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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 14.06.2010 à 13h41
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Désirs et regrets" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "LONGINGS". » okapi
Cette fanfic compte déjà 328 paragraphes
''Fais attention... Ne glisse pas,'' dit Sully alors qu'il aidait Michaela à s'installer dans la baignoire en cuivre remplie d'eau chaude, posée devant la cheminée de la cuisine.
Elle soupira lorsque l'eau la recouvrit.
Elle s'appuya contre le doux métal et ferma les yeux.
''Ça fait du bien, hein ?'' dit Sully.
Michaela hocha la tête et prit quelques profondes inspirations.
''Tu veux que je te lave les cheveux ?'' demanda-t-il tendrement.
''Non, ça va, merci...''
Elle tendit la main pour prendre la sienne et la porta contre sa joue. ''Je me demande parfois pourquoi j'ai autant de chance,'' murmura-t-elle.
Sully lui caressa la joue avec son pouce. ''C'est moi qui ai de la chance, Michaela,'' murmura-t-il.
Il se recula un peu et remonta les manches de sa chemise blanche avant d'aller chercher un linge et du savon.
Il savonna le bout de tissu et commença à lui frotter les jambes et le ventre. Michaela soupira, de temps en temps, de plaisir.
''Tourne-toi un peu pour que je puisse te frotter le dos,'' dit-il.
''C'est en bas que ça te fait mal, c'est ça ?''
Michaela hocha la tête et se tourna comme il l'avait demandé.
Sully lui massa doucement le dos, abandonnant petit à petit le tissu au profit de ses propres mains.
'Humm... Ca fait tellement de bien''
Le compliment de Michaela fut brusquement interrompu par une intense douleur dans le ventre qui lui coupa le souffle.
Sully fit rapidement le tour de la baignoire pour se mettre devant elle.
Lorsqu'elle reprit à nouveau une respiration régulière et se détendit, il lui demanda, inquiet : ''C'est une contraction, c'est ça ?''
Elle regarda son mari nerveux avec un mélange étrange d'excitation et de peur.
''On dirait que le bébé est en route,'' dit-elle doucement.
Environ une heure et demie plus tard, Michaela était à demi-assise sur son lit, maintenue en place par une multitude de coussins de plume et habillée dans une robe de chambre très large et confortable.
Les contractions s'espaçaient d'environ dix minutes et jusqu'à présent, elles n'avaient pas été trop fortes.
''Tu es sûre que ça va, Michaela ?'' demanda Sully pour la dixième fois.
Michaela sourit et tendit la main pour lui caresser le visage tandis qu'il se penchait vers elle.
''Je vais bien,'' le rassura-t-elle. ''C'est beaucoup plus confortable que ce vieux chêne contre lequel j'ai dû m'appuyer pendant des heures.''
Sully hocha la tête mais n'avait pas l'air convaincu.
''Sully... Nous allons probablement encore devoir attendre des heures... Et si tu t'inquiètes comme ça tout le temps, tu ne seras pas en état d'accueillir notre fils ou notre fille,'' dit Michaela d'une voix ferme, mais avec les yeux brillants.
''Je suis désolé, Michaela,'' dit Sully. ''Mais je t'aime tellement... Et te voir dans cet état...''
''Je sais, Sully... Mais c'est pour une bonne cause... Pense uniquement au résultat... Nous allons tous les deux nous en sortir... Je te le promets,'' dit Michaela en souriant.
Puis, elle fit la grimace alors qu'une nouvelle contraction la frappait.
Elle se pencha en avant et serra les dents tout en tenant son gros ventre dans les mains.
Alors que la douleur se calmait, elle dit : ''Tu devrais peut-être dire à Brian ce qui se passe...''
Sully découvrit Brian assis devant la cheminée du salon, en train de lire une histoire à Katie (qui paraissait très fatiguée), perchée sur ses genoux.
Il se leva immédiatement lorsqu'il entendit les pas de son père. ''Papa !''
''Le bébé arrive, Brian,'' dit Sully. ''Et pour l'instant, ta mère se porte bien,'' ajouta-t-il, devançant la prochaine question de son fils.
