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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 14.06.2010 à 13h41
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Désirs et regrets" est une traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "LONGINGS". » okapi
Cette fanfic compte déjà 328 paragraphes
''Eh bien, je viens de réaliser que vous serez sûrement la première femme à être accouchée par une fée !'' s'exclama Michaela en riant. ''Et je ne parle même pas de Roméo et Juliette !''
Grace rit avec elle jusqu'à ce qu'une nouvelle douleur lui coupe la respiration.
Andrew entra dans la pièce et demanda : ''Comment ça va Michaela... Grace ?''
''Je crois qu'on va encore devoir attendre quelques heures,'' répondit Michaela, essayant en vain de cacher un bâillement.
''Eh bien, Colleen et moi avons parlé et nous avons pensé que ça serait bien si vous alliez vous reposer un moment. Sully a mis Katie dans l'un des lits au rez-de-chaussé. Vous pouvez aller la rejoindre, Michaela... Et je vous appelerai si les choses s'accélèrent ici,'' suggéra le jeune docteur.
''J'ai promis à Grace que je serais à ses côtés Andrew... Je vais bien,'' répondit Michaela.
Parvenant à esquisser un sourire, Grace ajouta rapidement : ''Non, Docteur Mike... Vous avez besoin de vous reposer. Je préfèrerais que vous soyez bien réveillée quand le bébé naîtra. Votre bébé a aussi besoin de dormir.''
''Mais j'ai promis...''
''Vous serez avec moi... Andrew vous appellera. Allez vous reposer maintenant,'' insista Grace.
''Bien. Si vous êtes sûre... Je serai en bas.''
''Allez-y, Docteur Mike.''
Grace lui fit signe de s'en aller avec la main avant d'agripper celle d'Andrew quand une autre contraction survint.
Tandis que Michaela passait dans l'encadrement de la porte avec hésitation, son amie gémissait doucement et, pour la distraire, demanda à Andrew de lui raconter sa jeunesse à Boston.
Robert E se leva à nouveau du banc à l'extérieur de la clinique et fit les cent pas, comme un lion en cage.
''Robert E... Tu vas finir par faire un trou dans le bois... Et je te demanderais de le réparer,'' dit Sully d'un ton amusé. ''Si tu continues de marcher ainsi, tu n'auras plus d'énergie quand le bébé naîtra.''
''Oui, Robert E. Ca va sûrement encore être long... Vous devez juste être patient...'' recommanda Horace, qui avait récemment rejoint les autres à la clinique.
''Je ne savais que j'aurais du mal avec cette fichue attente'' marmonna Robert E, utilisant un rare juron avant de lever les yeux, pleins d'excuses, vers Dorothy. Il regarda aussi Horace lorsqu'une pensée lui traversa l'esprit. ''Je me rappelle que tu n'as pas été très patient non plus lorsque Myra accouchait,'' dit-il d'un air bon enfant. ''Je crois même que Sully a dû t'empêcher de briser la porte.''
Horace rougit. ''Oui, et bien... ça a pris tellement de temps...'' Il évita de croiser le regard de Robert E.
''Ça ne prendra sûrement pas autant de temps avec Grace... Colleen a dit que le travail de Myra a été inhabituellement long,'' ajouta-t-il pour le rassurer.
''Je suis sûr que tout va très bien se passer, Robert E... Nous pouvons faire une prière si vous voulez,'' suggéra le Révérend.
La conversation sur le porche fut soudain interrompue par plusieurs habitants bruyants qui revenaient du champ où avait eu lieu la fête.
Au grand étonnement de Robert E et de ses amis, Hank ouvrit en grand les portes du saloon, alluma les lumières et entreprit de servir des boissons à ceux qui s'étaient installés sur le porche de la Pépite d'Or.
Loren leva plusieurs fois les yeux vers eux avec inquiètude avant de traverser la rue avec beaucoup d'hésitation.
Il s'approcha du forgeron. ''Des nouvelles, Robert E ? Tout se passe bien ?''
Robert E, étonné par l'intérêt du marchand, répondit candidement : ''Pas de nouvelles pour l'instant, Loren.''
Il regarda Horace et ajouta en souriant : ''Je dois juste être patient.''
Le vieil homme hocha sagement la tête et tapota l'épaule de Robert E avant de retourner d'où il venait, sur les marches du porche de la Pépite d'Or.
