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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 14.06.2010 à 13h41
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Désirs et regrets" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "LONGINGS". » okapi
Cette fanfic compte déjà 328 paragraphes
''Eh bien... certains symptômes, mais ils étaient tous...''
Elle s'interrompit soudain et écarquilla les yeux en réalisant.
Elle commença à chercher dans les papiers sur ses genoux.
Elle se tourna finalement vers Sully et s'exclama : ''Mon Dieu, Sully ! Ce n'est pas une tumeur... En fait, si j'ai raison, il y a toutes les chances pour qu'elle guérisse.''
Elle fouilla dans son sac et sortit un calepin et un stylo.
Elle écrivit rapidement une note, déchira la page et la lui tendit.
''Sully, il faut que tu ailles au bureau du Docteur Musgrave... pour voir s'il a des copies du journal American Medical Society datant du début de cette année. J'ai besoin de celui avec cet article...''
Elle fit un signe vers le papier que Sully lisait.
Il se mit immédiatement debout, plia le papier et le mit dans sa poche.
''Et s'il te plait... Je sais que tu ne l'aimes pas beaucoup... Mais j'ai besoin de son avis, alors demande-lui simplement le journal,'' le supplia-t-elle.
Sully lui sourit.
''Je me comporterai comme d'habitude, Michaela... Je ferai tout pour aider Myra... Mais ne me demande pas d'être sociable.''
Il se pencha pour l'embrasser et partit en vitesse dans Olive Street.
Michaela le regarda partir, se leva et emprunta le chemin qui menait chez Myra.
Chapitre 32 :
''Myra, je vais vous asseoir cet après-midi et nous allons essayer de faire les choses un peu différemment,'' dit Michaela, penchée vers son amie qui la regardait les yeux écarquillés.
''J'ai le sentiment que votre état n'est pas aussi grave qu'on le pensait au début.''
Myra ouvrit des yeux encore plus grands et lui fit un sourire tordu.
Michaela s'empressa d'ajouter : ''C'est sérieux... Mais je suis presque sûre que l'on peut vous guérir...''
Myra ouvrit la bouche et essaya désespérément de parler, mais tout ce qui en sortit fut un son guttural et un long soupir.
Michaela caressa les cheveux noirs de sa patiente et murmura : ''Je sais que c'est dur, Myra... Mais si j'ai raison... nous commencerons à travailler sur votre vrai problème très vite... sur votre parole et vos mouvements... Et si c'est bien cela, vous allez vous en remettre.''
Une larme solitaire coula doucement le long de la joue de la jeune femme.
''Hé, il ne faut plus se décourager, Myra...'' la consola Michaela. ''Vous allez devoir être très forte et très déterminée si vous voulez aller mieux.'' Elle essuya gentiment sa larme.
''J'ai demandé à Sully d'aller chercher quelque chose dans le bureau du docteur Musgrave et, dès qu'il reviendra, je vais vérifier certaines choses... pour être sûre d'être sur la bonne voie... Pendant ce temps...''
Michaela fut interrompue par un léger coup frappé à la porte et Horace passa la tête dans l'ouverture.
''Est-ce que moi et Samantha pouvons entrer, Docteur Mike ?'' demanda-t-il avec anxiété, les yeux posés sur Myra, toujours immobile au milieu du grand lit.
''Bien sûr, Horace, entrez,'' dit Michaela en souriant. ''En fait, vous pouvez me donner un coup de main. Je veux asseoir Myra cet après-midi et...'' Elle posa la main sur son gros ventre. ''C'est un peu difficile de le faire pour moi, en ce moment.''
Horace leva les sourcils d'étonnement. ''L'asseoir ?!'' s'exclama-t-il. ''Est-ce qu'elle va mieux ?''
''Je le crois... Nous le saurons très vite,'' répondit Michaela d'un ton joyeux.
Elle se tourna vers Myra et dit doucement : ''Alors, Horace, venez la prendre sous ce bras et moi je prends l'autre et puis, nous soulèverons. Faites-nous savoir si cela vous fait mal, surtout à la tête, d'accord ?''
Horace fila à toute vitesse de l'autre côté du lit et plaça le bras sous celui de Myra, imitant la position de Michaela. Ensemble, ils la redressèrent doucement pour l'asseoir.
La petite Samantha les avait regardés, les sens en alerte, depuis le pied du lit, et lorsqu'elle vit sa mère assise pour la première fois depuis de nombreux jours, elle sauta immédiatement sur le lit et se blottit contre elle.
Le bras droit de Myra vint délicatement l'étreindre.
Michaela observait le visage de Myra avec anxiété, cherchant le moindre signe de douleur ou de vertiges.
Au début, son visage pâlit un peu, mais petit à petit, des couleurs lui revinrent et elle souriait même.
''Des douleurs ?'' demanda Michaela.
Myra secoua lentement la tête.
''Bien...'' dit Michaela avec satisfaction.
Elle se tourna ensuite vers Horace.
''Horace, je veux que vous m'écoutiez attentivement... Si l'état de Myra est dû à ce que je crois, vous, Adèle, madame B et même Samantha pouvez faire beaucoup pour l'aider.''
Horace s'assit rapidement sur le petit tabouret près du lit de la malade et se concentra sur ce que Michaela allait dire.
''Je ne comprends pas, Michaela... Apop... Qu'est-ce que c'est et qu'est-ce que ça veut dire ?''
s'exclama Sully, étonné.
