déguste, du bout des lèvres, puis que l'on sent sur sa langue, avant de se laisser griser par son essence…
« Comment je me désintoxique de toi mon cœur ?...je veux un verre…je veux mourir d'ivresse ».
Elle sursauta lorsque son téléphone se mit à sonner. Castle.
A quoi pensait-elle ? L'appel en absence allait forcément la trahir ! … elle se maudissait.
Les secondes s'écoulaient, sans qu'elle se sente la force de répondre.
Puis lentement, son doigt vint se poser sur l'écran, en fermant les yeux, et retenant sa respiration.
- Rick …
- C'est Alexis. Papa n'est pas là, mais il a laissé son téléphone à la maison.
Alexis ? Kate en resta bouche bée. Elle s'attendait tellement à entendre son mari, qu'elle ne se rendit pas compte qu'elle gardait le silence depuis trop longtemps.
- Kate ? tu es encore là ?
- Euh … oui… oui je suis là Alexis… désolée, je ne m'attendais pas à toi…
- Papa va regretter de ne pas avoir prit son téléphone.
Le ton de sa belle-fille était sec, mais respectueux. Elle la sentait blessée, mais en même temps, elle reconnaissait la prévenance de Rick. Il avait certainement plaidé en sa faveur, pour qu'elle et Martha lui accordent le bénéfice du doute.
- Kate ?
- Oui … il est à son bureau. Il voulait être au calme pour écrire.
Elle enregistra le message sous-entendu d'Alexis.
- Merci Alexis … je le verrais demain sûrement… je voulais juste …
- Il t'aime Kate… la coupa-t-elle. J'ai peur pour lui parce qu'il n'agit pas comme un homme qui vient de se faire larguer par la femme qu'il l'a rendu si heureux depuis 4 ans.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? le ton de Kate était à présent empli d'inquiétude.
- Il saute sur toutes les occasions pour nous dire à quel point tu étais heureuse avec lui… et à quel point il sera là pour toi… parfois on pourrait croire qu'il est endoctriné. Je le crois capable de tout pour te reconquérir…
Kate s'adossa complètement au canapé… Tout le monde souffrait de cette situation, elle s'en rendait bien compte.
- Comment ça « endoctriné » ? demanda-t-elle doucement
- Il est bizarre … enfin je veux dire, plus que d'habitude …
Beckett sourit involontairement de cette remarque, oui il pouvait l'être parfois… mais qu'il était séduisant lorsqu'il faisait le pitre en agissant comme un enfant.
- Il part le soir parfois, sans prendre son téléphone, il prend des taxis, rentre 2 ou 3h après…et je sais pas, c'est pas lui. J'ai toujours vu mon père écrire ici, dans ce bureau, sur cet ordinateur, c'est comme … un fétiche tu vois ?
- Peut-être qu'il a besoin de changer ses habitudes, pour se retrouver…
- S'il veut retrouver quelque chose, c'est la vie qu'il avait avec toi, Kate. Et j'ai peur pour lui.
Kate écoutait attentivement. Qu'est-ce que ça voulait dire ? L'inquiétude laissa la place à la peur?
- Pourquoi tu as peur ? demanda-t-elle, tendue et nerveuse.
- Kate … tu le connais… s'il y a un truc à pas faire, il va mettre les pieds dedans. Et si tu lui dis d'arrêter, il va continuer. Et si tu le quittes pour toujours… mon père va en mourir.
Choquée, Kate tenta d'analyser ce que venait de lui dire Alexis. C'est vrai que Rick était obstiné. Elle savait qu'il l'aimait plus fort que n'importe quelle phrase ne pourrait le décrire. N'importe quelle phrase oui, mais elle, elle savait pertinemment décrire cette force. Elle ressentait la même chose et être loin de lui, en décupler la vigueur.
- Kate ? la voix d'Alexis portait les marques de l'inquiétude et du chagrin.
- Alexis…j'ai besoin de temps, se força-t-elle à répondre… il le sait et l'accepte…j'aime ton père … en fait, c'est bien plus que ça, et je te souhaite de comprendre un jour ce que je veux dire…
- Alors pourquoi tu lui fais ça ? coupa sèchement sa belle-fille.
- J'ai … des raisons … murmura Kate, proche des larmes.
- J'espère vraiment qu'elles sont valables tes raisons, parce que lui, il est fou de toi et je refuse de le voir souffrir plus longtemps parce que tu as besoin de temps. Il t'a tout donné Kate, il ne vit que pour toi… penses-y … mais ne perds pas trop de temps. Parce que s'il t'aime plus que tout, un jour il va se résoudre à te laisser partir, et là, c'est toi qui en souffriras à mourir…
Alexis laissa quelques secondes de répit à Beckett, silencieuse et meurtrie.
