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Un sentiment plus fort que la peur

Série : Hawaii Five-0 (2010)
Création : 08.12.2015 à 14h40
Auteur : lyne358 
Statut : Terminée

« Et si Steve perdait ce qu'il a de plus cher au monde... » lyne358 

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UN SENTIMENT PLUS FORT QUE LA PEUR 

 

1

 

Le vrombissement des moteurs est assourdissant et pour la première fois de sa vie, Steve regrette que les rotors de l’appareil qu’il pilote soient aussi bruyants. En même temps, il a poussé les machines à pleine puissance : jamais le trajet entre la Grande Île et O’Ahu ne lui a paru si long ! Il essuie la sueur qui lui coule dans les yeux et vérifie à nouveau tous ses écrans de contrôle : l’appareil est au maximum de ses capacités.

Se concentrer sur le pilotage, rien que le pilotage : altitude, vitesse, stabilité…. Il se raccroche à ce qu’il connait le mieux, à ce qui est familier, rappelle à lui les règles imposées par son instructeur, celle qu’il se récitait comme un mantra avant de s’endormir quand il avait décidé que les avions de chasse ne l’intéressaient pas et qu’il se sentait comme un poisson dans l’eau pourvu qu’il y ait des pales, un rotor… Il aimait le sifflement des grandes lattes dans le vent, tellement plus grisant que de simples moteurs de F16….

Rester concentré, rester concentré, fixer la ligne d’horizon sur laquelle il désespère de voir apparaître la terre ferme. Il consulte l’horloge de bord : 5minutes 32 secondes qu’il a décollé et pourtant ça lui parait une éternité, comme une vicieuse distorsion temporelle… Du genre de celles qui se produisent lorsque vous êtes sous l’eau et que vous savez que vous ne pouvez, que vous ne devez pas remonter à la surface : le chrono. Compter les secondes comme si c’était les gouttes d’une clepsydre… Son entraînement de Seal, se raccrocher à tout, n’importe quoi…

Se concentrer sur les battements de son cœur : trop vite, trop fort. Respirer : fort et calme. Il ferme les yeux un instant en se concentrant : ralentir les battements de son cœur, maîtriser la tension qui monte, rester lucide

Une brusque rafale de vent déstabilise l’appareil, requérant toute son attention : au loin il peut maintenant apercevoir la ligne sombre formée par l’île au ras de l’eau. La turbulence ballote l’appareil un bref instant et il ne peut s’empêcher de jeter un œil au corps inanimé sanglé sur le siège du copilote : la tête a basculé, sans vie, de longues mèches éclaboussées de rouge recouvrant le visage au teint crayeux.

Rester concentré ! Rester concentré ! Encore quelques minutes et il touche au but : la radio a lâché juste après qu’il ait lancé son message mais il a bon espoir que l’équipe de secours l’attende à l’héliport de l’hôpital. Garder le cap, maintenir la vitesse, garder l’esprit clair : ni fausse manœuvre, ni précipitation… Steve sent sa main trembler sur le manche et essuie à nouveau la sueur qui lui coule dans les yeux : Plus vite ! Plus vite !!

La jauge... Vérifier la jauge : il sait qu’il perd du carburant. Il sait qu’il y a largement assez pour faire le vol mais vérifier quand même, s’assurer de ne rien laisser au hasard, ne s’occuper de rien d’autre pour le moment, rester concentré, rester concentré…

Il s’essuie les yeux une fois de plus, sachant pertinemment que ce n’est pas de la sueur, mais il ne peut pas se le permettre : garder les idées claires, la tête froide. Sa main tremble encore sur le manche et il serre les dents : pas encore, pas encore ! Tenir ! Tenir encore quelques minutes, quelques secondes, ne penser à rien d’autres qu’à la côte qui se rapproche, à l’héliport de l’hôpital… L’alarme de la jauge se déclenche et il a l’impression d’être en plein cauchemar, comme lors de ces entrainements sur simulateur quand on programme un scénario catastrophe : « Préparez vous au pire : vous ne serez jamais déçus ! » avait coutume de dire son instructeur. Sauf que là ça ne va pas prendre fin une fois que l’appareil sera débranché. Sauf que là c’est la vraie vie. Sauf que là…

Tout d’un coup il aperçoit l’héliport : le chariot est déjà là, entouré par l’équipe médicale : Steve remercie le ciel et se concentre sur la manœuvre. Pas de fausse note : se poser en douceur en prenant garde aux rafales de vents. Stabiliser l’appareil, là… Doucement. Dou-ce-ment…. A peine les patins posés c’est un vrai tourbillon : il coupe les moteurs et balance son casque alors qu’une blouse blanche ouvre le cockpit coté passager pour tout de suite chercher un pouls à la carotide… Le sang qui éclabousse les blouses blanches… Tellement de sang… Sur le plancher de l’appareil, sur ses mains, sur le tee-shirt qui était beige ce matin… Steve descend et est pris d’un vertige quand il pose le pied par terre. La voix de la blouse blanche est couverte par le bruit des pales qui continuent à tourner, à moins que ça ne soient les battements de son propre cœur à l’intérieur de son crâne. Parce que son cœur à lui bat encore… Déchiré, en lambeaux, mais il bat… A tout rompre… A exploser dans sa poitrine…

Le corps est chargé sur le chariot, tout de suite perfusé, mis sous monitoring et dirigé vers l’ascenseur. Steve ne comprend pas comment ses jambes le portent encore mais il suit, comme attiré par un aimant. Dans la cabine il essaye de se raccrocher à ce que disent les blouses blanches mais il a l’impression de flotter en plein brouillard et ne comprend rien : au milieu du brouhaha subsiste un bip lancinant, auquel il se cramponne comme à une bouée de sauvetage. Bip. Bip. Bip… Bip… Steve a l’impression qu’il va sombrer quand les portes métalliques s’ouvrent : la lumière artificielle agresse ses pupilles, et le bip devient strident, continu, lui déchirant les tympans et le cœur : il sent qu’il la perd, qu’elle s’éloigne… Une main sur son bras, qui le retient tandis que le chariot passe les portes battantes au pas de course pour filer vers le bloc opératoire…

Ne l’emmenez pas, laissez la moi !

Il ne peut s’empêcher de tendre la main tandis qu’on le retient toujours avec force : une autre blouse blanche se dresse devant lui pour lui bloquer l’accès. Le poing qui vole, les phalanges qui craquent… Tout qui craque. La douleur qui l’envahit, partant de son poing pour irradier comme une flamme. Il tombe sur les genoux et se rend compte qu’il pleure. Il pleure sans honte, comme un enfant, à genoux dans ce couloir d’hôpital. Il pleure parce qu’il a peur. Peur comme ça lui est rarement arrivé dans sa vie. Peur d’avoir échoué. Peur de perdre un être si cher.


lyne358  (08.12.2015 à 14:48)

2

6 heures plus tôt…           

 

Ils avaient atterri tôt le matin sur la Grande Île et avaient aussitôt pris l’un des nombreux sentiers de randonnée qui faisaient le tour du Parc National des Volcans d’Hawaii : la veille Steve avait convaincu Kamékona de lui prêter son petit hélico pour la journée et Cath avait préparé les sacs à dos avec tout le matériel nécessaire pour passer la journée en montagne, y compris un piquenique pantagruélique car elle savait bien à quel point la marche peut creuser les estomacs des grands garçons…. La journée promettait d’être magnifique : aucun nuage dans le ciel, une légère brise qui rendait la chaleur matinale tout à fait supportable, et encore personne à l’horizon. Ils avaient commencé à marcher d’un bon pas en discutant de choses et d’autres et avaient bien sûr fini par se chamailler au sujet du Championnat de foot.

Vers midi ils s’étaient arrêtés pour déjeuner : essoufflés, ils admiraient le magnifique panorama qui s’étalait devant eux. Steve quitta un instant le paysage des yeux pour jeter un regard en coin à sa compagne : l’effort avait coloré ses joues et quelques gouttes de transpiration perlaient sur son front… Elle était rayonnante ! Le fil de ses pensées avait été interrompu par un gargouillement significatif et ils s’étaient installés pour manger. Steve avait largement fait honneur au casse croute avant de s’écrouler dans l’herbe pour une petite sieste digestive. Cath était venue s’allonger contre lui, la tête sur son épaule et il avait ronchonné comme quoi elle lui tenait trop chaud, sans pour autant bouger un cil pour se dégager. Ils étaient restés un long moment comme ça, sans une parole ni un mouvement, savourant simplement ces instants si rares de paix et de tranquillité à peine troublés par le cris des oiseaux et le bruissement des feuilles dans le vent. Somnolant à moitié, Steve était en train de se faire la réflexion qu’ils étaient dans un coin tranquille, un peu à l’écart du sentier, sans personne pour les déranger, et que éventuellement… Mais la sonnerie de son portable avait fini de le réveiller, provoquant un concert de grognements de la part de l’un comme de l’autre : elle n’en revenait pas qu’il n’ait pas coupé son téléphone au moins le temps de la rando mais elle s’était vite calmée en remarquant l’air alarmé de son compagnon : Wo Fat était à leurs trousses !?

