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La vie n'est pas un long fleuve tranquille

Série : Gossip Girl (2007)
Création : 01.08.2012 à 13h26
Auteur : katido 
Statut : Terminée

« La vie n'est pas un long fleuve tranquille ! » katido 

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Blair tenta de se concentrer sur ses mails. Elle n’aurait jamais imaginé qu’en quelques jours d’absence, il y aurait autant de travail accumulé et de tâches à rattraper.

La voiture fit une embardée et son ordinateur glissa de ses genoux sur le siège en cuir. Elle aboya au chauffeur d’aller repasser son permis s’il ne voulait pas être viré.

Georges se contenta d’opiner du bonnet sans répondre. Il était inutile de tenter d’expliquer qu’il avait simplement voulu éviter un renard qui avait déboulé d’un talus sur la petite route de campagne qui menait à l’autoroute. Elle l’aurait sans doute fait arrêter la voiture et crapahuté pour tenter de rattraper l’animal afin de pouvoir l’utiliser dans la prochaine collection automne/hiver de Waldorf Design.

De plus, loin de lui l’idée de la contrariée plus qu’elle ne l’était déjà. Elle était d’une humeur de chien depuis l’instant où il avait transporté ses bagages dans le coffre. A la seconde où Monsieur Bass avait lâché sa main pour refermer la portière du véhicule, son sourire s’était fané pour laisser place à une mine maussade qui ne s’éclaircissait que de temps à autre, lorsqu’elle contemplait la bague qui scintillait à sa main gauche. Le trajet jusqu’à Paris allait être extrêmement long et pénible.

Blair soupira en repensant au fait qu’elle rentrait sur la capitale quand ses amis et son fiancé retournaient à Monaco.

Chuck lui avait promis de la rejoindre le plus rapidement possible. Dès qu’il aurait pu voir Victoria. Il n’avait aucune intention de s’attarder pour une petite réunion familiale avec Elisabeth. Il avait beau faire semblant que ça lui était égal, elle savait qu’il souffrait qu’elle l’ait abandonné quand elle avait choisi d’élever ses autres enfants.

Il y a un peu plus de deux ans, elle avait expliqué qu’elle était trop jeune et ne se sentait pas la fibre maternelle. Qu’elle ne voulait pas d’enfant dans sa vie et que c’était Bart qui avait fait le choix de garder Chuck auprès de lui, alors qu’il était prévu qu’il soit adopté. Encore un autre mensonge qui le rongerait de l’intérieur et s’étendrait jusqu’à son cœur.

Elle poussa un autre soupir en pensant à sa propre mère. Leur relation n’avait pas toujours été rose mais elle s’était améliorée ces dernières années et elle se renforçait avec le temps.

Elle n’aurait jamais pensé, il y cinq ans, que sa mère lui ferait assez confiance pour lui confier son entreprise, son autre bébé, qui, elle en avait l’impression parfois, comptait plus qu’elle aux yeux de la styliste.

Elle termina de répondre à ses mails pour s’avancer le plus possible dans son travail durant le reste du trajet. Elle avait eu droit à un traitement de faveur qu’Eléanor Waldorf n’aurait accordé à personne d’autre.

La voiture s’immobilisa devant l’appartement des Waldorf-Rose et la jeune femme sentit l’excitation dans tous ses membres. Il lui tardait de faire voir sa bague à sa mère et de lui annoncer ses fiançailles. Elle ne lui avait rien dit au téléphone car elle voulait voir sa réaction sur son visage.

Blair n’ignorait pas qu’elle appréciait Chuck et qu’elle pensait qu’il était celui qui comblerait sa fille de joie et de bonheur. Sinon, pourquoi serait-elle allée le chercher pour tenter d’interrompre son mariage avec Louis ?

La jeune fille frissonna en se remémorant cet évènement et ceux qui l’avaient suivi.

Mais tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes à présent. Chuck lui avait demandé de l’épouser.

Elle ne s’attendait pas à ce qu’il le fasse si tôt. Elle pensait qu’il attendrait d’avoir réglé la situation avec son père au sujet de son héritage. Qu’il voudrait être certain de pouvoir assurer son avenir professionnel avant de s’engager véritablement avec elle.

Il avait été plus que clair sur le toit de l’Empire, quand elle avait enfin pris conscience de sa stupidité et lui avait déclaré ce qu’elle savait au fond d’elle depuis toujours : Qu’il était son seul et unique amour et qu’il le serait à jamais. 

Apparemment, il avait su mettre son orgueil et sa sacro-sainte fierté de côté pour faire passer leur amour en priorité et cela faisait danser son cœur de joie. Elle était plus importante que tout le reste pour lui, y compris Bass Industrie.

Elle fut accueillie à bras ouverts par Cyrus.

- Tu es toujours aussi belle.

- Et toi toujours aussi charmeur.

- Viens là, Cyrus en veut plus, dit-il en prolongeant leur étreinte.

- Maman est là ?

- Dans un petit quart d’heure, elle est sortie faire une course.

- Mademoiselle Blair, voulez-vous que je vous prépare un petit encas ? demanda Dorotha en pointant le bout de son nez hors de la cuisine.

- Non, merci, je n’ai pas faim, dit la jeune femme en lui tendant son manteau.

La femme de chambre poussa un cri aigu et porta ses mains à sa bouche.

- Oh Mon Dieu, Mademoiselle ! Ça y est, il l’a fait. Monsieur Chuck vous a demandé de l’épouser, sautilla-t-elle comme une petite fille en enlaçant sa protégée dans ses bras.

- Blair ! Mais pourquoi ne me disais-tu rien ? questionna son beau-père en se joignant aux deux femmes.

- Mais qu’est-ce qui se passe ici ? interrogea Eléanor en passant la porte.

- Monsieur Chuck a enfin fait sa demande, couina Dorotha en lieu et place de Blair.

Sa mère jeta un œil à sa bague avant d’afficher un sourire admiratif.

- Je suis contente que tout ce soit arrangé entre vous, dit-elle en étreignant sa fille à son tour. Lorsqu’il est passé la semaine dernière, j’ai été tellement désolée pour lui que je l’aurais presque serré dans mes bras. Si tu avais vu sa tête quand il a compris que tu n’étais pas là où tu le lui avais dit, il avait le cœur brisé le pauvre, continua Eléanor.

Ça, Blair avait pu s’en rendre compte par elle-même. Elle se mordilla la lèvre inférieure, il avait dû prévoir une soirée romantique pour la surprendre. Peut-être même qu’il avait prévu de lui faire sa demande ce soir-là.

- Pendant un instant on a tous les deux pensé que tu avais eu un autre accident.

La brunette sentit son cœur se serrer en imaginant ce qu’ils avaient dû ressentir à ce moment-là.

- La prochaine fois que tu veux faire des cachoteries et que tu m’utilises comme alibi, préviens-moi au moins, que je n’ai pas l’air d’une idiote. D’ailleurs, je préfèrerais que ça ne se reproduise plus. Ce jeune-homme a de réels sentiments pour toi et je sais que tu les partages, alors évite de faire des choses stupides qui pourraient te le faire perdre à tout jamais, ajouta-t-elle sur le ton de la réprimande.

- Ne t’inquiète pas, je n’ai pas l’intention de jouer avec lui, je ne ferai rien qui pourrais nous mettre en danger à nouveau. Si je lui ai menti c’était parce que je voulais le protéger, mais je me suis rendue compte que la pire chose que je pouvais lui infliger, c’est de ne pas avoir assez confiance en lui pour tout lui dire.

- A la bonne heure, dit Eléanor en prenant les mains de sa fille. Je crois que cette fois, vous êtes sur le bon chemin. Je l’espère pour vous en tout cas, parce que vous le méritez amplement tous les deux, après toutes les épreuves que le destin vous a fait traverser.

- Et il n’a pas fini apparemment ! grommela Blair entre ses dents.

- Pourquoi ça ? questionna sa mère, en soulevant un sourcil.

La jeune femme expliqua les derniers évènements à sa famille qui n’en revenait pas d’une pareille possibilité.

- Je savais que Bart Bass n’était pas le meilleur des pères, mais de là à séparer une fratrie, jumelée qui plus est. C’est quasiment inhumain ! commenta Cyrus.

- Comment Monsieur Chuck prend-il la nouvelle ? s’inquiéta Dorotha.

La femme de charge avait toujours eu une tendresse particulière pour le jeune homme et pas seulement parce qu’il lui avait offert le plus beau mariage qu’elle ait jamais pu rêver, mais surtout parce qu’elle savait parfaitement qu’il aurait fait n’importe quoi pour Mademoiselle Blair.

Elle n’avait pas oublié la période où les deux amoureux passaient un nombre d’heures incalculables ensemble et combien il était capable de rendre sa protégée heureuse au-delà de toute limite.

Bien plus que n’importe quel autre de ses prétendants, qu’il soit Lord Anglais ou Prince Français, elle ne faisait même pas mention de ceux qui n’avaient pas de titre ou qui se prenaient pour des intellectuels talentueux.

- Mieux que ce que je n’aurais pensé, du moins en apparence, répondit Blair.

- Chuck est un jeune homme solide. Je suis certaine qu’il sera capable d’affronter cette nouvelle épreuve, surtout avec toi à ses côtés, affirma Eléanor en passant un bras autour des épaules de sa fille pour la guider vers le salon. Et maintenant, si tu appelais ton père pour lui dire que sa petite fille devra être accompagnée une nouvelle fois jusqu’à l’autel ?


katido  (11.09.2012 à 19:10)

Le groupe de musiciens devait se retrouver au complet sur une scène des Champs Elysées quelques jours avant la fête nationale française.

Entre temps, il était prévu que Matt rejoigne sa sœur à Monaco. Elle avait terminé son stage au musée océanographique le 30 juin et ils profiteraient d’une semaine de vacance à deux avant l’arrivée de leur mère dans la principauté.

Bien sûr, Chuck n’était pas censé faire partie du tableau mais, depuis leur rencontre, les jumeaux avaient convenus que Victoria méritait de connaître la vérité et que le plus tôt serait le mieux.

L’Australien était convaincu que sa mère aurait une bonne explication à fournir, même s’il avait du mal à imaginer une quelconque raison qui pourrait justifier pareille trahison, non seulement envers son jumeau, mais également envers lui. Car elle l’avait privé d’une part de lui-même en quelque sorte.

Ils avaient toujours été proches, même quand Jack tentait de s’immiscer entre eux. Souvent avec succès ! Mais c’est à l’amant de sa mère qu’il en avait toujours tenu rigueur et non à elle-même. Enfin, pas vraiment. Il préférait la voir comme une victime de l’amour que comme une mère inconstante car elle ne lui avait jamais fait défaut jusqu’à l’arrivée de l’intrus.

Le jeune homme dépassa la réception et entra dans le bar de l’hôtel où il devait retrouver sa sœur.

- Hé Matt, cria la jeune fille avec un sourire immense en se jetant au cou de son frère.

Elle l’enlaça comme si elle ne l’avait pas vu depuis des mois. Ce qui était le cas, car elle était repartie en internat à Brisbane, depuis le mois de mars et ce, jusqu’à la mi-juin. Officiellement elle suivrait des cours de biologie marine à la rentrée prochaine, ce qui lui avait valu de poser le pied sur le rocher et de pouvoir prendre le large loin de son Australie natale.

Elle adorait l’océan et sa population, c’était comme un autre monde où évoluaient des espèces différentes qu’elle pouvait répertorier et catégoriser. Où elle pouvait exercer son esprit cartésien de façon scientifique à défaut de purement mathématique.

- Tu as l’air en forme, dit le jeune homme en lui rendant son sourire.

- Pas autant que toi. La liberté, ça a du bon, rit-elle.

Il savait qu’en réalité, elle faisait allusion à elle et non pas à lui. Elle attendait impatiemment le 22 juillet, jour de ses 18 ans, et par conséquent de sa majorité, pour enfin donner libre court à ses véritables envies.

- Je suppose que ce sera encore mieux à la fin du mois, ironisa-t-il.