- Au revoir Kate, je ne sais pas si je dirais à papa que tu as appelé.
Le téléphone dans les mains, le regard ahuri, le souffle coupé, Kate ne ressemblait vraiment plus à la femme qu'elle avait été jadis. Elle avait prit les derniers mots d'Alexis de plein fouet.
Sa colère était compréhensible, ses craintes justifiées.
Sans être avare en matière d'attention envers sa fille et sa mère, Kate savait que Rick était en adoration devant elle, elle savait que pour lui, elle représentait son idéale, son âme sœur, sa divinité … elle sourit en se rappelant qu'il avait utilisé ce terme un jour pour la flatter.
Il luit manquait… Se pouvait-il qu'à force de vouloir le protéger, elle le mettait elle-même en danger ? Il y avait différentes façons de se perdre, elle avait craint le pire… qu'il devienne une cible et qu'il en meure.
Mais il pouvait aussi mourir d'amour.
Ou se changer en un homme froid et indifférent, à force d'attendre une femme qui ne viendrait plus jamais à lui.
Ou courir tous les dangers pour se rappeler ce que c'était que de vivre.
« Qu'est-ce que je suis censée faire ? … te sauver de toi-même ou te sauver d'un danger inconnu ? »
A l'instant même où elle se posa cette question, elle sut.
Tout devint limpide.
Comment le protéger de l'invisible ? de ce qu'on ne maîtrise pas ? d'un danger potentiel, et potentiel seulement ?
Mourir en se faisant renverser par une voiture dans les rues de New York était un danger potentiel.
Mourir sur le terrain quand on était un flic, était un danger potentiel.
Elle n'y pouvait rien. Personne n'y pouvait rien.
On ne pouvait que faire attention.
En revanche, le protéger de lui-même, lui faire savoir qu'il n'était pas fou ou que l'homme qu'il était, était un être absolument merveilleux, ça elle y pouvait quelque chose.
Sans réfléchir, elle se leva, prit ses clefs et s'en alla, en priant pour ne jamais regretter la décision qu'elle venait de prendre.
Ryan était blanc d'effroi. A l'instant même où la porte s'était ouverte, il avait cru défaillir.
- Euh … les gars… là on a un problème …
Stupéfait et incapable de faire le moindre geste, il se sentait comme un petit garçon prit en faute et qui attendait que la colère divine s'abatte sur lui.
Kate se tenait juste devant lui, à quelques mètres seulement.
Quand elle était entrée dans le bureau, euphorique et impatiente, elle avait d'abord eut un instant d'inquiétude et d'incompréhension en constatant l'absence de Rick.
Avant de se souvenir de cette pièce.
Mais en la voyant s'ouvrir et laisser apparaître son collègue et ami, instantanément, son instinct de flic et de femme s'alarma.
Ryan avait l'air trop apeuré, trop prit en flagrant délit de quelque chose, qu'elle sut que c'était énorme… Elle craint spontanément le pire.
Il recula lentement, lui laissa le champ libre, se hâtant de s'éloigner le plus possible, d'un air maladroit et désolé.
Ce fut Rick qu'elle vit en premier. Son mari qui suscitait tant d'inquiétudes et de désirs.
Il restait les bras ballants, la bouche légèrement ouverte, prit en faute et sachant très bien que la réaction de Kate allait être explosive. Restait à savoir comment elle prendrait vie…
Elle avança lentement, chaque pas lui demandant la plus grande maîtrise d'elle-même pour ne pas partir avant d'avoir eu des explications. Elle sentait que la colère n'était pas loin.
Elle aperçut Esposito en pénétrant dans la pièce. Les yeux baissés, embarrassé, les mains profondément enfouies dans les poches, nerveux et s'attendant au pire.
Puis le coup de grâce. Lanie.
Son amie qui lui avait tendu les bras, qui lui avait fait des promesses, qui l'avait accueilli comme une sœur dans son appartement. En qui elle avait depuis longtemps placé sa confiance.
Kate s'arrêta net en la voyant. Elle la dévisagea, la peine prenant possession de son esprit.
- Kate… on peut tout t'expliquer … commença Castle
- Non … tais toi… dit-elle d'une voix froide et autoritaire, qui fit pâlir son mari.
Abandonnant Lanie du regard, elle inspecta la pièce.
Des dossiers, des photos, un tableau blanc … une salle d'enquête. Mon dieu…ils avaient crée une salle d'enquête. A son insu.
Un mot attira son attention. LOKSAT. Ecrit de la main de Rick.
« Bon sang… c'est pas vrai… »
- Kate… écoute je sais que…
- Non tu ne sais pas Lanie, coupa t-elle.
Elle se fit violence pour ne pas leur cria sa colère, sa déception, sa peur, ses émotions toutes plus confuses les unes que les autres.
