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Série : Hawaii Five-0 (2010)
Création : 25.10.2019 à 11h31
Auteur : mesange
Statut : Terminée
« Epilogue notamment inspiré des différents commentaires que j'ai pu avoir :) J'écris seule. » mesange
Cette fanfic compte déjà 31 paragraphes
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– Ca a toujours été si clair pour toi, n’est-ce pas, Steve ? ricana-t-elle. Si simple et facile…
– Ma vie n’a été qu’une partie de plaisir, ironisa-t-il.
– Arrête de penser à toi une seconde, s’emporta-t-elle, et pense à ce que cette vie m’a fait ! A ce que j’ai perdu ! Mon mari, mes enfants, mon identité ! Et pour quoi ? Pour un gouvernement à qui j’ai tout donné et qui a arraché chaque once de bien en moi pour son propre intérêt. Pour une famille qui ne m’a jamais comprise pour les sacrifices que j’ai faits pour eux !
– Tu n’as jamais fait ces sacrifices pour nous, M’man. Désolé, je t’aime, je t’aime vraiment, mais je ne peux pas cosigner cette pathologie.
Ils ne purent aller plus loin : Carmen Lucia avait tiré sur lui, le blessant au bras. Profitant de l’effet de surprise, elle avait attrapé Doris qu’elle maintenait fermement contre elle, exigeant des réponses de sa part. Comme Junior et Ryan –– qui avaient retrouvé sa trace et étaient venus le rejoindre pour lui filer un coup de main –– étaient encore occupés à dégager le terrain, Steve, tenu en joue, avait fini par révéler son identité. Se sentant trahie par sa compagne, elle l’avait poignardée. L’effet de surprise passé, il s’était précipité sur elle : c’est sa mère qui le sauva d’une mort certaine en parvenant à la déstabiliser. Ryan, tout juste arrivé sur les lieux, se chargea de l’abattre.
– Je suis désolée, je suis désolée, je t’aime tellement, Steve, souffla Doris alors que son fils faisait pression sur sa blessure.
– Je t’aime, M’man, eut-il tout juste le temps de lui répondre avant qu’elle ne rende son dernier soupir.
C’est la CIA, juste avant d’emmener son cercueil, qui lui avait appris qu’elle n’était pas coupable du crime dont elle l’accusait et Danny, qu’elle avait ouvert sept comptes off-shores à son nom, celui de sa sœur et de leurs enfants respectifs mais que seuls ces derniers comptes étaient approvisionnés. Il comprenait maintenant pourquoi cette dernière mission était aussi importante à ses yeux : assurer financièrement leur avenir à tous, c’était sa façon à elle de se repentir.
– J’espère qu’elle savait que tout ce qu’elle avait à faire, c’était de monter dans un avion et de rentrer à la maison, avait-il dit à Danny.
Se relever de cette nouvelle perte, une de plus, un an après celle de Joe, n’avait pas été facile, loin de là, mais il avait pu compter sur le soutien inconditionnel de sa femme, sur celui de Danny et de son ohana et surtout sur la présence de ses enfants, trop jeunes, pour comprendre ce qu’il traversait. Tout ce qu’ils demandaient, eux, c’était de retrouver leur papa…
– Je sais pas pourquoi vous avez voulu un autre enfant, on était si tranquilles tous les quatre, soupira Ben qui aimait taquiner sa sœur.
– Justement, fallait mettre un peu d’ambiance, c’était trop calme ici, riposta celle-ci.
– C’est sûr qu’avec toi, on est gâté, surenchérit Keoni.
Pour toute réponse, elle tira la langue.
– Ca me manquait de ne plus voir votre mère avec un ventre bien rond.
– C’est surtout que t'es du style persévérant et que t’as voulu voir si on aurait une fille, sourit Kelly en regardant son mari avec bienveillance.
– Tu me connais trop bien, reconnut-il, un large sourire aux lèvres.
C’est peu après un combat épique au cours duquel il avait tué Wo Fat, son ennemi juré, que Steve avait parlé d’avoir un troisième enfant.
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Encore en pyjamas, Keoni et Ben découvraient tous les cadeaux que le Père Noël leur avait apportés sous les yeux attendris de leurs parents qui les aidaient à les déballer et à les monter. Steve jouait ainsi avec son aîné qui avait reçu, entre autres, un train électrique tandis que Ben, âgé d’un peu plus d’un an, tenait en mains des cubes de construction qu’il essayait d’emboîter comme sa maman le lui montrait. Puis on avait sonné à la porte.
– C’est pour toi, déclara Steve, mystérieux.
Intriguée, sa femme alla ouvrir et reconnut deux employés de Kamekona qui se tenaient à côté d’un piano. Elle se tourna, ébahie, vers son mari qui vint la rejoindre, Ben dans les bras.
– Joyeux Noël, Madame McGarrett, sourit-il tandis que les deux hommes déposaient à l’intérieur le magnifique piano droit.
– C’est le même modèle que celui de ma maman, déclara Kelly agréablement surprise avant de reconnaître à des marques bien spécifiques qu’il s’agissait en fait de son piano, celui qu’elle avait laissé derrière elle après son viol.
– Caroline ne s’est jamais découragée et sa ténacité a fini par payer, dit Steve devant son air interloqué.
– Je... Je sais pas quoi dire, balbutia-t-elle, les yeux remplis de larmes.
– Tu pleures ? demanda Keoni qui ne pouvait comprendre ce que ce piano représentait pour sa maman.
– De joie, répondit-elle en s’essuyant les yeux. De joie, mon chéri, répéta-t-elle avant de se jeter dans les bras de Steve. Merci, merci…
– C’est pas à papa qu’il faut dire merci, c’est au Père Noël, la reprit son fils.
– C’est vrai, où ai-je la tête ?! et elle s’exécuta de bonne grâce sous le regard satisfait de son fils et le tendre sourire de son mari.
– Tu nous joues un morceau ou il faut qu’on te supplie ? la taquina-t-il en la voyant glisser lentement les doigts sur les touches.
– Seulement après que tu aies ouvert ton cadeau, sourit-elle en écrasant encore une larme.
Il déballa ainsi une petite boîte allongée.
– C’est mon stylo ? T’as été le reprendre ? Et il déballa l’emballage persuadé qu’il s’agissait du stylo de son père dont il avait récemment cassé la pointe. Comme il y tenait énormément, il l’avait fait réparer mais c’est tout autre chose qu’il découvrit dans la boîte.