Ils avaient repris le chemin de randonnée dans le sens inverse et au pas de course. Steve avait sorti son Sig Sauer du sac et lui avait expliqué rapidement que leur pire ennemi avait été repéré sur l’héliport d’Honolulu en train de subtiliser leur plan de vol pour la journée avant de sauter dans un appareil sans que la police ne puisse l’intercepter.

Tout était allé si vite : ils avaient fait le trajet en sens inverse aussi rapidement que la prudence le permettait, et comme il s’en doutait ils étaient attendus… Au détour d’un virage les coups de feu avaient éclatés. A couvert derrière un tronc, Steve avait répliqué, mais leur adversaire avait manqué son effet de surprise et prenait déjà la fuite. L’ancien Seal s’était aussitôt lancé à sa poursuite mais il était arrivé trop tard : sur la petite aire d’atterrissage le deuxième appareil décollait déjà et il avait juste eu le temps de sauter derrière l’hélico de Kamékona pour éviter une rafale de balles. Il s’apprêtait à monter dans le cockpit quand il s’était rendu compte que Cath n’était pas derrière lui : il avait perdu de précieuses secondes en hésitant entre partir à la poursuite de Wo Fat et rebrousser chemin mais un mauvais pressentiment lui avait étreint le cœur et il était reparti sur le sentier… Il n’avait pas mis longtemps à la retrouver : gisant inanimée en travers du chemin… Dans une marre de sang… Avec deux balles dans la poitrine…

 

Assis sur une chaise en plastique dans le couloir de l’hôpital, Steve fixe le sol blanc moucheté de gris : il aurait été incapable de dire depuis combien de temps il est là. Il n’arrive pas à reprendre prise. Même relever la tête est trop douloureux. Les médecins ont tenté de le raisonner pour qu’il se laisse examiner et qu’il ne reste pas dans le passage, avant de finalement le laisser là, sourd et abruti. Une infirmière est venue poser un verre d’eau à coté de lui mais il n’a même pas réagi. Il ne peut penser à rien d’autre qu’à Catherine. Catherine. Catherine…

 

1998

 

Steve poursuivait sa scolarité militaire et venait d’intégrer l’École des Officiers de la Navy : il rentrait tout juste de Hawaii où il était allé passer quelques jours avec sa sœur pour fêter ça avec leur père. John Mc Garrett n’était plus le même depuis bien longtemps mais heureusement Mary respirait toujours la joie de vivre : ils avaient vite déserté la maison familiale pour aller surfer et se promener dans les coins peuplés des souvenirs de leur enfance. Son père était fier mais distant : il avait compris sans besoin de paroles, mais ça avait été dur. Il savait tout ce qu’il attendait de lui, que l’excellence n’était pas une alternative et il ne s’était fixé qu’un seul but : sortir major de sa promo. Le Commandant White suivait sa formation de très près, il le savait, même si Joe restait discret et ne lui marquait jamais la moindre faveur, bien au contraire.

Heureusement dans cet univers formaté par l’armée et destiné à créer l’élite de la Nation il y avait ses potes : Freddy Hart, bien sûr, James Pitt dit Pittbull, Andrew Etson – Hotshots pour les intimes – et cinq ou six autres gars avec qui il s’entendait bien et allait boire une bière de temps et temps quand ils avaient quartier libre. Sinon il avait une réputation de grand sérieux, peut être un peu trop même : on savait qu’il était aussi intransigeant avec les autres qu’avec lui même, ce qui ne favorisait pas trop la camaraderie avec le reste de la promo.

Mais pour l’instant il essayait de se concentrer sur la formation théorique, aussi rébarbative soit-elle et s’est en se dépêchant pour ne pas être en retard à l’amphi qu’il y avait eu bousculade :

« Bon sang ! Tu peux pas… », avait-il lancé d’un ton sévère, mais le reste de sa phrase était restée coincée dans sa gorge face au regard noir plongé dans le sien. Il n’y avait eu que ça pendant ce qui lui avait semblé une éternité : il avait eu le sentiment de couler au fond d’un océan de velours sans aucune chance de retour, sans même l’envie de se raccrocher à quoi que ce soit mais juste se laisser glisser au plus profond de ces grands yeux braqués sur lui. Ce n’est qu’ensuite qu’il avait remarqué la bouche délicate, le petit nez retroussé, les quelques tâches de rousseur, une mèche brune qui s’échappait du chignon… Et les livres étalés partout par terre :

« Heu pardon, je ne regardais pas où j’allais… », avait-il balbutié en l’aidant à ramasser ses affaires.

« Pas grave ! », avait –elle rétorqué un peu sèchement avant de repartir dans la direction opposée et le laissant planté là, accroupi dans la coursive avec ses affaires éparpillées autour de lui : il avait tout de même eu la présence d’esprit de jeter un œil à la bande patro scratchée sur sa poitrine… ‘’ROLLINS’’. C’est Harty qui le tira de ses pensées en passant comme une flèche en direction de l’amphi :

« Hey on est en retard Mc Gaufrette ! »

Ca avait suffit à lui ramener les pieds sur terre car il détestait ce surnom que Freddy lui avait donné à cause de son gout immodéré pour les biscuits fourrés au chocolat : il avait promis de lui faire la peau le jour où il oserait l’appeler comme ça en public mais pour l’instant ça restait entre eux. Steve reprit ses esprits mais la vision de ce regard noir ne le lâchait pas et ce soir là il dût demander ses notes à Harty car lui même n’avait rien écrit de cohérent dans son cahier.

 

Elle aurait presque pu lui sortir de l’esprit : l’entraînement physique avait repris, et même s’il était dans une forme olympique les efforts demandés étaient rudes. Toute la section s’était retrouvée sur une pelouse sous les ordres de son Chef qui aboyait les consignes à la chaine ;

« Sur le dos : 50 abdos ! A plat ventre : 50 pompes ! Debout ! Hop ! Hop !... » Les exercices se succédaient sans leur laisser le temps de reprendre leur souffle. Ils se retrouvèrent tous sur les coudes, jambes tendues, le dos raide pour deux longues minutes de gainage : Steve fixaient les brins d’herbe en se concentrant sur sa respiration quand une voix attira son attention, une voix qui résonnait encore dans ses oreilles, même pour deux petits mots ! Il tourna légèrement la tête pour voir un trio d’élèves officiers féminins passer le long de la pelouse : il reconnut tout de suite la jolie silhouette mais avant qu’il n’ait eu le temps de s’attarder sur cette charmante vision, une paire de rangers vint boucher l’horizon :

« ALORS McGARRETT ! vociféra le Chef de section en le faisant sursauter, tu veux que je t’aide ?? On va voir si tu as la tête à l’entraînement ! Messieurs, 50 pompes supplémentaires pour lesquelles vous remercierez votre camarade ! ». Un grognement collectif accompagné de plusieurs regards furieux achevèrent de mortifier Steve qui essaya de se reconcentrer sur les exercices, sans grand succès : le souffle court, il sentit monter le point de coté qui allait lui pourrir la séance et finit par maudire cette fille en repartant vers le stade au pas de course.

 

Une réflexion de Joe White avait achevé de le recadrer et il se donnait à fond dans tout ce qu’il faisait. Il profitait même du peu de temps libre qu’ils avaient pour essayer d’améliorer son chrono sur le parcours d’obstacles. Un soir il avait attendu que la dernière section s’en aille et lui laisse le champ libre avant de se préparer par un rapide échauffement. La voix dans son dos l’avait fait sursauter :

« Ca te dérange si je viens m’entraîner avec toi ? Il y a largement de la place pour deux… » Elle se tenait devant lui avec assurance, et même la coupe du treillis n’arrivait pas à dissimuler ses jolies formes. Steve eu du mal à détacher ses yeux de ses longues jambes avant de bredouiller :

« Heu oui, heu… C’est à dire que non… Enfin… Pas de problème ! » Elle lui lança un grand sourire et il ne put s’empêcher de tressaillir.

« C’est quoi ton meilleur chrono ? », lui demanda-t-elle en achevant de le ramener à la réalité.

