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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 14.06.2010 à 13h41
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Désirs et regrets" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "LONGINGS". » okapi
Cette fanfic compte déjà 328 paragraphes
Après un moment, il demanda tout bas : ''En parlant de ça... Tu ne m'as pas raconté l'histoire sur le cheval à bascule que j'avais fait... Ce que tu en as fait.''
Le rouge revint instantanément aux joues de Michaela et elle s'écarta de lui, se dirigeant vers la grande armoire en cèdre pour y prendre sa robe de nuit.
Lui tournant le dos, elle se mit devant la coiffeuse et posa sa robe avant de se glisser dans le vêtement en coton pour la nuit.
Sully la regarda, dérouté. ''Michaela ?''
Elle continua sa routine du soir, enlevant les barrettes de ses cheveux pour les faire retomber en cascades sur ses épaules et les brossa d'un rythme régulier, peut-être un peu plus fort que d'habitude.
Sully vint vers elle et s'agenouilla devant elle.
Lorsqu'elle continua à se brosser les cheveux, il tendit la main et interrompit son geste.
''Michaela ?'' dit-il à nouveau. ''Pourquoi ne veux-tu pas me dire ?''
Michaela haussa les épaules et posa le regard sur la brosse, posée sur ses genoux.
Elle dit d'une voix quasi inaudible : ''Tu ne comprendrais peut-être pas.''
Elle se leva, marcha vers le lit et se mit sous les couvertures.
Sully se leva aussi et l'observa, allongée avec tension sur le lit.
''Tu pourrais me laisser une chance... Nous avons toujours dit que nous n'aurions pas de secrets l'un pour l'autre.''
Michaela était déchirée, cela se voyait sur son visage, dans ses yeux.
Soudain, elle hocha la tête et tira les couvertures là où dormait Sully.
Sully se débarrassa rapidement de ses habits et éteignit toutes les lampes qu'il avait récemment allumées, en laissant une allumée sur la table de chevet.
En grimpant dans le lit à côté d'elle, elle murmura : ''Celle-là aussi, s'il te plait... Ça ne te dérange pas ?''
Sully leva simplement le verre et souffla sur la bougie, plongeant la pièce dans l'obscurité, mais la faible lueur des lampes de la rue et de la nouvelle lune entra à travers les rideaux de dentelle de la fenêtre.
Il se glissa dans les draps et l'attira contre lui, son gros ventre contre sa hanche et sa tête juste en dessous de son épaule.
Elle commença inconsciemment à caresser ses doux poils sur son torse.
Ils restèrent ainsi quelques minutes jusqu'à ce que Michaela demanda : ''Tu te rappelles quand c'était ?''
Sully secoua la tête.
''C'était juste avant Halloween, mon second Halloween à Colorado Springs... Mais mon premier avec les enfants. Tu étais resté pour souper, et quand tu es parti, tu m'as embrassée pour me dire bonne nuit et l'étagère au-dessus de la commode est tombée.''
Il y eut un long silence pendant lequel ils se remémorèrent la scène puis, Michaela continua : ''Est-ce que tu crois aux fantômes, Sully ?''
''Les Cheyennes disent que si tu vois quelque chose, alors tu crois... que c'est vrai.''
''Mais qu'est-ce que tu penses toi ?''
''J'ai vu le bison blanc, Running Ghost,'' répondit-il tout bas.
Michaela hocha la tête.
Elle semblait réfléchir à la meilleure façon d'expliquer son histoire.
Elle inspira fort et dit doucement : ''J'étais à Colorado Springs depuis seulement un an et c'est à cette période que j'ai commencé à réaliser... ou que j'ai commencé à reconnaître ce que tu étais devenu pour moi... Que tu étais plus qu'un ami, que je tombais amoureuse de toi et que, peut-être, tu ressentais la même chose. J'avais si peur. Tu étais si différent de David... tout comme mes sentiments pour toi. Ça m'inquiétait lorsque je me rendais compte que j'attendais tes visites à la maison, quand tu restais dîner... Je t'attendais constamment... Et mon cœur s'emballait lorsque tu venais et déprimait lorsque tu ne venais pas.''
Elle s'arrêta et Sully la serra davantage contre lui en l'embrassant sur le front.
''Et puis, j'ai commencé à réfléchir sur ce que cela voudrait dire si on se disait ce que l'on ressentait l'un pour l'autre... Et ce que tu attendais de moi... Je... Je ne savais pas comment me comporter avec toi. Quand tu es arrivé un matin et que tu as dit que tu allais faire quelques travaux à la maison... tout ce à quoi je pensais, c'était Abigail.''
''Abigail ?''
''Oui... Je savais que tu l'aimais... beaucoup... sinon, tu n'aurais pas été aussi déchiré, tu ne serais pas parti de la maison comme tu l'as fait après qu'elle... Et je n'arrêtais pas de penser combien Abigail et moi étions différentes... Je t'aimais tant, mais j'avais peur. J'ai demandé à Loren comment elle était... Et il m'a parlé de cette merveilleuse jeune femme, élégante, simple et au grand cœur... Si différente de moi... Et je me suis demandé comment tu pouvais m'aimer après elle. Tu avais construit la maison pour elle... de la façon qu'elle le souhaitait. Et je me suis sentie comme une intruse. Je cherchais peut-être des excuses pour étouffer mes sentiments pour toi... je ne sais pas. Mais je savais que j'étais perdue.''
Sully la serra à nouveau contre lui et commença à lui caresser les cheveux et le visage.
Michaela inspira très fort et chuchota : ''Je l'ai vue...''
Les doigts de Sully s'immobilisèrent et il inspira aussi profondément.
Michaela continua : ''Ou, j'ai cru l'avoir vue... Tard la nuit, à la maison... Et plus d'une fois. Je ne savais plus quoi penser. Mais je savais que je t'aimais, et le fait de la voir renforçait cela. Elle était partie, mais j'étais en vie... Et j'ai voulu... J'ai trouvé le cheval à bascule dans la grange... Celui que tu as fait pour Hanna. Je ne sais pas vraiment pourquoi je te l'ai demandé, mais j'avais besoin que tu le finisses.''
Sully sentait son souffle sur sa peau et les rapides battements de son cœur contre son torse.
Michaela se redressa un peu et quand elle parla, son souffle était chaud dans son cou.
Elle murmura d'un ton triste : ''J'avais si peur que tu me compares à Abigail, j'avais peur des sentiments que tu faisais naître en moi...''
