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Série : Hawaii Five-0 (2010)
Création : 07.04.2015 à 11h34
Auteur : mesange
Statut : Terminée
« Steve et Kelly nageaient en plein bonheur mais voilà que l’annonce de la grossesse de Catherine et de la future paternité de Steve remettait tout en question... (J'écris seule) » mesange
Cette fanfic compte déjà 48 paragraphes
31
Billy prit Catherine dans ses bras et la laissa se calmer.
« Ca va mieux ? » demanda-t-il gentiment.
« Je suis désolée, je… je voulais pas t’ennuyer avec tout ça. »
« Tu sais que tu m’ennuies pas. Je suis même heureux que tu te confies encore à moi et t’en as manifestement besoin. »
« Comment a-t-elle pu faire autant de dégâts en si peu de temps ? C’est ça que j’arrive pas à comprendre ! Je sais bien que Steve aime jouer les sauveurs mais il est pas le genre d’hommes à craquer pour autant et elle, avec un passé comme le sien, comment a-t-elle pu aller si loin aussi vite avec lui ? Et comment arrive-t-elle à berner tout le monde ? Et... »
Billy l’écouta patiemment déballer toute sa rancœur sur sa rivale et quand elle fut à court de mots, lui dit :
« Eh ben, le moins qu’on puisse dire, c’est que tu sais pas la sentir. »
Catherine soupira : « Regarde où j’en suis à cause d’elle ! »
« Elle n’est pas la seule à blâmer... »
« Tu vas quand même pas la défendre toi aussi ?! » s’énerva-t-elle.
« Je constate seulement que tu mets tout sur son dos à elle mais McGarrett... »
Catherine soupira : « J’en veux à Steve, qu’est-ce que tu crois ! Mais quelque part, je me dis que... qu’il a su me pardonner quand... »
« Tu culpabilises encore pour nous ? »
« Il m’a pardonnée et je serais mal placée pour ne pas le faire à mon tour. »
« Tu veux dire qu’il sait pour ce qui est arrivé l’autre nuit à l’hôtel ? »
« Non, bien sûr que non et il doit jamais le savoir ! Je t’en prie, ne lui... »
Billy soupira : « Je t’ai dit que je garderai cette nuit pour moi et tu peux me faire confiance. J’essaie seulement de te comprendre, Cath mais j’arrive pas... »
« Il lui avait fallu un peu de temps mais il était revenu et on a reformé un couple peut-être même plus fort qu’avant... »
« Oui mais tu m’avais quitté. La situation est différente ici : il allait se marier et sa préoccupation première n’est pas de se faire pardonner ! »
Catherine leva un regard triste vers lui...
« Regarde-toi, tu n’es plus l’ombre que de toi-même ! Combien d’humiliations vas-tu encore accepter de subir ? Tu mérites bien mieux qu’un homme qui ne se soucie plus de toi ou si peu... »
« J’étais contente de te voir mais si c’est pour me miner encore plus le moral, tu... » lui dit-elle, vexée.
« Pourquoi t’accroches-tu autant à lui ? » la coupa-t-il, perplexe. « Qu’est-ce qu’il a... »
« Je l’aime, Billy et je porte son enfant » le coupa-t-elle en posant une main sur son ventre.
Il soupira : « Il devrait être aux petits soins pour toi... »
« Il vient d’apprendre la nouvelle et il l’a déjà quittée, j’en espérais pas autant si vite, tu sais... »
« Je te trouve bien conciliante avec lui, trop même... » répondit-il en lui souriant tristement. « J’espère simplement qu’il se rend compte de la chance qu’il a d’avoir une femme aussi exceptionnelle que toi, pas beaucoup supporterait ce que tu supportes... »
Elle l’embrassa sur la joue, touchée par ses paroles. Il la serra alors contre lui et lui caressa les cheveux tandis qu’elle lui soufflait :
« Merci. »
« Promets-moi de faire attention à toi et au bébé. »
« Ca, c’est pas difficile. »
« Je suis sérieux, Cath ! »
Elle le regarda, étonnée par le ton de sa voix.
« Mais moi aussi ! » répliqua-t-elle.
« Tu dois avant tout penser à toi et au bébé, pas à lui ! Je vois bien que tu souffres et ça me rend malade de ne pouvoir rien faire... »
« Tu en fais déjà beaucoup en étant là... »
« Tu sais que je serai toujours là pour toi. » Il hésita mais finit par lui dire : « Je t’aime, Catherine et si jamais... »
Il la serra à nouveau contre lui et elle se laissa aller en se demandant une nouvelle fois pourquoi Steve ne pouvait-il pas être comme lui...
« Au fait, je croyais qu’une femme enceinte prenait du poids, pas qu’elle en perdait ! Ca te dit de sortir manger un bout tous les deux et promis, je te parlerai plus de McGarrett. »
Elle se redressa et lui sourit : « Dans ces conditions, j’accepte ! Tu me laisses dix minutes pour me changer ? »
« Même quinze » répondit-il en lui souriant et il la regarda se diriger vers sa chambre, heureux qu’elle ait accepté son invitation avec autant de plaisir et révolté en la sachant autant malmenée par des personnes qu’elle appréciait pourtant...
Après avoir été prévenue par son mari qu’il ne rentrerait pas tout de suite, Malia fut, elle aussi, rappelée à l’hôpital pour une urgence et deux heures plus tard, alors qu’elle s’apprêtait à rentrer, elle aperçut sa collègue, Mélanie Trippers. Elle lui proposa d’aller prendre un café, ce que la pédopsychiatre accepta volontiers. Elles papotèrent un peu de tout et de rien et Malia en vint au sujet qui la préoccupait. Elle lui exposa la situation de ses amis et lui demanda ce qu’elle conseillait dans ces cas-là.
« Malheureusement, il n’y a pas de réponse toute faite. Mon rôle se borne à faire prendre conscience aux futurs parents des difficultés auxquelles ils devront faire face. Un bébé peut aussi bien agir comme un catalyseur, révéler ou exacerber des problèmes existants et dès lors précipiter la séparation des couples qui avaient déjà de grandes difficultés relationnelles. »
« Croire qu’un enfant va resserrer les liens est une erreur alors ? »
« Ca arrive mais c’est rarement le cas, il faut bien le dire... »
« Et le bébé dans tout ça ? Est-il préférable pour lui de grandir auprès de parents qui ne s’aiment plus forcément comme avant ou auprès de parents séparés ? »
« Il faut savoir qu’un tout-petit se rend compte de la situation et croire qu’il est protégé de la colère ou du chagrin de ses parents, vu son jeune âge, est un leurre. Au contraire, un petit enfant est une véritable éponge à émotions. Il perçoit parfaitement ce qui se passe mais il ne le verbalise pas et l’enfant, même tout petit, a un talent fou pour se sentir coupable de ce qui arrive de négatif. Dans le cas de tes amis, ils ont encore un peu de temps devant eux pour voir s’ils peuvent faire renaître les sentiments qui étaient les leurs mais si c’est pas le cas, il vaudrait mieux pour l’enfant qu’ils trouvent un terrain d’entente s’ils veulent avant tout le préserver. »
« Tu arrives déjà à te faire une idée du devenir de ces futurs parents en les recevant en consultation ? »
« On voit rapidement s’ils sont de bonne volonté ou non mais dans le cas de ceux qui veulent essayer, c’est très difficile à prévoir... »
« Tu préfères recevoir les deux conjoints en même temps ou séparément ? »
« En général, c’est un des conjoints qui vient me trouver en premier. Ensuite, je demande à les voir ensemble. »
Le bip de Malia sonna et elle remercia sa collègue et amie pour ces renseignements et retourna au service des urgences...
32
Kono avait rejoint les deux hommes à l’hôtel et Steve vérifia que le matériel installé fonctionnait bien. Danny se lamenta à nouveau :
« C’est n’importe quoi, c’est vraiment n’importe quoi et je pèse mes mots. Encore une fois, je suis la bonne poire ! »
« Comment ça ? »
« Quelle chance, ma vie se résume à jouer le... le copain de service. Merci beaucoup. »
« C’est un bon plan, Danny. »
« Ah t’appelle ça un bon plan, toi ? »
« Ben, si t’as une meilleure idée, je t’écoute. »
« Quoi là, tout de suite ? »
« Non, la semaine prochaine ! »
« J’ai pas besoin de tes sarcasmes, ok ! Je vais risquer ma vie, alors, s’il te plaît, évite les sarcasmes. »
Steve et Kono se regardèrent avant que celle-ci ne les laisse et ne rejoigne Chin dans un van garé près de l’hôtel. Les heures passèrent quand la sonnerie du téléphone les fit sursauter :
« Coltrane ? »
« Lui-même » répondit Danny.
