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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 29.12.2009 à 12h40
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Un costume sur mesure" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Tailor made" » okapi
Cette fanfic compte déjà 16 paragraphes

Sully s'assura que le feu était bien éteint pour la nuit, remit le tisonnier à sa place et se redressa en étirant les muscles endoloris de son cou, de ses bras et de son dos.
Cela avait été une longue journée pour lui et Michaela.
Après avoir voyagé toute la nuit dans le train, ils avaient passé la journée entière à emménager dans la nouvelle maison, avec l'aide des habitants de la ville, et la fatigue commençait à se faire sentir.
Bien que les enfants soient déjà au lit depuis plusieurs heures, Michaela était toujours affairée dans la cuisine.
Il pouvait encore l'entendre ranger provisions et ustensiles de cuisine.
Il s'émerveilla devant son énergie inépuisable.
Il observa lentement la "pièce à vivre" où il se trouvait, éclairée désormais par la seule lueur du feu mourant et par deux lampes situées près des escaliers.
Il en connaissait chaque planche, chaque encadrement de fenêtre, chaque clou, pour les avoir façonnés et mis en place au cours de la construction de cette maison qu'il avait bâtie de ses mains pour Michaela et les enfants.
Mais cela avait l'air si différent maintenant.
Avec les meubles et les bibelots qui provenaient de l'ancienne maison et tout ce que Michaela avait commencé à mettre en place, la pièce avait perdu son aspect d'origine qui lui était si familier.
Il fut de nouveau étonné de ressentir ce pincement au creux de l'estomac qui ne l'avait pas quitté de la journée.
C'était une sensation étrange et inhabituelle et il l'avait ressentie dès le début de la journée quand ils avaient commencé à installer leurs effets personnels dans la nouvelle maison.
Il laissa ses mains courir sur le dos du fauteuil flambant neuf et sourit.
La dernière fois qu'il l'avait vu, il se trouvait dans le wagon qu'ils occupaient, lui et Michaela durant leur nuit de noces.
Lorsque les doux souvenirs de cette nuit lui revinrent, un à un, en mémoire, enflammant ses sens, son pincement à l'estomac disparu.
Il se déplaça jusque la table et les chaises qui provenaient de l'ancienne maison.
Michaela avait demandé à Robert E et à Matthew de les placer là, dans la pièce à vivre, au lieu de la cuisine, endroit où Sully avait toujours imaginé les voir lorsqu'il travaillait à la construction de la maison.
Le picotement repris à nouveau dans son estomac.
C'était un peu comme ce costume à la mode qu'il avait acheté et porté à Boston…
Cette tenue inhabituelle pour lui était inconfortable… et il ne permettait que peu de mouvements.
Malgré tout, cela avait plutôt été une bonne chose de l'avoir porté.
Les enfants l'avaient trouvé vraiment élégant et Michaela également.
Il avait lu dans son regard et vu par le sourire qu'elle lui avait adressé combien elle était impressionnée et admirative.
A propos de Michaela… Il pénétra à temps dans la cuisine pour la surprendre, dressée sur la pointe des pieds, portant une lourde casserole à bout de bras et tentant de la placer sur une étagère située au-dessus de sa tête.
Il saisit la casserole et la déposa à l'endroit qu'elle avait choisi.
"Est-ce que ce n'est pas le moment qu'on appelle la nuit, Michaela ?" demanda-t-il doucement alors qu'elle se retournait dans l'intention de déballer une autre caisse.
"Tu dois être fatiguée comme moi, on peut très bien finir demain matin !"
Elle se retourna vers lui et il en profita pour lui tendre la main.
Elle la saisit aussitôt et après avoir éteint les lampes, il l'entraîna lentement dans les escaliers jusqu'à l'étage.
Arrivé à la porte de leur chambre, il la fit brusquement basculer dans ses bras.
"Je dois te porter pour franchir le seuil !" Murmura-t-il.
Michaela se mit à rire "Tu l'as déjà fait ce matin !"