– Tu... Tu es… ?
Elle hocha la tête et fou de joie, il la prit dans ses bras sous les regards étonnés de leurs fils.
– Eh doucement, je suis fragile maintenant, se mit-elle à rire comme il la faisait tournoyer dans les airs.
– Cette fois, je suis sûr que c’est une fille !
– Quand je disais que j’avais eu une prémonition ! lança Steve.
– Sauf qu’au lieu d’être blonde comme dans son rêve, tu étais brune, rétorqua Kelly en regardant sa fille.
– Un détail, balaya-t-il.
– Tu devais naître pendant les vacances de Pâques mais je voyais les jours avancer et t’étais toujours pas là, se rappela Grace, sa marraine âgée alors de dix-huit ans.
– Et pourtant je faisais tout ce que je pouvais pour la faire venir !
– La maison n’a jamais été aussi propre qu’à ce moment-là, la charria Steve qui reçut un coup de coude indigné de sa femme.
– C’est exact, je me souviens que tu n’arrêtais pas de laver les vitres, rit Laura.
– J’ai même bu de l’huile de ricin et je confirme : c’est infect ! Mais rien à faire, tu semblais bien où tu étais, rit Kelly en regardant tendrement Maélia tandis que défilaient de nouvelles photos dont une de Grace qui posait fièrement avec sa filleule dans les bras.
– Ah enfin, vous voilà ! s’écria Lou en voyant sa fille entrer, accompagnée d’un bel homme à la peau métissée, d’une trentaine d’années, porteur d’une canne blanche, et d’une jolie petite fille aux cheveux noirs frisés.
– Désolé pour le retard, on a fait aussi vite que possible, dit Sam.
– Grand-père ! s’écria la gamine en se précipitant dans ses bras.
Quand Catherine se leva, Youri n’était toujours pas rentré de la nuit mais elle ne s’inquiéta pas, ce n’était pas la première fois qu’il lui faisait le coup alors qu’il lui assurait ne pas en avoir pour très longtemps. Elle alla prendre une douche et tandis que l’eau coulait sur son corps, elle pensa à nouveau à Steve, à leur conversation à cœur ouvert qu’ils avaient enfin pu avoir tous les deux peu après la divulgation des résultats du test de paternité.
– J’ai besoin de comprendre, Steve, pourquoi elle ?Qu’est-ce qu’elle t’apporte que je ne t’apporte plus ? lui avait-elle demandé les larmes aux yeux.
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Il avait soupiré, cherchant visiblement ses mots pour ne pas la blesser plus qu’elle ne l’était déjà.
– Ce n’est pas toi, Catherine, c’est moi, avait-il lâché lentement. C’est moi qui ai changé, et il s’était expliqué : tu connais mon passé, tu sais à quel point avoir été rejeté par mon père et envoyé loin de lui comme un vulgaire colis m’a fait mal. Toute ma vie venait d’exploser et s’il n’y avait pas eu Joe, je ne sais pas ce que je serais devenu. Peut-être que j’aurais fait n’importe quoi… un peu comme ma sœur tout un temps, avait-il souri tristement………. La Navy a redonné un sens à ma vie mais a étouffé celui que j’étais, celui qui rêvait d’être flic comme son père, et je suis devenu cette machine de guerre que tu as toujours connue.
Il s’était interrompu quelques secondes puis avait repris :
– Tu es une marine aussi, ton père est amiral, t’as toujours vécu dans ce milieu rigide mais pas moi. J’étais différent avant et c’est cette personne que j’entrevois à nouveau. Kelly n’a fait que s’engouffrer dans une brèche que Danny a ouverte et là, je découvre un autre moi, celui que j’aurais peut-être été si…
Il l’avait regardée tristement :
– Tu n’as rien à te reprocher, Catherine, t’as été géniale, patiente, compréhensive bien plus que je ne le méritais, mais même avec la meilleure volonté du monde, tu ne peux me donner ce que tu ne connais pas… Est-ce que tu comprends ? avait-il demandé doucement.
– Tu n’es pas obligé de l’épouser, tu peux juste voir où cela te conduit…
Mais il s’était marié et elle, avec l’aide de sa psy, avait fini par reprendre le fil de sa vie. Toutefois, avant d’intégrer la CIA, elle avait dû affronter d’autres drames. D’abord, l’interruption, de commun accord avec Billy, de sa grossesse. En effet, sa gynécologue lui avait rappelé le test positif qu’elle avait passé et lui avait proposé d’en réaliser un autre, tout récent et bien moins invasif et risqué qu’une amniocentèse. Cette fois, elle avait accepté de le faire. Malheureusement, il avait confirmé les anomalies chromosomiques du bébé qu’elle portait. Alors que leurs relations jusque là étaient restées tendues, cette terrible épreuve les avait rapprochés et quand Billy lui avait proposé quelques mois plus tard de devenir son équipière –– bien que blanchi, il avait quitté la Navy pour se mettre à son propre compte en tant que détective privé –– elle avait accepté. Hélas, quelques mois plus tard il avait été grièvement blessé lors d’une intervention et son cœur avait lâché sur la table d’opération.
C’est peu après que la CIA l’avait approchée et redonné un sens à sa vie mais elle n’avait jamais pu vraiment oublier Steve qu’elle n’avait revu qu’à de très rares occasions seulement : quand Kono et Adam s’étaient mariés, quand Doris s’était fourrée dans le pétrin ou encore quand elle l’avait aidé à venger Joe et à retrouver la trace de Greer, une ex de Steve qui avait trahi son pays et divulgué tous les noms des Navy SEALs, dont celui de son ancien amant, qui avaient participé, sous ses ordres, à une opération ultra-secrète au Maroc. Il lui avait aussi sauvé la mise en empêchant in extremis la divulgation des noms de tous les agents travaillant sous couverture dans les pays de l’Est.
Elle entendit une voiture se garer devant leur immeuble : c’était Youri qui rentrait.
– Tu tombes à pic pour petit-déjeuner, lui sourit-elle en se dirigeant vers la cuisine où il la rejoignit, l’enlaça, la poussa légèrement vers le plan de travail, voulut dégrafer son chemisier mais elle se soustraya à son étreinte.
– Tu es insatiable…
– Que veux-tu ? Tu me rends fou, répondit-il en la ramenant à lui.
