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Un nouveau départ IV

Série : Hawaii Five-0 (2010)
Création : 27.09.2014 à 12h36
Auteur : mesange 
Statut : Terminée

« Avec l’aide des agents de la BAU, Steve parvient à déjouer in extremis le plan machiavélique de Carter mais arrivera-t-il à temps pour sauver Kelly ? (J'écris seule et remercie Lyne de sa patienc » mesange 

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21

 

L’accusé, menottes aux poignets, entra dans la salle d’audience mais quand il aperçut tous les membres du 5/0 présents ainsi que Kelly, il marqua un temps d’arrêt et Spencer put voir à son expression qu’il ne s’attendait pas du tout à ça. Carter comprit alors qu’il avait eu tort de faire confiance à ce pauvre type et qu’il l’avait trahi !!! L’autre gars avait raison l’autre jour quand il lui avait dit qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même… Mais en voyant alors le lieutenant Kelly se tourner vers lui, des bandages sur le visage et les mains, il sut alors qu’il ne l’avait pas trahi mais qu’il avait échoué ! Et ça changeait beaucoup de choses… Il s’assit alors et sut qu’il ne lui restait plus qu’une seule option et il comptait bien jouer ses dernières cartes à fond !

 

Arriva le moment où la séance reprit et comme prévu, le procureur appela à la barre Madame Collins qui prêta serment en répondant au huissier :

« Je jure de dire toute la vérité et rien que la vérité » répéta la vieille dame.

« Maître Prescott, le témoin est à vous. »

Laura se leva et après avoir posé quelques questions d’usage entra dans le vif du sujet :

« Madame Collins, pourriez-vous nous décrire Mademoiselle Grainger quand elle a emménagé dans votre immeuble ? »

« Kelly… Euh Mademoiselle Grainger était une personne très réservée, toujours aimable mais elle donnait le sentiment d’être toujours pressée de rentrer chez elle. »

« Comment ça ? »

« Elle disait bonjour mais ne s’arrêtait pas pour parler par exemple. Maintenant, je comprends pourquoi. Si j’avais su… »

« Madame Collins… »

« Euh… Oui pardon. »

Danny ne put s’empêcher de sourire…

« Mademoiselle Grainger était donc quelqu’un de très renfermé… »

« Et très seule ! » la coupa Annabelle.

« Le mieux, je pense, est de vous laisser nous décrire Mademoiselle Grainger… » dit alors Laura.

« Kelly partait le matin travailler et rentrait en fin d’après-midi, pratiquement toujours à la même heure sauf le mercredi où elle allait faire ses courses et une fois rentrée, elle ne sortait plus, pas même pour porter son sac poubelle dans le local. Elle le descendait toujours en partant travailler mais jamais en revenant et jamais, je ne l’ai vue accompagnée de qui que ce soit ni sortir le week-end par exemple. Elle me faisait de la peine, une jolie fille comme elle rester seule… J’aime faire de la pâtisserie et je lui apportais de temps en temps une part de gâteau ou un morceau de tarte et c’est comme ça que nous avons commencé un peu à parler mais elle restait très secrète, jamais un mot sur son passé. Je savais juste qu’elle était institutrice et qu’elle avait perdu ses parents et qu’elle était fille unique et quand je lui demandais si elle ne s’ennuyait pas toute seule, elle me répondait qu’elle aimait la solitude mais je lisais de la tristesse dans ses yeux et j’ai pensé qu’elle avait dû perdre l’homme qu’elle aimait. J’ai été ravie de la voir avec le Commandant McGarrett mais j’ignorais alors qu’il était là pour la protéger et… »

« Parlez-nous de la tenue vestimentaire de Mademoiselle Grainger » la coupa alors le procureur.

« On est à Hawaii mais je ne l’ai jamais vue en robe ou en jupe. Non, jamais ! Toujours en pantalon ou pantacourt et en t-shirt ou en chemisier mais jamais de décolleté par exemple. Elle se maquille très peu aussi. On aurait dit qu’elle faisait ce qu’elle pouvait pour ne pas attirer l’attention sur elle. »

 

« La pauvre, je savais pas que c’était à ce point-là quand même » souffla Mary à son frère qui la regarda en hochant simplement la tête et en jetant un œil à Kelly.

 

« Comment se comportait-elle avec les autres locataires de l’immeuble ? »

« Elle n’était pas bavarde comme je l’ai dit mais toujours polie. Je me souviens d’un jour où elle rentrait d’avoir été faire ses courses et Monsieur Reynolds du sixième étage a voulu l’aider et elle a refusé. C’est quelqu’un d’extrêmement gentil et il a insisté mais la réaction un peu agressive de Kelly m’a surprise et il l’a laissée prendre l’ascenseur seule. Je me suis dit qu’elle avait dû avoir une dure journée. Les enfants sont pas toujours faciles et peut-être que… »

« Le comportement de Kelly a-t-il changé avec le temps ? »

« Non, c’était toujours la même routine mais elle semblait juste un peu plus détendue avec moi mais faut dire que je suis une grande bavarde… », ce qui tira un nouveau sourire à Danny. « On parlait un peu de cuisine ou de certaines séries à la télé. Parfois, elle me demandait de garder certains pots de yaourt vides par exemple pour faire un bricolage avec ses élèves. Ca, c’était un sujet qu’elle abordait facilement et c’était touchant de l’entendre parler d’eux. Elle les aime énormément et d’ailleurs, ils le lui rendent bien. J’ai pu lire une lettre qu’ils lui ont écrite quand elle était hospitalisée et une autre quand le procès a commencé et je peux vous dire que ces enfants l’adorent et maintenant que je sais ce qu’il lui est arrivé, je me dis que c’était tout ce qui lui restait, la pauvre, pour tenir…

Laura regarda les jurés et constata qu’ils étaient touchés par ce témoignage et quand elle regarda Kelly, elle vit qu’elle essuyait discrètement ses yeux et elle n’était pas la seule : Mary, Pénélope et Kamekona étaient dans le même cas.

« Je vois que des liens plus profonds se sont créés entre vous. Est-ce que ça a changé sa façon de se comporter ? Venait-elle, par exemple, prendre le café avec vous ou passer la soirée avec vous ? »

« Une fois rentrée chez elle, Kelly n’en sortait plus. »

« Même pas pour vous demander quelque chose qu’elle aurait oublié en vous croisant ? »

« Jamais. »

« Elle venait chez vous pourtant ? »

« Oui, elle acceptait des fois de venir manger une part de tarte quand elle rentrait de l’école mais elle n’est jamais venue me trouver une fois qu’elle était rentrée chez elle. »

« Votre Honneur, j’ai ici d’autres témoignages faits sous serment de personnes domiciliées dans les mêmes immeubles que Kelly au cours de ces dix dernières années et comme vous pourrez le lire, tous ces témoignages rejoignent celui de Madame Collins.

Elle se dirigea vers la table et se saisit de différents documents qu’elle montra au juge avant de les passer aux membres du jury. Elle leur laissa le temps d’en prendre connaissance et quand ce fut le cas, résuma pour l’assemblée :

« Tous ces témoignages sont unanimes pour décrire Mademoiselle Grainger comme une jeune fille gentille, extrêmement réservée, solitaire, prenant un soin particulier à ne pas attirer l’attention sur elle. »

Elle tourna la tête vers Carter et revint à son témoin :

« Madame Collins, Monsieur Carter a aussi emménagé dans votre immeuble. Quel était son comportement à lui ? »

« Oui effectivement » répondit la vieille dame en regardant l’accusé d’un œil noir. « C’était quelqu’un de secret lui aussi mais toujours courtois. »

« Parliez-vous ensemble ? »

« Oui, de temps en temps mais il semblait timide et souvent, pour dire bonjour, il inclinait seulement la tête. »

« Lui est-il arrivé de croiser Kelly ? »

« Oui, quelques fois. » 

« S’adressait-il à elle aussi ? »

« Non. Comme je le disais, il la saluait de la tête, elle ou les autres locataires. »

« Il ne parlait donc pas beaucoup. »

« Avec les autres, non mais comme j’aime bien le contact et que je n’ai pas ma langue en poche, il est devenu plus jovial avec moi au fil du temps mais uniquement quand nous étions seuls. »

« Lui avez-vous, à un moment ou un autre, parlé de Kelly ? »

« Je lui ai dit une fois que c’était bien triste de voir une jolie fille comme elle toujours seule. »

« Qu’a-t-il répondu ? »

« Il a souri et a répondu qu’elle avait sûrement ses raisons. »

« N’avez-vous jamais rien remarqué de bizarre dans son comportement ? »

« A part qu’il semblait être timide, non, rien de particulier. Je suis vraiment tombée de haut quand j’ai su. »

« Etes-vous d’accord avec moi si j’affirme que Monsieur Carter était un homme au-dessus de tout soupçon ? »

« Oh oui, tout à fait ! »

« Merci Madame Collins. Pas d’autres questions. »

 

« Maître Colter, le témoin est à vous. »

« Je n’ai pas de questions pour le témoin » répondit le jeune avocat.

Madame Collins put regagner sa place tandis que Kelly regardait anxieusement Laura, une boule au ventre, en attendant qu’elle appelle Steve.

 

« Maître, vous pouvez appeler le témoin suivant » dit alors le juge et Laura appela le Commandant McGarrett. Il se leva et prit place à la barre sous les chuchotements qui se firent entendre dans l’assemblée, provoquant un rappel à l’ordre du juge. Il prêta serment et attendait la première question du procureur quand il la vit, au fond de la salle. Son visage se durcit, ce qui n’échappa pas à Danny ni à Joe qui se retournèrent aussi et virent Catherine...

« Manquait plus que ça » dit Danny.


mesange  (06.11.2014 à 15:10)

22

 

Laura débuta alors son interrogatoire et il ne prêta plus attention à Catherine, répondant aux questions du procureur. Après avoir exposé tous les faits concernant les meurtres d’Abby Blake et de Shelley Harper, ils en vinrent à Kelly et Steve, maître de lui, exposa tous les événements qui s’étaient produits depuis qu’elle s’était présentée spontanément à leur QG. Commença alors la partie la plus pénible car elle touchait aux sentiments mais également la plus délicate de l’interrogatoire car il était impérieux de cadenasser le plus de portes possibles pour contrer la défense. C’est cette partie que Laura avait revue maintes et maintes fois avec lui et le regard qu’il lui adressa lui montra qu’il était prêt.

