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Série : Castle
Création : 22.03.2020 à 12h07
Auteur : Minefuji
Statut : Terminée
« Une histoire qui me trotte dans la tête depuis quelques temps. Je vous laisse découvrir où mon esprit un peu tordu est parti cette fois-ci. » Minefuji
Cette fanfic compte déjà 125 paragraphes
Chapitre soixante et onze
Pendant que Swan faisait un résumé de ce qu’elle savait à Jamie, Castle leur tournait le dos fou de jalousie.
- Jusqu’en 1982, votre frère, William, était le propriétaire d’une casse, qu’il a soudainement vendue en 1983, dit-elle.
- C’est exact, approuva Jamie.
- Puis il est devenu chef de projet dans un journal.
- Oui et il a été promu chaque année, ajouta Jamie. En cinq ans, il en est devenu le directeur.
- C’est assez difficile à croire, dit Swan. Il n’a pas été recruté, seulement nommé, comment a-t-il pu devenir directeur en seulement cinq ans?
- J’ai été aussi surpris que vous, déclara Jamie. À l’époque, il avait des invités presque tous les jours et aucun n’était journaliste.
- Il a rencontré des hommes de quel milieu, s’il ne s’agissait pas de journalistes? Demanda Swan.
- Oh! Des entrepreneurs, des investisseurs de tous horizons... Global Investissement entre autres, vous avez peut être entendu parler d’eux. Le journal était en grandes difficultés à l’époque et puis il a été racheté par Global Investissement et peu après, mon frère William est devenu directeur du journal. Aujourd'hui il est devenu le média très puissant que vous connaissez.
Castle les écoutait de l’autre bout de la pièce, espérant que la déception de Swan à son sujet ne la pousserait pas dans les bras de ce bellâtre. Il devait reconnaître que Jamie n’était pas pourri comme son frère, mais il n’empêchait qu’il s’entêtait à lui cacher son histoire et surtout le fait que sa mère était encore en vie et ne l’avait pas abandonnée. Il était loin d'être un modèle d'honnêteté et de franchise...
- Ça va faire trente-huit heures que je n’ai pas dormi, grommela M dans l’oreillette de Castle. Je dois pirater la base de données de l’immigration pour créer ton visa. Pourquoi diable as-tu choisi la Russie? En plus de ça, je dois surveiller les hommes de Finch et William Bracken...
- Le maître! S’exclama Castle. Il est au commissariat ? Il a été arrêté?
- Ne t’inquiète pas pour lui, le rassura M, tu ne le connais toujours pas? Il sera sorti d’ici demain!
- Le maître aime trop sa liberté, il ne peut pas aller en prison. Je devrais peut-être aller le libérer... murmura Rick sans tenir compte de ce que M venait de lui dire.
- Calme-toi! Tu me donnes mal à la tête! Cria M à bout de nerfs.
Il ôta son oreillette en grimaçant M était vraiment très irritable quand elle avait sommeil, plus encore que quand elle avait faim! Il revint dans la pièce où Swan et Jamie riaient. Bon sang ce qu’il pouvait détester de la voir aussi joyeuse avec un autre! Était-il si drôle que ça? Vraiment? Il était plutôt le genre de gars hyper sérieux, toujours premier de la classe.
L'entrevue terminée, Jamie leur confia les dossiers qu’il avait accumulés sur les entreprises et sur les personnes qui tournaient autour de son frère : remonter la piste de l’argent et découvrir l’origine de la fortune de William leur permettrait peut être de remonter jusqu’à Loksat. Brett, son journaliste à tout faire et bras droit les aiderait dans cette tâche.
Swan emmena donc Brett et Rick chez son père, le meilleur endroit pour enquêter discrètement selon elle. Royce et L’ours les regardèrent de travers, cherchant lequel des deux jeunes gens qui accompagnaient Swan, l’avait fait pleurer l’autre soir.
Ils finirent toutefois par les laisser travailler tranquillement dans le bureau de Royce, lorsqu’ils furent certains que Swan allait bien et quittèrent le café.
Castle rongeait son frein tandis que Brett se rapprochait de Swan à la moindre occasion pour lui montrer un passage dans l’un des nombreux documents que Jamie leur avait confiés.
Ne tenant plus en place, il se rendit près du comptoir pour tenter de se servir un café. Mais même une action aussi simple que celle-là lui posait problème tant il avait du mal à se concentrer sur autre chose que Swan.
La jeune femme arriva sans qu’il ne s’en rende compte et lui prit la tasse qu’il tenait dans la main pour lui servir son café.
Elle posa la tasse sur le comptoir devant lui, ainsi donc elle ne l’ignorait pas totalement.
- Est ou Ouest? Choisis, dit-elle.
- Quoi?
- Choisis! Est ou Ouest! Répéta-t-elle calmement.
Bon sang, elle était encore plus effrayante quand elle était calme!
- Euh... Est! Choisit-il.
Elle fit le tour du comptoir et vint s’y adosser près de lui.
- Je te parlerai dans une minute, annonça-t-elle.
- Qu’est-ce que c’était Ouest? Demanda Castle curieux.
- Un câlin pendant dix secondes.
- Ah! Je change ma réponse! Ouest! S’empressa de répliquer Castle en s’avançant vers elle.
Elle recula en riant.
- Au moins tu as ri, c’est bien, soupira-t-il en reprenant sa place à côté d’elle.
- Quoi?
- Je croyais que tu m’en voulais, tu ne me regardais même pas, expliqua-t-il.
- Je n’étais pas fâchée, je me retenais.
- Tu te retenais?
- Mhm... Oui. Je me retenais de te prendre la main.
Sérieux? Songea Castle en tournant la tête vers elle avec l’envie furieuse de la serrer dans ses bras tant entendre ces mots faisait bondir son cœur dans sa poitrine.
- Je veux le prendre dans mes bras et lui parler toute la nuit, avoua-t-elle. Je veux l’embrasser aussi...
Castle se tourna un peu plus vers elle, touché.
- Je voudrais faire tout ça, mais je me retiens! Ajouta-t-elle plus fermement. Et me retenir autant ça m’énerve!
Elle fit mine de s’en aller, il l’a retint par le bras et vint se placer en face d’elle.
- Quoi? Demanda-y-elle impatiente.
Il secoua la tête, incapable de tout lui avouer, il était encore trop tôt. Elle soupira. Pourquoi ne pouvait-il pas lui faire confiance ?
- Il n’est pas encore venu, cet idiot, lâcha-t-elle.
- Il a peut-être une bonne raison...
- Je sais. C’est ce que je pense aussi, murmura-t-elle.
- Vraiment?
- Oui. Mais c’est quand même un idiot, non?
- Oui, reconnut-il.
- J’attendrai, dit-elle dans un énorme soupir. J’attendrai, mais ça m’énerve!
- Je sais...
Elle posa sa tête un quart de seconde sur son épaule et s’éloigna de lui avant qu’il n’aie le temps de réagir et de la prendre dans ses bras.
Au même moment, alors qu’elle revenait vers ses écrans, une brosse à dents à la bouche, l’attention de M fut attirée par la vidéo de la caméra située devant chez William Bracken. On y voyait un homme qui s’éloignait de monsieur Flynn après lui avoir parlé. C’était bizarre, quelque chose clochait.
Chapitre soixante-douze
Miyagi terminait son repas, quand Sorenson arriva dans la salle d’interrogatoire avec son dossier sous le bras.
- Vous avez mangé? Demanda Miyagi.
- Oui, j’ai presque terminé.
- Bon appétit, alors, sourit Sorenson en s’installant face à lui.
- Vous vous améliorez en cuisine ici! Dit Miyagi en avalant une autre bouchée. La cuisson du riz est parfaite! C’est la carte des vins qui laisse encore à désirer...
- Ryô Miyagi, lut Sorenson, incarcéré pendant onze ans et trois mois pour avoir comploté contre le gouvernement... libéré en 1984... Actuellement domicilié à Soho...
- Ah oui? C’est un quartier agréable, sourit Miyagi.
- Vous connaissez Victoria Gates ? Demanda soudain Sorenson.
- On dirait le nom d’une femme...
- Elle est allée vous voir en prison cinq fois. Vous devriez vous en souvenir... Victoria Gates. Inspectrice à la brigade contre la cybercriminalité à l’époque. Ma supérieure. Je l’aimais beaucoup...
- Vous l’aimiez beaucoup ? Répéta Miyagi en riant. On croirait entendre un enfant qui parle de sa maîtresse d’école.
- Elle pouvait pirater tout ce qu’elle voulait, si une maîtresse d’école enseignait ce genre de choses à ses élèves, notre monde filerait droit à la catastrophe... rétorqua Sorenson. Je n’étais qu’un bleu et elle m’a beaucoup appris. Mais il s’est passé quelque chose dans le parking, hier soir. C’était sa façon de pirater, celle qu’elle m’a apprise...
Miyagi ne répondit pas. Il posa sa fourchette sur son plateau et écarta le col roulé de son pull. Quelque chose clochait.
- Inspecteur, annonça Miyagi. Je crois que je vais devoir me rendre.