Lui et Michaela se baladaient dans le Shaw's Garden, l'un des plus beaux endroits de St. Louis, même si, en ce moment, aucun d'eux ne s'intéressait à l'extraordinaire collection de fleurs et de plantes exotiques éparpillés dans ce Jardin d'Eden.
''Apoplexie, Sully... Ça veut dire un saignement soudain dans le cerveau... L'accumulation de sang détruit la partie du cerveau avec laquelle elle est en contact... Donc, cause des dégâts au niveau de la parole, des gestes, et caetera,'' expliqua patiemment Michaela.
''Donc, si cette partie du cerveau est détruite, Myra ne marchera et ne parlera plus jamais ?''
''Non... Nous ne sommes pas sûrs de ce qui se passe, mais il semblerait que, soit la partie endommagée se régénère, soit une autre partie du cerveau remplit son rôle et réapprend certaines choses. Ca va prendre du temps... et beaucoup d'efforts, mais elle devrait se rétablir totalement,'' expliqua Michaela.
''Est-ce que tu as vu ça arriver souvent ?''
''Non... Pas chez quelqu'un de si jeune... C'est pour cela que je t'ai demandé de trouver ce numéro particulier de l'American Medical Society hier après-midi. Il y a eu beaucoup de recherches d'effectuer dans ce domaine durant ces quelques dernières années, surtout en Allemagne. Apparemment, les attaques ont été mal diagnostiquées chez des patients plus jeunes parce qu'elles sont improbables.''
''Les attaques ? Comme Loren a eu ?''
''Eh bien... Oui, l'état de Myra est très similaire à ce qui est arrivé à Loren.''
''Je croyais que seulement les vieilles personnes avaient des attaques,'' remarqua Sully.
''Oui... Les médecins ont longtemps pensé pareil. Maintenant, on sait que c'est possible pour une personne plus jeune d'en avoir une... même si c'est généralement dû à d'autres raisons...''
Sully conduisit Michaela vers un vieux banc en bois posé entre deux aubépines et faisant face à une mare habitée de canards de différentes espèces.
''Différentes raisons ?'' demanda-t-il.
''Eh bien... Chez les personnes plus âgées, on pense que leur mode de vie contribue à affaiblir les vaisseaux sanguins. En Allemagne, ils font même des recherches pour savoir si l'absorption abusive d'alcool pourrait provoquer des attaques.''
''Et chez les jeunes gens ?''
''Eh bien, il semblerait que ce serait parce que la personne est née avec un système sanguin plus faible et que parfois, au cours de la vie, un vaisseau puisse se briser.''
Sully s'assit sur le banc et tira Michaela vers lui.
Elle serra sa cape contre elle.
''Bien sûr, parfois la faiblesse des vaisseaux n'engendre jamais une attaque... On ne peut pas le dire...''
''Je sais que tu as commencé beaucoup d'exercices avec Myra hier après-midi... Que faut-il faire ensuite ?'' demanda Sully en remuant le pied devant un canard peu craintif s'étant aventuré jusque là.
''Pendant les quatre prochains jours, nous allons tous l'aider avec ses exercices... presque continuellement... Elle va être très fatiguée. Mais nous devons réapprendre à son cerveau à faire les choses qu'elle était capable de faire sans même y penser.''
Tandis que Michaela lui énonçait les plans qu'elle avait pour leur amie, Sully trouvait particulièrement difficile de se concentrer sur ce qu'elle disait.
Il regarda avec intensité ses joues rougir à cause du froid, ses yeux étincelants d'excitation devant ce nouveau défi.
Elle avait de l'enthousiasme dans la voix.
C'était la Michaela que Sully aimait, le cœur en feu et l'âme se reflétant dans le regard, habitée par la satisfaction de savoir qu'elle avait trouvé la réponse.
Il était en admiration devant ses connaissances, sa détermination de réussir, son désir d'aider la guérison de son amie.
Ses mains le démangeaient de la toucher.
Il se rapprocha d'elle et tourna le dos à la mare pour lui faire face.
Elle parlait avec animation de régime, de modes de vies, de listes, mais Sully entendait à peine ses mots, comme s'il se concentrait sur elle et sur elle seule.
Soudain, il ne put se retenir plus longtemps et se pencha pour l'embrasser sur les lèvres.
Michaela, prise au dépourvu, répondit d'abord à son baiser, puis, se souvenant d'où ils étaient, rougit et recula.
''Sully !'' s'exclama-t-elle. '' Quelqu'un pourrait nous voir !''
Il lui sourit avec amour avant de regarder autour de lui.
''Il n'y a personne, Michaela... Et puis, ce n'est pas un péché d'embrasser sa femme... surtout lorsqu'elle est aussi jolie qu'en ce moment.''
Il tendit la main et lui caressa le visage.
Bess, ou la vieille dame aux oiseaux, comme l'appelaient ses voisins, marchait avec peine sur le tapis de feuilles rousses et sèches vers son banc habituel dans le Shaw's Garden.
Elle s'arrêta un moment et fléchit ses genoux raides et douloureux l'un après l'autre.
Le temps froid faisait réapparaître ses rhumatismes.
Dans sa main noueuse, elle portait un gros sac en papier marron froissé qui contenait des miettes de pain et de la nourriture pour les oiseaux et les canards qui attendaient impatiemment son arrivée.