Elle le laissa l’embrasser dans le cou, puis s’emparer de sa bouche.
– Que tu es belle, souffla-t-il d’une voix rauque et ils firent à nouveau l’amour.
– Un café ? lui proposa-t-elle ensuite tout en reboutonnant son chemisier.
– En vitesse alors, j’aimerais te montrer quelque chose.
– Quoi ?
– Si j’te le dis, ce ne sera plus une surprise, moya lyubov.
– Eh, tu vas finir par m’étouffer, s’exclama Steve comme Mia, cinq ans, serrait bien fort ses petits bras autour de son cou avant de les tendre vers sa grand-mère qu’elle embrassa avant de leur dire, de son air le plus sérieux, que son papa était tombé et qu’ils avaient été à l’hôpital.
– Te voilà bien arrangé, dit Steve en étreignant son fils.
– Le docteur, il a dit que papa devrait garder le… euh… Papa, ça s’appelle encore comment ça ? en montrant du doigt ce qu’il portait à la jambe gauche.
– Une attelle, sourit Terrence.
– Tu aurais pu te faire bien plus mal, souligna Kelly en l’embrassant à son tour.
– C’est vrai, je m’en sors pas trop mal, juste une foulure, rien de cassé, répondit-il avant de les féliciter à son tour pour leur vingt ans de mariage. Cynthia aurait dû être là mais une grève des contrôleurs aériens de Houston a changé la donne. Elle vous appellera plus tard.
– Papa, t’as mis où mon dessin ?
– C’est moi qui l’ai, répondit Samantha qui, en l’absence de Cynthia, avait amené Terrence aux urgences.
– C’est gentil de l’avoir accompagné à l’hôpital, la remercia Steve.
– Joyeux anniversaire, souhaita la gamine à ses grands-parents tout en déroulant son dessin. Regarde grand-père, j’ai fait comme tu m’as montré.
Steve découvrit les neuf chiffres qu’elle avait transformés en divers animaux comme il le lui avait effectivement enseigné.
– Elle s’est appliquée, sourit Terrence.
– Je vois ça, siffla son père, admiratif. Tu sais que t’es vraiment douée, et le joli visage de sa petite-fille s’illumina davantage.
– C’est vrai, ils sont magnifiques, la congratula Kelly.
– Un nouveau dessin à épingler sur le frigo, sourit Maélia tandis que Danny prévenait Terrence qu’il déposait un plateau avec quelques bouchées apéritives et une coupe de champagne sur la table à sa droite.
– Tu veux un jus d’orange ? demanda Ben à sa nièce.
– Je peux avoir un coca ? demanda la gamine en suppliant son père du regard : il accepta et elle suivit joyeusement sa jeune tante jusqu’au comptoir.
– Elle est vraiment mignonne, lâcha Kono sous le charme.
– Et toujours de bonne humeur, renchérit Kelly.
– Avec vous alors parce qu’elle peut être une vraie teigne quand elle s’y met, se mit à rire Terrence.
– On se demanderait bien de qui elle tient ça, commenta Chin avec malice tandis que Danny avertissait son filleul que les plats étaient déjà bien avancés en cuisine et qu’il était temps de reprendre le fil de la soirée.
– Tu tombes à pic, dit ainsi Keoni à son demi-frère, on en venait justement à toi.
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– Viens là, dit Steve en menant son fils malvoyant vers une chaise plus proche de l’écran.
Jerry lança la suite du diaporama et Terrence reconnut alors la photo que sa femme,Cynthia, avait prise à leur insu, à lui et son père, tandis qu’ils étaient assis dans le jardin, face à l’océan.
– Notre première bière ensemble, lâcha-t-il.
– Je commençais à désespérer de te voir un jour fouler cette plage, avoua Steve.
– C’est vrai que c’était loin d’être gagné, sourit son fils qui se rappela du choc qu’il avait eu en apprenant que celle qu’il considérait comme sa mère était en réalité sa tante et que son père n’était pas mort quelques mois avant sa naissance mais bien vivant, ignorant tout de son existence.
Un an après la mort de Greer, Steve reçut un courrier de la sœur de celle-ci, courrier qui contenait également une photo : celle d’un jeune homme métissé. Intrigué, il parcourut la missive et découvrit qu’elle en était au stade terminal d’un cancer des os avant de tomber des nues quelques lignes plus tard. Il se passa une main nerveuse sous le menton, regarda plus attentivement le cliché, relut la lettre avant de s’adosser contre le dossier de son siège. Il la relisait encore quand Danny entra dans son bureau.
– T’en fais une tête ! Une mauvaise nouvelle ? en montrant la lettre qu’il tenait entre les mains.
Pour toute réponse, Steve la lui tendit, observant avec attention son ami au fur et à mesure qu’il en découvrait le contenu.
– T’aurais un fils de vingt-six ans ?! Alors là, je suis choqué, lâcha le blondinet qui se laissa tomber dans l’un des deux fauteuils. Tu crois que c’est vrai ?
– Ce ne serait pas la première personne à être prise de remords avant de mourir et vouloir rétablir la vérité tant qu’elle le peut encore...
– Et si c’était un coup monté pour t’attirer dans un nouveau piège ?
– J’y ai pensé aussi mais en y réfléchissant, je me dis que ça expliquerait bien des choses.
– Comme quoi ?
– Juste avant de mourir, Greer m’a dit qu’il y avait peut-être d’autres facteurs que l’argent...
Sa sœur expliquait que le bébé était malheureusement atteint d’amaurose congénitale de Leber, maladie grave qui provoque une dégénérescence de la rétine entraînant dès l’enfance une diminution progressive des capacités visuelles et qui nécessitait une prise en charge particulière et très onéreuse. Les espoirs de Greer de quitter le terrain pour élever son enfant s’étaient alors envolés et elle n’avait eu d’autre choix que de retourner travailler sous couverture, la paie étant bien meilleure. Ne pouvant cependant plus remplir son rôle de mère vu l’exigence du métier, elle avait supplié, la mort dans l’âme, sa sœur de l’endosser à sa place. Cette dernière avait d’abord refusé mais devant son insistance, les factures qui commençaient à s’accumuler, les absences prolongées et répétées de Greer, elle avait fini par céder et élever Terrence comme son propre fils.
