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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 14.06.2010 à 13h41
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Désirs et regrets" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "LONGINGS". » okapi
Cette fanfic compte déjà 328 paragraphes
Chapitre 50 :
Tandis que Sully faisait le tour de Michaela pour ne pas la surprendre, elle continua : ''Ecoutez, Mr Jensen... Je sais que vous n'êtes pas très à l'aise de m'avoir comme médecin... et oui, il y a un autre docteur dans les environs : le docteur Andrew Cook, mon gendre. Il s'occupe actuellement de ma clinique en ville.''
L'homme grogna bien qu'il soit difficile de dire si c'était à cause de cette nouvelle information ou à cause de la douleur qu'il ressentait dans son abdomen.
''Cependant,'' expliqua Michaela, ''je crois que vous avez une crise d'appendicite sérieuse et on ne peut pas perdre de temps à aller chercher Andrew... Il sera d'accord avec mon diagnostic et aurait fait la même opération.''
Sully était maintenant assez près pour reconnaître le nouveau patient de Michaela : il s'agissait de l'homme ivre aux manières si rustres de dimanche soir.
Malgré l'embarras évident de sa femme, il ne put s'empêcher de sourire à cette ironie.
''Alors, Mr Jensen... vous avez seulement deux choix. Le premier est d'accepter l'opération... même si la pensée d'avoir une femme, et surtout moi, en tant que médecin vous est déplaisante... Soit vous refusez.''
Elle s'arrêta et haussa les épaules. ''Si vous faites cela, vous avez de grandes choses de faire une péritonite... C'est un empoisonnement du sang. Il s'installera rapidement et vous mourrez dans de grandes souffrances.''
Elle fit une nouvelle pause, regarda l'homme devant elle et lui demanda, peu confiante : ''Qu'allez-vous faire ?''
L'homme essaya de changer de position sur la table et gémit lorsque la douleur dans son ventre se fit ressentir fortement.
''Comment saurais-je si vous ne me punissez pas pour ce stupide incident de l'autre soir ? Je voulais simplement m'amuser un peu,'' lâcha-t-il.
Le visage de Michaela devint rouge. ''Mr Jensen,'' dit-elle froidement. ''J'ai fait le serment de protéger la vie... et même si je pense que certaines vies méritent davantage d'être sauvées que d'autres, je n'ai jamais – et ne le ferai jamais – mis la vie de quelqu'un en danger pour une quelconque revanche.''
Cette fois, son patient grinça simplement des dents. ''L'opération est-elle dangereuse ?'' demanda-t-il sans ce ton hautain dans la voix.
Michaela parla alors un peu moins fort. ''Toutes les opérations sont dangereuses, Mr Jensen... Il y a la possibilité d'une infection... Et un docteur ne sait jamais comment un patient va réagir à l'anesthésie... Mais j'ai pratiqué cette opération de nombreuses fois... avec un très haut taux de réussite.''
Sully, qui retenait son souffle, se mit à nouveau à respirer.
C'était la femme qu'il connaissait et qu'il aimait.
Il s'approcha davantage. ''Michaela,'' dit-il. ''Je peux faire quelque chose ?''
Son apparition soudaine déclencha deux réactions.
Michaela sourit et hocha la tête tandis que Mr Jensen grogna et murmura : ''Ah, pas vous !''
''Mr Jensen ici présent est en train de décider s'il veut subir ou non une opération pour lui sauver la vie, Sully... S'il décide d'être opéré, je vais avoir besoin de toi,'' expliqua Michaela qui ne se doutait pas que Sully avait déjà entendu toute leur conversation.
''Vous lui demandez de vous assister ?'' demanda Mr Jensen avec incrédulité.
''Oui, étant donné que je n'ai pas d'infirmière pour le moment... Et Sully m'a très souvent assisté,'' répondit Michaela. ''Est-ce que cela vous pose un problème ?''
Soudain, une autre vague de douleurs le submergea et il cria tellement il avait mal.
Il regarda les yeux noisettes de Michaela et les yeux bleus azur de Sully et accepta. ''Allons-y,'' dit-il avec résignation. ''Je ne peux plus supporter cette douleur.''
