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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 14.06.2010 à 13h41
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Désirs et regrets" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "LONGINGS". » okapi
Cette fanfic compte déjà 328 paragraphes
Il regarda sa magnifique femme apparemment endormie.
Ce serait le moment idéal pour découvrir ce que leur plus jeune fils passait ses journées à faire et pourtant, il hésitait à la quitter, ils avaient rarement l'opportunité de rester allongés comme cela.
Michaela remua un peu. ''C'était Brian ?'' demanda-t-elle, endormie.
''Oui, on dirait...''
''Je me demande s'il va encore s'en aller,'' murmura-t-elle.
''Je pensais que je pourrais peut-être aller voir ce qu'il fait,'' suggéra Sully.
''Cela te dérangerait si j'allais passer du temps avec lui aujourd'hui ? Tu as besoin de moi ici ?''
''Tu veux dire à part me tenir dans tes bras et me garder au chaud ?'' plaisanta Michaela en riant.
Lorsque Sully sourit et la serra davantage, elle continua : ''Non... Vas-y... Katie et moi allons passer une journée à ne rien faire. Je suis aussi curieuse que toi au sujet de Brian...''
Elle lui sourit.
''Tu pensais que je n'avais pas compris, n'est-ce pas ? Tu donnes l'impression que ce qu'il fait est normal...''
Sully lui sourit timidement.
''Sully, va t'assurer qu'il n'a pas de problèmes...''
Il hocha la tête, l'embrassa rapidement et se glissa hors du lit.
Michaela l'observa avec amour lorsqu'il enfila en vitesse des sous-vêtements chauds avant son habituelle chemise en coton et son pantalon en peau de daim.
Après avoir mis ses bottes sur des chaussettes épaisses, il tendit la main, prit ses perles et son petit sac pendus au lit et hésita juste une seconde avant de les passer autour du cou.
Il croisa son regard amusé et se pencha pour lui ébourriffer les cheveux avant de lui faire une grimace et de partir.
Son coeur s'emballa un peu et elle sourit.
Pourquoi une simple caresse et un petit signe de la part de son mari pouvaient lui faire autant d'effets ?
Comment le fait de le voir la ramenait-elle à un moment du passé où elle était si satisfaite, en pleine plénitude ?
Elle serra son oreiller contre elle et l'entoura de ses bras.
Il portait encore le parfum et la chaleur de son corps.
Elle sourit, ravie, et se rendormit.
Brian avait déjà quitté la maison lorsque Sully arriva en bas.
Il rassembla hâtivement quelques biscuits de la veille et une pomme pour le petit-déjeuner et sortit, espérant rattraper le garçon dans la grange.
L'air piquant le frappa aussitôt qu'il sortit sur le porche.
Le ciel lourd de la veille et de la nuit dernière avait disparu et il était maintenant bleu clair, il n'y avait pas de vent et l'air était glacial.
Au moment où il atteignit le portail du corral, Brian sortit de la grange en conduisant Caramel, déjà sellé et préparé.
''Hé, Brian,'' appela-t-il, faisant sursauter le garçon qui scrutait le ciel bleu.
''Hé, papa,'' répondit Brian, attachant Caramel à un poteau pour pouvoir vérifier si tout était bien en place.
''Tu t'en vas à nouveau ?''
''Oui... On doit retourner à l'école dans quelques jours... on veut en profiter le plus possible...''
Sully s'appuya nonchalamment contre la clôture. ''Tu vas où ?''
Brian tendit les lanières de cuir pour les resserrer et murmura : ''Dans les bois... Ça devrait être très joli si le temps reste comme ça.''
''Oui, je pense...'' Sully fit une petite pause et demanda en passant : ''Je pensais que peut-être tu aimerais que je vienne avec toi... On n'a pas eu la chance de passer beaucoup de temps ensemble ces derniers jours.''
Brian leva la tête et il regarda Sully mal à l'aise.
Sully ajouta : ''Si c'est d'accord...''
Brian n'arrivait pas à regarder son père dans les yeux.
''Euh... Oui... Mais il y a des choses que j'aimerais faire...''
''Je ne veux pas t'empêcher de faire quelque chose que tu avais prévu... Mais peut-être qu'on pourrait le faire ensemble... quoi que ce soit.''
Brian avait désormais l'air d'être vraiment déchiré et Sully se sentit un peu coupable.
''Ecoute, Brian... Si vraiment tu ne veux pas que je vienne... Ça va... Tu es grand maintenant... Tu as le droit d'être seul si tu le souhaites.''
''Ce n'est pas ça, papa... J'aime passer du temps avec toi... mais... il y a quelque chose que je dois faire... et je ne suis pas sûr...''
''Cela a à voir avec ces sacoches remplies ?''