« Commandant McGarrett, aviez-vous déjà rencontré Mademoiselle Grainger avant qu’elle ne se présente à vous ? »

« Non, jamais. »

« C’est l’institutrice de la fille du lieutenant Williams. Lui est-il arrivé de parler d’elle dans une conversation ou une autre ? »

« Je savais juste que sa fille l’appréciait beaucoup. »

« Après son témoignage, vous avez décidé de la placer sous protection que vous avez vous-même assurée, c’est bien ça ? »

« Effectivement. »

« Assurez-vous toujours vous-même la protection des personnes en danger lors de vos enquêtes ? »

« Non, je charge le HPD de cette tâche. D’ailleurs, une patrouille était postée devant le domicile de Kelly Grainger et des rondes étaient régulièrement effectuées. »

« Malgré ça, vous avez préféré vous charger de sa protection ? »

« Non, pas au départ en tout cas. Je l’ai raccompagnée chez elle afin de m’assurer qu’elle était en sécurité et puis, je suis revenu au QG. Après avoir effectué quelques recherches, nous avons pu, mon équipe et moi-même, mettre en évidence qu’il l’avait suivie toutes ces années et je suis alors retourné la voir. Mais il était évident qu’elle ignorait tout des meurtres qu’il avait commis dans chaque ville en la suivant. Cette nouvelle l’a fortement ébranlée et rester chez elle semblait au-dessus de ses forces. »

« Parce qu’avant de l’agresser la première fois, il s’était introduit chez elle auparavant sans qu’elle ne le remarque ? »

« Oui et c’est ce qu’elle redoutait encore. Devant sa détresse, j’ai décidé de l’emmener chez moi. »

« Pourquoi chez vous et pas dans une chambre d’hôtel par exemple ? »

« J’ai agi sans me poser de questions. Peut-être que le fait que Kelly soit l’institutrice de Grace y a joué un rôle, j’en sais rien mais comme le 5-0 bénéficie de l’immunité, je n’étais pas tenu de suivre la procédure. »

« Comment s’est passée cette première soirée ? Mademoiselle Grainger était-elle tendue ? »

« Extrêmement tendue et terrifiée. Elle présentait de toute évidence certains symptômes qu’on retrouve dans le stress post-traumatique. »

« C'est-à-dire ? »

« Elle se refermait sur elle-même, perdant peu à peu conscience de ce qui l’entourait. Elle m’a d’ailleurs suivie comme une automate. »

« Comment a-t-elle réagi en constatant que vous l’aviez amenée chez vous ? »

« Je pense qu’après ce qu’elle avait vécu, se retrouver ailleurs que chez elle, avec un policier pour la protéger, la rassurait. »

« S’est-elle détendue en votre compagnie ? »

« Juste un peu mais il était évident qu’elle luttait pour paraître plus détendue. La nuit d’ailleurs, elle a fait un cauchemar. »

« Le lendemain, c’est chez elle que vous avez passé la nuit ? Mademoiselle Grainger ne redoutait plus de rester à son domicile ? »

« Le lendemain matin, j’avais envoyé une équipe scientifique relever d’éventuelles empreintes chez Kelly mais seules ses empreintes, celles de Madame Collins et les miennes y ont été retrouvées. »

« Ce qui voulait dire qu’elle était en sécurité chez elle mais pourtant, vous êtes resté. »

« Le fait de ne pas retrouver d’autres empreintes ne signifiait pas automatiquement qu’il ne s’y était pas introduit. De plus, je n’arrivais pas à croire qu’il ait fait passer le message comme de quoi il l’avait retrouvée sans être entré chez elle, ça ne concordait pas avec son profil. J’ai préféré rester. »

« Et vous avez bien fait étant donné la surprise que réservait l’accusé à Kelly. »

« Oui. Il avait laissé sur son répondeur des messages, juste des râles et lui avait fait parvenir une enveloppe contenant des clichés d’elle pris lors de sa première agression. »

« Ce qui a provoqué une crise d’hyperventilation suivie d’une crise d’hystérie. »

« Oui. Kelly n’était plus elle-même et pour la calmer, j’ai été obligé de l’amener sous la douche. »

 Jusque là, tout se passait très bien, Steve ayant répondu à toutes ses questions sans l’ombre d’une hésitation, parfaitement maître de lui…

« Commandant McGarrett, Mademoiselle Grainger et vous, entretenez une liaison, n’est-ce pas ? »

« En effet. »

« Pourriez-vous décrire comment ces tendres sentiments sont nés ? Pourrait-on parler d’un coup de foudre mutuel ? »

Steve regarda Catherine au fond de la salle et la peine qu’elle affichait lui fit mal. Quelle idée de venir ! Il ne voulait pas la blesser plus qu’elle ne l’était déjà mais il devait avant tout penser à Kelly. Laura le vit hésiter, croiser et décroiser les jambes et se tourna légèrement pour voir qui il regardait quand elle aperçut à son tour Catherine. Elle essaya de rester impassible mais au fond d’elle-même, elle bouillonnait, elle, qui détestait tout grain de sable pouvant enrayer l’engrenage pourtant bien huilé qu’elle avait mis au point… Steve répondit :

« Non, je n’irais pas jusque là. Il se passait quelque chose mais j’ignorais alors que c’étaient les prémices d’une histoire d’amour. »

« Quand avez-vous pris conscience que vous étiez tombé amoureux d’elle ? »

Catherine le regardait droit dans les yeux, attendant sa réponse tandis qu’il se mordillait la lèvre et se forçait à regarder Laura pour répondre :

« Elle me troublait mais j’ai réellement pris conscience que j’étais tombé amoureux d’elle quand j’ai failli la perdre. »

Kelly leva les yeux vers lui mais au lieu de la regarder, elle ou Laura, il regardait devant lui mal à l’aise. Elle tourna légèrement la tête et aperçut Catherine. Décidément, elle ne comprendrait jamais cette femme : après avoir accepté de rester pour le barbecue, la voilà présente au tribunal. Pourquoi s’infliger cette souffrance inutile ? Et pourquoi mettre celui qu’elle aimait encore de toute évidence dans l’embarras ? Elle revint à Laura en l’entendant poser une nouvelle question délicate :

« Et quand lui avez-vous avoué vos sentiments ? »

Il se gratta alors le front du pouce.

« Peu après son retour de la Nouvelle-Orléans où elle était allée consulter la psychiatre qui l’avait suivie après sa première agression. »

 

L’image de Catherine rabaissant un peu précipitamment l’écran de son ordinateur revint à la mémoire de Joe qui, sur le moment même, n’avait pas prêté plus attention que ça à l’entête qu’il avait aperçu mais il revit nettement les mots « Nouvelle-Orléans » et commençait à se poser des questions. Il se tourna, les sourcils froncés, vers la jeune femme qui ne quittait pas des yeux Steve et la voir aussi perdue lui serra le cœur. De toute évidence, elle n’acceptait pas leur rupture mais qu’avait-elle en tête ?

Le procureur, dont la gêne du seal ne lui avait pas échappée, poursuivit néanmoins :

« Le baiser que vous avez échangé chez elle sous la douche n’était donc pas prémédité mais s’inscrivait dans les prémices de votre histoire d’amour, est-ce exact ? »

Steve, qui avait rougi, regarda Cath puis Kelly qu’il vit baisser les yeux et il se sermonna intérieurement : il devait avant tout penser à elle et absolument occulter la présence de son ex. Il vit le regard dubitatif de Carter et se reprit pour répondre d’une voix qu’il espérait plus assurée :

« Oui, c’était un geste impulsif de ma part. »

« Pensiez-vous alors être surveillés ? »

« Bien sûr que non ! J’avais fait moi-même le tour de son appartement et n’avais rien constaté d’anormal. »

Il avait retrouvé son assurance...

« Avez-vous parlé de vos sentiments naissants à vos équipiers ? »

« Non, pas tout de suite. »

« Pourquoi ? »

« Parce que ça ne me ressemble pas de m’épancher sur mes sentiments. »

« Donc, en voyant que Mademoiselle Grainger n’était pas insensible à vos charmes, vous n’avez pas été le chanter sur tous les toits si je peux me permettre d’employer cette expression ? »

« Nous avons été mutuellement surpris par ce qui se passait entre nous et nous n’avons rien précipité mais laissé les choses se faire d’elles-mêmes. »

Il avait répondu en regardant Kelly qui leva les yeux vers lui et son timide sourire lui fit du bien.

« Vous dites avoir laissé les choses se faire d’elles-mêmes. Le passé de Kelly a-t-il été un obstacle entre vous ? »

« Ce n’est pas évident pour elle et elle a très peur de ne pas surmonter ses traumatismes mais les sentiments que nous éprouvons l’un pour l’autre et sa force de caractère lui ont permis de passer outre de certains. Elle reste malgré tout fragile et ce qui semble évident pour les autres couples ne l’est pas encore pour nous » et son regard se posa alors sur Kelly « mais à force de patience et d’amour, nous sommes arrivés à construire quelque chose de très fort. »

Laura jeta un œil aux jurés et vit que ses dernières paroles les avaient touchés. Kelly passa les doigts sur ses yeux, également émue par les paroles de son compagnon tandis que Danny souriait : Steve l’avait épaté et toute l’assemblée semblait, elle aussi, touchée par ses propos. Madame Collins lui souffla même à l’oreille : « J’ai toujours su que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre. »

Catherine, elle, sortit alors de la salle, ce qui n’échappa pas à Steve qui, en voyant Joe lui faire un signe de tête, fut soulagé de le voir sortir à sa suite et il n’était pas le seul à être soulagé, Laura aussi…

Carter, de son côté, s’était pris la tête entre les mains faisant mine de se boucher les oreilles et se balançait légèrement d’avant en arrière et quand il releva la tête pour regarder Kelly, les jurés purent voir qu’il pleurait…

Les regards qu’échangèrent Reid et Morgan en dirent longs. Pénélope, quant à elle, essuyait une larme, touchée par cette belle déclaration.


mesange  (08.11.2014 à 09:38)

23

 

Laura reprit l’interrogatoire :

« Lors de votre confrontation dans la forêt, vous avez été amené à le provoquer et le meilleur moyen pour vous a été de parler de vos sentiments envers Kelly. »

« Ca ne s’est pas passé exactement comme ça. J’ignorais comment notre face à face allait tourner comme nous nous tenions en joue chacun avec notre arme. Je voulais qu’il m’en dise plus sur les meurtres qu’il avait commis ainsi que la raison pour laquelle il avait suivi Kelly toutes ces années tout en cherchant un moyen de le déstabiliser assez que pour pouvoir le blesser et le mettre hors d’état de nuire. C’est vrai que je lui ai demandé ce qui l’attirait autant chez elle et c’est lui qui en est venu à ce que j’éprouvais pour elle. J’ai joué le jeu en forçant le trait. »

Laura constata avec soulagement que son témoin avait retrouvé toute son assurance.

« A ce moment, vous admettez l’avoir provoqué ? »

« Oui, c’était le but. »

« Comment a-t-il réagi ? »

« Il est resté très maître de lui-même sauf à un moment quand je lui ai dit qu’il ne l’aimait pas. Ca l’a mit en rogne mais pas suffisamment toutefois que pour je puisse tirer. »

« Puis Kelly est apparue, alors que vous lui aviez demandé de rester à l’abri. »

« Oui. »

« Vous avez réussi finalement à maîtriser l’accusé avant qu’il ne vous assomme d’un coup de pierre à la tête. Comment cela a-t-il pu se produire ? »

« Kelly s’était entretemps emparée de l’arme de l’accusé et le tenait en joue. Elle tremblait mais, dans un état second, elle refusait de me donner l’arme. Je me suis avancé vers elle et au moment où je touchais sa main, la balle est partie et puis, ce fut le trou noir.

« C’est faux ! Elle a voulu me tuer mais il a pu dévier assez son bras que pour m’éviter » s’insurgea Carter.

