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« Hou Ho’omaka » Un nouveau départ

Série : Hawaii Five-0 (2010)
Création : 09.03.2014 à 14h09
Auteur : mesange 
Statut : Terminée

« Il l’avait retrouvée : le cauchemar recommençait mais c’était sans compter sur le Five-0… (J'écris seule) » mesange 

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31

 

Le lendemain matin, au Hilton Hôtel, Catherine sortit enfin d’un sommeil profond avec un mal de tête lancinant et quelle ne fut pas sa stupeur de voir Billy qui la regardait tendrement, étendu à ses côtés ! Elle se redressa d’un bond et enveloppée du drap, ramassa ses vêtements et se dirigea vers la salle de bain sans dire un mot sous le regard dubitatif de son ex petit ami. Elle se regardait dans le miroir, la mine défaite : qu’avait-elle fait ? Comment cela avait-il pu se produire ? Si Steve venait à l’apprendre, c’en serait fini de leur couple !

Après un moment, Billy frappa à la porte :

« Catherine ? »

La jeune femme sortit enfin et le seal en la voyant très mal à l’aise lui dit :

« Je ne dirai pas que je regrette car c’est pas le cas, tu connais mes sentiments pour toi, ils n’ont pas changé mais je sais que tu tiens à Steve même si je me demande comment tu peux perdre ton temps avec lui »  et voyant le regard désapprobateur de Cath, ajouta « Mais peu importe ! »

Elle le regarda désemparée :

« Je suis sincèrement désolée, je crois que j’ai dû abuser d'un peu trop de cocktails… »

« Dis-moi, qu’est-ce qu’il a fait cette fois-ci ? »

« Comment ça ? »

« Cath, je te connais, je vois bien que quelque chose ne va pas… »

« Billy, ce n’est pas le moment et comparé à ce qu’il a fait, j’ai fait pire et s’il l’apprend, il ne voudra plus de moi et… et… »

« Je ne dirai rien mais tu devrais te poser des questions car les cocktails n’expliquent pas tout… »

« Je dois y aller » et elle prit son sac et sortit précipitamment laissant Billy la regarder partir un pincement au cœur.

 

 

Kono se rendit à l’hôpital et en voyant Steve si abattu, elle le poussa à rentrer chez lui prendre une bonne douche et se reposer un peu comme Kelly était toujours plongée dans le coma. Il refusa mais elle lui promit de l’appeler aussitôt en cas de changement.

« C’est quand elle aura repris conscience qu’elle aura besoin de toi ! »

« Merci Kono » répondit-il simplement.

Elle s’avança vers lui et le força à la regarder :

« Je sais que tu t’en veux mais … »

« Ne me dis pas que j’ai tort de m’en voul… »

« Je n’ai rien dit de tel. Je dis simplement que l’on ne maîtrise pas toutes les situations et malheureusement, c’est ce qui s’est passé pour Kelly mais si tu n’avais pas été là, ce n’est pas qu’un rein qu’elle aurait perdu et tu le sais très bien. »

Steve la serra contre lui et s’en alla…La jeune femme le regarda partir, le cœur serré.

Avant de rentrer chez lui, il s’arrêta chez Catherine mais n’eut pas la force d’aller la trouver ne sachant pas trop ce qu’il allait pouvoir lui dire, tout était tellement confus en lui et il repartit…

 

Catherine rentra chez elle et prit deux aspirines pour calmer son mal de tête. Elle se laissa tomber dans un fauteuil et ferma les yeux. Elle prit son portable et appela l’hôpital pour avoir des nouvelles de Kelly Grainger mais n’étant pas un membre de la famille proche, elle ne put en obtenir. Elle soupira et revint sur la nuit dernière : comment avait-elle pu tromper Steve ? Elle lui en voulait mais était-ce une raison pour agir comme lui ? Comment pourrait-elle lui reprocher son attitude envers Kelly alors qu’elle n’était pas mieux que lui ? Pourrait-il comprendre ? Non, certainement pas et si elle lui racontait tout, elle le servait sur un plateau d’argent à Kelly qui n’en espérerait certainement pas autant.

 

 

Steve, quant à lui, prit une bonne douche et s’étendit sur le lit mais malgré la fatigue, il ne put trouver le sommeil et décida de retourner auprès de Kelly. Il venait d’arriver quand le Docteur Nawana entra dans la chambre. Il salua le Commandant du Five 0 ainsi que Kono et examina la jeune femme puis s’adressa à eux :

« Les heures les plus critiques sont derrière elle et si son état reste stable, nous arrêterons la perfusion qui la maintient dans un coma artificiel dans l’après-midi. Je repasserai tout à l’heure. »

« Ce sont des nouvelles encourageantes. »

« Votre amie se bat » répondit le chirurgien.

 

Avant que Malia ne prenne son service à l’hôpital, Chin et elle passèrent voir Kelly retrouvant Kono et Steve. Ce dernier demanda où était passé Danny.

« Le procureur est allée interroger Carter et a demandé à Danny de l’assister. »

« Pourquoi lui et pas moi ?»

« Au vu de ce que tu lui as dit hier, elle a sûrement jugé préférable de te tenir éloigné de cette ordure. »

Steve soupira mais il ne pouvait pas donner tort au Procureur.

Kamekona passa également prendre des nouvelles de la jeune femme et il s’apprêtait à partir quand Danny arriva lui aussi. Steve lui demanda aussitôt :

« Alors ? Vous en avez appris plus ? »

« Non, il est devenu aussi silencieux qu’une carpe. La seule fois où il a parlé, c’est pour demander si Kelly avait survécu… »

« Il ne dira rien de plus, il est loin d’être stupide. Bon, Danny, retourne à l’appartement de Carter et vois ce que tu peux trouver même si la scientifique est passée par là, on ne sait jamais.

« Tu penses à quoi ? »

« On ne connaît toujours pas sa vraie identité. Chin, Kono, retournez à son repaire. Voyez si quelque chose aurait échappé aux gars du labo et allez ensuite voir ce qu’ils y ont trouvé. »

Et ils partirent tous, laissant le seal aux côtés de la jeune institutrice. Quelques heures plus tard, alors qu’il était en train de rédiger son rapport à l’intention du Procureur, le Docteur Nawana vint à nouveau examiner Kelly et vu la stabilité de son état, décida d’arrêter la perfusion qui la maintenait dans un coma artificiel.

« Il va falloir attendre un peu avant qu’elle ne se réveille mais dès qu’elle manifestera les premiers signes, je vous demanderai de prévenir une infirmière qui me bipera. »

« Entendu. »

 

Pendant ce temps, un homme au regard froid se présenta au HPD et s’adressa au premier agent qu’il rencontra :

« Pourriez-vous m’amener auprès de Monsieur Carter ? »

« Puis-je connaître votre identité, Monsieur ? » demanda Duke Lukela.

« Maître Evans, l’avocat de Monsieur Carter » et Duke le conduisit à la cellule de son client et les laissèrent.

« Maître Evans, merci de vous être déplacé pour me représenter. »

« Monsieur Carter, que les choses soient claires : je vous représente uniquement parce que vous avez les moyens de vous offrir mes services… »

« Je connais votre réputation, Maître. Vous êtes un prédateur, vous ne faites pas dans les sentiments, juste ce pourquoi vous êtes payé et ça me convient parfaitement. »

« Votre culpabilité ne fera aucun doute. »

« Je ne me fais aucune illusion. Dites-moi, avez-vous des nouvelles de Kelly Grainger ? »

« Elle est toujours dans un état critique et il vaudrait mieux pour vous qu’elle s’en sorte. »

« Je n’imagine pas mon procès sans elle. »

Evans le regarda et perçut tout de suite ce qu’avait en tête son client mais il s’en fichait éperdument : voilà des années qu’il ne s’encombrait plus de scrupules.

« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous éviter la prison d’état, c’est tout ce que vous pouvez espérer. »

« C’est tout ce que je désire… »

 

Duke téléphona à Laura Prescott :

« Madame Le Procureur, ici Duke Lukela. Vous m’aviez demandé de vous avertir de l’arrivée de l’avocat de … »

« Oui, Duke, qui est-ce ? » le coupa-t-elle vivement.

« Maître Evans »

« Merci Duke de m’avoir appelée. »

Laura ferma les yeux : cet avocat avait la réputation d’être sans pitié, elle allait se mesurer à du gros calibre mais elle n’avait pas peur, elle avait un dossier solide. Non, ce qu’elle redoutait, c’était si Kelly s’en sortait, ce qu’elle aurait à subir non seulement une fois à la barre mais également dans les médias et elle en vint à regretter que Steve McGarrett n’ait pas abattu ce cinglé. Elle pensa au jeune homme et se demanda comment, lui, il affronterait ce procès. Il semblait très protecteur envers cette jeune femme, trop protecteur et elle ne put s’empêcher de repenser à John. Son fils lui ressemblait tellement sur certains points…


mesange  (24.04.2014 à 15:35)

32

 

Danny arriva devant l’appartement de Kelly dans lequel il entra mais il eut vite fait le tour et quand il sortit, il tomba sur Madame Collins qui lui demanda :

« Je n’arrive pas à croire à cette histoire ! Monsieur Carter était si gentil, je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse être le monstre dont on parle. Quand je pense que nous le côtoyions tous les jours et qu’il était si dangereux ! J’espère qu’il sera condamné à vie ! »

« Le Procureur fera tout pour ça, Madame. »

« Vous pouvez me dire pourquoi l’appartement de Mademoiselle Grainger est sous scellé aussi ? C’est à cause du fait qu’ils partageaient le même palier, c’est ça ? »

La police avait demandé à la presse de ne pas révéler le nom de la victime, Madame Collins ignorait donc ce qui était arrivé à Kelly : devait-il lui dire ? Elle enchaîna :

« Je ne l’ai pas revue depuis, je suppose qu’elle reste chez son petit ami, le beau commandant ? C’est étonnant qu’il ne soit pas avec vous, c’est une scène de crime, non ?»