– Mais pourquoi ne rien te dire et assumer seule les frais liés à sa maladie ?
Rien dans la missive n’y faisait allusion et Steve en avait déduit que c’était peut-être par orgueil après avoir découvert qu’il sortait avec Catherine et que la lettre qu’il lui avait laissée n’était dès lors que du vent à ses yeux.
– Je pensais tout ce que j’ai écrit, lui avait-il dit en la revoyant après toutes ces années.
– Sauf la partie où tu disais revenir, avait-elle rétorqué.
Les propos que Catherine lui avait relatés à la mort de Joe suite à sa rencontre fortuite avec elle un jour à Washington le laissaient également supposer.
– Elever un enfant seule ne devait pas l’effrayer, déclara-t-il.
– Sauf que face aux dépenses qu’elle n’attendait pas, elle a préféré vendre son âme au diable plutôt que de t’avouer la vérité.
Steve garda le silence.
– Derrière les barreaux, elle ne pouvait plus subvenir à ses besoins, enchaîna Danny, et le seul moyen pour elle de s’en sortir, c’était de révéler vos noms à tous. Et comme ton fils – si c’est réellement ton fils – te croit mort depuis toujours, te balancer n’était pas vraiment un problème……… Ca se tient comme histoire…
Le SEAL opina de la tête tandis qu’il poussait un gros soupir.
– Regarde son cou, en tendant la photo de son fils présumé.
L’artère saillante, tout comme lui…
– Mon grand-père avait aussi cette particularité physique.
– J’avoue que c’est troublant mais ça veut rien dire. Regarde Keoni et Ben, c’est pas le cas.
– De toute façon, y a pas trente-six solutions pour en avoir le cœur net, et il sortit du bureau pour lancer une recherche sur Terrence comme la sœur de Greer avait écrit qu’il enseignait dans un orphelinat pour malvoyants à Minnéapolis.
– Il doit pas y en avoir des dizaines, fit remarquer Danny……… Il n’y en a même qu’un, ajouta-t-il en voyant le résultat s’afficher à l’écran.
Steve ouvrit le lien : une galerie photos était jointe au site et Terrence figurait sur plusieurs d’entre elles aux côtés d’enfants aveugles. Ils parcouraient les différentes fiches quand Lou et Jerry vinrent les rejoindre.
– Tu sais qu’on peut insérer ce qu’on a envie que tu voies, déclara prudemment Jerry après avoir été mis au courant mais au regard que lui lança son boss, il se tut.
– Tout semble corroborer, dit Lou, mais la question que je me pose, c’est qui d’autres est au courant ? Qui te dit que Greer n’en a jamais parlé à personne… Ou sa sœur ? Cette info est peut-être remontée jusqu’aux oreilles de quelqu’un qui t’en voudrait…
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Kelly, encore marquée par l’enfer que Greer leur avait fait vivre en révélant l’identité de son mari, de Joe et des autres SEALs qui avaient participé à la mission au Maroc, avait eu les mêmes craintes, mais heureusement, elles s’étaient avérées non fondées.
En quête de réponses, Steve était toutefois arrivé trop tard : la sœur de Greer venait de mourir.
De son côté, Terrence, une fois le dialogue noué entre eux, n’avait pu lui en apprendre plus : celle qu’il considérait comme sa mère lui avait seulement dit que sa sœur ne s’était pas montrée très loquace quant à son père, répétant surtout qu’elle s’était lourdement trompée à son sujet et qu’il valait mieux pour lui qu’il le croit mort. C’est ainsi qu’il en avait déduit que sa mère était tombée amoureuse d’un salaud qui avait profité de ses sentiments. Il avait dès lors refusé tout contact avec Steve lorsqu’il s’était présenté à lui mais c’était compter sans l’opiniâtreté de ce dernier d’autant plus que le test de paternité n’avait fait que confirmer leurs liens du sang.
– Il m’a fallu du temps pour comprendre que nous étions tous les deux victimes dans cette histoire et que tu n’étais pas le salaud que je pensais, sourit Terrence.
– Oh, papa, t’as dit un gros mot ! le réprimanda aussitôt sa fille.
– Mia a raison, surveille un peu ton vocabulaire, Terrence ! le sermonna gentiment son père alors que s’affichait à l’écran les paroles qu’il lui avait dites un jour.
« Nous n’avons pas eu de passé ensemble mais nous pouvons construire un avenir. »
C’est ce qu’ils faisaient depuis quelques années maintenant après des débuts bien difficiles et quelques périodes de turbulences.
Pour Kelly, accepter la présence de ce « beau-fils surprise » n’avait finalement pas été bien difficile : Terrence était un jeune homme bien éduqué, gentil, équilibré. Le fait d’exercer la même profession les avait également rapprochés et ses craintes, bien légitimes au départ, s’étaient peu à peu envolées.
Keoni avait eu plus de mal par contre : alors âgé de sept ans et jaloux de l’intérêt grandissant que portait son père à cet « étranger », il s’était vite montré distant et bougon avec ce dernier, exigeant avec son père, réclamant sans cesse son attention dès qu’il le pouvait. Steve, tout absorbé par le besoin de se rapprocher de son fils aîné, n’avait pas su voir les signaux avant-coureurs au contraire de sa femme dont il avait balayé les mises en garde. Mais devant le comportement de plus en plus négatif de son fils, il avait dû reconnaître sa part de responsabilité et avec le temps, était parvenu à trouver le « bon » équilibre familial.
Le diaporama se poursuivit avec un portrait de famille pris lors du mariage de Terrence et Cynthia à Minneapolis : les mariés entourés de Steve, Kelly, leurs trois enfants et le grand-père de la mariée qui n’était autre que le propriétaire et directeur de l’orphelinat dans lequel travaillait le fils aîné de Steve. C’est au décès de celui-ci que le couple avait décidé de venir s’installer à Oahu. Le bâtiment avait été mis en vente et Steve leur avait trouvé le même genre de structure : une grande bâtisse qui pouvait accueillir leurs petits protégés, des enfants aveugles ou malvoyants, rejetés par leurs parents ou abandonnés dès leur naissance et qu’on leur avait attribués vu leur handicap en attente de leur adoption quand ils étaient toutefois adoptés. Attenant à la propriété, un grand terrain permettait à Cynthia de poursuivre l’élevage de chiens qu’elle formait spécialement pour venir en aide aux personnes atteintes de cet handicap.
