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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 14.06.2010 à 13h41
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Désirs et regrets" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "LONGINGS". » okapi
Cette fanfic compte déjà 328 paragraphes
Il y eut une longue pause pendant laquelle Andrew et Colleen respirèrent profondément puis Andrew demanda, hésitant : ''Comment pourrais-je devenir votre partenaire si c'est pour une petite période ?''
Michaela regarda Sully qui répondit pour eux deux. ''Andrew, nous te demandons de rester un an... Nous savons que cela ne correspond peut-être pas avec vos projets si Colleen désire aller à la Faculté de médecine féminine en Pensylvannie... Nous le comprenons et nous l'acceptons. Nous ne voulons en ancun cas entraver quelque chose que vous aviez prévu. Mais vous devrez rester ici une année entière si vous acceptez. Michaela aura besoin d'un partenaire fiable pendant tout ce temps. C'est la seule chose que nous te demandons maintenant !''
Michaela continua : ''Bien sûr... Si vous décidez de rester plus longtemps, je serai honorée de t'avoir comme partenaire. Colorado Springs grandit rapidement, si rapidement que j'ai des difficultés à ne pas être débordée... surtout maintenant.''
Andrew regarda longuement sa jeune femme et se tourna vers Sully et Michaela.
'' Sully, Michaela, je vais vous parler franchement… L'une des raisons pour lesquelles Colleen et moi avons choisi de ne pas aller à Philadelphie cet automne était que, quand la banque de Preston s'est effondrée, j'ai perdu toutes mes économies... et même les salaires de mon travail au Château. Aujoutez à cela le fait que je n'ai reçu aucun salaire durant les deux mois avant que Preston ne vende. Et oui, vous avez raison... essayez d'avoir une clientèle régulière à des miles de la ville, c'est difficile. Mais il y a beaucoup de choses à réfléchir avant d'accepter votre offre.'' Il se rassit dans sa chaise, son esprit luttant entre possibilités et inconvénients.
''Nous n'attendons pas de réponse pour ce soir... ou même pour demain, Andrew,'' dit Sully avec tact. ''Nous savons que Colleen et toi allez vouloir en parler. Avec Michaela, cela fait presque deux semaines qu'on en parle.'' Il sourit pour les rassurer.
Colleen sougea soudain : ''Nous devrons déménager en ville...'' Elle regarda sa mère et dit sincèrement : ''Maman… Andrew et moi avons décidé d'attendre un peu avant que j'aille à l'université, car si on doit vivre à Philadelphie pendant deux ans...alors on a besoin d'installer le cabinet d'Andrew pour payer mes frais d'inscription. Et économiser pour cela va prendre du temps. Je sais que notre décision va probablement te désappointer mais je n'ai pas abandonné l'idée d'être médecin...je ne l'abandonnerai jamais.'' Elle se tourna vers Andrew. ''Etre partenaire dans un cabinet qui marche nous aidera certainement, n'est-ce pas ?''
Andrew hocha la tête, l'esprit toujours ailleurs.
Sully s'interposa : ''Nous avons une idée pour votre déménagement en ville.''
Deux têtes se tournèrent immédiatement vers eux et quatre yeux attendirent impatiemment une explication.
''En fait... nous pensions que vous pourriez vivre à la clinique. Nous contruirions une nouvelle cuisine et un salon à l'arrière. Qu'en pensez-vous ?''
Il y eut de nouveau le silence tandis que les possibilités étaient étudiées par chacun, mais on pouvait désormais voir deux visages illuminés d'intérêt, et presque d'excitation.
Michaela fronça les sourcils et dit : ''Bien sûr, la location ne serait pas bon marché.''
Les deux visages s'assombrirent.
Elle continua avec un sourire. ''J'attendrais à ce que s'il y a des patients dans les salles de rétablissements, vous alliez les surveiller durant la nuit... Et s'il y avait une urgence, alors Andrew devrait s'en occuper. Dans peu de temps, je ne pourrais plus aller voir mes patients dans les ranchs autour de la ville ou bien rester assise toute la nuit à veiller sur un malade. Et dans quelques mois, j'aurais deux bébés à m'occuper.'' Puis elle ajouta en vitesse : ''Bien sûr, cela ne veut pas dire que j'échappe à mes responsabilités à la clinique. J'espère rester un partenaire équivalent à vous.''
