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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Castle
Création : 04.11.2015 à 22h01
Auteur : Javier424
Statut : Abandonnée
« Une suite au 8x03,ce qui pourrait se passer » Javier424
Cette fanfic compte déjà 81 paragraphes
- Quoi ? Javier ? Qu'est-ce qui se passe ?
Esposito tenait toujours la caméra en regardant droit devant lui. A ses côtés, Ryan tentait tant bien que mal de savoir ce que son ami pouvait bien avoir vu.
- Javier ! dit-il un peu plus fort… montre moi !
- Alors ça mon pote… jamais j'aurais cru… murmura Esposito, d'un air étonné et abasourdi.
Kévin le regarda sans savoir quoi penser. Il se demanda un instant si réellement son ami était en train d'observer Beckett et Castle en train de faire l'amour. Se pouvait-il que la plaisanterie faite à Lanie soit effectivement la réalité ? C'était réellement ce qui se passait dans la voiture des Castle ?
- Javier, donne-moi cette caméra !
- Attends… oh la vache ! souffla-t-il du bout des lèvres… c'est pas possible !
D'un geste, il arracha des mains d'Esposito l'appareil et sans plus attendre, ajusta la vision thermique… pour y voir Beckett et Castle sagement assis l'un à côté de l'autre, absorbés dans une discussion qui semblait assez intime au regard du peu de distance entre eux, mais absolument pas sexuelle pour autant.
Et tandis que Javier n'en pouvait plus et finit par exploser de rire, Kévin tourna la tête en direction de son ami, en le fusillant du regard.
- Deux pour le prix d'un … t'aurais du voir ta tête mon frère !
Il partit dans un fou rire incontrôlable, et à côté de lui, Ryan le regardait, vexé de s'être fait avoir également.
- C'est malin… c'est très malin ça Espo, attends un peu que Beckett l'apprenne…
- Que Beckett apprenne quoi les gars ? répondit celle-ci presque aussitôt.
L'effet sur Esposito ne se fit pas attendre. Son fou rire disparut aussi subitement qu'il était arrivé, il échangea un regard avec Ryan, qui lui, semblait bien content de la situation finalement.
- Euh… rien, c'est rien Beckett, tenta Javier sans trop y croire
- Javier ! Est-ce que tu t'es moqué de moi ? fulmina Lanie
- Eh Bro, je te laisse te débrouiller avec deux femmes en colère… bonne chance, lui dit Ryan, ravi de rendre la monnaie de sa pièce à son collègue.
- Pourquoi je devrais être en colère Ryan ? demanda Beckett
- Javier m'a envoyé un texto pour me faire croire que vous étiez en train de vous envoyer en l'air tous les deux, déclara Lanie de façon très solennelle.
- Quoi ? Non mais ça va pas Espo ? explosa Kate
- Euh … non… c'est Ryan qui m'a soufflé Kate !
- Faux frère ! s'offusqua immédiatement Kévin
- Oh eh, je me fous de savoir qui a fait quoi, vous avez quel âge sérieusement !
- Je trouve ça assez drôle moi en fait, coupa Castle, sous le regard médusé de sa femme. Objectivement, c'était chaud tout à l'heure, c'était pas loin de la vérité quand on s'embrass…
- Castle ! Mais tu vas te taire oui ?! le coupa-t-elle à son tour, furieuse et prête à lui tordre le cou s'il le fallait.
Alors qu'elle s'attendait à entendre Lanie réagir ou Esposito se rebeller soudainement, le silence suivit ses dernières paroles.
Bien que de courte durée, Kate se dit que ce silence était plutôt le bienvenu pour gérer les réactions de chacun. Encore une fois, son mari n'avait pas pu se taire… elle détestait ça… mais elle l'aimait pour ça aussi, sa façon d'exprimer ses pensées, quitte à la mettre mal à l'aise. Cela faisait parti de cette capacité qu'il avait de la faire se sentir vivante.
- Kate, appela Lanie d'un calme tel que Beckett en ferma les yeux, prête à affronter l'humeur de son amie… demain soir, chez moi et je ne te laisse pas le choix.
- Euh Lanie, en fait, j'avais des projets pour nous demain so…
- Tant pis pour toi Castle, demain, c'est mon tour…et puis apparemment, t'as bien profité de la situation ce soir donc c'est comme ça. Demain Kate, et dis à ton mari de ne pas t'attendre…maintenant, un peu de sérieux…
- Enfin quelqu'un qui prend au sérieux cette mission ma chère, merci Dr Parish… murmura Jackson
- Je disais ça parce que j'aperçois une voiture qui arrive dans notre direction…
- Je la vois aussi, intervint Ryan, elle arrive sur nous…
- Lanie, Alexis, prenez des photos, essayer d'avoir la plaque, ordonna Kate, d'une voix calme mais ferme.
- Ils tournent dans la rue Beckett, signala Esposito
- On les voit, ils vont se garer, Ryan, tu filmes ?
- Ouais, je les ai, je rate rien, répondit-il sur un ton professionnel.
En quelques secondes, la tension était montée d'un cran, les bavardages et autres enfantillages avaient cédé leurs places au sérieux de leur mission.
Aux côtés de Kate, Castle ne lâchait pas des yeux les deux hommes qui descendaient de la voiture.
- On ne se trompait pas, c'est la voiture immatriculée à New York, celle de la vidéo de Vikram… annonça-t-il
- Kate… ils ne sont pas passés par Flushing, lui dit Jackson
Elle regarda Castle pour se donner la force nécessaire pour ne pas céder à la tension. Elle avait dit à Jackson de changer de position, en espérant que les deux hommes remonteraient l'avenue en direction du nord de l'Etat, pour vraisemblablement rejoindre le Connecticut.
Or ils n'avaient pas emprunté l'avenue pour parvenir jusqu'ici. Les doutes de Kate resurgirent.
Rick lui prit la main, et lui sourit tendrement.
- Ça va aller Kate…
Plongeant dans son réconfort, elle lui rendit son sourire et détourna à nouveau son regard vers les deux hommes qui s'apprêtaient à rentrer dans la blanchisserie.
- Jackson, ils viennent de rentrer… normalement, ils devraient en ressortirent dans une ½ heure à peu près…
- Dès qu'ils sortent, dites moi dans quelle direction ils repartent… je pourrais encore les rattraper si je ne perds pas de temps…
- Jackson… ne prenez pas le risque de vous faire repérer…
- Ne vous inquiétez pas, ce n'est pas ma première filature… je serais discret…
A ses mots, Kate ferma les yeux, tentant de soulager la pression qu'elle sentait à présent sur ses épaules. Quand elle les ouvrit à nouveau, elle rencontra ceux de son mari, rassurants et protecteurs.
- Kate, papa, y'a un truc pas normal là ! coupa Alexis
- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? s'alarma Beckett
- Une seconde voiture, on la voit arriver nous aussi, intervint Esposito
- On fait des photos, annonça Lanie
- Kate, quelque chose à changé, vous avez peut-être été repéré par le gars au chien finalement, alerta Jackson
La main de Rick attrapa la sienne et en un instant, ses doigts s'entrelacèrent aux siens. Sur ses gardes Beckett vit les phares de la voiture qui se présentait à présent dans la rue.
- Deux nouveaux types à l'intérieur, annonça Castle
- Ils descendent, continua Esposito
- Kate, j'arrive, annonça Jackson précipitamment
- Non ! Ils vont à la boutique … dit-elle, en s'autorisant à souffler un peu… ils ne sont pas là pour nous… ils sont rentrés…
- Pourquoi deux voitures ? demanda Castle en la regardant droit dans les yeux
- Je ne sais pas… ce n'était pas sensé se passer comme ça…
- Kate… appela Jackson, il faut évacuer Alexis et le Dr Parish… on ne peut pas prendre de risque …
Kate chercha du soutien dans les yeux de son mari.
- Il a raison, Alexis, Lanie, partez… Allez chez toi Lanie et restez-y jusqu'à ce qu'on vous rappelle, ok ?
- Mais Kate…
- Alexis, fais ce qu'on te dit, coupa son père. A partir de là, on ne sait pas ce qui va se passer, alors allez-vous en ! Ne laissez rien dans le fourgon, empruntez des voies fréquentées pour rentrer et filez chez Lanie.
Après quelques secondes, ils entendirent Lanie acquiescer, puis un peu plus tard, Ryan leur annonça qu'elles avaient évacué.
- A présent, tenez-vous tous sur vos gardes. On ne peut pas exclure la possibilité que vous ayez été repéré… plaida Jackson.
- S'ils nous ont repéré, pourquoi ne pas nous tuer tout de suite, pourquoi rentrer dans la blanchisserie ? s'interrogea Castle
Kate le regarda, en tentant de percer les rouages qui se mettaient en marche son cerveau. Elle le connaissait trop bien pour savoir que ses questions étaient bien souvent pertinentes.
- S'ils venaient pour nous, ils nous auraient pris en tenaille, ils se seraient garés à notre hauteur, probablement juste derrière chacune de nos voitures… Une pour prendre au piège Ryan et Espo, une autre pour nous… là, ils se sont garés en face de la blanchisserie…
- On n'a pas été repéré, annonça Kate en le regardant
- Mais quelque chose s'est passé…lui répondit-il en soutenant son regard
- Et ils ont changé leurs plans…
- Ils ne viennent pas pour nous, conclut Kate
- Ils viennent pour …
Alors qu'ils s'apprêtaient à exposer leurs conclusions en chœur, Beckett et Castle furent interrompus par un éclair blanc qui perça la faible lueur à l'intérieur de la boutique.
- Vous avez vu ça ? bondit Esposito
- Jackson, un coup de feu, au silencieux apparemment… analysa Kate
- Un deuxième ! cria Ryan
- Ne bougez pas ! Ne bougez pas ! ordonna Jackson
- Là, regardez !
- Jackson… la première équipe ressort de la boutique, ils ont le sac de sport… ils sont en avance sur l'horaire… ils sont pressés… ils vont partir…
- Kate ? Il reste deux hommes… je suis cette équipe ou je reste pour vous couvrir ?
- Allez-y, allez-y ! Ils partent, ils filent vers Flushing…
- A toi de jouer papa… ils ont une Ford noire immatriculée ANY-4827…ils sont deux dedans, peut-être trois et ½, s'ils ramassent Thor et son maître…
- Je vois des phares devant moi, ils arrivent… je coupe la communication, Kate, soyez prudente… vous tous aussi… je reviens vers vous avant 3 jours…
- Sois prudent papa…
- Pas de soucis fiston…j'ai trop hâte d'entendre les nouvelles confidences de ta femme, je vais revenir…
Il avait beau avoir dit cela sur le ton de la plaisanterie, Kate entendait malgré tout la prudence dans la voix de l'homme qui vivait dans l'ombre depuis des années.
Evidemment, que lui aussi se mette à plaisanter sur sa vie privée ne l'enchantait pas, mais au-delà de cela, elle espérait de tout cœur le voir revenir à eux sain et sauf.
- Kate…
La voix de Ryan la sortit de ses pensées.
- Un des type ressort… commença Esposito
- Il ouvre le coffre…
- Je le vois oui…Rick ?
Elle se tourna vers lui et sut immédiatement qu'il avait comprit.
- Ils sont venus pour les gérants oui…
- Ils les ont tués…
- Ils vont se débarrasser des corps…
Devant eux, la scène semblait se dérouler au ralenti. Ils aperçurent le deuxième homme dans l'encadrement de la porte, il observait son complice qui lui, s'affairait visiblement dans le coffre.
- Il retourne à la boutique…
Durant les quelques secondes qui suivirent, plus personne ne respirait. Tous les quatre avaient les yeux rivés sur la porte d'entrée, la faible lueur vacillait toujours à l'intérieur, la rue toujours aussi sombre et desserte.
Un frisson parcourut Castle quand il vit les deux hommes ressortir.
- Ils vont mettre le corps dans le coffre…
- Kate ? demanda Esposito
Pour eux, flics assermentés de cette ville, assister à ce genre de scène était irréaliste. Ils luttaient jour et nuit contre le crime et pourtant, devant eux, des hommes avaient commis deux meurtres et allaient se débarrasser des corps, sans qu'ils ne bronchent.
Kate ne disait rien… mais enrageait de ne rien faire. Le crime était son ennemi, elle pourchassait les assassins pour rendre justice… et là, elle regardait simplement.
Elle était témoin du plus sordide des crimes contre lesquels elle avait voué sa vie professionnelle… et elle attendait, aucune intervention, juste la scène qui défilait devant elle.
Elle avait envie de sortir de la voiture, de hurler « NYPD »… mais après quoi ? Arrêter ces deux hommes et les voir se terrer dans le silence jusqu'à ce qu'on les retrouve pendus dans leurs cellules ?
Sans compter que dès qu'elle les aurait arrêter, elle mettrait son enquête à la poubelle et le trafic de drogue perdurerait encore et encore.
Sans mandat, sans raison d'être là, surveillant des civiles sans autorisation avec du matériel d'élite… elle perdrait son job avant qu'un seul des dealers de ce cartel ne soit inquiété.
- On attend… on ne change pas nos plans… dit-elle au bout de quelques instants.
- Kate, ils rentrent à nouveau…
- Ils vont prendre le second corps…
- Vous prenez des photos les gars ?...demanda Kate d'une voix tendue
- La caméra tourne et Ryan prend des photos, répondit Esposito
- C'est incroyable… commença Castle… ils tuent deux personnes au beau milieu de la nuit, et on dirait qu'ils sont tranquilles…
Castle avait raison : dehors les deux hommes donnaient l'impression de prendre leur temps, comme s'ils agissaient en parfaite immunité.
- Je vais essayer de pousser la portée du micro… peut-être qu'on pourra les entendre, annonça Castle.
Kate le regarda faire et pria pour que son matériel hors de prix démontre une nouvelle fois ses atouts.
« grrrrr tu as vu les yankees ? Heureusement que Beltran est en veine en ce moment grrrrr »
- J'y crois pas… ils viennent de tuer deux personnes, et ils parlent base-ball ?
Castle entendit le dégoût dans la voix de Ryan. Tandis que les deux hommes continuaient leurs allers et venues entre la boutique et la voiture, il regarda sa femme et reconnut son regard déterminé.
« grrrrrr on en est où à l'intérieur ? grrrr… il a saigné comme un porc… grrrr … va nous prendre des heures pour nettoyer ça… grrrr …non mon pote, c'est bon, on a bientôt fini …grrr »
Kate écoutait, attentive et furieuse. Elle haïssait ce cartel, elle haïssait ses hommes pour qui la vie ne valait rien. Peu importe qu'ils aient tué deux des leurs, combien de vies encore prendraient-ils au nom du pouvoir et de l'argent ?
« grrrr c'est ok, c'est plus propre que ça n'a jamais été ! grrr »
- Ils se marrent ces enfoirés… murmura Castle
« …grrr… il aurait mieux fait de fermer sa gueule le gringo… elle a payé pour lui grrr … »
Les deux hommes refermèrent la porte de la boutique, et se dirigèrent vers leur voiture. La tentation dans la voix d'Esposito transperça le silence.
- Kate, on peut les filer… si on est prudent, on peut…
- Non Espo !
La voix de Kate était ferme et son ton sans appel. Rick chercha son regard et quand il le croisa, elle tenta de dépasser sa colère pour s'expliquer.
- Espo, vous ne pouvez pas les suivre, c'est trop risqué… on ne sait rien sur eux, on a aucune idée de l'endroit d'où ils viennent ni où ils vont aller… on est complètement aveugle… vous pourriez vous retrouver dans un guet-apens et on ne pourrait rien pour vous.
Elle respira profondément tandis que la voiture des deux hommes quittait son stationnement. Elle était capitaine de police et elle laissait délibérément filer deux hommes suspectés de meurtres au premier degré. Tout était prémédité, ils étaient venus pour abattre ce couple, pour une raison inconnue mais qui visiblement avait un lien avec une confidence quelconque du mari.
La voiture fuyait les lieux et Kate les suivait du regard, sans rien faire.
- Espo, Ryan… ça me ronge autant que vous mais on ne peut pas se jeter dans la gueule du loup sans savoir s'il est affamé ou pas…
Elle trouva le réconfort et le soutien dans les yeux de Castle. Des années auparavant, avant lui, avant eux, elle aurait foncé et n'aurait fait preuve d'aucune patience, elle aurait voulu savoir et battre le fer tant qu'il était chaud.
Depuis, elle savait que parfois la sagesse avait meilleur effet, surtout quand leurs vies étaient mises en balance.
Non, elle ne pouvait pas envoyer ses amis suivre ces hommes sans rien savoir d'eux.
En plus de l'amour, Rick lui avait appris la patience et la prudence. Elle ne le remercierait jamais assez pour cet héritage qui, un nombre incalculable de fois, lui avait sans doute sauvé la vie.
Sans raison apparente pour lui, elle se pencha vers lui et déposa un baiser chaste sur ses lèvres, savourant leur douceur et leur chaleur.
Il la dévisagea, étonné de cet instant, mais soulagé de ce qu'il comprenait en lisant en elle.
- Les gars… on attend encore 3/4h et vous partez en premier… phares éteints … vous évacuez la zone le plus discrètement possible… empruntez les voix rapides, ok ?
- Ok Beckett…
La voix d'Espo était teintée d'une nuance de frustration et peut-être même de déception. Kate le perçut immédiatement.
- Espo… je sais ce que tu penses… mais c'est trop risqué…
- Oui, oui… je sais Beckett… t'as raison…
- On attend 3/4h et on évacue, c'est bien reçu Kate, conclut Ryan
- on attendra encore un peu et on partira à notre tour... Rick, tu n'oublieras pas la contribution de Thor
Un faible sourire dans l'effrayante réalité.
Dans leur voiture, Kate posa sa tête contre la vitre et ferma les yeux un instant. Partagée entre la frustration, l'excitation, le stress, toutes ces nouvelles informations qu'ils allaient pouvoir étudier, décortiquées, les photos, les vidéos, les écoutes… autant de données à analyser, comprendre, et peut-être, qui les mèneront vers des noms ou des lieux connus des services de la DEA ou à plus bas niveau, au service des stup' du NYPD.
Ils avaient des photos, ils avaient des plaques, et bien qu'ils s'interdisaient d'utiliser les moyens officiels pour leurs recherches, ils avaient des moyens détournés pour y parvenir.
Sans parler du fait que la blanchisserie était dans sa juridiction, ce qui voulait dire que si un membre de leur famille signalait la disparition du couple, si ces hommes n'avaient laissé ne serait-ce qu'une minuscule goutte de sang, une faille dans leur nettoyage permettrait d'ouvrir une enquête et d'en savoir un peu plus, sous couvert d'une investigation officielle.
Et même si les preuves d'une implication dans le trafic seraient sans doute effacées, au moins, ils en apprendraient davantage de ce couple.
Qui ils étaient, interroger leur amis, leurs familles, retracer leurs allers et venus… tout ce qui était imprudent de faire, tant qu'ils devaient enquêter dans l'ombre.
Sans oser se l'avouer, Kate était confiante. En l'espace de quelques jours, ils avaient avancé à grande vitesse, et sans savoir jusqu'où elle se rapprochait de ces hommes, elle entrevoyait leur fonctionnement.
Et leur inhumanité. Ils tuaient, se débarrassaient des corps, fabriquaient des histoires pour expliquer les meurtres, faisaient disparaître les preuves… elle le savait avant cela, mais elle en avait été témoin désormais.
Pour Darryl comme pour les autres, elle se promit de détruire ce trafic jusqu'au plus profond de ses fondations.
La journée lui avait paru passer au ralenti, contrastant avec la folie de la veille au soir.
Pour Kate, cela devenait difficilement supportable. Elle avait la détestable impression de ne plus contrôler sa vie, au-delà même de son enquête.
Ils oscillaient entre patience forcée et urgence. Tantôt obligés de ronger leurs freins, tantôt accablés par le stress et l'anxiété.
Cette journée avait été l'une de celles qui habillait d'un voile la réalité. L'une de celles qui devait suivre son court au rythme d'un quotidien biaisé.
Les regards s'étaient croisés, sans jamais se trahir, bien que pour Kate, Esposito et Ryan, l'attente d'un coup de fil hypothétique, annonçant un double meurtre à Brooklyn, jouait sérieusement avec leurs nerfs.
Mais cet appel n'était jamais venu. Pas aujourd'hui. Peut-être jamais.
L'incertitude planait et ils ne pouvaient rien y faire.
Comment expliquer une intuition aussi juste et précise, si jamais Kate faisait le moindre pas vers cette blanchisserie ?
La seule option était désormais l'attente. D'un appel signalant une disparition suspecte, celui d'un habitant du quartier qui trouverait étrange de ne pas voir le couple de gérants, celui signalant une tâche de sang « oubliée » par les hommes qui les avaient froidement exécutés… ou l'attente du retour de Jackson et avec lui, des informations concrètes et cruciales sur le trafic de drogues et les hommes qui s'y livraient.
L'espoir, l'attente, l'impatience, la soif de justice… Autant de sentiments sans écho pour le moment.
Mais en attendant, ce soir, Kate allait devoir affronter un autre genre de sentiment.
La curiosité maladive de Lanie qui, la veille, avait nécessairement franchi un nouveau palier.
Respectant une promesse à peine prononcée, elle s'était rendue chez son amie, au grand damne de Castle, qui aurait préféré la garder pour lui ce soir.
Après les événements de cette nuit, rien n'aurait dû lui paraître insurmontable en termes de gestion de situation.
Seulement voilà, Lanie était terrifiante.
Et les conversations intimes dont elle avait été témoin, devaient avoir alimenté sa soif d'indiscrétion.
Partagée entre l'angoisse de trouver un moyen de contourner les questions de Lanie et le désir de passer une bonne soirée, Kate s'attendait à trouver son amie en forme.
Les salutations d'usage entre copines passées, elle allait devoir faire face en espérant canaliser au mieux la légiste.
- Tu as bien dit à Castle de ne pas t'attendre ma chérie ?
Lanie était absolument en forme, aucun doute possible.
- Hum.. d'ailleurs, il te remercie d'avoir gâché ses plans pour cette nuit, répondit Kate en lui souriant gentiment.
- En fait, il va peut-être réellement me remercier… lui dit Lanie d'un air énigmatique.
Kate ne répondit pas, mais la regarda impatiente de connaître la ligne de pensée de son amie.
- Il se peut qu'en rentrant tout à l'heure, tu sois tellement en manque que tu le réveilleras, prête à le violer s'il le faut…
Beckett ne put réprimer un rire nerveux.
- Je crois que ça n'arriveras jamais ça Lanie, lui dit-elle en souriant.
- Tu as oublié comme tu es émoustillée à chaque fois que l'on parle de ton mari ? demanda la légiste, sûre d'elle.
Kate prit quelques secondes pour lui répondre, incapable de dissimuler plus longtemps son avis personnel sur la question.
- Je parlais d'avoir à le violer…
Elles se regardèrent un instant, puis, explosèrent de rire en même temps.
Avec les années, Kate se rendait compte qu'elle était de plus en plus sensible aux interactions avec ses amis. Elle s'autorisait à rire, à plaisanter, à se confier, et encore une fois, elle le devait à Castle. Il était la raison de tous ces changements positifs en elle. Lui et son amour.
Elle essuya une larme de rire en tentant de reprendre un minimum son sérieux.
- Eh bien… je ne peux pas dire que je suis étonnée par ça, reprit Lanie. Tu sais, cette enquête n'a pas que des mauvais côtés, continua-t-elle
- Lanie, tu t'engages sur un chemin incertain là, prévint Kate.
- Je suis sérieuse ma belle…
Elle but une gorgée de vin avant de continuer.
- J'ai appris beaucoup de choses sur toi ces derniers temps !
- Oui… des trucs qui auraient dû rester dans le domaine du privé, contra Kate, en souriant.
- Je suis ta meilleure amie, non ? demanda sérieusement Lanie
- Sans aucun doute… mais je ne vois pas le rapport ? En quoi être ma meilleure amie te donnerait le droit de connaître tous les détails intimes de ma vie privée ? lui dit Kate, en cherchant à bâtir des barricades pour éloigner Lanie.