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L’acuité auditive particulièrement développée de Terrence lui avait permis d’aider son père lors d’une de ses enquêtes et c’est régulièrement maintenant que celui-ci faisait appel à ses services dans des dossiers particulièrement sensibles : trafic d’armes, de drogues,… Il avait mis à sa disposition un logiciel de synthèse vocale et un clavier en braille pour lui permettre de décrypter des conversations enregistrées ou encore d’identifier le lieu ou le contexte dans lequel l’enregistrement avait été fait et bien des équations avait été résolues depuis grâce à son aide.
Deux ans plus tard, la famille McGarrett s’agrandissait avec la naissance de Mia, un autre grand moment.
– C’est toi, là, lui montra Ben alors qu’était apparu à l’écran une photo de l’heureux grand-père tenant fièrement dans ses bras sa petite-fille.
– Lili ! s’exclama la gamine, en reconnaissant son doudou dont elle n’avait accepté de se séparer que très récemment. J’espère qu’elle fout pas le bordel, ajouta-t-elle avec le plus grand des sérieux.
– Elle attend toujours que tu sois rentrée pour ça, rétorqua son père en souriant, et elle leva les épaules en signe de fatalité.
Danny pressa alors son filleul d’en finir afin de pouvoir passer à table et c’est sur une série de clichés rappelant les grands moments qu’ils avaient partagés tous ensemble durant ces vingt dernières années que se termina cette séance souvenir : certains anniversaires mémorables, les mariages des uns et des autres, la « course dans la boue » remportée par le 5-0 au profit d’une œuvre de charité, le fameux vol en F22 qu’avait fait à l’époque Kelly avec Harm,…
– Voilà, on a fait le tour, dit Keoni en voyant apparaître la dernière photo : les mariés entourés de tous leurs proches et amis présents ce jour-là. Maintenant, si vous voulez bien passer à table…
Tandis qu’ils prenaient tous place, Steve et Kelly étreignaient leurs enfants. Danny, lui, était filé en cuisine pour lancer les plats après y avoir mis sa petite touche personnelle.
C’est au cours du repas, que Steve qualifia de « tuerie », que Kono leur apprit qu’elle attendait un bébé. Même Chin l’ignorait.
– Pour une surprise, c’est une surprise ! s’exclama-t-il, tout heureux pour sa cousine que tous félicitèrent.
– Quelle cachotière, lâcha Danny en l’embrassant affectueusement.
– Je voulais juste être sûre que tout allait bien avant de vous le dire.
– Si tu as besoin de layettes ou de quoi que ce soit…, proposa Grace.
– C’est sûr que ce n’est pas ce qui manque par ici, rit Kelly.
– Merci, c’est gentil, mais je pense que c’est de conseils dont j’aurai surtout besoin.
– Pas de souci, on te fera profiter de notre expérience, assura Abby.
– Si seulement tu pouvais éviter de nous réveiller en pleine nuit, la charria son cousin.
– J’te promets rien, répondit-elle en riant.
Et la fin du repas se poursuivit dans la joie et la bonne humeur. Le Chef Danny eut même droit à des applaudissements.
– C’était un régal…… comme toujours, lui souffla peu après à l’oreille Nell qu’il embrassa tendrement.
Vint ensuite le dessert : la même pièce montée qu’à leur mariage !
– Waouh, s’exclamèrent Kimi et Maya, les jumelles d’Adam.
– On vous l’a dit, on voulait marquer le coup, sourit Maélia devant l’air agréablement surpris de ses parents, et Percy nous a dit que c’était tout à fait réalisable, la preuve !
– Percy, il est magnifique, le félicita Kelly, émue, tandis que Steve mettait déjà un doigt gourmand dedans.
– Tu changeras jamais, soupira Danny en lui tendant un couteau mais avant qu’ils n’en coupent une part, il réclama un discours. Tu y as échappé il y a vingt ans mais cette fois, j’te lâcherai pas, dit-il, un sourire en coin.
Effectivement, ils n’avaient pas échangé de vœux comme le voulait la tradition. D’abord parce que Steve n’était pas des plus chauds, ayant beaucoup de mal de parler de ses sentiments, mais surtout parler d’eux aurait inévitablement rappelé les circonstances de leur rencontre et Carter n’y avait tout simplement pas sa place ce jour-là. De commun accord, ils avaient donc préféré zapper cette partie de la cérémonie.
– Un discours, un discours, un discours, se mit à scander Charlie rapidement rejoint par les autres convives.
– Allez papa ! l’exhorta Maélia.
Steve se tourna vers sa femme qui l’encouragea d’un tendre sourire.
– Vous me lâcherez pas, hein ?
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- OK, soupira-t-il devant les mines sans équivoque de ses amis……… OK… et il se lança :
– Freddy, mon frère d’armes à la Navy, m’a dit un jour à propos des femmes que je saurai quand je rencontrerai la bonne….. Il avait raison.
Il se tourna vers sa femme :
– Dès que j’ai plongé les yeux dans les tiens, j’ai ressenti quelque chose au plus profond de moi, quelque chose que je ne pouvais expliquer.
– Ah ce cher Cupidon, rit Lou.
– Et il l’a pas loupé, croyez-moi ! renchérit Danny. Plus une once de bon sens en lui après ça…
– Il savait qu’il devait mettre la dose, en rajouta Chin.
Tous ceux qui l’avaient connu à l’époque se souvenaient de son entorse au règlement quand il avait emmené Kelly chez lui, des menaces de Pat Jameson suite à son altercation devant caméras avec Carson, le journaliste véreux, qui lui avait valu d’ailleurs un petit tour en cellule le temps de se calmer.
– Je peux continuer ? Merci ! J’admets qu’il m’a fallu un peu de temps pour comprendre ce qui m’arrivait –– il replongea les yeux dans ceux de sa femme –– cette attirance, cette facilité à me confier alors que ce n’est pas mon point fort, surtout que je ne te connaissais pas ou à peine, sourit-il……. Bref, c’est ce besoin de creuser toutes ces nouvelles émotions que tu suscitais en moi qui m’a poussé à suivre mon instinct… et j’ai bien fait. A tes côtés, j’ai concilié les deux personnalités que j’avais en moi : l’ado meurtri et le Navy SEAL. J’ai exorcisé mes démons, en tout cas la plupart, et si aujourd’hui je devais synthétiser notre parcours, une seule chose me vient à l’esprit : ton amour m’a donné l’envie et les moyens de devenir l’homme que je ne pensais pas pouvoir être un jour : un mari et un papa comblés…. Et je peux t’affirmer que c’est un miracle que tu as accompli là.
