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Série : Hawaii Five-0 (2010)
Création : 21.05.2014 à 15h03
Auteur : mesange
Statut : Terminée
« Le tueur sous les verrous, sa victime se rétablit lentement de ses blessures avant d’affronter une nouvelle épreuve… » mesange
Cette fanfic compte déjà 37 paragraphes
11
Il la regarda mais n’ajouta rien, s’installa au volant et après lui avoir jeté un rapide coup d’œil, démarra dans un silence pesant… Kelly ferma les yeux un instant puis fixa la route perdue à nouveau dans ses pensées avant de déclarer :
« Il a dit que c’était loin d’être terminé. Comment le prends-tu ? Tu crois que c’est possible ? »
« Que veux-tu qu’il fasse enfermé ? Il ne sortira pas de prison de si tôt. Il a voulu te faire peur. »
« Tu crois ? »
Steve repensa à Carson. Etait-ce à lui que Carter pensait ? A l’impact qu’auraient les clichés une fois publiés ? Ou simplement anticipait-il sa libération croyant que son avocat réussirait à lui éviter la prison d’état ?
« Je sais qu’il attend le procès avec impatience pour pouvoir te voir chaque jour… » répondit-il prudemment.
« J’espère qu’il n’a rien prévu d’autre… »
Steve lui mit la main sur le bras dans un geste rassurant :
« Tu m’as impressionné. Je sais à quel point tu redoutais cette confrontation et tu t’en es admirablement sortie. »
« Peut-être en apparence mais si tu savais au fond de moi… ». Ils se regardèrent et elle lui demanda : « Et s’il avait raison, Steve ? Si… »
« Il te manipule psychologiquement, Kelly. Tu ne dois pas t’arrêter à ce qu’il dit. Allez, viens, allons voir comment va Grace. »
Chin et Kono étaient au QG et devenaient fous à force de chercher comment découvrir la véritable identité de Carter : il n’avait laissé aucune trace de son passé à part ces coupures de journaux et la seule chose qu’ils relevèrent dans ses comptes bancaires, c’est qu’il avait réussi à usurper l’identité de ce pauvre Carter et qu’il touchait chaque mois une pension d’handicapé. La photo du tueur avait été diffusée partout dans le pays depuis son arrestation et les bureaux de police des différents états dans lequel il avait sévi avaient reçu un nombre invraisemblable de témoignages de personnes qui l’avaient vu, qui l’avaient côtoyé mais de toute évidence, rien de probant car personne ne les rappelait…
Steve et Kelly arrivèrent à l’hôpital et furent accueillis par un grand sourire de Grace étendue sur le lit, le bras dans le plâtre.
« Je vois que ton père est plus traumatisé que toi par ce plâtre » déclara Steve qui vint embrasser sur le front sa nièce.
« C’est ça, moque-toi ! » répondit Danno bougon.
Steve fit un clin d’œil à Grace et lui dit :
« Je parie qu’il t’a interdit de jouer à saute-mouton dorénavant ? »
Et Rachel lui répondit :
« Exactement ! Tu as tout compris. »
« Et j’ai raison quand vous voyez ce qui peut arriver ! »
« Danny, ce n’est qu’un bras cassé… » dit Steve.
« Oui mais ça aurait pu être pire ! On aurait pu lui mettre des broches, des plaques, des vis et je ne sais tout quoi qui aurait fait horriblement mal… »
« C’est bon, Danny, la coupe est pleine » s’énerva son ex. « Vous savez quoi ? Je vous laisse le raisonner, moi, je vais prendre un café ! » et reconnaissant Kelly, elle lui dit :
« Bonjour Mademoiselle Grainger. Comment allez-vous ? Vous manquez terriblement aux enfants. »
« Surtout à toi qui dois expliquer le soir à Grace ce qu’elle n’a pas compris en classe... » renchérit Danny sans laisser le temps à Kelly de répondre.
« Je préfère sortir avant de commettre un meurtre » soupira Rachel et elle sortit après avoir donné un bisou à Grace :
« Je reviens ma chérie. »
Kelly regarda Steve qui haussa les sourcils, l’air de dire que ce genre de scène devait être courante entre ces deux-là. Grace rompit le silence qui venait de s’installer en demandant :
« Dis, oncle Steve, c’est quoi une parade nuptiale ? »
Danny faillit s’étrangler pendant que Steve la regardait surpris :
« Une parade nuptiale ? »
« Oui, Madame Collins a parlé hier d’une parade nuptiale. »
Danny ne savait plus où se mettre pendant que Kelly rougissait et que Steve cherchait ses mots et que Grace insistait :
« Et quand j’ai posé la question à Danno, il m’a dit de te la poser à toi. »
« Il a dit ça ? » répondit le seal en regardant son ami devenir écarlate.
« C’est juste que… » bredouilla Danny.
« Mademoiselle Grainger, vous pouvez m’expliquer ce que c’est parce qu’ils ont pas l’air de savoir… »
Les deux amis se regardèrent avant de se tourner vers Kelly pour voir comment elle allait se débrouiller…
« On parle de parade nuptiale dans le monde animal pour désigner un comportement particulier que l’on observe à certaines périodes » lui expliqua-t-elle.
Les deux hommes, impressionnés, approuvèrent la réponse mais Grace demanda alors :
« Mais quel comportement ? » et ils se retournèrent une nouvelle fois vers Kelly pour voir comment elle s’en sortirait cette fois…
« Le mâle cherche à attirer l’attention de la femelle. Tu n’as jamais vu de documentaire sur les oiseaux par exemple ? On peut voir voleter le mâle autour de la femelle pour l’amadouer et se rapprocher d’elle. »
« Ca veut dire quoi « amadouer ? »
« Flatter, séduire.»
« Ah… Oncle Steve essaie de vous séduire alors ? »
« Euh…» ne put que répondre Kelly mal à l’aise pendant que Steve lançait un regard meurtrier à son ami qui se justifia :
« C’est Annabelle la fautive, c’est elle qui a parlé de ça. »
« Annabelle ? » demanda le seal.
« Oui, Madame Collins ! »
« Tu l’appelles par son prénom maintenant ? » et avant que Danny ne puisse répondre, il ajouta narquois « Tu comptais m’en parler quand ? »
« De quoi ? »
« D’Annabelle ! »
« Crétin ! »
Et ils en étaient encore là quand Rachel revint dans la chambre et Steve profita de son retour pour s’esquiver avec Kelly et une fois dans le couloir, Steve lui dit gêné :
« Je suis désolé pour… pour ce que… » commença-t-il très mal à l’aise mais Kelly l’interrompit :
« N’en parlons plus… »
« Au contraire, je pense que nous devons en parler » se surprit-il à répondre et il se lança « Nous ne pouvons pas continuer à faire comme si nous n’éprouvions que de l’amitié l’un pour l’autre parce que ce n’est pas le cas… » Voilà, c’était dit !
Kelly ne sut que répondre : elle savait qu’elle ne le laissait pas indifférent, il le lui avait déjà dit mais il y avait encore Catherine entre eux et pourtant cet aveu la prit un peu au dépourvu mais le voir si mal à l’aise à attendre qu’elle dise quelque chose la fit fondre et pour toute réponse, elle s’approcha de lui et posa ses lèvres sur les siennes et Steve l’entraîna alors dans l’ascenseur où une fois seuls, il la prit dans ses bras et ils échangèrent un baiser d’abord timide puis ils laissèrent enfin libre cours à leurs sentiments et c’est à regret qu’ils s’écartèrent l’un de l’autre en entendant les portes s’ouvrir et c’est un peu gênés qu’ils regagnèrent la voiture mais avant de démarrer, Steve rompit le silence qui s’était installé entre eux :
« Hum… Le moment est mal choisi pour… mais…euh… » et quand il croisa son regard amusé : « Tu m’aides pas en me regardant comme ça ! », ce qui la fit sourire de plus belle et le mit encore plus mal à l’aise.
« Euh… Je n’ai plus envie de continuer comme ça, je… tu sais ce que je ressens pour toi, enfin…je crois que tu sais et je sais bien qu’avec le procès et… enfin, je… » et le voyant patauger, elle s’approcha alors de lui, lui donna un petit bisou sur la joue et il la regarda intensément :
« Et si on reparlait de tout ça ce soir ? Je pourrais passer après le boulot peut-être ? » suggéra-t-il anxieusement.
« Oui » répondit-elle simplement et c’est avec un grand sourire aux lèvres qu’il démarra pour regagner, soulagé et heureux, le QG après l’avoir déposée chez elle.
12
Steve entra et frappa dans ses mains en demandant aux cousins s’ils avaient pu avancer et ils répondirent que non. Il soupira et alla s’enfermer dans son bureau. Il alluma son ordinateur et entra le nom de Paul Carson dans la barre de recherche se demandant s’il devait les mettre au courant ou pas des menaces qu’il lui avait faites... Il sortit finalement de son bureau mais lança :
« Je suis sûr que Carter a un autre endroit où il cache certaines choses, le tout est de découvrir où… »
« Qu’est-ce qui te fait penser ça ? » demanda Chin. « Il semble très intelligent et n’a peut-être pas voulu laisser aucun indice derrière lui… »
« Kelly a voulu aller le voir à Halawa et… »
« Quoi ? Tu l’as laissée y aller ? » le coupa Kono.
« C’était son choix. Je l’ai accompagnée et il a dit à un moment que c’était loin d’être terminé. »
« Tu crois qu’il parlait du procès ? » demanda Kono.