Elle leva les yeux lorsqu'elle arriva vers la mare et s'arrêta d'un coup.
Son banc était occupé !
Elle grimaça de dégoût.
Occasionnellement, très occasionnellement, des étrangers s'introduisaient dans son monde secret, mais elle ne s'attendait à personne aujourd'hui, avec le temps si froid.
Elle observa le couple, pas si jeune que cela, assis l'un à côté de l'autre sur le banc.
Une femme plutôt belle, enceinte de cinq ou six mois apparemment, et épanouie : elle avait les joues rouges et les yeux pétillants.
Elle avait sa cape bleue bien serrée contre elle et elle parlait d'une voix animée au jeune homme, pendant qu'il contemplait la mare, les yeux dans le vague.
L'homme était sûrement un étranger, avec son costume à franges en cuir et ses lourdes bottes.
Il n'avait d'yeux que pour la femme à côté de lui.
Un rendez-vous secret, peut-être ?
Ces deux amoureux pouvaient-ils seulement se voir lorsque le temps et les circonstances le permettaient, quand son mari ou peut-être sa femme ne s'en douteraient pas ?
L'homme pivota sur le banc pour faire face à la jeune femme qui continuait à discourir et qui imita inconsciemment son mouvement en se tournant vers lui.
Il tendit la main et la posa sur le ventre de la femme, le caressant.
Bess dut réfléchir à nouveau.
Un amant secret ne serait pas aussi possessif avec le futur enfant de la femme, à moins, bien sûr, que ce ne soit le sien.
L'homme, dont les reflets cuivrés de ses cheveux brillaient sous le faible soleil d'automne, souriait désormais tendrement à tout ce que disait son amie, sa maîtresse ou sa femme et il se pencha un peu plus, comme attiré par un aimant.
Tout à coup, il ne put se retenir davantage et interrompit abruptement son bavardage en l'embrassant avec ferveur.
Bess sourit et réfléchit.
La jeune femme se recula un peu et rougit d'un air embarrassé, murmurant quelque chose.
Il rit et regarda furtivement autour de lui, la rassurant apparemment qu'ils étaient bien seuls.
Son coup d'œil rapide manqua Bess, debout dans les ombres de la grande aubépine.
Il se concentra à nouveau sur la femme enceinte à côté de lui et tendit la main pour lui caresser le visage avec son pouce, de la mâchoire jusqu'à ses lèvres.
Elle sourit timidement et baissa les yeux vers la main posée sur son ventre.
Il se pencha à nouveau pour lui réclamer un autre baiser.
Bess en eut le souffle coupé lorsque leur baiser s'intensifia et lorsque la jeune femme se serra contre son corps, au lieu de reculer.
Ils jouèrent un moment avec leurs lèvres et leurs langues sensuelles, puis ils se séparèrent et posèrent leurs fronts l'un sur l'autre.
Bess posa inconsciemment sa main sur sa bouche et baissa le regard sur une grosse feuille marron à ses pieds.
Elle eut soudain l'impression d'être une voyeuse et n'aima pas cela.
Elle se secoua.
Peu importait qui ils étaient, c'était eux qui auraient dû se sentir mal à l'aise d'agir de la sorte en public, pas elle.
Elle les regarda à nouveau.
Ils s'étaient redressés et se regardaient dans les yeux.
L'homme se pencha pour murmurer quelque chose dans l'oreille de la femme.
Elle sourit et posa la main sur son visage.
Le soleil brilla sur son alliance et soudain Bess comprit, comme si on l'avait dit à voix haute, que ces deux-là n'étaient pas amants.
Ils étaient des mari et femme dévoués, elle pouvait le jurer.
Bess recula d'un pas lorsque l'homme se leva du banc et tira sa femme vers lui.
Il l'étreignit et, plaçant gentiment son bras autour de sa taille, il l'emmena avec lui.
Le bras de la femme s'enroula aussi autour de sa taille, comme par habitude, et elle posa la tête sur son épaule.
Bess soupira en les voyant s'éloigner et, pour peut-être la première fois depuis plus de vingt ans, le poids de la solitude la poignarda et un profond désir fit accélérer son cœur et sa respiration.
Lorsque le couple atteignit une courbe sur le chemin de pierre et disparut derrière une haie d'ifs, elle haussa les épaules, ferma les yeux un instant, inspira profondément et se dirigea vers le banc récemment libéré, avant d'être accueillie par une cacophonie de sons provenant de douzaines d'oiseaux qui attendaient que leur faim soit apaisée.
En s'approchant du portail élaboré en fer forgé noir qui servait d'entrée au parc, Michaela s'arrêta près d'un grand rosier grimpant aux fleurs tardives.
Elle enfouit son nez dans une fleur écarlate et inhala profondément.
''N'est-ce pas merveilleux, Sully ?'' demanda-t-elle avec admiration. ''Penses-tu que l'on pourrait planter un rosier à la maison ? Est-ce qu'il pousserait ?''
Sully la regarda avec indulgence. ''Je suppose que oui.''
Il s'approcha et respira aussi cette forte odeur.
''J'aurais aimé te la cueillir... J'ai toujours pensé que les roses t'allaient le mieux... Surtout aussi rouge que celle-là... forte et passionnée.''
Il plissa les yeux d'un air séducteur.
Michaela rougit et sourit timidement puis elle rit.