Sa voix se fit encore plus basse. ''Pas seulement dans ma tête... mais en 'moi'. Je n'avais jamais ressenti cela avant... Parfois, je voulais simplement que tu me prennes dans tes bras et que tu me serres... que tu ne me relâches plus... Mais il y avait toujours cette peur de ne pas pouvoir te... satisfaire.''
Depuis tout le temps qu'il la connaissait, elle n'avait jamais parlé aussi honnêtement, si ouvertement.
Sully était touché et en éveil.
Elle lui avait procuré des sentiments qui le submergeaient.
Il pencha la tête pour l'embrasser d'un baiser urgent et presque affamé.
Elle gémit, répondant avec enthousiasme à son envie.
Il se mit sur le côté pour qu'ils soient face à face, la touchant de tout son long.
Il passa la main sous sa robe et caressa son gros ventre lorsque le baiser prit fin.
Il murmura contre ses lèvres : ''Tu n'avais pas besoin de ressentir tout ça... Je t'aime pour ce que tu es... Pas parce que tu remplaces Abigail. Je ne vous ai jamais comparées... Il n'y avait aucune raison de le faire.''
''Je sais,'' répondit-elle. ''Je le sais maintenant... Mais à l'époque, j'étais perdue... J'ai eu peur de cela jusqu'à notre lune de miel...''
''Et ensuite ?'' demanda-t-il.
''Et ensuite, tu m'as donné l'impression que c'était ta première fois pour toi aussi... J'étais si naïve et tu me donnais tant d'amour...''
Elle se pencha pour l'embrasser sur le coin de la bouche.
Sa respiration s'accéléra et il dit doucement : ''C'était ma première fois... avec toi...''
Il roula sur le dos en la faisant basculer sur lui.
Ses mains commencèrent à la toucher, à explorer chaque partie de son corps jusqu'à ce qu'une légère transpiration apparaisse sur sa peau et que sa respiration s'intensifie.
Il gémit : ''Michaela... S'il te plait...''
Ils firent l'amour comme s'il leur restait peu de temps, consommant chaque instant et cela les laissa béats, satisfaits et très fatigués.
Lorsque Michaela se blottit contre lui, elle murmura : ''J'aimerais vérifier l'état de santé de Bess demain... Ça sera la dernière fois où je pourrais le faire avant de rentrer à la maison jeudi.''
Sully hocha la tête et lui caressa la joue de son pouce.
Elle soupira de plaisir, passa un bras par-dessus son torse, posant la main sur ses côtes et elle s'endormit.
Il ferma les yeux et essaya de se remémorer tout ce qu'elle avait dit.
Abigail ?
A la maison ?
Il secoua la tête de stupéfaction.
Puis, il se souvint de sa rencontre avec le bison blanc, Running Ghost.
Michaela ne lui avait jamais posé de questions sur cette histoire, elle l'avait acceptée et n'en avait plus reparlé.
Il lui devait la même attitude.
L'attirant avec protection contre lui, il soupira et tenta de s'endormir, mais il réalisa soudain.
Il ouvrit les yeux et regarda dans le noir.
Elle ne lui avait toujours pas dit pour le cheval à bascule !
Il allait ouvrir la bouche, mais il abandonna au dernier instant.
Il y avait eu assez de révélations pour cette nuit.
Il déposa plusieurs baisers sur ses paupières humides, ses joues et ses lèvres.
Peut-être qu'il le saurait un jour.
Il sourit et la rejoignit dans le sommeil.
Chapitre 34
Michaela arrangea nerveusement son chapeau bleu foncé et se lissa les cheveux avec sa main, s'assurant que tout était en place. Elle vérifia que sa cape ne faisait pas de pli et que l'ouverture était exactement au milieu de son corps.
Sully posa la main sur son bras pour la faire cesser de gesticuler.
''Hey,' dit-il doucement. ''C'est juste une patiente.''
Ils se tenaient tous les deux sur le palier de la maison de Bess dans l'un des vieux quartiers de St. Louis.
Quand elle et Sully avaient raccompagné Bess chez elle la veille, Michaela avait été étonnée de la taille et de la grandeur passée de la maison de la vieille femme.
Bien sûr, le jardin qui avait été être splendide autrefois, était enfoui sous les herbes, et le long porche en bois sur la façade s'affaissait un peu, mais la maison en briques rouges à deux étages, avec ses tuiles décorées et ses trois cheminées, respirait une fortune et une classe perdues.
D'une certaine façon, ils ne s'étaient pas attendus à ce que Bess possède ce genre de résidence.
''Elle est peut-être sortie, Sully,'' suggéra Michaela alors que personne ne répondait aux coups frappés à la porte. ''Même si je serais surprise qu'elle puisse aller bien loin avec ses jambes.''
''Laisse-lui une minute, Michaela... Si ses jambes lui font aussi mal que tu le penses, elle peut mettre du temps à venir jusqu'à la porte,'' dit Sully.
Ils attendirent patiemment quelques minutes de plus et, sans s'être mis d'accord, ils se retournèrent pour partir.
Tandis qu'ils descendaient du porche, la poignée de la porte bougea et la porte s'ouvrit un peu.
''Qui est-ce ?'' demanda une voix mécontente derrière.
''Bess, c'est juste nous... Michaela et Sully. Nous sommes venus voir comment vous alliez aujourd'hui,'' répondit Michaela en se dirigeant à nouveau vers la porte, Sully sur ses talons.
Ils entendirent un nouveau grognement de mécontentement, mais à leur grande surprise, la porte s'ouvrit légèrement, assez pour voir un grand hall d'entrée, carrelé en damiers.
Le visage émacié de Bess apparut derrière la porte et elle dit : ''Je suppose que vous voulez entrer...
Bien que je ne sache pas quel bien cela pourrait faire...''
Elle ouvrit un peu plus la porte et se mit sur le côté pour les laisser entrer.
Lorsque Michaela dépassa le seuil, elle dit doucement : ''Bess, nous rentrons chez nous demain, donc, ça sera la dernière opportunité pour vérifier votre santé.''
Elle s'arrêta et observa le teint pâle de la vieille femme et les lignes de douleur autour de ses yeux.
''Entrons et je vais jeter un coup d'oeil à vos genoux.''
Bess ferma la porte et boitilla jusqu'à une porte sur leur gauche. ''Nous nous assierons ici,'' dit-elle abruptement. ''Le reste de la maison voit rarement des visiteurs.''
Michaela et Sully la suivirent tranquillement.
Sully commençait à comprendre la nervosité de sa femme.
Ils entrèrent dans un grand salon qui avait dû être très luxueux.
Un grand et lourd lustre en fer forgé noir, auquel pendaient des perles de verre, était accroché au haut plafond décoré.