Sully rit.
''Tu ne quittes pas la maison, n'est-ce pas ?''
Brian rit avec lui. ''Bien sûr que non''.
Il jeta un coup d'oeil aux sacoches gonflées, son regard se reposa sur Sully et soudain, il sembla prendre une décision.
''Je ne veux pas vous inquiéter, toi et maman... mais... euh... il y a peut-être quelque chose que je devrais te dire...''
Sully hocha la tête, soulagé que son fils décide enfin à se confier.
''Et si tu me disais pendant qu'on est à cheval ?'' suggéra-t-il. ''Il fait trop froid pour rester là sans bouger.''
Brian hocha la tête avec résignation et attendit impatiemment que Sully aille dans la grange chercher son cheval.
Michaela se redressa et jeta tristement un coup d'oeil au coffre à viande.
Soit Sully et Brian avaient de gros appétits, soit Brian s'était encore servi de provisions sans demander (la conclusion à laquelle elle était parvenue à propos des choses manquantes dans son sac de médecine).
Elle regarda Katie qui jouait à un jeu très simple, qui consistait à courir autour de la robe de sa mère, depuis quelques minutes.
''J'espère vraiment que ton père va découvrir ce que fait ton frère,'' murmura-t-elle inquiète. ''Et j'espère qu'il n'a pas d'ennuis.''
Lorsqu'elle entendit le mot 'ennui', Katie s'arrêta et regarda sa mère dans les yeux. ''Bwian méchant ?'' demanda-t-elle avec anxiété.
''Non, mon petit coeur,'' répondit Michaela en souriant, puis elle ajouta tout bas : ''En tout cas, j'espère que non.''
Elle retourna près de l'évier et un mouvement dans le jardin attira son attention.
Elle regarda de plus près et découvrit Kathleen et Matthew, chaudement habillés dans des manteaux épais, qui marchaient main dans la main vers le grand chêne.
Elle soupira, se souvenant de la période où Sully lui faisait la cour.
Malgré leur jeunesse, il y avait quelque chose de simple et de facile dans la façon dont Matthew et Kathleen se faisaient la cour.
Ils se faisaient tous les deux confiance et elle admirait cela, elle l'enviait même car rien n'avait était facile avec Sully au départ.
Entendant son soupir, Katie tira sur la jupe de sa mère, voulant être prise dans ses bras.
Michaela se pencha, inspira profondément et souleva sa petite fille dans les bras.
Elle gémit un peu. ''J'ai bien peur que tu ne sois trop grosse... nous sommes toutes les deux grosses en fait... pour que je te soulève comme ça, mademoiselle,'' dit-elle doucement. ''Au moins, jusqu'à ce que le bébé soit né.''
Katie s'appuya contre sa mère et lui fit un gros câlin, remarquant peut-être le ton préoccupé de sa voix puis, comme l'avait fait Michaela, Katie aperçut Kathleen et Matthew par la fenêtre ; ils étaient maintenant assis sous le chêne, ils parlaient.
Elle commença à agiter sa petite main et à appeler : ''Mattou, Kafleen...!''
Lorsqu'ils ne l'entendirent pas, elle cria plus fort : ''Mattou... Kafleen !''
''Chut, mon coeur...'' lui ordonna Michaela. ''Laisse-les passer du bon temps ensemble... même s'il doit faire très froid dehors.''
Katie regarda sa mère avec perplexité. ''Juste parler,'' dit-elle avec indignation.
''Ye veux youer !''
''Eh bien... Tu vas devoir me supporter, jeune fille,'' rit Michaela.
Elle jeta un dernier coup d'oeil au jeune couple : ils s'étaient rapprochés l'un de l'autre et Matthew avait passé son bras derrière les épaules de Kathleen.
Elle soupira et se dirigea dans le salon, Katie toujours dans les bras. ''Est-ce que je t'ai déjà raconté lorsque ton papa et moi nous faisions la cour alors qu'il était en train de construire cette maison ?''
''Papa ?'' murmura Katie.
''Oui, oui... La première fois que nous sommes venus ici, juste après qu'il ait commencé, il a parlé de toi. A cette époque, il y avait seulement quelques piquets en terre... pas de sol, de mur ni de toit... Mais il m'a dit où chaque pièce serait... même ta chambre. Nous nous sommes demandés ce que cela serait d'avoir une magnifique petite fille.''
Elle s'arrêta pour s'asseoir dans l'un des rocking-chairs, Katie toujours blottie contre son épaule.
''Lorsque nous avons parlé de ça... eh bien... Je n'arrivais pas à croire que ça allait arriver... J'étais si inquiète de me marier, de devenir une femme... sans parler d'être mère... même si je te désirais très fort. Mais ton papa... Il était si gentil, aimant et patient... Il m'a donné l'impression d'être spéciale. Il le fait encore.''