« Enfin arrivé. »
« Comme vous pouvez l’entendre. »
« Pouvez-vous nous rendre le petit service qui nous dépannerait ? »
« Je ne serais pas ici sinon. »
« Où pourrais-je vous voir ? »
« Ce n’est pas nécessaire » répondit Danny tandis que Steve approuvait de la tête.
« Mon associé n’aime pas traiter avec un fantôme. »
Danny regarda Steve qui écrivit « restaurant » sur un bout de papier avant de griffonner d’autres indications.
« Rendez-vous demain à 11heures 45 précises au Roy’s Waikiki Beach. Dans le fond de la salle, il y a un aquarium.
« Comment vous reconnaîtrai-je ? »
Steve sourit.
« Vous en faites pas pour ça, allez seulement l’admirer. »
Et ils raccrochèrent.
« En tout cas, il sait pas à quoi ressemble Coltrane » dit Steve avant d’appeler Chin et de lui demander s’il avait pu tracer l’appel.
« Non » lui répondit celui-ci...
Billy ramena Catherine chez elle.
« J’ai passé une très agréable soirée » lui dit-il en la raccompagnant jusqu’au seuil.
« Sortir m’a fait du bien. Je crois que j’avais vraiment besoin d’une présence amicale. Merci pour tout. »
« C’est avec plaisir. Tu sais que je serai toujours là pour toi. »
« Tu es quelqu’un d’exceptionnel, Billy... »
« Mais moins que McGarrett » répondit-il d’une voix triste avant de lui dire en souriant : « Prends bien soin de toi et du bébé, OK ? »
« Promis » répondit-elle en l’embrassant sur la joue.
Il caressa sa joue avant de l’embrasser à son tour et de lui souffler à l’oreille : « Je suis là, tu ne seras pas toute seule au cas où... »
« Je veux pas que tu mettes ta vie entre parenthèses pour moi. Steve et moi, c’est une longue histoire et je suis sûre qu’on en ressortira encore plus forts qu’avant. »
« Je l’espère pour toi, Catherine... et le bébé. »
Et il s’en alla, la laissant dubitative...
« Et tu as pu rester ici à le côtoyer malgré les sentiments que tu éprouvais pour lui ? » demanda alors Kelly.
« Faire tomber le fils d’un puissant homme politique a pris pas mal d’années et ce n’est que quand j’ai obtenu justice, que je me suis rendue compte que John était bien plus qu’un ami pour moi mais il était déjà papa de deux magnifiques enfants et il était heureux… J’ai alors veillé à limiter nos contacts au strict minimum. »
« Ca devait être dur... »
Laura soupira : « En effet, ça l’a été mais heureusement, j’aimais mon travail. »
« Et ça t’a permis de trouver les réponses que tu cherchais ? »
« Non, pas toutes mais ça m’a permis de me reconstruire moi aussi d’une certaine manière même si une part en moi ne peut toujours pas s’empêcher de culpabiliser. Si j’avais su alors ce qu’elle traversait, peut-être que... Des fois, il suffit d’un rien, de quelques paroles, d’un geste... »
Elle se tut et ne vit pas tout de suite l’impact de ces derniers mots sur Kelly qui lâcha quelques instants après :
« Parfois, ça ne fait que retarder l’échéance... »
Laura fronça les sourcils : « Qu’entends-tu par là ? »
« Quand j’ai entamé ma psychothérapie, la psy m’a fait comprendre que l’ennemi n’était plus Carter mais moi-même et que c’était cette étape la plus difficile à franchir. Je devais cesser d’écouter les voix intérieures qui me maintenaient dans la culpabilité et la honte. Je devais apprendre à revivre. Je me suis battue toutes ces années et j’ai cru que j’étais enfin sortie d’affaire quand j’ai pu... Quand Steve et moi, on a... Mais il a suffi que j’affronte Catherine pour me rendre compte que c’était pas le cas... »
Laura soupira en se demandant quels dégâts venaient de faire cette femme. Elle garda le silence et écouta avec attention Kelly poursuivre.
« Pourquoi est-ce que c’est si dur à concevoir qu’une femme qui a été abusée puisse à nouveau aimer un homme ? Pourquoi faut-il encore la salir ?... Je sais bien qu’elle cherchait à me blesser et le pire, c’est qu’elle y est arrivée mais... »
« Elle a lu ton dossier et elle connaît tes points faibles, elle sait où appuyer pour faire mal » la coupa Laura.
« Et moi, je me suis comportée comme une idiote ! »
« Tu étais bouleversée ! »
« Oui et c’est là le problème, Laura ! Il suffit qu’on m’attaque sur mon passé et je perds tout contrôle. La première fois, je me suis jetée dans la gueule du loup mais ici, ça aurait pu être pire ! Si t’avais vu le visage de Steve, si tu l’avais entendu lui dire qu’il la protégerait, elle et le bébé. Ils parlaient de moi ! Comment peut-il penser un seul instant que je pourrais leur faire du mal ? Comment en est-on arrivés là ? Je comprends pas et y a pas que ça d’ailleurs ! »
« Comment ça ? »
« Elle m’a appelée Cory... »
Laura pâlit et écouta la suite avec appréhension...
« Elle a dit que si ma psy avait été là, elle aurait revu son jugement à mon sujet ainsi que Steve et toi. De quoi est-ce qu’elle parlait, Laura ? » demanda la jeune femme en regardant son amie qui n’aimait pas la tournure que prenait la soirée...
33
Malia ne fut pas mécontente de quitter l’hôpital. Elle espérait retrouver Chin chez eux mais ne se faisait toutefois guère d’illusions et l’allée vide confirma ses craintes. Elle l’appela pour voir s’il y avait une chance qu’ils mangent ensemble et quand il lui répondit qu’il n’avait aucune idée de l’heure à laquelle il rentrerait, elle lui fit part de son intention de se rendre chez Kelly pour lui porter les poissons.
« N’oublie pas de lui parler de la visite de son ex » lui rappela Chin. « Il vaut mieux l’avertir… »
« Oui, je sais, même si j’aurais préféré lui épargner cette nouvelle en ce moment… Tu dois être occupé, je te laisse, mon chéri. Sois prudent surtout ! »
« Toujours » répondit-il en souriant.
Elle sourit à son tour et se détendit un peu comme il ne lui avait pas dit « Je t’aime, Malia » non pas qu’elle n’aimait pas ces mots, bien au contraire, mais il y avait des moments où elle redoutait de les entendre, ne pouvant s’empêcher alors de se faire un sang d’encre pour l’homme qu’elle aimait tant…
Après avoir raccroché, Danny se tourna vers Steve :
« Je suppose qu’on est tranquilles jusque demain, on est donc pas obligés de rester ici. »
« T’es supposé loger ici, Danny. »
« J’ai aucun compte à leur rendre ! Je fais ce que je veux de ma soirée et… »
« Et s’ils essaient de te joindre… »
« Ca va, j’ai compris » et il se coucha sur le lit et alluma la télévision.
Steve appela Kono : il n’était pas nécessaire que toute l’équipe soit sur le pied de guerre étant donné que la rencontre ne se ferait que le lendemain et il lui donna quartier libre pour la nuit.
« T’es sûr, boss ? »
« Oui, je reste avec Danny tandis que Chin surveille les abords de l’hôtel mais reste joignable au cas où. » Il allait raccrocher quand il lui demanda : « Au fait, comment va Kelly ? »
Danny redressa la tête, observant la réaction de son ami alors que dans le van, Kono se mordait la lèvre inférieure, hésitant à lui dire ce qu’elle projetait de faire : elle opta pour l’immédiat :
« Ca l’a remuée mais partir deux semaines auprès de Caroline lui fera du bien. »
« Elle retourne à Pittsburgh ? » demanda alors Steve, surpris.
« Oui, Caroline l’a invitée pour les vacances… »
« Je vois » répondit-il, déçu qu’elle ne lui en ait pas parlé personnellement. « A demain, Kono. »
La jeune femme raccrocha, le cœur serré en entendant la voix triste de son ami et elle décida de passer voir Catherine avant de rentrer chez elle…
« Laura ? » insista Kelly tandis que celle-ci cherchait comment amener les soupçons de Catherine tout en épargnant le plus possible la jeune femme.