Les yeux de Colleen brillèrent lorsqu'elle dit : ''Ça serait comme un hôpital, pas seulement une clinique, si nous exerçons tous là-bas.''
''Eh bien... un tout petit hôpital, Colleen,'' rit Michaela.
Sully intervint soudain. ''Bien, je pense que ça vous donne assez à réfléchir. Je vais mettre du café à chauffer.''
Il se leva et commença à marcher vers la cuisine. Mais il se retourna avec un grand sourire et ajouta : ''Bien sûr, si vous êtes intéressés, j'ai fait quelques dessins de ce à quoi pourrait ressembler la clinique...''
Mais Michaela eut le dernier mot. ''Andrew... Je sais que quand vous avez décidé de travailler pour Preston, vous avez dit que la clinique était ma clinique et qu'elle le serait toujours. Je suis aussi consciente que vous avez été malheureux du type de médecine que vous faisait exercer Preston au Château. Durant ces deux dernières années, j'ai appris à vous respecter en tant que médecin et ami, et je crois que c'est seulement une affaire de temps avant que vous ayez une liste de patients convenable. Ce sera notre clinique aussi longtemps que vous décidez de rester.''
Andrew était sans voix. Il se câla au fond de sa chaise et prit la main de Colleen. Il y avait tant à réfléchir... à peser !
''Que penses-tu qu'ils vont décider, Sully ?'' demanda Michaela, lovée dans ses bras après qu'il ait éteint la lampe près de leur lit.
Il resserra son étreinte et dit avec prudence : ''Je ne sais pas, Michaela... Je crois qu'ils sont vraiment interessés. Mais il faut leur donner du temps pour y réfléchir. Ca nous en a pris à nous.''
''Humm... et il y a encore des fois où je me demande si c'est la meilleure chose... Ça m'a pris si longtemps pour en arriver là,'' murmura-t-elle avec un pincement au coeur.
''Michaela, il vient un temps où il faut avancer, prendre des décisions qui changent nos vies... et cette décision va certainement la changer. Mais nous avons une très bonne raison de faire ce changement. Aucun regret, Michaela, la proposition leur a été faite, nous avons posé notre offre. Maintenant, il faut regarder le futur.''
Il lui souleva la tête pour atteindre ses lèvres et fit parcourir sa main le long de son corps, pour l'arrêter sur son ventre, comme pour protéger l'enfant tant désiré à l'intérieur.
Elle gémit doucement et ouvrit instinctivement la bouche, rendant le baiser plus fort encore, rallumant rapidement la flamme de leurs désirs.
Leurs plans et leurs pensées pour le futur furent brusquement remplacés par des besoins du présent.
Chapitre 11
Un autre éclair blanc vint percer le ciel et le déluge, qui s'abattait sur le toit de la maison depuis pas mal de temps, s'intensifia.
Soudain, un coup de tonnerre résonna violemment au-dessus de leurs têtes, les faisant tous deux sursauter et au même instant, on entendit un cri dans la chambre de Katie. Elle pleurait tellement elle était paniquée.
''Je vais la chercher,'' proposa Sully, rabattant les couvertures et sautant dans ses vêtements en peau de daim.
Quelques secondes plus tard, il était de retour avec Katie sanglotante dans les bras. '
'Elle a dû dormir un moment malgré ça,'' dit-il, couvrant le bruit de la pluie torrentielle contre la pluie et le toit. ''Il semble qu'elle vient de se réveiller.''
Michaela attrapa leur fille et la blottit contre sa poitrine, sous les draps. Tentant de garder un visage épargné par la peur tandis qu'un autre éclair illuminait la chambre comme en plein jour, elle dit : ''Je crois que je vais être en retard à la clinique aujourd'hui. La seule consolation que j'ai, c'est que je ne crois pas que des patients vont se risquer dehors avec un temps pareil.''
Le tonnerre retentit une nouvelle fois et Katie gémit, se serrant un peu plus contre sa mère, les mains sur les oreilles.