Elle serra plus fort sa petite fille et l'embrassa sur le front.
''Nous avons beaucoup de chance, tu sais... Ton papa nous aime toutes les deux très fort...''
Sa voix traîna au fur et à mesure que ses paupières devenaient lourdes.
Elle se força à les ouvrir et regarda sa petite fille qui était devenue très silencieuse.
La raison en était simple : bercée par la douce histoire de sa mère, elle avait succombé à la fatigue.
Michaela l'embrassa à nouveau et remua pour se mettre dans une position plus confortable.
Quelques minutes de sommeil n'allaient pas lui faire de mal.
Sully revissa le bouchon de la gourde, la tendit à Brian et se pencha pour remplir la seconde dans la rivière glacée, au coeur des bois.
Ils chevauchaient doucement depuis presque deux heures et Sully commençait à se demander où allait les mener cette excursion.
Brian avait été silencieux la plupart du temps et parfois, il avait semblé troublé.
Tandis qu'il accrochait la gourde sur sa selle, Brian brisa le silence et lui demanda soudain : ''Il n'y a pas eu beaucoup de soldats par ici ces derniers mois... la plupart de l'année en fait... n'est-ce pas ? Tu penses qu'ils reviendront ?''
Sully lui jeta un regard curieux.
''Je ne sais pas, Brian... On ne peut jamais savoir ce que l'Armée prévoit de faire... Même si je crois qu'ils pensent probablement s'être débarassé des Indiens dans cette région... Ils ne verront sûrement pas le besoin de revenir... au moins pour le moment.''
''Est-ce qu'ils seraient inquiets s'ils apprenaient que Nuage-Dansant vit à Palmer Creek ?''
''Un Indien, tout seul... loin de son peuple ? Probablement pas... Même si Nuage-Dansant n'est pas le chouchou de l'Armée...''
Brian hocha la tête et monta sur Caramel, prêt à repartir, alors Sully fit de même.
''Est-ce que c'est encore loin ?'' demanda Sully.
''Non, pas tellement... Encore quelques minutes, c'est tout...'' murmura le garçon d'un air distrait, puis il revint sur le précédent sujet de discussion.
''Que ferait l'Armée si elle apprenait que tu fréquentes encore des Indiens ? Tu aurais des ennuis ?''
Sully haussa les épaules. ''Je ne sais pas ce qu'ils feraient... encore faut-il qu'ils le découvrent... et que je 'fréquente' à nouveau des Indiens... Comme je te l'ai dit, il n'y a pas beaucoup d'Indiens dans la région maintenant... Et je me tiens un peu à l'écart... au moins jusqu'à ce que ta mère ait le bébé.''
''Oui, mais s'ils y en avaient... Est-ce que tu aurais des ennuis si l'Armée te trouvait avec eux ?'' insista Brian.
''Je crois que ça dépendrait de ce que l'on fait... C'est difficile de me reprocher d'être assis autour d'un feu de camp à déguster un repas... Même si l'Armée ne verrait pas d'un bon oeil que je passe du temps avec eux. Ceux qui auraient le plus d'ennuis seraient les Indiens. Ils n'ont pas le droit de voyager en toute liberté... ou autant qu'on l'aimerait.''
Brian hocha la tête et, comme si Sully n'écoutait pas, il rumina tout bas : ''Je ne crois pas que je pourrais encore supporter ça... te voir en danger, obligé de te cacher... maman inquiète tout le temps, pleurant dans son lit, le soir... je l'entendais la nuit parfois quand je pensais qu'elle dormait...''
Sully fronça les sourcils de tristesse et de regrets. Il savait ce que sa famille avait enduré les mois durant lesquels il avait été fugitif.
Lui et Michaela en avaient parlé depuis, bien qu'il soit certain qu'il y ait des choses qu'elle ne lui avait pas dites...
Ils avaient tous traversé des moments d'angoisse, de différentes façons, et s'en étaient sortis à leurs manières.
Il ne pourrait jamais leur rendre tout cela, sauf en les aimant et en les remerciant de toutes les façons qu'il pouvait.
''Ça n'arrivera plus jamais, Brian,'' dit-il pour le rassurer. ''Je te le promets...''
Brian lui lança un sourire reconnaissant et aimant mais il avait toujours l'air mal à l'aise.
Le remarquant, Sully lui demanda doucement : ''Est-ce qu'il n'est pas temps que tu me dises ce que tu voulais me dire ?''
Brian hocha la tête et dit tout bas : ''Je n'ai pas besoin de te le dire maintenant, papa... Juste après ce virage, tu le verras par toi-même... J'espère que tu ne seras pas trop en colère après moi...''