« En effet mais il est retenu ailleurs. »

« Comment va la victime ? Elle est vivante ? Je n’ose imaginer ce que ce monstre lui a fait ! »

« Son état est encore critique mais elle se bat. »

« Pauvre fille… »

« En effet. Madame Collins, c’est toujours un plaisir de vous rencontrer mais… »

« Pour moi aussi, lieutenant, je vois que vous êtes en service et je ne voudrais pas abuser de votre gentillesse, je vous laisse faire votre travail. Remettez mon bonjour à Kelly et au beau commandant et elle se dirigea vers l’ascenseur. Quand il la vit s’y engouffrer, il lui fit un petit signe de la main qu’elle lui rendit et entra finalement dans l’appartement de Carter : la scientifique était passée par là et il ne restait plus grand-chose à examiner. Il entra dans la chambre, ouvrit les armoires, les tiroirs et découvrit, parmi tout un tas de paperasse, un passeport au nom de James Carter. Il en fit de même dans la pièce de séjour mais ne trouva rien de plus et sur le point de s’en aller, il jeta un œil sur les bouquins bien rangés dans la bibliothèque murale.

Tous concernaient les tueurs en séries : « Serial killers, enquête sur les tueurs en série", "Le livre noir des serial killers", « L’homme en noir », « Un tueur sur la route »,… Il en feuilleta quelques-uns quand son attention fut attirée par un titre en latin : « Supplicium ». Il saisit ce gros bouquin par curiosité et en l’ouvrant, il fut surpris d’y voir une encoche dans laquelle se trouvaient une petite enveloppe qui contenait des coupures de différents journaux : chacune relatait le viol d’une jeune femme, probablement ses victimes et une clé USB qu’il alla brancher sur le téléviseur : apparut alors une photo de Kelly. Il commençait à faire défiler les autres clichés quand il sursauta en entendant derrière lui un cri suivi d’un bruit de vaisselle cassée : c’était Madame Collins qui était revenue avec un morceau de tarte dans une assiette et qui avait reconnu la jeune femme sur les photos :

« Oh mon Dieu mais c’est Kelly ! Ne me dites pas que c’est elle la… la… victime ! Rassurez-moi. Ce n’est pas elle, n’est-ce pas ? » et devant le silence du lieutenant, elle se mit à trembler et à pleurer. Danny la fit asseoir en lui disant doucement :

« Oui, ce malade en avait après elle. »

« Mais alors… Ca veut dire que vous la protégiez en fait ! »

« Oui »

« Oh mon Dieu, le message dont on n’arrête pas de parler aux infos, c’était pour Kelly ? Je comprends mieux maintenant pourquoi elle restait si discrète, elle se… elle se cachait…» Danny ne répondit pas et la vieille dame enchaîna :

« Le Commandant ne faisait que son travail alors… C’est dommage, je trouvais qu’ils formaient un très beau couple… J’étais si heureuse pour elle. Elle est tellement gentille… Oh mon Dieu, je n’arrive pas à réaliser, toute cette histoire semble si irréelle…»

« Madame Collins, pour Kelly, il est important que personne ne sache que c’est elle la victime. Nous souhaitons la préserver le plus possible… »

« Je comprends tout à fait et même si je suis une incorrigible bavarde, je sais tenir ma langue quand c’est nécessaire. »

« Je compte sur vous. »

« Vous avez ma parole » et après quelques instants « Vous pensez que je pourrai aller lui rendre visite à l’hôpital ? Je l’apprécie beaucoup et j’aimerais lui apporter mon soutien. »

« Je suis sûr que ça lui fera plaisir. Ecoutez, vous êtes bouleversée, vous feriez mieux de rentrer chez vous vous détendre » et la vieille dame se leva mais quand elle voulut ramasser la casse, Danny l’en empêcha :

« Laissez-moi faire. »

« Vous êtes si gentil que je m’étais dit que vous seriez peut-être content de goûter un morceau de la tarte que j’ai préparée ce matin mais… »

« C’est vraiment très gentil de votre part, Madame. Je suis touché. Une autre fois certainement. »

« Avec plaisir. Je peux vous demander encore une chose ? »

« Je vous écoute »

« Vous pourrez me donner de ses nouvelles ? »

« Je vous le promets. Quel est votre numéro de téléphone ? » et il en prit note. La vieille dame finit alors par s’en aller : elle semblait avoir pris dix ans de plus en quelques minutes tant cette nouvelle l’avait bouleversée… Il fouilla encore un peu l’appartement et partit rejoindre Steve à l’hôpital.

 

Chin et Kono arrivèrent au repaire mais la scientifique n’avait pas laissé grand-chose et ils ne virent rien d’intéressant. Ils retournèrent alors près de la rivière mais les gars étaient passés par là aussi. Ils regagnèrent donc le labo pour voir ce qu’ils avaient emmené et repartirent pour l’hôpital.

 

Danny leur raconta ce qu’il avait trouvé et à leur tour, ils en firent de même :

« La scientifique avait déjà tout ramené et devinez ce qu’ils ont trouvé : dix bocaux renfermant chacun un cœur et étiquetés Cory 1, Cory 2, etc… »

« Si avec toutes ces preuves, il n’est pas envoyé en prison d’état, c’est à n’y rien comprendre… » déclara Danny.

« Dommage que l’état d’Hawaii ne pratique plus la peine de mort, il la mériterait amplement » ajouta Kono.

Ils parlèrent encore un moment puis Kono demanda à Chin :

« A quelle heure est fixée ton intervention demain ? »

« A 9 heures, l’anesthésie locale prendra plus de temps que l’ablation de la lésion elle-même et je pourrai vous rejoindre ensuite au QG. »

« Pas d’imprudence, Chin. Si tu as besoin de repos après, prends-le »

« Merci, Steve, mais on verra demain. »

« Bon, je vais y aller » dit Kono « Il se fait tard. A demain, les garçons. Et toi, en s’adressant à Kelly, veille bien sur notre boss : il a tendance à ne pas prendre soin de lui. Je compte sur toi pour vite aller mieux » et elle l’embrassa sur la joue avant de partir.

« Je descends avec toi, cousine. A demain. »

« A demain » répondirent en chœur Steve et Danny.

« Dis, tu n’as pas faim, toi ? » demanda le blondinet.

« Pas vraiment. »

« Je te signale que c’est Kelly qui est reliée à une perfusion de glucose, pas toi. Je te ramène un sandwich, une salade ? »

« Une salade si tu insistes… »

 

Tout en mangeant, Danny se demandait comment aborder un sujet délicat quand il repensa au Procureur :

« Prescott se pose des questions à ton sujet » et en voyant le regard étonné de son ami, il ajouta :

« Tes sentiments pour Kelly ne passent pas inaperçus, tu sais… »

« Ca ne la regarde pas. »

« Je ne serais pas aussi catégorique à ta place quand on sait à quel point Carter est jaloux de toi, Laura Prescott sera peut-être alors ta meilleure alliée à la barre si la défense te cuisine à ce sujet… »

« Et alors ? En quoi mes sentiments pourraient être un problème ? »

« Dois-je te rappeler que tu as enfreint la procédure ? Et je suppose que tu ne lui as rien dit, n’est-ce pas ? »

« Dire quoi ? »

« Ben je sais pas moi… par exemple que Kelly a dormi chez toi ? »

« Et alors ? »

« Ben, tu lui as dit ou pas ? »

« Non, je ne le lui ai pas dit, Danny ! »

« Et tu comptes pas lui dire ? »

« J’en sais rien. Le procès n’est pas encore à l’ordre du jour, je verrai ça en temps voulu. »


mesange  (26.04.2014 à 09:15)

33

 

A ce moment, Kelly remua enfin légèrement la main et ouvrit lentement les yeux. Danny sortit aussitôt pour prévenir une infirmière pendant que Steve s’approchait de la jeune femme.

« J’avais déjà remarqué à quel point tu aimais jouer les marmottes mais là, tu te surpasses » dit le seal d’une voix douce en lui souriant et en gardant sa main serrée dans la sienne. Kelly le regarda puis découvrit les perfusions auxquelles elle était reliée. Le cœur de Steve se serra tandis que Danny et le chirurgien entrèrent :

« Bonjour Mademoiselle Grainger. Je suis le Docteur Nawana. C’est moi qui me suis occupé de vous à votre arrivée aux urgences. Comment vous sentez-vous ? Vous ne souffrez pas trop ? »

Kelly fit non de la tête. Le médecin continua :

« Je suppose que vous avez des questions à me poser et je vous propose un petit jeu : vous répondez d’abord à deux ou trois petites questions et je répondrai ensuite aux vôtres. D’accord ? »

Kelly fit oui de la tête et le chirurgien commença, soulagé déjà de constater qu'elle comprenait les consignes :

« Votre nom est bien Kelly Grainger ? » et elle fit à nouveau oui de la tête.