"Pas celui-là, Michaela ! Ce seuil est vraiment très spécial et important " dit-il.
Ils avaient déjà fait du chemin tous les deux pendant les deux petites semaines de leur lune de miel mais Michaela semblait de nouveau aussi hésitante et timide qu'avant leur mariage.
Elle rougit, détourna le regard du sien et se mordit la lèvre comme à son habitude mais malgré tout cela, elle s'accrocha plus fortement à ses épaules se serrant un peu plus contre sa poitrine.
Alors qu'il entrait dans la chambre en la portant dans ses bras son tiraillement à l'estomac disparu complètement. C'était définitivement à cet endroit qu'il appartenait et en ces lieux, il n'y avait pas de place pour les beaux costumes chimériques.
Sully se réveilla lorsque les rayons du soleil pénétrant par la fenêtre atteignirent leur lit.
Il se redressa un peu en prenant appui sur son coude pour observer Michaela toujours endormie.
Il ne se lasserait jamais de la voir ainsi.
Elle avait l'air si petite et si fragile, si belle aussi.
Sa main reposait sous son menton, de longues mèches de ses cheveux cuivrés recouvraient sa joue.
Elle dormait en chien de fusil en lui faisait face.
Il écarta doucement les cheveux qui recouvraient son visage et fut soudain envahi par le désir de lui assurer qu'il serait toujours à ses côtés pour veiller sur elle et lui offrir une vie pleine et heureuse.
Ils allaient se bâtir un avenir ensemble et à cette pensée il se sentait à la fois joyeux et impatient.
Impatient de commencer leur vie commune et de se bâtir "leur" avenir conjoint.
Et soudain, alors qu'il s'étendait de nouveau sur le dos, en pensant à ce qu'il allait faire durant cette journée, la même sensation étrange réapparu au creux de son estomac.
Il contempla les montagnes à travers les fenêtres closes et se sentit tiraillé entre ce qu'il avait envie de faire et ce qu'il pensait devoir faire.
C'était comme lorsqu'il avait du prendre une décision à Boston entre porter ce costume de citadin et d'homme du monde ou garder ses vêtements habituels en peau de daim.
Il prit une décision et se leva rapidement de manière à ne pas déranger Michaela, s'habilla et descendit à la cuisine retrouver Colleen occupée à préparer le petit déjeuner.
Après avoir mangé, il sortit et se dirigea vers la grange.
Enveloppé dans son châle bleu, pour se protéger de l’air frais et brumeux du petit matin, Michaela sortit de la maison d’un pas alerte et joyeux, le sourire aux lèvres, à la recherche de Sully.
« Bonjour ! » lui cria-t-elle alors qu'il sortait son cheval de l'écurie.
« Bonjour ! » répondit-il tenant sa monture par la longe, Wolf sur ses talons.
Michaela étonnée de le voir partir de si bon matin, alors qu’il ne l’en avait pas tenu informé la veille le questionna un peu gênée.
« Où vas-tu ? »
« Je pensais à Nuage-Dansant, il faut que je lui parle. Tu dormais et je n’ai pas voulu te réveiller ! » Expliqua-t-il comme pour s’excuser.
« Tu aurais pu !» répondit Michaela en baissant les yeux, un léger sourire aux coins des lèvres.
Puis elle reprit, soudain inquiète « Sois prudent, sa tête est toujours mise-à prix, tu le sais ! »
« C’est de ça que je voulais lui parler ! » répondit Sully le regard triste.
Michaela ne savait trop comment exprimer la question suivante qui lui brulait les lèvres.
Elle finit par balbutier « Est-ce que je… Tu seras rentré pour le dîner ? »
« Oui… peut-être… Je n’en sais rien ! J’essayerai ! »
Sully semblait embarrassé autant qu’elle pour répondre à cette question.
Michaela avait le sentiment de mener un interrogatoire. Elle n’insista donc pas, voyant bien que Sully semblait mal à l’aise et distant, peu désireux de poursuivre leur conversation.
Elle ne comprenait pas son attitude, il semblait si gai la vielle.