''Tu es sûr que c'est une bonne chose d'avoir le bébé ici ? La clinique n'est pas très loin... Et Andrew et Colleen sont là-bas,'' recommanda Brian avec inquiétude.
''Andrew est au courant, Brian... En fait, tu vas avoir à faire un travail vraiment important après que Matthew et Kathleen rentrent à la maison... Lorsque nous penserons que c'est le bon moment, c'est toi qui ira prévenir Andrew, d'accord ?''
Les yeux de Brian s'illuminèrent un instant car il réalisa que c'était en effet une tâche importante. ''Je chevaucherai aussi vite que le vent, papa,'' dit-il calmement.
''Oui, eh bien, tu peux chevaucher vite mais pas trop vite... Je ne veux pas que tu aies un accident en chemin, d'accord ?'' l'avertit Sully avec un sourire nerveux.
Brian hocha la tête et prit un air pensif.
''Papa ?'' demanda-t-il avec hésitation. ''Tu penses que je pourrais voir maman... juste une minute ? Tu penses que ça serait convenable ?''
Sully regarda son fils avec inquiétude.
Voir sa mère semblait très important pour lui, mais en vérité, il ne savait pas comment Michaela le prendrait.
''Viens... Donne-moi Katie et viens en haut avec moi,'' dit Sully. ''Je vais demander à ta mère... Mais les femmes lorsqu'elles vont accoucher peuvent être un peu... un peu...''
''Imprévisibles ?''
''Oui, imprévisibles... Alors on va lui demander d'abord, d'accord ?''
Brian hocha la tête et se leva de la chaise en tendant Katie, désormais endormie, à son père.
Sully ouvrit doucement la porte de la chambre et regarda Michaela. ''Ça va ?'' demanda-t-il.
''Oui... les contractions se rapprochent cependant,'' répondit Michaela un peu à bout de souffle et le visage brillant d'une fine couche de transpiration.
Elle fit un signe de tête vers sa fille. ''Elle est endormie ?''
''Oui... Je vais la mettre au lit un peu... au moins jusqu'au déjeuner... Euh, Michaela ? Brian se demandait s'il pouvait venir te voir une minute,'' dit Sully.
Elle prit une grande inspiration et dit : ''Bien sûr...''
Sully se recula et laissa entrer Brian.
''Je serai dans la chambre de Katie si tu as besoin de quoique ce soit,'' dit-il.
Brian s'appprocha du lit et s'assit prudemment sur le bord.
''Est-ce que tu as mal, maman ?'' demanda-t-il avec inquiétude, en remarquant les gouttes de sueur sur son visage.
''Oui... Mais pas tout le temps. Pas encore,'' répondit Michaela avec honnêteté. ''La douleur augmente au fur et à mesure que l'accouchement approche,'' ajouta-t-elle.
Brian hocha la tête et tendit la main pour la poser sur le ventre de sa mère.
''Tu étais inquiète à mon sujet ces derniers jours... Ce n'est pas ça qui a fait arriver le bébé plus tôt, n'est-ce pas ?'' demanda-t-il. ''Je suis désolé, maman.''
Il fronça les sourcils et il fut sur le point de pleurer.
''Oh, mon coeur... Bien sûr que non,'' le rassura Michaela. ''Je suis peut-être une de ces femmes chez qui les bébés arrivent tout le temps en avance... Katie avait deux semaines d'avance aussi, tu te souviens ?''
''Oui... Mais cette fois-là, tu étais inquiète pour Sully... Et maintenant, c'est à mon tour de te causer du souci.''
''J'étais inquiète pour toi, Brian... Je t'aime et je veux que tu sois heureux... Mais cela n'a rien provoqué du tout.''
Elle se caressa le ventre. ''Il n'y a qu'un responsable dans tout ça.''
''Oui, mais...''
''Mais rien, Brian... Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça, tu m'entends ?'' le sermonna avec douceur Michaela. ''Tout va très bien se pa-...''
Brian regarda avec horreur les yeux de Michaela s'écarquiller avant de se refermer très fort.