« Je ne sais pas… » mais Chin sentit qu’il ne disait pas tout. « Ca a un rapport avec Carson ? »
« Quoi ? »
« Tu sais très bien ce que je veux dire, Steve. Tu as affaire à des flics, ne l’oublie pas et on sent quand on ne nous dit pas tout… » répondit Chin. Kono regarda son cousin puis son boss et sentit la tension monter dans la pièce. Steve répondit simplement :
« Je m’occupe de Carson. Restez en dehors de ça » et il retourna dans son bureau sous le regard dubitatif des deux cousins…
A 14 H, Kelly se présenta au bureau du procureur qui l’accueillit chaleureusement :
« Bonjour, Kelly. Comment allez-vous ? »
« Madame le Procureur. Ca peut aller. »
Laura Prescott l’invita à s’asseoir et entra directement dans le vif du sujet :
« Comme vous le savez, la prescription pour abus sexuels dans l’état de Pennsylvanie est de douze ans. Carter sera donc lors de ce procès également jugé pour sa première agression à votre encontre. J’ai donc étudié attentivement votre déposition de l’époque et j’aimerais que nous revoyions tout cela ensemble. »
« Bien. »
Laura acquiesça et saisit le dossier qui trônait au milieu de son bureau quand Kelly déclara :
« Mais avant, je voudrais vous signaler que je me suis rendue à Halawa pour le voir. »
Laura leva la tête surprise et l’écouta lui relater toute la scène. Quand la jeune femme se tut, elle lui demanda :
« Pas d’esclandre du Commandant McGarrett ? »
Kelly la regarda un peu surprise et répondit :
« Non. »
« Très bien » et elle poursuivit : « Je comprends votre démarche, j’aurais fait pareil mais il est important maintenant que vous n’ayez plus aucun contact avec Carter qui cherche manifestement à vous déstabiliser. »
« Je sais. »
« Son comportement vous a-t-il surpris ? »
« Qu’entendez-vous par là ? »
« La défense va vouloir le faire passer pour quelqu’un d’irresponsable, ce qui pourrait… »
« L’envoyer en institution psychiatrique plutôt que dans une prison fédérale » termina à sa place Kelly.
« J’oubliais que j’avais devant moi une avocate et d’après votre dossier, vous étiez vouée à une brillante carrière : d’excellentes notes et les rapports vous concernant lors des quelques procès auxquels vous avez participé sont très élogieux. C’est même vous qui avez su mettre en lumière la double personnalité d’un tueur alors qu’il avait passé les examens psychiatriques sans problèmes. J’avoue avoir été impressionnée. »
« Merci. Je crois que je suis douée pour faire apparaître le côté obscur chez certaines personnes. J’en ai payé le prix fort d’ailleurs » répondit Kelly d’une voix sombre.
Le cœur de Laura se serra mais elle répondit d’une voix ferme :
« Otez-vous ça de la tête immédiatement ! Vous n’y êtes pour rien dans ce qui vous est arrivé. Certains parleront de destin, d’autres de hasard mais d’après vos dépositions, ce n’est pas cet aspect qui l’a attiré chez vous. »
Kelly soupira :
« Je sais que vous avez raison. C’est juste que ce n’est pas facile de se défaire du sentiment de culpabilité mais je vous assure que je tiendrai bon. »
« Nous allons y travailler. Serez-vous encore suivie par votre psy durant ce procès ? »
« Je pourrai l’appeler si j’en éprouve le besoin. »
« Non pas si, c’est certain, vous allez en baver, Kelly, ne vous faites aucune illusion à ce sujet. »
Kelly leva les yeux vers elle puis les baissa en soupirant. Laura décida d’attaquer immédiatement pour la tester et voir ce qu’elle pourrait endurer. L’après-midi fut pénible et c’est éprouvée et fatiguée nerveusement que Kelly quitta le bureau du Procureur vers 18 H. Elle rentra chez elle, se laissa tomber dans un fauteuil et pleura…
Laura Prescott n’était pas dans un meilleur état : Kelly avait répondu à toutes ses questions posément en restant très digne. Il était évident qu’elle avait fait un énorme travail sur elle-même pendant ces six dernières semaines, travail qui portait ses fruits et après avoir revu ses deux dépositions, elle l’avait contre-interrogée sans la ménager, la poussant toujours un peu plus dans ses retranchements, lui laissant à peine le temps de chercher ses mots pour répondre en l’assommant aussitôt de nouvelles questions mais en la voyant lutter de plus en plus pour ne pas fondre en larmes, elle avait fini par mettre fin à la séance. En tout cas, cette jeune femme forçait l’admiration par son courage. Elle s’en alla aussi mais avant de rentrer chez elle, elle passa par le cimetière…
Après pratiquement toute une journée avec son ex-femme, Danny jeta l’éponge et après avoir embrassé sa fille, il quitta l’hôpital et passa au QG retrouver ses équipiers mais Steve était déjà reparti et il ne trouva que les deux cousins :
« Comment va Grace ? » demanda Kono.
« Elle va aussi bien que possible et devrait quitter l’hôpital d’ici une heure ou deux, le temps que le médecin repasse la voir. »
« C’est une bonne nouvelle » commenta Chin.
« Oui, je crois que je n’aurais pas pu supporter une nouvelle journée avec mon ex ! »
« A ce point-là ? » sourit Chin.
« Tu ne peux même pas imaginer ! » répliqua Danny qui demanda : « Steve est déjà parti ? D’habitude, c’est le dernier à quitter… »
« Oui, il a reçu un coup de fil et est aussitôt parti » expliqua Kono.
« Un coup de fil de qui ? » demanda le blondinet.
« Il n’a rien dit » lui répondit Kono.
« Il faisait quelle tête ? »
« Celle des mauvais jours » répondit la jeune flic.
« Donc, c’est pas Kelly. Je parie qu’il s’agit encore de Carson. Il faut absolument savoir pourquoi Steve ne nous dit rien. »
« Et tu comptes t’y prendre comment puisqu’il ne veut rien dire ? »
« On pourrait consulter l’historique de son ordi pour voir ? » suggéra Danny.
« Euh…S’il l’apprend, il va nous tuer… » répondit prudemment Kono.
« On passera un mauvais quart d’heure mais il n’aura qu’à s’en prendre à lui. On forme une équipe, non ? »
« C’est tout de même un peu léger pour se justifier, Danny » dit Chin.
« Vous avez une meilleure idée ? » et devant le silence de ses amis, il conclut : « C’est le moment ou jamais ! » et il se dirigea dans le bureau de son ami, alluma son ordi et laissa Kono s’occuper des recherches :
« En tout cas, il a pris soin de vider son historique et après un petit moment, elle s’écria : « Bingo ! Il a effectivement fait des recherches sur Carson. »
« Qu’est-ce que Carson peut-il bien lui vouloir ? » demanda Chin. « Il n’a pas encore porté plainte, si ? »
« Pas que je sache » répondit Danny.
« Il l’attend devant sa voiture et quand il t’aperçoit, il lui reprend une enveloppe des mains et on sait que cette enveloppe n’appartient pas à Steve » résuma Kono.
« Qu’y avait-il donc dans cette enveloppe ? » dit Chin.
« Quelque chose qui n’a pas dû lui plaire » répondit Danny. « Et s’il le faisait chanter ? »
« Comment ? » demanda Kono.
« Carson couvre l’affaire Carter… » commença Chin.
« Il a dû découvrir certaines choses et il le fait chanter en échange de son silence et c’est pour ça que Steve ne nous dit rien ! Jamais, il ne le laissera faire du mal à Kelly d’une manière ou d’une autre » dit Danny.
« Effectivement mais si ce que tu dis est vraiment le cas, comment Carson a-t-il eu ces éléments ? » demanda Kono.
« Steve a dit qu’il s’occupait de Carson. On peut lui faire confiance pour ne pas se laisser faire » commenta Chin.
« Ouais mais ça me plaît pas. Steve est sur la sellette avec la gouverneur et si Carson le titille trop, on sait tous comment ça finira… » dit Danny.
« Eh bien, si on cherchait aussi de notre côté ce qu’on peut trouver sur Carson ? » suggéra Kono.
« Si Steve n’a rien trouvé… » commença Danny.
« Mais Steve n’est pas aussi doué que nous pour trouver des indices » dit malicieusement Chin.
13
Pendant ce temps, Steve alla retrouver Carson qui lui avait donné rendez-vous à Hanaumu Bay.
« Commandant, quel plaisir de vous revoir… »
« Dites-moi ce que vous attendez de moi » dit Steve d’une voix glaciale.
« Le procès va bientôt commencer » commença Carson. « Et la procureur exigera sans aucun doute le huis clos pour certains témoignages...»
Steve attendit la suite sans mot dire et le journaliste lâcha enfin ce qu’il voulait de lui :
« Je veux que vous enregistriez le passage de votre petite amie à la barre, enfin les morceaux les plus…disons croustillants. »
Steve se retint très difficilement de lui balancer à nouveau son poing dans la figure et lâcha :
« Vous croyez vraiment que je vais faire ça ? C’est très mal me connaître…»
« Nous savons l’un comme l’autre que vous ferez tout pour lui éviter de souffrir et je suis certain qu’elle préférerait ça plutôt que de voir son intimité à la une de tous les journaux… »
« Et qui me dit que vous ne publierez pas ces photos quand même ? »
« Vous allez devoir me faire confiance… »
« Et puis quoi encore ! »
« Vous n’avez pas le choix. »
« C’est ce que vous croyez ! » et le seal remonta dans son véhicule tandis que Carson lui criait : « Je vous recontacterai » et il regarda le Commandant partir mais il n’était pas le seul : l’inconnu rangea son appareil photo et remonta lui aussi dans sa voiture…
Kelly se reprit : ça ne faisait que commencer et si elle s’écroulait déjà maintenant, autant renoncer mais il n’en était pas question ! C’était capital pour elle que Carter reste derrière les barreaux jusqu’à la fin de ses jours sans espoir de libération et elle devait tenir bon coûte que coûte ! Ses pensées dérivèrent aussitôt vers Steve, ses paroles maladroites, leur baiser passionné. Elle le revit se détacher d’elle avec regret quand les portes de l’ascenseur s’étaient ouvertes et la drôle de petite grimace qu’il faisait quand il était contrarié et qui la faisait craquer. Elle aussi aurait aimé que l’ascenseur soit plus lent et sentir encore les bras puissants de Steve l’enlacer. Elle s’était totalement abandonnée dans ce baiser, oubliant tout le reste, savourant simplement cet instant de bonheur qu’il y a encore peu de temps, elle n’aurait jamais espéré. Elle l’aimait, elle se sentait revivre à ses côtés et lui-même semblait avoir fait son choix et elle repensa alors à la conversation qu’elle avait eue avec sa thérapeute quand elle lui avait déclaré qu’une histoire d’amour en ce moment ne ferait que compliquer sa vie et qu’elle avait déjà bien assez de mal à tenir la tête hors de l’eau mais celle-ci lui avait alors demandé ce qui l’aidait justement à maintenir la tête hors de l’eau et elle avait dû reconnaître que Steve n’y était pas étranger mais avait aussitôt ajouté qu’il n’était pas libre, ce à quoi sa thérapeute avait répondu : « Ce n’est pas ça le fond du problème, n’est-ce pas ? Vous avez peur. » Bien sûr qu’elle avait peur ! Peur de ce qu’impliquait une relation amoureuse, peur de ne pas parvenir à dépasser le traumatisme qu’elle avait subi et de faire souffrir la personne qu’elle aime… mais sa psy lui avait répondu : « Pour aller de l’avant, il faut parfois prendre des risques, écouter son cœur plutôt que sa raison. » Oui, c’était ça ou alors renoncer à lui. Non ! Elle voulait aller de l’avant, se donner une chance, leur donner une chance et peut-être qu’après tout, c’était le meilleur moment pour se lancer dans une nouvelle histoire d’amour et c’est revigorée qu’elle se leva et regarda sa montre : elle ne devait pas traîner si elle voulait rendre cette soirée spéciale…
Au QG, les trois amis se penchaient sur Carson et son passé mais son casier était vierge, à part quelques contraventions pour excès de vitesse, mauvais stationnements et rien non plus dans ses relevés bancaires qui puisse être relevé.