''Très bien... Sully, j'ai besoin que tu le laves... Et puis, tu iras chercher de l'eau bouillante dans la cuisine... Nous devons pratiquer une opération,'' ordonna Michaela, les yeux brillants face à ce défi.
Pendant l'heure et demie qui suivit, toutes les pensées concernant Brian et Petit-Oiseau-Noir à Palmer Creek ou son inconfort dû à sa grossesse avancée s'envolèrent de l'esprit de Michaela.
Sully s'émerveilla de la façon dont elle était capable de se concentrer seulement sur l'opération pour que tout se passe bien et pour que Silas Jensen survive.
Elle se recula enfin et inspira profondément.
''Fini ?'' demanda Sully.
''Oui... Tout s'est bien passé, je pense,'' répondit Michaela en s'étirant les muscles du dos pour soulager sa douleur.
''Très bien... Viens t'asseoir, je vais tout laver,'' suggéra Sully. ''Et puis, j'irai te chercher un déjeuner en cuisine avant d'aller prévenir Andrew.''
Michaela le regarda, choquée. ''Andrew ?'' s'exclama-t-elle.
''Il est hors de question que tu restes ici des heures à surveiller un patient malade,'' répondit Sully d'un ton catégorique.
Michaela lui lança un regard de colère et lui dit calmement : ''C'est 'mon' patient, Sully, et je ne le quitterai pas avant d'être sûre qu'il va bien.''
''Mais tu as à peine dormi la nuit dernière, Michaela... Et tu t'inquiètes à propos de Brian... Tu as besoin de te reposer,'' protesta Sully.
Michaela serra les dents tout en réfléchissant au problème, sachant très bien qu'il avait raison.
Elle gémit d'exaspération : ''D'accord,'' accepta-t-elle à contre-coeur. ''Tu peux aller en ville chercher Andrew... Mais je reste là jusqu'à ce qu'il se réveille et soit cohérent.''
Réalisant que c'était la seule concession qu'il allait obtenir, Sully hocha la tête et commença à ranger les linges tâchés et à stériliser les instruments, en suivant les instructions de Michaela.
Pour la deuxième fois de la journée, Sully descendit de son chariot dans la cour du Château.
L'après-midi était désormais à moitié passé et il jeta un coup d'oeil vers le chemin qu'il venait de prendre, espérant y voir arriver Colleen et Andrew.
Andrew avait accepté de venir s'occuper de Mr Jensen sans hésiter, même s'il avait d'abord dû examiner un petit nombre de patients qui l'attendaient.
Par conséquent, il s'attarda en ville et Sully, qui avait décidé de ne pas attendre, était remonté dans son chariot pour retourner au Château.
Il s'approcha de la porte de la clinique et tapa doucement pour ne pas déranger Silas Jensen.
Lorsqu'il n'y eut aucune réponse, il ouvrit lentement la porte et entra.
Le patient était toujours allongé sur la table au centre de la pièce et semblait être encore endormi.
Sully ne pouvait dire s'il s'était réveillé de l'anesthésie avant cela ou non.
Michaela était avachie sur le bureau, également endormie.
Ses longs cheveux lui tombaient sur le visage et elle avait la tête posée sur ses bras croisés.
Sully alla doucement vers elle et posa gentiment la main sur son épaule.
Elle se réveilla en sursaut.
''Ah... Sully,'' marmonna-t-elle.
Elle jeta un coup d'oeil anxieux autour d'elle, désorientée. ''Oh... J'ai dû m'endormir.''
Son regard se posa sur son patient et elle se leva en vitesse mais avec beaucoup de maladresse de sa chaise.
Elle s'avança vers Mr Jensen et posa la main sur son front avant de la poser sur son cou pour contrôler son pouls.
Elle soupira de soulagement.
''Pas de fièvre. Le pouls et la température sont normaux,'' remarqua-t-elle cliniquement.
Elle regarda ensuite Sully avec embarras. ''Je n'aurais pas dû m'endormir... Et s'il s'était réveillé et était tombé de la table ?'' demanda-t-elle, presque mortifiée.
''Il va bien, Michaela... Tu viens de le dire,'' la rassura Sully. ''Dès qu'Andrew arrive, nous rentrons à la maison, d'accord ?''