Il descendait bas et dominait la pièce.
Les lourds rideaux de brocart, même s'ils avaient vu de plus glorieux jours, étaient prodigieux et ajoutaient une touche de rouge au sombre décor.
Il était évident que c'était là où Bess était assise lorsqu'ils avaient frappé.
A côté d'un vieux rocking-chair, il y avait une petite table recouverte de journaux écornés, de vieux livres – certains ouverts, d'autres annotés – d'une tasse de café presque vide et sur le sol, il y avait une couverture en patchwork, tombée par terre lorsqu'elle avait dû se lever.
D'un geste de la main, elle indiqua qu'ils devaient s'asseoir sur un vieux canapé en brocart un peu miteux.
Sully s'assit mais Michaela resta debout jusqu'à ce que Bess s'affale avec peine dans le rocking-chair.
Elle leva les yeux vers Michaela tandis qu'elle s'installait.
''Il n'y a pas besoin de s'inquiéter pour moi,'' dit-elle d'un ton revêche. ''Je m'occupe de moi toute seule depuis plus d'années que vous n'êtes en vie... La douleur dans mes jambes fait partie de la vieillesse... Elle nous frappe tous un jour.''
''On ne peut pas renier cela, Bess... Mais, on peut toujours essayer des choses pour l'améliorer un peu,'' répondit Michaela doucement.
Comme réponse, Bess haussa les épaules.
Michaela s'agenouilla maladroitement à côté de la vieille femme et commença à tendre ses jambes douloureuses.
Elle soupira lorsqu'elle examina les bosses, dûes à l'arthrite et à la chute de Bess.
Elle se tourna vers Sully. ''Je crois qu'une infusion à l'écorce de saule pourrait lui faire du bien.''
Elle se retourna vers Bess. ''Pourriez-vous montrer la cuisine à Sully ? Y a-t-il de l'eau à chauffer ?''
Bess grogna à nouveau avec dérision. ''Je ne veux pas qu'un homme fasse le travail d'une femme dans ma cuisine !'' riposta-t-elle. ''Oui, il y a une bouilloire sur le poële.Mais j'irai la chercher moi-même ou pas du tout !''
Sully se leva et s'approcha de la vieille femme. ''Bess, cela ne me dérange pas de faire le thé. Je suis habitué à partager de telles choses avec Michaela.''
Ses yeux brillèrent.
''Je promets de ne rien casser.''
Les yeux de la vieille femme s'allumèrent l'espace d'un instant, mais le masque de froideur retomba sur son visage.
''Bess Maloney n'a jamais eu d'homme trifouillant dans sa cuisine et je ne vois pas pourquoi elle commencerait maintenant,'' déclara-t-elle.
''Peut-être parce que vous serez bien mieux dans votre chaise avec Michaela qui s'occupe de vous et ça me donne quelque chose à faire pendant qu'elle est là,'' répondit Sully, avec la bonne dose d'obstination dans la voix.
Il y eut une longue pause durant laquelle Bess soutint le regard bleu azur de Sully, puis elle haussa les épaules.
''Bien... Si vous êtes si déterminé... Mais je ne suis pas obligée d'aimer ça,'' murmura-t-elle en signe de défaite.
Un peu plus d'une heure plus tard, ils étaient tous les trois assis, dans un silence embarrassant, sirotant leurs boissons respectives : une infusion à l'écorce de saule pour Bess et du café pour Michaela et Sully.
Même si Bess avait finalement accepté leur aide, elle l'avait fait à contrecœur, bien que cela soit davantage dû à ses habitudes qu'à une réalité.
De temps en temps, elle levait les yeux de sa tasse et observait le couple en face d'elle.
Deux personnes si différentes. La femme étant si raffinée et l'homme si... si... sauvage... et pourtant, ils se complétaient parfaitement, chacun conscient des besoins de l'autre, et très amoureux l'un de l'autre, au souvenir de leur rendez-vous dans les jardins.
Elle soupira et s'assit brusquement plus droite.
Cela ne lui ressemblait pas de se préoccuper des autres, surtout des jeunes gens pour qui elle avait peu de temps, ou peu de patience.
''Vous avez une magnifique maison,'' remarqua finalement Michaela, en réalisant que Bess n'allait pas faire d'efforts pour engager la conversation.
''Oui... Elle était belle à l'époque...'' songea Bess avant d'étudier le décor familier de la pièce.
''Bien sûr, quand mon mari était vivant, c'était souvent rempli... trop rempli... de gens de la société.''
Elle se secoua pour sortir de sa rêverie et dit : ''Mais c'était il y a plus de quarante ans... Presque trop longtemps pour se souvenir et certainement trop longtemps pour se pencher là-dessus.''
Le silence s'installa à nouveau, puis, contre toute attente, Bess hocha la tête vers Michaela et lui demanda : ''Votre premier ?''
Michaela rougit un peu et posa inconsciemment sa main sur son gros ventre.
''Non...'' répondit-elle doucement. ''Nous avons une fille, Katie... Elle a deux ans et demi.''
''Et où est-elle maintenant ?'' demanda Bess d'un ton péremptoire.
''Elle est à la maison... A Colorado Springs, avec nos deux fils, Matthew et Brian,'' répondit Michaela sans réfléchir.
''Alors vous avez trois enfants,'' déclara Bess. ''Et qu'est-ce que fait un bébé à la maison avec deux garçons ? Pourquoi n'est-elle pas ici avec vous ?''
Sully prit la parole. ''En fait, nous avons quatre enfants. Matthew a 21 ans, Colleen en a 18 et s'est mariée il y a quelques moins, et puis Brian a 15 ans. Ce sont des enfants que nous avons adoptés. Leur véritable mère a été tuée par une morsure de serpent à sonnettes. Katie est notre vraie fille.''
Bess prit un moment pour absorber ces informations compliquées et persista avec entêtement : ''Vous ne m'avez toujours pas dit pourquoi elle n'est pas avec vous... Il me semble qu'un bébé doit être avec sa mère.''
Résistant contre l'envie de demander de quel droit cette vieille femme critiquait leurs actions, Michaela répondit avec résolution : ''Quand nous sommes partis il y a deux semaines, nous ne savions pas ce que nous allions trouver ici... Notre amie, Myra... Vous l'avez rencontrée à la confiserie hier... Elle était très malade et nous avons passé chaque jour à son chevet. Nous avons pensé que ce n'était pas un endroit très excitant pour une enfant de deux ans.''
Bess grogna à nouveau d'un ton désobligeant mais décida d'abandonner ce sujet.