« On en est probablement au même point que Steve » déclara Danny.
« Et si on se penchait sur les articles qu’il a écrits ? » proposa Kono.
« T’as vu le nombre ? » se plaignit Danny.
« A trois, ça peut aller vite » l’encouragea Chin avec un léger sourire.
« Ce qui veut dire, passer une nuit blanche pendant que Monsieur joue les jolis cœurs » râla Danny, ce qui fit sourire les deux cousins.
« Ce n’est pas un problème pour moi, Malia travaille cette nuit. »
« Et moi, je n’ai rien de prévu » renchérit Kono.
« Pourquoi vous me regardez comme ça ? Je rappelle que Steve m’a donné ma journée pour Grace. »
« Justement ! La journée ne fait que commencer pour toi et tu te plains encore » dit en souriant Kono.
« Tu sais que tu fréquentes trop McGarrett, toi ! » rétorqua le blondinet.
Ils se partagèrent la tâche, chacun regagnant son propre bureau mais Danny ne put s’empêcher de grommeler : « Ah qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour sortir ce crétin du pétrin où il s’est encore fourré. »
Loin de se douter des recherches qu’effectuaient son équipe sur Carson, Steve rentrait chez lui se demandant comment il pourrait se sortir des griffes de cette petite ordure. Tout ce qu’il avait, c’était leur dernière conversation qu’il avait pris soin d’enregistrer mais avant de s’en servir, il devait trouver d’abord comment Carson avait obtenu ces photos. Devait-il en parler à ses équipiers ? Non, c’était encore trop tôt et il ne voulait pas prendre le risque de faire souffrir Kelly. Il regarda sa montre, il n’avait pas vu le temps filer et il était impatient d’aller la retrouver. Il alla vite prendre une douche et se changer tout en repensant à la conversation qu’il avait eue avec Danny et il dut reconnaître qu’il avait raison : maintenant qu’il avait fait son choix, il se sentait libéré, plus léger mais il devait encore prévenir Catherine et il redoutait déjà ce moment et espérait qu’après sa mission, elle pourrait rentrer quelques jours à Hawaii avant de repartir parce qu’il ne voulait pas le lui apprendre par téléphone mais ne voulait pas non plus la laisser espérer pour rien…
Après son entrevue avec McGarrett, Carson était retourné au palais juste à temps pour voir sortir une jeune femme qu’il reconnut comme étant Cory Mayers et il avait décidé de la suivre et quand elle gara sa voiture chez elle, il alla s’arrêter quelques mètres plus loin, la prit en photo et resta là à attendre patiemment l’arrivée du Commandant du Five-0 et quand il aperçut enfin son véhicule, il démarra en traînant juste assez que pour être sûr qu’il le remarque…
Steve prit ses clés et se rendit chez Kelly qui s’était mise aux fourneaux préférant passer leur « première » soirée bien tranquillement en tête à tête et elle espérait qu’il en serait de même pour lui. Elle avait préparé alors une petite salade légère au saumon fumé et agrumes comme entrée, du poisson aux petits légumes qu’elle avait mit cuire à la vapeur et comme dessert, vu l’heure déjà bien avancée, une glace ferait l’affaire. Elle monta vite se doucher et se changer et terminait de dresser une jolie table dans le patio quand elle entendit le moteur d’une voiture : Steve était enfin là ! Le jeune homme se garait effectivement devant chez elle mais en reconnaissant la voiture de Carson qui démarrait, il fronça les sourcils et c’est avec appréhension qu’il sonna à la porte...
Mais quand il vit son large sourire, il fut soulagé. Sa mine soucieuse n’avait cependant pas échappé à Kelly qui lui demanda légèrement anxieuse :
« Quelque chose ne va pas ? Tu semblais contrarié quand j’ai ouvert… »
« Non, tout va bien » dit-il d’un ton qui se voulait rassurant tout en l’enlaçant. « C’est juste que la journée a été longue. » Et il la relâcha pour enchaîner en sentant une bonne odeur venir de la cuisine : « Mmm, ça sent bon ! Je sens que je vais me régaler » ajouta-t-il en se frottant les mains.
« J’espère que tu ne seras pas déçu » répondit-elle en souriant et elle lui proposa en l’entraînant dans le patio : « Tu veux une bière ou un verre de vin ? A moins que tu ne voudrais qu’un verre…d’eau ? » ajouta-t-elle d’un ton badin.
« C’est ta manière de me dire que tu n’as rien d’autre ? » répondit-il amusé et devant le grand sourire de Kelly qui confirmait ce qu’il pensait :
« Un verre de vin rouge fera l’affaire. »
« Installe-toi, j’arrive. »
« Tu veux que j’ouvre la bouteille ? »
« Ah oui, je veux bien ! Je sais jamais si le bouchon viendra en entier ou en morceaux » grimaça-t-elle.
Et il se leva, en riant, pour la rejoindre dans la cuisine puis ils retournèrent s’installer dans le patio.
« Le petit jardin est agréable » remarqua le seal.
« Et l’endroit est très calme. »
« Il ne manque que le bruit des vagues » répondit-il en lui faisant un clin d’œil.
Et la conversation se poursuivit sur un ton léger jusqu’à ce que Kelly lui demande des nouvelles de Grace.
« D’après Danny, elle va aussi bien que possible. Elle doit être rentrée maintenant. »
« Je la verrai alors demain à l’école. » Et devant l’air surpris de Steve, elle s’expliqua : « La directrice m’avait demandé de passer à mon retour…»
« Les enfants seront heureux de te revoir. »
« Et moi donc ! J’ai vraiment hâte de reprendre bien que j’appréhende quand même ce moment. Ils vont entendre parler du procès, ils verront peut-être même des images…»
« C’est peut-être à la directrice d’anticiper ça ou à ton remplaçant. Je suis sûr que tu t’inquiètes pour rien. »
« Je l’espère. Vivement que tout ça soit derrière moi… » soupira-t-elle.
« Ce sera bientôt le cas. » dit-il en posant sa main sur la sienne dans un geste de réconfort.
« Et si on passait à l’entrée ? » lui proposa-t-elle en se levant désireuse de changer de sujet et de retrouver le ton léger du début de soirée.
« J’avoue que je meurs de faim ! » Elle sourit et lui demanda :
« Tu préfères un verre de vin blanc pour accompagner le saumon fumé ou continuer au rouge ? »
« Un verre d’eau. Je suis encore en service... »
« T’es sérieux ? » et devant son grand sourire, elle rajouta :
« J’ai failli te croire en plus ! » Ce qui le fit sourire de plus belle.
« Le rouge ne me dérange pas mais si tu préfères du blanc, j’ouvre une bouteille… »
« Je préfère aussi le rouge » le coupa-t-elle en se dirigeant vers la cuisine « Et qu’importe le plat en fait, un sacrilège pour les grands amateurs de vin » rit-elle et deux minutes plus tard, elle revint avec l’entrée et ne put s’empêcher de sourire en l’observant manger de si bon appétit et quand il regarda son plat vide, elle lui proposa de le resservir, ce qu’il accepta avec plaisir.
« C’est très bon ! »
« Merci. » Et quand il reposa ses couverts : « Dis donc, tu ne mentais pas quand tu disais mourir de faim ! » le taquina-t-elle et avant qu’il ne puisse répondre : « Je vais jeter un œil à la cuisson du poisson, je reviens dans une minute. »
Mais alors qu’elle revenait sur le patio, elle s’arrêta sur le pas de la porte juste quelques secondes pour admirer son beau visage et son corps athlétique, ce qui eut pour effet de réveiller en elle ces drôles de petits papillons et bien décidée à ne pas les faire taire cette fois, elle vint passer les bras autour du torse de l’homme qu’elle aimait, l’embrassa dans le cou et il n’en fallut pas plus au seal pour la prendre sur ses genoux et l’embrasser, d’abord timidement, puis de plus en plus passionnément et quand il s’écarta pour leur permettre de reprendre leur souffle, il vit ses yeux brillants de désir et face à sa question muette, elle lui fit un petit signe de tête qu’il interpréta comme un oui. Elle se leva, passa ses bras autour de son cou et c’est en l’embrassant qu’il la souleva et l’emmena maladroitement dans sa chambre où après un dernier regard pour être sûr, il commença à déboutonner son chemisier mais elle le repoussa doucement pour aller baisser les stores, revint vers lui et c’est impatients qu’ils ôtèrent leurs vêtements. Kelly s’abandonna alors totalement dans les bras du jeune homme, oubliant tout le reste sous ses caresses et ses baisers enflammés. Steve se montra doux et prévenant, lui parlant tendrement quand il la sentait se raidir, revenant chercher ses lèvres pour l’emporter à nouveau dans un tourbillon et c’est épuisés mais heureux qu’ils se retrouvèrent côte à côte sur le lit. Il tourna son visage vers elle et fut surpris de voir des larmes s’échapper de ses longs cils et lui demanda alors d’une voix anxieuse en se redressant légèrement :
« Kelly ? » mais elle le rassura d’un sourire :
« Tout va bien, ce sont des larmes de joie, c’est juste l’émotion… Je pensais ne plus pouvoir… mais tu as été merveilleux, c’était… magique. » Il essuya ses larmes, ému lui aussi et il entendit Kelly murmurer d’une voix à peine audible « Je t’aime tellement, Steve » tout en revenant se lover tout contre lui. Il la serra et en lui caressant le dos, lui souffla :
« Moi aussi, Kelly… ». Elle releva la tête et il lui remit alors tendrement une mèche de cheveux derrière l’oreille et l’embrassa de nouveau, un baiser doux cette fois et ils restèrent ainsi blottis l’un contre l’autre savourant en silence ce moment de bonheur quand soudain, Steve se redressa en fronçant les sourcils :
« Tu ne sens pas une drôle d’odeur ? » Et elle bondit alors du lit emportant le drap qu’elle mit autour d’elle :
« Oh non ! Je n’ai pas arrêté la cuisson du poisson, il doit être cramé maintenant ! se lamenta-t-elle et elle fila aussitôt dans la cuisine où le seal, après avoir pris une douche militaire, la retrouva toute triste devant le plat bon à jeter à la poubelle qu’elle avait préparé. Il vint l’enlacer et lui murmura :
« C’est pas si grave… »
« Je voulais rendre cette soirée vraiment spéciale et voilà que… »
« Cette soirée a été fantastique » la rassura-t-il en l’embrassant dans le cou. Elle se tourna vers lui en rougissant :
« Je…Je… »
« C’est toi qui bredouilles maintenant ? » dit-il en lui faisant un clin d’œil.