Des larmes apparurent soudain dans les yeux de Michaela. ''Je me sens si inutile,'' murmura-t-elle. ''Je n'ai même pas pu rester éveillée pour m'occuper d'un patient. Dieu soit loué, rien ne lui ait arrivé. Mais ça aurait pu...''
Elle posa les mains sur son ventre.
''J'ai l'impression d'avoir une centaine d'années... Je m'endors sans m'en apercevoir... Je me déplace avec lenteur et maladresse, mes pieds sont gonflés et me font mal... Je ne peux même plus prendre Katie dans les bras...''
Elle s'arrêta, essaya en vain de contenir ses larmes et reprit : ''Et je ne peux pas être à Palmer Creek avec Brian et Petit-Oiseau-Noir.''
Sully s'approcha d'elle, lui prit la main et la conduisit vers la chaise.
Il l'invita à s'asseoir et s'agenouilla devant elle.
''C'est vraiment ce qui t'inquiète, n'est-ce pas Michaela ? Tu te demandes comment s'en sort Brian ? J'y pense moi aussi...''
Il fit une pause pour réfléchir.
''Nuage-Dansant m'a dit que nous devons voir Brian comme un jeune homme maintenant... et qu'il doit affronter certaines choses seul... Je crois que ce qui lui arrive en fait partie. Si tu étais là-bas, tu ne pourrais rien faire de plus pour Petit-Oiseau-Noir, n'est-ce pas ?''
Michaela secoua la tête.
''Nuage-Dansant veille sur Brian...''
Il lui caressa le ventre.
''Plus que quelques semaines... Et tu oublieras ce que tu ressens en ce moment,'' la consola-t-il.
''Laisse les enfants et moi s'occuper de toi pendant un moment, d'accord ? Nous le voulons tous... Mais tu nous en laisses rarement la possibilité...'' Il l'embrassa dans le cou.
Michaela s'exclama : ''Sully !'' Elle regarda dans la direction de son patient qui commençait juste à remuer.
Elle sourit. ''Quand Andrew arrivera, vous allez devoir l'emmener dans un lit dans la pièce d'à côté... D'accord ? Et ensuite, je rentrerai à la maison et je te laisserai t'occuper de moi,'' concéda-t-elle.
Elle soupira à nouveau et marmonna, les dents serrées : ''Encore quelques semaines...''
Michaela et Sully arrivèrent finalement chez eux un peu avant le dîner et furent accueillis par Matthew et Kathleen anxieux et par une Katie qui pleurnichait. ''Nous vous attendions il y a des heures,'' s'exclama Matthew avec inquiétude. ''Où étiez-vous ?''
Sully sauta du chariot. ''Une urgence à la clinique du Château,'' expliqua-t-il en faisant le tour du véhicule pour aider Michaela.
''Ta mère a dû retirer l'appendice d'un homme et attendre qu'Andrew prenne la relève...''
''Est-ce que cet homme va bien ?'' demanda Kathleen.
''Est-ce quelqu'un que nous connaissons ?''
Sully rit. ''Non... Vous n'avez pas encore eu le plaisir de le rencontrer... Mais Michaela et moi, oui... Deux fois. Vous ne manquez pas grand chose.''
Le jeune couple le regarda d'un air interrogateur.
''Disons simplement que cet homme aimerait se faire passer pour un gentleman... mais ça n'en est pas un,'' expliqua Sully. ''Andrew va avoir du travail, je crois. Rentrons à l'intérieur. Ta mère est vraiment épuisée.''
Tandis que Kathleen continuait de préparer le dîner, Sully installa Michaela dans une chaise à bascule devant un feu rugissant et s'agenouilla pour lui retirer ses bottes et ses chaussettes.
''Sully !'' s'exclama-t-elle. ''Ce n'est pas correct !''
Sully lui sourit. ''Les enfants ne vont pas s'inquiéter si tu t'asseois devant le feu sans tes chaussures... Si tes pieds te font mal, je vais les masser.''
''Mais Kathleen ?'' propesta-t-elle faiblement alors qu'il commençait à lui soulager les douleurs avec ses mains expertes.
''Kathleen fait presque partie de la famille... Ça ne la dérangera pas non plus.''