« Heu…3.34 ». Un haussement de sourcils appréciateur accompagna son hochement de tête :

« Pas mal… On part ensemble ? » Le défi le surpris et le revigora :

« Pas de problème ! ». Ils ‘alignèrent sur la ligne de départ, une main sur le chrono, et s’élancèrent à 3. Steve voulait battre son record ce soir là et il fit tout son possible pour rester concentré : il était rapide et maîtrisait bien les différentes techniques de franchissement mais sa corpulence le pénalisait. Il enchaîna les différents obstacles tout en gardant un œil sur sa rivale : autant elle devait manquer de force, mais elle était rapide et ses gestes étaient souples et gracieux : elle passait les obstacles comme un chat et il se rendit compte qu’il était sur le point de se faire distancer. Il accéléra un peu le rythme, conscient qu’il aurait été stupide de forcer au risque de se blesser deux semaines avant les tests mais son amour propre en avait pris un coup : sans s’en rendre compte il voulait tout simplement l’impressionner ! Il la rattrapa sur le mur, où elle était désavantagée par sa taille : la fin était toute proche ! Un dernier effort pour ramper sous les barbelés où pour le coup c’était lui qui était pénalisé, et ils franchirent la ligne d’arrivée, lui avec une très légère avance. Ils reprirent leur souffle, les mains appuyées sur les genoux et après quelques gorgées il lui tendit sa bouteille d’eau. Elle accepta avec un sourire avant de jeter un coup d’œil au chrono, pour éclater de rire. Il la regarda sans comprendre, en se disant simplement que c’était le plus joli rire qu’il avait jamais entendu et elle lui montra le cadran de sa montre : 3.34 !

« Woaw… » Il ne trouva rien d’autre à dire avant de regarder son propre temps : 3.29 ! Il était estomaqué : « Bon sang j’ai gagné cinq secondes ! » Elle le félicita d’une tape sur l’épaule :

« On dirait que ça te réussi de t’entraîner avec moi ! » Il ne sut quoi répondre, noyé dans le regard malicieux qu’elle lui lançait et hocha simplement la tête. Décidément cette fille ! Ils repartirent ensemble vers leurs quartiers. Il se gratta le front du pouce avant de lancer avec autant d’assurance que possible :

« Et heu, au fait… Je ne connais même pas ton prénom… »

« Catherine… Toi c’est Steven ? » Il hocha la tête :

« Mais je t’en prie, appelle moi Steve… »

 

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lyne358  (10.12.2015 à 15:44)

3

Du fin fond de son brouillard, Steve perçoit une voix familière et rouvre les yeux pour s’apercevoir qu’il pleure : le regard trouble, il remarque le reflet des néons dans ses larmes sur le sol.

« Hey Steve ! Steve ! Ho mon pote ! » La main sur son épaule le fait sursauter et il lève un regard hagard vers le visage amical penché sur lui. Il met quelques secondes avant de reconnaître Danny : il a rarement vu son coéquipier aussi inquiet, il s’en rend compte sans comprendre pourquoi avant que la réalité ne revienne le heurter de plein fouet : c’est comme s’il s’était endormi pour être réveillé par une douche froide et en une seconde il remonte le temps pour revenir au présent. Il est pris d’un vertige et ferme les yeux mais Danny le secoue violement :

« Aller mon frère, reste pas là, bouge toi ! ». Il l’attrape et le met sur ses pieds, puis le soutient en passant un bras sous ses aisselles. « Aller mon gros, Malia nous attend, viens par là… » Steve se laisse entraîner vers l’ascenseur : la présence de Danny a un effet apaisant et il ne peut s’empêcher d’appuyer son front sur la chevelure blonde. Tandis que l’ascenseur descend il respire l’odeur l’eau de Cologne si familière et ferme les yeux avant de sursauter :

« Cath ! »

« Olala doucement mon gars !! » Danny le retient tandis qu’il tend le bras pour atteindre les boutons avant de glisser au sol.

« Je peux pas la laisser… » murmure-t-il. Danny le secoue par les épaules et le force à le regarder dans les yeux :

« Steve ! Oh ! Calme toi ! Tu ne peux rien faire là ! Elle est toujours en salle d’opération… » L’ascenseur s’arrête et Danny l’aide à se lever pour le conduire dans une salle d’examen où Malia les attend. Steve se laisse tomber sur la table d’examen et cherche sa respiration : Cath… Il se rend compte qu’il pleure à nouveau… Il est incapable de remuer un cil et les larmes coulent à flot sur ses joues… Cath… Il a du mal à respirer, une douleur indicible dans la poitrine qui lui déchire le cœur à chaque souffle d’air qui passe dans ses poumons. Cath. Sa vision se brouille et il sent une paire de bras l’entourer et le serrer fort. Il enfouit son visage dans le cou de Danny et sanglote avec l’impression que ça ne va jamais s’arrêter… CATH !

 

1999           

 

Steve rentrait juste de sa première mission, remplie avec succès pour la plus grande fierté de toute la section. En plus il venait de passer son brevet de pilote d’hélico qu’il n’avait pas eu le temps de valider avant de partir : c’est donc pour faire la fête que tous les gars étaient sortis ce soir là. Steve et ses potes faisaient un peu bande à part dans le bar : ils avaient pris une table dans un coin pour être tranquilles avec Pitbull et Hotshots. Et Harty… Les deux gars avaient mis un peu de temps avant de retrouver leur complicité… Il faut dire que Steve n’avait pas du tout digéré que son meilleur ami lui grille la politesse pour inviter Rollins au bal de promo !

Dans les mois qui avaient suivi leur rencontre, ils s’étaient croisés à plusieurs reprises, et finalement il arrivait à aligner plusieurs phrases intelligentes sans bafouiller devant elle. Devant ses potes bien sûr il jouait au gros dur : jamais au grand jamais il n’aurait avoué avoir le béguin pour elle ! Seul Harty avait remarqué son petit manège et avait commencé à le chatouiller sur le sujet : Steve s’était défendu en prétendant qu’il appréciait juste de s’entraîner avec elle car s’était la tête de liste du tableau féminin et qu’elle était un peu plus intelligente et avait plus de conversation que les autres mais son pote avait insisté… Insisté au point de faire de la provoc et de le défier… Au point de lui demander si ça ne le dérangerait pas que lui l’invite au bal de promo. Steve s’était retrouvé coincé et n’avait pas voulu céder, se raccrochant à l’espoir que son pote se mangerait un râteau : espoir cruellement déçu !! Il était allé au bal de promo seul, et encore ! Contraint et forcé par Pitbull et Hotshots qui ne comprenaient pas comment c’était possible de rater cette soirée… Une des pires soirées de sa vie : la première chose qu’il avait repéré en arrivant c’était le couple assis à une table au fond : Catherine était à tomber par terre, sa fine silhouette drapée dans un fourreau de soie noire, légèrement maquillée et les cheveux relevés en chignon pour dégager son cou de cygne. Il avait failli faire demi tour mais les gars l’avaient retenu et Harty l’avait remarqué : sanglé dans son spencer son ami n’en menait pas large, il s’en était rendu compte, mais il n’avait rien fait pour arranger les choses et avait finalement passé la soirée à picoler avec les autres…

Son meilleur ami avait mis du temps à se faire pardonner et puis Steve avait fini par se dire que c’était ridicule de se prendre la tête pour une nana qu’il aurait vite oubliée.

Mais à ce retour de mission quand il la vit entrer dans le bar avec un groupe de filles il comprit tout de suite qu’il n’était pas prêt, mais alors pas du tout prêt de l’oublier… A des années lumières même. Son sourire, les fossettes qui se creusaient dans ses joues quand elle riait, l’éclat de son regard… Un coup de coude de Harty le ramena à la réalité tandis qu’ils observaient les filles au bar :

« Hey camarade, tu vas quand même payer ta tournée, non ?? ». Steve le dévisagea, interdit, avant de comprendre : ils échangèrent un regard complice sans que les deux autres ne saisissent de quoi il s’agissait et Steve approuva pour se diriger aussitôt vers le bar commander à boire pour toute la table… Il s’appuya sur le zinc à coté de Catherine et fit mine d’attendre le barman :

« Hey, salut Steve… » Une fois de plus son sourire malicieux faillit le laisser sans voix :

« Catherine, quelle bonne surprise ! Qu’est ce que tu fais là ? ». Elle l’avait dévisagé d’un air navré :

« Probablement la même chose que toi ! ». Steve s’était gratté le front du pouce en cherchant désespérément un truc intelligent à dire :

« Heu, je peux t’offrir quelque chose ? C’est ma tournée en fait… »

« Oh… Un truc à fêter ? » Ca y est il était encore en train de se noyer : il fallait absolument qu’il arrête de la regarder dans les yeux !

« Heu, ben… Retour de mission et mon brevet pilote… » Elle lui décocha une petite moue admirative :

« Félicitation alors… Mais je regrette – elle désigna la table où ses copines s’étaient installées – une autre fois peut être ? »

« Ah… Heu… Demain ? ». Il se mordit la lèvre, conscient de la bêtise qu’il venait de sortir.

« Un lundi soir à moins d’une semaine de mes examens… - elle fit mine de réfléchir avant de faire une grimace narquoise – mauvaise idée ! »

« Alors, heu… Après ? » Il se rendit compte qu’elle était sur le point d’éclater de rire et se rembrunit : « Enfin, c’est comme tu veux… »

« On verra… » Elle lui lança un dernier sourire avant d’attraper les bières pour sa table.