''Eh bien, tu ne peux pas cueillir celle-là, sinon tu serais arrêté... Je suis contente que tu m'aies amené ici... Il y a tellement de beauté dans un même endroit. Je me demande ce qui pousse un homme à créer quelque chose comme ça... Juste pour le plaisir des gens. Il n'y a aucun profit à en tirer.''
''Ça dépend de quel profit tu parles,'' remarqua Sully. ''Si Henry Shaw te voyait, je pense qu'il considérerait ça comme un profit... Tu t'intègres parfaitement dans ce merveilleux décor de plantes et de fleurs.''
Michaela l'étreignit.
''Tu me donnes l'impression d'être si spéciale, Sully... Même quand je me sens grosse et très fatiguée.''
Elle se caressa le ventre.
''Mais malgré toute la beauté de St. Louis, j'ai hâte de rentrer à la maison... pour revoir notre famille et nos amis. Katie me manque aussi.''
''Oui, moi aussi,'' dit Sully. ''Qu'allons-nous faire, Michaela ? Combien de temps devons-nous rester près de Myra ?''
''Eh bien, nous ne pouvons pas partir avant d'avoir vu une réelle amélioration. Et personne ne peut dire combien de temps cela prendra.''
Elle baissa la tête, pensive. ''Hier soir, j'ai soudain pensé que le meilleur endroit pour Myra en ce moment serait... Colorado Springs,'' songea-t-elle.
''Pourquoi cela ? A cause de Horace, de nous ?''
''Non... A cause du Château et des sources chaudes,'' répondit Michaela d'une façon décidée.
''Myra est le genre de personnes pour qui le Château a été construit... Les installations, les sources... Utilisé correctement, le Château et un soin médical approprié pourraient accélérer de trois fois son rétablissement.''
Ses yeux se concentrèrent à nouveau sur quelque chose au loin et elle se perdit dans ses pensées.
Finalement, elle dit avec regrets : ''Mais un tel traitement serait bien au-dessus des moyens de Myra... ou des nôtres...''
Elle sortit de sa rêverie d'un coup lorsque Sully la serra contre lui.
Elle leva les yeux vers son visage et vit une étincelle d'excitation dans son regard et un sourire sur ses lèvres.
''Sully ?'' demanda-t-elle, étonnée.
Il se recula un peu et plongea la main dans une poche de sa veste puis, il la retira, montrant le contenu d'un grand geste glorieux.
Une épaisse liasse de billets s'agitait dans sa main.
''Sully !'' s'exclama Michaela. ''D'où est-ce que ça vient ?''
''Hank,'' répondit-il en souriant.
''Hank ?''
''Oui... Il me l'a donné le jour où nous partions pour venir ici. Il a dit que c'était pour payer l'hôtel et tout ce dont Myra aurait besoin...'' l'informa Sully.
''Tu penses que ça pourrait nous aider un peu ?''
''Je n'arrive pas à le croire !'' s'exclama Michaela. ''Juste au moment où je pense avoir cerné cet homme... voilà ce qu'il fait...''
Elle tendit la main vers la liasse de billets.
''Ça pourrait payer son hospitalisation... pendant au moins quelques semaines. Pourquoi ferait-il quelque chose comme ça ?''
''C'était peut-être sa façon de payer les factures du médecin... Myra compte encore pour lui... Elle compte depuis longtemps d'ailleurs. Mais il ne veut pas que ça se sache, surtout pas Horace,'' dit Sully.
''Nous avons un problème... Comment allons-nous expliquer à Horace que Myra doit rentrer au Colorado avec nous, et qu'elle peut se permettre une hospitalisation au Château ? Hank a dit que Horace ne devait pas savoir pour l'argent.''
''Pour le moment Sully, tout ce qui me préoccupe, c'est que nous allons pouvoir rentrer chez nous plus tôt que prévu et que nous allons pouvoir soigner Myra avec les meilleurs soins possibles. Nous trouverons une bonne explication... Il faut juste qu'on y réfléchisse.''
Elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa rapidement.
''Allons le dire à Myra et envoyer un télégramme aux enfants pour leur dire que nous rentrons...''
Chapitre 33
Brian arriva à toute vitesse au coin du Grace's café et renversa presque Annie qui portait dans les mains une grosse cafetière de café bouillant.
Il s'arrêta à temps pour s'excuser et balaya l'endroit du regard à la recherche de sa famille.
Apercevant enfin Colleen, Andrew, Matthew et Kathleen avec Katie sur les genoux, il courut dans leur direction.
En s'approchant de la table, il agita les trois télégrammes qu'il tenait fermement dans la main.
''Hé, tout le monde !'' appela-t-il avec joie. ''Ils rentrent à la maison !''
Il tira une chaise, s'assit d'un coup, plaça les autres télégrammes sur la table et commença à lire le premier.
''Partons de St. Louis 9 heures jeudi. Arrivons Colorado Springs 17 heures Vendredi. Myra et Samantha voyagent avec nous. Tout notre amour, Maman et Papa.''
Katie regarda son grand frère avec excitation et tourna la tête dans tous les sens, gigotant sur les genoux de Kathleen.
''Maman... Papa !'' appela-t-elle.
Kathleen la serra contre elle et l'embrassa sur le dessus de la tête.
''Pas encore Katie chérie,'' dit-elle pour la consoler. ''Encore quelques jours et ils seront à la maison.''
Katie regarda avec des yeux étonnés la jeune femme qui la tenait.