Son corps se raidit et elle se pencha en avant, contre son ventre.
Elle se mit à respirer par petites bouffées et elle gémit sans le vouloir.
Tandis que de nouvelles gouttes de sueur apparaissaient sur son visage, il prit rapidement le linge posé sur la table de nuit et lui épongea le front.
Puis la douleur s'apaisa et elle se recoucha sur les coussins.
Il reposa le linge sur la table de chevet et se leva. ''Je crois que je devrais aller chercher papa,'' dit-il avec anxiété.
Et lorsque Michaela hocha la tête avec violence, il se précipita hors de la chambre.
Soucieux de ce que Sully lui avait dit à propos de ne pas aller trop vite de peur d'avoir un accident, Brian freina un peu Caramel et essaya de contrôler ses émotions assez tumultueuses.
Pourquoi le trajet en ville paraissait-il soudain plus long ?
Sully avait dit qu'il n'y avait pas de quoi se dépêcher, que le bébé n'arriverait seulement dans quelques heures, mais il voulait désespérement prévenir Colleen et Andrew et savoir qu'un médecin allait s'occuper de sa mère.
Il adorait Sully mais lorsqu'il s'agissait de médecine, il préférait voir sa mère dans des mains expertes.
Il atteignit enfin les bords de la ville et ralentit à nouveau Caramel avant d'entrer dans la rue principale.
Lorsqu'il arriva près de la clinique, il fit stopper son cheval, glissa de la selle, respira profondément avant de bondir sur le porche pour frapper à grands coups contre la porte.
Après quelques secondes, Colleen répondit et comprit dès qu'elle vit le visage de son frère pourquoi il était là.
''Maman accouche ?'' demanda-t-elle avec calme.
''Oui, oui...'' dit Brian, le souffle court.
''Sully dit qu'il n'y a pas de raison de se dépêcher... Que ça va encore prendre du temps... Mais vous devriez venir dès que vous êtes prêts.''
''Très bien... Je vais le dire à Andrew... Nous avions prévu que cela allait arriver alors nous serons prêts dans peu de temps. Je dois aller à la pension de famille pour m'assurer que Mrs Graham peut venir surveiller Mr Jensen. Va trouver Robert E pour qu'il prépare notre chariot, d'accord ?'' lui demanda Colleen.
Brian hocha la tête avec excitation et remonta la rue en courant.
En atteignant l'atelier de Robert E, il fut très surpris de voir que c'était fermé jusqu'à ce qu'il se rappelle qu'on était dimanche.
Il fit le tour de la forge et jeta un coup d'oeil dans le restaurant de Grace.
Bien, le maréchal-ferrant était assis parmi un groupe important d'habitants à l'une des tables.
''Robert E ?'' appela-t-il en courant vers eux.
Il ne remarqua pas que tous les regards se tournèrent vers lui.
''Robert E ?'' répéta-t-il. ''Maman accouche... Colleen m'a dit que tu pouvais préparer leur chariot... aussi vite que possible...''
Le maréchal-ferrant se leva aussitôt.
''Bien sûr... tout de suite,'' dit-il en courant lui aussi vers l'atelier.
''Sully n'emmène pas ta mère à la clinique, Brian ?'' demanda Grace avec un mélange d'excitation et d'inquiétude. ''Le travail est déjà trop avancé ?''
''Non... Cela va encore prendre du temps, Grace... Maman va avoir le bébé à la maison. Andrew et Colleen vont aller l'aider...'' dit Brian en tentant de reprendre son souffle.
''Elle va bien, n'est-ce pas ?'' demanda Dorothy les sourcils froncés.
''Elle va bien, autant que je le sache, mademoiselle Dorothy,'' répondit Brian. ''Et Sully dit que tout se passe bien. Je ferais mieux d'y aller... Je vais aller dire à Sully qu'Andrew et Colleen seront bientôt là...'' Il se tourna et reprit les jambes à son cou.
''Dis-leur qu'on pense à eux, d'accord Brian ?'' cria Grace.
Chapitre 53 :
Horace était appuyé sur ses coudes sur le comptoir du bureau du télégraphe et regardait les gens passer.