« Ouai, c’est ça, on verra… », rétorqua-t-il en regrettant aussitôt la sécheresse de son ton. Il se maudissait de sa maladresse quand une voix tonitruante le rappela à l’ordre :

« Alors Mc Garrett, ça vient cette tournée ?? Les mouettes ont pied là !! »

Il avait passé le reste de la soirée avec ses potes en essayant de profiter de ce moment de détente, mais son regard était systématiquement attiré par l’autre table, bien conscient qu’il allait servir d’attraction aux filles et ça le mettait de mauvaise humeur rien qu’à l’idée d’être la risée de l’école. Finalement, à l’heure de rentrer comme le bar se vidait, il avait laissé les autres partir devant : Catherine finissait de régler son ardoise au bar.

« Hey est ce que… Enfin… Tu veux que je te raccompagne ? » Elle le regarda pendant ce qui lui parut une éternité avant de sourire gentiment :

« J’ai l’air d’avoir besoin d’un garde du corps ? » Il haussa les épaules en essayant de garder sa feinte assurance :

« Je proposais juste ça comme ça… Mais je voudrais pas déranger… » Ils sortirent ensemble du bar et prirent le chemin de l’internat. Il lui jeta un regard en coin et enfonça ses mains dans ses poches : elle semblait sur le point d’éclater de rire :

« Après tout il semblerait qu’on aille au même endroit, non ? Alors à moins que tu ne veuilles qu’on fasse la course… » Il sentit un poids s’envoler de sa poitrine et cala son pas sur le sien : à ce rythme, les deux kilomètres n’allaient pas durer longtemps !

En fait ça lui avait parut une éternité car il ne savait pas quoi faire : il ne pouvait s’empêcher de se rapprocher d’elle, de frôler son bras sans en avoir l’air, de respirer discrètement son parfum au jasmin… Elle ne semblait pas se rendre compte de son manège et quand ils se retrouvèrent devant l’internat, face à face, il perdit définitivement toute assurance : elle le regardait simplement, plantée devant lui avec son petit sourire malicieux et lui il restait là, les mains dans les poches, à retourner trois cailloux du bout du pied. De toute façon il n’avait pas le choix, il fallait bien qu’il se lance !!

« Ecoutes, heu… Je sais pas trop…- il n’osait même pas lever les yeux vers elle de peur que le peu de courage qui lui restait ne l’abandonne – Enfin, disons que je suis pas très doué pour, heu… »

« Pour ? » Il la regarda enfin pencher la tête sur le coté, l’air interrogateur : « Au contraire il me semble que tu es un garçon plutôt doué… » Il sourit, totalement sous le charme :

« Oui, merci, enfin, Heu… Disons que c’est pas non plus le genre de choses qu’on trouve dans le manuel ! » Son air dubitatif acheva, s’il en était besoin, de le convaincre qu’il était en train de s’enterrer lamentablement : il se sentait complètement démuni, sans défense face à se profond regard noir ! Alors, dans un éclair de géni il se souvint d’un conseil de Joe : ‘’La meilleure défense, c’est l’attaque !’’. Aussi, avant qu’elle n’ait le temps de lui demander à quoi il faisait allusion exactement, il se pencha vers elle, saisit délicatement son visage entre ses mains et l’embrassa. Passé le premier mouvement de surprise, elle avait noué ses bras autour de son cou pour lui rendre son baiser et ils étaient restés enlacés pendant ce qui lui avait parut à la fois une éternité et une seconde. Quand leurs lèvres se séparèrent enfin il n’osa même pas ouvrir les yeux, respirant pleinement son parfum.

« Tu aimes vivre dangereusement toi ! », murmura-t-elle. Il sourit :

« Mon père m’a appris que parfois il vaut mieux demander pardon que permission ! » Son rire lui donna des frissons :

« Le dernier qui s’y est risqué ne serait sûrement pas d’accord avec toi ! »

« Ah… » Il plongea son regard dans le sien sans plus aucune appréhension :« Il faut croire que j’ai de la chance alors… Beaucoup de chance ! » Et il l’enlaça à nouveau pour l’embrasser.

 

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lyne358  (12.12.2015 à 10:37)

4

Steve se laisse examiner par Malia sans protester : sous le regard inquiet de son coéquipier il se sent comme une poupée de chiffon. Il sait qu’il va bien… Médicalement parlant… Comment expliquer à un médecin, quand bien même il s’agit d’une amie, que c’est son cœur qui lui fait mal. Qu’il n’a pas d’hémorragie mais que ça saigne à l’intérieur… Il préfère fermer les yeux mais il a l’impression de tourner en rond, que son esprit est comme un oiseau mis en cage qui se cogne frénétiquement aux barreaux en cherchant la sortie… En fait il ne peut pas, il ne veut surtout pas penser… A rien… Ni au pire, ni à l’espoir… A rien… Il entend les voix de Danny et Malia comme à travers du coton, sans pour autant comprendre le moindre mot :

« …Pas même une contusion…  complètement catatonique !... légèrement déshydraté… état de choc… »

De toute façon ça n’a pas le moindre intérêt à ses yeux. Rien n’a d’intérêt. Sauf… Il lutte pour ne pas y penser, il essaye de respirer à fond, de briser cet étau qui lui enserre la poitrine mais sans succès. Les larmes lui montent à nouveau aux yeux. Il a l’impression d’avoir du plomb dans l’estomac. Du plomb à la place des papillons….

 

1999

 

Cette nuit là, il l’avait laissée devant le bâtiment des filles après un long, un très long baiser et avait regagné l’internat des gars au pas de course : en fait il aurait été capable de courir dix kilomètres sans le moindre effort ! Il se sentait léger, avait envie de rire à en réveiller tout le camp, il ne s’était jamais senti aussi bien ! Il avait l’impression d’avoir des papillons dans l’estomac et débordait d’énergie, un peu comme quand, après un long effort, l’endorphine commence à couler dans vos veines et vous donne la force de continuer. Un peu comme la poussée d’adrénaline qui augmente l’acuité de tous les sens au moment de passer à l’action… Il songea avec humour qu’il n’y a pas que Redbull qui donne des ailes, et cette nuit là, il eu toutes les peines du monde à s’endormir. Le lendemain aux aurores il se réveilla dans une forme éblouissante, malgré les deux petites heures de sommeil qu’il avait grappillées : ça avait été un sommeil de bienheureux.

Cette semaine là était passée à la vitesse de la lumière et Steve avait dû faire des efforts qui lui avaient parus surhumains pour redescendre de son petit nuage : Harty ne lui avait pas épargné les coups de coudes dans les côtes ou les coups de rangers sous la table pour lui éviter les ennuis, mais il suffisait qu’ils se croisent, même de loin, et qu’ils échangent un simple regard pour qu’il se sente à nouveau parcouru par un frisson et se mette à sourire bêtement :

« Toi mon gars, si le Chef te voit sourire comme ça tu vas encore te faire bénir pour les pompes supplémentaires qu’on aura gagnées grâce à toi ! », lui avait lancé Harty pendant le footing du matin. Steve avait haussé les épaules :

« C’est pas interdit par le manuel de sourire ! »

« Mais ça va pas bien chez toi ? Qu’est ce qui…  Oh attend ! Laisse moi deviner ! – Freddy lui avait lancé un regard moqueur – C’est la petite Rollins, hein ? »

« Ben quoi ? »

« Non ! Non ! Non ! Fais pas l’innocent ! J’ai bien vu que tu trainais en arrière l’autre soir : tu l’attendais, hein ? «  Steve lui avait dédié son air le plus hypocrite :

« Je ne vois pas du tout de quoi tu parles ! » Et il avait accéléré le rythme jusqu’à le distancer… Sous ses airs de gros dur Harty avait tout de suite compris que là, Steve ne serait pas simplement chatouilleux et il ne l’avait plus asticoté sur le sujet : il lui avait simplement recommandé de faire attention… Mais quand Steve avait une idée en tête il n’y avait rien à faire : il prétendait tenir ça de son père. Aussi, le samedi suivant il avait attendu Catherine à la sortie de la salle d’examens : il ne pouvait s’empêcher de se grignoter les ongles car ils n’avaient pas eu le temps de se reparler depuis ce fameux soir, mais le visage de la jeune femme s’éclaira quand elle le reconnut, le rassurant aussitôt :

« Steve, salut ! »

« Alors comment ça s’est passé ? » Ils restaient face à face, bien conscients qu’il était hors de question d’échanger le moindre geste affectueux en public, se contentant de sourire. Elle haussa les épaules :

« Pas trop mal je pense… C’est gentil de t’en soucier… »

« Bah je ne me fais pas de soucis : tu es bien partie pour sortir major de ta promo ! » Elle lui colla un petit coup de coude :

