HypnoFanfics

Interdit aux moins de 18 ans

La douleur de l'après

Série : Castle
Création : 04.11.2015 à 22h01
Auteur : Javier424 
Statut : Abandonnée

«  Une suite au 8x03,ce qui pourrait se passer » Javier424 

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La salle dans laquelle il attendait impatiemment que quelqu'un vienne lui donner des nouvelles, lui semblait étrangement froide, malgré l'effort qui visiblement était fait, pour rassurer les gens dans sa situation.

Une plante verte trônait dans un angle de la pièce, des affiches au mur, représentant des personnes souriantes et pleines de vie, des magazines people, où des pseudos stars s'affichaient en bikini sur des yachts, ou en tenues excentriques sur les tapis rouges des soirées VIP.

A une époque, Castle aurait pu faire la une de ce genre de feuilles de chou. Jusqu'à Kate.

Jusqu'à ce qu'il rencontre cette femme qui l'avait regardé différemment des autres, se comportant différemment. Elle l'avait intrigué par son mystère, séduit par sa personnalité, mais aussi éprouvé par son incapacité à aller de l'avant, à affronter et accepter ses sentiments, étonné par sa force intérieure aussi inébranlable que sensible, pour finalement tomber fou amoureux de la femme tout entière.

Sa femme…

Kate.

Cette nuit, l'espace d'une seconde, il aurait pu se perdre et tuer un homme.

En l'espace d'une seconde, Todd Bryant avait frôlé la mort, et peu importait qu'il fut un homme entraîné à tuer.

Tout était allé vite…si vite… Esposito et Ryan s'était préparé à donner l'assaut dans l'appartement comme prévu. Et jusque là, tout s'était bien passé.

Ils avaient pu atteindre l'appartement par l'échelle de secours sans que les frères Bryant ne s'aperçoivent de rien. Une fois en position, ils avaient signalé à Kate la position de deux individus, trop occupés à fouiller les affaires de James pour se rentre compte que les Bros se tenaient de chaque côté de la fenêtre, près à pénétrer dans l'appartement.

Steven Bryant se trouvait près de la porte de la chambre, celle-là même où un peu plus tôt, ils avaient gardé Jimmy, le temps que Kate et Castle arrivent sur place.

Ryan savait qu'à l'intérieur de cette pièce, la seule issue possible était une autre fenêtre, mais de mémoire, il se souvenait l'avoir contrôler lorsqu'il craignait encore que Jimmy ne tente de s'échapper. Il la savait bloquée, et surtout, il savait que le store était baissé également.

Ce qui, si Steven Bryant tentait de s'enfuir par la chambre, lui aurait fortement compliqué la tâche. En quelques secondes, il serait sur lui, et Steven n'aurait pas le temps de brisé la vitre, et de dégager l'issue encombrée par le store.

Todd, lui, se trouvait près de la porte d'entrée, qui avait été fracturée par les premiers policiers arrivés sur les lieux, et qui donc offrait une issue possible au plus jeune des frères assassins.

Et Ryan et Esposito savaient tous deux que derrière cette porte, se trouvaient non loin Kate et Castle.

Les deux étaient armés, Todd portait un pistolet automatique que l'on devinait sous sa veste, tandis que Steven, lui, semblait la porter dans un holster sur son flanc gauche.

Enregistrant toutes ces données, Ryan et Esposito s'étaient annoncés, hurlant leur appartenance au NYPD et les sommant de s'allonger face contre terre. Procédure habituelle.

Anticipant leurs mouvements, les Bros s'étaient élancés armes aux poings, les tenants en joue, professionnels.

Maîtriser Todd avait été la priorité étant donné sa position dans l'appartement. Esposito, le plus chevronné et expérimenté en matière d'interventions musclées, s'en était occupé. Le plus jeune des deux frères avait esquissé un geste pour se saisir de son arme mais Esposito avait été plus rapide.

Steven avait porté la main sur son arme mais Ryan avait fondu sur lui et l'avait finalement désarmé proprement. Aucun tir, aucun blessé.

La surprise et la rapidité d'action avaient été leurs alliés et une fois, menottés, Esposito avait informé Kate qu'ils les tenaient par le biais de son micro émetteur.

Jusque là, tout avait été parfaitement réalisé.

Kate et Castle avaient à leur tour pénétré dans l'appartement pour trouver les Bryant allongés au sol, menottés mains dans le dos, les visages rouges de colère… ou de peur.

Ils étaient alors sortis par la porte d'entrée, les deux frères escortés de près par Esposito et Ryan, Kate et Castle ouvrant la marche devant eux.

Et c'est là que les choses avaient dégénérées.

Une seconde. Pas d'inattention. Pas de manquement. Juste …quoi ? Peut-être un instinct de survie ou juste une dernière tentative pour s'enfuir…

D'un mouvement aussi brusque que violent, Todd Bryant s'était projeté contre Esposito pour l'éloigner de lui, et avait amorcé une course pour s'échapper… bousculant Kate sur son passage.

Castle revoyait encore la scène dans sa tête, et il était certain qu'il la reverrait encore et encore, pendant longtemps.

Le choc n'avait pas été très violent en soit, mais elle avait tout de même heurté le mur du couloir, pour finir au sol.

Si Todd n'avait pu parcouru que quelques mètres avant d'être rapidement rattrapé par Esposito, Castle avait blêmi instantanément en s'agenouillant près de sa femme, portant ses mains à son visage, la panique le tétanisant.

Confuse et surprise, elle avait tenté de le rassurer aussitôt sur son état, lui jurant qu'elle n'était pas blessé et que « tout » allait bien, mais pour lui, Todd Bryant avait agressé sa femme et son enfant.

Une seconde. Une seconde où il jeta un œil noir au tueur à gage, un œil furieux, hors de lui, une seconde où son instinct le plus sombre avait pris le dessus. Ses traits s'étaient crispés, sa rage l'emportant progressivement, un instant hors de contrôle.

Rick en était certain, s'il avait eu une arme, il aurait pu l'abattre.

Une seconde. Une seule. Suffisante pour lui faire peur. Suffisante pour être certain de ne jamais plus vouloir porter d'arme sur lui.

Une seconde pas plus… la main de Kate sur la sienne, et sa voix le rappelant à elle, avait renvoyé sa noirceur au plus profond de lui-même.

Et désormais, il attendait, ici dans cette salle à l'âme si empruntée.

Kate était avec le médecin dans une des salles d'examen de l'hôpital où il l'avait obligé à se rendre. D'abord réticente, elle avait cédé : bien qu'elle sentait que le bébé n'avait rien, elle reconnaissait sans peine que cette grosse frayeur méritait ce shake up. Pour elle, comme pour lui.

Son téléphone bipa, ce qui l'informa de la réception d'un message d'Esposito, demandant des nouvelles de Kate. Lui et Ryan avaient demandé des renforts pour ramener les Bryant au frais, et Kate avait insisté pour qu'ils gardent personnellement un œil sur eux en salle d'interrogatoire. Personne ne devait les approcher, personne d'autres qu'eux. Les deux frères représentaient un énorme coup de massue à la tête du cartel et il était hors de question que cet avantage se perde en chemin. Surtout après ce soir et le prix que cela aurait pu coûter de les avoir arrêtés.

Rick devinait qu'Esposito se sentait responsable de la tentative d'évasion gratuite de Todd. Où aurait-il pu bien aller, menotté ainsi ? Castle soupçonnait la bêtise d'un homme irréfléchi tout simplement… mais étrangement, la volonté de blesser Kate ne semblait pas être sa priorité, sinon il aurait accentué le geste, quitte à l'écraser de son poids contre le mur, et n'aurait certainement pas poursuivi sa course…

Pourtant, volonté ou pas, les conséquences auraient pu être plus graves, pour Kate, pour leur bébé, pour lui …et pour Todd.

Chassant ces pensées troubles, Rick écrivit une réponse à l'attention de Javier, avant de ranger son téléphone dans sa poche.

« Encore en salle d'examen, l'infirmière nous a dit de ne pas trop nous inquiéter. Je te tiens au courant »

Sitôt le message parti, la porte s'ouvrit sur le médecin qui avait examiné Kate.

- M Castle ? sourit-il, vous pouvez entrer maintenant

D'un geste de la main, il invita Rick à rejoindre Kate, qui se trouvait à quelques mètres de là, assise sur la table matelassée.

- Tout va bien ? s'enquit immédiatement Rick, posant la question aussi bien au médecin qu'à son épouse.

Il la rejoignit et se saisit de sa main sous le sourire léger de Kate.

- Ça va, tu peux arrêter de t'inquiéter mon cœur…

Sa voix portait encore la teinte de la crainte engendrée par la chute.

« Cela aurait pu si mal se terminer… »

- En effet, tout va bien mais vous vous rendez compte que vous avez eu de la chance ? demanda le médecin sur un ton moralisateur

- Oui docteur…. Je sais, répondit-elle simplement, son regard croisant celui de Rick

- M Castle, votre femme m'a expliqué les circonstances de cet accident… elle n'est pas blessée, et votre enfant se porte bien, mais par précaution, je vais procéder à une échographie. Mais vous devez prendre conscience que la prochaine fois, ça ne sera peut-être pas la même chose…

Le médecin adoptait une voix ferme tout en restant doux, il ne voulait pas dramatiser davantage, cependant chaque mot se répercutait chez les deux époux.

Ils avaient eu de la chance… une chance incroyable. Mais ils ne pouvaient plus désormais compter uniquement sur la chance.

Cet épisode avait changé la donne et avait motivé une nouvelle décision importante dans l'esprit de Kate.


De retour chez eux, après plusieurs heures chaotiques entre tensions et émotions les plus vives, Kate s'était installée sur le canapé, attendant que Rick la rejoigne.

Un plaid dans les bras, un sourire réconfortant sur le visage, il prit place près d'elle et les couvrit, un bras protecteur entourant les épaules de sa femme.

Du coin de l'œil, il avait remarqué la main de Kate qui ne quittait pas son ventre, et pendant quelques instants, l'angoisse reprit forme dans son esprit.

- Tu es bien installée ? demanda-t-il pour briser le silence et chasser ses pensées

- Oui… merci babe…

Un silence pesant. Rare chez eux. Un certain malaise provoqué par les peurs jusque là intangibles et qui pourtant ce soir, s'étaient matérialisées sans qu'ils ne s'y attendent.

- Rick…

- Je suis désolé Kate…

- Quoi ? Mon cœur ? Désolé de quoi ? Tu n'y es pour rien dans ce qui s'est passé ce soir !

- Tout à l'heure dans la voiture… j'ai dit que ce genre de choses pouvait arriver et c'est arrivé… j'ai l'impression d'avoir provoqué le sort et…

- Arrête, dit-elle fermement. Personne n'est responsable à part ce type… et le bébé va bien… je vais bien. Alors arrête de t'en vouloir ou de croire que tu aurais pu faire quelque chose pour empêcher ça…

- Kate… j'ai eu si peur… quand je l'ai vu foncé sur toi, quand je t'ai vu heurté le mur… j'ai cru…

- Je sais… le coupa-t-elle, babe, j'ai eu peur moi aussi. Mais on va bien… tu as entendu le médecin ? Notre petit est fort… il a un cœur en parfaite santé, sourit-elle pour le rassurer autant qu'elle le pouvait.

Rick resserra son étreinte et posa son menton contre le haut de son crâne. Il déposa un baiser dans ses cheveux, puis ferma les yeux en tentant de relâcher la pression qui lui enserrait la poitrine depuis les dernières heures.

- Ça ne doit plus arriver Kate… je ne le supporterais pas… je sais que tu ne veux pas le dire pour l'instant mais tu dois…

- Je vais le faire, coupa-t-elle en se dégageant légèrement de lui pour pouvoir le regarder dans les yeux. Je vais en informer mes supérieurs. Je vais leur dire pour le bébé… tu as raison, on croit toujours qu'on peut maîtriser les risques, mais voilà, un seul mauvais coup aurait pu tout nous enlever …

Rick l'observait d'une part étonné, de ne pas avoir à négocier la décision d'annoncer sa grossesse, et de l'autre, soulagé et rassuré de constater que Kate y avait déjà réfléchi. Et avait déjà décidé.

Elle le regardait si intensément qu'il reconnut la peur et l'angoisse qui longtemps l'avaient accompagnée des années plus tôt.

Sauf que cette fois, elle acceptait de les partager avec l'homme qu'elle aimait. Elle acceptait de faire face ensemble, comme si elle se fiait complètement à lui.

- Tu en es certaine ? demanda-t-il par acquis de conscience

- Absolument… je ne peux plus aller sur le terrain, c'est trop risqué. Le bébé est plus important que tout…

- Et pour l'enquête ?

Elle prit quelques secondes pour lui répondre. Ce soir, pour la première fois, elle aurait pu décider d'abandonner. Elle s'en sentait la capacité, elle s'en sentait prête à assumer les conséquences si elle baissait les bras.

Mais elle savait aussi que demain, elle se ferait mentir et repartirait à la chasse aux démons.

- Je dois l'aborder différemment maintenant. Espo et Ryan sont là, je sais qu'ils comprendront. Je peux enquêter sans intervenir directement… On trouvera comment en temps voulu. Mais là, ma priorité, c'est de préserver notre avenir.

- C'est la mienne aussi, murmura-t-il en la rapprochant à nouveau de lui.

Dans les bras l'un de l'autre, les deux époux se berçaient mutuellement dans le rythme de leurs respirations. Perdus dans leurs pensées, se réchauffant le corps et l'esprit, ils laissèrent s'écouler le temps, les yeux perdus dans le vague.

Cette nuit avait été éprouvante, et chacun en avait conscience.

Avant de renter chez eux, Castle avait renvoyé un mot à Esposito et sa réponse, à peine quelques secondes plus tard, lui avait certifié que leurs amis avaient du s'inquiéter fortement de leur côté également.

Cette nuit, tous avaient aperçu le drame qui les narguait depuis le début et qui pourtant, presque miraculeusement, les avait épargnés jusque là.

- Je crois qu'il est peut-être temps que je te parle d'une idée qui me trotte dans la tête depuis quelque temps…lui dit-il doucement

Après un instant d'hésitation et de surprise, elle chercha son regard à nouveau.

- Je t'écoute mon cœur…

- Je pense que nous devrions nous appuyer sur quelqu'un d'autre… quelqu'un en qui on peut avoir confiance et qui est mieux placé que nous, pour garder un œil sur Bennett … et pour te protéger toi…

- De qui tu parles ? A qui pourrions-nous faire conf…

Elle s'interrompit, comprenant soudain où voulait en venir son mari.

Gates. Elle avait été promue chef adjoint de la police et il était déjà arrivé quelques fois que Kate la croise, au hasard d'une réunion ou d'une pause improvisée pour satisfaire une envie de café.

Victoria Gates était une femme fiable et honnête, ses états de service et sa réputation jouaient pour elle. Incorruptible, ferme, une femme droite et professionnelle.

Comme Kate finalement.

Mais de là à impliquer le chef adjoint dans leur enquête ?

D'une façon, Rick avait raison : Gates avait son bureau au Central, là même où se trouvait Bennett. Peut-être même le connaissait-elle ?

Et puis, son statut de chef adjoint pouvait être un atout majeur lorsqu'en dernière ligne droite, ils devraient se justifier de tous leurs actes. Y compris ce qui concernait Jimmy et sa fausse mort.

Etait-il censé de s'appuyer sur Gates ?

Etait-ce plus risqué que de faire confiance aveuglement à Rita ou même à Vikram ?

Le chef adjoint Gates leur avait apporté tout son soutien lorsqu'il avait fallu se défendre des accusations pesantes sur Kate après l'épisode Vulcain Simmons. Elle avait prêté une oreille attentive aux Bros lorsqu'ils s'étaient confiés au sujet de Bracken et de leurs preuves quant à son implication dans la mort de la mère de Kate, la corruption, les irrégularités et autres crimes qu'il couvrait.

Et ce, même si leurs preuves n'étaient finalement que des preuves indirectes.

Victoria Gates était une femme de confiance. Mais une femme stricte sur les règles, qui par le passé, avait prouvé sa loyauté à sa profession.

Voyant l'indécision se peindre sur le visage de sa femme, Castle resserra à nouveau son étreinte.

- Elle peut nous être utile Kate… depuis le début, tu t'exposes … je parle professionnellement, même si après ce soir… commença-t-il d'une voix douce, constatant que sa femme avait comprit. Au Central, on ne peut pas être sur de qui que ce soit… sauf d'elle. Si on arrive à la convaincre du bien fondé de notre histoire, elle te protègera…

- Et si elle estime qu'on est allée trop loin ? demanda Kate

Castle ne voulait pas répondre à cette question. Parce qu'elle admettait une possibilité qu'il ne voulait pas envisager. Oui… si ils étaient allés trop loin ? Pas seulement Kate, mais tous ?

Les événements s'étaient enchaînés, et bien souvent, ils n'avaient eu que peu de temps pour agir en évaluant toutes les options possibles. Et c'était d'autant plus valable dernièrement avec le cas Jimmy et l'arrestation des Bryant.

Ils savaient qu'ils avaient tous dépassé les limites de leurs fonctions, mais étaient-ils encore suffisamment près pour revenir sans s'être bannie tous seuls du bon côté de la justice ?

- Kate… je préférerais te dire autre chose, mais si c'est le cas… si on explique ce qu'on sait à Gates et qu'elle estime qu'on est allé trop loin, alors c'est qu'on est vraiment trop loin…

- Et dans ce cas, il se passe quoi ? demanda-t-elle sérieusement

- Je ne sais pas Kate… mais peut-être qu'il est temps qu'on s'y attarde, si on est allé trop loin, autant qu'on le sache maintenant… autant qu'on se prépare à se défendre, à défendre nos actes…

- Moi, mon cœur… je devrais assumer … je le dois aux gars…

- Raison de plus pour se rapprocher de quelqu'un de confiance et de haut placé, répondit-il

- C'est une décision qu'on ne doit pas prendre seuls Rick…

- Je suis d'accord…

- Tu sais quoi mon cœur ? lui dit-elle, la lassitude teintant sa voix, allons nous coucher, j'en ai assez de cette journée… demain, on prendra une décision pour Gates, mais maintenant, je veux tes bras et notre lit… je veux surtout fermer les yeux sur tout ça…

Sans répondre, mais bien décidé à réconforter au mieux sa femme de ses bras et de son âme, il lui prit la main et l'entraîna à sa suite en direction de leur chambre.

Demain s'annonçait encore comme une journée particulièrement riche en tensions, mais là, en cet instant, tout ce qu'ils désiraient, était de profiter d'eux pour s'apaiser et profiter de leur amour. Et oublier le pire qui s'était présenté à leur porte.


Javier424  (22.01.2016 à 15:03)

Le lendemain, Kate et Castle étaient arrivés au poste sous les yeux intrigués de leurs amis et collègues. Kate se doutait que tous avaient eu connaissance des rumeurs qui l'avaient envoyé à l'hôpital cette nuit, même si officiellement, aucune mention de son passage aux urgences ne figurait dans les rapports d'intervention.

Seulement, lorsqu'ils avaient quitté les lieux, les Bros avaient du appeler du renfort pour ramener les frères Bryant au poste, et quelqu'un avait du entendre des bribes de la conversation qu'ils avaient eu, ou quelqu'un les avait vu pénétré dans le bâtiment… après tout, il n'était pas rare que des policiers se trouvent en ces lieux, et l'un d'eux avait dû voir, entendre, interpréter, répéter… l'habituel bouche à oreille, générateur de bien des rumeurs, parfois infondées, mais révélatrices des indiscrétions des uns et des autres.

Peu importait l'origine de cette rumeur de toute façon, les regards inquisiteurs suffisaient à exaspérer Kate.

Elle détestait être le centre de l'attention d'ordinaire, alors dans ces circonstances là !

Ils se dirigèrent immédiatement dans son bureau, saluant au passage les officiers et collègues présents.

Personne ne posa la moindre question au Capitaine, mais tout le monde aurait voulu, elle n'en doutait pas.

Elle ne fut pas étonnée de ne pas voir Esposito et Ryan à leurs bureaux respectifs : lorsqu'elle était rentrée hier, cette nuit, elle avait envoyé elle-même un mot aux gars pour les remercier une nouvelle fois de leur intervention, et les rassurer également. Castle l'avait déjà fait, mais elle désirait répondre personnellement également, une façon pour elle de leur faire comprendre qu'elle n'en voulait à aucun d'eux pour ce qui était arrivé avec Todd Bryant.

Elle leur avait demandé de placer les deux frères sous surveillances permanentes, spécifiant les noms des personnes qu'elle mandatait pour cela. Deux agents se devaient d'assurer la surveillance, personne d'extérieur n'était autorisé à les rencontrer. S'ils demandaient leurs avocats, les deux agents devaient se poster à la porte. Personne ne s'approchait sans avoir émargé une liste destinée au procureur.

Cette dernière consigne avait pour but de dissuader Mark Bennett de se présenter : comment aurait-il pu justifier sa visite aux frères Bryant ? Officiellement, il n'était pas concerné. Il n'était ni un enquêteur, ni même en charge de quoi que ce soit dans cette affaire. D'ailleurs, à l'heure actuelle, rien ne les relier au meurtre de Gamberson.

Elle avait choisi ses hommes, et avait laissé la liberté à Ryan et Esposito de compléter cette équipe au besoin. Elle leur faisait suffisamment confiance pour savoir qu'ils ne prendraient pas d'initiative à la légère.

Enfin, en cas de doute, ou de problème, la consigne était d'appeler Beckett et Esposito.

Elle espérait avoir bâti une forteresse au sein de son propre poste, si quelqu'un devait tenter quoique ce soit, il fallait n'avoir plus rien à perdre, et elle doutait que Mark Bennett en soit déjà là.

Quand à Esposito et Ryan, elle leur avait demandé de rentrer se reposer. Elle pensait à Jenny et aux problèmes de couple de Kévin, elle pensait à Lanie qui ne savait pas tout encore, mais surtout, elle pensait à la fatigue et l'implication de ses deux amis.

Tout le monde était éprouvé, mais eux se donnait corps et âme, juste par loyauté envers elle et par foi en leur profession.

Elle leur devait bien cela.

Mais lorsqu'elle vit Esposito arrivait vers eux, visiblement déjà là depuis un moment, Kate échangea un regard interrogateur avec Castle.

- Hey ? Espo qu'est-ce que tu fais déjà là ? demanda-t-elle

- J'ai dormi en bas, il y a un lit de camp dans le vestiaire des hommes, c'est pratique, répondit-il en souriant doucement

- Pratique mais pas reposant Javier… lui dit Kate, visiblement inquiète

- Je sais… mais ne t'en fais pas, j'ai dormi. J'ai prévenu Lanie, elle a compris. Par contre, tu lui dois une de vos soirées entre filles, prévint-il, amusé

Il regarda Castle et un sourire naquit sur son visage. Même s'il n'avait pas encore posé la question qui le tourmentait depuis la veille, apparemment Rick était plutôt détendu, étant donné les circonstances.

- Comment… comment tu vas ? demanda-t-il en hésitant un peu

- Ça va Espo, ne t'inquiète pas, je vais bien et le bébé aussi, le rassura-t-elle immédiatement.

Elle voyait bien que malgré les échanges de la nuit, il restait inquiet et confus.

- Hey Javier… ce n'était pas ta faute, ok ?

- Ouais … se contenta-t-il de répondre

- Puisqu'on parle de responsable, comment s'est passé la nuit ?

- D'après les rapports de la nuit, ils n'ont pas demandé d'avocats… c'est étrange, murmura Kate

- Etrange ou voulu… ils ne vont pas parler de toute façon, commenta Castle

- Qui les surveille en ce moment ? demanda Kate

- Logan et Seaver font les baby-sitters pour Todd, Maxwell et Chang pour Steven, répondit Esposito. Je m'apprêtais à relever une des deux équipes.

- Attends, coupa Kate, on a quelque chose à te dire… on veut avoir ton avis.

Esposito la regarda étonné, et un instant, il sut que l'épisode de la nuit avait changé quelque chose.

- Castle m'a fait part d'une idée, dit-elle en observant son mari, je veux savoir ce que tu en penses. Parce que c'est le genre de chose qui peut tout faire basculer. On peut commettre une erreur fatale pour nous, comme nous sauver la mise… j'aurais préféré en parler avec Ryan en même temps mais…

- Je suis là, coupa-t-il, un sourire aux lèvres, et j'arrive au bon moment apparemment !

- Qu'est-ce que …

Une nouvelle fois, elle constata que ces deux là étaient prêts à aller au-delà d'eux-mêmes pour rendre justice. Et pour elle. Elle en était soulagée, mais en même temps, était gênée de générer autant de loyauté.

Castle lui avait dit un jour qu'elle-même avait eu le même sentiment pour Montgomery, Esposito et Ryan étaient ses amis avant d'être des collègues, et cela justifiait beaucoup. Pour ne pas dire tout.

- Alors, c'est quoi ce truc si important ? demanda Ryan

- Je pense que nous sommes arrivés à un point où on ne peut plus compter que sur nous. On doit pouvoir se confier et s'appuyer sur quelqu'un de confiance qui pourra nous aider … quelqu'un de l'intérieur. Il faut penser à l'après, quand on aura fait tombé tous les responsables, il faudra passer par des moments difficiles où on devra se justifier… commença-t-il à voix basse

- Rick pense que nous devrions raconter ce qu'on sait à Gates, dit-elle en prenant la relève de son époux

- Gates ? répéta Ryan. Comment elle va réagir en apprenant qu'on a couvert l'assassin d'un flic ? Vous vous souvenez de cette histoire avec sa sœur ?

