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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 04.11.2015 à 22h01
Auteur : Javier424
Statut : Abandonnée
« Une suite au 8x03,ce qui pourrait se passer » Javier424
Cette fanfic compte déjà 81 paragraphes
Figés dans l'instant pressant, leurs corps serrés, front contre front, Kate et Rick se nourrissaient de leurs émotions pour trouver le réconfort, tant désiré.
Les yeux fermés, le sourire aux lèvres, lui, ne pouvait se résoudre à abandonner le corps de sa femme. Il avait tellement espéré, tellement subi la frustration et la douleur, que l'avoir dans ses bras, suscitait un réel plaisir, qu'il voulait graver dans son esprit.
Cet instant magique, où plus rien n'existe, où seuls leurs cœurs se parlent et s'apprivoisent encore et encore.
Un contact si précieux, si doux, qu'il ne pouvait se défaire de leur étreinte.
Elle, encore émue aux larmes, maintenait la pression de ses mains sur sa nuque. Elle pouvait sentir la chaleur de son corps et la force de ses mains au creux de ses reins.
Pour la première fois depuis des jours, elle souriait, d'un sourire sincère, heureux et paisible.
Parce qu'elle était dans ses bras, elle oubliait les tourments. Parce qu'elle était dans ses bras, sa force revenait. Parce qu'elle était dans ses bras, elle se sentait prête.
Les secondes passaient, et la douceur de ses gestes lui rappela le goût de l'amour avec lui.
Elle ne voulait pas briser cet instant, mais progressivement, elle les sentait revenir sur terre, et lorsqu'elle entendit Lanie étouffer un gloussement enjoué, elle sut qu'il était temps de délaisser cette merveilleuse bulle.
N'y tenant plus, Lanie, les mains nerveusement jointes contre son cœur, trahissant son impatience, commença :
- On vous laisserait bien tranquille, mais… moi j'ai terriblement envie de serrer très fort ma meilleure amie et de la supplier de me pardonner…
Amusée et attendrie, Kate leva les yeux vers son mari, déposa un dernier baiser sur ses lèvres et lentement se détacha de lui, sa main fermement prisonnière de la sienne. Elle regarda son amie et tendit le bras vers elle.
- Lanie…
Se précipitant, la légiste prit Kate contre elle, l'obligeant inconsciemment à lâcher la main de Rick.
- Hey doucement, tu m'étouffes, sourit-elle …
- Oh Kate … si tu savais comme ça a été difficile pour de te mentir … et si tu savais comme tu m'as foutu la trouille ce soir…je suis désolée… mais tellement heureuse de t'avoir retrouvé complètement
Sa voix accentuait la franchise de la confession. Elle était teintée à moitié d'une douloureuse note plaintive, et à moitié d'un soulagement heureux.
- Tu es quand même une sacrée comédienne et une sacrée menteuse Lanie …
- Oh Kate… Lanie se détacha d'elle, apeurée et paniquée
- Je plaisante… la rassura Kate, dans un sourire amusé mais ému … j'ai compris pourquoi tu as fait ça …
A ces mots, elle s'éloigna d'elle après une dernière étreinte, et regarda ses deux collègues, qui arboraient à leurs tours, un sourire communicatif.
Sitôt elle se saisit de la main de Rick, qu'elle serra fort en le cherchant des yeux, avant de revenir aux deux hommes.
- Les gars … merci d'avoir été là …
- On est heureux pour vous …sincèrement, lui dit Ryan, en la serrant brièvement dans ses bras.
Elle enchaîna avec les bras d'Esposito, qui se firent plus protecteurs, tel un frère envers une sœur.
- On n'allait pas vous laisser tomber… et puis, Castle va nous en devoir une bonne maintenant, c'est tout bénéf … sourit-il, en faisant un signe de tête en direction de Rick.
Tous se congratulèrent encore quelques secondes, chacun ayant conscience que ces moments étaient précieux, et peut-être allaient-il se faire encore plus rares désormais.
Kate enlaça son mari d'un bras autours de sa taille, avant de baisser les yeux.
A ce geste, tous comprirent. La réalité reprenait ses droits. Le bonheur de ces retrouvailles appartenait à leurs mémoires à présent.
- Vous avez pris des risques … déclara-t-elle… maintenant, il va falloir me dire ce que vous savez …et à quel point vous avez été idiot … continua-t-elle pour alléger un tant soit peu l'ambiance… oh et à ce propos Lanie…
Elle se tourna complètement vers son amie.
- Quand est-ce que tu m'as surpris les cheveux décoiffés et toute essoufflée ?
Prenant quelques secondes pour comprendre, Lanie, d'abord interloquée, dessina un large sourire sur son visage.
- Et bien, pour tout dire … commença Castle
- Tais-toi Rick, lui intima-t-elle immédiatement
- Ça, ma belle, ça s'appelle prêcher le faux pour avoir le vrai …alors ?
Beckett appréciait la fraicheur de son amie, son sens de l'humour et sa franchise étaient bien souvent les bienvenus, et dans ces temps incertains, sourire était un luxe qu'elle ne voulait se refuser.
- Il va falloir qu'on se parle entre filles ma chérie … conclut Lanie, intéressée et retrouva son aisance.
- Oui et bien … pour l'instant plutôt se concentrer sur autre chose …
Le sérieux prit à nouveau place dans leurs esprits.
Elle se déplaça vers le tableau blanc, pour se plonger dans l'énigme qui avait failli briser son mariage.
- Pourquoi vous avez pensé qu'on pouvait être espionné ? demanda-t-elle soudain
Une simple supposition, une précaution … on ne savait rien… tu dois nous dire ce qui s'est passé Kate… questionna Castle
Elle prit quelques secondes pour répondre, comme pour rassembler ses esprits, avant de se lancer.
- Vous savez déjà ce qui s'est passé quand je suis partie, la cavale avec Vikram, l'assaut de ces hommes armés, le meurtre de Bracken… tout ça, c'était parfaitement orchestré, rien n'était laissé au hasard, ils savaient exactement comment agir, et où nous trouver…
Kate se retourna vers eux.
- Je n'ai pas cru une seule seconde au suicide d'Allison Hyde. Ca ne ressemblait pas au geste d'un cerveau capable de planifier et de gérer des situations aussi extrêmes.
- Oui mais ça n'explique pas ton départ de la maison… plada Castle
Elle lui tendit la main, et la serra fort. Elle aurait souhaité y faire passer tout son amour, et toute sa douleur à l'évocation de ce qu'elle avait du faire.
- Mon cœur, je suis désolée …
Il la regarda, et lui sourit. La douceur et l'amour de son mari irradiaient de lui.
- Une femme est venue me trouver juste avant que je ne rentre… elle a dit être la femme de Jackson Hunt… ton père…
Elle laissa un instant à son mari et ses amis pour assimiler l'information.
- Sa femme ?
- Oui mon cœur … je l'avais déjà rencontré au théâtre, elle nous a sauvé la vie... elle partageait mon avis pour Hyde. Et je ne sais pas … ce qu'elle m'a dit m'a… bouleversé… Rick, reprit-elle, j'ai pris conscience que plusieurs personnes avaient perdu la vie par ma faute. A cause de mon obstination…
- Ce n'était pas ta faute, la coupa Castle
- Si Castle, ça l'était… ils sont morts parce que j'ai réveillé le démon à nouveau… et Vikram serait mort également s'il ne m'avait pas appelé ce matin là … j'ai réalisé que n'importe qui me suivait dans cette voix, pourrait être la prochaine cible …
- Et tu as voulu me protéger … conclut Castle … en s'éloignant un instant pour réfléchir.
Kate s'alarma de ces quelques pas, loin d'elle.
- Rick ? …
- On avait dit plus de mensonges, plus de secrets….
- Je sais mais je ne voulais pas …
- Kate, tu sais pourtant que seule, c'est toi qui devient une cible facile ! …
Il avait parlait d'une voix ferme mais douce…
Esposito, silencieux jusque là, intervint :
- Castle… je la comprends … mais en même temps, vous pensiez vraiment pouvoir faire ça seule ? s'étonna-t-il
Ryan, à son tour, réagit.
- On a trouvé Bracken ensemble, on aurait pu trouver Loksat …
Elle sentait ses hommes presque vexés, tout en sentant leurs compréhensions.
- Je n'étais pas seule … il y avait Vikram…
- Un analyste Kate ! … il pouvait t'aider à trouver des indices, mais pas te protéger… c'est toi qui a prit des risques incommensurables …
Castle était blessé qu'elle l'ait laissé à l'écart mais leurs retrouvailles étaient trop récentes et sa frustration trop fraiche encore, pour continuer dans cet état d'esprit.
- Ensemble, on a toujours été plus forts ma chérie … on pouvait y arriver…
- Castle … Ces hommes qui sont morts étaient des agents fédéraux entrainés. Rachel Mc Cord avait des années d'expérience sur le terrain et pourtant elle est morte. Chacun d'entre eux était supposé pouvoir se défendre et pourtant …
Le poids des mots de Kate s'insinuaient dans l'esprit de chacun. Le fond de sa pensée prenait forme.
- Rick … tu es écrivain … et tu as beau être doué pour jouer les flics, ton arme à toi, c'est ton esprit. Tu sauras te défendre face à la critique, mais contre un commando d'hommes armés, tu serais sans défense.
- Tout comme toi …
La phrase était sans appel. Elle la percuta de plein fouet.
- C'est mon métier … et c'est toute la différence…
Tous assistaient aux échanges vifs et passionnés des deux époux.
- Ton devoir de flic ne peut pas passer devant celui d'épouse… pas quand les conséquences sont si cruelles pour ton couple...Tu es flic et je t'aime dans ce rôle que tu accomplis à merveille… je connais ta détermination… mais ne nous oublies pas Kate … ne me mets plus jamais à l'écart…
Elle accusa ses mots. Elle le comprenait d'autant mieux qu'elle en était arrivée à la même conclusion, un peu plus tôt dans la soirée.
Mettre son mari sur la touche, ne l'éloignerait pas. Elle aurait dû le savoir. Inconsciemment, elle avait certainement voulu croire qu'elle le pouvait malgré tout… parce que y arriver, aurait pu lui éviter de risquer un drame.
Relâchant la pression, elle s'avança vers lui, en se saisissant de ses mains.
- Je suis désolée de t'avoir fait souffrir … je ne t'aurais jamais quitté sans tout ça … pardonne moi Rick… Je serais capable de tout pour notre mariage … mais te faire souffrir c'était trop difficile …
Castle lui ouvrit les bras, posant sa tête sur épaule, le visage enfoui dans son cou. La respirer lui avait manqué. La sentir contre lui, faisait sa force. Il se savait fou amoureux d'elle, et semblait le devenir un peu plus chaque jour, bien que chaque jour, il aurait juré que ce ne fut possible.
- Je t'aime Castle … souffla Kate, au chaud contre lui, désirant avant tout se reconstruire et rassurer son mari.
Elle prit son visage en coupe et le guida à ses lèvres. Son baiser était doux, amoureux. Puis, alors que leurs lèvres s'entrouvraient, leurs langues se retrouvaient et le baiser prit de l'ampleur. Le désir de posséder l'autre, accentua la sensualité qui s'en dégageait. Rick caressa les reins de Kate, la serrant contre lui, tandis que de son côté, elle fit glisser ses mains de son visage à son torse. S'abandonnant au plaisir des sens, Kate mordit tendrement la lèvre de son mari, en souriant, séductrice et sensuelle, déclenchant un gémissement au fond de sa gorge. La réaction de son mari était prévisible mais elle était tellement excitante que Kate gémit à son tour.
Lanie souriait à pleines dents, Esposito posa la main sur l'épaule de Ryan, qui semblait heureux et fier d'assister à une telle scène.
- Je crois qu'ils ont encore oublié qu'on était là… plaisanta Javier…
Prenant conscience qu'effectivement, ils n'étaient pas seuls, les lèvres des deux amants se séparèrent, tout en restant tendrement enlacés… habituellement si peu encline à ce genre de démonstrations ouvertement aguicheurs, Kate rougit légèrement, mais incapable de fondre dans la culpabilité d'un tel comportement.
- Hum ... c'était chaud ça … lança Lanie, amusée et fière de son amie
- Oh non, ça, ça ne l'était pas, crois moi… répondit Kate en regardant Rick au fond des yeux, sourire aux lèvres.
*Pour mémoire, dans le chapitre 8, Lanie dit à Kate qu'elle l'a surprise décoiffé et essoufflé en sortant des vestiaires du poste.
Le cœur de Rick menaçait de céder. Le regard de Kate, lourd de sous-entendus, lui brûlait la peau … à moins que ce ne fut ses mains caressant son torse.
Il avait envie d'elle et cela allait devenir très inconfortable si aucun des deux n'y mettait du leur.
Loin d'être son envie première, il jugea tout de même préférable d'accorder un répit à ses pulsions, et après un dernier baiser, nettement plus chaste, il desserra son étreinte.
A regret, mais comprenant que même pour elle-même la situation pouvait rapidement déraper, Kate se retourna vers ses amis, conquis par le bonheur apparent du couple.
Le visage gagné par une rougeur évidente, elle respira profondément pour s'adresser à tous :
- Ok … on arrête là pour les démonstrations coquines, sourit-elle.
- Je comprends mieux où Castle va trouver son inspiration… souffla Lanie, arborant un sourire entendu.
Rationnel, Ryan se racla la gorge pour obtenir l'attention de ses amis.
- Bon alors ? on fait quoi maintenant ? demanda-t-il, soucieux mais motivé.
Les visages détendus, laissèrent place à la crispation et au sérieux.
S'il fallait en passer par là, ils se battraient, même si l'idée faisait écho à la peur de perdre l'un des leurs.
- L'idée de se retrouver ici est bonne, commença Kate, honnêtement je ne sais pas si je suis suivie, surveillée ou même si en ce moment quelqu'un ou quelque chose s'intéresse à moi … à part Castle.
Elle chercha son mari des yeux, pour lui adresser un sourire complice et amoureux.
- Je pense plutôt que ceux qui sont derrière tout ça, ne se focalisent pas sur moi pour le moment. J'ai fait attention à tout, je ne pense pas avoir été suivie, mais dans le doute, il vaut mieux s'abstenir de trop se montrer curieux… et ensemble.
- S'ils ne s'intéressent pas à toi, pourquoi être partie ? combien de notre temps ensemble étais-tu prête à leur céder Kate ? demanda Castle, blessé et étonné.
Rick, j'avais surtout en tête toutes les fois où tu t'es lancé à mes côtés sans te soucier des conséquences…
Elle le regardait, consciente d'avoir brisé le cœur de son mari, sans être sûre de rien.
- Une des premières choses que j'ai demandées à Vikram, a été de vérifier si nos téléphones n'étaient pas piégés. Il n'a rien trouvé, mais je ne sais pas combien de temps cela va durer.
- Vous pensez qu'ils ne sont pas dupes ? Qu'ils ont compris vos doutes par rapport au suicide de Hyde ? demanda Esposito.
Kate s'humecta les lèvres, en cherchant ses mots.
- Je pense qu'ils me connaissent. Qui que soit derrière Loksat, et quoique ce soit d'ailleurs, c'était proche de Bracken, et ils connaissent mon obstination.
- Ils ont sûrement suivi de près ta carrière depuis que tu as réussi à le mettre sur la touche, reprit Castle… ce qui veut dire qu'ils savent que tu es une potentielle menace pour eux.
Lanie s'approcha de son amie.
- Tant que tu ne les menaces pas directement, ils ne s'en prendront pas à toi… Kate …es-tu sûre de vouloir faire tout ça ? franchement, je sais l'impact que toute cette histoire a sur ta vie, mais aujourd'hui, tu es mariée, tu as été promue capitaine et la vie t'ouvre grandes ses portes…
Evidemment pensa Kate, Lanie ne pouvait pas vraiment comprendre. Après tout, cela ressemblait à une histoire de dingue, un suicide programmé.
- Kate ne pourra jamais être heureuse sans ces réponses là, Lanie, on est déjà passé par là… murmura Castle… alors on sera là… je serais là mais chacun peut encore faire machine arrière.
Il avait parlé en ajustant son corps contre celui de Kate, son torse contre son dos, une main sur son épaule, et de son bras libre, il avait enserrait sa taille.
Instantanément, l'émotion s'empara d'elle. D'abord parce que son corps allumait le feu, la réconfortait et la rassurait, et surtout parce que de quelques mots, il avait su démontrer à quel point son bonheur et le bien-être de son esprit comptaient pour lui.
Il s'oubliait, encore, en se rendant disponible pour elle, pour eux. Il mettait de côté son propre confort, ses propres envies, ses propres désirs… pour elle, encore une fois.
Elle savait qu'il espérait fonder une famille avec elle, dans un avenir qu'il aurait voulu déjà présent. Et avant ces nouvelles épreuves, elle se surprenait jour après jour à le désirer aussi.
D'un geste, elle attrapa le bras de son époux et le maintint contre elle, fermement, possessive.
- Lanie … je ne veux pas que toi …ou vous les garçons, pensiez que vous êtes obligés de me suivre dans cette histoire…même après ce que vous avez déjà fait ici… rien ne vous y oblige…
- Nous suivre, corrigea Castle
Elle acquiesça silencieusement, abandonnant définitivement l'idée de convaincre Rick.
Lanie regarda Kate dans les yeux, pensive et prenant note de ce qu'elle venait d'entendre.
- J'ai dit aux garçons que j'en étais, avant même de savoir de quoi il s'agissait… parce que je t'aime et que je suis ton amie, et même si je ne pense pas comme un flic, je peux t'être utile… et ma vie n'est pas des plus excitantes en ce moment, si tu vois ce que je veux dire, alors… plaisanta-t-elle.
Immédiatement Kate se mit en alerte.
- Lanie, ce n'est pas un jeu… tu dois comprendre…
- Rassure toi … j'ai bien compris. Mais si on veut y arriver, il va aussi falloir apprendre à se détendre… tant qu'on n'en sait pas plus, on ne doit pas s'interdire de vivre… ou avoir peur de tout et de rien…à quoi ça servirait de battre les méchants, si on devient des vieux aigris et frustrés, hein ?
Kate aimait Lanie pour ça. Son côté taquin qui avait le don parfois de l'agacer, parfois de la faire rire, parfois de la percer à jour. Mais toujours avec amour et respect.