« Ce n’était pas prévu ! Je…Tu vois dans quel état tu me mets ? » l’accusa-t-elle.
« C’est sûr que cuisiner avec juste un drap de lit sur soi, c’est plutôt inhabituel… » commenta-t-il gentiment moqueur en la serrant de plus belle contre lui. « Mais je n’y vois aucune objection bien au contraire… » Kelly rougit et admit en souriant :
« Au moins tu t’en souviendras ! »
« Il n’y a pas que ça que je n’oublierai pas » répondit-il coquin et ils s’embrassèrent à nouveau mais il la laissa remonter se changer et alla s’asseoir dans le patio en repensant à ce qui venait de se passer : lui aussi avait redouté ce moment, ne sachant pas trop comment s’y prendre pour ne pas la brusquer mais leurs sentiments réciproques avaient parlé pour eux et il en était soulagé et heureux. Son cœur se serra en repensant aux cicatrices qu’il avait senties sous ses doigts, c’est sûrement pour ça qu’elle avait plongé la pièce dans la pénombre… Il fut tiré de ses pensées par la jeune femme qui lui demanda :
« Ca te dirait un spaghetti bolognaise ? »
Et une demi-heure plus tard, ils repassèrent à table et venaient de terminer leur assiette quand Kelly se mit à rire et devant le regard étonné de son compagnon, elle s’expliqua :
« Je repensais à Madame Collins : elle m’a tuée avec sa parade nuptiale. »
Steve sourit aussi à ce souvenir :
« Moi, c’est Danny qui m’a tué quand il l’a appelée par son prénom ! »
« Tu sais que, moi-même, je l’ignorais ! »
« Il doit avoir une touche » dit-il en lui faisant un clin d’œil. « Mais il faut reconnaître que sans elle, nous en serions peut-être toujours à chercher le bon moment pour nous avouer nos sentiments. »
« Il faudra la remercier. Elle sera heureuse d’apprendre que ses efforts pour nous jeter dans les bras l’un de l’autre auront été finalement payants… »
«Et moi, je ne suis pas mécontent de la voir cesser toutes ses allusions, c’était pénible à la fin » dit-il d’un air bougon, ce qui fit rire Kelly de plus belle.
« C’est sûr qu’elle ne te ménageait pas… au plus grand plaisir de Danny d’ailleurs. »
« Ouais, celui-là, je le retiens ! »
Et la soirée se termina par un dernier verre de vin au salon, Kelly confortablement installée dans les bras du jeune homme dans lesquels elle finit par s’endormir épuisée par toutes les émotions de la journée.
« Kelly ? » demanda Steve et comme elle ne répondait pas, il se dégagea le plus doucement possible mais elle s’éveilla et il lui murmura :
« Nous serons mieux au lit. » Elle s’accrocha à son cou pour qu’il la prenne dans ses bras et il la déposa doucement sur le lit avant de s’allonger à ses côtés. Elle vint aussitôt se blottir contre lui, soupira de bien-être et se rendormit. Steve la regarda attendri et étonné de voir à quel point il avait pu s’attacher à elle en si peu de temps. Il l’embrassa sur les cheveux et ferma à son tour les yeux, heureux…
14
Il était passé une heure trente du matin quand Chin trouva enfin un élément intéressant : Carson avait été le témoin d’un vol qui avait mal tourné dans une boutique mais le coupable, un certain Brian Young, l’avait accusé de complicité mais aucune preuve n’avait pu être établie et Carson s’en était sorti. Young purgeait une peine de prison de vingt ans au Los Angeles County… Il mit au courant ses deux équipiers.
« Ca vaudrait la peine de creuser de ce côté mais je pense qu’on en a assez fait pour aujourd’hui » décréta Danny et les deux cousins approuvèrent et chacun regagna son domicile.
Le lendemain matin, Steve arriva le premier au QG étonné de ne trouver personne malgré l’heure déjà tardive. Il était sur le point de téléphoner à Danny mais se ravisa en pensant à Grace mais quelle excuse aurait les deux cousins ? Il soupira et se dirigea vers son bureau et fut surpris de voir son ordinateur allumé alors qu’il était sûr de l’avoir éteint la veille avant de partir… Danny entra à ce moment et avant qu’il n’ouvre la bouche, Steve l’accueillit froidement par un :
« Tu n’as rien à me dire ? »
« Désolé pour le retard, je suis passé voir… »
« Je ne te parle pas de ça ! » le coupa-t-il et avant que son ami ne puisse répondre, Chin et Kono entrèrent à leur tour et il les apostropha aussitôt :
« Peut-être que vous, vous serez-vous plus bavards ? »
Les deux cousins le regardèrent éberlués, se demandant de quoi il parlait et devant leur mutisme :
« Qui vous a permis de fouiller dans mon ordinateur ? »
Kono et Chin jetèrent un œil étonné à Danny qui, gêné, regardait ses pieds : il avait complètement oublié d’éteindre l’ordi avant de partir…
« Alors ? Vous avez perdu votre langue ? Il me semblait vous avoir demandé de me laisser m’occuper de Carson… »
« OK ! Comme tu ne voulais rien dire, nous… »
« Si je ne voulais rien dire, c’est qu’il y avait une raison, non ? »
« On voulait juste t’aider… » déclara Kono.
« Si j’avais eu besoin d’aide, je vous l’aurais demandée il me semble. »
« Ah c’est vrai que tu es du genre à demander et à réfléchir avant de foncer tête baissée… » rétorqua Danny.
Steve soupira et leur demanda :
« Alors, vous avez trouvé quelque chose ? »
« Ah parce que maintenant tu… » faillit s’étrangler son ami.
« Oui, on a peut-être quelque chose » dit Chin en le coupant mais Danny ne se démonta pas :
« Et pourquoi on te dirait ce qu’on a trouvé, hein ? On a passé toute la soirée d’hier et une bonne partie de la nuit pour t’aider à te sortir du pétrin dans lequel t'es encore fourré et qu’est-ce qu’on a en retour ? »
Kono et Chin les regardaient tout à tour, attendant le clash mais leur chef s’inclina :
« Ca me touche de l’apprendre, vraiment !... Merci... A vous trois. »
« C’est un peu léger comme excuse… » s’obstina Danny.
« OK, tu veux quoi ? » s’énerva à nouveau le seal.
« Que tu nous dises ce qu’il en est exactement ! »
« C’est ce que j’allais faire si tu m’avais laissé parler ! »
« Ben, on t’écoute là ! »
Steve soupira une nouvelle fois en levant les yeux au ciel et leur fit part du chantage que lui faisait Carson et les raisons qui l’avaient poussé à ne rien leur dire. Il leur fit également écouter leur dernière conversation qu’il avait pris soin d’enregistrer.
« C’est vraiment un fils de… » lança Kono, ce qui fit sourire les trois hommes.
« Cousine, surveille ton langage… »
« Désolée mais c’est vrai quoi ! Comment peut-on se montrer aussi cruel ? Et tout ça pour se venger du poing que tu lui as donné à juste titre d’ailleurs, boss ! Ca me dépasse… »
« C’est comme ça, Kono » répondit Steve. « Alors, qu’avez-vous trouvé ? »
Chin lui fit part du fruit de ses recherches
« On voulait creuser de ce côté-là ce matin. »
« Ce ne sera peut-être pas nécessaire » dit le seal à la grande surprise de ses équipiers.
« Tu as trouvé autre chose ? » demanda Danny.
« Non, rien mais si Young dit vrai, Carson pourrait prendre peur. »
« Tu comptes le faire chanter à ton tour ? » demanda Chin.
« Non, juste lui faire peur. Ecoutez, il ne reste plus rien chez Carter et pourtant, il est en possession de copies de ces photos. »
« Et si Carter l’avait choisi avant d’être arrêté ? » suggéra Chin.
Steve le regarda et Kono repensa alors aux photos que lui avait montrées Catherine.
« Steve, je n’y pensais plus du tout mais Catherine aussi avait en sa possession certains clichés de toi et Kelly. »
« Quoi ? Quels clichés ? Et pourquoi je n’en savais rien ? »
« Je ne sais pas comment elle les a eus, tout ce que je sais, c’est qu’elle les avait » répondit Kono.
« Et on ne peut pas la joindre ! C’est bien notre veine » soupira Danny.
« Il n’est donc pas improbable que Carter ait envoyé une autre enveloppe à Carson comme il l’a fait avec Catherine » dit Chin.
« C’est plus que probable et on en revient au point de départ : Carson ne nous apprendra rien de plus. Il a flairé l’affaire du siècle et ne se pose pas de questions… » commenta sombrement Danny.
« Mais rien ne nous dit aussi que Carter n’a pas une solution de rechange… » dit Chin.
« Quand nous sommes allés le voir en prison, il a assuré à Kelly que c’était loin d’être terminé… » dit Steve.
« Et je crois qu’on peut lui faire confiance. Ce type est un malade et allez savoir ce qu’il a prévu ! » lâcha Danny.
« On n’a rien trouvé sur ce cinglé mais il n’a pas pu faire disparaître toute trace de lui comme ça ! Les tueurs en série se créent une sorte de sanctuaire où ils stockent leurs trophées et je suis certain qu’il ne fait pas exception. Il faut absolument qu’on trouve cet endroit ! » asséna Steve.
« Et tu crois que Carson le saurait ? » demanda Danny.
