HypnoFanfics

Un nouveau départ IV

Série : Hawaii Five-0 (2010)
Création : 27.09.2014 à 12h36
Auteur : mesange 
Statut : Terminée

« Avec l’aide des agents de la BAU, Steve parvient à déjouer in extremis le plan machiavélique de Carter mais arrivera-t-il à temps pour sauver Kelly ? (J'écris seule et remercie Lyne de sa patienc » mesange 

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31

 

Elle attendit que Kelly se reprenne et poursuivit :

« Mademoiselle Grainger, vous êtes l’institutrice de la fille du lieutenant Williams. Est-ce pour cette raison que vous vous êtes rendue dans les bureaux du 5/0 lorsque vous avez su que l’accusé vous avait retrouvée et non dans les locaux de la police d’Honolulu ? »

« J’avais déjà eu l’occasion de rencontrer Monsieur Williams lors d’une réunion de parents et je l’avais trouvé chaleureux. Sa fille parlait souvent dans ses rédactions du 5/0 et de son oncle Steve. Elle les décrivait comme étant les meilleurs. Ca n’a pas été une décision facile à prendre mais une fois prise, je me suis dit qu’il valait mieux me confier à quelqu’un que je connaissais un peu plutôt qu’à un inconnu. »

« Est-il exact qu’après votre première agression, malgré le fait que votre agresseur vous ait dit qu’il reviendrait, vous n’avez bénéficié d’aucune protection ? »

« La police jugeait que la probabilité qu’il m’agresse à nouveau était faible. J’ai bien reçu quelques coups de fil de la part du policier en charge de mon dossier pour prendre de mes nouvelles mais ensuite, c’est moi qui l’appelais pour voir ce que donnait l’enquête et s’il avançait. Après avoir obtenu toujours les mêmes réponses, j’ai fini par ne plus l’appeler du tout. »

« Vous avez changé d’identité et ne l’avez pas prévenu, c’est bien ça ? »

« En effet. Je vois pas ce que ça aurait changé, j’étais une affaire parmi bien d’autres. »

« Quelle a été votre première réaction en comprenant qu’il vous avait retrouvée ? »

« Je voulais quitter l’île. »

« Mais vous ne l’avez pas fait. »

« Non, parce qu’il ne s’agissait plus que de moi seule. Pour me retrouver, il avait tué une autre femme et qui sait, combien d’autres encore si je m’enfuyais. En sachant après qui il en avait, je pouvais peut-être aider le 5/0 à l’attraper. »

« Donc, vous n’êtes pas partie… »

« Non. Ils ont pris au sérieux mes craintes et m’ont aussitôt placée sous protection. »

« Vous sentiez-vous en sécurité alors ? »

« J’avais très peur mais le système que j’avais mis en place pour m’assurer que personne ne s’était introduit chez moi me rassurait quand même. Il y avait aussi une patrouille de police devant mon immeuble et puis, Steve est revenu près de moi quand il a su qu’il m’avait suivie de villes en villes. »

« Pourtant, au lieu de rester chez vous, vous avez accepté de vous rendre chez le Commandant McGarrett… »

« J’étais sous le choc d’apprendre qu’il m’avait suivie toutes ces années alors que je pensais le contraire et j’ignorais qu’à cause de moi, d’autres femmes étaient mortes. J’étais perdue, terrifiée et oui, je l’ai suivi. »

« Alors que vous ne le connaissiez pratiquement pas… »

« Il est policier, c’est l’oncle d’une de mes élèves, je n’avais pas de raison d’avoir peur de lui. Au contraire, sa présence me rassurait. »

« Avez-vous été étonnée de voir qu’il vous emmenait chez lui ? »

« J’étais dans un état second, c’est à peine si je me rendais compte où j’étais mais peu importait l’endroit en fait, je n’étais plus seule…»

« Et c’était un sentiment nouveau pour vous… »

« Oui. Je suis restée dix ans coupée de toute relation sociale en dehors de celles liées à mon travail et uniquement sur mon lieu de travail, dix ans sans personne pour… »

Kelly dut s’interrompre avant de se reprendre :

« Ca faisait tellement longtemps que l’on ne s’était plus préoccupé de moi et… ça faisait du bien de pouvoir un peu se reposer sur quelqu’un… »

 Laura constata que ces paroles avaient ému les jurés : un nouveau point de marqué…

« Oui… » répondit simplement le procureur avant de reprendre : « Et le Commandant McGarrett s’est montré très protecteur envers vous, plus que ne le demandait le protocole. En étiez-vous consciente ? »

« Il menait son enquête et j’en étais l’élément principal. Sa présence à mes côtés n’était pas incongrue. Maintenant, avec le recul, oui, on se dit qu’il se passait déjà quelque chose entre nous mais ni l’un ni l’autre à ce moment n’aurait pu imaginer tomber amoureux de l’autre. »

« Le deuxième soir, des messages vous attendaient sur votre répondeur… »

« Oui, mais personne ne parlait, ce n’était que des râles. »

« Et ce même soir, une enveloppe vous avait été adressée, contenant diverses photos de vous prises cette nuit-là. »

« Oui. »

« Comment avez-vous alors réagi ? »

Kelly soupira mais répondit néanmoins :

« J’ai fait une crise d’hyperventilation, suivie d’une crise d’hystérie. »

« Et c’est pour vous calmer que vous vous êtes retrouvés, le Commandant McGarrett et vous-même, sous la douche ? »

« Oui. »

« Et c’est à ce moment-là qu’il vous a embrassée ? »

« Oui. »

« Que s’est-il passé ensuite ? »

« Je l’ai repoussé et lui ai demandé de me laisser seule. »

Carter bougea alors sur sa chaise ; leurs regards se croisèrent et le sourire qu’il lui adressa lui donna la nausée. Elle avait dit ce qu’il voulait entendre.

« Ce qu’il a fait ? »

« Oui. Il m’a dit qu’il serait à côté si j’avais besoin de lui. »

« Avez-vous été le retrouver ? »

« Non. »

« Pensiez-vous à ce moment-là être… épiée ? »

« Non ! Steve avait fait le tour des pièces, je n’avais rien remarqué d’anormal non plus. J’ai jamais pensé qu’il avait trouvé un moyen d’introduire des caméras chez moi ! »

« Revenons sur ce qui s’est passé dans la forêt. »

Kelly fut surprise d’entendre Laura aborder maintenant cette partie de l’interrogatoire et ne pas revenir sur cette scène chez elle et le regard qu’elles échangèrent se passait de mots...

« Le Commandant McGarrett vous a retrouvée et vous avait demandé de rester à l’abri pendant qu’il partait essayer d’arrêter l’accusé, c’est bien ça ? » enchaîna la procureur.

« Oui. »

« Mais vous ne l’avez pas écouté… »

« Si, j’avais bien l’intention de l’écouter mais j’ai senti quelque chose sur ma jambe et quand j’ai vu que c’était une araignée… »

Laura réprima difficilement un sourire à cette évocation et laissa poursuivre Kelly :

« Je suis pas restée là et j’ai voulu me cacher ailleurs mais tout en restant près du chemin pris par Steve et j’ai alors entendu des voix et je les ai vus, Steve et Carter, se tenir en joue avec leur arme. »

« Vous avez trouvé une branche assez solide que pour frapper un homme et vous vous êtes avancée en essayant de faire le moins de bruit possible vers l’accusé qui vous tournait le dos… »

« Oui, Steve m’a alors aperçue et j’ai pu détourner l’attention de Carter juste assez que pour lui permettre de le maîtriser et l’arrêter. »

« Mais vous vous êtes emparée de son arme qui avait roulé un peu plus loin et vous l’avez alors pointée sur l’accusé. »

« Oui » admit-elle mal à l’aise.

« Avec l’intention de le tuer ? »

« Je sais pas. J’avais la possibilité de me venger de tout ce qu’il m’avait fait et je n’avais qu’à appuyer sur la gâchette. Je prenais alors conscience que l’homme qui avait bousillé ma vie était en fait mon voisin. J’étais sous le choc de cette découverte et j’entendais, de loin, Steve me demander de lui donner l’arme... Je sais qu’il m’a touché le bras et le coup est parti…

« Que s’est-il passé ensuite ? »

« J’ai vu Steve s’écrouler et je me suis aussitôt agenouillée près de lui, il saignait à la tête mais Carter m’a saisi le bras pour me relever et il m’a ordonné d’avancer dans une direction si je ne voulais pas qu’il le tue. »

« Quel était son comportement ? Jubilait-il d’avoir su renverser la situation ou… »

« Non, il était furieux. Il m’a relevée brutalement et il a pointé son arme sur la tête de Steve. J’ai alors fait ce qu’il demandait et j’ai ressenti une douleur fulgurante et… et je me suis retrouvée attachée sur une table. »

« Était-il encore furieux à ce moment-là ou s’était-il calmé ? »

« Non, je retrouvais l’homme qui m’avait agressée, très maître de lui et pas un mot plus haut que l’autre. »

« Que faisait-il quand vous avez repris conscience ? »

« Il aiguisait la lame de son couteau devant moi. »

« En silence ou vous parlait-il ? »

« En silence mais quand il a vu que j’étais éveillée, il m’a dit que je l’avais déçu, que je n’avais pas su lui rester fidèle et à ce moment-là, il s’est mis en colère. Il m’a dit qu’il allait devoir me punir et il a posé sa main sur ma joue en appuyant de plus en plus fort. »

« Sur votre pommette fracturée ? »

 « Oui »

« Qu’a-t-il dit d’autre ? »

La respiration de Kelly devint à nouveau plus rapide…

« Qu’il ne pouvait plus me laisser attirer les hommes. »

« Que pensiez-vous qu’il allait faire à ce moment-là ? »

« Il avait son couteau en mains, il l’approché de mon visage et j’ai cru qu’il allait me… me lacérer le visage. »

Les jurés accusèrent le coup, le regard qu’ils lancèrent à Carter étant sans équivoque…

« Mais il ne l’a pas fait ? »

« Non. Il m’a dit ensuite qu’il avait une surprise pour moi et il s’est dirigé vers le fond de la pièce et quand il s’est retourné vers moi, il avait mis le masque de diable qu’il portait cette nuit-là. » 

Les larmes perlaient à ses cils et elle s’interrompit pour prendre le temps de se maîtriser à nouveau tandis que Carter jubilait… Elle pouvait également sentir le regard du juge à côté d’elle sans parler de ceux des jurés.


mesange  (25.11.2014 à 09:21)

32

 

« Et ensuite ? » demanda doucement Laura.