- Vous rendre? Répéta Sorenson surpris.
- La vérité, c’est que je suis Storm! Annonça Miyagi.
Le détective activa son magnétophone et ouvrit un document sur son ordinateur pour recueillir les aveux de Miyagi.
Dans Central Parc, Castle, qui faisait son footing matinal, reçut un appel de M.
- Oui?
- Quelque chose ne va pas, annonça-t-elle.
- Quoi?
- Il y a une heure, un des hommes de W. Bracken a rencontré quelqu’un... Il m’était familier, je l’avais déjà vu quelque part... Je n’ai pas arrêté d’y penser...
- Va droit au but, s’il te plaît.
- Il s’agit d’un des hommes de l’équipe de Sorenson, dit M d'un ton grave.
Castle jura et fila à toute vitesse. Ce type avait décidément réussi à corrompre la ville toute entière!
- Je suis devenu Storm un an après être sorti de prison, c’était le nom d’un magazine que nous avions créé avec un ami au lycée. C’était cool, expliqua Miyagi son éternel sourire moqueur vissé sur ses lèvres.
- Vous avez dû vous associer avec un hacker, répliqua Sorenson.
- Évidemment. Mais on ne s’est jamais vus et on ne se connaît pas. C’est comme ça dans ce milieu.
- Votre première mission? Demanda Sorenson.
- On peut commencer par la dernière? Proposa Miyagi. Je n’ai pas beaucoup de temps.
Sorenson leva la tête surpris, mais accéda à sa demande.
- Votre dernière mission? Demanda donc Sorenson.
- Vous connaissez le propriétaire de Dailynews, William Bracken? Demanda Miyagi. C’était mon client.
- Vous connaissiez monsieur Jonas? Demanda Sorenson en pianotant sur son ordinateur pour noter tous les éléments du témoignage de Miyagi. Et Monsieur Treadwell ?
- Oui, bien sûr! J’ai vidé son coffre-fort ! Répondit Miyagi en souriant fièrement.
- Il ne s’est pas suicidé, n’est-ce pas ?
Miyagi eut un soubresaut et un filet de mousse apparut au coin de sa bouche.
- Euh... Monsieur Miyagi... bredouilla Sorenson surpris.
- Je vous l’ai dit, je n’ai pas beaucoup de temps, sourit le vieux Schnock avant de s’écrouler sur la table.
- Hé! Miyagi! Oh! Cria Sorenson avant de se précipiter hors de la pièce pour aller chercher de l’aide.
De son côté, Swan étudiait la vie de William Bracken et son incroyable ascension depuis l’héritage de la casse familiale jusqu’à la direction d’un grand journal national. Pour cela, elle lisait tous les articles de journaux que Jamie avait réunis dans l’un de ses dossiers. Très vite, la jeune femme fut intriguée par la compagne de William, qui avait dû abandonner sa très prometteuse carrière d’avocate suite à un grave accident. Elle resta plusieurs minutes devant la photo de Johanna par qui elle se sentait étrangement attirée. Que lui était-il arrivé ?
Peu de temps après, Castle se gara non loin des locaux de la brigade où était détenu son vieux maître, bien déterminé à le sortir de là.
Un fourgon de la morgue se trouvait en face du bâtiment d’où sortirent des hommes poussant une civière sur laquelle reposait un corps recouvert d’un drap. Parmi eux se trouvait Sorenson, il avait l’air plus que contrarié. Castle s’arrêta à une trentaine de mètres d’eux.
Un bras recouvert d’un bandage apparut sous le drap au moment où la civière descendit du trottoir. Il ne lui en fallut pas plus pour découvrir l’identité du défunt.
Le temps s’arrêta et son cœur loupa plusieurs battements. Ce n’était pas possible. Vieux Schnock !
Castle fit quelques pas, quand un homme, puis deux et trois tentèrent de l’arrêter. Il les repoussa comme s’il ne les remarquait même pas. Hayley arriva à son tour et avec l’aide des trois autres, l’obligea à reculer et à revenir près de sa voiture. Il ne pouvait plus rien pour Miyagi.
La fourgonnette disparut au coin de la rue, emportant son vieux maître.
- M nous a dit de ne pas te laisser, dit Hayley en tentant de l’empêcher de monter dans sa voiture.
Castle souffrait tellement, qu’il n’entendait plus rien. C’était un cauchemar, il allait se réveiller! Il fallait qu’il se réveille! Il repoussa la main d’Hayley, qui tentait de le réconforter et monta dans sa voiture. Les autres ne purent rien faire pour l’empêcher de démarrer.
Dans son antre, M était anéantie. Elle s’était attachée au vieux Schnock malgré tout ce qu’elle pouvait en dire. Son téléphone sonna. Elle s’avança telle un zombie et décrocha.
- On n’a pas réussi à l’attraper, patron! Dit Hayley à l’autre bout de la ligne. L’un de nos coursiers est à sa poursuite. Qu’est-ce qu’on fait? chef?
M resta silencieuse plusieurs minutes.
- Dans quelle direction est-il parti? Murmura-t-elle finalement.
Peu après, le cœur lourd, M appela Jamie Bracken.
- Allo? Demanda celui-ci alors qu’il se préparait à se rendre à son journal.
- Vous souvenez-vous de Ryô Miyagi? Demanda M. Il me semble que vous étiez proches à une époque...
Sorenson était fou, comment avait-on pu assassiner son suspect sous son nez? Il ordonna que l’on fasse une autopsie en urgence et que l’on obtienne les vidéos des caméras de surveillance aux abords, ainsi qu’à l’intérieur de son commissariat, depuis la veille au soir, jusqu’à huit heures ce matin là.
- Fais-le tout de suite, ordonna-t-il à son collègue, avant que quelqu’un ne les efface.
Chapitre soixante-treize
Castle entra dans les locaux de la morgue d’un pas décidé . Il n’avait pas pris la peine de se changer, ni d’essayer d’y entrer discrètement. Rien ne comptait pour lui à ce moment là, à part son vieux maître.
Tel un automate, il se rendit jusqu’à la salle où reposait le corps de Miyagi, assommant au passage les pauvres employés qui lui barraient la route. Il s’approcha et après quelques hésitations, il souleva le drap qui recouvrait le corps et recula aussitôt comme s’il s’était brûlé. Le sourire moqueur du vieux Schnock avait disparu.
À son tour, Jamie arriva dans les locaux de la morgue. Il avait à peine franchi la porte d'entrée qu'il fut interpelé par Sorenson, qui se présenta en lui rappelant au passage qu’il était le lieutenant de la cybercriminalité que Jamie avait contacté pour lui dire que Storm était proche du lieutenant Swan.
- Ah... Oui, fit Jamie perdu.
- Que faites vous ici? Demanda alors Sorenson.
Un peu plus loin, dans la salle où reposait Miyagi, Storm se prenait la tête dans les mains, assommé par la sinistre réalité qui venait de le frapper.
- ... C’est ... C’est pas vrai... Hein? Bredouilla-t-il devant le corps de son vieux maître. Je me souviens... qu’un jour tu m’as fait une blague de ce genre... C’est bon, tu m’as eu alors lève-toi maintenant! Hé! Vieux Schnock ! ... Tu vas trop loin cette fois! Hé! maître!
Castle suffoquait, la douleur, le chagrin étaient trop forts. Qu’allait-il devenir sans lui?
- Hé! Qu’est-ce qu’il s’est passé ici? Demanda Sorenson en découvrant l’employé de la morgue assommé au milieu du couloir.
Alors que Sorenson s’occupait de l’employé, Jamie comprit immédiatement que Rick devait se trouver auprès de Miyagi. Il se précipita dans la salle où se trouvait le corps de son vieil ami, prêt à intervenir pour aider Rick à fuir.
Heureusement, ce dernier était déjà parti. Et lorsque Sorenson arriva dans la pièce, il ne trouva que Jamie se recueillant devant le corps de Miyagi.
- Vous le connaissez? Demanda Sorenson.
- Oui... Je le connaissais...
- Puis-je vous demander comment cela se fait que vous soyez déjà là, alors qu’il vient à peine de décéder? Demanda encore Sorenson.
- Il était comme un membre de ma famille, murmura Jamie ravagé par la douleur. Quand un membre de ma famille meurt... Je le sais.
Peu convaincu, Sorenson s’éloigna et retourna dans le couloir.
Ivre de douleur, Jamie se pencha sur le corps de son ami.
- Miyagi, murmura Jamie en larmes, ne t'en fais pas, je prends le relais.
Cette histoire craignait vraiment. Sorenson appela son collègue et ordonna de mobiliser tous les membres disponibles de la brigade afin de venir en renfort pour protéger le pare-feu de la police, car ils auraient sûrement sous peu des invités indésirables sur leur serveur. Leur objectif serait sûrement le témoignage de Miyagi, ils allaient leur tendre un piège.
Rick fonçait au volant de sa voiture, bien décidé à venger celui qui à sa manière bien particulière avait un jour débarqué dans sa vie et endossé le rôle de père de substitution. Les larmes dévalaient le long de ses joues et lui embrouillaient la vue, tandis que les souvenirs heureux avec Miyagi affluaient dans son esprit.