Essayant de se comporter comme si tout allait bien elle reprit sur un ton joyeux mais quelque peu forcé «Je vais commencer à faire mon jardin alors ! »
Il avait déjà enfourché son cheval et le talonna pour le mettre au pas.
« Bien ! » marmonna-t-il brièvement sans porter plus d’attention à ses paroles.
Michaela le regarda s’éloigner sans se retourner.
Il ne lavait même pas embrassée ni serrée dans ses bras pour lui souhaiter une bonne journée.
Elle qui était si joyeuse en se levant, sentit soudain une grande tristesse l’envahir.
Avait-elle fait quelque chose de mal qui l’aurait fâché ?
Elle resserra son châle de laine sur ses épaules, soudain prise de frissons, et se dirigea à pas lourds vers la maison.
Sully avait lu dans son regard inquiet et interrogateur qu'elle ne comprenait pas pourquoi il la laissait ainsi ni pourquoi il n'était pas en mesure de lui dire quand il rentrerait à la maison. Mais il n'arrivait pas à trouver les mots pour lui expliquer ses propres doutes et ses incertitudes.
Il galopa loin à travers les montagnes, laissant de côté son sentiment de culpabilité.
Il se délecta de l'air vivifiant qui glissait dans ses cheveux, profitant du sentiment indicible de se sentir libre et seul au monde au milieu d’une nature intacte et sauvage.
Le pincement à l'estomac diminua peu à peu et finit par disparaître totalement.
Au bout d’une heure ou deux, après avoir battu la campagne selon le bon désir de son cheval et sans trop savoir où les pas de ce dernier l’avaient mené, Sully sortant de son état second, revînt sur terre et se mit à réfléchir au moyen de retrouver Nuage Dansant.
Il connaissait bien son frère Cheyenne et entreprit de visiter tous les endroits un peu reculés où ce dernier avait l’habitude de se retirer pour prier et communiquer avec les esprits.
Il finit par le retrouver, aux pieds des collines, sur les berges d’une rivière où ils allaient souvent pêcher ensemble autrefois.
Les deux frères tombèrent dans les bras l’un de l’autre.
« C’est bon de te revoir » déclara Nuage Dansant à Sully d’une voix chaude et sincère, tout en lui donnant l’accolade. « Il y a une nouvelle lumière qui brille dans tes yeux » remarqua l’homme médecine.
« Nous avons beaucoup pensé à toi, et espéré que tu allais bien. » répondit Sully, se remémorant les longues discussions que lui et Michaela avaient eues à Denver à son propos, durant leur voyage de noces.
« Je suis toujours en vie, mais je suis fatigué. Quatre nuits durant, j’ai attendu une vision. J’ai apporté du tabac afin d’obtenir l’aide des esprits. La vision n’est pas venue, mais la prière à été bonne !» expliqua Nuage Dansant.
« Nuage Dansant, le gouvernement va ouvrir une nouvelle réserve à Palmer Creek, sur l’un des territoires indiens. Je peux arranger les choses pour que tu puisses aller vivre là-bas. » annonça Sully en s’accroupissant dans le cercle de prières, aux côtés de son frère.
« J’ai vu les hommes qui vivent dans ces réserves. Ils s’habillent comme les blancs et apprennent leur religion. Ils ne sont ni chien ni loup. Non... Je refuse de vivre ainsi ! » Argumenta Nuage Dansant en repoussant son offre.
« Mais tu es toujours recherché, tu ne vas pas passer le reste de ta vie à fuir ? » reprit Sully essayant encore une fois de le convaincre.
« Il fût un temps où c’est toi qui me disait de fuir » rappela Nuage Dansant à Sully, comme pour lui faire observer qu’il baissait un peu trop vite les bras.
« Les temps ont changés » répondit Sully d’une voix triste et empreinte de culpabilité « Le gouvernement vend tous les territoires cheyennes, il prend tout. » continua-t-il en tentant de se justifier. « Tu n’as plus nulle part où aller» conclut-il avec désespoir.