« Il avait repris sa voix mielleuse pour me raconter tout ce qu’il m’avait fait. Je savais que j’allais en baver mais je n’avais plus la force de revivre ça. »

« Que s’est-il passé à ce moment-là ? »

Kelly devait lutter contre elle-même, tout commençait à devenir confus, elle entendit à peine Laura l’appeler :

« Kelly ? »

Elle dut à nouveau faire un effort pour se concentrer sur les questions et répondit :

« Je me suis sentie bizarre et tout ce que je peux dire, c’est que je n’avais plus peur, je le voyais, je l’entendais mais je ne ressentais plus rien. C’est comme si j’étais sortie de mon corps et que j’assistais à la scène comme spectatrice. »

« Savez-vous, après coup, ce qui vous est arrivé à ce moment précis ? »

« Oui. On m’a expliqué qu’en cas de stress intense, il arrive qu’on se déconnecte de la réalité. Ils appellent ça une dissociation, une réaction de survie en quelque sorte. »

« Le circuit émotionnel se déconnecte, vous vous sentez anesthésiée physiquement et émotionnellement. Vous continuez à voir l’agresseur mais plus n’est ressenti, c’est bien ça ? »

« Oui. »

« Cette réaction n’est toutefois pas sans conséquence et la plus courante est une perte de mémoire partielle, voire totale. Était-ce votre cas ? »

« Oui. En reprenant conscience à l’hôpital, je ne me souvenais plus de ce qui m’était arrivé depuis le petit-déjeuner pris avec Steve chez moi. »

« Mais vous avez retrouvé la mémoire petit à petit ? »

« Oui, des images ont commencé à me revenir et puis, je l’ai vu. Je l’ai vu à la télévision dans un flash info et tout m’est revenu. »

« L’équipe du 5/0 vous ayant finalement rapidement retrouvée, l’accusé n’a pu vous infliger ce qu’il avait prévu comme supplice. Il vous a alors poignardée et vous avez perdu un rein. »

« Oui, je n’ai plus qu’un rein. »

« Mais durant l’intervention, votre cœur s’est arrêté aussi plus de sept minutes avant de redémarrer avec comme séquelles, des difficultés d’élocution. »

« Oui mais une rééducation orthophoniste m’a énormément aidée et j’ai pu retrouver une élocution normale. »

« Après combien de temps ? »

« Deux mois plus ou moins. »

 

Dans le couloir, Steve était finalement resté seul, refusant de suivre ses amis pour aller prendre un café au distributeur. Son portable émit un bip et il vit un message de Derek :

« Vous pouvez être fier d’elle ! »

 Il fut touché du geste du profiler et sourit, Kelly avait une force de caractère impressionnante…

 

 

Laura revint alors sur sa visite surprise à la prison d’Halawa :

« Pourquoi teniez-vous autant à voir l’accusé ? »

« Le procès qui m’attendait allait être pénible et je voulais le voir pour me tester en quelque sorte, voir si je pourrais l’affronter. »

« Et vous avez demandé au Commandant McGarrett de vous accompagner… »

« Oui. Je savais pas comment j’allais réagir et sa présence me rassurait. »

« En sachant combien l’accusé détestait le Commandant ? Qu’il en était même extrêmement jaloux ? »

« Je me fichais éperdument de ce que l’accusé penserait ! Mais je n’ai pas vu ma demande comme une provocation mais comme un soutien… Il ne pouvait plus me faire de mal, physiquement du moins mais je devais savoir…

On aurait pu entendre une mouche voler dans la salle…

« Je devais savoir s’il avait toujours autant de pouvoir sur moi… Depuis cette nuit, j’ai vécu dans la peur, jour après jour, sans relâche… Dix ans seule, sans soutien… sans aucune relation affective… »

Le cœur de Laura se serra et elle vit certains jurés baisser la tête…

« Dix ans à me demander pourquoi…Qu’est-ce que j’avais fait de mal pour mériter tout ça… Dix ans à garder ce secret… »

« Vous n’avez jamais révélé à quelqu’un votre passé ? »

« Non, à personne. »

« Vous avez surmonté ce drame toute seule ? »

« J’ai bien été suivie par une psychiatre pendant les deux premières années qui ont suivi mon… agression. »

« Vous reconstruire n’a certainement pas été facile… »

« Non, ça a même été très dur et j’ai failli baisser les bras plus d’une fois. »

« Vous pensiez au suicide ? »

Kelly fit oui de la tête avant de se justifier :

«  Il m’avait amputé d’une partie de moi et rien ni personne ne pouvait me rendre ma vie comme elle était avant et oui, il y a des moments où je me suis demandée pourquoi je me battais, si ça en valait vraiment la peine. Pour quoi ? Pour qui ? J’étais seule et je n’aurais manqué à personne. »

« Pourtant, vous n’avez pas franchi ce pas… »

« Ce n’est pas l’envie qui me manquait pourtant. J’étais fatiguée de souffrir, d’avoir constamment peur. J’aurais donné n’importe quoi pour pouvoir « oublier » et reprendre ma vie comme avant mais c’était impossible. »

« Et qu’est-ce qui vous retenait malgré tout ? »

« Je sais pas. Une part en moi me disait que je serais enfin délivrée et une autre qu’il aurait gagné et je pense que l’envie de ne pas lui donner ce plaisir était la plus forte. »

« Et aujourd’hui, pensez-vous encore que le combat que vous avez mené n’en valait pas la peine ? »

« Non. Bien que ma vie aurait été totalement différente si je n’avais pas été agressée, je suis heureuse de la tournure qu’elle prend aujourd’hui. J’étais convaincue de ne plus jamais pouvoir aimer un homme et être une femme à…part entière et dès lors, rendre un homme heureux… mais je me trompais et grâce à l’amour de Steve, à sa patience et sa compréhension,  je me sens revivre et prête à surmonter les derniers obstacles. »

Spencer vit les mâchoires de Carter se crisper et s’il avait pu le voir de face, il aurait pu voir le regard meurtrier qu’il lança à Kelly…

« Que voulez-vous dire par là ? »

« J’ai encore du chemin à accomplir. Reprendre une vie sociale après toutes ces années seule n’est pas évident. Je dois me forcer pour certaines choses. J’ai passé dix ans de ma vie à me retourner pour voir si je n’étais pas suivie. On ne se débarrasse pas d’un sentiment comme la peur aussi facilement… »

« Pourtant, celui qui vous a agressée est en prison maintenant et il ne peut plus vous faire de mal. »

« C’est ce que je croyais ! Mais il avait un complice à l’extérieur et Danny a failli mourir empoisonné, Kono a été emmurée et Chin brûlé par le souffle d’une explosion. J’ai failli mourir au fond d’une grotte sous-marine ! Carter restera toujours une menace ! »

 « Vous voyez encore l’accusé comme une menace ? »

« Evidemment ! Il est obsédé par moi et il le sera toujours ! Pour lui, je… je suis sa chose, je lui appartiens et il fera tout pour reprendre possession de moi ! Il ne me laissera jamais tranquille et il s’en prendra à Steve aussi ! »

« Non, pas s’il est envoyé dans une prison de haute sécurité ! Là-bas, il ne sera plus une menace ni pour vous, ni pour le Commandant McGarrett dont il est jaloux ni pour aucune autre femme à qui il pourrait s’en prendre avant de vous retrouver à nouveau… »

Laura laissa le temps à ses dernières paroles de faire leur effet avant d’asséner :

« Par contre, si cet homme retrouve la liberté après un séjour en institution psychiatrique, comme c’est souvent le cas, vos jours seront effectivement comptés…» dit alors Laura avant d’être aussitôt coupée par l’avocat de la défense :

« Objection, votre Honneur ! Le procureur ne lit pas l’avenir dans une boule de cristal à ce que je sache ! »

« Maître Prescott, faites attention à vos propos » dit alors le juge Kanala.

« Je n’ai pas d’autre question, votre Honneur, mais je me réserve toutefois le droit de rappeler le témoin à la barre… »

Laura regagna sa place. Finalement, elle n’avait pu se résoudre à pousser l’interrogatoire aussi loin que prévu, optant plutôt pour un contre-interrogatoire si le besoin s’en ferait sentir, Kelly étant déjà assez éprouvée comme ça. Une fois assise, elle regarda Kelly et lui fit comprendre qu’elle était fière de sa prestation. Elle vit la jeune femme s’essuyer les yeux et se moucher et attendit, aussi anxieuse qu’elle, de voir si Carter allait répudier son avocat et confirmer de ce fait ses craintes…

 


mesange  (27.11.2014 à 15:34)

33

 

Steve reçut un nouveau message de Derek : « Laura en a terminé. » Il se leva mais résista à l’envie d’entrer dans la salle pour suivre les débats, même de loin mais Kelly le verrait et il ne pouvait pas lui faire ça… Il vit alors revenir ses amis et il leur fit part des messages de Derek.

Danny lui tendit une bouteille d’eau.

« Merci » répondit Steve.

« Le contre-interrogatoire devrait être plus court, non ? » dit alors Mary.

« Oui mais plus pénible aussi ! » dit sombrement Steve.

Ils se regardèrent et l’inquiétude se lisait aisément sur leurs visages…

 

Le juge demanda alors à Kelly si elle souhaitait faire une pause avant d’être interrogée par la défense mais la jeune femme refusa et le juge s’adressa alors à Maître Colter :

« Maître, le témoin est à vous. »

Laura et Kelly mais également Derek et Reid retinrent leur respiration…

L’avocat de la défense se leva, s’approcha lentement de Kelly et commença le contre-interrogatoire. La jeune femme lança un regard étonné à Laura qui haussa légèrement les sourcils…

« Mademoiselle Grainger, vous avez affirmé avoir fait l’expérience d’une dissociation lors de votre deuxième agression, c’est bien ça ? »

« Votre Honneur » le coupa alors son client.