« Vous pouvez me donner votre date de naissance ? »

Elle voulut répondre mais les mots sortaient difficilement :

« Le…le… qu…quin…ze… j…j…jui..llet… mi…mille… ne…neuf » et le médecin l’interrompit en voyant les larmes lui monter aux yeux :

« C’est très bien, Kelly. Vous revenez de loin et il n’est pas rare d’avoir des difficultés d’élocution au réveil. C’est assez déstabilisant, je le reconnais mais vous êtes encore très faible et vous devez vous reposer mais comme je vous ai promis de répondre à l’une ou l’autre question et que je n’ai qu’une parole, je vous écoute… »

Steve et Danny retenaient leur souffle, voir leur amie s’exprimer aussi difficilement les angoissait. Ils avaient espéré qu’elle s’en sortirait sans aucune séquelle neurologique mais ce n’était de toute évidence pas le cas. Kelly demanda :

« J…j’ai…eu…un…a…ac…ci…dent ? »

Les deux amis se regardèrent pendant que le chirurgien lui répondait :

« Vous ne vous en souvenez pas ? »

« N…non »

« Vous pouvez me dire quel jour nous sommes ? »

« S…sa…m…me…d..di »

« Vous avez effectivement été admise aux urgences samedi mais nous sommes dimanche aujourd’hui. De quoi vous souvenez-vous exactement ? » demanda-t-il doucement en surveillant ses paramètres tensionnels.

« J…j’é…t…tais…ch…chez… moi. S…Ste…ve… »

« Je suis là » dit Steve.

« Oui ? » l’encouragea le médecin.

« On…on…a…d…dé…déjeu…né.et…on…a..a…llait…p..pa..r..t…tir.. à..s…son…..b..bu..r..reau »

« Vous souvenez-vous pourquoi vous étiez avec le Commandant McGarrett ? »

Elle fit oui de la tête mais répondit :

« Il…m…me…p..pr..pro…t…tè..ge. »

Et son pouls commença à s’accélérer, sa tension grimpa un peu également et le Docteur Nawana intervint :

« C’est très bien mais vous avez fait assez d’efforts pour l’instant, vous êtes encore très faible et vous devez vous reposer un maximum. Nous reprendrons cette conversation plus tard. D’accord ? » Il injecta alors un tranquillisant dans une des perfusions et Kelly sombra à nouveau dans le sommeil, ses chiffres tensionnels revenant peu à peu dans les limites de la normale ainsi que son pouls. Le chirurgien s’adressa à Steve :

« C’est un sédatif. Elle revient de loin et je ne veux prendre aucun risque. Elle n’est pas encore apte à apprendre ce qui lui est arrivé. »

« Il arrive souvent qu’une victime ait des troubles de mémoire mais pensez-vous qu’elle se souviendra ? » demanda le seal anxieux.

« Au vu de sa réaction, je pense que oui. Il lui manque quelques heures mais quand elle sera plus alerte, elle se posera des questions et tout lui reviendra petit à petit probablement. »

« Et son bégaiement ? »

« Même si nous avons tout fait pour la réanimer le plus vite possible, son cœur s’est arrêté plus de sept minutes. Les séquelles neurologiques auraient pu être pires. Une rééducation orthophoniste sera entamée très vite afin de l’aider à récupérer une élocution correcte. Elle va avoir besoin de soutien. Savez-vous si elle était encore suivie psychologiquement ? »

« Non, je ne pense pas qu’elle l’était encore mais je ne peux l’affirmer, je ne l’ai rencontrée qu’il y a quelques jours mais c’est quelqu’un d’équilibré malgré son passé. »

« A-t-elle de la famille ? Des amis ? »

« Elle s’est retrouvée seule après sa première agression et elle vivait recluse depuis. Mais elle pourra compter sur nous tous. »

« Oui, on sera là pour elle » appuya Danny.

Le Docteur Nawana sourit :

« Je repasserai plus tard » et il sortit de la chambre. 

Steve retourna s’asseoir sur le fauteuil à côté de Kelly et se prit la tête entre les mains. Danny vint poser une main sur son épaule :

« Elle vient à peine de s’éveiller. Il est sûrement un peu tôt pour nous inquiéter. Faisons-lui confiance, elle s’est bien battue jusqu’ici… »

« Je n’aurais jamais cru être capable de m’attacher à une autre femme que Catherine et pourtant, je tiens à elle, Danny, bien plus que je ne devrais » lâcha alors Steve.

« Tu veux dire par là que… »

« Que je n’arrive pas à garder mes distances. »

« J’en déduis que s’il n’y avait pas Catherine, tu… »

« Tout ce que je sais, c’est que le fait d’être avec Cath ne m’a pas empêché de l’embrasser l’autre soir chez elle… »

Danny ne s’attendait pas à ça ! Il avait toujours été étonné de voir combien Steve pouvait rester froid aux avances de très jolies femmes et il ne pouvait l’imaginer infidèle : les sentiments de son ami étaient donc bien plus profonds que ce qu’il pensait. Il dit :

« Et ? »

« Et quoi ? »

« Vous vous êtes juste embrassés comme ça et puis, plus rien ? »

« Elle m’a repoussé » et il lui raconta tout ce qui s’était passé ensuite. Quand il eut terminé, Danny lui dit :

« Je vais te dire, c’est bien plus grave que je ne pensais. » Steve haussa les sourcils attendant la suite :

« Tu es en train de tomber amoureux ! » et devant le regard que lui lança son ami, il ajouta :

« Tu sais, ces choses-là, elles nous tombent dessus sans crier gare et puis c’est pas comme si tu étais heureux dans ton ménage, ta relation avec Catherine s’est pas mal détériorée, ça explique peut-être le pétrin dans lequel tu t’es mis… Une chose est sûre : tu vas pas pouvoir jouer sur les deux tableaux encore longtemps, tu vas devoir faire un choix et je ne voudrais pas être à ta place... »

Steve ne sut que répondre et Danny prit congé de lui en lui disant qu’il repasserait le lendemain matin après avoir été prévenir en personne la directrice de l’école de l’absence forcée de Kelly.


mesange  (28.04.2014 à 14:16)

34

 

Le lundi, Danny sortit de sa voiture dès qu’il vit Rachel déposer leur fille devant l’école et l’appela :

« Grace, Grace. »

Celle-ci se retourna et un grand sourire éclaira son visage :

« Danno ! »

« Bonjour, monkey »

« Danno, pas ici, pas devant mes copains ! »

« Ah bon ? Et pourquoi, c’est mignon, non ? » et en voyant le visage de sa fille, il dit :

« Ok, ok, j’ai compris. Bonjour Grace. Ca te va comme ça ? »

« C’est parfait » dit-elle un grand sourire aux lèvres. « Pourquoi tu es là ? »

« Je viens avertir ta directrice de l’absence de ton institutrice. »

« Elle est malade ? »

« Oui, on peut dire ça » et devant l’air interrogateur de sa fille « Elle est hospitalisée. »

« J’espère que ce n’est pas trop grave. »

« Nous l’espérons tous »

« Tu lui diras que je pense bien à elle. Elle va beaucoup me manquer. »

« Oui, je sais combien tu l’apprécies. Allez, il est temps d’aller rejoindre tes petits camarades » et il voulut l’embrasser mais demanda :

« Je peux encore te donner un petit bisou ? »

« Danno ! »

« Ok, ok, j’ai rien dit » répondit-il en la regardant partir en soupirant : sa fille grandissait bien trop vite à son goût et il alla trouver la directrice pour la mettre au courant de l’absence forcée de Kelly.

 

« Je suis sincèrement désolée d’apprendre ce qui lui est arrivé. J’espère qu’elle s’en sortira et qu’elle surmontera ce drame. Je passerai la voir quand elle pourra avoir de la visite. »

« Ca lui fera certainement plaisir » répondit Danny et il quitta le bureau de Madame Moana pour se rendre au domicile de son ami lui prendre quelques affaires de rechange.

 

Chin, accompagné de Malia, passa voir Kelly avant son intervention :

« Comment va-t-elle ? »

« Elle a repris connaissance hier soir » dit le seal.

« Comment a-t-elle réagi ? » demanda Malia.

« Elle ne se souvient plus de ce qui s’est passé et elle bégaye » et il leur expliqua ce que lui avait dit le chirurgien.

« C’est fréquent après un tel traumatisme » tenta de le rassurer Malia « et une prise en charge rapide par orthophonie donne de très bons résultats »

« Je l’espère. »

« Il faut rester positif, elle va avoir besoin de notre soutien. »

« Oui. »

« Bon, il est temps d’en finir avec ce mélanome. Je repasserai la voir après. »

« Courage. »

« Merci » et Chin posa une main compatissante sur l’épaule de son ami avant de sortir.