- C'est pour cela que je disais que ça pouvait aussi bien être une erreur, comme la meilleure idée qu'ait jamais eu Rick…

- Non… assurément non… la meilleure idée que j'ai eu, ça a été de t'avoir emmené sur la plage, tu te souviens ce soir là, dans les Hamptons… tu n'avais pas de maillot… dit-il rêveur

Kate le fusilla du regard : comment pouvait-il être aussi insouciant, lui qui avait été si soucieux quelques heures plus tôt ? Et comment pouvait-il s'évader en des instants pareils ? Et surtout, comment faisait-il pour la mettre hors d'elle en quelques secondes, autant qu'il était capable, dans les mêmes temps, de la rendre folle de désir ?

- Sérieux Castle ? lui dit-elle. Parfois, je ne te comprends pas, je te jure…

- Parfois seulement ? Tout va bien alors ! répondit Ryan, d'un air taquin

Kate secoua la tête comme pour chasser les excentricités de son époux, pour reprendre ensuite un sérieux bien plus de circonstance.

- Les gars… je veux que vous y pensiez. On ne fera rien sans votre aval, parce que ça peut avoir des conséquences importantes pour nous tous…

- Tu en penses quoi toi ? lui demanda Esposito

- Je pense que d'ici peu, on ne pourra plus avancer dans l'ombre. J'ai le sentiment qu'on se rapproche trop de Bennett et des autres pour que rien ne se passe d'ici peu de temps… Rick a peut-être raison, si on a Gates avec nous, elle peut sauver nos plaques si elles sont menacées, et elle peut nous renseigner sur Bennett…

- Elle nous a démontré qu'elle était honnête et incorruptible… et qu'elle savait se taire quand il le fallait, leur rappela Castle. Elle n'a rien dit pour Montgomery, elle était là aussi pour Kate quand Simmons est mort…

La tension était palpable, une entrée en matière plutôt rude pour un début de journée. Mais désormais, il semblait bien que c'était leur lot quotidien. De surprises en rebondissement, ils devaient faire face et ne pas se laissaient dépasser.

- Ecoutez… j'ai confiance en vous les gars, en toi Kate. Et Gates a été parfois dure mais jamais elle n'a fait preuve de laxisme quand il s'agissait d'être juste. Je ne crois pas qu'elle le fera cette fois encore. Il va falloir la convaincre mais si on y parvient, et on a des preuves irréfutables, elle marchera avec nous.

Ryan avait parlé d'une voix claire et sincère. Son discours reflétait ce que pensait Kate depuis sa discussion avec Castle. Elle avait eu besoin de temps et surtout de savoir ce que ses amis en pensaient, mais elle s'était laissé convaincre par son époux. C'était là l'équilibre de leur équipe. Même si cela comportait quelques risques.

- Ça marche pour moi, déclara Esposito.

- On doit encore en parler à Lanie et à Alexis. Elles sont impliquées aussi. Dans une moindre mesure puisqu'elles ne savent rien encore à propos de Jimmy, mais elles doivent aussi savoir, prévint Kate. Mais pour l'instant, on devrait aller voir ce que vont nous raconter Todd et Steven.

A la mention du nom du plus jeune des frères Bryant, Kate sentit Castle se crisper. Discrètement, elle effleura sa main, caressant sa paume du bout des doigts. L'heure n'était pas aux cajoleries, ni à la séduction, mais bien au réconfort et à la douceur. Une simple caresse pour lui montrer qu'elle lisait en lui, qu'elle était là, qu'il n'était pas seul avec son sentiment de haine. Un geste pour le soutenir et se rappeler à lui. Tendrement.

Volontairement, Kate avait choisi d'interroger Steven. Elle ne souhaitait pas que Rick se trouve face à Todd, ne sachant pas la tournure que prendrait cet interrogatoire. S'il rentrait dans la provocation, elle ne voulait surtout pas que Rick ne perde le contrôle et réponde par le geste.


Steven Bryant était âgé de 37 ans. Il était l'ainé de trois enfants, Todd, 28 ans et Judy, 25 ans. D'après leurs informations, cette dernière avait quitté le domicile familial sitôt qu'elle avait pu. Les bruits de voisinage mentionnaient des violences conjugales, qui avaient tendance à se répercuter sur les enfants. Enfin, principalement, sur Judy. Et si le nom de Steven apparaissait dans les rapports de l'époque, celui de Todd, jamais. Peut-être n'avait-il jamais subit les coups de son père ? Ou peut-être ne s'en était-il jamais plaint ? Toujours était-il que leur père avait mystérieusement succombé à un accident domestique bien étrange.

Alors qu'il se trouvait dans son bureau, Dave Bryant avait été retrouvé écrasé sous une lourde étagère pleine de livres. La poitrine prisonnière, il avait, semble-t-il, étouffé après une longue agonie.

Le rapport faisait état de la présence des trois enfants dans la maison, mais aucun d'eux n'avait entendu quoique ce soit.

15 ans après, Kate voyait probablement là, le premier des meurtres des deux frères.

Judy avait certainement assisté à la scène, mais s'était tue, terrorisée par ce qu'elle avait vécut … ou par ses propres frères.

Le meurtre de leur père, simple supposition, ou peut-être simple accident, mais quoiqu'il en était réellement, que leur père, indigne et violent, soit mort, n'était pas le souci premier de Kate. Même si les deux frères s'étaient vengés de lui froidement.

Ce matin, dans cette salle, Steven se tenait droit devant eux, assis, les poignets menottés à la table, juste assez de longueur pour pouvoir se saisir d'un verre d'eau posé devant lui.

Jusque là, il n'avait rien dit. Il s'était contenté de les regarder, sans même demander un avocat.

- Steven, votre intérêt est de nous parler, lui asséna-t-elle à bout de patience

Aucune réponse. Il lui sourit froidement. Il était glacial et semblait attendre patiemment qu'elle finisse par abandonner.

Que pensait-il ? S'imaginait-il que Bennett vienne les sortir de là ? Elle s'imaginait sans peine que cette scène s'était produit probablement à de multiples reprises.

- Vous étiez dans l'appartement d'un homme suspecté de meurtre, qu'est-ce que vous cherchiez ? tenta Castle

- On a trouvé votre portable, qui vous a appelé en dernier Steven ? Qui vous a demandé de fouiller l'appartement de James Paretti ? demanda Kate à son tour

Le silence pour seule réponse. Bryant avait certainement vécut nombres d'interrogatoires de ce genre, et il savait certainement que tant qu'il ne prononçait pas un seul mot, sa vie valait encore quelque chose pour le cartel… et pour Bennett.

- Vous n'allez pas vous en sortir comme d'habitude Steven, lui dit Kate doucement. Parce que cette fois, les choses sont différentes. Vous le comprendrez bien assez vite…

Pas un mot, mais un doute dans le regard de Steven Bryant. Le premier. Commençait-il à comprendre quel genre de flic elle était ? Savait-il seulement qui elle était ? Nul doute que dans cette organisation, le nom de Kate Beckett ne devait pas être ignoré.

- Très bien Steven. Vous allez être inculpé cette fois, je vous le promets. Personne, je dis bien personne ne viendra vous sortir de là…

Elle avait volontairement accentué le mot, elle voulait qu'il gamberge et qu'il comprenne que cette fois était différente des autres.

Rick et elle se levèrent et après un dernier regard vers l'ainé des frères Bryant, se dirigèrent vers la porte.

- Vous n'avez rien contre moi…

Une voix sourde. Il avait parlé. Et bien que cette phrase ne plaidait aucunement en la faveur d'une coopération future, pour Kate et Rick, elle signifiait beaucoup. Cela signifiait une inquiétude, une réflexion qui commençait à poindre dans l'esprit de Steven.

S'il se sentait serein, complètement serein, il n'aurait pas parlé, ils en étaient certains.

Kate s'avança lentement vers lui, et planta ses yeux dans les yeux.

- Si Steven… nous avons les meilleures preuves contre vous. Le genre irréfutable. C'en est fini pour vous. Croyez-moi sur parole…

Bien sur, ces preuves tenaient du témoignage d'un homme coupable de meurtre. Pas la plus solide des accusations. En revanche, 3 flics et un civil, témoignant avoir assisté à la disparition de deux corps, ceux des Hernandez, jetés dans une voiture, par les deux frères, là, l'accusation devenait plus tangible.

Sans parlé des enregistrements, celui qu'ils avaient entendu grâce à Jackson, et ceux retrouvés dans l'appartement de Sherman, par Ryan et Esposito.

Mais pour l'instant, il n'était pas nécessaire de trop en dire. Steven devait être laissé dans l'ignorance. Ne pas savoir était une menace bien plus efficace que toute parole.


En sortant, Kate constata avec soulagement que le message était bien passé. Sitôt passés la porte, Maxwell et Chang, deux officiers de confiance, se postèrent de chaque côté de l'encadrement de la seule issue de la pièce.

En les croisant, elle leur sourit affectueusement, rencontrant en retour le respect profond que ses hommes portaient sur leurs visages.

Ils rejoignirent Esposito et Ryan près de leurs bureaux. Visiblement, le constat état le même de leur côté : Todd n'avait pas pipé mot durant son interrogatoire.

- Rien non plus ? demanda Ryan

- Pas vraiment, répondit Castle

- Mais je pense qu'il va réfléchir, en partant, il avait l'air un peu moins serein qu'au début, compléta Kate.

- Tu vas faire quoi pour Bennett ? Tu vas l'appeler ? demanda Esposito

Elle se tourna vers le tableau blanc, où figuraient encore les preuves et indices de l'enquête concernant le meurtre de Gamberson. Face à la photo de Jimmy, elle respira profondément avant de répondre à son ami.

- Officiellement, cela n'a rien à voir avec Gamberson. Et avec les casiers qu'ils ont, on peut les garder au frais sans qu'on nous demande d'explication poussée. Surtout s'ils ne demandent pas d'avocat.

- Il y a plusieurs affaires dans lesquelles leurs noms sont mentionnées… ça va nous donné un peu de temps pour les garder ici, confirma Ryan. Si on les relie à d'autres meurtres, ça peut les inciter à être un peu plus coopératifs.

- Oui, mais en attendant, on ne relâche pas la pression. Je veux deux officiers en permanence pour les surveiller. Je vais demander à Vikram s'il est possible d'installer un écran de contrôle dans mon bureau. Je veux pouvoir les garder à l'œil à chaque instant, déclara Kate

- Et que fait-on pour… l'autre truc ? demanda Castle, en faisant référence au chef adjoint Gates.

- Je vais aller parler à Lanie, répondit Kate, tu peux appeler Alexis de ton côté ? Après, on sera fixé…

- J'y vais de ce pas… mais je préférerai que tu y ailles avec Espo ou Ryan.

- Allez-y, répondit Ryan, moi je m'occupe de voir avec Vikram comment installer l'écran dans ton bureau.

Comprenant l'inquiétude de son époux, Kate ne trouva rien à redire à sa requête. Après tout, les Bryan n'étaient pas la seule menace qui planait sur eux, et se déplaçait seule, n'était peut-être plus aussi anodin qu'auparavant.

Les choses changeaient. Elles avançaient mais elles dressaient aussi devant eux des murs encore inébranlables. En tout cas, en apparence.

L'arrestation des Bryant ne constituait pas réellement un coup porté au cartel, dans le sens où il perdurerait, même sans les deux tueurs à gage. Mais malgré tout, cela représentait forcément un imprévu de taille. Une grosse épine dans le pied de Bennett.

Et Kate n'espérait qu'une chose : que cette épine lui provoque une belle infection.


Javier424  (24.01.2016 à 19:54)

- Je vous avoue que quand vous m'avez contacté, j'étais très loin de m'attendre à ça… même venant de vous M Castle, murmura Victoria Gates.

La décision avait finalement été prise en commun. Lanie trouvait que l'idée de Rick était juste, et nécessaire. Elle avait appris quelques heures plus tôt, par Esposito, l'incident avec Todd Bryant et elle aussi, en avait été ébranlée.

Alexis quant à elle, avait signifié à son père qu'elle leur accordait pleine confiance.

Restait à savoir comment aborder Victoria Gates, une femme qui n'était ni une amie, dans le sens propre du terme, ni réellement une collègue.

Lorsque Rick l'avait appelé, prétextant vouloir la rencontrer pour des recherches sur le fonctionnement interne du Central, elle avait d'abord cru à une blague.

Rick Castle ? N'avait-il pas ce qu'il appelait une muse, qu'il avait épousé d'ailleurs ? Et Castle ?! Elle n'avait jamais été tendre avec lui, alors qu'il l'appelle, ressemblait davantage à une énorme fumisterie. Pourtant, toutes ces années passées à supporter sa présence et ses théories douteuses, lui avait permis de le connaître un tant soit peu. Si bien que lorsqu'il glissa subtilement dans la conversation que son prochain roman parlerait de corruption, d'enquête secrète et que Nikki Heat aurait certainement besoin d'aide pour la mener jusqu'au bout, Gates avait perçu quelque chose. Comme s'il ne s'agissait pas que de ça. Castle n'était pas réputé pour sa subtilité et pourtant, il semblait bien qu'il avait un message à lui faire passer. Enfin et surtout, elle avait eu vent de l'arrestation de le nuit dernière, et autant elle qualifiait volontiers Caste de personne étrange, autant, elle doutait qu'après une nuit aussi épique, il s'intéresse soudain à des recherches pour un roman.

Elle avait donc accepté de le rencontrer, en se disant qu'au pire, elle perdrait quelques heures, au mieux, elle satisferait sa curiosité.

Mais lorsqu'en arrivant dans le bureau de Richard Castle Investigations, elle avait rapidement comprit que son intuition était toujours alerte.

D'abord chose étrange, Kate était là. Sa présence dans le bureau de son époux, n'avait rien d'extraordinaire mais s'il l'attendait réellement pour des recherches, elle devenait incongrue.

Puis le visage fermée et soucieux de Beckett lui confirma qu'elle avait vu juste et qu'il ne s'agissait pas là, de simples recherches pour un bouquin.

Et son instinct lui soufflait aussi que jamais, ils ne l'auraient fait venir pour une affaire minime. Quelque chose d'énorme se tramait, elle en fut définitivement sûre, dès qu'elle entra dans le sas, pour y rencontrer les lieutenants Esposito et Ryan, mais aussi le docteur Parish et la jeune Castle.

Mais ce qui avait suivit, l'avait cloué sur place.

Elle connaissait Mark Bennett, et non qu'elle l'appréciait, elle le respectait en tant que collègue. Il était de nature froide et ambitieuse, mais elle l'avait davantage classé dans la catégorie des arrivistes que des criminels.

Avait-elle été bernée à ce point par cet homme ?

- Chef adjoint… je sais que tout cela doit vous paraître absurde, et probablement insensé, mais nous enquêtons depuis des mois et …

- Quand j'étais en poste aux affaires internes, je faisais la guerre au genre de personnes que vous venez de me décrire. Et j'en ai fait tombé plus d'un. Je n'avais aucune pitié pour ceux qui détournaient la loi à leur avantage… Occuper une fonction aussi importante que Capitaine d'un poste de police, ce n'est pas une mince affaire, et cela nécessite de la rigueur. Et je suis désolée de constater que selon mes critères de l'époque, vous rentrez dans la catégorie de ceux que je chassais de la police, Kate.

Fermant les yeux, comme pour attendre une sentence à venir, Beckett respira profondément. Elle sentit la main de Rick se glisser dans la sienne, soutien bienvenu au désarroi qui commençait à germer dans son esprit. Gates n'allait pas les aider. C'en était fini.

- Chef, vous devez comprendre que ….

- Je n'ai pas fini lieutenant Ryan, coupa-t-elle fermement. Avez-vous des preuves formelles de ce que vous avancez Capitaine Beckett ?

Ouvrant les yeux, et relevant la tête vers son ancien chef, elle reprit des couleurs, sentant que le vent tournait peut-être en leur faveur finalement.

- Que des preuves circonstancielles, et indirectes, mais je suis sûre de moi. Nous sommes sur de nous, chef… répondit-elle

Gates se retrancha dans le silence, comme pour mieux évaluer la situation. Beckett s'était fourrée dans un sacré pétrin, mais si elle avait vu juste…

- Donc selon vous, Mark Bennett est corrompu et soutient activement un des plus gros cartels de l'Etat…

- Pour ne pas dire, sans doute le plus gros, confirma Castle

- On a des preuves qui le lient indirectement à des actions criminelles au bénéfice de ce cartel… nous avons également un témoin qui confirmera les accusations. Et il est venu me voir au bureau… chef adjoint, si vous aviez vu son regard, je suis certaine que vous n'auriez aucun doute sur sa culpabilité, déclara Kate, en y mettant tout son cœur.

- Ce témoin est fiable ? demanda Gates

La question qui évidemment posait problème. Cherchant ses mots, Kate finit par lâcher la bombe qu'elle retenait jusque là.

- Il s'agit de James Paretti, chef

Sous les regards de tous les présents de la pièce, Victoria Gates blêmit. Ce James Paretti n'était-il pas le meurtrier présumé du lieutenant Robert Gamberson appartenant aux stup' ?

- Ne me dîtes pas que … mon dieu Kate… souffla-t-elle soudain.

Puis après quelques secondes d'un face à face tendu :

- Avez-vous perdu la tête ? cria-t-elle. Cet homme est un meurtrier et votre enquête a permis de conclure à son décès ! Vous avez personnellement informée le chef de la police que Paretti était porté disparu en mer ! Vous l'avez convaincu de sa mort ! Kate ! Vous vous rendez compte de ce que vous me dîtes ?

- Oui chef… je sais qu'il y aura des conséquences mais …

- Des conséquences ? Kate ! Vous risquez votre plaque et votre liberté, vous vous en rendez compte n'est-ce pas ?! Sans parler de vous tous, qui en couvrant cette affaire, êtes devenus des complices !

- Chef adjoint Gates… commença Esposito

- Non ! M Castle ? Est-ce que c'est une de vos idées ? demanda-t-elle soudain

- Quoi ? Euh … je … je …

- Chef, Castle n'y est pour rien. J'ai décidé de faire disparaître Paretti, parce qu'il était devenu notre principal témoin. Parce qu'avec lui, nous avons un témoignage impliquant des personnes très haut-placées. Des personnes qui ont déjà perpétrés et commandités des meurtres. James Paretti allait mourir si nous l'avions arrêté ce soir là…

- Vous n'en savez absolument rien ! riposta Gates hors d'elle

- Ils ont fait tuer Vulcain Simmons et William Bracken. James Paretti n'aurait pas tenu 5 minutes en garde à vue, répondit Castle calmement. Victoria, vous connaissez Beckett… vous savez que jamais elle n'aurait franchi les limites si ses raisons n'en valaient pas la peine…

Rares étaient les personnes qui l'appelaient par son prénom, mais Castle avait mis tellement d'ardeur dans sa réponse, qu'elle n'en fit pas état. Bien sur, elle connaissait Beckett… mais là !

Elle commença à marcher dans la pièce, jetant un œil au tableau qui trônait toujours au milieu. Des mois d'enquêtes sous ses yeux. Des mois d'une affaire tellement énorme !

Sentant la nécessité de se calmer, elle respira profondément.

- Admettons que ce témoin puisse un jour se présenter devant un tribunal, que pourrait bien se dire un jury en écoutant un homme coupable de meurtre ? Sa parole contre celle d'un fonctionnaire de l'administration du NYPD ?

- Nous avons d'autres preuves que celles apportaient par Jimmy. Des enregistrements…

- On y entend clairement le nom de Bennett, et son implication est parfaitement explicite, poursuivit Esposito

- Nous ne pourrons peut-être pas faire parler les frères Bryant, mais en les arrêtant, nous mettons la pression sur Bennett… il pourrait commettre une erreur fatale… chef adjoint… nous avons besoin de votre soutien, plaida Ryan à son tour.

- Chef, reprit Kate, je sais qu'il y aura des conséquences et je les assumerai. Nous avons placé James Paretti en état d'arrestation et à l'heure qu'il est, il est détenu et conscient qu'il passera en jugement pour son crime… mais il coopérera parce qu'il n'a pas le choix… les Bryant pourraient eux aussi coopérer… même si ce sera sans doute beaucoup plus délicat… en aucun cas, nous ne passerons de marché, ni avec Jimmy, ni avec les Bryant. James en est conscient. Au mieux, je parlerai pour lui et il passera peut-être un peu moins de temps derrière les barreaux, mais il ira et il le sait …

Elle s'interrompit devant le visage placide de Victoria Gates, cette histoire était insensée !

- Chef… nous soupçonnons… non, nous sommes certains que Mark Bennett est aussi corrompu que pouvait l'être le sénateur Bracken…

La voix de Kate ressemblait davantage à une plainte murmurée qu'à une plaidoirie plainte de vigueur. Et pourtant, l'impact recherché était le même que celui d'une salle d'audience. De cet entretien avec Gates, pouvait dépendre leur avenir à tous.

- Je vous connais Kate… et vous aussi messieurs… docteur Parish, Alexis, vous n'êtes pas familières avec des enquêtes de terrain et…

- Nous assumerons également les conséquences, coupa Lanie. Vous avez raison, je ne suis pas une flic, mais je sais reconnaître des ordures quand j'en vois. J'ai entendu ces enregistrements, j'ai entendu parler de ce Bennett, des frères Bryant, de ce Jimmy… et même de ce flic qui a été tué. Mais surtout, je connais mes amis. Je leur fais confiance et je sais que nous sommes dans le vrai…

- Je connais Kate, enchérit Alexis. Elle a franchi les limites, mais pourtant, je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi droit qu'elle. Et si ça peut vous convaincre, ça vaut ce que ça vaut, mais regardez ce qu'elle a fait de mon père ! C'est un homme respectable maintenant !

- Et dieu sait qu'elle a du mérite ! murmura Gates sous les regards interloqués

La réplique était pour le moins saugrenue, mais signifiait-elle pour autant que Gates fléchissait ?

Elle les dévisagea chacun leur tour. Tous étaient impliqués, mais aucun ne plierait. C'était limpide. Ils étaient unis, ils étaient d'une loyauté sans borne. Ils étaient la plus solide équipe qu'elle n'ait jamais vue.

- Vous vous êtes fourrés dans un sacré pétrin… tous autant que vous êtes… murmura-t-elle en les regardant, en secouant la tête, constatant les dégâts.

- Chaque décision que j'ai prise, n'avait pour autre but que la justice, répondit Kate

- Vous passerez devant la commission… vous le savez Kate n'est-ce pas ? demanda Gates, d'une voix compatissante, teintée d'inquiétude sincère pour son ancien lieutenant.

- Oui… je le sais chef, répondit-elle simplement. Mais je ne regrette rien, parce que tout ce que j'ai fait, je l'ai fait parce que des hommes se croient au dessus des lois, des hommes tuent, brisent des vies, arrachent des mères, des pères, des enfants à des centaines, des milliers de familles de cette ville. Ma ville. J'assumerai les conséquences de chacun de mes actes, et de chacun des ordres que j'ai donné à mon équipe. Je l'ai fait parce que ma ville, celle que je suis sensée protéger et servir, est pourrie par des hommes tels que Mark Bennett. Je sais que je pourrais perdre ma plaque… que je pourrais voir ma réputation ternir sous les accusations et les faits… mais chef, si je fais tomber ce cartel, si je sauve la vie d'un seul homme dans cette ville, grâce à ça, j'aurais rempli la fonction qui m'a été confié. Je ne me défilerai pas au moment d'être jugée. Vous me connaissez assez pour le savoir je pense.

D'un seul mouvement, il semblait à Gates que tous les autres s'étaient machinalement rapprochés de Kate, au fur et à mesure qu'elle s'exprimait. C'était un drôle de phénomène auquel elle assistait. Une telle équipe… comme un seul homme.

- Aux affaires internes, déclara-t-elle soudain, je travaillais sans relâche pour que ma profession ne soit pas entachée par quoique ce soit, ou qui que ce soit. Si j'avais un doute sur quelqu'un, si le moindre fait me paraissait suspect, je creusais, prête à ronger le plus petit os du squelette le mieux enfoui d'un placard…Nous représentons la loi, la cohésion entre les citoyens et leurs droits. Nous protégeons, nous servons… nous sommes sensés être les garants de leur quiétude, de leur sécurité. Et si un fonctionnaire trahissait son engagement, il devenait dès lors, hors la loi. Et mon travail était de l'arrêter. La corruption m'insupporte. Et vous avez raison, elle pourrie nombres de partis politiques, de flics, de magistrats … se battre contre elle n'amène pas que des félicitations. Je la déteste. Je déteste les hommes qui se pensent au dessus des lois parce qu'ils ont du pouvoir ou de l'argent, ou les deux. Je déteste quand des hommes tentent de s'infiltrer dans ma maison, au sein même du NYPD, pour y asseoir leur arrogance et leur soif de se hisser toujours plus haut… et je déteste royalement que ces gens là y parviennent… Mark Bennett colle tout à fait à l'image que je me fais de ces arrivistes corrompus.

Elle s'interrompit pour prendre le temps de bien capter l'attention de son auditoire.

- Ces preuves dont vous m'avez parlé, je veux les voir. Je veux entendre ces enregistrements. Je veux parler à votre témoin. Je veux voir toutes les preuves que vous possédez… dit-elle en scrutant d'un œil perçant le tableau blanc, je veux tout savoir du moindre petit détail que vous avez pu déterrer… je ne pourrais pas vous protéger, je ne pourrais au mieux, que vous soutenir devant la commission… mais vous avez raison M Castle, je sais que vous n'auriez pas franchi les limites sans être sûre et certaine que vous aviez mis le doigt sur une énorme affaire…

L'atmosphère changea radicalement en l'espace de quelques secondes. Pour autant, personne n'osait plus prononcer le moindre mot, ayant peur de d'un changement d'avis … ou peur de Gates tout simplement.

Regardant autours de lui, Castle perçut la crispation du visage de Kate, progressivement s'éloigner.

- Euh… chef adjoint… est-ce que ça veut dire que vous allez nous aider ? demanda-t-il en mesurant ses mots

Elle le fusilla du regard, mais au fond d'elle, savait qu'elle le faisait par plaisir à le torturer émotionnellement, que par l'implication de ce qu'il lui demandait de confirmer.