« Monsieur Carter, je vous avais prévenu qu’au moindre mot de votre part, je… »

« Je souhaite révoquer mon avocat et assurer ma défense moi-même » et devant l’air surpris du juge, il ajouta : « Ma requête est tout à fait recevable, votre Honneur. »

Son avocat se retourna vers lui et vint le rejoindre :

« Savez-vous ce que vous êtes en train de faire ? »

« Vous êtes viré ! » lui souffla Carter et tandis que le jeune avocat rangeait, la mine sombre et en silence, ses notes dans son cartable, le juge déclara :

« C’est effectivement votre droit mais je vous rappelle qu’il y a des règles à suivre dans un tribunal et je ne tolérerai aucun débordement de votre part. Me suis-je bien faire comprendre, Monsieur Carter ? »

« Oui, votre Honneur. »

Les membres du jury s’étaient redressés sur leur chaise, ne s’attendant certainement pas à cet affrontement entre la victime et son tortionnaire…

Laura observa Kelly, qui était devenue livide et qui gardait les yeux baissés, et soupira de lassitude. Elle aussi avait hâte que ce procès se termine…

Reid et Derek se regardèrent, dégoûtés et ce dernier envoya un message à Steve…

 

Steve et ses amis virent à ce moment sortir de la salle d’audience l’avocat de la défense. Le seal s’adressa aussitôt à lui :

« Il vous a viré, c’est ça ? »

« Il souhaite assurer sa propre défense lui-même » et le jeune homme les laissa sans ajouter un mot.

Danny posa une main sur l’épaule de son ami dont le portable émit un bip et il lut le message de Derek.

Joe s’approcha alors de lui :

« Tu sais, fiston, cet affrontement direct n’est peut-être pas une mauvaise chose en soi. Il pourrait même être salvateur pour Kelly. »

Steve le regarda :

« Je sais à quel point tu voudrais être à l’intérieur mais ce n’est pas une bonne idée et tu le sais très bien. »

« Il va s’amuser à l’humilier. »

« Oui mais il devra aussi se soumettre aux mêmes règles qu’un avocat et tu peux compter sur Laura pour sortir les crocs si nécessaire. »

« Je savais pas que vous étiez si proches tous les deux. »

« C’est ton père qui est à l’origine de notre rencontre. »

« Il voulait vous caser après un de vos nombreux divorces ? »

« Alors là, fiston, tu fais fausse route ! » et pour détendre un peu celui qu’il considérait comme son propre fils, il enchaîna :

« Lors de ma formation en tant que seal, j’étais très proche d’un gars qui venait d’Hawaii aussi mais deux ans après avoir obtenu son trident, il a tout plaqué parce que la femme qu’il aimait était morte de peur à chacune de ses missions, ce qui peut se comprendre. Il a quitté la Navy et est devenu un simple civil mais malheureusement, il a été accusé, à tort, d’un meurtre. Sa femme m’a contacté et ton père m’a mis en rapport avec Laura qui était à l’époque simple substitut du procureur et ensemble, nous avons pu prouver son innocence. Je lui serai toujours reconnaissant de s’être impliquée personnellement dans ce dossier au risque de perdre sa place d’ailleurs. »

« Elle semblait très proche de mon père et pourtant, je ne me souviens pas l’avoir déjà vue à la maison. »

« Au fait, c’est arrangé pour demain » dit Joe en changeant de sujet. « Tu n’auras qu’un coup de fil à passer. »

« Génial ! Merci Joe » et pour la première fois depuis que Kelly était entrée dans la salle, il sourit…

 

Pendant ce temps, Carter s’approcha de Kelly. Il sentit alors son doux parfum, ce qui le ramena à leur première nuit bien qu’il fût différent mais il se reprit très vite et la regarda droit dans les yeux, excité de la voir si anxieuse…

Kelly, de son côté, se força à respirer lentement, se redressa sur sa chaise et le regarda, elle aussi, une lueur assassine dans les yeux.

Le regard farouche de Kelly n’échappa pas à Laura mais son cœur se serra en remarquant l’intérêt soudain des jurés : l’affrontement allait commencer et elle tremblait intérieurement quant à l’issue de celui-ci…

Carter prit un air compatissant pour déclarer :

« Ce procès est très éprouvant pour vous. J’espère que vous tenez le coup. »

« Poser vos questions, s’il vous plaît » intervint aussitôt le juge qui fut plus prompt que Laura qui se rassit avant d’avoir ouvert la bouche.

« Pas le temps pour les amabilités à ce que je vois » marmonna Carter.

 

Derek souffla à l’oreille de Reid :

« S’il joue aussi bien la comédie pendant tout le contre-interrogatoire, on a du souci à se faire… »

Reid hocha de la tête mais répondit néanmoins : « Note que sa prestation peut aussi bien se retourner contre lui… »

« Pourvu qu’elle tienne le coup… » répondit Derek.

 

« Cory… »

« Monsieur Carter, le témoin a changé de façon tout à fait légale son identité et je vous saurais gré de l’appeler par son nom actuel. »

« Oui, votre Honneur, je suis désolé » répondit Carter d’une voix faussement contrite.

Kelly remarqua alors que ses mains tremblaient et elle les serra l’une contre l’autre.

« Mademoiselle Grainger, quel est le verdict que vous attendez de ce procès ? »

Kelly, tout comme Laura, fut surprise de cette question et devant son silence, Carter répéta la question :

« Ce n’est pas difficile comme question pourtant… »

« J’attends que vous soyez déclaré coupable et jugé responsable de vos actes » répondit alors Kelly.

« Responsable de mes actes… » fit mine de réfléchir Carter. « Parce que ça t’arrangerait de m’envoyer dans une prison de haute sécurité, n’est-ce pas ? »

« Objection, votre Honneur, l’accusé n’a pas à tutoyer le témoin ! »

« Objection accordée. »

« Désolé, je ne voulais pas manquer de respect à Mademoiselle Grainger mais c’est qu’après avoir été aussi… intimes, vous comprendrez que… »

« Votre Honneur ! » s’insurgea à nouveau Laura.

« Monsieur Carter, faites bien attention à vos propos. Je ne vous permettrai pas de tourmenter plus que nécessaire le témoin. Reprenez votre question. »

« Je disais donc que ça vous arrangerait de m’envoyer dans une prison de haute sécurité, n’est-ce pas ? »

« C’est là qu’est votre place ! » rétorqua Kelly.

« Ah oui ? Sur quoi vous basez-vous pour affirmer une telle chose ? Sur mon absence de remords, c’est ça ? »

« Objection, votre Honneur. Ce n’est pas au témoin à répondre à cette question ! Elle n’est tout simplement pas habilitée à juger de la personnalité de l’accusé. »

« Mais elle peut quand même essayer de justifier ses propos » répliqua Carter.

« Objection rejetée. »

Kelly regarda Laura qui se rassit, le visage impassible 

« Vous avez donc déclaré que cette nuit du six juillet, j’étais resté parfaitement maître de moi mais vous avez aussi déclaré que vous aviez perdu connaissance à plusieurs reprises, c’est exact ? »

« Oui. »

« Vous avez dit aussi que vous ne m’aviez pas vu partir ? »

« Oui. »

« Comment pouvez-vous dès lors affirmer que je n’ai, à aucun moment, éprouvé des remords ? »

« Vous n’en avez jamais montrés devant moi ! » répondit-elle d’une voix un peu plus aiguë.

« Ce qui ne signifie pas que je n’en ai pas éprouvés, si ? »

« …… Non. »

« Je portais également un masque qui couvrait tout mon visage, non ? »

« Oui. »

« Et que pouviez-vous voir au juste à travers ce masque ? »

« Vos yeux. »

« Juste mes yeux ? »

« Oui » répondit-elle en soupirant.

« Alors, comment pouvez-vous affirmer une nouvelle fois, en voyant uniquement mes yeux, que je n’éprouvais pas de remords ? »

Laura l’avait préparée à cette question et elle savait ce qu’elle devait répondre :

« Parce qu’il n’est pas nécessaire de voir le visage de quelqu’un pour en déduire ce qu’il  ressent, la voix suffit amplement et la vôtre est restée égale à elle-même du début à la fin ! »

« Ca, c’est vous qui l’affirmez, à moins que même inconsciente, vous m’entendiez parler ? »

Kelly le regarda mais comme elle se taisait, il lui demanda :

« Est-ce le cas ? »

« ….. Non » répondit-elle à contrecoeur.

« Vous reconnaissez donc que vous n’avez aucune idée de mes réactions face à vos pertes de connaissance ? »

«… En effet. »

« Aucune idée non plus de ma réaction quand vous avez perdu connaissance avant que je ne parte ? »

« Non. »

Laura constata que certains jurés fronçaient les sourcils, d’autres relevaient la tête mais tous écoutaient cet échange avec beaucoup d’intérêt…

 


mesange  (29.11.2014 à 09:36)

34

 

« Et dans le bunker, vous avez parlé de dissociation… Vous pouviez me voir, vous pouviez m’entendre mais vous ne ressentiez plus rien, c’est bien ça ? »

« … Oui. »

« Vous pouvez alors nous dire quelle a été ma réaction en constatant que vous étiez, on va dire « absente » ? »

« Vous m’avez poignardée. »

« Avant ça. »

« … »

« Souvenez-vous de ce que je vous ai dit juste avant… »

 

« Serre les dents et réponds, Kelly » s’adressa à elle-même Laura. « Ne donne pas aux jurés matière à douter de toi… »

 

« Que vous ne pouviez pas me laisser appartenir à un autre. »

« Et qu’avez-vous pensé à ce moment ? »

« …… Que... Que j’allais mourir. »

« Que j’allais vous porter le coup fatal, c’est bien ça ? »

« Oui. »

« Mais je ne l’ai pas fait… J’ai pas pu… J’ai pas pu » lâcha-t-il et il se passa une main sur ses yeux humides, avant de se reprendre peu après :

« Je ne pouvais pas non plus… vous imaginer … avec lui… J’aurais pu vous tuer et me donner la mort après mais… je n’ai pas pu vous faire ça… Non… J’ai pas pu. » 

Et ajouta après un bref moment :

« Excusez-moi, votre Honneur… » et il s’efforça de respirer profondément pour reprendre contenance.

 

Reid se pencha vers Derek et souffla :

« Je n’en attendais pas moins de sa part… »

« Je pensais qu’il la malmènerait bien plus » répondit Derek.