- C'est justement ce dont je te parle : je n'ai pas besoin de te demander, j'apprends tout ce que je veux savoir ! Tu me dis tout de toi-même, ce que nous partageons, c'est une relation d'amitié très très forte…
Kate scilla devant la logique improbable de Lanie.
- Oui et bien, parfois, souvent en fait, je préférerais que certains trucs restent entre Castle et moi, se plaignit-elle affectueusement.
- Je te signale qu'hier, personne ne vous a forcé à parler… le problème Kate, c'est que vous ne pouvez pas vous empêcher de vous allumer… forcément, ça dérape et c'est pour ça que tu as besoin de te confier à ta meilleure amie !
- Non, le problème, c'est que vous avez tous les oreilles qui traînent, et c'est toi qui éprouve le besoin d'entendre des détails croustillants pour alimenter ta libido, riposta Kate en la taquinant.
- C'est terriblement sexuel entre vous deux, évidemment qu'on reste à l'affût… et que j'ai envie de savoir quand tu grimpes aux rideaux ! argumenta Lanie
- Pour ça, il faudrait qu'on se voit tous les jours alors, ne put s'empêcher de répondre Kate en ne parvenant pas à camoufler son bonheur conjugal.
- Tous les jours ? Sérieusement ? demanda Lanie
Kate s'abstint de répondre, mais son sourire évocateur le fit pour elle.
- Il est si bon amant ? Dis-moi tout ! la poussa-t-elle
« Oh si tu savais Lanie… le meilleur… » pensa Kate, en sentant les prémices du désir s'insinuer en elle.
- Trouves toi un mec Lanie, se contenta-t-elle de dire, son sourire de plus en plus communicatif.
- Castle n'aurait pas un frère par hasard ? Après tout, il a bien un père qui débarque d'on ne sait où !
En mentionnant Jackson, Lanie, sans le vouloir, avait replongé soudainement Kate dans les événements de la veille, et indubitablement, au fait qu'il les avait laissé pour se lancer à la poursuite d'hommes armés et dangereux.
Instinctivement, Kate se ferma et Lanie s'en aperçut. Endossant alors un nouvel aspect de son rôle de meilleure amie, elle lui prit la main pour la rassurer.
- Je suis sûre qu'il va bien et que bientôt, tu auras de ses nouvelles
- J'espère… ça m'inquiète, expliqua Kate d'une voix nettement plus faible désormais. Hier soir, ça aurait pu très mal se passer… Vikram avait peut-être raison… on aurait pu attendre encore 1 mois avant de planquer… pour être sûre… quand vous nous avez prévenu pour la deuxième voiture, j'ai paniqué…
- Mais tout s'est bien passé au final, la coupa Lanie
- Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'on a eu de la chance cette nuit…
- Et il en faut parfois Kate… Contentes toi de la réalité : nous allons tous bien et personne n'a risqué ouvertement sa vie hier soir…
- Oui mais…
- Arrête de te torturer l'esprit avec ça… lui dit Lanie, soucieuse de rassurer son amie
- Lanie, je vous fais prendre des risques malgré tout…
- Non, ce n'est pas toi, la coupa à nouveau la légiste. Ce n'est pas toi, répéta-t-elle, ce sont eux… toi, tu te bats contre eux pour une bonne raison, et nous, nous avons choisit de te suivre parce qu'on approuve cette raison. On la partage… tu nous obliges en rien Kate…
En réponse, Beckett lui serra la main. Ses amis ne perdaient jamais une occasion de la rassurer, mais au fond d'elle, elle ne pouvait se séparer de ce sentiment inconfortable.
- Tu sais quoi ? lui demanda Lanie, je ne t'ai pas privé de galipettes torrides avec ton mari pour sombrer dans la paranoïa ou l'amertume. Passons aux choses sérieuses…
A ces mots, Kate se demanda quelle discussion à venir lui conviendrait le mieux.
Parler de son enquête qui répandait en elle, colère et inquiétude, ou parler du sujet préféré de Lanie, sa vie privée.
Quand elle regarda son amie, ses yeux brillants d'avance, elle sut que de toute façon, elle n'aurait pas le choix, son intimité allait encore souffrir des indiscrétions de Lanie.
- Parles moi de ce qui s'est passé dans cette voiture…
« Oh non… pas ça ! » pensa Kate.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, tenta-t-elle pour gagner du temps, en souriant de savoir à l'avance qu'elle ne parviendrait jamais à berner Lanie.
- Ah tu ne vois pas hein ? Je te parle de ce que tu aurais eu du mal à expliquer aux garçons si vous vous étiez fait prendre…
- Ce n'est vraiment pas la peine d'en faire toute une histoire, répondit Kate en buvant une gorgée de son jus de fruits.
- Laisses moi en juger par moi-même, contra Lanie
« Elle ne va pas lâcher » pensa Kate
- Lanie, je ne peux pas te dire ça, c'est … privé
- Donc c'est croustillant… exactement le genre de confidences que j'aime ! en conclut-elle
- Sérieusement Lanie ? Tu n'as jamais rien fait dans une voiture ? T'as pas besoin de détails… plaida Kate désespérément.
- Oh si… et si ! … Si tu veux je t'en parlerai, mais d'abord … à toi !
« Elle est redoutable »
- Ce qui m'intéresse, c'est ce que tu aurais eu du mal à expliquer aux gars… toi ? Kate Beckett, qu'est-ce que tu n'aurais pas pu justifier ?
Kate la regarda et ne put s'empêcher de sourire. Son amie était une vraie commère, et le sérieux qu'elle défendait, en posant innocemment des questions très indiscrètes, était réellement une prouesse à réaliser. Comment faisait-elle pour paraître si sérieuse alors qu'elle était suffisamment intelligente pour savoir que de telles questions ne se posaient pas normalement ?
- Ce n'est vraiment rien… abandonna Kate, vaincu une nouvelle fois par le sourire et l'insistance de Lanie… c'est juste qu'on a failli être vu … nous étions sur le parking d'un cinéma d'extérieur et on a vu qu'au dernier moment le gardien qui arrivait vers notre voiture… c'est tout.
Un résumé court, simple et sans détail. Ce n'était pas faux en même temps, et Kate pria pour que cela suffise à son amie.
En vain.
- C'est tout ? Sérieusement Kate ?
- Oui, je t'assure, c'est juste ça… se défendit-elle
- Et vous faisiez quoi exactement ? demanda Lanie, qui dissimulait très mal son intérêt pour la question.
« Bon… alors non, ça ne lui suffit pas… et merde… »
- T'as pas besoin de la savoir Lanie… souffla Kate en la regardant avec des yeux rieurs mais teintés d'espoir.
- Je peux demander à Castle si tu préfères… j'en aurais des détails avec lui !
« Tu m'étonnes… bien sûr que tu en aurais avec lui… il ne sait pas se taire »
- Tu me menaces, s'amusa Kate, en tentant de cacher son sentiment.
- Tu m'y obliges, répondit innocemment Lanie
- Lanie, c'est très indiscret tu sais …
- Oui je sais ! Allez Kate, racontes moi, la poussa-t-elle
Kate se terra dans le silence, elle savait qu'elle allait devoir parler si elle ne voulait pas voir sa soirée s'éterniser autours de cette confidence, et surtout, si elle voulait rentrer à une heure décente pour profiter encore un peu de cette nuit, mais cette fois, dans les bras de son mari.
- Disons que… parfois c'est très pratique de porter une robe… se lança-t-elle, fataliste tant elle connaissait la ténacité de son amie.
- Hum … mais encore ?
- Disons que le film n'était pas aussi passionnant qu'on le pensait… et Castle a parfois les mains un peu baladeuses…
- Tu m'en diras tant ! Donc… tu as eu droit à un petit massage, c'est ça ?
Kate sentit le rouge lui montait aux joues, en même temps que le désir prenait forme dans son ventre. Se remémorer cet épisode érotique la réveillait sensiblement et elle s'autorisa à penser à son mari, probablement en train de jouer à un jeu vidéo … ou en train d'écrire une de ces scènes dont il avait le génie pour fournir assez de détails et de réalisme pour qu'elle en éprouve du désir instantanément.
- Kate ? Tu reviens ici ou je te laisse avec le souvenir de la main de ton écrivain entre les cuisses ?
- Lanie ! s'offusqua-t-elle, presque par habitude, tant Kate savait que Lanie n'était pas dupe de ses pensées les plus intimes.
- Donc, il te … « massait » et le gardien est arrivé ?
A présent écarlate, Kate finit son verre avant de relever les yeux vers son amie.
- Je te préviens Lanie, tu ne racontes ça à personne, lui dit-elle en s'étonnant elle-même de ce qu'elle était capable de raconter à s meilleure amie
- Motus et bouche cousue…
De retour dans ses pensées, le souvenir de la main de Castle faisait son effet, et en évitant le regard de Lanie, s'abstint de lui préciser qu'elle-même n'avait su garder sa main pour elle pendant le film...et Castle avait eu beaucoup de difficulté à retrouver son calme après qu'elle ait du précipitamment relâcher la pression sur son sexe en érection.
- Eh bien … j'adore tes histoires ma belle … maintenant, parles moi de ces fameuses lunettes thermiques !
De retour au loft, bien plus tard qu'elle ne l'avait espéré, Kate trouva son mari profondément endormi dans leur lit.
Elle le regarda amoureusement, la pénombre dessinant le contour de son corps emmitouflé sous la couette.
Lentement, elle se déshabilla, et s'allongea près de lui, complètement nue.
Doucement, elle baisa ses lèvres en se pressant contre lui.
- Hum… tu es rentrée…. Murmura-t-il d'une voix encore ensommeillée
- Oui … babe… tu penseras à remercier Lanie demain, lui dit-elle d'une voix sensuelle, tandis qu'elle l'embrassait de nouveau, féline et amoureuse.
- J'n'y manquerai pas, répondit-il les yeux fermés, toujours endormi.
Elle le regarda, il lui répondait, mais il dormait encore. Elle sourit en pensant à ce que cet homme lui faisait ressentir.
Lentement, elle glissa sa main dans son bas de pyjama et guetta ses réactions, et lorsqu'il ouvrit complètement les yeux, cette fois bel et bien réveillé, il gémit profondément en se délectant des délicieuses tortures que la bouche de sa femme lui prodiguait.
Kate se frotta les yeux en étouffant un bâillement. Son café brûlant posé sur le bureau était terriblement tentant, mais à moins de risquer une blessure, elle devrait patienter un petit instant avant de pouvoir le boire.
Ce matin, en arrivant au poste, elle avait évité de rester trop longtemps vers Esposito et Ryan, de peur de subir leurs railleries.
Objectivement, ce matin en se levant, elle-même, s'était sermonnée de voir son visage si fatigué.
La nuit avait été plus que courte. Lanie avait le don pour la faire parler et Kate, celui de ne pas pouvoir se taire dès lors que le sujet se nommé « Rick Castle ».
Et parler ainsi, presque en toute liberté, se livrer, laisser les souvenirs remonter à la surface, avait forcément des conséquences. Et les conséquences avaient tendances à se nicher dans son bas ventre. Si bien qu'à son retour, elle n'avait pu s'empêcher de réveiller Rick… et de quelle manière !
En y repensant, elle s'étonnait d'être capable de le tirer de son sommeil pour lui faire l'amour et de s'abandonner ensuite complètement à ses caresses et à son désir.
Sa libido s'exacerbait toujours plus depuis qu'elle s'était autorisée à le laisser entrer dans sa vie.
Mais si quelques années en arrière, on lui avait dit qu'elle éprouverait toujours un tel désir pour cet homme, désir capable de la rendre animale au point de le réveiller en lui offrant une caresse buccale qui l'avait rendu fou, jamais elle ne l'aurait cru.
Bien sûr, elle avait su bien avant qu'ils ne franchissent le pas ensemble, qu'ils seraient explosifs sur le plan sexuel, mais à quel point, cela, elle ne l'aurait jamais imaginé.
Et Rick avait étouffé ses gémissements autant que possible, puis n'y tenant plus, l'avait entraîné dans une lutte sans merci dans la quête de ce plaisir partagé.
Elle éprouvait encore la douce chaleur de son époux logé en elle, sa présence tellement enivrante qu'elle en avait encore des frissons à son réveil.
« Je deviens obsédée… »
La passion qu'elle ressentait des heures après, laissait des traces, et ce matin, outre la fatigue de n'avoir dormi que quelques heures deux nuits durant, ses muscles se rappelaient à elle en de multiples courbatures, qui l'accompagneraient tout au long de sa journée.
« Concentres toi Kate… »
- Tu rougis…
Elle sursauta au son de la voix de son mari. Elle ne l'attendait pas ce matin et de le voir, n'arrangea rien à son état.
- Qu'est-ce que tu fais là Rick ? demanda-t-elle d'une voix mal maîtrisée.
Elle se maudit un instant d'être si dépendante de lui… pour aussitôt sombrer dans la joie de l'être à ce point.
- Pour l'instant, je te regarde et je devine à quoi tu penses Mme Castle…
Elle lui sourit, incapable de contrer les sentiments qui faisaient rage en elle. Elle l'aimait point. Elle n'avait pas à lutter après tout. Plus maintenant.
- A quoi crois-tu que j'étais en train de penser ? sa voix se fit sensuelle et Castle réagit instantanément.
Ses pupilles semblaient s'être dilatées et ses lèvres, l'appelaient à s'abandonner à nouveau.
- Je pense que tu as du mal à te remettre de cette nuit…
Elle déglutit en le regardant, le désir la menaçant de l'emporter à nouveau.
- Ça me rend dingue babe… j'ai l'impression que je suis de plus en plus amoureuse de toi… alors que je te jure que je ne peux pas l'être plus, murmura-t-elle, hypnotisée par ses yeux plantés sur elle, et par ses lèvres, diablement tentantes.
- Tu sais que c'est la première fois que tu me le dis…lui dit-il, un large sourire nourrissant son visage.
- Te dire quoi Rick ?
- Que tu es amoureuse de moi… tu m'as dit que tu m'aimais, mais jamais que tu étais amoureuse…
- Je suis amoureuse de toi depuis longtemps tu sais mon cœur, lui répondit-elle, émerveillée par ce sourire illuminant son bureau.
- Depuis le premier jour, je sais, tenta-t-il, en la sondant du regard.
Elle sourit en laissant éclater son bonheur au grand jour, il la faisait rire autant qu'il l'exaspérait, mais toujours cet équilibre les conduisait à s'aimer de plus en plus fort.
- Je suis sérieuse, ça me dévore, lui dit-elle, en éludant volontairement son affirmation, hier soir, j'étais …
- Torride… coupa-t-il, un air rêveur affiché clairement sur son visage
Oui ça, elle l'avait été, mais elle se reprit malgré tout.
- Possédée…
Elle le regarda et laissa le mot flotté dans l'atmosphère jusqu'à les habiter tous deux.
- Je ne saurais pas te l'expliquer… en te voyant dormir paisiblement, j'ai eu envie de te … posséder, je ne vois pas d'autres termes, lui confit-elle
- J'ai adoré cette nuit Kate… c'était… incroyable. Tu sais à quoi moi je pense là ?
- Non… se risqua-t-elle
Elle le connaissait, et sa réponse allait être extrêmement dangereuse, elle le savait. Mais irrémédiablement, elle voulait l'entendre, elle voulait vibrer encore, à ses mots, sous ses yeux et sous ses mains.
- Je pense à ta bouche et à la caresse de tes lèvres et de ta langue… je pense à tes seins que je caressais quand tu étais sur moi… je pense à tes yeux qui se troublent quand tu gémis mon nom… je pense à cette incroyable sensation qu'est d'exploser en toi… je pense à ce que tu m'as dit cette nuit…
- Rick…
Elle se sentait mal à l'aise et voulait le faire taire, et en même temps, elle était ravagée par le désir. Elle ne tiendrait pas, elle le voulait, elle voulait encore s'abandonner dans ses bras.
- Je pense à ces quelques mots que tu m'as murmuré à l'oreille quand tu as jouis…
- Je t'en prie babe, pas ici…
- Regarde nous Kate, on est sagement assis, l'un en face de l'autre… il ne peut pas y avoir plus de distance entre nous dans ton bureau, lui dit-il innocemment en la regardant se consumer.
- Tu sais très bien ce que je veux dire, souffla-t-elle en tentant de maîtriser l'ardeur de son corps
- J'aime à quel point tu te laisses aller Kate… ça fait 4 ans nous deux, tu es toujours aussi sensuelle, expressive, animale… j'aime ce que je vois dans tes yeux quand tu jouis, murmura-t-il sans la lâcher des yeux.
Il la provoquait et se permettait de continuer tant qu'il ne percevrait pas la limite que Kate établissait entre eux, quand ils étaient au poste ou dans un autre endroit inapproprié.
Quoique ces derniers temps, peu d'endroits semblaient inappropriés pour sa femme. Pour son plus grand plaisir d'ailleurs.
- Rick… tu sais l'effet que tu me fais et je pensais ce que je t'ai dit hier
- « reste en moi…je veux te sentir encore… », c'était terriblement excitant… et émouvant en même temps
- En ce moment, j'ai tendance à te vouloir …souvent, dit-elle après une légère hésitation.
Devant elle, Rick était captivé. Bien sûr, ils étaient éloignés l'un de l'autre, mais nul doute que si quelqu'un arrivait à cet instant, dans ce bureau, la chaleur qui se dégageait d'eux, ne souffrirait d'aucun doute quant à son origine.
- Et je suis sensé ne te faire que 3 enfants ? Si tu réagis comme ça à chacune de tes grossesses, je ne comprends pas pourquoi on ne se retrouvera pas à la tête d'une famille bien plus grande… se lança-t-il
Il faisait référence à cet homme qui était soi-disant du futur. Une illustration parfaite des croyances « hurluberluesques » de son mari.
- Attendons déjà d'avoir notre petite merveille mon cœur… on verra ensuite à combien d'autres petits toi je serais confrontés tous les jours, lui sourit-elle ébahie comme toujours, de le voir habité par de telles théories.
- A ce propos… elle chercha à accrocher son regard pour ne rien rater de ses réactions… tu veux le voir notre bébé ?
La voix douce et posée de sa femme contrastait avec le tonnerre qui grondait en lui. Elle lui avait dit cela sur un ton amoureux et calme et lui, avait l'impression qu'il allait exploser. Son sourire, ses traits, ses yeux, son corps tout entier répondait à sa question.
« Tu es beau mon cœur quand tu es heureux… »
- Tu as demandé à Lanie ?
- Elle m'a dit qu'elle allait se débrouiller pour récupérer l'équipement dans un autre service à l'hôpital
Kate savourait l'instant comme s'ils étaient déjà en train de regarder leur enfant. Rick était ému et ne parvenait plus à cacher l'excitation de bientôt voir réellement le fruit de leur amour.
- Quand ? demanda-t-il simplement, le sourire et les yeux débordant de bonheur.
- Ce soir normalement, elle m'envoie un message pour me prévenir quand on peut y aller
- Tu sais que j'adore les soirées entre copines ?
Il se tut un instant, en réfléchissant à ce qu'il venait de dire tout haut. Grimaçant comme un enfant qui aurait dit une bêtise, il rectifia.
- Enfin… tu vois ce que je veux dire… d'abord tu rentres avec des intentions plutôt… explicites et maintenant, ça… Kate, je t'aime…
L'entendre bafouiller pour s'expliquer la faisait fondre, tout autant que de le voir jouer à la fée avec cette petite fille l'année passée. Son mai était un enfant, et un homme merveilleux à bien des égards.
- Je t'aime aussi mon cœur, lui dit-elle dans un murmure en le fixant.
Quand Rick était parti, Kate en ressentit immédiatement le froid dans son cœur. Elle devenait terriblement émotive et elle allait devoir se contrôler un peu mieux si elle voulait passer les prochains mois sans sauter sur son mari, ni ressentir le besoin de le toucher sans arrêt.
« Pense à autre chose… autre chose que ses bras, que ses mains, que son corps… oh bon sang… »
Elle se perdait et ne se reconnaissait plus. Elle se sentait encore plus incapable de contrôler ses envies que lorsqu'ils avaient commencés à sortir ensemble. Ça devenait insensé.
Elle attrapa un dossier parmi d'autre étalés sur son bureau, prête à se plonger dans autre chose que les souvenirs encore brûlants du corps de son mari contre elle.
Son téléphone bipa et machinalement, elle s'en saisit et posa ses yeux sur l'écran.
« Toujours en vie. Ai des infos. Dois vérifier quelque chose. Demain au bureau de R. »
Kate relut plusieurs fois le message. Jackson était en vie et avait trouvé quelque chose. Sa mission avait donc été un succès.
« Demain » ? Pourquoi demain ? Demain était trop loin ! « Dois vérifier quelque chose »… qu'avait-il pu découvrir en suivant ces hommes ?
Elle passa d'un état de désir presque maladif à excitation d'un tout autre niveau.
Elle sortit de son bureau, décidée à trouver les gars pour partager la nouvelle avec eux.
Elle les trouva dans la salle de pause, accompagnés de l'officier Johnson, que Kate ne connaissait que trop bien.
« Qu'est-ce qu'ils font tous les trois ? Mon dieu… j'espère qu'il n'a pas parlé ce crétin ! »
Quand leurs regards se croisèrent, Johnson devint soudainement mal à l'aise, et Kate craint le pire.
- Euh capitaine, les gars… dit-il pour les saluer, en partant sans demander son reste.
Kate le suivit des yeux en se demandant à quel point cet officier était suffisamment suicidaire pour avoir confier à Esposito et Ryan ce qui s'était passé dans le débarras.
Quand il disparut à l'angle de la pièce, elle ferma les yeux un instant, déglutit et se tourna vers les Bros.
Leurs sourires espiègles et leurs yeux rieurs ne laissaient aucune place au doute. Johnson avait parlé. Ses deux lieutenants étaient à présent au courant que Castle et elle avait fait l'amour au poste, au su d'un officier de permanence qui ne se tenait qu'à quelques mètres de là.
- Les gars, j'ai… quelque chose à vous dire, balbutia-t-elle
- Ah ouais ? Décidément c'est la journée ! s'exclama Esposito en ne cachant pas du tout son amusement
« Ok, si les gars sont au courant, Lanie va le savoir… Castle, je te déteste parfois… » se dit-elle, parfaitement de mauvaise foi, tant elle savait que c'était elle et non lui, qui avait initié leurs ébats dans ce débarras.
Elle les fusilla du regard, espérant que cela serait suffisant pour capter leur attention.
- J'ai reçu un texto… de Jackson, murmura-t-elle
- Et ? demanda Ryan, beaucoup plus sérieux désormais
- Il nous donne rendez-vous demain, au bureau de Rick
Les deux hommes se regardèrent et leurs traits prirent un aspect où se mélangeaient l'angoisse et l'impatience.
- Il t'a rien dit de plus ? demanda Esposito
- Juste qu'il avait des infos et qu'il devait vérifier quelque chose avant de nous voir.
- Cela ne fait qu'à peine un peu plus d'1 journée… il a du tomber sur quelque chose de vraiment concret pour revenir si vite vers nous, nota Ryan
- On ne le saura que demain… mais j'espère aussi, en tout cas, il est en vie, conclut Beckett
- Je me charge de prévenir Lanie, leur dit Esposito
Il avait parlé d'un ton que Kate connaissait bien. Trop vite, trop emprunté, trop peu naturel.
Lanie aurait-elle oublié de lui dire quelque chose hier, si obstinée qu'elle était à lui soutirer toutes sortes de confidences ?
- Espo ?
Elle posa ses yeux de flics sur son ami. Hors de question qu'il s'en tire comme ça.
- Tu sors avec Lanie ?
- Quoi ? Non ! Pfff … non !
Kate et Ryan le virent se décomposer devant eux. Il était comme un adolescent à qui on prêtait d'avoir une copine à l'école, alors que lui se défendait en jurant haut et fort que les filles, c'était nul ! Pour mieux la cajoler et se faire mielleux dès que les yeux se détournaient d'eux.