« Steve a été profondément meurtri par le décès de sa mère et l’éclatement de la cellule familiale. A l’armée, on lui a appris à refouler ses sentiments et au fil du temps, il s’est construit une carapace très dure à percer. Seule Catherine y était parvenue mais d’après Joe, on devinait plus qu’on ne voyait réellement les sentiments qu’il éprouvait pour elle… Etre à la tête du 5-0 a amorcé un changement en lui. Tous les membres, comme tu peux le voir, sont très soudés, ils forment une ohana comme on dit par ici et le jeune homme froid et arrogant, la machine de guerre comme dit souvent Danny, a fait place à un homme plus ouvert, plus humain mais paradoxalement, sa relation avec Catherine n’a pas évolué pour autant. »
Elle regarda Kelly et poursuivit : « Si je te dis tout ça, c’est pour te faire prendre conscience d’un nouveau changement qui s’est opéré en lui quand il t’a rencontrée. Tout le monde a été surpris de… de l’impact que tu avais sur lui, lui si réservé, si introverti et pas pour deux sous coureur de jupons. C’était mignon de vous voir tous les deux évoluer malgré les circonstances bien sûr et Catherine, qui est loin d’être stupide, a senti le danger que tu représentais pour son couple, à juste titre puisqu’ils ont rompu et que c’est à toi qu’il a fait sa demande en mariage. Deux coups de massue pour elle et comme c’est toujours plus facile de s’en prendre à la maîtresse plutôt que de se remettre en question... Comme tu le sais, elle n’a reculé devant aucun moyen pour tenter de le récupérer et ton passé a été, et l’est encore, une aubaine pour elle… »
« Mais depuis qu’elle porte son enfant, je suis plus un danger pour elle… »
« C’est là que tu te trompes ! Et ce qu’elle a fait prouve à quel point elle a encore peur de toi. »
« Elle a Steve, qu’est-ce qu’il lui faut de plus ? »
« Ce qu’il te donne à toi : son amour... »
« Ca devrait pas être difficile, ils sont déjà bien partis » répondit Kelly d’une voix amère.
« T’as déjà oublié tout ce que je viens de t’expliquer ? Steve a changé à tes côtés mais on reprend vite ses mauvaises habitudes quand on souffre et lui, la seule façon qu’il connaît pour faire face, c’est de faire taire ses sentiments et Catherine le sait. Donc, te discréditer à ses yeux l’amènera peut-être, je dis bien peut-être, à obtenir plus de sa part... »
Elle vit Kelly réfléchir à ce qu’elle venait de dire et en vint alors au sujet brûlant :
« Tu te demandais pourquoi elle t’a appelée Cory. »
Kelly la regarda.
« Parce qu’un des troubles possibles après un viol est de développer une personnalité multiple et ton changement d’identité lui a fait explorer cette éventualité. Elle s’est alors auto-persuadée qu’elle était dans le vrai : Cory d’un côté et Kelly de l’autre… »
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Laura observa attentivement la réaction de Kelly…
« Je comprends pas… »
« Pour étayer sa théorie, elle se base sur vos deux confrontations dont on sait comment elles se sont terminées. Ce qu’elle ne dit à personne, c’est comment elle est arrivée à provoquer ton départ soudain et ça change beaucoup de choses, crois-moi ! »
« Elle a dit que ma psy changerait d’avis si... »
« Tu ne souffres pas de ce trouble, Kelly, c’est écrit noir sur blanc dans ton dossier psychiatrique ! »
« Mais elle s’est quand même posée la question » insista Kelly.
« Je te l’ai dit, c’est un trouble que l’on peut rencontrer après un crime sexuel et elle devait l’écarter pour être sûre de t’apporter l’aide la plus adaptée à tes besoins et c’est ce qu’elle a fait ! Catherine l’a lu, elle aussi, mais elle est tellement obsédée par Steve qu’elle pense être mieux placée que des professionnels pour porter un tel jugement ou alors, elle se fiche bien mal des répercussions que ça peut avoir sur toi et n’y trouve qu’un moyen pour te mettre hors jeu...»
« Et elle a réussi avec Steve ! »
« Non, Steve n’a jamais cru un mot de ce qu’elle avançait » répondit d'une voix ferme Laura.
« Alors pourquoi il lui a dit qu’il la protégerait ? Parce qu’il la croit ! » s’écria-t-elle.
« Ca m’étonnerait ! Il venait de découvrir que non seulement tu l’avais poussée mais que tu t’étais enfuie sans lui venir en aide... »
« Il l’a dit, Laura ! Je l’ai entendu ! Et j’ai vu son regard... »
« Kelly... »
« Elle essaie de me faire passer pour une folle, c’est ça ? Et si vous commencez à penser que... que je peux... être... dangereuse... »
« Personne ne pense ça, je peux te le certifier ! »
« Si Steve se pose la question, ce sera qu’une question de temps avant que les autres aussi ! » dit-elle, horrifiée à cette idée. « D’ailleurs, toi aussi, tu t’es posée la question ! »
Laura soupira : « Parce que ces troubles post-traumatiques sont une aubaine pour la défense. Je devais donc m’assurer que tu n’en souffrais pas pour pouvoir la contrer. Je n’ai fait que mon travail, Kelly et je n’ai jamais eu aucun doute te concernant à ce sujet. »
« Il y a un test qui peut le prouver définitivement ? » demanda alors la jeune femme.
« Kelly... »
« Si c’est le seul moyen pour mettre fin à ces accusations, je suis prête à le passer. »
« Parce que tu crois vraiment qu’un test et un résultat négatif va la faire changer d’avis ? »
« Alors, je fais quoi ? Je passe mon temps à me demander si on pense que... » s’énerva Kelly.
C’est à ce moment que Malia frappa à la porte...
A New York, Tim repensa à la conversation qu’il avait eue avec Inès : sa séparation d’avec Ricky datait de quelques années maintenant et il avait été surpris d’apprendre que des agents étaient venus l’interroger à son sujet. Bien sûr, le passé de Ricky pouvait l’expliquer mais quelque chose le dérangeait pourtant et il n’aurait su dire quoi exactement. Peut-être l’attitude d’Inès ? C’était quelqu’un d’extraverti et plutôt d’exubérant et là, c’était tout juste si elle souhaitait lui parler. Elle fuyait son regard et son instinct de flic lui soufflait qu’elle en savait plus que ce qu’elle ne voulait bien dire. D’ailleurs, il lui avait semblé qu’elle était sur le point de lui parler mais manifestement, quelque chose ou quelqu’un l’en empêchait mais quoi ou qui ? Mais peut-être qu’il se faisait des idées. A nouveau en couple, elle ne désirait probablement pas que l’on découvre sa relation avec un flic devenu un criminel. Quoi qu’il en soit, il était bien décidé à trouver les réponses à ses questions et il commença par appeler un ancien collègue qui pourrait peut-être le renseigner sur l’identité des agents venus interroger Inès...
Kono frappa à la porte de chez Steve :
« T’as l’air déçue » dit Kono en voyant la tête que tirait Mary.
« Non…Enfin, je pensais que c’était Catherine qui revenait… »
« Elle est pas là ? »
Mary fit la moue et avoua : « Elle est partie furieuse et a dit qu’elle rentrait chez elle. »
« Et tu pensais qu’elle avait changé d’avis... »
« De toi à moi, je préfère ne pas la voir mais disons que son retour m’aurait évité une prise de bec avec mon frère… »
« Vous vous êtes disputées ? »
« Ouais » soupira Mary. « C’est dingue, quand j’ai fait sa connaissance, je me suis dit qu’elle allait bien avec Steve, tout à fait son style mais finalement, on ne voit le vrai visage des gens que dans l’adversité et je vais te dire, je sais plus la sentir ! Tu l’aurais entendue à l’hôpital déblatérer contre Kelly devant mon frère. C’est même plus de la jalousie, c’est de l’acharnement ! Et tu sais sa dernière trouvaille ? Demander une ordonnance d’éloignement au juge ! Madame a peur, une Marine ! Non mais je rêve ! »
Kono soupira…
« C’est surtout une manière pour elle d’éloigner Kelly de Steve. »
« L’ordonnance ne concerne qu’elle pourtant » rétorqua Mary.