« Maître, faites taire votre client ! » s’insurgea le juge. « Vous pourrez revenir sur ce point quand ce sera votre tour d’interroger le témoin ! »

Laura resta impassible puis, quand le calme fut revenu, reprit son interrogatoire :

« Pourquoi attendre le contre-interrogatoire pour connaître votre réponse. Commandant, pouvez-vous répondre à cette accusation ? »

« Si Kelly avait effectivement tiré, la balle aurait atteint sa cible bien avant que je ne touche sa main vu la courte distance qui les séparait »

Laura regarda Maître Colter et ajouta :

« Le Commandant McGarrett étant un navy seal, on peut lui faire confiance sur ce genre de détails, non ? »

Le jeune avocat ne répondit pas, Laura poursuivit :

« Que retenez-vous de cette confrontation ? »

« Qu’il ne peut supporter l’idée que Kelly ne lui appartienne plus. »

« Avant que ne démarre ce procès, vous vous êtes rendus à Halawa voir l’accusé avec Mademoiselle Grainger. Cette demande vous a-t-elle surprise ? »

« Je ne m’y attendais pas en effet mais je savais à quel point l’approche du procès la stressait et je comprenais sa démarche quand elle m’a dit vouloir d’abord l’affronter loin des regards. »

« Avez-vous tout de même essayé de l’en dissuader ? »

« Non mais je lui ai demandé à quelques reprises si elle était vraiment sûre de vouloir y aller. »

« Que répondait-elle ? »

« Qu’elle n’en avait pas envie mais qu’elle devait le faire. Je crois qu’elle avait besoin de constater qu’il ne pouvait plus l’atteindre pour aborder plus sereinement ce procès. »

« N’aviez-vous pas peur des conséquences qu’aurait cette entrevue sur Kelly ? »

« Evidemment, c’est même la raison qui m’a fait l’accompagner. »

« Et comment a-t-elle réagi face à l’accusé ? »

« Elle s’est montrée très courageuse et est restée digne tout au long de l’entrevue. »

« Et comment a réagi l’accusé en vous voyant ? »

« Il a souri en la voyant entrer. »

« Comment s’est passée l’entrevue ? »

« Il ne cessait de répéter que Kelly était à lui et que ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne reprenne possession d’elle. »

« Était-il hors de lui ? »

« Non, pas du tout, tenir ces propos semblaient même l’amuser. »

« Comment réagissait Kelly ? »

« Elle restait digne mais à un certain moment, il est allé trop loin et je suis intervenu. Quand nous sommes sortis de la cellule, il s’est mis à hurler. »

« Que disait-il ? »

« Que Cory était à lui et rien qu’à lui. »

Le procureur lui demanda aussi de raconter ce qu’ils avaient trouvé au temple Laie Hawaii. Elle fit alors écouter les instructions que Carter avait laissées sur le dictaphone et une vague de voix étouffées, écœurées par cet enregistrement, s'éleva dans la salle. Elle fit défiler sur un écran les photos de la chambre qu’avait préparée Carter pour séquestrer et torturer Kelly et une nouvelle vague d’indignation se fit entendre.

Kelly entendait pour la première fois cet enregistrement et bien qu’elle n’ait plus aucun doute sur l’identité de son tortionnaire, entendre sa voix lui donna la chair de poule et elle ne put réprimer un frisson. Cette voix, elle la reconnaîtrait entre mille et c’est nauséeuse qu’elle l’écouta.

Steve l’observait attentivement tandis qu’elle gardait obstinément la tête baissée, sentant une nouvelle fois tous les regards tournés vers elle pendant que Laura exposait les faits. Il vit sa poitrine se soulever plus rapidement et ses efforts pour se maîtriser. Il serra les poings jusqu’à blanchir ses articulations.

Laura revint peu après à lui et posa encore quelques questions relatives à l’enquête avant de déclarer :

« Vous avez déjà eu affaire à des psychopathes depuis que vous êtes à la tête du 5-0 ? »

« Oui. »

« Qualifieriez-vous l’accusé de psychopathe ? »

« Objection votre Honneur. Le Commandant McGarrett est policier et non pas psychiatre et dès lors, ne peut donner un avis éclairé à ce sujet ! »

« Objection retenue. »

« Comment décririez-vous l’accusé ? »

« Comme quelqu’un d’extrêmement intelligent, calculateur, qui ne voit que sa propre personne et n’éprouve aucuns remords pour ses victimes, les accusant même d’être responsables des actes qu’il accomplit. »

« Merci Commandant. »

Et à l’intention de la défense :

« Je n’ai pas d’autres questions mais je me réserve le droit de rappeler le témoin plus tard. »

Elle retourna à sa place et en voyant Kelly martyriser un de ses ongles, elle ramena sa main sur la table en la serrant. Kelly soupira et regarda, anxieuse, l’avocat de la défense s’approcher de Steve qui attendait, la tête haute, la première question…

 


mesange  (10.11.2014 à 14:31)

24

 

« Commandant McGarrett, vous avez dit avoir eu affaire à des psychopathes depuis que vous êtes à la tête de l’Unité Spéciale du Gouverneur. Etes-vous d’accord avec moi si je vous dis qu’entre autres, c’est l’absence de remords qui les caractérise tous ? » »

« Oui. »

« Au bunker, mon client n’a pas tué Mademoiselle Grainger alors qu’il en avait la possibilité et se savait perdu. Est-ce toujours exact ? »

« Oui. »

« Un psychopathe n’éprouve aucune compassion pour ses victimes. Vous êtes toujours d’accord ? »

« Oui. »

« Pourtant, Mademoiselle Grainger est toujours en vie. Est-ce habituel pour les psychopathes d’agir comme l’a fait mon client ? »

« Non mais je ne… »

« Oui ou non, Commandant » le coupa le jeune avocat.

« Non. »

« Mon client vous a dit qu’il l’aimait, non ? »

« Oui. »

« Il n’est dès lors pas déraisonnable de croire que s’il ne l’a pas tuée à ce moment-là, c’est qu’il n’a pas pu ? »

« Nous savons maintenant qu’il avait d’autres projets pour elle. »

« Ce qui est à nouveau inhabituel pour un psychopathe, non ? »

« Je ne suis pas un expert à ce sujet. »

« Mais en vous basant sur vos précédentes enquêtes ? »

« C’est en effet inhabituel » dut reconnaître Steve à contrecœur.

« Il est aussi admis par tous les psychiatres qu’un psychopathe choisit ses victimes en fonction d’un cheminement qui lui est propre : leur couleur de cheveux, leur morphologie, leur situation professionnelle, leur ressemblance avec une personne de leur enfance qu’ils veulent punir à travers elles. Les victimes ont dès lors toutes un point commun entre elles, non ? »

« Elles ont en général un point commun, oui. »

« Les victimes de mon client avaient-elles aussi un point commun ? »

« Outre le fait qu’il les a violées ou tuées ? » demanda Steve qui s’attira aussitôt un regard noir de Laura.

« Oui » répondit Maître Colter, surpris par l’audace du témoin.

« Non, elles n’avaient pas vraiment de point commun. »

« Encore un élément qui diffère des profils généralement admis des psychopathes, non ? »

« Oui » répondit Steve d’une voix pincée.

L’avocat laissa ces dernières paroles s’imprégner dans l’esprit des jurés avant de reprendre :

« Commandant, mon client vous a-t-il dit pourquoi il l’avait choisie, elle, particulièrement ? » demanda Maître Colter en regardant Kelly.

« Il m’a dit qu’il l’avait trouvée spéciale, qu’elle dégageait quelque chose qui l’attirait énormément. »

« Et vous pouvez le comprendre, n’est-ce pas ? Elle vous a fait le même effet, non ? »

« Quand je l’ai rencontrée, c’est sa détresse qui m’a touché » répondit-il en le regardant droit dans les yeux, la tête haute mais les poings serrés.

« Mais deux jours après votre rencontre, vous l’embrassiez déjà. On peut donc en conclure qu’elle a fait beaucoup plus que vous toucher ce jour-là. »

Steve se mordit la lèvre inférieure attendant avec appréhension la suite…

« En général, les raisons qui poussent un psychopathe à rechercher une de ses victimes ne sont-elles pas de terminer le boulot qu’il a commencé et qu’il n’a pu finir ? »

« Je suppose. »

« Les statistiques à ce sujet montrent que c’est le cas dans quatre-vingt-dix-huit pourcents. Mon client vous a-t-il dit pourquoi il voulait la retrouver ? »

« Pour reprendre possession de son bien. »

« Vous a-t-il dit qu’il voulait la tuer ? »

« Non mais ce que nous avons… »

« Tout ce qu’il disait, c’est qu’elle lui appartenait à lui et rien qu’à lui, non ? » et devant le silence du seal : « Oui ou non, Commandant ? »

« Oui. »

« Et il ne supportait pas l’idée qu’elle se donne à un autre homme, n’est-ce pas ? »

« En effet. »

« On peut même dire que ça le rendait malade. »

Steve soupira :

« Oui. »

« Et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous l’avez provoqué dans la forêt à ce sujet. Vous saviez qu’il ne supportait pas votre relation avec la victime et que ça le déstabiliserait. C’est bien ça, non ? »

« Je devais trouver un… »

« Oui ou non, Commandant ? »

« Oui » répondit-il l’œil noir.

« Et vous lui avez dit alors, corrigez-moi si je me trompe, « En suivant la scène sous la douche, vous avez vu à quel point ça a été intense. » Est-ce exact ? »

« A peu de choses près, oui » admit Steve du bout des lèvres.

« Vous avez même ajouté : « C’est moi qu’elle désire, pas vous » ? 

« Oui » répondit-il en décroisant les jambes.

« Il vous a dit alors qu’elle ne serait jamais à vous parce qu’il vous tuerait avant, non ? »

« Oui. »

« Pourtant bien que vous ayez forcé le trait, si je peux reprendre vos propres mots, mon client est resté suffisamment maître de lui-même, ne vous offrant pas l’occasion de le mettre hors jeu. »

« En effet. »

« Vous avez accompagné Mademoiselle Grainger à Halawa et vous êtes même entrer dans la cellule. Vous étiez pourtant conscient que votre présence risquait plus qu’autre chose d’envenimer l’entrevue ? »

« Seule Kelly me préoccupait. »

« Répondez à la question, Commandant. Vous saviez que mon client serait affecté par votre présence, oui ou non ? » en insistant à nouveau sur ces trois mots.

« Oui. »

« Mais ça ne vous a pas empêché de mettre votre bras autour des épaules de Mademoiselle Grainger pour quitter la cellule ? »

« C’était un geste de réconfort. »

« Un geste de réconfort ? J’appellerais plutôt ça de la provocation gratuite ! »

« J’ai passé mon bras sur ses épaules machinalement et non intentionnellement » se défendit Steve.

« C’est pourtant à ce moment-là que mon client s’est mis à hurler, non ? »

« Oui. »

« Alors que jusque là, il avait pu se maîtriser, n’est-ce pas ? »

« Oui » répondit Steve avant de se racler la gorge.

 « Savez-vous qu’après votre visite, mon client a dû recevoir une injection de tranquillisant tant le fait de vous voir ensemble, vous et Mademoiselle Grainger, lui a fait mal ? Il pleurait en demandant pourquoi vous vous amusiez à le faire souffrir, que tout ce qu’il voulait, c’était trouver la paix … »

« Ce sera bientôt le cas » et il vit Laura le foudroyer du regard et il se mordit à nouveau la lèvre inférieure.

« J’ai ici un rapport médical du médecin de la prison attestant de la prise en charge de mon client suite à votre entrevue. Comme vous pouvez le lire » dit l’avocat en montrant le rapport au juge avant de le soumettre à Laura puis aux jurés « Mon client s’est également gratté les avant-bras jusqu’au sang.  »

« Comparé à ce qu’il a fait endurer à toutes ses victimes... » mais il se tut en sentant le regard peu amène de Laura sur lui.

