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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : Dr Quinn, Medicine Woman
Création : 05.05.2011 à 20h38
Auteur : okapi
Statut : Terminée
« "Ardente plénitude" est la traduction d'une fanfiction de Pam Hunter intitulée "Heroes and fools". » okapi
Cette fanfic compte déjà 342 paragraphes
Brian leva les sourcils d'anticipation, alors Sully continua : "A propos d'un voyage qu'on allait peut-être faire..."
Le jeune homme plissa les yeux. "On ?" demanda-t-il, voulant être bien sûr.
"Oui... moi et ta mère, et les petits... et toi, si tu veux venir."
"Moi ? Où ?" demanda-t-il avec excitation.
"Est-ce que San Francisco te plairait ?" demanda Sully.
Brian avala sa salive. "San Francisco," répéta-t-il tout bas.
"Oui... On a pensé que tu aimerais peut-être rattraper le temps perdu avec ton père, depuis tout ce temps..." suggéra Sully avec un peu d'hésitation.
"Celaa ne te dérange pas ?" demanda immédiatement Brian.
"Me déranger ?" demanda Sully, surpris.
"Si je vais le voir," expliqua le jeune homme.
"Pourquoi est-ce que ça me dérangerait ? Il est ton père," affirma Sully sans équivoque.
Brian se mordit la lèvre, mais ses yeux étaient lumineux. "J'ai toujours voulu aller là-bas..." dit-il.
"Je sais..." dit Sully. "Et ta mère le sait aussi."
Brian croisa le regard de son père.
"Elle a l'air plutôt fatiguée ces derniers temps," dit-il. "Un voyage lui ferait du bien..."
"Oui, je pense."
"Cela pourrait être drôle... Tu as déjà été à San Francisco, papa ?"
Sully secoua la tête.
Brian fit un pas vers l'homme qu'il considérait comme son père depuis longtemps.
"Il y aura des tonnes de choses à faire... J'ai lu que les grands navires en partance pour l'Australie et les îles du Pacifique partent de San Francisco... Et peut-être que papa... mon autre papa... me laissera monter sur l'un deux alors qu'il est encore à quai."
Sully sourit. "Oui, peut-être..."
Le visage de Brian se défit.
"Et... Peut-être qu'il ne voudra pas... Ça fait longtemps que je n'ai plus de nouvelles..."
"Combien de temps ?"
"A peu près six mois, je crois... Non, attends... J'ai eu une lettre à Noël, même si je crois qu'elle était écrite par Lillian... En fait, la plupart des lettres ces dernières années ont été écrites par elle..."
"Peut-être qu'elle aime mieux écrire que ton père," suggéra Sully.
"Je suppose," marmonna Brian, incrédule.
Il marcha jusqu'à la porte de la grange.
"Matthew et moi avons parlé de papa quelques fois l'an dernier... J'avais l'habitude d'accepter les choses qu'il disait... ou je lui trouvais des excuses pour des choses qu'il ne faisait pas..."
Il s'arrêta et regarda Sully.
"Peut-être qu'il ne voudra pas me voir..."
Sully avala sa salive.
"On ne sait pas comment il réagira, Brian... Je crois que ce sera à toi de voir si tu veux le découvrir, non ?" Conseilla-t-il en tendant à nouveau la main pour la poser sur l'épaule de son fils.
Le jeune homme hocha la tête et posa la main sur celle de son père avec affection.
"En fait, j'ai un père... ici et maintenant..." dit-il doucement, sûr de lui-même. "Donc, je ne vais pas trop en attendre... Comme ça, je ne serai pas déçu..."
Il regarda dans les yeux bleus clairs de Sully.
"Tu penses qu'on partira quand ?" demanda-t-il avec un sourire.
"Cela te paraît bien en début de semaine prochaine ?"
Brian fit soudain un grand sourire et poussa un cri de joie.
"San Francisco, nous voilà !" cria-t-il en courant vers le porche de la maison, laissant derrière lui un Sully rêveur.
"Oh Sully," murmura tristement Michaela en regardant leur fils qui se tenait debout devant son professeur et d'autres élèves pour recevoir son diplôme.
Trois autres jeunes gens, deux filles et un garçon, se tenaient à côté de lui, tout aussi fiers.