''Docteur Mike... Docteur Mike...'' Quelqu'un l'appelait.
Elle s'assit dans le lit, désorientée.
La douce voix venait du coin le plus sombre de la chambre de repos, près de la fenêtre.
Il y eut soudain un souffle d'air froid et une forme vague, mal délimitée, apparut de nulle part.
Tandis que la silhouette s'approchait du lit, ses traits devinrent plus nets.
''Abigail ?'' dit Michaela, incrédule.
''Docteur Mike...''
''Qu'est-ce que vous voulez ?... Et ici à la clinique ?'' demanda Michaela.
Abigail semblait se concentrer sur la petite Katie, dormant paisiblement aux côtés de sa mère, ses petites moustaches étalées sur ses joues.
''Elle est à vous ?'' dit-elle doucement.
Ses yeux brillèrent de larmes refoulées. ''A vous et à Sully.'' Dit-elle, répondant elle-même à sa question.
Elle fit un pas en avant, la tête penchée, les lèvres tremblantes.
Michaela regarda sa fille adorée et quand elle leva les yeux vers Abigail, des larmes coulaient finalement sur son visage.
La jeune femme tourna ses grands yeux mouillés vers Michaela. ''Vous avez dit que vous étiez un bon médecin... Que vous auriez tout fait pour me sauver moi et mon bébé...'' murmura-t-elle tandis qu'un sanglot lui coupait la respiration. ''Grace a besoin de vous maintenant... Elle est prête... Je voulais être sûre que vous le sachiez... Prenez soin d'elle, Michaela... et de son bébé.'' Sa voix s'évanouit et en une seconde, elle avait disparu.
Michaela se réveilla et s'assit, se tournant immédiatement vers le coin à côté de la fenêtre, qui était maintenant doucement illuminé par l'aube naissante.
Son coeur battait fort et elle respirait vite. Mais elle savait qu'on avait besoin d'elle maintenant, que Grace arrivait au bout et qu'elle devait être avec elle.
Elle se leva, essaya d'enlever les plis de sa blouse, remit quelques mèches de cheveux derrière ses oreilles, se tourna et embrassa Katie avec amour.
Elle quitta la pièce pour aller rejoindre Andrew et apporter une nouvelle vie au monde.
''Ces hommes à la Pépite d'Or en profitent pour passer une longue nuit...'' remarqua Robert E, toujours en train de marcher frénétiquement sur le porche.
Il faisait maintenant jour, sa barbe avait poussé et son costume de pirate, avec les manches remontées, le bandana et les boucles d'oreille en moins, était méconnaissable.
''Non...,'' dit Sully avec un sourire. ''La plupart n'ont pas bu depuis des heures.''
Robert E se tourna rapidement vers lui avec étonnement et regarda à nouveau les habitants assis nonchalamment sur les marches du porche du saloon.
''Ils attendent, tout comme nous, Robert E... Ils ne veulent simplement pas le montrer,'' ajouta Sully.
Robert E secoua la tête d'incrédulité et s'exclama avec agitation : ''Quelle heure est-il ? On n'entend rien depuis des heures...''
Horace sortit une montre de poche de son large pantalon et l'ouvrit. ''Presque huit heures...'' dit-il avant d'ajouter : ''Je pense que c'est un peu différent... Le fait que Grace soit à l'étage et tout... C'était le plus dur avec Myra... On pouvait l'entendre...'' Sa voix traîna tandis qu'il se rappelait.
''Eh bien... j'aurais aimé entendre quelque chose,'' se plaignit Robert E.
Grace serra la main de Colleen, ferma les yeux et prit une profonde inspiration.
La douleur était pire qu'elle l'avait imaginée. Tout lui faisait mal : son dos, son ventre, sa tête, sa poitrine et même ses jambes. Elle souffrait même quand elle respirait.
Quand tout cela sera-t-il fini ?
''C'est bien, Grace... Vous vous débrouillez bien,'' lui murmura Colleen à l'oreille. ''Tenez ma main et inspirez... C'est ça... Ça ne sera plus très long.''
''Oooh... Docteur Mike...,'' gémit-elle.
Michaela leva les yeux et sourit à son amie. ''Colleen a raison, Grace... Ça ne sera plus long... Il est presque temps de pousser.''
Une autre contraction la secoua, plus longue et plus forte que la précédente, et Grace ne put s'empêcher de crier. ''Je dois pousser maintenant, Docteur Mike... MAINTENANT !''