- J'en suis aussi … je veux dire, toujours, sourit Ryan, et je crois que Lanie a raison. Si on agit trop bizarrement, on peut attirer l'attention, et c'est comme ça qu'on se mettra en danger. Il faut jouer sur nos atouts…
- Votre copain… Vikram… comment il peut nous aider Beckett ? demanda Esposito
- En fait, il travaille déjà sur quelque chose…
Elle se tourna vers Castle, mais réduisant déjà l'espace entre eux en passant son bras autours de sa taille.
- Michael Smith … je lui ai demandé de le retrouver…
- Michael Smith ?
- Il nous a aidé une fois… il en savait déjà beaucoup à l'époque, et je doute qu'il nous ait tout dit…
Castle réfléchit une minute. Michael Smith était un mystère, mais son aide avait été précieuse, pour ne pas dire indispensable. Sans son intervention, jamais ils n'auraient compris l'étendu de l'affaire du meurtre de la mère de Beckett.
Tout cela avait du sens, il espérait simplement que ce Vikram soit capable de déterrer un mort.
-C'est un début, décida Esposito. Alors on s'en remet à Vikram pour l'instant.
- Pour le moment, commença Kate, d'un air nettement moins enchanté, on doit continuer comme ça … je veux dire … Rick…
Elle le regarda dans les yeux et il sut.
- Tu ne peux pas rentrer avec moi… concéda-t-il déçu.
- Chéri… si j'étais sûre …
- Je sais Kate, murmura-t-il, un sourire triste aux lèvres.
Conscient de la peine que ressentaient leurs amis, Ryan parla d'une voix ferme et intransigeante:
- On fait ce boulot pour protéger des innocents et arrêter des meurtriers. On est bon dans ce qu'on fait, alors le point final, c'est nous qui le mettrons. Pas eux…on est tous d'accord… On va à a chasse aux méchants et on en sortira vainqueur.
- On va à la chasse au méchant, lui fit écho Castle, décidé et prêt à en découdre pour retrouver sa vie.
A contre cœur, elle avait à nouveau quitté son mari. Sauf que cette fois, tous savait que ce n'était que pour donner le change. Elle était partagée entre un sentiment de bonheur et une étrange sensation de vide.
Après avoir débattu de ce qu'ils savaient, de ce qu'il convenait de faire, de ce qu'il faudrait, tous s'étaient séparés selon des règles méticuleusement élaborées.
Dans le doute d'une possible surveillance, Kate avait quitté la pièce avant les autres. Si la vie avait été juste, elle y serait encore et le corps de Castle porterait les marques de son envie.
Mais la prudence était toujours de mise, malgré les retrouvailles sulfureuses.
Elle était euphorique à l'idée de bientôt le retrouver en tant qu'homme et mari, mais n'en perdait pas moins la notion du danger.
De retour chez Lanie, elle tournait en rond, attendant que son amie n'arrive, l'esprit très loin de cet appartement.
Tentant de faire le point sur ce qu'elle ressentait à cet instant précis, elle caressa délicatement l'alliance à son cou. Gage de son amour pour son mari, injustement délogé de son annulaire gauche, cet anneau lui redonnait l'espoir et la force d'affronter les épreuves.
Et à présent, le soutien de ses amis, l'amour de son mari, allaient la porter.
Rêveuse, elle plongea avec délice dans les souvenirs si chers à son cœur, les bras de son mari, ses baisers, la sensualité qui se dégageait de ses gestes amoureux… son corps qui l'appelait, insatiable, gourmand… elle se fondait en lui à chaque fois qu'ils faisaient l'amour.
Dans ses bras tout à l'heure, elle aurait souhaité avoir le temps de se repaître de lui encore une fois.
Elle se souvenait de leur première nuit ensemble, lorsqu'elle avait découvert le goût de sa peau et la sensation de la sentir en elle. Il avait été tendre et désireux de couvrir chaque parcelle de son corps de son essence. Comme s'il avait voulu s'imprégner de son grain, de son odeur, de son goût.
Elle en avait été ivre, elle en avait été affamée. La frustration et le désir si longtemps refoulés les avaient consumés, tant leurs sens étaient en éveil.
Elle se rappelait l'avoir dévoré, d'abord des yeux, puis de ses mains, et enfin de sa bouche.
Le sexe n'avait jamais été timoré pour elle, mais avec lui … il avait atteint une dimension inconnue et terriblement excitante.
Et son corps lui manquait. Faire l'amour avec lui, lui manquait. Et si elle avait pu se contenir depuis des jours sans trop en souffrir physiquement, les retrouvailles et les explications qui en avaient suivies, avaient libérées son besoin.
Kate se surprenait avec lui. Comment pouvait-elle être aussi dépendante physiquement et moralement d'un homme ? Dépendante de ses pulsions de femme ? Et le pire était que son obsession prenait vie en elle, au creux de ses reins et entre ses cuisses…
Elle allait devenir folle. De toutes les fois où, avant de se goûter, elle avait ressenti son désir naître, jamais il n'avait atteint un tel paroxysme.
Et l'abstinence n'étant guère dans leurs habitudes, son corps se manifestait en insinuant dans son esprit des images toutes plus torrides les unes que les autres.
Elle se sentait mourir par combustion sexuelle. Elle sourit à cette idée. Cela aurait plu à Castle, une théorie qu'il aurait sans aucun doute trouvée plausible.
Perdue dans ses pensées, elle entendit la porte d'entrée s'ouvrir.
Lanie était manifestement d'humeur heureuse, et taquine. Le sourire en coin qui ornait son visage, promettait une discussion forte intéressante mais sans doute légèrement inconfortable pour Kate, toujours en proie au désir.
- Ma chérie … je te raconte même pas la soirée entre filles que l'on va s'offrir… la regarda-t-elle, impitoyable et directe.
- Que tu voudrais t'offrir oui … tenta Kate, consciente que son amie avait assisté à des scènes qu'elle se refusait habituellement à raconter.
- Ne crois même pas une seconde que je vais te laisser t'en sortir comme ça… je te rappelle que sexuellement, en ce moment, si je veux grimper au rideau, je dois me contenter de lire des bouquins… et les plus torrides étant ceux de ton mari. Alors ne pense même pas te défiler…
- Lanie, je ne vais pas m'épancher sur ma vie sexuelle avec toi…
- Oh que si tu vas le faire Kate, trancha la légiste, sans lui laissait le moindre espoir.
Elle se débarrassa de sa veste, entraînant Beckett avec elle, en direction du salon.
- Je vais te dire exactement ce qu'on va faire, on va ouvrir une bouteille de vin, on va s'installer sur le canapé et tu vas tout me dire… et quand je dis tout, c'est vraiment tout… on est d'accord ?
- Du vin… je vais en avoir besoin je crois, céda Kate.
Excitée, Lanie prit la direction de la cuisine et en revint accompagnée de ce qui allait être son meilleur atout pour faire parler Kate.
Au bout du troisième verre, Lanie sut qu'elle allait atteindre son but. Faire parler Kate. Depuis plusieurs minutes déjà, elle voyait son amie avoir de plus en plus de mal à se dérober devant son insistance.
Elle s'en amusait et en était particulièrement fière, tant cuisiner Kate Beckett était loin d'être chose aisée.
- Alors…raconte moi … c'est toi qui est allée le voir ? Tu as fait le premier pas ?
Kate se sentait nerveuse et … saoule. Elle soupçonnait son amie de la resservir à son insu, tellement elle se surprenait à si peu tenir l'alcool.
- Lanie, pourquoi tu veux tellement savoir ça ? « je serais définitivement convaincue que les miracles existent si jamais elle lâche aussi facilement l'affaire… » pensa Kate.
Lanie la regarda, d'un œil vif et assassin. « Pourquoi elle, n'était-elle pas saoule ? » se questionna Kate mi amusée, mi intriguée.
- Sérieusement chérie ? tu gagnes du temps… mais je ne vais pas te lâcher.
« Au moins, c'est clair…Kate tu es mal embarquée là ».
- Je vais t'aider à formuler, si tu veux, annonça Lanie, plein de compassion non feinte mais terriblement amusée. Tu étais déjà bien émoustillée avant ta suspension, je m'en souviens bien … alors dis-moi ce qui a fait que tu te décides enfin à débarquer chez lui pour lui arracher ses fringues ?
- Lanie ? !
- Oh ça va Kate … je te connais, et je me doute que tu n'es pas adepte du sexe prout-prout. Ca a du être chaud et je veux savoir…tu me dois bien ça.
Directe et sans fioriture, Lanie porta son verre à ses lèvres, attendant la réponse de Kate.
- Je te le dois ? interrogea Beckett, intriguée.
- Et comment ! tu m'as caché pendant des semaines tes escapades sous la couette alors que depuis des mois, je te poussais dans ses bras. Donc, tu me dois de tout m'expliquer.
Devant la logique implacable de Lanie, Kate prit une gorgée de vin également, dans le but de se donner le courage de parler.
« Je dois être complètement saoule, c'est pas possible » …
- Ok alors … tu te souviens comment s'est terminé mon premier tête à tête avec Maddox ? … pendant tout le temps où j'étais suspendue à ce toit, je pensais à lui. J'étais sensée trouver une solution pour me sortir de là, et moi, je ne pensais qu'à lui.
Lanie buvait chaque parole, pas peu fière de parvenir à soutirer ce genre d'indiscrétions à son amie.
- Je luttais pour ma vie, et son visage, sa voix … tout me revenait… et surtout… je me suis rendue compte que plus jamais je ne pourrais m'expliquer avec lui… tu sais, on pense toujours avoir le temps… jusqu'à ce qu'on en ait plus. Et pour moi, j'y étais. Je n'avais plus le temps et pourtant, tant de choses à lui dire. J'ai remis à plus tard des centaines de fois… j'en ai eu des occasions, si tu savais …
- Oh mais je vais savoir… coupa la métisse en ne cachant même plus son euphorie.
- Quand Ryan et les renforts sont arrivés, je l'ai cherché des yeux... et je me suis rendue compte que même si j'avais frôlé la mort quelques minutes plus tôt, ce qui m'inquiétait c'était de ne pas le voir. J'ai eu peur de l'avoir perdu définitivement…
Elle laissa passer quelques secondes à l'évocation de ce douloureux souvenir.
- Continue… poussa Lanie, exaltée.
- Bref, Gates venait de me dire que j'étais suspendue, et je ne l'écoutais pas. J'étais déjà ailleurs. Je savais que je devais parler à Castle, je devais lui montrer mon cœur, je n'avais plus le choix …
- C'est passionnant tout ça … j'adore … continue !
- Lanie … il existe un endroit …
Kate s'était interrompue soudain … les balançoires … ce souvenir-ci était merveilleux. C'est ici que s'était passé tellement de bouleversements, tellement de confidences, tellement de prises de conscience … ces balançoires, leurs balançoires … si elle en parlait à Rick, elle était certaine qu'il adorerait l'idée de les acquérir un jour et de les installer dans un futur chez eux, au fond de leur jardin. L'idée la fit sourire, l'enchantait … elle la garderait à l'esprit… sait-on jamais…
- Je ne sais pas à quoi tu penses, mais ton sourire est très évocateur … reviens sur Terre… lui intima gentiment Lanie.
Ce soir, les confidences allaient pleuvoir, mais égoïstement, Kate décida de passer sous silence leurs balançoires … comme un jardin secret qu'elle protégerait jalousement.
- J'avais besoin de faire le vide, de me donner du courage pour lui parler… je savais que mes sentiments pour lui étaient fort que je ne voulais l'admettre jusque là …
- Tu m'étonnes … tu risques ta vie, tu as failli mourir et toi tu flippes de dire à un mec que tu craques pour lui… si c'était pas de l'amour ça …
Lanie avait le don de dire les choses simplement, mais d'une évidence telle qu'elles en devenaient faciles à assumer… ce qu'elle disait, était vrai. Elle avait plus eu peur que Castle ne la rejette, que de perdre la vie. Et cela allait même plus loin, si elle était vraiment honnête envers elle, ce qui l'obsédait durant tout le temps où elle pensait qu'elle allait mourir, c'était de savoir qu'elle n'avait pas parlé à Rick. Qu'elle ne lui avait pas confié ses sentiments. Elle allait mourir et cet homme envahissait son esprit.
- J'ai accepté mes sentiments à ce moment-là… et j'avais désespérément besoin de le lui dire.
Elle regarda Lanie, reprenant ses esprits. Elle se sentait ivre, mais à cet instant, elle n'aurait su si c'était à cause du vin, ou si c'était de Castle.
- Tu n'en as pas fini je crois… je veux que tu en viennes au croustillant.
- Lanie, tu es perverse et indiscrète, s'amusa Kate
- Non, je suis sans aucune vie sexuelle et j'ai besoin d'un peu de distraction … c'est différent !
Kate sentait l'alcool prendre possession de son habituelle réserve. Et la frustration des dernières semaines menaçait de causer sa perte.
Ses dernières inhibitions n'allaient pas tarder de voler en éclat, tant elle s'était obligée à vivre sous un voile ces derniers temps.
- Je vais te dire …
Lanie retint son souffle, comme dans l'attente d'une annonce qui aurait révolutionné le monde à coup sur.
- Quand je suis arrivée au loft …
Kate, volontairement, hachait ses phrases dans le but de se jouer de Lanie, qu'elle voyait littéralement suspendue à ses lèvres.
Elle sentait bien malgré tout qu'elle devrait y faire attention, parce que l'alcool aidant, elle pouvait se laisser aller un peu trop … et ce soir, elle ne pourrait compter sur son mari pour soulager l'excitation que cela pourrait susciter en elle.
- Je n'ai pas réfléchi et …
Elle baissa les yeux, perdue dans la contemplation de son verre, laissant s'écouler quelques secondes encore. Elle commençait à percevoir les premiers signes d'impatience de Lanie.
- Il ne s'attendait sans doute pas à me voir…
- Tu veux bien arrêter de faire ça s'il te plait ? racontes moi tout, ne m'épargnes rien…
Au comble de la taquinerie, Kate émit un petit rire d'entendement. Elle en avait déjà trop dit, et sa discrétion, sans parler de sa pudeur, étaient déjà largement entamées. Au diable les convenances !
- Quand je suis arrivée, franchement, au début je ne savais pas comment lui dire, mais en fait, sans le savoir, il m'a aidé … il m'a simplement demandé ce que je voulais… et je le lui ai dit … et montré ! …
Les mots faisaient leur effet … revivre ces instants magiques, les formuler à voix haute, réveillait son désir de Rick. Comme elle aurait souhaité être avec lui ce soir, et lui « arracher ses fringues » comme l'avait dit Lanie.
- Voilà, tu sais tout… conclut-elle en sirotant son verre.
- Tu plaisantes là ? s'estomaqua Lanie, tu ne m'as pas raconté la moitié de ce que je veux entendre !
- Tu es vraiment insatiable … et carrément folle, explosa Kate, ne cherchant plus à étouffer son rire… tu veux quoi ? que je te raconte ce qu'on a fait dans les détails peut-être ? comment et combien de fois on a fait l'amour ce soir-là ?
Kate se sentait s'effondrer dans la plénitude des effets de l'alcool. Elle s'amusait franchement et elle se promit de remercier Lanie pour ce moment de relâchement.
- Tu vois que tu comprends Kate …asséna la légiste, ne quittant pas des yeux son amie, la malice dominant l'excitation.
D'abord bouche bée, Kate tenta de se reprendre un tant soit peu.
- Je ne vais pas te raconter tout ça… lui dit-elle, dans un sourire enivré.
- Il a prit le temps de t'emmener dans sa chambre ou il t'a fait l'amour comme ça, directement par terre ?
Lanie ne se démontait pas. Ce soir, était le soir idéal pour soutirer tout ce qu'elle voulait de Kate, et elle se le promit, la nuit allait être longue.
- Puisque tu veux savoir…j'ai cru qu'il allait me faire l'amour contre la porte … mais il a gardé ça pour une autre fois, gloussa Kate, complètement ivre à présent.
- Donc ? la chambre ?
- Oui... se reprenant, Kate tentait de trouver les mots qui illustreraient à merveille les émotions qu'avaient réveillées en elle son futur mari… mais … JE l'ai mené à la chambre, murmura-t-elle, plantant son regard dans celui ébahie de Lanie.
- Ma chérie … plus tu m'en dis, plus je te place en tête du hit-parade de mes idoles…
- Il a été … doux … attentionné … prévenant …sauvagement viril parfois … je crois qu'il aurait pu me faire jouir rien qu'en me caressant …je te jure …ses mains sur moi … ça… m'électrisait ! …
Lanie n'en croyait pas ses oreilles… et franchement, les détails de la vie amoureuse et sexuelle de Kate commençaient à l'émoustiller un peu.
- Castle a un don pour ça… Kate ne s'arrêtait plus, pour le plus grand plaisir de Lanie. Déjà la première fois, j'avais l'impression qu'il était en adoration devant mon corps…
- A mon avis, c'était pas qu'une impression… ton mec te dévorait des yeux bien avant que tu ne fourres ta langues dans sa bouche…
- Lanie !
- Ne la joues pas prude avec moi, ma belle… on en est plus là, lui dit-elle en lui resservant un verre
- …et c'est mon mari, pas mon mec… lâcha Kate, ayant à cœur de rectifier l'appellation que son amie avait utilisé.
- Tu sais qu'il se dégage quelque chose de toi lorsque tu l'appelles « mon mari » ?...
Le soudain sérieux de Lanie avait déstabilisé Beckett. Le contraste entre l'excitation du moment et le sérieux de la remarque était vraiment saisissant.
- Ah oui ? qu'est-ce que tu veux dire ?
- Et bien … quand tu parles de Castle, on sent que rien de ce qu'il fait ou dit ne te rends indifférente. On sent bien le respect, l'amour, la complicité que vous avez tous les deux … Mais quand tu parles de lui comme étant ton mari … c'est encore plus frappant. C'est comme si cet homme était … ton graal … c'est vraiment flagrant…
- Mon graal … répéta Kate … et bien je peux te dire que je boirai à sa coupe jusqu'à la dernière goutte…
L'air mutin et coquin de Kate, la surprenait. Le sous-entendu n'en était un que pour les esprits chaste. Lanie, hébétée, regarda Kate, laissa les mots arrivaient au cerveau puis soudain, éclata de rire.
- Kate, tu es vraiment irrésistible quand tu es saoule … jusqu'à la dernière goutte hein ? tu m'étonnes qu'il soit prêt à soulevé des montagnes pour toi ! Jamais il n'aurait accepté de te perdre !