''Pas maison ?'' demanda-t-elle, déçue.
Kathleen hocha la tête et répéta. ''Non, pas encore... Bientôt.''
La lèvre inférieure de la petite fille commença à trembler, comme elle l'avait souvent fait ces derniers jours.
Kathleen la blottit à nouveau contre elle.
Elle lui suggéra calmement : ''Pourquoi ne pas aller se promener avec Michael dans son landau après le déjeuner, si Grace est d'accord ? Colleen pourrait même venir avec nous.''
Kathleen se tourna avec un regard implorant vers sa nouvelle amie assise à côté d'elle.
Colleen comprit immédiatement.
''J'adorerais venir,'' dit-elle en caressant la peau douce de la joue de Katie.
La petite fille lui lança un regard malheureux et hocha la tête avec résignation.
Colleen et Kathleen se regardèrent avec inquiétude par-dessus sa petite tête blonde.
Matthew tendit la main et prit les deux télégrammes dont personne ne semblait se préoccuper.
''Et ceux-là, Brian ?'' demanda-t-il.
Le jeune homme rougit et murmura : ''Oups... j'ai oublié. Un pour Andrew et un pour Kathleen.''
Il les leur donna.
Andrew ouvrit tout de suite son télégramme et le lut attentivement.
Il leva la tête et s'adressa à sa jeune femme.
''Il semble que Myra ait souffert d'une apoplexie. Il n'y a pas de tumeur. Elle va avoir besoin d'une rééducation intensive. Michaela me demande de réserver une chambre pour Myra et Samantha au Château, aussi près possible des sources chaudes.''
''Une apoplexie ? Qu'est-ce que c'est ?'' demanda Brian, toujours en quête de savoir.
Andrew inspira et se lança dans une explication laïque de l'apoplexie, ses causes et son traitement.
Sans que la famille assise ensemble à leur table au Grace's café le sache, ils avaient un public interessé et concerné à la table d'à côté.
Particulièrement un homme qui absorba l'explication d'Andrew en entier.
Le bourru propriétaire du saloon baissa les yeux sur sa tasse de café et écouta attentivement le discours d'Andrew, si attentivement que le cigare qu'il tenait dans la main se consumma tout seul et que son café devint froid.
Lorsque la discussion sur l'état de Myra s'arrêta, il soupira, éloigna sa tasse froide, écrasa son cigare à cinquante cents sous son pied et partit en direction de la Pépite d'Or, les sourcils froncés.
Matthew se tourna vers Kathleen.
''Vous n'avez pas encore ouvert votre télégramme,'' lui rappela-t-il gentiment.
Kathleen le regarda avec des yeux aussi malheureux que ceux de Katie.
''Je sais qui cela va être... et je sais ce qu'il y a d'écrit,'' murmura-t-elle tristement.
Matthew hocha la tête pour montrer qu'il comprenait et lui serra la main sous la table.
''Regarde Sully !'' s'exclama Michaela en s'arrêtant pour regarder curieusement une vitrine d'une boutique de St. Louis. ''Katie adorerait se balader dans ce magasin !''
Sully s'approcha d'elle et rit lorsqu'il vit la boutique de jouets.
''Oui...'' dit-il. ''On ne pourrait plus la faire sortir de là !''
Arrangée dans la vitrine de façon à attirer le regard et l'imagination, il y avait une collection de jeux d'enfants, la plupart en bois, petits et grands, simples et compliqués.
Des chevaux à bascule, des trains, des blocs à construire, des arcs et des flèches, des poupées de toutes les formes et de nombreuses peluches.
Le couple resta là un moment, à contempler la disposition, leur imagination et leurs désirs les laissant sans voix.
Sully dit enfin avec un léger sourire. ''Tu veux entrer ?''
Michaela hocha la tête et prit sa main, l'attirant à l'intérieur de ce magasin peu éclairé.
Une fois entrés, ils découvrirent un véritable pays des merveilles des jeux pour les enfants de tous âges.
Main dans la main, ils se baladèrent lentement dans le magasin, touchant du doigt des petits jouets très chers, explorant la complexité d'une collection de jouets qui bougeaient tout seul, se demandant ce qui pourrait plaire à Katie et à Brian.
Quelques minutes passèrent et Michaela revenait sans cesse devant une grande poupée, aussi grande que Katie, dont les mains, le visage et les pieds étaient faits d'une délicate porcelaine peinte, le corps doux et souple.
Elle portait une robe bleue aux décors floraux, une longue veste avec un haut col et des chaussures en cuir rouge.
Sully la regardait et il remarqua son air préoccupé.
''Elle l'adorerait, n'est-ce pas ?'' lui demanda-t-il.
"Oui...''
''Elle est chère ?''
''Oui...''
''C'est Noël dans quelques semaines,'' commenta Sully d'une voix monotone.
Le regard de Michaela croisa celui de Sully. ''Mais nous essayons habituellement de donner aux enfants quelque chose que nous faisons nous-mêmes,'' raisonna-t-elle. ''Nous avons délibérément voulu garder la simplicité de Noël.''
''Je sais, mais nous pourrions faire une exception cette année... Nous sommes partis pendant longtemps... Il n'y a rien de mal à rendre ce Noël un peu spécial. Nous pourrions acheter quelque chose de beau pour tous les enfants,'' suggéra Sully, les yeux brillants.