Michaela et Andrew échangèrent un regard et sourirent.
''Alors poussez Grace, de toute votre force,'' dit Andrew d'un ton encourageant.
Grace ouvrit grand les yeux, inspira et referma les paupières en se concentrant sur une chose : faire sortir le bébé.
Pendant un moment, tout ce qu'on entendait, c'était les gémissements de Grace tandis qu'elle poussait fort, mais cela ne sembla pas avoir de résultats.
''Rallongez vous une minute... Respirez encore... C'est ça,'' lui ordonna Michaela. ''Maintenant, poussez encore !''
Grace ferma à nouveau les yeux très fort, tendit son corps tout entier et poussa.
''C'est bien... Je peux voir la tête, Grace... Poussez fort,'' continua Michaela.
''Mais je pousse fort !'' marmonna Grace, les dents serrées.
''C'est ça, la tête est sortie. Maintenant, je veux que vous poussiez encore plus fort qu'avant... Maintenant !''
Elle se raidit encore et poussa très fort.
Tout à coup, Grace sentit le bébé se libérer d'elle.
Elle se rallongea de soulagement sur les oreillers, haletant, essayant de retrouver son souffle.
''Docteur Mike'', murmura-t-elle avec appréhension.
Pour ce qui lui sembla des heures mais n'était en fait que quelques secondes, Michaela et Andrew travaillèrent ensemble, leurs mains cachées par les draps posés sur le ventre et les jambes de Grace.
Elle les regarda avec anxiété tandis qu'ils se concentraient sur ce qu'ils faisaient.
Soudain, il y eut un bruyant gémissement indigné et le visage de Michaela rayonna.
''Vous avez un magnifique garçon en bonne santé, Grace,'' dit-elle doucement alors que des larmes coulaient sur ses joues.
Elle leva le bébé qui poussait des hurlements.
Sa peau était brillante, ses jambes gigotaient et son visage était froissé avec l'effort fait pour affronter le monde.
Michaela se dirigea vers le bord du lit et le plaça gentiment dans les bras de Grace.
Grace regarda le visage de son minuscule bébé avec délice.
Tandis qu'elle le serrait contre sa poitrine, il se calma et leva instinctivement la tête vers elle.
''Oh, Docteur Mike...,'' dit-elle en pleurs. ''Je n'arrive pas à le croire... il est là.''
Elle chercha le regard de Michaela pour la rassurer. ''Est-ce qu'il va bien ? Il est arrivé tôt...''
Michaela se pencha, caressa les cheveux mouillés de Grace et dit : ''Il va bien, Grace... Presque sept livres je dirais.'' Elle se tourna vers Andrew. ''Qu'en pensez-vous Docteur Cook ?''
''Je suis de votre avis, Docteur Quinn,'' répondit Andrew en souriant. ''Et si on arrangeait tout cela pour que le nouveau père rencontre son fils ?''
Sully entendit le bruit de la porte qui s'ouvrait. Il tourna la tête et vit Michaela apparaître.
''Robert E,'' appela-t-elle doucement.
Il y eut un moment de silence et Robert E se tourna vers elle, comme au ralenti. Il retint son souffle et serra les poings.
Michaela sourit et dit : ''Vous avez un fils, Robert E.''
Des larmes se formèrent instantanément dans les yeux du forgeron, suivies par un grand sourire. ''Un garçon ?'' murmura-t-il.
Michaela hocha la tête.
''Et Grace ?''
''Elle est fatiguée, mais elle va bien.''
Des applaudissements retentirent soudain parmi tous ceux qui avaient attendu patiemment toute la nuit.
Certains vinrent donner une petite tape à Robert E ou lui serrer la main.
Un par un, les habitants assis sur les marches de la Pépite d'Or rejoignirent les gens devant la clinique, les visages et les yeux rayonnants, ravis pour l'homme qui avait attendu si longtemps avant d'être à nouveau père.
A l'arrière du joyeux groupe, Sully prit tendrement Michaela dans ses bras.
Elle posa sa joue contre son torse et l'entoura de ses bras.
Il appuya son menton sur la tête de Michaela et ne put s'empêcher de murmurer avec hésitation : ''Est-ce que tout va bien, Michaela ?''
''Oui, tout va parfaitement bien, Sully,'' répondit-elle avec un sourire satisfait et en le serrant dans les bras. Puis, elle releva la tête. ''Maintenant, je ferais bien de persuader cette foule de laisser Robert E aller voir son fils.''