« Commandant, en quittant Halawa, imaginiez-vous que mon client devrait être pris en charge par un médecin après votre visite ? »

Steve regarda Laura puis reporta son attention sur l’avocat de la défense avant de répondre :

« Non. »

« Vous ne savez pas non plus comment mon client a réagi suite à vos propos provocateurs dans la forêt puisqu’il vous a assommé ainsi que Mademoiselle Grainger, c’est exact ? »

« Oui. »

« Il n’est dès lors pas déraisonnable de penser qu’il était très affecté par vos paroles. »

 

Laura jeta un œil aux jurés qui suivaient, intéressés, ces propos et reconnut que son jeune adversaire avait du mérite en rendant plus floue la frontière entre psychopathie et psychose. Elle se félicita de pouvoir compter sur l’expertise du Docteur Reid pour remettre les pendules à l’heure…

 

Le jeune avocat, qui avait fait une petite pause en faisant mine de réfléchir, reprit son interrogatoire :

« Commandant, vous qui aimez Mademoiselle Grainger, comment auriez-vous réagi à la place de mon client en la voyant aussi proche d’un autre homme ? Auriez-vous été blessé ? »

« Les sentiments que j’éprouve pour Kelly ne sont en rien comparables. »

« Je vous demande juste si vous auriez été blessé ? Oui ou non ? »

« Oui. »

« Mon client aussi… Je n’ai pas d’autres questions. »

 


mesange  (12.11.2014 à 14:59)

25

 

« Maître Prescott ? » demanda alors le juge Kanala et le procureur se leva à nouveau et s’avança vers Steve.

« Commandant, j’aimerais revenir sur les psychopathes que vous avez arrêtés. Au moment de leur arrestation, étiez-vous certains d’avoir affaire à des psychopathes et non à des malades mentaux ? »

« Non. »

« Pourquoi ? »

« Parce qu’ils ne correspondaient pas tout à fait au profil du psychopathe tel qu’on nous les décrit. Certains invoquaient des trous de mémoire, certains s’amusaient et prenaient un plaisir évident lors de leur interrogatoire, certains étaient horrifiés en entendant les horreurs qu’ils avaient commises, d’autres ont même semblé avoir des remords en disant que ce n’était pas possible, que ce ne pouvait pas être eux. »

« Malgré le fait que leur culpabilité ne faisait aucun doute à ce moment-là ? »

« Oui. »

« Ces personnes dont vous venez de parler ont également été interrogées par des experts psychiatres. Vous êtes-vous intéressé à leurs conclusions ? »

« Bien sûr ! C’est toujours enrichissant de connaître leur point de vue et voir si en tant que policier, j’en arrive aux mêmes conclusions. »

« Et quelles étaient leurs conclusions ? »

« Sur les six personnes arrêtées, cinq ont été reconnues comme psychopathes. »

« Une seule donc a été reconnue comme souffrant d’une pathologie mentale. Quel avait été son comportement lors de son interrogatoire ? »

« Elle ne se souvenait pas du meurtre qu’elle avait commis. »

« Et quel fut le diagnostic des experts psychiatres ? »

« Elle souffrait d’un dédoublement de la personnalité. »

« Sur les cinq psychopathes, combien présentaient un comportement tel qu’on l’attend de leur part ? »

« Un seul, celui qui prenait un plaisir à réentendre ce qu’il avait fait. »

« Un seul sur cinq… Merci Commandant, je n’ai pas d’autres questions. »

Et Laura regagna sa place, satisfaite de constater l’impact de cet échange sur les jurés et le petit signe de tête que lui adressa Spencer Reid…

 

Kelly fut soulagée de le voir enfin regagner sa place. Elle aurait aimé pouvoir lui apporter un peu de réconfort sachant combien parler de ses sentiments avait dû être pénible pour lui, d’autant plus devant Catherine mais elle ne put que lui sourire et bien que Laura avait demandé à Steve de rester impassible en regagnant sa place, le regard qu’il lui adressa et l’amour qu’elle lut dans ses beaux yeux lui réchauffa le cœur…

Il reprit sa place aux côtés de Danny et de sa sœur qui mit aussitôt la main sur sa jambe et lui demanda :

« Ca va ? »

« Oui » répondit-il en mettant sa main sur la sienne.

« Tu as été génial » lui souffla-t-elle et il accentua la pression sur sa main pour toute réponse.

 

Kono se leva en entendant prononcer son nom par le procureur. Elle passa devant Steve qui lui fit un léger signe de tête et alla s’installer à la barre où elle prêta serment. Elle jeta un rapide coup d’œil à Kelly et reporta son attention sur Laura qui commença son interrogatoire…

 

Pendant ce temps-là, Joe avait pu rattraper Catherine juste avant qu’elle ne monte dans sa voiture et lui prit les clés de la main :

« Tu es trop bouleversée que pour conduire » et devant son silence, il lui dit : « Allez viens, je connais un endroit où l’on sera tranquilles » et elle le suivit jusqu’à sa voiture, se laissa choir sur le siège passager. Aucun mot ne fut échangé de tout le trajet et arrivés devant une jolie petite crique, ils gagnèrent la plage et s’assirent tous les deux sur un rocher. Catherine rompit la première le silence pour justifier sa présence au tribunal :

« C’est pas Steve qui m’aurait donné plus d’explications et je devais savoir. »

« Pour pouvoir lâcher prise ? » demanda-t-il innocemment.

Elle évita de le regarder et contempla la ligne d’horizon.

« Ce n’est jamais facile de renoncer à une personne qu’on aime » dit-il en posant la main sur le bras de la jeune femme.

« Après quinze ans ensemble, je pensais avoir plus d’importance à ses yeux. Je pensais qu’il se battrait pour notre couple mais non, je ne compte déjà plus pour lui. »

« Tu occuperas toujours une place dans son cœur même si, aujourd’hui, il en aime une autre. »

« Vous le connaissez bien, Joe. Pensez-vous qu’il y ait encore des chances pour que… pour qu’il… »

« Revienne vers toi ?  Personne ne peut répondre à cette question mais tu l’as entendu comme moi, ses sentiments pour Kelly sont très forts. »

Catherine ne répondit pas.

« Vous l’aimez bien vous aussi ? »

Joe releva la tête, l’air songeur…

« Steve a dit quelque chose au tribunal qui m’a mis mal à l’aise » commença-t-il, évitant de répondre à sa question.

Catherine le regarda sans comprendre et il poursuivit en la fixant du regard :

« Il a déclaré que Kelly avait été suivie par une psy de la Nouvelle-Orléans. »

Elle ne répondit pas et Joe poursuivit :

« Sur le moment même, ton empressement à refermer l’écran de ton ordinateur ne m’a pas alerté mais en entendant Steve, je me suis rappelé de l’entête figurant sur le dossier ouvert. Tu as piraté son dossier psychiatrique, n’est-ce pas ? » lâcha-t-il en portant son attention sur un point de l’horizon.

Catherine s’indigna :

« Pourquoi aurais-je fait une chose pareille ? »

« A toi de me le dire… »

« Joe, j’ignore ce qui vous fait penser ça mais… »

« Que tu veuilles récupérer Steve, je peux comprendre mais pirater un dossier médical, c’est la cour martiale qui t’attend si jamais quelqu’un le découvre… »

Il soupira :

« Je suis pas là pour te juger mais pour t’aider. »

Elle le regarda, les larmes aux yeux : était-il de son côté ? Elle savait qu’il avait toujours vu d’un bon œil leur relation et contrairement au père de Steve, pensait que la meilleure compagne pour lui devait être quelqu’un faisant partie de l’armée. Au bout d’un moment, elle avoua :

« J’arrive pas à croire qu’une femme qui a un si lourd passé puisse reconstruire aussi vite une relation avec un homme. Joe, ils n’ont pas fait que se regarder dans les yeux ! »

« Que cherchais-tu dans son dossier ? »

Elle soupira :

« Je pense qu’elle souffre d’une double personnalité. »

Il fronça les sourcils...

« Il y a Cory et Kelly. Cory est extrêmement fragile alors que Kelly est sûre d’elle et forte. Avec les années, je pense que Kelly a pris le pas sur Cory et l’a pratiquement étouffée. Joe, qui sait ce qui peut arriver avec une personnalité aussi instable ? »

« Et que pense la psy qui la suit ? » demanda-t-il, les sourcils toujours froncés.

Catherine soupira.

« Catherine ? »

« Au début, elle s’est aussi posée la question. »

« Et ? »

« Elle n’est pas arrivée à cette conclusion. »

« Je vois… Kelly me semble une personne très équilibrée et répond aussi bien au prénom de Cory que celui de Kelly, tu l’as entendue comme moi chez Steve avec son amie Caroline. »

« Mon instinct me dit que... »

« Ton instinct ou plutôt ton envie de lui trouver une faille ?»

« Vous êtes de son côté, vous aussi ! » commença-t-elle en s’emportant.

« Si, effectivement, elle souffre de ce trouble, ce dont je doute, elle aura besoin d’aide mais penses-tu vraiment que Steve la laissera tomber dans ce cas ? Tu connais la réponse aussi bien que moi… » dit-il en regardant à nouveau les vagues.

« Peut-être qu’un second avis pourrait… »

« Laura est un procureur émérite et on peut compter sur elle pour avoir préparé ce procès avec soin. Elle ne l’aura pas ménagée et si Kelly présentait effectivement un trouble de la personnalité, ça ne lui aurait pas échappé. »

« Prescott n’est pas psychiatre et elle s’est attachée à elle, son avis n’est plus objectif depuis longtemps. »

« Tu n’es pas plus psychiatre qu’elle et tu es très mal placée pour parler d’objectivité. Catherine, aimer signifie aussi pouvoir laisser l’autre s’en aller. Je suis déjà passé par là et je sais à quel point c’est dur mais on finit par reprendre le dessus. Tu y arriveras, toi aussi. »

« C’est avec Steve que je veux être ! » répondit-elle les yeux gonflés de larmes.

« Je sais mais ce n’est pas ce qu’il veut, lui ! »

Elle se redressa, se leva et regarda l’océan. Joe se leva à son tour et alla se placer devant elle, l’obligeant à lui faire face :

« Tu dois accepter sa décision tout comme il l’a fait quand tu l’as quitté pour Billy. Tu sais à quel point il en a souffert et combien j’ai tremblé en le voyant accepter les missions les plus dangereuses, tout ça parce qu’il croyait n’avoir plus personne à qui se raccrocher. Il est heureux aujourd’hui aux côtés d’une  jeune femme qui a énormément souffert, c’est vrai. Tu m’as demandé si je l’appréciais et la réponse est oui. Ils sont heureux ensemble et je ne te laisserai pas mettre en péril leur bonheur encore fragile. »

Elle le regarda, étonnée par cette mise en garde et il ajouta :

« Te rends-tu compte que tu as violé la vie intime de Kelly en prenant connaissance de son dossier ? Comment réagirais-tu si tu étais à sa place ? Tu dois te reprendre, Catherine, avant de t’attirer des ennuis très graves… si ce n’est déjà fait ! »

Ses yeux se gonflèrent de larmes et elle baissa la tête, honteuse. Il l’attira à lui et la berça comme une enfant, la laissant pleurer un bon moment sans ajouter quoi que ce soit et quand elle se calma enfin, lui demanda :

« Tu es sûre que l’on ne pourra pas remonter jusqu’à toi si on découvre que le dossier de Kelly a été piraté ? »

« J’ai pris toutes les précautions nécessaires. »

« Supprime-le, efface toutes traces et surtout pas un mot à qui que ce soit ! Allez viens, je te raccompagne à ta voiture. »

Il la ramena au parking du tribunal et alors qu’elle s’apprêtait à sortir du véhicule :

« Catherine…»

« J’ai compris le message, Joe » répondit-elle tristement.