Michaela ne s'y opposa pas plus.
Pendant que Sully la massait, elle se câla contre le dossier de la chaise et ferma les yeux, savourant ses délicates attentions.
''Je devrais aider pour le souper,'' murmura-t-elle.
Sully ne répondit pas, il continua simplement de lui malaxer les pieds jusqu'à ce qu'elle finisse par s'endormir.
Un peu plus tard, Kathleen l'appela sans trop élever la voix : ''Sully ? Le dîner est prêt.''
Sully leva les yeux vers le visage apaisé et endormi de sa femme, se demandant s'il devait la réveiller pour manger ou la laisser dormir.
Il fut soudain interrompu par le bruit régulier de sabots dans la cour.
Il grogna en lui-même...
Quelque chose était peut-être arrivé à Mr Jensen.
Michaela serait furieuse et voudrait probablement retourner au Château sur le champ.
Il se pouvait aussi que ce soit Brian qui rentre.
Son coeur s'emballa lorsqu'il se demanda dans quel état d'esprit serait son fils et quelle serait son attitude envers sa mère.
Matthew s'avança à grandes enjambées vers la fenêtre, tira légèrement le rideau de dentelle et scruta à l'extérieur.
Lorsque leur invitée apparut sous la lumière de la lampe à huile du porche, il dit tout bas : ''C'est Miss Dorothy.''
Sully secoua immédiatement le genou de Michaela pour la réveiller.
''Michaela... Michaela,'' dit-il gentiment. ''Dorothy est ici.''
Tandis que Matthew allait répondre au coup frappé à la porte, Michaela se secoua et essaya de se redresser dans la chaise.
''Sully, mes chaussures !'' s'exclama-t-elle avec urgence.
''Ça va...'' marmonna-t-il. ''Mets-les sous ta jupe... Elle ne le remarquera pas.'' Et il se leva pour recevoir leur invitée.
''Je suis désolée de venir aussi tard, tout le monde,'' dit Dorothy en entrant. ''Mais j'étais sur le chemin du retour et j'ai pensé que vous aimeriez savoir ce qui s'est passé à Palmer Creek aujourd'hui.''
Elle jeta un coup d'oeil à Michaela qui était toujours assise dans sa chaise et qui la regardait avec anxiété.
''Brian va bien... Il a peut-être un peu froid et il est fatigué... Il s'inquiète beaucoup.''
''Et Petit-Oiseau-Noir ?'' demanda Michaela avec hésitation.
''Pas beaucoup de changement,'' répondit Dorothy avec regrets.
''Nuage-Dansant dit qu'il a plus de mal à respirer... Il pense que le garçon ne tiendra pas un jour de plus.''
Elle baissa le regard et respira profondément.
''Brian le prend mal... Mais il reste près de lui... Bien sûr, Petit-Oiseau-Noir ne sait probablement pas qu'il est là...''
''Je ne crois pas que cela importe à Brian, Dorothy,'' dit Sully. ''C'est juste quelque chose qu'il doit faire.''
La journaliste hocha la tête et dit : ''J'ai pensé que vous aimeriez peut-être me donner un autre manteau et une couverture pour lui... Il fait vraiment froid... Je pourrais les lui apporter demain matin.''
''Et si nous en parlions durant le dîner ?'' suggéra Sully.
Il regarda Kathleen avec espoir. ''Il y a assez à manger pour que Dorothy se joigne à nous ?''
''Oui, oui, bien sûr... Il est trop tard pour que vous rentriez chez vous vous préparer un repas, Miss Dorothy,'' répondit Kathleen.
Quand Dorothy fut sur le point de protester, la jeune femme s'empressa d'ajouter : ''Venez... Je vous en prie, asseyez-vous pendant que c'est encore chaud.''
Un petit hochement de tête de Michaela la fit s'avancer vers la table.
Remarquant que Michaela regardait ses pieds nus avec embarras, Sully monta à l'étage et revint avec ses chaussons.
Le souper fut inhabituellement calme, même Katie ne bavarda pas beaucoup.
Chaque adulte pensait très fort à Brian et au garçon malade dans la forêt.