Elle se tourna vers Rick, qui tentait de paraître plus sûr qu'il ne l'était à cet instant.
- Je t'ai appelé ce soir… sur ton portable… je suis tombée sur Alexis. Tu étais censé écrire. Elle s'inquiétait… et moi j'ai cru que je pouvais…
Elle se tut. Elle avait parlé d'un ton clair à peine audible, apparemment calme, mais froid d'où teintaient la colère et la douleur.
- Lanie ? … « les gars ne m'ont rien dit », « je ne te poserai pas de questions, tu as ma promesse » ? … dit-elle en regardant son amie, les yeux noirs, le front plissé, perdue.
- Kate… la supplia la légiste, apeurée et craignant les conséquences pour leur amitié.
- Espo, Ryan … à quel point vous m'avez menti ? murmura-t-elle, la voix cassée.
- Kate … appela doucement Rick …ce n'est pas …
- Ce que je crois ? c'est ça que tu allais dire ? Vous ne vous rencontrez pas ici pour comploter ?... Lanie ? tu as fini ta paperasse ? lança-t-elle d'un ton cassant.
Tous regardèrent leurs pieds. Craignant la colère de Kate, et culpabilisant de lui avoir menti à ce point.
- Tu es sur un nouveau Nikki Heat, hein ? C'est bien ça Rick ?
- Kate, tu ne comprends pas …
- Oh, je crois que si au contraire… je crois que j'ai tout compris. Vous m'avez menti. Vous m'avez trahi, leur dit-elle, la fureur dans le regard.
Castle se perdit à nouveau dans la contemplation de ses chaussures, abandonnant l'idée de la calmer. Elle devait exploser, elle en avait besoin. Elle était blessée et la raisonner maintenant était mission impossible.
Se tournant à nouveau vers le tableau, elle parcouru des yeux les éléments écrits, les photos affichées, l'histoire qu'ils tentaient de découvrir.
- Castle, qu'est-ce que tu ne comprends pas quand je te dis d'arrêter ? demanda-t-elle, la voix ferme… qu'est-ce qui se passe en toi pour que tu ne veuilles pas comprendre à quel moment tu dois me faire confiance et quand tu dois partir?
Lanie tenta d'intervenir :
- Kate, ce n'est pas que lui, on…
- Stop. Vous ne savez rien et vous vous lancez tête baissée… souffla-t-elle … Ryan ? Jenny est enceinte, tu as oublié ? Javier ? tu m'as dis dans les yeux que tu n'insisterais pas … Toi, Lanie, tu es médecin ! … et toi … tu es écrivain … pourquoi tu fais ça ? pourquoi tu t'obstines ? je t'ai demandé de me laisser du temps et tu me trahis ? pourquoi Castle ?
Sa colère se mua en entre chose, trop d'émotions, trop de frustrations. La peur, la détresse, savoir qu'ils s'étaient tous joués d'elle, le stress des dernières semaines, tout s'abattaient en elle.
Elle se figea, les détaillant chacun leur tour. C'en était trop. Comment sa vie pouvait-elle avoir basculée autant en si peu de jours ?
- Rick … je suis partie précisément pour ça… parce que je savais que tu ferais ça. Je ne peux pas te dire que je ne te veux pas, c'est impossible. Je t'aime … mais ce que tu fais, c'est juste … stupide ! Tu ne m'écoutes pas… tu crois me connaître mais …
- Ah oui ? quoi, Kate, je ne te connais pas ?
Rick sortit de sa torpeur. En bon écrivain, il voyait la fin arriver. Elle allait fuir, lui demander de cesser de venir au poste et tout ce pourquoi il s'était battu serait perdu en l'espace de quelques minutes. Il haussa le ton contre son gré, mais habité d'un besoin urgent de stopper ce qui semblait inévitable. Il ne pouvait pas la perdre.
- Tu crois vraiment que je ne te connais pas ? Tu as oublié Kate ? Tu ne peux pas me dire que tu ne me veux pas de moi et je vais te dire pourquoi : avec moi tu es libre et tu es femme. Tu peux me raconter toutes les histoires possibles, moi je lis en toi. Comme je lisais en toi avant même qu'on ne soit ensemble. Tu m'aimes, ça je le sais … et je l'espérais déjà quand toi tu te refusais à ouvrir les yeux...La femme dont je suis tombée éperdument amoureux, celle que j'ai épousé, c'est cette femme que tu m'as dit tant de fois aimais être.
La colère montait en lui, son ton était dur et désespéré.
- Tu as failli mourir Kate et tu es venue à moi. Tout ce que tu voulais, c'était moi. Tu te souviens ? Ce soir-là, tu m'as ouvert ton cœur, en même temps que tu m'offrais ton corps. C'est cette lueur que j'ai vu dans tes yeux ce soir-là qui me fait t'affirmer, que jamais … jamais on ne pourra vivre loin l'un de l'autre, toi et moi.