« Toi aussi à ce que je sais ! » Il lui sourit et se gratta le front du pouce :

« Au fait heu… Maintenant que tes exams sont passés on pourrait peut être sortir ? » Elle le dévisagea avec son habituel petit sourire malicieux :

« C’est une invitation officielle ?? » Steve se mit au garde à vous, le regard fixe :

« Oui Madame ! » Elle éclata de rire et fit semblant de réfléchir pour le taquiner avant d’acquiescer :

« Tu passes me prendre à 20 heures ? »

Sur les conseils de Harty, qui faisait semblant d’être désespéré et cherchait sur internet un enregistrement du Requiem de Mozart pour la circonstance, il avait réservé une table dans le meilleur hôtel-restaurant du coin. Il vérifia cent fois sa chemise blanche d’uniforme et sa veste de costume, hésita dix minutes sur la cravate avant d’y renoncer, puis se demanda s’il n’en faisait pas un peu, voire beaucoup trop… Assis sur son lit, il gambergeait sur fond de musique classique sinistre quand Harty entra dans leur chambre en lui lançant un trousseau de clés :

« C’est quoi ? »

« La voiture de Hotshots ! Je lui ai dit que c’était pour moi, histoire que tu ne sois pas la risée de toute l’école Roméo ! » Steve afficha un sourire reconnaissant mais crispé qui le fit éclater de rire ! «  Bon sang détend toi mon gars ! On dirait un jouvenceau à sa première boum ! C’est qu’une fille… »

« Pas celle là, Harty… » Les deux camarades échangèrent un long regard et l’autre hocha la tête :

« Je vois : c’est un cas désespéré alors ? », demanda-t-il pince sans rire. Steve hocha la tête à son tour avant de regarder sa montre :

« Faut croire ! Aller : je file ! » Freddy se mit au garde à vous et salua militairement :

« Adieu camarade ! »

Malgré les efforts de son ami pour le détendre, Steve n’en menait pas large en allant frapper à la porte de Catherine et quand elle lui ouvrit il resta bouche bée.

« Salut Steve… Heu ? Un souci ? » Elle avait juste mis une petite robe… Une robe qui soulignait ses formes parfaites et dévoilaient juste ce qu’il fallait de ses longues jambes… »

« C’est que… Heu… Tu es… Vraiment ravissante ! » avait-il balbutié. Elle avait éclaté de rire :

« Si c’est ma tenue qui te met dans cet état, je passe un jean et un tee-shirt tout de suite ! »

« Non ! Non !, avait-il protesté. Tu es… Parfaite ! » Elle lui avait alors lancé ce sourire qui le faisait fondre et était venue passer ses bras autour de son cou pour déposer un léger baiser sur ses lèvres.

Ils avaient passé une très bonne soirée : après le premier moment de gêne Steve s’était détendu et profitait de chaque seconde. Ca pouvait paraître si simple, de dîner avec une jolie fille dans un super resto, mais pour lui c’était particulier : avec Catherine il se sentait lui même. Bien sûr il essayait de paraître à son avantage, mais au fond il savait qu’il n’avait rien à lui prouver : sa façon de plonger son regard au plus profond du sien le mettait à nu, ce qu’il n’aurait supporté de la part de personne d’autre mais pour elle il n’avait rien à cacher. Ils avaient parlé de tout et de rien, de leur scolarité, de leurs chefs, de leurs familles… Steve lui avait parlé de sa sœur qui lui manquait… Aussi de sa mère et à la façon dont elle avait posé sa main sur sa joue, sans pitié mais avec une sincère compassion il avait compris qu’à elle il pouvait tout dire : elle ne le jugerait pas mais serait là pour lui.

Après le repas ils étaient sortis dans le jardin désert qui jouxtait le restaurant pour s’assoir sur un banc. Steve l’avait prise dans ses bras et serrée contre lui pour l’embrasser encore, et encore… Puis elle s’était blottie contre lui avec un soupir de bien être :

« Toi je ne sais pas, mais moi je n’ai pas du tout envie de rentrer : je pourrais rester là toute la nuit ! », avait-elle murmuré, le nez dans son cou. Il se racla la gorge : son souffle le chatouillait mais c’est autre chose qui le gênait :

« Et bien, heu… Ca pourrait s’arranger… » Elle s’était redressée pour le dévisager avec un air interrogateur et il ne put s’empêcher de grimacer : «  En fait, comment dire ? J’ai fait un truc stupide... Tu vois, je me suis dit que peut être que ce soir en arrosant ton diplôme je ne serais pas forcément très sobre pour repartir… » Elle pencha la tête en esquissant un début de sourire malicieux :

« Et donc ? » Il se mordit la lèvre et croisa les doigts avant d’avouer :

« J’ai réservé une chambre, au cas où… » Elle sourit franchement avant de se serrer contre lui, son visage tout près du sien :

« C’est pas stupide, bien au contraire… C’est… Très raisonnable ! Même si tu n’as bu qu’un verre de vin… » Il ne pût s’empêcher de se gratter le front du pouce :

« C’était juste au cas où… »

« Et au cas où je n’aurais toujours pas envie de rentrer ? » Le regard qu’elle lui lança était vraiment sans équivoque et il frissonna malgré la douceur de la nuit :

« Alors j’ai toujours rêvé de faire un truc super romantique ! » Et sans prévenir il la souleva, passant son bras sous ses jambes pour l’enlever comme une princesse. Elle s’accrocha à son cou avec un cri de surprise avant d’éclater de rire. Il la serra un peu plus fort avant de l’embrasser tendrement…

« C’est vraiment le truc le plus romantique qu’on ait jamais fait pour moi… », murmura-t-elle avant de lui rendre son baiser.

 

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lyne358  (14.12.2015 à 09:32)

5

 

Steve est resté un long moment dans la salle d’examen, assis sur la table, les pieds ballants et le dos vouté. On lui a appris toute sa vie à se tenir droit, la tête haute… Tout petit déjà ses parents insistaient là dessus… Un pli encore renforcé par l’armée : l’allure martiale de l’officier ne tolère pas le moindre laisser-aller, et il a toujours tenu à être un officier exemplaire, irréprochable : toute sa vie il a visé l’excellence dans tout ce qu’il fait… Ou presque… Et il a tout de suite compris ce qu’il allait devoir sacrifier pour y parvenir : « L’armée est une maîtresse exigeante ! », lui avait confié Joe une fois… Et elle ne méritait pas ça non… Elle n’avait jamais mérité ça… Et pourtant elle l’avait accepté. Elle l’avait voulu, même… « Ca fait partie du paquetage ! », affirmait-elle avec humour. Steve se sent vide. Vide et en même temps lourd de culpabilité : tout ça c’est sa faute… Il aurait aimé prendre ces deux balles à sa place : il ne l’a même pas défendue, il n’a pas su la protéger… Elle est tellement fragile… Elle s’en défend, bien, sûr ! Elle est Officier de la Marine Américaine, major de sa promo, excellents états de service… Et pourtant si fragile… Si courageuse qu’on a tendance à l’oublier… Le visage si fin aux traits crayeux revient s’imprimer dans sa mémoire et il tente désespérément de se raccrocher à autre chose, son sourire, ses fossettes quand elle rit, le son de sa voix, la douceur de sa peau… N’importe quoi d’autre que se visage sans vie qui porte tous ses reproches. Il sent les larmes couler de nouveau sur ses joues et deux bras familiers viennent l’entourer :

« Danny… C’est ma faute…» Aucun autre mot ne peut franchir la barrière de ses lèvres et il se retrouve à sangloter dans les bras de son ami sans plus pouvoir d’arrêter. Des torrents de larmes qui le vident de toute énergie et pourtant il se sent de plus en plus lourd, comme si tous ses tords, son chagrin et ses regrets venaient peser de tout leur poids sur ses épaules. Danny le berce comme un enfant en lui murmurant des paroles apaisantes auxquelles il ne comprend rien… Il a peur, tellement peur… Il n’a probablement jamais été aussi terrifié de sa vie…

 

1999           

 