- J-'y crois pas ! Ta petite amie me torture et me fait dire des trucs intimes et elle oublie de me dire qu'elle s'envoie en l'air avec toi ? s'emporta Kate d'une voix perchée teintée de fausse indignation.
Kate avait volontairement accentué le terme "petite amie" pour appuyer son effet.
- C'est pas ce que vous croyez tous les deux, commença-t-il
- Tu sors avec elle, oui ou non ? questionna Ryan
Esposito serrait les mâchoires, se sachant prit comme un rat dans un piège fatal. Kate n'était pas dupe et Ryan, à présent, était en alerte.
- Disons que… on se voit, enfin on sort ensembles… mais y'a rien de sexuel ok ?
- Ouais… vous flirtez quoi … vous ressortez ensembles et vous nous l'avez pas dit… conclut Ryan, l'air un peu vexé.
Kate observa son ami et crut déceler dans son attitude, un sentiment de malaise. Pas vis-à-vis d'eux, mais vis-à-vis de Lanie. Se pourrait-il que cette fois, ils essayent de bien faire les choses ?
- Vous vous voyez depuis quand ? interrogea Kate, d'une voix affectueuse
- Depuis quelques jours seulement, on n'a pas couché ensemble… c'est notre dernière chance, on essaye de ne rien gâcher…
- T'aurait pu nous le dire, maugréa Ryan pour le taquiner
- On voulait que ça reste privé tu vois mon frère
- Quoi ? manqua de s'étouffer Kate, privé ?! Tu te moques de moi Javier… tu ne sais pas le nombre de trucs que vous savez à propos de Castle et moi et que pourtant j'aurais voulu que ça reste dans le domaine du privé !
- Eh, c'est pas ma faute si vous ne pouvez pas vous en empêcher hein !
Kate s'abstint de répondre, elle était heureuse pour ses amis, mais malgré tout, elle se sentait trahie par Lanie qui ne lui avait rien dit. Elle ne lui en voulait pas, pas le moins du monde, mais elle allait le lui payait.
- Ça c'est vrai Kate… Javier a raison, lui dit Ryan d'un ton naturel
- Quoi ? Kévin, je te signale que je ne parle pas de ma vie privée quand je peux l'éviter…
- Pas la peine de le faire… quand il suffit de s'isoler dans un placard… murmura-t-il doucement
Kate se sentit rougir instantanément. Elle allait tuer Johnson, ensuite elle tuerait Castle et ensuite, elle s'occuperait de Ryan. Puis, Lanie allait passer sur le grill pendant qu'Esposito regarderait, tout penaud que sa petite amie lui révèle tout les détails de sa vie intime.
- Tu devrais reprendre un café d'ailleurs Kate, commenta Javier, t'as pas l'air en forme ce matin.
- La ferme les gars, vous me filez mal à la tête ! leur répondit-elle d'un ton sec et sans appel, en s'esquivant vers son bureau.
Fiers d'eux, les Bros la regardèrent se défiler au plus vite, pour finalement refermer la porte derrière elle.
- J'ai rendez-vous avec Jenny moi aussi ce soir, annonça Ryan à son ami
- Rendez-vous ? Vous êtes marié !
- Et alors, on peut être marié et avoir un rendez-vous, plaida-t-il
- Tout va bien mon frère ? demanda Esposito soucieux de voir son ami légèrement blêmir.
- Ouais, tout roule ! répondit-il d'un sourire forcé
Quelques minutes plus tard, Ryan décrocha son téléphone à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes.
Une sonnerie, puis deux.
- Castle, annonça celui-ci en décrochant
- Hey salut Castle… comment tu vas mon frère ? demanda Ryan, d'une voix emprunté qui ne dupa pas du tout Rick
- Euh, moi ça va oui… mais toi, ça n'a pas l'air, qu'est-ce qui se passe Ryan ?
A l'autre bout du fil, Castle entendit à peine un souffle presque désespéré.
- Ecoute Castle, j'ai besoin de conseils… je peux te voir dans ton bureau tout à l'heure ?
Castle avait été étonné du coup de fil de Ryan, et encore plus par sa voix qui semblait lutter contre ses émotions, mais le voir arriver en arborant cet air perdu, avait fini de le convaincre que son ami avait vraiment besoin d'aide.
- Je te sers un whisky, lui dit Castle
Ce n'était pas une question, et Ryan ne prit pas la peine de répondre. Castle ouvrit la porte du sas et entraîna Kévin avec lui.
- Alors… ça n'a vraiment pas l'air d'aller mon vieux, lui dit-il en servant deux verres de son alcool préféré.
- Pas vraiment Castle… répondit Ryan en baissant les yeux.
Les deux mains dans les poches, la tête baissée, les yeux fuyants, cela n'augurait rien de très bon se dit Rick.
- Je t'écoute… raconte moi, le poussa affectueusement Castle en lui tendant son verre.
A peine l'eut-il prit, que Kévin en but une généreuse gorgée, comme pour se donner le courage de se confier.
- C'est à propos de Jenny… ça va pas fort entre nous en ce moment, commença-t-il
- Oh… je pensais que tout allait bien… je veux dire, elle est enceinte…
- Ouais … souffla un Ryan presque désespéré.
- Ecoute, dans toutes relations, il y a des hauts et des bas, c'est quoi votre problème exactement ?
Ryan semblait à présent absorbé par ses propres chaussures, il cherchait ses mots, se passant la main dans les cheveux pour évacuer son anxiété.
- Depuis quelques temps, elle me reproche de ne pas passer assez de temps à la maison et du coup, quand je rentre, on a tendance à se disputer de plus en plus souvent…
- Je vois…
Castle réfléchit quelques instants, il prenait conscience que la vie qu'ils menaient tous était difficilement compréhensible pour quelqu'un d'extérieur à leur enquête. Ryan avait passé énormément de temps à travailler sur ce dossier, tout comme Lanie, Esposito ou sa propre fille. Sauf qu'à la différence de Ryan, aucun d'eux n'avait à justifier de toutes ces heures.
Kévin lui, avait une famille et Jenny devait bien évidemment se poser des questions quant à son absence.
- Ryan, tu sais… si tu dois t'éloigner de l'affaire, personne ne te le reprochera, lui dit Castle
- Non, c'est pas ça, répondit-il, j'y tiens autant que vous à cette enquête… j'ai vu ces mecs tuer et faire disparaître les corps… je sais ce que ces hommes sont capables de faire… je suis flic, je veux que ça s'arrête… c'est pas ça, c'est juste…
- Ryan, tu voulais un conseil, le voici : n'oublie jamais quelles sont tes priorités… ne sacrifie pas Jenny, lui dit Castle, sérieux et posé.
- Justement… j'aime ma femme Castle… et je veux qu'elle n'en doute pas… tu vois, quand je vous vois, Beckett et toi, je vous envie. Même Espo et Lanie, je les envie, murmura-t-il
- Espo et Lanie ? demanda Rick d'un ton intrigué
- Beckett t'en parlera plus tard, sourit-il faiblement, tu vois, je passe la journée sur les nerfs, dans l'attente de nouvelles concernant cette affaire tout en continuant mon boulot de flic, je passe des heures à parcourir la ville, je risque ma vie parfois… on se voit en secret, on patiente des heures en planque… tout ça c'est important, et je sais pourquoi je le fais… mais quand je rentre chez moi, ma vie bascule… je ne suis plus le flic téméraire qui prend des risques, je suis le mari et le père… Jenny est à mille lieux de se douter de ce que je fais la journée…et parfois la nuit. Et je ne peux rien lui dire… toi et Beckett, vous pouvez en parler, vous pouvez vous soutenir, moi, je ne peux rien dire à ma femme et elle commence à ne plus comprendre ce qui se passe… je ne peux pas la blâmer pour ça… alors on se dispute, elle pense que je n'accorde pas assez de temps à ma famille, elle ne me regarde plus de la même façon désormais… et ça me fait peur Castle…
Rick l'avait écouté attentivement et comprenait parfaitement le désarroi de son ami. De tous, il était normalement celui qui avait la vie la plus posée… et par conséquent, c'est sa vie qui subissait les dommages les plus graves aujourd'hui.
- Tu peux arrêter Ryan, ou moins t'impliquer…
- L'autre jour, Sarah Grace était malade… Jenny a paniqué parce qu'elle avait beaucoup de fièvre, elle a essayé de m'appeler pour me prévenir… et je n'étais pas joignable… dit-il tout bas, presque sans prêter attention à ce que Rick venait de lui dire, aide-moi à sauver mon mariage s'il te plait…
Castle le regarda, il avait les yeux vides, le regard absent, désespéré d'un homme prêt à tout pour la femme qu'il aime. Son ami était malheureux et Rick ne pouvait pas le laisser ainsi.
- Dis-moi comment, qu'est-ce que tu attends de moi ?
Ryan sembla reprendre vie soudainement.
- Beckett et toi… entre vous, ça semble fluide… on a l'impression que vous pensez l'un et l'autre comme une seule personne. Comment tu fais ça ? Comment tu fais pour que Beckett te regarde comme elle te regarde ?
- Je ne fais rien Ryan, lui répondit-il, prit au dépourvu, enfin, je ne sais pas comment répondre à ça… on a vécu des trucs tellement fort que notre relation s'est construite ainsi…
- D'accord, ça, je le comprends, ce que je veux dire c'est comment tu fais pour que Beckett soit toujours aussi… passionnée ? Je voudrais que Jenny me regarde à nouveau comme ça… qu'elle me voit comme son amant, qu'elle me désire tu vois…
- Ça, ça doit venir aussi de toi Ryan… tu dois aussi entretenir la flamme si tu vois qu'elle commence à s'éteindre…
Kévin réfléchit un instant, puis habité par les doutes et le besoin de se confier, il se lança.
- Entre nous, c'est devenu … comment dire… conventionnel…
- Sur le plan sexuel tu veux dire ? demanda Castle
- Oui… avant c'était passionné, aussi chaud qu'entre Beckett et toi… mais maintenant, entre mon boulot, Sarah Grace et les mensonges que je dois lui dire pour justifier mes absences, tout a changé… et je veux retrouver ce qu'on avait avant.
Castle pensa un instant aux propos de son ami. Sa situation était effectivement compliquée, il devait jongler entre une vie à 100 à l'heure où se mêlaient danger, stress et intrigues, et une vie d'homme marié, père de famille, aux côtés d'une femme qui ne se doutait pas un seul instant de ce dans quoi son mari s'était fourré. Comment lui en vouloir ? Elle gérait un quotidien qui était à l'opposé de ce que Ryan vivait avec eux, luttant avec eux.
- Tu dois reprendre ta vie en main, je vais t'aider. Jenny t'aime sois en sûr Ryan.
- Moi aussi je veux que ma femme m'entraîne dans le placard pour faire l'amour, je veux qu'elle me séduise, je veux être capable de la rendre folle de moi… comment tu fais ça Castle ?
« Oulah… Beckett va me tuer ! »
- Euh… c'est quoi cette histoire de placard Ryan ?
- Quoi ? Oh allez Castle, c'est bon, Johnson nous a tout raconté, t'en fais pas, Beckett est au courant… alors, comment tu lui fais faire des trucs pareils ? demanda-t-il, en reprenant vie en même temps qu'il reprenait espoir depuis que Castle lui avait dit qu'il l'aiderait.
« Beckett est au courant ? Et je ne dois pas m'en faire ? Je ne vais pas rentrer oui ! »
Reprenant le fil des ses pensées, Castle se concentra à nouveau sur les problèmes de son ami, il devrait faire face aux siens bien assez tôt...
- L'alchimie. C'est l'alchimie. Entre Kate et moi, il se passe un truc. Je ne saurai pas mettre de mots dessus mais c'est plus fort que moi, c'est comme si, elle était en moi. Elle m'a ensorcelé, et je crois bien qu'elle ressent la même chose que moi. Pour nous, c'est parce qu'on a vécu des trucs inimaginables ensembles, on a failli mourir un paquet de fois, il y a l'histoire de Beckett qui a façonné une partie d'elle et qu'on a du surpassé pour en arriver là… ce qu'elle est aujourd'hui, ce que nous sommes, c'est notre histoire. Mes deux divorces, mon passé de coureurs de jupons, mon incapacité à grandir. Notre histoire s'est construite au fil du temps… Kate a du combattre une partie d'elle-même pour en arriver là… moi, j'ai du apprendre la patience et en même temps, mûrir pour qu'elle m'accepte dans sa vie… Ce que je veux dire Ryan, c'est que toute histoire a ses ébauches. Retrouves les vôtres. Qu'est-ce qui vous a séduit l'un et l'autre ? Qu'est-ce qui vous a unit ? Tu veux qu'elle te griffe et te morde dans un débarras du poste, provoques là ! Toi, séduis là ! Dis-lui les mots que tu ne lui dis plus… ravive la flamme !
Ryan était comme envouté par les mots de Castle, il écoutait, attentif et prêt à prendre des notes s'il le fallait. Il allait sauver son mariage, quoiqu'il lui en coûte.
- Ce soir, je sors avec elle, on va dîner… comme je voyais bien que ça n'allait pas, je lui ai proposé un resto, annonça-t-il, un sourire commençant à poindre sur son visage.
- C'est un excellent début, répondit Castle, tu fais garder Sarah Grace ?
- Oui, on a prit une baby-sitter
- Attends, une baby-sitter… à domicile ? demanda Rick
- Ben oui, elle peut rester jusqu'à 22h… lui répondit Ryan, intrigué
- Non, non, non… il te voit la soirée entière
- Je ne peux pas faire garder ma fille toute la soirée Castle, la baby-sitter est étudiante, elle fait ça pour payer une partie de ses études, mais elle ne peut pas la garder chez elle toute la nuit !
- Nous on va la garder ! décida Rick, fier d'avoir réponse à tout. Beckett et moi, on va la garder et vous viendrez la récupérer demain.
- C'est sympa Castle, mais la baby-sitter a vraiment besoin d'argent alors…
- Je lui payerai ce que tu lui dois pour la soirée, lui dit-il d'une voix sans appel
- Tu ne vas pas payer ma baby-sitter !
- Eh Ryan ! Tu as été là quand j'en avais besoin, vous m'avez écouté Espo et toi, Jenny m'a préparé des petits plats pour me remonter le moral quand Kate est partie… je veux faire ça pour vous, lui répondit-il
Reconnaissant, Ryan posa sa main sur l'épaule de Castle, en lui souriant franchement.
- Eh bien, dans ce cas… merci mon ami…
- De rien, bon passons aux choses sérieuses : ce soir, tu dois faire en sorte que ta femme retombe amoureuse de toi, et demain, je veux te voir complètement épuisé avec des étoiles dans les yeux ! Tu vas faire exactement ce que je te dis !
Kate attendait impatiemment que Rick ne la rejoigne, dans le parking, avant de rejoindre Lanie. Elle avait reçu un peu plus tôt le message de son amie, lui annonçant fièrement qu'elle était équipée « pour voir son neveu ou sa nièce ». Kate avait souri en la lisant, tout en repensant à ce qu'elle avait appris par Esposito tout à l'heure.
Ils sortaient à nouveau ensemble, et elle était bien décidée à lui soutirer autant d'indiscrétions que Lanie avait pu lui en faire dire à son sujet.
Mais avant, elle voulait voir son enfant. Elle voulait voir les émotions de Rick passaient sur son visage. Elle voulait le voir heureux, et voulait s'abandonner à ses propres sentiments.
Instinctivement, elle posa une main sur son ventre, et sourit en s'imaginant quelques minutes plus tard, impatiente d'y être.
Et elle perçut bien vite que l'impatience avait également gagné son mari, quand il arriva et se gara à la hâte, ses roues avants chevauchant le marquage au sol, prenant deux places dans le parking.
- Hey
- Hey babe…
Ils se regardèrent comme si c'était la première fois.
Il avait parlé d'alchimie tout à l'heure à Ryan, c'était cela, un envoûtement, une parfaite rencontre des âmes.
- Tu es prêt ? lui demanda-t-elle, presque timidement
- Oh oui… je veux voir notre bébé, lui répondit-il, souriant amoureusement en lui prenant la main. On y va ?
- Lanie nous attend, lui dit-elle en plongeant dans son regard.
Un silence harmonieux les accompagna jusqu'à elle, main dans la main, heureux et légers de à cet examen, même dans un lieu pourtant des plus inappropriés.
- Vous voilà les Castle !
Lanie leur offrit un sourire communicatif qui fondit directement sur Kate. Elle se sentait intimidée, tout en attendant cet instant avec impatience.
- Merci de faire ça pour nous Lanie, lui dit Rick, tout sourire
- Kate me devra bien quelques petits trucs en retour, t'en fais pas ! taquina la légiste
- Et réciproquement… murmura Kate
Castle l'avait entendu et questionna sa femme du regard. Sans un mot, Kate lui demanda un peu de temps pour lui répondre.
Encore une fois, ils communiquaient et se comprenaient en silence. L'alchimie, à n'en pas douter.
- Alors, voyons voir… murmura Lanie pour elle-même, ce truc marche comme ça… et voilà !
Plusieurs voyants s'étaient allumés et elle ne put réprimer un sentiment de satisfaction.
- Kate, tu vas t'installer ici… je sais ce n'est pas l'idéal, mais c'est une morgue ici, pas un cabinet de gynéco, dit-elle en constatant la moue que Kate avait faite lorsqu'elle avait désigné une table d'examen dans le fond de la pièce.
Kate s'allongea et nota de remercier Lanie pour le confort qu'elle avait pensé à lui apporté.
La table était recouverte d'un drap blanc le repose-tête avait été visiblement emprunté à un autre service. Si bien que finalement, même si l'ensemble paraissait très improbable, Kate avait presque l'impression de ne pas être sur une table d'autopsie.
« Quelle drôle d'idée quand j'y pense… »
- Ok, j'ai un ami qui m'a expliqué comment fonctionne ce truc, donc on devrait pouvoir voir ce petit bout assez nettement. Allonges toi et soulève ton haut.
A ses côtés, Castle ne tenait plus en place, il observait l'écran alors même que Lanie n'avait pas amorcé le moindre geste. Kate chercha sa main, en même temps qu'elle essaya de capturer son regard. Ce qu'elle y lit, la fit fondre en une fraction de seconde.
Il était beau d'excitation et d'impatience. Il vivait chaque seconde, chaque instant, chaque parole. Et surtout, il la dévorait du regard.
- Ça va te paraître un peu froid, voilà … on va pouvoir y aller, vous êtes prêt ? leur dit Lanie, le sourire et la voie chantante, visiblement aussi excitée que Castle.
- Et comment ! souffla Rick, en regardant Kate dans les yeux.
Elle lui répondit d'un sourire en lui serrant la main, entrelaçant ses doigts aux siens.
- C'est parti... s'exclama Lanie.
Aussitôt, les yeux de Beckett et Castle se posèrent sur l'écran.
Lanie commença à se déplacer pour capturer la précieuse présence, mais peinait à y arriver. Elle pestait tandis que Kate resserra son étreinte autours des doigts de son mari. Elle le regardait, hypnotisait par son attention exclusivement consacrée à l'écran devant lui.
Elle le trouvait magnifique. L'ivresse qu'il réveillait en elle, la passion dont il savait la nourrir, la magie de le voir absorbé ainsi.
Il était émouvant de concentration. Emouvant d'amour. Emouvant d'impatience.
Il attendait de voir son enfant et Kate en eut les larmes aux yeux.
« Je t'aime… si tu savais à quel point mon cœur… »
Il lui sembla qu'il venait de lui répondre, lorsque ses doigts se resserrèrent légèrement sur les siens et que son visage s'illumina.
- Kate…
Elle reporta son attention sur l'image devant elle. Imperceptiblement, une petite forme d'à peine quelques centimètres venait de se matérialiser devant eux.
Elle cessa de respirer en voyant pour la première fois leur bébé.
- Mon dieu … souffla-t-elle
- C'est notre bébé Kate, murmura-t-il d'une voix étouffée par l'émotion
Lanie les regarda et ne put empêcher une larme de joie venir s'échouer sur sa joue.
Ils étaient là mais étaient loin d'elle, ils étaient dans une bulle où l'amour régnait en maître. Ils étaient beaux à voir et Lanie enregistra cette image dans sa mémoire, fière et heureuse de partager cet instant avec ses amis.
- Vous êtes prêt pour autre chose ? leur demanda-t-elle doucement
Kate et Rick ne quittaient plus des yeux leur bébé, et n'attendant aucune réponse, Lanie appuya sur l'un des boutons de l'échographe.
Un son… léger, régulier, résonnant autours d'eux.
- C'est son cœur … je ne suis pas spécialiste, mais je dirais que tout va bien, leur dit Lanie, émue devant les larmes de Kate et les yeux embués de Castle.
Pendant de longues minutes, seul le son de ce petit cœur perturbait le silence hypnotique qui les avait emmené si loin d'ici.
Rick posa sa main libre sur la joue de sa femme, tandis qu'il était incapable d'éloigner son regard de l'écran.
Sentant l'humidité baignant son visage, il s'arracha de l'image pour regarder son épouse.
Elle était émue, pleurant des larmes incontrôlables de joie, sa main posée sur ses lèvres manifestant ainsi son émotion et son bonheur. Il la trouva belle et son cœur s'emballa. Il se pencha pour déposer ses lèvres sur son front, puis lui murmura pour elle-seule les seuls mots qu'il put trouver à cet instant.
- C'est notre bébé… je t'aime mon amour...
- Je trouve qu'on s'en est bien sorti ! On s'améliore à chaque essai Kate!
Sarah Grace venait de s'endormir sans trop de peine et en le regardant, si fier de lui, d'eux, Kate devinait que Rick en tirait de grande conclusions. Il s'installa à ses côtés sur le canapé, bien décidé à l'entraîner dans une discussion autours de leur futur rôle de parents.
- Sarah Grace n'a pas le même âge que Cosmo mon cœur, lui dit-elle en savourant son sourire qui illuminait son visage.
Elle avait très bien comprit que son mari faisait allusion à ce bébé qui leur avait été confié il y avait près de 2 ans et demi. A l'époque, la situation avec cet enfant d'à peine 3 mois leur avait complètement échappée et la nuit avait été des plus rudes pour eux deux. Rick s'était vanté de « savoir parler aux bébés » mais cette expérience l'avait quelque peu désavouée, pour son plus grand désarroi tant il voulait prouvé son expérience, étant donné que Kate lui avait mentionné plus tôt, qu'elle n'était pas une grande fan des bébés. Cette fois, en revanche, tout s'était passé à merveille et il avait bien l'intention d'en fanfaronner.
- On est prêt … crois-moi, le repas, le bain, la petite histoire et le coucher. Aucun faux pas, toi et moi, on forme une équipe tellement soudée que même Cosmo ne serait pas de taille aujourd'hui !
Kate s'amusait de voir le visage de Rick arborer une telle expression de sérénité et de maîtrise totale.
- Elle a presque 3 ans Rick… elle est grande et elle est adorable, lui dit-elle doucement en l'observant parader devant elle.
- Tu sous-entends que notre bébé ne le sera pas ? demanda-t-il en souriant
- Je dis juste que s'il tient de toi, j'ai du souci à me faire… le taquina-t-elle
- Ce n'est pas très sympa de me dire ça, Mme Castle, lui dit-il faussement vexé
- A vrai dire, je ne m'en fais pas vraiment … Je gère le père, je devrais savoir gérer le fils … ou la fille, continua-t-elle, s'aventurant davantage dans la plaisanterie.
En réponse, il s'approcha d'elle sans qu'elle ne s'y attende, et l'embrassa amoureusement, glissa une main sur son cou, et l'autre, sur sa cuisse. Le baiser se voulait profond et la surprise passée, Kate se délectait de la sensation des lèvres de son mari, et de sa fougue qui l'engageait inéluctablement vers une guerre des sens, langue contre langue.
Au bout de quelques secondes, ils se séparèrent, sourires aux lèvres, maintenant le contact, front contre front.
- C'était pour quoi ça babe ? murmura-t-elle
- Pour l'envie, pour le désir de tes lèvres, pour le besoin… et parce que tu as été parfaite ce soir, répondit-il
- Ah oui ? Parfaite hein ? Kate était émue de voir son mari si sentimental, si fière d'elle.