Cela ne lui paraissait pas juste d'être ici au travail pendant que beaucoup d'autres profitaient du soleil d'hiver lors de promenades à pied ou à cheval.
Il avait remarqué que Dorothy était partie en cheval plus tôt – sûrement vers Palmer Creek pour voir Nuage-Dansant.
Il ne savait pas trop quoi penser de cette relation, mais il devait admettre qu'il respectait Dorothy surtout depuis qu'elle faisait face à des railleries de gens comme Hank.
Cela lui rappelait un peu l'époque où il faisait la cour à Myra.
Il avait également vu partir Hank, vers le Château.
Son coeur s'accéléra un peu.
Il avait des sentiments partagés sur le fait que Hank voyait Myra si souvent.
On se serait attendu à ce qu'il ressente de la colère et il savait que certaines personnes en ville pensaient qu'il éprouvait un tel sentiment, mais au plus profond de lui, il était comme soulagé. Sa responsabilité devenait moins importante.
Il aimait toujours Myra, d'une façon un peu étrange, mais il avait compris qu'ils étaient simplement trop différents, qu'il ne la comprenait pas.
Elle était bien trop indépendante pour lui.
Cependant il adorait avoir Samantha près de lui et c'était certainement ce qui le soulageait.
Myra déciderait peut-être de rester à Colorado Springs si Hank lui avouait ses sentiments, alors qu'elle ne resterait jamais si seul lui la retenait.
Il se redressa et regarda les piles de courrier avec regrets.
Il y avait encore tant de travail à faire.
Il avait même dû abréger son déjeuner vu tout ce qui l'attendait.
Il lui semblait que la compagnie des télégraphes devrait penser à employer un assistant. Un seul homme ne pouvait pas accomplir tout le travail qu'il devait faire en un jour, et encore moins en une semaine.
Et bien sûr, les habitants devenaient de plus en plus pointilleux ; ils étaient vraiment en colère si un télégramme ne leur était pas délivré le jour suivant, ou si le courrier n'était pas trié.
Demain, il contacterait la compagnie et leur ferait savoir que la masse de travail était devenue si importante qu'il avait besoin d'aide.
Il jeta un coup d'oeil à l'enveloppe posée bien en évidence sur le comptoir.
Il s'en voulait d'avoir oublié de la donner à Matthew après l'église ce matin.
Avec tous ces gens qui voulaient parler au jeune homme et ensuite Dorothy qui avait suggéré de prendre un déjeuner tous ensemble, il avait tout bonnement oublié.
Il regarda l'horloge.
Il était maintenant trop tard pour se rendre chez les Sully.
Des gens qui voulaient des billets pour le train de cinq heures venant de Denver allaient commencer à arriver avant qu'il n'ait le temps de revenir.
Il allait devoir y aller après que le train soit parti.
Oui, ça allait être une bien longue journée.
Michaela gémissait, haletait et quoi que Sully essayait de faire, cela ne semblait pas faire de grande différence.
''Je suis trop vieille pour ça,'' murmura-t-elle les dents serrées.
''Ne sois pas stupide,'' la réprimanda Sully.
''Je ne suis pas stupide,'' dit Michaela, le regard en feu.
Comprenant son erreur, Sully s'amenda rapidement : ''Bien sûr que tu ne l'es pas... Tu veux boire un peu d'eau ?''
Elle hocha la tête et il apporta le verre à ses lèvres.
Elle prit quelques gorgées d'eau fraîche et se recoucha sur les oreillers.
Une larme solitaire descendit sa joue. ''Mon dos me fait mal,'' murmura-t-elle.
Sully tendit la main et écarta les mèches humides collées contre son visage.
''Ça ne va plus être long maintenant,'' la rassura-t-il avec amour. ''Tu t'en sors très bien.''
Michaela sanglota. ''J'aimerais que ça soit fini,'' supplia-t-elle doucement en fermant les yeux de douleur.
''Et si je te massais le dos ?'' demanda Sully. ''Est-ce que ça te ferait du bien ?'' Michaela hocha la tête, alors il se leva du lit et l'aida à se tourner vers la fenêtre.