Michaela, qui était maintenant anxieuse de mettre un terme à cette étrange visite, leva les yeux vers Sully qui commença à se lever de son siège.
Observant cela, et devinant l'intention de la jeune femme médecin, Bess fut étonnamment frappée par le fait qu'elle ne voulait pas qu'ils partent.
Ils l'intrigaient.
Contrairement à son inclination habituelle, elle voulut soudain prolonger la conversation.
''Vous voulez un garçon alors,'' suggéra-t-elle avec précipitation.
Ils s'immobilisèrent tous les deux et Michaela regarda Sully.
Elle retint son souffle, attendant sa réponse.
Après tout, c'était un sujet qu'elle avait voulu soulever depuis leur visite au magasin de jouets.
Sully l'observa rapidement et regarda Bess.
Il haussa les épaules. ''Ça serait bien,'' dit-il doucement. ''Mais nous avons déjà deux fils et deux filles, donc, l'un dans l'autre, ça importe guère... Du moment qu'il ou elle est en bonne santé.''
Ne voulant pas manquer l'occasion de plonger dans les pensées de Sully, Michaela remarqua : ''Oui, mais une seule porte ton nom... Un garçon perpétuerait ton nom...''
Sully se tourna légèrement vers elle et lui dit : ''C'est vrai, Michaela... Mais tu me connais... Je n'ai jamais beaucoup aimé les conventions... Et vu que je ne sais pas grand chose de mon passé, je ne vois pas ce que je pourrais transmettre d'autre à part mon nom...''
Il s'arrêta et ses yeux brillèrent lorsqu'il ajouta : ''Et tu sais ce que j'en pense.''
''Oui, mais hier, tu as acheté un train pour le nouveau bébé... Tu m'as fait penser que tu voulais un garçon,'' murmura Michaela.
''Eh bien... Je crois que j'aimerais beaucoup que l'on ait un garçon... Mais ça n'a pas tellement d'importance en fait. Tu sais combien j'aime Katie. J'ai juste pensé que tous les jouets d'enfants que nous avons sont à Katie. Je voulais que le bébé ait quelque chose de nouveau.... Quelque chose de plus masculin si c'était un garçon,'' répondit Sully en la regardant dans les yeux.
Il eut le sentiment de savoir à quoi elle était en train de penser et la dernière chose qu'il souhaitait, c'était qu'elle passe les prochains mois à s'inquiéter en voulant lui donner un garçon.
Bess observait avidement cet échange.
Il lui semblait que la jeune femme médecin n'était pas aussi rassurée qu'elle l'avait laissée paraître et que son mari n'était pas aussi simplet qu'elle l'avait pensé.
Elle commençait à regretter le fait qu'ils partaient le lendemain.
Michaela hocha la tête, baissa les yeux vers la moquette et dit d'un ton préoccupé : ''Ça serait bien d'avoir un fils, n'est-ce pas Sully ? Pas seulement à cause de ton nom... Mais élever une fille et un garçon serait un véritable défi.''
Ne lui laissant pas la possibilité de répondre à sa question oratoire, elle se tourna vers la femme en face d'eux.
''Avez-vous des enfants, Bess ?'' demanda-t-elle.
''Non... Mr Maloney et moi n'avons pas été bénis. Nous étions mariés depuis seulement trois ans lorsqu'il est mort. Je vis seule dans cette maison depuis plus de quarante ans. Mais assez parlé de moi... J'ai entendu que les filles... ou les garçons... dépendent de nos familles... Etes-vous issue d'une grande famille, docteur ?'' demanda-t-elle.
''Oui, je suppose... je suis la plus jeune de cinq filles,'' répondit Michaela.
''Et vous monsieur ?'' s'enquit Bess.
''Un frère, c'est tout... Et appelez-moi Sully, s'il vous plaît,'' répondit-il.
''Hum...'' songea Bess. ''Je ne suppose qu'on ne peut rien tirer de ces informations... Même s'il semblerait que les filles soient plus courantes dans votre famille, Mi... Docteur Quinn.''
Michaela sourit, pas seulement parce que Bess avait failli l'appeler par son prénom, mais parce qu'elle réalisa aussi que Sully avait raison.
Cela n'avait pas d'importance que cela soit une fille ou un garçon, du moment que le bébé était en bonne santé.
Elle avait tant de chance... non, elle était bénie.
Aurait-elle pu, comme Bess, vivre seule sans vraiment faire quelque chose de sa vie ?
Mais Sully et les enfants étaient arrivés et avaient changé sa vie pour toujours et d'une façon si merveilleuse.
Elle tendit la main et serra celle de son mari en regardant la vieille femme en face. ''Sully a raison, Bess... Ça n'a pas d'importance si c'est un garçon ou une fille... Nous allons attendre et aimer le bébé, quelque soit son sexe... Voudriez-vous que je vous fasse savoir lorsque le bébé naîtra en février ?''
Bess sourit aussi pour la première fois et répondit calmement : ''Oui, j'aimerais beaucoup.''
''Bien... Alors c'est ce que nous ferons. Et puis, quand nous rentrerons chez nous, nous vous ferons parvenir un paquet de thé à l'écorce de saule... c'est un peu difficile à trouver dans les grandes villes,'' offrit Michaela.
''Bien... Si vous pensez que cela peut me faire du bien,'' accepta Bess. ''Maintenant, parlez-moi de votre ville dans le Colorado...'
Michaela s'assit bien au fond du siège en cuir du train et lâcha un soupir de soulagement.
Elle n'aurait jamais pensé que ce serait aussi difficile d'emmener Myra avec son fauteuil encombrant, la jeune Samantha et tous les bagages à la gare à l'heure pour l'embarquement.
Ils étaient levés depuis six heures et il était seulement neuf heures, mais elle avait l'impression qu'elle aurait pu s'endormir à tout moment.
Derrière la fatigue se cachait cependant un sentiment secret d'allégresse.
Ils rentraient à la maison !
Comme cela sonnait bien !
Elle allait retrouver les enfants, la maison, son métier, tout ce qui lui semblait familier et agréable.
Elle soupira à nouveau, mais de satisfaction.
La rejoignant enfin, Sully demanda avec inquiétude : ''Tu vas bien, Michaela ?''
Elle passa son bras sous le sien, posa la tête sur son épaule et murmura : ''Très bien... Nous rentrons chez nous... N'est-ce pas merveilleux ?''
Il caressa doucement sa main posée sur son bras et sourit. ''Oui, c'est sûr... Je n'arrive pas à croire combien les enfants m'ont manqué.''