- Oui… tu as joué à la princesse avec nous, tu as géré le bain comme une maman, tu as même pensé au bisou de bonne nuit… tu as été parfaite…
- Tu oublies le repas mon cœur, rappela-t-elle, n'oublies pas comme j'ai été patiente avec toi quand tu lui as montré à quel point c'est rigolo de faire la grimace en mangeant…
- Euh oui… mais ça lui a plu ! lui dit-il
- Tu t'expliqueras avec Jenny et Ryan quand ils se demanderont pourquoi leur fille tire la langue en mangeant… contra-t-elle, amusée
- Tu me défendras maman ? plaida-t-il, en ne la quittant pas du regard, en commençant à laisser traîner sa main le long de la cuisse de Kate, la caressant innocemment.
Elle sourit de plus belle en l'entendant l'appeler ainsi. Depuis cet après-midi, elle ressentait un élan de bonheur qu'elle ne maîtrisait pas encore complètement.
Voir son bébé, même si petit, si peu développé, l'avait empli de joie, elle souriait, riait, rêvait, se laissait aller à s'imaginer cette nouvelle vie.
Et par-dessus tout, elle s'était rendue compte qu'inconsciemment, ce soir, elle avait posé à deux reprises sa main sur son ventre.
D'une certaine façon, cette échographie avait rendu l'existence de leur bébé plus réelle, concrétisant ce qui n'était jusque là, qu'un test de grossesse positif. Elle se savait enceinte, elle en avait pleinement eu conscience dès lors qu'elle avait vu cette petite croix bleue, mais voir leur bébé, entendre son cœur battre si régulièrement, si fort, avait été pour elle, une révélation. Comme si soudain, elle comprenait qu'elle allait être mère. Et c'était merveilleux de se sentir ainsi.
Elle fermait les yeux, savourant la brûlure que la main de Rick engendrait progressivement. Elle en ressentait les effets et son désir commençait à se manifester, prenant place au fond son ventre.
- Tu n'apprendras pas ce genre de choses à notre petit, Rick… lui dit-elle, en le mettant en garde gentiment, en apposant à son tour une de ses mains près de son genou.
- Notre petit, Kate, te fera tellement craqué, que tu me pardonneras tous les trucs que je pourrais lui montrer…lui dit-il, ravi de l'entendre appeler leur bébé par ce mot très affectueux…et très maternel.
- A lui, oui… toi par contre, si tu veux d'autres enfants, tu devras me prouver à quel point ce n'est pas une mauvaise idée…
- Comme si tu pensais que cela puisse en être une… murmura-t-il contre ses lèvres, l'emmenant avec lui dans un autre baiser passionné.
Rapidement, Kate sentit que la situation lui échappait. Rick était entreprenant depuis quelques minutes mais elle ne s'attendait pas à se faire surprendre ainsi. Elle aimait la fougue de son époux, l'expression de son désir éloquent et même après des années, il arrivait encore à lui faire perdre pied au bout de quelques secondes.
Elle se laissa aller en arrière, entraînant son mari avec elle, redécouvrant avec autant d'envie que le premier jour, la douce sensation de son corps contre le sien.
Depuis quand on n'a pas fait l'amour sur le canapé babe ? susurra-t-elle contre ses lèvres, l'aguichant de sa main, en caressant ses fesses au travers de son pantalon.
Depuis trop longtemps, répondit-il tout bas, en se positionnant davantage entre ses jambes.
Elle gémit instantanément, lorsque son bas ventre entra en contact avec le sexe de son mari, déjà en érection, prisonnier de ses vêtements.
- Le babysitting t'excite mon cœur on dirait…
- Ma femme m'excite, lui répondit-il en prenant sa lèvre entre ses dents, picorant la chaire, en la goûtant sensuellement de sa langue.
- Je sens ça… gémit-elle en livrant bataille pour le guider encore plus loin dans le désir.
Elle voulait le rendre fou, fou d'amour et fou de désir. Elle serra davantage ses mains contre ses fesses, le planquant à elle désespérément.
- Qu'est-ce que tu sens Kate ? demanda-t-il, se sentant perdre la tête sous ses caresses.
- Je te sens toi … lui dit-elle.
Elle le regarda dans les yeux pour y lire son amour, et dans un sourire qu'elle voulait érotique, elle souleva son bassin pour appuyer fermement contre son sexe.
- C'est ça que je sens…
- Oh mon dieu Kate… gémit-il en retour.
Il enfouit son visage contre son cou, le dévorant, s'attardant à lécher sa peau, s'abandonner aux gémissements de sa femme tandis qu'il prenait son lob d'oreille en bouche. De sa langue, il l'emmena vers les extrêmes, suçant, mordillant, se nourrissant de chacun des petits sons étouffés dont Kate le gratifier.
- J'ai envie de toi babe… souffla-t-elle
- J'ai eu envie de toi tout l'après midi … murmura-t-il en s'abandonnant complètement à l'ardeur qui les avait fait succombés tous les deux.
Entre soupirs et râles essoufflés, Kate et Rick se retrouvaient comme deux amants, fous amoureux et recherchant désespérément le contact du corps de l'autre. Les mains perdues dans ses cheveux, elle se consumait tant le désir enflait jusqu'à la posséder complètement.
Depuis des jours, sa libido se manifestait à elle de plus en plus souvent, parfois même, aux moments les moins opportuns. Si elle devait lutter contre les réactions de son corps et de son cœur la journée, ce soir, elle brûlait peu à peu mais pour rien au monde, ne souhaitait éteindre cet incendie incontrôlable.
Castle, lui, sentait son érection atteindre son paroxysme. Les mains de sa femme étaient partout sur lui et la sensation qu'elles provoquaient, lui coupaient le souffle.
Ne tenant plus, son corps commençait à se mouvoir, son bassin se frottant à son bas ventre, en des mouvements à la fois lents et profonds. Il dictait un rythme que Kate approuvait par des gémissements à peine audibles, ses mains parcourant son corps, avides du contact avec sa peau.
Elle tira sur sa chemise pour y glisser ses mains sur son dos, le pressant encore et encore, contre elle.
- Oh babe … je te sens, souffla-elle, dans un profond gémissement, quand son érection évidente trouva un angle parfaitement ajusté à son propre sexe.
- Tu me rends dingue …
Il prit possession de sa bouche, lui arrachant une plainte amoureuse résonnant au fond de sa gorge. Son corps lui faisait l'amour même au travers de ses vêtements, il avait une féroce envie d'elle mais ne parvenait pas à se détacher suffisamment de sa femme pour retirer ces barrières de tissus, l'empêchant de s'unir à elle.
Kate, elle, ne trouvait pas davantage les ressources pour s'accorder le temps de se déshabiller et pourtant, sentait son corps hurler son envie.
Alors que Rick accentuait le rythme, elle se sentit perdre pied une fois encore. Son bassin se calquait au sien, la pression de son sexe contre le sien, sa tête tournait, ses mains s'enfonçaient, ses jambes le resserraient … plus fort, plus vite…
« Comment fait-il pour me faire me sentir comme ça ? »
- Rick … oh mon cœur … souffla-t-elle à bout de souffle, et à bout de force… attends… tu vas me faire jouir …
- Je t'ai à peine touché, provoqua-t-il sans arrêter un instant ses douces tortures
- A peine …répéta-t-elle lascive et féroce à la fois.
Elle sentit pourtant la main de son époux près de la ceinture de son pantalon, d'un geste trop lent pour elle, il le déboutonna, puis tenta d'y glisser la main. Elle l'entendait gémir contre elle, et cela l'excita encore plus.
- Rick … si tu me touches, je vais partir… lui dit-elle, en prenant les devants, connaissant que trop bien son corps et les réactions que les caresses et mouvements de son mari provoquaient en elle.
Sans répondre, il s'attaqua aux boutons de son propre pantalon, désireux de libérer son sexe, à l'étroit et douloureux.
Elle en profita pour glisser ses mains sous le tissu de son pantalon, savourant le contact de sa peau sur ses fesses, les parcourant jusqu'à atteindre le centre de son intimité.
Alors qu'il s'affairait à descendre le bas de sa femme, un bruit leur parvint dans la chambre que Sarah Grace occuperait cette nuit.
Aussitôt, ils se regardèrent et stoppèrent leurs gestes.
Excités, brûlants, fiévreux … mais pourtant attentifs aux besoins de la petite fille qu'ils gardaient cette nuit. Un réaction de parents.
Irréaliste. L'instant d'avant, ils étaient sur le point de se posséder, sans retenu, sans tabou, et une seconde plus tard, ils tendaient l'oreille pour s'assurer que la petite allait bien.
Un autre bruit. Sarah Grace était réveillée aucun doute.
- Elle pleure ? demanda Kate tout bas, brisant le silence qui avait remplacé leurs gémissements.
- Je ne sais pas, mais elle est réveillée… répondit-il en jetant un œil par-dessus son épaule.
- Je devrais y aller Rick … murmura-t-elle, lorsque les bruits recommencèrent.
- Tu veux que j'y aille ?
- Dans ton état mon cœur, il ne vaut mieux pas, lui sourit-elle, retrouvant un air taquin.
Joignant le geste à la parole, elle le caressa dans toute sa longueur sans vergogne jusqu'à lui arracher un râle de plaisir.
- Oh … tu as raison … définitivement…gémit-il tendrement.
Elle lui sourit amoureusement en l'embrassant d'un baiser bien plus chaste que les précédents. Rick se releva difficilement, tant la douloureuse pression de sexe était exacerbée. Elle se leva à son tour, en prenant appui sur son épaule. Elle lui fit face en passant ses deux mains autours de son cou en appuyant son front contre le sien.
- J'ai les jambes qui flageolent, sourit-elle, toujours habitée par le désir.
- Reviens vite, j'ai envie de toi… lui dit-il en posant ses mains sur ses hanches.
Ils tentaient tous deux de se maîtriser, mais affrontaient là, une nouvelle épreuve particulière dans leur vie de couple.
- Il va falloir s'habituer à ça mon cœur… si le petit tient de toi, on n'a pas fini d'être interrompu … il sera comme son père qui ne peut pas se passer de sa mère…
- Si le petit tient de moi, il saura à quel point son père a besoin de sa mère… de son corps… de ses mains… de ses lèvres… de ses …
- Doucement babe… l'arrêta-t-elle toujours émoustillée, je dois aller voir Sarah Grace, et quand elle sera à nouveau endormie, tu me diras exactement de quoi tu as besoin…
Une bonne quinzaine de minutes plus tard, Rick entendit Kate revenir à pas de loup dans le salon.
- Hey… tout va bien ? demanda-t-il doucement
- Elle s'est réveillée et elle s'est demandée où elle était … elle a du être perturbée de se réveiller dans un endroit inconnu, lui répondit-elle en s'asseyant à ses côtés...Je lui ai parlé pour essayer de la rassurer et elle m'a dit que j'étais gentille…elle m'a fait un câlin avant de se rendormir, continua-t-elle, en souriant, emplie d'un étrange sentiment de fierté.
Castle ne répondait pas, il était détendu et un sourire naquit lentement sur son visage. Kate se tut et le regarda, intriguée par le calme apparent et la chaleur qui irradiait de lui.
- Quoi ? demanda-t-elle enfin
- Tu es déjà une maman… lui répondit-il tendrement.
Elle le regarda à la fois étonnée et touchée par ce qu'il sous-entendait. Oui, d'une certaine façon, elle se sentait mère. Passer ces quelques minutes seule avec Sarah Grace, dans la douce intimité de cette chambre, bercée par la faible lueur les entourant, elle avait ressenti un instinct profond qui la guidait dans chacun de ses gestes, chacune de ses paroles.
Les yeux de la petite fille posés fixement sur elle, l'avait elle-même rassuré dans ce rôle de maman qu'elle aurait bientôt à assumer.
Elle lui sourit en prenant l'une de ses mains.
- J'ai aimé ça Castle… quand elle m'a sourit, quand elle a réclamé un câlin, il s'est passé quelque chose en moi, lui dit-elle dans un murmure, son visage baigné d'une chaleur nouvelle.
- Tu es déjà une maman Kate, répéta-t-il, tu vas être formidable avec notre bébé… lui dit-il, en adoration complète devant elle.
Elle le regarda et se laissa inonder par le bonheur et par la joie de simplement vivre.
Sa vie n'était pas de tout repos, mais son mari exerçait une sorte de magie sur elle : d'un regard, d'un geste, d'une parole, il imprimait en elle les sentiments les plus merveilleux.
Inconsciemment, elle se mordit légèrement la lèvre inférieure en lui répondant.
- Peut-être bien mon cœur … mais tu sais quoi ? dit-elle en le repoussant au fond du canapé pour qu'il s'y adosse, ce soir, je suis une femme, ta femme et je crois que mon mari devait me parler de ces besoins…
Elle s'installa sur ses genoux, en prenant ses lèvres en otage, tout en commençant à déboutonner sa chemise pour y glisser ses mains.
Le loft connaissait un petit matin très inhabituel.
Il était près de 9h30, Kate se réveillait à peine, le téléphone n'avait pas sonné pour la dépêcher sur le lieu d'un crime et le soleil transperçait la pièce malgré l'hiver qui s'annonçait.
Mais surtout des rires d'enfant résonnaient dans l'appartement.
Elle s'autorisa quelques secondes pour savourer l'instant présent, tendant l'oreille en souriant.
Kate se frotta les yeux, émergeant lentement d'un sommeil de plomb, comme rarement elle en avait bénéficié. Elle se tourna, emmitouflée dans la couette, nichant son nez dans l'oreiller de Rick, respirant à plein poumons son odeur.
Un matin agréable, accompagnée d'une douce impression que le temps s'était arrêté, lui laissant de longues minutes loin de l'urgence et de l'anxiété.
Elle ferma les yeux et s'étira longuement, bercée par les rires de Sarah Gr ace étouffés par la porte fermée de sa chambre.
Lorsqu'elle en sortit, elle trouva Rick qui s'affairait à préparer le petit déjeuner tout en raconter des histoires rocambolesque à Sarah Grace. Avait-elle réellement entendu le mot « lutin » et « ninja » dans la même phrase ?
La petite fille s'amusait clairement avec « son oncle Rick » qui faisait visiblement le pitre depuis qu'elle s'était réveillée.
Ni elle, ni son mari n'avait remarqué sa présence et Kate en profita pour les observer encore un moment. Elle s'adossa à l'encadrement de la porte, en posant sa tête dessus, incapable de cacher ce sourire qui ne l'avait pas quitté depuis son réveil.
- Pourquoi penses-tu que tout le monde veut goûter à mes pancakes ? demanda Rick très sérieusement
- Je sais pas, lui répondit la petite fille
- C'est un secret… promets moi de ne pas le répéter…lui dit-il, en faisant glisser son tablier le « transformant » en une cape.
Sarah Grace le regardait étrangement, Kate se demanda ce que, du haut de ses 3 ans, elle pouvait bien penser de cet homme bizarre.
- 'te promets, prononça-t-elle, absorbée par les délires de son « oncle Rick ».
- Eh bien… c'est parce que j'ai un ingrédient secret… normalement, je n'en parle pas, mais là … tu es une invitée spéciale. Une belle princesse irlandaise !
Il prit un air conspirateur et se pencha vers elle, en parlant tout bas.
- Cet ingrédient c'est … la poudre de magie ! Je la cache dans le pot à farine pour ne pas qu'on me la vole, mais crois-moi, lorsque tu vas les manger, tu vas ressentir un drôle de truc… c'est la magie des elfes irlandais !
Kate ne put s'empêcher de rire doucement devant la mine stupéfaite et envoûtée de Sarah Grace, qui regardait à présent, bouche bée son enfant de mari.
- Je devrais me sentir vexée que tu partages tes petits secrets avec une autre mon cœur ? lui demanda-t-elle en s'approchant d'eux, un sourire heureux sur le visage.
A hauteur de Sarah Grace, Kate déposa un baiser sur le haut du crâne de la petite fille, en la câlinant affectueusement.
- Salut toi… tu as bien dormi ?
- Oui !
Rick regarda sa femme, si à l'aise avec cette enfant, et se mit à rêver de leur avenir, lorsque leur enfant se tiendra ici, dans cette pièce, partageant la plénitude d'une matinée douce et tendre.
- Alors ? Mon mari est prit en flagrant délit de cachotterie ? Tu as mis de la poudre de magie dans la farine, hein ?
- Ma femme m'a percé à jour… répondit-il en l'embrassant tendrement.
- Merci pour cette nuit mon cœur, lui dit-elle, en repensant à leurs ébats de la veille… et merci de m'avoir laissé dormir ce matin, je crois que j'en avais vraiment besoin…
- Je crois bien… notre petit t'épuise on dirait…
- Le petit ou son père ? le taquina-t-elle en se détachant légèrement de lui
- Je ne répondrais pas à ta provocation, sourit-il en retour.
- Ce serait bien la première fois, le taquina-t-elle
Sarah Grace semblait fascinée par son assiette où trônait un drôle de pancake, façonné en bonhomme rigolo.
Kate sourit de plus belle en la regardant gratter la surface de la crêpe, la soupçonnant de chercher la trace d'une certaine poudre magique.
- Tu crois que Jenny et Ryan ont réglé leurs problèmes ? demanda Rick à voix basse.
- J'espère pour eux… on le saura tout à l'heure, en tout cas, c'était une bonne idée de nous proposer pour garder Sarah Grace. Tu es un homme bon Rick, tu es un vrai ami.
- Et s'il a suivi mes conseils, cette nuit, il a été un amant hors pair…
- Je ne vais pas te demander quels genres de conseils tu lui as donné, lui dit-elle en souriant, convaincu que sa réponse pourrait ne pas lui plaire.
Elle l'embrassa à nouveau, puis prit place aux côtés de Sarah Grace et de son pancake magique.
La journée s'était achevée et étrangement, Kate n'arrivait pas à y croire. Un samedi où rien n'était venu troublé la quiétude de ces quelques heures de libre, dégagées d'une permanence liée à sa profession.
En fin de matinée, Ryan et Jenny avait récupéré leur fille et naturellement, avaient accepté la proposition des Castle a resté déjeuner avec eux.
Ce quotidien dont Kate était si peu coutumière, lui avait apporté un repos bénéfique, l'esprit transporté ailleurs que dans les drames.
Visiblement, les choses allaient dans le bon ses pour les Ryan, même si à plusieurs reprises, Kate avait perçu quelques fêlures dans leurs interactions. Si leur relation avait été à ce point bousculé, elle se convint que leurs réactions étaient normales et que tout finirait par s'arranger.
Evidemment, que Sarah Grace insiste tant pour montrer à ses parents ce que « oncle Rick » lui avait appris, avait été l'un de ces instants de solitude que Rick affrontait souvent, et qui nourrissait Kate de plaisanteries futures, et autres moqueries affectueuses envers son mari.
Une journée plaisante que tous semblaient apprécier et chérir autant que possible.
Mais ce soir, les sourires et taquineries laisseraient place au stress de leur autre quotidien.
Si bien que désormais, tous réunis dans le sas du bureau de Rick, les conversations et attitudes tendues avaient repris le dessus.
Jackson les avait rejoins depuis quelques minutes maintenant et Kate s'étonnait toujours de ne jamais pouvoir lire en cet homme. Castle devait bien tenir de lui pour certains aspects, mais pas en ce qui concernait les expressions de son visage.
- Qu'avez-vous trouvé Jackson, questionna Kate de but en blanc.
- Déjà, reprenons les choses dans l'ordre, voulez-vous Kate…
Elle détestait lorsqu'il faisait cela. L'essentiel était ce qui l'intéressé, même si les détails pouvaient s'avérer plus qu'utiles. Elle devait bien avouer qu'il avait raison, plus ils en sauraient sur leur façon de procéder, plus ils seraient armés et préparés pour coincer ces hommes définitivement. Elle devenait impatiente, et elle n'aimait pas ça.
- Quand je vous ai quitté, j'ai longé Flushing comme convenu. Je les ai vus passé devant moi, à moins de 15 mètres. L'homme au chien était bien là, mais ils n'ont montré aucun signe qu'ils se connaissaient.
- Ce sont des pros… des pros très prudents, nota Esposito
- Ou alors ils se connaissent vraiment pas, tenta Alexis
- Oh si, crois-moi, ils se connaissent, trancha son grand-père. Tout était trop bien huilé pour que ce soit une pure coïncidence que ce type promène son chien dans le quartier…en parlant de ça, vous avez pu trouver quelque chose pour les empreintes ?
- Je les ai relevés, je vous épargne les détails sur l'odeur et la technique employée pour le faire, commença Lanie, d'une mine dégoutée, et je les ai donnés à Vikram comme convenu avec Kate.
- Je lui ai demandé de les insérer dans des relevés qui correspondent à d'autres affaires en cours. Je ne voulais pas faire prendre le risque de faire une recherche trop flagrante, expliqua Kate
Jackson, très à l'aise, s'approcha du bar et se servit généreusement un whisky, sous l'air exagérément outré de Rick.
- Vous avez bien fait, inutile d'attirer la foudre sur nous… et pour vos supérieurs ? Vous leur faites toujours des rapports ?
- Toujours oui, on continue de s'en servir de couverture, jamais de détails, on fait venir quelques dealers locaux pour donner l'impression qu'on est toujours aux aguets, mais on ne retient que rarement des charges, ou alors des charges mineures.
- N'épargnez pas les trafiquants qui sont liés à l'héroïne de Vulcain Simons, ce serait une erreur…
- Comment ça ? demanda Ryan, intrigué.
- Si vous enquêtez officiellement sur les dealers locaux, vous ne devez en épargner aucun… si vous faites attention à ne pas vous approcher des ces hommes, ce serait l'effet inverse qui se produirait, ce serait comme si vous les pointiez du doigt. Pourquoi remuer toutes les branches de l'arbre, sauf une ? Ce serait trop suspect, ils pourraient comprendre que votre véritable cible, c'est eux… et là, nous serions démasqués.
Kate regarda son beau-père en se demandant à quel point il avait raison. Castle, à ses côtés, prit la parole.
- Avec les empreintes que Lanie a relevé, nous aurons sûrement un nom, et peut-être que nous arriverons à le relier à ces dealers… ou consommateurs ! S'il est connu des services de police, il est fort probable qu'on trouve un lien avec la drogue de Simons.
- Si on le convoque, on doit être sûre de bien se couvrir, commenta Kate, suivant les pensées de où Rick.
- Ça peut valoir le coup oui… revenons-en à l'autre soir, leur dit Jackson, vous allez comprendre pourquoi je vous pose ces questions là…ils ont bien quitté l'état, comme on le pensait. Ils ont suivi la voie rapide pour traverser le Connecticut. Ils ont bifurqués vers le sud et se sont arrêtés à New Haven. Dans un aérodrome.
- Ce qui confirme qu'ils passent par les airs pour orchestrer leur trafic, commenta Esposito.
- En effet… ça ne fait aucun doute. Mais ce n'est pas tout. Et là, ma chère Kate nous arrivons au passage de mon histoire qui va vous plaire, annonça Jackson, d'un air triomphant, mais sérieux.
Elle retint son souffle un instant, ne sachant comment aborder ces dernières paroles.
Un silence pesant s'était emparé de la pièce, tous étaient suspendus aux lèvres de Jackson, qui sirotait son whisky tranquillement.
- Richard, ton matériel d'écoute est vraiment de haute technologie… je t'avoue que j'ai craint le pire lorsque j'ai vu cet autocollant de la boutique officielle de l'association des détectives amateurs, collée dessus mais mes doutes ont rapidement disparus, à mesure que mon attention était attirée par ce que j'entendais …
- Vous avez pu les entendre ? s'étonna Kate.
Elle sentit l'angoisse s'engouffrait en elle, de peur qu'il se soit trop rapproché ou ait peut-être mis en péril leur entreprise.
- Cet appareil d'écoute a une portée de 100 mètres, lui répondit Castle, qui avait ressenti l'état d'esprit de sa femme.
Elle le regarda, et lui prit la main, pour le remercier silencieusement d'être toujours là pour la rassurer.