Quand Robert E et Michaela entrèrent dans la clinique, la foule bizarrement habillée mais heureuse commença de se disperser.
''Oh ciel,'' s'exclama Horace en jetant un coup d'oeil à sa montre de poche. ''Il est presque neuf heures. Le train va arriver et je n'ai même pas ouvert le bureau !''
Il rangea la montre en vitesse et descendit la rue à toute vitesse tandis que les gens riaient derrière son dos.
A neuf heures précises, le train Denver-Rio Grande entra dans Colorado Springs, venant de Denver, et Thomas Enders et sa soeur Kathleen de Charleston, en Virginie de l'Ouest, se levèrent pour descendre.
Ils rassemblèrent leurs affaires et sortirent par une porte à l'arrière du wagon.
Kathleen devança son frère et descendit les marches en acceptant une main qu'on lui offrait.
Elle souleva sa robe à la mode, leva ses yeux bleus et vit le visage d'un monstre affreux avant de pousser un hurlement !
''Je suis vraiment désolé, madame,'' s'excusa Horace pour au moins la cinquième fois.
Il était agenouillé aux pieds de Miss Kathleen Enders qui était assise sur l'un des bancs de la gare, attendant que son rythme cardiaque ne diminue.
Il s'excusa encore une fois. ''Je n'ai pas eu le temps de me changer... Je suis resté éveillé toute la nuit... Je devais être là pour le train... Je suis désolé.''
Le frère de Kathleen regardait Horace avec dégoût.
Cet homme avait apparemment fait des excès à la fête d'Halloween. Cela pourrait être une explication à son apparence étrange et ses pauvres excuses.
Il se tourna vers sa soeur et posa la main sur son épaule. ''Kathleen, est-ce que ça va maintenant ?'' demanda-t-il gentiment.
Elle hocha la tête en silence, inspira et murmura : ''J'ai eu tellement peur... je ne m'y attendais pas.''
''Je suis vraiment désolé, je ne pensais pas...'' répéta Horace, le visage rouge sous le maquillage.
Thomas regarda à nouveau Horace avec dédain et posa sa main sous le coude de Kathleen. ''Nous devrions y aller, Kathleen. D'accord ?''
''Oui, bien sûr,'' répondit-elle en se levant du banc.
Thomas se tourna vers Horace et lui dit d'un ton péremptoire : ''Je suppose que nous pouvons laisser nos bagages ici jusqu'à ce que nous ayons trouvé où loger.''
Horace bégaya d'embarras. ''Oui, b-b-ien sûr. Je... Je... j'en prendrai bien soin.''
Avec un sifflement moqueur, Thomas prit le bras de sa soeur et l'emmena loin de la gare.
Kathleen ne cessait d'écarquiller les yeux en contemplant la ville de Colorado Springs, bien que ses habitants ne soient pas du tout comme elle les avait imaginés. Car en l'espace de quelques minutes, elle observa un couple qui semblait tout droit sorti d'une pièce de Shakespeare entrer chez le maréchal-ferrant, un jeune garçon habillé en Robin des Bois, qui portait un petit enfant avec de la peinture noire sur ses joues, marcher à vive allure dans la rue, un autre couple qui ressemblait à des paysans Mexicains entrer chez le barbier et une grande femme rousse dans l'attirail de sorcière pénétrer dans le magasin de provisions juste en face.
Tout ce qu'elle pensait, c'était que les gens de Colorado Springs étaient vraiment entrés dans l'esprit de Halloween !
Ce qui la surprit le plus fut que lorsqu'elle croisait le regard de quelqu'un, elle recevait un sourire.
Le sentiment de peur qui l'avait tenaillé au ventre disparaissait petit à petit et laissait place à de l'excitation. Elle allait peut-être apprécier son séjour dans la petite ville à la frontière de l'Ouest après tout.
Tandis qu'il passait devant la banque de la ville, Thomas grogna encore de dégoût. ''Neuf heures passées et la banque n'est même pas encore ouverte... Quel genre de ville est-ce donc ?''
Il marcha à grandes enjambées vers le magasin de provisions, avec Kathleen qui relevait sa robe et accélérait le pas.
Ils entrèrent dans le magasin mal éclairé et leurs yeux se posèrent sur un vieil homme aux cheveux blancs – sorte de marshall américain - une ceinture de pistolets aux hanches, une étoile brillante sur le revers de sa veste, distribuant de la monnaie à un client.