« Oui mais comme nous sommes amis avec elle aussi, si l’on souhaite organiser quelque chose, Kelly ne… »
« J’avais pas pensé à ça mais c’est bien son style » dit Mary avant d’ajouter, malicieuse : « Note qu’on pourrait toujours inviter Kelly et pas elle… » avant de se rappeler :
« Oh non, samedi prochain, Danny organise le goûter d’anniversaire de Grace et jamais Catherine n'acceptera de recevoir Kelly ici. Enfin, faut voir maintenant si elle va revenir… »
« Parce que t’en doutes ? » demanda Kono, un léger sourire aux lèvres.
« On peut toujours rêver » répliqua-t-elle en levant les yeux au plafond. « Non, mais si Kelly ne vient pas, Grace… »
« Attendons déjà de voir comment les choses vont se passer quand Steve aura été lui parler et puis, je suis sûre que Danny pensera à ce problème aussi » répondit Kono.
« Comment allait Kelly ? » demanda alors Mary.
« Elle s’en veut et ce qui m’ennuie, c’est qu’elle compte quitter l’île à la fin de l’année scolaire. »
« Mais il est même pas dit que mon frère restera avec Catherine ! Surtout quand il va savoir, il… »
« Que veux-tu qu’il fasse, Mary ? Le bébé n’a pas disparu » soupira Kono qui regarda sa montre. « Il commence à se faire tard. Je vais passer voir Catherine avant de rentrer. » Elle embrassa son amie et la prévint avant de partir : « Je suis pas sûre que ton frère rentrera cette nuit, on est sur une affaire… »
« Je suppose qu’il m’appellera mais s’il pouvait m’oublier, ça m’arrangerait... » répondit-elle en faisant la moue...
35
« Kelly s’en va ? » demanda alors Danny comme Steve raccrochait.
« Caroline l’a invitée pour les vacances de Pâques mais tu le savais, non ? »
« Non, je l’ignorais ! »
« Elle t’en a pas parlé ? Vous avez passé l’après-midi ensemble et elle t’a... » insista Steve.
« C’est quoi qui te gêne ? » coupa Danny. « Qu’elle m’en ait pas parlé ou qu’on ait passé du temps ensemble ? »
Steve se mordit la lèvre inférieure mais ne dit rien et devant son silence éloquent, Danny finit par soupirer : « Elle avait peut-être pas encore pris de décision et après ce qui vient de se passer, c’est pas étonnant qu’elle veuille prendre un peu de recul. A ce propos, tu ferais bien d’aller la voir et de t’expliquer. »
« Elle veut plus me voir, t’a oublié ? » rétorqua le seal.
« Et depuis quand t’écoutes ce qu’on te dit ? » riposta Danny.
« Je dois sûrement être la dernière personne qu’elle veuille voir en ce moment » soupira Steve.
« C’est là que t’as tout faux ! C’est sûr qu’elle va pas t’accueillir les bras grands ouverts mais plus tu vas reporter tes explications et pire, ça va être. Il faut pas leur laisser le temps d’imaginer tout et n’importe quoi aux femmes parce qu’après, je peux te garantir que t’en baveras, crois-moi ! »
Steve fit la moue et Danny l’encouragea : « Ecoute, Chin est pas loin et je doute qu’ils me recontactent. Va la retrouver, elle a besoin de toi... »
Steve le regarda, encore indécis.
« Allez vas-y, qu’est-ce que t’attends ! »
« T’es sûr que ? »
« Qu’est-ce que tu fais encore ici ? »
Et Steve s’en alla...
Kelly, énervée, alla ouvrir la porte, persuadée que c’était Steve et déjà prête à l’apostropher quand elle se retrouva nez à nez avec Malia.
« Malia ? » demanda-t-elle, surprise.
« Tu vas bien ? » demanda celle-ci, soucieuse, en voyant le visage défait de son amie et la mine sombre de Laura.
« C’est toi qui l’a appelée ? » demanda Kelly en se tournant vers Laura.
« Non » répondirent en même temps les deux femmes et Malia expliqua, en montrant le sac qu’elle portait : « Chin a été pêché ce matin et on s’est dit que tu serais contente d’avoir du poisson frais du jour mais qu’est-ce qui se passe ? »
« Chin t’a laissée venir seule ? Il a pas peur que… » ne put s’empêcher de dire Kelly d’une voix amère.
« Kelly ! » la reprit Laura d’une voix réprobatrice dont ne tint pas compte la jeune femme, trop énervée.
« Quoi ? Steve a bien peur pour Catherine et le bébé… »
Malia, perdue, regarda Laura et la vit soupirer tandis que Kelly poursuivait : « Qui dit que je ne m’en... »
Laura la coupa : « Arrête avec ça, tu te fais du mal pour...»
« Que j’arrête ? C’est pas toi qu’on accuse d’être folle ! »
« Mais de quoi est-ce que vous parlez ? » demanda alors Malia en regardant tour à tour Kelly et Laura qui répondit : « Kelly et Catherine ont eu une altercation cet après-midi et Catherine lui a laissé sous-entendre certaines choses... »
« Pourquoi tu dis pas le mot ? » la coupa Kelly mais en voyant le visage de Malia s’allonger, elle comprit qu’elle savait, elle aussi et s’exclama, blessée :
« Waouah ! Je vois que c’est pas une surprise pour toi non plus. Tout le monde sait en fait... Sauf moi ! »
« Catherine a émis cette hypothèse pour justifier ce qu’elle avait fait mais personne n’a été dupe, je peux te le certifier » dit Malia.
« Je te l’ai dit et te le redis : tu ne souffres pas de ce trouble. Il ne s’agit que d’allégations sans fondement d’une personne qui voit en toi tous les problèmes qu’elle a avec Steve » renchérit Laura.
« Elle cherche juste à te déstabiliser et elle a manifestement réussi. »
« Et si elle avait raison ? » demanda alors Kelly d’une voix tremblante. « C’est vrai quoi, la situation m’a échappée par deux fois et elle aurait pu... »
« C’est pas le cas et elle l’avait cherché : on ne s’en prend pas à une femme déjà fragilisée par un lourd passé sans s’attendre à des représailles. Tu as fait du chemin mais il t’en reste encore à parcourir et tu en es consciente » dit Laura.
« Ta réaction était effectivement disproportionnée mais pas étonnante et ne révèle en tout cas pas l’existence éventuelle d’une personnalité multiple » ajouta Malia.
« Comment peux-tu le savoir ? T’es pas psy... » répondit Kelly.
« C’est vrai mais pour devenir médecin, on est obligé de passer dans différents services dont la psychiatrie » répondit patiemment Malia avant de lui demander : « Est-ce que tu sais ce qu’implique au quotidien d’avoir plusieurs personnalités dans un même corps ? » et devant le silence de Kelly, elle expliqua : « C’est très angoissant car une personne présentant ce trouble n’est pas obligatoirement au courant du fait qu’elle est multiple. En général, elle l’ignore et se retrouve dans des situations difficiles, incompréhensibles parce qu’elle n’est pas nécessairement au courant de ce qui s’est passé avant et pendant le changement de personnalité. Tu vas comprendre avec cet exemple type. »
Et elle leur raconta l’histoire d’une femme qui faisait ses courses dans un supermarché où l’on passait de la musique en fond sonore. Elle passait dans les rayons et tout à coup, elle se retrouve hors du magasin, un homme de la sécurité lui ordonnant de ne plus revenir. Que s’est-il passé ? Pourquoi n’en a-t-elle aucun souvenir ? En fait, à un certain moment, a été diffusée une chanson qui a réveillé en elle une situation traumatisante et l’autre personnalité en elle a alors pris le contrôle du corps et a tout fait pour qu’elle s’arrête. Elle a lancé des boîtes de conserve sur le haut-parleur et ce n’est qu’une fois que la chanson finie, que l’hôte a retrouvé le contrôle de son corps sans savoir ce qui s’était produit entre le moment où elle sillonnait les rayons et celui où elle s’est retrouvée dehors. Il est pas difficile d’imaginer le désarroi de cette dame. »
« Je... Je n’ai jamais vécu une telle situation » dit alors Kelly. « Je... Je sais très bien ce que j’ai fait, je me souviens de tout » ajouta-t-elle visiblement rassurée par les propos de Malia qui vit Laura lui faire un petit signe de tête, soulagée de la réaction de la jeune femme qui demanda toutefois : « C’est donc aussi simple que ça pour savoir que... »
« Les personnes qui en souffrent ne mettent pas tout de suite un nom sur leur trouble et pensent qu’elles sont folles ou deviennent folles. C’est angoissant de se réveiller dans un lit en compagnie d’une personne que l’on ne connaît pas et de se demander comment on s’est retrouvé là. Ca l’est aussi en constatant dans sa garde-robe des vêtements que l’on ne se souvient pas avoir achetés et qui ne correspondent pas du tout à son style. Quand ces personnes consultent, un moyen de mettre en évidence leur trouble est le recours à l’hypnose. »
« Et on est sûr alors qu’on... qu’on est... normal ? »
« Kelly, tu as suivi une psychothérapie... »
« Oui mais elle remonte déjà à quelques années et... »
« Le traumatisme que tu as subi aussi » répondit Malia.