''Chut... tout va bien,'' dit Michaela. ''Ca fait du bruit, mais ça ne va pas te faire de mal, mon coeur. Chut..''
Elle caressa les beaux cheveux blonds de Katie avec amour avant de lui frotter le dos.
''Imagine Sully,'' dit-elle. ''Si Andrew et Colleen vivaient à la clinique, je n'aurais pas à m'inquiéter pour mes patients dans des moments comme ceux-là. Il y aurait un médecin au cas où.''
''Ne perds pas espoir, Michaela... Nous devons leur laisser prendre leur propre décision.''
''Je sais... Mais maintenant que j'ai enfin décidé d'avoir un partenaire... J'espère vraiment que ce sera Andrew...''
Un autre coup de tonnerre suivi d'une rafale de pluie mirent fin à la discussion pour le moment.
Sully regrimpa dans le lit et entoura sa femme et sa fille de ses bras protecteurs. Ils allaient attendre que la tempête se calme et voir les possibles dégâts qu'elle avait fait.
Vers onze heures du matin, il était difficile à croire qu'une furieuse tempête avait fait rage quelques heures auparavant.
Le soleil brillait de plein feu, l'air était chaud et les feuilles mouillées des arbres scintillaient.
Les seules preuves du passage de la tempête étaient la boue épaisse collée aux roues du chariot et les rares branches cassées au milieu de la route.
Comme prévu, il n'y avait aucun patient qui attendait sur le banc devant la porte de la clinique quand Sully stoppa le chariot.
Il serra le genou de Michaela pour la rassurer et sauta sans faire attention hors du véhicule.
Il atterrit dans une grande flaque de boue.
Levant les pieds avec embarras du bourbier, il regarda sa femme avec ironie. Il rit : ''Je suppose que je vais devoir enlever mes chaussures avant de rentrer à l'intérieur, non ?''
Voyant la situation critique de Sully, Brian fit un bond de géant par-dessus le chariot et arriva sur le porche de la clinique, titubant en se réceptionnant, mais sans boue sur les pieds.
Il se tourna et sourit tandis que Sully prenait Katie toute joyeuse dans les bras et la plaçait à son tour sur le porche.
Il se retourna ensuite vers Michaela et la souleva, la serrant fort contre son torse.
''Sully !'' s'exclama-t-elle.
''Je ne voudrais pas que tu sois boueuse !'' Dit-il en riant et la déposant sur la première marche en bois. ''Alors ?'' dit-il. ''Comment te sens-tu ?''
Michaela avait sucé les sucres d'orge de Colleen pendant tout le trajet même si on s'était moqué d'elle parce qu'elle mangeait des sucreries si tôt le matin et même si Brian et Katie avaient demandé la même chose.
Elle se tint immobile, réfléchissant à comment elle se sentait vraiment. ''Eh bien…'' commença-t-elle. ''Je crois que ça a marché. Mon ventre me fait toujours un peu mal, mais moins que d'habitude.''
''Bien... Alors on peut dire que c'est un succès.
J'irai chez Loren plus tard pour être sûr qu'il aura bientôt une livraison. Je ne veux pas que tu sois en manque,'' sourit Sully. ''Allez, entre et installe-toi. Je vais emmener le chariot chez Robert E. Je veux qu'il vérifie les harnais. Il y en a un qui est un peu déchiré.''
Il remonta dans la carriole et allait faire claquer les rênes quand un cri affolé de jeune homme se fit entendre au lointain. La voix devint plus forte tandis que le cavalier arrivait à toute allure devant la clinique.
''Docteur Mike... Docteur Mike !'' criait le garçon désespérément. Il fit arrêter son cheval brusquement, ce qui faillit le faire tomber de la selle.
Michaela s'avança pendant que Sully attrapait les rênes du cheval en sueur du garçon.
''Docteur Mike,'' appela-t-il avec angoisse. ''C'est maman... Elle est dans la crique, près de la maison... rive... effondrée... elle est blessée... vous devez venir.. s'il vous plait.''
''Bien sûr que j'arrive Patrick,'' répondit-elle instantannément. ''Est-elle gravement blessée ?''
''Je n'en sais rien... Elle est enterrée sous les roches et la boue... Papa essaye de la sortir de là-dessous.''