Michaela fit un grand sourire.
''Ils adoreraient ça !'' s'exclama-t-elle. ''Mais nous avons seulement quelques jours pour trouver quelque chose pour chacun.''
''Nous y arriverons... en commençant maintenant,'' dit-il doucement avant de tendre la main pour soulever la poupée de son socle.
''Alors, et pour Brian... Je crois avoir vu quelque chose par là-bas.''
Ils passèrent la demi-heure qui suivit en débattant sur l'achat d'une collection de petits jouets et d'un modèle d'un grand bateau à trois mâts pour Brian.
Le modèle sortit enfin gagnant car Brian pourrait le construire avec Sully après le souper.
Tandis que Michaela s'approchait de la caisse pour régler ses achats, Sully s'attarda dans un coin où il y avait de nombreux jouets en bois, très simples.
''Sully ?'' appela Michaela.
Lorsqu'il ne répondit pas, elle posa ses achats sur le comptoir, sourit au vendeur pour s'excuser et alla trouver son mari.
''Qu'est-ce que tu regardes ?''
''Nous avons oublié un membre de notre famille,'' répondit-il doucement.
Elle le regarda, les sourcils froncés d'étonnement. ''Qui ?''
Sully tendit sa main et la posa sur son ventre. ''Tu ne voudrais pas que ce petit soit laissé à l'écart !'' dit-il en riant.
Michaela posa la main sur la sienne.
''Ça va prendre du temps avant qu'il ou elle sache ce que cela veut dire.... et d'ici là, ce Noël ne sera qu'un vague souvenir...''
Elle le regarda dans les yeux.
''Tu cherches juste une excuse pour gâter notre bébé,'' le taquina-t-elle.
Elle suivit la direction de son regard. ''Qu'est-ce que tu avais en tête ?''
Sully haussa les épaules.
''Oh, je ne sais pas...'' dit-il avec désinvolture.
Il se baissa et prit une locomotive en bois en couleur, très bien dessinée, accrochée à plusieurs wagons.
''Peut-être ça... Brian adorait les trains quand il était petit.''
Michaela le regarda, stupéfaite, ne sachant quoi répondre.
Après quelques instants, elle dit : ''Nous ne savons même pas s'il s'agit d'un garçon ou non, Sully... Et si ce n'est pas le cas ?''
Il haussa à nouveau les épaules. ''Ce n'est pas grave... Une fille pourrait jouer avec un jouet comme ça de toute façon... Mais si tu ne l'aimes pas, on peut trouver autre chose...''
Craignant qu'il y ait quelque chose de plus important derrière la simple requête de Sully, Michaela lui dit : ''Si c'est ce que tu aimerais prendre, ça me va... C'est très bien fait.''
''Oui, c'est vrai... On l'achète alors ?''
Michaela hocha la tête, mais réfléchit.
Ce n'était pas le bon moment, mais plus tard, quand ils seraient seuls, elle lui parlerait du bébé et du train.
Est-ce qu'il espérait qu'elle accouche d'un fils ?
Elle avala nerveusement sa salive et essaya de calmer son esprit.
La dernière chose au monde qu'elle souhaitait était de le décevoir.
Ayant payé leurs achats, ils se tournèrent vers la porte pour partir et Sully s'arrêta à nouveau.
Il passa la main sur les lignes douces et peintes d'un grand cheval à bascule bleu, posé tout près de l'entrée.
''J'ai toujours voulu en faire un comme ça pour Katie, mais je ne m'y suis jamais mis...'' songea-t-il.
L'espace d'un instant, ils se replongèrent tous les deux dans le passé, au Noël dernier plus précisément, quand Sully, après s'être caché des mois, était enfin revenu à la maison en tant qu'homme libre, mais trop tard pour pouvoir participer aux cadeaux de Noël des enfants.
Michaela lui prit la main.
Puis Sully ajouta d'un air pensif : ''Bien sûr... j'en ai fait un il y a des années... petit et rouge... Tu t'en souviens ?''
Michaela rougit et baissa les yeux vers le parquet ciré.
''Oui,'' murmura-t-elle.
''Tu l'as donné, n'est-ce pas ?'' demanda-t-il, les sourcils froncés alors qu'il tentait de se souvenir.
Michaela hocha la tête, espérant qu'il passerait vite à un autre sujet.
''A qui ?'' demanda-il. ''Je ne me rappelle pas avoir vu quelqu'un que nous connaissons avec...''
''A quelqu'un qui en avait besoin...'' répliqua-t-elle d'une voix monotone. Comment Sully réagirait-il si elle lui disait la vérité ?
Sully regarda avec étonnement le visage de sa femme devenir rouge, les yeux fixés au sol.
Après toutes ces années, il pouvait immédiatement sentir lorsqu'elle lui cachait quelque chose et c'était le cas maintenant.
Mais il savait aussi que s'il la poussait à parler, il n'entendrait jamais la vraie histoire.
Il haussa les épaules.
Il lui en reparlerait plus tard pour voir ce qu'elle lui dirait.
Il passa son bras libre autour de ses hanches et ils sortirent dans l'air frais pour retourner à l'hôtel.
''Et comme cela, Myra ? Vous avez assez chaud ?'' demanda Michaela en enveloppant fermement les jambes de Myra avec un tapis coloré.
La jeune femme hocha la tête et sourit.