- Je vous fais confiance… je ne parle pas de vous M Castle, précisa-t-elle d'une voix plus légère, vous m'avez presque convaincue. Maintenant, je veux tout savoir et si j'en arrive aux mêmes conclusions que vous, et croyez-moi, je suis une enquêtrice hors pair quand il s'agit de corruption et de malversations, alors oui, M Castle, je vous aiderai.

Un profond soulagement s'enquit soudain de chacun d'eux. Malgré la prudence qu'elle y mettait, il était évident qu'elle les soutiendrait. Les preuves étaient là, les éléments étaient réels et tangibles, ce qu'eux tous avaient vu et entendu, tout concordé. Gates en serait convaincue et elle deviendrait cet atout majeur qu'ils espéraient tous.

Et en soi, constituait une sorte de protection pour tous. Sans parler du poids en moins à supporter : si Gates les aidait, si elle était prête à se ranger de leur côté, alors les conséquences de passer en commission serait fortement amoindris s'ils étaient soutenues par un haut gradé à la réputation sans faille, comme Victoria Gates.

Bien sur, pour cela, Gates devait être convaincue. Mais elle l'était au trois quarts… et leur enquête était tellement bien ficelée, que le dernier quart assoirait définitivement l'avis qu'elle commençait à se faire de cette affaire.

- Merci chef, commença Kate, je sais que ce n'est pas sans conséquence, mais vous allez comprendre pourquoi on a fait tout ça… et comment on en est arrivé là…

- Ne me remerciez pas encore Kate… Vous le ferez si j'arrive à vous sortir de là sans encombre, lui sourit-elle pour la première fois de l'après-midi.

Elle vit l'étrange communication entre Beckett et Castle s'installait rapidement. Dès que leurs regards s'étaient croisés, ils ne s'étaient plus quittés. L'un et l'autre semblait se parler, se réconforter, s'épauler… sans qu'aucun mot ne sorte de leurs bouches. Mais cette « discussion » était pourtant très éloquente.

Maintes fois observées, souvent à leur insu, elle en était toujours autant intrigante et merveilleusement belle à étudier.

- J'ai une dernière question Kate…

- Bien sur chef, je vous écoute, répondit-elle d'une voix nettement plus chantante

- Hier soir… vous êtes allée à l'hôpital parait-il… à la suite d'un choc avec ce suspect que vous avez arrêté…

- Euh… oui ?

- Je me suis demandée pourquoi cela ne figurait dans aucun de vos rapports, ni le votre, ni ceux des lieutenants Esposito et Ryan.

- Ce n'était rien… juste une précaution, rien de plus…

Kate avait beau s'efforçait de paraître normale, les émotions par lesquelles elle était passée ces dernières heures, ne lui permettaient pas d'y parvenir.

- Une simple précaution, rien de plus, n'envoie pas Kate Beckett à l'hôpital… Un simple choc, comme cela semble avoir été le cas, ne vous aurait pas fait céder si facilement à la demande de votre mari, d'aller consulter un médecin…

- Euh … comment vous savez que j'ai voulu qu'elle …

- Des « on dit » M Castle… ma question est la suivante Kate… êtes-vous enceinte ?

Kate regarda Castle, qui avait tout le mal du monde à s'abstenir de sourire. Il était ainsi : dès que quelqu'un mentionnait la grossesse de Kate, il souriait béatement.

Comment s'en défendre après cela ? Son sourire valait tous les discours du monde ! Et comme de toute façon, elle avait décidé d'en parler ouvertement, elle approuva d'un signe de tête. Instantanément, son sourire vint épouser celui de son mari, et passant un bras autours de sa taille, elle regarda Gates, qui souriait elle-aussi.

- Oui chef… je suis enceinte. C'est encore récent mais le bébé va bien… c'est effectivement pour cela que nous sommes allés à l'hôpital hier…

- Comment vous avez deviné ? demanda Castle, tout excité et souriant comme un enfant, comme un homme fier de pouvoir parler sans retenu de son futur « petit ».

- M Castle… je suis flic avant tout. Vous n'êtes pas les seuls à faire preuve d'intuition, sourit-elle, le deviner était aussi simple que d'avoir compris à qui étaient destinées, ces boucles d'oreilles que vous m'avez offert pour la St Valentin !

Rick se remémora cet épisode particulièrement gênant à l'époque, mais aujourd'hui, qui prêtait à sourire.

- Kate… murmura affectueusement Gates, ce que vous faîtes tout en étant enceinte… ce n'est que plus méritant encore… mes félicitations !

Elle s'approcha d'elle, en ignorant magistralement Castle, et la prit dans ses bras pour une étreinte sincère mais rapide. Elle n'avait pas pour habitude de s'épandre ainsi, mais elle aimait bien Kate, malgré le fait qu'elle ait épousé Castle ! Même si, au fond d'elle, elle l'appréciait …. Enfin, cela, il était plus amusant qu'il ne le sache pas !

- Nous sommes tous méritants chef… tout le monde ici… sans eux, je n'en serais pas là… et sans vous, on ne pourrait peut-être pas conclure cette affaire, alors si on les fait tomber… nous serons tous méritants…


Javier424  (25.01.2016 à 19:59)

A présent que Gates avait rejoint leur rang, en tout cas, qu'elle avait accepté d'étudier leurs preuves sans les envoyer directement devant des juges, l'atmosphère s'en trouvait allégée.

Tous étaient conscients, Gates la première, que si cette enquête n'aboutissait pas, elle leur exploserait à la figure. Tous savaient aussi qu'ils courraient le risque de détruire leurs carrières, leurs réputations, leurs avenirs en s'engageant dans cette chasse à la sorcière.

Là avait été le point central des inquiétudes de Kate. Au-delà de sa propre personne, tous ceux qui acceptaient de la suivre, de l'aider, de la soutenir, mettaient un pied, voir les deux, dans un engrenage dans lequel ils ne pourraient sortir sans dommage et sans ménagement.

Et surtout, Kate avait craint que Gates refuse catégoriquement d'emprunter ce chemin sinueux. Comme pour tous, dès lors qu'elle avait eut connaissance de ce que Beckett et les autres cachaient, elle devenait complice et pour une femme comme Victoria Gates, se dérober à la loi n'était pas acceptable, ni même envisageable.

Et pourtant, elle ne les avait pas condamnés. Mieux, elle voulait en savoir plus.

Si bien que l'entrevue prévue ce soir entre eux et Jimmy, tombait au meilleur des moments.

Gates avait appelé son bureau pour prétexter un empêchement de dernière minute, un souci d'ordre familial qui la contraignait à s'absenter pour le reste de la journée.

Pour ne pas éveiller les soupçons, Lanie, Esposito et Ryan étaient retournés à leurs postes respectifs, Alexis, quant à elle, était retournée à la fac.

Kate et Castle avaient donc entrepris de présenter à Gates l'ensemble de leurs recherches.

Le timing était court dans la mesure où ils avaient rendez-vous avec Jackson et Jimmy le soir même.

Pour autant, Kate n'avait pas lésiné sur les détails, et avec Rick, avait reprit tout l'historique de cette sombre affaire.

D'abord silencieuse, attentive, quelque fois sceptique, au fil des minutes, des heures, les questions de Gates abondaient.

Comment ? Qui ? Pourquoi ? Où ?... il était désormais clair que sa curiosité était motivée par une toute nouvelle soif, autre que celle d'être convaincue. L'enquêtrice chevronnée qui sommeillait en elle depuis quelques années, s'était réveillée et sa foi en Kate, paraphait le reste.

- Quelle est la place de Bennett dans ce cartel d'après vous ? demanda-t-elle

- On pense qu'il est très proche de celui qu'ils appellent tous « L'Avocat », peut-être son bras droit, quelque chose comme ça, répondit Castle

- Pour le moment, c'est la personne la plus haute placée dans l'organisation que nous avons pu identifier sans équivoque, continua Kate

- Ce qu'on sait avec exactitude, c'est que Bennett sert de transit en quelque sorte, entre les hommes comme Jimmy et Quinn et « L'Avocat ». Il récupère l'argent et le transporte jusqu'à lui. Lui et son acolyte, un certain Boyd doivent être des proches, « L'Avocat » leur fait confiance.

- Est-ce que vous avez déjà essayé de tracer ses appels ? S'ils sont si proches, Mark a sans doute déjà essayé de le contacter. Même s'il s'agit d'une ligne sécurisée ou d'un appel anonyme ou masqué, la fréquence de ces appels peut nous permettre d'isoler un créneau, des dates, des heures, expliqua Gates

- Le problème chef, c'est qu'on se doit de rester prudent en toute circonstance, on est obligé de considérer que chaque geste que l'on fait, peut être surveiller, alors fouiller dans le listing téléphonique d'un fonctionnaire aussi bien placé que Bennett, cela ne passerait sans doute pas inaperçu, répondit Kate

- Sans parler du fait que vu les moyens qu'ils ont à leur disposition, il y a fort à parier que chacun est protégé et que dès qu'un mouvement suspect se manifeste, les alarmes doivent retentir dans tous les sens, précisa Castle.

- Mark Bennett est un homme ambitieux… et extrêmement arrogant. Les hommes comme lui sont surtout imbu d'eux-mêmes et se pensent à l'abri de tout. Il pourrait même avoir été assez confiant pour appeler de son propre bureau…

Gates était un animal en gage. L'œil perçant caractérisant les freins qu'elle était en train de ronger. Elle avait revêtu l'habit du flic, de l'enquêtrice déterminée à prouver la trahison d'un des leurs.

Devant eux, des dossiers, des photos, celles prises lors de leur surveillance devant la blanchisserie, l'enregistrement que Jackson leur avait confié, celui du premier soir, entre Jimmy et Quinn. Celui de Jimmy à l'attention de Sherman.

Exposées ainsi, les pièces commençaient à constituer un puzzle impressionnant.

Les dossiers des frères Bryant, les rapports, les enregistrements que les Bros avaient retrouvé chez Sherman.

Gates était convaincue, et au-delà de cela, elle était furieuse. Furieuse de constater que de tels agissements perduraient, malgré l'arrestation de Bracken et le meurtre de Simmons, furieuse de côtoyer Mark Bennett presque tous les jours au Central. Furieuse de n'avoir rien vu, rien su.

- Je peux avoir accès à certaines données, elles sont limitées bien sur, mais elles sont protégées par l'anonymat de ma session.

Kate et Rick la laissèrent continuer son explication, intrigués et intéressés par la potentialité d'obtenir de nouvelles informations sur Bennett.

- Chacun d'entre nous détient un code utilisateur, comme un mot de passe sur votre ordinateur, mais celui-ci, permet l'ouverture d'une session informatique qui donne accès à l'ensemble des données qui transitent dans chaque poste de cette ville. Elle permet au chef de la police, à moi-même et à tous ceux qui possèdent un code d'accès, d'avoir un œil sur tout ce qui se passe. Les rapports, les interventions, les incidents… mais aussi ce qui est en lien avec le personnel administratif et les fonctionnaires. Les dossiers de chacun, les événements marquants… Mais ce qui est intéressant, c'est qu'une fois cette session ouverte, toutes les informations recherchées sont noyées dans la masse des données. Il n'y a pas de mémoire, pas d'historique, on ne peut pas savoir ce que j'ai cherché précisément, juste que je me suis connectée à tel moment de la journée.

Castle regardait Gates sans vraiment comprendre en quoi cela pouvait les intéresser, comment cela pourrait leur fournir des informations inédites sur Bennett.

Les rapports, les incidents, bien sur, pouvaient être et seraient précieux, ils faciliteraient grandement la tâche de Vikram dans ses recherches, mais des infos sur Bennett ? Il ne voyait pas.

- Chef, à quel genre de renseignements pourrions-nous avoir accès ? demanda Kate, confirmant au passage qu'elle non plus, ne comprenait pas encore l'intérêt que Gates envisageait.

- L'année dernière, l'administration comptable du NYPD a lancé un audit sur les dépenses faites dans tous les services du Central. Y compris les correspondances téléphoniques. Cela a été opéré dans le plus grand des secrets, le but étant d'identifier les dépenses inutiles. Et par soucis de transparences, les données sont archivées… et accessibles via ma session.

Si Bennett avait passé des appels de son bureau, alors cela figureraient dans ses données archivées qu'il ne pouvait pas supprimer.

C'était intéressant à savoir. Mais à la fois, assez improbable d'imaginer des hommes aussi soucieux du détail et de la discrétion, se perdre dans un tel faux pas.

Et pourtant, même les criminels les plus recherchés, les plus dangereux, commettaient des erreurs qui permettaient de les arrêter.

- J'ai du mal à imaginer Bennett, appeler de son bureau, commenta Castle, au mieux, il l'aura fait sur un portable, une ligne prépayée… mais sa ligne fixe ?

- Si j'étais ce genre de criminelle M Castle, j'imagine que c'est ce que je ferais, mais n'oublions pas qui est Mark Bennett : un homme arrogant et fier. Le genre d'homme qui vous tend la main pour vous saluer et vous plante un couteau dans le dos, de l'autre. Cet homme là est confiant. Comme l'était Bracken.

- Oui mais Bracken ne laissait jamais ce genre de traces derrière lui… murmura Kate

- On peut au moins vérifier, cette session me permet de le faire, peut-être que Bennett a laissé des indices derrière lui… il n'a aucune raison de me suspecter. Ma réputation me devance, personne ne s'imaginerait que je me livre à une enquête en sous-marin, suffisamment risquée pour briser une carrière ou une vie.

- Comment parviendrez-vous à isoler quelque chose ? Je veux dire, si vous parlez de ces échanges téléphoniques, j'imagine qu'il reçoit et passe des centaines d'appels tous les mois, et on ne sait pas de combien de mois on parle, avança Kate

- Votre ami, l'analyste peut sans doute fragmenter les données et gagner bien plus de temps que moi dans ses interprétations. Je copie les données sur une clé USB et personne ne s'en apercevra.

- Ce ne sont pas des données confidentielles chef adjoint ? demanda Kate, consciente de ce que représentait l'impact de la divulgation de ce genre de renseignements.

- Si… elles le sont. Et si on ne trouve rien, si toute cette affaire s'évapore, pour ça, c'est moi qui devrais assumer les conséquences de mes actes.

- Vous pourriez risquer votre carrière chef, lui dit Kate en croisant son regard.

Face à face, la détermination de l'une percutant celle de l'autre. Le visage de Gates portait les marques de l'exigence qui l'habitait, Kate sut avant même qu'elle ne réponde, le fond de sa pensée.

- Je me sens trahie Kate, je vous l'ai dit, la corruption m'insupporte… croyez-moi, si je vous propose d'agir ainsi, c'est que j'en pèse les conséquences. Et je payerai s'il faut payer.

- Pourquoi ? demanda simplement Caste, en regardant les deux femmes. Pourquoi acceptez-vous de prendre ce risque ?

- Pourquoi le faites-vous M. Castle ? Pourquoi Kate le fait-elle ? Vous allez avoir un enfant et pourtant, vous foncez vers l'inconnu… vous le faites parce que vous croyez en la justice, vous croyez pouvoir faire changer les choses. Vous n'imaginez pas les conséquences les plus graves qui planent au dessus de vous, parce que vous avez foi en ces gens qui vous jugeront le moment venu…. Je suis comme vous. Je n'imagine qu'un homme comme Mark Bennett puisse s'en sortir pendant que nous, nous pourrions croupir en prison ou nous retrouver déchus de toute crédibilité.

- Si Vikram parvient à trouver une piste, elle pourrait nous conduire droit vers « L'Avocat », et dans le pire des cas, si nous ne parvenons pas à l'identifier, Bennett pourrait avoir beaucoup de difficultés à justifier certains agissements… accorda Kate.

- Si on identifie une piste fiable, on met Bennett dans une situation plus qu'instable. Il est arrogant mais pas idiot, je suis sûr que c'est le genre d'hommes à vouloir sauver sa peau, quitte à pousser quelqu'un dans le vide, continua Castle

- Ne le sous-estimons pas non plus, nous marchons sur des œufs, je vous le rappelle, pour l'instant, rien de ce que j'ai vu ou entendu n'est une preuve irréfutable de son implication. Ne devenons pas comme lui, gardons la tête froide, prévint Gates

- Jimmy va sûrement pouvoir nous éclairer davantage sur l'implication de chacun, peut-être même nous en dire plus sur « L'Avocat »…

- J'ai hâte de rencontrer cet homme, je ne vous le cache pas, décréta Gates.

Comme muer d'un reflexe, Castle consulta sa montre, le temps passait vite, Gates en savait désormais suffisamment pour maîtriser l'importance de cette enquête, et pour comprendre les raisons de leurs agissements.

Pour l'instant, c'était l'essentiel. L'importance que prenait le soutien de Gates, leur accordait le droit de respirer davantage. Non pas que son implication leur garantissait que tous s'en sortiraient sans passer par les épreuves administratives, mais au moins, elle leur prouvait que leur quête était louable. Ils ne s'étaient pas égarés, ils étaient allés très loin, au-delà de tout, mais au regard d'une femme comme Victoria Gates, ils ne s'étaient pas perdus.


18H.

Les coordonnées GPS fournies par Jackson les avaient menés dans l'endroit le plus improbable qu'ils avaient imaginé.

L'idée de les retrouver aux fins fonds d'un bois, dans une cabane dénuée d'électricité, complètement isolée, voire abandonnée, avait germé dans leurs esprits.

Celle même de devoir les retrouver au milieu de l'océan, Jackson gardant Jimmy prisonnier dans la cale d'un navire, avait été envisagée.

Ou quoi de mieux qu'un bunker anti-nucléaire, construit dans les sous-sols d'une propriété archi sécurisée ?

Quoi de mieux ? Pour Jackson, c'était simple, et bien plus efficace que tout autre stratagème.

- Sérieusement ? Tu as planqué Jimmy - notre seul témoin, notre principal atout, celui qui a tant à nous apprendre – ici ? demanda Rick complètement ahuri et presque affolé, tellement il avait l'impression que son père n'avait pas compris l'importance de James.

- C'est le meilleur endroit où un homme peut se cacher, tu sais, répondit Jackson, calme, confiant, mais sérieux et étonné de voir une nouvelle venue dans l'équipe.

En plein cœur de New York, à quelques blocs même du poste de Kate, ce cabaret ne ressemblait en rien à la meilleure des planques pour un homme recherché par des tueurs à gage.

- Tu as conscience qu'on a besoin de lui n'est-ce pas ? demanda Rick, en tentant de maîtriser sa voix.

- Il ne sera jamais autant en sécurité qu'ici, fais-moi confiance, assura Jackson

Jusque là silencieuses, Kate et Gates n'en étaient pas moins stupéfaites de l'endroit où se terraient Jimmy et Jackson.

Lorsqu'ils s'étaient garés à l'angle de l'avenue, les regards s'étaient croisés d'un seul mouvement. Aucun n'avait imaginé que la planque était en ville, et encore moins, située sur une avenue des plus fréquentées.

Et pourtant, ils s'étaient retrouvés à errer au milieu des passants, la surprise se lisant sur leurs visages, l'incompréhension s'installant progressivement dans leurs esprits.

Leurs premières pensées fut d'ailleurs, la mauvaise interprétation des coordonnées GPS. Mais lorsque près d'eux, une cabine téléphonique avait sonné avec insistance, ils avaient compris qu'ils étaient au bon endroit.

Après avoir décroché, Kate avait du expliquer à Jackson qui était la femme qui les accompagnait, et surtout pourquoi elle était là. Un imprévu pour lui, qu'il devrait maîtriser à son tour.

Puis, hésitants mais suivant malgré tout ces directives, ils avaient rejoint le club, dont l'enseigne lumineuse ne laissait aucun doute sur son genre. A l'intérieur, le hall d'entrée se voulait chic et moderne, mais la nature légère du spectacle qui se déroulait chaque soir, s'identifiait aisément : des silhouettes cartonnées de femmes à taille réelle, des flyers aux couleurs festives de la nuit, des affiches de spectacles…

Devant eux, un homme en costume sombre, aussi grand que carré, leur avait barré l'accès à la pièce suivante.

Austère, silencieux, mesurant bien 10 bons centimètres de plus que Castle, le contraste avec Kate et Gates avait été saisissant.

Puis, conformément aux indications fournies par Jackson, Kate avait annoncé vouloir voir le « patron ».

D'une voix si faible qu'elle n'en était audible que pour lui-même, l'homme avait murmuré quelque chose dans un micro, vraisemblablement installé près de son col.

A peine quelques secondes plus tard, Jackson s'était montré.

Il les avait alors menés dans une arrière salle, où des dizaines de tables servaient à la restauration, encadrant une scène de spectacles au fond de la grande pièce.

Et à présent, ils étaient là, Gates observant cet homme étrange, Jackson lisant en elle pour se faire sa propre idée de la personne qu'était la nouvelle venue. Bien sur, il la connaissait, il savait qui elle était, mais sa présence n'était pas moins surprenante.

- Comment va Jimmy ? demanda Kate

- Et est-il blessé? précisa rapidement Castle

- Vous pouvez être rassurés… notre ami va bien.

- Il est blessé ? demanda à nouveau Rick avec insistance, en ne cachant plus son exaspération et son impatience.

Comme pour le faire enragé davantage, Jackson prit son temps pour répondre. Comme s'il attendait que son fils se calme, comme s'il voulait dicter ses propres règles de conduite.

- Disons simplement que j'ai du m'adapter à la situation dans laquelle il nous a mis. Je lui ai offert une porte de sortie dans l'urgence… l'essentiel est là. Et si vous étiez à sa place, vous jugeriez aussi préférable un petit don de soi de la sorte.

- Un don de soi ? On a retrouvé son sang, Jackson. J'ignore vos méthodes et pour être honnête, je suis bluffée par ce que vous avez réussi à faire en si peu de temps, mais nous ne sommes pas à la place de Jimmy, nous sommes à la notre. Et notre préoccupation majeure, c'est son intégrité.

Kate avait été ferme. Les méthodes de Jackson avaient beaux être plus qu'efficaces, elle n'en était pas moins un flic, avec ses valeurs et ses devoirs.

Et de surcroît, son attitude commençait à lui déplaire quelque peu.

Jackson la regarda droit dans les yeux, non un regard de défi, mais plutôt celui d'un homme que rien ne pouvait impressionner. Il la respectait, mais lui, avait des situations à gérer. Elle ne pouvait pas comprendre la nécessité de s'adonner à des gestes extrêmes, mais lui, se savait obligé d'agir ainsi.

Deux mondes, deux façons de voir les choses… mais au fond, la même justice recherchée.

- Ma chère Kate, Jimmy va bien. Croyez-moi. Il n'est pas blessé, ni même traumatisé par quoique ce soit. Vous allez pouvoir le juger par vous-même.

Lentement, il les invita d'un geste ample, à le suivre, dans une autre pièce, accessible par une porte dérobée près de la scène.

Précis, habitué, professionnel, il tapa un code sur un écran digital situé tout près de celle-ci.

- Cette pièce est ultra sécurisée, commença-t-il. Ce bâtiment, malgré son apparence dirons-nous… légère, est un des endroits les plus sûrs de la ville pour ce genre de cas.

S'effaçant, il les laissa pénétrer dans une nouvelle pièce, qui dès cet instant, éloigna les doutes des esprits, quant à la sécurité de Jimmy. Une pièce lumineuse, aux murs jonchés d'écrans de sécurité, se découvrit devant eux.

Au fond, derrière une grande baie vitrée, Jimmy les salua de la main, un sourire en coin presque timide, presque inapproprié… comme s'il ne savait pas comment les accueillir.

- Cette porte est blindée, et n'est accessible que par un code qui n'est connu que de moi, il est impossible de la forcer, impossible de la faire sauter, ce qui, quand bien même cela serait possible, ne manquerait pas d'alerter les autorités immédiatement, étant donné la situation locale.

- Et s'il t'arrive quelque chose ? demanda Castle, les yeux grands ouverts, ébahis par tant de technologies de pointe.

- Ma disparition potentielle entraînerait l'envoi du code à une personne de confiance, dans les 48h, cette pièce deviendrait alors accessible à cette personne.

Une méthode bien connue : un paquet, une personne de confiance, un destin maîtrisé…

- A qui est cet endroit ? C'est une planque de la CIA ? Un centre de commande secret ? … Est-ce que tu as une super voiture avec pleins de gadgets trop cools ou un truc du genre ?

L'espace d'un instant, Castle était redevenu cet enfant que tous connaissaient tant. Y compris Jackson. Il l'avait souvent observé à son insu, et il n'avait pas douté une seule seconde que cet endroit ravirait son fils.

- Non, rien de tel… pour le moment, tout ce que vous devez savoir, c'est que Jimmy ne pourrait pas être plus en sécurité… et pas mieux retenu prisonnier.

- Quand Kate et Castle m'ont parlé de vous, je pensais que nous vous aurions plutôt retrouvé au fin fond de l'Etat, caché je ne sais où, lui dit Gates en le regardant, mi-étonnée, mi-impressionnée.

- Voyez-vous chère madame, si un doute subsiste sur la mort de James, votre ami Bennett lancera ses hommes après lui. Et ce que nous savons de lui, de ce cartel, c'est qu'ils agissent toujours à l'abri des regards, la discrétion est de mise et tout ce qui s'approche trop près de la lumière … disparaît, dit-il, mimant une explosion de ses mains de façon théâtrale.

- Et un lieu public, surtout un lieu qui vit la nuit, est précisément le genre d'endroit qu'ils évitent, murmura Kate, d'une voix qui trahissait presque un début d'admiration.

- Précisément, approuva-t-il. Nous sommes au cœur de la ville. Dans un lieu particulièrement vivant la nuit… comme le jour.

- C'est ingénieux, je l'admets, lui dit Gates. Vous avez pensé à tout…

- A tout, sauf à vous très chère. Je suis prêt à vous faire confiance, si Kate le fait. Mais sachez que ce ne sont pas mes méthodes.

- Ça tombe plutôt bien, M Hunt, ce ne sont pas les nôtres habituellement, le jugea-t-elle, en retour.