– Waouh, j’avoue que j’suis impressionné, commenta Danny avec une moue admirative tandis que Kelly écrasait une larme.
– A ton tour, maman, réclama Ben.
– Papa a mis la barre très haute, souligna Keoni.
– C’est gentil de me mettre la pression…
– Surtout que parler de ses sentiments en public n’est pas non plus un exercice que votre mère affectionne particulièrement, sourit leur grand-mère Laura.
– C’est vrai, reconnut cette dernière qui commença par taquiner son mari en lui avouant que rien ne s’était passé en elle quand au QG, elle avait posé les yeux sur lui.
Steve sourit et il n’était pas le seul.
– J’étais tellement engluée dans mon cocon, reprit-elle d’une voix grave cette fois. Mais ce qui m’a très vite frappé, c’était de me sentir aussi à l’aise en ta présence, ça faisait une éternité que ça ne m’était plus arrivé… Au début, j’ai mis ça sur le compte de ta plaque mais elle n’expliquait pas pour autant tout ce que je ressentais et quand j’ai pris conscience de la nature réelle de mes sentiments pour toi, j’ai pris peur… Peur de ne pas pouvoir assumer émotionnellement… Physiquement…… Peur de te faire souffrir… Mais notre amour a été le moteur dont j’avais besoin pour m’extraire de mon carcan… tel un papillon qui doit réunir assez de force dans ses ailes pour réussir à déchirer la chrysalide… Une épreuve ultime avant de pouvoir prendre son envol. Cette image n’est peut-être pas la plus appropriée, sourit-elle, mais c’est celle qui colle le mieux au chemin que j’ai parcouru depuis notre rencontre. Tu m’as donné la force de me battre et si j’y suis arrivée, c’est parce que je suis follement amoureuse de toi… même si tu me rends des fois complètement folle, ne put-elle s’empêcher de le charrier.
– C’est ce qui fait mon charme, non ? en l’enlaçant amoureusement.
– Pas vraiment, non, sourit sa femme qu’il embrassa sous les gloussements amusés de leurs proches.
– Je ne voudrais pas vous presser, intervint Percy, comme le couple semblait maintenant seul au monde, mais la crème glacée commence à fondre.
– Juste une minute, demanda Steve qui profita de ce moment pour remercier non seulement ses enfants de cette fantastique journée qu’ils leur avaient concoctée mais également tous ses amis et proches d’avoir répondu présents à leur invitation.
– C’est sûr, sans vous, cette soirée n’aurait pas eu la même saveur, renchérit Kelly qui les remercia à son tour.
– Pourquoi faut-il toujours une occasion spéciale pour se retrouver tous ensemble ? lança Mary. C’est vrai, quoi ! On pourrait très bien organiser un week-end à l’occasion soit ici soit à San Francisco.
– C’est ce qu’ils disent à chaque fois, releva Sarah, mais ils ne le font pas.
– Le crime ne dort jamais, lui rappela son oncle Chin.
– Bah, d’ici cinq ans, vous aurez raccroché, rétorqua Mary. Ben quoi ? ajouta-t-elle en voyant le regard de son frère. Tu crois que tu vas pouvoir encore faire longtemps le ninja ?
– J’adore ta sœur, gloussa Danny, ce qui lui valut un regard noir de son ami.
– Et si on coupait ce gâteau ? intervint judicieusement Kelly. J'ai hâte d'y goûter.
28
Une heure plus tard, ils ouvraient le bal sur Perfect, la chanson d’Ed Sheeran, tout comme vingt ans plus tôt.
– C’est quoi ce demi-sourire ? demanda Nell à Danny qui les regardait danser.
– Il faudrait être aveugle, ce que je ne suis pas, pour ne pas remarquer qu’il y a un truc entre vous.
– N’importe quoi, on se connaît à peine !
– Le coup de foudre, tu en as déjà entendu parler ? Tu sais, ce petit ange qu’on appelle Cupidon, qui vous décoche une flèche en plein cœur et vous rend stupide ? Eh bien, il t’a pas loupé ! Tu montres déjà les premiers signes d’atteinte.
– Je le revois encore comme si c’était hier, répondit Danny, se débattre dans ses sentiments alors que c’était clair comme de l’eau de roche qu’il était fou amoureux d’elle…
– Votre petite amie est vraiment très gentille et très jolie.
– Et cette chère Madame Collins, paix à son âme, qui n’en ratait pas une quand elle nous croisait, t’aurais vu sa tête, sourit-il, à la fois amusé et ému à ces souvenirs.
– Tu ne devais pas être en reste non plus, sourit Nell.
– Votre petite amie, c’est bien ça que la gentille dame a dit ? s’était-il effectivement amusé une fois qu’ils s’étaient retrouvés seuls.
– J’avoue que je prenais mon pied mais à ma décharge, j’ai très vite senti qu’il se passait quelque chose de vraiment spécial entre eux, dit-il en les regardant danser, étroitement enlacés.
– Tu ne t’es pas trompé, confirma-t-elle, en regardant, elle aussi, ses amis. J’ai rarement vu un couple aussi soudé… pendant autant d’années en tout cas.
– Kelly est d’une patience d’ange avec lui, je sais pas comment elle tient.
– J’en connais une autre qui a une patience d’ange, le taquina-t-elle.
– Je sais pas non plus comment elle fait, avoua-t-il, sincère.
– Elle l’aime… tel qu’il est.
– Cet homme a beaucoup de chance.
– J’espère qu’il le sait.
– Oh oui, crois-moi, il le sait ! Et il l’attira tout contre lui pour un long et langoureux baiser tandis que d’autres couples rejoignaient maintenant la piste de danse.
– Tu veux danser ? proposa Ben à sa sœur.
– Avec toi ? Certainement pas ! répliqua cette dernière, la rancune tenace, et elle alla chercher Terrence qui, après quelques hésitations, se laissa tenter.
- Grand-mère ? demanda, quant à lui, Ben.
C’est fière au bras de son petit-fils qu’elle alla, elle aussi, se mêler aux autres convives.