 

Kelly s’éveilla peu après. Steve prévint l’infirmière qui bipa le Docteur Nawana, puis il se pencha vers la jeune femme, un beau sourire aux lèvres. Il lui dit :

« Comment te sens-tu ? »

« F…fa…t…ti…g..uée »

« Tu n’as pas mal ? »

« N..non. J…j’ai…s…soi…f »

Steve versa un peu d’eau dans un verre et l’approcha de ses lèvres. Kelly but lentement, elle avait du mal à déglutir. Le chirurgien entra dans la chambre :

« Bonjour Mademoiselle Grainger. Je vois qu’on est éveillée »

« B… bo… bonj… our »

« Comment vous sentez-vous ce matin ? »

« J… j’ai…ma…mal …à …la…g…go..r…ge »

« C’est normal mais ça va vite passer et vous allez pouvoir manger aujourd’hui. Vous irez même un peu dans ce fauteuil si votre ami vous le laisse bien sûr. »

« Déjà ? C’est tôt. »

« On ne va pas lui demander de courir un marathon, rassurez-vous, Commandant. »

Steve grimaça un sourire un peu gêné et le chirurgien se tourna à nouveau vers sa patiente :

« Vos paramètres sont bons. On va bientôt pouvoir vous retirer quelques perfusions et la sonde. Vous serez déjà plus à l’aise pour bouger. »

« Qu’…qu’est-ce… j’…j’ai ? »

« Vous ne vous rappelez toujours de rien ? »

Steve la regardait retenant son souffle…

« Vous avez reçu un coup de couteau dans l’abdomen et vous souffrez d’une fracture de la pommette, ce qui explique ces bandages sur votre visage et cette sonde » enchaîna le Docteur Nawana en posant une main amicale sur son bras. Kelly ferma les yeux. Elle se rappelait être sous la protection de Steve mais n’avait aucune idée de ce qui avait pu se passer. Elle dit :

« Il… Il… m’…m’a…re..tr…ou..v..vée ? »

« Oui » fit Steve du bout des lèvres.

« Oh… » et son visage changea, son pouls s’accéléra quand elle demanda :

« Il…Il..a..p…pu a..ab..abu… » et Steve la coupa aussitôt :

« Non, Kelly. Nous ne lui en avons pas laissé le temps. »

Elle ferma les yeux puis demanda encore :

« V… vous…l’a…l’av..ez… a….arrê…ter ? »

« Oui, tu n’as plus à avoir peur » la rassura le seal et le Docteur Nawana lui dit en souriant :

« Il faut vous reposer maintenant, c’est beaucoup d’informations à digérer d’un coup. Je repasserai vous voir plus tard » et il sortit de la chambre. Kelly ferma les yeux un instant mais chercha ensuite du regard Steve qui s’assit à ses côtés et qui la coupa quand elle voulut lui parler :

« Chut, tu as entendu le médecin : tu as fait assez d’efforts comme ça, tu dois te reposer maintenant. Je reste là, ne t’inquiète pas. »

Danny entra doucement dans la chambre et tendit une boîte de malasadas à Steve.

« Tu as peur que je ne dépérisse ? »

« En fait, c'est moi qui en avais envie et je me suis dit que Kelly apprécierait aussi et comme cette chambre est devenue notre nouveau QG, j’en ai pris pour tout le monde. Tiens, je suis passé chez toi te prendre quelques affaires. »

« Merci, c’est gentil. »

Kelly, au bruit de leurs voix, ouvrit les yeux. Danny vint l’embrasser sur la joue et lui dit avec un grand sourire :

« Aloha, Kelly. J’espère que tu as faim car je t’ai ramené des malasadas. »

Avant qu’elle puisse répondre, Kono entra elle aussi et fut heureuse de voir leur amie éveillée.

« Mmm, des malasadas, j’arrive au bon moment, on dirait. »

Kelly leur sourit :

« C…ça…s…sent…b…bon »

« Attends, je vais redresser le lit » dit Steve et il l’aida à s’installer confortablement.

« Tu es bien comme ça ? » demanda-t-il.

« Oui, m…mer…c..ci. »

Danny fit la distribution et ils devisèrent joyeusement tous les trois pendant que Kelly mangeait de bon appétit.

« Encore un ? » demanda Danny.

« Il..en…r..res..te.. en..c…core ? »

« Tu ne connais pas encore Danny, il fait toujours dans la démesure » s’exclama Steve.

« C..co..mme.. t..toi » répondit-elle en souriant.

« Comment ça ? On veut tout savoir ! » demanda Danny curieux.

« Oui, dis-nous, Kelly ! » renchérit Kono.

La jeune femme regarda Steve qui dit d’une voix impérieuse :

« Kelly doit se reposer et vous, vous avez du boulot ! »

« Je…s…suis…p..pas…f..fa..t..ti..guée »

« Tu te ligues contre moi maintenant? » répondit-il faussement indigné.

« Enfin, une femme qui te tient tête… » se moqua Danny.

« Raconte, Kelly ! » insista Kono.

« S..Steve…a..pr..pré.p..pa..r..é..des…p..pan..c.cakes…p…pourt..tout…l’.l’im..meuble »

« Tu fais la cuisine, toi ? » dit Danny.

« Oui, je sais cuisiner... moi ! »

« C..c’est..v..vrai, ils..é..taient..dé…l…li..cieux. »

« Tu m’en as jamais fait à moi quand j’étais chez toi ! » accusa Danny

« Si j'avais commencé à te faire ton petit-déjeuner, tu serais toujours chez moi ! »

Et ils rirent tous de bon cœur.


mesange  (30.04.2014 à 15:19)

35

 

Chin put se rhabiller : l’intervention s’était très bien passée et il n’était pas mécontent que tout ça soit derrière lui : bien sûr, il devrait subir des contrôles de façon régulière mais il échappait à la chimiothérapie qu’il redoutait tellement. Il sortit et, avec Malia, alla rejoindre Steve auprès de Kelly qui dormait paisiblement. Le seal sortit dans le couloir avec Chin et Malia et demanda :

« L’intervention s’est bien passée ? »

« Oui, tout ça est derrière moi, j’ai l’impression de revivre » répondit Chin en souriant et en serrant plus étroitement Malia contre lui.

« Pourquoi tu ne prendrais pas ta journée ? Tu viens de traverser des moments difficiles. »

« J’avoue que c’est assez tentant » répondit son lieutenant en regardant tendrement sa femme.

« Tu embrasseras Kelly pour nous. »

« Je n’y manquerai pas » assura le seal.

 

Les heures passèrent : Kelly put quitter le lit pour s’installer dans le fauteuil une petite demi-heure et soutenue par une infirmière, fit quelques pas dans la chambre, Steve n’étant pas loin au cas où elle flancherait mais ces efforts la fatiguèrent beaucoup et elle dormit une bonne partie de l’après-midi. Elle venait de s’éveiller quand on frappa à la porte :

« Bonjour, je suis Michèle Hutchins. Le Docteur Nawana m’a fait part de vos difficultés d’élocution suite au traumatisme que vous avez subi. Je suis orthophoniste, je suis là pour vous aider. »

« C…ça…va… p..pa…sser ? »

« Nous allons tout faire pour en tout cas mais vous êtes encore faible et nous irons doucement. Monsieur, je pourrai vous demander de nous laisser seules un moment ? »

« Euh…oui. Kelly, je vais en profiter pour prendre un café et je reviens ».

En sortant, il croisa Kono et Danny qui revenaient du QG et ils allèrent ensemble boire un café. Arrivés dans le service, ils aperçurent le Procureur Prescott qui parlait avec l’infirmière en chef mais qui, en les voyant, s’avança vers eux pour leur annoncer l’inculpation de Carter. Le seal lui demanda :

« Qui le défend ? »

« Douglas Evans » répondit-elle mais ce nom ne semblait rien dire à Steve, ce qui ne l’étonna pas vraiment. Elle préféra changer de sujet : « Comment va Kelly ? »

« Mieux » et après un bref regard suspicieux au Procureur, il ajouta : « Il est encore trop tôt pour l’interroger, tout stress doit lui être évité. »

Laura Prescott répondit :

« Je ne suis pas un monstre, vous savez, Steve et pour tout vous dire, j’admire le courage de cette jeune femme » Elle ajouta alors d’une voix sourde : « J’espère qu’elle se rendra compte de la chance qu’elle a de vous avoir à ses côtés… » et elle les laissa sans rien ajouter.

Steve et ses équipiers la regardèrent partir sans bien comprendre ce qui venait de se passer : Laura Prescott était un procureur réputé dur au tribunal et exigeant avec son équipe. Elle restait toujours maîtresse d’elle-même en toutes circonstances. Ses adversaires la redoutaient et rares d’ailleurs étaient les procès qu’elle avait perdus et là, elle leur avait montré un visage qu’ils ne connaissaient pas… Ils retrouvèrent Kelly qui les accueillit avec un sourire qui fit chaud au cœur à Steve. Elle leur dit en se concentrant comme le lui avait appris l’orthophoniste :

« J’ai…une…bonne…nou.velle. Elle…m’a..dit…que…cette…p..pre…miè..re..s..sé..an.ce

a…avait…dé..jà…por..té…ses..f..fr..fruits »

« En effet, c’est moins haché » confirma Danny.