« Je me demande ce qui va l’emporter : le plaisir de la voir souffrir ou encore l’espoir de tromper le jury… »

 

Laura se posait aussi cette question tandis que Kelly se demandait si un jour, elle pourrait vivre sans la menace de le voir réapparaître dans sa vie…

 

Les jurés, quant à eux, s'interrogeaient également : un psychopathe n’est-il pas une personne incapable d’éprouver la moindre compassion pour ses victimes ? Mais c’est vrai qu’il l’avait laissée en vie…

 

Après s’être mouché, Carter revint vers Kelly. Il semblait réfléchir : 

« Vous savez ce qui fait le plus mal, c’est de savoir que ce nous avons partagé cette nuit-là ne compte plus pour vous…  »

« Ca n’a jamais compté ! » s’écria aussitôt Kelly.

« C’est faux et vous le savez bien ! On sait tous les deux que nous avons partagé quelque chose de très fort cette nuit-là. »

« On n’a rien partagé du tout parce que je n’étais pas consentante ! J’ai jamais eu mon mot à dire, je ne pouvais que subir » riposta la jeune femme d’une voix plus aiguë.

« Ca, c’est ta version. »

« C’est la vérité ! » s’emporta Kelly.

« Objection, votre Honneur ! L’accusé recommence à tutoyer le témoin ! »

« Objection accordée. »

« Vous m’avez pourtant dit oui quand je vous ai demandé si vous en vouliez encore. »

 « NON ! Tout ce que je voulais, c’est que ça s’arrête… »

 

Le cœur de Laura se serra face à la détresse évidente de sa protégée mais intervenir lui serait plus préjudiciable qu’autre chose. Le mieux était de la laisser se défendre…

 

« Vous m’avez fait oui de la tête. Vous m’avez bien fait oui de la tête, non ? Dois-je vous rappeler que vous êtes sous serment ? »

Kelly ferma les yeux à cette évocation, retenant difficilement les larmes qui menaçaient de couler.

« Oui ou non ? » demanda Carter d’une voix plus ferme, constatant qu’il avait éveillé l’intérêt des jurés qui attendaient, curieux, la réponse du témoin.

Laura n’aimait pas la tournure que prenait ce contre-interrogatoire et elle n’était pas la seule, Reid avait également remarqué que certains jurés attendaient avec beaucoup d'intérêt la réponse qui, pourtant, n’avait rien de bien extraordinaire dans ces circonstances mais il devait reconnaître que Carter était un sacré bon comédien et qu’il savait comment s’y prendre pour tromper les gens. Après tout, c’était aussi ce qui caractérisait le psychopathe et c’est ce qu’ils découvriraient lors de son témoignage…

Carter répéta plus durement sa question :

« Oui ou non ? »

« Que je dise oui ou non n’avait aucune importance ! »  répondit finalement Kelly d'une voix tremblante et les larmes aux yeux. « C’était un jeu pour vous ! Moi, je m’efforçais juste de rester en vie !!! »

« Vous  m’avez provoqué ! »

Mais cette fois, Laura vint à sa rescousse :

« Objection, Votre Honneur ! L’accusé harcèle le témoin et nous savons tous qu’on peut dire  ou faire n’importe quoi quand on est terrifié, ce qui n’est pas forcément le reflet de notre volonté ! » 

« Objection retenue. »

Carter déclara alors, faussement compatissant :

« Mais je comprends que vous ne puissiez pas tout avouer. »

 

Laura constata qu’il avait su insinuer le doute dans l’esprit des jurés, certains jurés en tout cas…

 

 « Je... Je suis désolé pour tout le mal que je vous ai fait. Je voulais juste qu’on soit heureux tous les deux parce que je pensais que c’était ce que vous vouliez vous aussi… » Et il ne put poursuivre, trop ému pour parler.

 

Kelly regarda Laura qui leva les yeux au ciel. Carter se redressa et contre toute attente, il déclara :

« Je n’ai pas d’autres questions. »

Et il se rassit en se prenant la tête entre les mains…

« Maître Prescott, souhaitez-vous réinterroger votre témoin ? » demanda alors le juge Kanala.

« Non, votre Honneur. »

Et tandis que Carter se tenait toujours la tête entre les mains, Kelly ne pouvait empêcher ses mains de trembler. Elle n’avait qu’une hâte : sortir de cette salle !

« Je pense que cette journée a été assez éprouvante comme ça pour tout le monde. Je lève donc la séance. Rendez-vous demain à dix heures » dit le juge en tapant son marteau sur le pupitre et il sortit de la salle d’audience ainsi que le jury tandis que des gardiens vinrent à nouveau menotter Carter pour le ramener en prison. Celui-ci se leva et regarda Kelly qui n’avait pas quitté la barre et il sourit en la voyant tête baissée…

Laura s’était approchée de Kelly :

« Ca va ? » demanda-t-elle d’une voix anxieuse alors que Derek et Reid s’approchaient également mais devant le mutisme de la jeune femme, elle déclara :

« Je suis très fière de toi. »

Kelly la regarda étonnée et dit alors :

« J’ai tout fait foirer. »

« Mais non ! Pourquoi dis-tu une chose pareille ? » lui répondit Laura.

 Reid, qui avait entendu Kelly, intervint alors :

« Les psychopathes sont d’excellents comédiens et Carter l’a encore démontré mais rassurez-vous, c’est justement cette attitude qui le condamnera. »

« Et son petit numéro n’effacera pas ses crimes » dit à son tour Derek.

« Absolument et j’enfoncerai le clou demain avec le témoignage de Spencer et mon plaidoyer final. Tu ne dois avoir aucun regret » essaya de la rassurer Laura qui fut soulagée de voir entrer Steve qui se dirigea aussitôt vers eux. Kelly le vit et se leva pour aller se blottir contre lui mais ses oreilles se mirent à bourdonner, sa vue se brouilla, ses jambes flageolèrent et alors qu’elle s’évanouissait, elle crut sentir les bras puissants de Steve la rattraper puis ce fut le trou noir…


mesange  (01.12.2014 à 15:53)

35

 

Quand elle rouvrit les yeux, elle vit Steve penché sur elle, inquiet ainsi que Laura qui lui épongeait le visage avec une serviette mouillée. Elle essaya de se relever.

« Doucement » lui dit alors Steve.

« Ca va mieux ? » demanda Laura.

« Je me suis évanouie, c’est ça ? » demanda alors Kelly.

« Oui » répondit Steve en l’aidant à se redresser. « Ca va mieux ? »

« Je… Je me sens si fatiguée. »

« On va rentrer. »

« Le plus dur est derrière toi maintenant » lui dit Laura. « Une bonne douche et une soirée au calme te feront le plus grand bien. »

« Repose-toi surtout » lui conseilla Malia.

« Steve, je compte sur vous pour l’obliger à manger un peu » dit Caroline en venant embrasser son amie. « On se voit demain et si jamais j’apprends que tu n’as rien avalé, tu… »

« Oui, maman » répondit Kelly et tous sourirent, rassurés de la voir reprendre quelques couleurs.

« On y va ? » demanda Steve.

Kelly fit oui de la tête et il passa son bras autour de sa taille pour la soutenir et tous quittèrent enfin le tribunal.

 

Durant le trajet de retour, Kelly ne dit pas un mot et une fois arrivés, déclara :

« Je ne tiens plus debout. Je vais prendre une douche et je crois bien que je vais me coucher. Tu m’en veux pas ? »

« Bien sûr que non ! Tu es épuisée. »

« Je m’occupe du souper » dit alors Mary « et on te montera un plateau repas. »

Kelly monta les escaliers sous les regards anxieux de Steve et de sa sœur.

« Ca a été une dure journée pour elle » dit tristement Mary puis en regardant son frère :

« Mais demain, c’est une nouvelle Kelly qui franchira cette porte. »

« Je l’espère. Elle en a tellement bavé que vivre encore avec la menace qu’un jour il puisse sortir… »

« Hey ! Je te parle pas du procès là mais de tu sais quoi ! » Les sourcils froncés de son frère l’amenèrent à lui demander : « T’as pas changé d’avis quand même ? »

Il la regarda alors, un léger sourire aux lèvres mais garda le silence.

« Steve ? » et il sourit de plus belle en se dirigeant vers la cuisine, sa sœur sur les talons.

« Si tu réponds pas, je te jure que… »

« Que quoi ? » en prenant un air de défi et il n’en fallut pas plus à Mary pour se précipiter sur lui et le chatouiller mais c’est elle qui cria vite pitié et quand il la relâcha, ils se regardèrent, émus tous les deux d’avoir retrouvé la complicité qui était la leur il y avait bien longtemps. Steve brisa le premier le silence :

« Je suis bien content que tu sois venue finalement. »

« Enfin ! Je croyais ne jamais t’entendre me le dire ! » ajouta-t-elle la mine faussement boudeuse.

« Viens là » et il la serra contre lui avant de lui dire en lui faisant un clin d’œil :

« Kelly doit mourir de soif, je lui apporte une bouteille d’eau. »

« C’est ça, défile-toi ! »

« Essaie de préparer un repas qu’on puisse manger pour une fois… »

« Va la retrouver ! »

« A vos ordres ! » dit-il en joignant le geste à la parole et ajouta, moqueur : « Te coupe pas un doigt » mais avant que sa sœur ne réagisse, il filait déjà rejoindre Kelly qu’il trouva allongée lui tournant le dos, tenant serré contre elle un deuxième coussin et elle pleurait. Il s’approcha doucement et quand elle l’entendit, elle s’essuya les yeux mais il lui dit en s’allongeant à ses côtés :

« Viens là » et quand elle alla se blottir contre lui, il lui passa un bras autour des épaules et posa ses lèvres sur sa tête :

« Si tu veux pleurer, pleure. Ca doit sortir d’une façon ou d’une autre » et il resta là, silencieux,  à la tenir serrée dans ses bras jusqu’à ce qu’elle se calme un peu. Il lui releva alors le menton et lui demanda :

« Tu veux en parler ? »

« Pas vraiment… »

« Ca te ferait peut-être du bien ? Je sais que… »

« Non, tu ne sais pas ! » s’emporta-t-elle brusquement. « Justement, tu sais pas ! »

Steve, surpris par sa réaction, voulut la réconforter mais elle s’écarta de lui et lâcha :

« S’il est jugé irresponsable, ce sera entièrement ma faute ! »

Il fronça les sourcils mais préféra ne rien dire, attendant la suite…

« Je t’ai pas tout dit… Pas qu’à toi d’ailleurs… à Laura aussi et… au policier qui a pris ma déposition à l’époque et il… » Elle respira un bon coup avant de poursuivre :

« Il a dû la lire et lui, il… il savait, il savait tout… » Ses yeux se gonflèrent à nouveau de larmes qu’elle essuya d’un rapide revers de la main. Sa respiration s’était accentuée et elle cherchait visiblement ses mots.