Michaela posa une main rassurante sur l'épaule de la jeune femme et alla se placer près de Sully qui conduisait le fauteuil roulant.
Elle passa son bras sous le sien et ils continuèrent à marcher le long de Olive Street, jusqu'au Shaw's Garden.
Ayant décidé que Myra retournerait avec eux à Colorado Springs pour sa rééducation, et ayant obtenu l'accord de la sœur de Myra, Adèle, et de Horace, Michaela avait pensé qu'il serait bien que Myra soit petit à petit ré-introduite dans le monde à l'extérieur de sa petite maison.
Après tout, le voyage en train jusqu'à Colorado Springs allait être long, difficile et intimidant pour une femme qui avait été gravement malade et inactive pendant une longue période de temps.
Ils avaient commencé par se procurer un fauteuil roulant d'un des collègues du docteur Musgrave (qui avait été chagriné d'apprendre qu'il s'était trompé sur son diagnostic) et avaient emmené Myra, et donc Samantha, qui ne voulait pas perdre sa mère de vue, faire des petites promenades dans son quartier.
Ils avaient augmenté le temps passé dehors à chaque sortie.
Bien sûr, il y avait une autre raison à cette plus longue expédition : Michaela était devenue accroc à la glace !
Durant leur séjour à St. Louis, Sully avait souvent plaisanté en disant qu'ils mangeaient seulement là où il y avait de la glace au menu, et leurs promenades jusqu'à la rivière, en passant par le Shaw's Garden ou en faisant du lèche-vitrines sur la Seconde Avenue, étaient toujours ponctuées par un arrêt à leur confiserie favorite.
Elle réalisa soudain que leur retour à Colorado Springs dans deux jours allait mettre fin à ce petit plaisir et elle n'était pas sûre de pouvoir affronter cela !
Ils arrivèrent enfin à la confiserie où le personnel les connaissait bien.
Horace, avec une Samantha tout excitée accrochée à sa main, leur ouvrit la lourde porte.
Sully laissa entrer Michaela en premier, suivit en poussant le fauteuil de Myra mais un mouvement inattendu sur le trottoir attira son attention.
Il pivota sur sa droite juste à temps pour voir une vieille femme trébucher et s'étaler de tout son long sur le sol, immobile.
Il appela Michaela avec urgence, abandonna les poignées de la chaise et se précipita vers la femme, le coeur battant à tout rompre.
Lorsqu'il s'approcha d'elle, elle bougea la jambe et leva la tête de quelques centimètres de la surface en brique sur laquelle elle était tombée.
Il soupira de soulagement sans le vouloir.
Il se baissa et posa délicatement ses mains sur ses épaules au moment où Michaela arrivait vers eux.
''Ne la bouge pas, Sully... Pas avant un petit examen,'' lui ordonna Michaela.
Elle s'agenouilla à côté de la femme et écarta ses cheveux gris et filandreux de son visage pâle.
''Etes-vous blessée ?'' demanda-t-elle, anxieuse.
La femme, qui retrouvait petit à petit des couleurs, haussa les épaules et fit des efforts pour s'asseoir.
''Laissez-moi,'' dit-elle élégamment. ''Ce n'est rien.''
Elle leva la main pour toucher une éraflure suintante sur son front, là où il avait heurté le sol.
Elle ferma les yeux et respira fort.
''Eh bien, je pense que vous avez besoin que l'on s'occupe de vous,'' dit Michaela en adoptant un ton assez autoritaire.
''Vous vous êtes cognée à la tête, vos genoux sont écorchés et nous devrions d'abord déterminer ce qui vous a fait chuter.''
Les yeux de la vieille femme restèrent fermés à cause de la douleur, elle serra les lèvres et se redressa sur le trottoir.
''Et qui êtes-vous ?'' demanda-t-elle. ''A me dire ce que je peux ou non faire...'' Elle grogna et leva des yeux étourdis vers ses bons Samaritains.
Reconnaissant immédiatement le couple qui la regardait avec anxiété, l'expression de Bess s'adoucit juste un peu.
La jeune femme enceinte était en vert aujourd'hui, un chapeau vert assorti à sa robe, mais l'homme portait les mêmes vêtements en peaux.
Elle les aurait reconnus n'importe où !
''Je suis médecin... Docteur Michaela Quinn,'' expliqua Michaela pour la rassurer. ''Et voici mon mari, Sully.''
Malgré une position qui manquait de dignité – assise au milieu du trottoir, le chapeau de travers, son vieux manteau marron ouvert, ses chaussettes trouées et la tête et les genoux en sang, Bess sourit – juste un peu.
Elle avait eu raison !
Ils étaient bien mari et femme.
Et ils formaient un très joli couple, pensa-t-elle.
Lorsqu'elle repensa à la douleur qui lui tenaillait les genoux, elle gémit et son côté râleur réapparut.
''Eh bien, qui que vous soyez, j'irai bien dans une minute, merci pour votre inquiétude, mais ce n'est pas nécessaire... Juste un peu de rhumatismes... Ils se réveillent toujours lorsqu'il fait froid... Vous pouvez continuer ce que vous faisiez il y a un instant...'' leur dit-elle.
''Et si je fais cela, je ne me le pardonnerai jamais,'' répondit gentiment Michaela. ''S'il vous plaît, laissez-nous vous aider... même si ce n'est que pour vous remettre sur pied et pour examiner vos vilaines blessures.''