"Je n'arrive pas à croire qu'il a fini l'école," ajouta-t-elle en attrapant un mouchoir pour essuyer ses larmes de joie et de fierté.
Autour d'eux, toute la famille était réunie, ainsi que les familles de beaucoup d'autres élèves.
Une autre année s'était écoulée et avec elle, les élèves avaient appris et grandi.
Désormais, quatre jeunes gens allaient partir pour tracer leur chemin dans le monde pendant que, à la grande consternation de Teresa Slicker, dix ou douze petits nouveaux allaient commencer l'école à l'automne.
Elle avait déjà approché Michaela, en tant que membre du conseil municipal, et lui avait parlé du manque de place pour l'année prochaine.
Il allait être impossible de faire asseoir le nombre d'élèves dans l'école déjà existante.
Elle était tout simplement trop petite.
Elle avait aussi confessé qu'elle ne savait pas si elle allait pouvoir continuer à enseigner longtemps sans aucune autre aide.
Michaela s'était promise de se rappeler de convoquer le conseil municipal dès leur retour de San Francisco.
Alors que la cérémonie officielle touchait à sa fin, chacun des élèves rejoignit sa famille pour les félicitations et les bons voeux pour le futur, puis la famille Sully se fraya un chemin jusqu'à chez Grace's pour un dîner de fête.
Sully fermait la marche avec William dans les bras.
En réalité, il se sentait presqu'aussi fier et aussi impressionné que Michaela.
Tellement d'années avaient passé depuis que la ville avait fiévreusement construit l'école tandis que Brian était gravement malade.
Maintenant, il avait son diplôme et le prochain membre de la famille à entrer à l'école serait Katie dans quelques années.
Il secoua la tête.
A ce moment précis, il était absolument d'accord avec le souhait de Michaela de figer le temps comme il était.
Il lui semblait qu'il allait bien trop vite.
Il sourit en voyant Katie sautiller aux côtés de sa mère et Brian s'approcher de Sarah Sheehan qui se dirigeait aussi vers le restaurant.
Peut-être que le temps ne devrait pas s'immobiliser.
Il y avait trop de choses à réaliser, à attendre.
Lui, Michaela et Brian avaient longuement parlé ces derniers jours de leur imminent voyage jusqu'à San Francisco.
Ils avaient fait des plans, avaient organisé leurs affaires à la maison, étaient tombés d'accord sur ce qui devait être emmené, et caetera.
Dès la première nuit, Sully avait pensé que c'était mieux de faire connaître à Brian certains des faits concernant sa mère et Adrian Tilson.
La dernière chose qu'il voulait, c'était de voir Brian raconter avec excitation à ses camarades son voyage car Tilson aurait pu l'apprendre.
Il s'était avéré que Brian avait presque été soulagé de le savoir.
Il savait qu'il y avait quelque chose qui mettait sa mère mal à l'aise, mais il avait été incapable de mettre le doigt dessus.
Il était entré dans l'esprit du voyage avec vigueur et se serait parfois mis à sautiller de joie.
Michaela avait aussi apprécié le désir de Sully de garder leur destination secrète.
Dès qu'il avait mentionné la possibilité de voir Tilson rendre visite à Miriam, elle avait été d'accord de garder le secret, tout comme le reste de la famille.
Donc, dans deux jours, juste après cette célébration joyeuse de la remise des diplômes de Brian, ils partiraient pour San Francisco, accompagnés par les voeux sincères et chaleureux de leur famille et de leurs amis.
Chapitre 28 :
Sully arriva au campement de Nuage-Dansant à Palmer Creek tôt le jour suivant, juste à temps pour faire un signe à Dorothy qui partait pour Colorado Springs.
Il glissa du dos du cheval et s'avança rapidement vers son frère qui était assis près du feu et qui regardait sa femme s'éloigner au galop.
Nuage-Dansant leva les yeux vers Sully lorsqu'il s'approcha et son visage s'éclaira d'un grand sourire.
"Bienvenu mon frère," dit-il. "Assieds-toi près du feu et réchauffe-toi..."
Sully serra le bras de son ami pour le saluer et s'agenouilla à côté de lui.
"Dorothy rentre tôt ce matin," remarqua-t-il.