''Oui... Moi aussi. Tu penses que Bess avait raison, Sully ? Que nous aurions dû emmener Katie avec nous ? Elle est peut-être trop jeune pour être laissée avec quelqu'un d'autre,'' s'inquiéta Michaela.
Sully haussa les épaules et la consola. ''Michaela, nous avons pris une décision qui nous semblait bonne à l'époque... Nous allons juste...''
Il fut soudain interrompu au beau milieu de sa phrase par la vue totalement imprévue de quelqu'un qu'ils connaissaient tous les deux et qui marchait dans l'allée, dans leur direction.
Michaela leva la tête de surprise lorsque Sully cessa de parler et que son corps se raidit légèrement.
Lorsqu'il se pencha en avant et se leva, elle regarda le jeune homme qui s'était arrêté en face d'eux, paraissant aussi étonné qu'elle.
Sully tendit la main et dit : ''Thomas... Je suis surpris de vous voir ici. Allez-vous dans l'Ouest ?''
Thomas écarquilla les yeux et il tendit automatiquement la main pour serrer rapidement celle de Sully.
''Eh bien... Je dois dire que je suis aussi étonné que vous de vous rencontrer dans un train à St. Louis, Mr Sully,'' dit-il froidement. ''Même si cela corrobore l'histoire de Kathleen qui disait que vous et le docteur aviez eu une urgence médicale ici... une histoire, je dois l'admettre, à laquelle je n'ai pas beaucoup cru.''
Michaela s'était levée de son siège et elle tendit la main.
Surprise par le ton froid de Thomas et en colère à cause de ses paroles, elle dit d'un air glacial : ''Ravie de vous retrouver, Mr Enders... J'espère que vous n'insinuez pas que Kathleen aurait recours au subterfuge pour rester à Colorado Springs. Je la connais depuis peu de temps, mais malgré cela, je sais que ce serait la dernière chose qu'elle ferait.''
Thomas rougit et bafouilla. ''Bi... Bien sûr que non... Je... Je... j'étais juste... surpris... que... qu'à chaque fois que je lui avais demandé de rentrer à Charleston, quelque chose l'avait encouragée à rester dans l'Ouest.''
Ayant abruptement déstabilisé Thomas, Michaela ne put résister. ''Euh... Encouragée, Mr Enders ?''
Comprenant soudain qu'il n'était pas à son avantage à parler de la situation de sa sœur alors que les Sully se tenaient dans l'allée d'un train qui avançait déjà, Thomas se redressa de ses un mètre soixante-dix huit et affirma avec autorité : ''Eh bien... Quelque soit vos idées sur le sujet, madame, j'ai obtenu une permission d'absence de mon travail avec le sénateur et j'ai l'intention de retourner rendre visite à votre petite ville de l'Ouest dans le but de persuader Kathleen de rentrer avec moi à Charleston avant Noël.''
Il toucha le bord de son chapeau en s'inclinant légèrement et dit avec politesse : ''Je dois maintenant trouver ma place. J'espère que vous ferez bon voyage. Bonne journée.''
Il contourna Sully avec autant de dignité que possible et continua à marcher dans l'allée.
Michaela se rassit à nouveau dans son siège, tout comme Sully.
Peut-être que rentrer à Colorado Springs n'allait pas être aussi agréable qu'ils l'avaient espéré.
Chapitre 35 :
Sully était inquiet au sujet de Michaela.
Elle se tortillait sur son siège depuis plusieurs heures, essayant de trouver une position confortable, et de temps en temps, elle gémissait et se touchait le dos.
La douleur s'était installée après une longue période sans arrêt et, même s'ils étaient sortis du train, lors de deux arrêts, et avaient marché lentement le long du quai, sous l'air frais de décembre, la douleur dans son dos n'avait pas cessé.
Il avait arrêté de lui demander si elle allait bien ou s'il y avait quelque chose qu'il pouvait faire pour elle, cela semblait juste la rendre impatiente et elle soupirait doucement.
Elle avait également résisté lorsqu'il avait voulu la persuader de poser ses pieds sur son siège pendant qu'il serait resté debout. Elle trouvait cela très inapproprié pour une lady de s'asseoir en public avec les pieds sur le siège, quelqu'en soit la raison.
En outre, Michaela était aussi très inquiète au sujet de Myra, assise environ cinq rangées en face d'eux, avec Horace et Samantha.
Malgré son mal de dos, elle s'était souvent levée pour aller vérifier l'état de la jeune femme, qui était pâle et sans énergie, et qui trouvait ce long voyage très épuisant.
Michaela changea à nouveau de position et Sully la tira doucement contre lui pour qu'elle puisse se reposer contre son torse et pour qu'il arrive à lui masser les muscles du dos sans qu'aucun passager ne le remarque.
Elle soupira, à la fois de soulagement et d'exaspération.
''Pourquoi est-ce que les dernières heures d'un voyage semblent-elles durer bien plus longtemps que le reste ?'' gémit-elle doucement.
''Je suppose que même un court voyage te paraîtrait long dans ton état... et bien sûr, tu es anxieuse de rentrer à la maison pour les enfants,'' dit Sully avec compassion, sa main frottant toujours le dos de Michaela.
''Oui... On dirait que nous avons quitté la maison pour Saint Louis depuis si longtemps... Je me demande comment Katie se sera comportée avec Kathleen. En parlant de Kathleen, qu'allons-nous faire pour Thomas ? Je me demande s'il lui a envoyé un télégramme pour dire qu'il venait,'' réfléchit Michaela.
''Je crois qu'on va devoir attendre pour voir ça et laisser les choses se régler d'elles-mêmes,'' répondit sagement Sully.
''Ce n'est pas vraiment notre affaire... Sauf que Kathleen est une amie et pourrait avoir besoin de notre soutien.''
Michaela se tourna pour le regarder dans ses beaux yeux bleus.
C'était l'un de ses traits qui l'avait fait l'aimer si fort. Il n'interviendrait pas, à moins qu'il sente que la personne n'avait pas l'opportunité ou la possibilité de parler pour elle-même. Alors, il se lèverait pour elle aussi longtemps qu'il le faudrait et peu importait si la situation allait s'avérer compliquée.
Elle sourit de satisfaction, se tourna et replongea dans ses pensées.
''Tellement de choses se sont passées depuis que nous sommes partis. J'espère seulement qu'Andrew et moi allons pouvoir aider Myra maintenant. Nous lui avons fait faire un long voyage,'' murmura-t-elle avec inquiétude, se tortillant à nouveau sur le siège.