- Les deux gars sont descendus de voitures, ils ont attendu environ 15 minutes, avant qu'un petit avion privé n'atterrisse. J'ai entendu ce qu'ils se disaient pendant qu'ils patientaient.
- Et que se disaient-ils ?
- Eh bien… je vous propose de l'écouter par vous-même, annonça Jackson, en sortant un appareil de sa poche.
Ils en restèrent tous bouche-bée. Le matériel d'écoute de Castle allait leur délivrer des détails particulièrement importants pour la suite des événements.
Imperceptiblement, Kate se rapprocha de Rick, comme pour s'ancrer à un point fixe envers quoi elle pouvait se fier.
Jackson posa l'appareil sur le comptoir du bar, et appuya sur le bouton « on ».
- « il fait froid ce soir… j'espère qu'ils vont se magner d'arriver… »
- « tu crois qu'ils vont envoyer qui cette fois ? »
- « j'espère pas cet enfoiré de Bennett… »
Un nom. Kate ouvrit grand les yeux en cherchant Rick du regard.
- « non… d'après c'que je sais, il est à New York en ce moment, ça m'étonnerait qu'ils l'envoient ici, pas après c'qui s'est passé avec Hernandez »
Hernandez. Le gérant de la blanchisserie. En quelques phrases, Kate reprenait confiance en l'avenir. Ils allaient apprendre beaucoup grâce à cet enregistrement, elle en était sûre.
- « tu crois vraiment qu'il parlait aux flics ? »
- « c'que je sais, c'est que s'il la fait, c'est la dernière connerie qu'il ait faite »
Des bruits étouffés se faisaient entendre en fond sonore, le vent, le souffle des deux hommes, les bruits ambiants. Quelques secondes de silence entre eux, avant de reprendre.
- « c'est Bennett qui l'a balancé ? »
- « qu'est-ce que j'en sais moi ! On s'en fout de qui l'a balancé… Bennett est un enfoiré d'arriviste, il est dans les petits papiers du boss, ce mec pourrait pisser devant sa porte, il lui arriverait rien… toi, t'as qu'à commencer à descendre ta braguette, tu seras refroidi avant d'avoir sorti ta queue »
- « c'est con pour sa poufiasse, j'me la serais bien faite moi »
Des rires gras et des plaisanteries douteuses occupèrent les deux hommes pendant quelques minutes encore. Les trois femmes présentes dans la pièce se regardaient, dégoûtées d'entendre le pire de ce que les hommes soient capables de faire et de dire, en pareille circonstance.
Rick, lui, écoutait attentivement, en jetant un regard de temps en temps à sa femme, la soutenant autant qu'il pouvait.
Les autres regardaient religieusement le petit appareil, prêt à capturer la moindre information supplémentaire.
- « tu crois qu'on aura une bonne prime cette fois… il est plutôt lourd sac. Le gringo a peut-être parlé, mais il avait bien fait son job en tout cas ! »
- « rêve pas, ta prime, c'est Bennett qui va l'avoir, si c'est lui qu'a donné l'info pour Hernandez… »
- « t'as entendu c'qui se dit ? D'après Mickey, cet enfoiré joue au golf avec les pointures ! Tu m'étonnes qu'il récupère des infos… le mec, il passe ses dimanches à jouer avec les têtes d'affiches de la police ! »
Un silence… profitable à Kate qui venait de comprendre qu'une taupe était probablement belle et bien installée au cœur de la police de New York. Elle l'avait redouté, et aujourd'hui, elle en avait la confirmation quasi certaine. Mais surtout, elle avait un nom.
- « pourquoi tu t'intéresses tant à Bennett ce soir, vieux ? »
- « pour rien, c'est juste que je peux pas le piffrer ce mec… »
- « ouais ben tu ferais mieux de la fermer un peu… moi j'te connais, mais si tu parles comme ça avec n'importe qui, c'est pour toi qu'ils viendront les frères Bryant »
Rick n'en revenait pas, les deux hommes parlaient, donner des noms et par la même, bien des indices sur leur fonctionnement.
- « tu crois qu'ils ont fait disparaître Meyer ? »
Un autre silence.
- « tu parles trop mec… »
- « bon, putain … ils arrivent ? »
- « j'plaisante pas … j'aime bien bosser avec toi, mais si t'apprends pas à te taire un peu plus, tu vas finir avec une prune entre les deux yeux »
- « eh j'ai pas l'intention de crever ok ? J'me fais du fric avec ce boulot… ces gars là, ils plaisantent pas, je l'sais bien. Les Bryant, ils iront faire le « ménage » ailleurs que chez moi »
- « tiens, regarde… le voilà »
Ils entendirent un son grave, qu'ils identifièrent comme l'avion qui atterrissait. Quelques secondes encore passèrent, avant que la conversation ne reprenne.
- « putain … c'est pire que Bennett »
- « la merde ou la pisse… tu parles d'une nuit »
Au loin, de nouveaux sons leur parvenaient. Des pas probablement, au moins deux autres hommes venaient d'arriver.
- « salut les filles… alors, on a bien fait le tapin cette nuit ? »
- « Boyd … ça me fait trop plaisir de te voir… »
- « t'as un problème le ritale ? »
- « oh c'est bon les gars, on va pas y passer la nuit…tiens, le sac »
Un bruit de fermeture éclaire, puis un autre, peut-être celui d'un homme s'agenouillant à côté du sac, en l'examinant.
- « alors ? »
- « ça a l'air bon »
- « vous vous êtes pas servis hein les filles ? »
- « putain t'es con ou quoi ? Commence pas à faire chier « Dakota » ! »
- « recommences à m'appeler comme ça, et j't'envoie les nettoyeurs, petite merde ! »
Tous se nourrissaient de la bande son. Après tant de semaines sans rien à se mettre sous la dent, quelques minutes de conversations volées, allaient leur ouvrir des portes jusque là bien scellées.
- « bon ça va ! … file nous notre fric, qu'on puisse se casser maintenant ! »
- « tout c'est bien passé sur place ? »
- « ouais… mais la prochaine fois, ce serait bien de nous prévenir quand vous faites buter quelqu'un »
- « et vous retirer le plaisir de la surprise ? T'as cru qu'ils venaient pour toi peut-être ? »
- « tu me fais chier… file moi mon fric, j'en ai marre de ta gueule de con »
- « tenez…et cassez-vous les filles… »
Dans un geste lent, Jackson coupa l'enregistrement avant de porter son regard sur Kate et les autres.
Un étrange sentiment s'était instauré en eux. Ils avaient espéré en apprendre davantage grâce à cette planque presque improvisée, et à présent, s'offraient à eux une multitude d'indices.
- J'arrive pas à y croire… murmura Kate.
Personne ne parlait, mais tous comprenait.
- Par quoi on commence ? s'exclama Ryan pince-sans-rire, on a des noms, des surnoms, des faits… j'arrive même pas à croire que c'est vrai tout ça tellement c'est inespéré !
- Le point essentiel à mon avis, c'est de découvrir qui est ce Bennett qui connait apparemment très bien les chefs de la police, commença Alexis
- C'est maigre comme indice, mais on sait qu'il est à New York, continua Castle.
- Il y a autre chose de tout aussi important, ce mec qui est mort, Hernandez… il a été tué parce que quelqu'un pensait qu'il avait parlé aux flics, rappela Esposito
- S'il a vraiment parlé, ça doit être à quelqu'un des stup', je peux essayer d'en savoir plus…discrètement je veux dire, reprit Ryan.
- On ne doit pas aller trop vite… on a beaucoup d'indices, ça ne doit pas nous faire perdre de vue la prudence, souffla Kate, reprenant peu à peu les commandes de ses émotions.
- Bon… reprenons, on a des noms… « Boyd », les frères « Bryant » et « Mickey », lança Javier
- …et un surnom… « Dakota », rappela Lanie
- Et apparemment, il n'a pas aimé qu'on l'appelle comme ça, conclut Alexis
- Boyd est « Dakota », avec ces infos, on devrait pouvoir l'identifier, annonça Kate
- Il a dit, « Le ritale »… peut-être un autre surnom… au pire, une origine ethnique, c'est maigre aussi, mais c'est déjà ça, leur dit Castle.
- Et « Meyer » qui apparemment a été exécuté lui aussi, rappela à son tour Kate.
Il avait, depuis quelques instants, commencé à écrire toutes les informations de leur débriefing sur le grand tableau blanc, trônant toujours dans la pièce.
Jackson les regardait s'affairer tout autours de Rick, lui jetant les informations dont ils se souvenaient à chaud pour qu'il les retranscrive.
Il s'étonna encore de les voir si complémentaires… et si solidaires les uns des autres.
Son cœur de pierre céda légèrement en constatant l'équilibre qui régnait entres ces personnes pourtant si différentes.
Un jour, peut-être pourrait-il se reposer auprès d'une telle famille… un jour peut-être.
Rick avait maintenant repositionné le capuchon sur son feutre et semblait absorbé par le tableau, mais quelque chose perturba Kate.
- Babe ? ça ne va pas ? demanda-t-elle, semi-inquiète
- En fait… je réfléchissais… il n'y a rien qui vous a étonné dans cette bande ? La conversation, les sujets qu'ils abordaient…
Kate connaissait assez son mari pour tendre une oreille attentive à l'explication qu'il n'allait pas tarder à leur donner.
Jackson, lui, ne put réprimer un sourire que personne ne vit.
- L'un des deux… il parlait beaucoup… je veux dire, vraiment beaucoup… d'ailleurs l'autre gars le met en garde à ce sujet…
- Et alors ? demanda Ryan
- Ça ne vous étonne pas ? Ce trafic repose sur la discrétion, le professionnalisme, la maîtrise de tout… et lui, il parle, il donne des noms, il demande son avis à l'autre type… j'en sais rien mais ça m'intrigue…
- Peut-être que tous ne sont pas aussi prudents qu'ils devraient l'être… après tout, le gars au chien a bien laissé ses empreintes sur un sac ! rétorqua Esposito
- Oui mais, je ne sais pas … là, j'ai l'impression que c'était différent, il a bien conscience du danger, il le dit lui-même à un moment donné… j'ai eu l'impression qu'il voulait faire… parler l'autre gars…
- A quoi tu penses Rick ? demanda Kate, l'esprit en alerte.
- Mon garçon… tu es étonnant… vraiment ! coupa Jackson.
Tous se tournèrent vers lui. Et dans un sourire, il s'expliqua.
- J'ai eu la même sensation que Richard… ce type, celui que Boyd appelle « le ritale », en l'écoutant parler, j'ai eu une intuition… alors je l'ai suivi. C'est pour cela que je vous ai dit que je devais vérifier quelque chose avant de vous voir, Kate… le lendemain, il a reprit sa voiture et il est allé tout droit vers une station service. Sauf qu'il n'a pas fait le plein… il est allé dans les toilettes, et il a fait un truc surprenant…
Instinctivement, Kate et les Bros s'attendaient à une nouvelle information primordiale. A bout de souffle et au bord de la rupture émotionnelle, ils portèrent leurs regards sur la main de Jackson, qui appuya à nouveau sur l'enregistreur de Rick.
- « c'est Jimmy… putain, j'ai pris des risques pour vous cette nuit… comme vous allez l'entendre, Quinn s'est douté de quelque chose… putain… je peux plus faire ça… il va falloir qu'on revoit les termes de notre accord…Boyd a ramassé au moins 15000 dollars cette nuit, « L'Avocat » continue de faire grossir le business… putain… je vais finir par me faire prendre et ils vont me buter comme les Hernandez… A propos de c'que vous m'avez demandé l'autre jour, je crois que l'argent transite par une autre boite que Future Forward… j'en suis pas sûr, mais comme vos potes ont déjà fait un lien avec Bracken, je pense pas qu'il l'utilise encore…et pour Meyer, j'ai pas réussi à faire parler Quinn, mais à mon avis, c'est bien les Bryant qui l'ont buté… je ne sais pas s'ils savent que vous avez retrouvé son corps… pauvre mec… il était cool… bref, je ne sais pas comment trouver votre info sans me faire griller… merde, Sherman, là, je prends des gros risques, vous m'avez promis des tas de trucs, mais maintenant, va falloir penser à agir un peu… putain… ça craint pour moi… dans 1 mois, c'est la grande virée du boss… revue d'effectifs quoi… s'il a des doutes, je suis mort. Si Bennett a des doutes, je suis mort… il faut que vous fassiez quelque chose pour cet enfoiré… il est trop proche de vos patrons, trouvez un moyen et vite !... j'espère que c'est pas la dernière bande que je vous envoie… ».
Une taupe parmi les trafiquants… l'ultime graal parmi les espoirs qui ce soir, leur étaient permis.
- J'ai besoin de m'asseoir…
C'était par ces quelques mots que Kate brisa un silence qui s'était instauré depuis de longues secondes.
Dès la fin de la bande, l'air était devenu irrespirable. Les regards se cherchaient sans jamais s'accrocher, les esprits se galvanisaient sans parvenir à se concentrer, le désordre régnait alors que les espoirs naissaient.
Tant d'indices, tant de pistes, autant de portes entrouvertes… Kate se dirigea lentement vers le canapé et s'y laissa choir, avant de se recouvrir les yeux de ses mains.
- Je n'arrive pas à y croire, murmura Ryan, tout ça, c'est …
- Inespéré, compléta Esposito. Vous avez entendu ce type ? Tout ce qu'il a dit…
- Tout ce que ça veut dire surtout, coupa Castle en s'approchant de Kate.
Il s'agenouilla près d'elle et posa ses mains sur ses genoux.
- Ça va aller Kate ? demanda-t-il doucement
Pour seule réponse, il trouva les mains de Beckett qui s'accrochaient aux siennes.
- On peut en conclure que ce type, ce Jimmy est en contact avec un flic dénommé « Sherman », ils ont un accord et Jimmy est prêt à prendre de gros risques pour cela, y compris celui de porter un micro et d'envoyer les enregistrements à son contact, commença Jackson.
Kate releva les yeux et attrapa le regard de son mari, et après un bref sourire à son attention, prit la parole en tentant de maîtriser sa voix.
- Il a dit que ce Bennett était trop proche de « vos patrons »… s'ils parlaient des chefs de la police, alors il y a fort à penser qu'il fait parti de l'administration du Central… Ce n'est pas un flic, c'est un gratte-papier, un haut fonctionnaire ou …ou alors ça n'a rien à voir…
- Pourquoi il ne pourrait pas être flic? demanda Alexis
- Parce qu'il y a très peu de flics qui côtoient les chefs du Central, sauf les très hauts gradés, expliqua Kate.
- Qui pourrait-il être d'autre ? demanda Lanie, intriguée.
- Un juge, un procureur, un donateur, un maire… ça peut être n'importe qui, répondit Castle sans quitter le regard de Kate.
- Kate, lors de vos réunions au Central, vous n'avez jamais entendu parler d'un « Bennett » ? questionna Jackson
Elle sourit chaleureusement à Rick, qui s'en un mot comprit : elle allait bien, il pouvait cesser de s'inquiéter pour elle. Il se releva et prit place à ses côtés sur le canapé.
Kate leva les yeux vers Jackson, tout en capturant la main de Rick.
- Je n'ai assisté qu'à quelques unes de ces cessions, ce n'est pas ce que j'apprécie le plus dans mes nouvelles fonctions… je reconnaîtrai un visage, mais les noms… j'avoue ne pas tous les connaître.
- Quand est votre prochaine réunion au Central ? demanda Jackson
- Mercredi…
- On est samedi soir, ce qui nous laisse quelques jours pour mettre un plan sur pied, conclut Alexis
Lanie, affectueusement, posa sa main sur son épaule, tandis qu'Esposito s'était rapproché d'elle.
Une famille… voilà ce qu'ils étaient. Pour Jackson, ces personnes représentaient ce que jamais il n'avait eu de toute sa vie d'adulte.
- J'ai des comptes rendus de réunions dans mon bureau, je n'y ai jamais consacré beaucoup d'attention, mais les présents y sont sûrement mentionnés
- Et les excusés aussi… précisa Rick
En face d'eux, Ryan restait silencieux, mais écoutait avec attention. Son passé au service des stupéfiants allait peut-être bien lui servir.
- Je peux certainement avoir accès à la liste des personnels des autres services. Ce « Sherman » est sans doute au stup', j'ai encore des contacts là bas, s'il est dans ce service, je le saurais.
- Ok Ryan, tu t'occupes de trouver qui est ce type. Moi, je cherche Bennett. Notre priorité maintenant est d'identifier ces hommes. On les identifie…
- On se rapproche de la tête du serpent, termina Castle
- En Espérant qu'il ne s'agisse pas d'un hydre de Lerne… on lui tranche la tête, elle repousse doublement, jusqu'à vous étouffer, prévint Jackson, en faisant référence à la mythologie grecque.
- Sauf si on coupe la tête immortelle… et dans notre cas, celle de celui que Jimmy appelle « L'Avocat » ! contra Rick
Jackson prit appui sur le bar en regardant son fils. Il tenait la main de Kate, comme s'il refusait de s'éloigner d'elle. Comme si le contact était nécessaire entre eux. Probablement était-ce le cas… ils donnaient tous deux cette impression de fusion permanente. Une alchimie réellement stable et équilibrée, qui en toutes circonstances, les maintenait à flot.
- Il va me falloir un plus grand tableau, murmura Rick, en contemplant celui qui regorgeait d'informations fournies par ces quelques minutes de bande sonore.
- Jimmy a prévenu que dans 1 mois, son boss viendrait… il parlait de « L'Avocat », n'est-ce pas ? Ce qui veut dire qu'on a une ouverture de tenter quelque chose, dit Esposito
- Attendez, attendez…
Kate se leva et se dirigea vers le tableau, soucieuse de temporiser.
- On doit prendre du recul…on a entendu beaucoup de choses ce soir, on a des noms, des surnoms, des faits… beaucoup de choses, peut-être trop de choses en tête en même temps… on doit se poser et prendre le temps d'étudier tout ça calmement…
Elle se tourna vers ses amis, arborant un air clairement soucieux.
- Toutes ces preuves, ces indices ne doivent pas se retourner contre nous… on ne doit pas céder à la suffisance… j'ai peur qu'on perde de vue l'essentiel : on doit rester prudent, même si toutes ces infos nous sautent à la figure et qu'on crève tous d'envie d'en vérifier le moindre détail…
- Kate a raison, appuya Jackson. On a devant nous bien plus d'indices et de pistes qu'on espérait avoir. On ne doit pas en avoir la tête qui tourne. On a beaucoup d'indices, mais on a aussi beaucoup de travail avant d'en concrétiser un seul.
Rick se rapprocha de Kate pour faire face lui-aussi à ses amis.
- Nos priorités sont : trouver qui est Bennet et trouver qui est Sherman. « L'Avocat », ou peu importe son vrai nom, ne se montrera pas avant 1 mois. Espo a raison, on a une ouverture pour le coincer… mais peut-être seulement. On aura qu'une seule chance de le faire, alors pas de précipitation… si n'on est pas sûr de nous à ce moment-là…
- On ne tentera rien, termina Kate.
Les visages étaient graves et tous comprenaient le sens de ces dernières paroles. L'indiscrétion rapportait par Jackson leur offrait une belle opportunité d'en savoir toujours plus sur ce trafic, mais se précipiter, les mènerait à leurs pertes.
- Reprenons du début, proposa Lanie, de plus en plus à l'aise dans son rôle d'investigatrice anonyme.
- On sait que ce trafic est dirigé par un homme qu'on appelle « L'Avocat », commença Alexis
- Il utilise des hommes de mains pour récupérer l'argent et faire marcher son business, Jimmy et Quinn, poursuivit Esposito
- Et des tueurs à gage pour faire le sale boulot et faire disparaître les corps, les frères Bryant, dit à son tour Ryan
- L'argent disparait par les airs, il est pris en charge par Boyd « Dakota » ou par Bennett, qui est un proche des grands pontes du NYPD, continua Castle
Jackson les regardait faire, à tour de rôle, ils ajoutaient une pierre à l'édifice de leur enquête. Ils étaient réellement étonnants.
- N'oublions pas le trafic en lui-même, on sait qu'ils utilisaient une blanchisserie et un journal d'étudiants pour écouler la drogue.
Kate s'arrêta un instant pour regarder à nouveau le tableau.
- Il y a aussi ce « Meyer » qui a été tué mais dont le corps a été retrouvé…
Un instant de réflexion plus tard, elle posa les yeux sur Lanie.
- Est-ce que tu as un moyen de savoir si un corps de ce nom là a été retrouvé récemment ?
- C'est assez difficile… en tout cas, il n'est pas dans ma morgue, mais je devrais pouvoir avoir accès au fichier, si son corps est à New York, je le trouverais.
- Bien… mais on ne doit pas perdre de vue qu'apparemment, personne ne sait qu'il a été découvert, donc tu devrais surtout regarder les corps non identifiés, précisa Ryan.
- Je regarderais les deux, acquiesça Lanie.
- Bon… et quand est-il de Jimmy ? Que savons-nous de lui ? demanda Castle
- Je suppose que ce Sherman doit avoir quelque chose de vraiment énorme contre lui pour l'amener à espionner … soit ça, soit il lui a promit monts et merveilles ! s'exclama Alexis
- Jimmy semble paniqué … il craint pour sa vie et a peur que Bennett le démasque, pourquoi Bennett aurait-il des doutes sur lui ? demanda Kate
- Tu l'as dit, il a peur, quand on se sent en danger, on craint le pire… le pire pour lui serait que Bennett le perce à jour, répondit Ryan
- Pourquoi a-t-il si peur de Bennett ? insista Esposito
- Peut-être que Bennett est proche des stup… et que si Sherman est imprudent, il saura que quelqu'un parle dans l'organisation… c'est peut-être pour ça que Hernandez, le gérant de la blanchisserie est mort. Bennett a peut-être pensé que c'était lui qui informait les flics… peut-être n'avait-il jamais parlé à un flic de sa vie.
Kate regarda Castle et essaya de réfléchir à ce qu'il venait de suggérer. Ces hommes n'avaient ni foi ni loi, pourquoi prendraient-ils la peine de vérifier si l'information qu'il détenait était vraie, pourquoi ne pas simplement se débarrasser de la potentielle menace ?
- Raison de plus pour rester prudent, décréta-t-elle, leur entente est loin d'être parfaite, Boyd et Bennett ne sont pas appréciés par Jimmy et Quinn, ils sont peut-être prudents, mais ils peuvent être déstabilisés…
- A quoi tu penses ? demanda Castle
- A la grosse commission de Thor… ou plutôt aux empreintes de son maître sur le sachet… si on l'identifie et qu'on le convoque, on peut peut-être donner un coup de pied dans la fourmilière…
- C'est risqué ça Kate, murmura Castle, tu l'as dit toi-même, on doit se montrer patient, ne pas se précipiter…
- Je sais… en fait, je pensais à Sherman, dit-elle
Ryan et Esposito la regardèrent en s'interrogeant sur le fond de sa pensée. Rick, lui, la regarda, comprenant parfaitement où elle voulait en venir.
- On peut le forcer à venir à nous… s'il est flic et qu'il entend parler d'une convocation d'un des types proches du trafic, il peut essayer de nous en empêcher… et on saura qui il est, et peut-être nous dira-t-il ce qu'il sait…
- Mais on peut aussi interférer dans une enquête en cours et risquer de tout perdre, prévint Ryan
- Je peux me tromper mais… si une enquête officielle est en cours, pourquoi tes patrons t'ont-ils donné l'autorisation d'enquêter toi aussi ? demanda Alexis
Kate et Rick se tournèrent l'un vers l'autre en un mouvement brusque et tout deux comprirent au même instant la probable vérité.
- Parce que ce n'est pas une enquête officielle ! prononcèrent-ils en même temps.
Comme au ralenti, leurs visages s'illuminèrent, leurs yeux se mirent à briller et les corps se parlaient.
Autours d'eux, leurs amis observaient un nouvel exemple de cette magie qui émanait d'eux. Les quelques secondes se succédaient à cette fusion des esprits, étaient envoûtantes.