- Il ne m'avait pas perdu … un homme comme lui, franchement, je ne pensais pas que ça puisse exister…
Ne voulant pas trop s'éloigner, de peur de perdre l'ascendant qu'elle avait sur Kate pour obtenir ses confessions les plus intimes, Lanie resserra son étau :
- La première fois que vous avez fait l'amour, tu t'es dit quoi ?
- Je ne pensais pas vraiment tu sais … j'étais ailleurs, ce n'était pas mon cerveau qui prenait le dessus … enfin, je savais ce que je faisais et j'étais parfaitement consciente de tout … et surtout de tout ce qu'il me faisait ressentir… je crois que si je me suis dit quelque chose, c'était tout simplement que j'étais incroyablement bien dans ses bras …
Ses sens en éveil lui intimaient de se reprendre… mais ce soir, alors que sa vie avait prit un tournant dramatique quelques jours plus tôt, elle ne souhaitait pas penser, juste profiter.
Dehors, la guerre faisait rage, mais ce soir, elle se sentait en sécurité, réconfortée par les souvenirs précieux qu'elle avait forgés avec son époux.
- On a très peu parlé cette nuit-là … mais tout son corps parlait pour lui… et mon dieu, Lanie … il s'exprime à merveille …
- Plus ça va, et plus je me demande laquelle de nous deux va finir sous une douche froide en premier…
- Faire l'amour avec lui, c'est comme découvrir ce que c'est que faire l'amour... c'est juste... grisant et magique... il fait des étincelles sur mon corps avec ses mains, ses doigts, ses lèvres, sa langue...
- Stop,ok ... j'ai compris ... tu es en train de me dire que tu as épousé le fantasme de toutes les femmes?
Pour la première fois de la soirée, Lanie laissa s'écouler quelques secondes. Puis soudain:
- Je prends la douche en premier !
Kate sourit tendrement … et la raison de ce sourire ne faisait aucun doute. Penser à Rick la mettait en émoi… l'alcool, la frustration, l'abstinence, la peur, et l'extrême bonheur qu'elle avait ressenti en le retrouvant ce soir, tout se mêlaient, et tout s'accordaient à décupler son désir… il faudrait absolument qu'elle voit Castle très vite, parce que son corps le réclamait si fort, que c'en était douloureux.
Elle regardait le comprimé fondre au fond de son verre et le seul bruit que faisait l'effervescence lui faisait dire que cette journée serait interminable.
Comment en était-elle arrivée à se mettre dans un tel état ?
D'ordinaire, elle supportait plutôt bien l'alcool, mais d'ordinaire, elle savait précisément combien de verres elle buvait et surtout, son état psychologique et physiologique n'était pas bas à ce point.
- Tu as abusé de la boisson ma belle ? demanda une Lanie, amusée et toute fraîche.
Kate la regarda, son instinct aguerri de flic en alerte.
- Tu m'as fait boire… dit-elle simplement … tu m'as saoulé pour me faire parler.
Lanie accueilli son ton faussement accusateur d'un haussement d'épaule.
- Tu as bu, nuance… et je ne t'ai pas obligé à me confier tous tes torrides petits secrets.
Elle jouait sur les mots et sa franche mauvaise foi lui aurait valu les pires remontrances …d'ordinaire. Là Kate semblait entendre mais sans pouvoir analyser.
- Pourquoi toi tu sembles être aussi fraîche ? se lamenta-elle, en enfouissant son visage dans ses bras, posés sur le bar de la cuisine de la légiste.
- Parce que moi, contrairement à toi, je n'ai pas abusé.
Kate se releva soudain…et le regretta aussitôt.
- Tu te fous de moi ? s'emporta-t-elle, médusée.
Au début, Lanie pensait pousser la plaisanterie au comble de l'ironie, mais devant l'état de son amie, elle déposa les armes.
- Ok, d'accord Kate … peut-être que j'ai un peu forcé la dose pour chacun de tes verres…
- Un peu ? Mon dieu Lanie, j'ai l'impression d'avoir un nid d'abeilles dans le crâne…
- Tu devrais soumettre l'idée à ton écrivain de mari, je suis sûre qu'il nous pondrait une histoire de dingue avec ça … A ce propos …
Lanie entrait en mode curieuse, et Kate ne vit pas ça d'un très bon œil… à fortiori au sortir d'une cuite particulièrement sévère.
- Tu as trouvé le sommeil, malgré le souvenir de tes frasques coquines ?
« Hors de question que tu m'emmènes sur ce terrain là ». Kate compta les secondes et se saisit de son verre. D'un trait, elle en avala le contenu, dans une grimace très éloquente.
- Tu sais que je suis sensée aller travailler ce matin ? … il est hors de question que tu racontes notre soirée aux garçons, c'est clair Lanie ?
Son ton se voulait menaçant, en réalité, il sonnait comme une requête plaintive, tellement sa voix manquait de fermeté. Néanmoins, en bonne amie, Lanie ne voulait pas la torturer davantage, et elle lui devait bien de garder pour elle les détails croustillants de la veille.
- Ne t'en fais pas, je ne dirais rien.
- A Castle non plus … insista Kate.
- Je crois qu'il est déjà au courant de tes petits secrets intimes tu sais ? …
Lanie jouait et ça agaçait Kate. Au moins, elle aurait voulu lui faire croire.
Peine perdue, son amie continua :
- Quand même… quand j'y pense, tu ne dois vraiment pas t'ennuyer au lit…
- Oh Lanie …. Je n'aurais jamais du te raconter tout ça… murmura Kate, la tête cachée dans ses mains
- …et sans doute partout ailleurs ! continua-t-elle
- J'espère que tu as bien profité d'hier parce que plus jamais…
- Je ne vais rien dire … je vais juste regarder Castle différemment maintenant, et je te parle pas des scènes de sexe dans ses livres que je vais m'empresser de relire…après tout, après hier, elles prennent un sens tout particulier… coupa Lanie, fidèle à elle-même.
Kate leva les yeux vers elle, inquiète… le petit clin d'œil de Lanie, et son sourire taquin n'annonçait rien de très bon, mais elle se sentait trop mal à cet instant pour affronter sa meilleure amie de front.
- Plus jamais je n'accepterais de boire un verre avec toi…
- Ce serait bien dommage, s'esclaffa Lanie, tu es plutôt marrante et diablement sexuelle quand tu bois, et franchement, tu combles tous mes désirs avec tes histoires coquines !
La douche lui avait fait du bien. L'eau chaude sur sa peau lui avait remis un tant soit peu les idées en place. La douleur du matin s'estompait, et seule une légère nausée persistait.
Arrivée au poste, elle tenta de paraître aussi professionnelle qu'elle se le devait, tout en luttant contre l'envie de saluer les garçons comme elle l'aurait fait normalement, avant le chaos. La récréation de la veille était finie, et à nouveau, elle devait être sur ses gardes.
Elle leur fit un signe de tête classique et courtois, et se félicita d'apercevoir Vikram dans le bureau de Tori.
« Au moins, j'aurais pas à te courir après ». Elle devait rapidement faire le point avec lui, recouper toutes les informations qu'il avait déjà pu obtenir et pour avoir l'impression d'avancer enfin.
Et surtout, elle devait voir Castle.
Ce matin, elle avait éludé la question de Lanie à son sujet, mais hier, son corps avait été mis à mal. Que le désir physique puisse faire mal à ce point, c'en était irréel. Elle venait pourtant de le découvrir.
Bien sûr, elle l'avait désiré désespérément fort à plusieurs reprises mais jamais autant qu'en ce moment.
Peut-être la pression, la situation, la peur et le danger… et aussi les réminiscences de ces souvenirs heureux, ses confessions auprès de Lanie et surtout … surtout … Castle.
Dire qu'il lui manquait été un doux euphémisme tellement elle le sentait déjà sur elle, en elle, alors même qu'il n'était pas là.
Elle repensa à Lanie… elle allait la tuer … son amie l'avait fait boire et l'avait incité à lui parler de son intimité avec Rick … et dans cet état de manque, ce n'était vraiment pas ce qu'il lui fallait.
Parler à Vikram, et parler à Castle. Deux objectifs, deux conséquences radicales différentes, mais deux nécessités. Le premier étant, elle l'espérait, la clé pour ne plus avoir besoin d'édifier des stratagèmes pour assouvir le second.
Le brouillard toujours présent et bien logé dans son cerveau. Elle prit la direction de la salle de repos pour se servir un café bien noir, qu'elle voulait réparateur.
Un instant, elle ferma les yeux pour appréhender au mieux la journée.
Entre son mal de tête qui menaçait de revenir, l'invisible danger et la frustration, arriver au soir sans craquer ne serait pas une mince affaire.
C'est son odeur qui la sortit de sa torpeur. Son parfum qu'elle aimait tant respirer, le visage niché dans son cou.
« S'il me touche, c'est foutu ».
- Vous souhaitez remplacer mon café Mme Castle ? murmura-t-il, visiblement à nouveau dans son rôle de mari séducteur et obstiné à la reconquérir.
Involontairement, elle sourit, toujours dos à lui, décidée à ne pas lui concéder la victoire trop vite. Il s'agissait pourtant bien de victoire, désormais, elle n'aurait pu le tenir à l'écart et se blottir dans ses bras était bien son intention, dès qu'un moment opportun le leur permettrait.
Lentement, il s'approcha, et une seconde de panique s'empara d'elle. « Pas trop près Rick, surtout pas trop près… ».
- Je vous en prie … prenez plutôt le mien… il est plein de promesses… sucrées et délicieuses…
Il s'était accolé à son dos, sans la toucher, mais pire peut-être pour elle, la frôlant. Lentement, il avait passé son bras droit devant elle pour lui présenter le gobelet.
De son autre main, à l'abri des regards, il avait légèrement caressé son bras gauche, juste un instant, mais un instant suffisant pour qu'il en ressente le frémissement de sa femme.
La scène n'avait pas duré, sitôt qu'elle s'était saisie du gobelet, il avait repris des distances plus conventionnelles.
Mais ce bref instant accentuait les marques du manque en chacun d'eux.
Et surtout cette fois, son doigt s'était égaré sur l'alliance de son époux.
Elle se tourna pour lui faire face, et ne put s'empêcher de sourire à nouveau. Ces moments pouvaient aussi avoir du bon, il la séduisait, elle en était très réceptive, et cela augurait des retrouvailles particulièrement torrides.
- Rick… merci pour le café… et pour le reste…
- Mais le plaisir est pour moi… tout le plaisir…
Ne la quittant pas des yeux, Rick tentait de se maîtriser au mieux, mais l'avoir senti si près de lui, sa chute de rein, ses fesses si proches de son bassin, l'avait excessivement réveillé.
Son petit manège s'était retourné contre lui, et la vision de sa femme si belle face à lui, le galvanisait.
- Tu sembles un peu fatiguée… une longue nuit ? un interrogatoire peut-être ?
Elle se figea. Avait-il parlé à Lanie ? Son amie avait promis de ne rien dire, mais elle connaissait aussi les talents inquisiteurs de Rick, et s'il avait eu un soupçon quelconque, il aurait tenté de creuser la question.
- Un interrogatoire ? … non je ne vois pas de quoi tu parles… tout s'est bien passé hier…
- En fait … je pensais à une affaire qui t'aurait bien occupé, mais j'ai l'impression que cela n'a rien à voir …
Prise à contre-pied, elle n'avait rien vu venir. Elle était tellement focalisée sur lui et la conversation de la veille, qu'elle n'avait pas suivi à la lettre les règles qu'ils s'étaient tous fixés : en dehors du bureau de Rick, elle avait quitté son mari et personne ne savait vraiment pourquoi. En dehors de son bureau, lui continuait son petit jeu avec elle et elle, le repoussait. En dehors de ce bureau, ils n'étaient pas heureux et ne devait pas sourire bêtement. Ce dernier point avait été soufflé par Lanie, juste avant qu'elle ne sorte du bureau, dans un dernier regard amoureux vers son mari.
Elle se reprit et tenta une nouvelle approche :
- Castle, j'ai du travail… et tu ne peux pas continuer à venir au poste comme ça. Tu as un roman à écrire, tu te souviens ?
- Ne t'en fais pas pour ça, ça avance… dit-il, et quant à ma venue ici, je ne peux vraiment pas me passer de te voir, donc à moins que tu ne rentres à la maison, je reviendrai ici tous les jours pour contempler ton corps parfait et profiter pleinement de nos délicieux … partages …
« Tu es intraitable … Tu n'es pas fils d'actrice pour rien » pensa Kate, mi amusée, mi soucieuse de bien savoir donner le change désormais.
- Je ne vais pas rentrer Castle … « c'est surréaliste, bien sûr que je veux rentrer »
- Pour l'instant Kate… pour l'instant…
Depuis toujours, un regard en disait souvent plus long que les paroles, et en cet instant, Beckett s'efforça de faire passer tous les élans que son cœur promettait à son mari.
- Votre café va refroidir Mme Castle… lui dit-il prévenant.
Lentement, il abaissa les yeux vers le gobelet, son regard insistant éveilla un intérêt soudain en Kate.
Plantée dans ses yeux, elle tenta de masquer un sourire amoureux avant même de savoir.
- A très vite ma chérie …
Il la laissa seule dans la pièce, salua les gars d'une main et disparut dans l'ascenseur.
Elle l'avait suivi du regard, l'accompagnant comme pour ancrer son image au fond de son cœur, puis lentement regarda son gobelet.
Une simple inscription au stylo fit exploser son cœur en émoi.
« Rejoins-moi ce soir … envie de toi…terriblement …Always »
Elle se sentait chavirer. Elle se sentait transporter. Elle se sentait hypnotiser par le pouvoir que les mots de son mari avaient sur elle.
Si elle ne se savait pas tellement amoureuse de lui, elle aurait succombé sur le champ.
De tous les hommes qu'elle avait connus, Rick était le plus imprévisible.
Il savait la surprendre, comme il avait su comment l'aimer le premier soir.
Il savait la combler tant par l'esprit que par le corps.
Il était passé maître dans l'art de la satisfaire et dans celui de la faire s'impatienter.
La matinée commençait à peine et déjà l'urgence atteignait son paroxysme.
Tenir encore une journée complète allait lui demander force et volonté. Son état ne l'aiderait certainement pas, et les restes de la veille alourdissaient son fardeau.
Fermant les yeux pour se redonner une convenance, elle expira longuement, espérant chasser au loin quelques pensées délicieusement implantées dans son esprit. Ces mêmes idées qui se répercutaient au creux de ses reins et la faisait fondre d'envie.
« Vikram. Je dois parler à Vikam » pensa-t-elle décidée.
L'impatience le tuait. Avoir attendu des heures dans son bureau, l'avait une nouvelle fois mis à l'épreuve.
Lorsqu'il avait quitté le poste, il était d'abord rentré au loft, où Alexis l'attendait.
S'en était suivi une conversation père-fille particulièrement difficile à gérer pour lui, étant donné son état général d'excitation.
Il était face à un problème de taille, mauvais jeu de mot qu'il se notait mentalement de dire à Kate.
Alexis s'inquiétait pour lui, Kate le lui avait dit la veille, et il le constatait à présent.
Que devait-il faire pour atténuer les inquiétudes de sa fille ? Continuer à jouer ce jeu que la vie leur imposer ? Ou la mettre dans la confidence ?
Il se promit d'en parler à Kate ce soir, mais pas avant d'avoir éteint les feux qui s'étaient déclarés un peu partout dans son corps … ces mêmes feux qu'il savait être en possession du corps de Kate.
Il avait ensuite essayé d'écrire, mais seule des scènes torrides et terriblement érotiques lui traversaient l'esprit et bien que Nikki ne soit pas prude, il ne pouvait uniquement baser un roman sur le sexe.
Néanmoins, dans le seul but de vérifier la nature réaliste de ces scènes bien entendu, il ne se ferait pas prier pour les mettre en pratique, et dès ce soir si possible.
Puis enfin, après plusieurs heures infortunes, il se décida à quitter le loft pour s'installer à son bureau et y préparer la venue de Beckett.
Et désormais, il attendait. Il n'avait pas précisé d'heure, mais estimait qu'elle serait là d'ici quelques minutes. Il était encore tôt mais il avait senti la même impatience dans les yeux de Kate, sur son corps et dans ses sourires pleins d'espièglerie.
Ce soir, il avait mal de désirer sa femme. Tellement qu'il ne savait comment il ferait pour ne pas lui sauter dessus immédiatement sans préambule.
Avant qu'ils ne se goûtent, ils leur arrivaient souvent de se chercher, de provoquer une réaction chez l'autre, lui aimait la mettre mal à l'aise face à ses sous-entendus, elle, d'un mot était capable de le scotcher, laissant dans son esprit des idées pas très catholiques.
C'était ainsi qu'ils s'étaient apprivoisés, et ainsi qu'ils avaient fait grandir, sans doute inconsciemment au début, une envie de plus.
Mais aujourd'hui, ils étaient mariés, et même si le jeu aurait été plaisant en d'autres circonstances, il en était cruel tant il était lié de près à un danger inconnu et complètement incertain.
Lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir, sans autre forme de politesse, son cœur vacilla.
Kate était venue et manifestement, ses intentions ne laissaient absolument pas place au doute.
Le temps s'arrêta, lui debout de l'autre côté de la pièce, elle dans l'encadrement de la porte.
Sa première pensée lucide fut pour se dire à quel point elle était belle. Une femme superbe, dont il était fou amoureux.
Un doux et merveilleux sourire naquit sur son visage, et il en perdit pied. Elle allait le tuer, rien qu'en le regardant comme elle le faisait à l'instant, rien qu'en faisant naître en lui les plus belles des émotions.
Alors qu'elle avança d'un pas, il reprit suffisamment ses esprits pour ouvrir le sas au fond du bureau.
En se tournant à nouveau vers elle, successivement, il lut sur son visage son étonnement, la compréhension et enfin l'urgence. La tension sexuelle semblait à son comble, et il faudrait des heures probablement pour l'assouvir complètement.
- Mme Castle … je ne vous attendais pas … commença-t-il d'une voix qui se voulait séductrice et aguicheuse.
« Quoi ? » fut la première pensée de Kate, « tu vas jouer là ? oh non… »
Sans plus attendre, et bien décidée à ne pas laisser son désir la consumer davantage, elle se précipita vers lui, lui attrapa la main et l'entraîna à l'intérieur.
D'abord surpris un bref instant, Castle se précipita à sa suite. Presqu'au pas de course, il la rejoint dans le sas, et d'une main le referma.