Il s'approcha d'elle, furieux et implacable.
- Je devine ta peine, je sais ta colère et je sais que tu n'agis pas délibérément, mais laisses moi te dire une chose Kate… tu ne peux pas me fuir parce moi, je vais en mourir. Et toi, aussi...Je te connais bien plus que tu ne le crois. Tu me détestes peut-être en ce moment même, mais je l'accepte. Tant que tu cesses de penser que moi ... que nos amis … pouvons te laisser traverser les épreuves en vivant nos petites vies tranquillement, sans se soucier de toi...C'est toi qui nous trahis en pensant ça Kate…
Bouleversée, Kate le regardait dans les yeux. Elle ne pouvait détacher son regard du sien. Elle y lut la douleur, la détresse, l'urgence et le besoin de jeter ses dernières forces dans le champ de bataille.
Elle était abasourdie, des émotions contrastées tourbillonnaient en elle.
Pour la première fois, leurs amis entendaient des choses qu'eux seuls savaient. Mais elle s'en fichait. Peu importe, elle s'était focalisée sur Rick. Sur cet homme qu'elle aimait tant.
Sa dernière phrase avait frappé très fort. Elle se sentait emplie d'amour et de colère à la fois.
Imperturbable, Castle poursuivit :
- On se réunit ici parce qu'on a foi en l'avenir. C'est ça la vérité. Et je ne parle pas simplement de nous… je parle de toi, par rapport à chacune de ces personnes qui m'a offert son aide et son soutien. Lanie est ta meilleure amie, Esposito est un frère pour toi et Ryan, ton plus fidèle admirateur...Et moi … je suis un homme fou amoureux de sa femme, et je ferais tout Kate … tout pour que tu vois le même avenir que nous tous…Tu n'imagines pas les stratagèmes auxquels on a pensé pour t'aider…
- Pas m'aider Rick, me mentir, lui dit-elle, les yeux pleins de larmes.
- Non ma chérie … lui répondit-il doucement, posant délicatement ses mains sur ses hanches, pour t'aider… pour comprendre … tu n'imagines pas les précautions qu'on prend pour ne rien laisser au hasard… nos téléphones restent chez nous … les voitures sont garées à plusieurs blocs d'ici … et cette pièce Kate … c'est le seul endroit où nous sommes sûrs que personne ne pourra nous espionner… c'est ce qu'on fait ici, et on le fait parce qu'on t'aime… et c'est ce que tu dois retenir de tout ça…
Sa tête tournait … Rick était trop près… ses mains trop possessives… et trop rassurantes.
Kate luttait…Castle remonta ses mains le long de son dos, sans la presser à lui. D'un geste délicat et doux, il apposa sa main sur sa joue… Elle sanglotait … se débattait intérieurement… tenta de sortir de son étreinte pour mieux appréhender la situation.
Mais Rick, au contraire, la resserra. Relevant son visage baigné de larmes, il sentait que son cœur se serrait.
- Kate… je ne vais pas te laisser partir… je vais te garder près de moi et je vais respecter à la lettre mon engagement d'époux. Pour le meilleur et pour le pire … Always…
Elle ferma les yeux, s'abandonna, la tête contre son torse, à bout de nerfs et de forces.
- Kate, jamais je ne pourrais …
- Tais toi Rick … je t'ai déjà dit que tu parlais trop … lui ordonna-t-elle en prenant possession de ses lèvres, son corps collé au sien, ses bras le serrant autant qu'il en fut possible. L'urgence prenant le pas sur la raison.
D'abord surpris, il répondit immédiatement à son baiser, resserrant encore son étreinte, dévorant ses lèvres, caressant son dos avec ardeur, la passion ayant pris le pas sur la frustration.
Leur baiser prenait son envol, l'envie refoulée se déversant en chacun de leurs gestes.
Les mains dans les cheveux de Rick, sa poitrine en feu contre son corps d'homme… la chaleur les consumait sans qu'ils ne puissent se séparer.
Les corps se parlaient, les brûlaient…
Aux premiers gémissements, Lanie eut pitié de la nature pudique de Ryan, qui s'était légèrement retourné, rougissant, mais ne pouvant cacher un sourire satisfait ou rassuré.
- Euh.. lança-t-elle .. franchement j'adore ce que je vois et je ne pensais pas que la page 105 prendrait vie devant moi, mais … on est encore là …
N'en pouvant plus, folle de joie pour ses amis, elle se saisit instinctivement de la main d'Esposito, sous son regard étonné. Il sourit et lui serra en retour, admirant le couple enfin réunis.
Castle ouvrit les yeux et s'abandonna dans le regard ému de sa femme… souriant tous les deux comme des enfants, heureux et amoureux comme aux premiers jours.