"C'est comme ça presque tous les matins," répondit l'homme-médecine. "Elle souhaite travailler à la Gazette toute la journée... Comme ça, en fin de semaine, elle peut avoir un jour à elle qu'elle passe ici, sans qu'on lui pose de questions en ville..."
Sully fronça les sourcils.
"Ça me paraît difficile, la façon dont vous devez vivre," commenta-t-il avec intérêt.
Nuage-Dansant se tourna en lui souriant.
"Ce n'est pas si difficile... Si elle rentre en ville tôt, on ne la remarque pas... Et c'est comme ça que ça doit se passer."
"Mais tu es heureux ?"
Nuage-Dansant sourit à nouveau.
"Cela fait de nombreuses lunes que je ne me suis pas senti aussi en paix... Tu sais que l'on dit que la tribu doit venir en premier... avant l'homme... Mais mon peuple est loin, et vit en paix... Donc, pour le moment, je peux penser à moi... Les Esprits me permettent de le faire, du moins pour l'instant."
Sully hocha la tête.
"Donc, tout marche bien entre Dorothy et toi ?" demanda-t-il avec un grand sourire.
Nuage-Dansant acquiesça.
"L'homme n'est pas fait pour être seul... Je me sens à nouveau complet... C'est un bon sentiment," dit-il avec sincérité.
Sully tendit le bras et remua les braises ardentes du feu avec un bâton.
"Je suis content," dit-il doucement. "Que tu sois heureux... Tu le mérites."
"Peu de gens ne le méritent pas... Je ne suis pas différent d'un autre..." répondit Nuage-Dansant. "Mais je suis aussi content que ça se soit passé de cette façon..."
Il saisit une tasse en métal, posée sur le sol à côté de lui.
"Dorothy a fait du café ce matin... Il en reste encore," offrit-il.
Lorsque Sully hocha la tête, il versa dans la tasse le liquide marron et épais de la cafetière qui se tenait au milieu des braises.
Sully sourit lorsqu'il vit la grimace de dégoût de Nuage-Dansant.
"Dorothy n'a pas réussi à te faire boire du café encore, n'est-ce pas ?" rit-il.
L'homme-médecine grimaça encore et sourit avec regrets. "Je n'aime pas... Mais elle dit que ça la réveille le matin..." répondit-il.
Ils restèrent assis en silence pendant quelques minutes tandis que Sully sirotait son café bien serré.
Le printemps montrait ses plus beaux atouts ici, dans les bois.
Les arbres, qui étaient encore nus et secs il y avait peu, comme s'ils avaient été retournés de manière à ce que ce soient leurs racines qui grimpent vers le soleil, étaient désormais recouverts de feuilles et les fleurs sauvages, de toutes les formes et toutes les teintes, immisçaient leurs têtes parmi l'herbe haute, comme pour jouer avec elle.
Sully dit enfin : "Moi et Michaela partons demain."
Nuage-Dansant hocha la tête.
"Je savais que tu n'étais pas venu ici pour boire le café de Dorothy... Tu vas à Boston ?"
"Non... On va vers l'Ouest... On va jeter un coup d'oeil à San Francisco..." répondit Sully.
"Dorothy m'a dit que c'était une grande ville maintenant... comme Boston et pourtant pas pareille…" remarqua Nuage-Dansant dans le vague.
"Qu'est-ce que tu veux dire ?"
"Elle a lu que beaucoup de gens différents se sont installés dans cet endroit... des gens de différentes races... Il n'y a pas vraiment la société que tu as observé à Boston ou qu'on a pu voir à Washington..."
Sully sourit.
"Alors on dirait que je vais aimer."
"Pourquoi as-tu décidé de partir maintenant ?" demanda Nuage-Dansant d'un ton curieux.
Sully haussa les épaules.
"J'ai pensé que c'était le bon moment," répondit-il.
Lorsque les sourcils de son ami se levèrent avec un air interrogateur, il poursuivit : "Michaela est plutôt fatiguée à cause du bébé... et après, Colleen et Andrew partiront en septembre... Nous n'aurons plus cette occasion."
"Il n'y a pas d'autres raisons ?"
Sully secoua la tête avant d'ajouter : "En vérité... Michaela a quelques soucis avec ce Tilson qui dirige le Château..."