Souvent il aimait laisser Kate prendre le dessus, il adorait quand elle se voulait entreprenante.
Sa fierté d'homme était gonflé à bloc à la vue de cette femme si belle, si désirable, si… si tout à ses yeux … comme à chaque fois qu'elle lui démontrait son envie de lui.
Mais là… jamais Kate ne s'était montrée si impatiente, si possessive et surtout si animale.
De toutes les fois où ils s'étaient aimés, après quelques jours sans faire l'amour, l'excitation n'avait jamais atteint de tels sommets.
Lorsqu'il avait disparu, ils n'avaient pas refait l'amour immédiatement à son retour, mais ils étaient ensembles. Frustrés sexuellement, mais ensembles, et amoureux.
Là, ils se devaient de jouer une comédie terriblement dangereuse et les corps réclamaient à présent leur du.
A peine à l'intérieur, elle s'était jetée sur lui. Littéralement.
Elle était feu et lui l'eau dont elle avait désespérément besoin.
Plaqué contre la porte, le corps de sa femme collé au sien, Castle subissait ses assauts amoureux.
Comme un remake de leur première fois. Comme si Kate, inconsciemment ou non, rejouait la scène, mais cette fois, à la différence de ce merveilleux moment contre la porte, c'est elle qui prenait les choses en main.
Dans l'esprit de Rick, cette dernière pensée lui brûlait terriblement le bas ventre.
Passée la surprise, ses bras retrouvèrent le corps de Kate. Ses mains sur son cou, la maintenaient à sa merci. Ses mains à elle, frénétiques et urgentes, passaient de ses cheveux à son torse, de ses fesses à ses avant-bras auxquels elle s'accrochait.
- Mme Castle… vous oubliez la discrétion, lui dit-il contre ses lèvres, dans un souffle rauque, transit de désir…
Pour seule réponse, Kate leva les yeux vers lui, noir d'envie, partagée entre l'urgence à satisfaire et son exaspération face aux paroles trop prévenantes de son époux.
D'un regard aguicheur, et lourd de sens, elle fondit à nouveau sur ses lèvres.
Pas de prévenance, pas de concession, ce soir rien ne devait se mettre en eux, elle ne le permettrait pas et lui, tuerait pour assouvir leurs désirs.
Exalté par le regard de sa femme, Rick inversait les rôles, et la plaqua à son tour contre la porte. A sa merci, Kate s'accrocha désespérément à ses épaules, tira sur son col comme pour se frayer un passage pour atteindre sa peau.
D'une main, elle tenta de déboutonner sa chemise, de l'autre, tenait fermement Rick par le cou, l'attirant à elle.
Elle avait l'impression que tout hurlait dans sa tête, à peine un bouton céda, qu'elle l'aurait voulu torse nu.
C'était trop lent, c'était trop rapide, c'était brouillon, leurs mains ne restaient pas en place, rien de romantique, rien de doux, juste deux êtres ensorcelés, brûlants et déchainés.
Les cœurs s'embrasaient, les corps se liquéfiaient.
Les lèvres se dévoraient, les mains s'emprisonnaient.
D'un mouvement du bassin, Rick raffermit sa prise sur elle, resserrant l'étreinte, ne laissant pas la moindre possibilité à Kate de pouvoir prendre le dessus.
Loin de s'en plaindre, elle suffoquait par manque de lui, alors qu'il était omniprésent sur son corps.
Comme insatisfait, Rick cherchait encore et encore à la posséder. Ses mains sur ses hanches, il tira sur son haut pour avoir un accès à sa peau, qu'il s'appropria immédiatement.
Sentir les mains de Castle sur elle, l'échauda. Ses reins accueillaient avec plaisir la chaleur de son époux, tandis que de ses mains, elle parvint enfin à vaincre les derniers boutons de sa chemise et libéra enfin son torse.
Elle plongea sur sa peau, baisa son cou, ses épaules… et fut forcée de céder sous les assauts de Rick, lui laissant libre accès à son propre cou.
Un déluge de baisers et de caresses constituaient leur champ de bataille. S'obligeant mutuellement à s'abandonner à l'autre, le temps de satisfaire leurs propres besoins, d'aucun ne semblait être en mesure de d'imprimer un rythme à leurs ébats.
Pour l'instant, la soif de leurs peaux devait être tarie, et le goût de l'autre devait les nourrir.
Fermement, Rick posa ses mains sous les fesses de Kate, la rapprochant encore de son corps qu'il ne maîtrisait plus. Sous la dominance de son mari, elle poussa son bassin à sa rencontre, rencontrant la dureté de son sexe.
Il la souleva pour raffermir son emprise, elle gémit longuement des conséquences. Ses jambes l'entourèrent sans répit, son torse subissant les griffures incontrôlables et involontaires de Kate.
La tête de Rick enfouit dans son cou, sa bouche qui la faisait sienne, sa langue qu'elle sentait se poser là où ses lèvres la menaient, la pression qu'il exerçait contre son sexe, le sentir si fort, si dur, si viril … elle allait exploser, elle allait succomber…
Il la porta difficilement, l'excitation à son comble et les assauts répétés lui faisaient perdre la tête et il en perdait la notion de l'espace.
Il recula jusqu'à heurter un bureau derrière eux. Il s'appuya contre un instant, dévorant Kate et endurant la hargne de ses baisers.
Quelques secondes de faux répit, avant de se retourner et d'y déposer sa femme.
Autoritaire, il s'appuyait contre elle, alors qu'elle se laissait aller légèrement en arrière pour accueillir au plus près son corps.
Sans prévenir, elle plaqua sa main droite contre le sexe de son mari, le caressant sous le pantalon.
- Oh … Kate …murmura-t-il, fou de désir.
Dans un râle, Rick releva les yeux vers elle et attaqua ses lèvres. La violence du geste lui faisant perdre la tête, elle lui prit le visage en coupe, comme si aucune pression n'était assez pour elle.
Rick tira sur son haut, et de ses mains expertes, lui retira complètement. Ils étaient à présent peau contre peau et ils se consumaient d'en vouloir encore plus.
Elle se laissa complètement aller en arrière, attirant Rick contre elle et pour la première fois depuis ces précieuses minutes, sembla se calmer et vivre pleinement l'intensité du moment.
Respirant les caresses de son époux, se nourrissant de ses baisers et de sa fougue.
Rick, la tête à présent enfouie entre ses seins, se perdait, s'enivrait du grain de sa peau.
D'une légère pression, ses mains la ramenaient à lui, et elle se releva pour poursuivre cette guerre des sens.
Si elle s'était calmée, elle était à nouveau déchainée.
Pendant que Rick dégrafait son soutien-gorge, elle s'attaqua au bouton de son pantalon.
Elle se retrouva la poitrine exposée, mais déjà des mains viriles enfermaient ses seins.
Dire que le matin même, les contacts étaient soigneusement calculés… là les échanges étaient parfaitement libérés.
S'acharnant sur son pantalon, elle résistait à délaisser les boutons pour à nouveau le caresser.
Mais sitôt qu'ils fusent détachés, elle glissa sa main dans son boxer et referma ses doigts sur son sexe dressé.
Rick n'en pouvait plus. Lorsque sa femme le maintenait sous sa coupe, il était l'homme le plus heureux du monde et subir les foudres du désir de Kate, était ce qui se rapprochait le plus pour lui du paradis.
Sauf que là, il n'avait pas le temps de la laisser dicter leurs ébats. Là, il avait un besoin animal de la faire sienne.
Là, il la voulait si fort que la caresse continue de Kate menaçait de le faire jouir.
Elle connaissait bien son mari, les signes des limites bientôt atteintes se faisaient ressentir, mais volontairement continuait sa caresse, tout en lui dévorant les lèvres.
- Kate … tu vas me faire jouir… murmura-t-il à bout de souffle
Comme possédée, elle se sentait ivre de lui.
Elle relâcha enfin la pression, le temps de l'aider à baisser son pantalon, puis son sous-vêtement.
Castle tenta de s'en défaire complètement tout en maintenant sa femme par la taille, lèvres occupées à sucer le mamelon de son sein.
- Rick … gémit-elle… mon pantalon … s'il te plait … une plainte au milieu des gémissements.
Il la libéra un instant, mais juste le temps de se dévêtir.
Sans crier gare, il la reprit dans ses bras, le corps tout juste dénudé.
Elle était en feu, il devait la prendre sur le champ parce qu'elle aussi été proche de céder …
Et pourtant, il la surprit en la saisissant par la taille, la retournant dos à lui.
Surprise par le mouvement inattendu, Kate posa ses mains à plat sur le bureau, savourant les baisers de Rick sur sa nuque, ses mains fermes sur son ventre, et son sexe dressé contre ses fesses.
C'était dément, c'était bestial, c'était un besoin torride et hystérique qu'ils tentaient d'assouvir.
Elle sentait ses dents sur sa peau, ses mains qui la pressaient, son sexe impatient.
Lorsqu'ils faisaient l'amour ainsi, elle aimait la douceur de son mari, qui savait exactement lui prodiguer les caresses qui l'éveillaient.
Mais là, elle savait qu'il avait un besoin maladif de la posséder, et elle se languissait de le sentir en elle, et jamais encore cette position n'avait été adoptée de façon si primale.
Et elle se surprit à s'en ressentir encore plus excitée.
Soudainement, il s'éloigna légèrement, les mains ancrées sur ses hanches. Elle devinait le regard fou qu'il devait porter sur sa chute de reins.
Et gémit de plus belle, lorsqu'il se baissa pour être à hauteur de ses fesses, qu'il baisa sensuellement.
La tête dans les étoiles, elle cria de plaisir lorsqu'elle sentit la langue de Rick s'insinuait en elle, puis lapant son sexe, pour se réintroduire à nouveau. Encore et encore.
Il allait lui faire perdre la tête, comme elle avait failli la lui faire perdre plus tôt.
Il se vengeait des caresses qu'elle lui avait fait subir et tous deux en prenaient un plaisir surdimensionné.
Emportée, Kate tendit la main pour maintenir la tête de Rick, ses doigts dans ses cheveux, s'enivrant de ces sensations insensées.
- Oh Rick… j't'en prie … viens …
Elle ne tenait plus… comme lui plutôt, elle se sentait partir et comme lui plutôt, elle le voulait en elle pour atteindre leur orgasme.
Après une dernière caresse, il se redressa tout en picorant son dos de baisers.
Il revint à elle, à son cou, se positionna au plus près de son corps, son dos contre son torse, son sexe à l'orée de leur source de plaisir.
Dans une position presque inconfortable, Rick chercha les lèvres de Kate.
Il l'embrassa passionnément et tendrement, en parfait contradiction avec la frénésie qui les avait habité depuis leurs retrouvailles quelques minutes plus tôt.
Le baiser doux et amoureux accompagna la lente poussée de Rick pour s'introduire en elle, libérant un gémissement simultané.
La tendresse retrouvée, Castle regarda son épouse, et commença à se mouvoir en elle.
Comme pour graver à jamais ses instants dans leurs mémoires, les deux amants ne se quittaient pas des yeux.
Imposant un rythme d'abord lent et langoureux, Rick enfouit son visage contre l'épaule de sa femme. Il la tenait virilement contre lui, caressant son ventre de ses pouces, passant sur ses seins, revenant à ses côtes.
Kate le ressentait partout en elle et sur elle. Elle le voulait profondément, elle le voulait entier.
Elle ondulait son bassin, accompagnant chaque mouvement de Rick, gémissante et brûlante de plaisir.
Quand elle n'y tint plus, elle porta une main derrière elle, qu'elle posa sur le ventre de son époux, apposant une légère pression.
De ce geste, il comprit qu'il était temps pour eux de s'envoler ensemble vers les cieux qui leur étaient promis.
Il l'a libéra de son étreinte, afin qu'elle se tourne face à lui, et amoureusement, elle se saisit de son visage en remontant ses jambes pour lui enserrer la taille.
Ils s'embrassèrent passionnément, alors qu'il s'introduisait à nouveau et cette fois, et accéléra le rythme.
L'instant arrivait, la lumière allait jaillir et pour rien au monde, ce soir, Kate n'aurait voulu jouir sans regarder dans les yeux son mari.
Le calme après la tempête… et quelle tempête ! Un ouragan de passion qui aurait tout détruit sur son passage.
Depuis quelques minutes, Rick et Kate reposaient enlacés sur le canapé qu'avait fait installé Castle, « juste au cas où », comme il l'avait si bien laissé entendre à sa femme, quelques semaines auparavant.
A l'époque, elle était loin de se douter qu'un jour, elle vénérerait cette pièce d'être le seul endroit suffisamment sécurisé pour qu'ils se retrouvent et s'abandonnent au plaisir de la chair.
Dos à Castle, la tête reposant sur son bras gauche, Kate reprenait ses esprits, s'imprégnant de chaque caresse dont il avait le secret.
De sa main libre, il faisait jouer ses doigts tendrement, de son épaule à sa hanche, s'égarant de son ventre à ses seins.
La douceur de ses gestes avait le don d'hypnotiser Kate, et pour rien au monde elle n'aurait souhaité être ailleurs.
Quelques heures auparavant, ils avaient enfin pu laisser libre cours à leur passion et leurs envies s'étaient manifestées sans relâche, jusqu'au bord de l'épuisement.
Après avoir fait l'amour sur ce bureau, Kate s'était laissé aller dans ses bras, le serrant au plus fort, comme si le fait de le toucher pouvait graver la sensation de sa peau en elle.
Murmurant des promesses d'amour, Castle s'était accordé le temps de ressentir sa femme contre lui, déposant des baisers, auxquels s'était liée sa langue, qui se voulait possessive.
Son cou, sa clavicule l'incitaient à découvrir encore et encore chaque infime parcelle de son corps.
L'orgasme précédent avait été tellement fort, qu'il en était étonné d'avoir toujours autant envie d'elle.
Il avait libéré une furieuse envie de la posséder, et avait aimé la réceptivité de Kate.
Il avait alors délaissé son corps pour s'approprier ses lèvres, et le ballet amoureux avait rapidement repris un rythme incontrôlable.
Cette seconde fois, ils avaient fait l'amour comme si leurs vies en dépendaient. Comme si cette seconde fois pouvait être la dernière. Et à nouveau, l'urgence s'était fait sentir.
Ce bureau aurait peut-être pu ne jamais se remettre des assauts désespérés des deux amants, mais finalement, ce témoin inattendu semblait prêt à les accueillir une autre fois.
A bout de souffle, et manquant de force, tant l'exercice avait été incroyablement puissant, ils avaient finalement échoué sur le canapé.
Quelques minutes avaient pourtant suffit pour que Kate ne ressente à nouveau le besoin de le sentir en elle. Entreprenante, elle avait fait d'une simple caresse sur son torse, un appel au plaisir, en la prolongeant sur son bas ventre, puis sur son sexe. Elle avait capturé ses lèvres, et de ses doigts, entreprenait un voyage de ses testicules à sa virilité. Rapidement, la fièvre s'était à nouveau emparée d'eux, et cette fois, ils avaient fait l'amour tendrement, prenant le temps de savourer leurs corps et leurs émotions.
Et là, désormais, délaissant le monde extérieur, le silence avait succédé au chaos des gémissements et bruits de baisers effrénés.
Le visage enfoui dans son cou, Rick respirait son odeur et parvenait enfin à éclaircir ses idées.
Kate fermait les yeux, la main gauche liée à celle de son époux, tandis que la droite reposait sur son bras droit, accompagnant ses caresses.
Reprenant possession de ses esprits, il commençait à ressentir un sentiment de honte, mêlé au bonheur incomparable de tenir enfin sa femme dans ses bras.
- Je suis désolée Kate … murmura-t-il
Elle ouvrit les yeux, presque choquée de cet aveu. Inquiète, elle le questionna.
- Pourquoi tu es désolée mon cœur ?
- Je voulais tellement te faire l'amour… j'avais tellement envie de toi … je pensais me maîtriser… je voulais que ce soit lent … qu'on prenne notre temps … là, c'était juste…
- Exactement ce dont on avait besoin tout les deux, le coupa-t-elle. Castle… crois-moi… j'ai aimé ce qui s'est passé… j'en ai même été… furieusement excitée.
Elle avait prit le temps de choisir ses mots. Elle ne voulait surtout pas qu'il se repente de quelque chose qu'elle avait tout autant que lui, désiré si ardemment.
Que ce fut sauvage était presque normal, tant la frustration et la douleur s'étaient emparées d'eux depuis plus de deux semaines.
- J'ai aimé mon cœur … tu as été parfait …
Elle avait accompagnait ses dernières paroles d'un délicat baiser qu'elle déposa sur ses doigts. Elle aimait cet homme aussi pour ça. Pour cette sensibilité et son désir de toujours la combler, dans le quotidien comme dans leur intimité.
- Je n'ai même pas pensé à la possibilité de te faire mal… d'habitude, c'est plus doux et …
- Et là, je te voulais animal Castle…arrête de penser que tu as été égoïste … tu m'as fait l'amour passionnément c'est tout … et puis, dit-elle se retournant face à lui, le troisième round a été très doux et tout aussi enivrant.
Elle avait conclu son mouvement par un baiser tendre sur ses lèvres, comme pour sceller son consentement par rapport à leurs ébats.
- Je t'aime Kate … si fort …
- Je sais… je t'aime aussi … tout aussi fort mon cœur…
Souriant à nouveau, heureux d'être ensemble et de pouvoir se le dire et se le montrer, ils se perdaient dans les yeux l'un de l'autre.
- Je commence à avoir un peu froid Rick, lui dit-elle simplement, ce merveilleux sourire ne quittant plus ses lèvres.
- Attends …
Il se leva légèrement pour attraper un plaid déposé près du canapé. Kate accompagna son mouvement, avant de se rallonger sur le sofa. Elle le regarda amoureusement recouvrir leurs deux corps, puis le sentit se réajuster juste derrière elle, reprenant sa position initiale.
- Une pièce insonorisée, un canapé, un plaid … tu avais vraiment pensé à tout, sourit-elle, amusée et parfaitement consciente de ce qui avait pu se tramer dans l'esprit de son mari, au moment de concevoir et de meubler cette pièce.
- En réalité … le plaid c'est la touche confort d'Alexis, elle a souvent froid, corrigea-t-il innocemment, occupé à présent à embrasser l'épaule de sa femme.