« J’ignore ce qu’il sait exactement. Ca vaudrait sûrement la peine de l’interroger mais honnêtement, je ne sais pas quel serait le meilleur moment pour cela et comme ce qu’il me demande n’est pas pour tout de suite… »
Ils se regardèrent la mine sombre quand Steve demanda :
« Comment paie-t-il son avocat ? Sa rente d’handicapé est loin d’être suffisante et je vois mal Evans le défendre sans avoir reçu une belle provision. »
« Aucune transaction de ce genre n’apparaît sur les comptes à son nom » dit Chin.
« Il aurait un complice ? » risqua Kono.
« Les tueurs en série agissent seuls en général » dit Steve.
« Ce serait pas le moment de recontacter ton copain Morgan ? » suggéra Danny. « Si l’hypothèse d’un complice est plausible, alors Kelly et toi, vous êtes en danger… »
Ils se regardèrent tous en silence.
« Carter attend avec impatience le procès pour revoir Kelly. Je ne crois pas qu’elle court un danger pour l’instant » déclara Steve.
« Oui mais après ? » demanda Kono.
« C’est pour ça qu’il faut absolument qu’on trouve sa cache. Je suis sûr qu’on y trouvera les réponses à nos questions. » répondit le seal.
« Tu ferais bien de surveiller tes arrières, Steve, il te hait » conseilla Kono.
« Je pense que je ne crains rien tant que je ne suis pas passé à la barre » puis il demanda : « Toujours rien des autres états ? »
« Non, pas pour l’instant. A croire qu’il n’a jamais existé ! »
« Et aucune des victimes violées n’a pu voir son visage… »
« Il ne devait pas avoir de vie sociale et ne devait sortir que pour le strict nécessaire » suggéra Danny.
« Oui et comme il ne devait pas avoir de relation avec les femmes, il assouvissait ses pulsions en les violant… » renchérit Kono les poings serrés.
15
Le portable de Steve se mit à sonner et en reconnaissant Kelly, un sourire s’afficha sur son visage :
« Oui, Kelly ? »
« Steve, je sors de l’école et je ne suis pas renvoyée ! » lui annonça-t-elle aussitôt.
« Euh… Pourquoi aurais-tu…C’est donc ça qui t’inquiétait autant ! » C’est vrai qu’elle avait été licenciée après sa première agression et il n’avait pas fait le rapprochement quand elle avait abordé le sujet hier soir…
« Elle m’a dit que je pourrais reprendre quand je le souhaiterais et m’a assurée de son soutien.»
« Tu vois…» sourit-il.
« Je voulais que tu le saches mais je ne te retiens pas plus, tu dois être occupé. »
« Je suis content que tu m’aies prévenu » répondit-il et avant de raccrocher, il ajouta : « A ce soir. »
« J’ai hâte ! Bisous » Et elle raccrocha alors que Steve souriait mais ces derniers mots à lui n’avaient pas échappés à Danny :
« A ce soir ? »
« Quoi encore, Danny ? »
« La belle se serait-elle laissée amadouer par ta… parade nuptiale ? » demanda innocemment son ami sous le regard curieux des deux cousins.
« Euh… On peut savoir ? » demanda Kono.
« Non ! » « Oui ! » répondirent en même temps le brun et le blond mais Steve le défia de dire quoi que ce soit, ce qui ne découragea pas le moins du monde le blondinet :
« La gentille Madame Collins a comparé Steve et Kelly à… »
« Daniel… »
« Allez, dis-nous ce qui se passe, Steve ! » supplia la jeune Asiatique. « T’es pas sympa ! »
« Oui, dis-nous, Steven » surenchérit Danny.
« Kelly et toi, vous êtes ensemble alors » en déduisit Chin et Kono d’ajouter :
« C’est vrai ? C’est super ! Je suis ravie pour vous deux ! »
Steve garda le silence mais le sourire qu’il affichait ne laissait place à aucun doute.
« Et si on revenait à notre enquête ? » finit-il par dire.
« Ah non ! Je veux tout savoir ! » insista Kono et devant le silence de son boss : « C’est pas grave, je demanderai à Kelly elle-même, je suis sûre qu’elle sera plus loquace que toi. »
Il leva un sourcil, un peu mal à l’aise mais se reprit sous le regard moqueur de ses équipiers :
« Quelque chose nous a échappé. Il doit pourtant bien exister un indice qui nous mettrait sur la voie ! Danny, on retourne voir les pièces à conviction. Chin, Kono : rappelez les bureaux des autres états et voyez ce qu’ils ont pu trouver. »
Trois jours passèrent et ils en étaient toujours à chercher la faille, l’indice qui leur échappait et la nervosité se faisait de plus en plus ressentir au sein de l’équipe. Steve avait contacté l’agent Morgan qui avait suivi les derniers événements via les médias et la conversation qu’ils avaient échangée le taraudait depuis, les paroles de Morgan revenant sans cesse :
« Avec ce genre de criminels, il faut être attentif à chaque mot qu’ils prononcent car ils renferment souvent un indice important et sans pratique, on passe facilement à côté. De plus, dans ce cas-ci, il a proféré des menaces et je ne peux que vous conseiller de ne pas les prendre à la légère. »
« Est-il possible qu’il croit qu’il va sortir de prison ? Ou l’hypothèse d’un complice serait donc à envisager bien que nous ne trouvons rien dans ce sens. »
« Pour ça, il faudrait que je lui parle… »
Et Steve avait accueilli avec soulagement sa proposition de venir à Hawaii interroger Carter avec l’aide du Dr Reid et leur arrivée était prévue le lendemain.
Ils avaient par ailleurs encore été tous convoqués, un par un, auprès de la Procureur pour revoir leur témoignage et si ce ne fut qu’une formalité pour Danny, Chin et Kono, il en alla autrement pour Steve qu’elle ne ménagea pas le moins du monde en l’interrogeant mais cette fois, devant Kelly et bien qu’il avait sa tête des mauvais jours, il parvint toutefois à se maîtriser et Prescott était plutôt satisfaite de sa prestation. Par contre, la jeune femme craqua sous le feu nourri des questions mais il fallait reconnaître qu’elle ne l’avait pas épargnée, défiant le regard meurtrier du Commandant plus d’une fois et avait conclut cette pénible séance, la dernière avant l’ouverture du procès en rappelant leur but :
« Je sais que ces séances ont été très pénibles mais je peux vous assurer qu’elles étaient nécessaires pour vous préparer au mieux à ce qui vous attend. Je vous rappelle que ce que nous voulons, c’est le prendre à son propre jeu. Lui n’espère qu’une chose : sentir l’emprise qu’il a encore sur vous pour s’en délecter et c’est votre maîtrise qui nous aidera à ce qu’il se dévoile et qu’il montre son vrai visage et si nous y parvenons, c’est la prison d’état qui l’attend pour le restant de ses jours. Mais même si vous deviez craquer, ce n’est pas une fin en soi et si ça fait le jeu de Carter, vous toucherez le jury. Vous êtes avocate et je n’ai pas à vous apprendre qu’il faut savoir doser ses effets et surtout les placer au bon moment et je dois reconnaître que vous m’avez vraiment impressionnée ces derniers jours. Profitez donc maintenant des deux-trois jours qu’il reste avant votre témoignage pour essayer de vous détendre un maximum. En ce qui me concerne, nous nous reverrons au tribunal. »
Et c’est ensemble que Kelly et Steve quittèrent le bureau du Procureur pour se rendre au QG.
Pendant ce temps, Danny, Chin et Kono avaient réexaminé les dépositions des jeunes femmes violées avant Kelly à la recherche d’un indice, un mot qui pourrait les mettre sur la voie quand un homme entra dans la pièce lançant un tonitruant :
« Alors, vieille peau, c’est ici que tu bosses maintenant ? »
Les trois amis se retournèrent et Danny en reconnaissant son meilleur ami quand il était à l’école de police cria :
« Ricky Moreno ! Si je m’attendais à te voir ici ! »
« Pas de cravate ? » fit son ami en levant un sourcil.
« On est à Hawaii, mon pote ! » dit Danny, ce qui fit sourire les deux cousins qui se regardèrent sans dire un mot.
« Et je peux savoir qui est cette charmante demoiselle ? » demanda, intéressé, l’ami de Danny.
« Euh… Si j’étais toi, je ne l’approcherais pas de trop près. Elle sait sortir ses griffes » dit Danny et il fit les présentations.
« Ricky, je te présente Kono, l’élément féminin de l’équipe… »
« Et quel élément ! » coupa le New-Yorkais admiratif. « Tu ne t’embêtes pas au moins ici ! »
« Et Chin, son cousin. » poursuivit Danny.
« Enchanté de faire votre connaissance. Je suis une grande gueule mais je ne suis pas méchant » dit Moreno, un grand sourire fendant son visage.
« Ainsi, vous étiez très proches… » commença Kono en serrant la main qu’il lui tendait.
« Tout dépend de ce que vous appelez proches… »
« Avec Ricky, on a fait les 400 coups et je me demande parfois comment j’ai pu obtenir mon diplôme. »
« Comment ? Tu ne l’as pas eu dans une pochette surprise ? »
« Qu’est-ce que tu n’as pas eu dans une pochette surprise, Danny ? » demanda Steve qui venait d’entrer avec Kelly.
« Son diplôme de policier » répondit Chin à sa place en souriant.
« Laisse-moi deviner, c’est ton boss ? »
16
« Oui, le Commandant McGarrett en personne » acquiesça Danny.
« En charmante compagnie à ce que je vois… » ajouta-t-il admiratif devant Kelly, ce qui déplut assez au seal mais avant qu’il ne dise un mot, le lieutenant intervint aussitôt :
« Steve, je te présente Ricky Moreno, mon meilleur ami quand j’étais à l’école de police à New-york, une grande gueule mais un cœur d’or et voici Kelly, sa…euh… »
« Votre compagne si je comprends bien. »
Les deux hommes se jaugèrent mais Moreno fit profil bas et tendit la main, conciliant :
« Je suis heureux de faire votre connaissance, Commandant. Votre réputation en tant que seal dépasse largement l’Archipel d’Hawaii. Enchanté Mademoiselle. »
« Bonjour » répondit Kelly en souriant.
« Ainsi donc, c’était ton meilleur ami… » revint Steve en regardant tour à tour Danny et Ricky.
« Oui, enfin… »
« Tout dépend de ce qu’on entend par meilleur ami. J’étais plus celui par qui les ennuis arrivaient » répliqua Ricky.
« Eh oui, j’étais déjà maudit à cette époque… » soupira Danny, arrachant un sourire aux cousins alors que Steve levait un sourcil.