Devant le silence de son ami, Sully murmura encore quelques mots pour donner plus de poids à ses paroles : « Ce n’est pas juste, je sais… »
Mais Nuage Dansant ne l’écoutait plus… il s’était relevé et commença à se diriger dans la direction d’où venait de lui parvenir un faible bruit.
« Qu’est-ce que c’est ? » demanda Sully en suivant son frère.
Ce dernier n’eut pas le temps de lui répondre. Une forte détonation se fit entendre et Nuage-dansant s’écroula à ses pieds, blessé à l’épaule.
Deux hommes surgirent alors, armes aux poings, vociférant à l’intention de Sully.
« Ecarte-toi, l’indien est à nous ! »
Ce dernier, réagissant aussitôt, plongea sur le première homme armé d’un révolver et l’envoya rouler au sol d’un direct bien placé.
Le second sortant un long couteau, ne fut pas long à rejoindre son camarade au sol, le nez ensanglanté après avoir reçu le manche du Tomawak de Sully en pleine figure.
Mais les choses auraient pu très mal finir si Nuage Dansant, dans un effort désespéré, n’avait pas désarmé d’un coup de pied le premier homme au révolver qui, reprenant ses esprit, avait mis Sully en joue et menaçait de lui tirer dans le dos.
Sully renvoya le chasseur de prime au sol une fois de plus d’un direct dans la mâchoire et passant le bras valide de Nuage Dansant autour de ses épaules s’empressa d’entraîner son ami loin de ce lieu inhospitalier.
Plus tard, en observant Michaela et Colleen soigner les blessures de Nuage Dansant, il se dit que c'était une bonne chose d'être sorti ce matin et qu'il avait vraiment eu de la chance d'avoir trouvé son frère indien.
Ces "sympathiques" chasseurs l'auraient peut-être tué s'il ne lui était pas venu en aide et il aurait pu ne jamais en être informé.
Faire le trajet de retour jusqu'à la maison n'avait pas été facile avec Nuage Dansant affaiblit et blessé mais il savait que Michaela prendrait soin de lui.
Pendant que Colleen terminait de panser le blessé. Michaela et lui sortir ensemble de la grange.
« Ta lèvre saigne ! » fit remarquer Michaela portant sa main à son visage.
« Ce n’est rien ! » répondit Sully en passant un bras protecteur par-dessus ses épaules.
« Que va-t-il devenir ? » demanda-t-elle d’une voix empreinte d’émotion.
« Je lui ai parlé de la réserve, c’est le seul endroit où il pourra vivre en paix ! » expliqua Sully.
Elle se retourna vers lui. « Et il ira ? » questionna-t-elle encore, une faible lueur d’espoir dans le regard.
« Je ne sais pas du tout ! » avoua-t-il, incapable de lui mentir.
Michaela baissa les yeux et ne répondit plus rien, s’essuyant nerveusement les mains sur le linge qu’elle tenait depuis qu’elle avait finit de donner les premiers soins à leur ami indien.
Observant la détresse de Michaela, Sully l’interrogea à son tour : « Qu’est ce qu’il y a ? »
Elle se jeta brusquement dans ses bras, serrant les siens autour de sa taille, appuyant sa tête sur sa poitrine.
« Je suis simplement heureuse que tu sois là ! » murmura-t-elle d’une voix tremblante, les yeux un peu trop brillants. « Tu aurais pu être blessé ou tué ! »
Sully répondant à son étreinte, se mit à la bercer tendrement, posant son menton sur le haut de sa tête laissant courir ses mains sur ses épaules et dans son dos.
« Ce n’est pas la première fois que je risque ma vie et ce n’est certainement pas la dernière ! » rappela-t-il, comme pour exorciser sa peur.
« Oui… Oui je sais, mais… maintenant les choses sont différentes. L’idée que je puisse te perdre m’est insoutenable ! » Avoua-t-elle en se serrant d’avantage contre lui.
« Rassure-toi… Tu ne me perdras pas !» la rassura Sully d’une voix confiante.