''Et bien sûr, je ne sais pas ce que nous ferons lorsque l'argent de Hank ne suffira plus.''
''Eh bien, ça va durer un peu plus longtemps maintenant... James... Tu sais, le portier de l'hôtel... Il m'a parlé hier matin lorsque je payais la note et m'a donné ceci.''
Sully retira une liasse de billets de sa poche.
''Il a dit que le personnel avait fait une petite collecte. Ils veulent vraiment que Myra se remette.''
''C'est merveilleux. Je suis ravie que ses amis l'aiment tellement au point de l'aider comme cela. Ça pourrait nous aider à cacher à Horace d'où vient l'argent qui paiera le séjour au Château,'' suggéra Michaela.
Elle se toucha vivement le dos lorsqu'une douleur lui coupa la respiration. ''Encore combien de temps, d'après toi ?'' demanda-t-elle, les dents serrées.
''Environ une demi-heure, je pense... Essaie de tenir le coup, Michaela, ça ne sera pas long,'' la rassura Sully tout en lui caressant le dos.
Kathleen se recula de la fenêtre du bureau du télégraphiste. ''Merci, Mr Bartrum,'' dit-elle sobrement. ''Ça ira pour aujourd'hui, n'est-ce pas ?''
Le télégraphiste, debout derrière la fenêtre, hocha sa tête austère et se tourna vers une pile de lettres et de paquets qu'il devait trier.
Malgré la gravité du moment, Kathleen ne put s'empêcher de sourire.
Pendant que le rondelet Mr Bartrum avait parfaitement rempli le rôle d'Horace durant son absence, il s'était fait quelques amis parmi les habitants.
Mais, même elle avait noté la différence entre l'attitude désobligeante de cet homme et l'attitude aimable et serviable d'Horace.
Elle secoua tristement la tête lorsqu'il leva les yeux et regarda les prochains clients comme s'ils allaient lui créer des ennuis.
Alors qu'elle se retournait pour descendre les marches du quai, elle faillit entrer en collision avec Matthew qui se tenait juste derrière elle.
''Vous l'avez envoyé ?'' demanda-t-il, inquiet.
Kathleen baissa ses yeux bleus vers le quai en bois, ses cheveux bruns et bouclés tombant devant son visage pour le cacher.
''Hum hum... Mais je ne sais pas ce que Thomas va dire... Enfin, peut-être que je le sais... et c'est ce qui m'inquiète,'' dit-elle tout bas.
Matthew prit sa main et la serra fort.
''Eh bien... Vous avez pris une décision... Maintenant, il faut attendre et voir ce qui va se passer... ou ce qu'il va faire. Vous savez que je serai près de vous, quoi qu'il arrive.''
Kathleen hocha la tête avec reconnaissance.
''Je sais... C'est l'une des raisons pour lesquelles je...''
''Kathleen, Matthew !'' appela Brian.
Il s'avançait lentement vers le couple tandis qu'une Katie récalcitrante tirait sur sa main, voulant le forcer à aller dans une autre direction.
Il les atteignit enfin et dit d'un air plaintif : ''Voilà... Prenez-la... J'en ai assez !''
Il souleva la main et passa Katie à Kathleen avec soulagement.
''Nous n'aurions jamais dû lui dire qu'ils rentraient à la maison !'' dit-il avec exaspération.
''Nous ?'' s'exclama Matthew en souriant. ''C'est toi qui est arrivé en courant ce matin et qui a dit à tout le monde qu'ils rentraient !''
Brian rougit. ''Oui, et bien..''
Pour la centième fois depuis ce matin, Katie commença à pleurnicher : ''Maman... papa...''
Les trois jeunes gens gémirent simultanément et regardèrent avec espoir vers les rails qui menaient au nord.
Un peu plus tard, un petit groupe d'habitants s'était rassemblé à la gare pour attendre l'arrivée du train venant de Denver.
Katie était passée d'une main à une autre, au fur et à mesure que la personne qui la tenait était fatiguée d'écouter ses gémissements.
Tout le monde poussa un soupir de soulagement lorsque le sifflement du train se fit soudain entendre au loin et lorsqu'une fumée grise fut crachée dans le ciel bleu clair au-dessus des arbres.
Quand le train s'arrêta à la gare de Colorado Springs, Sully rassembla rapidement leurs affaires et regarda avec inquiétude Michaela qui tentait de se lever en posant les mains sur ses hanches et en courbant le dos, essayant d'apaiser la douleur.
Une fois sur pieds, elle se retourna et observa à son tour Horace qui s'affairait autour de Samantha et Myra.
Ils avaient décidé qu'il serait plus simple d'attendre que tous les autres passagers soient sortis avant de s'occuper de Myra avec son fauteuil roulant, mais pour le moment, Sully posa les affaires au sol et prit le bras de Michaela.
''Viens,'' dit-il. ''Il est temps de rentrer à la maison.''
Trop fatiguée pour protester et soudain consciente de tout ce qu'il y aurait encore à faire avant d'arriver à la maison, Michaela accepta son aide et le suivit dans l'allée avec un bagage.
Tout à coup, son coeur se mit à battre plus fort lorsqu'elle réalisa qu'elle allait enfin revoir sa famille chérie.
Lorsqu'ils atteignirent le haut des marches du wagon, ses yeux se posèrent sur les visages souriants de Brian, Matthew, Colleen, Andrew, Kathleen et sa chère Katie qui lui fit un petit sourire avant de se cacher le visage contre l'épaule de Kathleen.
Matthew regarda Michaela avec inquiétude.
Elle était pâle et se déplaçait avec difficultés.
Il jeta un coup d'œil à Sully, également anxieux, qui lui fit un petit hochement de tête.
Le jeune homme s'avança soudain et monta la première marche du wagon pour prendre la main de sa mère.
''Hé, maman,'' dit-il doucement. ''Laissez-moi vous aider à descendre.''
Michaela hocha la tête, sourit et grimaça lorsqu'elle s'avança vers lui, lui permettant de la soulever pour qu'il puisse la poser sur la terre ferme.
Elle s'appuya sur son bras et alla retrouver sa famille exubérante.
Puis, elle tendit la main vers Katie qui avait toujours le visage caché contre Kathleen.
Brian passa le bras autour des hanches de sa mère. ''Tu nous a tous manqué, maman,'' dit-il. ''Surtout à Katie,'' ajouta-t-il au cas où avouer que sa mère lui avait manqué montrait qu'il était encore un enfant.
Il se tourna vers Sully qui arrivait vers eux, les bras déchargés des bagages.
''Toi aussi, papa,'' dit-il sincèrement avant que Sully ne lui ébouriffe les cheveux avec tendresse.