- Pour ton anniversaire, tu dois prendre du bouillon aux algues, avait expliqué un jour Miyagi au jeune Rick.
- De la soupe aux algues? Grimaça Rick.
- Oui, c’est la tradition!
- La tradition, ce ne serait pas plutôt un gâteau? Avait rétorqué Rick. La soupe aux algues ne fait pas du tout partie de la tradition américaine!
- Beah! Un gâteau? On ne sait pas qui l’a préparé ou touché! Non, rien de tel que la soupe aux algues. Regarde, c’est une femme du magasin du coin qui me l’a appris: il faut de l’eau, un beau morceau de viande, dit Miyagi en le jetant dans l’eau bouillante, quelques bons légumes et des feuilles d’algue!
Il avait pris une paire de ciseaux et découpé la feuille au dessus de la casserole sous le regard médusé de son jeune apprenti.
- Hé! Il faut les laver avant, non? S’était écrié Rick.
- Pas la peine, l’eau bouillante tue tous les germes.
Les souvenirs heureux en compagnie de ce type bizarre, ami de son père, qui l’avait pris sous son aile, inondaient l’esprit de Rick. Grâce à lui, il avait pu trouver la sécurité nécessaire pour s’apaiser et bien grandir. Il avait pris des cours par correspondance et décroché ses diplômes brillamment. Il se souvenait parfaitement du jour où il était venu voir son vieux maître en exhibant son diplôme.
- La vache! Tu as vraiment réussi, avait répondu Miyagi lorsqu’il lui avait fièrement annoncé la nouvelle.
- Allez ! Donnez-moi la valise, maintenant ! Je l’ai méritée! Avait demandé Rick fou de joie.
- C’est que... J’ai travaillé dur pour l’avoir! Avait répondu Miyagi réticent.
Cette valise, cela faisait des années que le vieux Schnock entretenait le mystère de son contenu, expliquant que ses incroyables capacités au combat lui étaient dues.
- Allez ! Avait insisté le jeune Rick impatient et surexcité. Il y a tous les secrets des arts martiaux là-dedans! J’ai eu mon diplôme! Je l’ai méritée! Avec ça, vous avez dit que je deviendrais trois fois plus fort, au moins! J’espère que vous avez raison.
- Ça, ça dépend des gens! Toi, tu es une page vierge, avec ça, tu vas sûrement beaucoup apprendre, avait répondu Miyagi hilare en sortant la valise de sa cachette.
Rick avait pris la valise avec dévotion et l’avait ouverte avec milles précautions, tandis que Miyagi faisait une danse étrange comme souvent.
- Des magazines de charme? S’était écrié Rick en découvrant le contenu de la valise. C’est quoi ces trucs? « Femmes seules » « Ne me laisse pas »... Espèce de pervers!
- Hé! C’est super dur à avoir ces trucs là! Avait protesté Miyagi. Tu n’imagines pas le temps qu’il m’a fallu pour réunir une telle collection!
Une voiture surgit de nulle part et s’arrêta pile devant la voiture de Rick, l’obligeant à s’arrêter. Jamie en sortit précipitamment.
Castle se déporta pour passer, mais Jamie se plaça en travers de sa route. Le jeune homme sortit à son tour de la voiture, tant pis, il irait à pieds.
- Ricky arrête-toi! Dit Jamie en tentant de lui barrer le passage. Une femme m’a appelé et m’a dit que tu viendrais sûrement ici. Je dois t’en empêcher ! Arrête toi! Elle a dit que tu allais tuer cet enfoiré, tu ne vas pas le faire, n’est-ce pas?
Sans prendre la peine de répondre, Rick le repoussa et continua son chemin.
- N’y va pas! S’écria Jamie en venant à nouveau lui barrer le passage. Tu ne vas pas devenir un meurtrier à cause de ces minables!
Chapitre soixante-quatorze
Les deux hommes en vinrent aux mains, Jamie ne faisait pas le poids et reçut une belle raclée. Castle arrêta son geste lorsque Jamie tomba à genoux, toussant et grimaçant de douleur.
- Miyagi n’aurait pas voulu ça, tenta Jamie lorsqu’il eut retrouvé un peu de souffle. Tu le sais très bien!
L’argument fit mouche.
- Qu’est-ce que je suis censé faire alors? Cria Rick perdu.
- Je vais trouver un moyen. On peut...
- De quoi tu parles? Je te parle de maintenant ! Qu’est ce que je dois faire? Il faut que je fasse quelque chose, ou bien je... Hurla Rick fou de douleur.
- Je sais ce que tu ressens! je suis passé par là. Ça a été dur, très dur pour moi aussi! C’était un enfer! J’ai eu les mains liées pendant dix-huit ans! Hurla à son tour Jamie. Alors laisse moi un peu de temps, je vais trouver un moyen.
- J’ai dit au maître de venir ici! S’emporta Rick en larmes. Il ne voulait pas, mais j’ai insisté pour qu’il vienne!
- Ricky...
- Je l’ai forcé à m’avouer des choses... Je me suis énervé contre lui pour ça... J’étais aveuglé par la colère! Il est revenu après tout ce temps et on n’a même pas partagé un repas ensemble ! Mais tu sais... Ce vieux Schnock... avoua Castle en pleurs.
- Pleure, dit Jamie. C’est bon de pleurer, Ricky...
- Ce vieux Schnock...
Il renonça et retourna à sa voiture, le cœur ravagé par la douleur. Jamie l’empêcha de refermer la portière, lui promettant une nouvelle fois qu’il trouverait un moyen de faire payer à ceux qui étaient derrière tout cela. Rick le regarda avant de déclarer avec amertume:
- Comment? Qu’est-ce que tu peux faire? À part m’arrêter?
Il redémarra sa voiture et fit demi tour. Jamie le regarda partir le cœur lourd.
Pendant ce temps une équipe de journaliste arriva au domicile de William Bracken. Ils prirent quelques photos de ce dernier aux petits soins pour sa compagne malade, puis se rendirent avec lui dans son bureau pour une interview . Intriguée, Johanna alla écouter discrètement derrière la porte qu’ils avaient laissée entrouverte.
Elle les entendit parler de la candidature de William à la mairie de New-York, de son inexpérience, mais aussi de son désir de transparence et de vérité.
Cette découverte la perturba. Qui était cet homme qu'elle entendait parler aux journalistes avec une telle assurance? Qu’était devenu le gentil et humble William au cours de ses années ?
- Il ne répond pas? Demanda Ryan alors que Swan tentait de joindre Castle pour la troisième fois de la matinée.
- Non. Il est parti courir ce matin, mais il n’est pas revenu.
- Depuis quand il vit chez toi? Demanda Ryan intrigué.
- Il ne vit pas chez moi, il squatte mon canapé de temps en temps à cause d’une invasion de criquets du chameau dans son appartement...
- Wah! Et tu as cru à celle là?
- Il a peur de tout et n’importe quoi, tu l’imagines essayant de trouver le sommeil chez lui alors qu’il est infesté par ces bestioles? Et puis, je lui fais payer un loyer, rétorqua Swan.
- Évidemment, si tu lui fais payer un loyer... sourit Ryan.
- Castle à tendance à s’enfuir dès qu’il est effrayé, non? Intervint Esposito depuis son bureau. Il a peut être vu quelque chose d’effrayant en faisant son footing ce matin ou même cette nuit...
- De quoi tu parles? Demanda Swan en fronçant les sourcils.
- Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’il s’enfuie à l’aube et ne vienne pas faire son travail? L’interrogea Esposito en s’approchant d’elle imité par Ryan. J’aimerais vraiment le savoir.
- Oui, moi aussi, ajouta Ryan.
- Qu’est-ce que vous...
- Castle ne viendra pas pendant quelques jours, annonça Jamie Bracken en arrivant. Il a pris quelques congés.
- Wah! Et Swan qui vient au boulot, siffla Ryan.
- Ouais, elle a dû vraiment l’effrayer ! La taquina Esposito. Plus que les criquets du
chameau !
- Oh la ferme! Grogna Swan.
Jamie se rendit dans la salle de réunion. Elle le suivit aussitôt.
- Vous avez besoin de quelque chose? Lui demanda-t-il.
- C’est délicat, mais j’aimerais que vous fassiez jouer vos relations avec votre frère...
- William n’est plus mon frère, désormais.
- Pardon? Demanda Swan étonnée.
- J’ai décidé de couper les ponts avec lui, expliqua Jamie. Pourquoi? Vous vouliez le rencontrer pour votre enquête secrète?
- En réalité, c’est sa compagne , que je voudrais interroger, expliqua Swan. Je suis tombée sur un vieil article sur elle en faisant mes recherches et... Je me suis dit qu’un homme capable de prendre soin de quelqu’un avec une telle dévotion ne doit pas être le monstre que nous nous imaginons...
- Je comprends... Johanna ne rencontre que très peu de personnes, sa santé est fragile... Je dois y réfléchir, laissez-moi un peu de temps, s’il vous plaît...
- Bien sûr! Se réjouit Swan.