- Peut-être est-ce une vendetta personnelle ? proposa Castle, hypnotisé par le pouvoir qu'avait sa femme sur lui
- Ou un flic qui a des soupçons sur ses supérieurs…
- Ce qui irait dans le sens d'un Bennett proche des stup…
- On ne peut pas exclure un ripou qui voudrait se faire du fric…
- Ou un justicier milliardaire qui veut nettoyer sa ville…
- Sherman non plus, n'est pas Batman babe…le taquina Kate
- Tu n'en sais rien… répondit-il presque dans un murmure, tandis que leurs corps s'étaient inconsciemment rapprochés l'un de l'autre.
- Ils font souvent ça ? interrompit Jackson, presque excédé.
- Oh… vous n'avez pas idée, répondit Lanie
Reprenant conscience du monde qui les entourait, Kate et Rick s'éloignèrent légèrement, tout en se souriant et en se défiant du regard.
- Euh… quoiqu'il en soit, reprit Ryan, trouver Sherman pourrait nous conduire encore plus près de la tête de l'organisation, cet « Avocat ».
- Pourquoi ce type, «L'Avocat » ne pourrait-il pas être un proche de Bracken ? Son propre avocat peut-être ? demanda Alexis.
Kate se pencha sur la question, Castle, lui fit une légère grimace qui, comme le prédit sa femme, augurait une réponse particulièrement tordue.
- Parce que dans tout bon film, la réponse ne peut pas être aussi évidente voyons ! s'exclama-t-il, aussi sur de lui qu'il avait pu être sérieux jusque là.
- Saaauf … qu'on n'est pas dans un film, je pense que ça mérite une vérification, leur dit Jackson
Il n'avait pas cherché à cacher son exaspération en accentuant volontairement le début de sa phrase. Il avait appris à analyser les réactions de son fils, sa personnalité, ce dont il était capable pour les personnes qu'il portait dans son cœur, mais son esprit si inconséquent, cela, il avait du mal à comprendre. Et, à fortiori, l'idée même Kate, cette femme si sensée, si réfléchie, si …Femme, soit tombée amoureuse de cet enfant, lui échappait complètement.
- J'ai gardé un double de tout ce qu'on avait contre Bracken, tout son dossier, je trouverai le nom de son avocat…
Des regards interrogateurs se portèrent vers elle.
- Quoi ? J'avais peur que les preuves, les dossiers… que tout disparaissent mystérieusement, et qu'on ne se retrouve avec rien au Tribunal… c'est déjà arrivé, j'ai voulu être prudente, répondit-elle aux questions non posées tout en faisant référence au dossier du Triple Tueur, dont ils s'étaient retrouvés orphelins, victimes du génie morbide de cet assassin.
Rick lui prit la main en lui souriant en signe de compréhension.
- On peut peut-être creuser aussi du côté de « Dakota »… il y a fort à parier que ce type a fait de la prison, ou au moins, doit avoir des condamnations sur son cassier, le FBI a un fichier qui répertorie tous les surnoms, on peut le trouver comme ça… Vikram pourrait faire une recherche discrète, proposa Ryan.
- En tout cas, ce qui est sur, c'est que lui et Bennett doivent être des lieutenants précieux pour « L'Avocat », il leur fait assez confiance pour transporter l'argent, et comme l'a dit Jimmy, Bennett bénéficie de la confiance de son patron, donc si on trouve ces deux gars, on peut trouver une corrélation avec « L'Avocat », conclut Esposito.
Kate hocha la tête en écoutant ses deux amis, puis regarda Jackson.
- Les plans de vols que vous avez récupérés, ils nous donnent la destination de l'avion ? Je suppose qu'ils atterrissent toujours au même endroit ? demanda-t-elle
- En effet… ils atterrissent dans la banlieue proche d'Hartford, répondit-il
- Evidemment, commença Castle, la capitale de l'Etat… c'est plus facile d'écouler de grosses sommes. Hartford est surnommée la capitale mondiale des compagnies d'assurances, l'argent doit couler à flot…
- Et le faire disparaître derrière des entreprises fictives doit être plus aisé, termina Kate en regardant Rick.
En une soirée, l'organisation de ce trafic prenait un semblant de vie. Tous ces mystères n'étaient pas encore dévoilés, mais l'ensemble prenait une forme de plus en plus cohérente.
- Des avocats au milieu de toutes ces compagnies d'assurances, on doit en trouver à la pelle… murmura Ryan
- Oui… raison de plus pour le laisser venir à nous dans un mois, attaquons le taureau par derrière, concentrons nous sur ce qu'on peut découvrir sans trop se dévoiler, plaida Kate
- Sherman, Bennett, Boyd…si on a le trio, on est près du but, affirma Esposito
- Et on a 1 mois pour les identifier, dit Kate d'un ton professionnel et déterminé.
- En réalité, on a plus d'1 mois Kate, on a tout notre temps, lui dit Jackson, soucieux de préserver leur avantage
- Jackson... ma ville est gangrenée par ces hommes et leur trafic répugnant. Ils tuent sans vergogne, l'un de ces hommes est infiltré parmi mes patrons, un autre fait fortune avec la détresse et la dépendance de junkies… je ne veux pas que ça dure, je veux mettre fin à tout ça… on touche au but, j'en suis certaine, on sera prudent, mais dans 1 mois, j'arriverai presque au terme de mon premier trimestre… égoïstement peut-être, j'aimerais profiter de ce qu'il me reste de temps pour vivre pleinement ma grossesse.
Rick la regarda, étonné de sa confidence. Lanie et les autres ne l'étaient pas moins.
- Je sais que tout ça doit vous paraître stupide, mais j'ai failli gâcher mon mariage pour cette enquête… j'ai blessé mon mari, j'ai menti à mes amis, à mes collègues, il a fallu établir des stratagèmes pour se rencontrer ici, et pour réintégrer mon domicile… et je ne suis pas la seule à subir cette enquête, continua-t-elle en faisant référence, mais sans la mentionner, à la vie privée de Ryan. Bien sur, si dans 1 mois, les preuves que nous aurons ne suffisent pas, nous ne tenterons rien… mais si on peut arriver à nos fins d'ici là, je suis certaine que tous ici seraient heureux de retrouver une vie normale.
Lanie observait son amie fièrement. Entendre Kate s'exprimer ainsi devant tout le monde, était rare et précieux… et tellement vrai !
- On est d'accord Kate, répondit simplement Jackson en la regardant, ses yeux teintés de respect et d'admiration.
- Restons calmes, prudents et patients, on a 1 mois, reprit Castle, c'est court, mais c'est aussi 30 jours, à nous de bien les utiliser.
- Pas demain, lundi, acta Kate
- Pourquoi pas demain ? demanda Esposito
- Parce qu'on a tous besoin de retrouver un rythme normal, et ça va nous aider à prendre du recul, sans se précipiter… Jenny est enceinte et Ryan doit passer du temps avec elle et Sarah Grace, Alexis a des partiels à préparer, toi et ta petite amie (Lanie ouvrit de grands yeux en fusillant du regard Esposito) avaient sûrement des choses à faire de votre côté, et moi, j'ai besoin de passer du temps avec Rick. Même vous Jackson, je suis sûre que vous avez besoin de temps pour vous…
- A vrai dire… je peux en profiter pour discuter avec Martha, avoua-t-il
- Quoi ? quoi ? Euh attends, ça veut dire quoi ? s'alarma Castle
- Rien mon garçon, pas la peine de t'inquiéter, je n'ai pas l'intention de blesser une nouvelle fois ta mère, promit-il
- Bien alors on est tous d'accord, notre enquête commence vraiment maintenant, conclut Kate
- Rick ?
- Hum…
- Tu as pris goût au canapé on dirait…
Kate sentit son mari sourire contre sa nuque en réponse à sa taquinerie. Nus sous un plaid, les deux amants profitaient de ces quelques heures de répits pour se retrouver et reposer leurs esprits. Rick tenait sa femme contre lui, son dos contre son torse, dans une position semi assise, le dos parfaitement calé dans l'angle du canapé. De ses bras, il l'enserrait et jouait de ses mains avec les siennes, étroitement liées.
Kate se sentait paisible, protégée, revigorée par la présence si proche de son mari.
Cette journée de « repos » était une véritable bonne idée. Elle l'avait laissé germer dans son esprit avant de la soumettre à ses amis, et dès lors qu'elle s'était immiscée, elle s'était laissée convaincre que tous méritaient ce jour, sans enquête, sans danger, sans plan à mettre à place.
Personne n'avait soulevé d'objection, en tout cas, pas après avoir écouté Kate expliquer ses arguments, et ce soir, elle espérait que cette journée avait été autant profitable à ses amis, qu'à eux deux.
- Je l'aime de plus en plus ce canapé
- Hum… moi je ne sais pas trop… je ne suis pas convaincue de son utilité, répondit-elle, sensuelle et aguicheuse
- Même après avoir fait 2 fois l'amour dessus aujourd'hui? taquina-t-il en retour, en butinant son cou de doux baisers légers
- Hum… je crois que peut-être… je pourrais l'apprécier en fin de compte… après disons… une troisième fois… murmura-t-elle en souriant, les baisers de son mari faisant naître en elle les prémices du désir.
- Tu dois manger avant…Tu as faim ? …Mon fils a faim ? lui demanda-t-il tendrement
- C'est exactement ce que je veux dire en parlant d'une troisième fois, j'ai faim… sans ton fils bien sûr, se reprit-elle, après avoir prononcé ces quelques mots de façon si provocante que Castle desserra son étreinte légèrement pour la regarder d'un air amusé.
- Tu es devenue insatiable, tu le sais Kate ?
- Comme si tu t'en plaignais babe, rit-elle doucement
- Oh non pas du tout… mais la soirée n'est pas finie et ma femme s'est beaucoup dépensée, je veux prendre soin d'elle …surtout si elle se sent d'attaque pour un troisième round… alors ? Une guimauvelette ?
- Oh Rick ! dit-elle laissant échapper malgré elle une certaine pointe de dégoût dans le ton de sa voix
- Quoi ? Tu n'aimes plus ma guimauvelette ? s'étonna-t-il
- Mon cœur… je n'ai pas dit ça mais… je crois que … tu sais, la grossesse altère les goûts et ce qu'on ne trouve pas mauvais d'habitude … le devient, lui dit-elle en cherchant ses mots pour ne pas le blesser inutilement.
Elle se tourna complètement vers lui, et posa une main sur son torse en signe d'apaisement.
La spécialité de Rick, dont il était très fier, n'avait rien de très alléchant à la base, mais après avoir accepté de goûter pour lui faire plaisir, elle avait dû admettre que, passée l'appréhension du goût et de la texture, finalement, le mariage improbable des ingrédients était certes inhabituel, mais aussi suffisamment mangeable pour finir son assiette.
Elle se rappelait parfaitement bien sa première expérience « guimauvelette », ce jour là, elle avait dit à Rick qu'après cela, il ne pourrait jamais douté de son amour pour lui.
- « ce qu'on ne trouve pas mauvais » ? Kate ! Ma guimauvelette est une tuerie voyons ! s'offusqua-t-il d'un air outré.
Kate le regarda, s'obligeant à ne pas céder au fou rire qui menaçait d'éclater tant le regard de son mari semblait perdu, ses repères comme effaçaient, et ses grimaces particulièrement forcées.
Elle tenta de trouver les mots qui le ramèneraient à une réaction bien moins exagérée.
- Mon cœur… tu sais, les associations de ce genre, ce n'est pas très bon pour les bébés. Cosmo est en train de se développer, il grandit et je pense qu'un repas un peu plus équilibré lui sera bien plus profitable…
Il la regarda à son tour, une ride de souci se dessinant sur son front. Il l'observa encore quelques secondes, en analysant ce qu'elle venait de lui dire.
- Bon… oui, tu as sans doute raison pour Cosmo mais … toi ? Tu l'aimes ma guimauvelette n'est-ce pas ?
S'en fut trop, son air d'enfant désespéré par une découverte qui semblait bouleverser son petit monde, la fit craquer. Elle rit franchement en se rapprochant de lui. Elle prit son visage en coupe et l'embrassa tendrement.
- Tu sais ce que j'aime ?
- Hum… bougonna-t-il en sachant d'avance que sa réponse n'aurait malheureusement rien à voir avec sa spécialité culinaire.
- Toi… c'est toi que j'aime…
Et elle rit de plus belle, devant ce pitre qui peinait à cacher sa déception, mais qui arborait déjà des yeux pétillants grâce aux quelques mots prononcés par sa femme.
- Je suppose que je dois plutôt nous préparer un petit plat avec des légumes et une viande, hein ? demanda-t-il d'une voix presque triste.
- Oui mon cœur… mais rassure toi, je vais t'aider et après, c'est toi qui goûtera un dessert de mon invention, un truc spécialement pour toi… j'espère que tu vas aimer, lui dit-elle en l'embrassant amoureusement, en ne laissant planer aucun doute sur l'idée qu'elle se faisait des suites de leur soirée.
Passé l'affront du refus de Kate de manger une guimauvelette, Rick s'était détendu en cuisine, préparant avec soin et amour leur repas du soir.
Kate n'avait jamais vraiment aimé cuisiner auparavant, mais depuis Rick, elle commençait à y prendre goût et de plus en plus souvent, il lui arrivait de le surprendre en lui proposant de se mettre en cuisine pour lui.
Et parfois, comme ce soir, la préparation du repas était propice à discussions, plaisanteries et baisers volés.
Kate appréciait au plus haut point ce quotidien qui lui avait tant fait peur auparavant.
Ils s'étaient restaurés dans la tranquillité du loft, la cheminée réchauffant la pièce, les silences se mêlant aux rires, les sourires traduisant les pensées.
Rares étaient les fois où une soirée se terminait exactement comme ils l'avaient escompté, et ce soir, tous deux en avaient profité jusqu'à l'épuisement.
La tête reposant sur le torse de son mari, Kate souriait béatement, comblée par l'amour et les sentiments que Rick lui portait.
- Tu crois que tout le monde a passé une journée aussi merveilleuse que la notre mon cœur ?
- Oh je suis sûr qu'Alexis s'est éclatée avec ses révisions, plaisanta-t-il
- Ah oui… j'avais oublié ses partiels… peut-être qu'elle a trouvé un charmant garçon avec qui réviser, qui sait… risqua-t-elle, en étouffant un sourire, bien consciente que Rick allait réagir au quart de tour.
- Quoi ? Non, elle a besoin de se concentrer… ses études sont importantes, elle a pas besoin qu'un garçon vienne la distraire… elle est bien plus mûre que ça ! Les garçons dans les facs ne veulent qu'une chose et …
Il s'interrompit en ressentant les soubresauts désormais incontrôlables de sa femme… et en conclut, qu'elle venait de le faire marcher.
- Tu te moques de moi ?
- Oh non mon cœur… jamais, je te promets, rit-elle de bon cœur
- N'écoute pas ta mère, Cosmo… elle ne sait pas encore à quoi s'attendre, elle comprendra quand tu ne rentreras pas à la maison pour la première fois mon garçon…
Il avait parlé d'une voix très paternelle, tout en caressant le ventre de Kate affectueusement.
Elle sourit en l'entendant, tout en sachant que d'une certaine façon, il avait certainement raison.
- Notre enfant n'est même pas encore né que tu veux déjà qu'il découche babe ? Ce n'est pas l'image que j'avais de toi en père tu sais…
- Moque toi… tu verras, sourit-il à son tour, ignore là Cosmo.
- Tu sais que notre petit pourrait être une fille… à force de parler d'elle comme d'un garçon, de l'appeler avec un prénom de chien, tu pourrais provoquer des dommages importants chez elle…le provoqua-t-elle, s'abandonnant à nouveau à l'envie de rire qui l'avait assaillie plus tôt
- Kate !
- Je suis désolée Rick, pardonne moi, rit-elle de plus belle en s'élevant sur ses avants bras pour capturer ses lèvres amoureusement.
Il resserra son étreinte en l'entraînant contre lui, sur lui, et en approfondissant le baiser. Ses deux bras autours d'elle, il ressentait sur sa peau, les seins de sa femme et la chaleur qui se dégageait de son bas ventre.
- Tu sais que demain, on va ressentir les séquelles de nos exercices du jour, lui dit-elle, lascive entre ses bras.
- C'est exactement le genre d'exercices que j'aime pratiquer, alors je me fiche des courbatures, répondit-il contre ses lèvres
- Et quand Ryan ou Espo vont voir nos cernes, tu vas pouvoir te retenir de parler n'est-ce pas mon cœur ? murmura-t-elle, en refusant de s'éloigner du délice de sa bouche
- Je te signale qu'en général, c'est toi qui parle
- Quoi ? s'écria-t-elle en reculant, ses bras en appui autours de son corps, tu te moques de moi là ? Tu es une vraie commère, on dirait Lanie parfois !
- Tiens, justement ! Qui parle à Lanie de nos ébats ? Qui lui raconte tout en détails jusqu'à la plus intime, la plus torride des nuits passées ensemble ?
Elle le regarda à la fois agacée par cet air si sûr de lui, et à la fois amusée par les traits que prenaient son visage, lorsqu'il se lançait dans une théorie facétieuse.
- Toi… dans tes bouquins, répondit-elle d'un air certain.
- Moi ?! Tu es de mauvaise foi Mme Castle… ça me rappelle toutes les fois où tu m'as soutenu ne pas être tombée amoureuse de moi dès la première fois…
- Sérieusement ? Rick ? On repart là dessus ? l'interrogea-t-elle, exaspérée par cette idée qu'il s'était mise en tête et dont elle n'arrivait pas à le convaincre du contraire.
- Au premier regard Kate, appuya-t-il, le regard de plus en plus pétillant.
- Au premier regard, je me suis dis que j'allais sûrement te tuer si tu restais une seconde de plus dans mes pattes, le provoqua-t-elle
- Oh… mais oui, bien entendu… alors dans ce cas, comment explique-tu que ce soir, c'est toi qui est entre mes pattes, hein ? lui dit-il en faisant allusion à leur position.
- Il faut croire que j'ai perdu la tête, répondit-elle en déposant un baiser sur son torse
- Au point de parler à Lanie de nos escapades amoureuses ?
Ses caresses le long de son dos provoquaient des ondes de plaisir et Kate commençait sérieusement à se laisser aller contre lui.
- C'est à cause de toi si j'ai du lui raconter certains trucs…
- Comme quoi ?
- Des… trucs qui ne devraient pas être racontés normalement, répondit-elle en se collant de plus en plus à son bassin, d'où elle pouvait sentir son sexe commençait à durcir à son contact.
- Tu lui racontes tout ça parce que ça t'excites de revivre ces moments…
- Tu crois que j'ai besoin de « revivre ces moments » pour être excitée mon cœur ? demanda-t-elle innocemment en laissant trainer sa bouche sur l'un de ses tétons.
Il gémit pour seule réponse, la caresse provoquant en lui des ondes de chaleurs localisées dans les zones les plus intimes de son corps.
- Et d'ailleurs, je ne lui raconte pas tout… je sélectionne ce que je lui dis… je ne lui parle pas de ça par exemple…
Sans qu'il ne s'y attende, Kate vint poser sa main sur son sexe, le caressant sensuellement sans le quitter du regard.
- Ni de ça d'ailleurs…
Elle prolongea sa caresse en délocalisant sa main sous ses testicules qu'elle massa doucement.
- Oh Kate… si tu lui parlais de ça, Espo passerait une de ces nuits !
- Qui te dit que ce n'est pas parce que je lui ai raconté quelques trucs qu'elle m'en redemande toujours plus… peut-être qu'elle rend fou Espo grâce à nous…
Sa bouche se constituait un chemin de son cou à ses épaules, de sa clavicule à ses côtes, et à chaque baiser, elle laissait volontairement trainer sa langue sur sa peau, ce qui, elle le savait, lui faisait perdre la tête.
De sa main, il captura sa nuque et d'une légère et douce pression, la ramena à lui, pour savourer la passion d'un baiser qui annonçait des ébats follement excitants.
- C'est peut-être parce que tu as parlé qu'ils sont à nouveau ensemble tu sais ?
- Tu crois que j'ai émoustillé Lanie au point de ne pas pouvoir contrôler son propre corps ? Babe… je crois que l'explication est plus simple que ça… murmura-t-elle, en fermant les yeux
- Je ne sais pas… toi, tu n'arrives pas à contrôler ton corps donc…répondit-il, tandis qu'il sentait depuis de longues minutes le bassin de sa femme onduler sur lui, provoquant son érection
- Tu veux …qu'on parle de ton corps à toi… gémit-elle lorsqu'elle s'ajusta un peu plus sur son corps, son sexe désormais en contact avec le sien.
- Tu es si proche… je te sens Kate, gémit-il
- C'est excitant ça mon cœur, souffla-t-elle
- Tu vas raconter ça à Lanie ? demanda-t-il en luttant contre les réactions que les assauts de sa femme dessinaient en lui.
- Rick ? Tu as été marié trois fois et tu ne sais toujours pas qu'un homme ne doit pas parler d'une autre femme quand il est au lit avec la sienne…murmura-t-elle, en le taquinant
- C'est juste que si tu lui parles de ça… tu vas devoir aussi lui parler de ça, répondit-il.
Sans prévenir, il la fit basculer sur le dos et se positionna contre elle, ne lui laissant aucun répit pour le ressentir à nouveau. Sa main glissa sous la couette et se posa sur son sexe, le caressant lentement d'un geste précis.
- Oh Rick… gémit-elle dans un souffle
- Et si tu lui parles de ça, tu vas devoir lui dire à quel point ça t'excite que je te parle quand je te fais l'amour, la provoqua-t-il doucement, d'une voix voilée par le désir qui s'emparait de lui.
- Je ne vais pas lui dire ça…sourit-elle contre ses lèvres, tout en se saisissant de sa lèvre, qu'elle mordilla de façon très subjective
- J'aime vos soirées entre filles… surtout maintenant qu'elle est à nouveau avec Espo… et comme elle n'a pas la langue dans sa poche…dorénavant, plus jamais je ne m'endors avant que tu ne rentres…
Entre deux baisers mêlés d'amour et de passion, leur petit jeu de séduction les menait inexorablement vers des plaisirs partagés qui les combleraient à nouveau.
- Comme si tu avais à te plaindre de mes retours tardifs à la maison … je crois que la dernière fois, tu as aimé que je te réveille…
- Ah oui ? … j'ai oublié comment tu as fait Mme Castle… murmura-t-il dans un sourire pour la provoquer
- Vraiment hein ? tu as oublié…
Elle caressa ses lèvres des siennes, jouant de sa langue sur la sienne. Elle reprit son massage intime, puis le regarda droit dans les yeux :
- Les prémices de la vieillesse mon cœur… tu as des trous de mémoire…
- Je ne m'inquiète pas… je n'ai pas oublié à quel point tu es belle quand je te fais l'amour, et à quel point je suis chanceux de t'avoir dans ma vie…
Ces derniers mots scellèrent la fin de ce jeu entre séduction et provocation.
S'unissant à elle, Rick la regarda en priant pour qu'elle puisse voir dans son regard tout l'amour qui le dévorait et dont elle seule, était la gardienne.
Le froid remportait tous les suffrages en ce lundi soir à New York.
L'hiver s'était installé désormais et un voile sec recouvrait la ville et ses buildings.
Néanmoins, dans le bureau de Castle, l'atmosphère était loin d'être glacial. Ce soir verrait naître leurs premiers pas vers quelque chose de concret, les pièces du puzzle étaient pour l'instant dispersées mais au moins, elles étaient sur la table… en tout cas, en partie, peut-être juste assez pour bâtir le cadre, mais comme tout puzzle, une fois l'encadrement terminé, chaque pièce supplémentaire, constituait de plus en plus l'image, pour au final, se dévoiler complètement.
Ils en étaient là, former le cadre du puzzle pour ensuite étudier chaque pièce et lui trouver sa place.
Kate avait trouvé le temps long, une journée sans fin, et qui plus est, chargée de son lot de paperasse. Au moins avait-elle pu se dégager du temps pour se pencher sur le dossier de Bracken, qu'elle avait ramené discrètement du loft à son bureau.
Elle espérait que leur désormais traditionnelle réunion clandestine allait leur ouvrir certaines portes, ou peut-être, en fermer.