Tandis que Sully et Kathleen nettoyait la cuisine et la salle à manger après le souper et que Matthew était sorti dans le froid pour s'occuper des chevaux et les enfermer dans l'étable, Michaela s'assit avec Katie sur les genoux pour parler avec Dorothy, assise devant elle, près du feu.
Dorothy rassura à nouveau son amie anxieuse en lui disant que Brian allait bien. ''Qu'en pensez-vous si je lui apporte des choses demain matin, Michaela ?'' demanda-t-elle.
Sully, qui revenait de la cuisine, répondit : ''J'y ai pensé. Je crois que je ferais bien d'y aller... très tôt demain matin, si Matthew accepte d'emmener Michaela au Château. Je serai revenu bien avant midi.''
Il regarda Michaela et vit qu'elle était soulagée.
''C'est une bonne idée, Sully,'' dit-elle doucement. Elle se tourna vers son amie. ''Cela ne vous dérange pas, Dorothy ?''
''Oh, bien sûr que non. Vous connaissant tous les deux, je ne suis même pas surprise... Je m'y attendais presque... J'irai dans l'après-midi alors.''
Sully hocha la tête. ''Bien,'' dit-il en prenant Katie des genoux de sa mère. ''Restez là à discuter, je vais mettre Katie au lit.''
Michaela le regarda partir et se tourna vers Dorothy.
''Vous êtes sûre que Brian va bien ?'' demanda-t-elle pour la centième fois pour se rassurer.
''J'en suis sûre, Michaela... Il aura certainement besoin d'attention quand il rentrera à la maison... Mais il va bien. Nuage-Dansant s'occupe de lui,'' répondit Dorothy.
Michaela hocha la tête et ajouta d'un ton coquin : ''Vous allez à Palmer Creek presque tous les jours maintenant, hein ?''
Dorothy rougit et murmura : ''Quand je peux...''
''Hmm... Je suis contente... je m'inquiétais à votre sujet depuis quelques semaines,'' remarqua Michaela. ''Vous sembliez incertaine, mélancolique.''
''J'avais besoin de comprendre certaines choses... Mais tout va bien maintenant.''
Se décidant enfin à être directe, Michaela dit tout bas : ''Je suis ravie que vous et Nuage-Dansant aimiez être ensemble... C'est un homme unique.''
''Oui, un homme 'très' unique,'' répéta Dorothy. ''Quand nous sommes ensemble, rien au monde n'a d'importance... Je peux tout lui dire et il m'écoute... Et j'adore écouter ses histoires... Un jour, je vais à nouveau l'écrire ce livre, vous savez... Seulement, cette fois, il sera bien mieux... Car je le connais très bien maintenant et je comprends plus de choses sur les Cheyennes.''
''J'espère avoir la chance de lire votre livre, Dorothy... Mais je suis contente que celui que cela concerne le plus ait également une chance de vous l'entendre lire... Je sais que ça compte beaucoup pour lui,'' dit Michaela.
Les yeux de Dorothy brillèrent momentanément de larmes et elle songea : ''Presque un an d'écriture parti en un instant... Je n'oublierai jamais lorsque je l'ai brûlé... C'est l'une des choses les plus difficiles que j'ai faite dans ma vie... Et ça inclut avoir à échapper à la violence de Marcus...''
Elle se secoua soudain et sourit.
''Pourtant, ce que j'avais écrit était bon à mettre au feu... Je n'aurais peut-être jamais connu Nuage-Dansant aussi bien que maintenant.''
Michaela prit la main de son amie dans la sienne.
''Et que va-t-il se passer pour vous et Nuage-Dansant, Dorothy ?'' demanda-t-elle, faisant écho à la question que Sully avait posé à l'homme-médecine.
La journaliste haussa les épaules et baissa le regard.
''Je dois avouer que je ne regarde pas très loin dans le futur, Michaela... Il ne semble pas y avoir de bonne solution qui pourrait rendre les choses meilleures... Je vis simplement chaque jour comme il vient et j'apprécie le temps passé avec lui.''
Il y eut un long silence durant lequel chacune songea à ce problème et Dorothy demanda avec inquiétude : ''Et vous, Michaela ? Vous tenez le coup ?''
Cette fois, ce fut à Michaela de hausser les épaules.