Elle allait quitter la pièce, quand elle s’arrêta et se tourna de nouveau vers lui pour lui demander:
- Castle vous a appelé pour vous dire qu’il ne viendrait pas?
- Oui, il ne se sentait pas très bien.
- Il est malade? S’inquiéta la jeune femme.
- Je pense qu’il a attrapé un rhume.
- Je vois...
Elle quitta la pièce et prit son téléphone pour envoyer un message à Castle.
« Tu es malade, Castle? Tu ne peux pas appeler? Envoie un message au moins. »
Elle hésita, effaça le message pour le remplacer par « Castle, quel est ton vrai nom? » Elle effaça de nouveau son message et posa son téléphone sur son bureau en soupirant.
Son téléphone vibra presqu’aussitôt. Elle s’empressa de décrocher avec le fol espoir que c’était Castle.
- Oh! Lanie, c’est toi...
- Cache ta joie, grogna la légiste.
- Excuse-moi, dit Swan. Évidemment que ça me fait plaisir de t’entendre. C’est juste que... Enfin... Je suis un peu inquiète pour Castle. Il est malade à ce qu’il parait. Pourquoi appelais-tu?
- Il se passe des choses plus que bizarre ici, ce serait trop compliqué par téléphone. Tu peux passer ?
- Euh... Oui. Tu m’inquiètes là, tout va bien?
- Oh! Oui, ne t’en fais pas pour moi, je vais bien.
- Ok, j’arrive.
M servit deux shots de tequila. Elle en posa un devant la photo de Miyagi et avala le second d’un trait avant de s’adresser à la photo.
- Hé! Miyagi! Je vais utiliser mes super pouvoirs. Ça faisait longtemps. Trinque à ma santé.
Elle échauffa ses doigts et s’adressa à son adversaire avant de pianoter sur son clavier.
- Alors, Sorenson, tu m’attendais ?
Chapitre soixante-quinze
Sorenson arriva à la cybercriminalité en toute hâte et en hurlant.
- Qu’est-ce qu’il se passe?
- Une porte dérobée a été introduite dans notre pare-feu, expliqua son jeune collègue.
Sorenson s’installa devant l’écran et sourit. Il connaissait bien cette façon de faire.
- Je l’ai vue faire ça tellement souvent. Elle arrive et elle repart comme un fantôme, expliqua-t-il en jubilant et en jouant du clavier à son tour. Puis elle réapparaît sortie de nulle part. Tu vois? Comme ça!
Cette petite séance le ramena plus de dix ans en arrière, lorsqu’il était un bleu dans l’équipe du lieutenant Gates.
Ils étaient en planque depuis des heures et elle lui avait brusquement donné une claque sur la tête..
- Si je te prends encore à piquer du nez, tu es mort! L'avait-elle rabroué.
- Ça fait quatre mois qu’on pourchasse ces types... avait protesté Sorenson fatigué et lassé de cette enquête.
- On lancera l’assaut dès que nous aurons le mandat, avait expliqué Gates. On ne peut pas les laisser toucher à leurs ordinateurs. Nous devons être très vigilants là dessus.
Sorenson bâilla bruyamment et reçut une autre tape sur la tête..
- Hé! Ça fait mal!
- Tu comptes glander et être à l’ouest comme lui lors de l’enquête du centre commercial? Gronda-t-elle en désignant l’homme à l’arrière de la voiture. Et laisser le temps aux suspects de supprimer leurs fichiers? C’est ce que tu veux?
- Mais non...
- Dès que la porte d’entrée est ouverte, on fonce! On sécurise les ordinateurs, c’est la priorité.
- Et sinon? Il arrive quand le manda? Avait demandé Sorenson en évitant une nouvelle tape de sa supérieure avec un sourire de vainqueur.
- ...
- Il est tard... avait-il continué en recevant une nouvelle tape à l’arrière de la tête.
- Tu n’apprends jamais rien? L’avait-elle rabroué. Tu te fais avoir à chaque fois!
Sorenson avait retenu la leçon, son face à face avec elle par PC interposé allait le prouver. Il connaissait ses méthodes par cœur.
Ce soir là, il avait compris que sa supérieure avait de graves soucis personnels, même si elle n’en montrait rien. Elle s’était isolée pour passer un appel, il avait surpris une partie de sa conversation alors qu’il venait la chercher.
- Désolée, mais je ne peux pas aujourd’hui. Je dois rester ici, avait-elle dit à son interlocuteur. Mon équipe est trop inexpérimentée pour être laissée sans supervision. J’ai bientôt terminé.
- Quel genre de mère es-tu? Avait hurlé son interlocuteur. Victoria! Il faut que tu rentres tout de suite.
- ... D’accord, j’arrive...
Elle avait raccroché et était tombée nez à nez avec Sorenson.
- Votre fils est encore malade? Avait-il demandé. Il a quel âge déjà?
- Quatre ans.
- Pauvre petit. Combien d’opérations un gamin de cet âge peut-il supporter?
- ...
- Pardon. Allez à l’hôpital! On va se débrouiller, avait dit Sorenson.
Mais son collègue était arrivé, annonçant l’arrivée du mandat. Et elle avait fait son devoir de flic, délaissant celui de mère.
Ça avait été une de ses dernière enquête avec elle.
- Ils sont tombés dans le piège! S’écria un collègue de Sorenson.
- Attrape-les!
À l’autre bout de la ville, M mis la touche finale à son opération en appuyant sur la touche entrée.
- C’est un virus!
- On s’est fait avoir! Se lamenta Sorenson.
La bataille était terminée, M téléchargea le fichier qu’elle convoitait. Cette escarmouche avec ses anciens collègues l’avait remuée. Elle s’était retrouvée plus de dix ans en arrière lorsque sa vie avait basculé.
Ce jour-là, elle avait fait son devoir au détriment de sa famille. Elle était arrivée trop tard pour serrer une dernière fois la main de son petit garçon. Son mari dévasté par la douleur l’avait noyée de reproches.
Le pire, ce fut le lendemain, lorsque des ordres venus d’en haut avaient anéanti son sacrifice. Elle avait dû effacer les données durement gagnées.
Elle avait définitivement tourné le dos à sa vie et au monde ce jour-là. Elle n’avait pas accepté cet ordre injuste.
Juste avant de donner sa démission , son attention avait été attirée par une dame qui venait chaque jour à son poste de police, ce qui était étrange étant donné que leur terrain d’action n’était pas la rue, mais l’ombre des réseaux électroniques.
Elle l’avait écoutée et avait appris que cela faisait des années qu’elle venait là, dans l’espoir de trouver un inspecteur, qui voudrait bien écouter son histoire et reprendre l’enquête de son fils.
Après l’avoir écoutée attentivement, elle avait rencontré le jeune homme en prison. Il avait été condamné injustement pour avoir voulu dénoncer les méfaits des puissants. Son histoire l’avait touchée. Elle était venue le voir à plusieurs reprises et finalement, ils s’étaient associés à sa sortie de prison et Storm était né.
Elle regarda la photo de Miyagi. Cette époque semblait si loin et pourtant rien n’avait changé. Les puissants abusaient toujours de leur pouvoir.
- Qu’est-ce qu’il se passe? Demanda Swan en arrivant dans le bureau de Lanie à la morgue.
Celle-ci posa un doigt sur sa bouche pour lui faire signe de se taire, l’attrapa par le poignet puis l’entraîna dans les toilettes des femmes.
- Mais enfin Lanie, tu vas m’expliquer ce qu’il se passe? Demanda Swan alors que son amie ouvrait les portes de chaque toilette pour vérifier qu’elles étaient seules.
- Il n’y a pas de caméra ici, expliqua la légiste. On peut parler sans crainte.
- Qu’est-ce qu’il se passe?
- Un homme est mort ce matin.
- Ce genre de choses arrive tous les jours, tu es bien placée pour le savoir!
- Cesse donc de me couper!
- Cesse donc de me sortir des banalités! Qui est mort?
- Un suspect de la cybercriminalité, expliqua Lanie. Il est mort pendant son interrogatoire.
- À la cybercriminalité ? Répéta Swan. C’est le dernier endroit où j’aurais imaginé un truc pareil! Sorenson est loin d’avoir les méthodes de Slaughter!
- C’est vrai que le fait qu’il n’y ait pas encore eu de mort durant les interrogatoires de Slaughter est surprenant, accorda Lanie. Bref, j’étais là quand ils ont amené le corps, c’est pour ça que je t’ai appelée.
- Je le connais?
- En quelque sorte...
- Je le connais ou pas? S’agaça Swan.
- Je crois qu’il s’agit de ce mercenaire, dont tu m’as parlé et qui t’a aidée plusieurs fois, annonça doucement Lanie.
Les jambes de Swan se dérobèrent, elle se rattrapa in extremis en prenant appui sur le mur.
- ... Tu... Tu en es sûre?
- C’est ce que disent les hommes de Sorenson en tout cas.
- ... Il faut que je le vois... dit Swan blême.
- C’est pour ça que je t’ai appelée. Attends là, je vais vérifier que la voie est libre et puis je t’y emmène.