Il la regarda partir, songeur, se demandant s’il pouvait lui faire confiance. Elle n’acceptait manifestement pas la fin de son histoire avec Steve. Il soupira et retourna dans la salle d’audience…

 


mesange  (14.11.2014 à 08:45)

26

 

Au tribunal, Kono répondait aux questions du procureur, revenant sur l’arrestation de l’accusé dans le bunker ainsi que sur son kidnapping dont elle n’avait aucun souvenir et son réveil dans une pièce dédiée entièrement à Kelly Grainger où elle avait été emmurée.

« Un message était adressé à Kelly… » dit alors Laura.

« Oui, sur le plafond. »

« Tu n’as pas compris ? Tu ne seras jamais à lui, Cory. Toi et moi ne faisons qu’un et un amour comme le nôtre ne meurt jamais. Tu es à moi pour l’éternité » récita la procureur avant de demander : « C’est bien le message qu’il a laissé, n’est-ce pas ? »

« Oui, c'est bien ça. »

Laura qui observait Carter du coin de l’œil enchaîna directement afin d’attirer très vite l’attention des jurés qui, à la révélation du mot qu’il avait laissé, s’essuyait les yeux…

« Vous aviez donc été emmurée. Avez-vous une idée du temps passé dans cet endroit, seule ? »

« Non, pas vraiment. »

« Mais vous y êtes restée suffisamment longtemps que pour ressentir le manque d’oxygène ? »

« Oui. Un cierge était allumé et la flamme commençait à vaciller. Je savais que si elle s’éteignait, je mourrais…asphyxiée. » 

« Elle s’est éteinte. Gardiez-vous encore espoir d’être sauvée ? »

« L’enquête tournait en rond. On n’avait rien trouvé et… je savais pas où ils en étaient. Oui... J’ai eu très peur de mourir. »

Les membres du 5/0 et leurs amis se regardèrent tandis que Kelly baissait la tête...

« Mais le Commandant McGarrett vous a trouvée avant que vous ne veniez à manquer d’air. »

« Oui, je commençais à respirer plus difficilement quand j’ai entendu Steve crier derrière le mur. »

Laura marqua un léger temps d’arrêt avant de poursuivre et de terminer son interrogatoire en lui demandant comment s’était comporté l’accusé au bunker quand il se savait perdu :

« Il est toujours resté très maître de lui, prêt à tirer sur Kelly. Il a fallu toute l’ingéniosité du lieutenant Williams pour arriver à le faire bouger, juste assez que pour le blesser. »

« Il ne pleurait pas ? Ne se plaignait pas ? »

« Non, il menaçait juste de la tuer si on bougeait. »

« Merci, Mademoiselle Kalakaua. Je n’ai pas d’autres questions » et elle regagnait sa place quand elle se retourna et dit : « Au fait, est-ce le Commandant McGarrett qui vous a mis au courant de sa relation avec Mademoiselle Grainger ? »

« Non, Steve n’est pas du genre à parler de sa vie sentimentale ou à montrer ses sentiments. »

 

« Merci. Maître Colter, le témoin est à vous. »

« Agent Kalakaua. Combien de temps êtes-vous restée dans le bunker avant de blesser mon client ? »

« Cinq minutes peut-être… »

« Mon client tenait son arme chargée sur la tempe de Mademoiselle Grainger. S’il avait tiré, auriez-vous pu l’empêcher de la tuer ? »

« Non, c’est la raison pour laquelle le Commandant McGarrett et le lieutenant Williams ont commencé à parler. »

« Donc, il avait tout loisir de tuer Mademoiselle Grainger mais il ne l’a pas fait, c’est bien ça ? »

« Oui. »

« Pas d’autres questions… »

Kono regagna sa place et ce fut au tour de Chin de monter à la barre. Il répondit aux questions du procureur qui lui demanda pour terminer :

« Après avoir montré le raccourci pour gagner l’hélicoptère, vous êtes retourné auprès de votre co-équipier qui était resté à l’arrière avec l’accusé. Celui-ci est-il resté maître de lui ou a-t-il eu un comportement différent maintenant qu’il était arrêté ? »

« Il est resté maître de lui-même et n’a plus dit un mot jusqu’à la cellule du HPD où nous l’avons amené. »

« Lieutenant Kelly, en vous rendant chez votre cousine qui est votre équipière au 5/0, vous avez été blessé. »

« En effet. Nous étions sans nouvelles de sa part et je me suis rendu chez elle mais en entrant par la porte de derrière, j’ai déclenché une charge explosive et j’ai perdu connaissance. »

« La porte avait donc été piégée et vous avez été brûlé aux bras, aux mains, à la poitrine et au visage et à l’heure qu’il est, il n’est pas dit que vous ne garderez pas des cicatrices… »

« On le saura quand on retirera les pansements. »

« Merci Lieutenant. Pas d’autres questions. »

 

Maître Colter, contre toute attente, ne posa aucune question et c’est Danny qui alla s’installer à la place de Chin. Laura commença l’interrogatoire :

« Lieutenant Williams, vous aviez déjà rencontré Mademoiselle Grainger avant qu’elle ne vienne au QG du 5-0, n’est-ce pas ? »

« Oui, Kelly… Euh… Mademoiselle Grainger est l’institutrice de ma fille. Donc, oui, je l’avais déjà rencontrée à l’occasion de réunions de parents. »

« Votre fille l’apprécie beaucoup, non ? »

« C’est peu de le dire ! Je crois que j’ai jamais entendu ma fille me parler autant d’une de ses institutrices. »

« Vous avez appris à connaître Mademoiselle Grainger au fil des semaines maintenant. Si vous deviez la qualifier, quels adjectifs vous viendraient tout de suite en tête ? »

« Gentille, douce, réservée et courageuse, extrêmement courageuse. »

« Réservée… »

« Oui. »

« Sa demande de se rendre à Halawa pour voir l’accusé avant le procès vous a-t-elle surprise ? »

« J’ai été surpris, oui, mais je pouvais la comprendre. Je veux dire que c’est pas facile de se retrouver face à son tortionnaire et encore moins en présence d’un public. »

« Diriez-vous que c’était pour elle une occasion de provoquer l’accusé, de le narguer ? »

 « Objection, votre Honneur ! Le lieutenant Williams ne peut répondre à cette question, il… »

« Je lui demande simplement son avis, pas qu’il nous fasse une expertise psychiatrique. »

« Objection rejetée. »

« Lieutenant ? »

« Non, pas du tout ! »

« Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? »

« C’est pas son genre. Je pense qu’elle avait surtout besoin de savoir comment elle se comporterait devant lui, de se rassurer en quelque sorte avant le procès. »

« Qu’elle demande au Commandant McGarrett de l’accompagner ne vous a pas surpris ? »

« Non, vu leurs sentiments, c’était même logique. »

« Elle savait pourtant que Carter ne pouvait pas le voir. »

« Ca devait la rassurer. »

Laura poursuivit son interrogatoire et avant de le terminer, lui demanda :

« Lorsque vous vous êtes retrouvé seul avec l’accusé, celui-ci a-t-il dit quelque chose ? »

« Non, il n’a plus dit un mot jusqu'au HPD. »

« Avait-il un comportement bizarre ? »

« Non, pas du tout. »

« Semblait-il affecté par l’état de santé de sa victime ? »

« Il n’en avait pas l’air en tout cas. »

Laura marqua un petit temps d’arrêt avant d’enchaîner :

« Nous avons tous écouté l’enregistrement dans lequel l’accusé laissait ses directives. Vous l’avez entendu ordonner à son complice de vous empoisonner et celui-ci vous a bien injecté un poison mortel… »

« En effet » répondit Danny en commençant à se tortiller les mains.

« Après avoir appelé à l’aide le Commandant McGarrett, vous avez été emmené à l’hôpital où les médecins vous ont appris qu’il n’y avait aucun antidote pour vous sauver étant donné qu’ils ne pouvaient connaître la dose injectée et que dès lors, il ne vous restait à peine que douze heures à vivre » dit Laura d’une voix lente pour laisser ses paroles faire leur effet auprès des membres du jury avant de reprendre : « Vous avez su alors que le  poison qui vous avait été injecté était un poison à effets progressifs. »

« Oui » lâcha-t-il d’une voix rauque avant de se racler la gorge alors que Steve baissait la tête en serrant les poings au souvenir du calvaire vécu par son ami.

« Ces poisons agissent sur certaines fonctions de l’organisme pour finir par les bloquer entraînant la mort du sujet empoisonné » expliqua Laura aux jurés avant de demander : « Lieutenant Williams, pourriez-vous nous décrire les effets qu’a eus ce poison sur vous ? »

« J’ai commencé à avoir des douleurs abdominales, des crampes… Des crampes qui devenaient de plus en plus fortes, je transpirais beaucoup aussi et je respirais de plus en plus difficilement… » Il croisa une jambe sur l’autre et reprit : « J’ai commencé à avoir une vision trouble, j’avais du mal à me tenir droit et… à marcher, je voyais le sol bouger, je… J’avais du mal à penser… »

Ses amis l’écoutaient le cœur serré, Steve étant le seul à l’avoir côtoyé tout au long de son calvaire. Kelly gardait la tête baissée… Danny poursuivit après avoir à nouveau décroisé la jambe : « A un certain moment, je pouvais plus tenir debout et j’avais de plus en plus de mal à respirer. Steve m’a amené à l’hôpital et peu après, j’ai appris que j’avais été placé sous respirateur artificiel avant d’être sauvé. »

« Vous avez dû dire adieu à votre fille de onze ans, n’est-ce pas ? » demanda d’une voix douce Laura qui vit le visage du lieutenant pâlir à cet horrible souvenir.

« En effet. J’ai pas pu lui épargner ce moment atroce où l’on… » et il ne put continuer, trop ému à ce souvenir.

Laura laissa ces mots faire leur effet auprès des jurés tandis qu’un murmure s’élevait de la salle. Steve regarda son ami, les yeux humides lui aussi, se souvenant du moment où Grace l’avait appelé, en pleurs, lui demandant de revenir sauver son père. Les autres n’en menaient pas larges non plus et Kelly gardait la tête baissée tout en s’essuyant les yeux…

Laura changea alors de sujet :

« Lieutenant, vous êtes très proche du Commandant McGarrett. »

« En effet. »

« C’est à vous qu’il se confie le plus facilement, non ? »

« Oui mais Steve n’est pas du genre à se confier. Lui, il faut plutôt lui tirer les vers hors du nez. »

« Vous a-t-il dit qu’il était attiré par Mademoiselle Grainger ? »

« Bien sûr que non ! »

« Et encore moins qu’il l’a embrassée le deuxième soir de sa mise sous protection ? »

« En effet. »

« Rétrospectivement, en connaissant maintenant les sentiments qui le lient à Kelly Grainger, ses propos dans la forêt vous semblent-ils provocants ? »

« J’aurais agi comme lui, je pense. »

« Vous n’avez pas répondu à ma question. »

« Ils l’étaient, oui mais dans un but bien précis. »

« Et dans les mêmes circonstances, vous auriez donc fait de même… »

« Oui, j’aurais joué là-dessus en effet. »

« Merci, lieutenant. Je n’ai pas d’autres questions. »

 


mesange  (16.11.2014 à 10:53)

27

 

« Maître Colter ? » demanda alors le juge.

« Lieutenant Williams, un homme doit-il pleurer pour montrer qu’il est affecté par un événement ? »

« Non mais… »

« Etre silencieux peut être également interprété comme un signe d’accablement, non ? Alors de quel droit vous permettez-vous d’affirmer que mon client n’éprouvait aucune peine ? »

« C’est le sentiment que j’avais. »

« Le sentiment que vous aviez… » et l’avocat se tourna vers le jury en hochant de la tête avant d’ajouter :

« Ce qui n’est pas forcément le reflet de la vérité, si ? »

« Non » admit Danny en regardant Laura.