Et pour appuyer ses mots, il plaça délicatement ses doigts sous son menton et approchant ses lèvres des siennes scella sa parole d’un léger et tendre baiser.
Michaela, baissant son regard humide, s’écarta légèrement de lui.
Elle était encore bouleversée par ce qu’elle ressentait et ce qu’elle avait essayé de lui exprimer mais Sully ne semblait pas comprendre la puissance de ses sentiments.
Elle trouva enfin une excuse pour se dérober et échapper ainsi à cette situation gênante.
« Nuage-Dansant doit avoir faim. Je vais aller lui faire à manger » déclara-t-elle en s’éloignant de lui.
Alors que Michaela se dirigeait vers la maison, Nuage Dansant apparut à la porte de la grange, et son regard semblait empreint de reproches.
Appuyé sur la barrière du corral, Nuage Dansant lui fit remarquer : «La terre est dure !»
Hochant la tête Sully lui répondit « Elle veut un jardin ! Elle l’aura a tout prix ! » soulignant ainsi le caractère entêté et opiniâtre de Michaela !
« Le mariage te rend heureux ? » lui demanda alors son frère cheyenne, comme s’il en doutait.
« Oui… très heureux ! » affirma Sully, mais il ne trouva pas les mots pour développer son propos et écarter ainsi le doute dans le regard de l’homme médecin.
« Avec Oiseau-blanc, nous avons mis du temps à découvrir que nous montions le même cheval ! » conclu Nuage Dansant, parlant une fois de plus par énigme comme il en avait l’habitude.
Sully comprenant l’allusion, ne pu que prendre note de la leçon que l’homme sage et éclairé qui se tenait à ses côté venait de lui donner et resta silencieux.
Changeant soudain de sujet, ce dernier reprit alors. « Je devrai bientôt partir. Je retournerai sur la colline, attendre que les esprits viennent me guider ! »
« Ils t’ont peut-être déjà guidé ! C’était peut-être un signe !» lui fit remarquer Sully un peu rancunier en lui montrant sa blessure à l’épaule.
« Les chasseurs de primes sont à tes trousses… sans parler de l’armée. Un jour ou l’autre, ils finiront par te trouver » ajouta-il.
Ce fut au tour de Nuage Dansant de rester silencieux. Acquiesçant d’un léger signe de tête, il se dirigea d’un pas décidé dans la direction de Brian qui jouait de la flûte, adossé contre un chêne, à quelques pas de la grange.
« Nuage Dansant, tu vas mieux ? » s’informa Brian en s’interrompant.
« Beaucoup mieux ! C’est une très belle mélodie que tu joues là ! » Releva le cheyenne.
« C’est "le Calme" qui me l’a apprise ! » répondit Brian, un peu inquiet d’évoquer le nom de son ami indien, assassiné le même jour que la famille de Nuage Dansant.
« Il a bien fait ! » le rassura l’homme Médecin avec un sourire mélancolique.
« Sully dit qu’en jouant cette musique, j’aide "le Calme" à survivre » expliqua encore Brian
« Hum, Hum » acquiesça Nuage Dansant.
Son regard était vague et lointain, et il semblait perdu dans ses pensées. Puis, un sourire aux lèvres et une nouvelle lumière dans les yeux, il se dirigea de nouveau vers Sully.
« Les esprits m’ont enfin parlés » lui annonça-t-il d’une voix ferme. « J’irai à Palmer Creek ! »
Sully Hocha la tête sans trop comprendre ce qui venait de se passer, mais heureux que son ami ait enfin pris la décision qui lui semblait être la bonne.
Les quelques jours qui suivirent ne furent guère plus confortables pour Sully.
Après avoir persuadé Nuage Dansant de se rendre à la réserve de Palmer Creek, seul endroit où il serait en sécurité, il fit tout ce qui était en son pouvoir pour s’assurer que son ami serait installé aussi confortablement que possible.
Il partagea cependant les repas du soir avec Michaela et les enfants.