Il leva les yeux et les fixa tandis qu'ils s'approchaient.
''Bonjour,'' dit Loren d'une voix bourrue et fatiguée. '' De quoi avez-vous besoin? Je n'ai pas toute la journée.''
''Eh bien, en fait, nous ne désirons pas acheter quoi que ce soit, vieil homme,'' dit Thomas, pompeux. ''Nous recherchons en réalité monsieur Byron Sully.''
Loren les fixa à nouveau, apparemment en train de se demander pourquoi ces deux jeunes gens de l'Est voulaient voir Sully.
''Sully est à la clinique médicale,'' marmonna-t-il en agitant la main dans une direction imprécise.
Sans réfléchir, Kathleen demanda : ''Pourquoi ? Est-il malade ?''
Loren la regarda avec incompréhension. ''Non il n'est pas malade ! Maintenant, j'ai du travail qui m'attend.'' Et il tourna le dos aux Enders.
Thomas prit à nouveau le bras de sa soeur et l'emmena hors du magasin et loin du déplaisant vieil homme.
Il étudia rapidement la rue et répéra le panneau de la clinique en face. ''Par là, Kathleen,'' dit-il abruptement tandis qu'ils descendaient du trottoir.
''N'est-il pas magnifique, Docteur Mike ?'' murmura Grace, tandis que son nouveau fils, blotti dans ses bras, commençait à s'endormir. ''Je n'arrive pas à le croire.''
Grace venait de nourrir le bébé pour la première fois et se sentait submergée de bonheur.
Quant à Robert E, il ne pouvait s'empêcher de contempler son garçon et sa sublime femme.
Grace le regarda. ''Prends-le, Robert E,'' dit-elle doucement.
Le coeur de Robert E fit un bond. Le bébé était si minuscule et paraissait si fragile. Il leva les yeux vers Michaela, doutant, et haussa les épaules.
''Prenez-le doucement et serrez-le contre vous, Robert E... Tout ira bien,'' dit-elle en souriant. ''Il ne va pas se casser.''
Robert E s'avança et prit maladroitement son bébé dans les bras. Tout à coup, il ressentit le besoin de s'asseoir. Le moment était trop fort.
''Avez-vous choisi un nom ?'' demanda Michaela, ravie de la joie évidente du couple.
''Eh bien, nous allions l'appeler Robert,'' dit Grace. ''Puis, on a décidé que deux Robert dans la famille, ça aurait fait trop... Et en plus, pour ma part, il n'y a qu'un Robert E.''
Elle lança un regard plein d'amour à son mari et regarda à nouveau Michaela. ''Donc...''
Elle s'arrêta et jeta un coup d'oeil à Robert E qui hocha la tête.
''Donc, on a choisi Michael Anthony... C'est un nom fort... En pensant à deux vraies fortes personnes... Il en aura besoin.''
Sa voix diminua, attentive à la réaction de Michaela.
Michaela haussa les sourcils et regarda tour à tour Robert E et Grace, cherchant à comprendre leur attitude.
''Enfin... Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, Docteur Mike...'' ajouta rapidement Robert E.
Les yeux de Michaela se remplirent de larmes. ''Non, ça ne me dérange pas... En fait, je suis très honorée,'' dit-elle doucement. ''Mais il y a d'autres personnes dans vos vies, passées ou présentes... qui devraient avoir cet honneur.''
''Ce n'est pas seulement le nom, Docteur Mike... C'est toutes les choses que nous voulons que notre garçon soit...'' dit Grace en écartant les bras pour enlacer son amie.
Michaela essuya ses larmes et s'avança vers Grace avant de l'étreindre.
La tête de Sully se pencha une nouvelle fois vers l'avant tandis que le sommeil le gagnait.
Il la releva vite et respira fort.
Michaela avait raison : ça avait été une longue nuit ! Il était assis à son bureau, dans la pièce principale de la clinique, luttant contre le besoin de fermer les yeux, tout en attendant qu'elle le rejoigne en bas.
Soudain, un coup fort et impétueux fut donné à la porte de la clinique.
Il jeta un coup d'oeil vers l'escalier qui menait aux chambres, se leva et marcha, l'air las, pour aller ouvrir.
Sur le seuil se tenaient deux étrangers habillés à la mode, dont l'un semblait le connaître.