« Il ? Tu parles de Carter ? Il t’a interrogée sur ce que tu n’avais pas dit, c’est ça qui… ? »

« Oui, enfin non… Oui, il m’a obligée à revenir sur… mais… »

« Kelly, j’ai du mal à te suivre… »

 « Il a dit quelque chose comme quoi on avait partagé des moments très forts et je sais qu’il faisait aussi allusion à ces… choses ! »

Il fronça les sourcils tandis que Kelly se justifiait :

« ....... Si j’ai rien dit à l’époque, c’est parce que je voulais juste me protéger, tu comprends, c’était déjà tellement humiliant comme ça et j’ai rien dit à Laura non plus mais quand j’ai su que Carter allait m’interroger, je me suis sentie obligée de lui avouer… certaines choses… »

« Et elle l’a mal pris ? C’est ça que tu veux me dire ? »

« Non ! Laura a été super, elle m’a dit que c’était souvent le cas dans ce genre de déposition… »

Steve était perdu, ne comprenant pas où elle voulait en venir…

« Je pensais pas que ce serait si important. J’ai juste gardé pour moi certains détails… Mais c’était une erreur de ma part… En tant qu’avocate, j’aurais dû le savoir ! J’aurais dû savoir qu’il s’en servirait pour… »

« Ecoute, tu es bouleversée, tu t’en fais sûrement pour rien. D’ailleurs, Laura ne semblait pas contrariée en quittant le tribunal… »

« Je t’assure qu’il a su insinuer un doute dans l’esprit de certains jurés, j’ai bien vu leur réaction ! »

Steve fit la moue, ne sachant pas trop quoi dire pour la réconforter sans l’énerver plus qu’elle ne l’était déjà…

« Kelly, j’essaie de te comprendre mais je vois pas où tu veux en venir… OK, tu as enduré bien plus que ce que tu as dit mais ça m’explique pas pourquoi tu penses qu’il sera jugé irresponsable  ni quel doute il a pu semer…»

La jeune femme poussa un soupir et lui avoua :

« Il n’arrêtait pas. » Les larmes coulaient à nouveau sur ses joues. « C’était une chose et puis une autre et tout ce temps, il me demandait si j’en voulais encore et je faisais non de la tête et puis, j’ai…j’ai…j’ai craqué et… j’ai dit oui » lâcha-t-elle d’une voix à peine audible. « Mais c’est pas ce que je voulais ! Je savais plus quoi… »

« Hey ! Il te torturait, OK ? Tu t’efforçais juste de rester en vie. Tu n’as pas à rougir de ça… N’importe qui aurait dit la même chose dans ces circonstances et peut-être même bien plus tôt ! »

« Oui, sans doute mais le fait que je l’aie dit n’a sûrement fait que prolonger mon… » et elle ferma les yeux avant de poursuivre :

« Toute sa défense repose sur l’irresponsabilité de ses actes… Il a su démontrer qu’il avait éprouvé des remords. Non… Il a pas su démontrer qu’il n’en avait pas éprouvés ! »

Steve fronça les sourcils :

« Tu es épuisée et tu as du mal à… »

Elle soupira :

« Je veux dire qu’il a su démontrer qu’en fait, j’étais incapable de dire si oui ou non il avait éprouvé des remords puisqu’à certains moments, j’étais inconsciente ! »

Il soupira à son tour mais la laissa poursuivre :

« Il va dire qu’il n’a fait que me… »

« Que s’il a été aussi loin avec toi, c’est parce que tu le voulais, c’est ça ? » la coupa-t-il d’une voix douce. « Et tu crois vraiment qu’une personne sensée va croire cette version ? »

Kelly n’osa plus le regarder mais fit oui de la tête. Il lui releva doucement le menton :

« Kelly, tu culpabilises encore pour quelque chose dont tu n’es pas responsable. Tu n’as jamais eu ton mot à dire cette nuit-là et quoi que tu aies pu dire, c’était sous la menace et la contrainte, ça ne compte pas ! Allez, viens là » et il la serra à nouveau dans ses bras en posant ses lèvres sur ses cheveux. Elle lui dit :

« J’aurais tellement voulu lui montrer qu’il n’avait plus d’emprise sur moi mais… c’est encore lui qui a gagné. »

« Tu as la mémoire courte il me semble ! T’aurais déjà oublié ce que tu m’as dit ce midi ? » Et il le lui rappela: « J’ai compris que, quoi qu’il puisse encore faire tout à l’heure, j’ai gagné. » Elle releva alors la tête et il ajouta, un sourire aux lèvres : « Et tu as même dit que tu m’aimais plus que tout ! » Ce qui la fit sourire pour la première fois depuis son retour du tribunal.

« Je sais que tu as peur du verdict mais fais confiance à Laura. »

Et elle se blottit à nouveau tout contre lui et il sentit ses bras le serrer bien fort…

 


mesange  (03.12.2014 à 20:34)

36

 

Chin et Malia, quant à eux, étaient passés à table mais Chin touchait à peine à son assiette.

« Chin ? »

Son mari ne réagit pas, perdu dans ses pensées…

« Chin ? »

Il releva la tête et Malia lui dit :

« Tu n’as pas faim ? »

« Pas vraiment » avoua-t-il.

« Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Je t’avoue que je ne suis pas mécontent que ce procès touche à sa fin. Je revois encore Grace et… »

« C’est vrai que l’entendre appeler Steve à la rescousse comme ça, c’était vraiment poignant. Heureusement qu’il a pu retrouver l’antidote avant ! »

« Oui… J’ose pas imaginer sa douleur si… »

« Mais c’est pas arrivé et Danny va bien !....... Chin, qu’est-ce qu’il y a ? »

« Je… Je voudrais pas infliger un jour cette douleur à notre enfant si…»

« Ecoute, nous sommes tous encore sous le choc des derniers événements mais tu pourrais très bien vivre jusqu’à cent ans et moi, mourir demain ! »

« Malia, je sais combien tu aimerais avoir un bébé et crois-moi, moi aussi ! »

« Mais ? Ne me dis pas que tu reviens sur ta décision quand même ? Chin ! »

« C’est juste que ça a réveillé mes pires craintes mais tu as raison, je suis sous le choc, ça va passer… »

« Je l’espère bien ! Mon horloge biologique tourne, tu sais et je n’ai plus la vie devant moi pour être mère… » et elle quitta la table sous le regard perdu de son mari…

 

 

Kono, quant à elle, était à peine rentrée d’une heure que Charlie sonnait à sa porte.

« Que dirais-tu d’aller surfer un peu et de manger un bout au bord de la plage ? » lui proposa-t-il.

« J’avoue que c’est très tentant mais… »

« Je sais que tu es passée par des moments très difficiles… »

« Oui et je suis pas vraiment d’humeur à aller m’amuser. Je me fais du souci pour Kelly même si je sais que Steve est là. »

« Je comprends mais que peux-tu faire de plus ? Te changer un peu les idées ne te fera pas de mal. »

Kono soupira :

« Tu as sans doute raison, ça ne peut que me faire du bien. On y va ? » dit-elle alors, retrouvant le sourire.

 

 

Danny, lui, s’était mis réchauffer une pizza mais après une part, il n’avait déjà plus faim. Cette histoire de fiole le taraudait mais il y avait autre chose : quand ils étaient arrivés à l’hôtel, soit Ricky rentrait dans sa chambre, soit il en sortait mais pourquoi n’avaient-ils rien retrouvé alors à part l’enveloppe avec les photos de Kelly ? Et quel lien avait-il avec le cartel colombien ? Et comment avait-il appris la présence de Lisa Kendall à Hawaii ? Son instinct de flic lui soufflait qu’il y avait bien plus derrière tout ça que ce qu’il ne semblait paraître et il savait qu’il ne retrouverait le repos que quand il aurait démêlé tout ça… Il en était là dans ses pensées quand le téléphone sonna :

« Oui, Rachel ? »

« Danny, Grace était épuisée et elle est allée dormir tôt mais elle vient de se réveiller en sursaut et elle te réclame. Elle pleure et j’arrive pas à la consoler. »

« Tu peux me la passer ? Merci. » Il entendit sa fille renifler et le cœur serré, il lui dit :

« Mon petit chat, arrête de pleurer, je viens. Je serai là dans dix minutes, OK ? »

« Je te veux près de moi, Danno. »

« J’arrive ! »

Et il prit les clés de la camaro pour rejoindre sa fille et alors qu’il était au volant, il se demanda à nouveau comment Ricky avait pu lui faire ça ? Comment avait-il pu aller aussi loin en sachant qu’il avait une fille ? Il était prêt à trouver le pourquoi mais sa rancœur reprit le dessus : si un adulte pouvait comprendre, ce n’était pas le cas d’un enfant et là, il s’agissait de l’être qui lui était le plus cher au monde ! Et il lâcha : « Va en enfer, Moreno ! »

 

 

Joe avait tenu à raccompagner Laura. Son amie ne le montrait pas mais il savait que ce procès l’avait fortement ébranlée, elle aussi et il n’avait pu se résoudre à la laisser rentrer seule chez elle bien qu’elle avait prétexté devoir revoir son réquisitoire. Il s’était alors arrêté chez un traiteur et finalement, elle lui fut reconnaissante d’être là. Ils mangèrent pourtant en silence, silence qu’elle finit par briser en lui avouant :

« Je n’ai pas épargné Steve à la barre mais par contre, j’ai pas pu me résoudre à aller aussi loin avec Kelly. »

Joe la regarda, hocha la tête mais ne dit rien, attendant qu’elle poursuive.

« C’est la première fois que ça m’arrive et… D’un côté, je m’en veux énormément mais d’un autre côté, je…  Tu vas trouver ça idiot mais je me suis énormément attachée à elle. Pourtant, c’est pas la première fois que je défends ce genre de victimes… J’ai peur de ne pas avoir été assez professionnelle sur ce coup et qu’elle en paie finalement les pots cassés… »

« Son témoignage ne s’est pas passé comme tu le souhaitais ? »

« Si, je n’ai rien à lui reprocher mais la voir si fragile, j’ai pas pu aller jusqu’au bout, Joe… J’ai pas pu… »

« Je n’ai pas connu Helen mais Kelly lui ressemble-t-elle ? » lui demanda-t-il alors.