– Quelle merveilleuse journée, souffla Kelly, blottie tout contre son mari. Peut-être encore plus belle que celle de notre mariage…
– Moi, ce que j’ai particulièrement adoré, ce sont nos ébats de ce matin…
– C’est donc tout ce que tu retiens de cette journée ? l’interrogea-t-elle avec malice.
– Oh mais elle n’est pas encore finie, rétorqua-t-il, l’œil lubrique, avant de reconnaître que leurs enfants avaient fait fort.
– Ils sont notre plus belle réussite, déclara-t-elle en les regardant tendrement danser.
– On peut être fiers de nous, acquiesça-t-il.
– Tu peux être fier de toi aussi, avança-t-elle doucement. Terrence est quelqu’un de bien. J’avais tellement peur qu’il ne soit une autre source de souffrance pour toi.
– Il n’a pas n’importe quels gènes dans son sang !
– C’est clair, sourit-elle.
– A propos, dit-il en redevenant sérieux, je ne te remercierai jamais assez de lui avoir ouvert notre foyer comme tu l’as fait, ce n’était pas évident.
– Ca ne l’était pour aucun de nous, souligna-t-elle. Ca a pris du temps mais nous formons une belle famille. Dire qu’à une époque, je n’espérais plus rien de la vie et puis, j’ai croisé votre route… à toi… à Laura… pris un nouveau départ et aujourd’hui, je ne pourrais pas être plus heureuse.
- Oui, on en a fait du chemin… Toi mais moi aussi… Quand je pense que c’est moi qui t’ai parlé de fonder une famille alors que je m’étais juré ne jamais avoir d’enfant.... sans savoir que j’en avais déjà un, ajouta-t-il en hochant la tête de côté.
- Si Greer s’était montrée honnête avec toi, c’est peut-être à ses côtés que tu aurais vieilli…
– C’est que ce n’était pas ma destinée, sourit-il alors que s’égrenaient les paroles de la chanson : Mais chérie, embrasse-moi doucement, ton cœur est tout ce que je possède et dans tes yeux, tu tiens le mien.
– Oh oh, je connais ce regard…
- Vraiment ? demanda-t-il en jouant maintenant avec ses lèvres.
– Je vous aime tellement, Commandant, souffla-t-elle de cette voix qui, même après toutes ces années, le faisait toujours craquer.
– Je t’aime, murmura-t-il avant de l’embrasser lentement comme le disait la chanson.
– Tu ne veux toujours pas me dire où tu m’emmènes ? demanda Catherine en enfilant sa veste tout comme Youri dont le portable se mit à sonner.
– Sergeï t’attend en bas, souffla-t-il avant de décrocher et elle n’eut d’autre choix que d’aller rejoindre son chauffeur qui lui ouvrit la portière arrière avant d’aller s’installer au volant de la Mercedes.
29
Les minutes s’égrenant lentement, ses pensées la ramenèrent à Steve et Kelly. Dire qu’elle n’avait pas voulu croire en leur histoire d’amour malgré les propos que Steve lui avait pourtant tenus à l’époque. Elle s’était alors raccrochée à l’espoir que pour Kelly, il n’était qu’un amour transférentiel et que ce n’était qu’une question de temps avant que la réalité ne les rattrape.
– Vous croyez que c’est juste une question de se sentir valorisée ? Vous croyez qu’il suffit qu’un homme vous désire pour oublier ce qu’un monstre vous a fait ? C’est un travail sur soi que vous n’imaginez même pas. Et si j’y arrive, c’est parce que je l’aime ! lui avait pourtant asséné Kelly lors de leur dernière confrontation mais elle n’avait pas voulu l’entendre. Seul le temps lui avait ouvert les yeux : ils étaient heureux, c’était évident. Ils avaient fondé une famille et elle, elle avait repris tant bien que mal le cours de son existence. Elle avait bien sûr eu des relations mais rien de bien sérieux, être espionne n’est pas vraiment compatible avec une vie amoureuse stable. Était-elle heureuse ? Elle aimait ce qu’elle faisait en tout cas, elle se sentait utile et ça lui suffisait. Mais parfois, comme en ce jour particulier, elle se demandait ce qu’aurait été sa vie si elle était devenue maman et que Steve aurait été le père du bébé.
– Arrête ! se sermonna-t-elle intérieurement, agacée de se laisser encore rattraper par ses sentiments pour lui après toutes ces années. Tu n’aurais jamais pu te contenter d’une vie rangée à ses côtés, tu le sais très bien.
– J’ai essayé d’oublier qui j’étais vraiment pour être la femme parfaite pour John et une maman exemplaire pour Steve et Mary, lui avait dit un jour « Shelburn », et j’y suis parvenue pendant des années… mais au fond de moi, je dois avouer que cette « adrénaline » me manquait. Vous voyez ce que je veux dire, n’est-ce pas ?
Elle avait acquiescé en silence.
– S’il y a une leçon que j’ai bien apprise, c’est qu’on ne peut échapper à ce que l’on est vraiment… On peut l’étouffer, mais y échapper, non.
Elle méditait encore sur ces paroles quand Youri vint la rejoindre.
– Je suis désolé, moya lyubov, mais il va falloir remettre notre escapade à plus tard.
– Mauvaises nouvelles ?
– Elles le sont toujours quand je dois m’éloigner de toi, répondit-il d’un ton mielleux, tandis que son chauffeur ouvrait la portière arrière pour l’inviter à sortir du véhicule.
Elle regarda, songeuse, la voiture s’éloigner. Elle savait de son agent de liaison que l’étau se resserrait autour de Youri : la fin de sa mission approchait…
– Tu permets ? demanda peu après Danny. Pas toi, ta femme, espèce d’idiot, comme Steve l’attrapait par la taille sous les sourires amusés de leurs compagnes respectives.
Le SEAL entraîna Nell à sa suite et Kelly se retrouva dans les bras de son meilleur ami.
– Alors, cette soirée te plaît ?
– Toute cette journée a été magique et le repas était délicieux, je me suis régalée. Merci… Merci pour tout, ajouta-t-elle avec chaleur.
– Oh j’ai pas fait grand-chose, ce sont eux qui ont tout organisé, en montrant ses neveux et nièce.