- Et comment ! D’ailleurs, j’ai repéré quelques établissements à Canberra pour une idée de projet qui devrait plaire à mon père. J’ai déjà établi une liste des coûts et recettes potentielles et je suis certaine que quand il verra ce que j’ai réparé et de quoi je suis capable, il me laissera embarquer dans le navire avec lui.

Son frère n’en n’était pas si certain. Jack avait toujours soigneusement évité que sa fille ne s’approche de trop près du domaine des affaires. Maintenant qu’il connaissait son jumeau et son implication dans Bass Industrie, il doutait que ses arguments misogynes soient ses véritables motivations.

Il disait qu’il ne voulait pas de ça pour elle, que ce n’était pas la place d’une femme parce qu’elles étaient toujours plus ou moins obligées de coucher pour parvenir à avoir une chance de prouver leur valeur et qu’ensuite elles n’étaient plus prises au sérieux.

Le jeune homme ne doutait pas que ce soit sa manière de traiter avec la gente féminine. « Tonton Jack », son beau-père, qui était subitement devenu réellement son oncle à la lumière des derniers mensonges révélés, n’avait jamais su garder sa braguette fermée.

Du moins, c’est de cette manière dont il s’en souvenait après qu’il se soit séparé de sa mère il y a sept ans. Avant ça, Matt était absent plus des trois quarts du temps du domicile familiale. Et il ne se rappelait pas vraiment, car à l’époque il ne s’en souciait guère, de ce que Jack faisait de son « temps libre »

Tout ce qu’il se remémorait parfaitement et avec une profonde aversion, c’est que sa mère se pliait toujours aux caprices de son amant, n’hésitant pas à le confier à une nounou de fortune pour le week-end, quand il était depuis sa naissance, le seul et unique objet de son attention.

- Qu’est-ce que tu en dis, c’est brillant non ? demanda sa sœur, fière d’elle.

Matt la regarda, hébété.

- Tu n’as rien écouté, bouda-t-elle.

- C’est que … tu sais, moi, les histoires qui concerne Bass Océanie…

Il ne mentait pas, même s’il avait un tant soit peu prêter l’oreille à ce qu’elle venait de dire, il n’aurait pas compris la moitié de ce dont elle parlait de toute façon. Tous ces nombres et ces colonnes de chiffres à additionner et à soustraire, ça lui donnait la migraine rien que de les regarder sur le papier.

Il était bien plus à l’aise avec la littérature, les poèmes, les rimes, les pieds, les vers et les notes qui dansaient sur la portée, derrière la Clef de do, de sol ou de fa. Ou encore en sport. Il connaissait par cœur le classement des meilleurs champions de surf d’Australie et des autres continents avec leurs temps et leurs handicaps respectifs.

Il pouvait visualiser géométriquement une vague en approche pour en déterminer l’algorithme et en définir la courbe afin de réussir à prédire où et comment les rouleaux allaient se développer, mais cela n’avait rien à voir avec les mathématiques à son sens. Il fallait être aveugle pour ne pas savoir faire ça. Il suffisait simplement à tout un chacun d’ouvrir les yeux et d’en faire la projection mentale.

- Tu es vraiment désespérant, se plaignit Vic en se laissant retomber sur sa chaise. Est-ce que tu te rends compte que je te parle de mon avenir, là ! Bien entendu, toi, tu te contentes d’apprendre le surf et la faune aquatique à des gamins maintenant. Et tu n’aspires plus à autre chose que de vivre tranquille, peinard chez toi. Mais moi, j’ai encore toute la vie devant moi et je veux conquérir un autre monde que le sous-marin. D’ailleurs, il n’y a pas si longtemps, tu le voulais aussi.

Il laissa échapper un soupir. Ce temps-là était définitivement révolu.

Sa sœur se mordit l’intérieur de la joue. Elle aurait dû faire preuve de plus de tact. Elle connaissait assez son frère pour savoir qu’il faisait contre mauvaise fortune bon cœur. S’il n’avait pas eu cet accident, il y a six mois, il serait sur sa planche à l’heure qu’il est, défendant les couleurs de l’équipe nationale et apprivoisant les vagues pour monter dans le classement et accéder au podium.

Il était à un très haut niveau, juste à deux places de la 3ème marche, quand le sort avait décidé de le couper net dans son élan. Il était resté dans le coma pratiquement une semaine après l’accident.

Elle frissonna en repensant qu’un requin aurait bien pu l’avaler tout cru en guise de petit déjeuné. Il avait dérivé suite au passage d’un jet ski qui se trouvait dans la zone réservée aux surfeurs.

Il avait évité le choc frontal de peu, mais il avait été désarçonné et malgré sa connaissance de l’océan et sa pratique quotidienne de la natation, le courant l’avait entrainé en zone rouge, où il n’avait pu éviter un écueil qui l’avait projeté sur un des récifs qui bordaient l’endroit.

Si un catamaran de plaisance n’avait pas aperçu son corps rejeté sur les rochers, il serait sans doute resté là, inerte, pendant des heures et des heures avant que sa disparition ne soit signalée et que les secours ne le retrouvent.

Il était hors-jeux pour la compétition à présent. Il avait eu de la chance de ne pas être cloué dans un fauteuil roulant pour le restant de sa vie. Ses sponsors l’avaient tous lâché l’un après l’autre car ses conditions physiques ne lui permettraient plus jamais le surf à un niveau professionnel. Son entraîneur lui avait dégoté un post de prof de surf et de plongée dans une marina de Melbourne où il s’était installé avec Shaori et Hugo.

- Je sais combien ça compte pour toi, et je suis certain que tu t’en sortiras parfaitement. Jack n’aura pas d’autre possibilité que de te donner ta chance, l’encouragea-t-il malgré ses réserves.

Vic lui fit un petit sourire en coin, qui prouvait qu’elle savait qu’il ne pensait pas qu’elle ait la moindre chance avec son père.

Il pensait surtout que quelqu’un d’autre pourrait bien forcer la main du destin pour que sa sœur puisse avoir le pied à l’étrier. Sauf que d’après ce que Serena lui avait raconté, ni Chuck, ni Jack n’avaient plus leur mot à dire au sein de Bass Industrie.

- Je connais quelqu’un qui pourrait avoir un avis bien plus professionnel que moi sur ton projet, dit-il soudain, trouvant là, la meilleure des manières pour présenter les choses à sa sœur.

Un large sourire anima le visage de la jeune fille.

- Vraiment ? Et qui ? Depuis quand tu connais du monde qui t’intéresse dans le milieu de l’immobilier ?

- Depuis très récemment en fait. J’ai sauvé une fille de la noyade et il se trouve que son frère connaît pas mal le sujet.

- Comment il s’appelle ? Tu l’as rencontré ? Tu as ses coordonnées ? Il est Français ? Australien ?

- Non, il est Américain, New-Yorkais pour être exact et il s’appelle Chuck Bass.

Les yeux de la jeune fille s’agrandirent.

- Bass, comme … mon père ? s’écria-t-elle.

Matt hocha la tête avant de lui expliquer sa découverte et comment il avait rencontré un jeune homme qui lui était physiquement identique.

La jeunette écouta stoïquement son frère sans l’interrompre, pour la bonne raison qu’il n’y avait aucun mot qui puisse décrire ce qu’elle ressentait.

Elle n’en croyait pas ses oreilles et si ça n’avait été son grand frère protecteur qui avait prononcés ces paroles, elle aurait surement traité la personne de menteuse.

Mais Matt était son confident, ils étaient très proches. Il n’aurait pas inventé un truc pareil pour lui faire une blague de mauvais goût. Il était toujours là pour elle, quelque soit le jour ou l’heure, au contraire de ses parents qui étaient sans cesse absents ou occupés pour une raison ou une autre.

Elle était de toute manière en pensionnat la plupart de l’année depuis qu’elle avait douze ans et cela n’aurait fait aucune différence pour elle qu’ils soient chez eux ou pas.

Mais savoir qu’elle avait un autre frère la fit frémir. De peur tout d’abord, puis de joie et d’excitation. Celle-ci grandissant au fur et à mesure que Matt lui donnait des détails sur celui qui était l’héritier, non seulement de Bass Océanie, mais de Bass Industrie tout court et qui en était à la tête pas plus tard que les mois précédents.

Comment avait-elle pu être aussi idiote pour se concentrer sur la partie de l’entreprise que gérait son père sans jamais chercher à en savoir plus sur le groupe de tête ?

Elle savait très bien pourquoi, mais elle ne l’admettait que difficilement et jamais aux autres, sauf à Matt bien entendu.

Ce qu’elle recherchait depuis sa plus tendre enfance, c’était la reconnaissance paternelle. Ses parents s’étaient séparés un peu avant qu’elle ne soit envoyée en internat, quelques semaines après l’overdose de Matt.

Et elle cherchait un moyen de se rapprocher de son père depuis ce temps-là. C’est pour ça qu’elle s’était concentrée sur la branche australienne, parce que c’était simplement ce que son père gérait et qu’elle ne voyait pas plus loin.

Il voyageait fréquemment pour les affaires quand ils vivaient sous le même toit. Il n’était pas le genre de papa qui racontait des histoires ou l’emmenait à ses cours de plongée.

Mais quand il était à la maison, elle s’asseyait à côté de lui sur le sofa pour admirer les paysages aquatiques de son livre sur la grande barrière de corail (c’est lui qui le lui avait offert pour ses 7 ans) et l’observait à la dérobée lire les pages du journal financier.


katido  (12.09.2012 à 17:44)

Vic prit la chose bien mieux que Matt ne l’avait imaginée.

Elle resta assise pendant plusieurs longues minutes à ingérer les informations complètement hallucinantes qu’il venait de lui donner, avant de laisser exploser son impatience.

- Quand est-ce que je le rencontrerai ? questionna-t-elle en sautillant sur son siège. Pourquoi il n’est pas venu avec toi ? Il est ici, à Monaco, n’est-ce pas ?

La jeune fille n’intégrait pas encore vraiment la trahison que cela impliquait de la part de leurs parents. Il faut dire qu’elle était un peu désabusée par sa relation avec eux.

Si Matt avait toujours été très proche de sa mère, surtout pendant ses premières années, elle, avait connu sa mère et son père en couple dès sa naissance. Il était fréquent que les deux enfants passent le week-end ou la semaine avec des jeunes filles au pair ou la concierge du World Tower, qui servait souvent de nounou, pendant que les adultes voyageaient « en amoureux »

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, sa mère ne l’avait jamais fait passer en priorité avant son père. Elle se rangeait plus que fréquemment à son avis et lui, sa priorité, c’était BO !

Pour elle, elle gagnait un frère et, vu sa complicité avec le premier, il était évident que cela ne pouvait qu’être positif d’en avoir un deuxième.

- On n’était pas certain de ta réaction et on s’est dit que c’était mieux si je t’expliquais d’abord.

- Ok, tu m’as expliqué, maintenant on peut aller le voir ?

Le jeune homme acquiesça et emmena sa sœur, excitée comme une puce, jusqu’à la suite de Chuck.

Au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient de leur but, il vit l’anxiété grandir sur le visage de Vic.

Elle n’était pas du genre à avoir froid aux yeux, mais la situation et ses conséquences commençaient à se décanter dans son esprit.

- Et s’il ne veut pas de sœur ? questionna-t-elle soudain, dans le couloir en sortant de l’ascenseur.

- Il en a déjà une, adoptive, et de toute manière, ce n’est pas vraiment une option.

- Et pourquoi une adoption ? Son père ne pouvait se contenter d’épouser une autre femme ? Mon père ne t’a jamais adopté, lui.

« Encore heureux » se retint de dire le brun.

- Parce qu’il pensait que son père était mort, réexpliqua-t-il à la place.

- Je croyais que c’était maman qui s’était faite passer pour morte, argumenta-t-elle.

- Elle aussi, répéta Matt.

Sa sœur n’avait écouté que la moitié de ce qu’il lui avait raconté au bar. Dès l’instant où elle avait entendu les mots « Bass » et « industrie » dans la même phrase, les rouages de son cerveau s’étaient mis en mode fonction principale et avaient éliminés tous les autres parasites.