« Non. Enfin, sur certains points, oui mais Kelly est une battante alors que ma sœur baissait vite les bras si ça n’allait pas dans son sens mais toutes les deux avaient cette…cette douceur en commun, cette bonté d’âme… Je crois qu’en effet, quelque part, elle me rappelle énormément Helen… J’espère que le procès terminé, je pourrai apprendre à encore mieux la connaître… Tu sais que je lui ai proposé de reprendre le droit et de la former ? »

« C’est vrai ? C’est une proposition qui a dû plaire à Steve… » sourit Joe.

« Je pense aussi ! Mais s’il croit pouvoir en tirer un quelconque traitement de faveur… »

« Oh mais c’est bien ce qu’il croit ! »

« Eh bien, il se trompe lourdement ! » répondit Laura avec conviction mais ajouta néanmoins : « En tout cas, tant que je resterai procureur général… »

« Je n’en doute pas un seul instant ! Mais méfie-toi, tu risques de te mettre Kelly à dos, ils semblent faire la paire, ces deux-là. »

« A qui le dis-tu ? J’ai dû les remettre à leur place et d’ailleurs, après le procès, ils sont tous les deux consignés pour remettre des locaux en peinture. »

« Tu diriges toujours cette ASBL pour femmes violées ? »

« Oui, je n’ai jamais cessé mon combat. »

« Tu espères que Kelly prenne la relève ? »

« Oh non, elle ignore tout de cette association et c’est très bien comme ça. Elle doit d’abord se reconstruire et retrouver le sourire mais avant, je vais m’assurer que Carter ira finir ses jours dans une prison de haute sécurité sur le continent. »

« J’ai compris le message. Je vais te laisser. »

« Oui, je veux ne rien laisser au hasard. »

Il l’embrassa sur la joue et au moment où il sortait, elle lui dit :

« Merci pour cette soirée. Ta présence m’a fait beaucoup de bien, tu sais. »

Il lui sourit en hochant la tête :

« C’est toujours un plaisir de passer un moment avec toi. A demain, Laura… »

 

 


mesange  (05.12.2014 à 09:39)

37

 

Mary vint frapper à la porte de la chambre de son frère, un plateau repas en mains. Steve ne fit pas de commentaire en voyant juste deux pilons de poulet froid qui restaient du barbecue de la veille avec une salade de tomates et une tranche de pain.

« Ca va mieux ? » demanda-t-elle en voyant la petite mine de Kelly qui fit oui de la tête avant de la remercier pour cette attention.

« Je peux descendre, vous savez. »

« Non, tu dois te reposer, t'es épuisée » dit Mary.

« Essaie de manger un peu, histoire que je ne me mette pas à dos ta copine Caroline » dit Steve en souriant et Kelly s’exécuta malgré son manque d’appétit.

« Je vais prendre une douche, comme ça après, tu pourras dormir » dit alors Steve, laissant les deux jeunes femmes seules.

« J’espère que t'aimes les plats froids. J’ai fait au plus facile. »

« Oui, t’as bien fait. »

Mary, en constatant que son amie se forçait à manger, lui dit :

« Le plus dur est derrière toi maintenant et à partir de demain, tu vas enfin pouvoir oublier tout ça et aller de l’avant. »

« Oui, je vais enfin pouvoir souffler. »

« T’en as bien besoin. » Puis après un instant d’hésitation et après avoir regardé la porte de la salle de bain, elle dit : «  Je devrais pas te le dire mais mon frère a prévu quelque chose demain et tu vas adorer mais faut que tu sois en forme pour ça !  Je vais te laisser te reposer maintenant. Mais chutt, tu sais rien ! »

Kelly sourit : « Je dirai rien. »

Et la porte de la salle de bain s’ouvrit à ce moment et il vit qu’elle avait tout de même mangé un pilon et les tomates. 

« C’est tout ce que je peux avaler » lui dit-elle en voyant qu’il regardait son assiette.

« C’est déjà pas mal » sourit-il.

« A votre tour d’aller manger » dit Kelly.

« J’ai préparé la même chose » dit Mary à son frère.

« Ca va aller ? » demanda tout de même Steve.

« Oui, je vais essayer de dormir, j’en peux plus. »

« OK. » Et il posa un léger baiser sur ses lèvres avant de la laisser seule. Elle soupira avant de se tourner et de fermer les yeux…

 

 

Chin débarrassait tristement la table. Il venait de blesser Malia et ce n’était pas du tout son intention. Il tenait à être honnête envers lui-même et envers la femme qu’il aimait plus que tout et voir Grace si bouleversée l’avait tellement remué mais Malia avait raison et il monta la retrouver. Il s’allongea près d’elle et lui demanda doucement :

« Tu dors ? »

« Non » répondit-elle d’une voix froide qui le fit sourire malgré tout et il l’obligea à se retourner vers lui et les yeux remplis d’amour, admit :

« Tu sais, la dernière chose que je voudrais, c’est me pencher plus tard sur ma vie et regretter de ne pas être devenu père. »

Malia le regarda, un peu méfiante :

« Tu dis ça pour me faire plaisir ? »

« Non, pas du tout, je le pense vraiment ! C’est juste que repenser à Grace aussi bouleversée m’a fait un choc, c’est une image que je suis pas prêt d’oublier. »

« Nous avons tous été bouleversés et il faudra du temps pour panser les blessures de chacun mais c’est justement l’amour qui nous unit les uns les autres qui nous aidera à surmonter ces moments terribles. »

« Tu as raison… Comme toujours » sourit-il. « Et si on mettait notre projet en route ? »

« A quoi tu penses ? » lui demanda-t-elle coquine.

« A ça » et il s’empara de ses lèvres avant de faire glisser les bretelles de sa nuisette…

 

 

Danny arriva chez son ex-femme et c’est Stan qui vint lui ouvrir :

« Rachel est avec Grace dans sa chambre. »

« Merci » répondit Danny qui monta quatre à quatre les marches pour rejoindre sa fille qui s’accrocha aussitôt à son cou quand il s’assit à côté d’elle. « Qu’est-ce qui se passe, mon petit chat ? »

« Je veux que tu restes près de moi, Danno. »

« Je bouge pas d’ici, promis » répondit son père en regardant Rachel qui les laissa alors seuls quand elle vit sa fille s’apaiser.

« Et si tu me faisais une petite place dans ton lit ? »

Grace s’exécuta et laissa son père s’allonger avant de revenir se blottir contre lui. »

« Et si tu me racontais ton cauchemar ? »

« Non, c’était trop affreux ! »

« Comment veux-tu que je t’aide si je sais pas ? »

Grace sembla réfléchir et finit par lui raconter son cauchemar. Le cœur de Danny se serra en constatant combien sa fille était affectée par la peur de le perdre…

« Tu sais ce que disait ta grand-mère quand je faisais un cauchemar comme ça ? »

« Elle disait quoi ? »

« Que rêver d’une personne qui meurt, c’est lui rallonger son espérance de vie dans la réalité. »

« Et c’est vrai ? »

« Tu mettrais la parole de ta grand-mère en doute ? »

Grace fit, énergiquement, non de la tête.

« Moi non plus ! » lui sourit-il. « Allez, il est temps de te rendormir maintenant. Demain, tu as école. »

« Tu restes près de moi ? »

« Oui, je bouge pas d’ici. »

Et il passa effectivement toute la nuit aux côtés de sa fille qui dormit alors paisiblement sans se réveiller…

 

Kono passa finalement une très agréable fin de journée. Après avoir surfé pendant une bonne heure, elle s’écroula sur la plage aux côtés de son compagnon :

« J’en peux plus ! »

« Alors, pas de regret ? »

« Non, aucun, c’était une excellente idée au contraire ! »

« Rien de tel que le surf pour te faire retrouver ton joli sourire » et il se pencha sur elle pour un tendre baiser avant de déclarer :

« Je vais chercher le nécessaire dans la voiture pour pique-niquer. »

« Tu veux un coup de main ? »

« Non, je pense m’en sortir tout seul » sourit-il et quand il revint, elle le regarda déballer tout ce qu’il avait pris et commenta :

« T’as même pensé au vin ! »

« Qu’est-ce que tu crois ! Je fais rarement les choses à moitié. »

« Je vois ça » rit-elle.

Et après avoir mangé, ils assistèrent, silencieux, au coucher du soleil, Kono dans les bras de Charlie. Elle soupira de bien-être :

« J’aimerais que cet instant ne s’arrête jamais. »

Il l’embrassa dans le cou et ils roulèrent ensuite sur le sable en échangeant un baiser passionné et il lui souffla d’une voix rauque à l’oreille :

« Et si on rentrait ? »

Elle sourit et pour toute réponse, se releva et dit, coquine :

« On devrait être tranquilles derrière ces rochers, tu crois pas ? » Elle le prit par la main et il la suivit un sourire aux lèvres…


mesange  (07.12.2014 à 09:39)

38

 

Steve monta se coucher lui aussi et trouva Kelly profondément endormie. Elle ne bougea même pas quand il s’allongea à ses côtés mais vers trois heures du matin, elle se redressa subitement avec l’impression d’étouffer. Steve s’éveilla aussitôt et tenta de la calmer et de la rassurer :

« Kelly, tout va bien, respire…C’est un cauchemar…Détends-toi, tout va bien. » Il alluma la lampe de chevet et alla ouvrir la porte du balcon afin de laisser entrer de l’air frais dans la pièce et revint s’asseoir auprès d’elle en lui demandant doucement :

« Ca va mieux ? »

Elle fit oui de la tête mais elle était toute pâle. Il la prit dans ses bras et lui caressa les cheveux. Elle lui raconta :

« J’étais à nouveau dans cette grotte et je n’arrivais plus à respirer et…et il me regardait, un sourire aux lèvres… » et elle craqua à nouveau.

« J’aurais aimé arriver plus tôt et que tu n’aies pas à vivre ça. »

« Si tu n’étais pas arrivé, j’aurais servi de festin aux crabes. »

« Aux crabes ? »

« J’avais vu un film une fois dans lequel une femme se faisait manger par des crabes et j’avais peur de finir comme elle » dit-elle en reniflant, les yeux remplis de larmes.