Les deux cavaliers donnèrent un léger coup de talon dans les côtes de leurs montures pour accélérer le pas mais, en prenant le virage, Sully tira sur les rênes et arrêta son cheval.
Il leva instinctivement la main pour agripper son petit sac autour du cou. ''Les Esprits disent qu'il est important que tu le portes maintenant''.
Il pouvait entendre les mots de Nuage-Dansant très clairement... est-ce que c'était seulement hier ?
La vue qui s'offrait devant lui, même s'il s'y était presque attendu, était comme un pas en arrière dans le passé... à une époque où il vivait une vie simple au sein d'un peuple qui l'aimait et le traitait comme l'un des leurs.
Il avala sa salive avec peine et descendit doucement de son cheval, sentant ses genoux un peu faibles pour le soutenir.
Il leva ses mains vides de menaces devant tous ces yeux las qui observaient son arrivée.
Il fit un pas avec hésitation vers la raison pour laquelle Brian avait été si discret ces derniers temps.
Chapitre 42 :
Il y avait un jeune bébé qui pleurait, un long gémissement qui lui fendit l'âme et le coeur.
Elle étudia la pièce familière avec un regard anxieux et localisa avec soulagement l'origine du son très émouvant.
Elle peina à se lever car ses mouvements étaient entravés par son ventre distendu qui semblait même avoir grossi depuis ce matin.
Elle avait l'impression que ses pieds ne lui appartenaient pas tellement ils avançaient avec lenteur et lourdeur.
Après ce qui lui parut être des heures désespérées, elle réussit enfin à traverser la pièce pour atteindre le berceau placé, comme d'habitude, près de la cheminée.
Elle se pencha maladroitement dessus et prit avec douceur le petit bébé dont le visage était rouge et humide de désarroi.
Elle le berça gentiment mais ses pleurs se s'apaisèrent pas, ils augmentèrent au contraire.
Elle tint l'enfant devant elle et retira la couverture pour révéler un petit bébé indien aux yeux marron et à la peau d'ébène... Vit-Dans-l'Espoir... Elle le berça encore gentiment, essayant désespérement de soulager sa peur, son angoisse, ses manques.
Soudain, elle entendit des pas feutrés provenant de l'autre côté de la pièce.
Elle se retourna et vit Nuage-Dansant qui s'avançait lentement vers elle, les bras tendus pour prendre le petit enfant indien.
Malgré le sourire de son ami, elle fut hésitante à lui confier le bébé, elle était presque sûre qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas, quelque chose que seul un docteur pouvait soigner.
Pour la première fois durant leur amitié, elle tourna le dos à l'homme-médecine et partit avec le bébé qui continuait toujours à hurler dans ses bras.
Elle sentit à nouveau que ses pieds étaient lourds, qu'ils la clouaient et l'enchaînaient au sol, alors qu'elle voulait garder un peu de distance entre elle et l'homme qui avançait toujours dans sa direction.
Son coeur battait à tout rompre et elle réalisa soudain que l'enfant manquait d'air.
Elle le reposa et enleva complètement la couverture : son petit corps était décharné, il avait un ventre gonflé et de petits membres faibles et très maigres.
Des larmes lui montèrent immédiatement aux yeux et elle commença à lui caresser doucement la peau, essayant de le tranquilliser.
Lorsqu'elle toucha sa jambe, il eut un mouvement de recul et cria, l'effrayant avec l'intensité de sa réaction.
Puis brusquement, il devint silencieux, ses petits membres cessèrent de remuer dans tous les sens et sa poitrine arrêta de se lever et de s'abaisser.
Horrifiée, elle fit un pas en arrière et sentit Nuage-Dansant poser les mains sur ses épaules.
Ses bras l'entourèrent tandis qu'elle commençait à pleurer, les mains sur son ventre.
''Non !.... Non !'' hurla-t-elle encore et encore... et encore...
''Michaela ? Michaela ?'' répéta une douce voix inquiète, pénétrant enfin sa conscience.
Elle saisit la main qui était posée sur son bras et essaya d'arrêter de sangloter, ce qui la faisait respirer fort et de manière irrégulière.
''Chut... Tout va bien... C'était seulement un rêve...'' murmura Kathleen avec douceur.
Michaela regarda de ses yeux embués de larmes la jeune femme inquiète et baissa le regard sur Matthew qui lui tenait fermement la main.
''Tout va bien, maman,'' dit-il gentiment.''Ce n'était qu'un rêve.''
Elle hocha la tête, ne s'autorisant pas encore à parler. Elle s'assit plus confortablement dans le rocking-chair et caressa doucement son gros ventre.
Puis, regardant intensément les yeux de son fils, elle murmura avec embarras : ''Je n'avais pas rêvé des Cheyennes ou de Nuage-Dansant depuis longtemps...''