Ceux-ci commençaient à remonter lentement de l’endroit où il les avait évacués quelques minutes plutôt.

- On a vraiment une famille de tarés ! s’exclama-t-elle.

Et Matt ne put pas le réfuter.

Quand il frappa à la porte de la suite, le cœur de Vic battait à cent à l’heure.

Une grande blonde, qui était sans doute un top model, ouvrit la porte.

- Serena, dit son frère, voici Victor…

- Vic, le coupa sa jeune sœur en bousculant presque la jeune femme pour entrer dans la pièce.

Un jeune homme aux yeux clairs était à moitié vautré dans le canapé et son regard étudia les muscles saillants sous son polo et les petites fossettes qui creusaient ses joues. Plutôt belle gueule et bien foutu, nota-t-elle inconsciemment, car elle était là pour autre chose.

Son regard se focalisa sur une copie parfaite de Matt. Encore plus que parfaite. Il avait les cheveux plus courts, un peu comme Matt quand il surfait, et portait un Armani gris clair bien coupé, sur une chemise rose tendre, avec une cravate à fines rayures du même rose sur un fond gris perle. Une pochette assortie était fichée à la boutonnière de sa veste, qui tombait impeccablement et parfaitement, sans aucun faux-plis.  

Sûr que Matt ne s’habillerait jamais comme ça de sa vie, même pas pour un mariage ou un enterrement, même pas pour son propre mariage, sourit-elle.

Chuck observa la petite brune s’avancer dans la chambre. Ses cheveux, coupés au carré, tombaient à hauteur de ses épaules. Ses traits étaient plus fins que les siens, sa mâchoire, moins carrée et plus allongée, comme celle de Jack. Mais elle avait définitivement les yeux de leur mère elle-aussi.

Elle portait un bustier-corset mauve qui mettait en valeur sa taille fine et une jupe noire, droite et fendue sur une dizaine de centimètre au-dessus du genou du côté gauche.  

Des boucles d’oreilles, en forme de gouttes de verre, ornaient ses lobes et rappelait le tour de cou qu’elle portait, le pendentif  tombant juste entre les deux os de l’extrémité interne de ses clavicules.

Elle était menue et élancée, ce qui indiquait qu’elle pratiquait fréquemment du sport. Mais tout en elle était féminin, ce qui le surprit un peu.

Se basant sur le style de Matt et sur le fait qu’elle faisait un stage d’océanographie, il s’était imaginé qu’elle aurait tout de la sportive accomplie en tenue décontractée, short et top sur un paires de basket.

Les photos que son frère lui avait montrées la présentaient toutes en maillot ou en tenue de surf ou de plongée. Il devina que c’était parce qu’ils partageaient tous les deux ces passions venues de l’océan, mais la jeune fille ne se limitait pas à ça.

Elle hésita une fraction de seconde devant lui, avant de jeter ses bras autour de son cou. Chuck eut un premier instinct de recul mais le geste ferme de la jeune fille ne lui permis pas de se soustraire à son étreinte.

Elle se recula quelques secondes plus tard, le tenant par les mains, non sans avoir oublié de laisser une trace de rouge à lèvre sur sa joue.

- Ca alors, c’est vraiment incroyable ! s’écria-t-elle dans un sourire chaleureux et éblouissant, en le jaugeant de la tête au pied. On dirait Matt, mais en mieux.

Chuck ne put retenir un sourire en coin à la vue de son jumeau qui roulait des yeux au ciel.

- Même pas en rêve, railla ce dernier à l’adresse de sa sœur qui l’observait à présent.

Son regard allait de l’un à l’autre pour détailler ses deux frères sans aucune gêne.

- Moi, c’est…

- Vic, la coupa Chuck, oui je sais, Matt me l’a déjà dit, indiqua-t-il avec un clin d’œil.

Le sourire de la jeune fille s’agrandit encore.

- Je sens qu’on va faire des étincelles tous les deux, rit-elle, lâchant enfin ses mains.

- Hmm hmm, et voici, Nate, le meilleur ami de Chuck et sa sœur Serena, intervint Matt.

- Enchantée, dit-elle avec un sourire charmeur à l’adresse du seul jeune homme dans la pièce qui n’était pas son frère et qui était beau gosse.

Ce dernier lui rendit son sourire, laissant apparaître plus profondément ses fossettes, et lui tendit sa main que Vic saisit sans la moindre hésitation. Ses yeux ne quittant pas ceux de Nate un instant.

- Tu peux m’appeler S, si tu veux, mes amis m’appellent comme ça.

La blonde se planta à côté de son ami et la petite brunette lui retourna un sourire un peu rigide avant de noter de la tête.

Il s’écoula au moins trois heures avant que le groupe ne quitte la suite. Echangeant leurs impressions et commentaires sur la situation à laquelle ils faisaient à présent face tous ensembles.

Contrairement à la première impression de Serena, la jeunette ne lui était pas hostile. Son attitude se réchauffa peu à peu à son égard au fur et à mesure que la conversation avançait.

Vic avait toujours tendance à défendre son territoire et cette sœur « adoptive » lui était apparue de premier abord comme une voleuse de frère, mais elle comprit vite en la voyant interagir avec Chuck, qu’une vraie relation fraternelle existait entre eux, presqu’aussi complice qu’entre elle et Matt.

Elle ne pouvait pas tenir rigueur à cette fille d’être la famille de son frère, quand il n’en n’avait pas eu d’autre jusqu’à maintenant.

D’un commun accord, ils décidèrent de sortir diner au Louis XV et de prolonger la soirée au Jimmy’z.


katido  (13.09.2012 à 19:58)

Les jeunes gens passaient une agréable soirée en ce premier jour du mois de juillet. Ils s’étaient restaurés au Louis VX et la conversation avait été des plus agréables. Vic ne tarissant pas de questions sur la vie de son nouveau frère et sur la partie qui l’intéressait le plus : Bass Industrie.

- Ouais, bon, si vous preniez rendez-vous pour parler boulot quand on n’est pas là, se plaint Matt au bout d’un quart d’heure, je pensais qu’on devait aller en boîte.

- Quel ronchon, grommela sa sœur en lui donnant un coup de coude. Dès qu’il n’est plus le centre de l’attention, il s’ennuie.

- Moi, je te comprends, compatit Serena avec un sourire.

- Ok, alors on bouge, résuma Nate en faisant signe au serveur de leur apporter la note.

Le groupe était sur le point de quitter le restaurant quand un BlackBerry se mit à chantonner une petite musique romantique.

- J’en connais une qui regrette de ne pas être ici avec nous, en conclut S.

Un sourire s’installa sur les traits de Chuck et il s’éloigna pour décrocher sans répondre à sa sœur.

- Bonsoir, mon fiancé chéri, le salua Blair.

- Bonsoir, la plus belle de toutes les fiancées, répondit-il.

- Est-ce que je te manque autant que tu me manques ?

- Encore plus que ça.

- Qu’est-ce que tu fais ?

- On est allé manger au Louis VX  avant de sortir.

- Je vois que vous vous amusez bien, commenta-t-elle boudeuse.

- Pas autant que si tu étais dans mes bras, susurra-t-il de sa voix grave et elle fondit comme une guimauve exposée aux flammes.

- Tu as vu ta sœur ? Enfin je veux dire, ta nouvelle sœur, pas S, précisa-t-elle.

- Oui, elle est avec nous là. Et je crois que j’ai peut-être plus de points communs avec elle qu’avec Matt tout compte fait.

Blair releva un sourcil, intriguée.

- En parlant des affaires, il faut que je te laisse, je viens d’apercevoir Bianchi à une table et je voudrais le saluer avant qu’il ne quitte sa table.

- Tu l’as déjà mis dans ta poche, lui rappela-t-elle avec une fierté non dissimulé à son égard.

- Je sais, mais un petit rappel ne peut pas faire de mal. Il devait rappeler Jack il y a trois jours et il ne l’a pas fait. Je pense qu’il vaut mieux que je m’en occupe.

- En parlant de Jack, est-ce que tu lui as déjà parlé de votre récente découverte familiale ?

Il grimaça.

- Non, pas encore. Il n’était pas à l’hôtel quand nous sommes revenus de Nice. Je crois qu’il n’est même pas à Monaco en ce moment. Il devait aller voir Jan Goossens à Bruxelles en fin de semaine. Je pense qu’il n’est pas encore revenu.

- Tu m’appelles ce soir ? Quand tu seras dans ton lit ? demanda-t-elle d’une voix pleine de promesses et de sous-entendus.

- Tu porteras ton déshabillé en dentelles lilas ? imagina-t-il, rêveur.

- Peut-être, répondit-elle taquine. Pour le savoir, il faudra que tu téléphones.

- je n’y manquerai pas.

Elle s’en était assurée.

- Je t’aime Chuck.

- Je t’aime aussi, j’ai hâte d’être auprès de toi.

Il coupa la communication et se rendit à la table de Giovanni Bianchi pour se rappeler à ses bons souvenirs. Il était convenu qu’il devait lui faire parvenir une copie des plans des architectes la semaine précédente et Jack lui avait dit ne rien avoir reçu.

- Chuck Bass, s’étonna l’Italien en le voyant devant sa table.

- Giovanni, le salua le jeune homme.

- Je voulais justement te rappeler, expliqua l’ancien partenaire de son père. Est-ce que je peux te dire un mot en privé ?

Ils s’écartèrent un peu des autres convives de Bianchi, avant que ce dernier n’annonce à Chuck qu’il y avait quelques problèmes dans l’agenda et que les participations pourraient bien être revues en conséquence d’autres changements.

Le jeune Bass n’était pas dupe, le vieil homme tentait de les évincer du projet qu’il lui avait pourtant présenté sur un plateau d’argent quelques semaines avant. Son père était surement passé par là pour torpiller ce qui aurait pu lui coûter le fauteuil de PDG de BI.

Il prit rendez-vous pour le surlendemain avec Giovanni afin de pouvoir faire pencher la balance de l’autre côté. Si son père pensait qu’il allait se décourager à la première embuche, il se trompait lourdement. Il saurait bien trouver des arguments pour convaincre le vieil Italien.

*****

Le mardi, Chuck se rendit à l’héliport pour rencontrer le présentateur du projet dans son bureau de Rome.  Quelle ne fut pas sa surprise de voir une petite brune qui l’attendait auprès de l’appareil.

- Qu’est-ce que tu fais là ? s’étonna-t-il.

- Je me suis dit, que … peut-être que je pourrais venir avec toi ? quémanda la jeune fille, pleine d’espoirs.

- Vic, écoute, je n’ai pas le temps là.

- Tu as dit que tu me montrerais deux ou trois trucs, le supplia-t-elle du regard. Et je pourrais t’être utile, on ne sait jamais. Je te promets que je ne t’encombrerai pas, et que je ferai à la lettre tout ce que tu me diras.

Chuck hésita, puis soupira. Il connaissait parfaitement le sentiment qu’elle éprouvait, il l’avait vécu avec Bart de la même manière.

- Ok, céda-t-il. Mais tu fermes ta bouche et tu te contentes d’observer.

- Croix de bois, croix de fer, jura-t-elle en joignant le geste à la parole, la main sur le cœur.

Il sourit et ils embarquèrent tous deux aux côtés du pilote.

Arrivés dans la capitale italienne, Chuck ne fut pas long à palabrer avant d’inciser la plaie.

- Giovanni, si vous me disiez plutôt quel est le problème. Est-ce que mon père est intervenu. Il vous met la pression pour refuser notre participation ?

Le vieil homme le regarda, navré. Il aimait bien le jeune Bass et il savait que cette histoire n’était surement pas fondée de la manière dont elle lui avait été formulée, mais ses associés ne voulaient prendre aucun risque, sa réputation sulfureuse ne plaidait pas en sa faveur.

- Tu as raison, je te dois une explication.

Il s’arrêta un instant, cherchant ses mots. Il aimait bien le jeune homme mais il savait aussi qu’il pouvait être irascible.

- Ce n’est pas Bart, indiqua-t-il gêner. C’est une rumeur qui courre à votre sujet, à toi et à ton oncle.

- Une rumeur ?