« Bientôt, on ne pourra plus t’arrêter de parler » la taquina Steve.

« Ca fait plaisir de te voir sourire, Kelly » dit Kono.

« C’est…g..grâ..ce.à..vous. Vous..êtes..tous…si..gen.tils..avec..moi »

« Ca, c’est parce que tu es l’institutrice de Grace et c’est toujours bien d’avoir la prof de son côté » plaisanta Steve.

Kelly sourit.

« Bon, il est temps d’y aller. On se revoit demain »  dit Kono.

« Je t’accompagne, Kono «  dit Danny. « A demain » et tous deux laissèrent Steve et Kelly seuls.

Steve remarqua l’air soucieux de Kelly et lui demanda si ça allait. Elle le regarda et lui demanda :

« Il… m’a…p…poi..gna..r..dée …J’ai…beau…es..essay..er…de…me….s.ou…ve.nir, .. je…n’ar…rive..pas »

« Ta mémoire reviendra assez vite. Le plus important est que tu t’en remettes complètement, le reste peut attendre. »

Kelly vit le regard de Steve se voiler. Elle lui prit la main et lui sourit. Elle n’avait pas vraiment envie de « revenir à la réalité », pas tout de suite : savoir son agresseur en prison lui suffisait pour l’instant et elle préféra occulter tout le reste…

Steve, quant à lui, redoutait ce moment. Savoir son agresseur hors d’état de nuire semblait l’avoir libérée jusqu’à présent du moins, mais comment affronterait-elle la perspective d’un procès ? Comment, lui, affrontera-t-il son sentiment de culpabilité toujours bien présent ? 

Kelly passa une nuit calme et à son réveil, elle fut touchée de voir Steve endormi dans le fauteuil à côté d’elle : elle prit le temps de le regarder mais il dut sentir son regard car il ouvrit les yeux et lui sourit en la voyant :

« Bonjour… Comment te sens-tu ? »

« B…bon…j…jour »

Le cœur de Steve se serra en l’entendant.

« Ca…va »

« Tu as une plus belle mine, c’est vrai. »

Et à ce moment, on frappa à la porte et ils virent entrer Danny accompagné de Grace qui vint embrasser son oncle et qui s’approcha de son institutrice.

« Bonjour, Mademoiselle Grainger. »

« Bon…jour, Gra…ce. Da…nny »

« Bonjour Kelly. Grace a un petit cadeau pour toi de la part de toute la classe et je me suis dit que ce serait bien si elle pouvait te le remettre ce matin avant d’aller à l’école » et Grace lui montra un collage fait de dessins de chaque élève et dans un cœur de fleurs, était noté : « Revenez-vous, vite. Vous nous manquez déjà »

Kelly fut touchée par ce geste.

« C’est… très…gen..til. Je..suis…tou..chée. Tu..re..mercie…ras…tout…le…monde

Grace lui dit : 

« Vous allez vite guérir et revenir. »

Kelly lui sourit et demanda :

« Qui.s’o..cupe de vous ? »

« Hier, c’était notre prof de gym, Monsieur Eric Oldfield. Il est gentil mais c’est pas vous. Il ne sait pas s’il va rester ou si quelqu’un d’autre vous remplacera. Il a dit en tout cas qu’il viendrait vous voir. »

« Le pau..vre, je.le.mets..dans..une..drôle..de..situ..ation. Soy…ez…sa..ges…sur.tout »

« Promis. »

« Il est temps de partir maintenant, Mademoiselle » dit Danny.

« Au revoir, Mademoiselle Grainger. »

« Au.re.. voir, Grace »

Danny et Grace sortirent de la chambre laissant Steve et Kelly à nouveau seuls.

« Tous ces petits mots sont très touchants, ils tiennent vraiment à toi. »

« Vous..êtes.. tous.. si..gen.tils. Je..ne…le..mé…rite. pas »

« Qu’est-ce que tu racontes encore ? Je pensais que seul Danny pouvait débiter autant de bêtises en si peu de temps, mais je vois que tu ne te débrouilles pas mal non plus » lui dit-il en lui faisant un clin d’œil.

« C’est..ce.que..je..ressens. Je..sais..pas..pour..quoi » dit-elle les larmes aux yeux.

« Hé ! Je vais interdire tout cadeau s’ils te bouleversent autant » et il lui passa un mouchoir et l’embrassa sur le front en lui murmurant tendrement :

« Tu les mérites amplement, crois-moi ! »


mesange  (02.05.2014 à 08:58)

36

 

A cet instant, l’orthophoniste entra dans la chambre et Steve les laissèrent travailler toutes les deux. Il arrivait à la cafétéria quand Kono l’interpella :

« Hey, Boss ! Je t’offre un café ? »

« Kono ! Volontiers. »

 Et ils s’installèrent à une table.

 « Danny est passé avec Grace qui lui a remis un dessin fait à l’école par tous les élèves avec un petit mot de chacun d’eux. Kelly en a été très touchée. »

« Toutes ces marques d’attention ne peuvent que lui faire du bien. »

« Oui, c’est ce que je pensais aussi mais elle m’a dit qu’elle les méritait pas. Elle est incapable de s’expliquer, c’est ce qu’elle ressent. Elle commence à se poser des questions, Kono et je redoute sa réaction quand elle va se souvenir de tout et ce que ça va impliquer pour elle…»

« Ce sera un très mauvais moment à passer mais nous serons là… Tu seras là » dit-elle doucement. »

« Il y a des fois où je me dis que ne pas recouvrer la mémoire ne serait pas une mauvaise chose... »

« Pour elle ou pour…toi ? »

Steve la regarda puis détourna le regard mal à l’aise.

« Elle ignore ce qui s’est passé depuis votre départ pour le QG mais elle a compris que, malgré notre protection, son agresseur s’en est encore pris à elle et contrairement à toi, elle ne te le reproche pas… »

Steve soupira :

« Il n’y a pas que ça… »

« Chaque chose en son temps. C’est bien ce que tu nous dis toujours, non ? » et elle ajouta :

«  Ce serait bien d’encadrer le dessin qu’elle a reçu. J’irai voir pour ça tout à l’heure. »

« Très bonne idée. »

« Et son bégaiement ? »

« Ce matin, à son réveil, ça allait beaucoup mieux, c’est encore hachuré mais le débit est moins pénible. »

« C’est déjà une excellente chose. »

Ils allèrent la retrouver et quand ils entrèrent dans la chambre, Kono s’exclama en voyant deux gros bouquets de fleurs :

« Eh ! mais on se croirait au parc avec toutes ces fleurs ! »

« Je sais pas…qui me les a.. envoy..ées »

 Kono alla lire les noms qui figuraient sur les cartes et commença :

 « Celui-ci vient de ton école et celui-là, de Madame Collins » et elle lui tendit les cartes.

« Cette orthophoniste fait des miracles » constata Steve.

« Elle a dit qu’…elle était…contente »

« Tout ça sera bien vite derrière toi » dit Kono d’une voix rassurante. « Voilà le dessin dont m’a parlé Steve ! Tu as de vrais petits artistes dans ta classe. »

« T’as…vu ! »

«Ca fait du bien de te voir en meilleure forme en tout cas. Bon, il est temps que j’aille travailler si je veux pas me mettre mon boss à dos » lui fit-elle avec un clin d’œil.

« Tu…devrais y..aller toi.aussi » dit Kelly à l’intention de Steve.

« Peut-être tout à l’heure mais on verra. »

« Le privilège d’être le chef » lança Kono avant de partir.

 

Pendant ce temps-là, James Carter fut transféré sous les feux des projecteurs à la prison d’Halawa mais avant d’entrer dans le fourgon cellulaire, il se retourna face à la presse et déclara : « Cory Mayers, c'est elle la couplabe, tout est de sa faute » et il fut poussé sans ménagement à l’intérieur du véhicule. Les journalistes se pressèrent autour du Procureur Général qui ne voulut faire aucun commentaire. Elle espérait juste que la victime ne tomberait pas sur ce reportage, bien consciente des dégâts psychologiques que peut causer le sentiment de culpabilité toujours présent chez ce genre de victimes…

 

 

Un peu plus tard, le chirurgien, accompagné d’une infirmière, entra :

« Alors, Kelly, comment vous sentez-vous aujourd’hui ? »

« Ca va mieux. Je parle..plus..facile.ment »

« Et vous m’en voyez ravi. Je vous apporte également de bonnes nouvelles : vos paramètres sont bons : la tension est normale, pas de fièvre. On va vous retirer la dernière perfusion et on va changer vos pansements aussi. J’en profiterai pour examiner les cicatrices » et il laissa l’infirmière se charger des soins pendant qu’il entraînait Steve dehors :

« Comment est son moral ? S’est-elle rappelé ce qui lui est arrivé ? »

« Non mais elle se pose des questions et elle doit se souvenir de certaines choses mais ça reste flou, je pense. »

« C’est dû aux antidépresseurs que nous lui administrons. Une néphrectomie n’est pas une intervention anodine et d’éventuelles complications peuvent toujours survenir dans les dix jours qui suivent. »

Devant l’air inquiet de Steve, il poursuivit :