''Ces dernières semaines sont si difficiles,'' dit-elle. ''La famille, surtout Sully, essaye de m'aider... Mais je me sens si fatiguée et maladroite.''
''Ça a dû être dur de réaliser cette opération aujourd'hui... Avoir à rester debout si longtemps,'' compâtit Dorothy.
Michaela hocha la tête et Dorothy serra la main de son amie. ''Encore quelques semaines à attendre Michaela, et tout sera fini...''
Michaela regarda les yeux bleus de Dorothy, jeta un coup d'oeil autour d'elles pour s'assurer que personne ne les écoutait et murmura : ''En fait... Je ne suis pas sûre que cela va être aussi long que ça...''
Lorsque Dorothy la regarda d'un air interrogateur, elle ajouta : ''Depuis quelques jours, j'ai l'impression de porter le bébé plus bas... On dirait qu'il s'est déplacé. Je ne me rappelle pas avoir ressenti ça avec Katie, mais c'est étrange... et... annonciateur.''
Le regard de Dorothy s'illumina. ''Je me rappelle avoir ressenti ça avec quelques-uns de mes enfants !'' s'exclama-t-elle sur le ton de la conspiration.
''C'est comme si le bébé se préparait, n'est-ce pas ?''
''Exactement,'' répondit Michaela, ravie que son amie comprenait.
''L'avez-vous dit à Sully ?'' demanda Dorothy.
''Non... Je ne veux pas l'inquiéter plus qu'il ne l'est déjà,'' répondit Michaela. ''Et vous ne lui direz rien, d'accord ?''
''D'accord,'' accepta Dorothy avec hésitation. ''Mais assurez-vous de ne rien faire de stupide dans les jours qui viennent.''
''Vous voulez dire comme la dernière fois ?'' rit Michaela.
Lorsque Dorothy hocha la tête et se mit à rire en y repensant, elle ajouta : ''Je promets de ne pas aller traîner dans les bois en pleine nuit... Un bébé y est déjà né, ça suffit. En plus... ma mère me renierait !''
Lorsque Sully, Matthew et Kathleen les rejoignirent enfin dans le salon, ils y découvrirent deux femmes qui essayaient en vain de cacher leur fou rire.
Chapitre 51 :
Sully scruta le ciel d'hiver très clair et estima qu'il devait être un peu avant midi.
Bien, il voulait passer le moins de temps possible loin de Michaela.
Il donna à son cheval un autre coup de talon dans les côtes, le pressant d'accélérer.
Michaela dormait toujours, bien que d'un sommeil agité, lorsqu'il était parti peu après le lever du soleil.
Ses jours et ses nuits avaient tendance à devenir inconfortables et il avait le sentiment qu'elle recommençait à rêver, à propos des Cheyennes ou de son accouchement proche, il ne savait pas.
Tout en s'inquiétant pour sa femme, il s'inquiétait également tout autant pour Brian et la situation qu'il endurait à Palmer Creek.
Il ne lui semblait pas juste qu'un garçon aussi jeune que Brian doive faire face à tout ce qu'il avait subi depuis ces quelques dernières années.
Bien sûr, certaines choses étaient dues à la compassion de Brian pour les gens, surtout pour ceux qui avaient eu moins de chance que lui.
La situation critique de Petit-Oiseau-Noir et de son peuple l'avait touchée en plein coeur et, malheureusement, l'avait rendu vulnérable.
Sully avait été étonné de trouver le garçon Indien toujours en vie lorsqu'il était arrivé tôt au campement, mais il avait été évident que cela n'allait pas être long jusqu'à ce qu'il rende son dernier souffle.
Et puis, au grand désarroi de Brian et au soulagement de Nuage-Dansant, Petit-Oiseau-Noir était parti dans le monde des esprits vers le milieu de la matinée, sans avoir repris connaissance.
Il prit une grande bouffée d'air froid qui lui cinglait le visage tandis qu'il chevauchait pour rentrer chez lui.
Brian semblait être rentré en lui-même depuis qu'il avait commencé à surveiller le garçon à Palmer Creek.
Il était trop calme, incapable de mettre des mots sur ses sentiments, sa tristesse.
Sully s'identifiait très bien à ce genre de réactions, mais il savait que cela pouvait être destructeur.