Michaela serra Brian dans ses bras et l'embrassa sur le front avant de passer les mains autour de Katie.
Lorsque la petite fille ne se retourna pas, Michaela s'approcha et lui murmura gentiment à l'oreille : ''Mon coeur ?''
La petite fille ne réagit pas, mais Kathleen, qui sentit que la tension dans le corps de Katie diminuait, sourit pour la rassurer en l'incitant à recommencer.
Michaela serra davantage sa petite fille et murmura à nouveau : ''Mon coeur, nous sommes rentrés à la maison...''
D'un mouvement rapide, la petite fille alla se blottir en silence contre sa mère.
Elle passa les bras autour du cou de Michaela et cacha son visage dans ses cheveux roux.
Michaela grimaça lorsque le poids supplémentaire lui raviva sa douleur au dos, mais elle serra Katie très fort, la berçant doucement et chuchotant : ''Tout va bien... Nous sommes là... Tout va bien, mon petit cœur.''
Pendant que toute la famille se rassemblait autour de Michaela et Sully, beaucoup d'habitants attendaient Myra avec anxiété.
Andrew, qui était monté dans le train pour aller voir sa patiente et celle de Michaela, les avait prévenus auparavant que sa maladie avait dû beaucoup l'affaiblir et beaucoup de gens, comme Grace, Dorothy et Loren, qui connaissaient trop bien les effets terribles d'une crise d'apoplexie, voulaient être là pour elle.
Andrew apparut enfin à la porte du wagon, tenant Samantha par la main, avec Horace s'occupant de Myra, juste derrière lui.
Grace et Dorothy eurent le souffle coupé lorsqu'elles virent leur amie être si immobile, la peau si blanche, le visage décharné et l'apparence plus maigre que dans leurs souvenirs.
Andrew et Samantha descendirent au sol et se tournèrent vers Horace qui avança avec hésitation vers le haut des marches.
Soudain, Hank, qui était resté un peu à l'écart de tout le monde, s'avança.
''Horace, passe-la moi... Je vais la faire descendre,'' offrit-il, le visage et la voix calmes.
Pendant un instant, les deux vieux ennemis se regardèrent dans les yeux, évaluant la situation, puis Horace accepta.
Il hocha la tête et se baissa pour déposer Myra dans les bras puissants de Hank.
L'expression de Hank s'adoucit lorsqu'il tint Myra contre lui, mais un masque inexpressif descendit vite sur son visage.
Il regarda Horace. ''J'ai un chariot de prêt... Juste là-bas... pour l'emmener au Château,'' dit-il calmement. ''J'ai pensé que tu voulais y aller aussi vite que possible... Myra doit être très fatiguée.''
Horace regarda Hank avec précaution, essayant de jauger ses intentions, puis il dit : ''Merci, Hank. Myra... enfin, nous apprécions beaucoup.''
Comprenant ce qui se passait dans son dos, Michaela se retourna, Katie toujours agrippée à son cou, et s'avança vers sa patiente qui était revenue dans les bras de Horace.
Elle tendit la main et balaya les cheveux du front de son amie. ''Ça ne prendra pas beaucoup de temps, Myra, avant que nous vous trouvions un lit confortable où vous pourrez dormir aussi longtemps que vous le souhaitez.''
Elle se tourna vers Andrew et demanda : ''Où est le fauteuil roulant ?''
''Sully et moi avons tout mis ici, Michaela. Hank a un chariot prêt à nous emmener au Château. Je suis d'accord avec vous... le plus tôt elle pourra se reposer, le mieux ce sera,'' répondit Andrew, d'un ton professionnel.
''Bien...'' répondit-elle, fatiguée.
''Sully ?''
Sully s'approcha et prit son bras.
''Euh... Michaela... Est-ce qu'Andrew et Colleen ne pourrait pas s'occuper de Myra maintenant ? Tu as besoin d'aller te reposer. Tu es fatiguée et ton dos te fait mal...'' suggéra-t-il.
Michaela soupira. ''Sully,'' dit-elle avec détermination. ''Myra est ma patiente... Et quand elle sera installée, alors je pourrai rentrer.''
''Nooooonnn...''
Toutes les têtes se tournèrent vers Myra, immobile dans les bras de Horace.
''Myra ?'' s'exclama Michaela.
Myra secoua la tête avec véhémence et dit un autre long : ''Noonn..''
Sully sourit à Myra et à Michaela. ''Je crois que la patiente a parlé,'' rit-il.
Horace serra Myra contre son torse avec excitation.
''Myra, mon coeur... Ta voix revient... Je savais que c'était la meilleure chose de te ramener à la maison.''
''Horace... Je ne suis pas sûre que nous pouvions attribuer l'amélioration de la voix de Myra au fait de rentrer à Colorado Springs,'' dit-elle en riant.
Elle prit la main de sa patiente. ''Etes-vous sûre que ça ne vous dérange pas si je ne viens pas avec vous au Château ?''
Myra sourit, aussi heureuse que tout le monde.
Elle secoua la tête et fit un geste de la main vers Michaela et sa famille.
Andrew la rassura. ''Tout ira bien, Michaela, vraiment... Nous allons juste l'installer ce soir... Le vrai travail commencera demain.''
Thomas Enders se tenait sur le quai de la gare et observait en silence, avec un mélange d'intérêt et de dégoût, la famille de Sully et d'autres habitants de cette petite ville sans consistance.
Il ne put pas ne pas remarquer la façon joyeuse et agréable avec laquelle Sully et le docteur Quinn avaient été accueillis par leur famille et par leurs amis.
Il avait bien évidemment repéré sa sœur tout de suite, au milieu des autres, à côté de Matthew Cooper, avec l'enfant de Sully dans les bras.
Elle avait l'air heureuse, satisfaite, comme si elle appartenait à cet endroit.
Mais c'était ridicule, elle n'appartenait pas à ce trou perdu au cœur de l'Ouest !
Elle était de la haute société et il voulait qu'elle rentre avec lui, à sa place à Charleston, aussi rapidement que possible.
Il remarqua avec inquiétude le bras protecteur de Matthew... non, le bras 'possessif' de Matthew, enroulé autour de Kathleen et la façon naturelle de sa sœur de se coller contre lui.
C'était une éventualité qu'il n'avait pas prévue.
Avait-elle le béguin pour ce jeune homme ?
Certainement pas !
Le jeune Cooper paraissait à l'aise avec elle, lui murmurait des choses et riait avec elle.