Il l’avait portée jusqu’à la chambre et avait même réussi à ouvrir la porte d’une seule main pour venir la poser délicatement sur le lit : elle était restée accrochée à son cou pour l’embrasser et ils avaient passé un long moment enlacés. Puis elle avait glissé ses doigts dans les premiers boutons de sa chemise pour commencer à les défaire et il n’avait pu s’empêcher de frissonner : dans la pénombre, les grands yeux noirs ne le lâchaient plus du regard et jamais il n’avait vu une telle flamme, vive et brillante. Il laissa sa veste et sa chemise glisser à terre avant de l’attirer vers lui : sa petite robe fermait par une longue rangée de petits boutons et il ne put s’empêcher de se demander si elle ne l’avait pas fait exprès… Elle posa simplement ses mains sur ses épaules avec un regard de velours et le laissa commencer à défaire les boutons un par un. Il avait presque envie de fermer les yeux pour prolonger cet instant. Il défaisait chaque bouton délicatement, l’un après l’autre, en prenant tout son temps. Elle avait glissé ses doigts dans ses cheveux et se laissait simplement déshabiller. Quarante-cinq boutons. Quarante-cinq, qu’il avait soigneusement comptés en essayant de ne penser à rien d’autre. Doucement, en laissant monter l’impatience, comme on déballe certains cadeaux dont on sait qu’ils sont fragiles mais tellement beaux. Il avait fait semblant d’en rire mais en réalité cette nuit là il avait eu peur : l’impression de s’aventurer en territoire inconnu, la certitude que le moindre faux pas lui couterait cher… L’impression que tout ce qu’il connaissait ne serait plus jamais pareil… Et sa famille, ses amis, l’armée… Tout cela vola en éclat à la seconde même où sa peau toucha la sienne, et alors il n’y eu plus qu’eux… Et l’émerveillement…

Elle ne l’avait jamais su mais quand elle s’était endormie il avait versé quelques larmes sur l’oreiller avant de se blottir contre elle. Des larmes de rage car il savait que ça n’était tout simplement pas possible. Il n’en avait pas le droit… Il était furieux… Furieux de devoir sacrifier ce qui lui était arrivé de plus beau par ce que sa vie ne lui appartenait pas et qu’il avait choisi de l’offrir à son pays. En colère parce qu’il la voulait pour lui, pour lui tout seul et qu’en même temps elle ne méritait pas ça… Elle méritait tellement mieux ! Et là dans le noir, serré contre elle, encore enivré par la douce odeur de jasmin, il aurait donné tout ce qu’il avait pour être quelqu’un d’autre, et pas un jeune officier qui allait bientôt repartir en mission…

Il ne s’était endormi qu’au petit matin, bercé par la respiration douce et régulière de la jeune femme, mais c’est avec la sensation d’émerger d’un rêve qu’il ouvrit les yeux le lendemain : dans la pénombre, deux grands yeux noirs le fixaient avec toujours cette petite lueur malicieuse :

« Aloha… C’est comme ça qu’on dit à Hawaii ? » Steve tressaillit quand elle vint se lover contre lui pour déposer un baiser dans son cou et il ferma les yeux, comme pris d’un vertige :

« En fait je suis encore en train de rêver, c’est ça ? » Elle ne put s’empêcher d’éclater de rire :

« À ton avis ?! » Il l’enlaça étroitement en plongeant son regard dans le sien :

« C’est que ça fait des semaines que je fais ce même rêve… » expliqua-t-il avant de l’embrasser tendrement…

Quelques heures plus tard, après s’être rendormis, ils s’éveillèrent dans les bras l’un de l’autre en souriant :

« Bon, tu as fini de rêver maintenant ? », lui demanda-t-elle en le taquinant.

« C’est obligé que ça se termine ? », murmura-t-il sans même ouvrir les yeux. Il regretta aussitôt sa phrase et ce qu’elle sous entendait mais elle le pris avec philosophie… Ou plutôt ce fut lui qui prit un oreiller en pleine tête ! Un peu sonné et encore mal réveillé il tenta de la ceinturer mais elle esquiva en souplesse : chacun posté d’un coté du lit ils s’affrontèrent du regard avant de se jeter l’un sur l’autre en riant. La couette et les oreillers volèrent et ce qui était au départ une plaisanterie finit par tourner à l‘entraînement au corps à corps agrémenté d’une séance de chatouilles. Au bout d’un quart d’heure, des coups frappés au mur voisin interrompirent leur jeu et ils s’écroulèrent cote à cote sur le matelas, essoufflés et les joues rouges :

« Tu sais que tu manques un peu de souplesse ? » le taquina-t-elle.

« Tout le monde ne peut pas être un chat… Cath ! », rétorqua-t-il. Elle sourit en entendant ce nouveau surnom et lui égratigna le bras du bout des ongles :

« Il va falloir que tu sois sage alors, si tu veux que je fasse patte de velours ! » Il se tourna vers elle pour l’enlacer :

« Mais je suis toujours sage comme une image moi ! » Et il l’avait serrée contre lui pour l’embrasser encore.

Ils avaient passé la journée ensemble à flemmarder, puis à se promener avant de regagner le camp : Steve s’était garé à quelques distance de l’entrée pour qu’ils puissent se dirent au revoir en toute intimité. Blottie contre lui elle semblait vouloir faire durer ce moment jusqu’à n’en plus finir mais il ne put s’empêcher de soupirer : l’ombre qui voila son regard attira tout de suite l’attention de la jeune femme :

« Quelque chose ne va pas ? » Il n’osait pas la regarder dans les yeux et son visage était agité d’un tic nerveux. Elle posa une main sur sa joue :  « Hey… » Il poussa un autre soupire avant d’avouer :

« J’ai l’impression d’être un peu comme Cendrillon avant des douze coups de minuit : je sais qu’il ne me reste plus que quelques instants avant que je ne me réveille pour mettre fin au rêve… » Elle hocha la tête en le regardant pensivement :

« Alors c’est ça ? Juste un rêve et après c’est fini ? »

« Bon sang Cath, on n’est pas dans un film pour midinettes ! », ne put-il s’empêcher de protester. « Tu sais bien que c’est pas possible ! Je repars en mission à la fin de la semaine, et toi aussi tu vas partir… Franchement… »

« Et alors ? », lança-t-elle d’un air bravache.

« Et alors ?  - il aurait presque eu envie de la gifler - Ecoutes… tu mérites mieux que ça, non ? ». Mais son air furieux lui fit vite comprendre que c’est plutôt lui qui risquait de prendre sa main dans la figure :

« Mieux que quoi ? Que ce qui me fait envie ?? Je suis peut être libre de décider moi même ? A moins que pour toi ça ne soit qu’une histoire d’un soir… » Elle se rencogna contre la portière en croisant les bras.

« Tu sais bien que non !!! » protesta-t-il violement. Cath…Tu es la fille la plus extraordinaire que j’ai jamais rencontré… Tu ne comprends pas ?? »

Elle le dévisagea un long moment

« Non je ne comprends pas ! » Alors elle descendit de voiture en claquant la portière et se dirigea d’un pas déterminé vers l’entrée du camp. Il mourrait d’envie de la retenir au point d’en avoir les larmes aux yeux, mais au fond de lui il savait que c’était la meilleure chose à faire… Il espérait juste qu’avec le temps il ne regretterait pas ce choix qu’il avait fait pour tous les deux…

 

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lyne358  (16.12.2015 à 10:21)

6

Du fin fond de son brouillard, Steve lutte avec ses souvenirs… Peut-on jamais savoir si nos choix ont été les bons ? S’il pouvait revenir en arrière, agirait-il différemment ? Est ce que ça aurait changé quelque chose ? Soudain, il reprend conscience, harponné par quelques mots prononcés dans le couloir :

« Mademoiselle Rollins... Salle de réveil… » Il bondit si vite qu’il trébuche et manque de s’étaler par terre pour atterrir à nouveau dans les bras de Danny qui le rattrape de justesse :

« Olà ! Doucement mon vieux ! »

« Catherine ? Où est Catherine ? Comment va-t-elle ? », balbutie-t-il d’un air hagard. Malia pose une main apaisante sur son épaule :

« Elle vient de sortir du bloc et ils l’ont montée en salle de réveil… Viens, on t’y emmène si tu veux… » Steve hoche la tête, la gorge nouée par l’angoisse : la tête lui tourne encore et il est obligé de s’appuyer sur Danny pour ne pas perdre l’équilibre tandis qu’ils montent dans les étages… L’équilibre. Leur équilibre… Si particulier… Si spécial… Unique…. Improbable… Et pourtant ils avaient joué aux funambules pendant toutes ces années ! Dieu sait si ce n’était pas ce qu’il voulait, et pourtant, ce choix s’était imposé à lui…. A eux…

 

2002

 

La tête posée sur sa poitrine il avait fermé les yeux et longuement respiré son parfum au jasmin. Ils reprenaient lentement leur souffle dans ce peau à peau sensuel, cheveux ébouriffés et jambes emmêlées… Il pouvait entendre son cœur battre à tout rompre :

« Tu sais que c’est une grosse bêtise quand même ? », avait-il murmuré. Elle l’avait foudroyé du regard.