Lorsqu'il avait essayé de persuader Brian de rentrer à la maison, le garçon avait répondu qu'il resterait avec les Cheyennes jusqu'à ce que la traditionnelle cérémonie d'enterrement ait lieu et avait été furieux que Sully doive rentrer près de Michaela.
Même s'il lui avait expliqué ses raisons, incluant le fait que Michaela pouvait accoucher à tout instant, Brian l'avait repoussé, l'avait renvoyé, comme on renvoie quelqu'un qui n'a pas d'importance.
Cela lui avait fait mal.
Si cela faisait partie du voyage qu'allait faire son fils pour devenir un homme, comme Nuage-Dansant l'avait prédit, alors Sully avait peur de ce qui viendrait ensuite, et se demandait quelle serait l'attitude de Brian lorsqu'il rentrerait enfin à la maison.
Sully s'était senti déchiré, mais c'était un sentiment auquel il s'était habitué depuis des années.
Une partie de lui voulait désespérement rester, à la fois pour soutenir Brian et pour participer à la période de deuil d'un peuple dont il se sentait si proche.
Mais un sentiment plus fort d'appartenance le rappelait vers Michaela et sa famille.
Il y avait quelques années, rien n'aurait pu le séparer des Cheyennes qu'il considérait comme sa famille, mais maintenant, il avait une famille plus proche, plus chère, qui le comblait de joie, et il était prêt à tout pour s'assurer de leur sécurité et de leur bonheur.
Ses pensées se concentrèrent sur Michaela et il pria les Esprits pour qu'elle se sente un peu mieux aujourd'hui, même si cela semblait peu probable.
Enfin, au loin dans un ciel bleu très clair, il repéra des nuages gris de fumée venant des deux cheminées de la maison et il éprouva un sentiment d'urgence.
Il talonna son cheval, passa le tournant et arriva dans la cour à toute allure.
La maison, posée sur la pente de la colline, était très calme, et pourtant, sur le côté, deux longues rangées de linge lavé flottaient dans la brise fraîche et une odeur agréable de pain que l'on venait de cuire sortait de l'intérieur.
Apparemment, Kathleen était restée à la maison ce matin.
Il monta les marches du porche en vitesse, en remarquant qu'elles avaient été frottées récemment car elles étaient encore humides, et ouvrit la porte en grand, s'attendant à voir au moins Kathleen accompagnée de sa petite fille mais tout était également calme à l'intérieur.
Il accrocha son manteau en peau de daim à une patère et se dirigea vers la cuisine où deux tartes, l'une aux noix de pécan, l'autre à la citrouille, étaient posées sur la table pour refroidir.
Il se pencha et respira l'odeur si attirante d'une pâtisserie qui vient de cuire.
Puis, une autre odeur encore plus agréable lui vint aux narines et il ouvrit la porte du four pour découvrir une casserole de boeuf et de légumes qui mijotait.
Quelqu'un n'avait vraiment pas arrêté ce matin.
Il revint dans le salon et dit à voix basse, de peur de réveiller Michaela qui aurait pu faire une sieste : ''Kathleen ?''
Une voix répondit : ''En haut...'' Il tourna les yeux vers l'étage et réalisa qu'il venait d'entendre Michaela.
Montant les escaliers quatre à quatre, il se précipita dans leur chambre et découvrit qu'elle était vide.
''Michaela ?'' appela-t-il.
''Ici...'' répondit-elle d'une voix presque étouffée. ''Dans la chambre de Kathleen,'' ajouta-t-elle.
Sully fit rapidement demi-tour et se rendit dans la chambre en face, s'arrêtant à la vue qui l'accueillait.
Sa femme 'très' enceinte était debout sur une chaise et remettait en place un rideau de dentelle sur une fenêtre qui venait d'être nettoyée.
Elle se tenait en fait sur les doigts de pied et ajustait le bord du rideau.
Un seau d'eau mousseuse et quelques linges crasseux étaient posés près de la chaise.
''Michaela !'' s'exclama Sully, paniqué. ''Qu'est-ce que tu fais là haut ?''
Au ton de sa voix, Michaela lâcha le rideau et le regarda avec un air interrogateur. ''Cela ne se voit pas ?'' répondit-elle un peu offensée.