« Et tu as encore été la revoir avant ton procès... »
Kelly soupira et demanda alors à rester seule.
« Merci d’être là pour moi » leur dit-elle. « J’ai eu une dure journée et j’ai pas beaucoup dormi... »
« Je comprends » dit Malia.
« Je peux rester ici cette nuit » proposa Laura. « Ou tu peux venir dormir chez moi, il y a de la place... »
« Merci beaucoup mais ça va aller » lui répondit-elle en se forçant à sourire.
Laura l’observa attentivement et finit par s’en aller, non sans lui avoir répété qu’elle pouvait l’appeler à tout moment si elle en éprouvait le besoin.
36
Inès, sur le point d’aller dormir, ferma les volets mais se faisant, elle aperçut garée de l’autre côté de la rue une Ford de couleur grise. Elle se souvint alors qu’elle l’avait déjà vue sur le parking du magasin où elle avait été faire ses courses l’après-midi et si elle ne se trompait pas, elle l’avait encore aperçue l’autre jour quand elle avait relevé sa boîte postale. Était-ce un hasard ou... ? Depuis qu’elle avait lu la lettre que lui avait adressée Ricky, elle s’était sentie mal à l’aise mais à ce moment-là, c’était pour Ricky qu’elle s’en faisait. Il lui avait raconté sa lente descente aux enfers et l’homme qu’il décrivait lui ressemblait tellement peu. Elle se souvint des larmes qui avaient coulé sur ses joues à la lecture de sa confession mais sa lettre se terminait en lui disant de ne pas croire tout ce qu’on pourrait dire à son sujet, que la vérité éclaterait bientôt au grand jour. Il n’avait pas eu besoin de lui en dire plus : elle avait compris qu’il était sur une affaire importante. Elle avait alors brûlé la missive selon ses instructions et avait attendu la visite de ce Danny Williams. Mais aujourd’hui, Ricky était mort et Williams n’avait jamais cherché à la contacter. Il n’y avait eu que ces deux agents qui s’étaient présentés chez elle pour lui apprendre, avaient-ils dit, la mort de son ex. Pourtant, ils étaient revenus une seconde fois et s’étaient mis à poser d’autres questions et elle avait repensé aux recommandations que lui avait faites Ricky. Se doutait-il qu’elle puisse avoir des problèmes ? Mais pourquoi lui envoyer cette lettre alors !!! Elle alla regarder par les fentes du volet si elle apercevait encore la voiture mais elle n’était plus là... Furieuse contre Ricky de la mettre dans une telle situation, elle prit la carte que Tim lui avait laissée mais alors qu’elle était sur le point de composer son numéro, elle se ravisa et préféra lui envoyer un sms. Ensuite, elle alluma son ordinateur et réserva un aller simple pour Miami...
Kelly referma la porte derrière elles, soulagée de se retrouver enfin seule. Cette journée avait été un cauchemar et elle avait besoin de prendre un peu de recul mais malgré les propos rassurants de Malia, ces accusations la turlupinaient toujours et elle ne put s’empêcher d’aller faire des recherches sur internet et elle tomba sur un passage qu’elle relut une deuxième fois : Quand quelque chose à l’extérieur évoque un souvenir choquant, une situation traumatisante du passé peut resurgir, être réassociée et revécue de nouveau par la personne multiple. Et les émotions associées à un traumatisme sont pour la plupart du temps l’horreur et l’angoisse. Le stimulus peut être de qualité très variée, par exemple un mot ou une phrase, une odeur, une certaine personne...
« Et si Catherine avait raison malgré tout ? » ne put s’empêcher de se redemander Kelly. L’élément déclencheur était sans aucun doute Carter et elle culpabilisait encore pour lui avoir dit oui. Elle ne se retrouvait pourtant pas dans les exemples donnés par Malia... Elle ferma les yeux : toutes ces questions lui donnaient le vertige et la nausée.... Elle revit alors Steve dire à Catherine qu’il les protégerait, elle et le bébé. Mais comment pouvait-il penser qu’elle leur ferait du mal ? Il devait la connaître mieux que ça quand même ! Ils allaient se marier et maintenant, il la prenait pour une folle ! Elle l’entendit encore s’adresser à Catherine, elle le revit se tourner vers elle, le regard dur et perdue, elle se mit à pleurer. Elle s’était battue pour retrouver une vie décente mais en vain : son passé ne la lâcherait jamais, il la conditionnait... Lui revint en mémoire ce qu’elle avait pensé avant de se faire kidnapper par Carter : Kelly était une illusion et ce constat lui avait alors fait prendre conscience qu’elle n’avait plus d’avenir. Elle avait pris la décision d’en finir mais le destin en avait décidé autrement... Et aujourd’hui ? Elle pouvait partir, quitter l’île mais pourrait-elle continuer à exercer son métier tout en sachant que peut-être... ? Avant, sur le continent, personne ne connaissait son passé et tout s’était toujours très bien passé mais son procès avait fait la une de tous les journaux et on pouvait la reconnaître... Malia avait parlé d’hypnose : et si c’était le seul moyen pour elle de prouver qu’elle n’était pas la folle que Catherine disait ? Sa dernière chance de se prouver qu’elle n’avait pas fait tous ces efforts pour rien ? Sa dernière chance avant d’en finir ? Elle ferma à nouveau les yeux, toutes ces pensées se bousculant dans sa tête... Son regard tomba alors sur l’armoire dans laquelle Malia avait laissé quelques bouteilles d’alcool. Elle ouvrit le meuble et resta un moment à les regarder avant d’en prendre une. Pourquoi pas ? se dit-elle tout en hésitant encore. Elle revit le regard dur de Steve et dit tout haut : « Va au diable ! Allez tous au diable ! » Elle tourna le bouchon, porta la bouteille à la bouche et avala une première gorgée qui lui brûla la gorge. Elle regarda l’étiquette et se demanda comment on pouvait aimer ça, ce qui ne l’empêcha pas d’avaler une nouvelle gorgée qui ne passa pas mieux que la première mais l’envie de lâcher prise étant la plus forte, elle en but une autre et encore une autre, s’étonnant de voir à quel point elles passaient de mieux en mieux. Finalement, le bourbon n’était pas aussi mauvais que ça... Elle sentit alors une douce chaleur l’envahir et une sensation de bien-être s’installer. Elle porta à nouveau la bouteille à ses lèvres en disant tout haut : « A ta santé, Steve ! »
Kono respira un bon coup avant de frapper à la porte de Catherine.
« Kono ? » s’exclama celle-ci avant d’ajouter, l’effet de surprise passé : « Ecoute, si c’est pour me faire aussi des reproches… »
« Non… »
« T’es sûre ? » demanda-t-elle, méfiante.
« Je peux entrer ? »
Cath soupira mais la laissa néanmoins pénétrer à l’intérieur. Elle l’avertit toutefois :
« J’ai eu une dure journée et je suis fatiguée… »
« J’en ai pas pour longtemps… Ca va, toi ? »
« Je peux m’estimer chanceuse, ça aurait pu être pire... »
Kono hocha la tête et Cath demanda, méfiante :
« Pourquoi es-tu passée ? »
Kono répondit mal à l’aise:
« J’ai appris quelque chose que j’ignorais… »
37
Catherine la regarda, étonnée.
« C'est-à-dire ? »
« Tu as dit que t’étais enceinte de treize semaines… »
« Oui et ? »
« T’as parlé du vingt janvier. »
Catherine soupira : « En effet. »
« C’est la date de conception du bébé ou le début de ta grossesse ? »
« Quelle question ! »
« Ecoute, c’est important, ça... Ca peut changer beaucoup de choses... » insista Kono.