Chapitre soixante-seize
Swan essayait de se rassurer comme elle le pouvait, mais comme elle n’avait pas eu de nouvelles de Castle depuis le matin de bonne heure, elle était très inquiète.
Il avait passé la nuit sur le canapé du bureau de son père, prétendant une fois de plus que son appartement était envahi de bestioles et L’ours l’avait vu partir faire son footing de bonne heure. Avait-il reçu une nouvelle mission? S’était-il fait attraper?
- C’est bon! Tu peux venir! L’appela Lanie.
La peur au ventre, Swan suivit son amie jusqu’à la pièce où reposait le corps de Miyagi. Les détails que Lanie lui donnait lui glacèrent le sang, l’homme avait une entaille au niveau de l’avant-bras gauche, exactement comme Castle. La tête commença à lui tourner et ses oreilles bourdonnèrent.
Lorsqu’elle retrouva ses esprits, quelques secondes plus tard, elle était allongée sur le sol.
- Tu as fait un malaise vagal, expliqua la légiste légèrement inquiète. Attends un peu avant de te relever.
La jeune détective se releva doucement et s’approcha lentement du corps suivie de près par Lanie.
« Ça ne peut pas être possible, ça ne peut pas être lui » se répétait-elle en boucle.
Elle souleva le drap et ses épaules s’affaissèrent d’un coup. Ce n’était pas Castle.
- Ça va? Demanda Lanie.
- Oui. Ce n’est pas lui.
- Comment peux-tu en être sûre ?
- Je le sais, c’est tout.
Lanie avait bien envie de questionner son amie jusqu’à ce qu’elle lui raconte tout, mais elle n’en fit rien. Swan semblait suffisamment bouleversée comme ça. Ses questions attendraient un peu.
M se connecta au logement de Storm, pour lui annoncer qu’elle avait récupéré la vidéo du témoignage de son maître.
- Je l’ai regardée, je pense qu’il s’adresse à toi et non à la police, expliqua-t-elle.
Elle diffusa la vidéo sur l’écran géant de Storm. Miyagi expliquait comment il était devenu Storm, nom qu’il avait tiré d’un projet de BD qu’il avait créée avec un ami de lycée.
Rick sortit de la cachette où il s’était installé pour pleurer son vieux maître. Il s’approcha de l’écran et l’écouta expliquer son activité de mercenaire.
- Je fais ce que les gens me demandent de faire pour de l’argent. Je me moque de la morale ou de la justice. Mais j’aurais dû faire plus attention à tous ces signes. Tous ces signes semblables à des panneaux de signalisation. Ils vous guident quand vous ne savez pas où aller. « Falaise droit devant » « Faites demi-tour »
- Vous connaissiez monsieur Jonas? Demanda la voix de Sorenson. Vous l’avez tué?
- Je n’accepte jamais ce genre de mission. Si quelqu’un tue une autre personne, il n’est plus humain. Je dois mourir en tant qu’humain pour pouvoir les revoir...
- Qui?
- Les gens que je veux revoir... Ceux qui sont partis en premier. Je regrette une seule chose, avait ajouté Miyagi en se tournant vers la caméra, j’aurais dû abandonner et vivre avec la femme que j’aime, avoir trois enfants, un chien, deux chats et trois poissons rouges... C’est ce que j’aurais dû faire, Mhm?
Il avait terminé son discours avec cette grimace qu’il faisait et qu’il appelait un sourire. La vidéo se coupa.
- Pourquoi tu arrêtes? Demanda Rick les larmes aux yeux.
- Tu n’as pas besoin de regarder la suite, dit doucement M.
- Pourquoi?
- Tu n’as pas besoin de voir la suite, c'est tout. C’était le souhait de ton maître : une femme, trois enfants, le chien, les chats et les poissons. Tu veux que je te fasse une nouvelle identité ? Où tu veux rester Richard Castle pour toujours? Vois ça comme ta pension de retraite.
- C’est trop tard, soupira Storm.
- Pourquoi?
- Elle... Elle sait tout. Elle sait qui je suis.
- Comment ça? Demanda M surprise. Que sait Swan? Elle sait que tu es Storm? Elle sait et elle ne dit rien?
- Non, elle ne sait pas tout. Elle ne sait pas qu’elle va souffrir si elle reste avec moi, elle pourrait même peut-être se faire tuer.
- De quoi tu parles?
- Je ne peux rien faire, soupira Storm. Je vais me coucher.
- Bonne idée, repose-toi, dit M, mais est-ce que Swan...
- M...
- Quoi?
- Non... Rien...
Il débrancha ses écrans et son ordinateur. Attrapa son téléphone, il avait reçu un message de Swan.
« Même pas un appel ! Tu veux mourir ou quoi? »
Il ne lui répondit pas, elle était mieux sans lui. Il enleva la batterie de son téléphone et alla se coucher. Dormir d'un sommeil sans rêve, c'était tout ce qu'il espérait.
Trois jours. Cela faisait trois jours que Swan écumait les rues de NewYork à la recherche de l’adresse que Castle avait indiquée sur sa fiche de renseignements quand il était arrivé à la douzième. Aucune des personnes à qui elle s’était adressée n’avait pu la renseigner. Un agent immobilier lui avait même certifié que cette adresse n’existait pas. Elle ne s’était pas laissée abattre et avait continué à interroger chaque personne qu’elle croisait.
Elle ne comptait plus le nombre de messages qu’elle lui avait envoyés et auxquels il ne répondait toujours pas.
Le quatrième jour, elle s’énerva et laissa un message particulièrement salé sur son répondeur.
« Ça fait quatre jours, Castle! Tu peux laisser tomber ton travail pour cet article sur la police de NewYork, choisir de ne pas venir sans prévenir qui que ce soit, mais là, tu viens de perdre ta dernière chance d’obtenir mon pardon! Même si tu viens me supplier, c’est trop tard! C’est terminé! Fini! »
Le lendemain, désespérée et terriblement inquiète, elle en laissait un nouveau sur son répondeur:
« Ça fait cinq jour, Castle... Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal? C’est parce que j’ai dit que j’attendrai? C’est pour ça que tu ne dis rien? J’aurais dû te dire que je n’attendrais pas et de ne pas t’inquiéter pour moi? Et si je retirais ce que j’ai dit? »
Elle raccrocha et poussa un long soupir. Il allait réussir à la faire mourir d’inquiétude !
Jamie arriva dans la salle de pause, où elle se trouvait. Elle sursauta.
- Ne vous inquiétez pas, je ne suis pas votre patron.
- Je ne devrais pas passer d’appels privés pendant les heures de boulot, mais...
- Ne vous en faites pas, votre secret est en sécurité, sourit-il doucement. Tenez, enregistrez ce numéro, c’est celui de Johanna, la compagne de mon frère.
- Oh! Merci! Je vais l’appeler tout de suite! Se réjouit Swan. Je peux dire que vous m’avez donné ce numéro ? Histoire de avoir plus de chance qu’elle accepte de répondre à mes questions?
- Oui, bien sûr!
Chapitre soixante-dix-sept
Depuis qu’elle avait arrêté de prendre ces médicaments qui l’assommaient la plupart du temps, Johanna poursuivait ses recherches. Ce jour-là, elle profita de l’absence de William pour se rendre dans son bureau et constata avec amertume qu’il avait fermé les tiroirs de son bureau à clé. Elle qui avait toujours pensé qu’il n’avait aucun secret pour elle...
Elle allait quitter la pièce lorsqu’elle aperçut un bouton sur le côté du tiroir du haut.
Elle appuya dessus et les bibliothèques s’écartèrent, laissant apparaître un espace secret dans lequel se trouvait un grand écran accroché au mur.
Soudain, son téléphone sonna. Elle décrocha.
- Allo?
- Bonjour, madame! Je suis Lola Swan de Everyday News, se présenta la jeune détective pour ne pas l’effrayer en disant qu’elle faisait partie de la brigade criminelle, puis-je parler à Johanna Beckett, s’il vous plaît?
- C’est moi.
- Bonjour, pardonnez-moi de vous appeler comme ça...
- Comment avez-vous eu ce numéro ? Demanda Johanna surprise qu’une journaliste l’ait en sa possession car seuls Jamie et William le connaissaient.
- Oh... Eh bien... C’est Jamie Bracken, qui me l’a donné... Il dirige Everyday news maintenant...
- Il dirige votre journal? S’étonna Johanna qui allait décidément de surprises en surprises depuis qu’elle avait arrêté de prendre tous ces médicaments qui l’assommaient. Il n’est plus journaliste ?
- Il a démissionné et racheté notre journal il y a quelques temps déjà. Vous ne le saviez pas? Blêmît Swan à l’idée d’avoir dévoilé un secret.
- Jamie vous a donné ce numéro ?
- Oui, enfin, c’est moi qui l’ai supplié de me le donner, je voulais vous interviewer.
- C’est étrange, il sait que je ne rencontre jamais personne...
- Je vous en prie, madame Beckett, je voudrais vous interviewer...
- C’est au sujet de la candidature de mon compagnon à la mairie?
- Il va peut-être devenir maire de NewYork, c’est un poste très important. Il sera responsable de la vie de millions de NewYorkais... C’est pour cela que je voudrais savoir ce qu’en pense la personne la plus proche de lui.