Chuck avait dû faire face plus d’une fois aux quolibets, notamment avec cette histoire de harcèlement sexuel que Jack avait inventée pour le piéger.

- Un jeune homme est venu me voir, quatre jours après notre rencontre ici, après que je t’ai soumis cette proposition.

- Un jeune homme ? s’étonna le jeune Bass.

- Un Américain, aux cheveux hirsutes, qui fait un papier sur la face cachée des mondains de New-York et qui dit connaître pas mal de secrets bien graveleux.

- Dan Humphrey ?!

Chuck sentit le sang bouillir dans ses veines.

- C’est bien ça, oui. Je lui ai dit que je n’étais pas intéressé et que je n’achetais pas ses salades. Principalement parce que mon nom risquerait bien de se retrouver dans son torchon par association. J’ai assez traité avec les gens de ce monde-là pour avoir moi-même quelques squelettes dans mon placard. Mais là, ce qu’il m’a raconté, c’est quand même quelque chose de corsé, même pour moi. Et il ne s’est pas contenté de venir me voir, il est aussi allez voir Benito Pianazzo, qui a beaucoup de poids dans ce dossier. Jusque-là, son groupe est un des investisseurs principaux et il en a parlé avec d’autres. Aucun ne veut être mêlé de près ou de loin à une histoire de ce genre, vraie ou fausse.

- De quoi s’agit-il ? tonna Chuck.

Ce qui fit sursauter, et Bianchi, et sa jeune sœur, assise à ses côtés, qui n’avait pas ouvert la bouche, comme elle l’avait promis.

L’Italien choisit soigneusement ses mots.

- Il m’a parlé de traite des blanches et d’échanges de faveurs sexuelles contre des titres de propriété de biens immobiliers auxquels vous seriez mêlés ton oncle et toi. Il a même dit qu’il tenait ses informations de source sure et que vous en étiez les instigateurs.

Le jeune Bass pâlit à cette annonce. Il tenta de rassembler ses forces, qui le quittaient et se leva sur ses jambes, chancelantes.

-  Je crois qu’on a plus rien à se dire, articula-t-il en prenant la porte.

Vic le suivit sans même murmurer un adieu au vieil homme.

- Chuck. Est-ce que ça va ? s’inquiéta-t-elle devant le visage de cendre de son nouveau frère, lorsqu’ils atteignirent la cage d’ascenseur.

Il ne répondit pas et entra dans la cabine.

- Je suis désolée, murmura-t-elle en posant une main sur son bras, une fois les portes refermées.

- Tu n’y es pour rien. Je suis le seul fautif, se fustigea-t-il.

- Tu veux dire que toute cette histoire sordide est vraie ? s’indigna-t-elle avec une horreur grandissante aux fonds des yeux.

Il ferma les paupières pour ne pas avoir à affronter son regard.


katido  (14.09.2012 à 19:45)

Vic s’observa dans la glace et passa une main nerveuse dans ses cheveux. Elle devait diner avec son père ce soir. Ce n’était pas au programme, mais après que Chuck l’ait informé de leurs retrouvailles familiales et lui ait demandé des comptes à ce sujet, Jack l’avait appelée pour lui parler.

Elle sourit cyniquement, c’était bien la première fois que son père sollicitait un entretien avec elle. Il n’avait jamais le temps quand elle voulait déjeuner ou passer un moment avec lui lors des rares fois où ils étaient tous deux à Sydney.

Son nouveau frère l’évitait depuis leur petit voyage à Rome. Il n’avait rien dit à son père la concernant. Elle savait donc qu’elle pouvait lui faire confiance pour garder son secret. Mais elle ne s’expliquait pas son comportement.

Elle avait été choquée d’entendre le vieil Italien déblatérer son histoire. Cela ne pouvait être vrai. Son père avait beaucoup de défauts, certes, mais de là à lier le monde de la prostitution à ses affaires, elle n’en croyait pas un mot.

Non pas qu’il n’ait jamais eu recours à ce genre de services. Elle n’ignorait rien de sa réputation et elle avait elle-même eut l’occasion de croiser des callgirls qui sortaient de son penthouse quand elle avait eu, une fois, la mauvaise idée de se rendre chez son père après une dispute avec sa mère, s’imaginant qu’il prendrait son parti.

Mais il ne risquerait pas de perdre le moindre contrat pour les fesses de ces filles. Il tenait bien trop à BO et au mode de vie qui en découlait pour mettre en péril son avenir professionnel pour de simples catins. Pourquoi pas le blanchiment d’argent tant qu’on y était !

Quant à Chuck, bien sûr, elle ne le connaissait que depuis à peine une semaine, mais elle ne pouvait imaginer que son nouveau frère utilise de telles pratiques.

Il avait été bouleversé par les propos de Bianchi, elle l’avait lu dans ses yeux. Exactement de la même manière qu’elle lisait en ceux de Matt. Elle avait vu cette même lueur de douleur sourde qui tremblait derrière ses pupilles noires comme du charbon.

Il avait carré la mâchoire, identiquement à Matt, et n’avait pas desserré les dents de tout le voyage retour en hélicoptère. Un froid glacial régnait dans le cockpit malgré le chaud soleil de fin d’après-midi.

Depuis, c’était silence radio. Chuck avait quitté le rocher et ne répondait ni à ses appels, ni à ses textos. C’était comme s’il était reparti dans le néant d’où il était venu.

De ce qu’elle en savait Matt n’avait pas eu beaucoup plus de contact. Ce dernier était parti pour Paris, contrairement à ce qui était initialement prévu, car leur mère était arrivée à Roissy et il voulait la confronter à ses révélations. Elle ne tenait pas à être présente, cela n’en n’aurait rendu que les choses plus difficiles.

Elle avait toujours eu une relation plus ou moins tendue avec sa mère. Ce n’est pas vraiment qu’elles se disputaient souvent, même si lorsque ça arrivait, cela prenait des proportions de guerre nucléaire, c’est qu’il y avait toujours ce petit quelque chose d’indéfinissable qui mettait de la distance entre elles. Au contraire de leur relation avec Matt qui était fusionnelle pour chacune d’entre elles.

Elle passa une énième fois la brosse dans ses cheveux châtain avant de quitter la salle de bain et de rejoindre son père qui l’attendait au Vistamar. Elle aussi avait une confrontation au programme.

« Chacun le sien » se dit-elle en arrivant devant le restaurant.

Sa fille s’installa sur sa chaise, le visage fermé. Elle n’avait aucune intention de lui faciliter la tâche. Elle ne l’avait jamais fait.

- Victoria, dit-il d’un ton neutre.

- Combien de fois, il faut que je te demande de m’appeler Vic, comme tout le monde ?

- Autant de fois que tu veux. Ton prénom c’est Victoria, un point c’est tout. Je l’ai choisi parce …

- Parce que c’était le nom de ta mère, qui était très belle et blablabla, oui, je connais la chanson, merci.

Jack soupira, ce qui était certain, c’est que sa fille avait hérité du caractère de sa grand-mère en plus de son prénom. Il espérait juste qu’elle ne finirait pas comme elle, à 40 ans, les veines ouvertes dans la baignoire pour un type qui n’en valait pas la peine.

- Je sais que tu es au courant pour Chuck, dit-il pour changer de sujet et entrer dans celui qui les intéressait présentement.

- Tiens, lui a droit à un diminutif, railla-t-elle.

- Il m’a dit que vous vous étiez rencontré, continua Jack sans relevé la remarque puérile.

- C’est vrai oui, la semaine passée. Il a l’air génial, il est comme Matt, mais beaucoup plus comme moi en fait.

Jack ne pouvait qu’abonder dans son sens. Sa fille était aussi têtue et ambitieuse que son neveu. Celui qu’il considérait comme son neveu, car pour Matt les choses étaient beaucoup plus floues.

Bizarrement, il considérait Chuck comme le fils de Bart et Matt comme celui d’Elisabeth. Quoi qu’a bien y penser, c’était exactement ce qu’ils étaient l’un et l’autre. C’est le choix qu’ils avaient tous fait 24 années plus tôt suite à la grossesse de sa petite amie.

Ils avaient pensé pouvoir s’en sortir indemnes de la sorte, mais cela n’avait pas vraiment fonctionné. Il n’avait jamais pu faire abstraction du fait que Matt soit le fils de ce bâtard de Bart, pas quand il le voyait grandir chaque jour.

Pour Chuck les choses étaient différentes, il l’avait détesté bien avant de le connaître, parce qu’il était le fils de Bart et parce qu’il n’avait pas ce lien avec Elisabeth. Ce sacro-saint lien qui empêchait la femme qu’il aimait d’être totalement à lui.

C’est l’arrivée de Victoria, inopinée elle-aussi, qui lui avait donné l’opportunité d’emménager avec eux. Avant ça, Elisabeth, refusait obstinément.

Mais le gamin était toujours dans leurs pattes. Impossible de l’ignorer. Il considérait sa mère comme si elle était tout à lui et ne n’était pas disposé à la partager. Il avait quand même fini par s’en débarrasser en persuadant Elisabeth de l’envoyer en pension, dans un souci d’éducation.

L’atmosphère familiale était devenue irrespirable, même pour Elisabeth et elle avait été obligée de reconnaître qu’une décision ferme s’imposait, pour le bien de tous.

Sa fille commanda du saumon poché à l’aneth et lui jeta un regard noir.

- Ça ne m’étonne pas que tu t’entendes bien avec lui. Vous avez beaucoup de points communs, notamment le goût pour les affaires.

- Effectivement, il m’a confié qu’il avait eu les mêmes difficultés que moi avec son père.

Les yeux de Jack s’étrécirent, il n’avait jamais traité sa fille de la manière dont Bart avait traité son fils, ou n’importe qui d’autre d’ailleurs. Son frère n’était capable que d’une seule chose, réduire à néant tous ceux qui l’entouraient, exactement comme leur père.

- Je ne me suis jamais fait passer pour mort, répliqua-t-il sur un ton mordant.

Il marquait un point.

- C’est à cause de ce secret que tu as toujours refusé que je m’intéresse à BO ?

- Je te l’ai dit cents fois, le monde des affaires, ce n’est pas un monde de femmes. Elles sont souvent exploitées et ...

- Comme les prostituées ? C’est pour ça qu’il y des rumeurs de traites des blanches à ton sujet ?

Il s’étouffa avec son esturgeon. Elle avait visé juste et elle avait touché sa cible en plein dans le mille. Enfin, elle tenait le moyen d’obtenir son attention, TOUTE son attention.

Son père la dévisagea sans comprendre.

- Mais qu’est-ce que tu racontes ?

Elle prit son temps, pour ménager son effet, avant de poser la question qui lui brulait à présent la langue

- Il y a des rumeurs qui circulent. Un type, un Américain, qui écrit un bouquin sur tous les gens friqués de Manhattan. Il est venu voir Chuck et l’a accusé de tremper dans une histoire d’échanges de faveurs sexuelles contre des hôtels. Et il a sous-entendu que tu y serais mêler toi aussi, est-ce que c’est vrai ?

Jack avala sa salive, comment Victoria était-elle au courant de ça ? Chuck lui avait dit que cette histoire de petit jeu malsain qu’il avait mené pour détruire le couple de son neveu remontait à la surface et leur coûtait la possibilité de faire partie du projet de construction à Doubaï dont Bianchi lui avait parlé.

Le cadet de Bart rageait que ce jeu stupide ne soit maintenant à l’origine de cette opportunité en or qui leur passait sous le nez. Son but n’avait pas été de coucher avec la jeune femme, ce qu’il avait déjà fait par ailleurs, mais bien de briser Chuck en lui ôtant ce qu’il avait de plus cher, tout comme Bart l’avait fait à son encontre.

Jack ne pouvait exercer ses représailles sur son propre frère, car il assurait les revenus d’Elisabeth et de Matt. Mais sans lui dans le tableau, il pensait au moins récupérer un peu de ce que Bart avait bâti sur leur malheur et avoir enfin son heure de gloire.