« Quoi ? Ne me dis pas que tu assures ses arrières à lui aussi … » et il montra Steve de la tête. « Nous sommes faits pour nous entendre alors » dit Ricky à l’adresse du seal qui ignora cette remarque et rétorqua :
« Faut toujours que tu exagères, Danno » et il appuya sur ce dernier mot…
« Attends ! Ma première enquête avec toi et je me prends une balle dans l’épaule ! »
« C’était pas ma faute quand même ! »
« Ah non ? Tu fais n’importe quoi et… »
« Vous êtes sûre d’être sa compagne ? Il me semble déjà en couple » dit alors Ricky en s’adressant à Kelly. Les deux amis s’arrêtèrent aussitôt de parler et l’Hispanique poursuivit : « Par contre, moi, je suis libre… »
« C’est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la population féminine de l’île ? » demanda Kelly en souriant.
« Vous me plaisez, Mademoiselle ! Je crois qu’on est fait aussi pour s’entendre tous les deux ! » rit Ricky sous le regard courroucé du seal mais avant que quiconque ne commente, le portable de Steve se mit à sonner et il se dirigea dans son bureau pour prendre la communication entraînant à sa suite Kelly sous le regard amusé de Moreno qui lança :
« C’est un tyran, ce type ! La pauvre n’a même pas eu son mot à dire…»
« Ah si tu savais, c’est rien de le dire… » répliqua Danny mais il fut repris aussitôt par Kono :
« N’exagère quand même pas, Danny… »
« En tout cas, si on avait encore des doutes, ce n’est plus le cas maintenant » commenta Chin en montrant de la tête le couple à travers les vitres du bureau.
« Des doutes à propos ? » demanda Moreno.
« C’est une longue histoire, Ricky » répondit Danny qui proposa :
« Ca vous dit de se retrouver tous chez Kamekona ? Ca nous ferait du bien de souffler un peu après cette semaine tendue. C’est moi qui offre. »
Steve, après avoir refermé la porte, décrocha son téléphone pour répondre à sa sœur :
« Ah enfin ! Je me demandais si tu allais décrocher ! » se plaignit-elle aussitôt.
« Commence pas, Mary. Tout le monde ne chôme pas…»
« Qu’est-ce que tu peux être désagréable quand même ! Même pas un « Bonjour, sœurette. Comment vas-tu ? »
Steve soupira mais s’exécuta :
« Bonjour Mary. Comment vas-tu ? »
« Je t’appelais pour te dire que j’arrive ! »
« Quoi ? Comment ça, tu arrives ? Mary, c’est pas vraiment le moment… »
« C’est jamais le moment avec toi ! »
« Je vais être très occupé les prochains jours. Tu as entendu parler du procès quand même ? »
« De ça mais surtout de ta nouvelle petite amie… »
« Ecoute, je serais très heureux de te revoir mais pas maintenant. Je ne sais plus où donner de la tête et… »
« Je suis une grande fille, je peux très bien me débrouiller seule, tu sais… »
« Ouais, ça, ça reste à voir ! » fit-il bougon.
« Arrête de râler ! Je me réjouis de revoir mon grand frère qui me manque énormément » dit-elle d’une voix enjôleuse.
Steve soupira une nouvelle fois sous le regard curieux de Kelly qui se demandait où était le problème et il préféra écourter la communication :
« Ecoute, je dois y aller. On en reparle plus tard, OK. »
« Je ne changerai pas d’avis, frérot : je te sonne à mon arrivée à l’aéroport… » et elle raccrocha aussitôt. « Mary ? Mary ? » et en regardant Kelly : « Elle m’a raccroché au nez ! »
« Ta sœur arrive ? »
« On dirait bien… » maugréa-t-il.
« Ca n’a pas l’air de te faire plaisir… »
« C’est pas ça mais c’est pas le moment. Je ne serai pas très dispo pour elle et… »
« Peut-être qu’au contraire, la voir t’aidera à décompresser. Tu deviens de plus en plus tendu, je trouve… »
« On voit que tu ne la connais pas. Ma sœur est championne toutes catégories confondues pour s’attirer des ennuis » souffla-t-il.
« Un trait de famille, on dirait » sourit-elle et Steve bougonna :
« Toi, tu prêtes trop attention aux divagations de Danny. »
« C’est ça, oui. Allez, souris un peu » et elle s’approcha câline et il l’attira à lui quand Danny entra :
« Hum… »
Kelly s’écarta du seal qui, toutefois, garda un bras autour de sa taille en voyant Moreno les regarder à travers les vitres.
« Il est tard et on va tous manger un bout chez Kamekona. Ca vous tente ? C’est moi qui offre… »
« Euh… On a eu une dure journée et on est épuisés…. » commença Steve.
« Allons donc ! Ca nous fera du bien après toute cette tension » insista Danny et en voyant qu’il semblait toujours réticent, il lui dit :
« C’est quoi le problème ? Je te rassure, j'ai bien dit que c'était moi qui offrais. »
« Je n’ai pas vraiment la tête à me détendre et je suis pas sûr que ton meilleur ami va m’y aider. »
« Tu ne l’aimes pas, c’est ça ? »
« Je ne le connais pas… »
« Ben, c’est pour ça que je vous demande de venir. Il est génial, tu sais, un vrai boute en train » et après un bref moment : « Tu serais pas jaloux par hasard ? »
« N’importe quoi ! »
« Ah oui ? »
« Ok, tu as gagné. Kelly, ça te dit d’y aller ? » demanda-t-il espérant encore qu’elle dirait non mais elle répondit à sa grande déception :
« Danny a raison, un peu de détente sera le bienvenu » et il fit contre mauvaise fortune bon cœur.
« OK, on se retrouve tous là-bas alors » et Danny sortit tout sourire et ils partirent laissant Steve et Kelly seuls et la jeune femme lui demanda :
« Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu es tellement tendu. »
« Je ne suis pas tendu. »
« Oh à peine ! C’est le procès qui arrive ? Tu sais, je suis prête et plus déterminée que jamais à ne pas répondre à ses attentes » dit-elle d’une voix ferme en relevant la tête bien droite dans un air de défi.
Steve la regarda et lui remit tendrement une mèche de cheveux derrière l’oreille :
« Je vois ça » et il l’embrassa avant de lâcher dans un soupir :
« Tu es vraiment sûre de vouloir les rejoindre ? »
« Tu aurais une suggestion plus… euh…attractive à me proposer ? » fit-elle coquine.
« Oui, ça se pourrait » murmura-t-il tout contre sa bouche.
« Mmm… C’est tentant… même très tentant… » répondit-elle alors qu’il lui mordillait le lobe d’une oreille avant de l’embrasser dans le cou et c’est d’une voix faible qu’elle dit :
« Mais on a dit à Danny qu’on irait les rejoindre et… »
« Il comprendra… » et il reprit là où il en était mais Kelly insista tout de même :
« Non, tu ne peux pas faire ça, il va être déçu… »
« Il ne remarquera même pas notre absence. Lui et son pote auront plein de choses à se dire… »
« C’est donc ça qui te gêne ? » dit-elle en s’écartant un peu de lui et devant son silence :
« Danny a vu juste ! Tu es jaloux ! » sourit-elle.
« Mais non ! J’ai… J’ai juste du mal à les imaginer aussi proches, Danny est tout à fait l’opposé de ce Moreno. »
« Ce n’est pas ce qu’on dit de vous deux aussi ? » demanda-t-elle moqueuse.
« Ce type et moi n’avons rien en commun ! » rétorqua-t-il offensé.
« Juste un… meilleur ami alors » le taquina-t-elle. Il soupira et dit à contrecœur :
« Allons-y mais c’est bien parce que tu insistes… »
17
Mais une fois dans la voiture, Steve revint à la charge :
« Que dirais-tu d’un film dans un drive-in plutôt ? »
« Steve, tu es impossible ! Pire qu’un enfant ! » rit-elle tandis que le seal grimaça un sourire avant de démarrer et un quart d’heure plus tard, ils arrivèrent à la plage et c’est main dans la main qu’ils rejoignirent les autres. Danny attaqua directement :
« Il vous en a fallu du temps ! »
« Il vous a quand même pas fait le coup de la panne ? » demanda Ricky l’œil malicieux à Kelly sous le regard amusé des autres.
« Pas de Mercury Marquis à l’horizon pourtant… » remarqua en souriant Chin.
« Encore bien ! On aurait été obligés d’aller les chercher ! »
« Je signale quand même que je n’ai aucun problème avec la Marquis » riposta Steve « sauf quand tu es avec moi » dit-il en s’adressant à Danny cette fois. « Elle doit sentir que tu ne l’aimes pas. »
« Et elle a raison : qui voudrait de ce vieux tas de ferraille à part toi ? » contre-attaqua le blondinet.
« Ce vieux tas de ferraille comme tu dis a beaucoup de valeur à mes yeux. »
« Tu ne sais jamais si elle va démarrer et quand elle démarre, on ne sait pas pour combien de temps. Elle est juste bonne à rester dans un garage ! »
« Tu ne connais rien aux voitures de collection ! »
« Ca, c’est bien vrai, mon frère » dit alors Kamekona et un grand sourire apparut sur le visage du seal qui lâcha :
« Tu vois ! Merci Kame. »
« On t’a pas demandé ton avis, Quinze Tonnes. Qu’est-ce que tu y connais d’ailleurs, toi ? »
« Pourquoi t’es désagréable, mec ? Je dis juste qu’une Mercury Marquis 1974 doit être traitée avec respect » répondit Kame en s’énervant.
« Qu’est-ce qu’il faut pas entendre ! » et revenant à la charge : « Tu n’as toujours pas dit ce qui vous a autant retardés ? »
Chin suggéra en souriant :
« Peut-être que Steve n’a pas osé brûler les feux rouges et manque de bol, il les a tous eus… »
« Absolument » rétorqua Steve en invitant Kelly à s’asseoir mais c’était sans compter sur l’opiniâtreté de son lieutenant.
« Tu tirais une tête pas possible tout à l’heure et là, tu es tout sourire et vous arrivez main dans la main… Il est normal qu’on se pose des questions, non ? »
« Décidément, tu n’as pas changé ! Quand t’as un os, tu le lâches plus ! » dit en riant Ricky. « Regarde un peu dans quel état tu mets cette jolie demoiselle. Elle ne sait plus où se mettre avec tes sous-entendus. »
Steve fusilla Danny du regard qui finit par dire :
« Pourquoi vous me regardez comme ça ? Je voulais juste dire que Kelly a une influence bénéfique sur notre Commandant. C’est pas vrai ? »
Kono présenta alors Charlie Fong à Kelly :
« Kelly, je te présente Charlie, notre expert scientifique. »
« Enchanté de faire votre connaissance » dit alors le jeune homme.