- Votre voix... Commença Johanna.
- Pardon?
- Vous avez une voix très agréable, dit soudain Johanna.
- Ah bon? Rit la jeune femme. C’est la première fois qu’on me dit ça. Il paraît que je suis plus jolie que ma voix ne le laisse entendre, même, plaisanta la jeune femme.
- Je peux prendre le temps d’y réfléchir ? Et vous rappeler à ce numéro lorsque j’aurai pris ma décision? Demanda Johanna.
- Oh! Bien sûr! Pas de problème. Mon nom est Lola Swan! Rappela la jeune femme. Je vous envoie ma carte!
- Merci mademoiselle, je vous recontacterai bientôt, dit Johanna en raccrochant.
Le jour était encore très jeune, mais M faisait déjà les cent pas chez elle. Elle était très inquiète. Cela faisait des jours qu'elle n'avait aucune nouvelle de Storm. La seule chose qui la réconfortait un peu, c'était le fait que William Bracken était toujours en vie, ce qui signifiait que son protégé n'avait pas commis de meurtre. Soudain, elle reçu l’appel qu’elle attendait.
- Tu l’as trouvée? Demanda-t-elle en décrochant aussitôt.
- Oui, mais ça fait des jours que la voiture n’a pas bougé, dit Hayley. Sa moto non plus d’ailleurs, il y a une épaisse couche de poussière dessus! Je cherche ailleurs ?
- C’est sa dernière voiture, donc il ne s’est pas déplacé.
- Il est resté chez lui? Demanda Hayley inquiète pour son ami. Dites moi où c’est et j’irai le chercher!
- C’est inutile, soupira M. Tu ne trouveras pas si tu y vas.
- Pourquoi ? Je suis plutôt douée, vous savez?
- Parce que le seul moyen pour que tu puisses y accéder, c’est qu’il te laisse entrer, souffla M au comble de l’inquiétude.
Quelques temps plus tard, L’ours venait d’ouvrir la porte du café pour commencer à installer les tables et les chaises en terrasse pour l’ouverture, quand une femme à l’air déterminé passa devant lui et entra dans le café.
- Euh... Nous ne sommes pas encore ouverts, vous savez? Dit-il en s’approchant d’elle. Nous ouvrons dans trente minutes.
- Ouvrez maintenant, rétorqua la femme sans sourciller.
- Okay, soupira L’ours en passant derrière le comptoir, vous désirez?
- Vous n’avez pas de serveuse ? Demanda la femme à l’air revêche.
- Pardon?
- Je refuse de passer ma commande à un homme.
- Pardon? Répéta L’ours en se demandant si Royce n’était pas en train de lui jouer un tour façon caméra cachée.
Swan arriva dans la pièce pour se servir un café avant de partir pour sa journée de travail.
- Tu me prépares un latte vanille? Demanda-t-elle à L’ours.
- Tout de suite, ma jolie.
- Voilà une femme! Dit l’étrange cliente. Mademoiselle, venez prendre ma commande.
Elle alla s’asseoir à une table sous les regards médusés de L’ours et de Swan.
- Pardon? Demanda Swan.
- N’y va pas, l’avertit L’ours.
- Quoi?
- Elle a dû découvrir l’infidélité de son mari et elle veut se défouler sur une femme...
- Mademoiselle ! Ma commande ! Héla la drôle de bonne femme.
- La journée commence mal, marmonna L’ours agacé.
- Ça va! Ça va! Dit Swan. Je vais juste prendre sa commande, calme-toi, ça va bien se passer.
- Pas étonnant que son mari la trompe! Marmonna L’ours.
Swan s’approcha d’elle et déposa un verre d’eau devant elle. L’étrange femme ne dit rien et se contenta de la regarder façon vieille maîtresse d’école à l'air revêche. Wah, L’ours avait peut-être raison, elle voulait se défouler sur une femme.
- La liste des formules pour le petit déjeuner est sur la carte, indiqua Swan sans se laisser impressionner.
- Asseyez-vous.
- Pardon? En réalité, je ne travaille pas ici...
- Asseyez-vous, répéta la femme d’une voix calme et autoritaire.
- ... D’accord... fit Swan en s’installant en face d’elle.
- Vous ne vous souvenez pas de ma voix? Demanda la femme après une légère hésitation qui ne collait pas avec son attitude déterminée depuis son entrée dans le café.
« Lola Swan? Vous connaissez Rick Castle, n’est-ce pas? » ajouta M en se penchant légèrement en avant.
- Oh! Se rappela aussitôt Swan. Vous êtes la mère de Castle?
- Absolument pas! Répondit M en levant les mains comme pour s’en défendre. Il est beaucoup trop blanc pour être mon fils!
- Cela fait des jours que Castle ne vient pas au poste, s’empressa de dire Swan bien décidée à ne pas laisser passer cette chance de le retrouver. Je n’arrive pas à le joindre.
- Donnez-moi votre téléphone, ordonna M.
- Mon téléphone? Le voilà, dit Swan en le lui tendant. Castle est malade? Il a quitté le pays? Mais... Qu’est-ce que vous faites?
- Il n’a pas bougé depuis six jours, répondit M en bricolant le téléphone de la jeune femme, j’ai vérifié toutes les supérettes du coin et restaurants à emporter. Il n’a rien acheté, ni eau ni nourriture. Je pourrais aller chez lui, mais je ne sais pas comment y entrer. Il ne reste qu’une solution, on doit le forcer à sortir.
Chapitre soixante-dix-huit.
M termina sa manipulation et se pencha vers la jeune femme qui semblait perdue.
- Vous avez compris ce que je viens de vous dire? Demanda-t-elle.
- Est-ce qu’il va bien? Demanda Swan les larmes aux yeux.
- ...
- Il ne va pas bien? Insista Swan en s’accrochant à la main de M comme s’il s’agissait d’une bouée de sauvetage. Où est-il? Dites le moi, je vous en supplie!
- ...
- S’il vous plaît ! Continua Swan au comble de l’angoisse.
- Je voulais voir ces yeux, dit M en lui rendant son téléphone comme s’il s’agissait de la clé de chez Castle.
La jeune femme fronça les sourcils et repris son téléphone.
Un taxi déposa Swan peu de temps après devant une usine désaffectée. Elle sortit son téléphone et utilisa l’application de localisation installée par M. Elle suivit le signal, traversant la cour et déambulant au milieu des bâtiments vétustes.
Des dizaines de questions affluaient dans son esprit, mais elle demeurait concentrée sur son objectif. Elle pénétra dans l’un des bâtiments et arriva devant un monte-charge, qui comme le reste du bâtiment semblait hors service. Elle retira une barrette de ses cheveux, et crocheta le système du monte-charge pour l’activer et arriver à l’étage qu’indiquait son téléphone.
Elle traversa ensuite d’immenses locaux poussiéreux, monta une volée de marches, vérifia le signal sur son téléphone, rebroussa chemin, avança dans une autre directions puis fit de nouveau demi-tour. Cet endroit était un véritable labyrinthe. Enfin elle arriva dans ce qui semblait être une impasse, pourtant son téléphone était formel, elle était arrivée à destination.
Swan inspecta les murs de l’impasse. En parfaits voleurs, les amis de son père lui avaient appris toutes les astuces possibles pour entrer n’importe où, qu’elles que soient les barrières.
Elle repéra le mur qui sonnait creux et devait servir de porte. Elle frappa plusieurs fois dessus et appela Castle.
Elle sortit un stéthoscope de son sac et inspecta le mur comme elle le ferait pour la porte d’un coffre-fort. Il y eut un déclic. Une pancarte indiquant la direction de l’infirmerie bougea derrière elle.
Elle s’en approcha et fit basculer le panneau. Il y eut un nouveau déclic et le mur pivota, dévoilant l’entrée de la forteresse de Castle. Elle soupira à la fois soulagée d’avoir réussi et inquiète de ce qu’elle allait trouver derrière ce mur. Et s’il était trop tard? Six jours, c’était long!
La jeune femme entra et découvrit un vaste local, éclairé par une affiche lumineuse présentant le paysage paradisiaque d’une île entourée d’un lagon turquoise.
- Il y a quelqu’un? Demanda-t-elle en faisant quelques pas.
Sa voix résonnait dans cet étrange endroit aménagé en logement.
Soudain, elle aperçut un lit dans un coin de la pièce. Castle s’y trouvait endormi.
- Castle! S’écria-t-elle en se précipitant vers lui.
Il dormait très profondément. Elle l’appela pour tenter de le réveiller en vain. Elle s’apprêtait à appeler les secours, lorsqu’il cligna difficilement des yeux.
- Hey... Castle... C’est moi, chuchota-t-elle
- Un rêve... murmura-t-il en levant difficilement la main pour effleurer son visage avec les quelques forces qu’il lui restait. Génial...
- Castle... Tu es malade? Tes mains sont gelées...
- ... J’ai froid...
- Oh! Attends!
Elle ôta son manteau et ses chaussures et se glissa auprès de lui sous la couette. Là, elle le serra dans ses bras pour tenter de le réchauffer.