Se rappelant le passé tragique de sa mère et de ses cauchemars persistants, Matthew hocha la tête de compréhension. Elle continua avec incertitude : ''J'ai prié si souvent pour lui et pour son peuple...''
Elle se secoua mentalement lorsque la tête de Katie apparut derrière la jupe de Kathleen, observant sa mère avec timidité.
Michaela tendit les bras vers la petite fille qui vint rapidement près de sa mère et cacha son visage dans son cou.
''Chut... Tout va bien, mon coeur... Ta maman a simplement fait un mauvais rêve, c'est tout...'' la rassura-t-elle.
Katie se détendit petit à petit dans les bras de Michaela, lui caressa la joue avant de l'embrasser et passa les bras autour de son cou. ''Wêve est pati, mama...'' murmura-t-elle. ''Mauwé wêve pati...'' dit la petite fille pour réconforter sa mère, tout comme la mère avait si souvent réconforté son enfant...
Ils étaient moins d'une vingtaine en tout et s'étendaient en âge d'un bébé à une vieille femme qui était assise en silence près du feu, se balançant légèrement et observant Sully avec perplexité.
Ce silence était troublant : aucune voix, aucun bruit de pas à part les siens et même le vent, les arbres et les oiseaux semblaient suspendre leur souffle d'anticipation.
Brian, qui regardait avec anxiété l'approche lente et régulière de Sully vers le groupe d'Indiens inquiets, courut pour marcher à côté de lui.
Ayant déjà gagné leur confiance, il comprit qu'il était important qu'ils voient qu'ils pouvaient compter sur son père.
Sully sentit la manche de Brian frotter la sienne et leurs pas se synchronisèrent.
Il sourit, conscient de l'attention de son fils et fier de lui.
Lorsqu'ils atteignirent le feu, un grand homme mince, à peu près de l'âge de Sully, se leva.
Sully leva la main pour le saluer. ''Ha ho,'' dit-il doucement, balayant du regard tous ceux qui le fixaient intensément.
L'homme répondit puis attendit que Sully fasse le prochain pas, alors il retourna s'asseoir en lotus sur le sol froid, près du feu, en attirant Brian à se mettre à côté de lui.
Lorsque Sully s'assit à son tour devant eux, il attrapa la manche de Brian et dit : ''Nae'ha.... Brian.'' Il plaça ensuite sa paume ouverte sur son coeur en disant : ''Sully''.
L'Indien hocha solennellement la tête, posa la main sur son coeur et dit : ''Aenoheeve'hatse.''
Sully fit un signe de tête et se pencha pour informer Brian : ''Ce sont des Cheyennes et son nom est Faucon-Volant.''
Durant les quelques minutes suivantes, Brian observa avec fascination son père et Faucon-Volant discuter avec un mélange de gestes et de Cheyenne.
Au fur et à mesure que le temps passait, la tension dans les corps du petit groupe d'Indiens sembla s'apaiser et doucement, plusieurs d'entre eux se rapprochèrent pour écouter et observer.
Lorsqu'il ne fut plus inquiet au sujet de la réaction des Indiens envers Sully, il se leva pour aller dans l'un des appentis rustiques.
Il s'assit et prit la main du jeune garçon de onze ans qui était couché, immobile, sur un lit de fourrures.
''Ha ho He'heenohkeso,'' dit-il tout bas.
Son visage était strié de lignes de douleur.
Les yeux marron et solennels du garçon rencontrèrent les siens et il les plissa.
Brian descendit doucement la couverture qui couvrait le jeune garçon et soupira lorsqu'il vit l'état de la jambe de He'heenohkeso.
''Ça n'est pas mieux,'' murmura-t-il.
Il fit un signe de tête pour le rassurer, se leva et se dirigea vers l'endroit où il avait attaché Caramel, déchargeant rapidement les sacs et emportant leur contenu dans l'appentis.
Brian était occupé à désinfecter la jambe du jeune garçon lorsque Sully s'approcha.
''Qu'est-ce que tu fais, Brian ?'' demanda-t-il en remarquant la douleur sur le visage du garçon.
''Sa jambe est gravement blessée, papa... Je ne sais pas comment c'est arrivé car je ne comprends rien à ce qu'il dit... Mais je sais que ça ne s'arrange pas...'' répondit Brian avec inquiétude.