Puis il s'agenouilla et commença à la masser de la base de la nuque jusqu'au bas du dos à travers sa robe de chambre de coton.
Michaela ne réagit pas, à part qu'elle gémit une ou deux fois.
Sully continua à la masser et remarqua que son corps se détendait puis, brusquement, une nouvelle contraction arriva et elle se plia en deux, dans la même position qu'un foetus.
Il posa la main sur sa hanche et elle l'attrapa vivement pour la tirer jusqu'à elle, essayant d'oublier ou de faire sortir la douleur.
La contraction s'apaisa et elle put à nouveau respirer.
''Ça va ?'' demanda Sully en se levant et en secouant sa main qu'elle venait d'écraser.
Michaela hocha la tête et se recoucha sur le dos.
Elle le regarda avec embarras. ''Les eaux se sont rompues,'' murmura-t-elle.
Sully se pencha pour l'embrasser sur le front.
''Tout va bien. Tu penses que tu pourrais t'asseoir dans le fauteuil à bascule une minute, le temps que je change les draps ?''
Elle tendit la main et lui permit de la mettre doucement en position assise.
Grace ouvrit la porte du four et en sortit un gâteau bien chaud.
Elle le porta à ses narines et respira l'odeur alléchante.
Robert E, assis près du feu avec Michael endormi dans les bras, la regarda d'un air sinistre.
''Grace,'' dit-il, ''pourquoi tu passes le dimanche après-midi à cuisiner alors que c'est ce que tu fais toute la semaine ?''
Grace parut penaude.
''Eh bien...'' commença-t-elle. ''J'allais faire ça juste pour nous... Mais je me demandais ce que tu penserais si je te disais que je voulais que nous allions chez les Sully un moment... Peut-être après leur avoir préparé deux fournées de biscuits ? Ils sont nombreux là-bas et je parie que personne n'a vraiment envie de cuisiner...'' Elle le regarda dans l'attente.
Robert E sourit.
''Je pensais bien que c'était ce que tu avais prévu,'' répondit-il. ''J'aimerais y aller aussi,'' dit-il. ''Sully aura peut-être besoin de soutien.''
''Oui... de la part de quelqu'un qui a connu la même chose.''
''Eh bien, oui... Il est déjà passé par là avant... Sauf qu'il avait dû lui même aider le docteur Mike à accoucher de Katie... Il n'a jamais connu cette période d'attente... Je suis certain qu'il doit être très anxieux. Il n'y a rien de pire que d'attendre au rez-de-chaussé sans savoir ce qu'il se passe en haut,'' se rappela Robert E avec nostalgie.
Grace hocha la tête. ''Quelle heure est-il ?'' demanda-t-elle.
Robert E jeta un coup d'oeil à l'horloge accrochée à la cheminée. ''Environ trois heures. Nous partirons dès que tu seras prête...''
Le chariot de Colleen et Andrew arriva dans la cour de la maison à toute vitesse et la porte d'entrée s'ouvrit en grand.
Brian sortit de la maison et courut vers le jeune docteur.
''Pourquoi avez-vous mis autant de temps ?'' lui demanda-t-il d'un ton accusateur.
Colleen fit le tour du chariot pour venir près de lui et lui poser une main sur son épaule.
''Nous sommes venus aussi vite que possible, Brian... Nous devions nous occuper de Mr Jensen... Il n'a pas aimé qu'on le laisse à la clinique...'' lui expliqua-t-elle avec calme. ''Comment va maman ?''
''Je ne sais pas vraiment,'' lui confia Brian avec agitation. ''Parfois elle crie très fort... Et nous voyons seulement papa quand il vient chercher des draps propres ou de l'eau chaude ou froide...''
Ils gravirent les marches du porche en vitesse.
''Je serai rassuré quand Andrew pourra la voir.''
Colleen entra avant lui dans la maison.
''Il n'y a pas grand chose qu'Andrew puisse faire avant que le bébé soit prêt, Brian... Sauf s'assurer que tout se passe bien,'' dit-elle. ''Maman ira bien... Surtout avec Sully près d'elle.''