- Ryan, tu as pu trouver quelque chose sur Sherman ? demanda-t-elle, pressée de savoir.
Toute la journée, elle avait trépigné d'impatience, s'abstenant de poser des questions aux Bros, et ce soir, elle voulait savoir.
- J'ai fait des recherches sur le fichier du personnel. I Sherman dans la police de New York, malheureusement, aucun n'est aux stup'… il y a un jeune officier sorti de l'école depuis moins d'1 an affecté à la circulation, un autre aux mœurs et le troisième… ici, à la criminelle.
- Quoi ? Non Ryan tu dois te tromper, je le saurais s'il y avait un Sherman à la crim', s'exclama Kate
- Oui ça m'a étonné aussi, donc j'ai cherché à en savoir plus, et notre Sherman…est une femme, sauf qu'on la connait sous son nom de femme mariée, l'officier Janet Ellis.
- Ellis ? Elle est mariée et a 2 enfants… des ados en pleine crise dont elle n'arrête pas de se plaindre ! Sérieux ? Ce serait elle notre Sherman ? intervint Esposito, en ne cachant pas ses doutes
- Comment tu en sais autant sur cette femme Javier ? demanda Lanie, en lui jetant un regard noir
- Ben… euh, elle en parle tout le temps, c'est une angoissée … Ryan la connait mieux que moi ! se défendit-il
Kate regarda Lanie et était certaine qu'elle faisait marcher Esposito, elle savait son amie peu sûre d'elle par moment, mais de là à craindre quelque chose de cet officier, Kate n'y croyait pas une seconde.
- Bon quoiqu'il en soit… je pense qu'on est tous d'accord pour dire que ni le jeune gamin, ni notre Sherman, n'est « notre » Sherman, dit Castle en volant au secours de Javier
- Quant est-il de celui qui bosse aux mœurs ? Que savons-nous de lui ? demanda Jackson
- Pas grand-chose, 5 ans aux mœurs, avant cela, il était à l'anti-gang, il est originaire de la Virginie, marié, 3 enfants, la quarantaine. Rien à redire, un flic comme un autre.
- Qu'est-ce qu'un flic des mœurs viendrait faire dans cette histoire ? Pourquoi viendrait-il mettre son nez dans un trafic de drogue à grande envergure ? demanda Alexis
- Ça ne colle pas… répondit Kate comme pour elle-même en fixant le tableau blanc. Sherman n'est peut-être pas flic ? Peut-être qu'on se trompe…
- Non, non… souviens-toi, Jimmy a dit « il est trop proche de vos patrons », ce qui veut dire que Sherman est flic…
- Oui mais Castle, Ryan n'a trouvé aucun Sherman dont le profil correspondrait … alors qui serait-il ? demanda Kate
- Il est peut-être aux stup', mais pas à New York… dans le Connecticut, proposa-t-il
- Pourquoi « vos » patrons ? Jimmy a clairement dit que Bennett était à New York et qu'il était proche des chefs de la police, qu'est-ce qu'un flic du Connecticut ferait ici, à New York ?
Rick sembla chercher la réponse dans ses chaussures, puis soudain, releva la tête, frappé par une idée :
- Peut-être qu'on se trompe effectivement… peut-être que Sherman est un prénom, et non un nom ! proposa Rick
Le visage de Kate s'illumina d'un seul coup.
- Ryan, tu peux vérifier si des flics portent ce prénom ? demanda-t-elle à son collègue
- Je vais vérifier, s'il est flic, je le trouverai, répondit-il avec détermination
Kate acquiesça et se tourna vers Esposito.
- Qu'est-ce qu'on sait sur Boyd, tu as du nouveau ?
Esposito la regarda d'un air assez fier de lui.
- Oh oui… j'ai bossé avec Vikram sur le fichier du FBI, Ryan avait raison, il répertorie tous les moindres détails à propos de chaque gars lié au grand banditisme… et on a trouvé un gagnant ! Je vous présente Leroy « Dakota » Boyd.
D'un geste fluide, il sortit une photo qu'il afficha sur le tableau de Castle.
Tous l'observèrent, comme si cette photo pouvait parler d'elle-même. Comme si une image pouvait leur révéler toute son histoire. Au premier abord, un homme entre 40 et 45 ans, le regard froid dans lequel on pouvait déceler une certaine estime de lui-même. Il donnait l'impression d'être fier et son visage, sans aucune expression, le rendait particulièrement glaçant.
- Boyd est un ancien militaire, le traitre, dit-il en fusillant la photo du regard. Il a servi pendant 12 ans dans la Navy, avant de raccrocher et de devenir agent de sécurité pour des boites privées. Officiellement en tout cas… il a été interrogé à plusieurs reprises par la Police, et même le FBI, dans des affaires de meurtres, de corruptions, de détournements de fond... Jamais aucune preuve directes, que des allégations mais jamais rien qui ne le liait à 100% de près ou de loin au moindre crime.
- Ça me rappelle quelqu'un… coupa doucement Kate en se rapprochant de Castle.
Il croisa son regard et comprit qu'elle repensait à Bracken.
- Et puis il y a eu disons… un incident… d'après les rumeurs, il était impliqué dans une affaire de viol sur mineure, il aurait pété un plomb et aurait tué la fille chez elle et trois autres personnes rencontrées par hasard dans la rue où il a laissé le corps. Les flics étaient sûrs de pouvoir le coincer parce qu'ils avaient un témoin qui avait formellement identifié Boyd. C'était en 2010, dans le Dakota...Et puis, l'avocat de Boyd a demandé à auditionné le témoin et il s'est avéré que finalement celui-ci était introuvable… il a constitué un dossier en béton pour sauver les fesses de son client et il s'en est sorti. Juste des suspicions, pas de condamnation, pas de casier…Personne n'était dupe, la presse, l'opinion publique, les flics … Boyd est devenu « la plus célèbre des injustices du Dakota »… c'est comme ça qu'un journal à grand tirage a titré sa une, le surnom lui est resté. « Dakota » Boyd. Il a quitté ses fonctions peu après, probablement parce que ce n'était qu'une couverture, et il a disparu dans la nature… jusqu'à ce qu'on tombe sur lui l'autre soir.
Voilà donc l'histoire de cet homme. Leroy Boyd était un des lieutenants les plus proches de celui qu'on appelait « L'Avocat », et comme Bracken, était passé maître dans l'art de ne laisser aucune trace.
Kate le fixait, et laissa son visage s'imprégnait en elle. Chaque trait, chaque ride, chaque détail… elle saurait tout de lui.
- Le témoin qui a disparu, on ne l'a jamais revu ? demanda Alexis
- C'était un jeune étudiant en architecture, bon élève, de bonne famille, membre de l'équipe de basket de la fac… personne n'a jamais su ce qu'il était advenu de lui. Pas de corps, rien. Finalement les flics ont fini par clôturer le dossier en pensant qu'il avait dû fuir pour ne pas avoir à témoigner contre Boyd, répondit Esposito
Quelques secondes passèrent dans le silence le plus complet, comme en signe de respect pour ce jeune homme, dont la disparition ne laissait pas de doute quant à sa véritable nature.
- S'il travaillait déjà pour le cartel à cette époque, il bossait pour Vulcain Simons, et pour Bracken, indirectement. Pas étonnant que le gamin ait disparu, il n'avait aucune chance, murmura Castle
- Il était condamné dès le moment où son nom est sorti, compléta Kate… qu'est-ce que tu sais d'autres sur Boyd ?
Kate se sentait nauséeuse devant le visage de cet homme, et alla prendre appui contre le bureau. Castle s'aperçut qu'elle avait blêmi et sans un mot, lui tendit une bouteille d'eau qu'il prit dans le mini frigo, sous le bar.
Attendrie par le geste et par l'attention, Kate le remercia d'un sourire, puis reporta son attention sur Esposito.
- Comme je le disais, il a totalement disparu de la circulation après l'affaire. Il a jamais été marié, jamais de petite amie officielle, une adresse dans le Dakota, un petit appartement avec un loyer payé en liquide, mis à part son poste d'agent de sécurité et son parcours dans la Navy, il ne s'est jamais impliqué dans quoi que ce soit.
- Des attaches à un parti politique ? demanda Kate en cherchant un lien possible avec Bracken
- Aucun, pas de carte d'électeur, pas d'enregistrement dans les registres officiels des votants… rien.
- Un permis de conduire ? relança Lanie
Tous les regards se portèrent vers elle, y compris celui étonné de Jackson.
- Ben quoi ? Je joue au flic avec vous, j'apprends des choses… s'expliqua-t-elle, donc ? un permis ?
Kate lui sourit, puis attendit la réponse d'Esposito.
- Un, oui, enregistré dans le Dakota, d'où il est originaire. Mais aucune infraction, aucun pv… répondit Javier en secouant la tête de dépit.
- A New York ? Ne prendre aucun pv ? Comment est-ce possible ? Soit il est excellent conducteur, soit…
- Il connait quelqu'un qui a le bras assez long pour le protéger, et effacer ses traces, conclut Kate.
- On en revient à Bennett, lui sourit Castle en retour.
Beckett prit son temps avant de se lancer à son tour dans le compte rendu de ses recherches.
Ce Boyd était un homme abjecte, tueur, violeur, sanguinaire et sans conscience. Et un homme précautionneux… et lorsqu'il ne l'était pas, quelqu'un s'assurer qu'on ne puisse le relier à ses méfaits… à ses crimes.
Quelqu'un ayant accès aux fichiers de la police.
- J'ai trouvé Bennett, annonça-t-elle soudain, et continua en faisant abstraction des réactions étonnées qu'elle venait de provoquer, c'est un employé civil, il est en fonction dans l'administration du NYPD depuis 23 ans. Il s'occupe des questions juridiques…
Tous les regards étaient à présent tournés vers elle.
- Dans les comptes rendus des trois derniers mois, un Mark apparait dans la liste des présents. Ce qui est intéressant, c'est qu'auparavant, il n'assistait pas aux réunions. A peine 5 fois, entre 2013 et 2015, alors que les réunions sont mensuelles.
- Ça c'est de l'assiduité… commenta Castle
- Quand je me suis rendue compte que sur l'année en cours, il n'était jamais présent mis à part pour les trois dernières réunions, je suis remontée plus loin. Jusqu'en février 2013, où il apparait sur la liste des présents, puis une autre fois, en mai 2014…puis ces trois derniers mois.
Kate attendit un instant que les pièces du puzzle se mettent en place dans l'esprit de chacun. Puis elle vit cette lueur qu'elle connaissait si bien dans les yeux de son mari.
- En février 2013…c'est lorsque tu as dû faire le choix de protéger Bracken… et…
- En mai 2014, Vulcain Simons est mort et nous avons arrêté Bracken, continua-t-elle
- Il y a trois mois, Bracken a été tué…
- Reste à savoir ce qui s'est passé ces deux dernier mois pour que Bennett réapparaisse dans les réunions de la police, finit-elle.
- Pour l'une d'entres elles… j'ai en une petite idée, intervint Jackson
Kate détacha son regard de son mari, et lui accorda son attention.
- Vous êtes allée voir vos supérieurs pour leur demander l'autorisation d'enquêter officiellement sur les trafics de drogue de cette ville…
- Ça signifie qu'il doit se méfier de toi, s'alarma immédiatement Castle
Elle s'approcha de lui et lui prit la main pour le rassurer.
- Je pense qu'il est là pour observer, renseigner mais je ne pense pas que je sois en danger immédiat…
- Tu n'en sais rien Kate, souffla-t-il soudainement atteint d'un degré d'anxiété élevé.
- Si babe… parce que si c'était le cas, je serais déjà morte.
Son ton était abrupte, elle le savait, mais elle avait besoin que Castle comprenne qu'elle n'était pas en danger, et surtout qu'il ne devait pas s'inquièter pour elle et pour leur enfant.
- Richard, en enquêtant officiellement, Kate s'est sans doute protégée. Elle a raison, elle n'est pas en danger, et personnellement, je veillerai toujours sur elle…et sur mon petit fils… pourvu que tu ne l'appelles ni Thor, ni Cosmo, lui dit Jackson, après un temps d'arrêt.
Kate leva les yeux au ciel, voilà que lui aussi se mettait à plaisanter en faisant référence à l'indiscrétion dont elle avait été victime lors de leur planque.
Ryan et Esposito cachaient à peine leur euphorie, quant à Lanie, elle souriait à pleine dents.
- Pourtant, de l'originalité nait la créativité, Cosmo pourrait être le nouveau Steve Jobs !
Elle ferma les yeux et attendit que les rires à peine étouffés de ses amis lui parviennent, telle une sentence à une énième bêtise prononcée par son mari.
- Sérieux Castle ? Kate a raison, appelle ton chien comme ça, mais pas ton gosse ! lui dit Esposito en se moquant ouvertement
- Non, non, attends Javier… Castle a raison après tout… qui sait ? Dans 20 ans, tu pourrais ne plus te passer de la douche sélective ou du stylo à écriture intuitive ! se lança Ryan, en tentant de garder son sérieux
- Oh ! ou du casque bloqueur de pensées… s'il tient de Beckett ! continua Esposito, de plus en plus hilare.
- Stop les gars ! intervint Kate, merci de me soutenir mais là, il n'est pas question du prénom de mon fils, revenons en à ce qui nous intéresse ce soir…
- Merci ma chère… votre façon de travailler me déroute parfois, s'autorisa Jackson, exaspéré.
Il nous reste beaucoup à découvrir encore, et le temps joue contre nous, alors reprenons notre sérieux, si c'est dans le domaine du possible pour vous messieurs...
Il regarda les trois hommes qui se chamaillaient toujours et s'étonna, une nouvelle fois, que personne n'ait encore été tué.
- Kate, il faut reprendre toute la chronologie des présences de Bennett dans ces réunions. Il y a fort à parier que chaque date, correspondra à un événement lié à Bracken, Simons ou à toute personne impliquée, dit-il de façon autoritaire. Cela peut nous en apprendre beaucoup…
- Tout est archivé, j'aurais accès aux comptes rendus, le plus long sera de pointer les présences de Bennett, répondit-elle
- Bien… maintenant, avez-vous pu trouver quelque chose sur l'avocat de Bracken ?
Jackson avait prit la main, il ordonnait, et d'une certaine façon, soulageait Kate de ce rôle de chef d'orchestre de leur plan.
- Bracken avait tout une armada d'avocats autours de lui, des avocats spécialisés dans le droit fiscal, le droit du travail, le droit social, le droit économique… pas moins de 12 avocats. J'ai leurs noms, mais pour en isoler un, ça devient plus difficile.
- Peut-être un spécialisé en droit pénal ? demanda Castle
- Oui, mais ça ne veut pas dire que c'est lui, plus qu'un autre…
- Peut-être peut-on trouver qui parmi ses avocats étaient le plus proche de lui ? proposa Alexis
- Chercher sans poser de questions, ça va devenir notre spécialité à nous, répondit Esposito, mais on sait faire… on va trouver Kate.
Le ton rassurant de son ami la réconfortait, en effet, depuis le début de cette histoire, bien avant l'intervention de Rita, la discrétion avait été de mise lorsque leur attention était tournée vers Bracken. Cela n'augurait rien de simple pour eux, mais tous étaient déterminés, et cela comptait plus que tout.
- Dr Parish ? Avez-vous pu trouver ce corps, ce « Meyer » ? demanda Jackson
Lanie fit la moue, déçue de ne pas apporter de pierre à l'édifice, contrairement aux autres.
- Non… pas de Meyer, désolée…
- Ne le sois pas Lanie, en un jour, on ne peut pas s'attendre à avoir toutes les réponses, la rassura Kate dans un sourire affectueux.
Elle hocha la tête en signe de remerciement, puis continua :
- Il y a toujours des corps non identifiés, mais il va me falloir du temps pour trouver celui qui correspondrait au peu qu'on sait de lui…
- C'est-à-dire rien, intervint Castle
- Si on se réfère aux autres membres que l'on connait, il s'agit d'un homme, dans la trentaine, probablement tué par balle, et découvert dans un lieu inhabituel… c'est peu je vous l'accorde, mais ça nous donne un point de départ, trancha Jackson.
- Je continue mes recherches, j'espère que j'aurais rapidement quelque chose…
- La découverte de ce corps pourrait nous en apprendre beaucoup, visiblement Sherman cherchait à avoir confirmation que les frères Bryant étaient bien les assassins de ce type, peut-être qu'il pense pouvoir se servir du corps pour son enquête, leur dit Kate.
- A supposer que Sherman enquête bien… souvenons nous qu'on a conclu que rien n'était officiel, il agit de son propre chef et peut-être pour son propre compte, rappela Rick
- N'allons pas trop vite… nous faisons beaucoup de suppositions, attendons de voir ce que je peux trouver sur Sherman… qu'il soit pourri ou non, il connait l'organisation et à quelque chose contre eux, tempéra Ryan.
- Ryan a raison, on va vite, trop vite. Il faut trouver ce Sherman, savoir qui il est, ensuite on s'intéressera à sa personnalité et s'il est du bon côté ou pas.
Kate avait beau aller dans le sens de Ryan, elle comprenait parfaitement que tous ces éléments en pagaille sur ce tableau, et dans leurs esprits, les poussaient aux allégations et autres théories. Mais elle craignait de se perdre et de se noyer dans des détails qu'ils ne maîtrisaient pas encore.
- Et pour les empreintes du type au chien ? Vous l'avez identifié ? demanda Jackson
- Vikram est débordé, on a des enquêtes en cours et je ne peux pas le mobiliser sans me justifier. Il bosse pour nous à ses heures perdues, il fait ce qu'il peut, mais je dois justifier sa présence et ses compétences, donc sa priorité ce sont les enquêtes en cours… répondit Kate
Jackson commençait à la connaître, il savait que cette réponse ne la satisfaisait pas elle-même, mais comprenait également qu'elle devait certainement marcher sur des œufs avec ses supérieurs. Kate était un flic honnête et droit, et mentir devenait malgré elle, une seconde nature. La situation ne devait pas la mettre dans les meilleures conditions pour aborder ses journées de travail, et d'autant plus, lorsqu'elle se devait de rendre des comptes à ses supérieurs.
Mais lui, était un homme d'action, loin des obligations légales et des règlements, la patience s'apprenait et depuis qu'il s'était associé à leur enquête, il se forçait à en faire l'apprentissage.
- Quelque chose m'intrigue…
Castle brisa les réflexions de Jackson. Il arborait son célèbre air interrogateur, celui qui se dessinait sur son visage lorsque les rouages de son cerveau s'activaient à tout va.
- Rita ? Quel était son rôle dans tout ça ?
Kate regarda son mari et réfléchit à la question. En effet, depuis que Jackson leur avait annoncé qu'elle était morte, personne ne s'était plus interrogé sur le rôle qu'elle avait bien pu tenir dans cette histoire.
- Son rôle exact, on ne le connaîtra probablement jamais… souvenez-vous de ce que je vous ai dis, elle a compris que j'étais sur les traces de la taupe de la CIA, et elle est intervenue pour ça. Pour me faire sortir et m'exposer. Pour me tuer et protéger l'organisation. J'imagine qu'elle devait savoir qui était la taupe, ou « L'Avocat », parce qu'il y a fort à parier qu'il s'agit bel et bien de la même personne, et de ce fait, elle est rentrée dans la danse. Ce n'était pas le genre de personnes promptes à respecter la loi, elle était plutôt du genre mercenaire…
- Pouvait-elle être une sorte de tueur à gage ? Comme les frères Bryant ? demanda Ryan
- Rita vous aurait tué en une fraction de seconde, alors oui, elle aurait pu offrir ce genre de services, répondit Jackson calmement.
- Aurait-elle pu tuer Meyer ? Peut-être que Sherman pense que c'est les Bryant, mais si c'était Rita ? demanda Lanie
- Peu importe de toutes façons, que ce soit Rita, les frères Bryant ou Mickey Mouse, Sherman pose des questions… c'est donc qu'il n'a pas toutes les réponses, répondit Jackson.
- Et pour Future Forward ? lança Alexis
Les yeux se tournèrent vers elle.
- Dans la bande, Jimmy dit à Sherman qu'il ne pense pas que l'argent transite encore par Future Forward, peut-être qu'on peut essayer d'en savoir plus de notre côté, proposa-t-elle
Kate se leva et inscrivit le nom de l'entreprise sur le tableau, puis se retourna vers ses amis.
- C'est justement pour ça que je répète qu'on se précipite trop… on oublie des éléments… je ne pensais plus à Future Forward… Alexis a raison, l'argent doit bien transiter quelque part. Mon dieu… il nous reste tant à découvrir, murmura-t-elle
Rick tenta de la réconforter en lui offrant sa main. Elle s'en saisit, et lui répondit d'un sourire frustré, forcé.
Trop de tensions, trop de stress, trop d'anxiété… elle sentait le poids des mois d'enquêtes sur ses épaules et commençait parfois, à s'affaiblir moralement.
- Kate… vous êtes un bon flic, un des meilleurs, sans doute le meilleur que j'ai connu, commença Jackson. Ce n'est pas pour rien que Bracken avait peur de vous. Et oublier un détail, cela peut arriver à tout le monde, surtout quand en quelques minutes, on passe de rien ou peu, à tout ou presque. Vous formez une équipe… même moi je me sens concerné !... Alexis apporte la preuve que vous êtes indispensables les uns aux autres. Chacun a un rôle, chacun voit l'enquête sous un œil différent, un angle différent… ne vous blâmez pas… et ne cédez pas … personne ici, moi y compris, ne lâchera tant qu'on n'aura pas trouvé le fin mot de l'histoire.
Le discours de Jackson trouva écho dans les silences des ses amis. Un silence respectueux, et en total accord. Rick capta le regard de son père, et lui sourit, comme un fils à l'attention de son géniteur. Un sourire fier et reconnaissant. Quelques secondes d'un regard croisé, qui scellait un lien de parenté.
- On a identifié Boyd et Bennett, c'est énorme déjà, déclara Lanie, dans un élan de fierté.
- C'est déjà les 2/3 des priorités qu'on s'était fixées, continua Alexis, maintenant reste à trouver qui est Sherman et à creuser du côté de ces types. Qui sait ? On trouvera peut-être un lien entre eux.
Devant le soutien unanime de ses amis, Kate se sentit plus confiante, un peu plus en tout cas. Cette enquête les entraînait plus loin encore qu'elle ne l'aurait imaginé et qui sait ce qu'ils découvriraient lorsqu'ils auraient leurs réponses ?
- On doit … on doit se concentrer sur ce qu'on sait. Vikram nous trouvera un nom à mettre sur ces empreintes, Ryan finira par trouver Sherman et Lanie peut tomber sur Meyer… vous avez raison Jackson, le temps joue contre nous, mais on en a encore… merci à tous de votre implication… dire que je pensais pouvoir faire cela toute seule… leur dit Kate, en laissant toute sa reconnaissance et son amour, transparaître dans son sourire.
- Dire que tu ne me voyais pas au début ! Quand on s'est rencontré ! Ton discernement laisse à désirer…commenta Castle à voix basse, d'une voix faussement accusatrice et vexée.
- Babe ?... Kate attendit quelques secondes pour être sûre d'avoir son attention, tu crois vraiment que tu vas m'avoir comme ça ?
- Quoi ? demanda-t-il en se voulant étonné de sa question.
- Tu es encore dans ton délire de me faire dire que je suis tombée amoureuse de toi dès notre rencontre… arrête un peu, je suis sérieuse là, lui dit-elle, non sans dissimuler un sourire amusé.
- Moi aussi, murmura-t-il, cette fois vraiment vexé que son stratagème n'ait pas fonctionné.
- Bon… il est tard, et je pense que pour ce soir, on a bien avancé… je propose qu'on ajourne notre réunion, annonça Jackson.
Rick le regarda, étonné, il était effectivement tard, mais pas tant que ça, et de tous, Jackson était celui qui, à priori, semblait être le dernier disposé à prononcer une telle phrase.
- Euh ? Vraiment ? ne put-il s'empêcher de demander.
- Oui mon garçon. J'ai … un rendez-vous. Avec Martha, lui répondit Jackson, un calme olympien apparent.