Au lieu de ça, cet immonde salopard avait tout légué à ce gosse imbu de lui-même et arrogant au possible. Le gamin n’était même pas majeur et il pensait pouvoir gérer Bass Industrie mieux que lui qui avait la charge de Bass Océanie. Il était tout aussi envahissant que son jumeau.

Sauf que Chuck ne bénéficiait pas de la protection de sa mère et c’était bien là sa plus grande faiblesse. C’est pour ça que Jack avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour convaincre Elisabeth qu’ils devaient prendre leur revanche sur Bart, en récupérant ce qu’il avait laissé, parce que ce n’était rien, en comparaison de ce qu’il leur avait volé.

Après tout, il leur avait fait payer cher la décision de sa petite amie en les envoyant au fin fond du Bush. C’est lui qui avait été puni alors que c’est son frère qui l’avait trahi. C’était un comble qu’il ne pouvait tolérer.

Il avait gardé sa rancœur au chaud, en attendant qu’Elisabeth soit à l’abri de Bart, que Matt ait atteint sa majorité pour pourvoir touché le fond de placement que son père avait ouvert pour lui et alimenté chaque mois, attendant de pouvoir enfin assouvir sa vengeance.

Mais cet espèce de connard était mort avant. Il ne restait que son héritier pour payer les pots cassés. Le fait qu’il se mette en travers de sa route n’avait fait qu’attiser sa colère. Il aurait dû le laisser crever en Thaïlande, au lieu de le ramener à New-York.

Au lieu de ça, il avait été touché par la petite jeune fille dont le cœur était épris. Ce qui ne l’avait pas empêché de couché avec elle. Ce n’était que justice après-tout. Mais il n’imaginait pas le moins du monde que Chuck prenne la succession de Bart.

Le jeune homme ne s’y attendait pas non plus du reste. Et tout se serait passé le mieux du monde s’il était resté sur sa première décision de lui laisser la gérance de BI. Il aurait pu reconquérir la femme de sa vie, il en était certain.

Matt avait eu le temps de récupérer de son overdose et Elisabeth finissait toujours par céder. Elle ne pouvait pas lui résister, ni l’oublier et lui non plus malheureusement. C’est pour ça qu’il continuait, même aujourd’hui à la poursuivre de ses avances, à distance.

Bien sur cet épisode avec Chuck avait donné un coup dans l’aile à leur relation. Il ne pensait pas qu’elle finirait par s’attendrir sur le fils que Bart avait élevé, comme elle le faisait pour Matt qui avait grandi dans son giron.

Et pourtant c’était arrivé. Elle ne lui pardonnait pas d’avoir trahi son fils par amour pour lui. C’était aussi une des raisons qui l’avait poussé à venir en aide à Chuck dans l’histoire avec Russel Thorpe.

Il pensait que s’il prouvait à Elisabeth qu’il était capable de réparer les choses avec son autre fils, celui qu’elle n’avait pas élevé, elle envisagerait peut-être leur avenir différemment. Il s’était surpris depuis à apprécié son neveu.

En fait, Chuck avait payé autant qu’eux la trahison de son père. Bart ne supportait pas plus que lui d’avoir, chaque jour, sous les yeux, la preuve de son échec. Car pour lui ce n’était rien de plus que ça, Jack en était persuadé.

Son frère n’avait jamais été amoureux de sa petite amie, il avait juste couché avec elle pour prouver à son cadet qu’aucune femme ne méritait la confiance et l’amour. Il avait parié et s’il avait gagné une manche, il avait perdu la bataille au final.

Elisabeth et lui avaient fini par se retrouver, au détour d’une rue de la capitale australienne. Il n’avait aucune idée, d’où elle avait disparue avant ça. Bart savait brouiller les cartes et il n’avait pas eu envie de le savoir de toute façon.

Mais, il faut croire que le destin n’en n’avait pas terminé avec eux. Quand il avait vu ses yeux de biche, des années plus tard, son cœur avait mis à peine trois secondes pour se réanimer.

Ils s’étaient revus et, petit à petit, avaient fini par se remettre ensemble. Quand elle était tombée enceinte, sans drame ni question cette fois, elle était enfin venue vivre avec lui, dans son appartement qui dominait la ville.

Mais elle n’était pas arrivée seule et chaque matin, il avait en face de lui le visage de Matt qui lui rappelait sa trahison d’antan. Aucun d’entre eux n’avait gagné la guerre.

- Tu n’as rien à dire ? reprit sa fille avec un petit sourire en coin, devant son silence.

- Il n’y a rien de vrai là-dedans, toute cette histoire n’a rien à voir avec le business. C’était une affaire de famille.

- Ça tombe bien parce que, tiens-toi bien, j’en fais partie justement ! Ah non, laisse-moi deviner. Ce n’est pas une histoire pour les femmes ! ironisa-t-elle en attrapant son sac et en quittant le restaurant.

Pour une fois, c’est elle qui le planterait là.

Jack resta assis à table, complètement atterré par le fait que sa fille soit à deux doigts de découvrir ce qu’il avait fait. Il avait, sans doute, aussi surement ruiné sa relation avec elle, que Bart ne l’avait fait avec Chuck.


katido  (15.09.2012 à 10:38)

Lorsqu’il passa la porte, Cyrus Rose l’accueillit avec une accolade.

- Bienvenue mon garçon et toutes mes félicitations, je suis tellement content pour Blair et toi. Je vous souhaite tout le bonheur du monde, c’est tout ce que vous méritez.

- Merci, balbutia Chuck.

Il avait pris les devants et prévenu sa fiancée de la date de son arrivée cette fois.

Après le fiasco de Rome avec Bianchi, il était rentré à Monaco et avait eu une discussion avec son oncle, de retour de Belgique, avant de prendre la route.

Jack n’avait pas été capable d’aligner plus de trois mots lorsqu’il l’avait informé de leur découverte familiale, en plus du reste. Il était plus qu’évident qu’il était parfaitement au courant de la situation depuis toujours.

Chuck n’en revenait pas de s’être laissé aller à lui faire confiance. Il était vraiment si stupide par moment. Dire qu’il avait compté sur son oncle pour l’aider à renverser son père quand il était de mèche avec lui pour camoufler un secret si énorme qu’il était inimaginable. Il n’aurait pourtant pas dû être surpris, sa famille était vraiment remplie de tarés, comme l’avait si bien dit sa sœur de sang. Et il en était tout à fait représentatif.

Il avait pensé à Vic pendant tout le voyage jusqu’à Paris, refusant de répondre à ses appels et de l’affronter depuis Rome. Il venait à peine de la rencontrer et il la répugnait déjà. Elle le détestait certainement à l’heure qu’il était, maintenant qu’elle avait entendu les révélations de sa nature profonde. Elle en avait surement fait part à son jumeau également. Il avait réussi à ruiner toute relation avec ses « vrais » frère et sœur avant même qu’il ne connaisse leur existence.

- Monsieur Chuck, s’écria gaiement Dorotha, le sortant de ses pensées. Je suis tellement heureuse pour vous deux. Je savais que vous finiriez par vous retrouver. Après tout, vous étiez le couple qui nous a accompagné, Vanya et moi, jusqu’à l’autel le jour de notre mariage. Cela ne pouvait qu’être un bon signe.

Chuck avala sa salive en se remémorant ces instants de torture, quand Blair avait découvert ce qu’il avait fait et le détestait profondément elle aussi. Il avait proposé à Dorotha de payer son mariage surtout pour pouvoir approcher la femme qu’il aimait et tenter de se racheter. Mais rien ne pourrait jamais effacer ce qu’il avait fait. Aujourd’hui le passé venait frapper à sa porte et réclamer son dû.

- Mademoiselle Blair est avec Madame Eléanor dans le bureau, l’informa la femme de chambre. Je vais les prévenir de votre arrivée.

Elle disparut aussitôt dans le corridor et toqua à la deuxième porte sur la gauche.

Chuck la suivit. Il ne savait pas s’il devait parler à sa fiancée des menaces de son dernier petit ami. Tous les poils de son corps se hérissèrent à cette unique pensée. Imaginer Blair dans les bras d’Humphrey lui donnait la nausée. Il évitait soigneusement le fait qu’ils avaient partagés les mêmes draps.

La jolie brune qui portait sa bague Harry Winston se rua hors de la pièce et se précipita à sa rencontre. Elle jeta ses mains autour de son cou et noua ses doigts dans le creux de sa nuque, happant ses lèvres sans modération malgré la présence de sa mère derrière elle, sur le seuil de la pièce de travail.

- Tu m’as terriblement manqué, souffla-t-elle en coulant sa tête dans les creux de son cou.

- Toi aussi, répondit-il tout bas dans le creux de son oreille en l’attirant plus fortement à lui.

Dieu, que ça faisait du bien de la sentir tout contre son corps. Il embrassa sa tempe du bout des lèvres.

- Bienvenue chez nous, je suppose que l’accueil de ma fille est amplement suffisant pour te prouver que tu étais attendu avec impatience, sourit Eléanor depuis l’embrasure de la porte.

Il s’écarta automatiquement de la femme qu’il enlaçait la minute précédente.

- Où sont tes bagages ? questionna la maîtresse de maison.

Chuck la dévisagea sans savoir quoi répondre. En quoi ses valises …

- Dorotha, demande donc à Georges de vider le coffre de la voiture.

- Tout de suite, Madame, s’exécuta la bonne.

Chuck et Blair échangèrent un regard un peu ahuri.

- N’essayez pas de me faire croire que vous avez l’intention de rester chastes jusqu’à la nuit de noce. Ce serait insultant. Personne ne pourrait même faire semblant d’y croire, dit Eléanor à l’adresse des jeunes fiancés.

Elle les observa en silence quelques secondes et se retint de rire devant la mine effarée des tourtereaux.

- Tu vas rester ici avec nous, indiqua-t-elle. Tu fais déjà partie de la famille et puis j’ai besoin de Blair ici avec la préparation du prochain défilé, pas dans ta chambre d’hôtel ! Autant éviter les vas et viens inutiles.

Blair sourit aux anges et passa son bras sous celui de son fiancé pour l’emmener vers le fond du couloir.

- On continuera ça tout à l’heure, l’informa sa mère en refermant déjà la porte derrière elle.

La jeune fille ne prit même pas la peine de répondre. Toute son attention était dédiée à son fiancé qui lui avait tant manqué. Elle l’entraina vers sa chambre et s’y enferma avec lui pour laisser libre court à l’expression de sa joie de le revoir.

Il en oublia le monde autour de lui. Le sien ne tournant qu’autour de la jeune fille qui l’embrassait et dont il avait rêvé de caresser la peau chaque nuit depuis que leurs chemins s’étaient séparés quelques jours auparavant.

Elle glissa sa langue contre son palais à la recherche de sa luette. Il resserra son étreinte pour approfondir leur baiser, le prolongeant tant que ses poumons pouvaient se priver d’oxygène et laissa errer une de ses mains le long de la cuisse de la jeune femme.

Elle enfonça ses ongles dans sa nuque pendant que les lèvres de Chuck, s’attachant maintenant à la peau tendre de son cou, la faisaient frissonner. Les doigts agiles et avides de Blair dénouèrent sa cravate et s’insinuèrent sous sa chemise alors qu’il ouvrait la fermeture éclair de sa robe bleu ciel d’une main experte.

- Quelle couleur ? susurra-t-il sous le lobe de son oreille, en glissant ses doigts dans les cheveux de la brune qui le rendait fou.

Elle laissa tomber le tissu à ses pieds et fit un pas en arrière pour lui apparaître en corset crème et porte-jarretelles assorti.

Elle était magnifique, comme toujours. Elle était la plus belle femme qu’il ait jamais vue et son pouls s’emballa à cette vision.

Elle vit briller la luxure dans ses yeux et lui sourit d’un petit air coquin en se laissant tombée dans une pose suggestive sur son matelas où il l’emprisonna sous lui dans les 3 secondes qui suivirent.

Contrairement à ce qu’avait laissé entendre Eléanor, Blair ne reparut pas de tout l’après-midi pour terminer ce qu’elles avaient commencé ensemble. A vrai dire, personne ne les revus ni l’un ni l’autre dans l’appartement parisien ce jour-là. Blair se faufila tout juste à la cuisine au milieu de la nuit pour subtiliser une bombe de crème chantilly dans le frigidaire.