''Tu veux dire que papa reste avec elle ?'' s'exclama Brian.
''C'est ce qu'ils voulaient tous les deux,'' remarqua Andrew en se lavant les mains dans l'évier.
Brian, Matthew et Kathleen le regardèrent avec beaucoup d'étonnement.
Il saisit une serviette propre.
''Je sais, je sais... Je n'ai jamais aidé une femme à accoucher avec son mari à côté non plus... Mais avec eux deux, c'est peut-être mieux comme cela.''
Tandis qu'Andrew et Colleen commençaient de grimper les escaliers, Brian leur dit : ''Prenez soin de maman, d'accord ?''
Juste au moment où Andrew posa la main sur la poignée de la porte de la chambre à coucher, un hurlement perçant vint de l'intérieur et sembla faire trembler la porte.
Il l'ouvrit rapidement et se précipita aux côtés de Michaela.
Colleen resta sur le pas de la porte et son visage devint pâle lorsqu'elle vit sa mère gémir, le corps recroquevillé, les yeux bien fermés et des gouttes de sueur partout sur son visage.
''C'est ça, Michaela... respirez maintenant,'' l'encouragea Andrew en prenant son pouls et en posant le stéthoscope sur son ventre.
Il écouta attentivement. ''Le bébé va bien... Maintenant je vais vérifier où vous en êtes...''
Il jeta un coup d'oeil à Sully qui l'observait avec inquiétude, et regarda Michaela, désormais allongée contre les coussins.
''Tout semble très bien se passer. Les eaux se sont rompues ?''
''Il y a environ une demie-heure je suppose... Pendant une contraction,'' répondit Sully avec nervosité tout en essuyant le front de sa femme avec un linge humide.
Andrew se déplaça jusqu'au bout du lit et prépara Michaela pour un examen plus détaillé en arrangeant les draps et la robe de chambre.
Puis, tandis que Michaela continuait de gémir et que Sully lui chuchotait à l'oreille, Colleen marmonna, mal à l'aise : ''Je... Je ferai mieux d'aller voir comment va tout le monde... Andrew, appelle-moi si tu as besoin d'aide...''
Et elle quitta rapidement la pièce en fermant doucement la porte derrière elle.
Le regard de Sully se tourna vers la porte et il comprit ce qui venait de se passer.
Il fronça les sourcils mais continua de se concentrer sur sa femme à bout.
''Et voilà, Révérend,'' dit Loren en posant l'édition du samedi du Denver Post sur la table.
''Du début jusqu'à la fin... On a tout lu.''
Ils étaient assis à leur table habituelle dans le magasin et venaient de finir la lecture du journal de Denver, comme tous les dimanches après-midi.
Le Révérend, légèrement préoccupé, hocha la tête, son regard aveugle dirigé vers la table.
''Quelle heure est-il ?'' demanda-t-il après un moment.
''Presque trois heures et demi,'' répondit Loren en regardant à l'horloge au-dessus de la porte d'entrée. ''Seulement vingt minutes de plus que la dernière fois que vous m'avez demandé,'' ajouta-t-il.
Il étudia le visage de l'homme d'église.
C'était certain, il était aussi inquiet que lui.
C'était une chose d'attendre à la porte de la clinique avec tout le monde pendant qu'une des femmes de la ville accouchait, mais c'en était une autre d'être aussi loin et de ne rien savoir du tout sur ce qui se passait.
Il avait le sentiment qu'il aurait dû être près de Sully en ce moment.
Au fil des années, les enfants Cooper et Sully étaient devenus plus des petits-enfants que de simples habitants de la ville et il considérait Sully presque comme un fils.
Comme il l'avait fait de nombreuses fois sans que le Révérend ne s'en aperçoive, il regarda l'horloge avec anxiété.
C'en était assez de toute cette attente sans rien savoir !
Il prit sa décision. ''Euh... Révérend... J'y pensais... avec le bébé qui arrive quelques semaines plus tôt que prévu... Le Docteur Mike et Sully ne sont peut-être pas bien préparés... Je crois que je vais rassembler quelques biberons et quelques couches et leur apporter. Vous venez ?''