– Je ne pensais pas qu’à cette journée à vrai dire. Si nous fêtons aujourd’hui cet anniversaire, c’est aussi grâce à toi. Tu as toujours assuré ses arrières et qu’importe le danger, tu n’as jamais hésité à tout risquer pour lui. Je sais ce que tu vas dire, ajouta-t-elle très vite comme il ouvrait la bouche, mais te savoir à ses côtés chaque jour, même si ce n’est pas un gage de le voir rentrer vivant bien sûr, me rassure et je ne te remercierai jamais assez pour ça.
– Même si je me demande parfois, non souvent, comment tu fais pour le supporter –– elle sourit –– vous êtes heureux, très heureux tous les deux et c’est tout ce qui compte à mes yeux.
– C’est bien ce que tu m’avais demandé : de le rendre très heureux. Mission accomplie ?
– Et comment ! s’exclama-t-il en l’embrassant affectueusement sur la joue.
– En parlant de couple heureux, tu n’es pas en reste, enchaîna-t-elle, leur long baiser ne lui ayant pas échappé.
– Et j’en suis le premier étonné !
– Selon Steve, seule une psy pouvait t’aider à vaincre tes démons, le taquina-t-elle.
– Il n’avait peut-être pas tort sur ce coup, sa formation a dû l’aider à comprendre mon mode de fonctionnement mais si jamais tu lui répètes ce que je viens de dire…
– Vous êtes terribles, pas un pour racheter l’autre, se mit-elle à rire, et amusé, il la fit tournoyer sur elle-même avant de la reprendre dans ses bras.
Steve, lui, avait entretemps changé de partenaire et c’est avec Kono qu’il dansait maintenant.
30
– Tu sais, il y a des choses que je ne t’ai jamais dites, lui confia alors celle-ci. Quand on s’est rencontrés il y a vingt ans à la baie de Waimea, tu as changé ma vie, tu m’as donné bien plus qu’un travail, tu m’as donné une famille, et je ne t’ai jamais dit à quel point je t’en suis reconnaissante.
– Si Chin n’avait pas été sur le quai quand j’ai rencontré Jameson, je serais peut-être toujours à la Navy.
– C’est lui qu’il faut remercier alors ? sourit la jeune femme.
– Lui, Stan, Rachel, celui qui a mis Danny sur le meurtre de mon père, énuméra-t-il en riant. Dire que je pensais ne rester que quelques heures ici.
– On revient toujours à Hawaii, commenta-t-elle, l’air soudain grave.
– Dois-je comprendre par là que… ? l’interrogea-t-il en la scrutant avec attention.
– Ni Curtis ni moi ne voulons d’une vie de nomades pour notre enfant. Chin nous a proposé une plaque dans son unité mais je sais pas. Hawaii me manque de plus en plus…
– Tu sais que tu peux revenir quand tu veux au 5-0, on en serait tous ravis. Curtis est le bienvenu lui aussi.
– Je vais surtout laisser ce petit bout venir au monde, déclara-t-elle en caressant tendrement d’une main son ventre encore bien plat, et je verrai ensuite. Mais merci, ta proposition me touche énormément.
La série de slows fit alors place à une musique plus endiablée et Steve gagna le bar, très vite rejoint par Danny à qui son fils tendit une bière comme il l’avait fait pour son oncle quelques instants plus tôt.
– Si on m’avait dit à l’époque que vingt ans plus tard, je serais là à boire un coup avec toi, je ne l’aurais pas cru, lâcha Danny après avoir avalé une gorgée de sa bière.
– Et c’est reparti… Tu vas bien, t’es en vie, t’es en vie parce que…
– Je pensais pas à moi mais à toi, le surprit-il. Pourtant, c’est pas l’envie de te tuer qui m’a manqué la première fois qu’on s’est rencontrés.
– J’avais compris que tu m’aimais pas.
– C’était pire que ça, j’pouvais pas te blairer. Puis tu m’as demandé si je voulais faire équipe avec toi et j’ai hésité à te mettre mon poing dans la figure mais le timing était parfait…… Il était parfait en fin de compte, répéta-t-il, songeur. Je venais de divorcer, de tout quitter pour un caillou perdu en plein océan et v’là que tu débarques… fier, arrogant, imbu de ta personne. Qu’est-ce que j’ai pu te hair à ce moment-là !
– On en a fait du chemin depuis, on est même devenus meilleurs amis pour la vie.
– C’est ça, moque-toi.
– Je ne me moque pas. Jamais je n’aurais cru pouvoir être plus proche de quelqu’un que je ne l’avais été de Freddy mais j’avais tort. Depuis le premier jour où nous avons fait équipe ensemble, tu as toujours été là, tu ne m’as jamais abandonné, jamais trahi. Tu n’as pas idée de ce que ça représente pour moi.
Les deux hommes se dévisagèrent un instant en silence.
– Tu viens de parler de timing parfait mais pour tout te dire, il l’était aussi pour moi. Et pour la première fois, Steve lui confia que quand son père l’avait envoyé à Carlsbad, il avait volé une voiture pour revenir à Hawaii.
– Si, si, c’est la vérité mais j’ai vite été arrêté par la police militaire et grâce à Joe, je n’ai reçu qu’un avertissement. Sans lui, je ne serais jamais devenu un Navy-SEAL…….. Puis les années ont passé, je ne suis jamais revenu… jusqu’aux funérailles de mon père.
– Et tu es resté.
– J’pouvais quand même pas laisser un haolé mener l’enquête, le charria-t-il.
– C’est surtout que tu veux tout contrôler, oui, répliqua son ami sur le même ton enjoué.
– A vrai dire, la Navy sans Freddy, c’était plus pareil et quand tu m’as surpris chez mon père et sommé de laisser la caisse à outils, j’ai suivi mon instinct sans me poser de questions. J’étais sûr qu’on allait s’adorer tous les deux.
– Vraiment ?
– J’suis assez doué pour ce genre de choses… quoique si j’avais su combien tu me prendrais la tête plus tard. Il sourit, but une nouvelle gorgée de bière.
– Tu pouvais toujours retourner à l’armée, releva Danny avant de l’imiter.
– La Navy ! rectifia l'ex SEAL pour la énième fois avant de lui faire remarquer que, lui aussi, il aurait pu suivre Rachel et Stan à Las Vegas mais qu’il s’était battu en son temps pour que Grace ne puisse quitter Oahu, un endroit qu’il disait pourtant détester par-dessus tout.
Son ami hocha gravement la tête avant de se justifier :