La jeune fille s’endormit au petit matin, confortablement blottie dans les bras de son fiancé, son corps toujours soudé au sien, son visage posé sur son torse, bercée par les battements réguliers de son cœur, qui lui appartenait et qu’elle savait parfaitement réparer de par ses seuls baisers et caresses, un sourire dessiné sur ses lèvres charnues.

Chuck ne tarda pas à suivre sa douce au pays de Morphée, apaisé par la respiration lente et profonde de la femme de sa vie qui reposait sur lui, l’odeur de ses cheveux emplissant ses narines et l’invitant à dériver vers des songes merveilleux et irisés.


katido  (16.09.2012 à 10:03)

Serena vérifia sa coiffure dans le grand miroir au-dessus du lavabo dans la demeure des Waldorf – Rose.

- C’est pour qui tous ces frais ? la taquina sa meilleure amie.

- Personne en particulier, mais on ne sait jamais qui on peut rencontrer dans les rues de Paris. Il vaut mieux mettre toutes les chances de son côté.

Elles avaient prévues de faire du lèche vitrine Faubourg St Honoré et Avenue Montaigne, avant de retrouver Chuck et Nate au Musée d’Orsay.

S n’en revenait toujours pas que les garçons soient partant pour une après-midi rébarbative. Mais Blair savait toujours obtenir ce qu’elle voulait de son fiancé et son meilleur ami le suivait sans trop poser de question.

Un peu de culture ne pouvait pas faire de mal, surtout si le bel héritier Archibald était là.

Elle sourit en se remémorant la façon dont il avait naturellement et négligemment glissé sa main dans la sienne en rentrant de la soirée où ils étaient allés célébrer la fête nationale française.

Et de comment il l’avait embrassée sur les lèvres, tout en pudeur, quand il l’avait raccompagnée jusqu’à sa suite. Il ne lui avait pas sauté dessus et elle avait combattu l’envie de lui demander de rester.

Cette fois, elle voulait prendre son temps pour faire progresser les choses. Cette fois, elle voulait que leur histoire tienne sur le long terme. Et elle était résolue à faire tout ce qui était en son pouvoir pour ça.

- Tu n’as pas invité Max à se joindre à nous au moins ? grimaça sa meilleure amie.

Elle savait que la blonde avait vu les membres du groupe la veille, pendant qu’elle roucoulait dans les bras de son fiancé.

- Qu’est-ce que vous avez tous contre lui ?

- Rien, si ce n’est que Matt a dit qu’il passait son temps à planer.

- Je n’ai pas l’intention de reprendre mes mauvaises habitudes, s’agaça S. Et ce n’est pas parce que Max fume un petit joint de temps en temps qu’il est forcément un junky. De toute manière, il n’y a rien entre nous et il n’y aura rien.

- A cause d’un preux chevalier qui a rappliqué à la seconde quand tu as eu besoin de lui à l’autre bout du monde ?

Serena sourit, on ne pouvait rien cacher à Blair.

- Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit-elle quand même.

- Inutile de faire semblant, j’ai noté la manière dont sa main effleurait la tienne dans la limo en rentrant du feu d’artifice il y a deux jours.

- Je me demande bien comment ? Etant donné que tes lèvres étaient collées à celles de Chuck !

Elle était heureuse pour son frère et sa meilleure amie qu’ils se soient retrouvés, mais parfois, ça devenait vraiment lourd à supporter. Ils passaient leur temps tous les deux et se cajolaient à la moindre occasion.

Rien de neuf sous le soleil avec ces deux-là, elle avait déjà connu ça à une époque. Mais les choses étaient différentes pour elle à ce moment-là. Ils vivaient pratiquement tous les quatre dans le penthouse de l’Empire. Elle espérait de tout cœur que ce temps reviendrait. 

La brune fit comme si elle n’avait pas entendu le ton sarcastique.

- Il dit que Nate a beaucoup muri, qu’il prend vraiment ses responsabilités au Spectator au sérieux et qu’il veut s’engager dans une vraie relation, répondit-elle à la place.

- Oh, si Chuck le dit, alors …. se moqua ouvertement la blonde cette fois, le cœur palpitant tout de même à cette information.

- Au moins, ça c’est une chose dont il veut bien parler, gémit la brune.

Sa meilleure amie interrogea le reflet de Blair dans le miroir.

- Il y a quelque chose qui le turlupine.

- Il vient d’apprendre qu’il avait un frère jumeau et une sœur cachée et de rater une des meilleures opportunités dans sa guerre contre Bart. Tu ne trouves pas qu’il y de quoi être un peu excédé ?

- Si, bien sûr, mais, il y a autre chose. Je ne sais pas exactement mettre le doigt dessus mais je finirai bien par le découvrir.

- Comme toujours, sourit Serena.

Elle quitta la pièce d’eau y abandonnant Blair à ses réflexions.

Chuck était taciturne sans qu’elle n’en connaisse la raison et elle sentait qu’il se fermait à nouveau à elle depuis qu’il était arrivé à Paris la semaine précédente, accompagné de Nate et Serena à sa suite.

Il était préoccupé mais il évitait de répondre franchement à la question quand elle abordait le sujet. La seule chose qu’il avait bien voulu lui dire, c’était que son association avec Jack n’était plus à l’ordre du jour et que le projet proposé par Bianchi était tombé à l’eau.

Cela ne changeait évidemment rien au fait qu’elle était aux anges de le retrouver et de pouvoir se blottir tout contre son corps pour s’endormir le soir. Un sourire flotta sur ses lèvres au souvenir de la tête de Chuck quand sa mère lui avait proposé, non … commandé, de s’installer dans l’appartement au lieu de prendre une chambre d’hôtel. 

Il est vrai qu’il y avait de quoi être surpris. Eléanor Waldorf était connue pour être une personne stricte et rigide. Mais, comme elle l’avait dit elle-même, ils étaient fiancés et il était inutile de jouer les hypocrites en prétendant qu’ils resteraient physiquement éloignés l’un de l’autre s’ils ne partageaient pas le même lit la nuit.  

Elle rejoignit sa chambre et passa ses bras autour du jeune homme qui finissait de boutonner sa chemise.

Il abandonna son geste pour l’embrasser à la commissure des lèvres avant de glisser langoureusement sur sa bouche.

- Je vais devoir aller me remaquiller maintenant, maugréa-t-elle, sans pour autant l’éconduire.

- On peut rester ici, proposa-t-il avec un regard entendu. Tu n’as qu’un jour de répit avant de reprendre le chemin des bureaux de WD. Et j’ai pleins d’idées pour au moins 24 heures.

Elle sourit, elle ne doutait pas de ça une seule seconde.

- Pas question, répondit-elle en s’écartant de lui pour éloigner la tentation. Ma mère veut que tu restes ici, mais je doute qu’elle apprécie qu’on passe tout notre temps dans la chambre. Et puis, je ne veux pas planter S alors qu’on vient juste de se rabibocher.

Il l’embrassa tendrement.

- Tu pourrais en profiter pour aller voir Matt. Vous ne vous êtes pas revus depuis que vous avez quitté Monaco.

- Ça ne fait que quelques jours et ce n’est pas parce qu’on est jumeau qu’on doit être scotché l’un à l’autre. Et puis, il devait venir retrouver sa mère…

- Et tu n’as aucune envie de croiser Elisabeth, dit-elle en caressant sa joue.

- On n’a plus rien à se dire. Elle a été très claire en quittant New-York, je ne suis pas son fils.

- Elle va peut-être changé d’avis maintenant que tout est découvert.

- Pas moi, dit-il en carrant la mâchoire.

Elle pressa son front contre le sien.

- Je serai toujours ta famille, murmura-t-elle.

Il ne répondit pas mais l’embrassa une nouvelle fois et la tint serrée tout contre lui.

- Vous êtes prêts ? questionna Serena en passant la tête par entrebâillement de la porte.

- On arrive, indiqua Blair en se libérant de l’étreinte de son fiancé.

- Nate est déjà là ? demanda Chuck.

Au moins, il avait son meilleur ami pour l’épauler dans ce scandale. Il avait mis celui-ci au courant des intentions de Brooklyn et ils avaient déjà mis au point une contre-attaque. Cela ne pourrait que circonscrire l’incendie mais c’était mieux que rien.

Le propriétaire du Spectator avait passé des coups de fil ici et là, laissant courir le bruit que Daniel Humphrey, auteur du roman « Inside » était loin d’être une source d’informations fiable auprès des autres éditorialistes et qu’il recherchait de la publicité gratuite pour sa prochaine histoire imaginaire. Ils espéraient qu’en entachant assez sa crédibilité, aucun journaliste sérieux ne ferait paraître ses divagations.

Nate avait également prit la liberté de laissé échapper, en toute confidence, à ses collègues de la presse que sa relation avec Blair Waldorf, ex-princesse de Monaco, avait toujours été un fiasco total sur le plan physique et que ce dernier était vraiment rancunier en la matière, la tenant responsable de ses piètres facultés. Ce qui pouvait laisser présumer qu’il chercherait à se venger de son ancienne petite-amie et de son successeur par n’importe quel moyen, même totalement fallacieux.

- Il est arrivé, il y a 10 minutes déjà, répondit la blonde, une sourire jusqu’aux oreilles.

Chuck enfila sa veste et ils se dirigèrent tous vers l’entrée où les attendait leur ami.


katido  (17.09.2012 à 20:39)

Les quatre Américains déambulaient dans les allées du Musée de l’ancienne gare d’Orsay. Blair et Serena avaient totalement dévalisée les boutiques de luxe le matin et arpentaient l’endroit dans leurs derniers apparats.

Si Queen B profitait pleinement de l’art, étudiant chaque toile, qu’elle connaissait parfaitement, d’une manière critique, les trois autres se baladaient plutôt librement sans vraiment se concentrer sur la technique ou les couleurs choisies.

Chuck passa un bras autour de la taille de sa fiancée, collant le dos de la jeune femme contre son buste, admirant plus la nuque qu’elle avait dégagée en remontant sa chevelure, que le tableau de Cézanne suspendu au mur en face de lui.

- Est-ce que ce n’est pas magnifique ? demanda Blair.

- Encore plus que ça, souffla-t-il avant d’aspirer délicatement sa peau entre ses lèvres.

- Je parlais de l’œuvre d’art, sourit-elle en posant sa main sur la sienne, à hauteur de son estomac.

- Moi aussi, répondit-il en ajoutant un baiser sucré dans son cou.

Elle glissa ses doigts dans les siens et l’entraina plus loin.

- Papa, cria tout à coup un jeune garçonnet au teint mat en accourant vers lui depuis l’autre côté de la salle.

Blair se figeât à sa droite et le sentit se raidir également. Elle resserra sa prise autour de ses phalanges.

Il reconnaissait parfaitement l’enfant qu’il avait vu en photo dans les bras de son frère, ainsi que la jeune maman aux boucles brunes qui le poursuivait.

- Hugo, le sermonna-t-elle en le rattrapant, je t’ai dit de ne pas lâcher ma main.

- Mais j’ai vu papa, plaida le bout de choux.

La mère du bambin releva son visage vers le sosie du père de son enfant et resta un instant médusée, avant que n’apparaisse un sourire chaleureux sur son visage.

- Ce n’est pas papa, expliqua-t-elle à son fils en le soulevant dans ses bras.

Elle fit quelque pas vers eux tandis que les quatre amis étaient toujours sous le choc d’avoir vu un gamin se précipiter sur Chuck en l’appelant papa.

- Tu es Chuck Bass, n’est-ce pas ? Moi c’est Shaori. On n’a pas encore eu l’occasion de se rencontrer depuis que nous sommes arrivés avec Elisabeth, mais Matt n’a pas arrêté de me parler de toi.

- Blair Waldorf, dit la brunette et s’avançant, comme son fiancé était toujours sans voix.

- Serena Van Der Woodsen, enchaina la blonde, donnant un coup de coude discret à son frère en passant devant lui.

Nate se présenta à son tour avant que son meilleur ami ne sorte de sa torpeur.