« Mais l’attitude de mon client vous a conforté dans votre jugement : seul, un psychopathe peut avoir ce comportement ? »

Laura sourit : ne jamais poser une question dont on ne connaît pas d’avance la réponse. Combien de fois ne leur répétait-on pas cette mise en garde et pourtant, la plupart l’oubliait dans la pratique…

« Non parce que je sais très bien que seule l’expertise psychiatrique peut répondre à cette question et que mon jugement n’a que peu de valeur. C’est la raison pour laquelle nous aimons connaître le résultat de ces expertises comme l’a dit Steve…Enfin le Commandant McGarrett. Pour voir si notre sentiment est le bon ou pas et dans ce cas-ci, il…»

« Pas d’autres questions, lieutenant » le coupa le jeune avocat.

Il était pratiquement midi et le juge mit fin à la séance de la matinée.

 

Laura se leva et son regard croisa celui de Steve, le moment de parler de leurs soupçons à Kelly était proche. Celle-ci se leva également et se dirigea vers son compagnon qui lui sourit. Elle glissa sa main dans la sienne pour sortir de la salle et se rendre au QG du Five-0. Tous les suivirent en silence.

Mary avait fait livrer des pizzas pour tout le monde mais c’est à peine s’ils y touchèrent. Malia demanda à Laura :

« Que pensez-vous de l’avocat de la défense ? Vous pensez que ses questions ont eu un impact sur le jury ? »

« Il a fait son job avec l’une ou l’autre erreur de débutant mais dans l’ensemble, c’était cohérent. »

« J’ai été étonnée qu’il n’insiste pas sur votre relation plus que ça. Il aurait pu aller plus loin, non ? » déclara Mary à l’intention de son frère.

« C’est la raison pour laquelle j’en suis venue la première sur le sujet en insistant probablement plus que nécessaire mais il fallait verrouiller les portes et surtout ne pas leur donner l’avantage » répondit Laura.

« Et au vu du contre-interrogatoire, tu as réussi » dit alors Joe.

« Je reconnais tout de même qu’il a su poser les bonnes questions et votre avis, Spencer, va être d’autant plus déterminant. Il nous faut absolument l’achever » répondit Laura.

Tous sourirent, à l’exception de Kelly qui écoutait à peine et Danny ne put s’empêcher de lâcher :

« On reconnaît bien là votre réputation de pitbull. »

« Mais pourquoi insistez-vous autant sur la relation entre Kelly et mon frère ? » demanda encore Mary. « Des fois, on se demanderait qui sont les coupables ? »

« Tout simplement parce que les preuves que nous présentons sont irréfutables. Carter en est  parfaitement conscient et c’est la raison pour laquelle il a déjà plaidé coupable. Le rôle de la  défense est d’obtenir un jugement qui le considérerait comme irresponsable de ses actes, ce qui l’enverrait dans une institution psychiatrique. Elle va dès lors avancer le fait qu’il était poussé par une force extérieure qu’il ne pouvait contrôler et cette force extérieure, c’est… »

« Mon frère et ses sentiments pour Kelly » la coupa Mary.

« Et Kelly elle-même » termina Laura.

Caroline se pencha vers Kelly :

« Tu n’as même pas essayé d’avaler ne serait-ce qu’une bouchée… »

« Je pourrais pas. »

« C’est pas le moment de nous faire une crise d’hypoglycémie. Bois au moins quelque chose de sucré. »

Kelly soupira mais but tout de même quelques gorgées du coca qu’elle lui servait.

Laura regarda Steve : ils ne pouvaient plus reculer s’ils voulaient laisser un peu de temps à Kelly pour se reprendre... Elle s’adressa à la jeune femme :

« Kelly, j’aimerais te parler un moment. Tu peux venir avec Steve dans son bureau ? »

Kelly la regarda avec appréhension et la suivit tout en regardant Steve qui lui passa un bras autour des épaules, son air grave n’annonçant rien de bon…

Une fois entrés, Laura, soucieuse, se retourna vers Kelly et lui dit :

« Je pense… » mais s’interrompit, cherchant encore la meilleure façon d’annoncer ses craintes à la jeune femme quand cette dernière déclara :

« Qu’avez-vous à me dire ? Vous pensez qu’il sera déclaré irresponsable de ses actes ? C’est ça ? »

« Non, pas du tout même si le risque 0 n’existe pas et que je me pose parfois des questions sur la santé mentale de certains jurés. Non, c’est pas ça, Kelly. Au contraire, je pense qu’il sait qu’il n’ira pas en institution psychiatrique. »

« Alors, pourquoi vous faites tous les deux une tête pas possible ? Qu’a-t-il encore prévu ? »

« Laura pense qu’il a encore une carte à jouer…La dernière » commença Steve.

« Laquelle ? » demanda Kelly plus anxieuse que jamais.

« J’ai peur qu’il ne révoque son avocat pour t’interroger lui-même » finit par dire Laura.

« Vous plaisantez ? » demanda-t-elle en les regardant chacun à leur tour avant de dire d’une voix qu’elle maîtrisait difficilement : « Non… Non… Pas ça… Non ! »

 

De son côté, Danny venait de mettre les autres au courant des craintes de Laura.

« Il a le droit de faire ça ? » demanda Mary indignée.

« Oui » répondit tristement Danny.

« Ca devrait pas être autorisé dans un procès pour viol ! » s’insurgea Pénélope. « C’est inhumain ! »

« Ce procès tourne au cauchemar » dit Caroline, les yeux humides « Est-ce qu’ils se rendent compte de l’impact que ça peut avoir sur la victime ? »

« J’aurais dû le tuer dans le bunker ! » dit alors Kono, les poings serrés.

« Tu as fait ce que tu devais faire, Kono » lui dit Chin. « Un badge ne nous permet pas de faire justice nous-mêmes. »

« Je sais mais tu vois ce qu’elle doit subir maintenant ? Personne n’aurait regretté ce malade ! » répondit sa cousine.

« De toute façon, on peut pas revenir en arrière » dit alors Danny. « Il va falloir qu’elle l’affronte, elle a pas le choix malheureusement. Tout ce que nous pouvons faire, c’est la soutenir de notre mieux. »

« Peut-être que faire face à son tortionnaire sera libérateur » dit alors Joe et tous le regardèrent.

« Se rendre compte qu’il n’a plus autant de pouvoir qu’elle le pense encore, qu’elle a un avenir aux côtés d’un homme qu’elle aime, ça peut changer aussi la donne… »

 

Steve lui prit le visage entre les mains, la forçant à le regarder :

« Je sais que ça va pas être facile, loin de là ! Je n’en menais pas large non plus ce matin à la barre. Je n’avais jamais eu à parler de mes sentiments devant tout le monde, ni à les justifier mais c’est à toi que je pensais, à toi, à nous. J’ai toujours gardé ça en tête en me disant qu’il fallait passer par là pour nous donner une chance de vivre tous les deux sans crainte de le voir réapparaître…»

« Je sais pas si j’aurai la force, Steve » répondit-elle laissant libre cours à ses larmes. « Chaque fois…Chaque fois que je me dis qu’il ne peut plus rien, il…il arrive encore à… à me faire du mal. Je suis son pantin qu’il articule selon son bon vouloir. »

Laura l’écoutait, luttant pour ne pas se laisser submerger par ses émotions, déchirée à l’idée de faire endurer un nouveau calvaire à la jeune femme qu’elle appréciait tant.

« ll va se délecter et je ne pourrai rien faire, juste… le regarder comme… comme cette nuit-là. Il trouvera les questions qui…» dit-elle en frissonnant mais d’une voix monocorde cette fois qui alerta Laura. 

« Je peux t’assurer que le juge Kanala sera très strict. Il ne pourra pas te harceler et s’il va trop loin, il ne pourra même plus poursuivre son interrogatoire et je serai là, moi aussi. Je ferai objection à chaque question déplacée » dit-elle alors pour essayer de la rassurer.

« Je devrai répondre… Ce sera encore lui et moi. »

« Kelly, je suis là, moi aussi. Je sais que tu m’as demandé de ne pas rester dans la salle mais ça t’aidera peut-être à l’affronter, au contraire ! »

« Tu peux rien faire, Steve…Tu peux rien faire. Personne ne peut rien faire » et elle eut des hauts le cœur qui la firent sortir précipitamment du bureau pour se rendre aux toilettes sous les regards peinés de ses amis. Steve la suivit et l’entendit vomir. De rage et de frustration, il frappa le mur de ses poings. Il aurait dû le tuer ! Quand Kono l’avait touché, il aurait pu tirer aussi mais il ne l’avait pas fait et c’était Kelly qui en payait le prix… Il la vit alors sortir d’une des toilettes et son cœur se serra en la voyant le visage défait. Elle lui demanda, d’une voix lasse, de la laisser seule.

« Non, pas question ! » répondit-il d’une voix ferme.

« S’il te plaît, c’est tout ce que je demande, être un peu seule pour… pour me reprendre. Je t’en prie, Steve… »

Il la regarda, anxieux, hésitant à lui obéir mais elle lui adressa alors un léger sourire et il lui dit :

« Je suis pas loin. » Il l’embrassa sur le front avant de la laisser.

« Merci » souffla-t-elle et quand il fut sortit, elle s’appuya contre le mur et ferma les yeux, essayant de remettre de l’ordre dans ses émotions. Tout se bousculait en elle : rage, frustration, culpabilité, peur mais ce qui prédominait surtout, c’était un sentiment de profonde lassitude, elle était à bout de forces, fatiguée de lutter encore et encore. La tête lui tournait et elle avait l’impression d’étouffer. Elle sortit alors des toilettes et se dirigea vers les escaliers qui menaient au toit. Elle ouvrit la porte, avança de quelques pas sur la plate-forme et aspira de profondes bouffées d’air frais. Elle s’avança alors vers le bord du toit et en voyant le vide, se souvint qu’il n’y avait pas si longtemps, elle était prête à faire le grand saut…


mesange  (18.11.2014 à 09:45)

28

 

 

Steve était revenu vers les autres et il vit Laura au téléphone. Derek lui dit :

« Elle téléphone au juge pour voir s’il y a un moyen d’éviter ce scénario à Kelly. »

« J’espère que ce sera le cas » dit Kono. « Comment va-t-elle ? »

« Elle a demandé à rester un peu seule pour se reprendre. »

« La pauvre enfant » dit Pénélope.

 

Ils attendirent en silence que le procureur revienne près d’eux, Steve jetant fréquemment un œil vers les toilettes quand Laura sortit enfin de son bureau.

« Qu’a-t-il dit ? » demanda le seal.

« Il va essayer de voir s’il y a des antécédents à ce sujet en attendant la reprise. »

« Il ne reste plus qu’à espérer alors » dit Mary en regardant son frère.

« Je ne me fais guère d’illusions » répondit Laura qui chercha des yeux Kelly.

« Où est Kelly ? » demanda-t-elle d’une voix anxieuse.

« Aux toilettes. Elle a demandé à rester un peu seule » répondit Steve.

« Et tu l’as laissée seule ? Dans l’état qu’elle est ? Mais c’est de l’inconscience ! » s’emporta-t-elle en se dirigeant là-bas, Steve sur ses talons.

« Kelly ? Kelly ? » et elle ouvrit les portes des toilettes mais ne trouva pas la jeune femme.

« Le toit » cria Steve, d’une voix où perçait l’angoisse, en se précipitant vers les escaliers, suivi de Laura et des autres.