"Des soucis ?"
"C'est difficile à expliquer... Et elle ne m'a pas tout dit... Mais elle semble avoir peur de lui."
Nuage-Dansant fronça les sourcils.
"Ça ne ressemble pas à Michaela," commenta-t-il.
"Non, c'est vrai... Mais c'est l'impression que j'ai... Elle se ferme comme une huître dès que son nom est prononcé... et elle a peur d'être seule avec lui..." dit Sully d'un ton à la fois inquiet et faible.
"Tu as parlé à cet homme ?"
"Elle ne veut pas... en fait, j'aurais dû mal à simplement lui parler..."
"Donc, tu ne l'aimes pas non plus ?"
"Si quelqu'un embêtait Dorothy, lui faisait peur... est-ce que tu l'aimerais ?"
Nuage-Dansant sourit.
"Je vois ce que tu veux dire. Et donc, tu penses que partir au loin pendant un moment pourrait aider ?"
"Oui... En plus de tout ça, elle a dû s'occuper de William et recommencer à travailler... Ça a été trop pour elle, je pense... Elle a besoin de changer de paysage... et en même temps, nous emmenons Brian avec nous pour qu'il voie son père," répondit Sully.
Nuage-Dansant hocha la tête et promit : "Je vais prier les Esprits pour que votre voyage se passe bien... pour vous tous."
Il fronça soudain les sourcils.
"Depuis combien de temps est-ce que cet homme est au Château ?" demanda-t-il.
"A peu près depuis la naissance de William, pourquoi ?" demanda Sully.
"J'ai vu le nuage planer au-dessus de Michaela... J'ai pensé que ça avait à voir avec le nouveau bébé... Tu te rappelles, je t'avais demandé de ses nouvelles, quand Faucon-Volant et son groupe étaient toujours là..."
"Je me souviens... Et tu avais raison. Elle avait sûrement dû apprendre que Tilson était ici en ville."
"Donc, ils se connaissaient déjà avant ? Avant qu'elle n'arrive de Boston ?" demanda Nuage-Dansant.
"Oui... C'était quand elle était dans sa dernière année à la faculté de médecine," répondit Sully.
Il plissa les yeux en regardant son frère être en pleine réflexion.
Soudain, Nuage-Dansant se tourna vers lui.
"Tu dois rester près d'elle, Sully... Si elle a peur de lui, après tant d'années, c'est qu'il doit apporter des choses obscures avec lui... des choses obscures contre lesquelles tu dois la protéger," conseilla-t-il.
"Donc, tu penses que je devrais m'inquiéter, le surveiller ?" demanda Sully avec anxiété.
"Ce n'est pas lui que tu dois surveiller, mais Michaela... C'est elle qui a besoin d'être protégée..." dit l'homme-médecine. "C'est bien que vous partiez... Ça vous donnera du temps pour réfléchir à cet homme et à ce qu'il apporte de mal... Peut-être qu'elle finira par te parler de lui..."
"C'est ce que j'espérais..." dit Sully.
Il se leva soudain et jeta la lie de son café dans un épais fourré derrière eux.
"Je ferais mieux de rentrer... Nous avons encore beaucoup de choses à faire avant de partir demain... Oh... Et nous n'avons dit à presque personne où nous allions... On ne voudrait pas que Tilson le découvre... Apparemment, il s'est rendu à Denver lorsque Michaela y a été avec les filles..."
L'homme-médecine fronça les sourcils.
"Il ne lui a pas fait de mal d'aucune façon ?" demanda-t-il avec inquiétude.
"Non... Mais ses attentions l'inquiètent... Et comme nous allons rencontrer sa soeur, Myriam... Tu te rappelles d'elle ? Elle est venue rendre visite à Michaela il y a quelques années. Nous ne voulons pas qu'il l'apprenne... Nous ne l'avons même pas encore dit à Miriam..." lui expliqua Sully.
"Michaela va parler du voyage à Dorothy aujourd'hui... et elle lui demandera de ne rien dire non plus, tu comprends..."
L'homme-médecine hocha immédiatement la tête et Sully tendit la main.
"Merci pour tes conseils, Nuage-Dansant... Et n'oublie pas de parler aux Esprits pour nous..."
Nuage-Dansant sourit.