Leurs conversation étaient à la fois légères, remplies de rires mais également plus sérieuses et indignées face au comportement vénal et égoïste du nouveau banquier de la ville, Preston Lodge III.
Durant tout ce temps, cet étrange malaise ne le quitta pas, c'était comme si une moitié seulement de son corps et de son esprit participait à ces réunions familiales. L'autre moitié de lui-même aspirait à autre chose mais il était incapable de savoir quoi.
Il avait beau essayer de toutes les manières, il ne parvenait pas à s'habituer à porter ce costume comme il pensait devoir le faire.
Les seuls instants où il se sentait vraiment à l'aise et où son nœud à l'estomac semblait totalement disparaître, c'était à la nuit venue, lorsqu'il était étendu dans leur chambre, à côté de Michaela, explorant leur nouvelle intimité, oubliant le monde qui les entourait.
L'après-midi où Sully rentra à la maison pour trouver Michaela et Preston en grande conversation lui fournit l'occasion d'entrevoir un début d'explication à ce malaise qui ne le quittait pas.
Il était occupé à bouchonner son cheval, de l’autre côté de la grange, quand il entendit la voix de Michaela qui semblait parler à quelqu’un qu’il ne pouvait identifier.
Curieux, il entreprit de faire le tour du bâtiment pour savoir de qui il s’agissait.
Peu à peu, il distingua les paroles de Michaela qui semblait inquiète.
« Mais qu’est-ce que vous faites là ? Vous ne pouvez pas vous annoncer ? » disait-elle.
« Je vous demande pardon, je ne voulais pas vous effrayer. Je regardais simplement votre superbe maison ! » Répondit une voix masculine inconnue.
« Ma maison ? » reprit Michaela étonnée.
Sully s’approcha sans bruit, prêt à faire connaître sa présence, mais pas encore certain du ton que prenait la conversation, ni si cet homme qu’il ne connaissait pas avait des intentions amicales ou non.
Par ce qu’il pouvait en juger au ton de sa voix, Michaela semblait apeurée et hésitante, et l’homme était visiblement bien trop à son aise dans cette situation.
« C’est exactement ce que je voudrais… en plus grand ! Je crois savoir que c’est votre mari qui a construit celle-ci et je voudrais lui demander de bâtir la mienne » reprit l’homme d’une voix pédante.
Sully choisit cet instant pour faire connaitre sa présence, sous le regard soulagé de Michaela.
« Non merci ! » clama-t-il d’une voix forte et assurée.
« Je peux savoir pourquoi ? » répondit Preston Lodge, sans ce démonter devant cette soudaine apparition.
« Ce n’est pas mon métier » déclara Sully sans autres explications.
« Vous avez construit celle-ci ! » reprit le banquier obtus.
« Pour ma famille ! » ajouta Sully en jetant un regard réconfortant à Michaela qui semblait aussi soulagée de voir Sully qu’effrayée de cette confrontation entre les deux hommes.
« Oui… Oui bien sûr… », marmonna l’homme au complet veston, un sourire aux lèvres. « Combien alors ? » lâcha-t-il comme une insulte.
« Quoi ? » repartit Sully, faignant de ne pas comprendre.
« Le prix ? Combien voulez-vous ? » Demanda le banquier sans se démonter.
« Je viens de vous dire "non" ! » répéta Sully montant le ton d’un cran et toisant le banquier de son regard bleu d’acier.
« Vous voulez rire ? » s’étonna l’autre.
« J’en ai l’air !... J’ai été assez clair ! » Articula Sully avec colère.
Michaela le regarda effrayée, se demandant visiblement comment tout cela allait finir.
« Vous êtes sérieux » comprit enfin Preston, surpris de trouver autant de résistance face à son offre qui aurait pu être généreuse.
« Bon alors » touchant légèrement le bord de son chapeau en regardant Michaela pour prendre congé, il s’empressa de mettre un terme à cette conversation avant qu’elle ne tourne au vinaigre. « Excusez-moi de vous avoir fait peur » dit-il en tournant les talons.