« Je vais voir si elle a quitté le bâtiment » dit Chin.

 

 

Si Carter ne l’avait pas enlevée ce jour-là, elle ne serait probablement plus là aujourd’hui. Carter… Celui qui avait brisé sa vie en mille morceaux qu’elle avait recollés tant bien que mal l’avait menée aussi, sans le vouloir, à Steve. Steve qui l’aimait, qui lui avait redonné peu à peu confiance en elle et qui, par sa tendresse et sa patience, avait fait taire ses craintes et l’avait à nouveau rendue femme à part entière. Ils avaient su, malgré toutes les embûches, trouver la route qui menait au bonheur. Ils s’aimaient et Carter ne pouvait rien contre ça et c’était là que résidait sa victoire sur lui. Elle avait gagné, il avait perdu. Il ne lui restait plus qu’à faire en sorte qu’il ne puisse plus être une menace pour eux. La porte derrière elle s’ouvrit à toute volée et alors qu’elle se retournait, elle entendit l’homme qu’elle aimait crier :

« Kelly ! Kelly ! Fais pas ça ! »

 

Son cœur se serra quand elle lut l’angoisse sur son visage : si proche du bord, il devait penser qu’elle voulait se suicider. Elle le vit s’approcher doucement en lui tendant la main et elle alla aussitôt à sa rencontre en lui souriant. Il ouvrit ses bras pour la serrer contre lui avant de la regarder, déconcerté par son attitude.

« Kelly ? »

Elle vit Laura arriver, essoufflée mais soulagée en la voyant dans les bras du jeune homme, ainsi que Caroline et les autres…

« Je voulais pas vous effrayer » s’excusa-t-elle. « J’avais juste besoin d’air et d’être seule pour remettre de l’ordre dans… »

« Tu m’as fait une de ces peurs. Recommence plus jamais ça ! » dit alors Steve en la serrant à nouveau dans ses bras, soulagé.

« J’ai même pas réfléchi que vous pourriez penser à ça. Steve, j’aurais jamais fait ça, je t’aurais jamais fait ça. Plus maintenant ! Je t’aime. Je t’aime plus que tout. »

Il prit son visage entre ses mains. Il voulut parler mais les mots ne sortaient pas et elle poursuivit :

« Venir ici et m’approcher du vide m’a fait comprendre que j’avais dépassé ce stade » et ses yeux se gonflèrent à nouveau de larmes mais ce n’était pas des larmes de désespoir cette fois. Elle lui sourit tandis qu’il la regardait intensément et elle lui dit : « J’ai compris que, quoi qu’il puisse encore faire tout à l’heure, j’ai gagné. »

Steve sourit en entendant ces mots.

« Je suis prête pour un nouveau départ et c’est grâce à toi » et elle se mit à rire tout en pleurant.

 

Ils s’embrassèrent, oubliant tout le reste et Laura fit signe aux autres de les laisser seuls. Elle referma la porte derrière elle, un sourire aux lèvres…

 

 

De retour au tribunal, Kelly respira un bon coup avant d’entrer dans la salle encore vide. Steve la retint par le bras :

« T’es sûre de ne pas vouloir que je sois présent maintenant que… ? »

« Oui, je crois que je préfère comme ça. »

«Ta présence pourrait rendre Carter encore plus vindicatif » dit Danny.

« Je resterai derrière cette porte et si tu changes d’avis… »

« Si Kelly change d’avis, j’enverrai un gardien vous appeler » promit Laura.

Steve hocha la tête et la laissa entrer le cœur lourd. Derek lui tapa l’épaule et entra à son tour dans la salle, suivi de Reid…

« On est tous avec toi, Kelly » dit Kono.

La jeune femme sourit en hochant simplement de la tête et alla retrouver Laura qui demanda :

« Prête au combat ? »

« J’ai peur, Laura… » avoua Kelly.

« Je me ferais du souci si c’était pas le cas » sourit-elle. « Allez courage, plus qu’un dernier combat à mener et à remporter. Si tu éprouves le besoin de faire une pause de temps en temps, n’hésite pas à me le faire comprendre » et devant l’air buté de la jeune femme : « Je sais que tu veux en finir au plus vite mais une avocate sait mieux que quiconque comment doser les effets et une pause pourrait se révéler être très utile… »

« Pour l’impact dans l’esprit des jurés. »

« Je vois que tu suivais bien tes cours » sourit-elle pour détendre un peu l’atmosphère pesante mais Kelly restait soucieuse, mal à l’aise et elle mit ça sur le compte de l’angoisse quand celle-ci finit par s’adresser à elle :

« Laura ? »

« Oui ? »

« Je dois vous avouer quelque chose… » commença-t-elle sans trop oser la regarder dans les yeux. « Je pensais que… Enfin, je… »

« Qu’y-a-t-il, Kelly ? » demanda-t-elle doucement en voyant les joues de la jeune femme s’empourprer. Elle cherchait visiblement le moyen de lui dire quelque chose...

« Dans ma déposition… à l’époque, je…je n’ai pas dit tout. » Et elle ajouta rapidement pour se justifier : « Ca changeait rien à ce qui m’est arrivé mais je voulais pas rentrer dans les détails, pas dans tous les détails… J’avais trop…honte » révéla-t-elle alors d’une voix tremblante.

Laura lui dit d’une voix rassurante :

« C’est pratiquement toujours le cas dans les dépositions pour viol. »

« Mais lui, il sait et si jamais, il revient sur… sur tout ce qu’il m’a fait… »

« Je ne le laisserai pas rentrer dans les détails, rassure-toi » mais devant le malaise persistant de la jeune femme, elle demanda d’une voix douce mais ferme :

« Est-ce qu’il y a autre chose que je devrais savoir ? »

Kelly déglutit difficilement avant de lâcher :

« Il va dire que j’en redemandais mais c’est lui qui m’obligeait à le dire. »

« Tu n’étais pas bâillonnée ? »

« Si ! »

« Depuis le début jusqu’à la fin ? »

« Oui mais il enfonçait la lame du couteau plus fort, j’étais terrifiée et j’ai fait ce qu’il demandait. J’ai fait oui de la tête… »

« Tu as agi sous la contrainte et la terreur et je défie quiconque de savoir comment il réagirait dans ces conditions. Allez, essuie tes larmes et redresse la tête ! Tu ne pouvais rien faire que subir et tu n’as fait qu’essayer de te protéger. »

 

Entrèrent à ce moment l’accusé et son avocat et le sourire qu’il avait aux lèvres conforta Laura dans ses craintes. Elle jeta un œil à Kelly et la vit se raidir en relevant le menton, attitude qu’elle avait appris à reconnaître chez elle et qui la rassura, du moins en partie…

 

 

Une fois le jury installé, le juge Kanala fit son entrée et demanda, pour la forme, au procureur général d’appeler son témoin suivant. Kelly se leva et, les jambes un peu flageolantes, se dirigea à la barre et prêta serment avant d’aller s’asseoir.

 

« Relève la tête, Kelly » se dit à elle-même Laura tandis que Derek et Reid la regardaient avec un pincement au cœur en sachant ce qui l’attendait.


mesange  (19.11.2014 à 16:14)

29

 

Le procureur soupira et commença son interrogatoire en revenant sur sa première agression. Elle vit alors Kelly redresser la tête et elle posa ses premières questions, premières questions dont elle avait pris soin de ne rien exiger d’autre de la part de la jeune femme qu’une réponse par oui ou par non pour la ménager un maximum, du moins quand elle le pouvait. Kelly tenait bon et elle enchaîna :

« Mademoiselle Grainger, l’accusé portait un masque mais maintenant que vous savez à quoi il ressemble, pensez-vous l’avoir déjà vu à l’époque ? Vous avait-t-il déjà abordée peut-être ? »

« Non, je ne crois pas. »

« Sa voix ne vous disait rien ? »

« Non. »

« Comment vous parlait-il ? De façon agressive ou au contraire, était-il calme ? »

« Sa voix était posée. Pas un mot plus haut que l’autre. »

 « Ses propos vous paraissaient-ils cohérents ? »

« Oui, tout à fait. »

« Vous menaçait-il si vous ne faisiez pas ce qu’il vous demandait ? »

Kelly, bien qu’essayant d’occulter sa présence, pouvait le voir la regarder et dut se concentrer pour entendre ce que disait Laura qui répéta patiemment sa question. Elle répondit :

« Oui. »

« Lui obéissiez-vous ? »

Elle respira profondément et répondit d’une voix qu’elle essayait de maîtriser :

« J’ai résisté autant que je le pouvais mais… je savais plus quoi faire pour qu’il arrête… et peut-être qu’en…lui obéissant, je me disais que…»

« Que vous disait-il dans ces moments-là ? »

« D’arrêter d’aller contre sa volonté, que je ne ferais que prolonger mon supplice. »

« C’est ce que vous avez fait ? »

« A partir du moment où la douleur était devenue trop intense… oui » et ce dernier mot, même Laura à quelques pas d’elle, eut du mal à l’entendre et en s’approchant, vit que Kelly se trituraient les mains. Elle aurait aimé l’épargner mais elle ne pouvait se le permettre et devait absolument occulter les sentiments d’affection qu’elle éprouvait pour elle. Elle poursuivit :

« Devenait-il alors plus agressif ? Perdait-il son sang-froid pour vous forcer à faire ce qu’il voulait ? »

Kelly avait répété et répété cette partie de l’interrogatoire avec Laura et elle savait ce qu’elle devait répondre mais malgré tout, tout s’embrouillait. Elle se reprit :

« Non, il s’amusait avec moi. J’étais devenue son… jouet » dit-elle d’une voix à peine audible.

« Il ne s’est jamais mis en colère ? »

« Non. »

« Aviez-vous le sentiment qu’il essayait de se maîtriser ? »

« Non, je n’ai pas eu ce sentiment. »

« La douleur devenant insupportable, vous avez perdu connaissance à plusieurs reprises. Vous laissait-il tranquille pour que vous reveniez à vous de vous-même ou… »

« J’ignore combien de fois j’ai perdu connaissance mais je suis revenue à moi quelques fois en ressentant une douleur. »

« L’entendiez-vous vous parler ? Vous appeler ? »

« Oui mais plus le temps passait et plus je l’entendais de loin, je ne comprenais plus vraiment ce qu’il me disait. Je ne voulais qu’une chose, ne plus jamais m’éveiller, ne plus le voir, ne plus l’entendre et surtout arrêter de souffrir ! »

Laura laissa le temps à ces paroles de faire leur effet et à Kelly le temps de se reprendre avant de poursuivre :

« L’avez-vous entendu pleurer ? »

« Non. »

« A-t-il à un moment ou un autre exprimer des regrets ? »

« Non, pas que je sache. »

« Quelle est la dernière chose que vous l’avez entendu dire ? »

« Qu’il reviendrait. »

« De l’avoir vu faire ? »

« Essuyer son couteau avec ma nuisette. »

« Et vous l’avez vu partir ? »

« Non, à ce moment, j’avais du mal à rester consciente et c’est en sentant une chaleur contre ma joue que je suis revenue à moi avant de sombrer et de me réveiller sur un lit d’hôpital. »

« Vous dites une chaleur ? »

« Il avait approché la flamme d’une allumette près de mon visage, je l’ai vu regarder cette flamme avant qu’il ne l’éteigne et ne prenne son couteau pour l’essuyer. »

« Il vous a laissée tranquille après ça ? »

« Je me souviens juste que j’attendais le coup fatal, celui qui mettrait… fin à … ce supplice. »

« Vous vouliez mourir ? »

« Oui. »

Les jurés baissèrent la tête, touchés par le calvaire qu’avait dû subir cette jeune femme. Derek jeta un œil à Reid qui observait Carter alors que lui bouillait de rage en entendant ce qu’avait enduré Kelly bien qu’il savait…

« Pour ne pas avoir à affronter ce qu’il vous avait fait ? » poursuivit Laura.