"Je n'oublierai pas... Dis à Michaela que j'espère qu'elle va apprécier ce voyage... Et dis à Brian qu'il est devenu un homme, avec toute la sagesse d'un homme... Ce sera important lorsqu'il se rendra dans la maison de son père."
"Je leur dirai," répondit Sully. "Je te revois dans quelques semaines."
Il traversa rapidement la clairière jusqu'à son cheval qui paîssait paisiblement dans l'herbe haute.
Il le monta et jeta un dernier regard vers son frère qui se tenait seul dans la clairière.
Il lui fit un signe de la tête et donna un coup de talon dans le ventre de l'animal, le faisant galoper à toute vitesse vers la maison.
Adrian se tenait sous le porche du saloon et regardait de l'autre côté de la rue, se sentant un peu perplexe.
Il avait pris sa position habituelle peu après le déjeuner et avait impatiemment attendu que Michaela arrive, s'attendant à la voir accueillir un patient ou à partir en voir un.
Elle irait peut-être même au café ou au bureau du télégraphe.
Il adorait la voir marcher, observer sa démarche pleine de confiance, sa silhouette fine et ses cheveux roux brillants.
Un de ces jours, il allait rassembler assez de courage pour aller lui parler, seul à seul, surtout au sujet des roses.
Il avait été amèrement déçu par son refus de ses cadeaux si simples.
Il devait même admettre qu'il avait été un peu furieux.
Il voulait, avait besoin de parler avec elle à propos de cela, d'expliquer pourquoi il lui avait envoyées, et de lui dire enfin ce qu'il ressentait.
Il se moqua de lui-même.
Il n'avait pas eu le courage de le faire il y avait des années.
Aurait-il le courage maintenant ?
Il s'était convaincu, dès le moment où il avait décidé de partir dans l'Ouest, qu'il aurait ce courage, qu'il devrait l'avoir, mais dans la réalité, c'était bien différent.
Mais la clinique restait bizarrement très calme.
Les rideaux de dentelle étaient tirés, la porte close.
Il n'y avait aucun mouvement derrière les fenêtres et aucun patient n'avait attendu sur le banc à l'extérieur.
Enfin, il traversa la rue avec prudence et grogna à l'intérieur de lui-même lorsqu'il découvrit le panneau 'Fermé' sur la porte.
Son dégoût se transforma vite en inquiétude.
Andrew avait bien été au Château lorsqu'il était parti, ce qui voulait dire que c'était un jour où Michaela aurait dû être à la clinique.
Peut-être était-elle malade ?
Il avala difficilement sa salive.
La vie ne valait pas la peine d'être vécue si quelque chose lui arrivait.
Il inspira profondément en essayant de calmer son coeur qui s'était emballé.
Il agissait de façon stupide !
Cela ne lui ressemblait pas de laisser vagabonder son imagination, sur des sujets comme celui-là du moins.
Aussi nonchalamment que possible, il s'éloigna de la clinique en essayant de savoir quelle serait sa prochaine étape.
Lorsqu'il repéra Dorothy Jennings et la jeune madameCook qui entraient dans le magasin, il eut une idée.
Il lissa son manteau, replaça son chapeau et partit dans leur direction.
Adrian ne s'était jamais attardé dans le magasin de Colorado Springs.
Il semblait être un lieu de rencontre, comme le saloon, bien que les gens qui se retrouvaient là n'étaient pas les mêmes.
Ecouter des ragots ou s'impliquer dans des racontards ne lui avaient jamais plu, et il avait eu l'impression distincte, les rares fois où il s'y était rendu, que les rumeurs étaient la principale préoccupation de ceux qui erraient dans ce magasin encombré.
Il avait été légèrement amusé dans le passé par les chuchotements confidentiels à propos d'un habitant, d'un événement ou d'un accident tragique dans une ville proche, mais il n'y avait jamais participé.
Aujourd'hui, il entra, balaya du regard les habitants qui étaient là et puis, fit comme il avait vu les autres faire.
Il marcha sans but entre les rayons, prenant un article, l'examinant, le reposant sur l'étagère avant de continuer, tout en écoutant la moindre information intéressante.
Avec à la fois madame Jennings et madame Cook au magasin, il était sûr que la conversation finirait finalement par toucher Michaela et sa famille.