Le jeune homme était maintenant en pleurs, des larmes coulaient sur ses joues. ''Vous devez venir,'' répéta-t-il.
Pendant que Michaela hochait la tête et se tournait en vitesse pour ouvrir la porte de la clinique afin de pouvoir prendre quelques affaires, elle entendit Sully questionner le garçon à propos de l'effondocteurement de la rive de la crique.
Elle ajouta rapidement des bandages, de la morphine et de l'acide carbolique dans son sac et elle entendit son mari héler dans la direction de Hank, qui se tenait à moitié endormi devant la porte de la Pépite d'Or, puis dire à Brian d'aller chercher Jake et Robert E.
Son coeur fit un bond, cela semblait vraiment grave.
Ce n'est qu'à environ un mile hors de la ville que Michaela réalisa qu'elle allait faire son plus long voyage en chariot depuis des mois.
La ferme d'Aidan Darcy était au moins cinq miles plus loin que leur propre maison.
Sully lui sourit lorsqu'il la vit se pencher pour chercher du bout des doigts la boîte de bonbons sur le sol, près de ses pieds.
Une fois repérée, elle en piocha deux, les mit dans sa bouche et pria en silence pour que leur effet dure longtemps.
Sully menait la carriole à vive allure, et pourtant, Robert E, Jake et Hank avaient disparu devant eux.
Lorsqu'ils arrivèrent à la ferme des Darcy, les trois hommes n'étaient pas là.
Sully arrêta le chariot un moment et ils entendirent des voix fortes et anxieuses provenant de la pente, quelques yards plus loin.
Il fit redémarrer le cheval, voulant rapprocher le chariot le plus près possible de la crique.
Tandis qu'ils s'avançaient vers le lieu de l'accident, tout ce qui était visible au-dessus de la rive de la crique était les têtes des hommes, se levant et se baissant, déjà au travail.
Sully sauta du chariot, voulant faire le tour pour aider Michaela à descendre, mais elle était déjà sur le sol, son sac à instruments à la main, courant vers la crique avant qu'il n'ait atteint l'arrière de la carriole.
La suivant de près, son coeur fit un bond lorsqu'elle s'accroupit, passa les pieds par-dessus la rive et glissa hors de sa vue.
Michaela fut choquée par ce qui se confrontait à elle lorsqu'elle atteint la rive de la crique.
Gonflée par la pluie torrentielle du petit matin, l'eau était plus haute d'au moins 20 centimètres et coulait avec une rapidité dangereuse.
Aidan Darcy était sur les mains et les genoux près du bord de l'eau, creusant avec frénésie dans la boue et la pierre avec ses mains. A côté de lui, il y avait sa femme Rachel qui était tombée, couchée dans l'eau, la partie inférieure de son corps enterrée dans la rive et dans la section du barrage de pierre que son mari avait construit au début de l'été.
Jake et Hank étaient dans l'eau jusqu'à la taille et soulevaient les plus grosses pierres, les passant à Robert E qui les jetait aussi loin qu'il pouvait sur la rive.
Michaela se précipita, glissant dangereusement sur la boue épaisse du bord de l'eau.
Elle se jeta immédiatement dans l'eau pour soutenir la tête de Rachel sur ses genoux, désespérée de garder le visage de la femme au-dessus du niveau de l'eau.
La froideur de l'eau était engourdissante.
Rachel était proche de l'évanouissement. Son visage était blême, ses cheveux auburns flottaient dans l'eau boueuse, sa peau était froide et moite. Ses bras et ses mains commençaient à devenir bleus à cause de l'exposition prolongée dans l'eau glacée.
Michaela chercha tout de suite son pouls, qui était faible et lent.
Elle leva les yeux, cherchant le réconfort de Sully, mais ce qu'elle vit la pétrifia encore plus que la froideur de l'eau.
Suivant l'avancée de Michaela, Sully se précipita au bord de la rive et se figea soudain, son visage perdant toute couleur, ses pieds refusant de faire un pas de plus.
Il vit Rachel Darcy couchée dans l'eau, sa tête à peine au-dessus de la surface sombre de l'eau, ses longs cheveux roux flottant autour de son visage, et sa peau avait la couleur d'un parchemin.