« Bonjour » répondit Kelly en souriant.
Kamekona revint avec deux bières pour Steve et Kelly et Kono se redressa, sa bière à la main et lança : « Je propose de porter un toast » et elle leva sa bouteille en déclarant : « A l’amitié » et tous l'imitèrent en reprenant en chœur « A l’amitié » mais elle ajouta en regardant Steve et Kelly : « Et à l’amour » en leur faisant un clin d’œil et il n’en fallut pas plus à Danny pour embêter à nouveau son ami :
« Je me demande ce qu’Annabelle nous aurait sorti si elle avait été là… » et faisant mine de réfléchir, il ajouta : « Ah oui, elle aurait réclamé LE bisou ! »
Le regard que Steve lui lança était sans équivoque mais devant les regards amusés des autres, il s’exécuta de bonne grâce et lâcha aussitôt pour changer de sujet :
« On était pas ici pour manger ? »
« On mangerait déjà si t’avais pas traîné, je te rappelle. »
« Ben, je suis là maintenant » grimaça Steve.
« Vous aviez la même relation tous les deux à l’académie de police ? » demanda Kono.
« Non, on ne se chamaillait pas comme ça, hein ? » répondit Ricky en regardant Danny.
« Non, on riait tout le temps. Tu te souviens d’ailleurs quand tu avais mis du bleu de méthylène sur tous les téléphones ? » demanda celui-ci.
« Je revois encore notre instructeur chef nous passer en revue l’oreille toute bleue. »
« D’où son surnom de Grand Schtroumpf » expliqua Danny à la tablée.
Et ils rirent tous de bon cœur. Danny continua :
« Et quand tu avais siphonné le réservoir de la voiture avec laquelle tu devais passer ton examen de poursuite. »
Devant les regards surpris des autres, Ricky expliqua :
« Nous étions sortis la veille et j’avais un peu abusé sur la boisson… »
« Un peu ? Il a fallu qu’on te porte, Tim et moi, jusqu’à ton lit ! »
« Et ? » demanda Kono.
« Avec la gueule de bois que je me payais, c’était même pas la peine d’essayer. »
« C’est même un miracle que tu aies pu aller jusqu’au garage ! »
« Vous faire porter pâle n’aurait pas été plus simple ? » demanda Steve.
« Qu’est-ce qu’il dit ? » demanda Ricky moqueur au blondinet.
« Tu peux pas parler normalement ? Tout le monde n’a pas fait l’armée » dit alors Danny.
« C’est devenu une expression populaire ! » répliqua le seal vexé et Kelly mit sa main sur la sienne, sentant la tension recommencer à poindre chez son compagnon.
« Et vous avez réussi à reporter l’examen ? » demanda Charlie.
« On a roulé dix bons kilomètres avant de tomber en panne sèche et comme j’avais pensé à débrancher un fil de la radio, il a fallu du temps avant qu’on nous récupère. »
« Et vous l’avez réussi ? » demanda alors Chin.
« Moi oui mais ce que Danny ne vous dit pas, c’est que lui a dû s’y reprendre à deux fois et il avait pas l’excuse d’avoir bu. »
« Ah bon ? » releva Steve narquois « Pourquoi ça m’étonne pas ? »
« Mon instructeur était malade et je suis tombé sur un cinglé dans ton genre » rétorqua Danny bougon.
« C’est ton instructeur qui était mauvais » répliqua son ami sous l’œil amusé cette fois de Kelly.
« Tu le laisses conduire ta voiture ? » demanda Ricky. « Le Danny que je connaissais ne l’aurait jamais permis ! ».
« J’ai pas eu le choix » se plaignit le blondinet.
« C’est parce que je suis un meilleur conducteur que lui » répondit Steve.
« Non, tu veux juste tout contrôler, c’est différent. »
« Voilà ce que ça donne quand un militaire prend la tête d’une unité de police : de la vraie tyrannie… »
« Tu crois pas si bien dire » soupira Danny.
« Mademoiselle, si j’étais vous, je réfléchirais à deux fois avant d’aller plus loin avec ce tyran » dit Moreno « Vous pourriez le regretter… »
« Ce tyran, comme vous dites, a un cœur en or et j’ai beaucoup de chance de l’avoir rencontré, je ne pouvais espérer mieux » répondit Kelly en regardant tendrement Steve qui lui sourit, satisfait de sa réponse.
« Allez comprendre la logique féminine… » soupira Moreno.
« Je trouve qu’ils forment un très beau couple, au contraire » renchérit Malia « et je leur souhaite autant bonheur que j’en ai avec Chin. » Et elle tourna un visage radieux vers son mari qui l’embrassa et dit :
« Je ne pouvais espérer mieux moi aussi. »
« Je crois bien que je vais verser ma petite larme » dit alors Kamekona tandis que Steve passait un bras autour des épaules de Kelly, l’attirant contre lui.
Ils mangèrent tous de bon appétit et dans une ambiance relativement bon enfant où ils en apprirent plus sur leur ami, ses petites manies qu’il avait déjà et son passé de tombeur et ils se quittèrent après une dernière tournée offerte par Moreno.
18
Le lendemain matin, Steve alla chercher, comme prévu, l’agent spécial Morgan et le Docteur Reid à l’aéroport et après les présentations d’usage, ils montèrent tous dans le véhicule du seal qui les remercia de s’être déplacés jusqu’à O’ahu et les amena au QG du Five-0 où ils furent accueillis par le reste de l’équipe à l’exception de Danny qui n’était pas encore arrivé. Steve fit les présentations et entra directement dans le vif du sujet :
« Comment souhaitez-vous procéder ? »
« Nous aimerions revoir avec vous l’ensemble du dossier avant de nous rendre sur les différents lieux : son domicile et le bunker. Pourrions-nous aussi avoir accès aux différents éléments retrouvés sur ces lieux ? »
« Ils sont sous scellés mais tout est répertorié dans un fichier. Chin, tu peux nous l’ouvrir et l’envoyer sur le grand écran ? »
« Voici… » répondit l’Asiatique. « Comme vous le voyez, le fichier est divisé en deux : une partie concerne ce qui a été retrouvé chez lui et l’autre partie dans le bunker. »
« Vous pouvez nous en remettre la liste complète ? »
« Oui, sans problème. »
« Merci » répondit Morgan. « Le procès s’ouvre aujourd’hui mais serait-il possible que nous rencontrions Carter en soirée ? »
« Oui, j’ai averti la Procureur de votre arrivée et votre réputation n’étant plus à faire, elle serait ravie d’avoir votre opinion d’expert le concernant en plus de ceux qui l’ont déjà interrogé » répondit Steve qui ajouta : « Il n’est pas impossible que son avocat exige d’être présent… »
« Nous avons l’habitude, ce n’est pas un problème » répondit Derek.
« En effet » dit le Docteur Reid. « Je ne cherche pas des aveux de sa part, juste à décrypter le personnage. »
« Je vois » commenta Steve dont l’attention fut alors attirée par l’arrivée de Danny accompagné de son ami mais bien qu’il n’appréciait pas la venue de Moreno, il se contint toutefois devant l’équipe de la BAU à qui il présenta son lieutenant.
« Enchanté Docteur Reid » dit Danny en s’adressant à Morgan qui répliqua : « Moi, c’est Derek Morgan, voici le Docteur Reid » et le blondinet, contrit, balbutia des excuses sous le regard noir de son boss qui lui dit : « Je peux te parler deux minutes » et ils allèrent dans le bureau du seal qui attaqua directement :
« Non seulement tu arrives à une heure pas possible, tu pues l’alcool à deux kilomètres à la ronde, n’écoutes pas un mot des présentations mais en plus, tu amènes ton copain. Dois-je te rappeler que nous sommes ici pour bosser ? Mais bon sang, Danny, on est en pleine enquête ! »
« C’est un flic aussi et je me disais qu’un autre regard pourrait peut-être nous aider… » commença, conciliant, le blondinet.
« C’est pour ça que Morgan et Reid sont là. Nous avons besoin d’experts… »
« Ben, à ce propos, tu trouves pas le toubib un peu jeune pour être expert ? Il sort à peine de l’école. »
« Si tu avais pris la peine de te renseigner sur lui au lieu d’écumer tes fonds de bouteille, tu saurais qu’il a obtenu le bac à l’âge de 12 ans et qu’il est considéré comme un petit génie. »
Danny émit un sifflement éloquent et Steve poursuivit d’un ton sans appel :
« Alors, maintenant, tu enfiles les cafés et tu demandes à ton copain de quitter les lieux. C’est clair ? »
« Je ne voudrais surtout pas offenser le Grand Kahuna » répliqua le blondinet narquois en râlant : « mais si on réagissait ainsi quand Joe vient ici… »
« Ce n’est pas la même chose : j’ai entière confiance en Joe. »
« Et moi, j’ai entière confiance en Ricky, ça compte pas ça ? » rétorqua Danny.
« Daniel ! » s’énerva Steve.