« Rassurez-vous, Kelly se rétablit tout à fait normalement. Toutefois, d’après vos dires, la posologie administrée semble ne plus suffire à la maintenir dans un état de bien-être relatif mais je n’aime pas augmenter les doses de ce genre de traitement. Il devient impératif qu’elle soit suivie par psychothérapie. »

Steve acquiesça en soupirant et le Docteur Nawana continua :

« Je suis soulagé de vous savoir à ses côtés, je m’apprête à lui dire qu’elle a perdu un rein »

« On ne peut pas attendre encore un peu ? »

« J’en ai parlé avec un confrère psychiatre qui me conseille de ne pas attendre » et après un bref instant :

« Commandant, avez-vous déjà entendu parler de la dissociation péri-traumatique ? »

« C’est une réaction de survie. »

« Exactement. Pour faire court, en cas de stress intense provoqué par une agression, le circuit émotionnel peut se « déconnecter » : la victime se sent anesthésiée, physiquement et émotionnellement. Elle continuera à voir l’agresseur mais plus rien ne sera ressenti avec pour conséquence courante une perte de mémoire totale ou partielle mais quand la victime est enfin sécurisée, la mémoire traumatique peut se reconnecter et elle peut "s’allumer" lors de liens rappelant les violences.Et c’est une torture pour la victime qui sera obligée de mettre en place des stratégies de survie pour essayer d’y échapper. Si je vous parle de ça, c’est qu’il se peut que Kelly en ait fait l’expérience. Vous comprenez dès lors mon inquiétude ? »

« Il vaut mieux y aller doucement en effet… »

« Oui…»

« Allez-y, Docteur. Je n’ai pas l’intention de la laisser seule » et ils rentrèrent dans la chambre.

Le chirurgien examina la plaie :

« Tout est parfait, les cicatrices restent belles. Vous ne souffrez pas ? »

« Non. »

« Vous vous souvenez que je vous ai dit que vous aviez été poignardée. »

Kelly fit oui de la tête et le chirurgien poursuivit :

« Malheureusement, votre rein gauche a été gravement touché et une hémorragie massive a failli vous coûter la vie. Nous n’avions plus le choix et nous avons dû procéder à son ablation. »

« Vous…voulez…dire que..je n’ai… plus qu’…un rein ? »

« Oui mais comme vous le savez, on vit très bien avec un seul rein. Vous pourrez poursuivre vos activités normalement. Mais pour préserver votre rein restant, une certaine hygiène alimentaire entre autres sera souhaitable et vous devrez boire très régulièrement mais on reparlera de tout ça à votre sortie. » 

Le chirurgien vit les lèvres de sa patiente trembler et ses yeux se remplir de larmes tandis que Steve lui serrait la main, il poursuivit néanmoins en voyant ses paramètres stables :

« Vous avez fait un arrêt cardiaque pendant l’intervention et nous avons dû vous ouvrir le thorax pour faire redémarrer votre cœur. Tout ça fait peur, c’est normal mais bien vite, vous n’y penserez plus. Si vous avez des questions, je vous écoute. »

Le médecin lui sourit et posa la main sur son bras. Kelly ferma les yeux, digérant lentement ce qu'on venait de lui révéler et après un moment de silence, elle finit par déclarer  :

« Ca aurait..pu être..pire. »

« Toujours voir le côté positif des choses, c’est ma philosophie aussi » et il ajouta :

« Je reviendrai vous voir et je reste bien sûr à votre disposition pour toute question que vous vous poseriez. »

Et il sortit de la chambre...

 


mesange  (04.05.2014 à 09:21)

37

 

Kelly ferma les yeux un instant et quand elle vit le visage défait de Steve, elle tenta de le rassurer :

« Je vais bien. Tu n’as…rien à te…reprocher. »

« Je suis désolé, Kelly. Je t’avais promis qu’il ne s’en prendrait plus à toi mais je n’ai pas pu tenir ma promesse… »

« J’ai…perdu un…rein mais j’ai..gagné des..amis »

Steve serra plus étroitement sa main et lui dit :

« Tu sais que t’es incroyable. Nous ne te laisserons pas tomber. Nous t’aiderons à surmonter tout ça. »

« Vous le…faites..déjà. »

Et elle s’approcha de lui pour l’embrasser sur la joue. Ils se regardèrent un moment sans rien dire quand Steve se pencha alors vers elle et il allait l’embrasser quand il fut interrompu dans son élan par Kamekona qui arriva avec plusieurs portions de crevettes. Steve se redressa vivement, mal à l’aise, ce qui fit sourire Kelly.

« Aloha, ma belle » la salua Kame.

« Aloha » répondit Kelly.

« La nourriture dans les hôpitaux est infecte et je ne pouvais laisser une jolie damoiselle comme toi mourir de faim. »

« Je vais…finir par…croire que les hommes..ont un pro.blème avec.. les..quantités. »

« Il y a bien une portion pour moi dans tous ces paquets, non ? »

« Oui, mon frère mais pour toi, ça fera huit dollars. »

« Huit dollars ? J’ai rien demandé moi, c’est toi qui est venu avec tout ça. »

« Les affaires sont les affaires, mon frère. »

Steve souffla mais ne discuta pas et lui donna bon gré mal gré l’argent mais quand il vit Kamekona s’attaquer à une portion, il revint à la charge :

« Tu fais quoi là ? Tu m’as fait payer ta portion ? »

« Non, quatre dollars pour ta part et quatre dollars pour la livraison personnelle, mec. »

« Tu sais que je peux te faire arrêter pour escroquerie ? »

« Tu feras jamais ça, mon frère. »

« Ouais, ben, n’en sois pas si sûr. »

Malgré les circonstances, Kelly se sentait bien : elle appréciait beaucoup la compagnie de ses nouveaux amis et encore plus celle de Steve. Elle était sûre qu’il allait l’embrasser et elle avait été déçue de l’arrivée intempestive de Kamekona même si sa visite lui faisait énormément plaisir.

Après le repas, Kelly exhorta Steve à retourner travailler. Il avait beau être le chef, il avait sûrement du travail :

« Je vais bien. »

Steve n’était pas convaincu mais elle lui dit :

« Tu as peur que..je..retrouve.. la mémoire quand…je serai seule ? »

« Je préférerais être là, oui. »

« Je sais déjà le…prin.cipal et ça peut..pas.être pire…que la..première.fois. Je vais..me.reposer. »

« Tu essaies de te débarrasser de moi ? »

« Non mais tu en as..déjà tellement…fait pour..moi. »

« OK, je fais un saut au bureau, je repasse chez moi me changer et je reviens. Tu me promets d’être sage ? »

« Oui, Commandant » répondit-elle en souriant. Il lui rendit son sourire et s’en alla.

Kelly s’endormit et rêva de Steve : elle le cherchait quand elle l’aperçut en compagnie d’une femme brune qu’il embrassait passionnément. Elle resta là à les regarder. La jolie brune s’aperçut alors de sa présence et lui adressa un sourire triomphant. Kelly s’éveilla en sursaut avec le sentiment désagréable d’avoir déjà vu cette femme mais elle n’arrivait pas à savoir où. Elle essayait en vain de s’en rappeler quand elle fut tirée de ses pensées par l’arrivée de Madame Collins :

« Bonjour Kelly. Je peux entrer ? »

« Bien..sûr, Madame..Co.llins. »

« Quel plaisir de vous revoir ! Si vous saviez combien je me suis inquiétée pour vous quand j’ai su ce qui vous était arrivé. »

« J’en suis…désolée. »

« Le gentil lieutenant m’a donné de vos nouvelles, je suis contente de voir que vous parlez à nouveau presque normalement. »

« Oui, pres.que. »

« Oh, j’allais oublier : je vous ai apporté des gaufres que j’ai faites spécialement pour vous ce matin. »

« Merci. Vous êtes si..gen.tille » sourit Kelly.

« Vous savez, tout le monde dans l’immeuble est sous le choc. »

« Tout le..monde sait..pour moi ? » demanda alors Kelly d’une voix tendue.

« Non, pour Monsieur Carter ! Si on avait su que c’était… »

Mais elle ne put terminer sa phrase, une femme élégante entra à ce moment dans la chambre.

« Bonjour Mademoiselle Grainger. Je vous dérange peut-être ? »

« Non, Madame.. Mo.ana. En.trez. »

« Je suis soulagée de voir que vous semblez aller bien. »

« Oui, je me sens..de mieux en..mieux. »

« Merci pour le..beau.bouquet..de fleurs. Merci à vous.aussi, Madame Co..llins. »

« C’est la moindre des choses » répondit la directrice.

« Rien de tel qu’un peu de couleurs pour mettre un peu de baume dans les chambres aseptisées des hôpitaux » dit la vieille dame.

« Oui, ça fait..du bien..pour le.moral. Mon ab..sence.doit..vous..con.trarier. »

« Ne vous inquiétez surtout pas pour ça. Monsieur Oldfield semble très bien s’en sortir. Il faut d’abord penser à vous ! Prenez le temps qu’il faudra pour nous revenir en forme. »

« Merci pour votre…com.pré.hension. Je contacterai.Monsieur Oldfield. »

« Il m’a dit qu’il passerait vous dire bonjour pour discuter de vive voix avec vous »  et la directrice vit alors le dessin offert à Kelly :

« C’est très touchant. J’avais déjà pu remarquer à quel point les enfants vous apprécient mais vous savez, certains viennent même me trouver en personne pour voir si j’ai des nouvelles fraîches vous concernant. »

« Vous leur di.rez.. que je vais mieux..et que je suis im..patiente de les..re.trouver, ils..me..manquent..aussi. »

« Ce sera fait. Je ne veux pas vous fatiguer plus longtemps, je vous laisse. Prenez bien soin de vous. Je prendrai de vos nouvelles. »

« Merci. »

« Je peux lire ce qu’ils vous ont écrit ? » demanda la vieille dame.