Tandis qu'il continuait à procurer des soins à la jambe du garçon, il expliqua à Sully : ''C'est He'heenohkeso qui m'a fait découvrir ces gens ici. J'étais à cheval... Je suivais la rivière, en prétendant être un explorateur, comme Colomb... Et je suis tombé sur He'heenohkeso et un autre garçon plus vieux qui pêchaient. Ils sont partis à toute vitesse quand ils m'ont vu. J'étais si surpris de les voir que je me suis assis là... Je ne les ai pas suivis ni rien... Puis, je l'ai écouté crier... C'était horrible... Je l'ai retrouvé par terre, il se tenait la jambe... Le garçon plus vieux était déjà parti et l'avait laissé derrière...''
Remarquant le ton de reproche dans la voix de Brian, Sully dit calmement : ''Les Indiens se cachent depuis si longtemps qu'ils s'enfuient s'il le faut vraiment... Laisser quelqu'un derrière pour sauver les autres est devenu comme un instinct.''
''Je sais... Mais il est si jeune... Il n'avait aucune chance..."
''Mais si... Tu l'as aidé, n'est-ce pas ?''
''Oui... Mais l'autre ne savait pas que j'allais le faire...''
''Comment l'as-tu persuadé de te montrer où ils campaient ?'' demanda Sully, curieux.
Brian haussa les épaules. ''Je ne sais pas... Je lui ai donné quelque chose à manger... J'ai essayé d'arranger sa jambe autant que j'ai pu... Je l'ai mis sur mon cheval et j'ai juste attendu. Au début, il ne faisait rien, mais au bout d'un moment, il m'a fait confiance et m'a indiqué une direction... Ça m'a pris beaucoup de temps. Je ne pouvais pas avancer vite... à chaque fois que Caramel faisait une secousse, il criait. C'est pour ça que je suis rentré si tard la nuit où maman était en colère... Depuis, je n'ai cessé de me demander s'il aurait mieux fallu l'emmener à la maison ou le laisser là... Mais je n'ai pas voulu le séparer des siens... Il aurait pu ne jamais les retrouver...''
Sully tendit la main et ébourriffa les cheveux de son fils.
''Tu as bien fait, Brian.''
Il posa les yeux sur les provisions que Brian avait sorties des sacs et sourit.
''Il n'y a pas beaucoup d'Indiens qui ont mangé de la dinde de Noël et du jambon récemment... Je me demande ce que ta mère va penser.''
Brian rougit. ''J'espère que ça ne la dérange pas... Ils sont tous maigres et ont faim... Je ne trouvais pas ça juste qu'on ait tout et qu'ils n'aient rien.''
Il jeta un coup d'oeil au groupe et regarda son père.
''Pourquoi sont-ils de retour ici, Sully ? Ils ne sont pas beaucoup... et ils sont si silencieux...''
Un éclair de douleur traversa le visage de Sully.
''Faucon-Volant m'a raconté leur histoire,'' répondit-il doucement. ''Je te la raconterai sur le chemin du retour... Ce n'est pas très joyeux... Mais je suppose que c'est arrivé dans beaucoup d'autres endroits que le Colorado.''
Il fit un signe de tête en direction de la nourriture.
''On va manger avec eux et on repartira.''
Il regarda le jeune garçon malade d'un air pensif.
''Il faut trouver un moyen pour que ta mère le voit... Elle doit pouvoir faire quelque chose pour sa jambe... Mais on ne peut pas lui faire faire le trajet jusqu'ici... Peut-être qu'on s'arrêtera à Palmer Creek en rentrant pour parler à Nuage-Dansant.''
Il se pencha pour aider Brian à rassembler la nourriture qu'il avait apportée avec lui et ils se dirigèrent vers le groupe rassemblé autour du feu.
''Maman... Vous auriez dû la voir... Elle s'est levée et je ne la tenais pas !'' s'exclama Colleen. ''Myra remarchera dans pas longtemps !''
Michaela sourit avec amour à sa fille.
Elle et Andrew étaient venus à la maison pour leur rendre une visite tardive et ils étaient maintenant tous assis autour du feu, partageant un café et des cookies apportés par Colleen.
''C'est merveilleux, Colleen,'' répondit Michaela. ''Maintenant qu'elle est sur pieds, je suis sûre que les progrès de Myra seront bien plus rapides.''
''Hank était encore là-bas aujourd'hui, maman... Il est au Château chaque fois que je sors pour faire travailler Myra,'' dit Colleen.
''C'est la même chose quand j'y vais.. Il est toujours là... Chaque matin... Je n'aurais jamais pensé qu'il soit si serviable... Cela semble faire plaisir à Myra que quelqu'un se préoccupe autant de son rétablissement. Et jusqu'ici... Il n'y a pas eu d'altercations avec Horace... Ou aucune dont je sois au courant...'' songea Michaela.
Chaque fois qu'elle voyait Hank au Château, prêt à faire tout ce qu'on lui ordonnait, elle se demandait si elle l'avait sous-estimé toutes ces années...