Sully, qui avait écouté cet échangé en silence et qui avait remarqué l'adoucissement dans les traits de la vieille femme, s'avança et lui tendit la main.
''Je serais ravi de vous aider, madame,'' dit-il galamment.
Bess regarda dans ses yeux d'un bleu profond et s'avoua vaincue.
Elle mit avec hésitation sa main dans la sienne et fléchit ses petites jambes douloureuses.
La douleur la fit à nouveau gémir malgré elle et elle se mordit la lèvre pour éviter de recommencer.
Sully s'approcha un peu plus tandis que le visage de la vieille femme perdait encore ses couleurs.
Sans hésiter, il se baissa, la prit dans ses bras et la remit debout avec un peu de difficultés.
Prise par surprise, Bess enroula ses bras autour de son cou et s'accrocha à lui alors qu'ils commençaient à marcher vers la confiserie.
''Où m'emmenez-vous ?'' glapit-elle lorsqu'il s'arrêta pour que Michaela ouvre la porte en grand.
''Nous rejoignons juste nos amis pour manger de la glace,'' répondit Sully en riant et en la conduisant à l'intérieur. ''Nous avons pensé que vous aimeriez bien en manger une avec nous,'' ajouta-t-il sur un ton persuasif.
Il la déposa avec soin sur un banc à côté du fauteuil roulant de Myra et recula tandis que Michaela s'agenouillait devant la vieille femme et examinait ses blessures.
Un vendeur inquiet apparut immédiatement à leur table.
''Y-a-t-il quelque chose que je puisse faire... ou vous apporter ?'' demanda-t-il.
Michaela leva les yeux vers lui et sourit. ''Sean, j'aurais besoin d'un petit bol d'eau chaude et puis, je prends la même chose que d'habitude... oh... et une limonade pour...?''
Elle se tourna vers la vieille femme aux yeux noisette et humides.
Bess la regarda avec prudence.
''C'est Bess,'' dit-elle très vite. ''Et je n'accepterai pas la charité.''
Elle leva les yeux vers Sean. ''Je n'ai besoin de rien, merci.''
Michaela lui répondit : ''Eh bien, Bess, une limonade, ce n'est pas de la charité. En tant que docteur, je vous la prescris pour des raisons médicales... Je ne veux pas que vous soyez sous le choc après votre chute... Une boisson sucrée et froide est juste ce dont vous avez besoin.''
Bess la regarda avec beaucoup de doutes.
Elle n'avait pas l'habitude que quelqu'un lui ordonne de faire des choses ou prenne soin d'elle.
Elle balaya la table du regard, vit le sourire de Myra, le hochement de tête d'Horace et le petit sourire timide de Samantha qui sirotait sa limonade, qui avait en effet l'air délicieuse.
Ça ne la tuerait pas d'en boire une, une boisson froide la tentait bien en fait.
Elle hocha presque imperceptiblement la tête à Michaela et Sean partit.
''Bien,'' dit Michaela. ''Voyons ce que je peux faire pour vos genoux.''
Pendant que Sully allumait les lampes dans leur chambre d'hôtel, Michaela peinait à défaire les petits boutons au dos de sa robe verte.
Elle soupira d'exaspération.
C'était l'un des côtés de la grossesse qu'elle détestait, se sentir gonflée, maladroite et même inutile parfois.
Sully finit d'allumer la dernière lampe et se tourna pour découvrir l'agitation de sa femme, dont le visage était rouge et les épaules baissées.
''Laisse-moi t'aider,'' offrit-il immédiatement. ''Tu as juste à me demander.''
Il traversa la pièce et vint se placer derrière elle, défaisant facilement tous les boutons.
''Je sais,'' répondit-elle. ''Mais je n'aime pas dépendre de toi pour tout ce que j'ai à faire.''
''Un peu comme Bess aujourd'hui, hein ?'' remarqua Sully en souriant.
''Qu'est-ce que tu veux dire ?'' demanda Michaela, déconcertée par cette analogie.
''Elle n'aimait pas qu'on l'aide aujourd'hui... Je crois qu'elle n'y est pas habituée... Elle avait l'habitude de tout faire par elle-même j'imagine,'' songea Sully.
''Ça m'a un peu rappelé toi et moi... Lorsque l'on s'est rencontré.''
Michaela se tourna pour lui faire face, les sourcils froncés.
''Nous ?'' demanda-t-elle. ''Pourquoi ? Aucun d'entre nous ne ressemblait à Bess, si ?''
''Je ne dis pas que nous étions aussi bourrus que Bess... Mais nous n'aimions pas que d'autres personnes fassent notre travail. Je me souviens d'une fois, dans les bois, où tu as dit la même chose.''
Michaela rougit et baissa le regard au sol.
Sully continua : ''Il semble que c'était parce que nous avions été seuls pendant longtemps... En essayant de faire quelque chose de nos vies... Par nous-mêmes... Tout comme Bess. Et nous avions peur de laisser quelqu'un entrer dans notre jardin secret. Enfin, moi, j'étais comme ça.''
''Je vois ce que tu veux dire,'' murmura Michaela. ''Laisser entrer quelqu'un implique des changements... et ça peut faire peur.''
Elle leva les yeux dans son regard plein d'amour.
''Mais je suis contente d'avoir surmontée ma peur,'' dit-elle doucement.
''Oui... moi aussi,'' répondit Sully.
Il s'approcha et l'étreignit.