« Oui, bien sûr. »

« Oh oh, vous avez carrément une demande en mariage !! Et il demande de l’attendre quelques années, c’est trop mignon » rit Madame Collins en lisant un des petits mots.

« Oui, Keanu est un petit mar..rant. »

« Si j’étais vous, je montrerais cette déclaration au beau commandant » dit la vieille dame avec un sourire sans équivoque. « Je suppose qu’il vient vous voir quand même ? » lâcha-t-elle encore d’un air innocent.

« Steve ? Oui, oui, il est..resté avec moi depuis..que je suis ici. »

Sa voisine sourit et dit :

« J’ai vu comment il vous regardait et croyez l’expérience d’une vieille dame, il est pas insensible à votre charme. Il serait amoureux que ça m’étonnerait pas » et elle baissa la tête de haut en bas avec un air entendu à l’adresse de Kelly qui rougit.

« Si, si, vous pouvez me croire ! Nous en reparlerons mais j’espère vivre assez longtemps que pour voir vos enfants. »

« Madame Collins ! »

« Et si je ne suis plus de ce monde, j’espère que vous penserez à ce que je vous ai dit quand vous mettrez au monde votre premier bébé. »

Kelly se troubla à cette évocation et ne désirait plus qu’une chose : se retrouver seule. Elle fit semblant de réprimer un bâillement et la vieille dame s’en alla pour la laisser se reposer en lui promettant de revenir. Une fois seule, Kelly repensa à ce qu’elle lui avait dit au sujet du bébé et le mot « illusion » griffonné sur un bout de papier refit surface. C’était son écriture, elle la reconnaissait mais pourquoi l’avait-elle écrit ? Ce n’était pas la première fois qu’elle revoyait certaines images fugaces mais elle n’arrivait pas à distinguer la réalité du produit de son imagination et tous ces efforts finalement l’épuisaient, la mettaient mal à l’aise et elle prenait conscience petit à petit qu’au bout de ce puzzle, elle ne rencontrerait que souffrance mais elle n’était pas prête et elle occulta tout ça en allumant la télévision pour se distraire avant de changer d’avis et prit plutôt le livre que Malia lui avait amené.

 


mesange  (06.05.2014 à 09:09)

38

 

Steve entra au QG sous le regard étonné de ses équipiers.

« Elle t’a mis dehors ? » lança Danny sous le regard amusé des deux cousins.

« Je vois que t’es en pleine forme » répondit le seal.

« J’en déduis qu’elle va bien ou assez bien pour que tu la laisses seule » répliqua le blondinet.

« Oui » reconnut le seal. « Mais je suis sûr qu’elle commence à se souvenir. »

« C’est peut-être une bonne chose après tout » risqua Chin.

Steve leur relata sa conversation avec le Docteur Nawana.

« Elle ne t’a jamais parlé de sa psy ? On pourrait la contacter peut-être ? » demanda Kono.

« Tu devrais peut-être aborder ce sujet avec elle, non ? » suggéra Danny.

« Je pensais que peut-être Malia pourrait aller lui parler comme elle est médecin » déclara Steve.

« Je lui en parlerai. Kelly accepterait peut-être mieux cette proposition venant d’un médecin en effet » approuva Chin.

« Merci, Chin. »

« Vous n’allez pas un peu vite ? » s’indigna Danny.

« Que veux-tu dire ? Kelly va avoir besoin d’une aide professionnelle » dit Steve.

« C’est certain mais vous croyez pas qu’elle y songera elle-même sans qu’on l’invite à le faire ? Laissons-la se souvenir et voyons comment elle réagira. »

« Danny n’a pas tort. Souvenez-vous qu’elle a fait le vide autour d’elle après sa première agression. On ne devrait pas risquer de la brusquer mais rester à son écoute » renchérit Kono.

« Merci, Kono ! »

« Ca se tient » acquiesça Chin.

« Oui, vous avez raison, je brûle les étapes » admit Steve.

« Comme toujours ! » surenchérit son ami. « A propos, on a enfin découvert l’identité de la deuxième victime : elle s’appelait Shelley Harper. Elle était venue passer quelques jours à Hawaii après une rupture sentimentale. Elle voulait faire le vide et avait demandé qu’on la laisse tranquille. Après trois jours sans nouvelles, sa famille a commencé à s’inquiéter et on connaît la suite. »

« La famille devrait arriver bientôt à Oahu pour l’identifier officiellement mais la photo qu’ils nous ont envoyée ne laisse planer aucun doute » ajouta Kono.

Leur attention fut alors également attirée par le reportage qui passait sur l’écran géant. En entendant la déclaration de Carter, Steve jura et sortit en trombe du QG sous le regard surpris de ses équipiers. Danny sortit aussitôt le rejoindre :

« Tu comptes faire quoi ? Te rendre à Halawa et le descendre comme ça ? »

« Je vais lui faire regretter d’être venu au monde. »

« Attends une minute, tu veux ? » mais Steve ne l’écouta pas. Il monta dans son véhicule et démarra en faisant crisser les pneus. Danny sauta aussitôt dans sa camaro pour le suivre.

Le seal se présenta à la réception et demanda à voir le prisonnier. Il arrivait à hauteur de la cellule quand il vit le Procureur en sortir. En le voyant hors de lui, elle l’empêcha d’y entrer.

« Laissez-moi passer ! »

« Certainement pas ! »

« Je n’ai pas besoin de votre permission. »

« Vous franchissez cette porte et je vous fais mettre aux arrêts illico presto, Commandant. »

Ils se toisèrent et Laura Prescott finit par lui dire :

« Allez, venez »  Et elle le prit fermement par le bras. « Je sais qu’il mériterait la raclée que vous comptiez lui mettre mais tout ce que vous gagneriez, c’est de vous retrouver vous aussi derrière les barreaux et ce n’est pas ainsi que vous aiderez Kelly et vous ne m’aidez pas non plus et honnêtement, je ne sais plus quoi faire avec vous ! »

Il la regarda sans comprendre. Elle soupira :

« Nous devons parler mais pas ici » et avant que Steve ne réponde, ils furent rejoints par Danny tout essoufflé mais visiblement soulagé de voir le Procureur avec son ami.

« Emmenez votre ami loin d’ici, Lieutenant, son comportement impulsif commence à me donner des aigreurs d’estomac. »

« Avec plaisir, Madame » et à l’adresse de Steve : « Allez, viens. »

Et ils quittèrent la prison sans dire un mot mais alors que Steve s’apprêtait à monter dans son véhicule, un des journalistes à l’affût du moindre scoop lança :

« Commandant, Commandant McGarrett… »

« Pas de commentaire. »

« Qui est Cory Mayers ? Des bruits courent qu’elle serait de mèche avec le tueur, sa tête pensante, est-ce vrai ? Un mandat d’arrêt a-t-il été lancé contre elle ? »

« QUOI ? » 

Danny sortit de son véhicule et le Procureur de la prison…

« Vous avez entendu Carter : Cory Mayers, c’est elle la vraie coupable. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ? »

« Ceci » et Steve lui balança son poing en pleine figure mais avant qu’il ne puisse continuer, Danny l’en empêcha :

« Oh, oh, oh, ça va pas ? Tu cherches vraiment les ennuis ? »

« On dirait bien et il les a trouvés ! » dit alors le Procureur d’une voix courroucée.

« Eh… mais je ne faisais que mon travail » se plaignit le journaliste.

« Votre travail ? Parce que vous appelez ça un travail ? Vous croyez que.. » s’emporta Steve rouge de colère, coupé par le Procureur :

« CA SUFFIT, Commandant ! » et à l’intention du journaliste :

« Allez plus loin voir si je n’y suis pas » et le journaliste s’exécuta en lançant :

« Vous aurez de mes nouvelles, Commandant » et plus bas à l’attention de son collègue : « Tu as pu filmer ? » et il sourit en s’éloignant alors que Laura Prescott ordonna à Steve de la retrouver dans les locaux du HPD.

Une demi-heure plus tard, Steve entra comme une furie au HPD suivi de son fidèle lieutenant et se dirigeait vers le bureau de Duke quand la voix de Prescott l’arrêta net :

« Vous prenez la mauvaise direction, Commandant. »

Le seal se retourna le regard noir, ce qui ne déstabilisa pas le moins du monde Laura qui s’adressa à Duke.

« Duke, pouvez-vous emmener le commandant du Five-0 se calmer dans une cellule ? » 

Duke la regarda puis jeta un œil à Steve mal à l’aise…

« J’ai l’immunité totale, Procureur. »

« Je sais mais si cette immunité vous protège jusqu’à un certain point, je ne tolérerai pas qu’elle nuise à mon travail. Je ne sais pas si vous vous rendez bien compte que votre comportement digne d’un enfant de maternel nuit à votre amie. Emmenez-le, Duke. C’est un ordre. »

« Steve… » implora Duke.