- Je vois, dit-elle d'une fois volontairement langoureuse et loin d'être insensible à ses baisers … donc tu veux dire que nous sommes allongés tous les deux, nus… sous le plaid de ta fille ? …
Castle s'arrêta brusquement à l'évocation de l'utilité première et de l'appartenance de ce plaid.
Y-avait-il quelque chose d'indécent à se retrouver nu au contact de cette couverture ? Devait-il ressentir de la honte à avoir envie de sa femme, au chaud sous ce qui était la propriété de sa fille?
Comme il avait cessé ses caresses et ses baisers, elle sut qu'il n'était plus à ce qu'il faisait auparavant. Devinant les interrogations de son mari, Kate ne put étouffer un rire en se retournant à nouveau face à lui. Il semblait ailleurs, les yeux dans le vide, un air idiot affiché sur son visage… et il en était adorable. Prenant son visage en coupe, elle tenta de capter son attention en déposant un baiser chaste sur les lèvres.
Mon chéri… tu sais que cette couverture gardera notre petit secret, n'est-ce pas ? Elle ne dira rien à Alexis… ce soir, tu la ramènes à la maison et le lave-linge se chargera d'effacer tous les souvenirs de nos corps nus qui pourraient être imprégnés dans sa … mémoire textile.
Il la regarda, hagard, comme s'il craignait que la couverture prenne vie et qu'elle trahisse son utilité de ce soir.
Kate le remercia intérieurement pour cette franche démonstration de « pensée à la Castle », pensée qu'elle aimait tant et dont elle s'était pourtant privée trop longtemps.
Lentement, il sortit de ses réflexions et se fonda dans le regard rieur de son épouse.
- Cela t'amuse n'est-ce pas, hein ?
- Oui … parce que c'est tout toi … lui répondit-elle simplement.
Ponctuant leurs échanges d'un baiser qui se voulait pourtant chaste, tous deux amorcèrent les prémices d'un nouvel élan passionné. Refermant ses bras autours d'elle, il la maintenait au plus près de lui, sa poitrine contre son torse, son bassin poussant vers le sien.
Ses lèvres entrouvertes l'incitèrent à se fondre en elle, sa langue caressant la sienne, le besoin de la chair reprenant ses droits.
Passant ses mains dans ses cheveux, elle le pressa contre elle, le corps criant son plaisir.
Castle parcourait son dos de ses mains, s'abandonna sur ses fesses, qu'il caressait doucement. Elle connaissait son mari, elle savait que cette partie de son corps le rendait fou de désir, encore plus fou si c'était possible, pensa-t-elle.
Ses doigts s'attardaient, la pressaient contre lui, s'égarant plus bas, pour effleurer son intimité.
Le contact était électrique. Il savait exactement comment la toucher, et loin d'en être désarçonnée, elle en ressentait un plaisir phénoménal.
La caresse ne cessait de la frôler, toujours plus proche, toujours plus excitante. Le sourire de Castle sur ses lèvres, lui indiquait précisément à quel point son mari s'émerveillait de la sentir si prête pour lui.
Elle ressentait l'humidité de son sexe au plus profond de son corps, et les doigts de son mari, délicats, doux mais précis, la faisait gémir contre sa bouche.
Ses mains se baladaient sur son torse, appréciant elle-aussi le contact de sa peau sous ses doigts.
Une main dans ses cheveux pour le maintenir à elle, l'autre délicatement posée sur sa hanche, puis glissant sur ses fesses, d'une caresse lente et amoureuse.
Lorsqu'un doigt s'insinua en elle, elle ferma les yeux, accueillant la sensation, en écartant la cuisse qu'elle posa sur sa hanche, pour lui laissait davantage de liberté de mouvement.
Son baiser se fit plus dur, plus sexuel. Mordillant sa lèvre, elle ouvrit les yeux, le mettant au défi de lui procurer encore plus de plaisir.
Lorsqu'un deuxième doigt s'enfonça en elle, il sut qu'il l'avait remportait haut la main, alors que sa femme, fermait les yeux, en gémissant son prénom.
Il en voulait plus, mais il la voulait complètement lascive dans ses bras. A nouveau, ce besoin animal prenait le dessus en lui.
Il retira ses doigts, se satisfaisant de la voir réagir immédiatement, les yeux grands ouverts, comme l'implorant de continuer la caresse. Dans un sourire prédateur, il s'introduisit à nouveau, se délectant des seins de sa femme qui se pressaient contre lui.
Son érection déjà bien dressée, il entreprit de remplacer ses doigts par son sexe.
Mais Kate le surprit.
Sitôt qu'il eut retiré ses doigts, elle prit appui sur son torse, le sommant de s'allonger sur le dos.
Docile, Rick admira sa femme prendre position, à califourchon sur lui.
Les deux mains sur ses hanches, il contempla ses seins parfaits, son ventre plat et son intimité qu'il sentait si chaude contre son bassin.
- J'ai envie de toi… murmura-t-elle doucement en attrapant ses lèvres… en fait… j'ai faim de toi…
D'abord loin de comprendre tant la vision de sa femme sur lui l'excitait au plus haut point, il eut un hoquet de surprise lorsqu'il la sentit entreprendre de déposer de doux baisers sur son torse, puis son ventre, son bas ventre … pour finalement capturer son sexe dans une délicieuse caresse.
- Oh… Kate …
Le gémissement était violent. Il était profond. Sa bouche le rendait sourd et son cerveau ne suivait plus. Il ferma les yeux et seules les sensations procurées par son épouse le maintenaient à la limite de la conscience.
Kate regardait son mari d'un regard noir et furieusement sensuel, son visage trahissait son plaisir, sa main gauche fermement agrippée au canapé, la droite doucement posée sur la nuque de Beckett.
Quelques minutes d'une caresse qui l'avait rendu complètement absent de ce monde, uniquement centré sur la bouche de sa femme, léchant et caressant son sexe.
Quand la limite fut presque atteinte, il gémit son nom, en pressant légèrement son épaule.
Alors, lentement elle le libéra et revint s'installer sur lui.
Il prit son visage en coupe, l'embrassant à perdre haleine comme pour la remercier de ce merveilleux moment, diablement torride.
Elle prit appui sur son torse et, lentement, le guida en elle.
Comme toujours, ils gémirent de concert, s'apprivoisant encore et toujours.
Elle se pencha au près de lui, le visage près de son cou, savourant le rythme imposé par son mari qui la maintenait à présent contre lui.
Les mains de Rick contre ses reins, son bassin ondulant contre son sexe, Kate plongea dans les yeux de son mari.
Encore quelques minutes… ils arriveraient ensembles comme souvent … mais là, elle le voulait encore quelques minutes profondément enfoui en elle.
Lorsque l'orgasme se manifesta, souffrant de milles plaisirs, leurs corps lâchèrent et elle s'effondra sur lui.
Une éternité après, Rick sentit le corps de Kate se tendre. Repus pour l'instant, il savait ce que voulait dire ce moment.
- Je ne sais pas quelle heure il peut bien être Rick…
Il ne répondit pas. S'isolant complètement dans ses pensées, refusant de voir la vérité arrivée de plein fouet. Il resserra son étreinte.
- Chéri… je ne peux pas rester …
S'avouant vaincu, il lui répondit d'une voix malheureuse.
- Je le sais … c'est juste que je ne veux pas que tu partes…
Respirant profondément, Kate se devait de le faire céder.
- Je ne veux pas non plus … j'aimerais rentrer avec toi… faire l'amour chez nous, pas ici… je voudrais ne pas être obligée de nous cacher pour profiter de nous, mais …
- Je sais Kate… souffla-t-il, conscient de la douleur qui habitait sa femme. La même que la sienne.
- Je te promets qu'on va trouver une solution… je te promets que cette situation ne durera pas …
A nouveau, il se terra dans le silence.
- J'ai dit à Vikram de me prévenir dès qu'il aurait du nouveau… et en rentrant, c'est la première chose que je vais vérifier.
- Je t'aime Kate …lui dit-il simplement, d'une voix douce mais désespérée.
- Moi aussi… plus que tout. On va trouver et … s'interrompant, elle s'empara de ses lèvres pour un dernier baiser amoureux, elle tenta de le rassurer.
- Je te promets d'autres instants comme ce soir… j'en ai besoin autant que toi…
- Embrasses moi… murmura-t-il, comme éteint et meurtrie de subir à nouveau cette réalité.
- Always…
Au poste, tout semblait différent et pourtant si « normal ». Depuis des jours, des semaines, Kate s'efforçait de paraître. Mais aujourd'hui, et bien qu'à présent les mensonges aient volé en éclat, elle devait continuer à faire semblant.
Elle se sentait libérée de la pression de son rôle à tenir envers son mari et ses amis, et pourtant, la mascarade devait se poursuivre pour encore une durée complètement indéterminée.
Rentrer hier soir n'avait pas été chose simple, mais elle avait du prendre sur elle, et s'endurcir pour continuer à donner le change… juste au cas où.
Vivre dans le mensonge n'était pas sain et mentir aux personnes qui comptaient le plus à ses yeux, était devenue une épreuve de plus en plus insurmontable au fil des jours.
Mentir à Castle commençait à laisser des marques et se libérer de cela, était en soi un profond soulagement.
Et malgré tout, elle se sentait plus forte.
Lorsqu'elle était rentrée, elle avait tout fait pour éviter un contact trop prolongé avec Lanie. Elle n'était pas entièrement remise de ses émotions et la dernière des choses qu'elle désirait en cet instant, était de subir encore un interrogatoire en règle par sa meilleure amie.
Etonnamment, Lanie n'avait pas cherché à creuser davantage quant à la raison de son retour plus tardif que d'habitude.
Elle ne voulait pas non plus lui mentir, mais elle voulait simplement pouvoir asseoir ses émotions et prendre le temps de les maîtriser.
Si bien que ce matin, elle se sentait plus en phase qu'elle n'avait été ces derniers jours, mais toujours, étrangère à cette voie qu'elle faisait semblant de vouloir suivre.
La veille, Vikram ne lui avait rien appris de neuf, il s'efforçait toujours de « déterrer » Michael Smith, mais jusque là, ses recherches avaient été vaines. Un homme comme lui qui avait les ressources nécessaires pour orchestrer sa propre mort, nul doute qu'il aurait aussi dans sa manche, toutes les cartes lui permettant de se protéger des dangers.
Disparaître sans laisser de trace, se fondre dans la masse et sombrer dans l'anonymat. « Sans doute simple pour lui » se dit-elle.
Une lueur d'espoir perçait tout de même, grâce à un programme de reconnaissance faciale, qui se voulait performant et dont Vikram lui avait parlé. Le seul hic résidait dans le champ d'action où appliquer cette technologie, dont semblait dépendre toute espérance.
En effet, Michael Smith pouvait se trouver à peu près … n'importe où !... sans même imaginer que s'il était si prévenant que cela, une chirurgie esthétique pouvait mettre à mal tous leurs espoirs.
Dans ses pires angoisses, il lui arrivait d'y penser. Dans un cas pareil, comment ferait-elle pour mettre la main sur cet homme ? Et si cela n'était pas possible, vers quelle autre solution devrait-elle se tourner ?
La patience et la discrétion. Tels étaient les mots d'ordre auxquels il fallait se fier.
Les compétences de Vikram lui laissaient à penser qu'il aurait des pistes, mais en attendant, la vie devait suivre son court. Ce semblant de vie, rectifia-elle, mentalement.
Chaque jour désormais elle se nourrirait de l'espoir d'une nouvelle avancée, tout en songeant au temps perdu qui défilait devant ses yeux.
Hier avait été un jour merveilleux, presque parfait selon les nouvelles règles de vie qu'elle s'était fixée.
Elle avait pu retrouver Rick l'espace de quelques heures et profiter de ses bras et de sa tendresse avaient été plus que profitable.
Elle se sentait plus forte, comme plus armée face au danger auquel ils s'exposaient tous désormais.
Ses craintes n'avaient pas entièrement disparues, bien sûr chacun pouvait encore devenir une cible potentielle et cette idée lui donnait la nausée, mais tous semblait avoir compris la teneur de la menace qui planait au dessus d'eux.
Si Lanie, Vikram et Castle n'étaient pas entraînés ni même voués à lutter contre le crime, Esposito, Ryan et elle-même en avaient le devoir.
Bien sûr, Castle avait déjà fait preuve de beaucoup de sang froid et de compétences particulières lors de leur coopération, mais cela n'empêchait que son mari pouvait aussi facilement se mettre en danger, tant sa curiosité et ses maladresses le mettaient parfois dans des situations inextricables.
Au-delà de ça, égoïstement, à présent, elle voyait les choses différemment.
Si elle avait pensé que le mettre à l'écart le protégerait, désormais elle était convaincue du contraire. D'abord parce qu'elle saurait avec précision chacune de ses intentions et à chaque instant, ce qu'il entreprendrait de faire, et d'autres parts, s'ils faisaient attention, plus rien ne s'opposait à leurs petits rendez-vous secrets.
L'intérêt de travailler en commun, lui semblait aussi évident aujourd'hui, que ce qu'il lui avait semblé lorsqu'elle avait décidé de le quitter pour le protéger.
Chacun suivait un plan, chacun connaissait l'état d'esprit des autres et chacun était là les uns pour les autres.
Mais la discrétion restait primordiale s'ils voulaient agir le plus librement possible pour chercher des indices sur Loksat.
D'un point de vue personnel, cette situation était au mieux de ce qu'elle pouvait espérer dans de telles circonstances. Elle était soutenue par ses amis, elle n'avait plus ce mensonge à entretenir et surtout, elle ne fragilisait plus son mariage.
Pour autant, rien n'était véritablement réglé… Alexis et Martha avaient certainement leurs avis sur la question et pour le moment, elles n'étaient au courant de rien.
Au vue des dernières inquiétudes exprimées par sa fille, Castle avait sollicité l'avis de sa femme pour savoir quelle marche à suivre serait le mieux.
Après réflexion, ils avaient jugé qu'il était sans doute prématuré de trop se dévoiler.
Non par question de confiance, mais bel et bien par esprit de discrétion et prévoyance.
Irrémédiablement, cela entraînait de devoir malgré tout continuer à mentir aux deux femmes, mais Kate avait estimé que c'était un mal pour un bien.
Elle acceptait déjà difficilement la prise de risque que chacun endossait pour lui venir en aide, mais impliquer d'autres personnes, surtout si proches, elle ne pouvait le tolérer.
Et tant pis si sa réputation et la perception des deux femmes à son égard en souffraient.
Néanmoins, Kate avait demandé une dernière faveur à son époux : celle de passer du temps aujourd'hui avec Alexis, pour atténuer ses craintes. Surtout après avoir « disparu » durant quelques heures la veille…
De fait, d'un accord qu'avait difficilement accepté Castle, ils ne devaient pas se voir aujourd'hui.
Kate en souffrait déjà, tellement la privation des derniers jours l'avait torturé, mais l'avoir vu hier lui avait remonté le moral et ravivé le cœur.
Elle se souvenait avoir bataillé d'arguments avec lui pour lui faire comprendre la raison pour laquelle il ne fallait pas qu'il vienne au bureau ce matin.
- Castle… si on veut donner le change et pouvoir se revoir très vite, il faut qu'on se comporte comme un couple séparé…
- Depuis des jours, je viens au poste, je t'apporte ton café et je reste assis face à toi… en quoi ne pas le faire demain serait plus judicieux ? Kate … je ne comprends pas…
- Je sais mais … « comment te dire tout ça alors que je donnerais tout pour ces moments avec toi… » … si on me suit, ou qu'on m'observe, quelqu'un sait que j'ai passé du temps avec toi ce soir… il faut qu'on se serve de ça… il faut qu'on donne l'impression d'avoir passé ces heures à s'expliquer… et toi, il faut que tu fasses croire que tu as compris, et que tu digères ce que je t'ai dit…
Castle, refusant de comprendre, secouait la tête en signe de mécontentement.
- Je pourrais continuer à faire ce que j'ai toujours fait : être moi ! Celui qui vient t'enquiquiner et qui te tape sur les nerfs !
Kate se souvenait avoir souri malgré elle en l'écoutant. Cet homme pouvait être à la fois exaspérant, et tellement adorable.
- Rick … ce que je voudrais c'est te revoir très vite… mais si tu viens sans arrêt au poste, et si en plus on se voit le soir, personne ne sera dupe longtemps …
Elle avait parlé doucement, en s'approchant de lui, puis passant ses bras autours de son cou.
Elle se rappelait à présent de l'odeur de sa peau.
Et il faut que tu passes du temps avec Alexis et Martha… fait en sorte qu'elles cessent de s'inquiéter… sois là pour elles…
Le sentant presque convaincu, elle avait déposé sur ses lèvres un baiser doux et amoureux, toute leur tendresse résonnant dans leurs cœurs.
- Je te promets de te tenir au courant d'une façon ou d'une autre s'il y a du nouveau…
Acceptant finalement les termes de leur accord, Castle l'avait laissé partir, sou le regard tendre et bienveillant de son épouse.
A l'évocation de ces souvenirs, Kate ressentait une profonde émotion. Effectivement ils avaient trouvé une sorte d'accord, mais elle restait tout de même séparée de son mari aux yeux de tous et cela allait tellement à contre courant de ses réelles envies, qu'elle devait se faire violence pour garder la tête froide.
Si bien que lorsqu'elle vit Castle débarquait au poste et s'arrêtait discuter un moment avec les gars, elle crut qu'elle allait exploser.
Instantanément, elle était furieuse. Les yeux grands ouverts et les mâchoires serrées à s'en faire mal, elle fulminait. Encore une fois, il n'en faisait qu'à sa tête. Encore une fois, il ne l'avait pas écouté. Encore une fois, il se jouait de la situation.
Elle les regardait tous les trois discuter joyeusement, Castle et ses cafés en mains, Ryan qui semblait fortement intéressé par ce que pouvait bien lui raconter son enfant de mari, et Esposito, louchant sur Kévin, d'un air dubitatif, qui ne laissait place à aucune équivoque quant à la naïveté de son collègue.
Un grand sourire sur le visage, Castle croisa son regard, et de sa main, lui fit un signe, gobelet rempli de caféine en passe de se renverser sur le sol.
Lui souriait. Elle bouillait.
Il s'approcha d'elle, son sourire séducteur ancré sur son visage. En parfaite contradiction avec le rouge que la colère avait fait monter aux joues de Kate.
- Mme Castle… vous êtes magnifique ce matin…
- Castle ! commença-t-elle d'un ton sec et proche de l'explosion, qu'est-ce que tu fais là ?