Le Révérend Johnson lui fit un grand sourire.
''C'est une idée splendide, Loren. Je vais vous aider. Passez-moi les objets lorsque vous les prenez sur les étagères.''
Jake entendit le chariot approcher et sortit sur le porche pour attendre.
Lorsque le véhicule s'arrêta, il tendit les bras pour aider sa femme Theresa à descendre.
''Comment était l'église ce matin ?'' demanda-t-il avec nonchalance.
''Le nouveau prêtre se débrouille très bien,'' répondit-elle en se dirigeant vers la maison.
''Tu n'as pas eu de problèmes pour y aller ou pour revenir ?'' demanda-t-il.
Theresa sourit.
''Aucun.''
C'était devenu un dialogue habituel le dimanche après-midi.
Il y avait quelques semaines, Theresa avait commencé à se rendre à la nouvelle église catholique de Manitou chaque dimanche, malgré les protestations de Jake qui pensait que le voyage était trop long et dangereux pour qu'elle l'entreprenne seule.
Heureusement, elle avait fait connaissance avec un couple mexicain qui vivait à seulement un mile de Colorado Springs, donc elle avait désormais de la compagnie pour la majeure partie du trajet.
''Comment vont Paulo et Rosa ?'' demanda Jake avec désinvolture.
''Ils vont bien... Ils aimeraient que nous mangions avec eux samedi prochain.''
Jake grogna intérieurement.
Manger avec un couple qui parlait à peine l'anglais et dont il ne comprenait pas les traditions n'était pas très tentant.
Il se secoua.
Lui et Teresa pourrait parler de cela plus tard, il avait quelque chose d'autre à lui dire pour le moment.
Lorsqu'elle entra dans la maison, il lui dit doucement : ''Euh... Teresa... J'ai appris au déjeuner que le Docteur Mike est en train d'accoucher.''
Sa femme se tourna et le regarda avec une prudence circonspecte. ''Oui ?''
''Je me demandais si ça ne te dérangerait pas d'aller là-bas... voir comment elle et Sully se portent,'' suggéra-t-il avec hésitation. ''Après que tu aies mangé et que tu te sois reposé un peu,'' ajouta-t-il en vitesse.
Le visage de Teresa devint soudain rouge et elle posa inconsciemment la main sur son ventre plat.
''Tu veux que j'y aille avec toi ?'' demanda-t-elle calmement.
''J'ai pensé que ça serait bien,'' expliqua Jake.
''Bien ?'' lança Teresa. ''Tu sais ce que je pense de Michaela Quinn,'' dit-elle les dents serrées.
''Mais là n'est pas le propos. Je ne pourrais pas attendre devant la clinique pendant que les gens se demandent pourquoi je n'attends pas, moi aussi, un enfant. Je suis certaine que certaines personnes en parlent déjà dans mon dos.''
Elle se tourna et se dirigea vers la cuisine. ''Je n'irai pas, Jake,'' affirma-t-elle, décidée.
Derrière elle, Jake secoua la tête avec regrets.
Il savait qu'elle était triste de ne pas être tombée enceinte depuis maintenant un an qu'ils étaient mariés.
Cela l'inquiétait aussi, mais jusqu'à présent, elle avait refusé d'aller voir le Docteur Mike ou Andrew Cook.
Maintenant qu'il savait à quel point cela la rendait malheureuse, il allait insister pour qu'elle aille consulter très bientôt.
Il marcha jusqu'à elle et lui entoura la taille de son bras.
''Je suis désolé... Je n'ai pas pensé à ça... Mais je suis le maire et le Docteur Mike est au conseil minicipal. C'est mon devoir d'aller voir si elle va bien.''
Teresa hocha la tête avec résignation. ''Si c'est une obligation,'' dit-elle calmement avant de se rendre dans leur chambre, fermant la porte derrière elle.
Alors que Robert E et Grace allaient arriver dans la cour de la maison des Sully, Hank, qui conduisait Myra dans son buggy, s'approcha dans la direction opposée.