 « Oui » répondit-elle les larmes aux yeux. « Il avait bousillé ma vie, rien ne serait plus jamais pareil. Je… J’aurais préféré ne pas m’en sortir. »

On aurait pu entendre une mouche voler dans la salle tant il y régnait un silence absolu après ces paroles…

« Vous étiez fiancée à l’époque, sur le point de vous marier même… »

« Oui. »

« Mais vous avez rompu… »

« Après ça, tout ce que je voulais, c’était… oublier mais… je pouvais pas ! Je ne supportais plus la condescendance des gens qui m’entouraient, leurs regards. Je me suis peu à peu refermée sur moi-même et j’ai fait le vide autour de moi. »

« Vous étiez aussi terrifiée à l’idée qu’il revienne. »

« Oui. Tout le monde me disait qu’il avait dit ça comme ça, qu’un… violeur ne revenait pas deux fois mais personne ne pouvait me le certifier. »

« Et vous avez coupé tout lien avec votre fiancé, sa famille, vos amis. Vous avez demandé un changement d’identité et vous êtes partie. »

« Oui. Je ne suis jamais retournée chez moi et j’avais peur que pour me retrouver, il suive peut-être quelqu’un de mon entourage. J’ai coupé alors tout lien… Je savais pas à quoi il ressemblait, je savais pas s’il m’épiait encore, s’il attendait encore le bon moment pour…  »

Kelly baissa la tête, essayant de retenir ses larmes et de se reprendre. Le juge lui demanda :

« Souhaitez-vous faire une pause, Mademoiselle ? »

« Non, ça va aller, merci » répondit Kelly.

 

Reid n’avait cessé d’observer Carter qui, lui, n’avait pas quitté des yeux Kelly un seul instant depuis qu’elle était à la barre. Il se délectait visiblement de ce moment…

 


mesange  (21.11.2014 à 09:59)

30

 

Laura reprit :

« Vous avez fait une demande pour changer d’identité et vous avez quitté Pittsburgh. Vous vous êtes rendue à la Nouvelle-Orléans où vous avez décidé de suivre une psychothérapie intense, c’est bien ça ? »

« Oui. »

« Qui vous a permis de vous reconstruire ? »

« Qui m’a permis de redonner un sens à ma vie sans plus. »

« Comment ça ? »

« Après cette thérapie, j’ai pu reprendre des études et j’ai choisi d’être institutrice parce que je me sentais plus à l’aise avec des enfants. »

« Vous étiez avocate, promise à un bel avenir en venant d’être engagée dans un des plus prestigieux cabinets de Pittsburgh, c’est bien ça ? »

« Oui. »

« Et vous avez tout lâché ? »

« On m’a fait savoir que je n’étais plus la bienvenue chez eux et on m’a licenciée. »

« Après cette thérapie intense, avez-pu reprendre une vie que l’on qualifierait de « normale » ? Sortir avec des gens de votre âge ? »

« Non… Non… J’allais juste travailler et je rentrais. »

« Vous alliez faire vos courses quand même ? »

« Non, pas les premières années, je demandais qu’on vienne me livrer à domicile. Ensuite, avec le temps qui passait, je me suis dit qu’il m’avait sans doute oubliée, que je n’étais qu’une victime parmi d’autres et j’ai refait mes courses moi-même. »

« Vous aviez retrouvé une vie « normale » à ce moment ? »

« Je ne traînais jamais. Je ne me sentais bien qu’auprès de mes élèves ou chez moi après avoir vérifié que j’y étais en sécurité. »

« Que voulez-vous dire par là ? Vous faisiez le tour des pièces ? »

« Oui mais comme il m’avait dit être déjà venu chez moi avant cette nuit-là et qu’il avait l’air de connaître les lieux et que je n’avais jamais rien remarqué, j’ai mis en place tout un système pour vérifier que personne n’était entré en mon absence. »

« Une sorte de rituel ? »

« Oui. Avant de partir, je disposais certains objets d’une certaine façon et je m’assurais en rentrant que tout était normal. »

« Quels objets ? »

« Les tentures, ma lingerie dans mon dressing, un magazine sur la table et d’autres choses. »

« Combien de temps vous prenait ce rituel ? »

« Au début, je mettais dix minutes, puis quinze et puis ça pouvait me prendre une heure parce qu’il fallait que je revérifie le tout constamment. »

« Et quand vous rentriez ? »

« Je refaisais soigneusement le tour et ce n’est qu’à ce moment-là que je pouvais me détendre. »

« C'est la raison pour laquelle vous ne sortiez plus de chez vous une fois rentrée ? »

« Oui. »

« Combien de temps a duré ce rituel ? »

« Depuis que j’ai quitté l’hôpital et jusqu’à ce que Steve me place sous protection. »

« Et maintenant ? »

« J’ai encore tendance à le faire si je suis seule comme lorsque j’étais à la Nouvelle-Orléans peu avant le début du procès ou chez moi mais avec Steve, je me sens en sécurité. »

 

Derrière la porte, Steve avait du mal à tenir en place. Il s’était finalement levé du banc où il s’était assis et faisait maintenant les cents pas dans le couloir. Mary se leva et alla le trouver.

« Tu veux pas qu’on sorte un peu ? »

« Je veux être là si Kelly a besoin de moi. »

« C’est mignon mais je doute qu’elle t’appelle. Tu dois être la dernière personne qu’elle aimerait voir dans la salle alors qu’elle doit raconter son calvaire et même si Carter l’interroge, ta présence ne ferait peut-être qu’envenimer les échanges…»

Steve la regarda en faisant la moue.

« Allez, viens. »

« Non, je préfère rester ici. »

« Alors, assieds-toi ! Tu nous donnes à tous le tournis ! »

Danny tapa sur la place vide à côté de lui pour l’inviter à venir le rejoindre et Steve s’exécuta bon gré mal gré.

« Tu sais, je repensais à l’enregistrement que Carter a laissé au temple » lui dit alors Danny.

« Et ? »

« Eh bien, je me rends compte maintenant que je l’ai pas entendu dire de laisser la fiole du poison là-bas ! »

Steve le regarda en fronçant les sourcils et Danny poursuivit :

« Je sais ce qu’a fait Ricky mais il y a quelque chose de pas net là-dedans et je te jure que je découvrirai le fin mot de cette histoire ! »

« Il a peut-être été pris de remords ? » dit alors Chin qui avait suivi leur conversation.

« Tu as failli mourir, je te signale et c’est bien lui qui t’a injecté ce poison ! » rétorqua Steve.

« En fait, on n’en sait rien ! Je te rappelle que celui qui m’a fait ça portait un masque et j’ai pas reconnu sa voix ! »

« C’était le but ! Que tu ne le reconnaisses pas ! Tu crois qu’il aurait pris le risque de te laisser m’appeler et de me dire que c’était lui ? » dit Steve.

« Steve n’a pas tort » dit Chin. « Tu as entendu l’enregistrement : oui, il n’a pas suivi à la lettre toutes les instructions mais il a bien suivi celle qui lui ordonnait de t’empoisonner en portant un masque de diable et un appareil pour déformer les voix. »

« Ecoute, je comprends que tu cherches des explications, c’était ton ami » dit Steve.

« Justement ! C’était mon ami et il ne m’aurait jamais fait de mal ! » riposta Danny.

« Mais les faits sont là, Danny ! » explosa Steve. « Regarde les choses en face, bon sang ! »

« Je crois surtout que c’est pas le moment de parler de ça » dit alors judicieusement Chin et ni Steve ni Danny n’ajouta un mot…

 

A l’intérieur de la salle, l’interrogatoire se poursuivait :

« Vous avez repris des études d’institutrice et obtenu un diplôme. Vous avez trouvé un emploi en vous inscrivant sur une liste pour effectuer des remplacements mais au lieu d’essayer de trouver un emploi stable, vous avez préféré rester sur cette liste, ce qui vous obligeait à de nombreux déménagements. Ne désiriez-vous pas vous installer quelque part et reprendre une vie « normale » ? »

« Ce choix a été guidé par la peur qu’il finisse par me retrouver. En déménageant aussi souvent, je brouillais un peu les pistes, du moins c’est ce que j’espérais. » 

« Combien de fois avez-vous déménagé ? »

« Douze fois. »

« En dix ans ? »

« Oui. »

« Et vous êtes venue à Hawaii il y a un peu plus de neuf mois maintenant. En préparant ce procès, nous avons souvent été amenées à nous voir et jamais, je ne vous ai vue porter une jupe ou une robe… »

« Parce que je n’en ai pas. »

« Vous n’aimez pas ? »

Kelly sentit les regards des jurés sur elle…

« Si bien sûr mais depuis cette nuit-là, j’essaie de… de ne pas attirer les regards… sur moi, de passer le plus possible… inaperçue. »

« Pour ne pas qu’il vous reconnaisse ? »

L’interrogatoire devenait long et elle commençait à éprouver une certaine lassitude qui n’échappa pas à Laura. Kelly se força à se concentrer en respirant doucement et finit par se reprendre :

« Non. Enfin après ça, oui, j’ai changé de look, je me suis coupé les cheveux, j’ai fait une teinture. Je variais souvent mais je ne sais toujours pas pourquoi il m’a choisie, moi et… »

« Tu es la féminité même, Cory, même en pantalon, tu es… » dit alors l’accusé mais il fut coupé par le juge qui martela son marteau sur son pupitre :

« Monsieur Carter, je vous avais prévenu ! Je vous condamne à une amende de cinq mille dollars pour outrage à la Cour. La prochaine fois, ce sera l’exclusion pure et simple !»

« Je suis désolé, votre Honneur, j’ai… Ca se reproduira pas, je vous le jure ! » répondit l’accusé, faussement contrit.

« Poursuivez, Maître Prescott. »

Laura regarda, soucieuse, Kelly qui luttait manifestement pour rester concentrée et elle résuma pour elle :

« Vous ignoriez ce qui avait pu l’attirer chez vous et vous préfériez atténuer autant que possible votre féminité afin de ne pas attirer les regards des hommes, c’est bien ça ? »

« Oui. »

« Nous sommes à Hawaii. Aimez-vous la plage ? Vous baigner ? »

« Oui, j’aime me promener au bord de l’océan et oui, j’aime l’eau. »

« Combien de fois avez-vous été vous promener au bord de l’eau depuis que vous êtes à Hawaii ? »

« Une fois. »

« Quand était-ce ? »

« Hier soir. »

« Seule ? »

« Non. »

« Et combien de fois vous êtes-vous baignée dans l’océan ? »

« Jamais. »

« Le Commandant McGarrett a une maison avec une plage privée. Vous n’avez jamais été nager ? »

« Non. Je n’ai pas de maillot de bain. »

« Pourtant, chez lui, vous êtes à l’abri des regards. »

« Oui mais un maillot ne cacherait pas mes… cicatrices… » dit Kelly d’une voix tremblante et Laura finit pour elle :

« Les cicatrices suite aux lacérations qu’il vous a faites... »

Kelly la regarda, les yeux humides et le cœur de Laura se serra mais elle n’ajouta rien, le silence étant assez éloquent et aux regards gênés des jurés, Laura vit qu’elle avait à nouveau marqué un point…


mesange  (23.11.2014 à 09:59)

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