Au lieu de cela, il les écouta papoter au sujet du prochain mariage entre le frère de Mrs Cook et la jeune Kathleen Enders et à propos de l'article que Mrs Jennings allait écrire sur l'augmentation du prix des billets de train.
De temps à autre, le vieux Loren Bray coupait la conversation avec une de ses opinions qui faisait inévitablement rire ceux qui l'écoutaient, mais nul ne mentionna Michaela.
Il plissa les yeux.
Il devait trouver un moyen de savoir si elle allait bien.
Il prit enfin une profonde inspiration et s'approcha de Colleen tandis qu'elle se tenait devant Monsieurr Bray avec ses achats.
"Euh... Bonjour, madame Cook," dit-il en touchant le bord de son chapeau. "Je me demandais..."
Colleen se tourna rapidement vers l'homme qui lui parlait avec un sourire délibérément joyeux.
"Bonjour Monsieur Tilson," répondit-elle. "Vous vous demandiez ?"
"Euh oui," continua-t-il. "J'ai remarqué que la clinique en ville était fermée aujourd'hui... J'aurais aimé parler au Dr Quinn à propos de la clinique du Château... J'espère qu'elle n'est pas malade ?"
"Oh non," répondit Colleen en gardant la même joie. "Elle n'est pas malade, pas malade du tout... Elle est partie."
"Partie ?" demanda-t-il, en luttant pour garder la voix neutre et en refoulant la panique qu'elle venait de semer en lui.
"Oui, partie..." répéta Colleen. "Pour quelques semaines..."
"Oh," marmonna Adrian. "Je... j'espère qu'il n'y a pas eu d'urgence..."
Dorothy, ayant des difficultés à rester à l'écart, s'avança.
"Ils vont bien, Monsieur Tilson," s'exclama-t-elle avec un sourire aimable.
Après quelques instants, savourant son effet, elle ajouta: "Ils ont juste décidé de s'éloigner un peu, c'est tout... Je les ai vus partir, moi-même, ce matin..."
"Mais... Et si j'ai besoin de parler avec elle... à propos de la clinique ?" protesta-t-il.
"Elle peut sûrement être contactée..." demanda-t-il.
Soudain, Loren l'interrompit : "C'est sacrément étrange qu'ils partent comme ça, Dorothy," dit-il en fronçant les sourcils. "Ça ne ressemble pas au Dr Mike de faire quelque chose comme ça... Et la clinique ? Elle est partie sans le dire à personne...!"
"Oh, Loren," répondit Dorothy d'un ton apaisant. "C'était juste une décision de dernière minute... Ils savaient que Colleen et moi, avertirions tout le monde..."
"Oui... mais où sont-ils partis ?" demanda le vieil homme avec indignation.
Et sur un ton plus triste, il continua: "Ils ont emmené les enfants ?"
"Bien sûr qu'ils ont emmené les enfants," répondit Dorothy. "Katie, William et Brian... Ils ont parlé d'aller visiter certains collèges pour Brian... pour l'automne..."
Loren secoua la tête face à cette nouvelle.
"Le garçon va me manquer quand il va partir au collège," dit-il avec regrets, détournant sans le vouloir la conversation et oubliant la destination de la famille Sully.
"Il nous manquera à tous," acquiesça Dorothy. "Je ne sais pas comment je vais faire sans lui à la Gazette."
Adrian continuait à les regarder avec dégoût.
Il n'avait pas le temps pour ce petit bavardage inutile.
"Vous n'avez pas répondu à ma question, Madame Jennings... Madame Cook... Et si j'ai besoin de parler avec elle au sujet de la clinique ? Vous devez pouvoir la joindre !"
Désormais consciente du penchant de Monsieur Tilson pour les subterfuges, Colleen ne mordit pas à l'hameçon.
"Maman a laissé Andrew en charge des cliniques, Monsieur Tilson," répondit-elle avec un ton hautain inhabituel. "Il peut prendre les décisions qu'il faut... En fait, je m'attends à ce qu'il rentre du Château d'une minute à l'autre... si vous avez besoin de parler avec lui..."