- C’est mieux comme ça? Demanda-t-elle.
Il se blottit contre elle et se rendormit paisiblement. Elle le serra un peu plus contre elle, cherchant à lui communiquer sa chaleur.
Lorsqu’il se réveilla quelques heures plus tard, Castle était seul dans son lit. Quel rêve étrange! Il allait se lever, lorsqu’une voix s’éleva dans l’ombre.
- Ne te lève pas! Tu es trop faible. J’ai fait du porridge. Tu veux goûter et me dire s’il est trop salé?
- Swan... soupira-t-il.
- Je t’ai emprunté des vêtements, dit-elle en désignant son pull trop grand. J’espère que tu ne m’en veux pas.
- Qu’est-ce que tu fiches ici? Grogna-t-il. Comment es-tu entrée.
- Oh... On verra ça après. Goûte.
- Va-t-en. Tu ne devrais pas être ici.
- Je suis assez grande pour savoir ce que je fais, dit-elle fermement en se retournant.
- Oublie cet endroit et rentre chez toi.Tu ne devrais pas être ici. Va-t-en! Gronda faiblement Castle.
-...
- Quoi? Tu n'as pas compris ce que je viens de te dire? Il faut peut-être que je te raccompagne ? Demanda-t-il méchamment.
- C’est bien toi qui parle, là? Demanda-t-elle en se tournant de nouveau pour lui faire face. Celui qui parle là, c’est le vrai toi? Castle n’est pas comme ça. Tu me fais un peu peur.
- Qu’est-ce que tu ne comprends pas, souffla Castle épuisé.
- Ça m’a pris la journée pour venir ici, dit-elle. Il est tard, laisse-moi rester ici jusqu’au lever du jour quand les rues serons plus éclairées. Si tu me demandes de partir, je partirai.
Il essaya de se lever, mais il était trop faible. Elle goûta le porridge et grimaça.
- Trop salé! Je vais ajouter de l’eau, déclara-t-elle en s’éloignant.
Elle revint peu après avec un plateau, l’aida à s’installer dans le canapé, approcha un chauffage d’appoint et lui tendit une cuillère de porridge en parfaite infirmière.
Il soupira, attrapa la cuillère et mangea de mauvaise grâce. Lorsqu’il eut terminé, il utilisa les quelques forces récupérées pour mettre son manteau et tendre le sien à Swan. Elle devait partir et s’éloigner de lui. Elle profita de son avantage énergétique sur lui pour esquiver toutes ses tentatives.
- Swan! Grogna-t-il en lui attrapant l'épaule.
Elle se libéra facilement et s'éloigna de quelques mètres.
- Tu viens squatter chez moi quand ça te chante et tu refuses de m’héberger une nuit! Tu es injuste ! Protesta-t-elle en gardant ses distances. Je ne pars pas!
Il s’avança vers elle, bien décidé à la ramener chez elle, elle fit un saut de côté et s’éloigna de nouveau de lui. Il la poursuivit en se traînant. Il était bien trop faible pour jouer au chat et à la souris. Elle recula encore et ses jambes buttèrent contre le lit. Il en profita pour lui attraper le bras. Elle tira un bon coup pour se dégager, ils basculèrent et tombèrent sur le lit.
Elle était sur le dos, il lui maintenait les poignets pour l’empêcher de s’échapper une nouvelle fois.
- Tu devrais savoir quand tu dois avoir peur, Grogna-t-il en la regardant d’un air mauvais.
- Je n’ai pas peur de toi! Rétorqua-t-elle en soutenant son regard.
- Tu ne me connais pas. Tu ne sais pas toutes les choses que je te cache.
- Tant pis.
- Tu es stupide ou quoi? S’énerva-t-il.
D’un mouvement habile, elle se dégagea de sa prise et inversa leurs positions.
- Ne me rejette pas! L’avertit-elle à califourchon sur lui. Si tu le fais, tu seras malheureux tout le reste de ta vie.
Chapitre soixante-dix-neuf
Cette fois, ce fut lui, qui se dégagea et la plaqua une nouvelle fois sur le matelas.
- Je pourrais... te faire du mal...
- Non. Tu ne me feras jamais de mal. Je le sais.
Il la prit par le poignet pour l’obliger à se lever et à le suivre. Elle ne bougea pas. Il la relâcha en soupirant.
Elle se redressa légèrement et enroula ses bras autour de son cou et le serra contre elle.
- Ne me rejette pas je t’en supplie, murmura-t-elle.
Ses dernières résistances tombèrent, il la serra contre lui et éclata en sanglots.
Elle s’écarta légèrement et sécha ses larmes avant de l’embrasser tendrement. Un baiser, qui lui en rappela un autre. Celui que lui avait donné son sauveur après l’incident de l’ascenseur. Comment quelqu’un qui avait risqué sa vie pour elle tant de fois pouvait-il croire une seule seconde qu’il serait capable de lui faire mal?
- Je suis là... Je serai toujours là pour toi. Tu n’es pas seul, chuchota-t-elle avant de l’embrasser de nouveau.
S'il avait encore quelques inquiétudes, la confiance qu'elle avait en lui, les fit disparaître. Elle était là pour lui, elle l’aimait, c’était tout ce qui comptait. Il répondit à son baiser, se promettant de l’aimer et de la protéger de ses ennemis au prix de sa vie s’il le fallait.
Ils basculèrent à nouveau sur le lit, mais de manière beaucoup plus tendre cette fois-ci et ils passèrent le reste de la nuit dans les bras l’un de l’autre. Se câlinant sagement d’abord, puis peu à peu, leurs vêtements s’envolèrent et la situation dérapa.
Castle se croyait en plein rêve, à tel point qu'il finit par se demander pourquoi ce merveilleux rêve était si long. Quoiqu’il en soit, il en apprécia chaque minute, Swan était la meilleure infirmière du monde.
Il se réveilla avant elle et passa un long moment à la regarder dormir. Elle semblait si paisible. Pourtant les fenêtres étaient fermées. Et puis, il lui semblait l’avoir entendue dire un jour qu’elle était incapable de dormir ailleurs que dans son lit et encore moins avec quelqu’un... Pourtant, elle était bien là, profondément endormie et tout à fait paisible. Elle se blottit contre lui. Il se sentait si bien, qu’il se demanda s’il serait capable de dormir sans elle désormais.
Il se demandait également ce qu’il avait fait pour mériter un tel bonheur.
Lorsque Swan se réveilla, cela faisait déjà un long moment qu’il restait là à l’admirer en silence. Elle lui sourit, il répondit à son sourire. Elle leva les yeux au ciel, gênée et se cacha sous la couette. Il éclata de rire et la rejoignit sous la couette pour un nouveau round câlin et coquin. Si c’était un rêve, il ne voulait plus se réveiller.
Il aurait voulu rester là pour toujours, mais elle ne fut pas de cet avis. Bien résolue à le remettre sur pieds, elle s’affaira en cuisine et lui prépara un petit déjeuner copieux dont le délicieux fumet embauma tout son logement.
Il se colla à elle à la moindre occasion, la gênant dans ses actions, mais elle ne s’en plaignait pas, au contraire. Si parfois, elle devait se détacher de lui pour attraper quelqu’ingrédient ou pour changer de place, elle ne manquait jamais de l’attirer à elle dès qu'elle avait terminé pour qu’il reprenne sa place contre elle.
Lorsqu’il sortit de sa salle de bain, un peu plus tard, il la trouva en pleine réflexion devant son écran géant qui diffusait en permanence l’image d’une île paradisiaque. Les questions devaient fourmiller dans sa tête, mais elle n’en posa pas une seule.
Il vint se coller derrière elle, enroulant ses bras autour de ses épaules. Était-il permis d’être aussi heureux?
Il n’avait pas la réponse. La seule chose qu’il savait, c’était qu’il la protégerait toujours quoiqu’il lui en coûte.
Swan resta chez Castle toute la journée. Elle avait appelé le poste de police, pour annoncer qu’elle prenait une journée de congé. Ensuite, elle avait nettoyé la blessure que Castle avait à l’avant-bras toujours sans poser de questions.
Ils ne parlèrent pas beaucoup d’ailleurs, être avec lui, suffisait à Swan. Elle cuisina beaucoup, il mangea sans faire d’histoires, il n’avait pas intérêt.
Souvent, il la surprit occupée à observer en silence son lieu de vie. Que pensait-elle de ce qu’elle voyait? Il n’en sut rien.
Elle découvrit son installation de jeux vidéos dernier cri, qui jurait avec la simplicité de l’ameublement.
Elle attrapa la manette guitare amusée.
- Qu’est-ce qu’il y a? Demanda-t-il intrigué.
- Je me suis toujours demandé quel était l’intérêt de ce genre de jeu. La musique, ça se joue avec un vrai instrument.
- Ce n’est pas en jouant de la guitare dans ton salon, que tu connaîtras le côté grisant d’un concert devant une foule en délire!
- Une foule en délire? T’es sérieux? C’est juste des taches de couleur dans le fond de ton écran!
- Je suis le roi de ce jeu.