Grace leva les sourcils de surprise à la vue de Hank qui, après être descendu du véhicule, s'expliqua d'un air un peu honteux : ''Myra voulait voir comment allait Michaela.''
''Ah oui,'' murmura Grace d'un ton moqueur. Elle jeta un coup d'oeil à la jeune femme qui lui fit une grimace presque imperceptible.
Elle rit à l'intérieur.
Les surprises ne cessaient donc jamais !
Robert E l'aida à descendre du chariot et ils prirent toute la délicieuse nourriture que Grace avait préparée.
Ils précédèrent Hank et Myra, qui avançait péniblement à l'aide de la canne que lui avait confectionnée Sully, et frappèrent à la porte.
''Merci Grace,'' dit Kathleen en prenant les paniers des mains de Grace. ''Je vais les mettre dans la cuisine.''
Robert E étudia la pièce, à la recherche de son ami puis, il se tourna vers Matthew et demanda avec étonnement : ''Où est Sully ?''
Le jeune homme regarda d'abord Kathleen avant de jeter un coup d'oeil à son frère et à sa soeur.
''En fait... Il est à l'étage,'' dit-il finalement.
Lorsque le regard du maréchal-ferrant se dirigea vers les escaliers, s'attendant à voir Sully descendre d'un moment à un autre, Matthew ajouta : ''Avec le Docteur Mike... Il reste avec elle... Il l'aide à accoucher.''
Quatre paires d'yeux choqués le fixèrent.
''Eh bien !'' lâcha Hank. ''J'aurais dû savoir que c'était pour ça qu'ils avaient décidé d'avoir le bébé ici... On peut dire que ces deux-là font toujours les choses à leur manière !''
Ses mots moqueurs furent néanmoins prononcés avec beaucoup de respect.
''Je dirais que le bébé va arriver très bientôt, Michaela,'' dit Andrew d'un ton rassurant en terminant un nouvel examen.
Michaela hocha la tête, trop fatiguée et trop découragée pour répondre.
Ses cheveux étaient collés à son front et elle somnolait contre l'épaule de Sully de façon à ce qu'il puisse lui masser le dos lorsque la douleur était trop forte.
Colleen avait eu raison, Andrew ne pouvait pas encore faire grand chose et pour l'instant, il s'était surtout mis à l'écart et avait laissé Sully s'occuper de Michaela comme ils le souhaitaient tous les deux.
Il était toujours stupéfait du lien si fort qui les unissait.
Michaela était passée par toute la gamme des émotions durant les contractions de plus en plus fréquentes et douloureuses et Sully avait été là, aussi solide qu'un roc, donnant à sa femme tout l'amour et la tendresse dont elle avait besoin.
Connaissant l'histoire de Sully, Andrew l'observa attentivement et pouvait voir sa nervosité, sa peur.
Comme Colleen, il se demandait aussi ce qui se produirait si quelque chose arrivait à l'un d'eux.
Il se secoua et posa à nouveau le regard sur sa patiente.
Rien n'allait arriver ici, il en était certain.
Après qu'une nouvelle contraction très forte l'ait frappé avant de disparaître, Michaela murmura, les larmes aux yeux : ''Sully ?''
Il lui essuya gentiment le front avec un linge mouillé. ''Oui ?''
''Notre bébé ne va pas naître le jour de la Saint Valentin...''
Le regard de Sully s'éclaira à cette remarque inattendue et il sourit. ''Ce n'est pas grave, Michaela,'' chuchota-t-il avant de l'embrasser sur le front. ''Ça veut dire que le jour de la Saint Valentin ne sera rien qu'à nous... Nous n'aurons pas à le partager.''
La réponse pleine d'amour de Sully la fit sourire, une première depuis quelques heures. ''J'espère que Katie et les autres vont bien... Ils vont pouvoir m'entendre...'' murmura-t-elle avec embarras.
''Ne t'inquiète pas pour ça,'' répondit-il. ''Si tu as le sentiment que tu dois hurler, eh bien, hurle... C'est mieux que de le garder à l'intérieur.''