Adrian grogna de dégoût. "Ça ne sera pas nécessaire... pour l'instant," répliqua-t-il. "Vous pouvez lui dire, cependant, que j'attends à ce qu'il s'occupe aussi bien de la clinique du Château qu'avant, malgré le fait qu'il doive gérer les deux... C'était très irresponsable de la part du Dr Quinn de partir sans faire d'arrangements au préalable et sans dire à personne sa destination."
Il se recula, toucha brièvement le bord de son chapeau devant le petit groupe et partit, en longeant la rue avec hâte jusqu'à l'atelier du maréchal-ferrant.
Colleen et Dorothy se regardèrent avec doutes pendant que Loren restait bouche bée de surprise devant la grossièreté du directeur du Château qu'il pensait bien maniéré.
Sully observait le paysage inhabituel de plaines défiler, toujours souligné au loin par les hautes montagnes immobiles. D'après ses calculs, ils étaient à seulement une heure environ de Cheyenne où ils devaient rester pour la nuit ; puis le lendemain, ils partiraient pour Salt Lake City.
Il regarda Michaela, dont la tête était posée sur son épaule.
Elle avait les yeux fermés, mais il n'était pas certain qu'elle dormait.
William était profondément endormi dans l'écharpe en peau de daim qu'elle portait autour d'elle.
Ils avaient longtemps discuté au sujet de l'écharpe, sachant bien qu'ils allaient recevoir des regards curieux, mais elle leur permettait de ne pas avoir à tenir William dans leurs bras tout le temps.
Il y était en sécurité et il n'y avait aucun danger qu'il glisse des mains de quelqu'un qui sombrait par inadvertance dans le sommeil.
Le petit bébé s'était bien comporté jusque-là.
En fait, le mouvement rythmique et continuel semblait l'apaiser, donc il dormait plus longtemps entre deux têtées.
Sully sourit.
Ils allaient certainement le payer ce soir lorsqu'il voudrait jouer au lieu de dormir.
Il observa le visage de sa femme, asisse immobile à côté de lui.
Plus ils s'étaient éloignés de Colorado Springs, plus elle s'était détendue et semblait être devenue légère.
Elle avait été très vivante durant leur rapide déjeuner à Denver avant d'embarquer sur le train pour cette nouvelle partie du trajet.
C'était presque comme si, avec chaque mile parcouru, toutes ses préoccupations et ses inquiétudes se soulevaient petit à petit de ses épaules.
Son coeur s'emplit d'amour pour elle et il lui saisit tendrement la main qu'elle avait posée sur son genou.
Lorsqu'elle la bougea, il sut qu'elle ne dormait pas.
Il lui caressa le dos de la main avec son pouce.
Cela lui faisait toujours du bien de faire cela.
Il sentit sa tête bouger sur son épaule et il se tourna un peu pour voir qu'elle le regardait.
"Tu es fatiguée ?" demanda-t-il.
Elle secoua la tête. "Pas vraiment... Juste détendue je crois," répondit-elle doucement. "Et toi ?"
"Je vais bien," répondit-il rapidement. "Nous serons bientôt à Cheyenne."
"Hum... Je me demande à quoi ça ressemble," murmura-t-elle.
"A peu près comme toutes les villes de l'Ouest, je suppose," répondit-il. "Même si avec un nom pareil, ça devrait être intéressant."
Il leva sa main jusqu'à ses lèvres et l'embrassa.
Elle soupira de satisfaction et se rapprocha de lui.
Sully reposa leurs mains jointes sur ses genoux et demanda tout bas : "Tu veux que je prenne William ? Il doit être lourd..."
"Ça va pour l'instant," répondit-elle en le repositionnant contre son ventre et sa poitrine.
"Il voudra bientôt être nourri," dit-elle avec regrets.
Nourrir son fils en public, même si Sully faisait de son mieux pour la cacher des gens qui pouvaient marcher dans l'allée, la mettait toujours mal à l'aise.
"Peut-être qu'il attendra qu'on arrive à Cheyenne," suggéra Sully.
Elle sourit. "J'espère," dit-elle.
Il lui serra la main pour la rassurer.
Il jeta un coup d'oeil de l'autre côté où Katie avait insisté pour s'asseoir à côté de Brian.
Il rit lorsqu'il les vit et donna un coup de coude à Michaela avant de lui indiquer de la tête qu'elle devait aussi regarder.