Peut-être que ses sentiments pour Myra étaient plus profonds qu'elle ne le croyait.
Elle sourit et revint vers sa fille en lui disant avec gratitude : ''Merci d'avoir proposé d'aller au Château ce matin... J'avais besoin de rester au calme aujourd'hui.''
''Vous avez l'air un peu pâle, maman... Est-ce que vous vous sentez bien ?'' demanda Colleen avec inquiétude.
''Je vais bien, Colleen... L'activité de ces derniers jours m'a un peu rattrapé, c'est tout,'' répondit-elle d'un ton rassurant. ''Même si je ne l'aurais donnée pour rien au monde... Noël était fantastique cette année, n'est-ce pas ?''
Pendant que Michaela rappelait divers incidents qui s'étaient produits la veille, Colleen remarqua des regards inquiets échangés entre Matthew et Kathleen et elle observa avec attention le visage blafard de sa mère.
Elle semblait mal à l'aise plutôt que fatiguée, comme si quelque chose lui avait fait faire du soucis.
Ses observations furent soudain distraites lorsque Katie lui prit la main pour la tirer vers les escaliers.
''Chewal...!'' s'exclama la petite fille. ''Faiwe chewal !''
Colleen rit.
Le mot 'Noël' avait apparemment fait rappeler à Katie son nouveau cheval à bascule tristement assis dans sa chambre.
Colleen jeta un regard en arrière et fut rassurée de voir sa mère et Andrew bavarder.
Elle suivit sa petite soeur à l'étage.
Sully et Brian arrivaient dans la cour au moment où Colleen et Andrew disaient au revoir devant la porte d'entrée.
Ils descendirent rapidement de cheval, les attachèrent au porche et gravirent les marches.
''Hé, maman... Andrew, Colleen,'' dit Brian avec exhubérance. ''Qu'est-ce que vous faisiez ?''
''Nous ne faisions que passer,'' répondit Colleen en souriant. ''Mais justement... Qu'est-ce que toi et Sully faisiez ? Maman a dit que vous étiez partis depuis ce matin.''
Brian lança un regard gêné à son père et dit calmement : ''On a fait du cheval dans les collines... Il faisait froid, mais c'était très joli.''
Michaela attendit que Sully en dise un peu plus, mais il se tourna et se dirigea vers les chevaux. ''On ferait mieux de les frotter avant que l'air de la nuit ne les refroidisse,'' appela-t-il en emmenant les chevaux vers la grange.
Sully s'appuya contre la table de la cuisine, attendit que la bouilloire chauffe sur le poële et observa Michaela, assise devant le feu dans son rocking-chair.
Elle avait été très silencieuse toute la soirée, presque mal à l'aise.
Il y avait un livre sur la table à côté d'elle, mais elle ne l'avait pas ouvert.
Ses yeux restaient fixés sur les flammes qui sautaient dans la cheminée, mais il était évident que ses pensées étaient ailleurs.
Quelques minutes plus tard, Sully s'approcha du feu avec deux tasses de thé bouillant dans les mains.
Il en tendit une à Michaela mais dut attirer son attention pour qu'elle le remarque.
Elle prit la tasse avec gratitude, l'entoura de ses mains et plongea à nouveau le regard dans le feu.
Sully s'assit sur la chaise d'à côté et lui demanda avec inquiétude : ''Tu vas bien, Michaela ? Tu sembles préoccupée par quelque chose.''
Ses yeux rencontrèrent les siens comme s'il l'avait surprise et elle secoua la tête doucement.
''Non... Je vais bien... Je suppose que Noël m'a fatigué plus que je ne l'aurais pensé.''
Elle s'arrêta et ajouta : ''C'était gentil à Colleen et Andrew de venir ici cet après-midi.''
''Oui.''
''J'ai parlé à Andrew à propos de la clinique...''
''Ah oui ?''
''Oui... A partir de lundi prochain, je travaillerai seulement trois matins par semaine... Je les passerai tous au Château... et Andrew travaillera à plein temps à la clinique.''
''C'est ce qui t'inquiète ?'' demanda calmement Sully. ''Tu n'es pas obligée d'abandonner ton travail si ça te rend malheureuse... Je voulais seulement que ça ne te fatigue pas trop... Comme ça l'a fait avec Katie.''
''Non, ça va, Sully... Tu avais raison... Je dois ralentir ces dernières semaines... Mais je veux continuer à travailler avec Myra... et si je sors quand même trois matins par semaine, c'est mieux que rien...''
Elle lui fit un sourire timide. ''Bien sûr, je n'arriverai pas à m'empêcher d'aller faire un tour à la clinique pour m'assurer que tout se passe bien.''