« Et puis, pourquoi ce serait moi qui devrais lui dire de partir. C’est ta décision après tout ! »
« Tu comptes encore longtemps discuter mes ordres ? »
« Tu sais quoi ? Puisque l’avis de simples flics ne t’intéresse pas, je vois pas pourquoi je resterais ici…»
« Daniel, ne fais pas ça… » mais il sortit en levant le bras en signe de salut et quitta le QG sous le regard étonné des autres qui ne firent aucun commentaire. Ricky Moreno s’excusa et suivit son ami. Arrivés à la Camaro, Danny marmonna :
« Si tu savais comme je le déteste ! Je crois pas qu’il y a un mec qui peut me mettre autant hors de moi que lui ! »
Ricky sourit :
« Ne le prends pas mal mais te connaissant, je me demande comment tu peux travailler avec un type pareil ? Il est froid, arrogant et a une tête de « je sais tout mieux que tout le monde. Il était premier de sa promotion que ça m’étonnerait pas ! »
« Tout juste ! » et une fois installé au volant : « Je te paie un café ? »
« Un café ? Mais t’es malade ! T’as déjà oublié qu’on combat le mal par le mal ? »
« Je dois trop fréquenter Monsieur Parfait… »
Pendant ce temps, au Palais de Justice, une porte s’ouvrit sur le juge Kanala qui se dirigea vers l’estrade alors que le huissier criait à l’assemblée :
« Levez-vous ! La séance est ouverte. L’honorable Kimo Kanala préside. » Et le silence s’abattit sur la salle. Le juge balaya la salle du regard et fut satisfait de voir l’accusé présent aux côtés de son avocat. La victime n’était pas aux côtés du procureur général mais sa présence n’était pas requise pour la sélection du jury. La séance pouvait commencer :
« Puisque tout le monde est là, je demande qu’on fasse entrer les vingt premiers jurés pour procéder à la sélection du jury et j’espère que nous pourrons vite passer aux débats. Allons-y… » Et les premiers jurés potentiels s’installèrent sur leur siège…
Au QG, tout le dossier fut méticuleusement passé au crible et quand Steve demanda ce qu’ils en concluaient, Morgan répondit :
« C’est de l’excellent travail que vous avez fait là, vous et votre équipe, Commandant. »
Steve hocha la tête en signe de remerciement, Reid prit alors la parole :
« Serait-il possible de parler également à la victime, Kelly Grainger ? »
Le seal leva un sourcil étonné :
« Pourquoi ? »
« Parce que des éléments qui semblent dérisoires pour une victime peuvent au contraire se révéler très intéressants. »
« Ca semble vous poser un problème, Commandant » déclara Morgan en ne le quittant pas des yeux.
« C’est que Kelly ignore tout de nos recherches actuelles… »
« Les menaces ne l’inquiètent pas ? » demanda Spencer.
« Je l’ai rassurée du mieux que j’ai pu et elle n’aborde plus le sujet… »
« Je comprends très bien » répondit Derek « mais vous êtes conscient que… »
« Oui » le coupa Steve. « On doit mettre toutes les chances de notre côté. Je vais l’appeler et lui demander de passer maintenant, à moins que vous ne vouliez d’abord vous rendre au domicile de Carter ? »
« Si elle pouvait venir maintenant, ce serait parfait » répondit Spencer.
« Commandant, pourrais-je vous… » commença Morgan mais Steve le coupa :
« Appelez-moi Steve. »
« Si vous laissez tomber aussi « agent Morgan » répondit Derek.
« OK ! »
« Moi, c’est Kono » dit alors la jeune Asiatique et lui, c’est Chin » et son cousin sourit devant son audace
« Ben quoi ? C’est plus sympa comme ça, non ? »
« Absolument » répondit Derek, un grand sourire aux lèvres.
Steve appela Kelly pour lui demander de passer au QG puis raccrocha mais en voyant le sourire des autres, il demanda :
« Quoi ? »
« Elle aurait pas dit par hasard « A vos ordres, Commandant ! » ? » lâcha Kono moqueuse et tout le monde sourit devant l’air gêné du seal qui répondit laconiquement :
« Elle arrive. »
Kelly raccrocha en fronçant les sourcils : pourquoi voulait-il la voir à son QG ? Son ton autoritaire l’avait surprise mais c’est vrai que plus le procès approchait et plus il était tendu bien qu’il essayait de le lui cacher. Elle-même se sentait de plus en plus fébrile et elle avait même rappelé sa psy comme celle-ci le lui avait proposé quand elle était repartie de la Nouvelle-Orléans… Elle prit ses clés, sortit et en apercevant une Ford bleue, il lui sembla que ce n’était pas la première fois qu’elle la voyait : la veille, elle était garée de l’autre côté mais peut-être que sa mémoire lui jouait des tours. Elle démarra et se rendit au QG tout en jetant souvent un œil dans son rétroviseur et elle constata qu’elle était effectivement suivie. Steve l’avait-il mise sous protection ? Il aurait pu la prévenir quand même ! Elle décida de l’appeler pour en avoir le cœur net…
19
« Vous pouvez remettre deux bières ? » cria Ricky à l’intention de la serveuse.
« Une bière et un café, s’il vous plaît » rectifia Danny.
« Dis donc, tu manques d’entraînement, on dirait ! Où est passé mon copain de virée ? »
« Ca fait un moment que j’ai plus enfilé autant de bières et là, mon crâne crie pitié. »
« L’air d’Hawaii ne te vaut rien, mon pote »
« Ca, je l’ai toujours su… Mais dis-moi, qu’est-ce qui t’a amené sur ce caillou ? »
Ricky soupira :
« C’est une longue histoire. »
« Ben, ça tombe bien, j’ai ma journée. »
Le regard de son ami se fit alors vague mais il répondit néanmoins après un long moment :
« Une affaire qui a très mal tourné il y a de ça cinq ans. En voulant arrêter un criminel en fuite, j’ai… » mais les mots restaient bloqués au fond de sa gorge et Danny l’encouragea :
« Que s’est-il passé ? »
« ... Une mère et son fils sont sortis de leur immeuble au moment où des coups de feu ont été tirés et le gamin a… » Il ferma les yeux et se reprit :
« Il est mort et… la balistique a montré que c’était moi qui l’avait touché… »
Danny ne sut que répondre et Ricky poursuivit :
« Il avait cinq ans, Danny. J’ai tué un gosse de cinq ans ! » et le policier se força à respirer lentement tout en refoulant ses larmes.
Le blond mit une main sur son bras :
« Tu pouvais pas prévoir… »
« Non, c’est ce que la psy m’a dit mais comment tu peux vivre après ça ? J’entends encore les cris de douleur de la mère, je la vois encore hurler en demandant « Pourquoi ».
Danny baissa la tête.
« J’ai été écarté le temps de l’enquête. Oh, j’ai été disculpé mais j’ai détruit une famille. Je me suis mis à boire et la fille avec qui j’étais a fini par me quitter. Je ne lui en veux pas : j’étais devenu violent quand j’avais trop bu et j’en suis pas fier… » et après un moment de silence, il dit :
« Tu sais, tu es le premier à qui j’en parle et j’aurais jamais cru pouvoir le faire… »
« Comme quoi, la distance et les années n’ont pas d’emprise sur une amitié profonde... »
« Ca doit être ça, oui… Enfin, j’ai appris récemment que mon ex-copine avait eu une fille qui aurait quatre ans maintenant et depuis que je l’ai su, je voudrais être sûr que… Enfin, voilà où mes recherches m’ont amené… »
« Tu l’as retrouvée ? »
« Non, l’adresse que j’ai pu obtenir est bidon et me revoilà à la case départ… »
« Je pourrais demander à Kono d’effectuer des recherches. »
« Ca risque de ne pas plaire à Iceman. »
« Il est pas obligé de le savoir. C’est un service que je revaudrai à Kono. »
« Merci. »
« Au fait, comment as-tu su que je bossais au Five-0 ? »
« La télé, mon pote ! »
« Le procès… »
« Tout le monde ne parle que de ce cinglé. Pas mal, la droite du boss… »
« Ouais, pour ça, il est doué, y a pas à dire. »
« Quand je t’ai vu t’interposer entre ce journaliste et lui, ça m’a rappelé nos vieilles bagarres. Tu étais toujours là pour me sortir du pétrin. »
« Je dois être doué pour ça… »
« J’espère qu’il sait la chance qu’il a de t’avoir pour ami. »
Danny ne répondit rien, toujours furieux contre Steve…
« En tout cas, il a le sang chaud. Je reconnais que l’histoire de cette fille est terrible mais un flic doit pouvoir garder ses distances. C’est la première chose qu’on nous apprend…»
« On doit pas leur apprendre ça à l’armée... Dis donc, tu m’impressionnes ! Je croyais que tu dormais aux cours. »
« Uniquement quand j’y étais ! »
Au QG, ils étaient tous en train de débattre sur la possibilité d’un complice extérieur quand la sonnerie du téléphone de Steve se fit entendre et tout le monde dressa l’oreille quand ils l’entendirent répondre :
« Comment ça, tu es suivie ? … Une Ford bleue, tu dis ? Tu peux me donner le numéro de plaque ? » et quand elle commença, il n’eut plus aucun doute et soupira : Carson voulait jouer, alors ils allaient jouer ! Il demanda à Kelly où elle était exactement et lui dit qu’il la retrouvait sur le parking.
« Carson ? » demanda Kono et le seal fit oui de la tête.
« Il serait peut-être temps de l’arrêter, non ? » demanda Chin.
Steve, le visage fermé, ne répondit pas et se dirigeait déjà vers la sortie.
« Steve, fais rien d’irréfléchi ! » dit Kono.
« Vaut mieux que j’y aille » dit Chin en le suivant aussitôt.
Kono le regarda partir mais devant les regards étonnés des autres, tout ce qu’elle trouva à dire, c’est :
« Carson est un journaliste… »
Quand Steve vit arriver Kelly, il alla à sa rencontre et laissa la jeune femme se garer. Carson savait qu’elle l’avait repéré et la présence du seal le confirmait. Il s’arrêta aussi et sourit en voyant le regard noir que lui lança le jeune homme et jubila même quand il le vit simplement accompagner la jeune femme au QG mais il déchanta vite quand la portière s’ouvrit à toute volée et qu’il fut brutalement tiré dehors et en moins de deux, menotté. Il cria pendant que Chin le poussait sans ménagement devant lui :
« Vous outrepassez vos droits. Ca va vous coûter cher. »
« C’est pour vous que je m’inquiéterais » répondit Chin.
Steve dit à Kelly d’un ton sans appel :
« Monte au QG. Je te rejoins dans une minute » et quand elle vit Carson menotté, elle ne broncha pas et fit ce qu’il lui demandait. Arrivé à hauteur du seal, Carson cracha :
« Je me demande ce qu’elle dirait si elle savait que vous la livrez en pâture. »
Contre toute attente, Steve sourit, ce qui décontenança le journaliste qui dit d’une voix moins assurée :
« Vous pouvez pas m’arrêter ! Il vous faut un mandat ! Vous m’entendez ! Ca va pas se passer comme ça ! »
« Chin, emmène cette enflure en cellule » répondit seulement Steve qui, de son côté, alla rejoindre les autres et déclara :
« Désolé, un léger contretemps » mais en voyant les visages anxieux de Kono et Kelly et interrogateurs de Morgan et Reid, il décida de tout raconter en espérant avoir pris la bonne décision et conclut :
« Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour empêcher la publication de ces photos, Kelly. »
« Mais tu ne peux pas me le certifier » demanda-t-elle d’une voix blanche.
« Non » reconnut-il mal à l’aise.