''Moi ou Kathleen aurait pu le faire,'' l'accusa Sully. ''Tu n'as pas besoin de grimper sur les meubles.''
''Je suis encore capable de faire du ménage, Sully. Je ne suis pas invalide !'' répondit Michaela, le visage en feu.
''Je sais que tu n'es pas invalide, Michaela,'' répondit Sully. ''Mais ce n'est peut-être pas une bonne idée de faire ça en ce moment... Je m'inquiète pour toi.''
Il s'avança et Michaela releva sa jupe pour pouvoir descendre.
Lorsque Sully la déposa facilement au sol, elle affirma : ''Je le sais... Et j'apprécie, vraiment. Mais Mère sera bientôt là et je voulais être sûre que tout soit prêt pour son arrivée.''
Elle sortit un télégramme de la poche de son tablier. ''Matthew me l'a donné lorsqu'il est venu me chercher au Château ce matin. Mère est partie de Boston hier, mais elle n'a pas pu nous donner une date d'arrivée précise à cause des chutes de neige qui perturbent tout.''
''Ça n'a pas d'importance quand elle arrive... Tu aurais pu nous attendre pour te donner un coup de main,'' la sermonna Sully.
''Je sais... Mais je me sens beaucoup mieux aujourd'hui... Et j'ai aimé avoir la maison pour moi toute seule pendant un moment,'' dit Michaela.
Sully la regarda d'un air dubitatif et changea de conversation. ''Comment allait Silas Jensen ce matin ?''
Michaela sourit. ''En fait, il se porte très bien. Andrew semble avoir eu un très bon effet sur lui... Il a été très poli, il m'a même demandé certaines choses... Quant à sa santé, il n'y avait aucun signe d'infection... Même s'il avait encore un peu mal, il semble guérir vite.''
''Bien... Je suis content que ce soit Andrew qui s'en occupe et pas toi,'' remarqua Sully en souriant.
''Oui... Andrew l'a même persuadé de se rendre à la clinique en ville pour qu'il ait un docteur et une infirmière tout le temps... Matthew va aider Andrew et Colleen à le déplacer cet après-midi.''
''Où sont les autres ? Katie, Kathleen, Matthew ?''
''Ils sont tous partis en ville après que Matthew m'ait déposé ici. Kathleen devait s'occuper de Michael, tu te souviens ?''
''Oui... Ils n'auraient pas dû te laisser ici seule, cependant,'' songea Sully. ''Et si quelque chose était arrivé ?''
Michaela rit. ''Je sais qu'on espère que l'accouchement sera court cette fois, Sully... Mais je ne suis restée seule que quelques heures... Rien n'aurait pu arriver en si peu de temps.''
''Oui... Eh bien... Peut-être que tu as raison... Mais je parie que tu n'as pas dit aux enfants que tu allais escalader les meubles !''
L'espace d'un instant, Michaela baissa le regard pour paraître humble, mais elle éclata de rire. ''Tu t'inquiètes trop, Sully... Je vais bien... En fait, je ne me suis pas sentie aussi bien depuis des semaines ! Alors, si tu as beaucoup de chance et si tu arrêtes de me réprimander, il y a une casserole qui cuit et une bonne tarte en dessert.''
Sully sourit. ''Oui, je sais... j'ai vérifié... Ça sent très bon en tout cas.'' Puis, il réalisa soudain : ''Tu es en train de me dire que c'est toi qui as fait toute la cuisine aussi ? Et je suppose que c'est également toi qui as fait la lessive...''
Michaela se mit sur les orteils et l'embrassa rapidement avant de s'en aller en vitesse.
En arrivant à la porte, elle marmonna de bonheur : ''Et les fenêtres ici aussi, et j'ai également changé les draps...''
Une fois dans la cuisine, Michaela sortit avec précaution la casserole bouillante du four et commença de la remuer avec une grande cuillère en bois.
Tout d'un coup, elle lâcha la cuillère et le regarda avec de grands yeux. ''Je... Je... Je ne t'ai même pas demandé pour Brian... ou Petit-Oiseau-Noir...'' s'exclama-t-elle, consternée. ''Mais que dois-tu penser de moi ?''