Steve la serra plus étroitement contre lui, malade à l’idée de ce qu’elle avait dû ressentir, toute seule, abandonnée et terrifiée.

« Jamais je n’aurais dû te laisser partir avec lui. Si tu savais combien je regrette de m’être laissé… »

« Tu pouvais pas savoir, tu as fait ce que tu jugeais être le mieux pour moi. Je n’ai jamais pensé non plus un seul instant que c’était lui le complice de Carter, même quand j’ai voulu… »

« Quand tu as voulu quoi ? » demanda-t-il méfiant.

Kelly se mordit la lèvre, ce qui n’échappa pas au seal.

« Kelly ?... »

« Tu promets de pas te fâcher ? »

« Je crois entendre ma sœur » et après un bref moment de réflexion, il se souvint d’un détail : 

« Un plaisancier a rapporté que vous vous disputiez… »

Kelly soupira…

« Qu’est-ce que tu voulais encore faire ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils.

« Danny était en train de mourir, Chin était à l’hôpital brûlé au visage et on savait pas où était Kono et si elle était encore en vie » commença-t-elle.

« Et ?....... Kelly ? »

« C’était ma faute, c’était à cause de moi qu’ils souffraient ! »

« Ne me dis pas que tu voulais… »

Elle ne répondit pas mais ce n’était pas nécessaire, il avait compris.

« Comment a-t-il fait pour t’en dissuader ? »

« Il a dit que ça servirait à rien, que Carter n’en avait que faire de Danny ou Kono et que son complice me tuerait. »

« Je vois. Tu l’as donc écouté  et tu l’as suivi. »

« Non mais il a menacé de t’appeler et… »

Il soupira :

« Tu étais donc prête à te sacrifier pour les sauver… T’es incroyable, toi… » lui dit-il en la regardant tendrement.

« Je sais que je t’avais promis de… »

« Entre une sœur qui n’en fait qu’à sa tête et une compagne qui n’a rien à lui envier de ce côté-là, je dois être maudit » soupira-t-il en lui remettant sa mèche derrière l’oreille.

« Tu m’en veux pas alors ? » lui demanda-t-elle d’une petite voix.

« Sans le savoir, tu l’as sans doute fait douter et il a dû changer ses plans te concernant. »

« Tu penses qu’il croyait sérieusement que j’allais le suivre ? »

« Je sais pas. Il avait des sentiments pour toi et comme tu étais prête à te sacrifier pour sauver Danny et Kono, qui sait ce qu’il a pensé… »

« Et si je l’avais suivi contre mon gré, tu… ? »

« J’aurais remué ciel et terre pour te retrouver » lui assura-t-il d’une voix ferme en venant chercher ses lèvres pour un tendre baiser.

« Allez, tout ça est bientôt derrière nous, encore une petite journée et nous pourrons enfin vivre heureux, toi et moi. »

Et ils se rallongèrent et finirent par se rendormir, blottis l’un contre l’autre…

 

Le lendemain matin, ils se retrouvèrent tous au tribunal où les attendaient déjà Derek, Reid, Pénélope et Laura qui accueillit aussitôt Kelly :

« Ca va mieux ? Tu as repris des couleurs en tout cas. Allez, courage, c’est le dernier jour. »

« Vous pensez que le verdict sera rendu aujourd’hui ? » demanda Kono.

« Normalement, d’ici deux heures maximum selon moi, le jury partira délibérer et ça peut aller très vite. »

Ils entendirent les portes du tribunal s’ouvrir et chacun gagna sa place, impatient d’en finir une bonne fois pour toutes avec ce procès…

 

Carter entra à son tour, le visage fermé contrairement aux autres jours, et le regard que Kelly lui adressa n’échappa pas à Steve qui aimait la voir relever la tête. Laura remarqua aussi son changement d’attitude, la tête bien droite et elle sourit, soulagée de la voir reprendre du poil de la bête. Elle lui dit en posant sa main sur celle de la jeune femme :

« On voit enfin le bout du tunnel… »

 

Le huissier demanda alors le silence dans la salle et la porte du fond s’ouvrit sur le juge qui alla s’installer à son pupitre. Il entra directement dans le vif du sujet :

« Maître Prescott, c’est à vous. »

« J’appelle à la barre le Docteur Spencer Reid » déclara tout de suite la procureur.

Et Spencer se leva pour venir prêter serment avant de s’asseoir à la barre. Après les présentations d’usage, Laura demanda ce qu’était le département des sciences du comportement et la fonction qu’il y exerçait. Elle revint également sur la raison de sa présence ainsi que celle de l’agent Morgan aux côtés du 5/0 avant de véritablement commencer l’interrogatoire.

« Avant d’en venir aux conclusions de votre expertise, j’aimerais que vous nous expliquiez ce qui différencie la psychose de la psychopathie puisque c’est l’enjeu même de ce procès… »

« La psychose suppose des altérations graves de toutes les activités mentales, des systèmes cognitifs, affectifs et comportementaux de l’individu » commença Reid. « Le temps et l’espace sont appréhendés dans un registre tout à fait différent. La psychose s’accompagne de délires, c'est-à-dire de perceptions qui ne correspondent pas à la réalité, à ne pas confondre avec des erreurs de jugement. Ces personnes psychotiques se conduisent et pensent en fonction de leur conception délirante et ces délires s’accompagnent d’hallucinations. »

« Pourriez-vous nous donner un exemple concret ? »

« Eh bien, une personne psychotique se présentera comme Dieu, une autre comme investie d’une mission sur terre, une autre sera convaincue d’être poursuivie et mise sous écoute. »

« Et de telles personnes sont donc jugées irresponsable de leurs actes ? » demanda Laura qui remarqua avoir suscité l’intérêt des jurés.

« Oui, tout simplement parce que leurs crimes sont commis dans le cadre d’un délire hallucinatoire et dans une déformation importante du champ du réel. Le contact d’un tel individu avec la réalité est ténu, voire inexistant. »

« Le pourcentage de crimes commis par ces personnes psychotiques est-il élevé ? »

« Non, il est même plutôt rare. Toutes les études sérieuses qui ont été menées donnent un taux de trois pourcents. »

« Seulement trois pourcents ! Il faut donc conclure que la majorité des crimes commis le sont par des personnes ne souffrant pas de maladie mentale au sens psychiatrique du terme et donc pleinement responsables de leurs actes ? »

« Oui, c’est effectivement le cas. »

Laura laissa ses dernières paroles imprégner l’esprit des jurés.

 

Danny se pencha vers Steve :

« Eh bien, j’’aurais cru ce pourcentage bien plus élevé, limite même plus élevé que celui des psychopathes. »

« Et je crois que t’es pas le seul. T’as vu la tête des jurés ? »

« C’est bon pour Kelly, ça » rétorqua Danny avant de se taire comme Laura reprenait.


mesange  (09.12.2014 à 09:21)

39

 

« Et qu’est-ce qui différencie un psychopathe d’un individu psychotique ? »

« Les psychopathes ne souffrent d’aucune déficience mentale. Ils ne présentent aucune caractéristique de la psychose : pas d’hallucinations, pas de désorientation, pas de confusion, de dépersonnalisation ou de délire de quelque nature que ce soit. Ils sont parfaitement adaptés à la réalité, ils sont conscients de ce qu’ils font et du caractère éventuellement illégal de leurs actes. »

«  La psychopathie n’est donc pas une maladie mentale ? »

« Ce n’en est pas une, non. »

« On peut donc dire que le comportement d’un psychopathe est le résultat d’un choix, amoral mais adapté à la réalité ? »

« C’est exactement ça. »

« Et comment peut-on affirmer que l’on a affaire à un psychopathe et non à une personne psychotique ? »

« Il n’est pas toujours aisé de reconnaître ces individus car leur capacité à masquer ce qu’ils sont véritablement est très grande. La mauvaise foi, la ruse, la manipulation ne sont pas l’apanage de la psychopathie. Robert Hare, un psychiatre renommé, a mis au point une check liste qui est un outil permettant de détecter la présence de ce syndrome et d’en évaluer sa sévérité. Cette liste, reconnue par tous les experts psychiatres,  nous permet de situer la psychopathie sur une échelle et de prendre les justes mesures. »

« Et quels sont les points sur lesquels vous vous basez pour confirmer ou infirmer un diagnostic de psychopathie ? »

« L’absence de remords et de culpabilité, le manque d’empathie, la manipulation et la fourberie, l’égocentrisme, l’impulsivité, la superficialité et enfin, l’absence de contrôle du comportement. »

« Si je vous comprends bien, on peut dire que la psychopathie se définit par un ensemble de comportements ? »

« Absolument. »

« Si je vous demandais de qualifier un psychopathe par un mot ou deux, lesquels choisiriez-vous comme ça, tout de suite ? »

« Déshumanisé et manipulateur. »

« Déshumanisé ? Qu’entendez-vous par là ? Qu’un psychopathe n’est plus un être humain ? »

« Pour les psychopathes, vivre ensemble ne représente rien. La vie des autres n’est pas une valeur en soi. Ce qui les anime avant tout, c’est eux-mêmes. Toute leur vie est consacrée à leur propre satisfaction et que celle-ci se fasse aux dépens des autres importe peu. Depuis leur plus tendre enfance, ils sont habitués à manipuler leur entourage pour obtenir ce qu’ils souhaitent. Les problèmes commencent de manière précoce avec des mensonges, des incendies volontaires, de la cruauté envers les animaux ou d’autres enfants. Ainsi, au fil des années, s’est développé un esprit froid, calculateur et incapable de la moindre empathie envers n’importe quel être humain ou envers un animal. Ils savent parfaitement ce qu’ils font et leur intention est de détruire l’autre jusqu’à son anéantissement total. »

« Docteur Reid, vous avez observé l’accusé, vous l’avez interrogé. A quelles conclusions êtes-vous arrivé ? »

Tous les jurés mais également le public attendaient avec intérêt son verdict :

« Après avoir étudié son dossier, l’avoir observé, interrogé et vu ce qu’il réservait à la victime, j’affirme que Monsieur Carter est un psychopathe… sadique.  »

Un bruit de fond s’éleva de la salle et le juge demanda le silence.