Le sang de Rick ne fit qu'un tour, et Kate ressentit immédiatement la tension poindre dans chaque muscle de son mari.
- QUOI ? Un rendez-vous ? Avec MA mère ?
Jackson le regarda et décida de le laisser mariner un moment encore avant de s'expliquer. Son fils était très protecteur, que ce soit de sa mère, de sa fille, et bien entendu, de sa femme, et au fond de lui, il aurait aimé être véritablement un père pour cet homme.
- Je suis avec vous depuis quelques temps déjà… je vous observe, je vous vois, vous deux, dit-il en désignant Beckett et Castle, fous amoureux et totalement dévoués l'un à l'autre… vous, Dr Parish, et vous lieutenant Esposito, qui essayaient encore une fois de bien faire les choses… et j'espère que vous y arriverez soit dit en passant… toi, Alexis, qui regarde ta montre bien plus souvent qu'avant, je soupçonne donc un petit ami, dont ton père ignore l'existence (Castle se tourna vers Alexis, ses yeux encore plus ronds que quelques secondes auparavant)… et vous lieutenant Ryan, qui essayait de sauver votre mariage… je suis témoin de tout ça… et je ne suis qu'un homme. Et Martha a été spéciale pour moi… donc, je l'ai invité au cinéma. Etonnant non ? sourit-il en conclusion.
Etonnant était effectivement le bon terme : Ryan n'avait parlé qu'à Beckett et Ryan de ses problèmes de couples, Alexis avait expressément tu l'existence de ce garçon et Lanie et Esposito pensaient être discret en dehors du cadre intime. Alors la démonstration de Jackson prouvait là qu'il était un observateur de premier ordre.
- Rassure-toi Richard, ce n'est qu'un cinéma. Je n'ai plus fait cela depuis des années ! Martha tient une place à part dans mon cœur, mais je ne lui nuirai pas. Pour le moment, je ne suis pas un homme à fréquenter, je le sais. Un jour, peut-être… dit-il en laissant planer le doute sur un futur plus ou moins proche.
Kate dissimula un sourire tant elle savait que son mari était assailli par toute une horde de questions. Jackson allait peut-être finir par trouver une place de choix dans la vie de son fils… tout en se rapprochant de Martha. Rick n'en dormirait pas, elle en était certaine.
« Je vais devoir te sortir ça de la tête ce soir, mon cœur… »
Kate se préparait ce matin, comme si elle s'apprêtait à livrer une véritable guerre.
Mentalement, elle se remémorait chaque bribe d'information déterrée, chaque détail, chaque nom … une guerre de sens, c'était ainsi qu'elle s'attendait à passer la matinée.
Ce mercredi matin donnerait le jour, à une réunion mensuelle particulièrement différente, pour elle.
Elle se sentait prête à utiliser au maximum de leur concentration chacun de ses sens.
La vue, repérer, détailler, mémoriser, analyser.
L'ouïe, entendre, retenir, percevoir l'inaudible.
Le goût, celui de la soif de vérité et de justice.
L'odorat, sentir, ressentir les émotions grandissants en elle quand elle le verrait. Sentir son odeur, le connaître jusqu'à cette intime référence à lui.
Le toucher. Celui de son doigt surlignant le nom sur le papier de l'ordre du jour qu'elle avait reçu la veille, celui sur lequel figuraient les participants à la réunion de ce mois. Un nom. Son nom. Mark J. Bennett.
Il serait présent et représentait pour Kate, la première opportunité d'en savoir plus sur cet homme. Sa façon de se mouvoir, de se comporter, était-il le genre d'homme sûr de lui ou au contraire, se faisait-il passer pour un homme quelconque, passe-partout, n'attirant jamais l'attention sur lui ? Exprimait-il ses opinions ? Etaient-elles franches et sincères ? Ou étaient-elles teintées du mensonge que son personnage portait en lui ?
Se contentait-il d'écouter en silence, de s'imprégner de ce qui se disait ? Notait-il certains points qu'il ne manquerait pas de rapporter à « L'Avocat » ?
Affichait-il ouvertement des affinités avec certains membres du NYPD ? Ou préservait-il ses attaches sous couvert d'anonymat et de discrétion lorsqu'il était en session de réunion ?
Psychologiquement, Kate se sentait prête. La présence de Mark Bennett l'avait rassurée, il serait là ce matin, la dernière réunion avant la « grande visite » annoncée par Jimmy a Sherman. Leur dernière chance d'en savoir plus, ouvertement en tout cas, sur Bennett, avant que « L'Avocat » ne se montre. Enfin… tout était relatif. « Se montrer », Kate et ses amis l'espéraient, mais qu'en serait-il réellement ?
Mais pour le moment, la présence de Mark Bennett ce matin, allait être instructive l'espérait-elle, au moins au sens des enseignements généraux que Kate pouvait en tirer.
Se concentrer. Se préserver. S'imprégner de son aura.
Elle allait devenir une machine durant les quelques heures que durerait cette réunion.
Plus une femme, plus un flic… une machine programmée pour enregistrer le moindre détail sur cet homme.
Son reflet dans le miroir de la salle de bain lui renvoyait l'image de la détermination. Elle était prête. Absolument et définitivement prête.
Perdue dans son reflet, l'ombre de la présence de Rick derrière elle, épaule contre le chambranle, prenant appui en la regardant, la sortit de ses réflexions.
- Hey…
- Hey… tu vas bien ? s'enquit-il en ne lui cachant pas son air soucieux
- Oui… je suis prête, répondit-elle, en adoucissant son visage, lorsque ses yeux croisèrent les siens en fixant son reflet.
Il ne répondit pas de suite, mais s'approcha d'elle lentement. Il passa ses bras autours de sa taille et regarda leurs deux images sur le miroir.
- Fais attention Kate… ne lui laisse pas l'opportunité de t'approcher…ne le laisse pas lire en toi…murmura-t-il
Elle savait que Castle la connaissait mieux que quiconque. Mieux qu'elle-même peut-être. Elle comprenait cette mise en garde, Bennett ne devait rien soupçonner, mais elle, pourtant, devait l'observer, l'étudier. Rick était inquiet et cela se voyait… et elle le comprenait.
- Je ferais attention babe… je ne le regarderai pas avec insistance, je ne lui adresserai pas la parole si la situation ne s'y prête pas, j'écouterai ce qu'il pourrait dire, mais sans relever, il sera là mais je dois faire comme s'il était une simple personne autours de cette table, je ne montrerai aucune indiscrétion, je dois apprendre à connaître le personnage public, mais sans montrer d'intérêt, récita-t-elle, pour lui, comme pour elle-même.
Il l'observa comme s'il cherchait à lire en elle, comme s'il s'était perdu dans son regard. Comme si ce matin, se jouait une partie si importante, qu'elle pouvait s'avérer extrêmement dangereuse pour Kate.
- Rick… tenta-t-elle d'attirer son attention, je te promets de ne pas brusquer les choses, de ne pas lui montrer que j'en sais plus sur lui que ce qu'il imagine…
- C'est une proie Kate… je te regarde depuis tout à l'heure… tu le vois comme une proie… tu es à l'affût… ne prends pas de risque… s'il te plait…
Une proie. Effectivement, Bennett en était une. Et elle le chasserait comme elle avait chassé l'ombre du tueur de sa mère. Elle le débusquerait comme elle avait sorti Bracken en plein jour. Elle l'abattrait, comme elle avait mis fin à la corruption et à la criminalité avérée du politicien.
Rick la connaissait. Il savait que son attention serait captée par Bennett. Il savait que cela comportait un risque imminent que l'homme s'en rende compte.
Elle resserra de ses propres bras, l'étreinte de son époux pour essayer de le rassurer.
- Je ne prendrai aucun risque babe… on a encore du temps….
Elle baissa les yeux un instant, mais sut qu'elle se devait d'être entièrement honnête avec lui.
- Tu as raison… je suis un chasseur et Bennett est ma proie. Je vais l'étudier, je vais l'écouter, je vais m'imprégner de tout de lui … mais je serai patience avant d'ajuster ma cible. Je sais ce qui est en jeu… j'ai appris la patience grâce à toi… Rick ? C'est une promesse, il ne saura pas que je sais qui il est.
- Attention Kate, c'est une promesse que tu dois absolument tenir, murmura-t-il contre son cou
- Toutes les promesses que je te fais, je les tiendrai… tu es ce qui compte Rick, toi et notre bébé… je veux les enfermer tous, je veux les faire payer… mais je veux le faire bien… je ne vais pas foncer tête baissée… tu m'as appris à ne plus le faire.
Il releva les yeux pour s'accrocher aux siens par leurs reflets. Elle lui sourit tendrement et se sentit plus légère lorsque Rick lui rendit son sourire.
Castle se sentait frustré. Cette partie là du plan concernait Kate directement, il n'y avait aucun moyen pour lui de l'aider ou de la soutenir. Cette réunion se tenait dans un cadre professionnel, et on ne peut plus sérieux, Kate était seule dan l'arène et la présence de Bennett à la même table qu'elle, le rendait fou d'inquiétude.
Il avait confiance en sa femme, mais craignait parfois que ses vieux démons resurgissent, qu'elle ne sache prendre le dessus sur ses émotions, et que Bennett s'en aperçoive.
Et le savoir si haut dans la hiérarchie de ce cartel, en tout cas, si important, était loin de rassurer Rick.
Si bien que lorsque Kate fut partie, il commença à tourner en rond dans le loft, furetant à droite, à gauche, tenta d'écrire sans inspiration, alluma la télé, sans l'écouter, ou commençant une partie de Terra Quest… avant de perdre tous ses points de vie plus vite que jamais.
Cette matinée allait être longue…
Il fut tirer de ses pensées, en entendant la porte d'entrée s'ouvrir et son intérêt pour Bennet perdit un cran d'intérêt lorsqu'il vit Martha pénétrer dans son bureau.
- Bonjour trésor ! Kate n'est pas là ? demanda-t-elle simplement
« Je suis un chasseur moi aussi… ». Il s'avança vers elle, tel un prédateur. Dans la peau de Kate lorsqu'il l'observait tout à l'heure, il regarda sa mère d'un air suspicieux. Lentement, silencieux, comme s'il prenait la mesure d'un adversaire, il tourna autours d'elle, la jugeant de haut en bas, sous le regard médusé de Martha.
- Richard, si tu te prends pour Hannibal Lecter ou je-ne-sais quel personnage de ton invention, tu es très bien rentré dans le personnage, mais si tu pouvais redevenir mon grand dadet de fils, je préférerais…
- Mère… lui dit-il en laissant traîner sa voix volontairement.
- Richard ? répondit-elle, d'une voix étonnée.
Elle s'attarda sur sa posture et son allure absolument exagérés. Il marchait lentement autours d'elle, les mains dans le dos, le regard droit, le front plissé, les lèvres pincées. Tout en lui, la mettait en garde quant à ce qui allait suivre.
- Alors comme ça, tu es allée au cinéma ? demanda-t-il d'une voix sortie d'outre-tombe.
« Ainsi donc, c'est là que tu voulais en venir… »
Elle prit son temps pour répondre, Rick se mettait en scène et elle le connaissait assez pour savoir que derrière son attitude délirante, il cachait une inquiétude à son égard.
- Oui… en effet, je suis allée au cinéma.
- Hum…. Dit-il simplement, en continuant son manège.
- Oh Richard ! Veux-tu cesser de me tourner autours comme ça ? Tu me donnes le tournis !
- Hum… répéta-t-il imperturbable
- Pourquoi ne pas simplement aller à l'essentiel et me poser la question qui te turlupine ?
- Et qui serait ?... lança-t-il d'une voix planante
- Richard ! Pour l'amour de Dieu, cesse cette mascarade s'il te plait, se plaignit-elle une dernière fois
Il stoppa sa lente inspection de sa mère, mais ne s'arrêta pas de la scruter pour autant.
- Tu as vu quel film ? demanda-t-il innocemment
- Vraiment Richard ? C'est cela qui t'intéresse vraiment ?
- Je m'intéresse aux goûts de ma mère, quoi d'étrange ?
Elle le toisa en se demandant quand il allait enfin arrêter d'être un enfant, qu'il l'exaspérait lorsqu'il se comportait ainsi !
- Tu veux savoir comment s'est passé mon rendez-vous avec Jackson, affirma-t-elle
- Ah ah ! Donc il s'agissait bien d'un rendez-vous ! accusa-t-il en sortant de son stoïcisme
- Comment diable Kate fait-elle pour te supporter ! Non, Richard, cela ne l'était pas, se défendit-elle en retour
- Pourtant tu viens de le nommer comme ça !
- Parce que je n'ai pas ta grâce pour trouver des mots adéquats en toutes situations !
- Donc ? De quoi s'agissait-il ?
- Richard… je sais pourquoi tu me fais un tel numéro…
- Ah oui ? Pourquoi donc mère, je t'écoute…
- Tu es inquiet, répondit-elle en toute franchise
- Oh ? Non voyons, pourquoi le serais-je ? Tu es sortie avec un homme qui appartient à une branche de la CIA – d'ailleurs on ne sait même pas vraiment à quel arbre il appartient ! – un fantôme qui, accessoirement mère, est un tueur ! … Alors je te le demande, pourquoi donc serais-je inquiet ?
Martha le regarda gesticuler et argumenter sans imaginer un seul instant elle était en accord avec lui.
- Tu as raison.
Cette simple phrase eut le don de le désarçonner complètement. De toutes les réponses qu'il avait imaginées, celle-ci était de loin, celle à laquelle il n'avait pas pensé !
- Je suis sortie avec un homme, ton père, et je t'avoue que lorsqu'il m'a proposé cette sortie, j'en étais ravie.
Elle s'arma de patience devant la réaction de Rick, une réaction qu'elle voyait émergé au fond de ses yeux et qui n'augurait rien de très constructif.
- Mais… si tu me permets de continuer, le stoppa-t-elle, avant qu'il ne prononce un seul mot, tu as raison… je suis sortie avec un agent du gouvernement qui a passé son temps à regarder derrière son épaule, incapable d'accorder son attention plus de 5 minutes d'affilé pour une conversation.
Une fois de plus, Rick était figé par les mots de sa mère, mais cette fois, ses yeux se radoucirent et posant une main sous son coude, il l'escorta sur le canapé et s'installa près d'elle.
- Richard, ton père est un homme charmant, je pense même que c'est de lui que tu tiens cette qualité. J'ai eu des sentiments pour ton père, s'expliqua-t-elle…à l'époque, et ils ont été furtifs. Et je dois avouer que plus de 40 ans après, sortir avec lui aussi simplement que se rendre au cinéma voir un film, c'était … agréable, dit-elle en cherchant le mot parfait. Quand il m'a proposé cet … interlude, je me suis revue des années en arrière, du temps où j'espérais que ton père reviendrait et où nous aurions formé une famille tous les trois. Mais la réalité trésor, c'est qu'il mène une vie qui ne rime en rien avec la mienne… je suis une artiste ! J'ai besoin de me laisser aller… de confort !
- Tu m'en diras tant ! la coupa-t-elle dans un sourire évocateur, mais parfaitement affectueux
- J'ai besoin de laisser libre-court à mes envies, continua-t-elle en faisant mine de ne pas l'avoir entendu, c'est ma vie… ton père lui, est un homme de l'ombre, un homme secret, et entre-nous, je suis persuadée que certains aspects de sa propre vie sont devenus des mystères pour lui-même !
Rick la regarda sous le regard compréhensif d'un fils inquiet et dévoué aux sentiments de sa mère. Il avait exagéré sa réaction mais au fond, il savait que sa mère avait conscience des dangers qui entouraient son père.
- Ton père a des qualités que je regretterai… mais ce rendez-vous était en quelque sorte un point final à notre histoire. Nous ne nous sommes pas penchés sur la question, mais je crois que pour l'un comme pour l'autre, c'était notre façon de clôturer cette belle aventure qui m'a offert le plus cadeau du monde… toi.
- Mère… j'étais inquiet oui, lui dit-il en ne cachant pas son émotion. Tu es l'une des trois femmes de ma vie, je ne supporterais pas de te perdre, ou qu'il t'arrive quelque chose…
- Lorsque je vivais encore avec vous, je vous voyais Kate et toi suivre cette qui était votre parfait équilibre. Sortir ou rentrer à toute heure, du jour ou de la nuit, pour résoudre un meurtre, c'est votre équilibre et votre façon de vivre. Mais moi… non, Jackson ne pourra jamais être l'homme qui m'accompagnera au théâtre un soir de semaine ou qui passera un week-end complet avec moi dans les Hamptons…
- Dans ma maison, sans me demander… murmura-t-il d'un air innocent pour la taquiner
- J'aimerais rencontrer un homme qui me permette d'atteindre mon équilibre, et qui fasse palpiter mon cœur autant que Kate peut faire battre le tien, mais cet homme, Richard, ce n'est définitivement pas ton père, conclut-elle.
- Donc… plus de rendez-vous ? demanda-t-il, juste pour être sûr.
- Non, plus de rendez-vous… en tout cas avec lui ! Et tu seras ravi d'apprendre que j'ai beaucoup d'amis « homme » qui pourraient être de parfaits soupirants, d'ailleurs …
- Oh oh oh ! J'ai compris mère, coupa-t-il gentiment, en la prenant dans ses bras, j'ai parfaitement compris.
La salle de réunion ne lui avait jamais semblé aussi bruyante que ce matin. Simple illusion probablement, mais la concentration de Kate lui demandait beaucoup d'efforts.
Depuis quelques minutes, un homme s'était installé à la table, et s'affairait à préparer devant lui stylo et dossiers.
Mark J Bennett. Un petit encart plastifié portant son nom trônait devant lui pour assigner les places de chacun.
Kate se souvenait à présent de son visage. Oui, elle l'avait déjà vu lors des dernières réunions auxquelles elle avait assisté. Un homme légèrement bouffi, au teint rougeâtre d'un administratif qui semblait passer plus de temps aux tables de restaurants sirotant de bons vins, que derrière un bureau. Quel genre d'homme était-il ? Sa position au sein du Central lui assurait d'être aux premières loges pour tout ce qui tournaient autours du juridique, et Kate avait beau lire et relire l'ordre du jour, rien ne concernant des points de vue juridiques n'allaient être abordés aujourd'hui. Donc Bennett était là pour ramener des renseignements à son patron. Restaient à savoir lesquels.
Le brouhaha sembla s'estomper lorsque le chef adjoint de la police entra dans la pièce, puis cessèrent immédiatement lorsque la porte se referma derrière les derniers entrants.
Kate prit place et reporta son attention sur ses propres dossiers placés devant elle. Bennett, à l'autre bout de la table, tendit la main au chef adjoint pour la lui serrer en lui glissant quelques mots au passage. Il lui sourit en retour, tels deux amis de longue date.
« En effet… tu as des amis très haut placé dans le NYPD… »
Kate s'efforça de ne pas appuyer son attention aux deux hommes, mais la tentation la brûlait. Il était là… le salopard qui était si proche de « L'Avocat » qu'il en semblait intouchable. Le même homme qui venait de plaisanter avec le chef adjoint de la police.
Kate en eut un goût amer dans la bouche.
Elle focalisa ses pensées sur la promesse faite à Rick, « Ignore-le… ».
- Bien, mesdames, messieurs, notre cession peut commencer…
Dès lors, elle n'entendit que des bribes de commentaires aux différents sujets abordés. Elle comptait dans sa tête et s'autorisait à jeter un œil à Bennet toutes les 5 minutes. Discrètement, rapidement. Un regard, pas plus… rien de persistant.
A chaque fois, elle le voyait inattentif. Il semblait absorbé par un dossier, ou par son téléphone. Une autre fois, elle le vit tracer des petits traits sur une feuille près de lui.
Aucun des sujets du moment ne l'intéressait, il était là pour autre chose. Mais quoi ?
- Passons maintenant aux rapports d'activités… Capitaine Price ? A vous l'honneur ?
Kate se concentra un peu plus sur les rapports, elle savait que bientôt, le chef adjoint allait lui demander de présenter ses propres chiffres, et passer pour une tête en l'air inattentive ne serait certainement pas du meilleur effet. D'autant que cela pourrait alerter Bennett d'une façon ou d'une autre.
Il semblait lui aussi prêter davantage attention à ce qui se passait désormais. Les rapports d'activités des postes seraient ce qui l'intéressait ?
Kate écouta Price et s'efforça de ne pas sombrer dans la somnolence, tant sa voix était monotone et incroyablement soporifique.
Visiblement il n'était pas celui que Bennett était venu écouter, elle le vit fermer les yeux un instant et ironiquement pria pour qu'il ne s'endorme pas.
« Supporter Price et ne pas savoir pourquoi Bennett était là parce qu'il se serait endormi, ce serait la pire des conclusions de cette foutue réunion ! ».
Le Capitaine du 8ème poste prit la parole à la suite de Price et le soulagement en était perceptible pour tous.
Mais pour autant, Bennett ne lui accorda que quelques secondes d'un regard froid.
« Pas Price, pas Stevenson » nota-t-elle en elle-même.
Quelques minutes passèrent encore avant que Kate ne pose à nouveau le regard sur Bennett.
Cet homme était un parfait imposteur, se dit-elle. Elégant, d'une certaine façon malgré son visage légèrement rond et son teint d'amateur d'alcools, mais tout en lui transpirait la suffisance. Son personnage reposait sur son apparence vestimentaire qui lui donnait un air sérieux et professionnel, presque inoffensif. Vêtu d'un beau costume gris clair, une cravate bordeaux en parfaite adéquation avec une chemise de grande marque, il en imposé de part sa stature. Nul doute que cet homme était dangereux.
- Capitaine Beckett, c'est à vous…
Kate se maudit un instant d'avoir perdu le fil des comptes rendus, mais heureusement pour elle, en grande professionnelle, elle sut réagir sans exposer son intérêt pour Bennett.
- Les chiffres de la criminalité sont en légères baisse dans la juridiction du 12ème. Mais nous arrivons en fin d'année, et il faut s'attendre à une recrudescence des vols, des agressions qui tournent mal… j'ai mis en place des équipes pour les permanences, d'expérience, nous savons à quoi il faut s'attendre pour les prochaines semaines.
- Pensez-vous que vos effectifs seront suffisants Capitaine ? Combien d'hommes sont prévus pour les permanences de fin d'année ? lui demanda le chef adjoint
Tandis que Kate lui répondait, du coin de l'œil, elle perçut un léger mouvement du côté de Bennett.
« Il est là pour moi ? … non, pas ça… »
Les mots sortaient tout seuls, professionnelle, habituée qu'elle était à justifier ses décisions et ses opinions, mais au fond d'elle, son cœur se serra. Si Bennett était là pour elle, que savait-il à cette heure de ses investigations secrètes ? Etaient-ils repérés sans le savoir ? La planque avait-elle été un échec finalement ?
« Mon dieu… je dois sortir de là et prévenir tout le monde… »
- Bien, merci Capitaine. Capitaine Hughes ? Nous vous écoutons…
Kate ne voulut pas paraître perturbée par l'intérêt que Bennett lui avait porté durant son compte-rendu. Mais elle l'était. Elle se sentait en danger, alors qu'elle était au sein même du Central, en pleine réunion avec les chefs les plus gradés de la police.
Elle ferma un instant les yeux et respira profondément.
« Ne craques pas… »
Mais lorsqu'elle les ouvrit à nouveau, tout avait changé.
Bennett fixait Hughes de façon si évidente, qu'il en semblait hypnotisé.
Elle respira à pleins poumons et manqua de s'étouffer tant l'air lui avait paru lourd quelques secondes plus tôt.
Kate s'autorisa à le regarder plus longuement cette fois. Oui, Bennett était là pour Hughes.
Il avait troqué son air inoffensif pour celui d'un homme dangereux. Personne ne voyait le changement, mais Kate, elle, le percevait. Il avait le regard d'un homme fou, d'un homme en mission, d'un homme hors la loi.
A son tour, Kate prêta une oreille attentive à Hughes pour tenter de savoir quels pouvaient bien être les renseignements que Bennett étaient venus chercher.
En quelques secondes, Kate comprit.
Le Capitaine Hughes dirigeait le service des stupéfiants.