''Ah, Mr Sully,'' dit l'homme en tendant la main.
Sully regarda le couple avec étonnement. ''Euh... Je suis désolé,'' dit-il. ''Mais je...''
''Je suis Thomas Enders, Mr Sully, nous nous sommes rencontrés à la convention à St.Louis... en juillet... Je suis l'assistant du sénateur Greenwood,'' dit le jeune homme, commençant à perdre patience en voyant le visage interrogateur de Sully.
Tout à coup, les souvenirs de Sully se clarifièrent.
"Bien sûr...!"
Il tendit la main. ''Je suis désolé Mr Enders,'' dit-il. ''Je ne vous avais pas reconnu... Je vous en prie, entrez.'' Il recula et laissa entrer le couple dans la clinique.
''Je suis désolé de ne pas vous avoir fait savoir la date exacte de mon arrivée, Mr Sully. Le sénateur n'était pas sûr du moment où il pourrait se passer de mes services. Puis soudain, il a dû assister à des réunions à Washington, alors j'étais libre de venir ici.''
Il s'arrêta, parcourut des yeux la salle d'opération rustique et se souvint qu'il n'était pas seul.
''Oh, je suis désolé, je suis négligent. Puis-je vous présenter ma soeur, Kathleen Enders. Elle a toujours souhaité faire un voyage dans l'Ouest et j'ai pensé que cette courte visite était idéale. J'espère que cela ne vous dérange pas.''
Sully se tourna vers la jeune femme souriante et séduisante qui lui tendit la main.
''Ah, bonjour mademoiselle...'' dit-il. ''J'espère que vous apprécierez votre séjour à Colorado Springs.''
Les yeux de Kathleen brillèrent d'amusement et d'excitation. ''Eh bien, Mr Sully,'' dit-elle en souriant, ''cette journée a commencé de manière mémorable.''
Sully haussa les sourcils d'interrogation et dit doucement : ''Ah, c'est à dire ?''
''Eh bien,'' répondit-elle, ''nous avons été accueillis à la gare par quelqu'un qui avait une très forte ressemblance avec le monstre de Frankenstein et puis ensuite, il y a eu cette rencontre déplaisante avec le vieil homme du magasin... Vous avez vraiment des... euh... des personnages intéressants dans cette ville.''
Il était évident pour Sully que Miss Enders était très amusée par ces événements, mais un regard vers Mr Enders lui apprit que, lui, ne l'était pas du tout !
''Ah, eh bien...'', commença Sully en riant, ''la plupart des habitants de la ville sont restés éveillés toute la nuit, vous voyez...''
Son explication fut interrompue par l'entrée de Michaela par la porte qui menait aux chambres de repos.
Elle se figea lorsqu'elle vit le jeune couple bien habillé avec Sully.
''Oh... je suis désolée,'' dit-elle mal à l'aise. ''Je ne savais pas qu'il y avait quelqu'un ici.''
Elle regarda immédiatement sa blouse maculée de sang et mit nerveusement quelques mèches de cheveux derrières ses oreilles.
''Michaela, voici Thomas Enders et sa soeur, Kathleen. Mr Enders est l'assistant du sénateur Greenwood... Tu sais, je t'avais dit qu'il viendrait voir le Colorado de ses propres yeux.''
Il se tourna vers les nouveaux arrivants. ''Mr Enders, Miss Enders, voici ma femme, Michaela Quinn.''
Michaela s'avança, en essuyant ses mains sur la blouse sale, et en tendit une vers le couple avec un sourire embarassé.
''Bonjour,'' dit-elle doucement. ''J'ai bien peur que vous tombiez au mauvais moment...''
Le jeune homme poussa un grognement. ''Il semble que la ville se soit bien amusée la nuit dernière.''
''Eh bien... Les apparences sont trompeuses,'' dit Sully, commençant à s'offenser face à l'attitude prétentieuse du jeune homme.
Tandis qu'il parlait, Michaela déboutonna sa blouse, déterminée à se montrer présentable aux yeux des arrivants. Cependant, elle oublia qu'elle portait toujours son costume de fée...
Comme elle se débarassait de la blouse en l'accrochant au dossier d'une chaise et se tournait pour faire face à ses visiteurs, les yeux du jeune homme se posèrent sur ses vêtements un peu spéciaux et s'attardèrent un peu trop longtemps sur son corsage et son décolleté.