Sully rit mais s'arrêta vite pour demander : ''Mais quelque chose te fait faire du souci aujourd'hui... Et si ce n'est pas la clinique, qu'est-ce que c'est ?''
Michaela rougit un peu et hésita avant de dire : ''C'est bête... j'ai juste... Je...'' Elle prit une profonde inspiration et dit tout bas : ''Ce n'est rien... Vraiment...''
Elle regarda Sully et alors qu'il ouvrait la bouche pour en entendre davantage, elle changea rapidement de sujet. ''Alors maintenant, dis-moi ce que toi et Brian avez fait aujourd'hui... Vous étiez tous les deux très silencieux à ce sujet au souper... Il n'a pas d'ennuis, n'est-ce pas ? J'ai remarqué qu'il avait encore pris des provisions sans le demander.''
Sully la regarda avec des sentiments contraires.
Ce qui l'avait inquiétée devait être si important qu'elle n'avait pas pensé à lui poser la question sur sa journée avant.
Alors qu'elle attendait une réponse avec impatience, il se demanda s'il devait l'interroger encore, puis pensa que cela n'était pas nécessaire maintenant. Au lieu de cela, il dit : ''Il y a des Indiens dans les bois... Des Cheyennes...''
Sa réaction le surprit grandement. Elle devint toute pâle en quelques secondes et la tasse dans sa main faillit tomber par terre.
''Michaela ?'' demanda-t-il, inquiet. ''Tu vas bien ?''
Elle ignora sa question et en posa une autre : ''Des renégats ?''
''Non.''
''Qui alors ? Et pourquoi sont-ils ici ? Combien sont-ils ? Ils sont près de la ville ?''
Désorienté par cette avalanche de questions, Sully lui raconta leur histoire comme elle lui avait été expliquée par Faucon-Volant.
''Tu sais que l'hiver s'est installé très tôt cette année... Vers la mi-octobre, je crois, non ?''
Lorsqu'elle hocha la tête, il continua : ''Eh bien, dans le nord, ça a été très rapide et assez imprévisible... en presque une nuit, tout le gibier avait disparu... Le sol a gelé et les rivières aussi... Les Cheyennes n'ont pas eu le temps de se préparer pour l'hiver et ils ont vite su que s'ils ne bougeaient pas, ils mourraient de faim avant que l'hiver ne soit fini. Certains d'entre eux ont décidé de rester... pour essayer de faire du mieux qu'ils pouvaient, mais environ quatre-vingt sont partis vers le sud... des familles entières, des bébés et des personnes âgées...''
Il s'arrêta et inspira profondément avant de continuer : ''Près de Rawlins, ils sont tombés sur un petit groupe de soldats... Ils n'ont pas eu le temps de se cacher... Beaucoup d'entre eux ont été fusillés... Les soldats s'en fichaient de tuer des enfants et des mères. Quelques-uns sont repartis vers le nord... Et d'autres ont continué de se diriger vers le sud... A peu près vingt... Seulement vingt ont réussi leur voyage. Leur chef est un homme qui s'appelle Faucon-Volant.''
Lorsqu'il fit une pause, le silence tomba dans la pièce ; on ne pouvait entendre que le feu qui ronflait puis, Michaela demanda tout bas : ''Où sont-ils ?''
''Ils ont installé un petit camp après Palmer Creek... Cinq miles plus loin, bien caché dans les bois... Loin de tout... Personne ne les trouvera.''
''Brian l'a fait,'' murmura Michaela.
''Oui.. Mais c'était un pur hasard... Et si l'un des enfants qui pêchaient ne s'était pas blessé la jambe, Brian n'aurait probablement pas trouvé le reste d'entre eux.''
''L'un d'eux est blessé ?''
''Oui... Deux en fait... L'un des hommes a reçu une balle dans l'épaule... Mais ça l'a traversée. Ça n'a pas l'air très grave.''
Sully sourit.
''Brian s'est assuré que c'était bien propre et il a mis un pansement.''
''Avec les affaires qui me manquaient ?''
''Oui... l'autre, le garçon, est vraiment mal, cependant... C'est sa jambe... Ça me rappelle la fois où je m'étais cassée la mienne et que tu avais mis une boîte dessus... Mais bien sûr, ce n'est pas correctement installé... Et c'est sûrement en train de s'infecter... Brian est très inquiet à son sujet... Tu sais à quel point il se sent proche de ces gens... Il les aime beaucoup, surtout les enfants.''
Michaela hocha la tête et se tourna pour s'enfoncer plus profondément dans la chaise.
Sully fut surpris de sa réaction. ''Je me demandais comment je pourrais emmener le garçon ici... Assez près pour que tu puisses jeter un oeil à sa jambe.''
Michaela resta silencieuse, les yeux fixés sur l'amulette cheyenne accrochée à la cheminée.