Même après que Michaela se soit engagée dans l'eau pour soutenir la femme, la scène devant lui ne semblait pas changer.
Les grosses et anxieuses voix paraissaient lointaines, le seul véritable son qui parvenait à ses oreilles était celui de l'eau puissante qui coulait, cognant le corps de la femme presque entièrement submergée.
Il ferma les yeux, désirant que son rythme cardiaque ralentisse et luttant contre la nausée qui semblait avoir envahi son corps.
Il leva les bras, joignit ses doigts, plia les coudes et les mit sur ses oreilles.
Michaela regardait, sous le choc, son mari d'habitude si implacable se figer près de la rive de la crique, incapable d'avancer.
Elle fronça les sourcils d'inquiètude et des larmes commençèrent à se former dans ses yeux.
Les yeux bleus de son mari la fixaient mais ne la voyaient pas, son visage avait pali et ses bras étaient bien serrés autour de sa tête : il ressemblait à un enfant appeuré. Elle ouvrit la bouche pour crier son nom, mais aucun son n'en sortit.
''Sully…! Sully… !'' La voix de Robert E parvint à pénétrer les limites de sa conscience. Il tourna les yeux vers son ami qui le regardait, terrifié.
''Sully, nous avons besoin de toi 'ici'... 'maintenant'...'', le pressa Robert E, conscient que quelque chose allait mal chez son ami, mais obligé à cause la terrible situation dans laquelle ils étaient, de ramener les pensées de Sully dans le présent. ''Nous devons consolider cette rive... avant qu'elle ne s'écroule plus,'' lui ordonna-t-il, sachant que pour la première fois qu'il le connaissait, Sully était incapable d'assumer ses responsabilités pour organiser un sauvetage.
Les yeux de Sully étaient fixés sur ceux, inquiets et sombres de son ami.
Son coeur battait si fort qu'il crut qu'il allait exploser et sa tête était prise de vertiges.
Instinctivement, il avança tandis que Robert E continuait de lui parler et il commença automatiquement à utiliser les pierres du bord de l'eau pour consolider la rive instable.
Il y avait plus de deux heures maintenant que Rachel Darcy était dans l'eau gelée pendant que les hommes travaillaient d'arrache-pied autour d'elle.
Dieu merci, elle était tombée dans l'inconscience peu de temps après qu'ils soient arrivés.
Le temps passait et le froid semblait transpercer les os de Michaela qui était assise jusqu'à la taille dans ce torrent boueux et rapide, soutenant la tête et les épaules de la femme.
Alors que Hank et Jake avaient finalement déplacé les dernières grosses pierres, Aidan, Robert E et Sully avaient commencé à travailler avec leurs mains et avec des bouts de bois pour dégager la boue et les mottes de terre qui retenaient Rachel captive.
Enfin, Jake s'avança vers Michaela et prit gentiment les bras et les épaules de Rachel.
Voulant lui laisser plus de place, Michaela découvrit que ses jambes ne pouvaient plus la porter, alors elle dut repartir vers la rive en nageant.
Elle entendit des hourras et se tourna juste à temps pour voir Jake parvenir à libérer Rachel.
Les quelques heures suivantes se passèrent dans le flou pour Michaela et Sully, mais pour des raisons différentes.
Ayant enfin l'opportunité d'administrer des soins médicaux à Rachel, Michaela tremblait violemment et avait du mal à contrôler ses jambes, ses bras et ses mains qui étaient presque paralysés par le froid.
Quelqu'un vint vers elle avec une couverture et insista pour qu'elle ôte sa lourde robe saturée d'eau.
Et, graduellement, le soleil réchauffa assez ses membres pour qu'elle puisse examiner les membres et la poitrine de la femme, cherchant des blessures éventuelles.
Une entorse à la cheville, un fémur cassé et beaucoup de bleus, surtout sur les côtes, fut le diagnostic.
Rachel fut montée à l'arrière du chariot de Sully avec précaution.
La plus grande préoccupation, cependant, était que la femme souffrait d'une sévère hypothermie.
Michaela pouvait seulement espérer que sa situation n'allait pas s'aggraver avant l'arrivée à la clinique.