L'air crépita entre eux, comme marquant les égos de chacun, et leurs valeurs mutuelles. Un combat d'observation s'engagea, l'un tentant de lire dans l'esprit de cet homme, l'autre, analysant les détails qui pourraient trahir une faille.

- Bon, peut-être que l'on pourrait s'y mettre non ? S'impatienta Kate, muée d'une envie de désamorcer la situation. Nous sommes là pour interroger Jimmy, nous avons besoin de ce qu'il sait… et vite. Jackson, Victoria Gates est une femme honnête et droite, je la connais, j'ai servi sous ses ordres et je sais qu'elle est au-dessus de tout soupçon. Chef adjoint, par le passé déjà, Jackson Hunt nous a prouvé son efficacité et sa détermination. Grâce à lui, nous avons une chance de pouvoir coincer ses hommes, vous pouvez lui faire confiance.

- Hum… j'ai déjà eu l'occasion de parler avec votre mère M Castle. Et elle m'a tout l'air d'être une femme raisonnée, quoiqu'un peu excentrique parfois…

- Un peu ? Parfois ? coupa Rick à l'attention de Kate, d'un air incrédule.

- … ET… reprit-elle en accentuant sa remarque pour retrouver l'attention de tous, je ne peux m'empêcher de me dire que vous devez bien tenir vos défauts de quelqu'un… cependant, je vais écouter Kate et vous faire confiance M Hunt.

Kate lui sourit en retour, sourire de circonstance, mais sincère malgré tout.

Jackson, de son côté, apprécia la conclusion, autant que le sarcasme.

Cette femme semblait fiable, et son côté pince-sans-rire en disait plus long sur elle-même que tous les discours du monde. Elle cachait au mieux, ses sentiments, sa sensibilité, et sa sympathie, mais son regard bienveillant et surtout la confiance qu'elle avait accordée à Kate suite à tous ces événements, lui confirmaient qu'il pouvait baisser sa garde devant elle.

- Bien… je vois que notre ami s'agite derrière la vitre, je pense qu'il est l'heure pour nous tous d'écouter ce qu'il a à nous dire…


Javier424  (02.02.2016 à 19:21)

- M Paretti… j'ai beaucoup entendu parler de vous, et je dois dire, que j'ai hâte de vous entendre…

James posa ses yeux sur la femme face à lui, elle semblait froide, fermée, glaciale… intimidante. D'instinct, il sut qu'elle ne laisserait passer aucune errance, aucune lacune, aucun manquement.

Avant de la rencontrer, il avait pensé successivement que l'autre femme flic, était celle à convaincre. Puis, cet homme aussi mystérieux qu'il avait l'air dangereux et efficace.

Et à présent, il avait face à lui une femme dont le visage ne démontrait aucune expression. Ni sympathie, ni animosité. Juste le visage impartial de celle qui n'attendait rien d'autre que la vérité. Une femme qu'on ne pouvait que difficilement tromper probablement.

James lui sourit respectueusement, un sourire simple, de circonstance, sans fioriture, ni exagération.

Il sentait que cette femme se fichait complètement de paraître sympathique ou agréable. Il sentait plutôt la prudence d'une femme qui avait déjà croisé des menteurs convaincants, et l'ouverture d'esprit, de celle qui savait que parfois, certaines personnes abusaient de leurs pouvoirs ou de leurs positions.

Mais surtout, dans ses yeux, il lut l'honnêteté. Et la fermeté.

S'il ne la convainquait pas, elle ne l'aiderait pas. Ses mains en devinrent moites, et un désagréable sentiment de panique commençait à danser dans son esprit. Il allait devoir parler sans limite, sans tabou et par conséquent, risquer encore un peu plus sa vie.

- Madame, je veux coopérer, vous pouvez me faire confiance … commença-t-il

- Ça, vous me laisserez en juger par moi-même, M Paretti, coupa-t-elle fermement.

Tel un petit garçon échaudé par un adulte, il baissa les yeux par reflexe, intimidé par la froideur de cette femme.

- Jimmy, nous sommes là parce que nous voulons des réponses, et nous avons beaucoup de zones d'ombres à éclaircir. C'est le moment où tu dois tout nous dire… absolument tout. C'est dans ton intérêt, lui dit Kate, d'une voix claire et posée.

- Je vous l'ai déjà dit, je vous dirais tout ce que je sais… je sais ce que je risque, à commencer par ma propre vie…

Gates le jaugea d'un œil averti, elle était prête à connaître la vérité, mais pas à croire n'importe quoi. Et si Jimmy tentait de les bluffer, elle devait être sûre d'avoir l'esprit suffisamment aguerri pour contrer ce genre de pièges.

- M Paretti, je suis là pour vous écouter, vous devrez nous dire tout ce que vous savez, dans les moindres détails. Je veux des faits, des noms, des dates… tout ce dont vous avez été témoin. Est-on d'accord ?

- Oui madame, répondit-il solennellement

- Avez-vous compris que votre témoignage ne vous épargnerait pas un jugement pour meurtre, et sans doute pas la prison ?

- Oui madame, murmura-t-il, après quelques secondes, en baissant les yeux à nouveau.

Sa voix monocorde contrastait avec la nervosité dont il avait l'air de souffrir.

- Bien… alors nous vous écoutons M Paretti, conclut-elle.

Jimmy ferma les yeux, et prit une profonde respiration, l'heure était arrivée où son destin se jouait en partie.

Expirant bruyamment, il releva la tête et commença son récit.

- A l'époque, j'étais un simple petit voleur… je braquais des épiceries, des bars, parfois même des femmes seules dans les parcs ou dans la rue… je me méfiais des gros gibiers, et comme je « travaillais » toujours en solo, je ne prenais jamais de gros risques, si un coup devenait trop foireux, je me cassais et je recommençais plus tard. C'était simple et je gérais les problèmes moi-même.

Il prit quelques secondes, comme pour rassembler ses souvenirs, comme pour s'assurer de n'oublier aucun détail, tant il avait conscience que de son récit, se jouait sa vie.

- Tout allait bien, je me faisais un peu de fric, les flics ne me connaissait pas, je passais au travers du système… mais voilà, les gens comme moi, à un moment donné, on prend confiance, on s'imagine que tout se passera toujours bien parce qu'on suit une sorte de code, et surtout parce qu'on devient arrogant… A force de passer au travers les mailles du filet, on pense qu'on est plus malin que les flics… et on commence à vouloir plus. Plus de fric, plus d'adrénaline, plus de braquages… et plus gros aussi. L'épicerie est devenue le supermarché, le bar du coin est devenu le bar de la Haute Société où ça puait le fric… et comme je m'en sortais toujours, j'ai tapé encore plus haut. Quand j'ai braqué ma première banque, je n'avais que 19 ans. Et à 21, j'ai pris 3 ans ferme.

A nouveau, il s'arrêta. Il jeta un œil autours de lui, regardant chacune des personnes présentes, se demandant ce qu'elles pouvaient bien penser de lui. Avec le recul, sa rétrospective lui rappelait à quel point il avait été idiot de suivre cette voix, à quel point sa mère devait avoir honte ou être blessée par ses actes.

- C'était ma première condamnation … la seule sur du long terme. Jusque là, j'avais réussi à esquiver la prison, les flics me connaissaient maintenant, mais les garde-à-vue n'aboutissaient jamais. La prison m'a mis une sacré claque, mais pour autant, elle m'a pas rendu plus intelligent… en tout cas, pas moins stupide… Quand je suis sorti, j'ai fais gaffe pendant quelques mois, et puis, j'ai replongé… à nouveau des braquages, des vols… je me méfiais, mais ça marchait toujours… et je me faisais encore du fric facile…

- A quel moment, t'es-tu retrouvé embrigadé dans ce cartel ? demanda Castle

- Un jour, un vol a mal tourné… je me suis échappé, mais un flic m'a chopé… j'ai tout de suite compris que c'était bizarre parce qu'il était seul et qu'il n'avait pas l'air de vouloir m'emmener au poste… c'était presque comme si, il prenait son temps… et après j'ai compris. Un autre mec est arrivé, ils m'ont emmené dans un hangar désaffecté, au nord de la ville. Je me souviens que j'ai flippé à ce moment-là, parce que ça faisait vraiment comme dans les films où la mafia règle ses comptes… j'ai cru qu'ils allaient me loger une balle dans la tête…

Mais au lieu de ça, ils m'ont dit qu'ils me surveillaient depuis un moment, qu'ils m'avaient regardé « travailler », que j'étais un mec calme et professionnel… le flic m'a expliqué que j'étais « protégé » parce que son patron s'intéressait à moi.

- Ils te surveillaient pour t'évaluer, c'est ça ? demanda Kate

- C'est ce que j'ai compris… en fait, c'était pas parce que j'étais doué dans ce que je faisais que je n'avais jamais été arrêté… avant la banque, j'veux dire… c'est juste que je passais une espèce d'examen…

- Donc vous êtes en train de nous dire que des membres de la police protègent des délinquants dans votre genre ? C'est bien ça ? questionna Gates, de plus en plus intéressée.

- Oui madame. C'est pour ça aussi que quand Sherman est venu me trouver, ça m'a pas semblé étonnant… pour moi, les flics étaient tous plus ou moins corrompus, c'était monnaie courante …

- Pas tous, sachez-le jeune homme, souffla Gates

- Oublions Sherman un moment, revenons au moment où ces deux personnes t'ont approché, rappela Rick

- Ils m'ont dit qu'ils avaient un job pour moi, que je me ferais pleins de fric, que je continuerais d'être protégé, et surtout, les risques étaient vraiment moins importants.

- Quel était le job ? demanda Kate

- Je devais vendre leur came, ils m'ont expliqué que leur réseau était très bien organisé et que ça faisait des années qu'il faisait ses preuves. Au début, je voyais juste le fric que j'allais me faire… c'est après que j'ai vu tout ce que ça impliquait…

Jimmy se tut à nouveau. Kate et Castle le regardèrent, tentant de lire en cet homme. Il semblait …blessé. Fatigué. Pas du fait de son isolement forcé de ces derniers jours, mais par le poids de la culpabilité qui s'abattait sur lui. Il leur semblait qu'il comprenait mieux de jour en jour, les conséquences de ses actes criminels. Jimmy paraissait vieux, malgré ses quelques 25 années.

- La … première fois que j'ai vu un mec se faire tuer devant moi, il était à peine plus vieux que moi… il avait recommandé un mec qui avait tenté de doubler « L'Avocat »…Todd Bryant l'a descendu d'une balle dans la nuque pendant que son frangin souriait tranquillement. Ces deux mecs sont de vrais psychopathes…

- Il nous faut un nom, une date et un lieu M Paretti, lui dit Gates

- Victor Manning… j'oublierai jamais ce nom, son crâne a explosé devant moi…

Instinctivement, tous s'abstinrent de briser le silence dans lequel Jimmy venait de se terrer. Son visage était blanc, horrifié par ce souvenir morbide.

- Je vous donnerai toutes les infos à propos du meurtre de Victor…

- Bien … continuez M Paretti.

- Après ça, j'étais plus méfiant, j'avais pas l'habitude de la jouer en équipe, et en plus, avec ce genre de mecs au cul… j'ai dealé pour « L'Avocat » pendant quelques mois, ça marchait plutôt bien, mais un jour, je me suis pris la tête avec un autre dealer… il me cherchait sans arrêt, il était pourri et arrogant… toujours à pousser les autres pour avoir plus de fric sans trop se mouiller… finalement, avec le recul, je me dis qu'il était comme moi… on arrêtait pas de se chercher… et un jour, j'ai pété un câble… je l'ai frappé plus fort que je le voulais et le mec est mort. Ca s'est passé derrière un bar … tout le monde m'avait vu sortir avec lui et tout le monde savait qu'on se détestait. J'étais bon pour retourner en taule … et au lieu de ça, toutes les charges ont été abandonnées. Je suis sortie de la détention provisoire et là j'ai appris que les Bryant avaient fait taire deux témoins, et que des pièces du dossier avaient disparu… Je m'en sortais encore quoi…

- Il aurait fallu être très bien placé pour faire disparaître des preuves, avança Gates, à l'attention de Kate.

- On sait que ce cartel est très bien protégé, et si Jimmy dit vrai, plusieurs flics sont corrompus, répondit-elle. Dans ces conditions, ça devient moins difficiles chef…

- On sait que les Bryant exécutent à tour de bras, au moindre faux pas… pourquoi pas toi Jimmy ? Pourquoi toi, ils t'ont donné une chance ? demanda Rick

Gates prêta encore plus d'attention à la réponse. En effet, pourquoi Jimmy avait-il été épargné ? Alors que d'autres mourraient pour moins…

- J'ai pas la réponse à votre question. Peut-être que mon travail leur convenait, peut-être qu'à ce moment-là, me faire crever était risquer pour eux… sincèrement, j'en sais rien. Ce que je sais, c'est que quand je suis sorti, ils m'ont parachuté convoyeur. C'est comme ça qu'on s'appelle entre nous. On récupère le fric et on le transporte vers l'aérodrome, ensuite Bennett ou Boyd le font disparaître.

A ce nom, Victoria Gates se sentit envahie d'un sentiment de haine. Presque de vengeance. Lentement, comme absorbé d'une aura hypnotique, elle capta l'attention de Jimmy:

- M Paretti, voulez-vous décliner l'identité complète de ces deux hommes s'il vous plait ?

Kate se prit d'admiration pour Gates. Jimmy prononcerait les noms des deux hommes de sa propre initiative, sans que eux ne le fassent avant lui. Et surtout sans que personne ne puisse induire sa réponse.

- Mark Bennett et Leroy Boyd. Deux pourritures très proches de « L'Avocat », répondit-il sans aucune hésitation.

Gates prit une inspiration, plongea son regard dans celui de Jimmy, et poursuivit.

- Pouvez-vous décliner l'identité de celui que vous appelez « L'Avocat » ?

La tension monta d'un cran, comme si tous étaient suspendus aux lèvres de Jimmy. Comme si en un instant, tout pouvait basculer.

- Non madame… ça je ne peux pas le faire, parce que je sais pas qui c'est. A ma connaissance, les seuls qui savent qui il est sont Bennett et Boyd, et peut-être la femme qui les accompagnait parfois…

Gates se tourna vers Kate, l'interrogeant du regard.

- C'est la femme dont je vous ai parlé, celle qui m'a mise en garde au début de cette affaire… Rita.

Elle reprit sa position face à Jimmy, impatiente de connaître la suite.

- Comment fonctionne ce cartel M Paretti ?

- C'est très bien pensé… la ville est divisée en quartier, et les quartiers, en territoire. Chaque convoyeur a un associé. Pour moi, c'était Quinn. Quinn O'Leary. Chaque équipe gère son territoire, et en général, il y a deux axes de transactions. Pour nous, c'était la blanchisserie des Hernandez et un resto chinois. On récupérait le fric à la blanchisserie et on diffusait la came par le bien du resto. Les consommateurs savaient qui appeler, et le chinois vendait la came et nous on l'approvisionnait.

- Tu parles au passé ? demanda Rick, attentif à la tournure que prenait l'histoire de Jimmy

- Ouais … apparemment quelqu'un a eu des doutes sur Hernandez. On le soupçonnait de parler aux flics, de leur donner des renseignements… du coup, les Bryant l'ont buté, lui et sa femme. Nous, avec Quinn, on était pas au courant, avant qu'on les voit débarquer… la règle est stricte, si on a des doutes sur un endroit ou sur quelqu'un, on le raye de la carte… dans tous les sens du terme. Si les flics cherchent du côté de la blanchisserie ou du chinois, ils ne trouveront plus rien. En quelques heures, on avait déjà de nouvelles instructions et de nouveaux points de rendez-vous.

- Ce chinois, vous avez son nom ? demanda Gates

- Xian Shino, il gère un resto pas loin de la bibliothèque universitaire. Mais vous ne trouverez plus rien de compromettant chez lui, la mit-il en garde.

- Ces nouveaux lieux de rendez-vous, où sont-ils ? demanda à son tour Kate

- Une quincaillerie pour la came, une petite imprimerie pour l'argent, je vous donnerais les adresses et les noms de ceux qui gèrent sur place.

- On parle de combien de personnes M Paretti ?

- Combien, je pourrais pas vous dire précisément, ce que je sais c'est qu'en général, chaque endroit est géré par une ou deux personnes au maximum. Faut compter au moins 4 équipes de convoyeurs par quartier, et une quinzaine de quartiers dans la ville. Rajoutez à ça les électrons libres comme Bennett et Boyd, les Bryant ou les flics corrompus et les rabatteurs, enfin les dealers comme moi avant… plus ceux que je connais pas… et « L'Avocat » bien sûr…je dirais 200 à 300 personnes tout au plus…

- Tout au plus ? c'est déjà énorme ! bondit Castle

- Pas à l'échelle d'un cartel de drogue, c'est là où ils sont très forts… ils sont pas nombreux, surtout pour une ville comme New York. Ça fonctionne en comité restreint…

- Ça limite les risques de se faire doubler… ils sont peu, donc peu de monde à surveiller. Chacun tient une place dans le cartel et si quelqu'un se fait prendre, soit on l'exécute, soit on le protège en faisant disparaître toute trace de lui et de ses méfaits…reprit Kate à voix haute.

Ainsi, ils avaient vu juste sur le fonctionnement du cartel. Les révélations de Darryl Kane, et les recherches de Vikram concernant les appels à ce restaurant chinois trouvaient écho en l'histoire de Jimmy.

Chacun était « choisi » minutieusement avant d'intégrer le cartel, comme cela avait été le cas avec Jimmy : des hommes de main à qui ils promettaient fortune et impunité.

Peu de monde voulait également dire une organisation précise, calculée, intransigeante.

Peu de monde voulait surtout dire que même découvert, l'un de ces hommes pouvait passer pour un dealer isolé, sans importance… En arrêtant un homme comme James Paretti, n'importe quel flic ne s'imaginerait jamais qu'il fasse parti d'une telle organisation, à envergure minime en terme d'hommes, mais énorme si on s'intéressait à son impact sur la ville, et sur les pouvoirs locaux.

La voix de Gates brisa le silence qui avait submergé la pièce.

- Quelle est l'implication exacte de Mark Bennett ? L'avez-vous vu personnellement commettre des actes répréhensibles ?

- Non madame… mais je sais que les Bryant tiennent leurs ordres de lui, et de Boyd.

- Comment peux-tu en être sur ? demanda Castle

- Parce qu'ils sont peut-être complètement barrés, mais ils parlent… et ils aiment bien se vanter d'être bien placés et bien vus… tout le monde sait que si les Bryant débarquent, c'est sur ordre de ces deux pourris.

- Mais concrètement, vous n'avez aucune preuve, conclut Gates, d'une voix ferme. Excusez nous un instant M Paretti…

Elle se leva, et fit signe aux autres de la suivre. Kate croisa le regard de Rick, et y reconnut, la même incertitude que celle qui commençait à tambouriner à ses oreilles. Jackson, lui, semblait impassible, silencieux et attentif.

De l'autre côté de la pièce, James se prit la tête entre les mains, fermant les yeux comme pour attendre une sentence.

Gates, elle, se tourna enfin vers Kate, Rick et Jackson.

- Nous n'avons rien de concret qui permette d'établir un lien réel entre Mark Bennett et ce cartel, commença-t-elle

- Nous avons le témoignage de Jimmy, protesta Rick

- Des suppositions … c'est tout ce que nous avons. Et faites par un homme qui a tué et qui cherche peut-être à sauver sa peau, M Castle… c'est très loin d'être assez pour moi. Et encore moins pour porter une affaire en justice.

- Chef, jusque là, ce que nous a dit Jimmy est vérifié par les informations que nous avons collecté depuis le début de cette affaire… vous avez vu les photos, les vidéos, vous avez entendu les enregistrements… nous avons des preuves concrètes…avança à son tour Kate

- Je ne dis pas le contraire, je crois en cette histoire de cartel et de corruption, mais en ce qui concerne Mark Bennett, à part son témoignage, nous n'avons rien…

- Alors, nous allons devoir les trouver ces preuves chère madame, coupa Jackson.

Son intervention fut marquée par un silence pesant. Jusque là, il avait laissé le soin à Gates de mener son interrogatoire, il n'avait posé aucune question, prêtant seulement une oreille attentive.

- Je crois le gamin. Et je sais d'expérience que même l'homme le plus précautionneux, laissera toujours des traces derrière lui. Chacun a ses failles. Et nous finirons par identifier et trouver celles de Mark Bennett.

- Et bien nous avons intérêt à creuser et au bon endroit, parce que je ne suis pas certaine que l'on puisse berner ce type très longtemps… le temps joue contre nous. Surtout s'il a des doutes vous concernant Kate, et surtout, maintenant que les frères Bryant sont hors jeu.

- Il va se montrer encore plus méfiant, s'il y a des traces à trouver, il va falloir faire vite avant qu'elles ne disparaissent, confirma Rick.

Gates se mura dans le silence. Les yeux fixés sur Kate, elle réfléchissait à toute allure. Cette histoire était d'une telle ampleur, qu'aucune marche de manœuvre ne leur serait offerte.

- Appliquons-nous à comprendre l'organisation … nous isolerons les noms, les lieux, les dates que pourra nous fournir M Paretti… J'utiliserai mon code d'accès pour fouiller discrètement du côté des appels et des dépenses de Mark Bennett…

- Chef, nous ne pourrons pas intervenir sur des cas isolés… nous devons tous les cueillir en même temps, sinon Bennett le saura et nous ne trouverons jamais rien sur lui, prévint Kate.

- Nous pouvons au moins monter un dossier solide sur la base de ce que nous savons…

Les deux mains sur les hanches, Victoria Gates en imposait naturellement. Elle souffla, comme pour libérer une pression trop pesante, puis, continua :

- Nous devrons vérifier point par point ce que nous a dit M Paretti. Nous ne pouvons prendre aucun risque sur ce dossier. Nous devons être sur à 100% que ce que nous présenterons à un juge, au chef de la police ou à quiconque ayant une autorité en la matière, soit solide et fiable.

Acquiesçant en silence, tous se tournèrent à nouveau vers James. Il n'avait pas bougé, il les fixait, blafard, éteint, conscient qu'un échec équivaudrait pour lui, à une mort assurée.


Javier424  (07.03.2016 à 16:51)

Il était tard désormais, mais la pression des dernières heures suffisait à les priver de sommeil. Même la fatigue elle-même leur jouait des tours et leur refusait un repos nécessaire et pourtant désiré.

Les yeux las, les traits tirés, Kate et Rick demeuraient assis l'un contre l'autre, sur le canapé du salon, hypnotisés par les flammes qui dansaient devant eux.

L'interrogatoire de Jimmy s'était éternisé. Gates, assoiffée de questions et de leurs réponses, avait creusé, encore et encore, jonglant avec les faits, les dates, les informations primordiales, et celles plus anecdotiques, mais oh combien précieuses.

Elle avait maîtrisé l'art de l'interrogatoire à merveille, attentive, alerte, croisant et vérifiant les propos de Jimmy.

Les révélations en valaient la peine, et s'ils se sentaient davantage armés pour faire face à cette organisation, ils connaissaient également le chemin qu'il restait à parcourir.

Pour ne pas alimenter des soupçons inappropriés, et devant l'heure tardive, ils avaient décidé de rentrer sans procéder à un débriefing, qui aurait certainement mené à des discussions jusqu' au milieu de la nuit.

Au-delà de cela, chacun ressentait le besoin de s'éloigner.

S'éloigner de l'enquête, s'éloigner des certitudes dictaient par le récit de Jimmy, s'éloigner de cette évidence qui se dessinait à présent.

S'éloigner pour ne pas se perdre. Garder la tête froide et céder aux apparences, en oubliant que des vérifications s'imposaient.

La sagesse partagée de tous, combinée à l'expérience, leur permettraient d'être prêt, le moment venu. Aucune place au doute, aux détails inexpliqués, aux zones d'ombre.

Chacun savait qu'ils représenteraient une faille qui ne passeraient pas inaperçue, ni pour un procureur, ni pour « L'Avocat ».

Le témoignage de Jimmy fourmillait de détails et de faits, et dorénavant, ils devaient en vérifier chaque ligne, pour enfin pouvoir envisager un angle d'attaque.

Demain, tous se retrouveraient. Mais pour l'instant, seule la quiétude et le réconfort mutuel leur importaient.

Instinctivement, Kate se serra davantage contre Castle, partageant son silence, autant que sa chaleur.

- A quoi penses-tu ? finit-elle par demander doucement.

Choisissant ses mots, Rick ne répondit pas de suite. Il tourna légèrement la tête, posant sa joue contre la tête de sa femme, respirant son odeur en fermant les yeux.

- Nous allons rentrer en guerre… murmura-t-il, d'une voix à peine audible

- Nous n'avons pas le choix, répondit-elle. Nous le savons depuis le début, c'est bien une guerre que nous allons leur livrer…

- Dans toute guerre, il y a des pertes…

Kate resserra davantage son étreinte, et captura la main de son mari, avant de répondre.

- Il y a déjà eu des pertes… je pense à Darryl, je pense à toutes les victimes de ce trafic … même à Sherman ou aux Hernandez… babe, les pertes, c'est à nous de les minimiser et pour les autres, leur rendre justice…

- Et s'il y en a à venir ?

Beckett se releva pour capter le regard de Rick, l'inquiétude dont il était habité n'était pas nouvelle, mais la fragilité qu'elle percevait dans sa voix, elle, l'intriguée.

Bien sûr, elle savait qu'il s'inquiétait pour elle, et pour leur enfant à naître, mais ce qu'elle entendait, était plus profond.