Tandis que le visage de Michaela rougissait à cause de l'accablante évaluation de son apparence par le jeune homme, le sang de Sully commença à bouillir.
''Euh... Mr Enders, nous devrions peut-être mettre les choses au clair,'' dit-il sèchement.
Il s'avança vers Michaela et se plaça à côté d'elle. ''C'est ma femme, le docteur Michaela Quinn. Et oui, nous semblons tous un peu fatigués et habillés étrangement, mais vous voyez, beaucoup de gens de cette ville, dont Horace, l'homme de la gare, et Loren, le propriétaire du magasin, ont passé la nuit assis devant la clinique pendant que Michaela aidait une des habitantes à accoucher . Le travail de Grace a commencé vers 21 heures durant la fête de Halloween et elle a eu son bébé il y a seulement une heure trente... Donc, Mr Enders, les apparences sont souvent trompeuses.''
Le visage du jeune homme devint rouge. ''Ah... Je ne voulais pas vous offenser,'' bégaya-t-il. ''Vous devez comprendre qu'après avoir voyagé dans un train toute la nuit... les personnes bizarres... Il était facile de mal interpréter la situation.''
''Oui, bon, il semble que nous ayons tous eu une longue nuit,'' dit Sully franchement. ''Alors peut-être que nous pourrions redémarrer à zéro...et vous montrer à quoi ressemble vraiment Colorado Springs, en oubliant les expériences de ce matin.''
Thomas Enders prit une profonde inspiration et tendit la main.
''Oui, j'aimerais beaucoup, Mr Sully. Kathleen vous dira que je peux être parfois un peu emporté. Je vais essayer de réserver mon jugement dans le futur jusqu'à ce que je sois au courant des faits.''
Ayant retrouvé un peu de son sang-froid, mais se sentant toujours un peu désavantagée lorsqu'elle comparait son apparence débraillée et inhabituelle à celle du couple à la mode devant elle, Michaela s'avança et prit la main de Kathleen. ''J'espère que vous allez apprécier votre séjour ici, Miss Enders. C'est vraiment une belle ville lorsque vous la connaissez bien.''
''Oh, je ne suis pas inquiète, Docteur Quinn,'' s'exclama-t-elle. ''Je suis intriguée. Une femme médecin dans une ville à la frontière... une naissance qui a gardé toute le monde debout... Je suis impatiente de voir tout ce que vous voudrez bien me montrer.''
''Bien,'' dit Michaela, soulagée.
Elle se tourna vers Sully. ''Je dois rester là jusqu'à midi. Colleen et Andrew sont repartis au Château pour se changer et se reposer, et ensuite ils reviendront pour que je puisse rentrer à la maison. Pourquoi n'emmènerais-tu pas Mr et Miss Enders au café pour manger quelque chose ?''
Après beaucoup de persuasion durant un petit-déjeuner tardif, Sully réussit à convaincre Thomas et Kathleen (comme il voulait qu'on les appelle) à loger à la ferme plutôt qu'à la Pépite d'Or ou au Château durant leur séjour.
Sully tenait à montrer à Thomas le plus de choses possibles de la région durant la semaine que le jeune homme allait passer à Colorado Springs.
Après tout, il pouvait influencer les décisions et la politique d'un sénateur concernant la terre dans les Territoires.
Peu après midi, Sully retourna à la clinique pour prendre Michaela, Katie et Brian. Il fut immédiatement inquiet pour Michaela.
''Tu es prête ?'' demanda-t-il gentiment, remarquant son visage pâle et ses cernes.
''Oui, bien sûr,'' répondit-elle. ''Où sont Mr et Miss Enders ?'
''Ils sont à la gare, ils récupèrent leurs bagages... On va s'arrêter les prendre pour les emmener à la maison,'' répondit Sully.
''Ils viennent à la maison ?'' s'exclama Michaela, consternée. ''Mais, nous n'avons pas... Nous ne sommes pas préparés. Qu'allons-nous faire avec eux ?''
Ses yeux se remplirent de larmes.
''J'organiserai tout,'' dit Sully pour l'apaiser. ''Car dès que tu auras mangé, tu iras au lit... Comme Brian et peut-être Katie si elle a sommeil... En fait, c'est la seule qui ait eu une bonne nuit de sommeil.''
Ayant l'impression que tout ce qui se passait la submergeait, et trop fatiguée pour protester, Michaela laissa Sully prendre sa cape au crochet de la porte, lui poser sur les épaules et ils sortirent de la clinique pour monter dans le chariot.