Sully avait suivi ce qui s'était passé comme dans un rêve. Il n'avait pas conscience de ses vêtements trempés, de ses mains qui saignaient et, pour probablement la première fois en six ans, ne s'inquiétait pas de la bonne forme de Michaela.
La peur le tenait au ventre et le paralysait, lui coupait la respiration et le tenait détaché des choses qui se produisaient autour de lui.
Il s'assit à l'écart des autres, tournant le dos aux opérations urgentes qui avaient lieu, regardant vers la crique et ne voyant rien.
''Sully... Sully... nous sommes prêts à partir.''
La voix de Robert E lui parvint à nouveau.
Il se tourna pour voir Aidan Darcy près de sa femme emmaillottée à l'arrière du chariot, Michaela assise à l'avant et Jake, Hank et Robert E montés sur leurs chevaux, prêts à retourner en ville.
Il se leva, mais quand Rachel Darcy, allongée sans vie à l'arrière de la carriole, vint dans son champ de vision, son estomac se souleva et il se retourna pour vomir dans l'herbe épaisse près de l'eau.
Alors que Michaela se levait d'un bond, prête à aller aider son mari, Robert E l'arrêta. ''Docteur Mike,'' dit-il gentiment, mais avec inquiétude. ''Je vais m'occuper de lui. Vous devez prendre soin de Rachel.''
Michaela hésita.
''Jake,'' appela Robert E. ''Conduis le chariot. Moi et Sully, on suivra à cheval.''
Michaela était déchirée. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Elle avait terriblement peur, et en plus, la vie de Rachel était en jeu.
Elle jeta un dernier regard plein d'angoisse vers Sully tandis que Jake montait sur le chariot et claquait les rênes pour repartir vers Colorado Springs.
Alertés par Brian et Dorothy, Andrew et Colleen, tous les deux anxieux, vinrent à la rencontre des sauveteurs fatigués et débraillés quand ils arrivèrent enfin à la clinique.
Tandis qu'Andrew s'approchait de l'arrière du chariot pour superviser le transport de Rachel jusque dans la clinique, Colleen regardait sa mère.
Les habits de Michaela étaient toujours humides et couverts de boue, tout comme ses cheveux et son visage.
Elle était extrêmement pâle et la main qu'elle donna à Colleen pour que celle-ci l'aide à descendre de la carriole était tremblante.
''Maman ?'' demanda-t-elle doucement. ''Est-ce que vous allez bien ?''
Michaela n'eut pas l'énergie pour répondre et s'appuya lourdement contre l'épaule de sa fille.
Elle s'avança vers la porte de la clinique, le besoin d'aider son patient était plus fort que sa fatigue.
Croisant le regard d'Andrew, Colleen repoussa gentiment sa mère de la table d'examen et la conduisit dans une des salles de repos.
''Maman... Il faut vous laver et vous réchauffer. Andrew peut prendre soin de Mme Darcy pour l'instant.''
Elle s'arrêta en bas des escaliers et se tourna vers Michaela pour lui demander : ''Maman... où est Sully ? Est-ce qu'il va bien ?''
Les yeux las de Michaela croisèrent ceux de sa fille pour la première fois.
''Je ne sais pas...'' murmura-t-elle, le visage crispé d'angoisse et des larmes coulant finalement sur ses joues.
Chapitre 12.
Sully n'arrivait pas à se rappeler du trajet de la crique jusqu'à la ville. Pas plus qu'il ne se souvenait de ce que Robert E avait pu lui dire avant de partir ou durant le voyage. Il ne savait pas que Robert E l'avait finalement soulevé de terre pour le faire monter sur le cheval de Jake et lui avait crié de le suivre.
Il était maintenant assis, les genoux pliés, dans la véranda du premier étage, à l'extérieur d'une salle de repos.
Il ne voyait pas les lumières glorieuses qui parcouraient le ciel grâce à l'aurore.
A l'intérieur, Michaela dormait à poings fermés après avoir succombé à la fatigue vers les dix heures.
Bien qu'il n'ait pas été témoin de cela. Andrew lui avait dit.
Michaela ne savait même pas qu'il était là.
Il se rappelait à peine de son retour à la clinique et de l'accueil de Brian qui voulait tout savoir des événements dramatiques de la journée.