« Un psychopathe sadique ? C’est dire qu’il existe différents types de psychopathe ? »

« Oui, un psychopathe n’est pas forcément un sadique. »

« Que voulez-vous dire ? »

« Il existe une différence dans ce qui les motive : le psychopathe est dans une logique de proie et de prédateur tandis que le sadique est dans une recherche effrénée de domination et de contrôle absolu. Par rapport à la souffrance infligée aux victimes, l’un y sera parfaitement indifférent tandis que l’autre en tirera une jouissance sexuelle. »

« Si je vous suis bien, un psychopathe sadique sera donc indifférent aux souffrances de sa victime mais aura besoin de la voir souffrir pour parvenir au plaisir qu’il recherche ? »

« En effet. Ce type de psychopathe est mû par le besoin de faire souffrir. Il se sent gratifié par les réactions des victimes aux tortures physiques et émotionnelles. Il cherche à les terroriser et à obtenir d’elles une soumission totale. »

Kelly baissa la tête, Steve serra les mâchoires tandis que Reid poursuivait :

« C’est un agresseur extrêmement ritualisé. Il a une activité fantasmatique intense et prépare minutieusement l’avant, le pendant et l’après agression. Tous les outils nécessaires pour la phase d’attaque et la phase d’agression sont prêts. Le fantasme joue un rôle majeur et il peut s’enregistrer ou se filmer. Il va préparer ou construire une chambre de torture. Il va mettre au point son kit de torture pour attacher ses victimes, prévoir des instruments de torture, des armes. »

« Une chambre de torture ? Comme celle que l’accusé a préparé pour Mademoiselle Grainger ? »

« Oui, cette chambre illustre parfaitement les attentes d’un psychopathe sadique. »

« Une personne psychotique pourrait-elle également préparer une chambre de torture ? »

« Non car une telle personne agit en fonction de pulsions, contrairement au psychopathe qui prend un soin tout particulier à organiser sa scène fantasmatique. » 

« Vous avez parlé d’une check liste pour mettre en évidence le syndrome de psychopathie. Existe-t-il une telle liste pour affirmer le degré de sadisme d’un psychopathe ? »

« On se base en effet sur trois critères bien spécifiques : la douleur et la souffrance doivent être infligées intentionnellement à une victime consciente et donc en mesure de les ressentir. Les actes sadiques doivent durer un certain temps pour démontrer clairement l’intentionnalité et on doit pouvoir démontrer le lien entre la scène fantasmatique et le plaisir qui s’ensuit. »

« Et l’agression dont a été victime Mademoiselle Grainger répond à ces trois critères. On comprend mieux maintenant pourquoi il attendait qu’elle reprenne conscience avant de lui infliger de nouvelles tortures. Ce n’était donc pas de la compassion… »

Les jurés se tournèrent vers Kelly qui avait baissé la tête et fermé les yeux tout en appuyant son front contre ses mains, ce qui n’échappa pas à ses amis et aussi bien Pénélope que Mary et Annabelle Collins ne purent retenir leurs larmes. Steve passa un bras autour des épaules de sa sœur tandis que Danny posait la main sur le bras d’Annabelle et Derek sur celui de Pénélope…

« Un psychopathe sait très bien ce qu’il fait lorsqu’il commet ses crimes. Il simule les émotions mais ne les ressent pas. Il connaît les mots mais non leur contenu. »

 


mesange  (11.12.2014 à 16:03)

40

 

« Comment expliquez-vous que l’agression ait duré bien plus longtemps avec Mademoiselle Grainger qu’avec ses précédentes victimes ? »

« En fait, l’impact de la réaction de la victime sur l’auteur est imprédictible entraînant tout aussi bien une amplification qu’une décrue de l’agression. Les actes sadiques n’ont pas de limites et dépendent directement de la scène fantasmatique de leur auteur. Le sadique recherche les réactions de peur, de soumission, de douleur  et ce n’est pas tant l’acte de torturer que la réponse de la victime à cette torture et à l’humiliation qui est gratifiante. Il faut savoir qu’une victime réagira en fonction de son histoire, de ses valeurs, de son fonctionnement psychique, de ses craintes et croyances. »

« Vous voulez dire que certaines obéiront, d’autres se rebelleront ou resteront sans réaction ? »

« Oui, tout à fait et dans le cas de Mademoiselle Grainger, elle a d’abord résisté avant de capituler en espérant qu’en lui obéissant, il arrêterait. Mais il se peut que si elle lui avait obéi dès le début, elle n’aurait plus eu aucun intérêt à ses yeux et il serait parti ou il l’aurait tuée. En fait, personne ne peut dire ce qui se serait passé dans un cas comme dans l’autre et les réactions quelles qu’elles soient, ne peuvent pas faire l’objet d’un jugement. »

« Les larmes de crocodile de l’accusé ne sont pas passées inaperçues hier. Néanmoins, nous savons tous qu’elles étaient simulées…. »

« Votre Honneur ! » s’écria Carter.

« Maître, vos appréciations personnelles ne sont pas les bienvenues » dit le juge Kanala.

« Je suis désolée, votre Honneur » dit pour la forme Laura qui avait su introduire, l’air de rien, sa question suivante :

« Docteur Reid, en parlant de la check list, vous avez mentionné la fourberie et la manipulation. Pourriez-vous nous en dire davantage à ce sujet ? »

« Mentir et tromper sont les talents naturels des psychopathes. La manipulation est pour eux un jeu et un mode de vie. En outre, les psychopathes possèdent un talent fantastique pour détecter les fragilités de leur interlocuteur. Ils manœuvrent en appuyant sur les bonnes touches afin de déstabiliser ou d’endormir les capacités intellectuelles de l’autre. Leur capacité à simuler est impressionnante. »

« Nous avons entendu hier l’accusé insister sur le fait que la victime ne pouvait affirmer qu’il n’avait éprouvé aucun remord à aucun moment puisqu’elle avait perdu connaissance plus d’une fois. Ces allégations pourraient-elles justement être une manœuvre de manipulation de la part de l’accusé ? »

« Objection, votre Honneur ! Le Docteur Reid ne peut répondre objectivement à cette question ! »

« Mais il peut donner son avis en tant qu’expert » riposta Laura.

« Objection refusée. Docteur Reid, j’aimerais effectivement connaître votre avis à ce sujet. »

« Oui, tout à fait. Comme je le disais, la manipulation est un jeu pour eux et ils s’amusent en voyant non seulement la victime mais également ses interlocuteurs déstabilisés. »

« Vous parlez des jurés ? » demanda innocemment Laura.

« Comme je le disais, leur capacité à masquer ce qu’ils sont véritablement est grande mais est tout aussi grande la naïveté des personnes non criminelles. »

« Que voulez-vous dire ? »

« Leur mode de fonctionnement est tellement éloigné du sens commun que notre entendement préfère ne pas intégrer ce genre d’information et décider de ne pas y croire. On parlera de monstres de sang-froid et quand leurs crimes sont innommables, l’opinion publique jugera qu’il ne pourra s’agir que de l’œuvre d’un malade mental. Pourtant tel n’est pas le cas ! Nous ne partageons pas les mêmes valeurs. »

« Si je vous suis, ils sont capables de jouer la comédie pour obtenir ce qu’ils désirent ? »

« En effet ! Si leur désir est d’éviter la prison, ils savent comment se faire passer pour fous. Si toutefois, une peine de prison est inéluctable, ils sont capables de développer tous les comportements attendus : reconnaître leur faute et prononcer les mots magiques « j’ai des remords ». Hospitalisés, ce sera le même tableau : un mix entre souffrance, culpabilité et compassion  et à partir de là, ils se frayent tout doucement un chemin vers la sortie. Ce qu’il faut retenir, c’est qu’avec les psychopathes, ce sont les actes qui parlent et non les mots. »

« Les actes qui parlent et non les mots… » répéta Laura comme pour elle-même mais surtout pour laisser ces dernières paroles faire leur effet auprès des jurés avant de poursuivre :

« Est-ce qu’une psychothérapie va pouvoir les remettre dans le droit chemin ? En d’autres termes, la place d’un psychopathe est-elle dans une institution psychiatrique ? »

« La place du psychopathe n’est clairement pas en institution psychiatrique puisqu’il ne souffre d’aucune pathologie mentale. Sans oublier le désastre que ce serait pour les patients hospitalisés en milieu psychiatrique, déjà vulnérables et en détresse. »

« Donc aucune psychothérapie ne serait efficace ? »

« Le penser est illusoire : il n’y a pas de changement possible car il n’y a ni souffrance, ni remise en question et les placer dans de telles institutions serait même dangereux. La plupart des programmes psychothérapeutiques ne font rien de plus que de fournir aux psychopathes de nouvelles excuses et leur apporte des informations supplémentaires sur la vulnérabilité chez l’être humain. Ils peuvent ainsi apprendre de nouvelles façons plus efficaces de manipuler les autres. Ils feront semblant de comprendre et d’éprouver soudainement de l’empathie. Pris de remords, ils pourront reconnaître leurs erreurs et c’est là que réside le piège… »

« A-t-on une idée du taux de récidive chez les psychopathes ? »

« Il est deux fois plus élevé que chez tout autre type de criminels. Quant au taux de récidive avec comportement violent, il est trois fois plus élevé chez les psychopathes que chez les autres. »

« Au vu de ce que l’accusé a fait à Mademoiselle Grainger, comment jugeriez-vous le risque de récidive à son encontre ? »

« Extrêmement élevé. L’accusé est obsédé par elle et n’a qu’un désir : l’anéantir totalement, qu’importe le temps que ça lui prendra… »

« Et s’il venait effectivement à être relâché dans la nature, il pourrait s’en prendre à d’autres femmes comme il l’a fait, ici à Hawaii, à Abby Blake et Shelley Harper ? »

« Le risque est très élevé en effet. »

« Merci, Docteur Reid. Je n’ai pas d’autres questions mais je me réserve le droit de vous réinterroger. »

 

« Si avec ça, ils ont toujours pas capté, c’est à plus rien y comprendre » déclara Danny.

« Quand je pense que je le trouvais charmant » soupira Madame Collins.

« Je regrette qu’une chose : que la peine de mort ne soit plus d’application ici à Hawaii ! » dit Kono.

 

« Monsieur Carter, le témoin est à vous » dit le juge.


mesange  (13.12.2014 à 09:43)

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