- C'est pour éviter cela que l'on n'agit pas à chaud… tu connais Gates, elle voudra avoir toutes les certitudes avant de lancer la première pierre. Et nous sommes pareils Rick… on ne laissera rien au hasard, comme à chaque fois qu'on fait une avancée sur cette enquête…

- C'est justement parce que le hasard n'est pas maîtrisable qu'on ne peut pas le prévoir… même en étant prudent, on a frôlé la catastrophe à plusieurs reprises… on est prudent, c'est vrai… mais on est aussi très chanceux…

Kate étudiait le visage de son mari, fermé, impassible, presque absent. Les yeux dans le vide. Les flammes de la cheminée se reflétaient sur ses iris, et c'est là, le seul signe de vie qu'elle y lisait. Et cela lui faisait peur.

Rarement Rick se laissait aller à la noirceur, au défaitisme ou à la fatalité. Qu'il semble s'y confondre à ce point, la terrorisait.

Respirant profondément, elle attira son attention d'un baiser, tendre, doux, aussi soudain que désespéré.

Les lèvres de Kate le ramenèrent à elle. Il lui sourit tendrement, en plongeant ses yeux dans les siens.

- En quel honneur ? demanda-t-il

- En premier lieu, parce que je t'aime… et aussi parce que tu souffres, je le sens…

Il baissa les yeux, comme prit en faute, percuté de plein fouet par ces quelques mots.

- Mon cœur… je me doute de ce qui se passe dans ta tête actuellement. Tu as peur… on ne sait pas où on met les pieds et pourtant, je sais que tu veux la vérité, autant que moi…

- Ces hommes… qui qu'ils soient, ne respectent rien Kate. Surtout pas la vie. Il y a un tel contraste entre eux et nous…

- Nous, nous vénérons la vie… et notre quotidien est bercé d'espoir, d'envie… nous ne devons pas nous laisser envahir par la peur de ce qui pourrait arriver…

- Ça ne nous empêche pas de devoir y penser. Tu sais… je pense à tous ces hommes… Bennett, Boyle, leur patron… à quel point un homme peut-il être mauvais pour ne vouloir que le pouvoir et l'argent, quitte à tuer, bafouer, ternir ? Comment peut-on se regarder en face et aimer ce qu'on voit ? Comment fait-on pour atteindre une telle …déchéance, une telle noirceur de l'âme ? Est-ce que cela pourrait nous arriver à nous ? Un drame, une perte… est-ce que cela nous pousserait à nous moquer de tout ce qui compte pour les gens normaux ?

« Oui… comment est-ce possible ?... » pensa Kate, en écho à son mari.

Elle reprit sa position initiale et se cala contre lui, son bras l'enlaçant amoureusement, sa main reposant sur son ventre. Elle devait vaincre cette détresse, elle devait être là pour lui, comme à chaque fois, que lui, avait été là pour elle.

- C'est parce que tu te poses ces questions que cela ne t'arrivera jamais. Tu es un homme bon Rick… et nos amis, notre famille, le sont aussi.

Elle s'interrompit pour laisser les mots atteindre son esprit.

- Je ne sais pas ce qui pousse un homme à trahir, à tuer … mais je crois que l'essentiel, c'est de reconnaître les valeurs de ceux qui se battent pour la vie. Je le vois en Ryan, ses problèmes familiaux, il lutte pour sauver son couple, alors qu'il pourrait baisser les bras… Javier et Lanie, qui essaient encore… même après tant d'échec… Gates, qui franchit avec la ligne, parce qu'elle croit en nous… Babe, tu dois voir ce qui nous rend fort, pas uniquement ce qui nous meurtrit…

- Tu as raison… je le sais. Mais j'ai entendu ce qu'a dit Jimmy… des hommes sont morts, exécutés de sang froid pendant que d'autres s'enrichissent de ces pertes… je me sens impuissant Kate…

- Tu n'es pas responsable et tu ne le seras jamais, dit-elle fermement. Aucun de nous ne l'est. Mais si on doit endosser une responsabilité, ce sera celle de leur perte à eux. Et de ça, nous pourrons être fiers mon cœur…

Castle sourit tendrement devant la détermination si évidente de sa femme. Il sentait sa colère et sa force en même temps. Il sentait son besoin de le soutenir, et de le convaincre… il sentait son amour, tout simplement.

- On va les traduire en justice alors ? demanda-t-il d'une voix bien plus légère, dans laquelle Kate perçut la lumière.

- Oh oui… et ils ne vont pas le voir venir…

- C'est quoi le grade au dessus de Capitaine ? demanda-t-il soudain

- Pourquoi ? répondit-elle dans un faible sourire, intriguée par la question, et reconnaissant le ton que prenait Rick lorsqu'il amorçait une de ses idée loufoque.

- Parce qu'ils vont te propulser tout en haut de la hiérarchie, après ça… d'une voix rêveuse

- Je croyais que tu voulais me voir en sénatrice ? taquina-t-elle

- Oh je veux te voir sous toutes les coutures Mme Castle… plaisanta-t-il en plantant un baiser sur le haut de son crâne

- Et si je te proposais de laisser tomber les apparats de Capitaine ou de sénatrice ? Qu'en dirais-tu ? lui murmura-t-elle amoureusement

- Serais-tu en train de me proposer la perversion de l'esprit par la chair ?

Sans répondre, Kate se releva pour se mettre à sa hauteur, puis lentement, déposa ses lèvres sur celles de son mari. Une main dans ses cheveux, l'autre tenant fermement la sienne, elle l'entraîna dans loin de ses doutes et de ses craintes.

Doucement, elle bascula sur ses cuisses pour lui faire face, et gémit profondément en sentant la chaleur des bras de son mari qui s'emparait d'elle.


Dans une obscurité quasi complète, Mark Bennett semblait se fondre dans le décor froid de son bureau.

Les mauvaises nouvelles s'amoncelaient, et d'expérience, il savait que l'amorce de la chute s'annonçait.

D'abord la disparition de Paretti, puis l'arrestation des frères Bryant… ce flic mort chez James… trop de coïncidences pour qu'elles en soient réellement.

Au fond de lui, quelque chose remuait. L'instinct. Celui qui le dominait et le guidait à chaque prise de risque.

Perdre les Bryant était extrêmement préjudiciable. Il savait qu'ils ne parleraient pas, ils étaient finis, mais certainement pas idiots au point de tenter de trouver un accord avec les flics, un juge ou un procureur. Parmi toutes les humiliations, pactiser avec les autorités, les ferait passer pour des êtres manipulables.

Parler, les ferait « redescendre » à hauteur des autres. Et s'il y avait un point commun entre eux et lui, c'était bien ce sentiment de domination, de supériorité.

Il se savait prétentieux de penser cela, mais force était de constater, qu'il ne devait sa position qu'à lui-même. Sa réussite, sa fortune, son pouvoir, tout le rendait plus important encore.

Pourquoi ne pas brandir cette supériorité ? Lui qui avait réussi là où tant d'autre échouait ou peinait à atteindre? Autours de lui, il voyait des fonctionnaires, travaillant tous les jours, habités par le stress des factures à payer ou de la réussite sociale… lui ne connaissait pas cela.

Non, les Bryant ne parleraient pas.

D'autant, qu'ils savaient qu'un seul mot les conduirait à la mort.

Quoi d'autres ? James Paretti décédé ? Etait-ce possible ? Cette flic le jurait, jusqu'à avoir la moindre parade à chacune de ses questions…

Il savait James sur la défensive… Boyd le lui en avait parlé. Pourquoi l'était-il ? Ce flic mort, ce Gamberson, était-il celui qui fournissait des renseignements aux stups ?

James était-il le fruit pourri au sein de l'organisation ?

Pourquoi le flic était-il mort ? Pourquoi James était-il mort ?

Bennett posa son regard froid dans le verre de whisky qu'il tenait dans sa main. Il joua un instant avec le liquide, le faisant tourner, tourbillonner comme pour y chercher des réponses à ses questions.

Beckett était dangereuse, ça, il le savait. Déjà à l'époque, il avait, à plusieurs reprises, mis en garde Bracken. Mais à sa décharge, qui aurait pensé qu'elle parvienne à trouver la faille ?

Même son arrogance naturelle ne lui permettait malheureusement pas de se targuer de l'avoir imaginer.

Que savait-elle ? Savait-elle simplement quelque chose à leur sujet?

Il détestait cette femme, dont les éloges dépassaient l'entendement … elle n'avait bénéficié que de chances, et rien de plus. Et encore ! Sa chance résidait dans son rapprochement avec cet écrivain.

Lui aussi était dangereux. Stupide, mais intelligent en même temps. Et intuitif.

Trop de choses se passaient en même temps… et à chaque fois, ces deux emmerdeurs étaient là.

Encore une fois, la coïncidence n'en paraissait que trop douteuse.

Et que dire de l'affront qu'elle lui avait fait… arguant que l'arrestation des Bryant était due au fait qu'il avait avancé l'hypothèse que James Paretti pourrait être encore vivant ?...

Etait-ce vrai qu'elle avait fait surveiller cet appartement dans ce but ?

Ou cachait-elle quelque chose de bien plus néfaste pour lui ?...

D'une traite, il but son whisky, décidé plus que jamais à rester sur ses gardes.

Il n'allait pas laisser ses doutes et cette femme, fragiliser l'entreprise la plus fructueuse de sa vie.

Il la vaincrait avant.


- Est-ce que tu es satisfait ? L'étude de toutes mes coutures te convient ? demanda Kate dans un sourire, caressant le torse de son époux.

- Je vais te confier un secret… que tu sois Capitaine, sénatrice ou marchande de glaces, tu restes mon plus agréable sujet d'étude… quoique si tu étais marchande de glaces, on pourrait rendre cela encore plus agréable ! … taquina-t-il

Kate étouffa un rire, emportée par le plaisir d'entendre son mari, se remettre à plaisanter.

- Je n'ai pas besoin d'en vendre pour ça tu sais … dit-elle en jouant de ses mains près de son bas ventre.

- Avoues qu'en avoir à volonté, ce serait quand même super excitant !

- Tu ne supportes pas le froid babe, tu râles à chaque fois, le reprit-elle en le provoquant amoureusement

- C'est faux … sauf quand si tu en mets… euh… là ! dit-il en désignant du doigt le bas de son ventre… par contre, je ne me plains jamais du froid quand tu joues de tes attributs pour la faire fondre …

L'image de la bouche et de la langue de sa femme caressant son torse et ses parties intimes lui virent en mémoire, et en un instant, son corps réagit.

- Mes attributs hein ? sourit-elle.

- Oh oui… tu sais me rendre fou…

- Uniquement pour ton plus grand plaisir mon cœur

- Je te l'accorde, sourit-il à nouveau.

Resserrant son étreinte, calé confortablement contre elle, il ferma les yeux, respirant son odeur, savourant la tranquillité de la nuit.

- Tu imagines … dans quelques mois, c'est Cosmo qui nous tiendra éveillés, dit-il, la fierté résonnant dans sa voix

- Ça veut dire que lorsqu'il sera parmi nous, c'en sera fini de nos nuits d'amour torrides ? taquina-t-elle. Ce seront les pleurs et rien d'autre qui feront que nous ne dormirons que quelques heures dans la nuit ?

- Non … ne t'inquiètes pas pour ça Mme Castle, j'ai bien l'intention de continuer à te sevrer de sommeil pendant des années encore…

- Me sevrer de sommeil ? Babe… tu dormiras autant que notre petit, voir peut-être plus, sourit-elle devant l'absence de bonne foi de son époux.

- Et tu seras bien contente que je te laisse un peu tranquille du coup… tu verras, sourit-il

- Quoiqu'il en soit, j'ai hâte qu'il nous prive de sommeil, murmura-t-elle, laissant ses pensées divaguer vers un avenir proche, heureux et serein.

Perdus dans les pensées et cédant enfin au sommeil, tous deux s'endormirent paisiblement, loin du chaos qui les menaçait… encore et toujours, peut-être même davantage désormais.


Javier424  (09.03.2016 à 19:10)

3h après son réveil, il lui semblait que la fatigue était en passe de prendre le dessus sur elle.

La journée ne faisait que commencer, mais pourtant, l'accumulation du stress, des appréhensions, des doutes, le temps qui passait … tout… le poids de l'enquête pesait de plus en plus, et à l'approche de ces zones d'ombre, dont ils frôlaient maintenant les contours, il lui semblait que son corps se refusait d'avancer.

« Les nuits torrides n'aident sûrement pas pour la récupération physique… » se dit-elle, dans un sourire que quiconque n'aurait compris en cet instant.

Hier encore, la passion avait eu raison de sa fatigue, elle avait ressenti le besoin de se perdre dans les bras de son mari, le besoin de le ramener à elle, lui, dont les effets négatifs de cette situation se répercutaient également en lui.

Kate était lasse. Fatiguée, proche de l'épuisement. L'écho des avertissements de Rick, ceux de Lanie, se confondaient dans sa tête.

« Tu es enceinte, tu dois te reposer… » « Le stress n'est pas bon pour une femme enceinte… » « Tu dois éviter les carences, pense à ton corps…moi j'y pense tout l'temps ! »

Un autre sourire, les idioties de son mari résonnaient avec tellement de chaleur…Castle avait le don pour alléger les situations, même si hier, il était lui-même en proie à l'angoisse.

Assise à son bureau, ses dossiers en cours étalés devant elle, elle ne pouvait empêcher son esprit de vagabonder vers Bennett et le témoignage de Jimmy.

Le corps lourd, l'esprit ailleurs.

Devant elle, un rapport de la nuit précédente, une sombre histoire de cadavre de femme découvert dans un appartement, situé à la périphérie de la juridiction du 12ème.

Une affaire, une victime, une famille en deuil, des amis, des enfants peut-être … un meurtrier.

Une affaire qui méritait autant son attention qu'une autre… c'était son serment, ses valeurs…et pourtant, ce matin, elle n'y arrivait pas.

Les lieutenants en charge de l'enquête étaient des flics compétents, qu'elle savait méticuleux et professionnels. En cela, elle pouvait être tranquille.

Mais intérieurement, elle se méprisait de ne pouvoir se détacher de Bennett, des Bryant, de Boyle… d'une certaine façon, elle leur accordait plus d'importance qu'à cette jeune femme, pourtant innocente, étranglée chez elle, sans raison apparente.

Les yeux rivés sur le dossier fictif qui servait de « couverture » à leur enquête non-officielle, Kate se sentait attirée, hypnotisée…

Tout juste camouflé sous les photos de la scène de crime, elle se força à poser la main dessus. Le faire disparaître… juste un instant. Loin des yeux …

Loin du cœur ? Ou plutôt de l'esprit ?

Elle se reconcentra sur la lecture du rapport préliminaire, aucun témoin, aucun motif évident … la jeune victime n'avait aucun casier judiciaire, aucun problème de dépendance quelconque, aucun ennemi connu… l'enquête s'annonçait difficile au premier abord.

Des auditions étaient prévues, les voisins, les amis, la famille, les collègues … une piste se découvrirait peut-être après cela…

Peut-être un petit ami, un ancien petit ami, un ami qui aurait voulu être plus …

« Stop ! … tu supposes sans savoir ! … » se martela-t-elle au bout d'un moment.

Son métier nécessitait autre chose que des suppositions gratuites. Des preuves, des mobiles, des témoignages… vouloir classer l'affaire dans une catégorie avant même d'avoir débuter l'enquête, ne lui ressemblait pas.

Dépitée, elle ferma les yeux. Inspira profondément. Quelques secondes pour faire le vide.

Puis, d'un geste rapide, elle referma le dossier, le déposa avec les autres affaires en cours, et comme étrangère à elle-même, se saisit du dossier qui occupait toutes ses pensées.

Elle se fit un terrible constat : elle priorisait. Son esprit était incapable de se concentrer sur d'autres affaires ces derniers temps.

« Je dois mettre un terme à tout ça, avant de me perdre… perdre tout ce en quoi je crois… ».

Elle lut et relut des rapports qu'elle connaissait presque par cœur, tellement il lui semblait qu'ils étaient ancrés dans son esprit.

Les photos ne révéleraient rien de plus que ce qu'ils avaient déjà déterminés, mais une nouvelle fois, elle les examina.

Que savaient-ils au juste ? Quelles étaient leurs certitudes ? Qui était vraiment derrière tout ça et quel était le rôle exact de Mark Bennett ?

Jimmy avait parlé, et ça, c'était déjà une énorme avancée.

Il leur avait fourni des éléments qui, s'ils étaient vérifiés, seraient des atouts précieux. Chacun saurait quoi faire pour établir la vérité, mais la difficulté résidait dans la discrétion nécessaire qu'ils devaient maintenir entre eux.

Kate mourrait d'envie de rapporter à Ryan et Esposito ce que Jimmy leur avait dit. Mais comment le faire ? Quand le faire ? Les convoquer pour de fausses raisons, une fausse affaire ? Trahir un peu plus ses valeurs ?

De son bureau, elle jeta un œil aux deux hommes. Comme d'habitude, ils se chamaillaient gentiment, se mesurant l'un l'autre, pour savoir lequel des deux était le meilleur…

Au moins, pour cela, rien ne changeait.

Souriant faiblement à ce constat, elle se leva pour les rejoindre.

- Hey Capitaine, tu vas pouvoir nous aider, l'accueillit Esposito

- Je crains le pire, répondit-elle d'une voix plus désabusée qu'elle ne l'aurait souhaité.

- Qu'est-ce qui est le plus bizarre ? Manger des sushis avec des couverts ou porter des sous-vêtements trop petits sous prétexte qu'ils portent bonheur ? lui demanda sérieusement Ryan

L'espace d'un instant, Kate se demanda si sa réaction aurait était différente, si elle n'avait pas été dans un tel état de fatigue.

En arrêt devant les deux hommes, absente, presque ahurie par la question, elle se demanda ensuite si ces deux amis connaissaient leur chance d'être encore capable de se poser de telles questions, aussi stupide fussent-t-elles !

Sans répondre, elle leur offrit finalement un sourire affectueux, amusée et faussement stupéfaite que l'on puisse s'interroger à propos de tels sujets … Elle était pourtant habituée… Castle était un maître en la matière…

- Sérieusement, le respect des traditions mec ! s'offusqua Esposito de façon très exagérée

- Ça doit te serrer les … enfin tu vois ! répondit Ryan, en indiquant pudiquement son bas ventre

- Hey ! ce caleçon me porte chance, je suis en vie grâce à lui, se défendit le plus sérieusement possible Javier

- Et moi, je n'aime pas avoir du riz dans ma sauce soja, avec des couverts, c'est plus simple ! Et surtout, ça ne me causera jamais de trouble de la virilité !

- Hey, les gars ! On dirait que j'arrive au bon moment ! De quoi on parle ? demanda Castle, en faisant irruption soudainement.

Son sourire, affiché sur ses lèvres, fit réagir Kate en une fraction de seconde. Sa fatigue sembla s'estomper et son corps se rappela instantanément de la fièvre que son mari avait provoquée la veille.

- Du caleçon bien trop petit de Javier, répondit rapidement Ryan

- Ouch… ça doit te serrer les …, réagit Rick dans une grimace mimant la douleur, tout en imitant, sans le savoir le geste précédent de Kévin.

- Vous ne comprenez vraiment rien, répondit Esposito dans un geste désabusé.

Kate, observatrice amusée de cette joute verbale, ne pouvait s'empêcher de fixer son mari, en souriant amoureusement.

Puis, comme attiré instinctivement, Rick se tourna vers elle, et la couvrit d'un regard tendre et chaleureux.

- J'ai pensé que tu en aurais besoin, lui dit-il doucement, en lui tendant un gobelet de café.

- Merci, souffla-t-elle, sans le lâcher du regard

Hypnotisés l'un par l'autre, les yeux ne se quittaient pas, et leurs sourires, pleins de sous-entendus, en disaient long sur les images qui dansaient dans leurs têtes.

- La nuit a été … mouvementée ? demanda Esposito d'un air faussement innocent, interrompant leur dialogue silencieux

- Lui au moins n'a pas de problème avec ses slips, elles ne sont pas comprimées, se moqua Ryan

- Hey ! Premièrement … commença Esposito avant de s'interrompre, pour poursuivre à voix basse, elles ne sont pas comprimées ! Et ce n'est pas un vulgaire slip…

Naturellement, et sans s'en rendre compte, Kate s'était rapprochée de Rick, mais ce n'est que lorsqu'elle s'apprêta à boire une gorgée de café, qu'elle prit pleinement conscience de la profondeur des sous-entendus de Castle, et inconsciemment, ceux d'Esposito.

Une nouvelle note… une nouvelle déclaration, écrite sur le rebord de son gobelet.

« Mme Castle … merci de savoir si bien effacer mes angoisses, ton corps est la meilleure thérapie au monde… et je veux la poursuivre toute notre vie…Always, Rick »

Se sentant rougir, elle releva les yeux vers son époux, et le remercia d'un sourire.

Si la fatigue lui jouait des tours, l'amour qu'il lui vouait la tenait en éveil.

Perdus les yeux dans les yeux, à nouveau ils s'éloignèrent du monde pour se retrouver où leurs pensées les menaient.

- T'as raison mon frère … la nuit a du être sacrément mouvementée, déclara Ryan à l'attention de Javier

Celui-ci acquiesça tout en se satisfaisant de la mine gênée qu'arborait à présent Kate suite à l'intervention de son ami.

- Bon … euh … les gars, balbutia-t-elle, où êtes-vous de …

Une main sur son épaule la fit s'interrompre soudainement. Elle regarda Rick, et sentit l'angoisse l'investir, face au visage blême de son époux.

Rapidement, elle se tourna. Et blêmit elle aussi.

Jackson.

D'un pas pressé, il les rejoignit, l'air grave.

- Kate, messieurs… on a potentiellement un problème, murmura-t-il


Enfermés dans la salle qui leur servait habituellement à observer les interrogatoires, Kate, Rick et les Bros dévisageaient Jackson, l'esprit embrumé par l'anxiété.

- Que se passe-t-il Jackson ? Qu'est-ce que vous faîtes là ? demanda Kate, sans préambule

- C'est plutôt confiné comme endroit, se contenta-t-il de répondre en étudiant les 4 coins de la pièce

- Papa !

- C'est la seule pièce où nous sommes sûrs de ne pas être entendu, ni observé… Jackson, que se passe-t-il ? reprit Kate, un air d'impatience dans la voix

- Après votre départ hier, j'ai eu une petite discussion avec Jimmy …

- Que se passe-t-il avec Jimmy ? interrompit Rick

- Si tu me laisses parler, tu le sauras fiston, réprimanda Jackson sèchement… Jimmy va bien, mais il m'a parlé de notre ami Bennett… et plus il m'en parlait, plus j'avais l'impression qu'il voulait me dire quelque chose, en tout cas me faire comprendre quelque chose…

- Jimmy nous a dit qu'il voulait coopérer, s'il avait quelque chose à dire, il le dirait non ? argumenta Ryan

- Justement, se contenta de répondre Jackson.

- Que veux-tu dire ? demanda Rick, l'inquiétude perçant dans sa voix

- J'ai eu la désagréable impression qu'il essayait de m'influencer …

Kate se laissa aller contre la vitre sans tain, et ferma les yeux, ne sachant pas quoi penser de l'intuition de Jackson.

- Vous êtes en train de suggérer que peut-être, on ne devrait pas faire confiance à Jimmy ? demanda Esposito

- Sans aller jusque là… j'ai juste pensé que je devais vous en parler…

- Vous avez bien fait, murmura Kate. On ne doit rien prendre à la légère…

- Oui, c'est ce que je me suis dis … et c'est pour ça que je suis allé chez Bennett cette nuit…

4 paires d'yeux se posèrent en même temps sur Jackson. 4 mêmes airs surpris, 4 mêmes réactions de panique.

- Quoi ? Tu as fait quoi ?

- Ne t'emporte pas Rick, laisse moi vous expliquer …

- Non mais tu sais qu'on doit être discret et qu'on est tous en danger si jamais Bennett se doute de quoi que ce soit ? Continua-t-il

- Rick ...Kate posa sa main sur son bras pour le ramener à elle

- Pourquoi tu es allé là-bas ? Qu'est-ce qui se serait passé s'il t'avait surpris ?

- Rick… le rappela Kate, plus fermement cette fois. Laisse-le nous expliquer…

- Merci ma chère…

- Expliquez-vous Jackson, parce qu'il n'y a pas que Castle qui n'en croit pas ses oreilles, répondit Ryan

- Si je n'étais pas tout le temps interrompu, je pourrais le faire lieutenant, répondit Jackson en tenant tête à Kévin

- Si vous ne parliez pas comme dans un film d'espionnage, on en serait peut-être pas à nous faire des idées comme c'est le cas maintenant, lui dit à son tour Esposito

- Et si tout le monde se taisait pour qu'on sache exactement ce qui se passe ? coupa Kate, d'un air exaspéré.

Rick, Ryan et Esposito tentèrent de calmer leur appréhension et portèrent leur attention sur Jackson.

- Comme je vous le disais, Jimmy semblait tourner autours du pot, il me parlait de Bennett, de son implication, de sa façon de gérer les hommes, mais toujours sans détail, comme s'il voulait m'amener à penser quelque chose de précis, sans avoir à le dire … j'ai eu le sentiment qu'il en savait plus qu'il ne disait… Kate, je ne sais pas, peut-être que je suis paranoïaque, mais c'est aussi parce que je le suis, que je suis toujours en vie après toutes ces années…

- On doit tous l'être un peu Jackson, murmura Kate en retour. Pourquoi êtes-vous allé chez Bennett ?

- Pour m'assurer que Jimmy ne nous mentait pas, ou ne nous mettait pas sur une fausse piste. Je suis allé chez lui, et j'ai trouvé quelque chose… pardonnez moi messieurs, si je fais preuve de discrétion en ne vous montrant pas ce que j'ai trouvé, dit-il en tendant un appareil photo à Kate.

D'abord surprise, elle reporta son regard sur l'écran de l'appareil numérique.

Puis la surprise céda la place à la panique.

- Oh mon dieu, murmura-t-elle, en attrapant le bras de Rick pour prendre appui sur lui.

Rick resta sans voix, tandis que Kate faisait défiler les photos les unes après les autres.