Il ne savait plus ce qu'il lui avait dit.
Il se souvenait qu'il s'était assis sur le banc, dans le noir, à l'extérieur de la clinique pendant un long moment, hésitant, non... il avait eu peur de rentrer.
Il avait voulu dormir mais il ne pouvait fermer les yeux.
Il ne pouvait toujours pas !
Lorsque Colleen était sortie pour le chercher, il se rappelait qu'il lui avait demandé si Michaela allait bien et qu'elle lui avait répondu qu'elle dormait enfin, après avoir travaillé des heures avec Andrew.
Il était allé dans sa chambre, s'était assis près du lit et l'avait regardée pendant longtemps. Puis, il s'était installé sur une chaise dans la véranda... Là où il était depuis... Les yeux ouverts mais ne voyant rien.
Michaela se réveilla avec une vive douleur à la tête et des courbatures dans les muscles du dos et des jambes.
Elle leva la tête et réalisa qu'elle était à l'étage de la clinique, puis elle se souvint avec une clarté terrifiante des événements de la veille.
Son coeur se mit à battre fort lorsqu'elle se tourna sur le côté, espérant y trouver Sully mais il n'était pas là !
En fait, les draps encore tendus indiquaient qu'il n'avait pas été là de toute la nuit. Une peur immense l'envahit à nouveau.
Nuage-Dansant marchait à grandes enjambées dans les rues silencieuses de la ville, se dirigeant vers la clinique car les esprits lui avaient demandé d'aller rendre visite à ses proches amis. Son regard fut inexplicablement dirigé vers son frère, assis sur le sol de bois de la véranda, perdu. Il fronça les sourcils d'inquiétude. Il inspira fort et continua à marcher avec résolution vers la clinique. Il y fut accueilli par Colleen qui lui prit la main et l'entraîna à l'intérieur tout en appelant sa mère.
Ayant entendu l'appel de sa fille, Michaela posa sa brosse à cheveux et descendit doucement l'escalier, hésitante à vouloir commencer ce nouveau jour incertain.
Quand elle vit Nuage-Dansant qui l'attendait, elle se jeta dans ses bras réconfortants.
''Ha ho mon amie,'' dit Nuage-Dansant, reculant d'un pas pour regarder les yeux remplis de larmes de Michaela. ''Vous avez des soucis ?''
Elle baissa les yeux. ''Ce n'est pas moi qui ai des soucis, Nuage-Dansant,'' chuchota-t-elle. ''C'est Sully... et je suis si inquiète à son sujet… Je ne sais même pas où il est... Est-ce que vous l'avez vu ?''
''Je l'ai vu,'' répondit l'homme médecine. ''Il n'est pas très loin... Même s'il est dans un endroit sombre, il reste près de vous.'' Il leva les yeux au ciel.
Michaela fronça les sourcils de surprise. ''A l'étage ?'' demanda-t-elle.
''Dehors... sur le porche,'' expliqua Nuage-Dansant. ''Mais, je dois vous dire pourquoi je suis venu. Les esprits m'ont montré... deux faucons en rêve.''
''Un mauvais présage !'' s'exclama Michaela, des larmes lui montant à nouveau aux yeux.
''Non... je ne pense pas... Des faucons à la queue rouge... les oiseaux du courage et de la force,'' expliqua-t-il solennellement. ''L'un des faucons effectue un vol stationnaire, incertain, au-dessus de beaucoup d'eau, incapable de se poser. L'autre, son compagnon, est sur un petit rocher, le seul endroit sûr sur des miles à la ronde. Ce faucon doit utiliser tout son courage et sa force pour aider celui qui a peur d'être seul, et pourtant, il ne peut pas se poser près de son compagnon.''
Michaela aggrippa la main de son ami fermement. ''Je ne sais pas quoi faire, Nuage-Dansant,'' murmura-t-elle désespérément. ''Je ne sais pas ce qui cloche. Allez-vous lui parler ? S'il vous plait ?''
''Ce n'est pas de moi dont il a besoin. C'est de vous,'' l'assura-t-il en lui lâchant la main. ''Alors, je vais rendre visite à Dorothy avant de repartir.''