Elle attrapa la manette guitare et appuya sur quelques touches peu convaincue. Puis la reposa et se tourna vers lui.
- Quoi? demanda-t-il.
- Tu me montreras quand tu iras mieux, dit-elle en enroulant ses bras autour de son cou.
- Oh, je vais mi...
Elle posa ses lèvres contre les sienne. Il l’attrapa par la taille et répondit à son baiser.
En fin d’après-midi, lorsqu’elle fut certaine qu’il allait mieux, Swan quitta l’usine désaffectée. L’air était pinçant.
- Il fait froid! Protesta-t-il derrière elle.
- Pas du tout.
- Je vais t’emmener...
Elle se retourna et pointa l’index vers lui.
- Ne pars pas de là avant d’avoir mangé tout ce que je t’ai cuisiné! J’ai toute une liste de reproches à te faire, tu sais?
- Ok, j’ai compris.
- Salut, dit elle en lui piquant un baiser sur les lèvres avant de filer.
Elle se rendit à l’arrêt de bus le plus proche le sourire aux lèvres et une douce musique dans la tête. Elle venait à peine de s’asseoir sur la banquette du fond quand un autre passager monta et vint s’asseoir près d’elle, un sourire de gamin vissé sur le visage.
- Mais... dit-elle exaspérée.
- Jusqu’au prochain arrêt ! Dit Castle espiègle.
- Tu es incorrigible ! Soupira-t-elle.
- S’il te plaît...
- Jusqu’au prochain arrêt?
- Mhm! Approuva-t-il en hochant la tête un sourire jusqu’aux oreilles.
- D’accord, dit-elle en lui rendant son sourire et en se blottissant contre lui.
Il descendit à l’arrêt suivant, comme promis. Elle lui fit de grands signes par la fenêtre pour lui rappeler de bien manger, puis lui envoya un baiser.
Il sourit et lui fit signe à son tour, attendant déjà avec impatience le prochain moment où il la serrerait dans ses bras
Chapitre quatre-vingts
Rick retourna chez lui le cœur léger. Il ne se rappelait pas avoir déjà été aussi heureux dans sa vie et il lui tardait déjà de la retrouver.
- M... Je n’arrive plus à distinguer ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, soupira Storm qui se sentait transporté sur un petit nuage. Mon travail m’oblige à être un usurpateur, à ne jamais me dévoiler... Je ne peux pas être moi-même quand je rencontre quelqu’un, à tel point que j’ignore qui est le vrai moi... Mais... avec elle, je dois être moi-même... Je me demande quelle est ma vraie nature... Est-ce qu’au moins elle existe?
- Depuis quand tu réfléchis autant à ces choses là? Soupira M allongée dans son fauteuil mais toujours prête à réagir à la moindre alerte.
- C’est bizarre, je sais...
- Je vais te le répéter pour la quarante-neuvième fois...Rétorqua-t-elle avide de quelques heures supplémentaires de tranquilité. Ne réfléchis pas. Tu te crées des ennuis à chaque fois que tu le fais.
- M... Dit-il d'un ton plus sérieux. Merci...
- Règle ta montre. Il va être temps de changer la batterie, alors vérifie...
- Je sors!
- Quoi? Demanda M en se redressant brusquement. Où vas-tu?
- Trouver le vrai moi! Chantonna Rick en attrapant sa veste.
- Pfff... Il perd la boule... C’est pas comme si je pouvais le régler, lui, soupira M. Peut-être qu’il est temps de le remplacer...
De son côté, Swan reçut un message de Lanie, qui s’inquiétait pour elle. La jeune femme avait été tellement préoccupée par Castle ces derniers jours, qu’elle n’avait pas songé à passer un coup de fil à son amie, qui, elle, lui avait laissé une demi-douzaine de messages sur son répondeur. La détective lui envoya un message et retrouva son amie à la morgue.
- Salut Lanie! Lança Swan en arrivant.
- Salut Honey! Ça fait plaisir de te voir! Je m’inquiétait pour toi mais visiblement il n’y avait pas de quoi!
- Comment ça? Tiqua là détective.
- Je ne sais pas... Il y a quelque chose de changé chez toi... Tu as changé quelque chose?
- Bah non...
- Oh! Je sais! S'exclama soudain là légiste. C’est l’amour!
- Meuuuh non! Absolument pas!
- Oh n’essaye pas de le nier. Je vois une lueur et je connais cette lueur! Alors qui est l’heureux élu ?
- Euh... Tu ne le connais pas ! S'empressa de répondre Swan gênée.
- Wah! Mais tu es une vraie tombeuse ma parole!
- Pourquoi tu dis ça?
- Dois-je te rappeler le nombre de gars qui te tournent autour alors qu’ils ne sont pas flics? Les pauvres, ils vont être déçus.
- Oh! Arrête! Tu t'imagines n'importe quoi, c'est pour le boulot que Jamie et Castle viennent au poste.
- Maïs bien sûr, continue de te raconter des histoires. Allez viens, partons d’ici, on va se faire une pizza entre filles et tu me parleras de ton mystérieux amoureux, sourit Lanie. Au fait, tu as retrouvé Castle?
- Oh! Euh... Il est cloué au lit, il s’est enrhumé, improvisa Kate.
- Ce type est vraiment une petite nature! Constata Lanie. Comment un gaillard pareil peut être aussi fragile?
Swan explosa de rire.
- J’ai dit quelque chose de drôle? S’étonna Lanie.
- C’est rien. C’est vrai qu’il est grand...
- Tu es sûre que ça va? Demanda Lanie tandis que son amie recommençait à rire.
Lorsque Jamie rentra chez lui, il tomba nez à nez avec Castle dans le parking souterrain. Ce dernier souleva un pack de bières pour toute explication. Jamie sourit et l’emmena chez lui, où ils trinquèrent comme le font les vieux amis.
- Je me faisais du souci, tu sais? Dit Jamie alors que Rick contemplait la vue depuis la baie vitrée. Swan aussi, d’ailleurs. Elle t’attendait. Tu l’as appelée?
- Elle est venue me voir, répondit simplement Castle sans détourner son attention de la vue du paysage.
- Tu lui as dit qui tu étais?
- Je n’ai rien dit, mais elle a compris..
- Que sait-elle? Demanda Jamie.
- Je ne sais même pas ce que je peux lui dire ou non... Mais elle ne demande rien. Rien sur ma vie ou sur ma blessure... Ni même quel est mon vrai nom... Et pourtant, je sais à quel point tout ça l'intrigue...
- Tu aimes Kathy, n’est-ce pas? Sourit Jamie. C’est pour ça que tu ne peux pas lui dire qui tu es ou qui est son père ou le tien...
- J’y réfléchis.
- Tu devrais me comprendre. C’est parce que j’aime Johanna et Kathy que je n’arrive pas à leur dire, répliqua Jamie avant de boire une gorgée de bière.
- Arrêtons là les formalités, veux-tu ? Demanda Castle. Et mettons-nous au travail.
- Bien sûr, dit Jamie amusé.
- Je veux blanchir mon nom et celui de mon maître.
- D’accord.
- Et je veux blanchir le nom de mon père afin que tout le monde sache qu’il était innocent et pas seulement les responsables de tout ça, ajouta encore Rick.
- Bien sûr, répondit Jamie plus sérieux. Autre chose?
- Je veux savoir quand je pourrai dire à Swan que sa mère est vivante.
- Attendons que la vérité ne puisse plus leur faire de mal, tu veux bien? Proposa Jamie.
- Tu devais trouver un moyen de faire tomber les responsables de cette histoire. Tu as trouvé?
- J’y ai réfléchi et il n’y a qu’un seul moyen: faire comme ton père et celui de Kathy, ce que j’ai fait semblant de faire pendant toutes ces années..
- Faire ce que mon père a fait?
- Oui.
- Quelles sont nos chances de réussite?
- Avec toi, je dirais cinquante cinquante...
Rick avala le reste de sa bière et se tourna de nouveau vers la baie vitrée.
- Ta question tout à l’heure... J’aime Swan. Je voulais juste que tu le saches.
Jamie sourit et leva sa cannette à son tour.
Le lendemain, William Bracken se rendit au crématorium avec monsieur Flynn.
Jamie avait résumé rapidement à Rick leur étrange relation. William avait commencé à travailler pour Loksat juste après l’incident qui avait causé la mort de Jim et entraîné l’arrestation de Jackson.
Au bout de quelques années, il avait commencé à suivre sa propre voie et Loksat avait mis monsieur Flynn à son service. Ce dernier avait plusieurs identités, dont celle d’un avocat. William Bracken et monsieur Flynn étaient comme les deux côtés d’une pièce. Monsieur Flynn faisant le sale boulot tandis que William demeurait un homme irréprochable. D’ailleurs, Jamie avait souvent l’impression que son frère était réellement persuadé de ne rien avoir fait de mal, comme s’il ne se souvenait de rien. C’était d’ailleurs ce qui l’avait trompé.
- Je veux que tout soit parfait, exigea William Bracken en portant un portrait de Miyagi.. C’était un ami très cher.
- Il aura ce qu’il se fait de mieux, assura monsieur Flynn.