- Qu'est-ce que c'est ? finit par demander Ryan, en voyant ses amis, dont les visages perdaient progressivement le peu d'assurance qu'ils leur restaient depuis l'arrivée impromptue de Jackson.

- C'est pas possible, souffla Rick, presque absent

Kate releva les yeux vers Jackson, la voix empreinte de peurs et d'incertitudes.

- Vous avez trouvé ça chez Bennett ?

- Je suis désolé Kate… il n'y a que celles-ci, si ça peut vous rassurer, lui répondit-il

Elle ferma les yeux, puis les rouvrit aussitôt pour regarder Castle, qui avait rallumé le petit écran en arborant un air partagé entre la colère et la peur.

- On peut savoir ce qui se passe ? demanda Esposito

Kate acquiesça en direction de Jackson, lui permettant d'expliquer la situation à ses amis.

- J'ai trouvé des photos chez Bennett, des photos de Kate et de Rick…

- Quel genre de photos ? osa demander Ryan

- Le genre que l'on ne souhaiterait pas voir sortir du cadre de l'intimité, si vous voyez ce que je veux dire…

- Oh… réagit-il aussitôt. Donc… ça veut dire quoi ? Il vous espionne ? … est-ce qu'il sait pour nous ?

- Qu'est-ce qu'il sait ? enchérit Esposito

- La première chose à faire c'est de déterminer quand ces photos ont été prises, et ça, il n'y a que vous qui puissiez le savoir, répondit Jackson, en s'adressant à Kate et Castle. On doit savoir s'il vous observe depuis longtemps, ou s'il a commencé depuis les derniers événements …

- Si ça fait longtemps, alors ça peut vouloir dire qu'il sait tout… murmura Ryan

Rick porta son attention sur sa femme. Il se rapprocha d'elle, et lui prit la main, désolé de la voir si atterrée.

- Kate ?

Elle le regarda à son tour, et d'un signe de tête, d'un léger sourire, elle le rassura, sans réellement se convaincre elle-même.

- Vous avez trouvé ça chez lui…

Ce n'était pas une question, elle éprouvait simplement le besoin d'éclaircir ses idées.

- Oui, dans un dossier, sur son bureau… je n'ai rien trouvé d'autre de … compromettant. J'ai laissé les photos sur place, je les ai simplement photographié à mon tour… je suis désolée Kate, je les ai forcément regardé également…

- Pourquoi nous photographier ?

- Et comment ? Je veux dire… c'est notre chambre, il n'y a pas beaucoup de solutions pour nous observer…l'immeuble en face… et il faut un équipement carrément sophistiqué pour pouvoir prendre des photos aussi … chouettes…

Kate le fusilla du regard, et d'un œil noir, le fustigea :

- Rick ? Sérieusement ? Ce type … ce… pervers… nous observe et toi tu trouves qu'il fait de belles photos ?

- Euh non … je dis juste … enfin … tu es carrément sexy là dessus alors …

- Castle ! s'écria-t-elle

- Non, mais crois-moi, qu'il t'ai vu …comme ça, ça me met en colère mais … enfin… tu vois…

- Kate… je suis désolée mais vous devez absolument examiner ces photos à nouveau, on doit savoir exactement de quand elles datent…lui dit Jackson doucement. Depuis le début on pense qu'on a un coup d'avance sur ce cartel, mais si on se trompe, on doit le savoir et vite…

- Si tu préfères Kate, on peut vous laisser…commença Ryan, sa nature pudique prenant le dessus.

- Non…non, on fait ça ensemble… enfin, pas ça… mais l'enquête… on enquête ensemble…

Ses pensées se bousculaient, ses mots, ses idées… s'exprimer dans de telles conditions lui était particulièrement pénible.

Kate respira profondément, chassant désespérément sa colère, et ses craintes. Elle se reprit et posa son regard sur l'écran, Castle se positionnant près d'elle pour revoir à nouveau ces photos.

Comme la première fois, elle fit défiler les photos à nouveau, son visage marqué par le dégoût de la violation de son intimité.

- Ca aurait pu être pris n'importe quoi … annonça Castle, d'un air beaucoup plus sérieux à présent

- Celle-là ! coupa Kate… c'était … i jours.

Sa voix se perdait dans le flot de sentiments qui se déversaient en elle. Qui était ce type pour se permettre de telles violations ?

- Celle-là aussi, continua Rick

Kate repassa encore et encore les photos en revue, puis finit par être certaine de toutes.

- C'est le même soir… toutes ces photos…

- 2 jours…donc avant que vous n'interrogiez Jimmy… d'une certaine façon, c'est rassurant… cela veut dire que tout ce que nous avons fait avant cela, nous n'avons aucune raison de croire qu'il sait quelque chose, restons positifs, leur dit Jackson

- …et d'une autre façon, c'est terrifiant… parce que s'il nous observe depuis 2 jours alors…

- …il a pu nous voir hier soir, avec Gates, conclut Rick

Ryan échangea un regard inquiet avec Esposito, Kate se prit la tête entre les mains, et Rick passa un bras autours des épaules de sa femme et déposa un baiser sur sa tempe.

Il se sentait démuni, impuissant à nouveau… un baiser. Seul réconfort à offrir à Kate en cet instant.

- Elle est peut-être en danger à l'heure qu'il est, prononça-t-elle d'une voix faible.

- Ou pas… restons calme et réfléchissons, tempéra Rick. Ces derniers jours, il s'est passé beaucoup de choses, il y a eu Jimmy, il est venu ici, et les Bryant…Il a pu simplement vouloir se renseigner sur toi…

- Se renseigner Rick ? Avec ces photos, il en sait plus sur moi que mon propre père !

- Je n'ai pas dit qu'il n'était pas tordu…se défendit-il comme il pouvait

- Il vous a photographié… ça ne veut pas dire qu'il vous a suivi, tenta Ryan. Après tout, ce ne sont que des photos ! Et apparemment, elles sont assez … intimes. Ce ne sont pas des prises de vue dans la rue ou ailleurs… Castle a peut-être raison, on ne doit pas forcément céder à la panique…

- Oui, mais on doit quand même se fier à notre instinct bro, répondit Esposito. Personne ne se poste dans un immeuble, avec du matos digne de James Bond pour photographier un couple en pleine action, sans avoir le moindre arrière pensé malhonnête ! Qui a du matos aussi performant de toute façon ? A part un psychopathe ?

- Castle, répondit simplement Ryan.

A ces mots, Rick prit un air offusqué en regardant Kévin.

- Quoi ? C'est vrai non ? argua celui-ci

- Oui enfin… moi c'est pour de bonnes raisons ! …enfin j'avoue que je n'avais pas pensé à te photographier sous cet angle mais maintenant que je vois ces photos…

- Rick ? Sérieusement ? Kate perdit patience une nouvelle fois. Mise à part le fait que potentiellement, on est complètement grillé par un des plus gros cartels de drogues de cette ville et peut-être même du pays, je suis la seule que ces photos embarrassent ?

- Euh … si on excepte le danger ? Personnellement, je suis plutôt fier… répondit-il d'une voix à peine audible. Sérieusement, tu es superbe et diablement sexy sur ces photos !

Sans aucune réserve, par pure réflexe, il retourna l'appareil face à tous. Rapidement, Ryan détourna le regard, non sans avoir aperçu malgré tout, Kate nue, à califourchon sur son mari, la tête légèrement penchée en arrière, les mains de Rick près de ses seins. Esposito, lui, pétrifié par la surprise, en resta bouche bée.

- Castle ?

- Oh pardon ! s'excusa-t-il en retournant l'appareil face à lui.

- Je crois que tu vas te contenter de ces photos pendant un bon bout de temps…tu les aimes tellement que ce sera une bonne compensation pour toi, dit-elle furieuse

- Euh… non… non … oublions tout ça… Gates, il faut parler à Gates ! On doit la prévenir…

Soigneusement, Kate évita les regards de ses amis pendant quelques secondes.

- Je dois lui parler, dit-elle en tentant de se vider l'esprit. Si Bennett nous a vu ensemble, son plan est trop risqué. Elle ne doit pas essayer de chercher des fichiers en rapports avec lui, il pourrait la démasquer, et elle serait réellement en danger sans qu'elle le sache…

- Ok… vous savez comment la joindre sans que cela paraisse suspect ? demanda Jackson

- Oui… oui, je peux aller au Central sans qu'on se pose de question, ça fait parti de mon job…

- Très bien… et pour Jimmy ?

Que pouvaient-ils faire ou penser à présent à son propos ? Etait-il aussi coopératif qu'il le prétendait ? Ou avait-il des raisons bien plus obscures de leur parler ?

- Keyser Söze…murmura Castle

- Quoi ? demanda Ryan, sous le regard interloqué de Esposito

- Keyser Söze, reprit-il d'une voix plus sourde.

Kate, d'abord surprise, ferma les yeux, avec une expression proche du désespoir,comprenant où son mari voulait en venir.

- Usual Suspects, le film… les flics interrogent un suspect à propos d'un massacre orchestré par un criminel redouté de tous… c'est le seul survivant et donc seul témoin… à la fin du film, il ressort libre… et on se rend compte qu'il est Keyser Söze, ce fameux criminel… les flics ne comprennent que trop tard… expliqua-t-elle

Un silence s'en suivit. Le temps que chacun laisse l'idée s'installer dans leurs esprits. Est-ce que cela se pouvait ? Etait-ce là, le fin mot de l'histoire ?

- Donc euh … tu es en train de nous dire que Jimmy pourrait être … notre Keyser Söze ? « L'Avocat » ? demanda prudemment Ryan

- J'en sais rien… répondit Castle, mais si on y pense, ce serait très loin d'être idiot. Il se laisse prendre, et nous oriente tranquillement, en se faisant passer pour notre meilleur atout…

- Mais pourquoi se serait-il enfui après avoir tué Sherman ? Pourquoi aurait-il porté un micro pour lui ? demanda Esposito

- Pour se préserver des indices … Qui accuserait Jimmy d'être un parrain de la drogue ?

- Quand on est tombé sur lui, il n'était que simple convoyeur ! rappela Ryan

- Encore une fois, c'est astucieux ! Rappelez-vous, personne ne sait qui est « L'Avocat » apparemment, à part peut-être Bennett et Boyd…

- Et encore, ça on le suppose parce que Jimmy nous l'a dit, coupa Kate

- Exactement… réfléchissez, tout ce qu'on sait, excepté ce qu'on a découvert par nos propres moyens, c'est Jimmy qui nous l'a dit…

- Ce cartel est petit… on se demande comment il fait pour tourner sans se faire avaler par plus gros… si c'est lui, il est témoin de tout ce qui se passe…chaque faux pas est sanctionné immédiatement… amorça Jackson

- Et comme personne ne se méfierait de lui, il entend tout, il sait tout… murmura Kate en fermant les yeux

- A-t-on pu être aussi naïf ? demanda Ryan

Aucune réponse ne vint se ponctuer sa question. Tous se regardèrent, une inconfortable sensation de tromperie naissant au fond d'eux-mêmes. Un goût amer dans la bouche, une colère, voilée par l'incertitude et le doute.

- On doit revoir tout ce qu'on sait de lui, finit par dire Kate, en brisant le silence. « L'Avocat » a forcément un lien quelconque avec Bracken… si c'est lui, on doit le trouver.

- Il a à peine 25 ans… murmura Esposito, encore sous le coup du choc

- A son âge, il y a des tueurs en série qui avaient fait des victimes par dizaines… son âge ne veut rien dire, riposta Rick

- Et si c'est lui, on peut supposer qu'il est bien plus intelligent que la moyenne… on doit complètement revoir notre façon de l'aborder, répondit Jackson

- N'oublions pas que ce n'est qu'une supposition, les mit en garde Kate, on doit encore le prouver … ou complètement effacer le doute.

Elle respira profondément, tentant de rassembler ses pensées. Tout ce temps à croire qu'ils étaient sur la bonne voie… tout ce temps … pour se rendre compte que peut-être ils avaient été bernés par cet homme, l'homme qu'il cherchait à démasquer.

Peut-être était-il sous leurs nez depuis le début, peut-être les amenait-il à faire exactement ce qu'il voulait …

- Est-ce qu'il aurait vraiment pu nous duper ? Je veux dire… tous ? demanda Ryan

- On était tellement focalisé sur le fait qu'il était la pièce qu'il nous manquait pour faire tomber ce cartel… on ne s'est jamais vraiment méfié de lui… alors qui sait ? répondit Kate

- Et tout est allé tellement vite… argua à son tour Castle

- Je dois aller voir Gates… il faut qu'elle sache…

- Soyez prudente Kate, rien ne nous dit avec certitude que Jimmy est « L'Avocat », et rien ne nous dit non plus, que Bennett ne sait rien de nous… rappela Jackson

- On est de retour à la case départ, conclut Esposito, la gorge nouée et l'esprit perturbé par une désagréable sensation partagée de tous.


Javier424  (23.03.2016 à 21:13)

- Bon et maintenant, on fait quoi ?

Toute la question était là. Qu'étaient-ils censés faire ? Jusqu'à la visite de Jackson, l'enquête semblait se dérouler sans mauvaise surprise, presque à leur avantage.

Mais désormais un énorme doute avait été soulevé... le genre que l'on ne pouvait évacuer aussi facilement qu'il s'était imposé.

La réunion d'urgence avait été décrétée aussitôt. Une décision devait être prise par rapport à Jimmy et Bennett, mais surtout, le dossier complet devait être réétudié. Il leur fallait absolument être sûr de n'être passés à côté de rien. Si Jimmy était celui qui se cachait derrière le pseudonyme de « L'Avocat », il leur fallait trouver le lien qui le ramenait à tout.

En premier lieu, Kate s'était rendue au Central pour y voir Gates et ainsi, tenter de l'informer du rebondissement inattendu.

Là encore, rien n'était simple. Il lui fallait l'aborder sans éveiller les soupçons, surtout depuis qu'elle avait vu les photos de Bennett. Photos qui supposaient qu'il la suivait, l'observait et dieu savait quoi encore.

Désormais, il fallait se méfier de Bennett et potentiellement, de Jimmy. Il était donc hors de question de se retrouver au club où Jackson l'avait planqué.

Le bureau de Castle était encore le meilleur endroit, pour peu qu'ils soient sûrs que Bennett n'était pas dans les parages. Ce qui était précisément le cas ce soir.

C'est donc ici qu'ils se trouvaient donc, dans ce sas, qui il y avait quelques jours encore avait accueilli des tensions beaucoup plus intimes, que celles ressenties à cet instant.

- Bennett se trouve à une soirée de gala organisée par l'association des orphelins du NYPD… Gates y est aussi, ce qui nous garantit de ne pas être espionnés par lui ce soir, annonça Kate

- Qu'a-t-elle pensé de la situation, demanda Esposito

- Elle est comme nous … lui répondit simplement Kate.

Et par ces quelques mots, elle avait décrit leur sentiment à tous. Pas de mots inutiles, pas besoin de précision… il leur suffisait de se plonger au plus profond d'eux-mêmes pour savoir ce que pensait Gates.

- Il va falloir être plus malin qu'on ne l'a été jusque là, déclara Castle, au bout d'un moment. Nous avons deux objectifs qui sont devenus prioritaires : découvrir ce que sait Bennett, et vérifier que Jimmy est bien celui qu'il dit être.

- Ok… et comment on fait ça ? demanda Alexis, manifestant son entrain, autant que son incertitude quant à la marche à suivre

- On doit isoler ce que l'on apprit de nous même de cette organisation, et ce que l'on sait grâce à Jimmy, commença Kate, d'une voix ferme. Tant que l'on n'est pas sur de lui, on ne se fie pas à lui.

- Euh, ok, murmura Ryan, avant d'entamer un brainstorming général. Il nous a parlé de l'organisation du cartel ….

- Mis à part les détails, ce qu'il nous a dit confirme ce que nous avait déjà dit Darryl, lui répondit Kate

- Sans oublier que nous-mêmes, avons assisté à leur petit manège, enchérit Lanie.

- Donc peut-on en conclure que concernant l'organisation, nous connaissons la vérité ? demanda Castle à l'assemblée.

Tous se regardèrent, les visages sérieux des jours les plus graves.

- Je pense que oui, répondit finalement Esposito.

Jackson hocha la tête en signe d'acquiescement, aussitôt imité par Alexis et Ryan.

- Nous avons donc une première certitude : l'argent et la drogue circulent par deux axes différents, mais sont gérés par la même équipe à chaque fois. Jimmy et Quinn, pour ceux que nous connaissons.

La voix de Kate reflétait sa détermination aussi bien que la colère qui bouillait en elle. Elle se sentait trahie, salie, déchirée entre sa volonté de mettre fin à ce cartel le plus vite possible, et la nécessité de devoir attendre pour regrouper des preuves irréfutables.

- En ce qui concerne les détails justement, commença Jackson, ce que Jimmy nous a dit est plausible… leur façon d'aborder les petits délinquants, la corruption, l'organisation en elle-même au sein de la ville … tout ça semble cohérent avec ce que l'on savait déjà, et avec ce qu'on a vu…

- Oui, mais ça vient de Jimmy, lui répondit Castle, n'oublions pas qu'il peut essayer de nous manipuler et de nous faire croire ce qu'il souhaite…

- Oui, mais même si Jimmy est « L'Avocat », ce n'est pas impossible qu'il ne nous ait pas menti. Après tout, il a pu très bien se rendre compte qu'on était après lui, et c'est peut-être le meilleur moyen qu'il ait trouvé pour s'en sortir le plus proprement possible, expliqua Ryan

- Il ouvre le parapluie et s'épargne la grosse averse en balançant les autres, ça aussi c'est plausible, approuva Esposito.

- Il ira en prison de toute façon, il avait sûrement d'autres options pour s'en sortir que de se laisser prendre sur une scène de crime, s'interrogea Alexis.

- Surtout si on considère que cet « Avocat » est aussi malin qu'on le croit… vous ne pensez pas qu'il aurait pu simplement disparaître au premier doute ? demanda Lanie

- Alors on doit se poser la question dans l'autre sens : quel pourrait être l'avantage de Jimmy de se laisser prendre, s'il est vraiment « L'Avocat » ? demanda Castle

- Je ne vois pas … à moins que…

Ryan s'interrompit, sous les regards interrogatifs de ses amis.

- S'il est « L'Avocat », il n'a peut-être jamais eu l'intention de se laisser juger comme prévu pour ses crimes. Il a peut-être une autre carte dans sa manche…

- S'enfuir à la fin? Mais comment ? demanda Alexis

- S'il s'enfuyait, ça confirmerait qu'il est bien celui que l'on pense, déclara Esposito. Ces types… que ce soient Bracken, Simmons, Bennett … ce ne sont pas le genre à laisser tomber le masque et se laisser démasquer… non, ça ne colle pas…

- Alors il aurait choisi de faire son temps et d'attendre sa sortie pour reprendre son business dans 10 ou 20 ans ? demanda Kate, dont la voix trahissait l'incompréhension

- Si c'est ça, alors nous avons à faire à un criminel d'un genre nouveau… nouveau et particulièrement intelligent, répondit Rick. Il se laisse prendre et se laisse affubler d'une étiquette de petit délinquant, membre d'un cartel de drogue, qui un jour, a pété les plombs et a tué un flic corrompu…il fait 10 ans, 15 ans peut-être plus…

Il se tut un instant, et regarda chacun à tour de rôle, avant de reprendre.

- Avouez quand même que ce serait malin : personne ne se douterait jamais qu'il était le boss…et rien ne l'empêcherait de rebâtir son business à sa sortie…

- … ou d'en reprendre les rênes à celui qui pourrait être son bras droit... comme lui l'était peut-être pour Bracken ou Simmons… coupa Kate.

- D'accord mais de là à choisir d'aller en prison et nous aider à démanteler son propre trafic de drogue ? Pourquoi ? insista Alexis, incrédule

- Parce qu'en nous manipulant, il peut choisir les têtes à couper et celles à préserver… il faut savoir faire des sacrifices parfois pour continuer à prospérer, répondit Castle. Sans compter que quelle que soit la peine dont il écopera, ce ne sera jamais autant que s'il était reconnu coupable en tant que chef d'un tel cartel… la corruption, les meurtres, l'incitation aux meurtres, le trafic en bande organisée, que sais-je ?! … il ne sera pas jugé comme un grand criminel avec des chefs d'accusations longs comme le bras… là, il va tomber pour meurtre, et peut-être quelques affaires secondaires…

Le silence retomba entre eux, telle une chape de plomb sur leurs épaules, les esprits galvaudant les hypothèses jusque là envisagées. Mais depuis, le doute avait prit part au débat.

- Est-ce que tout cela est réaliste ? demanda Kate, comme pour s'en convaincre

- La vraie question est, est-ce que tout cela vous parait trop gros pour être vrai ? précisa Jackson

- Si on considère le fait que nous avons affaire à des hommes aussi intelligents que prudents… alors pas tellement finalement, répondit Ryan

- Ok, mais alors, quel serait le rôle de Bennett dans tout ça, si Jimmy est « L'Avocat » ? demanda Lanie

- Si on suit la logique de Castle, il n'est pas le bras droit censé mener la barque si Jimmy va en tôle, répondit Esposito. Si non, pourquoi Jimmy le balancerait-t-il ? précisa-t-il

- Et comment Bennett est-il au courant pour nous ? Pourquoi nous a-t-il observé ou même suivi ? demanda Rick, en repensant aux photos trouvées par Jackson. A-t-il pu avoir des contacts avec Jimmy avant qu'on l'évacue de la scène de crime ?

- On l'a chopé juste en bas de chez lui, se souvint Esposito, alors à moins que Jimmy l'ait appelé alors qu'il était encore dans l'appartement, je ne vois pas…

- Et pourquoi l'aurait-il appelé de toute manière ? Pourquoi s'est-il enfui ? Il pouvait pas savoir qu'on allait débarquer… ajouta Ryan

- Il a pu l'appeler pour le prévenir de la mort de Sherman, proposa Alexis

- Pourquoi lui et pas les Bryant dans ce cas ? Ils auraient fait disparaître le corps et on ne l'aurait jamais trouvé, Jimmy n'aurait jamais été inquiété, répondit Kate

- Sauf … s'il savait qu'on était après lui, lança Rick. Il a pu utiliser ça comme couverture pour ne pas ébranler son anonymat…

- Et prévoir à l'avance que les gars seraient en bas de chez lui ? On a été prudent, personne, à part nous, ne savait que les Bros iraient chez Jimmy …

- Personne … à part peut-être Vikram… rappela Ryan.

Si le doute pouvait être davantage plus profond qu'il ne l'était déjà, il aurait désormais atteint son apogée. En quelques secondes, tous se tournèrent vers Kévin.

A nouveau le silence, à nouveau cette douleur oppressante dans la poitrine.

Un nouveau doute, de nouvelles questions… un nouveau tournant ?

Alexis croisa le regard surpris de Lanie. Ryan se contenta de regarder ses chaussures, incertain du bien fondé de son intervention. Jackson passa sa main dans ses cheveux, Rick se laissa lourdement tomber sur une chaise, et Kate, de son côté, se prit le visage entre les mains.

- C'est pas vrai… murmura Esposito en s'appuyant au mur.

- Attendez… attendez, reprit Kate, pour capter l'attention de ses amis. Il faut qu'on arrête là … on ne peut pas jeter le doute sur tout le monde…

- Soyons réalistes Kate, les seuls en qui on peut avoir confiance, je veux dire une confiance absolue, c'est nous… après tout, que sait-on de Vikram ? demanda Esposito, d'une voix proche de la colère

- Si Jimmy savait que les gars allaient lui rendre visite, il devait être très bien informé… et ça veut dire informé de l'intérieur Kate… ajouta Lanie

- Vikram nous a aidé dans nos recherches, il a déterré des fichiers pour nous, il était au courant de beaucoup… sérieusement, vous croyez vraiment qu'on serait allé aussi loin, s'il était un informateur pour « L'Avocat » ? plaida Kate

- Justement ! Et si depuis le début on était manipulé de l'intérieur ? Si Vikram rendait des comptes à Jimmy ? Il aurait pu lui raconter exactement tout ce qu'on savait ! Il aurait même pu orchestrer cette fameuse nuit, quand on a planqué devant la blanchisserie ! Il aurait pu arranger les faits exactement comme il avait prévu de nous les raconter, bien plus tard ! s'anima Ryan. Vous imaginez un peu ? Rappelez-vous ce qu'on s'est dit tout à l'heure ? Son histoire colle avec ce qu'on a vu, on vient juste d'entériner i peine quelques minutes la version que Jimmy nous a raconté… simplement parce qu'on l'a vu nous aussi…

Kate se perdit dans le désespoir … et s'autorisa d'y sombrer pendant quelques secondes.

« Juste quelques secondes … faut que j'évacue là… mon dieu … ».

Les yeux clos, le corps lourd, elle laissa sa raison et sa détermination s'échapper de son esprit. Faire le vide, s'abandonner, fuir la réalité… quelques secondes au moins.

Puis, parce qu'elle était Kate Beckett, cette femme forte et incorruptible, elle se redressa, ouvrit les yeux et chassa l'impuissance.

- Ok … mettons de côté Vikram un instant. Est-on certain que Jimmy est « L'Avocat » ?

- Non… répondit Castle, après un instant… mais il pourrait l'être, et c'est suffisant pour qu'on se méfie.

Esposito approuva d'un signe de tête, son instinct protecteur envers Kate prenant le dessus.

- De la même manière, nous ne sommes pas sûr que Vikram est un informateur, annonça Alexis, d'une voix hésitante… je veux dire… on doit faire attention aux accusations qu'on porte…

- Alexis a raison, il faut se rendre à l'évidence… on ne sait rien avec certitude au final, conclut Lanie

Ryan, trépignant sur place, s'éclaircit la gorge.

- J'ai … j'ai recherché dans le dossier de Jimmy s'il avait un lien quelconque avec Bracken ou Simmons … j'ai rien trouvé… à part son parcours dans la drogue…

- Je suis d'accord … ça ne l'innocente pas pour autant, dit Kate en croisant le regard de son époux, répondant à son objection silencieuse.