L'homme sage marcha lentement vers la porte, mais il se retourna pour regarder ses yeux appeurés.
''Aidez-le à se poser, Michaela...'' dit-il tout bas avant de sortir.
Michaela se tourna vers Colleen qui était restée près d'eux pendant toute leur conversation. Leurs visages se faisaient écho ; on pouvait lire de la peur, de la compassion, du désespoir, de la compréhension et de l'anxiété. Colleen hésita et s'avança vers sa mère.
Michaela se tenait dans l'embrasure de la porte qui donnait sur la véranda de la clinique, incertaine sur ce qu'elle devait faire.
Après que Nuage-Dansant soit parti, elle s'était précipitée dans les escaliers, ne pouvant croire qu'elle était si inquiète à propos de Sully alors qu'il était en fait à quelques mètres d'elle. Il était là où l'homme médecine lui avait dit, et d'une certaine manière, il n'y était pas. Il avait le regard fixe, il n'avait pas conscience de sa présence.
''Sully ?'' appela-t-elle doucement. ''Sully ?''
Il se tourna vers elle, presque contre son gré.
Elle cessa de respirer.
Ses yeux étaient rouges de fatigue, son visage était crispé de douleur et sa peau était étrangement pâle.
Mais ses yeux ? Ils étaient loin, comme s'il ne pouvait pas la voir. Si les yeux sont les fenêtres vers l'âme, alors ces fenêtres étaient bien fermées.
Elle s'avança prudemment vers lui et s'accroupit pour poser une main sur son épaule. ''Sully ?...'' dit-elle doucement. ''Tu n'as pas dormi, n'est-ce pas ?''
Il secoua la tête en silence.
''Alors viens, viens te reposer, s'il te plaît.''
Il murmura avec désespoir : ''Je ne peux pas...''
Les yeux remplis de larmes, elle serra son épaule pour le rassurer. ''Allonge-toi simplement dans ce cas. Nous partirons tôt cet après-midi... Nous avons besoin de nous remettre d'hier... détends-toi un peu... Soyons ensemble.''
Il baissa la tête de façon à ce que son front touche ses genoux. ''Je reste ici,'' dit-il tout bas. ''Fais-moi savoir quand tu veux rentrer à la maison.''
Elle se leva et posa gentiment sa main sur sa tête, faisant courir ses doigts dans ses longs cheveux, mais elle essaya de ne pas le forcer à entrer à l'intérieur. Le fait qu'il ait accepté de rentrer à la maison avec elle plus tard ferait l'affaire pour le moment.
Il n'était pas différent une fois à la maison.
Au lieu de se reposer, il passa des heures à couper assez de bois pour des semaines.
Quand il vint enfin souper avec eux, il était calme, détaché, ne répondant même pas aux farces habituelles de Katie.
Brian le regardait avec inquiétude, croisant souvent les yeux de sa mère pour y chercher du réconfort, ce qu'elle était incapable de lui donner.
Se retirant tôt pour la nuit, Sully et Michaela montèrent à l'étage.
Michaela espérait très fort parvenir à casser cette barrière jusque-là impénétrable qu'il s'était construite. Mais c'était impossible. Il ne lui parlait pas, assis devant la cheminée maintenant froide, s'excusant de temps en temps de devoir descendre au rez-de-chaussé.
Elle avait vu ce genre d'attitude auparavant, d'hommes qui revenaient des horreurs de la guerre, mais elle était incapable de dire pourquoi Sully agissait de la sorte.
Elle mit sa robe de nuit et grimpa dans leur lit, espérant qu'il vienne avec elle. Mais en fin de compte, elle s'endormit d'un profond sommeil, seule dans le lit qu'il avait construit pour elle avec amour.
Elle se réveilla au milieu de la nuit pour découvrir qu'il n'était toujours pas près d'elle.
Elle revêtit sa robe de chambre et s'aventura sans bruit en bas.
Elle le trouva assis dans l'une des chaises à bascule, les yeux ouverts mais aveugles.
Elle se demanda si elle devait l'approcher, mais elle soupira et remonta les escaliers.
Plusieurs heures d'éveil plus tard, elle avait imaginé un plan.
Il ne restait plus qu'à espérer qu'il marche !