- On dirait papa, s’entêta l’enfant de trois ans.

- C’est vrai, oui, parce que c’est tonton Chuck.

Serena retint un rire devant le visage de son frère adoptif, transformé par la stupeur. « Tonton Chuck » celle-là, elle était certaine que personne ne la lui avait encore jamais faite.

La jeune Australienne ne sembla pas s’en formaliser. Pour elle aussi, c’était étrange de voir un double de l’homme qu’elle aimait se tenir debout devant elle. Et dans des vêtements que Matt n’aurait pas portés pour tout l’or du monde.

Elle avait écourté son voyage dans sa famille maternelle pour sauter dans le premier avion disponible afin de rejoindre son compagnon à l’instant même où il lui avait appris qu’il venait de se découvrir un jumeau.

Son arrivée en même temps que sa belle-mère était tout à fait fortuite mais elle avait vu cette dernière soulagée qu’elle soit là pour amadouer son fils en ce moment des plus sensibles.

- J’ai un tonton Chuck ? s’étonna le gamin.

- Maintenant, oui, répondit sa mère, qui ne voyait pas comment elle pourrait lui expliquer les dernières révélations familiales.

Le bonhomme haut comme trois pommes fit un grand sourire à ce nouveau venu dans son monde.

- Pourquoi on ne dînerait pas tous ensemble ce soir ? proposa soudain Blair, conquise par cette petite frimousse et par l’idée de pouvoir rassembler les jumeaux.

Elle n’avait pas l’intention de laissé l’homme qui faisait battre son cœur tenir sa nouvelle famille à distance. Elle comprenait son retranchement maintenant, Elisabeth entrait dans l’équation et ça le terrifiait.

Mais elle ne lui permettrait pas de lui faire encore du mal. Sa mère biologique avait choisi de l’abandonner à Bart à sa naissance, c’était déjà bien assez cruel en soi, elle ne la laisserait pas l’empêcher de retrouver Matt et sa petite famille, ni même Vic. 


katido  (18.09.2012 à 18:51)

Chuck ne comprenait pas vraiment pourquoi son jumeau avait accepté l’invitation de Blair. Il pensait qu’il ne voudrait plus jamais lui adresser la parole. Mais Vic avait peut-être tenue sa langue tout compte fait. Il se pouvait qu’elle n’ait pas voulu dévoiler qu’elle l’avait accompagné à Rome. Pourtant elle et Matt étaient proches et il doutait qu’elle ait pu garder un tel secret vis-à-vis du frère avec qui elle avait grandi.

Sa fiancée passa le seuil de la porte avec une boîte à la main.

- Tu veux ? lui demanda-t-elle.

Il saisit le bijou à l’intérieur pour le lui accrocher au cou. C’était le collier de diamants qu’il lui avait offert pour son 17ème anniversaire. Le soir où il lui avait avoué avoir des sentiments pour elle.

Il laissa ses doigts caresser la peau tendre de son encolure.

- Je t’aime, dit-il à son oreille en déposant ses lèvres sous son lobe.

- Je t’aime aussi, répondit-elle en se retournant dans ses bras pour l’embrasser à pleine bouche.

Elle le sentait complètement tendu, comme s’il était prêt à exploser.  Elle encadra son visage entre ses mains et caressa ses pommettes avec ses pouces pour tenter de l’apaiser. Elle voulait l’aider, pas lui compliquer les choses. Et pourtant en cet instant, c’est l’impression qu’elle avait.

- Mademoiselle Blair, vos invités sont là, indiqua Dorotha en entrant dans la pièce après avoir frappé. Je les ai introduits au salon avec Madame votre mère et Monsieur Cyrus.

La jeune femme nota et entraina son fiancé par la main jusqu’à la pièce principale de la maison parisienne.

Eléanor et son beau-père s’en remettaient à peine. Ils avaient été prévenus, mais la ressemblance était si saisissante. Rien de plus normal pour des jumeaux. Mais la mère de Blair connaissait Chuck depuis qu’il était tout petit et c’était tout de même perturbant.

Malgré tout, les Waldorf-Rose réussirent à donner le change sans problème. Après tout, l’UES était la meilleure école pour camoufler ses sentiments et ses intentions véritables.

Lorsqu’il entra dans le salon en compagnie de sa fiancée, Chuck sentit un frisson le parcourir de la tête aux pieds mais sourit néanmoins à sa jeune sœur.

Elle l’enlaça spontanément et il lui rendit son étreinte, lui aussi outrepassant un sentiment d’étonnement.

- Tu ne m’avais pas dit que Vic serait là aussi, commenta-t-il tout bas à l’oreille de Blair après avoir salué son frère et sa jolie compagne.

- Elle m’a appelé tout à l’heure pour me dire qu’elle venait de descendre de l’avion. Apparemment, elle a mal enregistré ton numéro, elle n’arrivait pas à te joindre. J’ai pensé que ça te ferait plaisir et puis c’est un repas de famille n’est-ce pas ? Elle y  a sa place elle aussi, c’est normal qu’elle soit là, lui chuchota-t-elle en retour avant de s’éloigner en direction de sa mère qui venait de commencer une discussion avec Shaori.

Une petite main agrippa celle du jeune homme. Il baissa la tête et vit la petite bouille d’Hugo qui lui souriait.

- Tonton Chuck, je peux avoir du jus ?

- On va demander ça à Dorotha, lui dit-il avec un clin d’œil.

La femme fit signe qu’elle en rapportait et disparut dans la cuisine.

- Tu as des jeux ? questionna encore le petit.

- Non, mais je suis certain qu’on pourra te trouver un dessin-animé après le repas.

- Moi j’aime pas la soupe, s’exclama-t-il avec une grimace sur sa petite trogne.

- Moi non plus, je n’aimais pas ça quand j’avais ton âge, lui expliqua Chuck sur le ton de la confidence, comme si c’était un grand secret.

Le gamin lui sourit de toutes ses dents.

- C’est vrai que tu as un chien ?

- Oui, il s’appelle Monkey. Mais comment tu sais ça ?

- C’est elle qui me l’a dit, l’informa-t-il en désignant du doigt Serena, qui resplendissait au bras de Nate un peu plus loin.

Cette dernière tourna le visage vers lui et lui fit un petit sourire de connivence. Elle aussi essayait manifestement de créer des liens avec la nouvelle famille de son frère adoptif.

- Il est où ? Il est gentil ? Je peux lui faire une doudouce ? questionna le bambin.

- Il est resté à New-York, c’est là que je vis normalement.

- C’est loin ?

- Très. De l’autre côté de l’océan.

- Moi aussi ma maison est sur de l’eau des nuages. Je peux venir chez toi, voir ton chien ? Tu as des enfants comme moi ?

- Non, mais Dorotha à une petite fille qui a presque ton âge.

Cette dernière revenait justement avec la boisson demandée.

- Laisse donc tonton Chuck tranquille et vient boire ton jus, le réprimanda sa mère avec un sourire.

Le gamin obéit en boudant un peu.

- Je crois que tu lui as tapé dans l’œil, commenta Matt à l’adresse de son jumeau. D’habitude, il n’est pas si bavard avec ceux qu’il voit pour la première fois.

- C’est un toi, dit le petit homme haut comme trois pommes.

Il avait avalé le liquide d’un trait et gambadait à nouveau dans les jambes de Chuck et de son père.

Matt l’attrapa et glissa un bras sous ses fesses tandis que son fils enroulait ses petites mains autour de son cou. Il aimait être à la même hauteur que les adultes. Tout était bien plus intéressant vu de là-haut.

- Je peux me joindre à vous ? questionna Vic en s’imposant entre ses frères.

Elle jeta un regard à Chuck qui détourna les yeux.

Cyrus avertit les convives qu’il était temps de se mettre à table et il en profita pour s’esquiver auprès de Blair.

Il prit place à la droite de sa fiancée, Nate s’asseyant à sa gauche, tandis que Serena se glissa entre son nouvel amoureux et Matt. Shaori avait installé son fils entre eux et Vic avait visiblement toute l’attention de son voisin de gauche, le maître de maison n’étant jamais avare de compliments. Mais, elle aurait de loin préférer avoir celle de son nouveau frère, assis en face d’elle. Eléanor présidait la table à la droite de son mari. 

Le repas se passa dans la bonne ambiance générale comparant souvent les traditions américaines, australiennes et européennes. Même si Vic ne cessait d’observer Chuck à la dérobée et que lui évitait de la regarder du mieux qu’il le pouvait sans éveiller l’attention et ne lui répondait que lorsqu’elle s’adressait directement à lui.

Elle ne comprenait pas pourquoi il la rejetait ainsi. Matt lui disait souvent qu’elle était trop directe. Est-ce qu’elle y était allée trop fort en imposant à Chuck de l’emmener avec lui en Italie ? Tout comme elle s’était invitée ici ce soir en prenant contact avec Blair.

Cette dernière, elle, était ravie que la jeune fille soit là. Elle voulait offrir à l’homme qu’elle aimait un vrai repas de famille qui ne comptait pas seulement sa mère et son beau-père. Elle aimait beaucoup le caractère de Vic. Elle avait un petit côté Queen qui se dégageait d’elle naturellement, sans qu’elle ait besoin de le cultiver.

Du reste, son jumeau et sa petite famille était tout ce qu’il fallait à son fiancé pour qu’il ressente enfin l’appartenance à sa propre famille.

Shaori travaillait désormais avec son père et ses frères, leur famille comptait parmi les plus importants industriels de la pêche à Melbourne. Elle avait décidé de reprendre une activité professionnelle suite à l’agrandissement de la plate-forme portuaire qui conduisait à une expansion de l’activité familiale, d’autant qu’Hugo était entré au jardin d’enfant.

Matt ne s’aperçut pas plus du petit manège de Vic et Chuck que le reste de la table, il avait bien d’autre chose en tête. Il redoutait la fin de la soirée. Son frère n’apprécierait certainement pas sa requête, mais il n’avait pas vraiment le choix.

Leur mère avait refusé de répondre clairement à ses questions quand il l’avait interrogée. Elle lui avait dit qu’elle ne s’expliquerait que devant tous ses enfants réunis, son double y compris. Le jeune homme savait que la partie n’était pas gagnée.

Chuck avait clairement exprimé qu’il ne souhaitait pas la voir. Il ne voulait pas se retrouver en face d’elle et encore moins lui parler. Après ce que Blair lui avait raconté de leur brève rencontre à Manhattan, il ne pouvait pas l’en blâmer.

C’est la raison pour laquelle, il n’avait pas repris contact avec son frère quand Vic lui avait appris que Chuck avait aussi quitté Monaco. Il ne doutait pas que son jumeau soit dans la même ville que lui, sa fiancée étant rentrée sur Paris. Serena le lui avait finalement confirmé la veille, quand elle était venue assister à leur dernière représentation. Il attendait la fin du dessert pour se jeter à l’eau.

Mais tous ses plans volèrent en éclat à la minute où Dorotha entra dans la pièce en annonçant que quelqu’un demandait à voir Blair.

Le regard un peu alarmé de la femme de chambre signifia à la jeune fille que quelque chose clochait.

- Il y a un problème ? demanda-t-elle en suivant sa bonne dans l’entrée.

Cette dernière n’eut pas le temps de répondre. Elle vit sa protégée blêmir avant que le sang ne lui monte aux joues.

- Comment osez-vous ? souffla-t-elle entre ses dents pour ne pas alerter les autres.

- Je sais que tous mes enfants sont ici, et que Charles …

- Il ne veut pas vous voir, tempêta-t-elle, en emmenant Elisabeth dans la salle la plus proche, qui se trouvait être la cuisine.

- Je sais que les choses ne sont pas au beau fixe entre nous, surtout maintenant qu’il a découvert…

- Que vous avez choisi de le laisser à New-York avec un père horrible pendant que vous reconstruisiez une autre vie de famille avec Jack, la coupa Blair, au comble de la rage.

- Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé. C’est pour ça que je suis là. Matt m’a demandé des explications et je veux que chacun de mes enfants sache véritablement ce qui s’est passé.

- C’est vous qui parlez de vérité ?