- On peut au moins s'appuyer sur ce que nous a dit Darryl… donc concernant l'organisation, on sait que cela se passe à peu près comme nous l'a dit Jimmy… c'est au moins une base pour repartir, proposa Ryan

- Il y a une chose qu'on oublie et qui pourrait pourtant nous aider à y voir plus clair, annonça soudainement Jackson

Tous les regards se tournèrent vers à l'unisson.

- On sait que « L'Avocat » a des liens avec une branche de la CIA… peut-être devrions nous nous demander si Jimmy a des appartenances à l'agence…

- A moins d'avoir complètement façonné sa vie autours d'un mensonge, je ne vois pas comment il aurait pu intégrer une branche de la CIA… il a une fille, il a fait de la prison… son histoire ressemble à toutes les histoires de n'importe quel dealer du coin, répondit Ryan

- Détrompez-vous lieutenant … la CIA peut être partout. La femme de ménage de votre immeuble pourrait en être, vous ne le remarqueriez pas. En revanche, moi je suis un agent entraîné, et j'avoue que je suis indécis à propos de lui… expliqua Jackson

- Si vous avez un doute, on s'alarme peut-être pour rien… et trop vite, réagit Kate instantanément

- N'oubliez pas qu'il y a des zones d'ombre dans son histoire… et l'impression que j'ai eu en parlant avec lui, est suffisante en ce qui me concerne pour me laisser aller au doute, lui répondit-il

- D'accord mais que faisons-nous alors ? demanda Lanie, qui semblait désemparée par tant de difficultés à gérer

Jackson porta son regard sur elle, « vous êtes tellement loin de votre domaine de prédilection… et pourtant, vous êtes là … ». Sans qu'elle ne comprenne réellement pourquoi, il lui sourit affectueusement.

- Confrontons-le.

- Quoi ?!

La seule voix de Caste résonna dans la pièce, mais aux regards éberlués de ses amis, il savait que sa réaction leur faisait écho.

- Tu… tu as perdu la tête ? demanda-t-il

- Si on veut savoir, on doit le confronter à nos doutes, insista Jackson, d'une voix neutre

- Jackson, commença Kate, si on interroge Jimmy à propos de sa supposé appartenance à la CIA, ou même si on oriente nos question autours de « L'Avocat » », si c'est lui, il va nous voir venir et nous n'obtiendrons rien de lui ! S'il est si manipulateur, il jouera avec nous, comment savoir après cela s'il ment ou si nous pouvons lui faire confiance ?

- Nous avons les moyens disons … techniques et humains… de déterminer s'il ment, riposta Jackson

- Grand père, de quoi tu parles ? demanda Alexis

- De ton père jeune fille, se contenta-t-il de répondre, sans autre explication.

- Euh … je peux savoir dans quoi tu veux me fourrer ? se manifesta immédiatement Castle, sous le regard inquiet de Kate

- Dans rien… mais si j'en crois tes livres, si j'en crois la presse, si j'en crois tout ce que j'ai entendu de toi depuis des années… ton arme la plus redoutable, outre ta charmante épouse… c'est ton intuition mon garçon…

D'abord surprise, Kate s'adossa lentement contre le dossier du canapé, les yeux fixés sur Jackson, l'esprit en ébullition. Son visage paraissait neutre, à l'opposé des sentiments qui se bousculaient pourtant en elle.

- Vous proposez que … Rick se fasse une idée sur Jimmy à partir de ses réponses… et que nous nous fiions à lui… comme ça ?

- N'est-ce pas ce que vous faîtes lorsque vous enquêtez ensemble ? Avant les preuves, avant les témoins … n'accordez-vous pas une importance primordiale à l'avis de Richard, ma chère ?

Kate ne prit pas la peine de répondre. Etait-ce réellement nécessaire d'ailleurs ?

« Evidemment que l'avis de Rick t'incombe plus que tout … il est intuitif… Jackson a raison… »

Ses pensées intimes allaient à l'encontre de ce qu'on lui avait appris à l'académie … « les preuves sont toujours la base de l'enquête » se rappelait-elle avoir si souvent entendu.

Les preuves … quelles étaient-elles au juste ? Et l'intuition de Rick avait souvent fait mouche…

- Vous oubliez une chose Jackson, intervint Esposito. Votre raisonnement tient la route, c'est vrai qu'on a tendance à avoir une oreille attentive à ce que dit ou pense Castle, mais si on en est là, c'est parce qu'il a lancé l'idée que Jimmy puisse être « L'Avocat »… alors ma question est la suivante : à quelle intuition devrons-nous nous fier?

- Voyons les choses sous un autre angle lieutenant Esposito, disons qu'il y a une chance sur deux, que l'intuition de Richard soit confortée après l'interrogatoire de Jimmy… maintenant je vous propose à nouveau l'idée: confrontons Jimmy au sujet de « L'Avocat » et voyons ce qu'il a à nous dire. L'intuition de Richard nous guidera pour la suite.

- Papa… euh … franchement …

- Vous avez raison, coupa fermement Kate. Rick, tu devines l'histoire, depuis toujours… si Jimmy nous mène en bateau, je suis convaincue que tu le sauras. Depuis toujours, tu es capable de me dire si tel ou tel témoin nous dit la vérité… ou si tel suspect est coupable …

Elle se leva pour lui faire face, puis prit ses mains dans les siennes.

- Il y a quelque chose à éclairer autours de Jimmy… que ce soit toi, ou Jackson, vous avez senti quelque chose en lui. Il n'est peut-être pas « L'Avocat », mais il doit savoir quelque chose qu'il ne nous dit pas encore… ou alors il l'est, et je suis persuadée que tu sauras le voir.

- Et de toute façon, l'interrompit Jackson … nous devons avancer. Bennett est une menace clairement avérée dorénavant, et Jimmy est suffisamment suspect de quelque chose pour avoir éveillé en moi un sentiment de méfiance… Maintenant, nous devons prendre position, parce qu'aussi bien avec Bennett, qu'avec Jimmy, nous sommes trop près de la lumière pour ne pas être vus…

Jackson s'avança à son tour vers Castle, les mains toujours solidement liées à celles de Kate. Leurs regards se croisèrent, et Rick y lut la confiance d'un père… la fierté aussi.

- Jouons franc jeu et posons-lui les bonnes questions, lui dit-il simplement.


Javier424  (31.03.2016 à 11:03)

- Umpff… je pourrais avoir un café ? … ou au moins, avoir le temps d'émerger là ? articula difficilement Jimmy.

- Non.

D'une voix ferme, décidée, Jackson avait fixé les règles de cet interrogatoire.

Il n'était qu'à peine plus de 5h du matin et la décision de réveiller Jimmy de la sorte avait fait l'unanimité. La lumière des néons crépitait encore, agressant ses yeux mal réveillés. Il avait face à lui ce groupe d'intrépides qu'il pensait être de son côté, en tout cas, enclins à lui faire confiance.

Et là, souffrant de la lumière, déstabilisé par la soudaineté de ce réveil intempestif, désorienté, fatigué… il ne comprenait plus rien.

Il porta une main près de ses yeux, comme en visière, tentant de se protéger tant bien que mal de la clarté soudaine.

- Je peux au moins savoir ce qui se passe ? Qu'est-ce que vous avez tous ?

Devant le silence imposant de ces visiteurs, le visage de Jimmy laissait apparaître une incompréhension certaine.

« Ils sont devenus dingues ou quoi ?! » pensa-t-il, s'abstenant de leur poser la question directement, s'imaginant sans mal qu'elle pourrait être une remarque de trop.

Il présentait que ce n'était pas le moment de jouer au plus malin avec eux.

- Qui es-tu Jimmy ? demanda simplement Castle

- Quoi ? répondit-il instinctivement.

Kate reporta son attention sur Rick, comme si la seule réaction de Jimmy pouvait avoir déclenchée le célèbre instinct de son mari.

- Attendez là … je sais pas ce qui se passe mais vous avez perdu la tête ou quoi ?

Le regard de Jimmy dériva des uns aux autres, comme pour les passer en revue.

A présent, parfaitement réveillé, son propre instinct le mettait en alerte. Quelque chose s'était produit et aux sons de leurs voix, aux regards lourds posés sur lui, il sentait le risque de voir sa protection être remise en question.

- Ecoutez… je sais pas ce qui se passe, mais il est … quoi ? 5h du matin ? Vous êtes tous là à me regarder comme si j'avais tué ma mère ou je sais pas quoi, la dernière fois qu'on a parlé, tout allait bien et là … vous me faîtes flipper, sérieux !

- Qu'as-tu fait à ta mère Jimmy ? demanda Castle d'une voix sourde et le regard sombre en s'avançant lentement vers lui.

- Rick ?! le rappela Kate, les yeux ronds, la mine visiblement contrariée des nouvelles loufoqueries de son mari.

- Oh désolé … je me suis pris au jeu … s'excusa-t-il, en grimaçant comme un enfant prit la main dans le sac.

- Hum, hum … d'un raclement de gorge exagéré, il reprit son sérieux, s'excusant silencieusement auprès de ses camarades. Jimmy… on a un problème qui soulève des tas de questions … autant te dire que si tes réponses ne nous plaisent pas … c'est toi qui va avoir un problème…

Au fond de la pièce, Esposito et Ryan, se regardèrent, leurs inquiétudes se lisant sur leurs visages. Ils aimaient Castle, mais parfois ils devaient bien reconnaître que son manque de sérieux, généralement au plus mauvais moment, avait le don de les agacer. C'était dans ces moments-là qu'il était le plus évident de constater que Rick et Kate étaient si différents.

Et dans ces moments-là où ils comprenaient bien plus aisément les remarques acerbes de certains, dont Perlmutter, qui ne comprenaient pas ce que Kate pouvait trouver en l'écrivain.

- Mais de quoi vous me parlez ? Quel problème ? Quelles questions ?

L'inquiétude gagnait également Jimmy. La fameuse intuition de Castle n'était pas nécessaire pour le constater, en revanche, il restait à savoir si elle était naturelle et sincère … ou si elle était travaillée de toutes pièces.

- Jimmy … quels sont tes liens exacts avec Bennett ?

- Bennett ? Mais je vous ai déjà tout dit sur lui ?!

- Tu sais Jimmy … quand il t'a dit que tu pouvais avoir des problèmes si tes réponses ne nous plaisaient pas … je crois qu'il faut que tu te souviennes que personne ne sait que tu es ici… et tu sais de quoi je suis capable …

La voix douce et posée de Jackson contrastait horriblement bien avec la menace à peine dissimulée de ses propos. D'ailleurs, le visage de plus en plus blême du jeune homme était meilleure réponse possible à son crédit.

Kate tenta, de son côté, de ne rien montrer de ses émotions. Mais au fond d'elle, le doute subsistait : si Jimmy était « L'Avocat », comment savoir si réellement, personne ne savait qu'il était là, ici, prisonnier supposé sous leur garde ?

Cet homme était suffisamment malin et prévenant pour parfaire à ce genre de menace…

- Ecoutez … la voix tremblante de Jimmy la fit revenir à la réalité. Ok, ok … je crois savoir pourquoi vous me faîtes le coup de la torture psychologique…

- Torture ? On n'en est pas encore là mon jeune ami, déclara doucement Jackson.

A nouveau, Jimmy pâlit et à nouveau, il n'aurait su dire desquels des deux hommes ils devaient le plus avoir peur.

Le mercenaire, qui semblait n'avoir peur de rien et prêt à tout ?

Ou le mari, complètement déstabilisant, insaisissable, qui semblait osciller entre la folie furieuse et le comportement d'un enfant ?

- On ne te fera aucun cadeau Jimmy, alors tu as intérêt à te reprendre à tout nous dire, annonça Castle

-D'accord… d'accord… pourquoi vous pensez que je vous ai pas tout dit à propos de Bennett ? tenta-t-il

- Je crois que t'as pas compris James ! lui souffla Rick d'une voix sourde et autoritaire, les mains se saisissant dans le même temps du col de son t-shirt. C'est toi qui nous parles, c'est toi qui tiens la barre et tu as intérêt de tout nous dire si tu veux pas que le bateau s'éloigne plus du rivage… Tu viens de griller un joker, le prochain t'envoie directement dans la rue, ce qui, tu en conviendras, reviendrait à te coller une cible dans le dos … tu m'as bien compris ?

Le brusque changement d'attitude de Castle eut le don de surprendre tout le monde, surtout Jimmy. Aux sursauts communs de ses amis, se joignit le cri de surprise du jeune homme.

Les yeux ronds, apeuré, dans un réflexe primaire, plaça ses mains sur celles de Castle, tentant désespérément de le maintenir loin de lui.

L'expression du visage de Jimmy laissait clairement voir sa panique et son désarroi.

Puis, au bout de quelques secondes, qui, pour Jimmy, ressemblaient à une éternité, Rick relâcha très lentement la pression, et s'éloigna, tout en maintenant son regard planté dans le sien.

Silencieusement, il tourna le dos à Jimmy, et fit face à ses amis. Tous le regardèrent, mêlant surprise et interrogation. D'une expression quasi imperceptible, Kate comprit que Castle tenait une première information primordiale à leur doute.

Habituée à leurs discussions muettes, elle sut ce que Rick pensait.

« Jimmy n'est pas « L'Avocat »… il est trop … faible … psychologiquement ».

- Je t'écoute Jimmy, lui dit-il simplement, d'une voix nettement plus douce.

-Je … je … ok, je vous ai pas tout dit … mais faut me croire ! ça ne change rien au reste, je vous jure !

- Ca, tu vas nous laisser en juger par nous-mêmes… intervint Kate. On t'écoute…

Reprenant ses esprits, Jimmy souffla un bon coup, avant de se lancer dans des explications qu'ils espéraient leur satisfaire.

- Le dealer … Sherman … c'était pas mes premiers coups …

Ryan, surpris, croisa le regard d'Esposito, puis s'avança vers Jimmy.

- Par « premiers coups », tu parles de meurtres ?

- Oui monsieur … murmura-t-il

« Quel rapport avec Bennett ? » se demandèrent-ils silencieusement.

- Je sais que … je vais devoir payer pour Sherman … mais vous avez dit que vous parlerez pour moi, dit-il en regardant Kate. Je passerai peut-être pas toute ma vie en taule … mais voilà …

Il s'interrompit un instant, cherchant ses mots, tentant de garder un espoir d'être suffisamment convaincant pour ne pas gâcher sa dernière chance d'avenir.

- Il y a quelques années, j'ai merdé avec un autre mec… j'avais bu … et je suis plutôt impulsif… j'ai cogné et comme pour le dealer, j'ai dépassé les bornes… personne l'a su … enfin je croyais … mais y'a quelques mois de cela, je me suis pris la tête avec Bennett … et il m'a menacé en me disant de faire gaffe parce qu'il avait des infos sur tout le monde …et que je pourrais bien regretté certains trucs…du coup, j'ai commencé à douter …

Jackson posa les yeux sur Kate, tentant de déchiffrer ses pensées.

« Cette femme est parfois si fermée… » pensa-t-il. Puis, son regard se porta sur son fils … et comprit à quel point le lien qui les unissait, lui et Beckett était unique.

Rick lisait en elle, c'était évident.

Là où n'importe qui échouait, Rick percevait ses pensées les plus intimes. Une évidence.

- Jimmy… Bennett est sans doute responsable de dizaines de morts… peut-être même plus … pourquoi le fait de savoir que tu avais un autre meurtre sur la conscience te faisait si peur ? demanda-t-il

- Vous devez comprendre … avoir du sang sur les mains, en soit, ce n'est rien…

-Rien ? Tu plaisantes ou quoi ? l'interrompit Esposito.

- Non, non … attendez … ce que je veux dire c'est que quand on est dans ce genre d'organisation, ce n'est rien … mais par contre, s'ils veulent vous piéger, c'est mort pour vous… Ils vous tiennent et vous pouvez rien y faire …

-Je ne comprends pas James, il va falloir être plus explicite mon garçon, le poussa Jackson.

- Quand j'ai compris que vous alliez vraiment vous intéresser à Bennett… j'y ai vu ma seule chance d'être sur qu'il savait rien pour moi… vous aviez pas l'air de plaisanter et je savais que vous n'alliez rien laisser au hasard, alors je me suis dit que si je vous parlais de Bennett, vous alliez creuser un peu plus … c'est pour ça que je vous ai dit que si j'étais une petite souris, j'irais fouiller dans ses papiers… je sais bien que c'était pas très subtil mais je devais savoir …

- Attends … je comprends toujours pas, l'interrompit à nouveau Castle. Pour Bennett, pour le cartel, pour tout le monde, tu es mort… alors pourquoi nous offrir une opportunité de trouver un autre chef d'accusation à ton encontre ? Il te suffisait de faire profil bas… ton explication n'a aucun sens !

- Si, si … elle en a ! S'il vous plait, écoutez-moi !

-Dépêche toi parce qu'on commence à perdre patience, le prévint Esposito.

-Vous avez raison… je suis mort pour tout le monde … mais seulement pour l'instant ! Quand je vais réapparaître, si je veux m'en sortir à peu près, je voulais être sur de n'avoir aucune autre casserole à traîner derrière moi, vous voyez ?

-Tu parles d'un meurtre Jimmy … ce n'est pas « un autre coup » ou « une casserole »…

La voix de Kate le refroidit une nouvelle fois. Son instinct de flic, sa foi en la justice et son serment de protection, lui faisaient haïr les propos de Jimmy. Ce type n'était pas le plus malin qu'elle ait rencontré, ni le plus grand criminel de sa carrière, mais sa légèreté affichait par rapport à ses crimes passés, lui donnait la nausée.

-Donc… reprit Castle, incertain de la conclusion à retenir, si tu as parlé de Bennett, c'était pour t'assurer qu'il n'avait rien sur toi ? C'est bien ça ?

-Ouais … aussi débile que ça puisse paraître, c'est ça… avoua-t-il, d'un air dépité.

-Pourquoi ? demanda Castle de façon abrupte, ne comprenant pas la démarche de Jimmy

-Quand je vais réapparaître, quand cette histoire se terminera, les flics vont fouiller les affaires de Bennett… celles de Boyd et de tout ceux que vous allez déterrer… s'il avait un dossier sur moi, je préférais que ce soit vous qui l'ayez… plutôt que des flics qui ne me connaissent pas …

-Tu te rends compte que, du coup, maintenant, on sait … et qu'on n'aurait peut-être, sans doute même, jamais su pour cet autre meurtre ?

Baissant la tête, Jimmy se sentit idiot. Lui-même se rendait compte désormais que son comportement était plus stupide qu'autre chose.

-Tu comprends aussi que maintenant, il va falloir que j'en tienne compte le moment venu ? déclara Kate, d'une voix presque solennelle.

Cette fois, Jimmy la regarda. Un sourire triste s'afficha sur son visage.

-Je me suis dit qu'avec vous, j'avais une chance de m'en sortir…Je suis vraiment un crétin, n'est-ce pas ?

- Si c'est vraiment une question… commença Rick

-Je pense qu'on s'approche plus de la rhétorique Richard, l'interrompit Jackson

-Quoiqu'il en soit… si tu sais autre chose sur Bennett, crois-moi, c'est le moment de le dire, lui dit Kate.

- Tout ce que je sais, c'est que la prochaine fois qu'on devait livrer l'argent du trafic, les grands boss seraient là… Bennett, Boyd … peut-être même « L'Avocat »… j'ai jamais connu ça, je sais pas comment ça se passe, mais ce qui se disait c'est que que ces mecs-là faisaient pas de cadeau… le moindre ruc faisait de vous un homme presque mort … c'est pour ça que j'ai prévenu Sherman… il fallait que les choses avancent pour moi… avant le 15 de ce mois… j'avais pas envie d'assister à leur petite réunion et de finir raide mort à cause de cet enfoiré de Bennett…

- Quoi d'autres Jimmy ? le questionna Castle

- Quoi d'autres ? Vous trouve que c'est pas assez ? Putain ! En vous parlant de ce gars que j'ai buté, je viens encore de perdre peut-être 10 ans de liberté !

- Je suis sur que tu ne nous dis pas encore tout… lui dit-il calmement

Tous regardèrent Castle, en se demandant ce qu'il avait bien pu déceler chez Jimmy, pour avoir une telle certitude.

- Ok … commença-t-il. Il parait que Bennett gère le fric… je sais pas si c'est vrai… mais c'est ce qui se dit. Il parait qu'il était comptable ou un truc comme ça avant…ce serait pour ça que « L'Avocat » lui accorde toute sa confiance… et je vous jure que je vous ai tout dit maintenant…

Castle se tourna vers ses amis, et sans rien se dire, ils se regroupèrent instinctivement vers le fond de la pièce.

- Bennett gère les comptes ? murmura-t-il… Si c'est vrai, alors on peut peut-être trouver une trace par le biais de Vikram ou de Gates !

-On pourrait l'incriminer directement, précisa Ryan. Pour l'instant, on a toujours rien de concret contre lui, souvenez-vous de ce que nous a dit Gates, on l'aurait notre preuve directe !

- Sauf que vous oubliez qu'on ne sait toujours pas si on peut faire confiance à Vikram …ou pas, rappela Esposito

- Ni même si on peut envoyer Gates au front sans lui faire prendre de risque inutile, précisa à son tour Kate

Un instant, tous laissèrent le silence s'installer entre eux. Un instant de réflexion … un instant pour ne rien laisser passer … un instant pour ne pas risquer d'agir sur un coup de tête …

- Ok … j'ai encore deux ou trois petites questions à poser à notre ami, déclara Castle, en brisant leur cercle, pour se rapprocher à nouveau de Jimmy.

- On a trouvé des photos chez Bennett… qu'est-ce que tu sais la dessus ? demanda-t-il

- Des photos ? De quoi vous parlez ? Je sais pas moi… Quelles photos ?

- Des photos … hum… du genre compromettantes… intimes, lui répondit Castle, en évitant soigneusement le regard de sa femme

- Ah je vois … des photos de vous ? demanda-t-il en laissant échapper un sourire qui en disait long sur les images qu'il s'imaginait

- Hé ! Si tu tiens à tes dents et à ta petite gueule, efface moi tout de suite ce sourire mon pote ! le menaça Esposito

Du coin de l'œil, il perçut la reconnaissance de Kate pour son intervention. Esposito était un ami fidèle et pour lui, Kate, était plus qu'une collègue, bien plus qu'une simple amie.

- Je sais rien pour ces photos… mais ça m'étonne pas de lui … ça colle avec le personnage … il est parano et franchement, même moi, je le trouvais déjà lourd avec les femmes…il les aime pas… alors une jolie femme qui le provoque, c'était peut-être trop pour lui… c'est un vieux pervers dégueulasse… c'est tout ce que je peux vous dire moi…

A nouveau, Castle fit volte-face, entraînant dans son mouvement, ses amis pour reformer ce petit cercle confidentiel.

- Papa, tu n'as trouvé que des photos d'une seule soirée… Bennett ne nous suivait peut-être pas vraiment… en tout cas, aussi dégoutant que ça puisse être, peut-être qu'il voulait simplement se rincer l'œil …

- Je vais avoir la nausée, murmura Kate, en ne pouvant éloigner de son esprit l'image du regard lubrique qu'un homme comme Bennett aurait pu porter sur ce qui était pour eux, un acte d'amour profond et sincère.

- Ne vous méprenez pas ma chère, mais si ce n'est que ça, c'est le cadet de nos problèmes, leur dit Jackson.

- C'est sur qu'il vaut mieux qu'il soit pervers plutôt qu'au courant de ce qu'on fait réellement … appuya Ryan, en réconfortant Kate de son regard.

D'un signe de tête amical, elle le remercia, priant de pouvoir un jour faire regretter à Bennett d'avoir bafouer sa vie privée.

Castle, soucieux de sa femme, lui prit tendrement la main, et lui sourit, lui offrant un soutien empli d'amour.

- On doit déterminer une dernière chose encore, annonça-t-il soudain.

Une dernière fois, il se tourna pour faire face à Jimmy. Son regard se voulait froid, sombre, ferme. Sa voix inflexible, décidée … presque menaçante.

- Jimmy… es-tu « L'Avocat » ?

- Quoi ? ! Vous êtes malade ?! réagit-il en manqua de s'étouffer de surprise.

- La ferme et réponds nous ! ordonna Jackson sévèrement. Je te jure que je t'arrache la langue si tu nous mens…

Jimmy déglutit difficilement, tétanisé par la peur et la surprise.

- Je … je suis pas « L'Avocat » ! … sérieusement ? Pourquoi … pourquoi vous pensez que c'est moi ?! Je sais que j'ai pas été réglo sur deux, trois trucs mais c'est pas moi ! Je vous le jure !

Rick l'observait en silence. Ses pupilles, les traits de son visages, l'intonation de sa voix … Son état d'affolement soudain… presque le désespoir dans le moindre de ses gestes… comme s'il venait de vivre cette question comme une sentence, la fin d'un espoir…

- C'est pas lui… dit-il sans le lâcher des yeux. Il n'est pas « L'Avocat ».

- Bien sur que j'suis pas « L'Avocat » ! Faut être complètement barré pour penser que je suis « L'Avocat » ! Regardez-moi ! Vous avez vraiment cru que c'était moi ? osa-t-il demander

- Avoues que le doute était permis, lui répondit Castle le plus simplement possible.

- Mon vieux … vous me faites flipper et franchement, j'sais pas si je dois avoir peur ou si je peux vous prendre pour un fou sans risquer de vous mettre en boule, mais … y'a vraiment qu'un écrivain pour s'imaginer qu'un mec comme moi puisse être un type comme lui !

- Ok, ok, c'est bon … Jimmy reste tranquille, on a parlé de notre côté, s'interposa Esposito

Kate serra la main de Rick en l'entraînant vers le fond de la pièce. Elle le savait frustré de ne pas avoir pu répondre à Jimmy, comme s'il était nécessaire pour lui de se justifier. Elle le connaissait assez pour percevoir son sentiment partagé entre la vexation et la frustration. Elle s'autorisa à en sourire légèrement, se retenant de ne pas trop monter l'amusement générait par la remarque de Jimmy … et la moue de son enfant de mari.