Sans se démonter, il prit place sur le fauteuil face à son bureau, la laissant planter dans l'encadrement de la porte.
- Un matin sans voir ton merveilleux sourire illuminait ton visage à la vue de ce merveilleux breuvage, ne vaut pas la peine d'être vécu ma chérie …
- On était d'accord, non ?
Elle hurlait presque. Autant elle l'aimait, autant il était un des rares à pouvoir la mettre en colère en si peu de temps.
- J'ai bien compris ton point de vue rassure toi… mais je ne le partage pas, donc … café ?
« Enlève ce sourire de ton visage où je te jure que tu vas le regretter… ». Kate sentait que ses nerfs allaient lâcher, et le voir si … fier de lui, la remplissait de colère.
- Qu'est-ce que tu ne comprends pas quand je te demande de ne pas venir ?
Elle avait tenté de récupérer son calme, s'efforçant de ne pas hausser davantage la voix. Elle détestait déjà les regards qu'on pouvait parfois lui jeter discrètement, ces fameux regards emplis d'incompréhension et, presque, de déception tant Castle était devenu « le pote de tout le monde », alors se donner en spectacle, non merci.
Et pourtant, à cet instant, ce n'était plus sa chemise qu'elle voulait arracher, mais bel et bien ses yeux.
- Ma chérie …à te voir tellement en colère après moi … je pourrais presque croire que tu ne m'aimes plus …
Et là, elle comprit.
Et elle hésita. Cet homme était-il ingénieux ou simplement agaçant ?
En venant ce matin, il avait prévu sa réaction, il savait qu'elle allait être furieuse et c'est précisément pour cela qu'il était assis en face d'elle.
Il donnait le change.
Il avait parlé avec un air qu'il voulait boudeur, mais qui ne laissait pourtant pas le moindre doute quant à l'amusement que lui procurait la situation.
Il avait réussi son coup … il avait pu passer au poste et la voir, profiter d'elle d'une certaine façon, tout en orchestrant à merveille une machination digne d'un grand metteur en scène.
Pour tout le monde, elle était furieuse après lui. Voilà ce que tout observateur aurait vu.
Un enfant. Un génie. Elle hésitait.
Il prit son silence pour un signe de compréhension, il avait choisi ses mots et ne doutait pas que Kate comprendrait. Il était fier et heureux d'avoir trouvé un moyen de contourner les règles, sans compromettre leurs chances de continuer à véhiculer cette image de couple au bord de l'explosion.
Lentement, il se leva, la regarda amoureusement et d'une voix chaleureuse lui murmura :
- Votre café Mme Castle …
Et il partit, laissant derrière lui une Kate hébétée.
D'une main tremblante, encore sous le coup de l'exaspération teintée d'une certaine fascination pour ce cerveau aussi machiavélique que romantique, elle se saisit de son gobelet, marqué à nouveau de la main de son époux.
« A cet instant, je sais que tu es folle de moi ! Always, Rick ».
Cet homme allait la tuer.
L'heure du déjeuner. D'ordinaire, elle appréciait cette heure. C'était souvent l'occasion de passer du temps avec les gars, Lanie ou Castle.
La plupart du temps désormais, elle prenait son repas sur le pouce, dans son bureau, en faisant des recherches ou lisant des rapports.
L'exaspération lui pompait toute son énergie et ce matin, Castle avait fait fort.
Après tout, elle aurait pu s'y attendre, c'était Castle ! Mais de là à le voir malgré tout débarquer comme si de rien n'était… Elle était toujours en colère qu'il se soit joué d'elle, mais en même temps, elle devait bien s'avouer qu'elle avait épousé un homme hors norme, qui ne cessait jamais de l'étonner. Et elle l'aimait pour ça, et si elle était entièrement honnête envers elle, elle devait bien avouer également que sa visite surprise lui avait plu.
Cependant elle craignait qu'à trop tirer sur la corde, l'un ou l'autre fasse un faux pas, et dès lors, leur petite mise en scène pouvait s'en trouver fragilisée.
Trois coups à la porte. Elle sursauta.
Vikram. En levant les yeux, elle avait instantanément senti son cœur se soulever. Sous son bras, il tenait un dossier très fin, qui, se fit-elle la remarque, ne devait guère contenir plus d'une ou deux feuilles. Largement insuffisant pour n'être qu'un énième dossier sur lequel il travaillait réellement pour le compte de la police de New York.
Comme il entrait, elle jeta un œil discret alentours pour s'assurer que personne ne trouverait suspect que le nouvel analyste numérique rencontre le capitaine du poste, en pleine heure du déjeuner.
S'efforçant de ne pas laisser transparaître ses émotions, Kate lui fit signe, de manière très professionnel, de s'asseoir sur le fauteuil de Castle.
« Le fauteuil de Castle… Kate, tu débloques … » pensa-t-elle.
- Vikram ? vous avez besoin de quelque chose ?
- Oui Capitaine … vous vous souvenez de cette affaire, Missy Wlliams ? la femme retrouvée égorgée dans son appartement et pour laquelle vous m'aviez demandé de retrouvé un homme qui pourrait vous aider ? Et bien, je crois bien que j'ai quelque chose…tenez !
L'espoir. « Missy Williams » était le nom de code qu'elle avait demandé à Vikram d'utiliser s'il avait des indices probants à porter à sa connaissance. L'affaire en elle-même avait bien existé, et Ryan et Esposito avaient pris en charge l'enquête. Un alibi idéal pour discuter ouvertement avec les gars et Lanie, sans susciter des suspicions.
Elle avait bien insisté auprès de lui pour ne pas aller trop vite en besogne. S'il avait véritablement enquêté sur cette affaire, il aurait été inutile et complètement improbable de le voir débarquer dans son bureau, à chaque fois qu'il avait un maigre élémentàlui faire savoir.
Donc il ne devait venir que s'il était parvenu à localiser Michael Smith, ou s'il avait une information capitale à lui soumettre.
Et à présent, elle tenait dans ses mains, un dossier du NYPD qui, en apparence, était totalement anodin pour des yeux extérieurs.
- Bien …
« Se maîtriser… reste calme… »… tandis qu'elle ouvrait le dossier, elle ne put empêcher ses mains de trembler légèrement. Elle avait été patiente jusque là, elle avait subi des épreuves difficile à traverser, sans parler de ce qu'elle avait risqué pour parvenir à ses fins.
Depuis plusieurs semaines, elle attendait d'avoir enfin quelque chose à se mettre sous la dent, et elle y était.
D'abord, une photo, un format A4 classique, noir et blanc, qui semblait être issue d'une caméra de sécurité. Un visage. Son visage. Michael Smith était devant elle. Involontairement, elle poussa un soupir de soulagement. Elle l'avait trouvé. Enfin techniquement, Vikram l'avait trouvé, mais l'essentiel était qu'elle avait la certitude que Michael Smith était en vie. En tout cas, d'après le time-code, il l'était deux jours auparavant.
N'en pouvant plus, elle posa la question qui lui brûlait les lèvres.
- Cet homme est à New York ?
- Non … mais il est joignable facilement Capitaine…
«Joignable facilement » était un autre élément de langage codé que Kate avait établi. Cela voulait dire « en vie ».
- Ok ... elle tentait de maîtriser sa voix et surtout, sa rage à l'encontre de ses nouveaux ennemis invisibles qu'elle devrait combattre… on va pouvoir l'interroger.
- Ses coordonnées se trouvent sur le rapport…
« New Jersey… tu n'as pas pu t'éloigner de New York… ». Elle leva les yeux vers lui, le sourire qu'elle lui adressa était cordial, professionnel, celui d'un supérieur à un technicien de laboratoire. Mes ses yeux exprimaient tout autre chose. Vikram y lut la détermination d'une femme face ce qu'elle considérait comme une guerre sans merci contre le crime…et contre ce qui l'empêcher d'être pleinement heureuse.
Il se leva, impressionné par le courage de son amie, et admiratif de la force qu'il fallait développer pour mener à bien une telle quête.
- Hey Vikram ! … beau boulot…dit-elle d'une voix pleine de reconnaissance.
Il se tourna vers elle, adoptant un air penaud et la salua, un petit sourire timide en coin.
Lamie pestait contre la rigidité du protocole du service médico-légal. Si elle avait fourni à Kate, l'excuse de la paperasse pour se rendre à leur petite réunion secrète, aujourd'hui, elle était bel et bien acculée derrière les monticules de dossiers qui constituaient son bureau.
Heureusement qu'elle n'était pas crédule, ou elle aurait pu penser que là était sa punition pour ne pas éprouver de remord pour avoir menti à sa meilleure amie.
Et pour le coup, elle n'en éprouvait pas. Elle pensait sincèrement avoir agit au mieux pour Kate et la suite des événements le lui avait prouvé.
Toutes les suites d'ailleurs. Hier soir, elle avait bien vu que Kate n'était pas comme les autres soirs où elle rentrait exténuée, mais le regard vide et triste. Là, elle l'avait bien vu fatiguée, mais la lueur dans son regard n'avait rien à voir avec une quelconque forme de lassitude.
Elle la soupçonnait d'avoir rejoint Castle, et d'y avoir passé ces longues heures, dans les bras aimants de son mari. Mais parce qu'elle était sa meilleure amie, elle avait estimé que cette fois, elle pouvait bien lui accorder de garder ces retrouvailles pour elle.
Compréhensive et heureuse pour elle, elle l'avait laissé lui servir une excuse qui sonnait faux pour aller prendre rapidement sa douche et s'enfuir dans sa chambre.
La porte de la salle d'autopsie s'ouvrit doucement, sur une Kate souriante.
- Hey Lanie …
- Hey Kate, tout va bien ?
Lanie ne changeait pas. Elle semblait très à l'aise, et suivre ce plan complètement indécis paraissait simple avec elle.
- Oui, ça va … mais je me demandais … j'ai besoin de sortir ce soir. Un ciné ça te dit ?
Elle se souvenait des heures qu'ils avaient tous passé à concocter cette liste de mots à utiliser. L'exercice s'était avéré relativement plus compliqué qu'elle ne l'avait supposé, tant ils se devaient d'employer des mots courants, mais suffisamment évocateurs pour chacun.
Mais parfois, cela avait été drôle. Faire comprendre à Castle que parler de « marcher sur la lune » n'était vraiment pas approprié pour une discussion qui devait paraître banale, n'avait pas été une mince affaire.
Cela avait au moins permis de détendre l'atmosphère … et susciter toujours plus d'interrogations de la part de leurs amis, qui s'extasiaient et débattaient sur le pourquoi du comment Kate avait pu tomber amoureuse de Castle.
- Oh j'avais oublié … tu n'as pas un rendez-vous avec Esposito ce soir ?
- Ca fait rien … j'irais le voir pour annuler, pour rien au monde je ne raterai une de nos soirées entre filles !
Lanie savourait chaque instant où, au détour d'une conversation anodine, ou là dans ce cas, cachée, elle pouvait glisser une référence à leur fameuse soirée pleine de confidences croustillantes.
- D'accord alors … on se fait la séance de 20h ?
- Ca marche ma fille…
Et voilà. Le rendez-vous était fixé. Elle n'aurait pas besoin d'avertir Espo et Ryan, Lanie le ferait. Tout se passait comme prévu.
Ils devenaient experts en la matière, et elle se demanda un instant jusqu'à quel point ils iraient dans cette mascarade. Elle commençait à en ressentir de l'inquiétude, mais aujourd'hui, ils n'avaient pas le choix, c'était le prix à payer pour se rapprocher de la vérité.
- Mes amis … l'heure est grave … je ne peux que vous invitez à porter toute votre attention sur le mystère qui se présente à nous…
Coiffé de son chapeau en tweed à la Sherlock Holmes, Castle se dressait devant eux, pipe à la bouche et loupe dans sa main.
Le grand tableau ornant la pièce semblait l'avoir inspiré dans ses facéties les plus « Castleiennes ».
Hagards, ils semblaient tous médusés par l'extravagance et l'étrangeté des idées de Rick.
Tous sauf Kate. Elle regardait son mari, amusée et séduite par sa personnalité unique.
Un enfant. Qui s'amusait de toute circonstance, même les plus désespérées. Et qui bien souvent en agissant ainsi, volontairement ou non, désamorçait les pires situations.
- Sérieusement Castle ? Sherlock Holmes ? Esposito fut le premier à réagir… tu es écrivain et tu es sensé avoir de l'imagination, et pourtant … Sherlock Holmes ?
- Le plus grand des détectives jeune insolant…
- Bon ça suffit Sherlock, j'ai du nouveau.
Kate entrait dans le vif du sujet. Elle avait laissé son mari jouer mais maintenant, elle devait leur faire part de ses avancées.
- Vikram a trouvé Michael Smith.
- Kate… c'est … la voix de Castle trahissait sa joie, mais Beckett ne voulait pas trop laisser le temps à son mari de faire germer une idée dans son esprit.
- Çà reste délicat Castle. Il a trouvé ses coordonnées et je sais comment le trouver.
- Comment « on le trouve », coupa Castle, soudainement inquiet.
Il connaissait sa femme, il savait que souvent et surtout sur ce cas précis, rien de ce qu'elle disait ne laisser place au hasard ou à l'imprécision.
- Non Rick … « je »…
- Beckett, on doit travailler ensemble, lui dit Ryan, troublé par les propos de Kate.
- Et c'est ce qu'on fait…Vikram est venu me parler ce midi, si j'avais voulu vous mettre sur la touche, je serais allée voir Smith cet après midi... or je suis là et je partage avec vous toutes mes informations…
Elle se tourna vers Rick, son regard noir dans lequel elle ne parvenait pas à sonder son état d'esprit
- On ne peut pas le trouver comme ça, à deux Castle… je vais y aller, et j'obtiendrais les infos que je veux, je le ferais parler.
- Kate, la voix de Castle perçait d'impatience et de colère, tu ne peux pas y aller seule, tu ne seras pas en sécurité… on ne sait pas jusqu'où va cette …conspiration… Tu pourrais te retrouver en danger et on ne le saurait pas. Il est hors de question que tu y ailles seule.
Castle ne cachait plus sa détresse et sa crainte que sa femme ne prenne pas en considération ses arguments.
- Kate, je crois bien qu'il a raison, commença Lanie, si tu vas voir ce type seule, qui te dit que les hommes qui se cachent derrière tout ça ne vont pas te suivre et comprendre que tu n'as pas laissé tomber ? Et même si tu n'es pas suivie, qui te dit qu'il va te parler ?
Lanie avait raison, elle le savait. Mais elle refusait d'abandonner ce qui était sa première vraie piste, à cause d'incertitudes.
- Lanie, Rick … vous avez raison. Mais je dois prendre le risque. Michael Smith ne nous a jamais menti et il me parlera… je ne le lâcherai pas tant qu'il ne l'aura pas fait. Et s'il existe une menace, il aura tout intérêt à ne pas éterniser notre discussion.
Elle prit le temps de choisir ses mots pour que tous comprennent ses motivations et raisons.
- C'est notre seule chance de nous rapprocher un peu de Loksat. En tout cas, c'est notre seul piste pour le moment… on ne peut pas risquer de nous montrer ensemble. On doit pouvoir continuer à enquêter sans semer de doute sur ce qui nous lie tous.
- Kate, s'il vous arrive quelque chose, on ne sera pas là pour assurer vos arrières, intervint Ryan, toujours concerné par sa sécurité.
- Je demanderai à Vikram d'installer un mouchard sur mon téléphone … vous saurez en permanence où je suis … et vous avez l'adresse de Smith. Lanie, je vis chez toi alors ça ne paraîtra pas suspect si tu m'appelles pour savoir où je suis, en cas de doute… Rick … je sais que ça ne te plait pas … mais c'est notre seul espoir d'y voir plus clair. Je serais prudente et vous avez tout en main pour pouvoir me localiser rapidement.
Elle s'approcha de lui, lui prit les mains qu'elle serra en signe de réconfort. Elle savait très bien tous les scénarios qu'il était sans doute en train d'imaginer, tous plus catastrophiques les uns que les autres. Perdu dans la contemplation de ses mains, elle le sentait fébrile et détestait lorsqu'il avait le cœur lourd comme ça.
- Rick… regarde moi…
Joignant le geste à la parole, Kate prit son visage en coupe.
- Je te promets d'être prudente et de vous tenir informer autant que possible…
- Tu porteras un gilet pare-balle… lui dit-il
- Quoi ?
- Tu porteras un gilet pare-balle. Et un mouchard sur toi, en plus de celui de ton portable.
- Castle, on n'est pas dans James Bond là ! … ok pour le gilet, tant qu'il est discret, mais un mouchoir ? où voudrais-tu que je trouve ça ?
Son regard de petit garçon voulait tout dire. Et Kate le connaissait par cœur.
- C'était pour aller la pièce secrète c'est ça ?
- Avoue que c'est cool … et en plus, ça va nous être bien utile ! …
Attendrie par son attitude enfantine et tellement changeante, elle déposa un baiser sur ses lèvres.
- Je ne sais pas ce que je vais faire de toi …
- Moi j'ai une petite idée ...
Elle souriait à présent, son mari était inquiet mais malgré ça, il allait l'aider.. et il plaisantait. Comme toujours, il serrait là pour elle, il la soutiendrait, même quand lui ne partageait pas ses avis. Il était fiable et courageux… et amoureux. Et l'amour qu'ils se vouaient ne pouvait pas s'éteindre sous n'importe quelle menace.
- Bon … et si on reprenait ? lança Ryan, nettement plus à l'aise désormais qu'il était convaincu que Kate respecterait la prudence.
- Kate, ton copain Vikram, peut-être qu'on devrait le convier à nos petites sauteries, non ? après tout, il sait quasiment tout déjà…Lanie avait parlé d'un ton clair, et mesuré.
Tous se tournèrent vers Kate, qui semblait réfléchir à la demande de Lanie.
- Si je peux me permettre Beckett, coupa Ryan, on est déjà 5 dans la confidence. J'ai confiance en vous et je vous confierai ma vie s'il le fallait… enfin peut-être pas à Lanie mais …
- Comment ça pas à moi ? et je peux savoir pourquoi l'irlandais ? l'interrompit la légiste, énervée.
- Parce que t'es pas flic ! répondit Kévin, étonné qu'elle lui pose la question … c'est pas contre toi, je te fais confiance mais t'es pas flic quoi ! …
- Parce que Castle l'est lui peut-être ?