- Je sais que le passé ne peut pas être modifié, c’est justement pour ça que je veux qu’il soit présent lui aussi. Il a le droit de savoir comment tout ça est arrivé.

Blair hésita devant le regard suppliant d’Elisabeth. En un sens, elle était persuadée qu’il valait bien mieux pour Chuck qu’il connaisse la vérité. Mais elle voulait aussi le protéger. Elle ne voulait pas que ses blessures saignent encore plus qu’elles ne le faisaient déjà à cause de l’abandon de sa mère biologique. Il n’avait même pas encore cicatrisé, inutile d’écarteler les plaies encore béantes.


katido  (19.09.2012 à 17:36)

Le sort décida pour Blair Waldorf encore une fois.

Chuck, lui aussi, avait capté le regard de l’employée fidèle de sa fiancée. Il ne fut pas long à s’excuser et à quitter la table à son tour pour lui emboîter le pas.

- Blair ? demanda-t-il en entrant dans la pièce où elle avait disparue quelques minutes plus tôt, malgré les tentatives désespérées de Dorotha pour l’en empêcher. Mais qu’est-ce qui se … ?

Il s’immobilisa, sa phrase restant en suspens à la vue de sa génitrice. Ses pupilles se rétrécirent et devinrent noires comme l’ébène.

- Je n’ai rien à voir avec ça, précisa Blair en se rapprochant de son fiancé.

Il déglutit avec difficulté, tentant de contenir la colère qui grondait en lui.

- Qu’est-ce que tu fais ici ? aboya-t-il furieux.

- Matt m’a dit qu’il te parlerait ce soir, mais, je me suis douté qu’il n’arriverait pas à te convaincre, alors j’ai décidé de venir à toi, puisque tu ne viendras pas jusqu’à moi.

Son sang ne fit qu’un tour. C’est donc pour ça que Matt avait accepté cette invitation ? Pour venir plaider la cause de sa mère.

- Tu peux repartir d’où tu viens, je n’ai pas besoin d’entendre ta petite histoire pathétique.

- Mais, moi oui, dit son frère depuis le seuil de la pièce. Et elle ne veut rien dire si on n’est pas là tous les trois.

Chuck se retourna vers Matt et le toisa du regard. Ce dernier ne faiblit pas d’un pouce.

- Je sais que ce qu’ils ont fait est monstrueux, tu n’es pas le seul à en avoir payé le prix. On ne récupérera jamais le passé mais ne les laisse pas gâcher ce qu’il peut y avoir entre nous à l’avenir.

- S’il te plait, supplia Elisabeth.

Il se sentit fléchir à l’intérieur. Pas plus tard que ce matin il pensait avoir perdu toute chance d’avoir une relation avec son frère et sa sœur et ça lui laissait un goût amer dans la bouche. Il ne voulait pas renoncer à eux.

Il se réfugia dans le regard chocolat de Blair qui l’incita à accepter d’un signe de tête quasiment imperceptible. Il finit par cesser de lutter. Rien de ce que dirait Elisabeth ne pourrait changer quoi que ce soit à la situation de toute manière.

Il acquiesça et vit la gratitude dans les yeux de Matt.

Les jumeaux et leur mère se dirigèrent vers la bibliothèque tandis que Blair allait prévenir leur sœur de ce qui se passait.

Vic arriva dans la pièce à son tour et s’installa sur un siège en cuir, à gauche de Matt. Chuck était resté debout, derrière son jumeau, à quelques pas de la porte, comme s’il était déjà sur le point de partir. Sa mère avait choisi le siège qui faisait face à celui de Matt.

- Jack et moi, on s’est rencontré sur le campus de Dartmouth, entama Elisabeth. On s’entendait bien et tout était parfait, jusqu’à ce que son frère passe le voir. Il avait un projet professionnel d’envergure à lui soumettre mais Jack voulait décrocher son diplôme. Bart ne comprenait pas pourquoi son frère tenait tant à aller à l’université. Il n’y avait jamais mis les pieds, lui et n’avait aucune maîtrise, pourtant il avait des affaires florissantes.

Elle vit Matt carrer la mâchoire, il n’appréciait pas d’entendre la romance de sa mère avec son beau-père.

- Lorsque Jack a refusé de le suivre et de laisser tomber les cours, il l’a très mal pris. On ne dit pas non à Bart Bass, même si on est de la famille.

Chuck eut un petit sourire en coin, il reconnaissait tout à fait les traits de caractère de son paternel. Malheureusement, il en avait fait l’expérience plus d’une fois.

- D’une manière ou d’une autre, il arrive toujours à ses fins, commenta-t-il.

- Il en a trouvé une, assura Elisabeth. Il a parié avec Jack qu’il me séduirait. Jack était si certain de nous qu’il n’a pas hésité une seule seconde. Il lui a donné sa parole que s’il y parvenait, il arrêterait ses études pour aller travailler avec lui à l’édification de Bass Industrie. C’était la société que Bart voulait créer.

Matt et Vic eurent une grimace de dégoût et Chuck, lui, sentit son estomac se retourner.

- Bart a manœuvré Jack de telle façon qu’il s’est retrouvé embrigader, sans même comprendre comment, dans un concours pour défendre les couleurs de Dartmouth contre celles de Cornell, le renvoyant ainsi à New-York pour le temps des éliminatoires de la compétition qui se passaient là-bas. Jack faisait des voyages incessants entre les deux états tous les week-ends. Non seulement il se rapprochait de son frère, mais en plus, il s’éloignait de moi. Et pas seulement physiquement.

- Inutile d’entrer dans les détails, grommela Vic.

Sa mère ne releva pas la remarque et continua.

- Il s’est débrouillé pour faire ressortir quelques informations négatives au sujet de Jack, en insinuant qu’il prenait du bon temps avec une des étudiantes de Cornell. Quelques temps plus tard, cette même étudiante se mit à m’appeler sans cesse et évidemment, Bart était toujours là pour m’écouter et me réconforter, et aussi pour enfoncer le clou, car lui passait beaucoup de temps avec moi à Hanover. Il avait trouvé un autre associé dans le New Hampshire, immédiatement après le refus de Jack.

- Russel Thorpe, indiqua Chuck.

- Peut-être bien, répondit Elisabeth. En plus de ça, Bart s’était également arrangé pour, non seulement, être invité par le Doyen de l’époque, à une soirée de remise de prix d’étudiants, dédiée aux meilleurs jeunes entrepreneurs des Etats de l’Est, mais en plus, pour en être l’orateur. Je ne sais toujours pas comment il a fait aujourd’hui sans être membre de l’université.

- Chantage, expliqua Chuck, comme si c’était l’évidence même pour tout un chacun.

- Sans doute, commenta Elisabeth. En tout cas, à mon égard, il était charmant et galant, et tout ce qu’il y avait de plus rassurant, et c’était le frère de Jack, pourquoi me serais-je méfiée ? Bien entendu, j’étais loin d’imaginer que tout ça n’était qu’un jeu entre eux. Il a proposé de me raccompagner après que j’ai eu bu plus que mon compte de coupes de champagne et de verres de téquila dans le petit bar par lequel on est passé avant d’arriver à ma chambre d’étudiante.

- Une soirée trop arrosée dont tu ne te souviens pas, n’est-ce pas ? railla Matt.

- Il y avait un fond de vérité, contra-t-elle. Je me suis retrouvée enceinte, et je ne savais pas quoi faire. J’ignorais qui était le père et tout allait si mal entre Jack et moi. La situation était devenue tellement inextricable à ce point-là. Il ne voulait plus m’adresser la parole. Et Bart a proposé de tout prendre en charge quelle que soit ma décision. Mais elle était déjà prise. Je ne pouvais pas me résoudre à avorter, au début parce qu’il s’agissait peut-être des bébés de Jack.

Matt remua sur son siège, retenant un commentaire par respect pour sa sœur.

- Ensuite, parce que je me suis rendue compte que c’était au-dessus de mes forces. Quel qu’en soit le géniteur, je ne pouvais pas faire disparaitre ces enfants.

- C’est pourtant ce que tu as fait, lui reprocha Chuck.

- Tu n’as pas disparu de mon cœur, ni de ma mémoire, lui assura-t-elle. Je ne t’ai pas laissé parce que je ne voulais pas de toi. J’ai fait ce que je pouvais pour ne pas vous perdre tous les deux. Et tu peux me croire, c’est la chose la plus difficile que j’ai jamais faite de toute ma vie.

- Comparer au fait de comploter avec Jack dans mon dos il y a deux ans, tu veux dire ? cracha-t-il.

- Je sais que je n’ai aucune excuse et je n’en cherche pas. Vous m’avez demandé la vérité, je vous la donne, dit-elle simplement.

Chuck, à l’image de son frère, carra la mâchoire, mais ne dit plus rien.

 - A votre naissance, on a fait un test ADN et Bart a refusé de me laisser partir avec vous deux. Il voulait un héritier pour son empire et moi je ne voulais l’épouser sous aucun prétexte. Après ce qu’il nous avait fait, c’était tout simplement impossible.

Elle prit une gorgée du gin tonic que Dorotha lui avait servi pour dissiper le nœud qui obstruait son pharynx à l’évocation de ces souvenirs pénibles. Malgré tout ce qui s’était passé, son cœur continuait de battre pour Jack.

- Il a menacé de vous enlever à moi, tous les deux, reprit-elle. J’étais totalement terrorisée par lui après avoir compris ce qui s’était passé et complètement désemparée. J’étais bien consciente du fait qu’il avait le pouvoir de m’arracher votre garde et qu’il n’aurait pas hésité une seule seconde. Alors j’ai appelé Jack, en désespoir de cause. Je n’avais plus rien à perdre et je ne savais pas quoi faire d’autre. Je me disais qu’il pourrait peut-être raisonner son frère. A ma plus grande surprise, il s’est rangé de mon côté.

- Parce qu’il t’aime toujours, dit Vic.

- On a fini par trouver un accord, il garderait l’aîné de ses fils et je partirais refaire ma vie loin des USA avec le second. Il m’enverrait un chèque mensuel consistant pour ses besoins et son éducation et ouvrirait un fond de placement qu’il continuerait à alimenter jusqu’à sa majorité, mais il n’aurait aucun droit sur une quelconque partie d’héritage.

- L’argent de grand-père, comprit Matt.

Elisabeth acquiesça.

- Les avocats ont préparés tous les documents et se sont arrangés pour faire modifier les extraits de naissance et homologué mon acte de décès. Rien ne devait être laissé au hasard pour ne laisser aucune trace.

- C’est une chose qu’il maîtrise à la perfection, siffla Chuck entre ses dents.

- Contrairement à ce qu’il avait promis Jack n’a pas quitté l’université avant trois ans. Il a décroché un Master et ensuite, il a quand même fini par aller travailler avec Bart, après que ce dernier se soit disputé avec son autre associé. Mais l’animosité et la rancœur de Jack était si grande que Bart a fini par l’éloigner en l’envoyant en Australie pour développer la nouvelle branche de la société. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé, par hasard. Jusque-là, Jack n’avait aucune idée d’où je me trouvais. Je soupçonne toujours Bart d’avoir fait exprès de l’envoyer vers moi mais c’est sans doute lui accorder trop de crédit.

Chuck émit un petit rire guttural à cette pensée lui aussi.

- Je sais que ton enfance avec Bart était loin d’être idyllique, lui dit-elle avec sincérité. Je le savais quand j’ai compris ce qu’il avait fait et comment il s’était comporté avec son propre frère. Tout ça était juste une démonstration pour prouver à Jack que les sentiments, aussi forts et beaux soient-ils, n’étaient rien de plus qu’une faiblesse.   C’est pour ça que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour préserver au moins un de vous deux de lui. Je suis désolée d’avoir dû te sacrifier Charles.

- Il n’y a que ma mère qui m’appelle comme ça. Et ce n’est pas toi ! J’en ai trouvé une autre et elle me convient parfaitement, cingla-t-il, aussi coupant qu’une lame de rasoir, le regard noir et glacial.

Il quitta la pièce sans se retourner.


katido  (20.09.2012 à 21:45)

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