- Alors Castle ? Heureusement qu'on compte sur ton intuition pour dénicher la vérité… provoqua Esposito, en lançant un clin d'œil complice à Ryan

- Ouais …pour un peu, on passait à passait à côté du grand méchant loup, Castle t'es le meilleur, argua à son tour Kévin, en maîtrisant tant bien que mal son sourire

- Sérieusement les gars ? Vous n'avez jamais eu le moindre petit doute ? Vraiment ?

- Hey ! C'est toi qui nous l'a mis dans le crâne, nous, on s'en est toujours tenu à notre vrai métier … pas besoin de s'imaginer des trucs quand on est flic …

- Ok ! … coupa Kate. Les gars, ne faîtes pas les malins, on y a tous cru … en tout cas, Castle avait raison, le doute était permis …

- Parce qu'il nous a dit que …

- C'est bon Kévin ! … on peut reprendre notre sérieux là ? coupa Kate à nouveau

- Les liens du mariage mon vieux … lui murmura Esposito d'une voix qu'il savait suffisamment audible pour les autres, poussant la taquinerie au plus loin.

- Bon … quand les enfants auront fini de se chamailler, on pourra peut-être rentrer en classe, non ? s'exaspéra Jackson.

- Au moins, reprit Rick, on en sait un peu plus : Jimmy est hors de soupçon, Bennett est peut-être le comptable de « L'Avocat », et il n'est pas du tout improbable que les photos ne soient qu'un … passe-temps ? Désolé, même moi je n'ai pas le bon mot pour décrire les activités de ce type !

Kate ravala un sentiment de dégoût en évitant de penser à ce fameux passe-temps.

- Nous n'en sommes pas surs, je vous le rappelle…

- C'est vrai Jackson … mais peut-être qu'il est temps qu'on prenne quelques risques, et qu'on s'autorise à supposer …

- Kate … c'est exactement ce qu'on s'est efforcé de ne pas faire pour éviter de nous perdre, la mit-il en garde

- Oui …mais le temps joue contre nous. On doit absolument déterminer le rôle de Bennett avant leur grande réunion. Nous n'aurons peut-être pas d'autre chance pour démasquer « L'Avocat ». Le 15, c'est dans un peu plus de 10 jours. On doit savoir où ils vont se réunir, combien ils seront, comment se protégeront-ils … et de notre côté, on doit également déterminer à qui on peut faire confiance pour monter une opération de cette envergure…

- Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Rick

- On ne peut pas envisager de tous les arrêter à 4, Castle…

- Tu oublies mon père !

- Non … je n'oublie pas Jackson … c'est toi que je mets sur la touche … murmura-t-elle

- Quoi ? Non, hors de question que je ne sois pas là Kate, se défendit-il

- Tu n'es pas flic, la question ne se pose pas, lui répondit-elle fermement.

- Mais …

- Nous n'en sommes pas encore là de toute façon, coupa Jackson

Ryan et Esposito, ressentirent le malaise entre les deux époux, et bien évidemment conscients que Kate avait parfaitement raison, ils comprenaient néanmoins la réaction de Castle.

Après tout ce temps, tous ces sacrifices, imaginer un seul instant ne pas être là pour conclure une fois pour toute cette histoire, leur aurait été insupportable s'ils avaient été à sa place.

- Kate a raison … je parle de ce qui nous attend ces prochains jours… reprit-il en adressant un regard à son fils. Nous n'avons pas de temps à perdre. Pour autant … Kate, est-ce qu'il est nécessaire de prendre un tel risque ? Les suppositions ne sont jamais gages de vérité … sinon nous n'aurions pas cette peur au ventre face à elles …

- Jackson …je sais tout ça …mais je suis enceinte … et fatiguée … je mesure les risques, croyez-moi … et j'ai ma propre intuition… j'ai lu dans les yeux de Mark Bennett toute sa perversion … en temps normal, je n'aurais aucun mal à croire qu'il n'est qu'un voyeur … pour lui, avoir ses photos de moi … ce doit être une revanche … ça doit être presque … jouissif… et aussi écœurant que ce soit, je préfère ça…

- Vous préférez penser que c'est ça ma chère … et c'est cela qui me dérange … j'ai peur que vous ne perdiez de vue l'essentiel … on est si près du but Kate… ne laissez pas ce qui vous arrange, vous aveugler…

Kate prit la mesure des propos de Jackson. Ce n'était pas dénué de sens, cet homme était réfléchi et son expérience parlait en son nom.

Elle ferma les yeux, oubliant un instant cet endroit, la fatigue, l'odeur du danger et les doutes. Elle se força à respirer profondément. Elle sentit la main de Rick se glisser dans la sienne, et naturellement, un sourire naquit sur ses lèvres.

Encore une expression du pouvoir qu'il avait sur elle.

Alors, elle se sentit prête à affronter ces prochaines heures, ces prochains jours, presque légère, comme si le contact de la peau de son mari la soulageait, lui retirait un poids sur les épaules.

Elle ouvrit les yeux et sans lâcher la main de Castle, planta son regard dans celui de Jackson.

- Rien de tout cela ne m'arrange Jackson … mais je comprends. Il nous reste une dizaine de jours pour nous préserver, les démasquer, et rendre justice… c'est peu, mais on a déjà fait pire en moins de temps…ce n'est qu'une nouvelle aiguille dans une botte de foin que l'on a déjà isolée…


Javier424  (18.05.2016 à 20:07)

- Tu es prête ? demanda Rick, d'une voix douce et attentionnée. Ca va allait ?

- Babe … je suis enceinte pas malade, ni en sucre, lui répondit-elle en lui offrant l'un de ces sourires qu'il aimait tant.

- Je sais … mais aujourd'hui, tu vois, c'est …

- Je sais… ce n'est pas un jour comme un autre… tout se joue aujourd'hui…c'est le dernier acte…

- Kate… ces derniers mois ont été éprouvants et on y est maintenant… quoiqu'il arrive tout à l'heure, nous avons réussi…

- Tu sais que la réussite ne dépend pas de nous babe ? …

- J'ai confiance…

- Et si tu te trompais ? Si tout dérapait ? Si la situation nous échappait au dernier moment ?

Pour seule réponse, Rick enserra sa femme, épousant son corps, aussi proche qu'il puisse être d'elle. Tendrement, amoureusement, il respira l'odeur de ses cheveux en fermant les yeux.

- Nous savons ce que nous avons fait, ce que nous avons sacrifié, ce qu'on s'est autorisé à faire… ce qui pourra nous être reproché … ce qui nous suivra toute notre vie… mais tu sais… la seule vraie conclusion à tout cela, au fond, c'est notre amour… c'est ce qui compte…murmura-t-il à son oreille.

- Je t'aime babe …et j'ai peur …

Il la serra un peu plus fort contre lui, s'imprégnant toujours plus d'elle. Elle avait besoin de lui… Aujourd'hui peut-être plus que jamais.

- Je t'aime aussi Kate… quoiqu'il arrive, je serai là…

Lentement, il se détacha d'elle et posa ses deux mains sur le ventre à présent bien arrondi de sa femme.

- Pour toi aussi je serai là Junior, sourit-il

- Ne l'appelle pas comme ça …lui dit-elle amusée, malgré la tension de ce jour fatidique.

D'un air solennel, il lui prit les mains, les portant près de son cœur, et de sa voix douce, lui offrit tout ce dont elle avait besoin pour affronter cette journée.

- Mme Castle… allons mettre un point final à cette histoire. Je te promets qu'une fois sortis de cette commission, notre seule priorité sera de trouver un prénom à Junior … puisque tout ceux que je te propose ne te conviennent pas…


Le brouhaha de la salle d'audience se faisait déjà entendre de l'anti chambre dans laquelle Kate attendait.

Des audiences de la sorte étaient rares, convoquée exclusivement pour des faits graves, importants et indéniablement, cette enquête l'était.

Depuis une heure, elle avait été séparée de son mari. Elle savait que tous avaient été auditionnés déjà, y compris Gates, mais elle savait surtout que seule elle était dans le viseur des grands pontes. Elle était responsable, la meneuse d'hommes, celle qui avait décidé et qui avait ordonné.

Elle ne doutait pas du soutien de ses amis, elle les savait fidèles, plus que jamais.

Mais cela ne suffisait pas pour se soustraire à son angoisse.

En fermant les yeux, elle se remémora les derniers préparatifs, leur plan d'action, les dernières heures… l'attente … la décision d'intervenir … puis les cris, les coups de feu et le sang…

73 hommes interpelés, 6 morts pendant l'intervention, 18 blessés… dont 2 flics.

Un bilan lourd en dépit de l'ampleur de l'opération.

Kate ne pouvait s'empêcher de se sentir responsable, malgré l'attention et le soutien de tous.

Les hommes déployés étaient des professionnels, issus des services d'intervention les plus à-même de pouvoir maîtriser les risques et les débordements.

Mais 2 de ces collègues avaient été blessés … et malgré leurs statuts de criminels, 6 hommes avaient perdu la vie.

Un léger coup de pied la ramena à une réalité bien plus enthousiasmante.

Ce bébé qui grandissait en elle, lui assurait de garder à l'esprit ce pour quoi ils s'étaient tous battus. Pour lui, pour la justice, pour l'avenir … ce petit homme était préservé de tous ces dangers. Il viendrait au monde d'ici 3 mois… et cette seule pensée la rassura un instant.

- Ça va aller mon bébé … ça va aller, murmura-t-elle en posant ses mains sur son ventre.

Soudain, la porte s'ouvrit sur un officier qui peinait à cacher son malaise. Kate le connaissait, comme elle connaissait chacun des membres de son poste et certains du Central. Parfois simplement de vue, parfois parce qu'ils avaient échangé quelques mots … mais elle s'était toujours jurée de ne jamais dénigrer ou ignorer un subalterne. Pour elle, ces hommes, ces femmes étaient des collègues… qu'ils sortent de l'école ou qu'ils soient expérimentés.

- Euh Capitaine Beckett ? Ils vous attendent…

- Merci, je vous suis Ken, lui dit-elle calmement

- Capitaine, l'arrêta-t-il juste avant qu'elle ne pénètre dans la salle, je voudrais que vous sachiez que pour moi, et pour beaucoup de mes collègues, nous tous en fait, on trouve que ce que vous avez fait, c'était génial … fallait avoir un sacré courage pour aller au bout et arrêter tous ces gars…

Kate sourit devant les mots hésitants et simples de ce jeune officier. Elle posa sa main sur son épaule et resta fidèle à elle-même.

- Merci Ken … je n'étais pas seule … mais merci … soyez toujours fidèle à vos convictions de policier … toujours

- Oui madame, euh pardon… Capitaine !

- C'est bon, ne vous en faites pas … lui sourit-elle à nouveau. Pour cette fois seulement!

Elle le vit blêmir un instant, avant de lui adresser un clin d'œil de circonstance.

En retour, il lui adressa un sourire et rassuré, lui lança un dernier encouragement.

- Bonne chance Capitaine…


- Capitaine Beckett, veuillez prendre place s'il vous plait.

La voix sourde et autoritaire du Chef de la Police, Harold Miller, résonna dans la salle d'audience. L'affluence des curieux et des officiels lui donnèrent un sentiment de tournis. 6 membres d'une Commission exceptionnelle formée pour juger de ses actes.

« Ne pense pas … »

Immédiatement, elle chercha Rick du regard et lorsqu'elle le trouva, se nourrit de la force de son sourire et de son aura. Près de lui, sa famille. De cœur et de sang.

Les Bros, Lanie, Alexis, Martha et près d'elle, son père. Elle lui sourit affectueusement, laissant au fond d'elle un nouveau sentiment de honte. Elle lui avait tu la vérité depuis des mois, la raison de sa séparation d'avec Rick, son enquête parallèle … les dangers auxquels elle s'était exposée …

Elle savait que son père lui offrait lui aussi un soutien sans faille, mais au-delà de ce cartel, cette enquête concluait l'un des drames de sa vie. La mort de sa mère, tout était encore lié… le fin mot de l'histoire qu'elle avait cru un temps avoir trouvé.

Ce qu'elle avait à dire aujourd'hui, son père devait l'entendre, ses collègues devaient l'entendre… et si cela était possible, la Terre entière devrait l'entendre.

Un dernier combat, les dernières armes, espérant une dernière victoire. Et en finir avec tout ça. Enfin.

- Capitaine Beckett, vous avez pris acte de la raison pour laquelle vous êtes auditionnée aujourd'hui n'est-ce pas ?

Au loin, elle perçut le bruit étouffé d'un appareil photo. Quelques journalistes avaient prit place dans l'auditoire, à la demande de certains membres de la Commission.

Elle n'était pas dupe de la raison. Ils voulaient certainement faire d'elle un exemple. Politiquement, le message serait porteur. Le flic déchue, exemple et contre-exemple de ce que la ville de New York attend des ses serviteurs, jugée par ses pairs comme n'importe quel citoyen lamba.

- Oui monsieur, j'ai pris acte de la raison de ma présence. Et je vous remercie de bien vouloir entendre ma déposition.

Elle se rappela les centaines de conseils reçus plus tôt, « sois politiquement correcte », « sois sûre de toi mais montre leur que tu les respectes », « regarde les dans les yeux, ne leur montre jamais tes doutes », « dis leur que ton mari parlera au maire s'ils te cherchent trop… ».

Elle ne put refréner un léger sourire à cette dernière pensée… surtout en sachant que le maire de la ville faisait parti de cette commission … mais Rick était là, tout le temps… même au pire moment, la résonance de ces mots, maladroits ou sensés, pouvaient la sauvegarder des noirceurs.

- Capitaine, vous êtes là parce qu'en vertu de vos fonctions de policier de cet Etat, vous avez enfreint de nombreuses règles élémentaires. Vous avez adopté un comportement téméraire et parfois complètement inapproprié. Allant même jusqu'à mentir à votre hiérarchie sur des faits extrêmement graves.

Des chuchotements, mêlés à quelques flashs, bourdonnaient aux oreilles de Kate.

« Tu sais ce que tu as fait et pourquoi tu l'as fait… »

- Capitaine, nous attendons de vous des explications, continua la chef de la Police, vos actes ont coûté des vies et ils ont suscité des blessures, parfois graves. Nous ne sommes pas là pour vous juger sur la forme, mais sur le fond. Le NYPD a des règles … vous les avez bafoué. Expliquez-vous Capitaine Beckett.

Le ton était donné. Tout reposait sur sa capacité à convaincre ces hommes et ces femmes du bien fondé de son action.

Elle respira profondément, se leva face à ses juges et planta ses yeux dans les leurs.

- Monsieur, si vous me le permettez, j'aimerais revenir sur le début de cette histoire, pour l'ensemble des auditeurs et pour vous, mesdames et messieurs, les membres de la Commission.

Respectueusement, elle attendit une réaction de son supérieur, qui d'un signe de tête, l'autorisa à continuer.

- Il y environ 8 mois de cela, j'ai entrepris de mener une enquête en parallèle des affaires officielles qui incombaient à ma juridiction. J'ai pris cette décision seule, après avoir compris que ceux qui s'approchaient de trop près de l'objet de mon enquête, finissait par disparaître ou par mourir.

Cette enquête consistait à nuire aux agissements de ce que j'ai compris être le plus important cartel de drogues de cet Etat, et à plus grande envergure, ce qui s'est avéré être l'un des plus importants et des mieux organisés du pays.

Très rapidement, dans les tous premiers jours, j'ai constaté qu'une enquête officielle serait impossible. Dès ces premiers jours, j'ai su que je serai à un moment donné devant vous pour me justifier.

Mais je devais mener mon enquête, je devais empêcher ces criminels de nuire à ma ville.

J'ai officié au sein du FBI durant quelques mois. Je pensais y avoir ma place, pas pour satisfaire mon égo mais parce que je voulais être utile à mon corps de métier, à mon pays.

L'équipe que j'ai intégrée était composée de femmes, d'hommes brillants, professionnels…

Kate prit un moment pour repenser à ces anciens collègues, à eux aussi elle devait cette audition. A leur mémoire…

- Ils sont tous morts aujourd'hui. Tués par des hommes qui se pensaient à l'abri de la justice. Protégés…Les conclusions officielles faisaient la part belle aux zones d'ombres…à tel point que j'ai décidé mener ma propre enquête.

Je savais que j'allais devoir emprunter des chemins parallèles, que j'allais devoir m'éloigner de ceux que j'aimais, sans doute les faire souffrir. Mais je le devais au nom de la justice et au nom des serments que j'ai pris envers la ville qui m'a vu naître et grandir.

Kate s'interrompit un instant, se plongeant dans les arguments maintes et maintes fois répétés ces dernières semaines.

Elle déglutit, toujours plus décidée et de moins en moins impressionnée.

D'une voix plus forte, plus maîtrisée, elle reprit son récit.

- Ma ville … votre ville. New York. Cette ville que j'aime et pour laquelle je me bats tous les jours que dieu fait. Mesdames, messieurs, j'en découvrais les secrets des bas fonds, et cela, un peu plus tous les jours.

Que les choses soient claires, je vous parle ici de corruptions, de violences, de meurtres, de trafics de drogues, de manipulations, de trahisons… je vous parle de tout ce qu'un flic se doit de refuser. De tout ce que tout citoyen de cette ville, ou d'ailleurs se doit de refuser.

J'étais prête à me battre seule s'il le fallait. Je l'aurais fait, et je l'avoue, j'aurais pu sacrifier encore plus si je n'avais pas reçu le soutien de mes amis, de ma famille.

Elle s'interrompit à nouveau, et se tourna vers ses proches. Les mêmes sourires d'encouragements, le même amour au fond des yeux de Rick. La même compréhension dans ceux de son père.

- Je suis un policier fidèle à ses valeurs. Je suis droite, fiable, sincère, déterminée et, je pourrais le jurer sur tous les saints, incorruptible. A jamais.

J'ai toujours été ce policier. J'ai toujours été fidèle à moi-même. Fidèle à vous. Mes supérieurs, mes concitoyens, mes amis, ma famille.

Fidèle en ma fonction. En ce qu'on attendait de moi. Je n'ai jamais failli. Mes états de service en témoigneront.

Mais pourtant, j'ai agis à l'encontre des règlements. J'ai été jusqu'à vous mentir, monsieur.

Elle porta un regard sincère à l'attention du chef de la Police, qui lui, semblait rester impassible.

- Et ce que je m'apprête à vous dire ne va certainement pas jouer en ma faveur, mais je vous l'ai dit, je suis un policier, une femme honnête et sincère. Je ne commencerais pas aujourd'hui à fuir celle que je suis dans l'espoir de me protéger.

Mesdames, messieurs, je ne regrette pas ce que j'ai fait. Je ne regrette pas d'avoir bafoué les règles du NYPD, je ne regrette pas de vous avoir menti, je ne regrette pas d'avoir menti à mes amis, à mes collègues, à ma famille … à mon mari. Et parce qu'ils me connaissent, parce que nous avons cette même conviction en commun, cette même force, cette même foi … ils m'ont compris et pardonné. Et aidé.

Ensemble, nous avons suivi les pistes, jour après jour, impasse après impasse, de doute en certitude, de peur en espoir…

Nous avons finis par identifier un certains nombre de protagonistes. Des exécutants pour beaucoup, mais aussi des plus influents au sein du cartel.

Et rapidement, nous avons compris que la corruption sévissait à tel point que la prudence serait notre atout principal.

- Capitaine Beckett, la coupa le chef de la Police, nous apprécions votre engouement pour nous présenter les faits, mais l'oratoire en a déjà connaissance. D'ailleurs, permettez moi de vous remercier personnellement et au nom de la police de New York, pour l'immense contribution que vous avez apporté à notre ville. Cette commission ne dénigre en rien la qualité de vos états de service, ni l'abnégation dont vous avez fait preuve pour anéantir ce fléau mortel, qu'a été ce trafic de drogue.

Kate le fixa, s'encourageant mentalement à ne rien montrer de ses émotions. Comme lui savait si bien le faire.

- Merci monsieur, lui répondit-elle simplement.

- Cependant, je me dois de vous recadrer sur l'objet principal de votre audition. Nous savons ce qu'il en a été de votre enquête. Ce que nous voulons à présent, c'est connaître les raisons qui vous ont poussé à aller si loin… à commencer par cette incroyable fumisterie concernant la supposée mort de James Paretti.

A l'énoncé de son nom, la salle émit un énième bourdonnement. Kate savait pertinemment qu'avoir caché Jimmy serait un des piliers de ses détracteurs. Elle s'y était préparée. Rester à convaincre.

- James Paretti nous est tombé dessus, commença-t-elle. Nous ne nous y attendions pas. Nous l'avions identifié, nous l'avions localisé… mais nous ne nous attendions pas à retrouver le cadavre du lieutenant Gamberson que nous connaissions à l'époque sous le pseudonyme de « Sherman ». Nous étions face à un dilemme. Emmener James au poste, aurait signifié signer son arrêt de mort. Mais ne pas l'arrêter… cela voulait dire enfreindre le règlement.

- C'est ce que vous avez choisi de faire, l'interrompit l'une des femmes devant elle.

- Oui madame. J'ai décidé de ne pas emmené cet homme au poste.

« Et je ne vais pas te laisser me déstabiliser… qui que tu sois… »

- Pourquoi Capitaine ? lui demanda le chef de la Police

- Parce qu'il serait mort, dans l'heure qui aurait suivi sa mise en garde à vue, lui répondit-elle sans trembler.

- Vous êtes en train de nous dire que vous avez choisi de violer les lois pour lesquelles vous avez juré allégeances, parce que vous n'y croyiez pas ?! Ne vous ai-je pas entendu nous dire tout à l'heure que vous étiez un policier et une femme droite et fidèle à vos convictions ? ! reprit la femme

- Non madame. Ce n'est pas ce que je dis, répondit-elle fermement, mais respectueusement.

Mes convictions n'ont jamais été ébranlées. Ni ma foi en mon métier. Mais j'ai constaté de moi-même que certains ont su contourner ces mêmes lois que je défends. Je vous parle de cette corruption tellement abjecte et tellement ancrée, que des témoins capitaux en étaient morts… Darryl Kane avait été auditionné … et après nous avoir parlé, il est mort de façon complètement dénuée de sens. Même l'ex-sénateur Bracken, pourtant impliqué auparavant de ce trafic, a subi les foudres de cette même corruption qu'il avait lui-même bâti.

James Paretti n'aurait pas survécu. C'était la malheureuse évidence qui se présentait à nous.

- Donc vous … vous avez bafoué la loi pour protéger cet individu ? Est-ce bien cela Capitaine ?

- Oui… le protéger lui, en tant que témoin. Et en tant que citoyen de ma ville. Pour autant, les choses étaient claires avec James. A aucun moment, aucun, il n'a été question de le laisser repartir libre ou même de négocier son témoignage. Nous lui avons offert notre protection, le temps de découvrir et démasquer les dirigeants et tous les acteurs de ce cartel. Et il savait que c'était au-delà de tout ce qu'il pouvait espérer s'il n'avait pas coopérer.

- Pour les membres de la Commission, et l'auditoire présent ce jour, je tiens à préciser que M James Paretti purge actuellement une peine de 15 ans de prison dans une prison d'Etat dont la localisation est tenue secrète pour des questions de sécurité. Il bénéficiera à sa sortie du programme de protection des témoins, mentionna le chef de la Police, toujours aussi sobrement.

- Je voudrais préciser autre chose également, annonça Kate. James nous a apporté son aide, il n'a jamais nié son implication dans le meurtre du lieutenant Gamberson. Ni même dans le trafic de stupéfiants, ou dans ces actes passés. Mais il avait à cœur de réparer certaines de ses erreurs. Il ne nous a rien demandé, ni aide, ni complaisance…il voulait vivre, tout simplement.

- Merci pour cette précision Capitaine. Je pense que la Commission en sait assez à ce propos pour se faire une idée sur votre état d'esprit à ce moment là.

A présent… vous avez mentionné l'audition de Darry Kane, parlez-nous des raisons qui vous ont valu de lui refuser la présence de l'avocat qu'il avait demandé…

Le deuxième gros morceau… peut-être le plus terrible pour la conscience de Kate. Darryl était mort à présent, peut-être aurait-elle pu l'éviter ?

- Cela également, je ne vais pas le nier monsieur.

A nouveau, les murmures se propagèrent dans la salle, juste derrière elle.

- Darryl Kane a été entendu, dans mon poste, par mes soins. A un moment donné, il a mentionné son droit à un avocat.

Elle s'interrompit, puis fixant à nouveau ses juges, elle reprit.

- J'ai délibérément refusé ce droit à M Kane.

Les murmures s'intensifièrent et bourdonnèrent de plus belle.

- Je vais continuer dans l'honnêteté… Aujourd'hui encore, je ne pense pas avoir eu tort.

Elle s'efforça d'ignorer les réactions derrière elle, en continuant son récit.

- Une fois encore, je savais que la corruption faisait rage, mais avant Darryl, je n'imaginais pas à quel point elle était présente. Je savais que si j'acceptais la présence d'un avocat, Darryl ne nous parlerait plus, et nous avions besoin de son témoignage.

- Cela va complètement à l'encontre de vos devoirs Capitaine ! s'exclama un homme avec véhémence.

- Oui monsieur, vous avez raison. Et jamais je ne l'avais fait, et dieu m'en préserve, jamais plus je n'aurais à le faire.

- Il n'y a pas que dieu qui peut vous préserver de cela… sachez que notre jugement pourrait bien se substituer au sien, lui dit le plus arrogant de ses juges.

- Mais je le sais… et j'espère être entendue et comprise… monsieur.

Kate ne le lâchait pas des yeux. Mark Bennett.

S'il y avait une triste ironie dans cette audition, sa présence remportait tous les suffrages.


Javier424  (20.05.2016 à 20:03)

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