- Non mais avec moi jeune fille, il a frôlé la mort… et ça, ça crée des liens… murmura Castle à son oreille, d'une voix qu'il voulait caverneuse et dramatique, comme si le célèbre détective anglais avait reprit vie en lui.
- Ah oui ? et bien vous savez quoi d'autre crée des liens messieurs ? une bonne bouteille de rouge et les soirées entres filles ! s'emporta Lanie, sous le regard outré de Kate.
- Ah oui ? voyez-vous cela… murmura à nouveau Castle en se tournant vers Kate, un étrange sourire aux lèvres…
- Bon stop ! cria Beckett. On est où là ? dans une cour de récré ? Ryan a raison, on est déjà suffisamment nombreux à jouer aux espions, inutile de prendre des risques supplémentaires. J'ai confiance en Vikram, mais pour l'instant, il n'a pas besoin de savoir qu'on ne travaille plus seuls. Et toi Lanie … à quoi tu penses pour lui dire des trucs comme ça ?! dit-elle en pointant Castle du doigt.
- Tu veux vraiment que je dise à quoi je pense Kate ? sourit Lanie, espiègle et triomphante.
- Non c'est bon … conclut Kate, j'irais demain voir Smith et on se retrouve ici après demain pour tout vous raconter, ok ?
- Pourquoi après demain ?interrogea Castle, de nouveau inquiet et plus du tout à son personnage.
- Parce que demain Rick, je voudrais qu'on se voit, toi et moi, sans tous ces curieux.
- Mme Castle, j'aime vos idées … enfin un peu moins celles où vous vous rendez seule à un rendez vous clandestin sans aucune protection directe, mais … j'aime la plupart de vos idées, sourit-il, enchanté et pressé désormais d'être au lendemain.
Trois semaines déjà qu'elle avait rencontré Smith. Si au premier abord, il n'avait pas semblait très enclin à lui parler, une nouvelle piste s'était malgré tout ouverte à elle.
Sans lui, elle n'aurait jamais songé au trafic de drogue qui sévissait à l'époque de Vulcan Simmons. Smith avait été clair : trouver la signature de la drogue, et remonter la filière la guideraient certainement vers les protagonistes mêlés à cette histoire.
Depuis, Vikram travaillait sans relâche sur ce dossier. Officieusement sa priorité, il se devait tout de même de jongler avec les autres affaires sur lesquelles il était sollicité.
Kate savait qu'elle lui en demandait beaucoup, mais lui savait que sa propre vie était sans doute en jeu, en tout cas la tranquillité de son avenir. Il avait pleinement conscience que tant qu'ils n'auraient pas fait toute la lumière sur cette affaire, il n'aurait jamais l'assurance de ne pas se retrouver un jour face à l'un de ces assassins ou ne constatant que trop tard que ses freins avaient été trafiqués.
Ce poids sur ses épaules était suffisant pour ne pas ménager ses efforts dans leur enquête.
Ils avançaient, mais tout était toujours trop lent.
Kate s'était imaginée que retrouver Smith impliquerait de nouveaux indices, de nouveaux chemins à explorer… que dès lors qu'elle l'aurait vu, elle saurait vers où s'avancer ou comment agir.
La réalité les avait pourtant vite rattrapés, bien sûr ils avaient cette piste à suivre, mais concrètement, ils n'avaient rien.
Au cours de leur dernière réunion secrète, Kate leur avait annoncé que Vikram pensait avoir trouvé un homme qui pourrait être impliqué dans la mort d'Allison Hyde.
Encore une fois, rien ne le prouvait mais il avait semblé évident pour lui que cet homme là fasse parti de ceux qu'ils recherchaient.
En clair, ils avaient des bouts d'indices, mais rien qui les mènait véritablement à leur but.
Dans l'immédiat en tout cas.
La vie reprenait son cours, les gars vaquaient à leurs occupations, Lanie aux siennes. Castle continuait de débarquer à l'improviste, en tout cas en apparence.
Et quant à elle, Kate avait repris ses enquêtes de terrain avec les garçons. Rester enfermée dans un bureau allait la rendre dingue, et finalement, le temps passait plus vite, et donc rendait la situation un peu plus confortable.
Castle trouvait le moyen de s'infiltrer régulièrement sur les investigations du 12ème, et ce qu'elle avait trouvé agaçant, jouait désormais pour elle. Elle pouvait le voir un peu plus longtemps, sans que cela ne paraisse étrange, et la communication s'en trouvait nettement plus simplifiée également.
Castle traînant derrière lui une réputation de casse-pied entêté, pourquoi n'aurait-il pas continué d'agir comme il l'avait toujours fait ?
Kate s'était laissée convaincre, sachant pertinemment que son mari s'obstinerait coûte que coûte. La seule condition avait été de ne jamais donner l'impression d'être à nouveau intime.
Si bien que lui saisissait toute occasion de la séduire, et elle s'efforçait de le tenir à distance.
Leurs rôles étaient parfaitement définis. Certains soirs, ils se retrouvaient, pour débriefer les dernières informations glanées, et parfois, seuls les deux amants profitaient de ce qui, d'après Castle, était devenue avec le temps, leur suite nuptiale.
Et ce soir était un de ces soirs, où les corps s'étaient parlés. Allongés tous deux sur le canapé, nus, Kate profitait des bras de son mari, s'imprégnant de son odeur et de sa chaleur.
- J'ai aimé ton petit mot ce matin …
Jouant avec ses doigts, Rick les porta à sa bouche pour les baiser amoureusement.
- C'est de t'avoir décrit les parties de ton corps que je voulais embrasser qui t'a plu ? demanda-t-il innocemment.
- C'est surtout de voir à quel point tu peux être inventif quand tu as une idée derrière la tête… sourit-elle, charmée par les idées farfelues de son époux.
Ce côté romantique lui avait tellement manqué et le retrouver aujourd'hui, l'aidait à garder la tête froide et à ne pas craquer dans ces moments d'angoisse.
- C'est qu'il y a tellement de parties de toi où je rêve de déposer mes lèvres, que le contour seul du gobelet ne suffisait pas …
- Et donc écrire sur toute sa longueur était logique…
Elle souriait. Dans ses bras, elle se sentait légère, elle se sentait protégée. Maigre parade à la menace extérieure, mais ici il était toute la force dont elle avait besoin.
- Je trouvais ça plutôt romantique que tu découvres au fur et à mesure que tu boirais ton café, mes petites envies coquines …
Désormais, il embrassait sa peau, en caressant son dos. Il voulait plus, il voulait le confort des dernières années, il voulait ne plus craindre pour la vie de sa femme et pour leur vie de couple, mais il apprenait à se satisfaire de ce qu'ils pouvaient s'offrir dans ces moments tendresses.
- Ça l'était Castle … j'ai cru me brûler tellement j'ai mis peu de temps à le boire…
- Je peux toujours faire quelque chose pour ta langue si tu veux… je ne peux pas accepter que tu souffres ici… lui dit-il en capturant ses lèvres, les mordillant jusqu'à s'emparer de sa langue, qu'il suça sensuellement.
Kate adorait ce genre de petits supplices auxquels Castle l'avait habitué. De ce jeu de séduction, généralement découlait des caresses encore plus intimes et l'un comme l'autre finissaient par s'enivrer de leur union charnelle.
Mais en cet instant, Kate semblait avoir davantage besoin de sa présence, que de faire l'amour à nouveau.
Leur situation avait beau s'être éclaircie, il n'en demeurait pas moins que pour l'instant, ils ne se sentaient pas prêts à prendre le risque de reprendre le court normal de leur vie.
Et cela l'affectait. Ces derniers temps, elle se sentait fatiguée et lasse de jouer. En fonction des jours, voire des heures, les efforts demandés pouvaient soit lui paraître insurmontables, soit gérables. Cette éternelle incertitude et cette pression étaient lourdes à porter et ses épaules menaçaient parfois de céder.
Dans ces cas là, elle rejoignait son mari et se ressourçait auprès de lui.
Il était d'un soutien sans faille et bien que lui souffrait également de ce qu'ils s'infligeaient, il avait à cœur d'être là et de se montrer fort pour et avec elle.
Acceptant son baiser, Kate resserra son étreinte, puis posa sa tête sur son épaule.
Leurs deux corps reposaient tendrement enlacés, ses mains posaient sur son torse qu'elle caressait doucement.
- Tu es inquiète ?
- Non ça va, ne t'en fais pas …
Castle déposa un autre baiser sur le haut de sa tête, ajustant ses mains sur elle.
- Ne me demande pas de ne pas m'inquiéter … tant qu'on ne pourra se retrouver que sur ce canapé, je m'inquiéterai…
Kate faisait courir ses doigts sur son torse, appréciant la douceur de sa peau d'homme. Bien sûr qu'il s'inquiétait, elle-même n'était pas rassurée.
- Je préférerais aussi être ailleurs qu'ici … ta pièce est parfaite mon cœur mais…
Elle l'avait senti se tendre, et s'en trouva amusée. Cet homme était un mystère, il pouvait exprimer une déception à l'idée que sa pièce secrète ne lui plaise pas, mais pour autant, il courrait des risques incommensurables pour livrer des batailles qui, sur le papier, il n'avait aucune chance de gagner. Elle fit glisser ses mains le long de ses côtes en continuant.
- Ce n'est pas notre lit, ce n'est pas notre vie tout ça, alors oui, d'une certaine façon, je suis inquiète … et surtout impatiente de rentrer à la maison …
- J'ai hâte … et à ce propos…
L'alarme retentit dans la tête de Kate, plusieurs fois il lui avait demandé de rentrer, et plusieurs fois elle avait dû être ferme. Et à chaque fois, c'était une véritable torture pour elle.
- Castle …
- Non, non attends … ce n'est pas ce que tu crois … enfin, si tu veux rentrer, j'enfile mon pantalon et je te conduis à la maison plus vite qu'il ne le faut pour le dire mais …
Castle avait le don pour exprimer clairement ses idées sans les lui imposer, il disait les choses, comme ça de façon anodine, mais toujours était-il que l'idée était placée dans la conversation.
- En fait, il y a quelque chose que je n'arrive pas à comprendre …
- Quoi ?
L'intérêt de Kate s'était réveillé. Castle avait souvent fait preuve de bon sens et de logique et même si les théories farfelues étaient courantes, il n'en demeurait pas moins un enquêteur hors pair. Et de ce fait, il était toujours très important de se fier, ou au moins de porter un intérêt à son instinct et à ce qui le travaillait.
- Et bien, cette femme que tu as rencontré…
- Rita, précisa Kate
- Oui Rita … au fin de compte, que savons-nous d'elle ?
Que savait-elle de Rita ? à part ce qu'elle lui avait dit, rien. Mais jusque là, elle ne s'en était même pas alertée.
- Elle nous a sauvé la vie… et elle est mariée à ton père…
- Qu'elle t'a dit …
Castle adoptait ce ton interrogatif et à la fois suspicieux. Se pouvait-il qu'une part de ses doutes soient fondée ?
- Castle… Kate s'était redressée pour lui faire face… si cette femme était mêlée à ça, d'une façon ou d'une autre, pourquoi aurait-elle prit le risque de venir à notre secours ? ça n'aurait aucun sens…
- Sauf … dit-il en accentuant volontairement la prononciation, si elle est impliquée et qu'en te portant secours, elle avait toute crédibilité pour te faire croire que tu devais t'éloigner de moi…
Kate l'écoutait patiemment. Ses paroles résonnaient en elle, et même si elle refusait d'y croire, son raisonnement était logique.
- Rick, elle m'a dit être marié à ton père depuis presque 10 ans… c'était après le meurtre de ma mère et bien avant qu'on se rencontre tous les deux … je ne crois pas une seule seconde à la coïncidence que l'associé de Bracken ait justement rencontré le père de mon mari et ce bien avant qu'on ne se connaisse !
- Et si ce n'était pas une coïncidence ? si le grand ordinateur cyber-puissant et visionnaire d'une agence gouvernementale ultra secrète avait prédit que toi et moi nous étions destinés à nous rencontrer et à nous marier ? oh ce serait un super idée pour un livre ça ! …
Kate le regarda bouche-bée. Comment cet homme pouvait-il prendre au sérieux des hypothèses de ce genre ? Comment pouvait-il ne serait-ce que les imaginer ?
- Castle … c'est de la science fiction ! on n'est pas dans un film là !
- Moi je dis qu'on pourrait au moins vérifier ce qu'elle t'a raconté…
- Et comment on fait ça Castle ? Je doute qu'on puisse trouver ton père dans l'annuaire !
Kate commençait à perdre patience, il était exaspérant, et souvent l'aimer nécessiter une très grande maîtrise de soi.
- Je pourrais … trouver un truc pour lui faire savoir que je veux lui parler !
- Castle … Kate prit une profonde inspiration avant de continuer … ton père n'est pas Batman. Il ne suffit pas d'installer un projecteur en haut de l'immeuble pour le voir apparaître !
- Bien sûr que non ce n'est pas Batman ! Il ne porte pas de costume !
- Castle !
Elle fulminait, elle avait épousé un gosse de dix ans.
- Kate … ce que je dis c'est qu'au moins on devrait commencer par s'assurer que cette femme ne nous a pas menti.
« Nous » … il s'associait à elle en permanence, et même s'il l'exaspérait, cela lui plaisait. Kate prit quelques secondes pour réfléchir aux élucubrations de son époux. Rita avait été convaincante, par les faits et par la parole. Elle n'y avait plus pensé mais elle avait le moyen de la contacter directement. Lors de sa cavale avec Vikram quelques semaines plus tôt, Rita lui avait donné une carte et le mot de passe pour entrer en relation avec elle. Ce serait simple. Mais voilà, le doute commençait à s'insinuer dans son esprit. Castle avait certainement tort pour Rita, mais s'ils parvenaient à trouver le moyen d'avoir les certitudes que tout depuis le début n'était pas tronqué, alors peut-être que ça valait le coup.
- Elle m'a donné une carte pour rentrer en contact avec elle lorsque j'étais avec Vikram, il y a un numéro dessus et une phrase à dire à l'opérateur …
- Kate ! pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ?
A présent tout deux loin du romantisme, Castle se pencha pour attraper le t-shirt de Kate et lui tendit. Il prit le temps de remettre son caleçon, et regarda sa femme se rhabiller.
- Je n'y pensais plus Castle … et si tu veux vraiment vérifier qui elle est, je doute qu'on doive simplement l'appeler et la cuisiner…
- On pourrait demander à ton copain Vikram ... il a bien retrouvé Michael Smith, avec ce programme à reconnaissance faciale, il pourrait retrouver Jackson…
- Sauf que Smith est un homme posé, il a une famille, une femme, il s'est forgé une nouvelle vie… il se cachait pas à proprement parlé… là on parle d'un agent fédéral qui est entraîné à mener une vie de fantôme…
A présent debout face à elle, seulement vêtu de son caleçon et de ses chaussettes, il la regardait finir de mettre ses bottes.
- On pourrait au moins en parler à Vikram … il peut peut-être nous apprendre quelque chose à partir du numéro…
Beckett analysait encore la situation. Bien sûr que le doute pouvait être fondé, mais Rita était-elle réellement impliquée dans cette affaire ? Les dates ne correspondaient pas, elle lui avait sauvé la vie, et elle semblait être sincère. Elle se pencha pour essayer de remettre tout en ordre dans son esprit. Castle avait l'air sérieux, et son instinct ne lui faisait pas souvent défaut. Mais là ? La coïncidence était beaucoup trop flagrante pour être possible !
- Tu veux en savoir plus sur elle parce qu'elle m'a fait comprendre que je devais t'éloigner de moi ? C'est parce que je suis partie de la maison après avoir parlé avec elle ?
Castle baissa les yeux, regarda ses pieds et ramassant sa chemise pour jouer avec, s'éclaircit la voix.
- Je ne vais pas te dire qu'il n'y a pas de lien avec ça … elle te sauve la vie et après te suggère subtilement de me quitter… c'est assez pour moi pour m'intéresser à elle…
- Castle … elle se leva pour le prendre dans ses bras… elle ne m'a rien suggéré … mais j'ai pris conscience par moi-même que tu pouvais être en danger … elle…
- Aurait pu te manipuler pour t'isoler de ceux qui t'aiment et pour te fragiliser…
Le poids des mots s'abattaient en elle. Encore une fois, sa logique n'était pas infondée. Et si jamais, Rita n'était pas ce qu'elle avait prétendu être, alors oui, elle aurait bien été manipulée … et sacrément bien en plus. Kate avait quitté son mari et s'était retrouvée seule pour enquêter, bien que l'aide de Vikram était précieuse.
Elle serra fort son mari, la tête dans le creux de son épaule, se réchauffant à son contact.
- D'accord Rick … on va essayer de savoir qui elle est … mais à une condition.
Rick retint son souffle, désormais il avait appris à craindre les conditions que pouvaient lui demander sa femme, tant son sérieux et sa détermination étaient palpables.
- Tu me laisses gérer ça avec Vikram. Je lui en parle et on trouve une solution. Mais tu n'interviens pas… je te promets de tout te dire mais reste en dehors de ça…
Castle ferma les yeux, et tenta de maintenir le plus longtemps possible la douce sensation de tenir sa femme dans ses bras. Il savait la séparation imminente, mais ne savait quand ils pourraient à nouveau se retrouver.
- Je te le promets Kate … mais à moi d'y mettre également une condition.
Pour des raisons complètement différentes de celles de Rick, Kate craignait également les conditions de son mari. Lui demander le plus sérieusement du monde si en cas d'échec, il pouvait quand même essayer de contacter son père en faisant apparaître un énorme signe lumineux dans le ciel new yorkais, ne l'aurait pas surprise plus que ça.
- Je t'écoute…
- On en parle aux autres… tu n'agis pas seule, on leur en parle et on voit ce qu'ils en pensent… j'ai peut-être une furieuse envie de dire à cette femme ce que je pense de ses idées stupides, mais malgré tout, si elle t'a dit la vérité, ça peut être une alliée de taille à l'avenir…promets moi de ne plus faire cavalier seule…
D'abord surprise du sérieux de son époux, Kate s'éloigna légèrement de lui, et lui offrit un sourire plein d'amour. Elle le savait traumatisé par son départ et par les risques encourus, et son inquiétude la transperça.
- Je te le promets… on va leur en parler … mais avant cela …
Kate arborait un doux sourire légèrement moqueur.
- Tu devrais te rhabiller, je t'aime en caleçon… mais avec les chaussettes, ça craint !