Elle se pencha en avant et sourit également.
La petite fille excitée qui avait amusé Brian et qui lui avait posé d'innombrables questions durant tout le trajet, s'était finalement endormie sur les genoux de son frère.
Brian regardait par la vitre, perdu dans ses pensées, et tenait sa petite soeur entre les bras.
"Ça va, Brian ?" demanda Sully de l'autre côté de l'allée. "Tu veux que je la prenne ?"
Le jeune homme se tourna et sourit.
"Ça va, papa," répondit-il. "Je crois que son excitation a finalement eu raison d'elle..." murmura-t-il. "Dans combien de temps allons-nous nous arrêter, d'après toi ?"
"Ça ne devrait plus être bien long," répondit Sully.
Il remarqua l'étincelle dans les yeux de son fils.
"Je ne pense pas qu'elle soit la seule à être excitée," dit-il.
Brian eut l'air penaud pendant un instant et dit doucement : " Je pensais à San Francisco depuis si longtemps... et aussi à papa et Lillian... où ils habitaient, ce que papa faisait... Maintenant, je vais enfin le savoir..."
Il sourit presque timidement. "Merci de m'avoir emmené."
Michaela sourit avec tristesse.
"Penser que tu aurais pu vivre là-bas," songea-t-elle. "Si ton père l'avait décidé..." Elle s'arrêta.
Elle avait toujours été très prudente de ne jamais critiquer le père de Brian en sa présence.
"Tout va bien, maman," répondit Brian. "Je suis content qu'ils ne nous aient pas emmenés avec Colleen... Je n'imagine pas ce que ma vie aurait été loin de toi et de papa..."
Il regarda sa petite soeur blottie avec tant de confiance contre lui.
"Loin de Katie et de William... sans parler de Matthew..."
Il s'arrêta et dit d'un air songeur : "Colleen n'aurait jamais rencontré Andrew..."
Sully dit : "Toi et Colleen, vous étiez destinés à vivre avec nous Brian,..."
Brian hocha la tête d'un air pensif.
"J'aimerais juste que papa m'écrire plus souvent... J'ai l'impression de ne pas le connaître du tout... Matthew dit que je ne le connais pas parce que je me souviens seulement de lui quand j'étais un petit garçon..."
Il regarda Sully dans les yeux et dit : "Matthew n'aime pas papa, n'est-ce pas ? Comment quelqu'un peut ne pas aimer son père ?"
Sully haussa les épaules.
"Matthew est bien plus âgé que toi Brian... Quand Ethan est parti, il a eu l'impression qu'il devait être l'homme de la famille... C'est un lourd fardeau quand tu n'es encore qu'un enfant... Souviens-toi, il était plus jeune que toi..."
Brian avala difficilement sa salive.
"Et il avait une petite soeur et un petit frère à s'occuper," dit-il. "Et je sais que maman était très en colère quand papa est parti..."
Sully hocha la tête et Michaela dit : "Matthew est très en colère après ton père... Ça ne veut pas dire qu'il ne l'aime pas, au fond de lui... Il y a une différence..."
"Je n'en suis pas si sûr... Avant le départ, il m'a averti qu'il ne fallait pas que j'en attende trop de lui..." dit Brian.
Puis il continua "Il a dit qu'il y avait de grandes chances que je sois déçu..."
Il serra sa soeur qui remuait dans ses bras.
"Peut-être que je serai déçu... Je ne sais pas... Peut-être que je trouverai plein de choses que je n'aime pas chez lui... ou que je ne savais pas... ou..."
Il fit une pause.
"Je crois qu'il vaut mieux que j'attende... Mais en tout cas, j'ai hâte de visiter San Francisco avec vous et les enfants... Ça va être super."
Michaela et Sully sourirent avec indulgence à leur fils qui grandissait si vite et dont le coeur et l'esprit étaient si ouverts.
"Nous avons tous hâte, Brian..." répondit Sully avant de sursauter lorsque William poussa un cri strident en se réveillant.
"Même William," ajouta-t-il avec un sourire.
Il regarda Michaela et dit : "On dirait que le petit bonhomme ne pourra pas attendre Cheyenne..."
Michaela secoua la tête avec regrets et se prépara à nourrir William au fond de ce vieux train.