Pendant les deux années qui avaient suivi sa sortie de l’école, il avait tout fait pour l’oublier et s’endurcir face à cette décision. Au fil du temps il avait réussi à se forger une vraie carapace : les entrainements, les missions, les stages d’aguerrissement…Il ne s’épargnait rien et travaillait dur, plus dur que tout le monde pour être le meilleur et le rester. Il était sorti major de sa promo, avec Harty juste derrière lui, et les deux gars se serraient les coudes pour mériter l’estime de leurs chefs. Ils étaient devenus inséparables et, si pour tout le monde Steve était devenu une sorte de machine de guerre, seul Freddy savait qu’au fond, bien cachée sous l’armure il y avait une blessure encore ouverte. Mais aux autres, Steve ne laissait voir que l’image d’un roc : il était le premier sur le terrain le matin, et le dernier à partir. Rapidement nommé chef de section, il menait toute son équipe d’une main de fer : il était juste mais intransigeant et exigeait le maximum que chacun pouvait donner… Quant à elle, il l’évitait soigneusement. Autant que faire se peut. Sortie de l’école un an après lui, elle s’était orientée vers les renseignements de la Navy alors que lui avait choisi les Seals… Mais c’était inévitable qu’ils se croisent sur des théâtres d’opération communs. Au début il gardait ses distances et essayait de l’ignorer tant bien que mal, et puis il s’était laissé aller : venir la saluer, échanger quelques mots… Il n’y avait pas de mal à cela ! En fait il avait tout simplement baissé la garde sans s’en rendre compte… Il était persuadé qu’elle lui en voudrait, mais elle avait fait comme si rien ne s’était jamais passé, et il s’était laissé replonger dans son regard malicieux. Et puis c’était plus fort que lui : il avait envie d’être avec elle, de passer du temps en sa présence. Dans son univers de rigueur c’était comme une bouffée d’air frais, une façon de déposer un peu l’armure quand elle commençait à devenir trop lourde : il avait le sentiment que, avec Harty, s’était la seule personne avec laquelle il pouvait se laisser un peu aller, être lui même sans avoir rien à prouver…

A chaque rencontre au fil des mois il passait un peu plus de temps avec elle, et même si elle ne faisait jamais mine d’aller plus loin que leur apparente camaraderie, il sentait que la pente était glissante… Jusqu’à cette soirée où ils s’étaient rencontrés au mess des officiers à Kaboul. Il était tard, et à force de discuter ils s’étaient retrouvés les derniers. Il l’avait raccompagnée jusqu’à sa chambre et ils avaient continué à parler pendant encore un long moment, assis l’un à coté de l’autre devant sa porte. Et puis elle s’était soudain blottie contre lui :

« Tu me manques Steve… » Ces quatre petits mots avaient fait voler toutes ses bonnes résolutions en éclat, et avant même de s’en rendre compte il l’embrassait comme un fou, la serrant contre lui à l’étouffer. Ils étaient rentrés dans la chambre enlacés, arrachant à moitié leurs uniformes. Steve avait eu la sensation d’être affamé. D’elle, de sa peau, de son odeur… Il n’avait pas réfléchi une seule seconde et s’était laissé emporter par la passion qui venait de se rallumer comme un incendie qui aurait longtemps couvé au plus profond de lui…

Le lendemain matin il s’était réveillé avec la sensation grisante d’un bonheur sans faille, la jeune femme blottie contre lui. Il n’avait pu s’empêcher de passer ses doigts dans les fins cheveux de jais, sur la peau nue qui avait frissonné sous la caresse… Et se replonger à nouveau dans cet océan de velours d’où il n’aurait jamais voulu s’échapper… Et puis la réalité était venue le heurter de plein fouet… Accompagnée de deux grands yeux révolver !

« Bon sang c’est quoi le problème ?? , avait-elle explosé en remontant le drap sur sa poitrine. Qu’est ce que tu voudrais de plus ? » Il l’avait dévisagée avec son air de chien battu, mais elle était en colère : « On est bien ensemble, c’est tout ce qui compte, non ?? »

« Mais quoi ? avait-il protesté faiblement. On se voit deux, trois fois par an… Tu vois bien que c’est pas possible »

« Parce que tu ne veux pas… ». Avait-elle rétorqué. Ils ‘étaient longuement affrontés du regard, lui suppliant, elle sans concession. Puis elle l’avait repoussé :

« Vas t’en… »

« Mais Cath… »

« Maintenant ! » Avant même de comprendre, il s’était retrouvé sur le palier, en caleçon et chaussettes avec son uniforme et ses rangers sous le bras, sous le regard hilare de deux gars que Dieu merci il ne connaissait pas… Il se sentait déchiré et ne savait plus ce qu’il voulait : tout d’un coup l’armure, celle qu’il avait tant bataillé pour la mériter, lui paraissait trop lourde… Trop lourde pour lui tout seul. Il voulait d’elle dans sa vie, il en mourait d’envie ! Mais soudain, c’était le Commandant White qui était apparut en face de lui, l’air réprobateur :

« Et alors Steve ?! Est ce que c’est une tenue pour un officier ?? ». Il s’était aussitôt mis au garde à vous, le regard fixe :

« Non Monsieur ! »

« Alors file mon garçon : on part dans 5 minutes ! ». L’action l’avait empêché de réfléchir, et ce n’est que longtemps après qu’il avait compris quel service Joe avait essayé de lui rendre. Les mois qui suivirent avaient été rudes : les missions s’étaient succédées et son mentor le demandait sur tous les fronts ! Dès qu’une mission semblait impossible, il faisait appel à lui et, sans en avoir l’air, le mettait au défi. Et Steve répondait présent, avec le sentiment que de toute façon il n’avait plus rien à perdre. Il s’était encore endurci, épaississant sa carapace, polissant l’armure jusqu’à ce qu’elle devienne une seconde peau : si l’armée était une maitresse exigeante, alors il allait la saisir à bras le corps et se montrerait digne d’elle… Il s’était senti comme l’aigle à tête blanche : indomptable, invincible, victorieux, puissant… Jusqu’à la chute.

 

2006

 

Dans le C17 Globemaster qui les ramenait au pays, Steve était resté assis sur le banc, le regard dans le vide… C’était le même appareil qui les avait parachutés 48 heures plus tôt au dessus de la frontière Coréenne, lui et Harty. Harty qui lui avait confié qu’il avait épousé Kelly sur un coup de tête, qu’il allait être papa… Harty qui n’avait jamais été aussi heureux… Harty qui lui faisait confiance les yeux fermés, qui l’aurait suivi jusqu’au bout de l’enfer. Harty qui n’aurait pas dû… Harty qui, dans un élan de sentimentalisme lui avait jeté comme ça : « Tu devrais y penser avec Rollins, après tout… C’est pas interdit par le manuel comme tu dis !! » Il avait souri, d’un sourire triste avant de se reconcenter sur leur mission. Cette putain de mission !

« Mission d’extraction. Cible : Anton Hesse. Objectif : ramener l’homme vivant ». Simple, carré… Sur le papier. Pas sa première mission dans le même genre, même si en Corée du Nord c’était un peu plus délicat. Il n’avait pas hésité. Pas une seconde. Avant d’accepter. Avant de désigner son seul et unique coéquipier. Avant de se lancer dans le vide depuis l’appareil pour une chute libre de 9000 mètres au dessus de la frontière Nord-Coréenne.

Sur le papier toujours, la mission avait été une réussite : Anton Hesse était entre les mains du haut commandement. Et Freddy Hart était dans une caisse en sapin. Steve jouait machinalement avec les plaques d’identification de son ami. Il ne se rendait pas encore compte. Il ne voulait pas se rendre compte. Il ramenait le corps de son ami au pays mais son esprit était ailleurs. Même quand l’appareil avait atterri et qu’il était descendu sur le tarmac lui rendre les honneurs avec tous les autres militaires présents. Il gardait ce regard vide à tout prix, les yeux levés vers l’horizon comme vers une bouée de sauvetage, cherchant son salut, son absolution. Et puis il l’avait croisé.

C’était parce qu’il avait lu ce jour là, dans les yeux de Kelly Hart, l’indicible douleur d’une femme à qui on ne rendra jamais l’homme qu’elle aime et le père de son enfant qu’il s’était juré, juré sur tout ce qu’il avait de plus cher, de ne jamais faire endurer ça à qui que ce soit… Et surtout pas à Cath. Mais elle était là, venue rendre hommage à celui qui était tombé au champ d’honneur, sanglée dans son uniforme blanc mais le regard embué, solennelle mais émue. Leurs regards s’étaient croisés une fraction de seconde et il avait tenté de lutter. S’était muré dans sa carapace, érigeant un mur entre lui et la réalité pour ne pas se laisser submerger. Et puis, quand tout le monde fut parti, elle avait simplement posé une main sur sa joue, le regardant droit dans les yeux, et avait murmuré :

« Je sais… » Et la carapace avait de nouveau volé en éclat….