« Je vois pas en quoi. »
« Je viens d’apprendre qu’il faut rajouter quinze jours à la date du début de grossesse pour connaître la date de conception » déclara Kono, toujours mal à l’aise et comme Catherine gardait le silence, elle ajouta : « Si on rajoute deux semaines à partir du vingt, ça nous mène début février... »
Catherine ferma les yeux un bref instant pour digérer les propos de Kono et l’invita alors d’un ton glacial à s’en aller.
« Cath… »
« Tu ferais mieux de partir avant que je ne dise des choses que je pourrais regretter... »
Elle vit Kono se mordre la lèvre inférieure et ajouta : « Je pense que mon médecin est bien mieux placé que toi pour me donner des informations au sujet de ma grossesse. »
« Je dis pas le contraire mais je me disais que peut-être tu faisais la même erreur que moi... »
« C’est pas le cas ! »
« Pourtant, d’après la date que tu m’as donnée, on peut se poser la question... »
Catherine soupira : « C’est peut-être ce que tu souhaiterais mais... »
« Je souhaite juste qu’il n’y ait pas d’erreur possible. »
« Il n’y en a pas ! » trancha fermement Catherine.
« Catherine, si j’ai raison... »
« C’est pas le cas ! »
« T’en es vraiment sûre ? »
« Mais qu’est-ce que tu veux, bon sang ? Que je demande une attestation signée de mon médecin... » s’énerva Cath. « Allez, j’en ai assez entendu, sors d’ici ! »
« Cath, je dis pas ça pour te faire du mal, c’est juste qu’un doute est maintenant permis et... »
« Dehors ! » cria Catherine, furieuse en lui ouvrant la porte.
Kono hésita mais finalement, passa devant elle et sortit. Elle fit quelques pas avant de se retourner :
« Taire ton aventure est une chose mais laisser Steve endosser le rôle de père s’il ne l’est pas en est une autre et si tu veux te voiler la face, ne compte pas sur moi pour être complice cette fois. »
Elle entendit alors la porte claquer derrière elle...
A New York, Peterson apprit que l’ex de Moreno avait réservé un aller simple pour Miami : son avion décollerait le lendemain à douze heures cinquante. Ce n’était pas le voyage en lui-même qui le gênait mais le fait qu’elle n’avait pris qu’un aller simple et il se demandait ce que cela pouvait cacher. Salvo avait été clair : il ne voulait plus aucun contretemps. Il était dès lors temps de savoir ce que cette femme savait vraiment...
Tim, de son côté, allongé aux côtés de sa femme qui s’était endormie, ne parvenait pas à trouver le sommeil. Ses recherches étaient encore restées vaines. Aucune des connaissances qu’il avait pu contacter n’avait pu lui dire qui s’était rendu chez Inès. Il commençait maintenant à avoir un mauvais pressentiment même s’il pensait que Ricky ne l’aurait jamais mise en danger. Aussi quand il reçut son message, il se posa de nouvelles questions. Son instinct ne l’aurait donc pas trompé ? Que lui apprendrait-elle ? Il soupira en voyant l’heure tardive et lui renvoya un message en l’avertissant qu’il serait chez elle à la première heure le lendemain matin...
Steve se gara le long du trottoir de chez Kelly et fronça les sourcils en apercevant Laura dans sa voiture un peu plus loin. Il se dirigea vers elle et était sur le point de lui demander si elle s’en allait quand celle-ci l’apostropha directement :
« Mais bon sang, à quoi vous jouez ? »
« A quoi je joue ? » demanda Steve surpris.
« Kelly n’est pas encore de taille à affronter Catherine et vous le savez aussi bien que moi mais maintenant que vous êtes retourné avec Catherine, vous vous en fichez pas mal ! »
« Je voulais pas qu’elle l’apprenne comme ça ! »
« Vous auriez au moins pu prendre la peine de la prévenir, quitte à le faire par téléphone ! »
« J’étais en route pour le faire quand vous m’avez appelé... »
« Alors c’est ma faute ? »
« J’ai pas dit ça... »
« Est-ce que vous avez une petite idée de l’état dans lequel elle est ? » :
Il soupira, mal à l’aise :
« C’est pour ça que je suis là. »
« Elle a besoin de quelqu’un qui la soutienne et non pas qui la poignarde dans le dos ! »
« QUOI ? Qu’est-ce vous avez dit ? » demanda-t-il, stupéfait et outré d’entendre une telle accusation. « J’aurais dû la prévenir et je m’en veux de pas l’avoir fait mais je l’ai jamais poignardée dans le dos comme vous dites ! »
« Ah non ? Alors pourquoi devez-vous protéger Catherine et le bébé ? »
Le seal se gratta le front du pouce.
« C’est pas ce que vous croyez... »
« C’est ce que Kelly pense en tout cas et comme le lieutenant Rollins n’a pas su se taire, elle sait maintenant qu’elle la soupçonne de développer une personnalité multiple ! »
« Catherine lui a dit ? » demanda Steve d’une voix blanche.
« Non, elle est trop intelligente pour ça, elle l’a juste laissé sous-entendre pour que les autres fassent le sale boulot à sa place ! »
« Kelly s’est posé des questions, c’est ça ? » soupira-t-il avant de lui demander : « Vous partiez, j’en déduis que... que vous avez su la rassurer. »
« Elle a demandé à rester seule mais je n’aimais pas son attitude et j’ai préféré rester ici au cas où elle... » Elle soupira : « Cette journée a fait beaucoup de dégâts et honnêtement, j’ai peur... »
« Je vais aller lui parler. »
« Elle est remontée contre vous... »
Il soupira en faisant tristement oui de la tête et se dirigea vers la porte d’entrée tandis que Laura le regardait...
38
Kelly entendit la sonnette et cria : « Allez-vous en ! »
Au son de sa voix, Steve fronça les sourcils et cria à son tour :
« Kelly, ouvre, c’est moi, Steve. »
Il patienta quelques instants avant de voir la porte s’ouvrir sur Kelly qu’il découvrit visiblement éméchée.
« Oh, regardez qui voilà... Le grand Kanuha en personne... »
« Kahuna » rectifia-t-il.
« Monsieur est pointilleux... »
« Tu as bu » l’accusa-t-il et il entra sans plus de cérémonie.
« Oui et alors ? » répondit-elle tandis qu’il se dirigeait vers la table où trônait la bouteille de bourbon bien entamée qu’il prit en mains avant de reporter son regard sur la jeune femme qui, après avoir fermé la porte, revenait vers lui en titubant légèrement.
« Pourquoi ? » demanda-t-il d’une voix triste.
« Pourquoi ? Parce qu'il paraît que l’ivresse jette un voile sur la vie, qu'elle........ qu'elle éteint les peines et les chagrins... elle.... dépose le... le... » Elle fronça les sourcils, cherchant visiblement la suite quand elle s’en rappela : « Ah oui, le fardeau de la pensée... » Elle le vit faire la moue et ajouta :
« C’est pas moi que le dis, c’est Balzac et tu sais quoi ? Il avait raison, ce Monsieur ! »
Il soupira : « Je sais que tu souffres et que... »
« Ohhh, comme c’est gentil de t’en soucier mais le mal est fait et tout ce que tu pourras dire n’y changera rien et d’ailleurs, je m’en fous. »
Elle s’avança vers lui pour lui reprendre la bouteille mais se déplacer commençait à devenir pénible et comme il la mit derrière son dos, elle renonça à essayer de la lui reprendre tandis qu’elle l’entendait lui dire :
« T’as assez bu comme ça. »
« J’ai pas besoin de ta permission. »
« Kelly, je... »
« Kelly ? » ricana-t-elle. « Qui te dit que je suis Kelly et pas Cory ? Tu sais, la méchante, celle qui est dangereuse... qui pousse les gens et qui s’en va... » ajouta-t-elle, les yeux brillants de larmes.
« Arrête, tu te fais du mal... »
« C’est ta faute ! » l’accusa-t-elle. « C’est ta faute et... celle de cette... sorcière ! Finalement, vous allez bien ensemble tous les deux... »
Elle s’essuya les yeux du revers de la main en essayant de refouler ses larmes.