Il savourait de voir Kate souriante et taquine, mais pour autant, ne la laisserait pas gagner ce petit jeu qu'elle avait initié.
- Je peux l'enlever si tu préfères !
Sans lui laisser le temps de répondre ni de réagir, il captura ses lèvres et l'entraîna dans un ballet incessants de gémissements…qui cessèrent instantanément lorsqu'ils entendirent la porte s'ouvrir…
Etre un couple d'âge moyen, mariés et amoureux, et être pris en flagrant délit de mensonge.
Beckett et Castle étaient figés à quelques mètres seulement de l'entrée, la culpabilité et la surprise gravées sur leurs visages.
Dès lors qu'ils avaient entendu la porte, leur premier reflexe avait été de se tourner vers la porte, sursautant comme deux enfants pris la main dans le sac.
Castle se tenait derrière une Kate, les yeux ronds et la bouche ouverte, sur laquelle il avait posé ses deux mains sur les épaules.
Il semblait vouloir se faire tout petit, et pour tout à chacun, il ressemblait à un homme terrorisé par l'intrusion d'un inconnu dans son intimité.
- Papa ? Kate ?
Alexis ne pouvait pas y croire. Son père, qui se targuait de tout faire pour essayer de récupérer sa femme, était là, en caleçon devant elle, les cheveux en bataille et tentant de se cacher derrière Kate.
- Alexis … Castle tenta le sourire innocent des fois où il se savait fautif de quelque chose… qu'est-ce … qu'est-ce que tu fais là ?
- Qu'est-ce que je fais là ? Vraiment papa ?
- Alexis, on peut tout t'expliquer…
Kate avait retrouvé ses esprits et imaginant les scénarios qui se passaient dans la tête de sa belle-fille, avait à cœur de rétablir quelques vérités.
- Je crois que c'est assez clair si vous voulez mon avis …
Les bras croisés, les sourcils froncés, et le regard interrogateur, Alexis ne semblait pas vouloir en rester là avec eux.
- Vous êtes à nouveau ensembles …
Pure rhétorique tant la situation paraissait évidente. Kate avait beau s'être repris, il n'en demeurait pas moins qu'elle arborait toujours un rouge aux joues, preuve éloquente de ce qu'ils avaient fait auparavant dans cette pièce.
- Euh … oui ma chérie …
Castle sortit de sa « cachette » pour tenter une approche auprès de sa fille.
- Alors en fait, tu vois …
- Tu m'as menti papa ?
- Alexis …
Elle le réprimandait. Castle baissait la tête, et Alexis réduisit l'écart entre eux, doigt tendu, le pointant droit sur lui.
- Tu… m'as… dit…que …Kate…avait… besoin…de …temps !
- Aïe !
A chaque mot, sa fille lui avait perforé le torse de son index, si bien qu'aussitôt que son doigt avait cessé cette agression digne d'une mère disputant son fils, il avait frotté l'endroit meurtri.
- Et arrête de me faire croire que je t'ai fait mal papa !
- Alexis … ce n'est pas la faute de ton père …
- Oh mais j'attends aussi des explications de toi, Kate !
Surprise du ton employé par Alexis, Kate recula d'un pas … contre Castle, qui s'était à nouveau tapi dans l'ombre de sa femme, comme pour se protéger de sa propre fille.
- Vous m'avez menti tous les deux ! Et à grand-mère aussi ! A tout le monde en fait ! Pendant qu'on s'inquiétait pour vous, vous faisiez des trucs ici ! Et mon dieu papa ! j'étais assise sur ce canapé i peine 5h !
Grimaçant des suites de son imagination fertile, elle ne put réprimer un frisson de dégout, extrêmement exagéré.
- Je changerai le mobilier ? …tenta Castle, la voix aussi peu sûr que s'il lui avait simplement demandé de ne pas poser de questions.
- Papa !
En digne petite-fille de comédienne, Alexis posta ses mains sur les hanches, exprimant parfaitement son mécontentement, tout en attendant une explication.
- Ok Alexis, alors … pour commencer, tu dois savoir que ça doit rester entre nous… personne ne doit savoir ce qui se passe ici, tu comprends ?
La voix de Kate se voulait sûre d'elle, mais Alexis ne comptait pas perdre son avantage face aux deux adultes face à elle.
- Tu parles de votre vie sexuelle Kate ou simplement du fait que depuis des semaines tout le monde s'imagine que vous vous êtes séparés ?
- Et bien en fait …
- C'est quoi le but de tout ça ? Ne me dis pas que tu t'es laissée convaincre par papa de jouer une sorte de jeu de rôle grandeur nature pour … agrémenter le sexe d'une pointe de piquant ?!
A ses propres mots, Alexis réprima un deuxième frisson. Elle savait bien que son père menait une vie sexuelle pleinement épanouie avec Beckett, mais de là à les imaginer fomenter des mise en scènes aussi perverses, elle aurait donné cher pour se méprendre sur leurs intentions.
- Alexis, ça va pas la tête ! Jamais Beckett ne voudrait en plus …
La phrase de trop. A peine l'avait-il prononcé, qu'il savait que Kate réagirait. Si bien qu'il ne fut pas surpris de sentir son poing s'échouait sur son épaule. Le regard noir que lui lança sa femme à cet instant, lui enjoignait de ne surtout pas se plaindre.
- Ca va pas non, Castle ?! … Alexis, ce n'est pas un jeu, je peux te l'assurer, commença Kate, après un dernier regard réprobateur à l'attention de Castle.
- Alexis… pour commencer, saches que je suis désolée de vous avoir laissé dans l'ignorance Martha et toi… nous n'avions pas tellement le choix …
- Kate… tout le monde pense que ça ne va pas entre vous, grand-mère vit même dans la crainte que vous divorciez !
- On ne va pas divorcer, je peux te l'assurer… je ne peux pas tout te dire mais …
- Oh si tu vas tout me dire ! Je ne suis plus une enfant, j'aide papa dans ses affaires et crois moi, je commence à être beaucoup plus aguerrie par rapport au monde extérieur.
Pour toute réponse, Kate regarda Castle, toujours occupé à se frotter et l'épaule, et le torse.
Son petit garçon de mari ne l'aiderait pas, elle en prit conscience.
- Je ne veux pas que tu sois impliquée dans … ce qui se passe… je ne maîtrise pas assez la situation pour assurer ta sécurité…
- Papa est plus difficile à gérer que moi pour ça.
La phrase était sans appel… et sans doute vrai, pensa Kate, tant son mari pouvait être extrêmement exaspérant et imprudent.
- Kate, j'ai appris à te connaître, quand on s'est parlé l'autre jour au téléphone, j'ai bien senti que quelque chose n'allait pas, et c'était pas juste ta séparation d'avec papa… alors explique moi … de toute façon, tu n'as pas le choix.
Alexis se voulait ferme et déterminée. Kate entrevit une part de Rick dans son air décidé et faussement autoritaire. Et inconsciemment, une image s'insinua dans son esprit. Une multitude de mini-Castle, courant partout, touchant à tout, facétieux et rieurs, entourant une mini-Beckett, sûre d'elle et déjà mûre pour son jeune âge, qui tentait de canaliser ses frères en leur exhortant de ne pas faire la bêtise qu'ils s'apprêtaient à faire.
Malgré elle, elle sourit tendrement. Quelque soit l'avenir qui leur était réservé, ce ne serait pas de tout repos, mais certainement hautement riche en émotions et en amour.
Dévisageant sa belle-fille, Kate lut dans son regard la ténacité, l'inflexibilité et l'assurance.
Et au-delà de cela, de l'inquiétude, de la peur, et de l'incompréhension.
Alexis était une fille intelligente, nul doute qu'elle comprendrait la gravité et l'importance de ce qu'ils enduraient.
Elle avait espéré pouvoir l'épargner et la préserver de la menace extérieure, mais leur secret avait volé en éclat, et Kate savait pertinemment qu'Alexis n'était pas la fille de Castle pour rien.
Elle croisa le regard de son mari, y cherchant une approbation ou au moins une approche pour conserver l'innocence de sa belle-fille. Mais son visage reflétait la confiance et la fierté d'un père pour sa fille. Baissant les bras et mesurant encore qu'à peine la portée de ses actes, Kate entreprit sa longue explication.
- Donc tu aimes encore papa et sans cette conversation, tu ne l'aurais jamais quitté ?
Alexis avait les mimiques de son père lorsqu'elle tentait de remettre en ordres les informations dont elle venait de prendre connaissance. Un air typiquement « à la Castle », qui, quelques années auparavant, avait joué un rôle probant dans l'ouverture du cœur de Kate, à son écrivain de mari.
- Oui … c'est bien … résumé… un peu court mais oui, c'est ça…
- Alors premièrement, papa a raison, je crois qu'il faut qu'on creuse pour trouver des informations sur cette femme… et deuxièmement… ouiiiiiiiiiiiiii … tu ne peux pas savoir à quel point je suis rassurée de savoir que papa n'a rien fait d'idiot pour te faire fuir !
- Mais pourquoi ça aurait été moi d'abord ? s'offusqua Castle
Les deux femmes se tournèrent instantanément vers lui, et sans se concerter lancèrent en cœur :
- Pas possible…
Castle les regarda, indigné, et fit la moue, en marmonnant son désenchantement.
- Bien …résumons : on cherche à faire un lien entre le sénateur Bracken et un mystérieux agent de la CIA qui était son associé, c'est ça ?
Sans attendre de réponse, Alexis continua.
- Le trafic de drogue qui sévissait à l'époque de Vulcan Simmons perdure depuis tout ce temps et tu as été attaquée par un groupe de mercenaires à la solde de M. X ou de son organisation, pour te faire taire et t'empêcher de les mettre à jour.
En digne héritière de son père, Alexis énumérait les faits en faisant les cent-pas au travers de la pièce devant son père et Beckett. Son aptitude à se muer en une Castle au féminin, attendrit Kate. Cette fille était courageuse et pleine de bonne volonté, sans doute promise à un avenir des plus charitables.
- Papa, remets ton pantalon s'il te plait, tu bloques ma capacité à réfléchir … lança-t-elle, inopinément, sans même relever les yeux vers lui.
- Ah … euh … oui bien sûr ma chérie, se crispa légèrement Castle.
Comme un gamin malheureux, il jeta un œil vers sa femme. Amusée, Kate posa sa main sur la cuisse de son mari, en signe de réconfort, comme elle l'aurait fait pour rassurer un enfant.
- Ce programme de reconnaissance faciale que Vikram à utiliser pour retrouver Smith, est-ce qu'on peut reprendre le risque de s'en servir à nouveau ?
- Pourquoi ? demanda simplement Kate, intéressée.
- Et bien… Alexis reprit ses aller-retour de plus belle… toute cette histoire à commencer parce qu'i an, tu as fait une recherche à propos de Bracken. Une alarme s'est déclenchée, et ces tueurs ont débarqué, ils ont tué toute ton ancienne équipe et sont venus pour toi et Vikram. Donc …
Alexis prit son temps pour capter l'attention de tous, avant de conclure.
- Rien ne nous dit que si on lance une nouvelle recherche à base du portrait de Jackson Hunt, une nouvelle alerte ne se déclenche, et qu'on ne doive subir une nouvelle attaque de ces hommes… après tout, ils maîtrisent parfaitement bien cette technologie et ils ont montré qu'ils étaient prêts à tout. Ils ne laissent rien au hasard.
Kate était fascinée par cette fille. D'une part, son cerveau analysait rapidement les informations, d'autres parts, son raisonnement tenait debout. Malgré son jeune âge, elle était dotée d'une intelligence et d'une maturité rare. Kate était impressionnée, et un élan d'affection s'empara d'elle.
- Tu n'as pas tort … mais on doit en savoir plus sur cette femme …
Castle, à présent habillé et apte à participer à la conversation, ne souhaitait pas voir cette piste se voir mettre de côté par les deux femmes. Bien sûr, sa fille avait des arguments légitimes, mais égoïstement, il voulait découvrir qui était la femme qui avait failli ruiner sa vie.
D'ordinaire peu rancunier, il le devenait pourtant dès que cela concernait Beckett.
- On doit trouver une solution … mais oui, je pense qu'effectivement on devrait quand même vérifier cette piste…je demanderai à Vikram son avis sur la question…
Si Kate avait exprimé ses doutes lorsque Castle lui avait soumis son idée, elle sentait bien que pour lui, il était important d'y voir clair à son sujet. Lui exprimer désormais son soutien, revenait à le rassurer une nouvelle fois quant à son amour et son besoin de compréhension.
- Finalement, si on résume… on a déjà des éléments sur lesquels se pencher … il y a la drogue, il y a cet homme mystère que Vikram a repéré après la mort de Hyde et il y a cette femme …
Alexis regarda Kate, et détendue, lui décrocha un sourire rassurant.
- On va découvrir qui sont les salauds qui sont derrière tout ça… déjà papa et toi vous êtes une équipe du tonnerre, alors avec mes propres compétences, on va rayer de la carte cette menace fantôme …
Beckett visualisait Castle incarnait en Alexis. Décidément, ces deux-à se ressemblaient de plus en plus, et si Alexis continuait à aider son père dans la voix des investigations privées, elle deviendrait une enquêtrice hors pair à son tour.
Elle était fière de faire partie de cette famille. D'avoir sa place dans leurs cœurs. Et sa place dans leurs vies.
Rencontrer Castle avait bouleversé sa vie, indéniablement. Et elle était heureuse de les connaître et d'avoir épousé cet homme.
- Bon et pour grand-mère, on fait quoi ?
Immédiatement, Kate se referma, impliquer Alexis était déjà au dessus de ce qu'elle s'était autorisée à faire quelques semaines, et maintenant, elle devait se prononcer pour Martha ?
- Alexis, je ne pense pas qu'il soit bon de parler à ta grand-mère… commença Castle, d'un ton doux.
Il savait bien sûr qu'en disant cela, il lui demandait implicitement de mentir à sa grand-mère, et bien que l'idée ne lui plaise pas, il avait conscience du sacrifice à faire.
- Je sais que mentir à Martha va te peser mais … c'est encore nécessaire Alexis …
A son tour, Kate prenait la mesure des efforts auxquels devraient se soumettre sa belle-fille. Cela lui déplaisait également bien entendu, et aurait souhaité pouvoir y faire quelque chose. « Mais quoi ? » se dit-elle désappointée.
- On pourrait au moins lui dire que vous êtes à nouveau ensemble, mais qu'elle doit pour l'instant garder ça secret…
- Alexis …
- Non papa, attends ! … grand-mère est une excellente actrice, on n'est pas obligé de tout lui raconter en détails… ce qu'elle veut elle, c'est simplement savoir que vous allez bien tous les deux… après vos raisons, elle pourra s'en passer si vous la rassurez et que vous lui expliquiez au moins qu'il se passe un truc que vous pouvez pas lui dire …
Elle se sentait comme une guerrière qui jetait ses dernières forces dans la bataille.
Le regard de Kate se posa sur elle. Mentir à sa grand-mère semblait au dessus de ses forces alors qu'elle était prête à partir à la guerre avec eux. Elle voyait son mari en elle. La même force de détermination couplée à cette sensibilité et cette loyauté sans faille.
Elle avait tant à apprendre de sa famille. Et elle se sentait fière de Rick, d'avoir su inculquer seul une éducation sans pareille à sa fille unique. Rick s'était avéré être un père merveilleux, attentionné et complice. Il avait transmis à sa fille ses valeurs et avait fait d'elle une femme sur qui on pouvait compter en toute circonstance.
Alexis croyait en la justice, morale comme de droit, et constatant toutes ces qualités, Kate éprouvait un sentiment de force et d'équilibre qu'elle chérit profondément.
- Papa … Kate … s'il vous plait, rassurez-là … elle comprendra qu'elle doit se taire… mais s'il vous plait, faîtes le …
Ils se regardèrent tous deux, conscient de l'importance de la décision qu'ils devraient prendre.
Kate s'approcha de sa belle-fille en lui prenant les mains.
- Imagine toi … je suis passée d'un état d'isolement complet pour enquêter, à celui d'impliquer ma famille et mes amis dans une traque qui pourrait très mal se terminer…je n'aime pas l'idée que vous soyez tous impliqués…
Lui tenant toujours les mains, elle tourna la tête en direction de Rick pour lui faire comprendre qu'elle le matérialisait également dans son inquiétude.
- Pourtant je dois faire avec …et je dois avouer que je me sens bien plus forte aujourd'hui qu'il y a quelques semaines. Je sais ce que cela représente pour toi de mentir à Martha, crois-moi, je ne suis pas fière de devoir le faire moi-même… et je comprends… mais je ne peux pas prendre la responsabilité de lui faire prendre un risque, même s'il est minime …
- Mère saura garder notre secret Kate…
Castle était intervenu, sa voix calme d'où perçaient le sérieux et la compréhension. Il s'approcha des deux femmes de sa vie, et passa un bras autours de leurs tailles.
- Kate… c'est vrai, tu ne peux pas prendre cette responsabilité… tu en assumes déjà beaucoup, et cela risque de devenir trop lourd pour toi…
Elle l'écoutait attentivement, pas totalement en accord, mais s'il était un enfant souvent, elle reconnaissait son regard d'adulte responsable et fort.
- Elle t'aime beaucoup Kate, plus que tu ne crois … et elle s'inquiète vraiment de penser que notre mariage pourrait se terminer par un divorce. Alexis a raison …
Il regardait à présent sa fille, droit dans les yeux, fier et admiratif de sa progéniture.
- Elle ne posera aucune question, si on lui explique qu'on ne peut pas y répondre… en revanche, si elle nous sait ensemble…elle arrêtera de vouloir à tout prix me faire la cuisine pour me remonter le moral... Ce qui, soit-dit en passant, pourrait te faire devenir veuve bien avant que je ne tombe nez à nez avec un de ces tueurs ! …
- Castle ! Ne dis pas ça !
- Tu as déjà oublié ce repas qu'elle nous a préparé pour …
- Je parle de l'autre truc … le coupa Kate.
Soucieuse mais concernée, elle décida d'abandonner. Elle tenta de se convaincre que se délester d'un nouveau mensonge, lui apporterait davantage d'atouts dans sa manche. Au moins allégerait un tant soit peu son esprit.
- Ok … vous avez gagné … on va parler à Martha…
Son regard se fit tendre et résigné, lorsqu'elle vit Castle et sa fille se taper dans la main, en se congratulant comme deux enfants dans une cour de récréation.