Depuis ce fameux jour elle avait toujours été là pour lui. Ils n’en avaient jamais discuté et il n’avait plus jamais cherché à la convaincre. Dès qu’ils le pouvaient ils se retrouvaient, dans quelque coin du monde que ce soit. Chacun savait toujours à peu près où était l’autre et ils profitaient de chaque moment volé. Pour trois jours, 24 heures, parfois moins… Ils mettaient des trésors d’ingéniosité et tous les moyens militaires à leur disposition pour se retrouver, quitte à enfreindre le règlement. Steve avait eu droit à quelques remarques de la part de Joe White sur le sujet, mais le vieux Commandant avait tout de suite compris qu’engager un bras de fer avec lui sur ce terrain serait voué à l’échec. Et ils avaient jonglé comme ça, pendant des années, dans cet équilibre précaire qui leur permettait de grappiller ces précieux instants qui maintenaient ce lien si fort et si fragile entre eux. Ce lien si ténu qui menaçait de se rompre aujourd’hui….

 

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lyne358  (18.12.2015 à 15:11)

7

Arrivé dans la chambre d’hôpital, Steve ne voit qu’une chose : le visage blanc comme neige sur l’oreiller, pâle comme de la porcelaine, qui semble si fragile qu’un effleurement pourrait le briser. Il reste un moment sur le seuil, paralysé par l’angoisse jusqu’à ce que Malia le saisisse doucement par le bras pour le faire assoir sur le siège à coté du lit :

« Les balles ont perforé les poumons, mais le chirurgien dit que l’opération s’est bien passée… La seule question c’est de savoir si le cerveau a manqué d’oxygène… » La voix douce de Malia glisse sur Steve comme l’eau sur les plumes d’un canard. Il a pris la main qui gisait sur le drap et la serre dans la sienne, fixant ce visage si serein qu’il a tant de fois vu sourire ou grimacer au gré des aléas de la vie. Il donnerait tout. Tout et n’importe quoi pour qu’elle ouvre les yeux à l’instant et lui lance son regard malicieux. Il reste simplement là, pendant combien de temps il ne saurait le dire. Il reste complètement insensible au ballet des médecins et des aides soignantes qui passent régulièrement vérifier l’état de leur patiente. Pour rien au monde il ne lâcherait cette main si fine, si légère dans la sienne, cette main qui ne pèse presque rien et qui pourtant est capable de changer sa vie rien qu’en effleurant sa joue. Ses larmes se sont taries. L’angoisse aussi s’est retranchées, latente, derrière une barrière fragile. Ne reste que l’attente. L’attente qui vaut tellement mieux que le moment où elle prendra fin, annonçant le retour à la réalité et… Mais il ne songe pas à tout ça. Il songe juste qu’il l’aime. Il n’a jamais pensé ou voulu mettre de mot sur ses sentiments pour elle, mais il l’aime. Pas beaucoup ou passionnément. Il l’aime… tout court. Comme il n’a jamais aimé et n’aimera personne d’autre. Comme il n’a jamais osé lui dire. Il donnerait tout : son insigne, ses galons, tout… Tout ce qu’il a dans la vie : le job qu’il adore, les amis pour lesquels il se couperait en quatre… Tout. Tout pour simplement pour pouvoir lui dire. Juste lui avouer, prononcer ces trois mots qui n’ont jamais franchi la barrière de ses lèvres. Trois mots qui font peur, trois mots qu’on ne peut pas dire à la légère, trois mots qui changent tout, trois mots dont le pouvoir annule tout le reste. Comment est-ce possible qu’au long de toutes ces années il ne le lui ait jamais dit ? Bien sûr il y a eu des regards, des gestes qui en disent long, mais rien, jamais rien ne pourra remplacer ces trois petits mots… Ces trois petits mots qu’elle n’entendra peut être jamais. Mais ça Steve ne veut pas, ne peut pas l’admettre. C’est tout simplement impossible !

Alors, seul avec elle dans cette petite chambre blanche, il se penche vers l’oreiller, sa main toujours dans la sienne, et il lui parle. Il chuchote à son oreille, tous ces mots d’amour qu’il n’a jamais dit, qui ne se sont même jamais formés dans son esprit, voilà qu’ils sortent, qu’ils coulent à flot sans pouvoir s’arrêter. Il lui parle doucement, pendant peut être des heures, sans prendre plus que le temps de respirer, pour lui dire tout ce qu’il y a au plus profond de son cœur, tout cet amour qu’il a pour elle qui l’étouffe et lui donne le tournis. Il lui dit l’océan de velours et les papillons dans l’estomac, l’impression de voler et de se noyer en même temps, l’émerveillement et le vertige… Et aussi le manque, le vide dans sa poitrine et la fissure sous l’armure, la lutte et l’aigle foudroyé… Toutes ces années qu’il regrette et qu’il n’échangerait pourtant pour rien au monde. Au fur et à mesure, les phrases perdent leur sens pour ne plus devenir qu’une suite de mots sans fin : il a la gorge sèche, l’impression d’être perdu dans le brouillard mais il a peur de s’arrêter, peur de ce qui va arriver, peur que l’attente prenne fin… Parce que c’est avec elle qu’il n’a pas peur, qu’il se sent invincible, qu’il peut tout affronter… Parce que sans elle ce n’est tout simplement pas possible… Il se perd, il ne sait plus… Finalement il ne reste que ces trois petits mots, comme suspendus dans le vide : je t’aime… Je t’aime… Je t’aime…

Et puis soudain c’est comme une décharge, un coup de fouet. Quelque chose d’infime et pourtant ça lui fait l’effet d’un électrochoc : une simple, une minuscule pression dans sa main. D’un coup il tourne la tête vers l’oreiller et se retrouve propulsé quinze ans en arrière, quand au détour d’une bousculade il avait manqué de se noyer au plus profond de ce même regard noir. Alors c’est un poids immense qui s’enlève de sa poitrine et les larmes lui montent à nouveau aux yeux : maintenant il sait qu’il n’aura plus peur…

 

Les semaines qui suivent, Steve les passe comme dans un rêve : le rétablissement de Catherine est long et laborieux et il est hors de question qu’il la quitte, ce que tout le monde a compris. Leurs amis se relayent à l’hôpital au chevet de la jeune femme pour le remplacer le temps qu’il passe chez lui en coup de vent se doucher et se changer, mais sinon il refuse de l’abandonner à nouveau. Le Five-0 tourne un peu au ralenti et Danny a pris les rênes pour assurer l’intérim, tout en passant régulièrement le tenir au courant et lui faire signer la paperasse. Quand au bout d’une semaine Catherine peut enfin rentrer chez elle, Steve insiste pour venir jouer les gardes malades à temps partiel : il peut rester des heures, à la regarder dormir, à se balader sur la plage avec elle ou simplement rester lovés dans le canapé… Au fur et à mesure que la jeune femme reprend du poil de la bête, leurs vies reprennent un cours normal, mais pour ceux qui connaissent bien Steve, impossible de ne pas remarquer que quelque chose a changé… Il a des absences, de longs moments où il reste prostré, les yeux dans le vague, ce qui fait sourire ses partenaires… Jusqu’au jour où Danny met les pieds dans le plat : ça fait dix minutes que Steve est assis à son bureau, sans bouger un cil, quand il entre dans la pièce et ferme doucement la porte derrière lui :

« Hey mon vieux ? Allo la lune ici la Terre ! » Steve sursaute et semble émerger d’un rêve :

« Que quoi ? » Danny éclate de rire et s’assoit sur le bureau en lui posant une main sur l’épaule :

« Tu planes mon pote ! Faudrait peut être voir à te réveiller maintenant… » Steve secoue la tête et fronce les sourcils :

« De quoi tu parles ? » Danny hoche la tête avec une petite moue ironique :

« Oh je vois : tu vas me dire que tu n’étais du tout en train de penser à Catherine ? » Steve soupire sans rien dire et ils se dévisagent longuement. Puis Danny lui colle une grande claque dans le dos :

« Aller vas ! Je te jette pas la pierre : on dirait moi quand j’étais avec Rachel !! J’ai passé des semaines comme ça à boutonner mes chemises à l’envers parce que je n’arrivais à penser à rien d’autre ! » Rien qu’à cette image Steve ne peut s’empêcher de sourire et son camarade approuve, content de voir qu’il reprend pied. Steve l’interpelle alors qu’il sort du bureau :

« Hey Danny ? Comment tu as fait pour en sortir ? ». L’autre hausse les épaules sans se retourner avant de lancer :

« Moi c’est pas pareil : j’avais une décision à prendre ! ». Alors le jour se fait dans l’esprit de Steve : il repart des années en arrière et se souvient d’une de ses dernières conversations avec un autre ami sur qui il pouvait toujours compter, un autres frère… Le sourire de Freddy, son éclat de rire, sa façon de se moquer de lui… Il frissonne avec la sensation qu’il y aura toujours une présence à ses cotés… En fait il pourrait presque sentir sa main sur son épaule… Entendre sa voix murmurer : « Aller Mc Gaufrette : souviens toi de la devise des Special Air Services… Qui ose gagne !! ». Et alors Steve sourit : il sait ce qui lui reste à faire…

 

 

 

 

THE END

 

 


lyne358  (20.12.2015 à 12:35)

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