« Je vais te faire un café, t’en as bien besoin. »
« J’veux pas de café, j’veux que tu t’en ailles... »
« Pas question » rétorqua-t-il d’une voix ferme en se dirigeant vers la cuisine.
« Alors, c’est moi qui m’en vais » riposta-t-elle en tournant les talons. Il la rattrapa et la prit par le bras : « Si tu sors d’ici, je t’arrêterai pour ivresse sur la voie publique et je plaisante pas. »
Il la vit se frotter le bras avant de l’entendre répliquer : « Ca t’arrangerait, hein, comme ça, ils seraient en sécurité... Plus besoin d’avoir peur de moi. »
Son cœur se serra en voyant ses yeux se gonfler à nouveau de larmes et il dit: « J’ai jamais pensé ça de toi... »
« Ah non ? J’entends peut-être aussi des voix maintenant ! » s’exclama-t-elle avant d’ajouter d’une voix lasse : « Mais au point où j’en suis, un peu plus ou un peu moins, quelle différence ? »
La pièce commença alors à tourner autour d’elle et elle chancela.
« Ca va ? » demanda Steve en la soutenant.
« Lâche-moi » dit-elle en se dégageant et en se laissant choir dans un fauteuil.
« Tu vas pas être malade ? »
« Non. »
« T’es sûre ? J’ai pas envie de... »
« J’ai pas besoin de toi... J’ai besoin de personne. »
« C’est pas l’impression que tu donnes. »
« J’ai bu un peu trop et alors ? C’est pas la fin du monde non plus... » Elle ferma les yeux mais les rouvrit rapidement tout en s’agrippant aux bras du fauteuil.
« Juste un peu, hein ? » railla-t-il avant d’aller à la cuisine lui préparer du café mais quand il revint, il la trouva endormie. Il la prit dans ses bras et la monta dans sa chambre. Elle gémit un peu mais se laissa faire et ne broncha pas quand il la déshabilla. C’est alors qu’il vit le bleu sur son bras. Il serra les mâchoires en se demandant le rôle exact de Catherine lors de leur altercation car de toute évidence, elle ne lui avait pas tout dit... Il remonta le drap sur elle et se souvint de la présence de Laura à l’extérieur. Il l’appela en lui disant qu’elle pouvait rentrer et qu’il veillerait sur elle. Laura s’abstint de tout commentaire et dit simplement : « Je passerai la voir demain. »
Il appela ensuite Danny :
« Alors ? » demanda aussitôt celui-ci. « Vous vous êtes réconciliés ? »
« Tout va bien de ton côté ? » lui demanda Steve ignorant volontairement sa question.
« Je suppose que la réponse est non... » répondit alors Danny.
« C’est compliqué » dit Steve et au ton de sa voix, son ami n’insista pas et répondit à sa question : « Non, pas de nouvelles, tout est calme. »
« On se retrouve demain matin mais s’il y a quoi que... »
« Tu rentres chez toi ? »
Il entendit le seal soupirer et finalement dire : « Non, je reste chez Kelly. »
« Ah... C’est bon signe, alors ? »
« A demain, Danny » et il raccrocha. Il descendit éteindre les lumières et remonta auprès de Kelly qui n’avait pas bougé. Il alla prendre une douche et ne put résister à l’envie de se coucher auprès d’elle. Il posa ses lèvres sur ses cheveux et lui caressa le bras...
39
Pendant ce temps, Mary tournait en rond en se demandant toujours comment elle allait annoncer à son frère ce qui s’était passé entre elle et Catherine. Elle finit tout de même par monter se coucher en se disant que de toute façon, il la réveillerait en ne la voyant pas. Elle n’arriva pas pour autant à trouver le sommeil et sursauta en entendant la sonnerie de son portable. Elle hésita quelques secondes avant de le prendre pour répondre et soupira de soulagement quand elle vit que c’était leur tante qui l’appelait :
« Tante Deb ? » dit-elle, surprise. « T’as encore des insomnies pour m’appeler à cette heure ? »
« Tu verras quand t’auras mon âge » répondit celle-ci et sa nièce sourit avant de faire une grimace, s’en voulant de ne pas avoir pensé à la prévenir, en entendant sa tante demander : « Alors, dis-moi, où en sont les préparatifs ? »
Elle lui raconta donc les derniers événements.
« Tante Deb, ils étaient si heureux ensemble. La maison respirait à nouveau la joie de vivre et maintenant... maintenant, elle ressemble à... un tombeau. »
« Tu ne diras plus ça quand le bébé sera né... »
« Mon frère ne sera jamais heureux avec elle, plus maintenant mais tu le connais : il refoulera ses sentiments et... »
Tante Deb l’entendit souffler et essaya de la réconforter :
« Si tu as raison et qu’il fait taire ses sentiments, peut-être qu’il trouvera tout de même un équilibre qui lui conviendra et tu sais, parfois le temps fait que... »
« Je sais pas… Si tu le voyais. »
« Il fait ce qu’il pense être le mieux pour son enfant et on ne peut que lui souhaiter d’être heureux et en paix avec la décision qu’il a prise. »
« Je sais » soupira Mary. « C’est juste qu’il pourrait être encore plus heureux avec Kelly. Catherine a montré un visage que je n’aime pas et je suis pas sûre de pouvoir la supporter. »
« Mary… »
« Tu sais, tante Deb, j’avais l’intention de m’installer ici mais j’en ai plus envie, je crois que je vais rentrer à LA. »
« Ton avenir est à Hawaii auprès de Steve. Vous avez besoin l’un de l’autre et certainement encore plus en ce moment. »
« Ouais, s’il me tue pas ce soir en rentrant » ne put s’empêcher de dire la jeune femme à voix basse.
« Qu’as-tu dit ? » demanda Tante Deb et elle lui raconta l’altercation avec Catherine.
« C’est bien un McGarrett : ils agissent et réfléchissent après » commenta tante Deb. « Votre père était pareil quand il était jeune » dit-elle en se souvenant de la jeune femme dont son frère était amoureux à l’époque et de sa décision hâtive d’épouser Doris.
« Comme beaucoup d’hommes » dit Mary.
« En effet » rit sa tante. « Allez, essaie de dormir et tiens-moi au courant, ma chérie, et n’oublie pas d’embrasser ton frère pour moi. »
« Promis, tante Deb » répondit sa nièce avant de raccrocher…
Après le départ de Kono, Catherine alla prendre une douche mais les propos de la jeune flic lui trottaient en tête. Elle s’essuya et se demanda si elle devait enfiler sa nuisette ou attendre Steve. Elle vérifia son téléphone et fut déçue de voir qu’il ne l’avait pas appelée, ce qui ne l’étonna pas outre mesure, elle en avait l’habitude. Elle opta pour une tenue décontractée et revint dans le salon. Elle alluma la télé mais son esprit était ailleurs et pour en avoir le cœur net, elle alluma son ordinateur et tapa dans la barre google : comment calcule-t-on l’âge d’une grossesse ? Elle vit plusieurs liens s’afficher et cliqua sur le premier en soupirant. Elle lut l’explication et commença à avoir des sueurs froides. Elle cliqua sur un deuxième puis un troisième lien mais tous confirmaient ce que lui avait dit Kono. Elle cliqua sur la fonction calendrier et compta, elle aussi, les jours. Son estomac se noua et elle déglutit alors péniblement.
« Non, non, non, c’est pas possible ! Ca peut pas être possible ! » se lamenta-t-elle. Fébrile, elle fit d’autres recherches sur le net et apprit ainsi qu’un délai aussi court entre deux rapports ne permettait pas de déterminer qui était le père mais elle savait que ça ne pouvait qu’être Steve. Elle le sentait au plus profond d’elle-même ! Et elle se calma...
Kono venait de quitter Catherine. L’entrevue ne s’était pas passée exactement comme elle le souhaitait mais au moins, elle lui avait fait part de ses doutes. Comment celle-ci allait-elle réagir maintenant : poserait-elle la question à sa gynécologue ou ferait-elle l’autruche ? Elle soupira, très mal à l’aise. Et si Steve apprenait qu’elle savait que Catherine l’avait trompé et ne lui avait rien dit, comment le prendrait-il ? Et Kelly ? Se seraient-ils alors séparés en sachant qu’il y avait encore un espoir pour leur couple ? Toutes ces questions trottaient en elle et c’est tout naturellement qu’elle se gara devant chez Charlie qui l’accueillit avec un grand sourire, sourire qui s’effaça en voyant sa petite mine.
« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda-t-il, inquiet et il vit des larmes perler à ses yeux. « Kono, dis-moi ce qui te met dans cet état. »
« J’ai cru bien faire mais maintenant, j’en suis plus si sûre… »
Il la fit entrer et la regarda faire les cent pas dans la pièce, visiblement perturbée.
« Si tu t’asseyais, tu me donnes le tournis. » Son cœur se serra en voyant le regard perdu qu’elle lui adressa. Il tapota la place à côté de lui et elle finit par venir s’asseoir. Il posa alors une main rassurante sur la sienne.
« Un problème avec l’enquête ? »
« Non, non, ça n’a rien à voir... »
« Tu veux m’en parler ? »
Elle se pinça les lèvres et après un moment d’hésitation, se lança :
« J’ai... J’ai gardé un secret pour une amie et...et maintenant, il... il devient trop lourd à porter... »
40
« Ca a un rapport avec la conversation d’hier soir ? »
Elle le regarda, un peu surprise : « Tu... » commença-t-elle, hésitante et il poursuivit :
« Tu n’as plus été la même quand tu as appris comment se calculait une grossesse... »
Elle soupira et après encore un moment d’hésitation, lui confia : « Je pensais pas que garder pour moi ce qu’elle m’avait confié me mettrait dans ce pétrin mais maintenant qu’elle est enceinte, ça peut changer pas mal de choses... » Elle lui lança un regard anxieux et vit qu’il avait compris.
« Steve... » dit-il simplement. « Ca a un rapport avec sa paternité alors ? »
Elle se mordit la lèvre.
« Steve est ton ami et si je t’en dis plus, je te mets, toi aussi, dans... »
« En voyant ta réaction hier chez ton cousin, j’avais déjà deviné que quelque chose te tracassait à propos de cette grossesse. Tu ne fais que confirmer mes doutes. »
« Promets-moi de garder tout ça pour toi, Charlie ! Si jamais, ça se sait... »
« Je dirai rien » la rassura-t-il avant de lui demander : « Donc, Steve pourrait ne pas être le père. »
« Oui et les savoir si malheureux, lui et Kelly, me rend malade et je sais pas quoi faire ! Je reviens de chez Catherine mais sa réaction n’est pas celle que j’attendais vraiment. J’espérais la voir douter et... »
« Tu crois qu’elle pourrait ne rien dire même en sachant que t’es au courant ? »
« Je lui ai dit que cette fois, elle ne devait pas compter sur moi pour garder ce secret mais honnêtement, je ne sais plus quoi penser d’elle. Elle semble prête à tout pour garder Steve. »
« S’il y a une possibilité qu’il ne soit pas le père, il faut le lui dire ! »
« Moi ? Tu penses que je dois lui dire ? »
« Garder pour toi une infidélité est une chose qu’il pourra comprendre mais taire cette information en est une toute autre et si Catherine ne veut rien dire... »
« Oui mais s’il est effectivement le père, connaître la vérité anéantira toute chance pour eux de fonder une famille unie pour leur bébé. »
« C’est probable mais elle ne pourra s’en prendre qu’à elle...»
Kono soupira : « Je sais avec qui elle l’a trompé... » et après un moment de silence, lui demanda : « Est-ce possible de déterminer qui est le père alors que le bébé n’est pas encore né ? »
« Oui, c’est possible. Il suffit d'apporter des prélèvements de sang de la mère enceinte et du père potentiel pour confirmer ou exclure une paternité. »
« Je comprends pas. Tu as l’ADN de la mère mais pas du bébé... »
Il lui expliqua en gros : « Dans le sang de la mère circule l’ADN fœtal libre, c'est-à-dire non cellulaire et en l’extrayant, on a l’ADN du bébé que l’on peut alors comparer avec celui du père. »
« C’est fiable ? »
« A plus de quatre-vingt-dix-neuf pourcents, oui. »
« Donc, il faudrait un peu de sang de Catherine et de Steve ou de... »
« A la rigueur, si tu veux préserver son secret, elle pourrait faire le test avec le sang de son amant et s’il est négatif... »
« Il faudrait encore qu’elle lui en parle et je doute que... »
« Ou alors pousser Steve à en faire la demande. »
« Il a confiance en elle, il doit même pas se poser la question ! »
« Il faudrait alors peut-être l’amener à se la poser si Catherine ne bouge pas... »
« Oui mais comment sans rien dévoiler ? »
Elle réfléchit et ne vit qu’une personne susceptible d’y arriver et elle s’exclama, un peu ragaillardie : « Tu as raison et je sais qui pourra le faire ! »
De retour à leur domicile, Malia constata que son mari n’était toujours pas rentré. Elle lui envoya un sms et il l’appela :
« T’es revenue ? »
« Oui, je n’en ai pas eu pour très longtemps finalement et j’en ai profité pour passer déposer les poissons chez Kelly. »
« J’ai appris ce qui s’est passé chez Steve. Comment va-t-elle ? »
Elle lui raconta alors les dégâts que cette altercation avait eus sur la jeune femme.
« J’arrive pas à croire que Catherine ait pu aller jusque là, surtout après lui avoir dit que personne ne croyait en cette histoire de double personnalité ! »
« C’est une manœuvre d’une femme aux abois et ce n’est vraiment pas à son avantage. »
Chin soupira avant d’y repenser : « Je suppose que tu lui as rien dit à propos de son ex. »
« J’ai pas voulu en rajouter. J’espère simplement qu’il ne débarquera pas chez elle ce soir... »
« Steve se rendait chez elle. »
« Je sais pas si c’est une bonne idée mais ça me rassure quand même... »
« Je voudrais pas être à sa place. Le pauvre, il va plus savoir où donner de la tête » commenta tristement Chin.
« Tu penses rentrer aussi ? »
« Non, pas cette nuit mais Kono doit me relever à cinq heures demain. Je rentrerai dormir un peu avant de repartir. »
« Tu me manques déjà... »
« Toi aussi, mon coeur... »
Danny, de son côté, appela sa fille et ils parlaient depuis un petit moment quand Grace lui confia :
« J’ai plus envie d’une fête chez Oncle Steve pour mon anniversaire. »
« Tu te réjouissais pourtant d’amener tes copains et copines chez lui pour jouer sur la plage privée. »
« Je sais bien mais ils viendront samedi chez maman et on aura la piscine... »
« Et tu aimerais qu’on fasse quoi quand tu viendras dimanche ? »
« On pourrait pas juste faire un gâteau chez toi ? » demanda sa fille d’une voix hésitante.
« Si tu me disais tout... » et il entendit Grace soupirer avant de lui dire ce qu’elle avait sur le cœur :
« Tata Kelly viendra pas si ça se passe chez Oncle Steve. »
« C’est donc ça qui t’embête. »
« Et puis comme ça, on pourra inviter qui on veut... »
C’est Danny qui soupira : « Ecoute, ma puce, Catherine ne nous a rien fait et on ne peut pas demander à Oncle Steve de venir seul s’il est de nouveau avec elle... »
« Mais alors c’est tata Kelly qui viendra pas... » se plaignit la gamine.
« Elle sait à quel point tu tiens à ce qu’elle soit là et elle ne voudra certainement pas te faire de peine le jour de ton anniversaire mais t’as raison, il vaut mieux faire quelque chose chez nous plutôt que chez Oncle Steve. »
« Youpie ! » s’écria, toute contente, Grace. « Merci, Danno, t’es le meilleur papa du monde ! » Ce qui fit sourire son père. « Je lui dirai demain à l’école ! »
« Allez, je t’ai assez retenue comme ça et je voudrais pas me mettre ta mère à dos ni ta maîtresse si jamais, demain, tu t’endormais sur ton banc d’école. »
« Je dirai que c’est ta faute et tata osera rien dire » répondit en riant sa fille.
« Ca, j’en mettrai pas ma main au feu » rit à son tour son père avant de lui dire : « Bonne nuit, chaton. Fais de beaux rêves. »
« Bonne nuit Danno. »
« Je t’aime. »
« Moi aussi ! »
Et il raccrocha avec un pincement au cœur : ce qu’il s’apprêtait à faire le lendemain ne lui disait rien qui vaille malgré les propos rassurants de Steve, surtout à cause de ses propos rassurants ! Il essaya de se changer les idées et repensa au coup de fil de Steve : le fait qu'il passe la nuit chez Kelly était-il un bon ou un mauvais signe ?