Il devait admettre qu'il ne l'avait jamais vue aussi attirante avec ses cheveux bruns, bouclés, descendant sur ses épaules, ses joues roses, son joli sourire, même s'il n'appréciait pas la robe toute simple et la veste qu'elle portait en public.
Il secoua la tête et réfléchit à son plan d'action.
Peut-être que ce soir n'était pas le bon moment pour faire connaître sa présence et ses intentions.
Les Sully allaient sans aucun doute lui dire qu'il avait été avec eux dans le train.
Il allait prendre une chambre à l'hôtel ce soir et il la verrait le lendemain matin.
Sans se faire voir, il descendit du quai, prit sa valise et avança à grandes enjambées vers la rue vide, loin du bruit des habitants, en se demandant pourquoi cette ville lui donnait l'impression de perdre ses moyens...
Michaela s'enfonça dans le doux matelas de leur lit si familier et soupira de soulagement.
Elle était à la maison !
Mais elle se sentait si épuisée...!
Elle leva les mains pour enlever son chapeau vert et, contrairement à son habitude, le jeta sur une chaise près de la porte.
Sa cape rejoignit rapidement le chapeau et elle luttait avec les boutons au dos de sa robe de voyage à la mode lorsque Sully entra avec Katie dans les bras.
''Je pensais que tu serais au lit,'' dit-il doucement.
''Ça ne va pas tarder... Dès que tu m'auras aidée avec ces boutons,'' soupira-t-elle avec exaspération.
Sully posa Katie sur le sol et s'assit derrière Michaela pour défaire un à un ses boutons.
Avant qu'elle ne puisse se lever pour ôter sa robe, Katie lui avait entouré les jambes avec ses bras et avait posé sa petite tête blonde sur ses genoux.
Michaela caressa gentiment ses cheveux fins, la regardant avec inquiétude.
Depuis qu'ils étaient rentrés à la maison, elle avait été très silencieuse et ne leur avait pas permis de s'éloigner d'elle, s'accrochant toujours à l'un d'eux, au cas où ils disparaîtraient à nouveau.
''Sully ?'' murmura Michaela, inquiète.
Sully avait aussi remarqué l'attitude de sa petite fille.
Il se pencha et la prit dans ses bras, la serrant contre son torse. ''Tu m'as manqué,'' dit-il avec amour en l'embrassant sur le front.
Elle passa les bras autour du cou de son père.
Michaela enleva précautionneusement sa robe, ses chaussures et ses chaussettes, puis Sully défit le lit.
''Ne te fais pas de soucis pour le souper,'' dit-il tout bas. ''Je suis sûr que nous allons nous débrouiller... Je t'apporterai quelque chose sur un plateau, d'accord ?''
Michaela lui fit un léger sourire et grimpa maladroitement dans le grand lit, grimaçant lorsque son dos lui fit mal, puis soupirant lorsqu'elle fut enfin installée au coeur des draps.
Sully se pencha pour l'embrasser et se tourna vers la porte.
Immédiatement, Katie commença à se tortiller dans ses bras en protestant.
Il la serra et murmura : ''Ta maman doit se reposer, Katie... Tu peux m'aider pour le dîner.''
La petite fille secoua la tête avec ferveur et se pencha vers le lit en se tortillant tellement qu'il avait du mal à la tenir dans les bras.
''Maman...'' gémit-elle plaintivement.
Voyant la réaction de sa fille, Michaela dit doucement : ''Ça va, Sully, laisse-la ici avec moi... Ça ne me dérange pas.''
Elle leva les yeux vers Katie.
''Viens mon ange... Viens t'allonger à côté de moi.''
Sully déposa Katie sur le lit et la petite fille se blottit immédiatement contre sa mère, s'accrochant fermement à son bras.
Michaela sourit pour rassurer son mari préoccupé. ''Ça va aller, Sully.''
Elle se retourna vers sa fille. ''N'est-ce pas mon coeur ?''
La petite fille hocha la tête de satisfaction et la posa sur l'épaule de sa mère.
Sully haussa les épaules. ''Bien,'' dit-il d'un ton dubitatif. ''Si j'entends du bruit, je viendrai la récupérer.''
Michaela hocha la tête et bailla.
Elle répéta : ''Ça va aller.'' Elle ferma les yeux et serra Katie contre elle.
Sully sourit et quitta la pièce sans faire de bruit.
Lorsqu'il revint quelques temps plus tard avec le souper de Michaela sur un plateau, il découvrit une scène très différente de celle qu'il avait quittée.
Tout d'abord, il peina à ouvrir la porte.
Il poussa un peu plus fort et elle s'ouvrit doucement, gênée par du linge éparpillé sur le sol derrière elle.
Il leva les sourcils d'inquiétude et de consternation lorsqu'il vit l'étendue des dégâts causés par Katie durant cette courte période de temps.
Michaela était allongée, elle dormait profondément, sans savoir que leur fille ne dormait pas à côté d'elle.
Katie avait trouvé une bien meilleure façon de s'occuper.
Sully se fraya un chemin jusqu'au lit et s'assit sur le matelas.
Il tendit la main et caressa la joue de sa femme avant de se pencher pour l'embrasser. ''Michaela ?'' murmura-t-il. ''Michaela ?''
Michaela remua un peu et bailla.
''C'est le matin, Sully ?'' demanda-t-elle un peu stupéfaite, les yeux toujours clos.
''Non... L'heure du souper,'' répondit-il. ''Tu te souviens ?''
''Humm... Je n'ai pas très faim... j'aimerais juste dormir,'' murmura Michaela en se tournant sur le côté.
Sully caressa son gros ventre. ''Tu as besoin de manger, Michaela,'' dit-il avec persuasion. ''Et en plus... je pense que tu vas vouloir ouvrir les yeux pour voir ce que Katie a fait pendant que tu dormais.''
Les yeux de Michaela s'ouvrirent instantanément.
Sully fit un signe de tête vers le sol.
Michaela eut le souffle coupé.
Leur petite fille était désormais allongée au milieu d'un enchevêtrement d'habits, de linges qu'elle avait méticuleusement sortis de leurs valises et éparpillés dans toute la pièce.
Des robes, des jupons, des volants, des culottes en peau de daim, des cravates, des capes, le meilleur costume de Sully... tout était posé pêle-mêle sur chaque centimètre carré du sol de la chambre.
Elle avait enlevé sa belle petite robe bleue et portait maintenant une des robes de nuit de Michaela et ses plus belles bottes noires.
Sur sa tête était posé le chapeau bleu vif de Michaela.
Pour ses parents amusés, l'objet qu'elle tenait fermement dans la main était la plus grande surprise.