« Danny, préviens la gouverneur, qu’elle me fasse sortir d’ici. »

« Je l’ai personnellement prévenue et si j’étais vous, je me ferais oublier un moment si je voudrais conserver mon immunité. »

Ils s’affrontèrent du regard mais le Procureur ne cilla pas :

« Dois-je ordonner que l’on vous menotte ? »

Steve passa devant Prescott sans lui accorder un regard et suivit Duke dans un silence pesant pour tout le monde. Il entra dans la cellule :

« Ta plaque et ton arme, Steve » Et il s'exécuta de mauvaise grâce. « Et ton portable » ajouta Duke d’un air navré. Après avoir obéi, Steve regarda l’agent fermer la porte, tourner la clé et s’en aller la tête basse, le laissant seul et il fit voler la banquette de rage…

 


mesange  (08.05.2014 à 15:05)

39

 

« Madame le Procureur. Est-ce vraiment nécessaire ? Je sais bien qu’il a dépassé les bornes mais il a des circonstances atténuantes et … » tenta Danny.

« Lieutenant, ça suffit. »

« Kelly a besoin de lui, pensez un peu à elle… »

« Je ne fais que ça ! »

« Vous comptez le garder combien de temps ? »

« C’est une excellente question ! Vous en avez d’autres comme ça ? »

« Euh..oui, j’en ai une autre.. » mais Laura le coupa :

« Vous voulez peut-être rejoindre votre ami dans la cellule d’à côté ? »

« Pour quel motif ? »

« Insubordination peut-être ? »

« C’est de l’abus de pouvoir ! »

« Disparaissez de ma vue, Lieutenant ! » et comme Danny prenait la direction des cellules, elle cria à l’encontre de Duke :

« Toutes visites, quelles qu’elles soient, sont interdites jusqu’à nouvel ordre ! »

Danny fit demi-tour, repassa devant elle en ne pouvant s’empêcher de lâcher :

« Y a pas que Steve qui pète un plomb. »

Prescott garda le silence et quitta le HPD furieuse mais une fois dans sa voiture, elle craqua, la première fois depuis trente-deux ans, depuis …

 

Danny alla directement retrouver ses équipiers et leur raconta toute l’histoire.

« Steve culpabilise déjà assez ainsi. Si Kelly retrouve la mémoire et qu'il ne peut être présent pour la soutenir..." s’indigna Kono. « Franchement, elle est allée trop loin. A-t-elle un cœur, cette femme ? »

« Steve l'a cherché aussi » lui rappela calmement Chin. « Ce n'est pas la première que son côté impulsif lui joue des tours et ce n'est certainement pas la dernière non plus... »

Danny composa alors un numéro :

« Madame la Gouverneur, ici le lieutenant Williams. »

« Bonjour Lieutenant. Je m'attendais à votre appel mais sachez que je cautionne totalement la décision de Laura. »

« Steve ne s’est pas comporté de manière très professionnelle, je vous l'accorde mais de là à le jeter dans une cellule alors que Kelly va avoir le plus grand besoin de lui n'est pas la décision la plus judicieuse. Au lieu de se calmer, il va péter un plomb. »

« Comment ça, Kelly a besoin de lui ? Votre enquête est terminée, non ? C'est le procureur qui a pris la relève. »

Danny se mordit la lèvre : il en avait peut-être trop dit et décida de la jouer différemment :

"Oui, Madame et nous nous tenons à son entière disposition bien sûr comme le veut la procédure mais si l'avocat de la défense apprend l'arrestation de Steve, ça pourrait jouer contre nous et ce ne serait pas bon pour notre image. »

« Ce n'est pas à moi que vous devez dire ça mais à votre ami qui, manifestement, ne s’en préoccupe pas. »

« Il est sous pression, c'est une tragique histoire et nous sommes tous marqués aussi », ajouta-t-il avec prudence.

« Steve est un chien fou qui a besoin d’être recadré et quelques heures au cachot ne lui feront pas de mal. »

« Madame, permettez-moi d'insister...»

« Lieutenant Williams, Laura Prescott s'occupe désormais de Kelly Grainger et …

Danny éloigna son téléphone de son oreille en levant les yeux au ciel sous le regard anxieux des deux cousins et soupira en entendant la Gouverneur lui dire :

« Me suis-je bien fait comprendre, Lieutenant ? »

"Oui Madame, c'est très clair" et il raccrocha en annonçant à ses amis qu’ils étaient attendus chez la Gouverneur illico presto.

« Elle a dit pourquoi ? » demanda Kono.

« Une décision à prendre. Après tout, ce crétin n’est pas plus mal en cellule, Jameson est furieuse… »

 

 

A quelques kilomètres de là, Paul Carson, œil tuméfié et pommette gonflée, cherchait sur internet tout ce qu’il pouvait trouver sur Cory Mayers et après quelques recherches, il découvrit enfin son passé. Il téléphona ensuite à l’hôpital pour connaître le numéro de chambre de cette patiente mais on lui répondit qu’aucune Cory Mayers ne figurait sur le listing des hospitalisés. Pourquoi ? Il décida de se rendre à l’hôpital pour en découvrir la raison. A l’heure des visites, il fit tous les étages un bouquet de fleurs à la main quand il aperçut un policier devant une chambre. Il prit alors son portable et appela l’accueil :

« Bonjour. Pourriez-vous me passer Madame Smith, chambre 271, s’il vous plaît ? »

« Bien sûr, Monsieur. Voici… Oh mais vous êtes sûr du numéro de chambre car il ne s’agit pas de Madame Smith ? »

« Oui, certain. Si c’est pas Madame Smith, c’est qui alors ?

« Désolée, Monsieur, mais je n’ai pas le droit de vous le communiquer. »

« Dans ce cas, c’est que mon amie est peut-être rentrée chez elle plus tôt que prévu. Merci » et il raccrocha. Il réfléchissait comment obtenir cette information quand il vit l’infirmière quitter le comptoir d’accueil du service. Il regarda à gauche et à droite et vit que le policier parlait à un couple âgé. Il se pencha sur les documents qu’il examina à la hâte et découvrit ce qu’il cherchait. Il sourit et s’en alla…

 

 

Quant à Catherine, loin de ce tumulte, elle n’avait pas revu Billy, pas plus que Steve et ce n’était pas plus mal : elle aurait eu du mal à le regarder en face… Elle repensait aux paroles de son ex « Les cocktails n’expliquent pas tout… » Il n’avait pas tort : aurait-elle succombé si elle était heureuse avec Steve ? Elle se remémora la dernière scène qui l’avait poussée à claquer la porte : elle était alors bien décidée à ne plus revenir et à aller de l’avant s’il ne changeait pas. Son horloge biologique tournait et elle se demandait si elle ne perdait pas son temps à attendre qu’il soit prêt mais le serait-il un jour ? Malgré tout, elle n’imaginait pas son avenir sans lui. Elle l’avait pourtant déjà quitté… mais elle était revenue. Steve avait mis du temps avant d’oublier sa rancœur, il l’avait pardonnée et ils avaient finalement pu reconstruire leur couple mais voilà qu’elle commettait à nouveau la même erreur ! Sa vie amoureuse semblait tourner en rond… Pourquoi ? Pourquoi leur relation n’évoluait-elle plus ? Que lui apportait Kelly qu’elle ne lui apportait plus ? Devait-elle lutter pour sauver son couple ou lâcher prise ? Plus elle réfléchissait et plus elle était perdue mais ce qu’elle savait, c’était qu’elle devait d’abord répondre à cette question avant d’envisager de tout raconter à Steve quant à son infidélité…

 

Kelly ignorant tout des derniers événements attendait avec une impatience grandissante le retour de Steve et pour tuer le temps, elle alluma la télévision, regarda un documentaire sur les volcans d’Hawaii puis zappa les programmes quand elle tomba sur un flash d’information sur CNN et lut sur la bande défilante : Transfert du tueur en séries à la prison fédérale d’Halawa. Elle vit un homme menotté poussé vers un fourgon cellulaire et elle reconnut immédiatement son voisin, Monsieur Carter le paraplégique ! Elle ne pouvait plus détacher ses yeux de cet homme : c’était donc lui ? Elle vivait depuis tout ce temps à côté de lui ? Elle le regarda, horrifiée, se retourner face à la presse pour lâcher : « La coupable, c’est Cory Mayers, tout est de sa faute. » Elle vit son sourire sadique et fut alors submergée par un torrent de souvenirs : le Diable derrière sa porte, la forêt, la table de torture, le coup de poignard, la femme brune, la décision qu’elle avait prise, le mot qu’elle avait laissé, le procès à venir, l’humiliation publique : tout s’entrechoquait dans sa tête, images, voix, sentiments, provoquant le chaos et elle se recroquevilla en position fœtale dans le lit, le regard vide…

 

Dans sa cellule, Carter jubilait : il avait fait le bon choix avec Evans : ce type était encore plus machiavélique que lui. Le procès s’annonçait grandiose…

 

 

FIN DU PREMIER CHAPITRE


mesange  (10.05.2014 à 09:24)

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