Michaela se réveilla au son d'un rire qui lui parvenait du jardin. Mais ce n'était pas le rire d'un des enfants ou de Sully. En fait, il ressemblait à un rire de femme. Et soudain, elle se rappela !
Elle ferma les yeux et s'enfonça dans son oreiller, mortifiée.
Elle avait si honte.
Elle se dit qu'elle avait essayé d'être aimable, hospitalière mais au fond d'elle-même, elle savait que c'était un mensonge.
L'arrivée des Enders en ville ce matin, après une nuit longue et tendue, l'avait déconcertée au point qu'elle avait agit d'une façon qui ne lui ressemblait pas.
Durant le trajet jusqu'à chez eux, elle avait silencieusement pris ombrage de chaque commentaire fait par le couple, elle n'avait pas pu avoir une conversation polie, donc n'avait pas décroché un mot et elle avait été grossièrement insensible aux compliments vifs que Kathleen avait fait au sujet de la maison et du paysage merveilleux qui l'entourait.
Et même après être montée à l'étage pour se changer, mettre une tenue plus présentable et se coiffer, elle avait eu peu d'énergie et ne fut pas enclin à jouer les hôtesses.
Elle avait souvent dit à Sully qu'elle était le genre de personnes à aimer faire des projets, mais recevoir des gens issus de la haute société à un moment où elle se sentait vulnérable ne faisait justement pas partie de ses plans.
Pendant le déjeuner, elle avait vu que Sully la regardait avec inquiétude et, deux ou trois fois, lorsque leurs regards s'étaient croisés, elle avait essayé de sourire, d'être polie, mais au bout de quelques secondes, son énergie et sa concentration pour de telles conventions s'évanouissaient et elle redevenait silencieuse et apathique.
Elle avait été soulagée lorsque Sully lui avait suggéré d'aller se coucher. Dans ce sanctuaire familier, elle n'avait pas besoin de cacher son incertitude et son embarras derrière un sourire de façade.
Il y eut soudain plus d'éclats de rire dans la cour et cette fois, provenant de plus d'une personne.
Michaela s'approcha de la fenêtre.
En bas, Thomas et Brian étaient appuyés avec désinvolture contre la cloture de la cour tandis que Kathleen et Sully jouaient avec Katie. Ils marchaient, tenant chacun la petite fille par une main, et la soulevaient, la balançaient. Katie poussait des cris de bonheur et demandait à ce qu'on la soulève plus haut. Ils atteignirent tous les trois le grand chêne et firent demi-tour vers la maison.
Michaela cessa de respirer et posa inconsciemment la main sur son ventre.
Elle envia soudain, et de façon irrationnelle, Kathleen dans son ensemble : sa vivacité, son énergie, sa fine silhouette, sa jeunesse et même ses habits à la mode, ses cheveux bouclés chatain foncé et ses yeux bleu clair.
Elle secoua la tête, essuyant avec colère les larmes qui lui tombaient déjà sur les joues.
Ça ne lui ressemblait pas.
En fait, c'était ridicule !
Elle savait qu'elle était l'une des femmes les plus chanceuses sur terre : elle avait un mari qui l'aimait, quatre enfants dont on ne pouvait rêver mieux, un nouveau bébé à venir, la clinique...
Elle réalisa soudain que Sully lui faisait signe depuis la cour.
Elle lui fit un geste de la main et alla jusqu'à la coiffeuse pour prendre sa brosse à cheveux.
Ce soir, elle montrerait à ses invités qu'elle ne ressemblait en rien à la personne sèche qu'ils avaient rencontrée plus tôt...
Quand Sully entra dans la chambre, elle se coiffait brutalement les cheveux, déterminée à se débarrasser à la fois des noeuds et des souvenirs des dernières heures.
''Donne... Laisse-moi faire,'' dit-il d'un ton calme. ''Si tu continues comme ça, tu vas t'arracher des mèches de cheveux et je n'ai pas envie que ma merveilleuse femme devienne chauve.''
Michaela observa le visage de Sully dans le miroir, incertaine de sa réaction par rapport à l'attitude qu'elle avait eue. Tout ce qu'elle y vit fut de l'amusement et de la tendresse tandis qu'il brossait avec soin ses cheveux soyeux.
Elle ferma les yeux et respira fort.